L’intelligence émotionnelle
Nous vivons dans un monde très exigeant. La réussite est souvent mesurée de façon quantitative :
obtenir de bonnes notes à l’école, être premier dans une épreuve sportive, gagner beaucoup
d’argent, etc. Notre monde valorise la logique et l’efficacité, alors que l’expression des émotions et le
plaisir de prendre son temps sont souvent relégués au deuxième plan. Comment expliquer toutefois les
écarts flagrants à cette logique tels que la rage au volant, la violence conjugale ou les excès de violence
dans les sports ? Daniel Goleman (1997), psychologue et journaliste scientifique américain, s’est
intéressé à ces violentes embardées hors du sentier de la rationalité en proposant la notion d’intelligence
émotionnelle.
L'intelligence émotionnelle se réfère à la capacité de reconnaître, comprendre, gérer et utiliser
efficacement les émotions, tant les siennes que celles des autres. Elle englobe plusieurs compétences
interpersonnelles et intrapersonnelles qui permettent de naviguer dans les relations sociales, de prendre
des décisions émotionnellement intelligentes et de gérer le stress.
L’intelligence émotionnelle se manifeste non seulement par la reconnaissance et la gestion de ses
propres émotions, mais aussi par la reconnaissance des émotions des autres et une adaptation à celles-ci.
Le psychologue Daniel Goleman a d’ailleurs déclenché une petite révolution dans le monde de la
psychologie lorsqu’il a affirmé que l’intelligence émotionnelle est beaucoup plus importante pour
l’établissement de relations interpersonnelles harmonieuses que le quotient intellectuel (QI).
Selon Goleman, Boyatzis et McKee (2002), un individu doté d’une bonne intelligence émotionnelle
est conscient des quatre composantes des émotions (physiologique, comportementale, contextuelle et
cognitive) et les maîtrise. Par exemple, un individu qui est en retard pour une réunion importante au
travail (contexte) est tendu physiquement (composante physiologique). Il ressent de l’impatience
(émotion). Il soupire et son visage est crispé (composante comportementale). De plus, si la circulation
est dense et au ralenti alors qu’il roule sur l’autoroute, le travailleur se dit probablement qu’il va être
encore plus en retard et que son patron va le lui reprocher (composante cognitive). Comment réagit-il ?
L’individu dont l’intelligence émotionnelle est développée va tenter de se calmer. Tout en conduisant
prudemment, il peut utiliser la technique de restructuration cognitive (quelquefois à son insu) et se dire
que c’est ennuyeux d’être en retard, mais qu’il n’a pas de pouvoir sur la circulation et que ce n’est pas la
faute des autres. Il tentera simplement de joindre les personnes qu’il devait rencontrer pour les informer
de son retard .
Dans la même situation, un individu dont l’intelligence émotionnelle est moins développée agira
différemment. Il n’assumera pas la responsabilité de son retard et se disputera sans doute avec les
membres de sa famille avant son départ de la maison.
Une fois sur la route, il perdra peut-être patience, injuriant les autres conducteurs et adoptant une
conduite dangereuse afin de dépasser les autres voitures. Arrivé à sa réunion, il sera probablement dans
un état physiologique de tension extrême et se plaindra à ses collègues du trafic, des sections de la
route qui sont perpétuellement en construction, du gouvernement, etc.
Entre ces deux personnes, avec qui préféreriez-vous travailler ?
Selon Goleman (1997), la capacité d’un individu à nouer des relations harmonieuses dépend en
grande partie de son degré d’intelligence émotionnelle. Si l’on peut comprendre et gérer ses émotions
comme la colère et la jalousie tout en demeurant sensible aux émotions d’autrui, on peut aussi améliorer
sa capacité à s’entendre avec des personnes très différentes dans des contextes variés. Goleman affirme
aussi que certaines personnes ont une intelligence émotionnelle plus développée que d’autres de façon
innée. Au contraire du quotient intellectuel, qui est reconnu comme un indice stable de l’intelligence,
Goleman soutient que l’on peut apprendre à développer son intelligence émotionnelle et prône
l’enseignement de celle-ci dans les écoles. Il croit fermement que l’on réglerait beaucoup de problèmes
de société si l’on apprenait aux jeunes à bien comprendre, exprimer et gérer leurs émotions.
Goleman, Boyatzis et McKee (2002) ont également fait ressortir les diverses sphères dans lesquelles
s’exerce tout particulièrement l’intelligence émotionnelle : la conscience de soi, la gestion de soi,
l’intelligence interpersonnelle et la gestion des relations. Le tableau 4.2 présente les quatre sphères
définies par ces chercheurs en les regroupant en deux catégories de compétences.
Parmi les différentes compétences liées au concept de l’intelligence émotionnelle, la capacité
d’empathie est sûrement l’une des plus importantes pour la mise en place de relations interpersonnelles
satisfaisantes. L’empathie comporte deux volets : un volet cognitif et un volet émotionnel. Être
empathique désigne le fait de comprendre le point de vue de l’interlocuteur en mettant ses propres
opinions, idées et valeurs en veilleuse afin de les empêcher d’interférer avec celles de l’autre et de
compromettre la compréhension de l’autre (volet cognitif).
De plus, être empathique réfère à la capacité de se mettre à la place de l’autre en mettant ses propres
émotions de côté afin de mieux saisir, comprendre ou expérimenter les émotions que l’autre ressent
(volet émotif). Quand on se soucie sincèrement du bien-être de quelqu’un et que l’on comprend sa
situation ou le contexte dans lequel il évolue, on essaie de penser comme lui et de saisir les émotions
qu’il ressent. Adopter une attitude empathique signifie s’ouvrir à l’autre, et cela favorise une meilleure
compréhension de ce que les autres font, ressentent et disent .Selon Goleman (1997), une partie de
l’intelligence émotionnelle est innée et détermine le potentiel d’un individu à acquérir des compétences
émotionnelles, compétences qui peuvent être mesurées. Cependant, aucun outil de mesure fiable n’a
encore été conçu. Et vous, quelles sont vos compétences émotionnelles ?
L'intelligence émotionnelle est de plus en plus reconnue comme un facteur clé du succès personnel
et professionnel. Elle est souvent considérée comme un complément important de l'intelligence
cognitive (QI) et peut influencer de nombreux aspects de la vie, y compris le leadership, la prise de
décision, la résolution de problèmes, les relations interpersonnelles et le bien-être général. Des
programmes de développement personnel peuvent être utilisés pour améliorer l'intelligence
émotionnelle.
La personnalité
- Les chercheurs ne s’entendent pas sur une définition commune, cependant
deux aspects semblent malgré tout faire consensus :
- La relative stabilité des traits
- Les facteurs de personnalité d’un individu tout au long de son évolution et
l’uniformité de sa conduite dans des situations données.
La personnalité est « L’ensemble des caractéristiques affectives,
émotionnelles et dynamiques relativement stables et générales de la manière
d’être d’une personne dans sa façon de réagir aux situations dans lesquelles elle
se trouve ». Didier Casalis.
Les déterminants de la personnalité
1. Ouverture Vs fermeture
Certaines personnes présentent une curiosité naturelle et une grande tolérance
au changement. On dit qu’elles affichent une bonne ouverture à l’expérience.
D’autres qui sont plus fermés à l’expérience valorisent les situations
sécuritaires, routinières et présentant peu d’incertitudes.
Plus craintifs de nature et très attachés à leurs habitudes
Résistance aux changements
Niveaux supérieurs de stress, d’anxiété et de résistance.
2. Caractère consciencieux vs négligeant
Le caractère consciencieux peut être associé à des traits de personnalité
comme le perfectionnisme, la discipline et la persévérance.
une personne consciencieuse cherchera constamment à exceller, à s’améliorer et
à se développer dans le cadre de son travail.
Le négligeant préférera qu’on lui confie des tâches qui ne lui demandent pas
trop d’efforts. (allie le moindre effort au maximum de rétribution)
3. Extraversion vs introversion
Les termes « introversion » et « extraversion » s’appliquent à l’orientation
sociale, c’est-à-dire à la manière de se comporter en société.
L’extraversion est associée à un comportement verbal et non verbal expressif,
alors que l’introversion fait référence à un comportement retiré et timide.
4. Agréabilité vs désagréabilité
Ce facteur de la personnalité circonscrit la nature des rapports sociaux d’un
individu. Ainsi, une personne présentant un haut niveau d’agréabilité sera
généralement courtoise, polie et aimable.
À l’inverse, un individu se situant davantage vers le pôle de la désagréabilité
affichera des comportements sociaux de confrontation, d’égoïsme et de méfiance.
5. Stabilité émotionnelle vs névrosisme
La personne présentant une bonne stabilité émotionnelle sera en mesure de
maintenir une humeur constante malgré les événements heureux ou malheureux
qui se produisent dans sa vie personnelle ou professionnelle.
Il ne s’agit pas d’une insensibilité affective, mais plutôt de la capacité à recréer
rapidement un équilibre émotif après de tels événements.
Le modèle de Myers-Briggs met en complémentarité quatre dimensions
fondamentales.
- Extraversion vs introversion
- La perception de l’information (sensation vs intuition),
- Le mode de prise de décision (pensée vs sentiment)
- L’orientation vers le monde externe (jugement vs perception)
Le modèle en 5 facteurs: The big 5personality traits
Le modèle MBTI: Myers Briggs
L’approche émotivo-rationnelle
L’approche émotivo-rationnelle : Approche thérapeutique cognitive
qui met l’accent sur le caractère irrationnel de certaines pensées à
l’origine d’émotions désagréables.
Albert Ellis (1913-2007), psychologue américain adhérant à
l’approche cognitive, a été le premier à utiliser les pensées pour
modifier les émotions de ses clients.
Selon cette approche :
• Notre façon de voir l’événement est responsable de l’émotion
vécue.
• Chacun interprète une situation en fonction de systèmes de
croyances auxquels il adhère.
Les pensées irrationnelles
- C’est une pensée qui n’est pas fondée dans la réalité. Elle est
fausse, et suscite des émotions désagréables telles que l’anxiété, la
colère, la tristesse et la culpabilité.
- Il existe une panoplie de pensées irrationnelles, mais elles peuvent
être regroupées en sept catégories que les tenants de l’approche
émotivo-rationnelle nomment des « illusions cognitives ».
7 catégories d’illusions cognitives :
1. L’illusion d’approbation : Il est possible d’être aimé et approuvé par
tous ceux qui nous entourent.
Les personnes qui éprouvent de la difficulté à dire « non » ou à s’affirmer
fonctionnent souvent à partir de cette illusion d’approbation
2. L’illusion de perfection
Les personnes sous l’emprise de croyances qui alimentent l’illusion de
perfection ne se reconnaissent jamais le droit à l’erreur ou à l’imperfection.
Exemple: une personne évitera d’aller skier avec ses amis, car elle ne maîtrise
pas parfaitement ce sport.
3. L’illusion des impératifs
Chaque fois qu’on exige un résultat précis et sans aucune marge de
manœuvre, de la part des autres ou de soi, de la météo, du gouvernement, etc.,
on entretient l’illusion que chaque situation comporte un impératif à
surmonter.
4. L’illusion de prévisions catastrophiques
Nos émotions peuvent nous paralyser lorsque nous entretenons des illusions
de prévisions catastrophiques. La personne aux prises avec ce genre d’illusion
ne voit que le côté négatif des situations ou de ce qui arrive autour d’elle.
5. L’illusion de généralisation excessive
Lorsqu’elle est sous l’emprise de ce type d’illusion, la personne confond ses
actes et sa personne. Plutôt que de voir une situation comme un événement
unique qui ne se répétera pas nécessairement, elle en fait le thème de toute sa
vie. L’utilisation de mots comme « toujours, jamais, personne, tout le monde
reflète souvent une illusion de généralisation excessive.
6. L’illusion de causalité
La personne sous l’influence de l’illusion de causalité croit que ses émotions
sont causées par les comportements des gens de son entourage plutôt que par
ses propres pensées.
Cette illusion influence le comportement de la personne de deux façons : soit
elle agit avec une grande prudence pour ne blesser personne, soit elle rend les
autres responsables de ses émotions.
7. L’illusion d’impuissance.
Ceux qui sont influencés par l’illusion d’impuissance pensent que le bonheur
et le malheur sont contrôlés par des forces extérieures qui leurs échappent.
Cette illusion fataliste sape toute motivation à changer le cours des
événements.
Ces pensées irrationnelles peuvent être modifiées et remplacées par des
pensées rationnelles, ce processus est nommé la restructuration cognitive.
EMOTIONS ET PRISE DE DECISIONS
Depuis quelques années, les scientifiques ont conscientisé l’importance des
émotions lors de prise de décisions. Cette découverte a été mise en lumière
par la découverte du rôle déterminant de certaines structures du cerveau,
comme sièges de la raison. En parallèle, grâce à des observations de patients
ayant des lésions dans certaines zones du cerveau (cf. le cas de Phineas Gage)
les médecins ont pu assigner à ces zones un rôle dans l’expression des
émotions. Ces études ont permis, par exemple, d’établir des liaisons entre
l’absence d’émotion et le comportement d’un individu.
Phinéas Gage ou la naissance de la neuropsychologie
Damasio a été le premier neuroscientifique, il y a 20 ans, à démontrer que
les émotions et le raisonnement sont indissociables.
Dans son livre « L’erreur de Descartes » paru en 1994, le neurologue et sa
femme Hanna, neuroanatomiste, vont étudier le cas « Gage »par exemple,
d’établir des liaisons entre l’absence d’émotion et le comportement d’un
individu.
e. Phinéas Gage ou la naissance de la neuropsychologie
Damasio a été le premier neuroscientifique, il y a 20 ans, à démontrer
que les émotions et le raisonnement sont indissociables. Dans son livre «
L’erreur de Descartes » paru en 1994, le neurologue et sa femme Hanna,
neuroanatomiste, vont étudier le cas « Gage ».
De leurs travaux, ils tireront la conclusion suivante : les émotions orientent
nos décisions suivant les conséquences de nos choix précédents, telles que
notre corps en conserve le souvenir (Marmion, J.-F. 2012). C’est donc la
découverte des marqueurs somatiques qui nous permettent de ressentir de
façon intuitive.
Phinéas Gage est né le 9 juillet 1823 aux Etats-Unis. En 1848, il est
contremaître pour une compagnie de chemins de fer à Cavendish, dans
l’état du Vermont. Le 13 septembre 1848, à 16 h 30, il s’apprête à exécuter
une manœuvre délicate visant à faire exploser une roche. Suite à une
erreur de manipulation, la barre à mine avec laquelle il tassait la poudre, a fait
naître une étincelle provoquant une violente explosion.
La barre de fer décolle du sol et traverse littéralement le crâne de Gage
emportant son œil gauche et détruisant, en partie, la face inférieure du lobe
frontal du cerveau, pour ressortir par le haut du crâne. La barre en question
pèse 6 kg, mesure 1,10 m de long et atteint 3 cm de diamètre par endroit.
Ramené à son hôtel, conscient et parlant, Gage est vu par le Docteur Harlow
qui le soigne du mieux qu’il peut. Fin novembre 1848, l’unique séquelle
physique sera la perte de son œil gauche.
En 1849, Gage rencontre le docteur Henry Bigelow de la faculté de Harvard
qui constate une bonne santé de son cerveau, Gage ne présentant aucun
déficit de langage, de mémoire, ou de motricité. Il en conclut, que les lobes
frontaux n’entrent pas en activité dans les actes de la vie courante
puisqu’il considère que le lobe frontal gauche a été en grande partie détruit
durant l’accident. Pourtant, de nombreux changements se sont opérés dans
la personnalité de Gage, que ses proches et ses collègues de travail ont
remarqué.
Gage « n’était plus Gage »
Avant son terrible accident, Gage était un individu courtois, empathique et
rigoureux dans son travail. Il devient, après ce dernier, versatile, instable et
grossier. Le Docteur Harlow définira son état comme étant la destruction
de l’équilibre entre ses facultés intellectuelles et ses propensions animales.
Après avoir perdu son emploi aux chemins de fer, il travailleraau musée
Barnum de New York puis en tant que conducteur de diligence. En 1852,
il embarque pour l’Amérique du Sud où il occupera un emploi de conducteur
de diligence au Chili pendant 7 ans. En 1859, il retourne dans sa famille à San
Francisco. A partir de février 1860, il souffre d’épilepsie et une dernière crise
aura raison de lui le 24 mai 1860.
Antonio Damasio, pour appuyer sa théorie sur le fonctionnement des
émotions comme éléments d’amélioration de nos capacités de raisonnement,
s’appuiera sur des patients souffrant de lésions des lobes préfrontaux et
notamment sur le cas de Phinéas Gage. Il écrit même un livre « L’Erreur de
Descartes » en soulignant l’erreur de ce dernier d’avoir réduit Gage à un
vagabond sociopathe. Dans leurs recherches, le neuroscientifique démontre
en 1994 que les lésions de Gage avaient concerné les deux hémisphères
cérébraux, traumatisme induisant des changements de personnalité violents.
Cependant, en 2004, sous la supervision de Peter Ratiuune équipe scientifique
démontrera que la barre n’a pas pu endommager l’hémisphère droit. C’est
en 2012 que le spécialiste en neuro-imagerie Jack Van Horn, après avoir
étudié des millions de trajectoires possiblement empruntées par la barre à
mine, confirmera le travail de Ratiu en démontrant ainsi que cette dernière
n’a pas pu traverser l’hémisphère droit de PhinéasGage. . Il révèle que c’est
la partie ventro-médiane du cortex préfrontal qui a été détruite. Une zone qui
assure le lien entre raison et émotion. Cette découverte nous apprend que
les émotions orientent nos décisions suivant les conséquences de nos choix
précédents, telles que notre corps en conserve le souvenir.