Outils pour l'évaluation des soins médicaux
Outils pour l'évaluation des soins médicaux
A. Vergnenègre
Résumé
Contexte L’évaluation de la qualité des soins est devenue
incontournable dans le monde médical. Certaines dispositions
réglementaires comme l’Evaluation des Pratiques Profession-
nelles (EPP) nécessitent une bonne connaissance des métho-
des.
État des connaissances Les différentes techniques utilisables
pour réaliser l’évaluation des soins sont présentées après avoir
été replacées dans leur contexte. On différencie deux grands
types d’outils. Le premier groupe comprend les techniques de
synthèse de l’information : conférences de consensus, recom-
mandations de pratiques cliniques (RPC), consensus formalisé
d’experts. Le deuxième groupe porte sur les outils de comparai-
son à un référentiel : l’audit clinique, l’audit clinique ciblé, la
revue de pertinence des soins. D’autres techniques moins usi-
tées sont également présentées, comme l’approche par proces-
sus, le chemin clinique, les méthodes spécifiques de la gestion
des risques par indicateur, les méthodes de résolution de pro-
blèmes (revue mortalité-morbidité), les méthodes d’analyse des
événements indésirables et le suivi des indicateurs.
Perspectives Ces méthodes doivent se généraliser car le
caractère réglementaire en France de l’EPP va favoriser leur
développement.
Conclusion La bonne connaissance des différents outils de
l’évaluation de la qualité est indispensable pour tous ceux qui
veulent développer ces techniques.
Correspondance : A. Vergnenègre
Service de l’Information Médicale et de l’Évaluation,
Hôpital du Cluzeau, CHU de Limoges, 51, avenue Dominique Larrey,
87042 Limoges Cedex.
avergne@[Link]
Rev Mal Respir 2006 ; 23 : 3S47-3S60 © 2006 SPLF, tous droits réservés 3S47
Doi : 10.1019/200530198
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• L’Agence Nationale pour le Développement plus général, on envisage cette évaluation dans le champ de la
de l’Évaluation en Médecine (ANDEM), créée en 1985, santé publique. Cette perspective pourra influer sur une
évalue la qualité des soins. approche collective de l’évaluation ou une approche indivi-
• En 1996 a été créée l’Agence Nationale duelle, notions que l’on retrouve dans l’évaluation des prati-
d’Accréditation et d’Évaluation en Santé (ANAES), puis ques professionnelles (EPP).
récemment en 2005 la Haute Autorité de Santé (HAS).
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Tableau I.
Orientation sur les méthodes utilisables dans le cadre de l’évaluation de la qualité des soins.
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– les données de la littérature concernant le thème choisi sont mandations professionnelles, de consensus d’experts ou de la
rares ou de faible niveau de preuve, voire contradictoires ; réglementation. Ces méthodes nécessitent un référentiel exis-
– l’organisation d’un débat public ne paraît pas justifiée, ce qui tant ou sa construction. C’est la raison pour laquelle, avant de
évite d’avoir à réaliser une conférence de consensus. se lancer dans telle ou telle technique, il est bon de regarder
Un CFE est particulièrement utile pour définir des listes quelles sont les sources de données disponibles, notamment
d’indications lorsqu’il s’agit de définir ou d’ordonner des dans la BFES.
interventions.
Le CFE se déroule en cinq phases : L’audit clinique [17]
– une phase préparatoire, visant à produire une analyse criti-
que de la littérature ; C’est la méthode la plus utilisée parmi les méthodes de
– une phase de cotation, qui se décompose en trois temps : comparaison dans le domaine de la santé. Elle a été dévelop-
– une première cotation individuelle des propositions de re- pée par l’ANDEM [1] avec comme objectif d’implanter l’éva-
commandations par chaque membre du groupe, luation de la qualité en France.
– une réunion du groupe de cotation qui permet de discuter Il s’agit d’une méthode centrée sur les pratiques de soins
des résultats, qui permet de les évaluer, à la fois en tant que pratiques pro-
– une deuxième cotation individuelle pour chaque mem- fessionnelles ou organisationnelles. Son champ est très large et
bre du groupe de cotation ; touche l’ensemble des domaines médicaux et paramédicaux.
– une phase de lecture par un groupe externe ; La méthode permet d’évaluer un service, un groupe de ser-
– une phase de finalisation du texte des recommandations vice, un établissement, un médecin, une pathologie, un acte
lors d’une réunion conjointe des groupes préparatoires et de soins, une prise en charge. Elle nécessite simplement l’éla-
de cotation ; boration du référentiel.
– une phase de diffusion et de mesure d’impacts. La méthode se déroule en six étapes comme le montre la
Elle nécessite de disposer d’un promoteur qui prend l’ini- figure 3 :
tiative du travail, d’un groupe préparatoire qui va synthétiser les – le choix du thème, en fonction de sa fréquence, du risque en-
données de la littérature, d’un groupe de cotation et d’un couru, de l’impact de santé publique ;
groupe de lecture. Le temps nécessaire à sa réalisation est de – le choix des critères qui doivent être élaborés à partir d’un ré-
l’ordre de six à neuf mois. Le CFE est une technique plus sou- férentiel, d’où l’intérêt de disposer d’une analyse de la littéra-
ple qui, dans le respect de ces indications, permet de produire ture, comme les conférences de consensus ou les RPC ;
assez rapidement des recommandations. Par rapport aux tech- – le choix de la méthode de mesure, étude rétrospective ou le
niques développées à l’étranger, comme la méthode Delphi ou plus souvent prospective, avec détermination de la source d’in-
la méthode des groupes nominaux, seules l’ANAES et l’HAS formation, de la taille de l’échantillon et de la feuille de recueil
ont introduit l’existence d’un groupe de lecture externe. Ce de données (qui doit toujours être testée avant sa réalisation) ;
groupe de lecture est important car il permet d’éviter de décon- – le recueil propre des données qui nécessite la mise en place
necter les recommandations des professionnels. d’une méthode d’organisation pour ce recueil ;
– l’analyse des résultats, traitement des informations re-
cueillies, calcul de l’écart entre les pratiques attendues et les
• La conférence de consensus est gérée par un comité
d’organisation.
• Coûteuse et difficile à organiser.
• Les recommandations de pratique clinique visent
à optimiser les soins dans des circonstances clini-
6. Élaboration des 1. Choix du sujet
ques données. recommandations et suivi
• Elles sont élaborées par un groupe de travail,
en tenant compte de l’avis d’experts.
• Le consensus formalisé d’experts s’applique à des
domaines où la littérature est faible et permet de 5. Analyse des résultats 2. Choix des critères
produire des recommandations rapidement.
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pratiques constatées, recherche éventuelle des causes des gramme de soins, peut porter sur l’indication, l’initiation et
écarts ; la poursuite des soins. Cette méthode a été plus particuli-
– enfin, plan d’action d’amélioration et de réévaluation, ce qui èrement développée dans le cadre de l’hospitalisation pour
est la caractéristique de l’audit clinique et qui en fait toute vérifier la pertinence des admissions ou des journées d’hospi-
l’importance. talisation dans un établissement de santé. Elle est dérivée d’un
Certains audits peuvent être répétés dans le temps, de outil, l’Appropriateness Evaluation Protocol (AEP) qui pourrait
façon à vérifier que la correction des écarts a bien été suivie être traduit en français par Protocole d’Évaluation de la Perti-
d’un effet positif. Ces audits cliniques ont surtout été déve- nence (AEPf : AEP France).
loppés par le personnel infirmier, comme par exemple sur la La pertinence est évaluée par une méthode d’audit à par-
pose de sonde urinaire, le lavage des mains, la pose des cathé- tir d’une grille de critères spécifiques. La particularité de cet
ters veineux courts. Ils ont fait l’objet d’appels d’offre réguliers audit est que l’évaluation pour chaque patient s’arrête dès que
de l’ANAES. Ils se développent maintenant dans le cadre de la séquence de soins est considérée pertinente. L’analyse ne se
l’EPP. Par exemple, dans le cadre du contrat de bon usage des poursuit que si elle ne l’est pas.
médicaments en secteur hospitalier, les prescriptions devront
être vérifiées par des audits cliniques. C-1 AEPf des admissions
On peut prendre comme autre exemple l’antibiopro-
Elle comprend 16 critères divisés en deux parties : 10 cri-
phylaxie en chirurgie propre, appliquée à la prothèse totale
tères liés à l’état de sévérité clinique du patient, 6 critères liés à
de hanche. Les résultats montrent que les procédures d’anti- la délivrance des soins. L’admission est jugée pertinente si l’un
bioprophylaxie sont insuffisamment définies, mal connues, des critères de la grille AEPf est présent.
notamment par les nouveaux arrivants dans les services, que le
délai entre la 1re et la 2e injection, lorsqu’elle est réalisée en
C-2 AEPf des journées d’hospitalisation
post-opératoire, n’est pas conforme aux recommandations. Il
est alors assez facile de proposer des actions d’amélioration, Cet outil AEPf comporte deux parties : une grille de critè-
comme la révision des procédures, les actions d’information, res explicites et une série de questions. Lors de l’évaluation des
notamment pour les nouveaux arrivants. journées d’hospitalisation, la réponse OUI à l’un des critères
L’audit clinique est peu adapté à l’analyse d’une organi- explicites de la grille indique que la journée est techniquement
sation et nécessite parfois d’avoir recours à des outils complé- pertinente, autrement dit, elle est expliquée soit par la fourni-
mentaires pour conduire la phase d’amélioration. ture de prescription médicale de haut niveau technique, soit
par l’état clinique du patient. Cette grille comprend 24 critè-
L’audit clinique ciblé [18] res divisés en 3 parties : 10 items se réfèrent aux soins médi-
caux, 6 aux soins infirmiers, 8 items à l’état clinique du patient.
Il s’agit en fait d’une méthode d’audit simplifiée. Cette
méthode permet à l’aide d’un nombre limité de critères de con- Applications
duire une démarche d’amélioration des pratiques dans des
délais brefs. Elle porte souvent sur une seule partie d’un thème Les grilles d’AEPf s’inscrivent dans une démarche d’auto-
clinique qui a été évalué par ailleurs. Si l’on prend l’exemple du évaluation, dont l’objectif est de rechercher les causes des jour-
guide d’évaluation et du traitement des pneumopathies com- nées non pertinentes. Leur analyse est donc primordiale. Une
munautaires [19], il est possible de réaliser un audit sur la prise fois la ou les causes identifiées, les professionnels de l’hôpital
en charge globale des pneumopathies depuis le diagnostic peuvent mettre en place des mesures correctives, en particulier
jusqu’à la thérapeutique ou, si l’on veut surtout s’intéresser à sur les causes internes. Un travail réalisé au CHU de Limoges,
l’antibiothérapie, de ne prendre en compte que la partie théra- [22] a montré que le service de neurologie de l’hôpital pouvait
peutique de ces pneumopathies et de regarder si les prescrip- perdre jusqu’à 4 lits/jour d’accueil des patients, dans l’attente
tions sont bien conformes aux recommandations. Il est assez d’examens complémentaires ou de résultats de scanner. La cor-
facile de sélectionner dans les critères proposés un nombre de rection de ces dysfonctionnements a permis un meilleur
critères plus faible permettant un recueil rapide de l’informa- accueil des patients neurologiques dans ce service.
tion [20]. L’HAS met en œuvre, depuis la fin 2004, un pro- L’AEPf a cependant un certain nombre de limites :
gramme d’audit clinique ciblé. Vingt-sept audits directement – il ne peut pas s’appliquer à toutes les spécialités ;
utilisables par les équipes ont été développés sur huit thèmes. Le – il ne doit pas servir à classer des services en fonction de la
projet est conduit dans 195 établissements de santé français. non-pertinence des journées ou des admissions ;
L’audit clinique ciblé est beaucoup plus facile à réaliser et amène – il ne faut pas décrire les causes de dysfonctionnement sans
des résultats rapides. Il est souple et nécessite peu de moyens. mettre en place de plan d’action ;
– on ne doit pas utiliser cette méthode pour mettre en avant
les déficits structurels sans traiter les déficits organisationnels.
La revue de pertinence des soins [21]
Les différentes grilles d’AEPf sont en annexe du docu-
Il s’agit d’une méthode permettant d’évaluer l’adéqua- ment produit par l’HAS [21]. Elles permettent de bien analy-
tion des soins aux besoins du patient. Elle s’applique à un pro- ser les besoins du patient, d’identifier les lieux d’hébergement
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les plus adaptés et de rechercher la cause principale de suivi des délais d’approvisionnement, des taux de destruction
l’admission de la présence du patient dans le service ce jour des produits, des quantités de culots prescrits, nouvelle évalua-
donné. L’intérêt de son enregistrement, notamment dans le tion un an plus tard avec les mêmes indicateurs.
service des urgences, permet d’avoir une idée sur le nombre de Ces méthodes de programme d’amélioration de la qua-
patients qui ont été adressés à tort à ce service. lité sont une approche globale d’une prise en charge, permet-
L’AEPf est une méthode de qualité de seconde intention, tant d’en améliorer les différentes étapes et notamment tout
qui vient souvent après l’audit ou le suivi d’indicateurs. Elle ce qui touche au caractère transversal des organisations. Elles
doit être intégrée dans une démarche qualité plus globale, elle sont plutôt développées dans des établissements qui ont déjà
amène des informations pertinentes aux établissements de l’habitude de ces techniques et qui ont déjà utilisé d’autres
soins. actions d’évaluation plus simples.
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de leurs effets et de leur criticité (AMDEC), qui a déjà été Il ne s’agit en aucun cas d’un jugement de valeur sur les inci-
présentée. dents survenus, et l’objectif est d’identifier et d’analyser les
événements graves ayant eu ce type de conséquences. Elles
peuvent être mises en place dans un service, un département
• L’approche par processus aborde directement la ou un établissement. L’objectif est d’identifier les événements
qualité des soins. évitables, de mettre en place les solutions pour éviter qu’ils se
• Elle se réfère à un logigramme qui précise toutes reproduisent. Elles se font dans le cadre de réunions spéciale-
les étapes des soins. ment dédiées au cours desquelles le médecin ayant analysé le
• Les programmes d’assurance qualité passent par dossier le présente. Celui-ci est discuté par l’équipe. Le groupe
plusieurs étapes : diagnostic, mise en œuvre recherche alors, en cas d’événement évitable, les actions à
d’actions, suivi. mettre en place pour que celui-ci ne se reproduise pas.
• Le chemin clinique reprend les étapes de la démar- Sur le plan juridique, les objectifs de ces réunions étant
che d’analyse et d’amélioration du processus de soins. clairement définis, leur existence ne modifie en rien les princi-
pes généraux de la responsabilité civile, pénale ou administra-
tive ou disciplinaire. Les comptes rendus sont clairement
distincts du dossier patient. Ces documents, anonymisés, non
L’approche par problème discriminants, non-identifiants, respectent les dispositions en
relevant du secret professionnel. Il faut donc rassurer les pro-
L’objectif de ces techniques est d’analyser un problème
fessionnels de santé quant à leur utilisation.
ou un dysfonctionnement afin d’éviter sa réapparition.
L’intérêt de la méthode est :
– d’assurer un retour d’expérience essentiel et de tirer les ensei-
Méthode de résolution de problèmes gnements des erreurs et situations particulières ;
– d’assurer la transparence et la cohésion de l’équipe ;
Il s’agit là encore d’une technique issue de l’industrie,
– d’améliorer la sécurité des soins.
développée dans un premier temps au Japon. Elle repose sur
Une organisation précise est nécessaire, de façon à éviter
une suite logique d’étapes concernant à lister les problèmes,
les mises en causes individuelles.
puis à choisir un problème prioritaire pour l’établissement,
identifier les causes, déterminer le poids de chaque cause, rete-
nir les causes essentielles, choisir la solution et mettre en place
• La méthode de résolution de problèmes détermine le
la correction. Pour l’analyse du problème, de nombreux outils
problème prioritaire et choisit une solution.
sont disponibles et l’on peut faire référence au document de
l’ANAES [23]. Nous ne les détaillerons pas, mais l’on peut uti- • Les revues de mortalité-morbidité ont pour objectif
liser une feuille de relevés des données, des histogrammes clas- d’identifier et d’analyser les événements graves et de
sant les problèmes par ordre décroissant (diagramme de proposer des solutions.
Pareto), le diagramme causes-effets, qui est largement utilisé
dans le domaine de la santé, le QQOQCP (quoi ? qui ? où ?
quand ? comment ? pourquoi ?), les logigrammes.
Méthode d’analyse des causes
Le choix de l’outil utilisé sera fonction de l’expérience des
personnes impliquées et du temps et des moyens disponibles. d’un événement indésirable
Les exemples de résolution de problèmes sont multiples. Dans Tous les outils que nous avons déjà évoqués pour la réso-
un domaine relativement simple concernant l’accueil des lution de problèmes peuvent être appliqués à l’analyse struc-
patients, un établissement a mis en place une résolution de pro- turée d’un événement indésirable pour en identifier les causes
blèmes pour améliorer la qualité de la prise en charge : l’identi- immédiates et les causes plus profondes. Les diagrammes cau-
fication des causes d’attente à l’arrivée des patients dans le ses-effets sont particulièrement utiles.
service de soins a permis de sélectionner trois causes Il existe un lien entre les revues mortalité-morbidité et
principales : le départ tardif du patient précédent, la mauvaise les analyses des événements indésirables, tels qu’ils sont étu-
planification des entrées, le départ simultané des patients diés en gestion des risques. Les revues de mortalité-morbidité
entraînant les difficultés de préparation des chambres. L’attente doivent faire l’objet d’une politique institutionnelle inscrite
des patients qui était de l’ordre de 30 minutes a été diminuée de au Projet d’Etablissement et décrite dans le règlement inté-
80 % après la mise en place des actions correctrices. rieur. Une grande liberté doit être laissée au service pour
déterminer leurs modalités de fonctionnement.
Les revues de mortalité-morbidité [26] La figure 4 montre la relation pouvant exister entre les
deux thèmes. La revue mortalité-morbidité n’a pas comme
Elles sont très employées en milieu anglo-saxon, alors objectif de réduire les déclarations de risques. C’est un dispo-
qu’en France elles sont pour l’instant encore peu développées. sitif complémentaire de l’analyse de la gestion des risques.
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Fig. 5.
Suivi longitudinal du taux de chutes dans un établissement
pour personnes âgées.
Fig. 4.
Relation entre les revues mortalité-morbidité et la gestion des
risques. RMM : Revue Mortalité-Morbidité.
Les indicateurs suré de la même façon pour autoriser le suivi dans le temps
[28]. Des analyses statistiques plus poussées peuvent être asso-
Les indicateurs sont maintenant largement utilisés dans les
ciées à ce type de démarche. Utiliser un indicateur nécessite de
démarches d’évaluation. Ils sont également très largement utili-
connaître et de comprendre les variations obtenues.
sés dans la gestion des risques, dans le processus d’accréditation
Les indicateurs sont facilement compréhensibles par les
des établissements. Ceux-ci mettent en place des suivis longitu-
professionnels car ils s’intègrent à l’exercice médical. Ils peu-
dinaux d’indicateurs pour répondre à certains thèmes du for-
vent également faciliter l’EPP et sont donc facilement com-
mulaire d’accréditation. On peut citer de nombreux exemples
préhensibles par l’ensemble des intervenants.
où ces indicateurs sont maintenant largement utilisés :
Les limites de l’utilisation de ces indicateurs reposent sur
– les comités de lutte contre les infections nosocomiales sur-
leur qualité (en terme de validité), sur la lourdeur éventuelle
veillent de nombreuses pathologies par des mesures répétées de
du recueil (si les données ne sont pas disponibles dans le sys-
prévalence. Le principe est celui des tendances séculaires, c’est-
à-dire que l’on surveille au fil du temps la survenue d’un inci- tème d’information). C’est la raison pour laquelle il vaut
dent et que le dépassement d’un seuil préalablement fixé va dé- mieux essayer de limiter leur nombre lorsque l’on démarre
clencher une enquête d’analyse d’écarts et des mécanismes de cette approche et toujours essayer de valider le système
correction ; d’information permettant le recueil.
– parallèlement, un grand projet national, coordonné par
l’INSERM et l’ANAES, le projet COMPAQH (coordination
pour la mesure de la performance et l’amélioration de la qua- La recherche évaluative
lité hospitalière) [27], a permis de sélectionner un certain
nombre d’indicateurs adaptés à chaque type de structure de La recherche évaluative, telle que nous l’avons définie
prise en charge (Médecine Chirurgie Obstétrique, centre de plus haut, porte sur plusieurs thèmes :
lutte contre le cancer, psychiatrie, soins de suites et de réadap- – l’utilisation de l’épidémiologie ;
tation). Ces indicateurs peuvent être facilement utilisés dans le – les techniques économiques ;
cadre des établissements de soins et de l’évaluation des prati- – les mesures d’évaluation des interventions ; comme les étu-
ques professionnelles en établissement. Les thèmes couverts des « ici-ailleurs » ou « avant-après » ;
correspondent à des pathologies fréquentes en santé publique, – la maîtrise statistique des processus de santé (MSPS) [28].
comme les accidents vasculaires cérébraux, les césariennes, Elle est issue de l’industrie est adaptée au suivi en con-
l’infarctus du myocarde. L’ensemble des expériences interna- tinu d’indicateurs pour une amélioration dynamique de la
tionales indique que le nombre moyen d’indicateurs utilisables qualité d’un processus. Son objectif est de comprendre la
et applicables est de l’ordre de 5 à 20. En contrepartie, ces in- variation des valeurs recueillies (notamment pour les indica-
dicateurs doivent avoir un fort pouvoir de dépistage de phéno- teurs) et d’appliquer cette variation à une nouvelle forme de
mènes relatifs à la qualité des soins ; pilotage des institutions. Elle repose sur une mesure spécifi-
– d’autres indicateurs peuvent avoir comme référence des va- que (la capabilité) qui établit un rapport entre la performance
leurs internes à un établissement. L’exemple du suivi d’un taux réelle d’un procédé et la performance demandée. Les disper-
de chutes est présenté sur la figure 5. L’indicateur doit être me- sions d’un processus peuvent être dues à deux grandes causes :
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– les causes communes, les plus nombreuses, qui sont dues au Ceci a eu comme conséquence de développer une dynamique
hasard et qui sont utilisées par les statistiques ; d’évaluation dans les établissements et des programmes
– les causes spéciales qui sont les causes identifiables, irréguliè- d’amélioration de la qualité. La nouvelle version du manuel
res, instables et difficiles à prévoir. L’apparition d’une cause d’accréditation [29] concerne, dans son chapitre IV, l’évalua-
spéciale nécessite une intervention sur le procédé. La MSPS tion des pratiques professionnelles. Il est clairement écrit que
prévient l’apparition de ces causes spéciales car la dispersion des pathologies, des indicateurs, doivent être utilisés dans un
sera visualisée en temps réel sur une carte de contrôle. objectif qualité à l’intérieur des établissements et que ceux-ci
Plusieurs outils sont utilisables dans cette technique : doivent préciser la nature exacte des actions entreprises.
– les cartes de contrôle ou de suivi, tel que le taux de chute pré- L’intérêt est que la participation à ces actions collectives impli-
senté dans la figure 4 ; que, pour les médecins, l’évaluation individuelle des pratiques
– le journal de bord ou de suivi : c’est un document sur lequel professionnelles. Le développement de l’accréditation est
sont consignées les interventions et les modifications effec- donc très important pour suivre la dynamique mise en place.
tuées sur les processus et les anomalies rencontrées. Il est asso-
cié en fait à la carte de suivi de l’indicateur ; L’obligation individuelle d’EPP
– les indicateurs dits de « capabilité ». Ils permettent de déter- pour les médecins
miner si un processus d’étape doit obtenir des résultats confor-
mes à des spécifications formulées par ailleurs. Ces indicateurs Alors que les décrets en 1999 avaient insisté sur l’impor-
sont spécifiques à chaque indicateur choisi. tance de cette évaluation en médecine ambulatoire, quelle soit
Les principaux domaines d’application de la MSPS sont individuelle ou collective, la loi du 13 août 2004 a de nou-
le suivi chronologique d’un indicateur sur un thème précis et, veau souligné l’obligation pour tout médecin de participer à
au niveau institutionnel, l’évaluation de la qualité des établis- des EPP. Des commissions se sont mises en place au niveau de
sements. Il s’agit alors d’une démarche s’intéressant à une bat- l’HAS et ces actions vont être entreprises à grande échelle à
terie de l’indicateur prédéfini. partir de 2006 [2].
Ces techniques ont essentiellement été développées au
niveau des hôpitaux nord-américains De nombreux exemples L’obligation de Formation Médicale Continue
d’application de la MSPS sont donnés dans le document de
l’HAS [28]. Il touche le plus souvent le domaine de l’infectio- Celle-ci est prévue par la loi de santé publique du 9 août
logie et des pathologies nosocomiales, mais on peut égale- 2004 et par le décret du 14 avril 2005. Une forme recom-
ment l’utiliser pour analyser un programme de formation à la mandée de Formation Médicale Continue est la participation
qualité des soins aux urgences, l’insatisfaction des patients en à des actions d’évaluation et notamment d’EPP [2].
consultation, la variabilité d’un examen paraclinique (comme On voit que ces différentes obligations réglementaires
la mesure du débit de pointe chez l’asthmatique). Ces techni- replacent l’évaluation des pratiques au centre du système. La
ques demandent des compétences statistiques particulières et pertinence des soins réalisés, la gestion des risques, les actions
ne sont en tout cas pas applicables directement lorsque l’on d’évaluation et d’amélioration, que ce soit en médecine
met en place des actions d’évaluation de la qualité des soins. ambulatoire ou en établissement, sont donc devenus plus
familières aux différents professionnels de santé, notamment
médicaux [2]. Le développement d’une banque de référentiels
• La recherche évaluative, issue de l’industrie, d’EPP, l’utilisation de méthodes simples dans un premier
suit en continu des indicateurs pour une amélioration temps, comme l’audit clinique, l’analyse de processus, le che-
dynamique de la qualité d’un processus. min clinique et les indicateurs doivent permettre de garder
cette dynamique. La difficulté est la pérennité de la démarche
comme cela a été montré au CHU de Grenoble [30]. Cinq
ans après le début du PAQ, seuls 20 % des services restaient
Les outils d’évaluation de la qualité actifs. Il reste encore du chemin à parcourir pour que ce con-
des soins dans le contexte réglementaire cept soit complètement adopté dans notre pays.
sur la qualité
Trois grands domaines sont concernés en médecine par • L’accréditation, mise en place en 1997, a permis de
l’évaluation de la qualité des soins. développer une dynamique d’évaluation dans les éta-
blissements et des programmes d’amélioration de la
qualité.
L’accréditation des médecins
• La participation à ces actions collectives permet l’éva-
et des équipes médicales
luation individuelle des pratiques professionnelles.
Depuis la mise en place de l’accréditation en 1997, de • La formation continue est obligatoire depuis 2004. Elle
nombreux établissements ont eu leur visite d’accréditation. englobe la participation obligatoire à des actions d’EEP.
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A. Vergnenègre
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