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Cours Stylisique

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Université Fréres Mentouri Constantine I Faculté des Lettres et des Langues Département des Lettres et Langue frangaise Meriem BOUGHACHICHE Maitre de conférences Cours destiné aux étudiants en Master I Analyse du discours La stylistique Introduction 4 la stylistique Figures de rhétorique Tonalités Lecture analytique des textes littéraires Introduction La stylistique est une discipline qui étudie les particularités d’écriture d’un texte. Issue de la rhétorique et de 1a linguistique, la stylistique a des origines lointaines et 1a rhétorique ancienne avait déja instauré un dispositif d’analyse des spécificités du langage un écrivain, notamment les figures de style A Vorigine, la stylistique renvoie & la notion de style, ce terme vient du latin stilus qui, en ancien frangais et & I’Antiquité, désignait le pingon de fer ou d’os utilisé pour écrire sur de la cire. C’est également lancétre du stylo et c’est a partir de cet instrument que le style désigne la maniére d’écrire. La dis line s’est développée plus particuliérement a partir du XIX® sigcle avec deux approches différentes: la stylistique de la langue et la stylistique littéraire, la premiere s’intéresse & la langue, I’état et aux faits du langage, quant a la seconde, elle se penche plutét sur les particularités du style d’un auteur. Plusieurs critiques s’accordent pour voir dans la stylistique littéraire un processus, subjectif et rhétorique. En effet, il s'agit de l'étude des messages portant l’empreinte de la personne du locuteur, done une communication dont le but est d’agir sur le destinataire En d'autres termes c’est de l'étude des procédés de style d’un écrivain et des modes de compositions qu’il utilise. L’analyse stylistique d’un texte repose sur I’étude du vocabulaire, des figures de rhétorique, de la syntaxe, du ton tout en conciliant forme et fond. Une approche méthodique en stylistique permet done de interroger sur l’esthétique, la poétique et les lieux de sens qui caractérisent le texte littéraire afin de saisir sa structure, sa construction et de dégager sa vision du monde. Chapitre I : Les figures de rhétorique Toute étude d’un texte littéraire consiste interroger son contenu travers ses thémes et son message, mais aussi son style. Si le texte met en ceuvre une culture commune, la maniére d’écrire est propre a son auteur, Cette maniére d’éerire constitue son style a travers le vocabulaire, la grammaire et les figures de rhétorique qu’il utilise. Héritées de l'art du discours, les figures de style omementent le texte en lui donnant plus de force. Ainsi le texte littéraire devient non seulement un message mais aussi un bel objet. Dans I’Antiquité, la rhétorique désigne Vart de bien parler. Elle emploie des figures de style pour fasciner et toucher I’auditoire par plusieurs types de figures de style. 1-Les figures d’analogie Les figures d’analogie rapprochent deux éléments qui, ainsi mis en contact, rendent expression plus coneréte, plus visuelle. 1-1-La comparaison La comparaison met en relation deux éléments : le comparé (ce qui est comparé) et le comparant (ce & quoi on compare) grace & un outil grammatical (comme, identique 3, tel, ressembler a...) : «Je suis belle, 6 mortels, comme un réve de pierre », Charles Baudelaire. Dans cette comparaison il est question de la femme que le poéte rapproche & une sculpture « réve de pierre », elle apparait froide et intimidante. « Er moi, je suis semblable a la feuille flétrie », Alphonse de Lamartine décrit l’existence du poste qui ressemble a une feuille qui se desséche. 1-2- La métaphore La métaphore est une image qui met en paralléle deux termes possédant la méme caractéristique mais, & la différence de 1a comparaison, elle unit comparant et comparé sans outil grammatical comme : « Chaque fleur est une dme a la Nature éclose », Gérard de Nerval décrit la fleur tel un nouvel individu dans la Nature, « Tes mains feuilles de Vautomne », pour Apollinaire la forme et le mouvement des mains ressemblent & ceux des feuilles. La métaphore peut ne pas mettre en évidence Ia relation qui les unit: le terme comparé peut étre sous-entendu : « Le temps saura faner vos roses », Pierre de Corneille. Dans cette figure, le mot rose est un comparant auquel les poétes recourent pour caractériser la femme connotant la jeunesse et la fraicheur, il s‘agit d’une métaphore trés répandue dans ’imaginaire masculin. Le compare ici est absent (métaphore in absentia) : Vimage est 4 comprendre en fonction du contexte. Tlexiste également un cas particulier celui de la métaphore filée, celle-ci développe Panalogie 4 l’échelle d’une strophe comme le montre [’exemple suivant : « La nature est un temple oit de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles », Charles Baudelaire L’image de la nature-temple se développe dans celle des piliers puis dans les échos du vers suivant, Le symbole ou l’allégorie est aussi un cas de la métaphore, il évoque une réalité absente ou abstraite a l'aide d’une réalité présente ou concréte donnant une dimension symbolique reconnaissable par tous : il est admis que la balance est symbole de la justice, que la colombe symbolise la paix, oiseau la liberté, la couleur rouge la violence... 1-3- La métonymie La métonymie remplace un mot par un autre qui lui est lié logiquement : le contenant pour le contenu : « boire un verre », on ne peut pas boire le verre mais plutot ce qu'il contient. La synecdoque est un cas particulier de 1a métonymie, elle rapproche deux mots dans un rapport d’inclusion, la partie pour le tout, la matiére pour l'objet : « J ‘ai reconnu le fer, instrument de sa rage», Jean Racine. Ici le fer désigne I’épée entiére, pas seulement la partie en fer. 1-4- La personification La personification attribue les comportements dun étre humain a un objet, une idée, un animal...alambic dans l’Assommoir de Zola a une sueur d’alcool qui le rapproche & un homme ivre. 2-Les figures d’insistance : jeux sur les répétitions Ces figures donnent plus de force I’énoncé en jouant sur la structure de I’énoncé. On peut distinguer : 2-1- Le parallélisme Le parallélisme reproduit la méme structure syntaxique 4 I’échelle de la phrase, du vers, du paragraphe : « Quand je vois les Césars, quand je vois leur fortune, Quand je vois le soleil, et quand je vois la tune », Jean Racine: ici les empereurs deviennent des astres. 2-2. L’anaphore L’anaphore répéte un mot ou un groupe de mots en téte, d’hémistiche de phrase ou de vers : «Jaime, et je veux palir ; j'aime, et je veux souffrir : J'aime, et pour un baiser, je donne mon génie >, Alfred de Musset. Ici le poéte insiste sur le verbe « aimer » pour exprimer son lyrisme amoureux. 2-3- Le chiasme Le chiasme est une structure symétrique du type (ABBA) qui permet d’unir ou alors d’opposer des éléments: « J] succomba vivant, et mort, il m’assassine » Pierre Comeille. Verbe, adjectif, adjectif verbe. Méme mort, le personage continue & semer le trouble. 3+ Les figures d’opposition Elles rapprochent de maniére saisi sante des termes opposés de fagon & marquer le lecteur. 3-1-L’antithése L’antithése oppose deux mots de sens contraires & I’intérieur d’une phrase ou d’un paragraphe pour produire un effet de contraste : « J'aimerais mieux une laide bien sotte Qu'une femme fort belle avec beaucoup d''esprit », Moliére 3-2- L’oxymore L’oxymore est un cas particulier de Pantithése, il réunit 4 V’intérieur de la méme expression deux mots dont les significations sont apparemment incompatibles : « une belle horreur », « le soleil noir de la mélancolie », Gérard de Nerval. 4- Les figures d’amplification et d’atténuation Ces figures recourent & un vocabulaire qui accentue ou amoindrit ce qui est décrit et évoqué, 4-1- Phyperbole L*hyperbole emploie des mots qui créent un effet d’exagération : «A peine avait-il dit que, prenant son trident, et rassemblant les nues, Neptune démontait la mer, et des vents de toute aire, déchainait les rafales >, Homere. Tres présente dans le registre épique, cette figure d’amplification exprime Vacharnement du dieu Neptune a faire naufrager Ulysse. 4-2- La gradation La gradation fait suivre des termes de méme nature qui, accumulés, insistent sur ce qui est exprimé de fagon croissante ou décroissante et elle peut étre hyperbolique : « je me meurs, je suis mort, je suis enterré », Molidre. 4-3. L’euphémisme L’cuphémisme est une formulation indirecte qui atténue une réalité douloureuse ou choquante : « Va, je ne te hais point », Corneille. Cette figure est une révélation indirecte (par biens¢ance) de l’amour de Chiméne pour le meurtrier de son pere. Chapitre II Les registres littéraires Le registre littéraire, que on désigne communément par tonalité ou ton, est ensemble des caractéristiques d’un texte provoquant des effets particuliers sur le lecteur. Emotionnels ou intellectuels, ces effets produits indiquent la manidre selon laquelle le lecteur peut approcher un texte et déchiffrer une ceuvre & travers sa tonalité principale. Dans tous les textes, les registres correspondent & la vision du monde propre a auteur ou aux personnages, et aux émotions profondes qu’ils expriment (nostalgiques, pessimistes ou enthousiastes) Les registres littéraires permettent de révéler le style dune ceuvre mais ils ne sont pas a confondre avec : - les registres de langue : soutenu, courant, familier... ; s Mouvements littéraires : romantisme, réalisme, naturalisme, symbolisme... ; -les genres littéraires : la notion de registre ne recoupe pas celle de genre ; on trouve le registre comique aussi bien au théatre que dans le roman. 1-Le registre comique Le registre comique est le texte dont le but est de faire rire le lecteur. Il existe différents types de comique : -comique de gestes : gestuelle ridicule ou répétitive, mimiques, jeux de scenes. Exemple : bastonnade dans Les Fourberies de Scapin, 111, 2 de Molidre ; -comique de mots : jeux avec le langage, calembours, répétitions. Exemple : quiproquo de L'Ecole des femmes, Il, 5 de Moliére ; -comique de situation : rencontres, événements inattendus, personages cachés, masqués, mises en scéne destinées & duper ; -comique de caractére : héros entétés ou faibles, valets plus fins que leurs maitres, défauts <’un personnage accentués (avarice, jalousic...). Exemple : Plaute et Moligre ridiculisent un vieil avare. Le registre comique peut se présenter sous différentes formes -la parodie imite de fagon moqueuse le style d’un écrivain ou d’un genre : la parodie ’épopée de Rabelais -le burlesque ridiculise un sujet noble : Ubu roi de Jarry, -I’héroi-comique (inverse du burlesque) : traite des réalités ordinaires sur le mode épique : les animaux décrits comme des héros de I'Iliade d’Homeére et dans Les Deux cogs de La Fontaine. la Satire tourne en dérision de manigre plaisante ou virulente, un individu ou une institution : Voltaire se moque des Jésuites dans ses po&mes satiriques. -Vironie exprime le contraire de ce que le locuteur veut faire comprendre. L’antiphrase, figure de style privilégiée de Vironie, suppose une complicité entre auteur et lecteur : On dit « Bravo, je te félicite | » & quelqu’un que I’on souhaite réprimander. Le registre comique posséde différentes fone ns : se libérer de Pangoisse : Le Malade imaginaire, critiquer la société : Le Tartuffe et dégager une morale : dialogue Chrysale/Artiste dans Les Femmes savantes, pices de théatre de Moligre, XVII siécle. 2-Le registre tragique et le registre pathétique Le registre tragique définit un texte qui dépeint un spectacle ou une scéne tragique. Depuis I’Antiquité, le tragique est lié a la tragédie, mais le registre est a distinguer du genre. Dans ce registre il s‘agit souvent d’une situat mn et une atmosphére pesantes, d’un accomplissement d’un destin fatal comme celui d’Cdipe, de personages impuissants et une atmosphere angoissante. Le registre tragique se caractérise par des termes et des formulations propres univers dépeint : -champs lexicaux de la douleur, de la mort, de la fatalit -modalités exclamatives et interrogatives : «Ciel! que vais-je lui dire? Et par ot commencer ? ». Phedre, 1, 3, 1677 de Jean Racine. Les apostrophes adressées aux puissances divines donnent le ton de 'imploration. Le registre pathétique inspire au lecteur des sentiments de pitié et de compassion & travers des détails réalistes, adoption du point de vue des victimes, vocabulaire des sensations et des sentiments, commentaire du narrateur, champs lexicaux de l’émotion, de la tristesse, de la douleur et du regret ainsi que des modalités exclamatives et interrogatives. Des liens existent entre le registre tragique et pathétique quand ils expriment la souffrance : pathétique vient du grec pathos (souffrance, maladie), que l'on retrouve dans le terme «passion » (douleur physique ou morale) : «Ce mal qu'elle trowait si insupportable était la jalousie avec toutes ses horreurs ». La Princesse de Cleves, 1678 de Mme De La Fayette. Cependant, le registre pathétique se distingue du registre tragique car les situations décrites ne sont pas inéluctables : le personage peut exprimer des regrets car il aurait pu 6viter ce qui le rend matheureux. 3-Le registre lyrique et le registre éégiaque Le registre lyrique est dans lequel le narrateur ou le po’te communique au lecteur ses sentiments personnels, ses états d’ame Le registre lyrique remonte I’Antiquité et évoque la lyre, instrument cordes utilisé par Apollon et Orphée, figures symboliques de Ia beauté, de a musique et de la poésie. Le registre lyrique est traditionnellement associé au romantisme exprimant des sentiments personnels a travers différents procédés : -les marques de la premiére personne avec le pronom personnel « je » (« me, moi ») et ses déterminants possessifs « mon, ma, mes », -les interjections et les interrogations rhétoriques exprimant I’étonnement et la force des sentiments : «Jai crié ma misére, hélas ! d voix trop haute ». Alphonse de Lamartine, Epitre a Félix Guillemarde, 1837, -les figures d’ sistance : anaphore, hyperbole, gradation... « Et jamais je ne pleure, et Jamais je ne ris ». Charles Baudelaire, La Beauté, 1857. -le recours & l'apostrophe et 4 limpératif pour maintenir le lien avec le destinataire appelant le lecteur 4 partager I'expérience du poste : « O faiblesse avant Jeunesse des mortels !6 enfance du ceeur humain qui ne vieillit jamais! voila done @ quel degré de puérilité notre superbe raison peut descendre ! ». Chateaubriand, René, 1802 4-Le registre épique Issu du genre antique de I’épopée'’, le registre épique est 4 l’origine de la notion de héros’, La narration rappelle celle des grandes épopées racontant les exploits de héros surhumains (Ulysse, Roland), confrontés 4 des obstacles ou a des étres surnaturels, et luttant dans un univers immense. Elle rappelle notamment de vertus héroiques comme le courage et le sens de I’honneur : la vaillance d’Enée au combat. Virgile, Enéide (I sidcle avant J-C.). Des enjeux majeurs comme les conflits familiaux ou nationaux, batailles, événements historiques ou légendaires : la bataille de Walterloo de Victor Hugo, Les Mis rrables, 1862 ou alors un caractére dramatique du récit: La tempéte qu’affronte Ulysse dans L ‘Odyssée d’Homére, peuvent également caractériser ce registre. On parle de souffle épique en raison de la puissance de figures de style employées et des verbes action. 5-Le registre fantastique Du grec phantasmatikos, (imagination), le registre fantastique _évoque Vimagination, Virréel. Il se définit comme la volonté de faire naitre l'angoisse. Il fait surgir, dans un contexte réaliste, des événements étranges qui font hésiter le lecteur entre une interprétation rationnelle et une interprétation sumnaturelle : « J’ouvris alors le robinet brusquement. Et un jet de sang gicla dans le lavabo. » J, Sternberg, Le Réle, 1988. Le registre fantastique est A ne pas confondre avec le merveilleux qui caractérise les contes de fées avec des personnages surnaturels évoluant dans un univers coupé du réel et admis comme tel : la sorcidre et son pouvoir malfaiteur dans Blanche neige, la baguette magique... Il est également différent de la science-fiction qui, par ses projections anticipation, suppose V'adhésion du lecteur des conventions qu’il accepte comme autant de représentations homogénes dont la vraisemblance n’a pas 4 étre discutée, puisqu’elles sont d’emblée posée comme fictives " Le gree epos signifie « voix, parole » d’oit « discours ou récit développé ». * Demi ~dieux ou hommes divinisés, en Gréce. En effet, la spécificité du fantastique est au contraire de maintenir le lecteur a la iére de explicable et de Vinvraisemblable par Vintrusion sournoise ou brutale du mystére dans le tissu de la réalité Le registre fantastique se présente & travers des procédés propres & l'univers dépeint : -récit la premiére personne : un narrateur-personnage se confie & un destinataire qui est parfois le lecteur: « Vous savez qu'il y a quelques temps, peu avant la derniére campagne, j'ai fait un séjour sur les terres du colonel de P... » B.T.A. Hoffman, Une histoire de fantéme, 1814- 1819, -verbes marquant I’incertitude, le doute face aux événements racontés : « sembler, paraitre », verbes du doute et de Pambigaité, -modalités exclamatives et interrogatives et une syntaxe bouleversée a l'image des Emotions qui s'emparent des personages : « C'est lui! il est Ud...ld...et moi je vais ‘mourir pour expier son crime... Oh! Dieu ! que faire ?..Erckmann-Chatrian, L 'esquisse mystérieuse, 1860. Les exclamations et les points de suspension s’enchainent pour exprimer la peur, -comparaisons et métaphores évoquant I’étrangeté sans pouvoir la nommer exactement : «Elle tourna la téte alors...et vit, dit-elle, son mari & genoux auprés du lit, la tte a la hauteur de Voreiller, entre les bras d'une espéce de géant verdatre qui l'étreignait avec force. ». Prosper Mérimée, La Venus d'llle, 1837. Le déterminant « une espece de » révele la difficulté a définir exactement ce qui a été vu. 6-Le registre polémique et le registre délibératif Le registre polémique est issu du gree polemos signifiant « guerre », un texte de registre polémique se définit au sens figuré comme une guerre verbale. Il se caractérise par : -un ton énergique : des échanges d’arguments sur de grands thémes relevant de la politique, de la religion ou de la morale, une volonté de provocation et des débats animé parfois violents, -des procédés rhétoriques : + un ton vindicatif avec des formules a satrices, souvent sous forme de sentenc « C'est im-pos-si-ble. Je ne laisserai pas un fou sortir en liberté avec Antigone ». J Cocteau, La Machine infernale, 1934. Créon identifie CEdipe a un fou, en sa présence, + des arguments imposés d’autorité ou en réponse forte a une argumentation déja formulée : « Baiser ainsi les mains et chatouiller le coeur Et un péché mortel des plus gros qu’il fasse.» Molitre, L’Ecole des femmes, 1662. Amolphe répond a Agnés, en lui affirmant que attitude qu’elle a eue est coupable, + des apostrophes violentes ou des formules ironiques et provocatrices : « Mes freres, vous étes dans le malheur, mes freres, vous Vavez mérité. » Albert Camus, La Peste, 1947 Le registre délibératif est caractéristique du monologue de tragédie ou de drame. IL met en balance les enjeux du débat avant d’aboutir & une décision ou un conseil employant des antithéses, des connecteurs logiques marquant l'opposition et des parallélismes syntaxiques traduisant le conflit. 7-Le registre épidictique Correspondant au genre démonstratif de l’Antiquité, aux grands discours célébrant des héros ou dénongant les méfaits et les défauts des ennemis, le registre épidictique fait appel a I’éloge ou le blame. Le registre épidictique est un art de 1a rhétorique et de esthétique. Mais parfois, au détriment de la vérité et de objectivité, ce registre concerne : -des genres non littéraires comme la publicité qui peut vanter un produit par Iéloge. -des genres littéraires : oraisons funébres, portraits dans le récit, blason... Le registre épidictique est ainsi souvent présent dans les portraits, donnant liew 2 une idéalisation du modéle (Dinane de Poitiers par Du Bellay) ou & sa caricature (femme édentée par Scarron). Les procédés récurrents du registre épidictique sont : ant la volonté et le -un vocabulaire élogieux (valorisant) ou dépréciatif (dévalo t) projet de auteur, reposant sur ’emploi de modalisateurs parfois hyperboliques : « tes mains délicates de fée». LS. Senghor, A la négresse blonde, 1964. L’adjectif « délicates » et Panalogie avec la fée sont des modalisateurs valorisant la femme, -des oppositions, des antithéses pour valoriser ou dévaloriser : Pierre de Ronsard oppose Helene « bien vieille » a celle du temps oit elle était belle. ILexiste une parenté entre le registre épidictique et celui Lyrique quand le locuteur s‘abandonne aux émotions qui le poussent & admirer ou A dédaigner quelqu'un ou quelque chose : « Laisse mon cher souci la paternelle rive, Et portant désormais une charge plus belle, Adore ce haut nom (...) ». J. Du Bellay, Les Regrets, 1558. Le podte vénére Marguerite de Navarre, oubliant jusqu’a ses préoccupations intimes (mon cher souci). 8-Le registre didactique Le registre didactique est lié au domaine de la connaissance : en gree didaktikos ne ce qui est enseigné. En effet, la littérature peut instruire comme elle peut divert ce double objectif est une préoccupation remontant a I’Antiquité, avec par exemple les fables du grec Esope au VIF siécle avant J.-C. Ainsi Les fables de La Fontaine ont-elle une visée didactique puisqu’elles contiennent une legon, Celle-ci peut étre exprimée explicitement, dans 1a morale, ou implicitement c’est--dire de maniére sous-entendue, dans un récit imagé. Les textes didactiques manifestent souvent le souci de vulgariser un savoir dans des textes non littéraires : modes d’emploi, consignes ou articles de presse et dans des textes littéraires : essais, romans, poémes, piéces de théatre... Les procédés rhétoriques caractéristiques du registre didactique sont : -Un ton souvent sérieux avec des sentences (phrases travaillées au plan du rythme et de Vemploi des mots, pour marquer le lecteur, des assertions formulées au présent de vérité générale, comme les morales des fables : « On ne sait jamais bien commander ce qu'on sait exécuter soi-méme ». [Link], Emile, 1762. Le présent ici a une valeur universelle, faisant de la phrase une legon de pédagogie, -une énoneiation prenant le lecteur a parti, a témoin, sous la forme d’apostrophes ou impératifs a la premiére ou & la deuxigme personne, ou en employant le « nous » qui englobe auteur et le lecteur dans la méme réalité : « Nos différences naturelles, sources d ‘inégalités, sont camouflées en dons, qualités, etc. Ainsi, la Nature nous a dotées de Vinstinct maternel, de Vintuition, de la réceptivité...Alors qu’d nos compagnons seront attribuées force, intelligence, agressivité... » Gistle Halimi, La Cause des femmes, 1978. L’emploi du nous permet a auteur de retenir attention de l'ensemble des femmes, une structure soignée tant au plan de la phrase (syntaxe) que du paragraphe avec des connecteurs logiques marquant les étapes de l’exposé. Chapitre III Outils de analyse stylistique 1-Les notions propres au récit Le récit est un genre narratif. Du verbe latin recitare signifiant « dire & haute voix », le mot récit est lié au genre de I’épopée qui par la suite fut concurrencée par le conte, la nouvelle et le roman. Le récit est un « tissu narratif », il s’agit d’un processus de transformation qui fait passer un ou plusieurs personnages d’un état initial 4 un état final tout en s’inserivant dans une succession temporelle et un cadre spatial comme le montre ce schéma narratif en cing étapes : - Situation initiale: le début pose un cadre spatio-temporel avec un (des) personages (s) souvent caractérisé (s) (portrait, attitudes...) ; - Complication : |’événement perturbateur lance un quéte qui va combler un désir, une attente et va changer le cours de l'histoire ; - Péripéties ou intrigue constituant le coeur du récit et le héros fait ses preuves ; - Résolution : elle permet au héros d’achever sa quéte ; quand elle est inattendue (comme dans la nouvelle), on parle de chute ; - Situation finale : retour a ’équilibre, a ’apaisement. Ce schéma appelé aussi schéma quinaire s’applique parfois mal au roman qui multiplie souvent les personnages et les quétes. Tout récit est constitué de deux composantes fondamentales : histoire et la narration. L’histoire représente I’intrigue, le temps, l'espace et les personnages. Quant 4 la narration, c’est la maniére de raconter cette histoire, l'ensemble de procédées choisis par le narrateur comme : -Vordre chronologique de la narration, - narrateur représenté ou effacé, - point de vue omniscient, interne ou externe, - voix narrative (je ou il), - syst@mes des temps verbaux, - illusion réelle... Le récit est une succession d’événements dont ’enchainement constitue Pintrigue. Sa structure varie selon qu’il s’agit d’un récit court (conte ou nouvelle) ou d’un roman. 2-Les types de récit I existe plus ssquels le conte, la nouvelle, la fable et le urs types de récit parmi | roman : 2-1-Le conte est un récit assez bref racontant des faits imaginaires qui plongent le lecteur dans un univers différent du monde réel (ce monde peut étre merveilleux ou fantastique) et qui comporte toujours une intention morale ou didactique. Le conte se caractérise par : - une - un temps et un espace indéfinis : « 1 était une fois dans un pays bien lointain mise en scéne d’animaux et de créatures fabuleuses 4 comportement humain (fées, ogres, merle blanc, loup, chat), - les tres se métamorphosent (Cendrillon), les voeux se réalisent et les morts reviennent & Ia vie (Blanche neige). Ainsi le conte est régi par sa propre logique, souvent surnaturelle. Il existe d’autres formes de conte comme le conte philosophique ou fantastique ayant leur propre finalité et d’autres caractéristiques. 2-2-La fable est un court récit de fiction possédant une fonction didactique illustrant une morale : Les Fables de Jean de la Fontaine relévent dun genre moralisateur a travers la métaphore et le récit imagé ott des animaux incarent des types humains : La cigale et la fourmi, Le corbeau et le renard, La grenouille qui se veut aussi grosse qu'un beeuf. 2-3-La nouvelle est un récit assez bref mettant en valeur un fait divers, un moment de vie et comporte souvent une fin inattendue appelée chute surprenante. Elle se caractérise par un monde réel dans lequel peu de personages évoluent avec une seule action dans un cadre spatio-temporel. On distingue 1a nouvelle réaliste de la nouvelle fantastique, cette demigre prend source dans le monde que nous connaissons en mélant le familier et Vétrange, 'ordinaire et l’extraordinaire, le réel et iréel, la logique et la folie, inexplicable au sein du monde normal, ce qui perturbe l'esprit contrairement au monde merveilleux. 2-4-Le roman est un récit plus long que le conte et la nouvelle racontant Phistoire d’un ou de plusieurs jéologie A transmettre. Le roman personnages avec un message ou une peut se présenter sous diverses formes : roman autobiographique, roman réaliste, roman historique, roman science-fiction, roman policier, roman épistolaire, roman a l'eau de rose... 3- Les approches du texte littéraire S'intéresser & Vécriture et a ses fonctions dans une ceuvre littéraire revient a analyser son mode d’organisation, les différentes modalités et tonalités qui font sens en s’insérant dans un tout qui s’annonce dans plusieurs lieux du texte : itre, description, énonciation et narration. Litude des spécificités d’écriture conduit examiner certains lieux stratégiques du texte, des lieux d’exhiber un art d’écriture pour faire valoir I’imaginaire d’un écrivain. Pour lire une ceuvre littéraire et afin de rendre compte de son fonetionnement, de ses caractéristiques et pour apprécier il est nécessaire de suivre une approche permettant une appréhension de la structure et du contexte de l’ceuvre. En effet, la critique littéraire ‘impose comme art de juger, d’expliquer, d'interpréter et de goiiter toute création artistique. Parmi les différentes approches du texte littéraire on distingue : 31-La cI ique érudite : "histoire littéraire et des idées, la critique biographique et la critique génétique. 3-2-Les critiques herméneutiques : la critique d'inspiration sociologique, celle inspiration psychanalytique et la critique thématique. 3-3-La critique formelle : lac que structurale et les approches textuelle comme la narratologie qui, issue de 'approche textuelle des travaux en formalisme et structuralisme en linguistique, elle s’intéresse au fait romanesque en s’interrogeant sur les particularités du roman. Dans le sillage de analyse structurale du récit, c’est le folkloriste russe Vladimir Propp qui a inauguré I'analyse morphologique du conte au terme de laquelle il conclut que le conte merveilleux obéit & une structure unique. II établit ainsi une liste de trente et une «fonctions » qui s'enchainent dans un ordre identique, méme si elles ne sont pas toutes présentes dans chaque conte. Organisées en deux séquences, & partir d’un manque ou d'un méfait initial jusqu'a .a réparation finale, ces fonctions constituent le chéma canonique du conte merveilleux russe, et probablement, pensait-il, du conte merveilleux en général. fa Les 31 fonctions dégagées par Vladimir Propp : FO: Prologue qui définit la situation initiale (ce n'est pas encore une fonction). FI: Un des membres d'une famille est absent du foyer (désignation abrégée de cette fonction : Absence). F2 Une interdiction est adressée au héros (Interdiction). F3 Linterd ion est violée (transgression). F4 Le méchant cherche a se renseigner (Demande de renseignement). F5 Le méchant regoit l'information relative a sa future vi ime (Renseignement obtenu) F6 Le méchant tente de tromper sa victime pour s‘emparer d'elle ou de ses biens (Duperie) F7 La victime tombe dans le panneau et par 1d aide involontairement son ennemi (complicité involontaire) F8 Le méchant cause un dommage & un membre de 1a famille (Métait). F9 On apprend l'infortune survenue. Le héros est prié ou commandé de la réparer (Appel ‘ou envoi au secours) F10 Le héros accepte ou décide de redresser le tort causé (Entreprise réparatrice) F11 Le héros quitte la maison (Départ) FI2 Le héros est soumis & une épreuve préparatoire de la réception d'un auxiliaire magique (Premiere fonction du donateur), F13 Le héros réagit aux actions du futur donateur (Réaction du héros) F14 Un auxiliaire magique est mis & la disposition du héros (Transmission). FIS Le héros arrive aux abords de l'objet de sa recherche (Transfert d'un royaume A un. autre). F16 Le héros et le méchant s'affrontent dans une bataille en rgle (Lutte). F17 Le héros regoit une marque ow un stigmate (Marque). F18 Le méchant est vaincu (Victoire). F19 Le méfait est réparé (Réparation). F20 Le retour du héros F21 Le héros est poursuivi (poursuite). F22 Le héros est secouru (Secours). F23 Le héros incognito gagne une autre contrée ou rentre chez lui (Arrivée incognito). F24 Un faux héros prétend étre Vauteur de exploit (Imposture). F25 Une tiiche difficile est proposée au héros (ache difficile) F26 La tache difficile est accomplie par le héros (Accomplissement). F27 Le héros est reconnu (Reconnaissance). F28 Le faux héros ou le méchant est démasqué (Découverte) F29 Le héros regoit une nouvelle apparence (transfiguration). F30 Le faux héros ou le méchant est puni (Chatiment). F31 Le héros se marie et/ou monte sur le trone. Propp définit aussi le conte merveilleux comme récit & sept personnages ayant chacun leur sphére d'action propre : le Héros, 1a Princesse, le Mandateur, I'Agresseur, le Donateur, l'Auxiliaire et le Faux Héros. Dans le méme sens, Grimas dégage un schéma actantiel dans lequel il définit le role de chaque actant dans le récit : les personages agissent les uns sur les autres suivant un objectif (une quéte). Ce sont les actants (étres humains, objets pulsions...) dont le rapport de force est défini par le schéma actanciel : Destinateur : force poussant le sujet & agir Destinataire : bénéficiaire de l'action du sujet Sujet : personnage agissant dans un but précis Objet : ce qui recherché par le sujet Adjuvant(s) : élément(s) aidant le sujet dans sa quéte Opposant(s) : obstacles & la réalisation de la quéte 4-Notions de base en narratologie 4-1-Le pacte ou le contrat de lecture : tout texte romanesque programme sa réception & travers quelques signes indiquant au lecteur comment il doit lire le texte. Ces indices se trouvent dans le paratexte et I’incipit, liewx ou se nouent explicitement ce pacte ou contrat de lecture : l’inscription «roman autobiographique » sur une couverture signifie que auteur s’engage a raconter sa propre histoire, sa propre vie et c”est ainsi qu’il il noue un pacte de vérité avec son lecteur. 4-2-Le paratexte : c’est le discours qui accompagne tout texte : le nom de lauteur, le titre, la préface, les illustrations, la postface, les références (date et lieu de publication), dédicace....Le paratexte joue un rdle majeur dans 1« horizon d’attente » du lecteur. -Le titre: comme rhétorique d’ouverture, le titre est I’élément clé dessinant horizon attente comme lexplique Charles Grivel: «Si lire un roman est réellement le déchiffrement d'un fictif secret constitué puis résorbé par le récit méme, alors le titre, toujours équivoque et mystérieux, est ce signe par lequel le livre s‘ouvre (...) Des le titre, Vignorance et l'exigence de son résorbement simultanément s‘imposent » *. Ecrivain, Jean Giono exprime le rapport au titre en expliquant la nécessité, pour tout romancier, de choisir d’abord un titre sans lequel "histoire avorte généralement parce quill est cette: « Sorte de drapeau vers lequel on se dirige ; le but qu'il faut atteindre, c’est expliquer le titre », note-t-il *. Si une analyse du titre préalable a Ia lecture du récit ouvre une sorte d’enquéte et une possibilité d’hypothéses, une analyse aprés lecture est beaucoup plus intéressante et sans doute complémentaire. Elément paratextuel de premiére importance, le titre anti ipe le texte global. Embrayeur et modulateur de lecture, il reléve des matériaux 4 manipuler tout aussi bien que dun langage codé dans la mesure oi il se compose d’un ensemble signifiant derriére lequel se dissimule une stratégie complexe réunissant des exigences d’ordres divers : * Charles Grivel. Production de l'intérét romanesque, Paris-La Haye : Mouton, 1973, p. 173. * Cité in Claude Duchet « La fille abandonnée et la béte humaine Eléments de titrologie romanesque », Liteérature, n°12, décembre 1973, p. 21 publicitaire, esthétique ou relevant d’un imaginaire. Quelle soit ’'une ou l'autre, cette exigence demeure nécessairement caractéristique d’une une ére culturelle conjoncturelle. Le tite a un réle tres important dans la relation du lecteur au texte: c'est souvent en fonction du titre qu’on choisit ou non de lire un roman, Il est des titres qui acerochent et d'autres qui rebutent, des titres qui surprennent et d'autres qui choquent, des titres qui fascinent et des titres qui agacent. Le titre remplit quatre fonctions essentielles : a-La fonction identification : le titre sert d’abord a désigner un livre, 4 le nommer comme e’est le eas d’une carte d’identité, II n’est pas nécessaire, par exemple, de préciser auteur lorsqu’on demande & un libraire La Grande maison un classique de la littérature algérienne francophone trés connu. b-La fonction descriptive : le titre fournit des renseignements sur le contenu (titres thématiques comme Le Fils du pauvre de Mouloud Féraoun, Le Pére Goriot d’Honoré de Balzac, La jalousie d’ Alain Robbe Grillet) ou sur la forme (titres rhématiques comme, Le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, Lettres Persanes de Montesquieu, Les Mille et une nuits, Le roman comique de Paul Scarron). La fonction connotative : le titre donne des significations relatives & son genre, & la fil ‘ion ou influences qui marquent le texte et son auteur: ’influence de l’Odyssée d’Homeére sur le texte de James Joyes Ulysse. d-La fonction séductrice : le titre séduit le public par le jeu sur les sonorités, par le recours 4 des images évocatrices, par l’exeés dans la longueur ou la concision : Si diable veut de Mohammed Dib, Le Quai aux fleurs ne répond plus de Malek Haddad. -La préface est un élément paratextuel ayant pour fonction d’orienter la réception du texte en explicitant le projet au lecteur (pourquoi et comment lire le texte). Dans la préface se noue le contrat de lecture : dans un texte fictionnel, auteur établit un contrat de fiction contrairement au récit autobiographique oi l’auteur établit un contrat de vérité. 43-17 it et ses fonctions : l’incipit est le début du roman, il s’agit des premiéres pages de ’histoire ou se noue le pacte de lecture si le paratexte ne suffit pas. Il trace un horizon d’attente sur lequel s’établit la communication avec le lecteur. L’incipit remplit quatre fonctions essentielles : a-Informer sur les personages, temps et lieu en répondant aux questions Qui ? Quand ou? b-Intéresser en suscitant la curiosité du lecteur et 'incitant & connaitre Ia suite de Phistoire. ¢-Proposer un pacte de lecture : temps et lieux réels pour créer un effet de vraisemblance dans une fiction, 4-4-L’excipit : c’est la fin, il s’agit des derniéres pages de histoire, la clausule. 4-5-Distinction Auteur/ Narrateur et Lecteur/ Narrataire a-L’auteur existe réellement et n’appartient pas au monde de la fiction : Voltaire, Jean Paul Sartre, Chateaubriand, Mohammed Dib. b-Le narrateur est un étre de papier, c’est une fabrication, une invention et une fiction de auteur pour raconter histoire. Il n’existe qu’a P’intérieur du récit. c-Le lecteur est un individu réel qui prend un livre et le lit. d-Le narrataire est une existence textuelle. Il s’agit du destinataire proposé par le récit : est & partir des thémes abordés, des niveaux de langue, de la maniére et de la forme d’un texte qu’on reconnait le narrataire par exemple le narrataire du Petit Chaperon rouge est différent du narrataire du Discours de la méthode de Pascal. 4-6-Statuts et fonctions du narrateur Le narrateur peut étre, selon la terminologie de Gérard Genette : a-Homodiégétique quand il est présent dans l'univers spatiotemporel : Je narrateur représenté dans Du cdté de chez Swann de Marcel Proust. Le narrateur s’inearne dans un personnage de l’action. b-Hétérodiégétique quand il est absent de l’univers du roman : le narrateur effacé dans Le Pere Goriot de Balzac. Schéhérazede dans Les Mille et Une Nuits raconte des histoires doi elle est absente, c-Autodiggétique quand le narrateur est Iui-méme le héros de Vhistoire, le personnage principal du récit : L’étranger d’ Albert Camus. Le narrateur a plusieurs fonctions : a-La fonction narrative : le narrateur a d’abord la fonction de raconter I’histoire. 2 b-La fonction de régie : le narrateur organise le récit en choisissant de raconter Vhistoire dans Vordre ou en brouillant Ia succession événementielle, retour en arriére, sauts en avant, ellipses... ¢-La fonction de communication : elle permet au narrateur d’établir un contact indirect ou direct avec le lecteur : dans Jacques le fataliste, le narrateur s’adresse directement a son lecteur : « Vous voyer, lecteur, que je suis en bon chemin ». d-La fonction t imoniale renvoie aux sentiments que tel passage du texte provoque chez. le lecteur (émotion, admiration, jugement négatif ou positif...) : le lecteur de La Grand Maison de Mohammed Dib est trés sensible a la misére et la faim d’Omar. e-La fonction explicative consiste & livrer des informations que le narrateur juge utile la comprehension du récit : le narrateur du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne nous informe des mocurs de Varistocratie anglaise dans le personnage de Phileas Fogg. (Voir textes proposés). f-La fonction idéologique apparait lorsque le narrateur émet des jugements généraux qui dépassent le cadre du récit : le discours politique de Hamid Serraj dans !’Incendie de Mohammed Dib. 4-7-La focalisation, appelée aussi point de vue de narration ou perspective, détermine la quantité de savoir pergu que le narrateur veut montrer ou cacher au lecteur afin de créer des effets de sens (surprise, suspens...) et qui reléve des choix esthétiques ou idéologiques de auteur : a-Focalisation zéro ou point de vue omniscient : le narrateur est conscient de tout : « Paul était angoissé. II ne savait pas que Marie I'était autant. » b-Focalisation interne : le narrateur se limite au point de vue dun personage : « Paul était angoissé. Et Marie que ressentait-elle ? Il ne parvenait d le déceler >. ¢-Focalisation externe : Je narrateur est un témoin ignorant, un simple observateu «L’homme marchait le long de la plage. Ses mains tremblaient légérement. Une femme Vaccompagnait. » Le choix par le narrateur de tel ou tel type de focalisat n varie souvent selon les passages un méme récit. 4-8-Le personnage est déterminé par le nom, le prénom, urnom, age, origine, profession, le trait physique, le trait de caractire, les actions : « C'était une personne (...) charitable sans étre bonne, spirituelle sans étre intelligente. Elle avait la bonté officielle, ce qui ne fait aucun tort @ la méchanceté domestique ; elle avait fondé un hospice, Marie Thérese, elle visitait les pauvres, surveillait les créches, présidait les bureaux de charité, secourait les malades, donnait et priait et en méme temps elle rudoyait son mari, ses parents, ses amis, ses gens, elle était aigre, dure, prude, médisante, amére... ». Victor Hugo. 4-9-La description sert 4 donner des informations sur les personnages (portrait physique et moral), paysages, objets, temps et espace. Elle donne a voir une ambiance, dramatise le récit en ralentissant ou accélérant I’action. Elle sert aussi a introduire un effet de réel ou de fiction comme elle peut marquer une pause dans le récit en interrompant progression. La description se caractérise souvent par quelques crittres comme les phrases longues avec utilisation de l’imparfait, une abondance des adverbes de lieu et de maniére, une succession d’adjectif’...La description a plusieurs fonctions a-Mimésique : donner Villusion de la réalité (nature des personages, temps et licu...). b-Mathésique : diffuser un savoir sur le monde (abondance du vocabulaire spécialisé et riche documentation traitant d’un domaine de savoir ou autre), c-Sémiosique : éclairer Ie sens de histoire (informant sur le personnage, temps et lieu, évaluant un personnage, connotant une atmosphere, dramatisant le récit en ralentissant ou aceélérant l'action, préparant la suite de l'histoire). ¢-Esthétiqu description est présentée ou organisée peut inscrire le texte dans un courant particulier par répondre aux exigences d’un courant littéraire (la fagon dont une exemple la description romantique (qui privilégie le discours métaphorique et les images suggestives) se distingue de la description réaliste (ot domine les termes techniques) et celle du Nouveau roman (qui, pour plus d’objectivité, prend l’aspect d’un compte rendu). Ce sont done toutes ces spécificités (figures de rhétoriques, registres littéraires ou tonalités) qui participent & la forme/ sens et Ja particularité d’un texte littéraire et 24 déterminent le style d’un auteur et son écriture que différentes approches permettent de saisir en fournissant des clés d’interprétation possible. Textes proposés pour I’analyse stylistique : - Moyen Age: Lancelot ou le chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, La Chanson de geste, -XVle sigcles : Comme on voit sur la branche de Pierre de Ronsard, Les Essais de Montaigne, Les Regrets de Joachim Du Bellay, -XVlle siécle : Le Cid de Pierre de Comeille, Les Précieuses ridicules de Moligre, La Princesse de Cleves de Madame Lafayette, -XVIIle sidcle : Candide de Voltaire, Lettres persanes de Montesquieu, -XIXe siecle : L'Ennemi de Charles Baudelaire, Le lac d’Alphonse de Lamartine, Soir de bataille de José Maria de Heredia, La Vénus d’ille de Prosper Mérimée, Madame Bovary de Gustave Flaubert. XXe siecle : Poemes & Lou d’Apollinaire, Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, Le Mur de Jean-Paul Sartre, La Peste d’Albert Camus. Bibliographie ‘Ouvrages de référence + ARISTOTE. Rhétorique. Paris : Belles Lettres, 1932-1938. + BAILLY, Charles. Traité de stylistique francaise. Paris : Klincksieck, 1909 (3% én augmentée 1951). + BAKHTINE, Michael. Esthétique et théorie du roman. Paris : Gallimard, 1978. + BARTHES, Roland. Le plaisir du texte. Paris : Seuil, 1973. + BERGEZ, Daniel, et al. Méthodes critiques pour Vanalyse littéraire. Paris : Nathan, 2002 + CICERON. De!’ + CICERON. De lorateur. Paris : Les Belles lettres, 1932. + COGARD. Karl. Introduction a la stylistique. Paris : Champs Flammarion, 2001. + COHEN, Jean. Structure du langage poétique. Paris : Flammarion, 1966. vention. Paris : Garnier, 1932. + DAMAS, Xavier et al (ouvrage collectif). Francais 2, Coll. « Terres littéraires » Paris : Hatier, 2006. + PAGES, Alain et RINCE, Dominique et al (ouvrage collectif). Lettres. Méthodes, Histoire linéraire, Paris : Nathan, 1996. + GENETTE, Gérard. Fiction et diction. Paris : Seuil, 1991. + FONTAINE, Daniel. La Poétique. Paris : Nathan, 1993, + FROMILHAGUE, C. Les figures de style. Paris : Nathan, 1995. + GARDES-TAMINE, J. La stylistique. Paris : Armand Colin, 1992. + GENETTE, Gérard. Figures. Paris : Seuil, 1966. + GENETTE, Gérard. Palimpseste: + HAMON, Philippe. Introduction @ Vanalyse du descriptif. Paris : Hachette, 1983. + HAMON, Philippe. Z ‘ironie littéraire. Paris : Hachette supérieur, 1996. + JOUVE, Vincent. La poétique du roman. Paris: Armand Colin, 2001 + MOLINIE, Georges. Eléments de stylistique francaise. Paris : PUB, 1986 + RICOEUR, Paul. La métaphore vive. Paris : seul, 1975. a littérature au second degré. Paris : Seuil, 1982. 26 + RIFFATERRE, Michel. Essais de stylistique structurale. Paris : Flammarion, 1971. + RIFFATERRE, Michel. La Production du texte. Paris : Seuil, 1979. + SPITZE, L. Etude de style. Paris : Gallimard « Coll. Tels », 1970. * TAMBA-MECZ, L. Le sens figuré. Paris : PUF, 1981. + THUMERL, Fabrice. La critique littéraire. Paris : Armand Colin, 2002. Table des matigres Chapitre I Les figures de rhétorique......... asi aon I-Les figures d’analogie... 1-1-La comparaison 1-2- La métaphore . 1-3 -La métonymiie..... 1-4 -La personnification..... e 2-Les figures d’insistance : jeux de répétition. asoosei05 2-1-Le parallélisme... 2-2L’anaphore. ce 2-3-Le chiasme. ce ce 05, 3-Les figures d opposition. 3-1-L’antithése... 3-2-L’oxymore... 4-Les figures d’amplification et d’atténuation........----00++ 4-1-L*hyperbole... 4-2- La gradation. 4-3-L’euphémisme. Chapitre Il Les registres littéraires. 1-Le registre comique.... 2-Le registre tragique et le registre pathétique. 3- Le registre lyrique et le registre élégiaque... 4-Le registre épique.... 5- Le registre fantastique.......cseo-eeeeee 6-Le registre polémique et délibératif....... em ul 7- Le registre épidictique 8-Le registre didactique. CChapitre III Outils de I’analyse stylistique. L-Les notions propres au récit........ 2-Les types de récit. 2-1-Le conte. ee 2-2-La fable... eee eeeeeseeee we wees 2-3-La nouvelle en cose 6 2-4-Le roman... 3-Les approches du texte littéraire.... 3-1-La critique érudite 3-2-La critique herméneutique... 3-3-La critique formelle. 4-Notions de base en narratologic.. 4-1-Le contrat ou le pacte de lecture... 4-2-Le paratente.........eese st zest 4-3-L’incipit et ses fonctions... 32, 4-4-L’excipit.. 4-5-Distinetion auteur/narrateur ct lecteur/narrataire.. 29 4-6-Statuts et fonctions du narrateur... 4-7-La focalisation. 4-BeLe personnage.....cceeeeeeeee 4-9-La description rss poser a 24 Bibliographie......... 26 30

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