onnée (leur magnitude selon la terminologie géologique).
On notera que cette activité débute
longtemps avant l'éruption, soit environ deux mois auparavant au Mont Saint-Helens et deux
semaines au Piton de la Fournaise. 67
Claude Jaupart physique et la chimie de ces systèmes sont extrêmement complexes du fait qu'elles font
intervenir du gaz et du magma, des interactions avec les eaux souterraines et une cristallisation. Il résulte
de tout cela qu'il n'existe pas actuellement de modèle per-mettant de reproduire les phénomènes
volcaniques. La situation est pourtant loin d'être désespérée et de nombreux progrès ont été accomplis
depuis quelques années. Il est clair que les éruptions volcaniques de tous types sont dues à des différences
de viscosité de la lave qui ont fait l'objet d'analyses théoriques3-4 En outre, les données recueillies sur de
longues périodes montrent que les volcans sont remarquablement disciplinés et ont un comportement
relativement constant. Le Kilauea (Hawaï) et le Piton de la Fournaise (la Réunion), par exemple, produisent
de la lave au rythme de 1 km3 par siècle depuis plus de 2000 ans, soit toute la période couverte par des
archives. Ces deux volcans entrent en éruption à des intervalles de quelques années, de sorte qu'il y en a eu
un grand nombre pendant cette période. Leur taux de production est si constant et régulier que la
connaissance de l'intervalle entre deux éruptions permet de calculer la quantité de lave à prévoir à chaque
fois5. Ce comportement montre que les systèmes volcaniques obéissent à des lois simples et se prêtent à la
modélisation physique. Pour aller plus loin et comprendre dans le détail l'évolution des volcans, il
n'existe qu'une méthode : accumuler des données sur des périodes prolongées. Vu la longue durée de vie des
volcans, il importe de se faire une idée de leur comportement moyen. C'est pourquoi des observatoires
volcanologiques ont été créés. L'année 1987 marque le 75e anniversaire de l'observatoire volcanologique
de Hawaï, où des scientifiques collectent en continu des données sur la déformation du sol, la distribu-tion
profonde des fractures en profondeur et l'histoire des éruptions. La France assure depuis une dizaine
d'années le fonctionnement d'observatoires sur les îles de la Martinique, de la Guadeloupe et de la
Réunion. Quant à l'Italie, elle surveille depuis longtemps, avec un équipement moderne, l'activité de l'Etna et
du Stromboli. Les scientifiques espèrent pouvoir élucider le fonctionnement des volcans à long terme
comme ils commencent à comprendre, au bout de quatre siècles de mesures continues, celui du champ
magnétique terrestre. La mise en œuvre de toute la puissance de la technologie moderne leur permettra
peut-être d'atteindre leur objec-tif plus rapidement... Les volcans et la civilisation Si les volcans sont
aussi dangereux et imprévisibles, pourquoi choisit-on encore de vivre dans leur voisinage? Que les villages
de l'Etna soient constamment détruits par les coulées de lave n'empêche pas leurs habitants d'y retourner
fidèlement. La raison n'en est pas la force de l'habitude, mais un choix économique simple. Les volcans
fournissent des sols très fertiles et de l'énergie en quantité. Il suffit de contempler les riches vergers qui
couvrent les pentes des volcans d'Hawaï pour mesurer pleinement la prospérité agricole des régions
volcaniques. Cette fertilité s'explique par la forte porosité des sols volcaniques, qui sont constitués de
cendres consolidées ou de coulées de lave vacuolaire et retiennent en conséquence d'importantes
quantités d'eau. En Islande, le chauffage et la production d'électricité sont assurés par des centrales
géothermiques et on peut donc dire que l'énergie volcanique contribue à la vie de tous les jours. Plus
généralement, l'impact des volcans sur la naissance des civilisations est 68
Des volcans et des hommes assez bien attesté. En Italie, par exemple, au VI e siècle avant J.C., les
Etrusques formaient la société la plus riche et la plus avancée; les œuvres d'art qu'ils ont produites
atteignent à une beauté éternelle. Cette richesse, ils la devaient à leur agriculture et au tuf volcanique fertile
sur lequel ils la pratiquaient. Plus frappant encore est l'essor architectural et urbanistique qui se produisit
chez les Amérindiens de l'Arizona vers le XIe siècle de notre ère. Les merveilleuses demeures troglodytiques
et les forteresses de six étages qui ont subsisté jusqu'à nos jours ont toutes été édifiées au cours d'une brève
période durant laquelle les tribus indiennes Anasazi jouissaient apparemment d'une prospérité qui leur a permis
de passer moins de temps à arracher leur nourriture au désert. Cette brève période se situe immédiatement
après l'érup-tion du Sunset Crater qui, en recouvrant leur territoire de cendre, a fertilisé le sol et l'a rendu
propre à toutes sortes de cultures. Hélas, cette activité volcanique n'a pas duré et le tuf a subi un tassement
qui en a réduit la porosité et lui a fait perdre sa capacité à retenir l'eau. La terre est redevenue aride et les
Indiens ont repris leur vie nomade. Si les volcans peuvent donner naissance à la civilisation, ils peuvent
aussi, malheureusement, la détruire. On connaît l'exemple, célèbre entre tous, des Minoens de Crète qui, vers
1400 avant J.C., furent rayés de la surface de la terre du fait de l'explosion de l'île de Santorin. A une
échelle plus réduite, le Vésuve fut à l'origine de la disparition d'Herculanum et de Pompéï Vulcanologie et
préoccupations humaines Une dernière question s'impose : pourquoi ne surveille-t-on pas les volcans de
plus près et pourquoi ont-ils causé la mort de tant de personnes qui étaient pourtant averties du danger?
Une première réponse est que l'activité eruptive des volcans prend la forme soit d'un lent épanchement
continu de lave comme à l'île de la Réunion, soit de puissantes mais peu fréquentes explosions
destructrices. L'homme tend donc à s'en accommoder ou à l'oublier. Un certain Harry Truman, qui vivait à
proximité du Mont Saint-Helens, refusa de quitter sa maison lorsqu'on l'avertit de l'imminence de la
catastrophe de 1980. Il déclara aux journalistes que la montagne qu'il connaissait depuis sa naissance «
n'allait pas lui faire ça». Il périt enseveli sous des tonnes de cendre. Une deuxième réponse est que les
administrations, qui semblent impuissantes à prendre toute la mesure du risque, se conduisent de manière
irresponsable. Plus de 30000 habitants de la ville de Saint-Pierre, à la Martinique, ont été tués le 8 mai
1902. La montagne Pelée manifestait une activité volcanique depuis la fin d'avril, mais les élections se
préparaient et l'on craignait qu'un déplacement de la population ne nuise au processus démocratique. Ce fut,
hélas, l'éruption qui lui nuisit. Plus récemment, l'installation d'un observatoire volcanologique sur l'île de la
Réunion se heurta aux réticences des autorités locales... jusqu'à ce qu'une coulée de lave détruise le
commissariat de police. Dans la région du Mont Saint-Helens, il fallut que se produise l'explosion
destructrice de mai 1980 pour qu'on se décide à construire un observatoire afin de surveiller les nombreux
volcans des Etats de l'Oregon et de Washington. Il semble que les craintes de l'homme soient éphémères
et sa mémoire des catastrophes bien courte. Des chiffres précis peuvent même être donnés à cet égard. La
figure 3 représente l'indice mondial de « notification » autrement dit le nombre de 69
Claude Jaupart 1980 Années Notification du volcanisme au cours des cent vingts dernières années
(d'après Simkin et ai, 1981)2. La courbe correspond au nombre de volcans actifs par an. On notera sa
pente généralement croissante qui traduit le développement des études scientifiques. Elle se
caractérise par des pics marquant la recrudescence de l'intérêt porté aux volcans, à la suite
d'éruptions catastrophiques. rapports établis chaque année sur des éruptions volcaniques, nombre qui
traduit l'intérêt que l'humanité porte à ces phénomènes (Simkin et al., 1981). Le graphique présente deux
caractéristiques : premièrement, une courbe dans l'ensemble ascen-dante qui rend compte de
l'accroissement général du nombre des études scientifiques et, deuxièmement, une série de pics qui,
presque toujours, font suite à des éruptions catastrophiques, comme celle de 1883, à Krakatoa
(Indonésie) qui tua plus de 36000 personnes et celle de la montagne Pelée en 1902. Une
caractéristique frappante de ces pics est qu'ils ont tous la même durée : 5 à 6 ans. Au bout de cette
période relative-ment brève, il semble que l'intérêt de l'homme décroisse et qu'il faille une nouvelle
éruption pour rappeler au monde les dangers inhérents aux volcans. • Notes
WILLIAMS, H. et Me BIRNEY, A.R. Volcanology. San Francisco, Freeman, Cooper & Co., 1979. SIMKIN,T.; SIEBERT,
L. ; MCCLELLAND, L.; BRIDGE, D.; NEWHALL, C. et LATTER, J.H. Volcanoes of the world.
Pennsylvania, Hutchison Ross Pub. Co., 1981. WILSON, L. et HEAD, J.W. Ill, Ascent and
eruption of basaltic magma on the earth and moon. Journal of Geophysical Research. n°86, 1981, p.
2971-3001. VERGNIOLLE, S. et JAUPART, C. Separated two-phases and basaltic eruptions. Journal of
Geophysical Research. n°91, 1986, pp. 12842-12860. WADGE, G. Steady-state volcanism : evidence
from eruption histories of polygenetic volca-noes. Journal of Geophysical Research. n° 87, 1982, pp.
4035-4049. 70
La sismicité du Japon : tremblements de
terre et tsunamis Katsuyuki Abe Le Japon et sa région présentent la
configuration typique des arcs insulaires, que l'on observe là où les plaques océaniques s'enfoncent par
subduction à l'intérieur du man-teau. Ils sont le siège de séismes à foyer normal et profond qui, assez
souvent, provo-quent des tsunamis. Le Japon est l'un des pays du monde dont les archives permettent de
remonter le plus loin dans la connaissance de l'activité sismique.