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Billard et le nombre π : une étude

Ce document démontre mathématiquement que le nombre de collisions entre deux boules de billard dépend des premiers chiffres après la virgule de π. Il utilise la conservation de l'énergie et de la quantité de mouvement ainsi qu'une représentation graphique pour généraliser le résultat à un nombre N quelconque de chiffres après la virgule.

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Billard et le nombre π : une étude

Ce document démontre mathématiquement que le nombre de collisions entre deux boules de billard dépend des premiers chiffres après la virgule de π. Il utilise la conservation de l'énergie et de la quantité de mouvement ainsi qu'une représentation graphique pour généraliser le résultat à un nombre N quelconque de chiffres après la virgule.

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[LPHYS1351] Projet personnel : Jouer au billard avec l’aide du nombre π

Mariaul Thomas - Université Catholique de Louvain - 2023


Projet encadré par le Professeur Christian Hagendorf

Le nombre π se retrouve dans beaucoup de situations : dans un cercle, dans des intégrales mais aussi sur le billard. Démontrons
cela en quelques pages grâce à une méthode graphique. Ensuite allons plus loin grâce à une simulation numérique.

INTRODUCTION Regardons maintenant quand la boule n°2 vient taper


contre la bande. A ce moment-là, la vitesse change d’orien-
Prenons deux boules de billard et plaçons-les sur une tation en gardant la même norme (comme à la Figure 2).
table comme représenté à la Figure 1 avec une balle L’énergie est conservée mais la quantité de mouvement
de masse m entre une bande et une balle de masse M change étant donné que le signe de la vitesse de la bille
plus lourde. Choisissons comme conditions initiales que n°2 change alors que celle de la boule n°1 ne change pas.
la masse m est au repos et que l’autre arrive de l’infini
avec une grande vitesse. Si le rapport des masses vaut
M N
m = 100 alors le nombre de collisions total est égal
aux N+1 premiers chiffres de π (i.e. un 3 suivi des N
premières décimales). Une série d’exemples est montrée
dans la Table I. Le premier a avoir démontré ceci est G.
Galperin [1].
Figure 2: Représentation de la vitesse de la boule n°2 avant
et après collision avec le mur.

Figure 1: Représentation du billard. Deux masses identiques

Analysons la situation pour N = 0, soit M = m comme


DÉMONSTRATION GRAPHIQUE
représenté à la Figure 3. La boule n°2 est au repos tandis
que l’autre arrive avec une grande vitesse (A). Quand les
boules se cognent, la boule n°2 part avec la même vitesse
Pour démontrer que le nombre de collisions vaut bien que la n°1 avant la collision alors que la boule n°1 reste sur
les N + 1 premiers chiffres constituant π, nous allons place (B) par les lois de conservation (1). Elle va ensuite
utiliser la méthode graphique de G. Sanderson [2]. cogner le mur (C), la vitesse va donc changer de signe et
Prenons une table de billard sans frottement à une di- retaper la boule n°1 qui va partir avec la même vitesse
mension. Appelons boule n°1 la boule la plus lourde (avec que sa vitesse initiale mais positive (D). Nous avons trois
la masse M ) et boule n°2 l’autre bille. Prenons la bande collisions au total, ce qui valide notre hypothèse pour
comme origine avec l’axe des x positivement vers les billes N = 0.
comme sur la Figure 1. Nous considérons les billes comme
des points.

Différentes collisions

Lorsque les deux boules se cognent, nous avons une


conservation de la quantité de mouvement ainsi qu’une
conservation de l’énergie qui peuvent être représentées par
les équations (1) où u sont les vitesses d’avant collision et
v les vitesses d’après collision :

 Figure 3: Représentation du problème quand M=m.


M v1 + mv2 = M u1 + mu2
(1)
M v12 + mv22 = M u21 + mu22 .
2

N quelconque jusque que u2 ≤ u1 et que u2 ≥ 0. A ce moment, la


situation est dans la zone rouge de la Figure 4, on ne va
Pour le problème à N quelconque, aidons-nous de la plus avoir de collision.
Figure 4 où nous pouvons représenter toutes les situations Appelons Θ l’angle entre une droite penchée et une droite
en fonction des différentes vitesses de nos boules. A tout verticale. Tout les angles entre une droite verticale et une
moment, la transcription des différentes vitesses sur penchée mesurent aussi Θ grâce à la propriété des angles
notre schéma doit se trouver sur le cercle qui représente alternes-internes qui est que si deux droites parallèles
la sont coupées par une sécante alors leurs angles alternes-
√ conservation
√ de l’énergie. En effet, nous savons que
internes sont égaux.
( mu2 )2 + ( M u1 )2 = 2E, avec u1 la vitesse de la 1ère
boule, u2 la vitesse de√la seconde et E l’énergie. Donc le Maintenant, nous savons par le théorème de l’angle au
rayon du cercle vaut 2E car l’énergie est conservée. centre (voir Figure 5) que l’angle au centre qui capte l’arc
La situation initiale est représentée par le point A, la de cercle rouge vaut 2Θ.
vitesse de la boule n°1 est maximale dans les négatifs alors
que l’autre est au repos. Après le premier choc, notre
situation est représentée par le point B. Ce point reste
sur le cercle car nous avons conservation de l’énergie mais
il se situe aussi q
le long d’une droite passant par le point
A et de pente − M m ce qui représente la conservation de
la quantité de mouvement.

Figure 5: Thèorème de l’angle au centre.

Tous les arcs ont donc un angle au centre de 2Θ


excepté celui entre les deux points situés le plus à droite
qui lui est plus petit que 2Θ, car si il était plus grand
le système effectuerait encore une collision. En sachant
que nous avons x arcs de cercle de même longueur qui
représentent les x collisions, nous établissons la relation
2xΘ ≤ 2π. Avec x le nombre de collisions et étant le
nombre maximum tel que cette relation est respectée :
Figure 4: Représentation graphique de la situation (Le rap-
port des masses n’est pas 100N par soucis de lisiblité).
xΘ ≤ π < (x + 1)Θ. (2)

Pour trouver la valeur de Θ nous utiliserons la tangente.


Pour prouver que la droite représente bien la conserva- Remarquons dans la Figure 6 que la tangente de l’angle
tion de la quantité de mouvement, reprenons la formule Θ vaut ab , par sa définition. Nous remarquons également
et réarrangerons là en fonction de nos axes choisis : que la pente de la droite de conservation de la quantité de
mouvement vaut − ab . Grâce à la formule de la pente que
M u1 + mu2 = C te
√ √ √ √ nous

avons définie plus tôt, nous trouvons

que tan(Θ) =
M M u1 + m mu2 = C te √ m . Cela équivaut a Θ = arctan( √ m ). En reprenant le
M M
M√
r
√ rapport des masses défini initialement :
mu2 = − M u1 + C te .
m
1 1
x arctan( N
) ≤ π < (x + 1) arctan( N ). (3)
q 10 10
Ce qui nous montre qu’une droite de pente − M m Par une série de Taylor, nous pouvons approximer que
conserve la quantité de mouvement étant√ donné que arctan(x) = x pour x petit, donc pour un N assez grand :
notre axe des abscisses
√ est représenté par M u1 et celui
des ordonnées par mu2 . 1 1
x N
≤ π < (x + 1) N . (4)
10 10
Ensuite quand la boule n°2 touche la bande, notre Isolons le x :
situation se retrouve au point C, avec une vitesse de signe
opposé pour la bille n°2. Puis les collisions continuent x ≤ π10N < x + 1. (5)
3

Validation

Tout d’abord, reprenons les mêmes conditions initiales


que dans la section précédente (la boule de masse m est
au repos alors que l’autre arrive avec une grande vitesse.
Ainsi que le rapport des masses qui vaut 100N ) et testons
pour différents N . Les résultats se trouvent dans la Table
II et on peut remarquer que ce sont les mêmes que dans
la Table I que l’on avait calculé plus tôt.
Figure 6: Représentation de l’angle Θ et de sa tangente. Ensuite, avec toujours les mêmes conditions initiales,
regardons ce qui se passe avec des rapports de masses
différents de 100N . Calculons pour des rapports de masse
Une série d’exemples de N et de son x associé est M/m allant jusqu’à 100 dans la Figure 7 et jusqu’à 1000
représentée dans la Table I. dans la Figure 8. On peut voir que nous avons une fonction
en marches d’escalier.
N π.10N x associé (nombre de collisions)
1 31.415926 31
2 314.15926 314
3 3141.5926 3141
4 31415.926 31415
5 314159.26 314159

Table I: Plusieurs exemples en fonction de la valeur de N .

Nous pouvons observer que

0 ≤ x − π10N < 1 (6)

et comme π a une infinité de décimales, x commencera


toujours par un 3 et sera suivi des N premières décimales
Figure 7: Graphe du nombre de collisions en fonction du
du nombre π.
rapport des deux masses (jusque 100).

SIMULATION NUMÉRIQUE

Pour aller plus loin et valider le problème, créons une


simulation numérique Python pour représenter notre si-
tuation et calculer le nombre de collisions en permettant
de modifier les conditions initiales.

Rapport de masse Nombre de collisions


1 3
100 31
10000 314
106 3141
108 31415
10
10 314159
1012 3141592

Table II: Calcul du nombre de collisions via la simulation Figure 8: Graphe du nombre de collisions en fonction du
numérique. rapport des deux masses (jusque 1000).
4

Avec une vitesse initiale initiale nulle placée à égale distance entre la bande et une
deuxième bille de masse m2 , avec également une vitesse
Poursuivons en donnant une vitesse initiale à la masse initiale nulle. Enfin une troisième boule de masse m3
de masse m. La Figure 9 représente le nombre de col- arrive avec une grande vitesse vers les deux autres boules.
lisions (damier de couleur) en fonction du rapport de Nous obtenons le Graphe 10 qui représente le nombre
masse (en abscisse) et de la vitesse initiale de la masse 2 de collisions en fonction des rapports des masses : m 2
m1
m3
(en ordonnée). On peut remarquer que pour des vitesses en abscisse et m1 en ordonnée. On peut remarquer que
proches de 0 le nombre de collisions ne change pas. Quand quand le rapport des masses m m1 vaut 2 alors le nombre
2

la vitesse s’approche ou dépasse la vitesse de la masse M de collisions sera de 8 peu importe l’autre rapport des
(qui est de 10 dans nos conditions initiales), on retrouve masses. Mais nous ne pouvons pas établir de relation dans
quelques collisions en plus ou en moins que notre situa- la situation à trois boules comme nous avons pu le faire à
tion sans vitesse initiale. En conclusion, si la vitesse de deux boules avec les décimales de π.
la masse m est petite par rapport à celle de la masse M
nous retrouvons encore les chiffres composant π.

Figure 10: Nombre de collisions en fonction des rapports des


masses.

Figure 9: Nombre de collisions en fonction de la vitesse initiale


de la balle 1 en ordonnées et le rapport des masses en abscisses.

[1] G. Galperin, Playing Pool With π (the number π from a


Problème à trois boules billard point of view), Regul. Chaotic Dyn. 8 (2003) 375-394.
[2] G. Sanderson, Why do colliding blocks compute pi ?,
3Blue1Brown 2019,
Pour finir, ajoutons une troisième boule à la simulation. [Link]
La plus proche de la bande de masse m1 avec une vitesse

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