Élevage et défis au Niger
Élevage et défis au Niger
République du Niger. Sidikou H.A.. 1986. In : Elevage et potentialités pastorales sahéliennes. Synthèses
cartographiques. Niger = Animal husbandry and sahelian pastoral potentialities. Cartographic synthesis. Niger. CIRAD-
IEMVT - FRA. Wageningen : CTA-CIRAD-IEMVT, 1-4., ISBN 2-85985-120-8
PREFACE
Nous sommes particulièrement sensibles à l'initiative prise par le Centre de Coopération Technique
Agricole, pour une de ses toutes premières réalisations, de faire procéder par I'IEMVT à un inventaire
des ressources pastorales du Sahel.
Cette action vient appuyer celle de notre gouvernement dans un domaine essentiel pour l'économie
de la République du Niger: l'élevage. Ce dernier a été en effet durement éprouvé au cours des quin-
ze dernières années par la dégradation des conditions naturelles et les perturbations successives de
l'environnement économique.
Du fait de sa position géographique, le Niger comprend, du nord au sud, trois zones climatiques.
C'est la zone médiane sahélienne (près de 620 000 km 2 ) qui fait de lui un pays agropastoral par ex-
cellence où l'élevage constitue l'une des plus importantes richesses. Les effectifs du cheptel nigé-
rien figurant dans le tableau ci-dessous représentant un capital estimé à 475 milliards de FCFA.
Effectifs Valeur
Espèces
(unités) (milliards FCFA)
474 ,5
Pour un produit intérieur brut en 1983 de l'ordre de 675 milliards de FCFA, la part de l'élevage a été
de 121 milliards, soit près de 18 p. 100. La balance commerciale de ce même secteur, excédentaire
de 17 milliards, constituait une des principales ressources de notre commerce extérieur.
L'élevage, non seulement prédominant dans l'économie de notre pays, est surtout, depuis toujours,
un art de vivre pour les nigériens de la zone pastorale ; le bétail, à la fois capital, moyen de transport,
producteur de nourriture et de cuir, est intégré au fonctionnement de la vie sociale (dons, sacrifices,
échanges, prêts), et permet l'acquisition de numéraire et de produits marchands.
Malheureusement, les sécheresses cumulées de cette dernière décennie, et plus particulièrement
celle de 1984 qui a été la plus sévère ont généré des perturbations fort ity1portantes dans l'économie
pastorale, et exacerbé les contraintes d'ordre structurel de l'élevage.
Des modifications très sensibles ont été relevées au niveau des stratégies traditionnelles et du po-
tentiel de production (effectif et structure du troupeau, répartition géographique et patrimoniale du
cheptel, dégradation des ressources.)
Les stratégies mises en œuvre avec l'assistance des structures d'appui étatiques semblent insuffi-
santes devant l'ampleur du phénomène.
Si l'on peut dire qu'au plan économique la sécheresse a constitué une véritable catastrophe natio-
nale, au plan historique, en revanche, par la prise de conscience du risque et des mesures propres
à la minimiser, elle a marqué indéniablement un tournant décisif dans l'évolution du secteur de l'éle-
vage.
Tout à chacun convenait de la nécessité de réfléchir sur des stratégies alternatives. Le processus
de concertation et de réfléxion s 'engagea avec le Débat National sur l'Élevage en août 1985 à
Tahoua qui donna naissance au "Plan d'Action de Tahoua" et à l'atelier de réfléxions sur les stra-
tégies de développement de l'élevage dans la zone pastorale au Niger tenu en février 1986 à Nia-
mey.
Les bases de notre politique nationale pour le développement harmonieux de nos ressources ani-
males redéfinies à l'occasion de ces deux grandes rencontres sont les suivantes :
:.... mettre en œuvre des réformes socio-politiques et institutionnelles aptes à sécuriser l'élevage et
l'éleveur;
-favoriser une utilisation rationnelle du potentiel naturel de production (terre, pâturages, eau), à tra-
vers une intégration des activités agricoles et pastorales ;
-aider les éleveurs à s'organiser pour maîtriser leur propre développement ;
-accroître la contribution du secteur élevage à l'économie nationale et à l'objectif d'auto-suffisance
alimentaire au moyen d'une exploitation rationnelle du cheptel ;
- mettre en œuvre un programme souple et volontaire d'implantation et d'installation des popula-
tions de pasteurs engagées dans le processus de sédentarisation ;
- prendre des mesures incitatives aptes à favoriser (un élevage intensif) en zone agricole, intégrant
l'élevage à l'agriculture ;
'- mettre en place des mécanismes adaptés capables de dissuader les pratiques nocives d'un éle-
vage de divagation en zone agricole où la pression démographique est forte et les terres cultivables
réduites ou dégradées.
Mais la mise en œuvre des stratégies basées sur les orientations pré-citées se trouverait contrariée
par le fait que les données de base existantes sont dispersées, fragmentaires ou alors caduques. Le
préalable demeure donc un nouveau bilan sectoriel , une actualisation des données de base. C'est
à cette tâche que s'atteleront nos services dès novembre 1986.
C'est dire, toute l'importance que nous attachons au travail présenté ici.
En effet, cet ouvrage sur le Niger, document de vulgarisation réalisé par I'IEMVT (Institut d' Élevage
et de médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux}, sera d'un apport très appréciable pour l'élaboration
des stratégies d'interventions et des actions concrètes à mener pour atteindre les objectifs du " Plan
d'Action de Tahoua".
La publication de ces synthèses thématiques est donc un événement non négligeable à un moment
où le Niger doit se mobiliser pour sauvegarder ses ressources animales.
SALHA HALADOU
MINISTRE DES RESSOURCES ANIMALES
Le CTA (Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale) , créé en 1983 par la seconde Conven-
tion de Lomé, a pour tâche d'assurer les échanges d'information entre les États membres afin de
permettre le développement agricole et rural.
Dans les grands objectifs et les grandes priorités qui ont été assignés au Centre figure, en bonne
place , l'élaboration de synthèses et de mises au point des connaissances à partir des éléments dis-
ponibles et, très souvent, dispar3tes.
La question s'est alors posée de savoir quelles synthèses seraient le plus rapidement utiles ?
En 1983, la sécheresse sévissait toujours en Afrique et frappait partic ulièrement les pays sahéliens.
Dans ce contexte, il fallait se donner les moyens d 'élaborer de nouvelles stratégies de développe-
ment, voire de survie. Cela plaidait en faveur de la rédaction d 'un document simple mais exhaustif
synthétisant les connaissances sur les pâturages sahéliens.
La désertification semblait continuer sa progression rapide et de grandes zones de végétation se
trouvaient profondément modifiées, voire anéanties.
Devant de tels changements, une synthèse cartographique était-elle utile et pourquoi avoir réalisé
cet ouvrage ?
Plusieurs arguments ont sous-tendu notre décision. Le premier découle de l'hypothèse que le Sahel
n'est pas irrémédiablement condamné. La sécheresse, dont on doit bien entendu tenir compte dans
les stratégies de développement et de gestion rationnelle des parcours , ne continuerait pas à sévir.
Des épisodes humides et secs alterneraient comme par le passé. Par hypothèse, cela signifie que
l'état et la productivité des pâturages fluctueraient entre des valeurs élevées les bonnes années et
des valeurs basses , voire très basses, les mauvaises années.
La probabilité d 'avoir des valeurs hors de cette fourchette reste alors très faible.
La nécessité de synthétiser les connaissances acquises antéri eure ment constitue le deuxième ar -
-gu ment. La stratégie à élaborer doit , à l'évidence, tenir compte des expériences préexistantes.
Certes, il reste de nombreuses lacunes dans la connaissance, il y aura des difficultés lors de leur ac-
tualisation mais la recherche du perfectionnisme doit être momentanément écartée car elle est un
trop grand frein à la diffusion de l'information. C'est d 'ailleurs le sort de tou s les ouvrages de ce
genre de se démoder. Le dessin , la carte figent les situations souvent instables mais ont le mérite
de faire ressortir les lacunes et d 'offrir une base pour les travaux qui viendront les combler ou pour
ceux qui tendront à améliorer et perfectionner l'existant.
Le troisième argument pris en compte est la grande utilité de l'ouvrage pour les planificateurs malgré
les modifications constatées de certains facteurs écologiques. Ainsi , deux valeurs ont été retenues
en ce qui concerne la productivité des pâturages.
Il est alors apparu que des thèmes connexes devaient être abordés pour permettre de replacer les
pâturages dans le contexte plus que rural de l'élevage et pour préciser la manière dont les éleveurs
les utilisent, compte tenu des différentes contraintes liées à l'environnement. L'IEMVT pour faire ces
synthèses thématiques s'est adressé à des personnalités extérieures qui ont une connaissance in-
discutable du pays, aux personnalités des services nigériens ayant à s'occuper d 'élevage et à des
agents de I'IEMVT qui ont eu l'occasion de travailler longuement au Niger. Que tous ici soient remer-
ciés pour avoir bien voulu participer à la rédaction de cette synthèse.
Le Tchad a constitué le premier tome d 'un ouvrage qui regroupera, sous forme d 'un atlas unique,
les publications concernant chaque pays sahélien . Le Niger représente le deuxième tome de cette
série.
Du fait de sa situation géographique, le Niger est majoritairement composé de secteurs climatiques
secs à caractères saharien et sahélien. Le réseau hydrographique y est presque totalement fossile
si l'on excepte le fleuve Niger et la Komadougou, seuls écoulements permanents du territoire. C'est
donc un pays où le problème de l'eau est sans cesse posé avec acuité au plan humain , au plan de
l'exploitation agricole et au plan de l'élevage. L'intérêt pour ce dernier s'est trouvé encore renforcé
malgré le déficit pluviométrique accentué de ces quinze dernières années, car l'affaiblissement de
la demande internationale en uranium a entraîné une forte diminution de la part que prenait son ex-
ploitation dans le produit intérieur brut.
L' État a ainsi créé un certain nombre de structures destinées à protéger ou à développer l'élevage
selon les lignes définies par 18 "plan d'action de Tahoua" fruit d'un vaste débat national , et par la
INTRODUCTION
"stratégie de développement de l'élevage dans la zone pastorale" issues d 'un important atelier de
réflexion.
Les responsables gouvernementaux visent là un rééquilibrage des productions du pays qui leur per-
met d'espérer des solutions pour sortir de la crise économique sévissant actuellement dans l'en-
semble des pays sahéliens.
En botanique, la connaissance de la flore se résumait en 1938 à l'existence d 'un nombre très limité
d 'ouvrages comme "Flora of West Tropical Africa " (ed. 1) et la "Flore vivante de I'AOF " d 'A. Cheva-
lier (un seul volume paru). Les inventaires pastoraux des années soixante ont accélè le rythme des
études de terrain et ont abouti à la publication par I'IEMVT d'un catalogue des espèces recueillies
au Niger, complété plus tard par deux suppléments et un lexique des noms vernaculaires.
Les espèces identifiées ne sont pas endémiques du territoire , mais il convient de signaler que cer-
taines parties du Niger restent floristiquement peu connues et que leur évenutelle prospection pré-
sente aux yeux des botanistes un intérêt indiscutable, surtout au plan de la phytogéographie.
Des campagnes ont été menées de 1965 à 1972, puis en 1976 avec l'assistance technique de la
RFA. Elles ont donné d'excellents résultats.
Les déplacements saisonniers des éleveurs comportent, malgré la répartition très localisée des
glossines, un grand risque de contamination des troupeaux. C'est pourquoi on ne peut mésestimer
l'importance des actions d'éradication qui ont été menées parallèlement aux divers traitements cu-
ratifs et préventifs étudiés et appliqués par l'unité spécialisée du service de l'élevage.
Sur lest iques représentés au Niger quatre espèces revêtent une importance particulière en raison
de leur aptitude vectrice des maladies du bétail comme la piroplasmose et la babésiose tropicales.
La circulation de ces espèces .de tiques reste conditionnée en grande partie par la pluviométrie et
par les déplacements périodiques de l'isohyète 500 mm.
Les helminthoses, étant donné leur importance, surtout chez les jeunes animaux, ont fait l'objet
d'un travail conséquent d'identification et d'épidémiologie en fonction des espèces animales tou-
chées et des périodes de l'année. Ces travaux font l'objet de synthèses sous forme de tableaux de
fréquence et d'histogrammes de répartition .
Cet ouvrage se termine par un complément sur l'infrastructure vétérinaire qui assure un appui
constant à la santé animale sur le terrain.
La synthèse des connaissances sur les pâturages du Niger a nécessité d'expliciter quelques pro-
blèmes d 'amont et d'aval. Toutes les composantes de l'élevage ne sont pas traités, notamment
celles qui relèvent de la santé animale, domaine pour lequel existe une importante documentation
tant au service de l'élevage qu 'à I'INRAN. La photographie de l'élevage qui est exposée dans les
pages suivantes appelle tous ceux qui s'y intéressent à la perfectionnee et à la rendre plus dynami-
que et prospective. Elle devrait démontrer que l'approche multidisciplinaire qui a prévalu dans le
passé doit encore être renforcée tant il est vrai que le développement est l'affaire de tous et de tou-
tes les disciplines.
CET OUVRAGE, FINANCÉ PAR E CENTRE TECHNIQUE
DE OOPÉRATION AG ICO T URALE- CTA *
A ÉTÉ RÉALIS PAR
L'I NSll UT D'ÉLEVAGE ET DE DECIN E VÉTÉRINAIRE
DES PAYS TROPI A X -IEMVT **
RÉDACTION
*Centre Techni que de Coopération Agricole et Rurale " De Rietkampen " , Galvan istraat 9, EDE
Adresse postale : Postbu s 380 , 6700 AJ WAGEN INGEN , PAYS-BAS
Téléph one: 08380-2 0484 - International 31 -8380-20484 - Telex : 30169
NOTE AU X UTILISATEURS : Cette synthèse su r l'élevage en Républi que du Tchad est le premier chapitre de l'ouvrage géné-
ral regroupant si x pays: Tchad , Niger, Sén égal, Mali, Burkin a Faso et Mauritanie (d urée des travaux d'édition : troi s ans) .
Le degré de préci sion et l'importance quantitative des renseignements fournis sont variables selon les thèmes et les pays en
fo nct ion de la nature des documents de base existants et des connaissances acqu ises dans chaque domaine.
P É CE ET INTRODUCTION .... .......... .. .~..... .......... . ... . .. .. ... ........ .... .... . .... . .. ... . . . .. . .. ... . ... .... . 2
OIRGA ISMES- AUTEURS- SOMMAIRE ............. ....... ....... ........... .... .. .......... ................... 3
LA RÉPU BLI UE DU NIGER - H.A. Sidikou .. ......... ....... ...... .......... ... .... ..... ......... ..... .. ........ 4
Texte et carte
BOTANIQUE- J.-P. Lebrun ............ .. .... ... ... ......... ......... ... .. ... .. ...... ... ...... ............................... 5
Texte- 1 planche d'illustration.
DISTRIBUTION DES TIQUES DU BÉTAIL AU NIGER- P. Morel ........... ........ ...... .. .. ........ 27
Texte- 1 carte à 1/ 6 000 000
GLOSSINES ET TRYPANOSOMES AU NIGER - M. Clair ... ...... ... .. .. ...... .......... .. ............... 28
Texte- 1 carte à 1/ 1 000 000.
LES HELMINTHES AU NIGER- [Link]-Kagan, Djibo Garba .... .... ............ .. ... .................. 29
Texte- Illustrations.
LES HELMINTHES AU NIGER- P. Tager-Kagan, Djibo Garba .... ... ......... .................. ,.. .... 30
Texte (suite) - Illustrations.
l'OROHYDROGRAPHIE DU NIGER
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d'après !'"Atlas Jeune Afrique"
Le territoire de la République du Niger, qui couvre 1 267 000 km 2 et s'inscrit entre les longitudes
0°10' et 16° E et les latitudes 11 °41' et 23°17' N, appartient principalement aux domaines saharien
et sahélien de l'ouest africain. Sa partie soudanienne est limitée à une très petite zone située dans
le sud-ouest, le long du fleuve Niger.
Les conséquences de cette situation sont les caractères continentaux très marqués du climat. Ce-
lui-ci se signale par l'opposition de deux saisons très tranchées. Une brève saison des pluies culmi-
nant en août (de durée variable selon la latitude), et une longue saison sèche (de septembre-octobre
à mai-juin) imposent leur rythme aux conditions de vie ; aussi bien animale que végétale. En raison
des variations thermiques, la saison sèche est souvent subdivisée en une première partie "fraîche"
(novembre à mars) , et une deuxième "chaude" qui devient torride en mai-juin .
Dans chacun de ces ensembles régionaux, les formes du relief présentent tout de même une assez
grande variété en raison de la combinaison des effets des agents d'érosion et de la nature et de la
disposition des matériaux lithologiques. Dans ce milieu aride, à très faible recouvrement végétal, les
formes résultantes peuvent être très pittoresques.
Les formes climatiques résultent des trois agents d'érosion les plus actifs: érosion éolienne (ergs),
mécanique (éboulis) ou chimique (patines et désagrégation) ; les types pouvant résulter de proces-
sus d'érosion fluviatile, même anciens, sont assez rares.
Les formes liées à la structure des roches sont celles de bassins sédimentaires avec leur fréquent
recouvrement de matériaux quaternaires ou celles qui sont liées aux affleurements du socle, ou en-
core aux roches d'origine volcanique. Elles ~nt des allures très caractéristiques (par exem-
ple : cones volcaniques, érosion en boules des granites).
Géographie humaine et économique générale
La population du Niger est composée essentiellement de Haoussa, Sonraï-Zarma, Peul, Touareg et
Kanouri ; et dans des proportions nettement moins importantes de Toubou, Arabes et Gourmant-
ché. L'évolution numérique de cette population reflète aussi bien la qualité très variable des diffé-
rents dénombrements administratifs ou recensements opérés que les modifications successives
des frontières internationales, en fait réellement stabilisées en 1947. Cette évolution s'établit comme
suit:
Cette population qui croît au rythme de 2,77% l'an est composée surtout de jeunes (60% de moins
de 20 ans). La structure par sexe de cette population laisse apparaître une prédominance numérique
féminine (51 %). C'est une population en majorité rurale: 83,3% de ruraux et 16,7% de citadins.
Les ruraux se répartissent entre 70,3 % de sédentaires surtout agriculteurs et 13 % de pasteurs
dont la plupart sont semi-sédentaires. Les grands nomades constituent de plus en plus l'exception
(Peul Woodaabé ou Bororo par exemple). L'agglomération de Niamey, la capitale (500 000 habitants
environ en 1985}, croît au rythme de 10 % l'an du fait essentiellement d'un important mouvement
d'exode rural que ces dernières années de sécheresse ont amplifié. Toutefois, son poids démogra-
phique dans l'ensemble national reste encore modeste comparativement à d'autres pays africains
(8 % de la population totale). Les autres villes importantes sont linder et Maradi dont la population
avoisine les 100 000 habitants, Tahoua, Agadez, Dosso et les deux cités minières d'Arlit et Akokan
dont la forte poussée démographique a été brutalement freinée par les difficultés de l'économie ura-
nifère.
Le secteur industriel
Le secteur industriel, cantonné dans les principales villes, en particulier Niamey et Maradi, reste
encore très peu développé et se réduit pour l'essentiel à quelques unités de transformation des pro-
duits agropastoraux. De ce fait, elles sont confrontées à de sérieuses difficultés de ravitaillement en
matières premières (les huileries, par exemple). Cependant, il faut noter que dans le secteur minier,
l'uranium a connu un essor relatif à partir de 1969-1970, avant de stagner, puis régresser, en raison
de la crise internationale qui débuta en 1979-1980. L'uranium constitue désormais 75% de la valeur
des exportations nigériennes. Les revenus de l'État tirés de l'uranium sont passés de un milliard de
FCFA en 1974 à 20 milliards en 1979, avant de retomber, selon c;les estimations du ministère du
Plan, à 19,18 milliards de FCFA en 1980, 13,44 milliards de FCFA en 1981, 10,22 milliards de FCFA
en 1982, 10,19 milliards en 1983 et 11,72 milliards en 1984. L'évolution de la production et des
quantités exportées est résumée dans le tableau suivant :
Le secteur agricole
La contribution du secteur rural à la formation du PIB est passée de 61 à 47 % entre 1961 et 1977.
En 1983, elle n'était plus que de 46,1 % . Cette baisse est imputable aux difficultés croissantes que
connaissent l'agriculture et l'élevage, secteurs sur lesquels a principalement reposé pendant long-
temps l'économie nationale.
Sur les 126,7 millions d'hectares que constitue la superficie du pays, l'agriculture n'en utilise que 30
millions, soit environ 24 %. Le reste, soit 96,7 millions d'hectares (76 %), est constitué de terres de
pâturages et de zones désertiques. La superficie cultivable ne concerne que la moitié de la super-
ficie agricole utile, soit 15 millions d'hectares. En 1982, la répartition des catégories de terres com-
posant cette superficie cultivable s'établissait comme suit :
- superficie cultivée : 3 640 000 ha (24,2 %)
-jachères et pâturages : 9 140 000 ha (61 %)
-forêts 600 000 ha (4%)
-terres diverses : 1 620 000 ha (10,8 %).
Du fait de l'érosion et de la baisse de la pluviométrie, on estime que quelque deux millions d'hec-
tares ont été perdus pour les cultures au cours des années 1983-1984. Les superficies physiques
cultivées, souvent en association, quoique en progression par rapport aux années soixante du fait
notamment de la pression démographique , varient beaucoup en fonction de l'extrême irrégularité de
la pluviosité. En général, elles sont augmentées en cas d'années successives de bonne pluviométrie
et réduites lorsque les conditions sont défavorables. L'évolution au cours de ces dernières années
aurait été la suivante :
Évolution de la superficie
cultivée de 1979 à 1984.
Source : Direction des services de l'agri-
culture. Rapports annuels.
La plus grande partie des surfaces cultivées concerne les cultures pluviales qui, en 1983, ont occu-
pé 3 750 000 hectares soit 99% contre 30 000 hectares dont 800 sur les aménagements hydra-
agricoles pour les cultures irriguées dont le riz est de loin la plus importante (46 000 tonnes en 1983).
Toutefois, dans le cadre de la politique nationale de recherche de l'autosuffisance alimentaire, la
pratique des cultures irriguées se développe de plus en plus surtout à la suite de la sécheresse de
1984, année au cours de laquelle quelque 63 000 hectares supplémentaires ont été travaillés sous
forme de cultures dites de contre-saison par 185 000 exploitants parmi lesquels de nombreux pas-
teurs ayant perdu leur bétail. En 1985, une certaine régression a été constatée en ce qui concerne
la pratique de ces cultures de contre-saison : 54 000 hectares sur lesquels ont été récoltés notam-
ment 9 910 t de pommes de terre, 8 342 t de dolique, 4 836 t de blé, 3 77 4 t de niébé et 1 892 t de
maïs. Ces productions constituent, sans nul doute, un appoint important dans l'alimentation des po-
pulations nigériennes dont le mil reste l'élément de base. L'évolution des superficies cultivées en mil
et sorgho, de même que celle des productions correspondantes est résumée dans le tableau sui-
vant :
Mil Sorgho
Années
Superficie (ha) Production (t) Superficie (ha) Production (t)
Du fait des sécheresses périodiques qui frappent le pays, les récoltes accusent souvent des déficits
par rapport aux besoins de la population . Ainsi le déficit moyen enregistré au cours des sécheresses
des années 70 a été supérieur à 150 000 tonnes obligeant l'État à recourir à l'aide extérieure.
En ce qui concerne les cu ltures de rente, les principales sont : l'arachide dont la culture est en ré-
gression à la suite des sécheresses successives (175 000 tonnes en 1983 contre 312 000 tonnes en
1966), le coton cultivé surtout dans la Maggia (4 000 tonnes en 1983) et le niébé dont la culture
prend de plus en plus d'ampleur au détriment essentiellement de l'arachide (260 000 tonnes en
1983 contre 46 000 en 1060, 86 000 en 1964, 92 000 en 1973, 218 000 en 1975 et 304 000 en 1979).
Le secteur de l'élevage
On a estimé en 1983 le capital végétal à 36 millions de tonnes de matières pâturables couvrant
quelque 62 millions d'hectares désertiques ou dangereusement menacés de désertification du fait
des sécheresses et des prélèvements importants qui y sont opérés, notamment pour les usages do-
mestiques (bois de feu en particulier). Or l'existence et la qualité de ces superficies pâturables
conditionnent étroitement la pratique de l'élevage qui constitue l'un des secteurs importants de
l'économie nationale. En 1983, cet élevage qui se répartit principalement entre un élevage nomade
au Nord (75 % des effectifs bovins), un élevage transhumant en zone dite intermédiaire et un éleva-
ge paysan ou sédentaire au Sud, représentait l'équivalent de 5 200 000 UBT dont la participation à
la formation du PIB estimée alors à 675 milliards de F CFA serait de 17,95 %. Cette proportion
confirmerait la tendance à la baisse constante de la participation du secteur élevage à la formation
du PIB constatée depuis la sécheresse des années 1968-1974. L'évolution du capital bétail par rap-
port à la population du pays, consignée dans le tableau ci-dessous traduit incontestablement un ap-
pauvrissement progressif des pasteurs et éleveurs nigériens.
La commercialisation du bétail et des produits animaux qui procurait de subtantiels revenus au pays
a été négativement influencée par les hécatombes successives qui ont décimé le cheptel. Les mou-
vements commerciaux relatifs au bétail sur pied se résumeraient comme suit en 1983 :
Les exportations de bétail sur pied se font en direction des pays voisins du sud et principalement
du Nigeria dont la capitale absorbe également depuis 1983, par l'intermédiaire de la Société Nigé-
rienne d'Exploitation des Ressources Animales (SONERAN), la totalité des exportations de viande
fraîche. Ces transactions ont concerné, pour l'exercice 1983-1984, 263,9 tonnes de viande pour
une valeur de 287,9 millions de FCFA et 844,2 tonnes en 1984-1985 pour un coût de 849,2 millions
de FCFA. Viandes séchées et fumées sont également exportées, principalement vers le Nigeria et
l'Algérie. Ces mouvements commerciaux ont porté sur 3 045 kg de viandes séchées et 22 77 4 kg de
viandes fumées en 1980 tandis que les chiffres sont respectivement de 1 448 kg et 21 430 kg en
1981, 1 610 kg et 34 195 kg en 1982 et 20 kg et 51 697 kg en 1983. Quant au commerce des cuirs
et peaux dont le monopole a été longtemps détenu par une société d'économie mixte, la Société Ni-
gérienne de Collecte des Cuirs et Peaux (SNCP) maintenant privatisée, il a représenté en
1983 2 086 351 cuirs et peaux d'une valeur de 980 148 023 FCFA.
Outre la sécheresse, l'exploitation efficiente du cheptel national est soumise à d'autres contraintes
telles que celles liées aux questions de santé animale et qui ont conduit très tôt, dès la période co-
loniale, à la mise en place d'une stratégie de lutte contre les maladies du bétail basée sur des pro-
grammes annuels systématiques de vaccination. Ceci a permis de lutter efficacement contre cer-
taines maladies meurtrières parmi lesquelles, principalement, la peste bovine, mais aussi la périp-
neumonie contagieuse bovine, les charbons, la pasteurellose, la trypanosomose.
Aux contraintes physiques s'ajoutent, par ailleurs, certaines contraintes socio-économiques relati-
ves notamment à l'organisation sociale de certains groupes de pasteurs ainsi qu'aux méthodes de
gestion du troupeau (composition par sexe en faveur des femelles, gros troupeaux à faible rende-
ment, dégradation des termes de l'échange animaux ou produits animaux/céréales, exploitation ex-
tensive du milieu, extraversion de l'économie pastorale). Aussi, pour améliorer la productivité du
troupeau qui demeure malgré tout important, l'État a développé, en plus des efforts d'amélioration
et de préservation de la santé animale, diverses stratégies parmi lesquelles il convient de noter la
création de stations de recherches zootechniques (exemple Toukounous), et de ranches sahéliens
(exemple : Ekrafane), ainsi que de centres de multiplication du bétail (lbécétène, Fako, Bathé et
Sayam) à la suite de la sécheresse de 1974. Par ailleurs, ont été programmés l'encadrement des éle-
veurs et leur organisation, la mise en place d'un vaste programme d'hydraulique pastorale de même
que celle d'un programme avicole, d'embouche, de développement de la production laitière et des
industries animales. Il a, par ailleurs, accentué les efforts en matière de formation, de recherche et
initié des programmes de reconstitution du cheptel. La mise en œuvre de ces différents programmes
s'est faite par l'intermédiaire de trois grands projets de développement de l'élevage que sont le pro-
jet Niger Centre-Est (couvrant les départements de Maradi, Zinder et Diffa), le Projet Sud-Tamesna
et le Projet Élevage Intégré, initialement dénommé Projet Élevage et Gestion des Pâturages (triangle
Dakoro, Agadez, Tahoua). Ces projets, à des degrés divers, rencontrent malheureusement de sé-
rieuses difficultés qui ne sont pas sans conséquence sur l'économie pastorale, et par répercussion,
sur l'économie nationale en général. Cette dégradation structurelle, accentuée par la sécheresse de
1984, a été jugée suffisamment grave pour appeler des mesures de réhabilitation du secteur de
l'élevage ; d'où le "Plan d'action de Tahoua" (avril 1985) et les stratégies de développement de l'éle-
vage dans la zone pastorale (février 1985) issus respectivement d'un débat national et d'un atelier
de réflexion.
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