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Infections Sexuellement Transmissibles: J.-M. Bohbot, A. Marchal

Ce document traite des infections sexuellement transmissibles. Il présente les statistiques alarmantes sur le nombre de personnes infectées chaque année par des IST telles que la gonorrhée, la chlamydia, la syphilis ou le virus du papillome humain. Le document souligne également la recrudescence de ces infections dans le monde entier malgré les progrès réalisés dans les techniques de dépistage, reflétant un échec de la prévention. Il aborde ensuite les principales IST en détaillant leurs aspects épidémiologiques, cliniques et diagnostiques.

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Infections Sexuellement Transmissibles: J.-M. Bohbot, A. Marchal

Ce document traite des infections sexuellement transmissibles. Il présente les statistiques alarmantes sur le nombre de personnes infectées chaque année par des IST telles que la gonorrhée, la chlamydia, la syphilis ou le virus du papillome humain. Le document souligne également la recrudescence de ces infections dans le monde entier malgré les progrès réalisés dans les techniques de dépistage, reflétant un échec de la prévention. Il aborde ensuite les principales IST en détaillant leurs aspects épidémiologiques, cliniques et diagnostiques.

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 360-A-10

Infections sexuellement transmissibles


J.-M. Bohbot, A. Marchal

Selon l’Organisation mondiale de la santé, un million de personnes sont atteintes quotidiennement par
une gonococcie, une infection à Chlamydia trachomatis ou à Trichomonas vaginalis, ou par une syphilis.
La prévalence de ces infections progresse dans le monde entier, reflet d’un échec de l’information préven-
tive vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles (IST). Dans le panorama actuel des IST, plusieurs
points sont remarquables : la fréquence des contaminations lors de rapports orogénitaux (fellations essen-
tiellement), mode de transmission largement ignoré par les patient(e)s ; la fréquence des localisations
extragénitales (anales, oropharyngées) ; le polymorphisme des tableaux cliniques et la fréquence des
formes a- ou paucisymptomatiques ; la résistance croissante de certaines bactéries (par exemple, Neis-
seria gonorrhoeae) aux antibiotiques. Paradoxalement, les techniques de dépistage de ces infections
n’ont cessé de s’améliorer au cours des dernières années, mais elles demeurent souvent l’apanage des
pays développés. Ignorées ou traitées tardivement, les IST exposent à des complications bien connues :
infections génitales hautes, complications obstétricales, transmission mère–enfant, lésions cancéreuses
ou précancéreuses, etc. Enfin, l’impact psychosocial et leur retentissement au sein des couples font des
IST des infections à part, nécessitant une prise en charge spécifique.
© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Chlamydia trachomatis ; Mycoplasma genitalium ; Human papilloma virus ; Cervicite ;


Dysplasie cervicale

Plan de femmes souffrent d’une infection par human papilloma virus


(HPV). Ces statistiques ne prennent pas en compte les infec-
■ Introduction 1 tions par Mycoplasma genitalium, les hépatites virales sexuellement
transmissibles, ni les infections par le virus de l’immunodéficience
■ Épidémiologie 1 humaine (VIH). Enfin, elles ne concernent pas non plus les
Modes de transmission 2 infections occasionnellement transmises sexuellement comme les
Tranches d’âge concernées 2 infections à Mycoplasma hominis ou Ureaplasma urealyticum. Ces
■ Aspects cliniques 2 chiffres démontrent que les infections sexuellement transmis-
Leucorrhées 2 sibles (IST) représentent un véritable problème de santé publique,
Examen clinique 2 non seulement dans les pays en voie de développement, mais aussi
Signes urinaires 3 dans les pays industrialisés.
Lésions génitales 3
■ Méthodes diagnostiques 3
■ Principales infections sexuellement transmissibles 3  Épidémiologie
Chlamydiose 3
Infection à Neisseria gonorrhoeae 4 Après une décroissance quasi générale de l’incidence des IST
Infection à Mycoplasma genitalium 4 dans tous les pays développés à la suite de l’épidémie sidéenne,
Ureaplasma urealyticum et Mycoplasma hominis 4 la courbe des IST est repartie à la hausse depuis environ 15 ans.
Trichomonas vaginalis 5 L’efficacité et la simplification des traitements anti-VIH, combi-
Syphilis 5 nées à un relâchement des mesures de prévention dans l’ensemble
Herpès génital 5 de la population, expliquent cette recrudescence. Ce phénomène
Infections à human papilloma virus 6 concerne toutes les IST :
■ Conclusion 7 • le Réseau de surveillance des gonococcies (RENAGO) [2] rapporte
une élévation constante depuis 2001 avec, par exemple, 1807
cas en 2010, 2211 en 2011 et 2961 en 2012, soit une augmen-
tation de 63,8 % en deux ans. Cette augmentation touche plus
 Introduction les femmes que les hommes : trois fois plus de cas féminins en
2012 qu’en 2010. La tendance se confirme pour 2013 ;
L’Organisation mondiale de la santé estime que 351,7 millions • le Réseau de surveillance des infections à Chlamydia (RENA-
d’individus sont contaminés chaque année par l’une (ou plu- CHLA) [3] relève également une augmentation constante du
sieurs) des infections suivantes : gonococcie, syphilis, infections nombre d’infections à Chlamydia tant chez les hommes que
à Chlamydia trachomatis ou à Trichomonas vaginalis, soit envi- les femmes, avec néanmoins une stabilisation entre 2012 et
ron un million de cas chaque jour [1] ; 530 millions d’individus 2013. Quant à la lymphogranulomatose vénérienne (LGV), due
dans le monde sont atteints d’herpès génital et 290 millions à des sérovars L1, L2, L3 de C. trachomatis (épidémie apparue

EMC - Gynécologie 1
Volume 13 > n◦ 1 > janvier 2018
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360-A-10  Infections sexuellement transmissibles

en 2002), après une période de stabilité entre 2008 et 2012 sa dans la survenue d’une IST. Dans les conditions d’hygiène nor-
prévalence est repartie à la hausse en 2013. Cette infection se males, il n’y a aucun risque de contracter une IST dans ces situat-
manifestant par une anorectite aiguë touche les hommes homo- ions.
ou bisexuels et aucun cas féminin n’a actuellement été observé.
Cependant, il existe des cas d’anorectites féminines à C. tracho-
matis non LGV ; Tranches d’âge concernées
• d’après le Réseau de surveillance de la syphilis (RENASYPH), le
Aucune tranche d’âge n’est épargnée par le risque de contrac-
nombre de syphilis récentes augmente chez les hommes, mais
ter une IST. Cependant, les populations les plus concernées
reste stable chez les femmes. Les femmes représentent 4 % des
par ces infections sont jeunes. C’est ainsi qu’en 2013, selon le
cas de syphilis rapportés en 2013 [3] ;
réseau RENAGO, l’âge moyen des femmes atteintes de gono-
• l’Institut national de veille sanitaire a publié en 2015 les esti-
coccie en France était de 22 ans, contre 27 ans pour les
mations de l’incidence française de quelques IST [4] :
hommes.
◦ infections à Chlamydia : 77 000 cas par an,
En ce qui concerne les infections à C. trachomatis (RENACHLA),
◦ gonococcies : 15 000 cas par an,
l’âge moyen des cas féminins était de 22 ans en 2013, contre 25 ans
◦ syphilis : 10 à 20 000 cas par an,
chez les hommes. Les tranches d’âge les plus atteintes sont les 15
◦ infections HPV : condylomes, 50 000 cas par an ; cancer du
à 24 ans chez les femmes et les 20 à 29 ans chez les hommes.
col de l’utérus : 3000 cas par an.
Toutes ces statistiques témoignent d’un fléchissement des pra-
tiques de prévention, comme le montrent les enquêtes sur la
diminution des ventes de préservatifs en France ces dernières  Aspects cliniques
années.
Le symptôme est l’élément déclenchant de la consultation en
matière d’infection gynécologique. La grande majorité de ces
Modes de transmission infections ne sont pas liées à une transmission sexuelle (can-
didoses, vaginose bactérienne, etc.) et peu de symptômes sont
Transmission sexuelle pathognomoniques d’une IST. Ainsi, la prescription d’examens de
Toutes les IST se transmettent, par définition, sexuellement. laboratoire à la recherche d’IST se fonde davantage sur le contexte
Tous les types de rapports sexuels peuvent être en cause : rapports épidémiologique (rapports non protégés, partenaire contaminé,
vaginaux, anaux, oraux (fellations et cunnilingus), et caresses partenaires multiples, etc.) que sur la clinique. À citer, deux
manuelles. Les risques varient, bien entendu, en fonction du exemples de cette discrétion symptomatique : C. trachomatis avec
pathogène incriminé et du degré de contagiosité de la pratique 40 à 60 % de formes asymptomatiques [3] et l’HPV dont localisa-
sexuelle. tion cervicale est totalement asymptomatique (au moins au début
La fellation est considérée à tort par nombre de patient(e)s de l’atteinte cervicale).
comme une caresse ou un préliminaire dénué de risque. Ce n’est Sinon, les symptômes les plus fréquents sont bien connus :
pas le cas. Il s’agit bien d’une pénétration avec un risque de conta- • leucorrhées inhabituelles ;
mination tant pour le partenaire actif que le ou la partenaire • prurit ou brûlures vulvovaginales ;
passif(ve) identique aux rapports génitaux « classiques ». • dyspareunie ;
Le cunnilingus est une pratique à faible risque. Mais la pré- • lésions génitales (ou anogénitales) ;
sence de lésions génitales ou buccales peut être à l’origine d’une • symptômes urinaires, etc.
contamination (herpès ou syphilis par exemple). Tous ces signes peuvent survenir isolément ou s’associer.
Une autre difficulté est la fréquence des infections mixtes au
Transmission maternofœtale cours desquelles une infection très symptomatique comme la can-
didose vulvovaginale peut masquer une étiologie concomitante
Le risque de transmission d’une IST de la mère vers l’enfant
(C. trachomatis, etc.).
se situe principalement autour de l’accouchement : infections à
Il ne faut donc pas hésiter à s’appuyer sur des examens biolo-
C. trachomatis, gonococcie, herpès, infections HPV. Cependant,
giques quand le contexte épidémiologique le nécessite, ou quand
quelques infections peuvent se transmettre en cours de grossesse :
le comportement sexuel de la patiente ou de son partenaire
syphilis, VIH, virus de l’hépatite B (VHB). Enfin, l’allaitement pré-
évoque un risque d’IST, ou en cas d’infection génitale récidivante.
sente un risque pour la transmission de virus comme le VIH ou le
VHB.
Le dépistage systématique des IST n’a pas lieu d’être pendant Leucorrhées
la grossesse, sauf en cas de tableau clinique évocateur ou en cas
d’IST dépistée chez le partenaire sexuel. Les leucorrhées se caractérisent par leur aspect, leur abondance
Les sérologies syphilitiques et VIH sont vivement recom- et leur odeur. Il est ainsi classique de rapporter :
mandées en début de grossesse. À cet égard, on peut noter • des leucorrhées crémeuses en présence de Candida (il ne s’agit
l’augmentation spectaculaire du nombre de syphilis congénitales pas d’une IST, mais cette levure peut être associée avec un germe
rapportées aux États-Unis entre 2012 (8,4 cas pour 100 000 nais- responsable d’IST) ;
sances) et 2014 (11,6 cas pour 100 000 naissances) [5] . • des leucorrhées mousseuses et aérées en présence de T. vaginalis ;
• des leucorrhées grisâtres et malodorantes en cas de vaginose
bactérienne (non incluse dans les IST) ;
Transmission sanguine
• des leucorrhées jaunes verdâtres en cas de vaginites (ou cervi-
La qualité de la surveillance des produits de transfusion ou covaginites) bactériennes comme à Neisseria gonorrhoeae.
des dérivés sanguins a permis d’éliminer quasi totalement le Les leucorrhées sont rarement isolées. Elles s’accompagnent
risque de contamination en particulier par le VIH, le virus de de signes subjectifs tels qu’un prurit, ou des brûlures vulvaires
l’hépatite C (VHC) et la syphilis. Chez les usagers de drogue par ou vaginales, qui dominent parfois le tableau clinique. Cet état
voie intraveineuse, le risque persiste, même si la politique de dis- inflammatoire est la principale cause de dyspareunie.
tribution de seringues et de produits substitutifs a entraîné une
diminution notable des contaminations par les infections citées
ci-dessus. Examen clinique
Il complète l’interrogatoire et oriente parfois le diagnostic.
Autres modes de transmission La constatation d’une cervicite (écoulement purulent ou muco-
Un certain nombre d’idées reçues circulent encore sur la res- purulent du canal cervical avec parfois saignement lors des
ponsabilité des toilettes, des piscines, des poignées de portes, des rapports sexuels) peut indiquer une étiologie infectieuse telle que
transports en commun, voire des cabinets de consultation (!), C. trachomatis, N. gonorrhoeae, M. genitalium ou T. vaginalis, etc.

2 EMC - Gynécologie

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Infections sexuellement transmissibles  360-A-10

Mais il existe des tableaux de cervicites avérées sans étiologie Elle ne peut remplacer la mise en évidence du virus à partir de
infectieuse. lésions. Il n’existe que deux indications intéressantes de la sérolo-
gie herpétique : le dépistage de sujets contacts asymptomatiques
et le dépistage de femmes enceintes asymptomatiques partenaires
Signes urinaires d’hommes contaminés.
Associés ou non à des symptômes génitaux, des manifestations À noter que la sérologie Chlamydia ne présente pas d’intérêt
urinaires peuvent révéler une IST. Il s’agit de brûlures urétrales lors des infections génitales basses ou en suivi post-thérapeutique.
permanentes ou uniquement lors des mictions. Le diagnostic dif- Cependant, elle est néanmoins très contributive en cas de suspi-
férentiel avec une infection urinaire classique réside dans l’aspect cion de LGV (taux sérologiques très élevés, supérieurs à 4096) ou
subaigu des symptômes et l’absence de signes d’accompagnement d’infection génitale haute [IGH] (en association avec le dosage de
tels que pollakiurie, hématurie, etc. la protéine C-réactive [CRP]) [7] .
La sérologie (Venereal Disease Research Laboratory [VDRL] et
tests tréponémiques) est le seul test diagnostique de la syphilis
Lésions génitales utilisable en routine.
Quelle que soit l’infection soupçonnée ou démontrée, il est
L’éventail des lésions génitales liées à une infection est vaste : impératif de prescrire, en respectant les délais de séroconversion,
érythème, ulcérations, lésions papuleuses, etc. une sérologie VIH, une sérologie syphilis, ainsi qu’une sérologie
L’érythème vulvaire est fréquent et peut être d’origine infec- VHC et un éventuel contrôle des marqueurs de l’hépatite B si la
tieuse ou non. On observe en effet des érythèmes liés à des patiente n’a pas été vaccinée.
dermatoses telles que le psoriasis ou des dermites irritatives. Dans
ces derniers cas, la responsabilité de produits d’hygiène inadaptés
(antiseptiques) ou de topiques (crèmes antifongiques, antibacté-
riennes, dermocorticoïdes au long cours) est fréquente. Parmi les  Principales infections
étiologies infectieuses, Candida est le plus souvent en cause, mais
aussi les streptocoques du groupe B, T. vaginalis et Gardnerella
sexuellement transmissibles
vaginalis.
Les ulcérations génitales les plus fréquentes sont dues à
Chlamydiose
l’infection herpétique. Si les récurrences de l’herpès génital sont C. trachomatis est une bactérie à développement intracellu-
aisément identifiables, même par la patiente, les primo-infections laire obligatoire dont on connaît 15 sérovars : A-C : responsables
peuvent revêtir des aspects trompeurs : ulcérations en fissures, du trachome ; L1-L3 : responsables de la LGV. Les sérovars D-
extensives, surinfectées, etc. Certaines formes cliniques d’aphtose K sont responsables d’infections urogénitales dont des cervicites
ont un aspect clinique très proche d’une primo-infection herpé- à la symptomatologie très discrète : simples leucorrhées non
tique. Beaucoup plus rares sont les ulcérations en rapport avec des spécifiques, érythème et fragilité du col, parfois dyspareunie ou
IST comme la syphilis ou le chancre mou. signes urinaires légers. Les formes asymptomatiques sont très fré-
Les papules condylomateuses peuvent être source d’erreurs quentes : 40 à 60 % [3] .
diagnostiques quand elles sont isolées. Associées à des formations Les localisations anales et/ou pharyngées, le plus souvent
verruqueuses, elles sont aisément attribuables à l’infection à HPV. asymptomatiques, sont majoritairement associées à une loca-
Le lichen plan peut également se manifester par des papules vul- lisation cervicale. Cependant, ces localisations peuvent exister
vaires prurigineuses. isolément, en particulier chez de très jeunes filles soucieuses de
conserver une virginité génitale jusqu’au mariage.
La transmission est uniquement sexuelle (ainsi que lors de
 Méthodes diagnostiques l’accouchement) et se fait par contact direct de muqueuse à
muqueuse. Le risque théorique de transmission a été évalué à 10 %
L’aspect clinique d’un certain nombre d’IST peut être très évo- lors d’un seul rapport sexuel [8] .
cateur (herpès par exemple). Cependant, le diagnostic d’IST n’est Sa recherche devrait être systématique une fois par an chez
pas anodin, au moins d’un point de vue psychologique, pour le l’adolescente ayant des rapports sexuels en raison de la gravité
ou la patiente, et son ou sa partenaire. Ainsi convient-il dans des complications : salpingites ; stérilités ; grossesses ectopiques ;
la mesure du possible d’étayer son impression clinique par une périhépatites (syndrome de Fitz-Hugh-Curtis).
preuve biologique. La progression d’une infection basse vers une IGH n’est pas
Pour la grande majorité des IST, le prélèvement génital est suffi- homogène, et le risque est maximal dans les six mois qui suivent
sant. Les techniques d’amplification des acides nucléiques (TAAN) l’infection et en cas de réinfection. Ainsi, le risque relatif de déve-
telles que la polymerase chain reaction (PCR) sont actuellement les lopper une IGH après une infection récente à Chlamydia serait de
méthodes diagnostiques de choix pour la majorité des infections deux par rapport à des sujets sans infection à Chlamydia et de 1,8
génitales (N. gonorrhoeae, C. trachomatis, M. genitalium, T. vaginalis, en cas d’infection au-delà de six mois [9] .
etc.). De même, le risque de développer une IGH augmente avec
Les prélèvements s’effectuent généralement en région cervicale, le nombre d’infections à Chlamydia : risque relatif de 1,17
mais le dépistage des infections à gonocoques et C. trachomatis après une réinfection et 1,35 après deux réinfections [10] (risque
peut également s’effectuer par autoprélèvement vestibulaire avec calculé en référence au risque après une seule infection à
une sensibilité de 91 % et une spécificité de 99 % [6] . Chlamydia). Enfin, le risque de développer une IGH est plus
Cette méthode de prélèvement est utilisée dans la grande majo- élevé en cas d’association ou d’antécédent récent d’infection à
rité des centres gratuits de dépistage et de diagnostic et permet un N. gonorrhoeae [9] .
dépistage adapté aux patientes asymptomatiques. La fréquence des IGH asymptomatiques est difficile à évaluer. De
En ce qui concerne l’herpès, le diagnostic est établi par la mise même, les symptômes classiquement associés aux IGH (douleurs
en évidence du virus à partir de lésions récentes (culture, PCR). abdominopelviennes, métrorragies, dyspareunie balistique, leu-
L’infection HPV est évoquée sur la clinique (lésions évidentes corrhées inhabituelles, etc.) sont loin d’être pathognomoniques.
ou colposcopie) ou la cytologie. Le typage viral demeure réservé Leur présence doit néanmoins induire un bilan biologique à la
aux aspects cytologiques d’interprétation difficile (atypical squa- recherche de signes d’IGH.
mous cells of undertermined significance [ASCUS]). Le typage viral L’infection néonatale survient lors de l’accouchement, avec un
n’a aucun intérêt chez le partenaire masculin. risque estimé de transmission de 50 à 75 % [11] . Le nouveau-né
Trop de sérologies sont prescrites, pour un intérêt plus que contaminé peut développer une conjonctivite et/ou une pneu-
discutable. Ainsi, la sérologie mycoplasmes ne présente aucun mopathie.
intérêt en raison de son manque de spécificité. La sérologie her- Quoique dix fois moins fréquentes chez la femme que chez
pétique est difficilement interprétable, en raison de la fréquence l’homme, les arthrites réactionnelles inflammatoires à C. tra-
croissante des infections génitales à herpes simplex virus 1 (HSV1). chomatis peuvent se rencontrer soit isolément, soit dans un

EMC - Gynécologie 3

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360-A-10  Infections sexuellement transmissibles

contexte du syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter associant uré- Infection à Mycoplasma genitalium


trite, conjonctivite et arthrites. Le mécanisme de ces arthrites est
probablement d’origine immunitaire mais demeure mal élucidé. Décrit pour la première fois en 1981, M. genitalium [17] apparaît
Le diagnostic de ces infections repose sur les TAAN sur prélè- comme un acteur majeur de la pathologie sexuellement transmis-
vement cervical ou autoprélèvement vestibulaire. La recherche à sible. Malheureusement, peu de laboratoires sont équipés pour
partir du premier jet d’urines chez la femme est beaucoup moins cette recherche (par TAAN) et ce test demeure hors nomenclature
sensible et ne doit pas être utilisé [12] . Généralement, ces tests se malgré l’incidence de cette infection. On considère que M. genita-
positivent très rapidement après un contact infectant (entre 1 et lium est impliqué dans des cervicites, et des urétrites féminines
3 jours). On considère qu’un test TAAN négatif deux semaines et masculines : 15 à 20 % des urétrites et des cervicites [18] et
après un rapport à risque démontre l’absence d’infection. probablement 13 à 16 % des cas d’endométrites ou de salpin-
La sérologie ne présente pas d’intérêt diagnostique en cas gites [19] , bien que sa responsabilité dans les IGH féminines soit
d’infection basse et ne peut en aucun cas servir de suivi post- encore discutée [20] .
thérapeutique. En cas de suspicion d’IGH, la sérologie peut Sa transmission sexuelle est démontrée pour les rapports géni-
orienter le diagnostic étiologique en sachant que la valeur pré- taux, ainsi que pour les rapports anogénitaux [21] . La transmission
dictive positive optimale est obtenue en associant sérologie lors de rapports orogénitaux n’est pas formellement démontrée,
Chlamydia et dosage de la CRP [7, 13] . de même que la transmission maternofœtale.
Le traitement des infections non compliquées repose sur En raison de la difficulté actuelle d’accéder à un diagnostic
l’azithromycine en dose unique, 1 g per os à distance d’un repas, biologique de l’infection, la présence de M. genitalium doit être
ou la doxycycline per os, 200 mg par jour pendant sept jours suspectée devant toute cervicite Neisseria et Chlamydia négative.
(contre-indiquée chez la femme enceinte). Le traitement de première intention repose sur l’azithromycine,
En seconde intention, on prescrit : érythromycine per os 500 mg non pas en dose unique mais en cure de cinq jours : 500 mg per os
deux fois par jour pendant sept jours ou ofloxacine per os 200 mg le premier jour suivi de quatre jours à 250 mg par jour. Les cyclines
deux fois par jour pendant sept jours. sont inefficaces. En seconde intention, on prescrit moxifloxacine
Au cours des localisations rectales et pharyngées, les traitements 400 mg par jour pendant sept jours (traitement hors autorisation
prolongés (7 jours) sont recommandés. de mise sur le marché [AMM]) [22] .
Le traitement du ou des partenaire(s) sexuel(s) est indispen- Les recommandations européennes récentes ajoutent deux pro-
sable. positions de traitement : josamycine per os 500 mg trois fois par
Les tests de contrôle sont généralement inutiles en raison de jour pendant dix jours et pristinamycine per os 1 g quatre fois par
l’efficacité avérée des traitements proposés. Les échecs sont sou- jour pendant dix jours [23] .
vent imputables à une recontamination due à un partenaire non
ou mal traité. En tout état de cause, un contrôle par PCR effec-
tué trop tôt (moins de 3 semaines après le traitement) expose à Ureaplasma urealyticum et Mycoplasma hominis
un résultat faussement positif en raison du risque de détection de
Chlamydia non viables [14] . Ils sont souvent identifiés dans les prélèvements cervicovagi-
naux, y compris chez des femmes asymptomatiques. On ne prend
en considération leur présence qu’en cas de concentration supé-
Infection à Neisseria gonorrhoeae rieure à 104 UCC/ml. Mais les concentrations supérieures à ce seuil
ne doivent pas entraîner ipso facto une antibiothérapie spécifique.
Le gonocoque provoque des vulvovaginites subaiguës (rare- En effet, U. urealyticum et M. hominis sont des commensaux de la
ment aiguës) avec leucorrhées abondantes, jaunes verdâtres. cavité vaginale : selon les études, le taux de colonisation de la
Cependant, il existe des formes pauci- voire asymptomatiques, cavité vaginale est de 8,5 à 77,5 % pour U. urealyticum [24] et de 21
et c’est bien souvent l’urétrite du partenaire qui amène la à 53 % pour M. hominis [25] .
patiente à consulter. Par ailleurs, les localisations extragénitales de La présence de ces bactéries à des taux significatifs peut résulter
l’infection ne sont pas rares chez la femme : selon les études [15] , de deux mécanismes : soit une dysbiose vaginale et la prise en
N. gonorrhoeae est isolé de l’anus chez 0,6 à 35,8 % (prévalence charge entre alors dans le cadre de la vaginose, soit d’une réelle
moyenne 1,9 %), et du pharynx chez 0 à 29,6 % (prévalence infection et l’antibiothérapie spécifique est donc nécessaire, ainsi
moyenne 2,1 %). Ces localisations sont majoritairement asymp- que le traitement du partenaire.
tomatiques et parfois la seule localisation (dans 30,3 % des cas Selon le mécanisme de pathogénicité, la symptomatologie cli-
dans une étude américaine [16] ). nique varie : symptômes classiques de la vaginose bactérienne
Il est donc important de faire préciser lors de l’interrogatoire la (leucorrhées fluides malodorantes) ou leucorrhées banales avec
pratique de contacts sexuels extragénitaux. inflammation vulvovaginale modeste parfois associée à un syn-
N. gonorrhoeae est également impliqué dans les IGH, bien que drome urétral (surtout pour U. urealyticum).
son incidence ait diminué dans ces tableaux cliniques au cours Pour certains auteurs, U. urealyticum serait également respon-
des dernières années. sable de chorioamniotites, de prématurités ou d’avortements
Le dépistage se fait à partir d’un prélèvement cervicovaginal ou spontanés, et M. hominis serait impliqué dans des cas
d’un autoprélèvement vestibulaire par des TAAN (PCR essentielle- d’endométrites, de ruptures prématurées des membranes et de pré-
ment). La culture de la bactérie demeure néanmoins importante maturités [26] . Cependant, en raison de la fréquence d’isolement
car c’est la seule technique permettant d’évaluer la sensibilité de la de ces bactéries chez des femmes saines et du mécanisme encore
souche aux antibiotiques. En effet, cette bactérie connaît une résis- mal élucidé de l’action de ces bactéries sur le déroulement de la
tance croissante aux antibiotiques classiques [2] . Actuellement, on grossesse, la prise en charge thérapeutique pourrait se limiter au
recommande une injection de 500 mg ou 1 g de ceftriaxone, même cas où la présence de ces bactéries s’inscrit dans le cadre d’une
si l’on commence à voir apparaître des souches résistantes [2] . vaginose bactérienne.
Le traitement du ou des partenaire(s) sexuel(s) est indispen- Quant à la responsabilité de ces deux bactéries dans le déclen-
sable. chement d’IGH, elle semble se cantonner au cadre de la vaginose
Pour les patientes allergiques aux bêtalactamines, on prescrit bactérienne.
gentamicine 240 mg par voie intramusculaire. Les recomman- Chez la femme non enceinte, le traitement dépend du contexte :
dations internationales soulignent l’intérêt de l’association avec • en cas de vaginose : métronidazole 1 g par jour pendant sept
une dose unique d’azithromycine 1 g en cas de suspicion de jours ou secnidazole 2 g per os en dose unique, associé à une ou
gonococcie (clinique ou épidémiologique) en attente des résul- plusieurs cures de probiotiques ;
tats bactériologiques. En cas de localisations extragénitales (anale • en cas d’infection isolée (colonies > 104 UCC/ml sans autre
et/ou pharyngée), les mêmes protocoles thérapeutiques sont pro- pathogène) : antibiothérapie selon antibiogramme (cyclines,
posés. Les contrôles post-traitement ne sont pas nécessaires, fluoroquinolones ou macrolides) pendant sept jours. Dans ce
sauf en cas de persistance ou de réapparition de symptômes dernier cas, l’examen ou le traitement systématique du parte-
cliniques. naire sexuel est nécessaire.

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Infections sexuellement transmissibles  360-A-10

Trichomonas vaginalis • syphilis latente (> 1 an) : benzathine-pénicilline, une injection


intramusculaire de 2,4 M d’unités une fois par semaine pendant
C’est un protozoaire flagellé qui est exclusivement sexuellement trois semaines (intramusculaire n◦ 3) ;
transmissible et dont la prévalence varie beaucoup en fonc- • en cas d’allergie à la pénicilline : doxycycline, 200 mg per os
tion de la localisation géographique. Cliniquement, l’infection se pendant 14 à 28 jours selon le stade.
manifeste par une vulvovaginite aiguë associée à des leucorrhées L’efficacité du traitement doit être contrôlée par une sérologie
mousseuses et aérées. Cependant, beaucoup de formes cliniques pratiquée au moins trois semaines après la fin du traitement.
existent : formes hyperalgiques, formes hémorragiques, formes Bien évidemment, le partenaire doit être examiné (clinique et
frustes, etc. Il est à noter que T. vaginalis peut également rester sérologie).
latent pendant de nombreuses années après la contamination.
Une méta-analyse a montré une corrélation statistiquement signi-
ficative entre infection à T. vaginalis et prématurité [27] . Herpès génital
T. vaginalis est identifiable sur un examen direct dit « état
frais » des sécrétions vaginales ou après coloration. Les techniques Il est dû soit à HSV2, soit, de plus en plus fréquemment, à
TAAN remplacent actuellement de plus en plus la culture du HSV1 à la suite de rapports orogénitaux (fellations, cunnilingus)
parasite. ou de contacts manuels (contact avec un panaris herpétique par
Le traitement repose sur une simple dose de 5-nitro-imidazolé exemple).
per os (métronidazole 2 g, secnidazole 2 g, tinidazole 2 g) avec Le contact initial avec l’un des deux virus HSV se traduit par
quelques cas de résistance nécessitant un traitement plus pro- une primo-infection qui peut être symptomatique ou non. Dans
longé. Le traitement simultané du partenaire est recommandé. ce dernier cas, l’herpès n’est découvert que plusieurs semaines,
mois ou années plus tard à l’occasion d’une récurrence. Générale-
ment, la primo-infection est bruyante et survient dans les 15 jours
Syphilis qui suivent la contamination. Elle se caractérise par une érup-
tion de nombreuses vésicules, puis des érosions très douloureuses
Cette IST est en recrudescence dans tous les pays développés accompagnées d’une adénopathie satellite.
depuis quelques années et pose toujours beaucoup de problèmes À la suite de cette primo-infection, le virus trouve un site de
diagnostiques en raison de sa diversité clinique. On distingue la latence dans un ganglion sensitif latéromédullaire. Les réacti-
syphilis précoce évoluant depuis moins d’un an (englobant ce que vations virales se traduisent par une récurrence symptomatique
l’on nommait autrefois syphilis primaire et syphilis secondaire) ou non (on parle alors d’excrétion virale asymptomatique).
et la syphilis tardive (évoluant depuis plus d’un an englobant Les récurrences sont moins fréquentes en cas d’infection par
syphilis latente et syphilis tertiaire). L’Organisation mondiale de HSV1.
la santé considère, pour sa part, que la syphilis précoce englobe La transmission est maximale lors des récurrences cliniques et
également la syphilis latente et donc que la syphilis précoce est dès les prodromes de la récurrence, mais aussi lors des excrétions
une syphilis évoluant depuis moins de deux ans [28] . virales asymptomatiques (EVA). Des études ont permis de mieux
Classiquement, les signes cliniques de l’infection surviennent cerner ce risque de transmission. En premier lieu, la durée des EVA
10 à 90 jours après la contamination par le chancre syphilitique. est généralement courte : 24 % durent moins de six heures et 49 %
Il s’agit d’une exulcération généralement unique et indolore, durent moins de 12 heures [29] .
accompagnée d’une adénopathie satellite. Le chancre siège au La fréquence de ces EVA diminue avec le temps : au-delà de
point d’inoculation ; il est donc aisément repérable chez l’homme la première année, leur fréquence est estimée à 13,1 % du temps
hétérosexuel, mais passe souvent inaperçu chez la femme car il chez les sujets symptomatiques et 8,8 % du temps chez les sujets
est souvent interne (chancre vaginal ou du col) ou extragéni- asymptomatiques [30] . Ainsi, un sujet porteur d’un herpès génital
tal (chancre anal ou pharyngé). De nombreuses formes cliniques ne présente aucun risque de contamination dans environ 90 %
existent : chancres multiples, chancres douloureux, etc. Ces du temps. Le risque de transmission au cours de l’accouchement
lésions disparaissent spontanément en 1 à 2 semaines. varie de moins de 2 % en cas de simple récurrence lors du travail
Deux à trois mois après le chancre apparaissent les symp- à 57 % en cas de primo-infection [31] .
tômes cliniques de ce que l’on nommait autrefois la syphilis Cliniquement, les récurrences présentent des aspects très
secondaire. Il s’agit d’une série d’éruptions cutanéomuqueuses divers : classique « bouquet » de vésicules/érosions, mais aussi
très polymorphes évoluant par poussées entrecoupées de lésion unique, simple lésion érythémateuse, lésions confluentes
périodes asymptomatiques : roséole, syphilides (avec localisations (pseudo-chancre), œdème isolé d’une grande lèvre, fissure vul-
très évocatrices palmoplantaires). Ces lésions dermatologiques vaire ou anale, parfois simple hypersensibilité locale transitoire
peuvent s’accompagner d’autres manifestations : fièvre, micro- sans véritable lésion, etc.
polyadénopathies, splénomégalie, hépatite, signes neurologiques Le diagnostic repose sur la mise en évidence du HSV soit par
(méningite, névralgies, etc.), signes oculaires, etc. TAAN (PCR par exemple) ou culture à partir d’une lésion. Cepen-
La syphilis latente est une période totalement asymptomatique dant, ces techniques sont peu sensibles en cas de prélèvement sur
pendant laquelle seule la sérologie permet un diagnostic. lésion évoluant depuis plusieurs jours. Il est donc recommandé
La transmission maternofœtale survient généralement au-delà de remettre à la patiente une ordonnance de mise en évidence du
de 20 SA chez les femmes non traitées avec un risque de mort in virus en lui demandant de faire pratiquer cet examen de labora-
utero, de syphilis congénitale précoce ou tardive. toire dès le premier jour d’une récurrence ultérieure.
Bien que certains laboratoires soient encore en mesure La sérologie HSV n’est pas indiquée pour le diagnostic d’une
d’identifier Treponema pallidum à partir d’une lésion cutanéomu- lésion suspecte d’herpès. Elle est utile chez les couples discor-
queuse (examen sur microscope à fond noir), la sérologie demeure dants pour déterminer le statut du sujet contact et définir ainsi
le test diagnostique et de suivi post-thérapeutique de référence. une stratégie préventive. La sérologie est également indiquée chez
La sérologie comporte toujours un test non tréponémique (VDRL les femmes enceintes sans antécédents particuliers, mais dont le
ou rapid plasma reagin [RPR]) et un test tréponémique. Ces tests se partenaire est porteur d’un herpès génital ou labial connu.
positivent généralement 1 à 2 semaines après le début du chancre. Le traitement repose sur des antiviraux dont le plus utilisé est
Il est donc indispensable de contrôler une sérologie négative lors le valaciclovir :
d’une découverte d’une lésion récente. • récurrences : valaciclovir, 500 mg deux fois par jour pendant
Les tests non tréponémiques (VDRL ou RPR) permettent en cinq jours ;
outre le suivi post-thérapeutique car ce sont les seuls dont le taux • primo-infection : valaciclovir, 500 mg deux fois par jour pen-
diminue après traitement efficace. dant 10 à 15 jours et antalgiques ;
Le traitement repose sur la benzathine-pénicilline 2,4 M • en cas de récidives fréquentes (plus de six par an, soit plus
d’unités en intramusculaire selon le schéma suivant : d’une tous les 2 mois), un traitement suppressif de valaciclovir
• syphilis précoce (< 1 an) : benzathine-pénicilline, une injection (500 mg per os tous les jours à heure fixe) peut être prescrit pour
intramusculaire unique de 2,4 M d’unités ; une durée de 6 à 12 mois. Ce traitement entraîne une réduction

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360-A-10  Infections sexuellement transmissibles

spectaculaire (voire une disparition chez certains patients) des fonction de la profondeur des atteintes. L’existence de ces lésions
récurrences herpétiques, ainsi qu’une diminution des EVA et, est suspectée devant les anomalies repérées au frottis cervicova-
bien entendu, du risque de transmission [32] . ginal. Mais le diagnostic de néoplasie doit être impérativement
étayé par la colposcopie et l’histologie. Dans le cadre de ces lésions,
l’examen du partenaire n’est pas nécessaire.
Infections à human papilloma virus Parmi les néoplasies vulvaires intraépithéliales, certaines seule-
Les HPV sont des virus nus à acide désoxyribonucléique double ment sont liées aux HPV et touchent plutôt les femmes jeunes.
brin circulaire extrêmement répandus qui infectent la peau et les Elles prennent souvent l’aspect de placards épais, blancs, rouges
muqueuses, et plus précisément les épithéliums malpighiens. On et/ou pigmentés. La biopsie des lésions est essentielle au diagnos-
dénombre plus de 120 génotypes d’HPV différents chez l’homme. tic. Leur évolution est assez imprévisible et les récidives élevées
Une quarantaine de ces virus ont un tropisme muqueux et quel que soit le traitement imposent une surveillance prolon-
peuvent donc affecter la sphère anogénitale [33] . gée [46] .
Le carcinome épidermoïde invasif de la vulve doit être systéma-
tiquement recherché devant toute lésion leucoplasique infiltrée
Épidémiologie
en profondeur ou tumorale avec la réalisation d’une biopsie. Il est
Les infections à HPV sont des IST très fréquentes qui touchent lié aux HPV de haut grade et touche préférentiellement les femmes
la plupart des hommes et des femmes dans les premières années immunodéprimées [47] .
de leur vie sexuelle.
Le pic de prévalence de l’infection à HPV se situe entre 20 et Colposcopie
25 ans. Environ 80 % des femmes sont infectées au moins une
fois dans leur vie par l’HPV [33–36] . C’est un examen de la muqueuse génitale et du chorion sous-
La transmission se fait par contact cutanéomuqueux, le plus jacent à la loupe binoculaire qui permet d’établir une carte précise
souvent par contact sexuel, qu’il y ait pénétration ou simple des lésions, de diriger les biopsies, de choisir et d’assurer un
contact génital. Le préservatif n’empêche pas la transmission de traitement local. Elle comporte trois étapes : l’examen sans prépa-
l’HPV, même s’il contribue à en réduire la transmission [37, 38] . ration, après application d’acide acétique et après application de
Lugol. Lors de formes cliniques patentes comme les condylomes
exophytiques, la colposcopie permet d’évaluer l’importance des
Pathogénicité
lésions infracliniques (leucoplasies, colpite, condylome plan,
La cible privilégiée des HPV est constituée des kératinocytes aspect micropapillaire, aspects encéphaloïdes) et les dysplasies
basaux des épithéliums malpighiens pluristratifiés. cervicales pour lesquelles elle localise la jonction squamocylin-
Parmi les HPV touchant la sphère génitale, il faut distinguer : drique, cartographie l’existence, la localisation, la taille et les
• les HPV à bas risque de lésions prénéoplasiques et néopla- caractéristiques d’une zone de transformation atypique, et décrit
siques : les HPV 6 et 11 qui sont à l’origine de plus de 90 % des l’architecture vasculaire.
condylomes acuminés et des dysplasies légères qui n’évolueront
jamais vers une lésion de plus haut grade [39] ; Histologie
• les HPV à haut risque au sein desquels les HPV 16, 18, 31, 33
et 45 sont les plus fréquents et sont impliqués dans 83 % des Elle établit le diagnostic de certitude en présence d’une lésion
cancers du col de l’utérus dans le monde, et pour les 16 et 18 localisée par la colposcopie et guide le traitement.
dans 70 % des cancers cervicaux en Europe [40, 41] .
Des HPV ont été identifiés dans pratiquement tous les organes Virologie
contenant des épithéliums muqueux. Ces virus sont impliqués La mise en évidence de la présence au niveau du col utérin d’un
dans le développement d’autres cancers des muqueuses génitales HPV haut risque ne peut être utilisée que de façon complémen-
(anus, vulve et pénis) et à l’origine d’un pourcentage élevé de taire et associée aux techniques de cytologie, de colposcopie et
cancers de l’oropharynx, du larynx et de la cavité buccale [42] . d’histologie [48] . La recherche d’HPV est réalisée par un test de cap-
Dans la grande majorité des cas, l’évolution naturelle de ture d’hybride ou par l’amplification par PCR, sur un prélèvement
l’infection se fait vers la guérison, par clairance virale, c’est-à-dire réalisé en plus du frottis cervico-utérin conventionnel, ou à par-
l’élimination naturelle et spontanée du virus par l’organisme : tir du liquide résiduel d’un frottis en milieu liquide. L’indication
l’infection disparaît et n’occasionne aucune anomalie cellulaire. actuellement validée est la recherche de portage d’HPV haut grade
Dans les cas de latence, soit environ 10 % des femmes infectées, en cas de frottis ASCUS, mais son utilisation est aussi discutée dans
le virus est quiescent et persiste pendant des années. C’est cette le cadre du dépistage primaire [49] , dans le suivi des lésions traitées,
persistance de l’infection qui constitue le facteur de risque néces- en cas de discordance colposcopie et histologie.
saire mais non suffisant de la carcinogenèse du col utérin [33–36] .
Biologie moléculaire
Manifestations cliniques
L’identification de marqueurs biologiques spécifiques (p16,
Les condylomes acuminés ou exophytiques, liés essentielle- Ki67, etc.) est à l’étude. La protéine p16 est un biomarqueur qui
ment à la présence d’HPV 6-11, sont des lésions bénignes avec témoigne de l’expression du gène précoce E7 lors d’une infec-
une incidence élevée chez les jeunes entre 16 et 25 ans. Ils tion à HPV à haut risque. Sa surexpression est le reflet indirect de
siègent essentiellement dans les régions vulvaire, périnéale et l’expression du gène E7. Le couplage de la recherche de la protéine
anale, peuvent être isolés ou multiples, parfois confluents [43] . Ce p16 et du facteur de prolifération Ki67 au sein de la même cellule
sont des lésions contagieuses. Le diagnostic est clinique. L’examen (dual-staining) permettrait d’identifier de manière plus spécifique
du partenaire par péniscopie doit être systématique. L’impact les infections transformantes dans l’épithélium malpighien du col
psychologique ne doit pas être négligé car le retentissement utérin.
psychoaffectif de ces lésions est important. La colposcopie à la
recherche de formes subcliniques comme les condylomes plans
ou une dysplasie du col utérin associée est effectuée, ainsi qu’un
Thérapeutique
examen de l’anus. Le traitement des condylomes acuminés est souvent long. Il doit
Les dysplasies cervicales ou néoplasies cervicales (CIN) sont absolument être mené chez l’ensemble des partenaires sexuels
directement corrélées à la persistance d’une infection par HPV, atteints. Des traitements chimiques (la podophyllotoxine, l’acide
notamment par les HPV 16 et 18. Certains facteurs comme trichloracétique, l’imiquimod) ou physiques (azote liquide, élec-
un tabagisme actif, un déficit immunitaire, la co-infection par trocoagulation, laser à dioxyde de carbone [CO2 ]) peuvent être
d’autres IST, l’utilisation au long cours de la contraception proposés.
orale (plus de 5 ans), certains facteurs génétiques, ont égale- Les lésions infracliniques sont détruites par laser à CO2 ou
ment été identifiés comme facteurs de risque de persistance de électrocoagulation. Les indications de vaporisation ou d’exérèse
l’infection [44, 45] . Il existe trois stades de CIN gradées de 1 à 3 en dépendent de multiples facteurs (gravité de la lésion, localisation,

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Infections sexuellement transmissibles  360-A-10

Tableau 1.
Méthodes diagnostiques et traitements des principales infections sexuellement transmissibles.
Infection Diagnostic Sérologie Traitement de Autres traitements
première intention
Chlamydia trachomatis PCR col ou Inutile sauf dépistage Azithromycine Doxycycline
autoprélèvement IGH (en association per os 1 g/1 j per os
vestibulaire avec CRP) 200 mg/j × 7 jours
Neisseria gonorrhoeae PCR col ou - Ceftriaxone Gentamicine
autoprélèvement 500 mg i.m. × 1 j 240 mg i.m. × 1 j
vestibulaire
Syphilis Clinique +++ Benzathine-pénicilline Doxycycline
et sérologie 2,4 M UI 200 mg/j
1 à 3 i.m. 14 à 28 j
Mycoplasma genitalium PCR col - Azithromycine per os Moxifloxacine
500 mg 1er jour puis per os
250 mg 4 j suivants 400 mg/j × 7 jours (hors
AMM)

IGH : infection génitale haute ; CRP : C-reactive protein ; i.m. : intramusculaire ; PCR : polymerase chain reaction ; AMM : autorisation de mise sur le marché.

étendue, âge de la patiente, etc.). À la différence des CIN1, les manière efficace. Le préservatif masculin (et féminin) est cepen-
CIN2-3 conduisent classiquement à la réalisation d’un traitement dant la seule prévention efficace (en dehors des vaccins anti-HPV
d’exérèse, préféré parce qu’il permet de disposer d’une analyse et anti-hépatite B).
histologique finale et de ne pas méconnaître un éventuel cancer Cette croissance épidémiologique s’accompagne de la réap-
micro-infiltrant. parition de pathologies que l’on croyait en voie de disparition
comme la syphilis congénitale. La deuxième conséquence est
Prévention l’augmentation de la consommation d’antibiotiques conduisant
à des phénomènes de résistance parfois préoccupants (gonococ-
Prévention primaire cies).
Il existe aujourd’hui deux vaccins prophylactiques ayant Par ailleurs, même si la majorité de ces infections sont bénignes,
obtenu l’autorisation de mise sur le marché en France. Il s’agit de certaines d’entre elles sont sources de complications graves
vaccins recombinants utilisant des pseudo-particules virales expri- (hypofertilité, pathologies obstétricales, lésions précancéreuses ou
mant la protéine de capside virale L1. Ils sont destinés à prévenir cancéreuses, etc.). Toutes les IST favorisent l’acquisition du VIH.
la primo-infection des principaux virus en cause et doivent être L’impact psychologique des IST est également à prendre en
administrés avant les premiers contacts avec les virus pour être compte dans la gestion de ces infections, en particulier au sein de
pleinement efficaces. Aucun des deux vaccins n’est aujourd’hui couples stables. La constatation d’une IST possiblement acquise
recommandé de façon préférentielle par le Haut conseil de la santé des mois ou des années auparavant est susceptible de jeter le
publique : trouble au sein du couple si des explications claires ne sont pas
• Gardasil est un vaccin quadrivalent dirigé contre les HPV 6,
®
fournies.
11, 16 et 18 ; Enfin, les IST peuvent à tout moment s’enrichir de nouveaux
• Cervarix est bivalent et dirigé contre les HPV 16 et 18.
®
agents pathogènes comme c’est le cas avec le virus Zika.
Ils ont un rôle de prévention dans la survenue des lésions pré- Plus que jamais, la lutte contre ces infections passe par la
cancéreuses et cancéreuses dues aux HPV de type 16 et 18 ; le prévention primaire et l’information de la population, plus parti-
vaccin quadrivalent protège également contre les HPV 6 et 11 res- culièrement de la population débutant sa vie sexuelle.
ponsables des condylomes. Les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans
sont la population cible de la vaccination, avec un rattrapage
possible jusque l’âge de 19 ans [50] . Déclaration de liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens
Le schéma vaccinal recommandé est l’administration de deux d’intérêts en relation avec cet article.
doses espacées de six mois.
La vaccination ne dispense pas de la réalisation du dépistage
par frottis cervicovaginal.
Un vaccin nonavalent devrait obtenir l’AMM [51, 52] .
 Références
Prévention secondaire [1] Newman L, Rowley J, Vander Hoorn S, Wijesooriya NS, Unemo M, Low
N, et al. Global estimates of the prevalence and incidence of four curable
Le dépistage du cancer du col est universellement jugé comme
sexually transmitted infections in 2012 based on systematic review and
un moyen de prévention efficace. Le frottis cervico-utérin est global reporting. PLoS One 2015;10. IDE0143304.
recommandé chez toutes les femmes de 25 à 65 ans tous les [2] La Ruche G, Goubard A, Berçot B. Évolution des résistances du gono-
trois ans, après deux frottis négatifs (c’est-à-dire normaux) réa- coque aux antibiotiques en France de 2001 à 2012. Bull Epidemiol Hebd
lisés à un an d’intervalle. Ce dépistage par frottis cervico-utérin 2014;5:93–103.
doit être également effectué chez les femmes vaccinées qui ne [3] Bulletin des réseaux de surveillance des IST : données au
sont pas protégées contre l’infection par des génotypes viraux 31 décembre 2013. INVS; novembre 2014.
non contenus dans le vaccin, et responsables de 50 % des lésions [4] Bulletin des réseaux de surveillance des infections sexuellement
précancéreuses et de 30 % des cancers invasifs. Tout frottis cervico- transmissibles (IST) - Rénago, Rénachla et RésIST : données au
utérin positif (c’est-à-dire anormal) doit être suivi d’investigations 31 décembre 2012. Saint-Maurice : InVS, 2015, consultation en ligne :
diagnostiques complémentaires [53] (Tableau 1). [Link]
VIH-sida-IST/Infections-sexuellement-transmissibles-IST/Bulletins-
des-reseaux-de-surveillance-des-IST.
 Conclusion [5] Bowen V, Su J, Torrone E, Kidd S, Weinstock H. Increase in incidence
of congenital syphilis—United States, 2012-2014. MMWR Morb Mortal
Wkly Rep 2015;64:1241–5.
Malgré l’amélioration des techniques de dépistage et de la théra- [6] Berwald N, Cheng S, Augenbraun M, Abu-Lawi K, Lucchesi M,
peutique, la prévalence des IST ne cesse de croître, que ce soit dans Zehtabchi S. Self-administered vaginal swabs are a feasible alter-
les pays développés ou dans les pays en voie de développement. native to physician-assisted cervical swabs for sexually transmitted
Cette constatation signe l’échec des campagnes de prévention infection screening in the emergency department. Acad Emerg Med
qui n’ont pas permis de promouvoir l’utilisation du préservatif de 2009;16:360–3.

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J.-M. Bohbot ([Link]@[Link]).


A. Marchal.
Institut Fournier, 25, boulevard Saint-Jacques, 75014 Paris, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Bohbot JM, Marchal A. Infections sexuellement transmissibles. EMC - Gynécologie 2018;13(1):1-8
[Article 360-A-10].

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