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Désir et réalité : entre illusion et vérité

Le document présente une analyse du lien entre désir et réalité. Il explore d'abord comment le désir peut être vu comme un oubli de la réalité menant à l'illusion, avant de discuter comment le désir peut aussi reconstruire et donner forme à la réalité.

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Désir et réalité : entre illusion et vérité

Le document présente une analyse du lien entre désir et réalité. Il explore d'abord comment le désir peut être vu comme un oubli de la réalité menant à l'illusion, avant de discuter comment le désir peut aussi reconstruire et donner forme à la réalité.

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SARAH OZMU

CORRIGÉ DU SUJET DE CG
ESSEC 2020

Désir et réalité
Analyse des termes du sujet

La réalité renvoie à ce qui est concret.


A priori la réalité désigne ce qui est extérieur à nous : c’est l’ensemble des phénomènes considérés comme
existant effectivement.
C’est ce qui est observé par opposition à ce qui est imaginé.
Le mot réalité vient du latin « res » qui veut dire « chose ».
Ainsi, la réalité renvoie à l’ensemble des phénomènes observables par les sens. La réalité est synonyme
d’actualité. La réalité c’est ce qui existe effectivement, c’est ce qui est observable, accessible,
compréhensible par la science ou tout autre système d’analyse.
La réalité s’oppose au possible, au rêve, à l’imaginaire, au fantasme, à la fiction.
Les antonymes étaient particulièrement intéressants à étudier.

La préposition « et » évoque un lien, une mise en relation, une association. Il s’agit donc d’interroger le
lien, l’articulation entre le désir et la réalité. Il ne faut évidemment par séparer l’analyse entre les deux
concepts, mais les étudier ensemble, comme un tout. Le problème se situe précisément dans leur
articulation.

Vous deviez par conséquent vous poser certaines questions :

• Qu’est ce qui rapproche ces deux notions entre elles ?


• Comment comprendre leur convergence ?
• Qu’est ce qui les oppose ?
• Comment les articuler ?
• Comment peuvent-elles dialoguer ?
• A quelles questions conduisent-elles ?

Problèmes

On peut observer une contradiction entre les termes du sujet.

Le désir apparaît dans un premier temps comme un oubli de la réalité, une fuite vers l’irréel. Le désir ne
cesse de passer des compromis avec la réalité, il ne tient jamais compte du principe de réalité.
Le désir peut se définir comme un effacement de la réalité devant l’illusion.
Le désir nous éloigne du monde réel. Désirer c’est prendre ses rêves pour des réalités.
Ainsi, le désir renvoie à une mise à l’écart de la raison au profit d’une lecture idéalisée du réel.
C'est d’ailleurs l’évidence de la vérité qui conclut la mort du désir.

Cependant, c’est précisément l’imaginaire et donc l’abstraction de la réalité qui distingue le désir du
besoin. Le besoin est réaliste tandis que le désir est toujours désir de l’impossible.

Le propre du désir est justement d’adopter une position de recul, de distance, par rapport à la réalité, par
rapport au monde. Désirer ce serait refuser la réalité telle qu’elle est et lutter pour ce qu’elle devrait être.

Problématique :

Dans quelle mesure désirer c’est donner consistance et existence à la réalité ? Dans quelle mesure
désirer c’est créer la réalité ?
I/ CONSTRUCTION
LE DÉSIR COMME OUBLI DE LA RÉALITÉ

A/ DÉSIRER C’EST PRENDRE SES RÊVES POUR DES RÉALITES.

Le désir apparait dans un premier temps comme un oubli de la réalité, une fuite vers l’irréel. Le désir ne
cesse de passer des compromis avec la réalité, il ne tient jamais compte du principe de réalité.
Le désir peut se définir comme un effacement de la réalité devant l’illusion.
Le désir nous éloigne du monde réel. Désirer c’est prendre ses rêves pour des réalités.

La distance avec l’objet augmente le désir et nourrit l’imagination. Ainsi, le désir repose sur la production
d’une fiction.

« Le plaisir imaginé s’appelle désir » (Ricoeur). Philosophie de la volonté.

Paul Valéry « l’homme a inventé le pouvoir des choses absentes par quoi il s’est rendu puissant et
misérable » Œuvres.

Ainsi, le désir repose sur la production d’une fiction.

B/ DÉSIRER C’EST RECONSTRUIRE LA RÉALITÉ

La distance augmente le désir et nourrit l’imagination. Désirer c’est se représenter un objet, se le


représenter c’est le mettre en image, le mettre en image c’est l’imaginer. Ainsi, le désir renvoie à une mise
à l’écart de la raison au profit d’une lecture idéalisée du réel.

Stendhal a 35 ans, lorsqu'il rencontre Mathilde Dembowski une jeune bourgeoise milanaise. Il éprouve
pour elle un amour fou mais non partagé. Il publie quatre ans plus tard, un essai intitulé De l'amour dans
lequel il développe sa célèbre théorie de la cristallisation qu'il définit comme "l'opération de l'esprit qui
tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections".

La cristallisation consiste à ne plus voir l’objet désiré tel qu’il est mais tel qu’on voudrait qu’il soit, c’est-à-
dire à travers ses propres désirs. Ainsi, l'imagination est présentée comme une illusion dangereuse qui
consiste à sublimer l'objet et à ne plus voir ses traits réels.

Stendhal dans Essai sur l’Amour : « Au moment où vous commencez à vous occuper d’une femme, vous
ne la voyez plus telle qu’elle est réellement, mais telle qu’il vous convient qu’elle soit, vous comparez les
illusions favorables que produit ce commencement d’intérêt à ces jolis diamants qui cachent la branche
de charmille, échaumée par des vers ».

C'est donc l’évidence de la vérité qui conclut la mort du plaisir.


C/ AINSI LE DÉSIR REND MALHEUREUX CAR IL ECHAPPE A LA RÉALITÉ ET ÉTEND
POUR NOUS LA MESURE DES POSSIBLES.

L’imaginaire est dangereux car il étend pour nous la mesure des possibles.

Rousseau dans l’Emile explique que trop d’imagination rend malheureux.

« L’imagination étend pour nous la mesure des possibles, soit en bien soit en mal, et par conséquent excite
et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire mais l’objet qui paraissait d’abord sous la main fuit plus
vite que l’on peut le poursuivre. Quand on croit l’atteindre, il se transforme et se montre au loin devant
nous. Ne voyant plus le pays déjà parcouru, nous le comptons pour rien, celui qui reste à parcourir
s’agrandit, s’étend sans cesse, ainsi l’on s’épuise sans arriver au terme et plus nous gagnons sur la jouissance
plus le bonheur s’éloigne de lui »

Pour Rousseau : « c'est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés que consiste notre
misère. »

Montaigne dans les Essais, dénonce ceux qui poursuivent de vains désirs : « Ce sont gens qui passent
vraiment leur temps; ils outrepassent le présent et ce qu'ils possèdent, pour servir à l'espérance et pour
des ombrages et vaines images que la fantaisie leur met devant, semblables à ces fantômes qui voltigent,
dit-on, après la mort ou à ces songes qui trompent nos sens endormis »

D/ LA JOUISSANCE PAR CONSÉQUENT EST VÉCUE COMME DÉCEPTION ET


DÉSILLUSION

Le désir a le pouvoir de rendre réel ce qui ne l’est pas. Réduit à sa seule réalité, dépouillé de tout ce que
l’imaginaire idéalisait, l’objet réel ne peut susciter que désillusion. Le désir ne survit pas à la jouissance !

C'est donc l’évidence de la vérité qui conclut la mort du plaisir.

Comme le rappelle ROUSSEAU, La nouvelle Héloïse « l’illusion cesse là où commence la jouissance »


« tout le prestige disparaît devant l’objet même ».

C’est aussi cette idée que l’on trouve chez Don Juan, dans la tirade de l’inconstance « On goûte une
douceur extrême à réduire par cent hommages le cœur d’une jeune beauté (…) mais lorsqu’on en est
maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini ».

Le désir est de courte durée car il n’est qu’une illusion en attente de désillusion !

E/ POUR UNE SAGESSE DU RENONCEMENT

Etre libre et heureux consiste à ne désirer que ce qui est en notre pouvoir. Ce n’est pas le désir en tant
que tel qui est condamnable mais plutôt l’imagination qui étend la mesure des possibles. Ainsi, le
renoncement apparaît comme un acte de liberté.

Rousseau considère que l’homme qui est resté près du monde réel, près de sa condition naturelle est plus
heureux car la différence entre ses facultés et ses désirs est petite. « La misère ne consiste pas dans la
privation des choses mais dans le besoin qui s’en fait sentir » « Le monde réel a ses bornes, le monde
imaginaire est infini, ne pouvant élargir l’un, rétrécissons l’autre ; car c’est de leur seule différence que
naissent toutes les peines qui nous rendent vraiment malheureux »
Rousseau nous invite à accorder notre volonté à notre pouvoir et ne désirer que les seules choses que
nous pouvons posséder. C’est en désirant l’accessible qu’on peut faire en sorte que nos désirs engendrent
toujours satisfaction et contentement, et non plus souffrance et tristesse.

Ainsi, renoncer c’est accorder notre vouloir à notre pouvoir !


II/ DÉCONCTRUCTION

A/ QUE RISQUE-T-ON A RAMENER SES DÉSIRS SUR LA RÉALITÉ ?

Un désir sans imaginaire c’est un désir enlisé dans la réalité.

Tout d’abord la question est de savoir quel risque nous courons à condamner l’imagination. Cette
puissance d’irréalité n’est-elle pas le propre de la conscience humaine ? Manquer d’imagination c’est se
conformer à la banalité, au ressassement de la vie quotidienne. Si le désir est folie, cette folie semble
contribuer à nous libérer du réel.

Ainsi, l’effondrement du désir conduit à l’ennui, à une situation dans laquelle se mêlent inertie et tristesse.
Sans désir, la vie ressemblerait à un vide que rien ne peut remplir.

De plus, ramener le désir à la réalité, n’est-ce pas se condamner à l’ennui et même à la mélancolie.

L’ataraxie renvoie au bonheur du sage qui n’a plus rien à désirer. Cependant, l’ataraxie est aussi synonyme
d’aboulie (absence de désir). Elle renvoie à la situation du mélancolique, à une sorte de désert dans lequel
tout se vaut. Ainsi l’ataraxie, loin d’être une expérience de la béatitude, serait plutôt une expérience de
l’ennui, de la vacuité, peut-être même de la contingence et de la facticité.

Les ennuis empêchent l'ennui. L'ennui n'est donc pas la conscience préoccupée, mais au contraire la tête
inoccupée... L'ennui s'engouffre donc dans les vides du souci."
Jankélévitch, L'alternative

Un désir resté près de la réalité ressemblerait bien plutôt à un mal du temps que l’on ne parvient pas à
remplir, un sentiment éprouvé devant le vide de son existence, « La conscience de l'intervalle que rien ne
traverse ou que rien ne peut combler." Selon l’expression de Louis Lavelle dans Du temps et de l'éternité.

Ainsi, mieux vaut le désir, mieux vaut l’imaginaire, mieux vaut l’illusion !

B/ C’EST L’IMAGINAIRE QUI PERMET DE DISTINGUER LE DÉSIR DU BESOIN

Le besoin est réaliste tandis que le désir est toujours désir de l’impossible. C’est donc l’imaginaire et
donc l’abstraction de la réalité, qui distingue le désir du besoin.

Les besoins sont naturels, ils relèvent de la nature et restent conformes à son ordre. Les besoins sont
naturels en tant qu’exigences liées au processus vital.
Le besoin manifeste uniquement le désir de conservation dont le but est de préserver les fonctions vitales
de l’homme.
Bergson : Matière et mémoire
« Le besoin de se nourrir n’est pas le seul. D’autres s’organisent autour de lui, qui ont tous pour objet la
conservation de l’individu ou de l’espèce ».

Au contraire, le désir se nourrit de l’imaginaire. Imaginer c’est transformer le besoin en désir. Le besoin
est réaliste tandis que le désir est toujours désir de l’impossible.
C/ LE PLAISIR DE LA RÊVERIE

De plus, même si le désir nous éloigne de la réalité, même si cet éloignement est dangereux, on peut
évoquer également le plaisir de la rêverie, l’ivresse de l’imagination. Plus la distance avec l’objet est grande,
plus l’imagination travaille, plus la jouissance est intense !

Rousseau La Nouvelle Héloïse


« Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de
ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. »
« En effet, l'homme (…) a reçu du ciel [de Dieu] une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il
désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte,
et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. (…) Le pays des
chimères est en ce monde le seul digne d'être habité […].

Rousseau dans La Nouvelle Héloïse définit le désir comme un « bonheur du juste avant ». En effet, le
désir se réalise dans la promesse de plaisir : « on jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu’on espère,
et l’on est heureux qu’avant d’être heureux.

D/ DÉSIRER C’EST SORTIR DE L’IMMÉDIATETÉ ET OUVRIR SA CONSCIENCE A LA


DIMENSION DU TEMPS

Si le désir consiste à prendre ses distances avec la réalité, c’est parce que désirer, c’est sortir de
l’immédiateté, ouvrir sa conscience à la dimension du temps et en particulier de l’avenir. C’est la raison
pour laquelle le désir est puissance d’action et de création. C’est parce que l’homme désire qu’il existe au
lieu de simplement vivre.

Louis Lavelle, dans Du temps et de l’éternité, écrit « non seulement le propre du désir c’est de s’élancer
vers l’avenir, mais encore peut-on dire que c’est lui qui crée l’avenir », et il ajoute « il n’y a d’avenir que
pour un être de désir ». Lavelle introduit non pas le projet, mais l’avenir, la trajectoire. Le temps de l’oubli
est aussi le temps du désir. Le mélancolique qui vit dans le passé est incapable de désirer.

Paul Valéry, dans L’âme et la danse, écrit « je n’aime rien tant que ce qui va se produire (…) la conscience
prospective brûle au feu de l’avenir ». Paul Valéry ne dit pas futur mais avenir. Alors que le futur est un
temps dans lequel les choses sont encore déterminées, l’avenir est l’ouverture d’un champ de possibles
infinis dans lequel il nous appartient de choisir. « L’avenir est la parcelle la plus sensible de l’instant ».
III/ RECONSCTRUCTION

A/ LE DÉSIR C’EST CE QUI TEND À DEVENIR RÉEL.

Le désir est un espace d’échange et de virtualité qui permet d’outrepasser le monde réel. Le désir introduit
le conditionnel dans la grammaire de l’action. Il étend pour nous la mesure des possibles. Désirer c’est
refuser le réel tel qu’il est et lutter pour ce qu’il devrait être. Le désir imaginaire est précisément non pas
fuite en dehors du monde réel mais dialectique entre le réel et l’irréel. Le désir n’est pas fuite vers l’irréel
mais au contraire capacité d’ouverture au monde réel. C’est parce que le désir est essentiellement lié à
l’imaginaire qu’il permet d’explorer le champ des possibles.

Ainsi, associer le désir à l’imaginaire, c’est rappeler que désirer c’est tenir le réel à distance, s’en affranchir,
le nier !

Ricoeur, dans les Leçons sur l’Idéologie et l’utopie, définit l’imagination comme une faculté de
modification, d’anticipation : « C’est dans l’imaginaire que je prends la mesure du je peux ».
« L’imaginaire introduit le conditionnel dans la grammaire de l’action ». Pour Ricoeur, le monde
imaginaire sert à configurer et reconfigurer le monde réel. Il est l’instrument même du projet. Il introduit
une rupture. Il ouvre une scène qui semblait close. C’est la raison pour laquelle le monde de l’imagination
possède une irrésistible puissance de séduction, une puissance qui appelle à la projection dans l’ailleurs.

B/ DÉSIRER C’EST REFUSER LE RÉEL TEL QU’IL EST ET LUTTER POUR CE QU’IL
DEVRAIT ÊTRE

Le Besoin est inscrit dans la réalité


Le Désir lui est négation de la réalité

Désirer c’est dire non !

Sartre dans l’Imaginaire « Pour qu’une conscience puisse imaginer il faut qu’elle échappe au monde par
sa nature même, il faut qu’elle puisse tirer d’elle-même une position de recul par rapport au monde. En
un mot, il faut qu’elle soit libre »

"Le désir n'est pas d'abord ni surtout une relation au monde. Sartre. Etre et néant

"Je pose en principe un fait peu contestable: que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le
donné naturel, qui le nie. (…) L'homme parallèlement se nie lui-même »
Georges Bataille, L'érotisme

Miracle du désir : Hannah Arendt dans la Crise de La Culture, offre une définition de l’homme, comme
faiseur de miracles. C’est parce que l’homme désire que l’on peut le définir comme un faiseur de miracles.
Par son désir, il a le pouvoir d’interrompre le cours des choses et de : « faire se produire ce qui sans lui
aurait très peu de chance d’arriver ». Le désir c’est la virtuosité, il étonne, il est puissance d’innovation.

On peut parler d’une démiurgie du désir. Le désir constitue en lui-même un évènement. Désirer c’est
initier, rompre avec le cours des choses, commencer qq chose de nouveau. Le désir est fondamentalement
épiphanique. Le désir introduit du désordre dans l’ordre. Il y a une virtuosité du désir. Le miracle du
désir c’est le miracle des origines.
C/ LE DÉSIR PRODUCTEUR DE VALEUR, LE DÉSIR CRÉE LA RÉALITÉ

Nous pourrions même pousser plus loin notre réflexion en montrant que le désir n’est pas seulement une
prise de distance, une prise de recul par rapport à la réalité, le désir crée la réalité.

Au lieu de penser le désir comme subordonné à la valeur de la chose désirée, le désir au contraire produit
la valeur de la chose désirée. Ainsi le désir précède son objet et le produit.

Ce n’est pas parce que la pomme est bonne que je la désire, mais c’est parce que je la désire qu’elle devient
bonne.
« Nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le voulons, ne le poursuivons, ne le désirons
pas, parce que nous jugeons qu’il est un bien, mais au contraire, nous ne jugeons qu’un objet est un bien,
que parce que nous nous efforçons vers lui, parce que nous le voulons, le poursuivons et le désirons. »
Ethique III. Spinoza.

Ainsi le désir, tient moins à l’attractivité de l’objet qu’à une disposition du sujet. Ainsi le désir est
souverain, c’est lui qui détermine la valeur des choses.

Jankélévitch dans Le sérieux de l’intention : « c’est l’amour immotivé qui rend l’aimé aimable, ce n’est pas
l’aimable qui est le motif raisonnable et bienséant de l’amour. »

Ainsi le désir amoureux reconstruit son objet en lui prêtant toutes les qualités.C’est le désir qui crée le
désirable.

Ce n’est donc pas la réalité qui est première mais bien le désir. Il fallait donc impérativement s’intéresser
à l’ordre des termes du sujet !
N’est-ce donc pas le désir qui est premier ? Paradoxalement, c’est le désir qui créé le désirable. Le désir
n’est pas subordonné à la valeur de la chose désiré, c’est lui-même qui créé le désirable. Paradoxalement,
le désir n’est pas désir d’un objet extérieur à lui mais c’est le désir qui précède son objet et le produit.

Par définition, paradoxalement, le désir est toujours injustifié et injustifiable. Il est irrationnel, inexplicable.
On pourrait parler d’une duplicité du désir, du sujet désirant, qui tente de se convaincre lui-même que
son désir est justifié.
Le désir est souverain. Non seulement le désir détermine la valeur des choses, mais il leur donne même
consistance et existence.

Au fond, la réalité n’existe que parce que nous la désirons.

D/ TRANSCENDANCE DU DÉSIR, LE DÉSIR COMME PRIÈRE

Enfin, si le désir transcende la réalité, c’est parce que tout désir d’un objet fini, est peut-être au fond, désir
d’infini, désir de l’absolu, désir de Dieu lui-même.

Le désir manifeste le caractère métaphysique de la condition humaine. L’homme est un être fini, dont la
conscience est infinie. Il est le seul être vivant à avoir l’idée de Dieu.

Flaubert Correspondance à Louise Colet. 21 mai 1853 : « une âme se mesure à la dimension de son désir,
comme l’on juge d’avance des cathédrales de leurs clochers »

Il y a une spiritualité du désir. C’est le désir qui fait de l’homme un être métaphysique au sens premier du
terme. Le désir est déjà en lui-même intuition de l’absolu, intuition de Dieu. Le désir constituerait la
preuve du divin en nous.
Descartes Méditations métaphysiques :
« "Car comment serait-il possible que je pusse connaître que je doute et que je désire, c'est-à-dire qu'il me
manque quelque chose et que je ne suis pas tout parfait, si je n'avais pas en moi aucune idée d'un être plus
parfait que le mien, par la comparaison duquel je connaîtrais les défauts de ma nature?"

Si je désire, c’est que je réalise qu’il me manque qq chose. Par conséquent, je suis un être imparfait. Or,
si désire cela signifie aussi que je possède une certaine idée de la perfection. La question serait donc de
savoir : qui a mis cette idée en moi ? Ainsi, le désir serait intuition de Dieu. Je désire donc je crois.
Pour Descartes, le désir de l'infini serait comme la preuve de l'existence de Dieu en moi.

De même, pour Augustin, fondamentalement, c'est Dieu que nous désirons. Le désir prépare la rencontre
avec le divin.

« Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir. Sans doute, ce que tu désires, tu ne le vois pas encore :
mais le désir te rend capable, quand viendra ce que tu dois voir, d'être comblé. »

Le désir est déjà intuition de Dieu, capable d'accueillir « ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas
entendu, ce qui n'est pas monté jusqu'au cœur de l'homme."

Pour Augustin, le désir est prière !

« Car ton désir est ta prière ; si le désir est continuel, la prière est continuelle. Ce n'est pas pour rien que
l'Apôtre a dit : Priez sans relâche. »

Il y a donc une autre prière, intérieure, inlassable : c'est le désir.

« Si tu ne veux pas cesser de prier, ne cesse pas de désirer. »

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