Infections Sexuellement Transmissibles: J.-M. Bohbot, A. Marchal
Infections Sexuellement Transmissibles: J.-M. Bohbot, A. Marchal
Selon l’Organisation mondiale de la santé, un million de personnes sont atteintes quotidiennement par
une gonococcie, une infection à Chlamydia trachomatis ou à Trichomonas vaginalis, ou par une syphilis.
La prévalence de ces infections progresse dans le monde entier, reflet d’un échec de l’information préven-
tive vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles (IST). Dans le panorama actuel des IST, plusieurs
points sont remarquables : la fréquence des contaminations lors de rapports orogénitaux (fellations essen-
tiellement), mode de transmission largement ignoré par les patient(e)s ; la fréquence des localisations
extragénitales (anales, oropharyngées) ; le polymorphisme des tableaux cliniques et la fréquence des
formes a- ou paucisymptomatiques ; la résistance croissante de certaines bactéries (par exemple, Neis-
seria gonorrhoeae) aux antibiotiques. Paradoxalement, les techniques de dépistage de ces infections
n’ont cessé de s’améliorer au cours des dernières années, mais elles demeurent souvent l’apanage des
pays développés. Ignorées ou traitées tardivement, les IST exposent à des complications bien connues :
infections génitales hautes, complications obstétricales, transmission mère–enfant, lésions cancéreuses
ou précancéreuses, etc. Enfin, l’impact psychosocial et leur retentissement au sein des couples font des
IST des infections à part, nécessitant une prise en charge spécifique.
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Volume 13 > n◦ 1 > janvier 2018
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en 2002), après une période de stabilité entre 2008 et 2012 sa dans la survenue d’une IST. Dans les conditions d’hygiène nor-
prévalence est repartie à la hausse en 2013. Cette infection se males, il n’y a aucun risque de contracter une IST dans ces situat-
manifestant par une anorectite aiguë touche les hommes homo- ions.
ou bisexuels et aucun cas féminin n’a actuellement été observé.
Cependant, il existe des cas d’anorectites féminines à C. tracho-
matis non LGV ; Tranches d’âge concernées
• d’après le Réseau de surveillance de la syphilis (RENASYPH), le
Aucune tranche d’âge n’est épargnée par le risque de contrac-
nombre de syphilis récentes augmente chez les hommes, mais
ter une IST. Cependant, les populations les plus concernées
reste stable chez les femmes. Les femmes représentent 4 % des
par ces infections sont jeunes. C’est ainsi qu’en 2013, selon le
cas de syphilis rapportés en 2013 [3] ;
réseau RENAGO, l’âge moyen des femmes atteintes de gono-
• l’Institut national de veille sanitaire a publié en 2015 les esti-
coccie en France était de 22 ans, contre 27 ans pour les
mations de l’incidence française de quelques IST [4] :
hommes.
◦ infections à Chlamydia : 77 000 cas par an,
En ce qui concerne les infections à C. trachomatis (RENACHLA),
◦ gonococcies : 15 000 cas par an,
l’âge moyen des cas féminins était de 22 ans en 2013, contre 25 ans
◦ syphilis : 10 à 20 000 cas par an,
chez les hommes. Les tranches d’âge les plus atteintes sont les 15
◦ infections HPV : condylomes, 50 000 cas par an ; cancer du
à 24 ans chez les femmes et les 20 à 29 ans chez les hommes.
col de l’utérus : 3000 cas par an.
Toutes ces statistiques témoignent d’un fléchissement des pra-
tiques de prévention, comme le montrent les enquêtes sur la
diminution des ventes de préservatifs en France ces dernières Aspects cliniques
années.
Le symptôme est l’élément déclenchant de la consultation en
matière d’infection gynécologique. La grande majorité de ces
Modes de transmission infections ne sont pas liées à une transmission sexuelle (can-
didoses, vaginose bactérienne, etc.) et peu de symptômes sont
Transmission sexuelle pathognomoniques d’une IST. Ainsi, la prescription d’examens de
Toutes les IST se transmettent, par définition, sexuellement. laboratoire à la recherche d’IST se fonde davantage sur le contexte
Tous les types de rapports sexuels peuvent être en cause : rapports épidémiologique (rapports non protégés, partenaire contaminé,
vaginaux, anaux, oraux (fellations et cunnilingus), et caresses partenaires multiples, etc.) que sur la clinique. À citer, deux
manuelles. Les risques varient, bien entendu, en fonction du exemples de cette discrétion symptomatique : C. trachomatis avec
pathogène incriminé et du degré de contagiosité de la pratique 40 à 60 % de formes asymptomatiques [3] et l’HPV dont localisa-
sexuelle. tion cervicale est totalement asymptomatique (au moins au début
La fellation est considérée à tort par nombre de patient(e)s de l’atteinte cervicale).
comme une caresse ou un préliminaire dénué de risque. Ce n’est Sinon, les symptômes les plus fréquents sont bien connus :
pas le cas. Il s’agit bien d’une pénétration avec un risque de conta- • leucorrhées inhabituelles ;
mination tant pour le partenaire actif que le ou la partenaire • prurit ou brûlures vulvovaginales ;
passif(ve) identique aux rapports génitaux « classiques ». • dyspareunie ;
Le cunnilingus est une pratique à faible risque. Mais la pré- • lésions génitales (ou anogénitales) ;
sence de lésions génitales ou buccales peut être à l’origine d’une • symptômes urinaires, etc.
contamination (herpès ou syphilis par exemple). Tous ces signes peuvent survenir isolément ou s’associer.
Une autre difficulté est la fréquence des infections mixtes au
Transmission maternofœtale cours desquelles une infection très symptomatique comme la can-
didose vulvovaginale peut masquer une étiologie concomitante
Le risque de transmission d’une IST de la mère vers l’enfant
(C. trachomatis, etc.).
se situe principalement autour de l’accouchement : infections à
Il ne faut donc pas hésiter à s’appuyer sur des examens biolo-
C. trachomatis, gonococcie, herpès, infections HPV. Cependant,
giques quand le contexte épidémiologique le nécessite, ou quand
quelques infections peuvent se transmettre en cours de grossesse :
le comportement sexuel de la patiente ou de son partenaire
syphilis, VIH, virus de l’hépatite B (VHB). Enfin, l’allaitement pré-
évoque un risque d’IST, ou en cas d’infection génitale récidivante.
sente un risque pour la transmission de virus comme le VIH ou le
VHB.
Le dépistage systématique des IST n’a pas lieu d’être pendant Leucorrhées
la grossesse, sauf en cas de tableau clinique évocateur ou en cas
d’IST dépistée chez le partenaire sexuel. Les leucorrhées se caractérisent par leur aspect, leur abondance
Les sérologies syphilitiques et VIH sont vivement recom- et leur odeur. Il est ainsi classique de rapporter :
mandées en début de grossesse. À cet égard, on peut noter • des leucorrhées crémeuses en présence de Candida (il ne s’agit
l’augmentation spectaculaire du nombre de syphilis congénitales pas d’une IST, mais cette levure peut être associée avec un germe
rapportées aux États-Unis entre 2012 (8,4 cas pour 100 000 nais- responsable d’IST) ;
sances) et 2014 (11,6 cas pour 100 000 naissances) [5] . • des leucorrhées mousseuses et aérées en présence de T. vaginalis ;
• des leucorrhées grisâtres et malodorantes en cas de vaginose
bactérienne (non incluse dans les IST) ;
Transmission sanguine
• des leucorrhées jaunes verdâtres en cas de vaginites (ou cervi-
La qualité de la surveillance des produits de transfusion ou covaginites) bactériennes comme à Neisseria gonorrhoeae.
des dérivés sanguins a permis d’éliminer quasi totalement le Les leucorrhées sont rarement isolées. Elles s’accompagnent
risque de contamination en particulier par le VIH, le virus de de signes subjectifs tels qu’un prurit, ou des brûlures vulvaires
l’hépatite C (VHC) et la syphilis. Chez les usagers de drogue par ou vaginales, qui dominent parfois le tableau clinique. Cet état
voie intraveineuse, le risque persiste, même si la politique de dis- inflammatoire est la principale cause de dyspareunie.
tribution de seringues et de produits substitutifs a entraîné une
diminution notable des contaminations par les infections citées
ci-dessus. Examen clinique
Il complète l’interrogatoire et oriente parfois le diagnostic.
Autres modes de transmission La constatation d’une cervicite (écoulement purulent ou muco-
Un certain nombre d’idées reçues circulent encore sur la res- purulent du canal cervical avec parfois saignement lors des
ponsabilité des toilettes, des piscines, des poignées de portes, des rapports sexuels) peut indiquer une étiologie infectieuse telle que
transports en commun, voire des cabinets de consultation (!), C. trachomatis, N. gonorrhoeae, M. genitalium ou T. vaginalis, etc.
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Mais il existe des tableaux de cervicites avérées sans étiologie Elle ne peut remplacer la mise en évidence du virus à partir de
infectieuse. lésions. Il n’existe que deux indications intéressantes de la sérolo-
gie herpétique : le dépistage de sujets contacts asymptomatiques
et le dépistage de femmes enceintes asymptomatiques partenaires
Signes urinaires d’hommes contaminés.
Associés ou non à des symptômes génitaux, des manifestations À noter que la sérologie Chlamydia ne présente pas d’intérêt
urinaires peuvent révéler une IST. Il s’agit de brûlures urétrales lors des infections génitales basses ou en suivi post-thérapeutique.
permanentes ou uniquement lors des mictions. Le diagnostic dif- Cependant, elle est néanmoins très contributive en cas de suspi-
férentiel avec une infection urinaire classique réside dans l’aspect cion de LGV (taux sérologiques très élevés, supérieurs à 4096) ou
subaigu des symptômes et l’absence de signes d’accompagnement d’infection génitale haute [IGH] (en association avec le dosage de
tels que pollakiurie, hématurie, etc. la protéine C-réactive [CRP]) [7] .
La sérologie (Venereal Disease Research Laboratory [VDRL] et
tests tréponémiques) est le seul test diagnostique de la syphilis
Lésions génitales utilisable en routine.
Quelle que soit l’infection soupçonnée ou démontrée, il est
L’éventail des lésions génitales liées à une infection est vaste : impératif de prescrire, en respectant les délais de séroconversion,
érythème, ulcérations, lésions papuleuses, etc. une sérologie VIH, une sérologie syphilis, ainsi qu’une sérologie
L’érythème vulvaire est fréquent et peut être d’origine infec- VHC et un éventuel contrôle des marqueurs de l’hépatite B si la
tieuse ou non. On observe en effet des érythèmes liés à des patiente n’a pas été vaccinée.
dermatoses telles que le psoriasis ou des dermites irritatives. Dans
ces derniers cas, la responsabilité de produits d’hygiène inadaptés
(antiseptiques) ou de topiques (crèmes antifongiques, antibacté-
riennes, dermocorticoïdes au long cours) est fréquente. Parmi les Principales infections
étiologies infectieuses, Candida est le plus souvent en cause, mais
aussi les streptocoques du groupe B, T. vaginalis et Gardnerella
sexuellement transmissibles
vaginalis.
Les ulcérations génitales les plus fréquentes sont dues à
Chlamydiose
l’infection herpétique. Si les récurrences de l’herpès génital sont C. trachomatis est une bactérie à développement intracellu-
aisément identifiables, même par la patiente, les primo-infections laire obligatoire dont on connaît 15 sérovars : A-C : responsables
peuvent revêtir des aspects trompeurs : ulcérations en fissures, du trachome ; L1-L3 : responsables de la LGV. Les sérovars D-
extensives, surinfectées, etc. Certaines formes cliniques d’aphtose K sont responsables d’infections urogénitales dont des cervicites
ont un aspect clinique très proche d’une primo-infection herpé- à la symptomatologie très discrète : simples leucorrhées non
tique. Beaucoup plus rares sont les ulcérations en rapport avec des spécifiques, érythème et fragilité du col, parfois dyspareunie ou
IST comme la syphilis ou le chancre mou. signes urinaires légers. Les formes asymptomatiques sont très fré-
Les papules condylomateuses peuvent être source d’erreurs quentes : 40 à 60 % [3] .
diagnostiques quand elles sont isolées. Associées à des formations Les localisations anales et/ou pharyngées, le plus souvent
verruqueuses, elles sont aisément attribuables à l’infection à HPV. asymptomatiques, sont majoritairement associées à une loca-
Le lichen plan peut également se manifester par des papules vul- lisation cervicale. Cependant, ces localisations peuvent exister
vaires prurigineuses. isolément, en particulier chez de très jeunes filles soucieuses de
conserver une virginité génitale jusqu’au mariage.
La transmission est uniquement sexuelle (ainsi que lors de
Méthodes diagnostiques l’accouchement) et se fait par contact direct de muqueuse à
muqueuse. Le risque théorique de transmission a été évalué à 10 %
L’aspect clinique d’un certain nombre d’IST peut être très évo- lors d’un seul rapport sexuel [8] .
cateur (herpès par exemple). Cependant, le diagnostic d’IST n’est Sa recherche devrait être systématique une fois par an chez
pas anodin, au moins d’un point de vue psychologique, pour le l’adolescente ayant des rapports sexuels en raison de la gravité
ou la patiente, et son ou sa partenaire. Ainsi convient-il dans des complications : salpingites ; stérilités ; grossesses ectopiques ;
la mesure du possible d’étayer son impression clinique par une périhépatites (syndrome de Fitz-Hugh-Curtis).
preuve biologique. La progression d’une infection basse vers une IGH n’est pas
Pour la grande majorité des IST, le prélèvement génital est suffi- homogène, et le risque est maximal dans les six mois qui suivent
sant. Les techniques d’amplification des acides nucléiques (TAAN) l’infection et en cas de réinfection. Ainsi, le risque relatif de déve-
telles que la polymerase chain reaction (PCR) sont actuellement les lopper une IGH après une infection récente à Chlamydia serait de
méthodes diagnostiques de choix pour la majorité des infections deux par rapport à des sujets sans infection à Chlamydia et de 1,8
génitales (N. gonorrhoeae, C. trachomatis, M. genitalium, T. vaginalis, en cas d’infection au-delà de six mois [9] .
etc.). De même, le risque de développer une IGH augmente avec
Les prélèvements s’effectuent généralement en région cervicale, le nombre d’infections à Chlamydia : risque relatif de 1,17
mais le dépistage des infections à gonocoques et C. trachomatis après une réinfection et 1,35 après deux réinfections [10] (risque
peut également s’effectuer par autoprélèvement vestibulaire avec calculé en référence au risque après une seule infection à
une sensibilité de 91 % et une spécificité de 99 % [6] . Chlamydia). Enfin, le risque de développer une IGH est plus
Cette méthode de prélèvement est utilisée dans la grande majo- élevé en cas d’association ou d’antécédent récent d’infection à
rité des centres gratuits de dépistage et de diagnostic et permet un N. gonorrhoeae [9] .
dépistage adapté aux patientes asymptomatiques. La fréquence des IGH asymptomatiques est difficile à évaluer. De
En ce qui concerne l’herpès, le diagnostic est établi par la mise même, les symptômes classiquement associés aux IGH (douleurs
en évidence du virus à partir de lésions récentes (culture, PCR). abdominopelviennes, métrorragies, dyspareunie balistique, leu-
L’infection HPV est évoquée sur la clinique (lésions évidentes corrhées inhabituelles, etc.) sont loin d’être pathognomoniques.
ou colposcopie) ou la cytologie. Le typage viral demeure réservé Leur présence doit néanmoins induire un bilan biologique à la
aux aspects cytologiques d’interprétation difficile (atypical squa- recherche de signes d’IGH.
mous cells of undertermined significance [ASCUS]). Le typage viral L’infection néonatale survient lors de l’accouchement, avec un
n’a aucun intérêt chez le partenaire masculin. risque estimé de transmission de 50 à 75 % [11] . Le nouveau-né
Trop de sérologies sont prescrites, pour un intérêt plus que contaminé peut développer une conjonctivite et/ou une pneu-
discutable. Ainsi, la sérologie mycoplasmes ne présente aucun mopathie.
intérêt en raison de son manque de spécificité. La sérologie her- Quoique dix fois moins fréquentes chez la femme que chez
pétique est difficilement interprétable, en raison de la fréquence l’homme, les arthrites réactionnelles inflammatoires à C. tra-
croissante des infections génitales à herpes simplex virus 1 (HSV1). chomatis peuvent se rencontrer soit isolément, soit dans un
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spectaculaire (voire une disparition chez certains patients) des fonction de la profondeur des atteintes. L’existence de ces lésions
récurrences herpétiques, ainsi qu’une diminution des EVA et, est suspectée devant les anomalies repérées au frottis cervicova-
bien entendu, du risque de transmission [32] . ginal. Mais le diagnostic de néoplasie doit être impérativement
étayé par la colposcopie et l’histologie. Dans le cadre de ces lésions,
l’examen du partenaire n’est pas nécessaire.
Infections à human papilloma virus Parmi les néoplasies vulvaires intraépithéliales, certaines seule-
Les HPV sont des virus nus à acide désoxyribonucléique double ment sont liées aux HPV et touchent plutôt les femmes jeunes.
brin circulaire extrêmement répandus qui infectent la peau et les Elles prennent souvent l’aspect de placards épais, blancs, rouges
muqueuses, et plus précisément les épithéliums malpighiens. On et/ou pigmentés. La biopsie des lésions est essentielle au diagnos-
dénombre plus de 120 génotypes d’HPV différents chez l’homme. tic. Leur évolution est assez imprévisible et les récidives élevées
Une quarantaine de ces virus ont un tropisme muqueux et quel que soit le traitement imposent une surveillance prolon-
peuvent donc affecter la sphère anogénitale [33] . gée [46] .
Le carcinome épidermoïde invasif de la vulve doit être systéma-
tiquement recherché devant toute lésion leucoplasique infiltrée
Épidémiologie
en profondeur ou tumorale avec la réalisation d’une biopsie. Il est
Les infections à HPV sont des IST très fréquentes qui touchent lié aux HPV de haut grade et touche préférentiellement les femmes
la plupart des hommes et des femmes dans les premières années immunodéprimées [47] .
de leur vie sexuelle.
Le pic de prévalence de l’infection à HPV se situe entre 20 et Colposcopie
25 ans. Environ 80 % des femmes sont infectées au moins une
fois dans leur vie par l’HPV [33–36] . C’est un examen de la muqueuse génitale et du chorion sous-
La transmission se fait par contact cutanéomuqueux, le plus jacent à la loupe binoculaire qui permet d’établir une carte précise
souvent par contact sexuel, qu’il y ait pénétration ou simple des lésions, de diriger les biopsies, de choisir et d’assurer un
contact génital. Le préservatif n’empêche pas la transmission de traitement local. Elle comporte trois étapes : l’examen sans prépa-
l’HPV, même s’il contribue à en réduire la transmission [37, 38] . ration, après application d’acide acétique et après application de
Lugol. Lors de formes cliniques patentes comme les condylomes
exophytiques, la colposcopie permet d’évaluer l’importance des
Pathogénicité
lésions infracliniques (leucoplasies, colpite, condylome plan,
La cible privilégiée des HPV est constituée des kératinocytes aspect micropapillaire, aspects encéphaloïdes) et les dysplasies
basaux des épithéliums malpighiens pluristratifiés. cervicales pour lesquelles elle localise la jonction squamocylin-
Parmi les HPV touchant la sphère génitale, il faut distinguer : drique, cartographie l’existence, la localisation, la taille et les
• les HPV à bas risque de lésions prénéoplasiques et néopla- caractéristiques d’une zone de transformation atypique, et décrit
siques : les HPV 6 et 11 qui sont à l’origine de plus de 90 % des l’architecture vasculaire.
condylomes acuminés et des dysplasies légères qui n’évolueront
jamais vers une lésion de plus haut grade [39] ; Histologie
• les HPV à haut risque au sein desquels les HPV 16, 18, 31, 33
et 45 sont les plus fréquents et sont impliqués dans 83 % des Elle établit le diagnostic de certitude en présence d’une lésion
cancers du col de l’utérus dans le monde, et pour les 16 et 18 localisée par la colposcopie et guide le traitement.
dans 70 % des cancers cervicaux en Europe [40, 41] .
Des HPV ont été identifiés dans pratiquement tous les organes Virologie
contenant des épithéliums muqueux. Ces virus sont impliqués La mise en évidence de la présence au niveau du col utérin d’un
dans le développement d’autres cancers des muqueuses génitales HPV haut risque ne peut être utilisée que de façon complémen-
(anus, vulve et pénis) et à l’origine d’un pourcentage élevé de taire et associée aux techniques de cytologie, de colposcopie et
cancers de l’oropharynx, du larynx et de la cavité buccale [42] . d’histologie [48] . La recherche d’HPV est réalisée par un test de cap-
Dans la grande majorité des cas, l’évolution naturelle de ture d’hybride ou par l’amplification par PCR, sur un prélèvement
l’infection se fait vers la guérison, par clairance virale, c’est-à-dire réalisé en plus du frottis cervico-utérin conventionnel, ou à par-
l’élimination naturelle et spontanée du virus par l’organisme : tir du liquide résiduel d’un frottis en milieu liquide. L’indication
l’infection disparaît et n’occasionne aucune anomalie cellulaire. actuellement validée est la recherche de portage d’HPV haut grade
Dans les cas de latence, soit environ 10 % des femmes infectées, en cas de frottis ASCUS, mais son utilisation est aussi discutée dans
le virus est quiescent et persiste pendant des années. C’est cette le cadre du dépistage primaire [49] , dans le suivi des lésions traitées,
persistance de l’infection qui constitue le facteur de risque néces- en cas de discordance colposcopie et histologie.
saire mais non suffisant de la carcinogenèse du col utérin [33–36] .
Biologie moléculaire
Manifestations cliniques
L’identification de marqueurs biologiques spécifiques (p16,
Les condylomes acuminés ou exophytiques, liés essentielle- Ki67, etc.) est à l’étude. La protéine p16 est un biomarqueur qui
ment à la présence d’HPV 6-11, sont des lésions bénignes avec témoigne de l’expression du gène précoce E7 lors d’une infec-
une incidence élevée chez les jeunes entre 16 et 25 ans. Ils tion à HPV à haut risque. Sa surexpression est le reflet indirect de
siègent essentiellement dans les régions vulvaire, périnéale et l’expression du gène E7. Le couplage de la recherche de la protéine
anale, peuvent être isolés ou multiples, parfois confluents [43] . Ce p16 et du facteur de prolifération Ki67 au sein de la même cellule
sont des lésions contagieuses. Le diagnostic est clinique. L’examen (dual-staining) permettrait d’identifier de manière plus spécifique
du partenaire par péniscopie doit être systématique. L’impact les infections transformantes dans l’épithélium malpighien du col
psychologique ne doit pas être négligé car le retentissement utérin.
psychoaffectif de ces lésions est important. La colposcopie à la
recherche de formes subcliniques comme les condylomes plans
ou une dysplasie du col utérin associée est effectuée, ainsi qu’un
Thérapeutique
examen de l’anus. Le traitement des condylomes acuminés est souvent long. Il doit
Les dysplasies cervicales ou néoplasies cervicales (CIN) sont absolument être mené chez l’ensemble des partenaires sexuels
directement corrélées à la persistance d’une infection par HPV, atteints. Des traitements chimiques (la podophyllotoxine, l’acide
notamment par les HPV 16 et 18. Certains facteurs comme trichloracétique, l’imiquimod) ou physiques (azote liquide, élec-
un tabagisme actif, un déficit immunitaire, la co-infection par trocoagulation, laser à dioxyde de carbone [CO2 ]) peuvent être
d’autres IST, l’utilisation au long cours de la contraception proposés.
orale (plus de 5 ans), certains facteurs génétiques, ont égale- Les lésions infracliniques sont détruites par laser à CO2 ou
ment été identifiés comme facteurs de risque de persistance de électrocoagulation. Les indications de vaporisation ou d’exérèse
l’infection [44, 45] . Il existe trois stades de CIN gradées de 1 à 3 en dépendent de multiples facteurs (gravité de la lésion, localisation,
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Tableau 1.
Méthodes diagnostiques et traitements des principales infections sexuellement transmissibles.
Infection Diagnostic Sérologie Traitement de Autres traitements
première intention
Chlamydia trachomatis PCR col ou Inutile sauf dépistage Azithromycine Doxycycline
autoprélèvement IGH (en association per os 1 g/1 j per os
vestibulaire avec CRP) 200 mg/j × 7 jours
Neisseria gonorrhoeae PCR col ou - Ceftriaxone Gentamicine
autoprélèvement 500 mg i.m. × 1 j 240 mg i.m. × 1 j
vestibulaire
Syphilis Clinique +++ Benzathine-pénicilline Doxycycline
et sérologie 2,4 M UI 200 mg/j
1 à 3 i.m. 14 à 28 j
Mycoplasma genitalium PCR col - Azithromycine per os Moxifloxacine
500 mg 1er jour puis per os
250 mg 4 j suivants 400 mg/j × 7 jours (hors
AMM)
IGH : infection génitale haute ; CRP : C-reactive protein ; i.m. : intramusculaire ; PCR : polymerase chain reaction ; AMM : autorisation de mise sur le marché.
étendue, âge de la patiente, etc.). À la différence des CIN1, les manière efficace. Le préservatif masculin (et féminin) est cepen-
CIN2-3 conduisent classiquement à la réalisation d’un traitement dant la seule prévention efficace (en dehors des vaccins anti-HPV
d’exérèse, préféré parce qu’il permet de disposer d’une analyse et anti-hépatite B).
histologique finale et de ne pas méconnaître un éventuel cancer Cette croissance épidémiologique s’accompagne de la réap-
micro-infiltrant. parition de pathologies que l’on croyait en voie de disparition
comme la syphilis congénitale. La deuxième conséquence est
Prévention l’augmentation de la consommation d’antibiotiques conduisant
à des phénomènes de résistance parfois préoccupants (gonococ-
Prévention primaire cies).
Il existe aujourd’hui deux vaccins prophylactiques ayant Par ailleurs, même si la majorité de ces infections sont bénignes,
obtenu l’autorisation de mise sur le marché en France. Il s’agit de certaines d’entre elles sont sources de complications graves
vaccins recombinants utilisant des pseudo-particules virales expri- (hypofertilité, pathologies obstétricales, lésions précancéreuses ou
mant la protéine de capside virale L1. Ils sont destinés à prévenir cancéreuses, etc.). Toutes les IST favorisent l’acquisition du VIH.
la primo-infection des principaux virus en cause et doivent être L’impact psychologique des IST est également à prendre en
administrés avant les premiers contacts avec les virus pour être compte dans la gestion de ces infections, en particulier au sein de
pleinement efficaces. Aucun des deux vaccins n’est aujourd’hui couples stables. La constatation d’une IST possiblement acquise
recommandé de façon préférentielle par le Haut conseil de la santé des mois ou des années auparavant est susceptible de jeter le
publique : trouble au sein du couple si des explications claires ne sont pas
• Gardasil est un vaccin quadrivalent dirigé contre les HPV 6,
®
fournies.
11, 16 et 18 ; Enfin, les IST peuvent à tout moment s’enrichir de nouveaux
• Cervarix est bivalent et dirigé contre les HPV 16 et 18.
®
agents pathogènes comme c’est le cas avec le virus Zika.
Ils ont un rôle de prévention dans la survenue des lésions pré- Plus que jamais, la lutte contre ces infections passe par la
cancéreuses et cancéreuses dues aux HPV de type 16 et 18 ; le prévention primaire et l’information de la population, plus parti-
vaccin quadrivalent protège également contre les HPV 6 et 11 res- culièrement de la population débutant sa vie sexuelle.
ponsables des condylomes. Les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans
sont la population cible de la vaccination, avec un rattrapage
possible jusque l’âge de 19 ans [50] . Déclaration de liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens
Le schéma vaccinal recommandé est l’administration de deux d’intérêts en relation avec cet article.
doses espacées de six mois.
La vaccination ne dispense pas de la réalisation du dépistage
par frottis cervicovaginal.
Un vaccin nonavalent devrait obtenir l’AMM [51, 52] .
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trois ans, après deux frottis négatifs (c’est-à-dire normaux) réa- coque aux antibiotiques en France de 2001 à 2012. Bull Epidemiol Hebd
lisés à un an d’intervalle. Ce dépistage par frottis cervico-utérin 2014;5:93–103.
doit être également effectué chez les femmes vaccinées qui ne [3] Bulletin des réseaux de surveillance des IST : données au
sont pas protégées contre l’infection par des génotypes viraux 31 décembre 2013. INVS; novembre 2014.
non contenus dans le vaccin, et responsables de 50 % des lésions [4] Bulletin des réseaux de surveillance des infections sexuellement
précancéreuses et de 30 % des cancers invasifs. Tout frottis cervico- transmissibles (IST) - Rénago, Rénachla et RésIST : données au
utérin positif (c’est-à-dire anormal) doit être suivi d’investigations 31 décembre 2012. Saint-Maurice : InVS, 2015, consultation en ligne :
diagnostiques complémentaires [53] (Tableau 1). [Link]
VIH-sida-IST/Infections-sexuellement-transmissibles-IST/Bulletins-
des-reseaux-de-surveillance-des-IST.
Conclusion [5] Bowen V, Su J, Torrone E, Kidd S, Weinstock H. Increase in incidence
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Malgré l’amélioration des techniques de dépistage et de la théra- [6] Berwald N, Cheng S, Augenbraun M, Abu-Lawi K, Lucchesi M,
peutique, la prévalence des IST ne cesse de croître, que ce soit dans Zehtabchi S. Self-administered vaginal swabs are a feasible alter-
les pays développés ou dans les pays en voie de développement. native to physician-assisted cervical swabs for sexually transmitted
Cette constatation signe l’échec des campagnes de prévention infection screening in the emergency department. Acad Emerg Med
qui n’ont pas permis de promouvoir l’utilisation du préservatif de 2009;16:360–3.
EMC - Gynécologie 7
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Bohbot JM, Marchal A. Infections sexuellement transmissibles. EMC - Gynécologie 2018;13(1):1-8
[Article 360-A-10].
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