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Faut-il une Constitution écrite au Royaume-Uni ?

Ce document analyse les avantages potentiels d'une constitution écrite pour le Royaume-Uni, notamment en termes de stabilité juridique et de protection des droits fondamentaux. Actuellement, le Royaume-Uni ne possède pas de constitution formelle mais une constitution non écrite basée sur des lois, coutumes et documents historiques.

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Faut-il une Constitution écrite au Royaume-Uni ?

Ce document analyse les avantages potentiels d'une constitution écrite pour le Royaume-Uni, notamment en termes de stabilité juridique et de protection des droits fondamentaux. Actuellement, le Royaume-Uni ne possède pas de constitution formelle mais une constitution non écrite basée sur des lois, coutumes et documents historiques.

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Dissertation : Le Royaume-Uni devrait-il se doter d'une Constitution ?

La citation d'Elizabeth II, "La Constitution britannique a toujours été


déroutante et le sera toujours," évoque la complexité inhérente du système
constitutionnel britannique. La monarchie constitutionnelle du Royaume-Uni repose
sur des traditions non écrites, des coutumes et des précédents, créant ainsi un ordre
constitutionnel unique et parfois difficile à appréhender. La déclaration de la reine
souligne le caractère évolutif et souvent ambigu de cette Constitution, posant ainsi
les bases d'une réflexion sur la nécessité ou non d'adopter une constitution écrite
formelle. Elle suggère que, face aux défis contemporains, la clarté et la définition
d'une structure constitutionnelle pourraient devenir des enjeux cruciaux.
Pour comprendre en quoi le royaume-uni devrait se doter d’une constitution
écrite, il faut comprendre ce que cela signifie. Une constitution est tout d’abord en
son sens juridique, la plus haute des normes juridiques, ce qui veut dire que les
autres normes doivent se conformer à elle. La constitution définit l’ensemble des
Règles relatives à la structure et au fonctionnement des pouvoirs publics, les règles
qui encadrent l'organisation économique ou sociale de l'Etat et Déclarations de droit:
dispositions qui énoncent des droits et des libertés fondamentaux (ex: DDHC de
1789). Les constitutions écrites sont généralement élaborées de manière solennelle
pour marquer clairement les limites des pouvoirs publics. Elles sont souvent le
résultat de processus constitutionnels formels. L'objectif principal est de rendre les
règles fondamentales de l'État accessibles aux citoyens. Tandis que les constitutions
non écrites reposent sur des règles coutumières qui se développent au fil du temps
et sont acceptées par la société en tant que normes constitutionnelles. Ces
constitutions ont l'avantage de s'adapter plus facilement à l'évolution du système
politique. Historiquement, le Royaume-Uni a forgé son identité constitutionnelle sans
le recours à un document écrit unique, s'appuyant plutôt sur des lois fondamentales,
des conventions et des pratiques établies au fil des siècles. Ces règles découlent de
l’histoire, en effet, la Grande Bretagne par exemple à un processus coutumier pour
le principe de la dissolution de la chambre des communes et le principe de la
nomination du chef de la majorité du premier ministre. Aujourd'hui la
Grande-Bretagne est le seul pays à arborer une constitution non écrite. Cependant
les constitutions non écrites ne sont jamais purement non-écrites, la Grande
Bretagne à une constitution partiellement coutumière, des coutumes
constitutionnelles avec le système de common law mais à aussi des règles
constitutionnelles écrites avec le système de statut law. Le systeme de Common law
est un ensemble de règles fondées sur des précédents, c'est-à-dire de règles qui
guident les juges appelés plus tard à prendre des décisions dans des causes
semblables. De plus, certains textes écrits ont valeur constitutionnelle comme la
“grande charte de 1215” ou encore le texte “Bill of rights de 1689”.
La nécessité d'une constitution écrite au Royaume-Uni revêt une importance
pratique et théorique. Elle soulève des questions pressantes liées à la stabilité
juridique dans un monde en mutation, à la protection des droits fondamentaux dans
une société en évolution, à la flexibilité constitutionnelle ancrée dans la tradition
britannique et au respect profond des coutumes constitutionnelles. Ainsi, notre quête
ne se limite pas à une analyse théorique, mais explore les implications concrètes de
cette décision sur la vie quotidienne des citoyens et sur la pérennité des institutions.
Face aux évolutions politiques et sociales contemporaines, est-il opportun
pour le Royaume-Uni de franchir le pas et d'adopter un document constitutionnel
écrit, à l'image d'autres démocraties occidentales?
Pour éclairer ces enjeux cruciaux, il faut s’intéresser aux avantages potentiels
qu'une constitution écrite pourrait insuffler au Royaume-Uni. Puis, dans un second
volet, nous plongerons dans les arguments qui s'opposent à l'adoption d'une
constitution écrite.

I - Les Avantages Inhérents à une Constitution Formellement Rédigée dans le


Contexte Britannique

Tous les pays ne sont pas dotés d’une Constitution. Ceci-dit, en posséder une révèle
certains avantages, aussi bien en termes de stabilité et prévisibilité juridique (A),
qu’en termes de protection des droits fondamentaux (B).

A. La stabilité et prévisibilité juridique issue de la Constitution écrite

La stabilité et la prévisibilité juridique sont deux éléments essentiels pour le


bon fonctionnement d’un système politique et juridique. La Constitution d’un pays
joue un rôle central dans l’établissement de ces éléments. La Constitution établit le
fondement légal sur lequel toutes les autres lois et réglementations du pays
reposent. En définissant les principes, les valeurs et les structures fondamentales du
gouvernement, elle crée un cadre juridique stable. De plus, une constitution limite le
pouvoir du gouvernement en définissant clairement les compétences et les
responsabilités de chaque branche (exécutif, législatif, judiciaire). Cela évite les abus
de pouvoir et crée une atmosphère stable où chaque branche exerce ses fonctions
conformément à la loi. Elle permet également la sécurité des individus et des
entreprises et donc plus généralement des acteurs de la société. En énonçant les
limites du pouvoir gouvernemental, la constitution protège les droits individuels et
offre une prévisibilité quant à la manière dont le gouvernement peut agir. Cela
contribue donc également à instaurer la confiance des citoyens envers le
fonctionnement du gouvernement, d’où la prévisibilité juridique. A titre d’exemple, en
ce qui concerne les pays possesseurs d’une Constitution, les États-Unis ont une
constitution écrite, adoptée en 1787, qui est la plus ancienne constitution écrite
encore en vigueur. De même, la France possède une constitution écrite adoptée en
1958, qui a été modifiée plusieurs fois depuis. En effet, la Constitution se modifie de
façon conditionnée et obligatoire d’un certain point de vue. C’est par ailleurs ce
qu’évoque Dominique Rousseau dans “Le moment politique de la révision” (doc 5).
Celui-ci souligne les limites comme conditions telles que les délais de modification
de la Constitution ou les moments où cela s’effectue. Par exemple, l’article 89 de la
Constitution de 1958 prévoit qu’il est interdit de la réviser lorsqu'elle porte atteinte à
l’intégrité du territoire. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le cas du Royaume-Uni qui n'a
pas de constitution écrite formelle, mais une constitution non écrite basée sur des
lois, la séparation des pouvoirs, des coutumes et des documents historiques. Le
système juridique anglophone est en effet basé sur la “common law”, donc un
système dans lequel la jurisprudence est une source importante de droit. Ainsi, ce
royaume peut avoir rencontré certaines difficultés dues à l’absence d’une
Constitution écrite. Par exemple, il n’existe pas de texte constitutionnel unique qui
énonce les droits et devoirs des citoyens et des gouvernants. Cela conduit à une
certaine confusion quant à la portée et l’application des lois. Cette lacune
constitutionnelle a été particulièrement évidente lors du processus du Brexit.
L'absence d'une constitution écrite détaillée sur la manière de gérer le retrait de
l'Union européenne a créé des défis juridiques et politiques. Les questions relatives
à la manière dont le gouvernement devrait exercer ses pouvoirs exécutifs, le rôle du
Parlement dans le processus de négociation, et la consultation des citoyens ont été
source de débats complexes. Les tribunaux ont été appelés à interpréter les
pouvoirs constitutionnels et à trancher des litiges, mettant en lumière les défis
associés à l'absence d'une constitution écrite claire et détaillée pour guider de telles
situations.

Après avoir exploré en détail la stabilité et la prévisibilité juridique conférées par une
Constitution écrite, examinons maintenant un autre aspect essentiel : la protection
des droits fondamentaux. Si la première sous-partie a souligné l'importance d'un
cadre légal solide pour la stabilité, cette seconde sous-partie se concentre sur la
garantie des droits individuels, mettant en lumière une facette cruciale de l'utilité
potentielle d'une Constitution écrite.

B. La protection des droits fondamentaux par la Constitution

La Constitution mentionne des droits fondamentaux pour les individus.


Certains pays les déclarent dans le préambule. Par la protection des droits
fondamentaux, on sous-entend la liberté ou bien l’égalité par exemple. Cela peut se
traduire par la limitation des pouvoirs de l’Etat pour protéger les individus d’éventuels
abus, avec également des mécanismes de contrôles constitutionnels (cours
constitutionnelles / suprêmes), ou plus largement des recours juridictionnels. En fait,
les constitutions prévoient souvent des mécanismes qui permettent aux individus de
porter plainte devant les tribunaux en cas de violation de leurs droits fondamentaux.
De même, il existe dans certaines constitutions des dispositions qui interdisent
toutes sortes de discriminations. Enfin, il existe également des engagements envers
les traités internationaux, où certains pays intègrent dans leur constitution des
dispositions qui reconnaissent et garantissent les droits énoncés dans les traités
internationaux relatifs aux droits de l'homme, démontrant ainsi un engagement
envers les normes internationales.
Pour reprendre l’exemple de la Constitution française de 1958, celle-ci contient dans
son préambule une référence à la DDHC de 1789, aux compléments qui lui ont été
apportés en 1946. Certains droits ou libertés sont affirmés dans d’autres passages
du texte constitutionnel. C’est notamment le cas de l’égalité devant la loi, la liberté
de conscience et la laïcité dans l’article 1er, le cas aussi du droit de suffrage et
l’égalité d’accès aux mandats électifs à l’article 3, mais encore la liberté d’expression
et d’action des partis dans l’article 4, la liberté individuelle et l’interdiction de la
détention arbitraire dans l’article 66 ou bien même la libre administration des
collectivités territoriales au sein de l’article 72. Finalement, les principes et les droits
contenus dans le corps de la Constitution, auxquels s’ajoutent ceux qui résultent de
la DDHC et ceux du préambule de la Constitution de 1946, constituent depuis 1971
un corpus de règles susceptibles d’être appliquées par le Conseil constitutionnel
dans le cadre de son contrôle de la constitutionnalité des lois et des traités. C’est par
ailleurs ce qui constitue le bloc de constitutionnalité, dont le conseil d’Etat assure le
respect, et qui est complété par la Charte de l’environnement de 2004 depuis 2005.
En ce qui concerne les droits fondamentaux britanniques, on peut penser que
ceux-ci sont moins protégés, puisqu’ils ne sont pas écrits. Ils sont simplement
reconnus par la common law, au sein des tribunaux qui ont le pouvoir de les
protéger (les droits). Il existe également des conventions constitutionnelles non
écrites qui guident le comportement des institutions gouvernementales. Par
exemple, la convention selon laquelle le Premier ministre doit être membre du
Parlement. Enfin, en ce qui concerne la protection des individus contre les abus de
pouvoirs, bien que le Parlement britannique soit souverain et puisse, en théorie,
adopter ou abroger n'importe quelle loi, il existe des limites politiques et juridiques à
son pouvoir, notamment les principes constitutionnels énoncés dans des documents
tels que la Magna Carta et la Bill of Rights de 1689.

Si la première partie nous a permis de considérer les bénéfices envisageables d'une


Constitution formelle, la seconde partie nous invite à examiner de près les critiques
et les réticences qui entourent cette perspective, jetant ainsi une lumière contrastée
sur le débat crucial entourant la gouvernance constitutionnelle au Royaume-Uni.

II. Les Fondements en Faveur du Maintien de l'Ordre Constitutionnel Actuel au


Royaume-Uni

Les arguments en défaveur de l’adoption d’une constitution écrite existent. Le


système britannique détient une remarquable capacité d’adaptation grâce à la
flexibilité de la coutume constitutionnelle (A). Seulement, l'importance du respect de
la tradition constitutionnelle britannique comme source de stabilité politique est
également un atout majeur liée à la non-rédaction de la constitution (B).

A. Capacité d'adaptation en fonction de l'évolution du système politique

Un argument central contre l'adoption d'une Constitution écrite repose sur la


capacité remarquable du système politique britannique à s'adapter de manière
flexible aux changements politiques. Cette flexibilité, fondée sur la coutume
constitutionnelle, offre une souplesse permettant d'ajuster le système politique aux
réalités changeantes. Pierre Avril souligne que cette adaptabilité résulte du fait qu'il
est plus aisé de résoudre des problèmes avec plusieurs sources évolutives, plutôt
qu'avec un texte figé depuis des années, difficile à modifier. Avec un système
constitutionnel non écrit, les règles peuvent être ajustées et appliquées à des
problèmes contemporains, contrairement à une Constitution écrite, souvent conçue
pour une époque spécifique. Par exemple, la flexibilité du système britannique a été
démontrée pendant la pandémie de COVID-19, où des mesures exceptionnelles ont
été mises en place sans nécessiter de modifications constitutionnelles rigides. En
mettant l'accent sur la capacité organique du système britannique à évoluer, cela
montre que l'absence d'une Constitution écrite favorise l'adaptabilité aux
circonstances spécifiques. Les partisans de cette perspective estiment que cette
souplesse permet une meilleure réponse aux défis contemporains, sans être
entravée par des dispositions constitutionnelles rigides. Ainsi, la Constitution serait le
fruit de l'évolution naturelle d'un pays, de ses traditions et de ses usages. Les
conventions constitutionnelles, telles que celles ayant permis à la Grande-Bretagne
de passer d'un régime monarchique à un régime parlementaire, attestent de cette
capacité d'adaptation dynamique du système. Par ailleurs, la flexibilité
constitutionnelle offre une plus grande facilité pour répondre aux attentes
changeantes de la société. Par exemple, l'évolution des droits des minorités ou la
reconnaissance de nouveaux droits individuels peuvent être mieux pris en compte à
travers des mécanismes souples, plutôt qu'une Constitution formelle qui peut
nécessiter des processus complexes et prolongés pour tout amendement.

Après avoir examiné la capacité d'adaptation du système politique britannique dans


la première sous-partie de notre deuxième volet, concentrons-nous maintenant sur
le respect de la tradition constitutionnelle . Alors que la flexibilité constitutionnelle a
été au centre de notre discussion précédente, cette section met en avant le rôle
prépondérant de la coutume dans le maintien de l'équilibre politique au
Royaume-Uni, soulignant ainsi les arguments contre l'adoption d'une Constitution
écrite.

B. Respect de la tradition constitutionnelle britannique

Pierre Avril met en avant le rôle prépondérant de la coutume constitutionnelle dans


le maintien de l'ordre politique au Royaume-Uni. Selon lui, cette tradition non écrite
offre une source de stabilité et d'équilibre, enracinée dans l'histoire du pays. Les
partisans de cette perspective estiment que la tradition a sa propre force normative,
éliminant ainsi la nécessité d'une Constitution écrite. En Grande-Bretagne, la
coutume constitutionnelle, illustrée par le processus coutumier de la dissolution de la
Chambre des communes et de la nomination du chef de la majorité au poste de
Premier ministre, permet une adaptation harmonieuse en fonction de l'évolution du
système politique. Les règles coutumières seraient ainsi en accord avec la société
dont elles émanent. Un autre aspect crucial est la simplicité et la clarté du système
constitutionnel britannique basé sur la tradition. La complexité potentielle d'une
Constitution écrite, avec ses multiples articles et amendements, pourrait rendre
difficile la compréhension et l'application de la loi pour le citoyen moyen. En
revanche, la tradition constitutionnelle britannique, bien qu'elle puisse paraître non
écrite, est ancrée dans la pratique quotidienne, facilitant ainsi une compréhension
plus accessible. Les opposants à l'adoption d'une Constitution écrite soutiennent que
la flexibilité du système britannique, ancrée dans la tradition, est une force majeure.
Ils soulignent que la coutume constitutionnelle permet au Royaume-Uni de maintenir
son identité politique spécifique, évoluant au fil du temps sans sacrifier les valeurs
fondamentales. Cette perspective met en avant le caractère organique et progressif
du développement constitutionnel britannique, soulignant que la stabilité du pays
depuis des siècles est en partie due à cette adaptabilité sans entrave. Les
problèmes pratiques liés à la détermination de ce qu'il faut inclure ou exclure dans
une Constitution écrite pourraient être difficiles à résoudre et pourraient
compromettre le pouvoir du Parlement d'examiner minutieusement les ministres au
nom du public. En effet, l'Angleterre a maintenu une stabilité politique exceptionnelle
au cours des siècles, contrairement à de nombreuses nations européennes qui ont
été contraintes d'établir des Constitutions en réponse à des révoltes populaires ou à
la guerre, une situation qui n'a jamais été expérimentée en Angleterre.


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