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Contre-mesures en droit international

Ce document décrit le droit international concernant la responsabilité des États et les contre-mesures. Il explique la notion de contre-mesure, son régime juridique incluant les conditions de recours et les limites, telles que la proportionnalité et les règles de jus cogens.

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Contre-mesures en droit international

Ce document décrit le droit international concernant la responsabilité des États et les contre-mesures. Il explique la notion de contre-mesure, son régime juridique incluant les conditions de recours et les limites, telles que la proportionnalité et les règles de jus cogens.

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Droit de la responsabilité internationale des États et des

Organisations internationales

Cours de M. Alexandre NEGRUS

Institut d’Études de Géopolitique Appliquée - 31 Rue de Poissy 75005 Paris

[Link] – secretariat@[Link]

N°RNA : W712004835 - N°SIRET : 849 769 906 00025


La responsabilité internationale de l’État : exonération et
réparation

[Suite du cours sur l’exonération]

F. Les contre-mesures

En droit international, la notion de contre-mesure est fondamentale puisqu’elle permet à des


États de répondre, selon des règles précises, à une violation d’une obligation internationale qui leur
est due, cette réponse ne pouvant intervenir uniquement si l’État en question a lui-même été lésé.

Une contre-mesure est, de manière très générale, une réponse graduée et proportionnée à
une violation. Dans les relations internationales, elles ont une place fondamentale puisqu’elles
permettent de réguler, presque automatiquement, les rapports entre les États. Pour que leur efficacité
soit maximisée et afin d’éviter des abus, cette notion est encadrée par un régime juridique strict,
contenant des règles procédurales et un certain nombre de limites.

Il est indispensable de maîtriser cette notion puisque dans les relations internationales,
l’usage de ce terme est courant. Il est souvent employé par la presse, parfois par certains experts
mais il convient de comprendre les règles qui entourent ces contre-mesures. Ce mécanisme permet
de prouver, de nouveau, que les relations internationales ne peuvent être comprises que par une
étude approfondie du droit international.

1. La notion

Une contre-mesure est une attitude adoptée par un État qui contient plusieurs caractères :

i) un caractère unilatéral = une contre-mesure est adoptée par un État sans autorisation préalable
donnée par une autorité extérieure et sans concertation ;

ii) un caractère auto-apprécié = chaque État apprécie par lui-même sa situation juridique au
regard des autres États (sentence arbitrale « Accord relatif aux services aériens du 27 mars
1946 entre la France et les USA », 1978) ;

iii) un caractère pacifique = la contre-mesure ne doit pas être militaire, en vertu de l’interdiction
du recours à la force (interdiction soulignée dans la sentence arbitrale de 1978 vue ci-avant) ;

iv) un caractère décentralisé = la contre-mesure est adoptée par l’État lui-même, c’est-à-dire
qu’aucune structure internationale, aucune organisation internationale ne peut décider à la
place de l’État de l’adoption d’une contre-mesure. Ce n’est pas une décision prise en
concertation à un niveau multilatéral ;

v) un caractère étatique = elle est adoptée par un État, ce qui signifie que ce n’est pas, là encore,
une structure autre qu’un État qui pourra exercer ce droit de prendre une contre-mesure
(article 49 du projet de 2001) ;

vi) un caractère non répressif = la contre-mesure n’est pas censée être une sanction mais un
moyen de pression exercé sur un autre État afin que celui-ci respecte ses obligations. La
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contre-mesure est ainsi vue comme un moyen de faire respecter le droit plutôt que de réprimer
quelque chose à proprement parler. Dans l’affaire « Gabcikovo-Nagymaros », le but de la
contre-mesure était d’inciter l’État auteur du fait illicite à exécuter les obligations qui lui
incombent en droit international ;

vii) un caractère réversible = elle est censée inciter l’État à exécuter ses obligations secondaires
donc la contre-mesure ne doit pas être définitive ;

viii) un caractère intrinsèquement illicite = l’État qui prend une contre-mesure est l’État qui viole
le droit international.

2. Régime juridique

a. Les conditions de recours

[Conditions procédurales]

Les règles procédurales encadrant ce régime juridique des contre-mesures ont été exposées
par la CDI à l’article 52 du projet de 2001. Ainsi, l’État doit respecter, dans l’ordre, les conditions
suivantes :

Avant de prendre une contre-mesure, l’État lésé doit demander à l’État responsable de s’acquitter de
ses obligations. L’État lésé doit notifier la décision de prendre des contre-mesures, c’est-à-dire offrir
de négocier (cf affaire « Gabcikovo-Nagymaros »). Aussi, certaines contre-mesures sont interdites,
comme lorsque le fait illicite a cessé (puisque la contre-mesure n’est qu’un moyen de pression pour
faire cesser le fait illicite) ou lorsqu’une juridiction a été saisie du différend.

[Condition de proportionnalité]

C’est une condition essentielle, parfois la plus connue de ce régime juridique. Elle a été
posée à l’article 51 du projet de 2001 :

« Les contre-mesures doivent être proportionnelles au préjudice subi, compte tenu de la


gravité du fait internationalement illicite et des droits en cause. »

Cette règle a été précisée dans l’affaire « Gabcikovo-Nagymaros », dans laquelle il est
question d’une équivalence des faits illicites. Cela sous-entend qu’il n’est pas possible d’adopter
une contre-mesure qui soit un fait illicite plus important que celui subi par l’État lésé.

b. Limitation dans le temps et réversibilité

En vertu de l’article 49§1 du projet de 2001, une contre-mesure est provisoire et doit être
limitée au besoin de la situation :

« L’État lésé ne peut prendre de contre-mesures à l’encontre de l’État responsable du


fait internationalement illicite que pour amener cet État à s’acquitter des obligations
qui lui incombent en vertu de la deuxième partie. »

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L’article 53 du projet de 2001 consacre quant à lui un propos sur la cessation des contre-
mesures. C’est-à-dire qu’il doit être mis fin à la contre-mesure dès lors que l’État responsable
s’acquitte de ses obligations secondaires. En effet, dès que l’État responsable a réparé le dommage
causé à l’État lésé, ce dernier ne pourra plus faire usage des contre-mesures, puisque celles-ci ne
sont licites que lorsqu’elles servent à faire cesser un fait internationalement illicite.

3. Les limites

Le régime juridique des contre-mesures contient quelques limites relatives aux normes de
jus cogens et au règlement pacifique des différends.

a. Les règles de jus cogens

L’article 50 du projet de 2001 expose les obligations ne pouvant être affectées par des
contre-mesures. On retrouve ainsi, entre autres :

- l’interdiction des contre-mesures de nature militaire ;


- les contre-mesures ne peuvent pas porter atteinte aux obligations concernant la protection des
droits fondamentaux de l’homme ;

- les contre-mesures ne peuvent pas porter atteinte aux obligations de caractère humanitaire
excluant les représailles.

b. Règlement pacifique des différends

L’article 50§2 du projet de 2001 interdit les contre-mesures qui pourraient porter atteinte au
règlement des litiges. Il faut que la voie des négociations reste ouverte, c’est-à-dire un règlement
pacifique des différends.

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