Analyse des images IRM cérébrales
Analyse des images IRM cérébrales
Nicolas PASSAT
Professeur des Universités
CReSTIC, Université de Reims Champagne-Ardenne, Reims, France
Résumé :
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est couramment employée pour observer le
cerveau humain, tant à des fins cliniques que de recherche. Toutefois, les images IRM, en
raison de leur complexité spectrale et sémantique, restent difficiles à analyser par un expert
humain qui a alors besoin d'une assistance informatique. Cet article décrit les principales
solutions proposées pour traiter, analyser et modéliser l'information portée par les images
cérébrales en IRM. Il présente également des avancées liées à des modalités récentes.
Abstract :
Magnetic Resonance Imaging (MRI) is frequently used for visualising the human brain, both
for clinical and research purposes. However, due to their spectral and semantic complexity,
MRI images of the brain are difficult to analyse. The human expert then need computer-based
assistance. This article describes the main solutions that have been proposed for processing,
analysing and modeling the information carried by brain MRI images. It also focuses on new
advances related to recent modalities.
Mots-clés / Keywords :
Type de mots-clés Français Anglais
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Sommaire
Introduction
1 Modalités et prétraitements
1.1 Modalités IRM
2 Extraction de connaissances
2.1 Extraction des structures anatomiques
Conclusion
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Introduction
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) constitue l'une des modalités les plus
fréquentes en imagerie médicale, au même titre que l'imagerie par rayons X ou
l'imagerie échographique. L'IRM associe les avantages de ces dernières modalités,
sans toutefois pâtir de leurs faiblesses. Elle fournit en effet un haut niveau de
résolution spatiale et spectrale, sans induire de radiation nocive pour les patients, ni
nécessiter (dans la plupart des cas) l'injection de produit de contraste.
Grâce à ces qualités, l'IRM est devenue la modalité d'acquisition d'images privilégiée
pour la plupart des examens médicaux liés à des affections cérébrales. Dans ce
contexte, des séquences d'acquisition spécifiques ont été progressivement
développées afin de répondre à des besoins liés à des structures anatomiques ou
pathologiques particulières (réseaux vasculaires, tumeurs, etc.) pour le diagnostic, le
suivi ou le traitement des patients. Désormais, les scanners IRM constituent un
équipement standard dans les centres hospitaliers.
Les utilisateurs d'images IRM se trouvent toutefois confrontés à plusieurs défis, liés à
la nature et au contenu de ces images. La première difficulté dérive des progrès
constants accomplis par les constructeurs de scanners IRM. Les images
bidimensionnelles ont désormais laissé la place à des images 3D, voire 4D (images
en espace et en temps). Les volumes d'information deviennent alors tels que leur
analyse par le seul œil humain n'est plus possible. La résolution des images croît
également, atteignant désormais des valeurs sous-millimétriques. Cette finesse de
détails, associée à la très haute complexité anatomique du cerveau humain aboutit à
une seconde difficulté, liée à l'analyse sémantique des images IRM, qui – si elle
repose sur l'expertise humaine – ne peut plus désormais se passer d'une assistance
informatique.
Cet article, propose un tour d'horizon des principales réponses apportées à ces trois
familles de problèmes. Outre la description d'approches générales désormais
considérées comme des gold standards, des exemples d'approches plus récentes
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viennent également illustrer les dernières innovations liées à des modalités en pleine
expansion, telles que l'IRM périnatale, l'IRM angiographique, ou encore l'IRM de
diffusion.
1 Modalités et prétraitements
1.1. Modalités IRM
Lorsqu'un échantillon de tissu est soumis à un champ magnétique B0, les moments
magnétiques de chaque atome d'hydrogène tendent progressivement à s'aligner
avec ce champ. La résultante M de ces moments possède, à l'équilibre, une
composante normale à B0 nulle, et une composante non nulle suivant B0. A une
échelle macroscopique, M se comporte également comme un moment magnétique.
Ainsi, si l'on perturbe l'état d'équilibre du système en appliquant par exemple une
impulsion magnétique B1 perpendiculaire à B0, l'aimantation M se mettra à précesser
autour de B0 à une fréquence spécifique. C'est ce mouvement de précession qui est
détecté lors d'une expérience de RMN [P2880].
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observé lors de son retour à l'équilibre. Trois paramètres peuvent notamment être
observés lors de la phase d'acquisition. Le premier paramètre est l'intensité du
signal, qui est directement liée à la densité en noyaux d'hydrogène au sein des
échantillons observés. L'image obtenue par la prise en compte de ce paramètre est
appelée image en densité de protons. Les deux autres paramètres sont plus
directement liés aux phénomènes de relaxation qui font tendre M vers sa position
d'équilibre. En particulier, la composante tangentielle de M suivant B0 tend à revenir
vers sa valeur initiale avant perturbation, tandis que sa composante normale tend à
s'annuler. Le premier phénomène est nommé relaxation longitudinale ; le second,
relaxation transversale. Dans un cas comme dans l'autre, la loi de
croissance/décroissance est régie par une exponentielle temporelle impliquant un
paramètre de relaxation, nommé T1 dans le premier cas et T2 dans le second. La
mesure de ces temps de relaxation aboutit à deux modalités spécifiques, qui
fournissent des images dites pondérées en T1 et en T2.
Ces trois modalités d'images possèdent des propriétés spécifiques. Elles permettent
notamment la discrimination de tissus via des contrastes plus ou moins prononcés.
On peut notamment visualiser le liquide céphalorachidien (LCR), la matière grise
(MG) et la matière blanche (MB) (cf. figure 1). Sur la base de cette discrimination,
différentes structures du cerveau peuvent également être identifiées : hémisphères,
cervelet, ventricules, corps calleux, etc. Si l'observation de ces seules structures est
parfois suffisante pour analyser certaines affections (par exemple l'hydrocéphalie, qui
se traduit par un volume anormal de LCR dans les ventricules), d'autres affections
requièrent la caractérisation spécifique de tissus, par exemple tumoraux ou
nécrosés.
Il est à noter que ces modalités sont désormais aussi employées afin d'observer le
cerveau de fœtus in utero. De telles acquisitions peuvent être motivées par un
contexte clinique, mais aussi être réalisées dans le cadre de la recherche sur la
maturation cérébrale (cf. section 3.2). L'IRM in utero, si elle s'appuie sur les mêmes
modalités que l'IRM chez l'adulte, présente certaines spécificités. Premièrement, les
résolutions atteintes sont généralement moindres, à cause des mouvements
éventuels du fœtus, qui interdisent une acquisition 3D complète. Par comparaison
avec les images obtenues chez l'adulte, les contrastes obtenus, notamment, en
pondération T1 et T2 sont différents chez le fœtus, au regard des variations de
myélinisation au cours de la maturation cérébrale.
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pondérée en T1, en T2 et en densité de proton.
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biologiques sont néanmoins susceptibles de venir faire obstacle à ces mouvements.
Dans ce cas, la diffusion devient anisotrope. De même que l'imagerie par contraste
de phase permet de déterminer la vitesse du flux sanguin, des modalités d'imagerie
analogues permettent d'évaluer l'anisotropie de cette diffusion. De telles modalités
sont appelées IRM de diffusion [4]. Par comparaison avec l'imagerie angiographique
par contraste de phase, elles nécessitent d'appliquer des impulsions beaucoup plus
brèves et plus intenses, afin de capter des mouvements plus subtils que ceux du
sang. Au demeurant, ces acquisitions doivent être réalisées dans un nombre de
directions plus élevé, afin de pouvoir construire en chaque voxel de l'image un
modèle de la diffusion locale, qui fournit une information sur l'anisotropie éventuelle
et les directions de diffusion privilégiées. Ces modalités permettent notamment
d'étudier la structure microscopique de tissus cérébraux tels que la matière blanche,
qui s'organise en structures fibreuses (cf. figure 3).
Nota : Cette section, qui se concentre sur les principes généraux de l'IRM, fait abstraction de plusieurs sujets, qui mériteraient
en eux-mêmes un article dédié. Parmi ces sujets non abordés, on peut notamment citer la conception de séquences
spécifiques d'IRM (séquence dites d'écho de gradient, séquences EPI (IRM Echo Planar), etc.), ou encore certaines modalités
présentant un intérêt dans des cadres d'étude particuliers, par exemple l'IRM fonctionnelle.
Les sources d’artéfacts présents dans les images IRM sont multiples. Cependant, les
mouvements du patient en sont la cause la plus fréquente. L’IRM est une modalité
relativement lente par rapport au scanner X ou à l’échographie. Le temps d’un
examen varie typiquement entre 30 et 90 minutes. Ainsi, les problèmes liés aux
mouvements sont particulièrement présents en pédiatrie (fœtus et nouveau-né), chez
les patients animés de mouvement difficilement contrôlables ou chez les personnes
âgées. Les mouvements du patient perturbant l’acquisition des données peuvent être
d’ordre physiologique (respiration, battements cardiaques) ou physique. Les
distorsions résultantes peuvent induire un coût financier important et un inconfort du
patient, dus à la répétition des acquisitions, voire à la nécessité d’anesthésie. Elles
peuvent aussi affecter la pertinence du diagnostic, si la qualité des images n’est pas
suffisante. Ces artéfacts apparaissent aussi bien en imagerie anatomique qu’en
imagerie de diffusion, fonctionnelle ou encore spectroscopique. Les mouvements du
patient peuvent notamment induire des modifications des valeurs des images en
chaque voxel, et ainsi fausser leur interprétation. La correction des mouvements
demeure ainsi un problème récurrent en IRM.
L’intensité des artéfacts liés au mouvement dépend de la durée des séquences IRM
utilisées. Plus la séquence est longue, plus le risque de présence d’artéfacts dans
les images est élevé. Afin de limiter l’influence du mouvement du sujet pendant
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l’acquisition, plusieurs solutions sont employées. Tout d’abord, l’utilisation de
séquences d’imagerie rapides permet le « gel » du mouvement et une réduction de
la durée de l’examen IRM. La contrepartie de cette accélération de l’acquisition peut
être une baisse de la résolution des images (notamment avec les séquences de type
single-shot) ou l’apparition de distorsions géométriques (pour les séquences EPI par
exemple). Le développement d'appareils IRM utilisant des antennes multi-éléments a
permis une réduction significative du temps d’acquisition (environ 50%) en routine
clinique. La reconstruction des images peut également se faire à partir d’acquisitions
partielles de l’espace de Fourier. Actuellement, de nombreux travaux de recherche
s’orientent dans cette direction en se fondant sur le cadre théorique de l’acquisition
comprimée (compressive sensing) qui permet de retrouver la solution la plus
parcimonieuse d’un système d’équations linéaires sous-déterminé [5].
Parmi les stratégies les plus employées pour réduire les artéfacts de mouvement
dans les images IRM, on peut citer par exemple l'anesthésie du sujet (qui est
généralement une solution peu souhaitable), l’apnée dans le cas d’examens
abdominaux ou une synchronisation cardiaque ou respiratoire (au détriment d’un
allongement de la durée de l’examen). Il apparaît ainsi que les mouvements d’ordre
physiologique peuvent être partiellement maîtrisés par des techniques de
synchronisation. Dans le cas de l’imagerie cérébrale, les perturbations
physiologiques sont liées aux pulsations du réseau vasculaire et se situent donc à
l’échelle du voxel. La source principale d’artéfacts de mouvement en IRM cérébrale
est le mouvement physique de la tête. Dans ce contexte, l’hypothèse généralement
faite concerne la nature de ce mouvement. Il est notamment modélisé par une
transformation affine (translation, rotation, échelle, cisaillement) :
où A(t) est une matrice dont les coefficients varient avec le temps, et x représente la
partie imagée (qui ne dépend pas du temps). On peut noter que si les images ne
subissent pas de distorsion géométrique et que le cerveau est supposé rigide, c'est-
à-dire s'il ne se déforme pas au cours de l’acquisition, alors la matrice A ne contient
que 6 paramètres variables (translation et rotation). Cette formulation peut également
s’étendre aux cas de mouvements non-rigides [6]. L’estimation de la matrice A peut
s’effectuer pendant ou après l’acquisition. On parle alors de correction prospective
ou de correction rétrospective.
Correction prospective
Le principe des échos navigateurs est d’acquérir de façon répétée une même partie
de l’espace de Fourier et de quantifier le mouvement (translation et rotation) de
l’objet en mesurant les rotations et les changements de phase dans cet espace. Une
deuxième façon d’estimer le mouvement en temps réel est d’utiliser des images
basse résolution, appelées navigateurs images, acquises en environ 100ms. Pour
chaque nouvelle acquisition, le mouvement peut alors être estimé par rapport à ces
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images basse résolution en effectuant un recalage entre les données. Enfin, les
systèmes optiques (systèmes laser ou caméras optiques) sont indépendants des
séquences IRM et nécessitent généralement le placement de marqueurs sur la tête
du patient.
Une fois le mouvement estimé à partir des données fournies par le système de suivi,
le plan de coupe peut être modifié à chaque acquisition en ajustant les gradients et
les paramètres radio-fréquence de l’IRM. Ces ajustements sont spécifiques à chaque
scanner IRM. Les avantages des méthodes rétrospectives sont l’échantillonnage
adéquat de l’espace de Fourier et la disponibilité immédiate des images après
l’examen.
Correction rétrospective
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Figure 4 – Visualisation triplanaire (axiale, sagittale, coronale) d’une image IRM
fœtale basse-résolution (en haut) et la reconstruction 3D correspondante (en bas).
L'un des artéfacts entachant les images IRM est la non-homogénéité en intensité
(également appelé biais en intensité). Il se caractérise par une modification (variant
lentement dans l’espace) des intensités des tissus. Ce type d’artéfacts se retrouve
également dans d’autres modalités comme la microscopie ou l’échographie. Un
même tissu peut alors avoir des intensités différentes en fonction de sa localisation
spatiale dans l’image (cf. figure 5). Les causes de cette hétérogénéité en intensité
peuvent être classées en deux catégories. La première catégorie concerne le
scanner IRM lui-même, et inclut par exemple l’hétérogénéité du champ statique B0
ou la non-linéarité des gradients (cf. section 1.1). Ces sources d’artéfacts peuvent
être globalement corrigées de façon prospective, en appliquant des procédures de
calibrage ou en modifiant les séquences d’acquisition [12]. La deuxième catégorie de
sources d’artéfacts en intensité est liée à l’objet à imager, et comprend notamment la
position (et l’orientation) de la tête dans l’IRM, la différence de susceptibilité
magnétique des tissus, ainsi que les hétérogénéités des antennes en réception de la
radio-fréquence. Les distorsions introduites dépendent donc du patient et ne peuvent
être corrigées de façon prospective. Il est alors nécessaire de développer des
méthodes de corrections rétrospectives à partir d’une modélisation mathématique
des artéfacts observés dans les images.
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Figure 5 – Illustration du biais en intensité sur une coupe axiale d’une image
pondérée en T1. De gauche à droite : image originale, biais estimé, image corrigée.
Bien que cet effet de biais puisse modifier les intensités de l’image de 20 à 30%, cela
n’a pas de réel impact sur l’interprétation visuelle des données. En revanche, les
méthodes de traitement d’images telles que la segmentation (cf. section 2) et le
recalage (cf. section 3.1) y sont fortement sensibles. La correction des artéfacts
d’hétérogénéité en intensité apparaît ainsi comme un point clef de la chaîne de
traitements des images IRM cérébrales. Il a notamment été montré que ce type
d’artéfacts diminue sensiblement les performances des méthodes d’estimation
d’atrophie cérébrale [13] ou de segmentation. La figure 6 illustre notamment l’impact
des artéfacts de biais en intensité sur l’estimation de l’atrophie cérébrale obtenue par
une méthode de recalage non rigide. Dans cet exemple, le biais présent dans les
intensités des images introduit un biais important dans l’estimation du volume
cérébral.
(2) yi = bi . xi + ni
avec yi l’image observée, bi le biais en intensité, xi l’image non dégradée que l’on
souhaite retrouver et ni le bruit présent dans les observations. La correction du bruit
dans les images IRM cérébrales sera abordée dans la section suivante.
L’hypothèse sous-jacente des méthodes de filtrage est que le biais en intensité est
un artéfact basse fréquence et qu’il peut être séparé des données « image »,
considérées comme hautes fréquences. Cependant, cette hypothèse n’est pas valide
dans la plupart des cas. Ainsi le chevauchement fréquentiel du biais en intensité et
des tissus cérébraux limite la faisabilité de ce type d’approche.
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Dans les approches par estimation de surface, on fait l’hypothèse que le biais en
intensité peut être modélisé par une surface paramétrique lisse (typiquement des
polynômes d’ordre faible ou des splines). La surface peut être estimée à partir de
points d’intérêt appartenant au même tissu, ou à partir de gradients de l’image
calculés dans des zones homogènes. La principale limitation de ces approches
concerne la détermination des points d’intérêt ou des zones uniformes permettant
une estimation efficace du biais en intensité présent dans les images.
Les techniques par analyse d’histogramme reposent sur très peu d’a priori et sont de
fait souvent automatiques et adaptées pour une grande variété d’images. L'une des
méthodes les plus populaires en IRM cérébrale est N3 (nonparametric nonuniformity
normalization) [16]. Dans cette méthode, le biais est considéré comme un filtre
passe-bas. L’estimation du biais (modélisé par des splines) s’effectue alors
itérativement, en maximisant le contenu haute fréquence des tissus cérébraux. En se
fondant sur un principe similaire, le biais en intensité peut être estimé en minimisant
l’entropie de l’image corrigée [17].
Limitations actuelles
En IRM, le signal acquis dans l’espace de Fourier est entaché d’un bruit additif qui
suit une distribution gaussienne. Dans le cas d’une acquisition effectuée sur une
grille cartésienne uniforme de l’espace de Fourier, le bruit demeure gaussien après
l’application de la transformée de Fourier. Le signal IRM est un signal complexe
(avec une composante réelle et une composante imaginaire) ; cependant, l’image
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2
IRM visualisée correspond généralement à une image de magnitude (racine carrée
de la somme des deux composantes au carré). Ce passage d’un signal complexe à
une image de magnitude transforme la nature du bruit qui suit alors une distribution
de Rice. Celle-ci est décrite par l’équation suivante :
Ainsi, on peut remarquer que l’amplitude du bruit dépend du signal sous-jacent. Les
algorithmes de réduction dédiés aux images IRM doivent prendre en compte la
nature ricienne de ce bruit. Cependant, il est également connu que lorsque le rapport
signal sur bruit est important (typiquement supérieur à 3), la distribution de Rice peut
être approchée par une distribution de Gauss. Ainsi, les nombreux algorithmes de
réduction développés dans le cas Gaussien peuvent être appliqués sur des images
IRM avec des résultats satisfaisants.
La réduction de bruit dans les images peut être abordée par l’utilisation des
méthodes d’ondelettes [19], de filtres anisotropes ou des filtres de voisinage
permettant la conservation des contours de l’image. Parmi ces approches, SUSAN
(smallest univalue segment assimilating nucleus) est une méthode connue car
faisant partie du logiciel FSL (FMRIB Software Library) [20]. Cette méthode repose
sur une première étape de détection de contours dans l’image, avant de réaliser une
réduction de bruit par pondération des points de l’image.
Ce type d’approches a été étendu récemment dans [21] en considérant non plus une
pondération dépendant des intensités des points de l’image mais une pondération
calculée à partir de patches (ou blocs) de l’image. Ce principe simple de réduction de
bruit a permis le développement de nombreux algorithmes de débruitage très
performants, notamment pour les images IRM [22]. L’image débruitée est calculée à
partir de l’équation suivante :
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exemples de patches dans l’image permettant une meilleure estimation de l’intensité
du pixel courant. La performance des méthodes reposant sur ce principe tient au
choix de la fonction de pondération. En effet, l’approche par moyenne non-locale
peut être interprétée comme un problème de régression. Le choix de la pondération
apparaît alors crucial pour obtenir une estimation la plus robuste possible.
L’utilisation de statistiques robustes tend à rapprocher l’algorithme des moyennes
non-locales de celui des approches parcimonieuses « basées patches » proposées
récemment. La figure 7 illustre le résultat des méthodes décrites précédemment
appliquées à une image IRM pondérée en T1.
2 Extraction de connaissances
2.1 Extraction des structures anatomiques
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fibreux – s'avèrent les plus difficiles à extraire, et font notamment l'objet de
discussions spécifiques en sections 2.2 et 2.3. Dans cette section, nous présentons
plus généralement les grandes stratégies d'extraction relatives aux structures bi- et
tridimensionnelles.
Principes fondamentaux
L'extraction des structures cérébrales repose, dans un premier temps, sur des
méthodologies « classiques » de segmentation et de classification [24][25][26, ch. 1].
La première information utilisée est évidemment le signal propre à chaque tissu dans
l'image. Sur la base de cette connaissance, les méthodes développées peuvent se
décliner en trois familles principales.
Les méthodes basées sur l'intensité du signal visent à caractériser les différents
tissus en fonction de leur signal (valeur, texture) dans l'image IRM. Dans ce contexte,
les principales approches proposées sont des approches de classification, souvent
développées dans des variantes « floues » afin de gérer notamment les effets de
volume partiel. Parmi les approches les plus classiques, on peut citer celles basées
sur les modèles de mélanges gaussiens, où la distribution du signal de chaque tissu
est représentée par une loi normale. La segmentation s'apparente donc à un
problème de détermination des jeux de paramètres θk de chacune des distributions
(moyenne, variance, etc.) à partir de la loi de mélange
1
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segmentation/classification, et celles de prétraitement des images, à savoir la
correction du biais et du bruit [28] (cf. sections 1.3 et 1.4).
Les méthodes basées sur les contours visent, quant à elles, à détecter les transitions
entre différentes zones, en supposant que les variations de signal associées
traduisent une frontière entre deux structures ou familles de tissus. De nombreux
filtres de base [H3608] s'appuyant notamment sur les propriétés différentielles [AF55]
de l'image, permettent de mettre en évidence, puis de tirer parti de ces phénomènes
de saillance dans l'image. Ils peuvent notamment être mis à profit dans le cadre de
méthodes à base de modèles déformables [29] ou de segmentation par ligne de
partage des eaux [30].
Enfin, de manière duale, les méthodes basées sur les régions, cherchent à détecter
les zones homogènes dans les images, en supposant que les régions connexes
maximales correspondent à des structures anatomiques d'intérêt. Ces méthodes se
déclinent suivant des variantes monotones (décroissantes : region splitting, ou
croissantes : region merging, region growing [31, ch. 2]) ou non monotones (split and
merge).
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structures cérébrales à partir de plusieurs sources d'information, notamment par le
biais de paradigmes collaboratifs entre classifieurs [35].
Au delà de cet aperçu général – dont le développement mériterait à lui seul un article
dédié – nous présentons, dans les deux sections suivantes, des travaux plus
spécifiquement liés à l'analyse des structures anatomiques unidimensionnelles, qui
présentent des propriétés rendant leur extraction particulièrement délicate.
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Figure 9 – Segmentation des structures vasculaires cérébrales (à l'échelle du
millimètre) à partir d'une image ARM par contraste de phase.
Les vaisseaux peuvent être modélisés par leur axe médian, enrichi d'une information
sur leur épaisseur. L'extraction de ces axes médians peut alors faire l'objet de
procédures de recherche de chemins.
L'approche la plus simple consiste à initier cette recherche à partir d'un point et d'une
orientation, interactivement fournis par l'utilisateur, puis à détecter, de proche en
proche les points suivants de l'axe médian, dans un paradigme d'estimation-
correction. A chaque étape de ce processus itératif, dit de vessel tracking, un point
candidat est estimé à partir des connaissances antérieures. Cette information est
ensuite raffinée en prenant en compte l'intensité de l'image dans un voisinage
bidimensionnel localement orthogonal à l'orientation estimée. Cette approche
générale, utilisée avec succès sur des vaisseaux de grand diamètre (par exemple les
artères carotides) se heurte à une difficulté topologique, lorsqu'elle est appliquée au
niveau cérébral. En effet, pour un réseau complexe, elle doit s'appliquer
récursivement à chaque fois qu'une bifurcation est détectée. Si des solutions ont été
proposées pour gérer ces cas arborescents [37], leur robustesse ne permet pas
systématiquement de s'abstraire d'une interaction de l'utilisateur.
Afin d'éviter les difficultés induites par la localité de ces processus de vessel tracking,
des approches plus globales peuvent être mises en jeu. Les axes médians pouvant
être considérés comme les arêtes d'un graphe, et les bifurcations comme ses
sommets, il est notamment possible d'interpréter l'extraction d'un réseau vasculaire
comme celui d'un ensemble de chemins optimaux, dans un graphe valué issu de
l'image traitée. Dans ce cadre, des techniques classiques de recherche de chemin
peuvent être considérées [38]. Ces stratégies globales donnent des résultats
satisfaisants d'un point de vue topologique. La définition de la valuation considérée
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sur le graphe induit par l'image reste néanmoins un problème qui fait encore l'objet
d'une étude soutenue. En effet, il convient non seulement de garantir la correction
structurelle des résultats, mais également leur correction géométrique (les axes
médians devant être centrés dans les vaisseaux), cette dernière contrainte étant par
définition antagoniste avec la minimalité des chemins, d'un point de vue spatial.
Sur la base de ce principe, plusieurs mesures ont été empiriquement conçues afin de
caractériser explicitement les structures vasculaires. Ces mesures sont appelées
fonctions de vesselness. La plus couramment utilisée – malgré sa haute
paramétricité – a été proposée dans [39]. Outre cette paramétricité, une autre
difficulté réside dans le calcul des dérivées secondes de la fonction continue, alors
que les seules valeurs fournies sont celles d'une image discrète. Ceci est résolu par
application d'un noyau de convolution (généralement gaussien) sur l'image. En
particulier, des noyaux induits par plusieurs écart-types sont généralement
appliqués, permettant de traiter l'image à divers niveaux de résolutions, dans le
cadre de la théorie des espaces d'échelles [40], et assurant notamment la détection
de vaisseaux de différentes tailles de manière unifiée.
Une fois l'image traitée par analyse hessienne, les possibilités de segmentation sont
multiples, allant du simple seuillage de la fonction de vesselness obtenue, jusqu'à
des approches de plus haut niveau. En particulier, l'analyse hessienne a été couplée
avec des techniques diverses allant des modèles déformables jusqu'à des approches
de morphologie mathématique.
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et en particulier sans générer de nouveaux contours, par opposition à des approches
requérant l'usage de termes de régularisation [29]. Parmi ces opérateurs connexes,
les plus adaptés à la segmentation des structures vasculaires sont les opérateurs à
base d'arbres de coupes (component trees), qui visent à extraire les structures
d'intensité localement maximale dans les images, sur la base d'attributs, ou par
recherche de coupes optimales [43]. Le principal avantage de ces approches est leur
capacité à s'appuyer sur des connexités non-standards, par exemple des connexités
de seconde génération [41, ch. 2], obtenues par pré-filtrage, et permettant
notamment de reconnecter symboliquement des structures vasculaires visuellement
déconnectées dans les images. De manière duale, la forte attache à l'image de ces
approches, fait qu'elles peuvent peiner à déconnecter les structures d'intérêt
éventuellement adjacentes à des artéfacts d'acquisition importants.
Le signal de diffusion S mesuré en chaque voxel peut être décrit par l’équation
suivante [4] :
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plusieurs images 3D pondérées en diffusion. Il est alors possible d’estimer en
chaque voxel un propagateur de diffusion (c'est-à-dire la propagation moyenne d’un
ensemble de particules). De ce propagateur peuvent être déduites la fonction de
distribution des orientations de diffusion (d-ODF) et la fonction de distribution des
orientations des fibres (f-ODF) [45].
A partir des modèles de diffusion estimés en chaque voxel de l’image, il est possible
d’estimer, à une échelle macroscopique, les principaux faisceaux de la matière
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blanche par des algorithmes de tractographie (cf. [46] pour un état de l’art complet de
ces techniques). Le principe généralement utilisé pour estimer ces faisceaux de
fibres consiste à partir d’un point du cerveau, puis à suivre de proche en proche la
direction principale de diffusion estimée localement en chaque voxel de l’image (cf.
Figure 10). L’algorithme s’arrête lorsque la trajectoire estimée sort d’une région
d’intérêt préalablement définie (typiquement un masque de la matière blanche ou un
masque obtenu à partir des valeurs élevées de l’anisotropie fractionnelle). Cette
approche permet l’estimation rapide (mais peu robuste) d’un tractogramme
(ensemble des fibres estimées). Des méthodes probabilistes ont été proposées par
la suite afin d’obtenir une meilleure robustesse de l’estimation du tractogramme
(notamment vis à vis du bruit dans les données et des croisements de fibres) au
détriment de la rapidité de l’algorithme (cf. Figure 11).
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2
traitements peuvent être nécessaires afin d’extraire des informations interprétables
de cet ensemble de fibres. Ainsi, il est nécessaire de développer des algorithmes
adéquats pour effectuer, par exemple : un regroupement automatique des fibres en
faisceaux ; une modélisation morphométrique des faisceaux de fibres ; une
parcellisation du cerveau à partir de la connectivité anatomique ; un recalage de ces
objets et une représentation compacte (par construction d’atlas par exemple), etc. De
plus, l’estimation de ces tractogrammes complexes (appelés également connectome)
a ouvert la voie à de nouvelles techniques d’analyse des données cérébrales,
notamment en utilisant des approches par analyse de graphes. Plusieurs études –
dont [47] – se sont intéressées à la définition de mesures caractérisant des réseaux,
telles que l’efficacité du réseau, le degré ou la « centralité » des nœuds, etc. La
comparaison des connectivités anatomiques et fonctionnelles est, en particulier,
maintenant possible.
Ainsi, il apparaît que l’IRM de diffusion puisse permettre, à terme, une meilleure
compréhension de la connectivité anatomique cérébrale in vivo et par là-même, la
mise en place de nouveaux biomarqueurs permettant un diagnostic précoce et un
meilleur pronostic de l’évolution de pathologies cérébrales. Cependant, il est
nécessaire de garder à l’esprit que l’analyse des images de diffusion demeure
difficile et que de nombreux problèmes restent à résoudre [48]. De plus, l’apparente
simplicité des traitements des données de diffusion (notamment par l’utilisation de
logiciels disponibles sur Internet) a parfois conduit à des interprétations erronées
[49]. Il convient donc de prendre la pleine mesure des capacités de cette modalité
d’imagerie tout en évitant des interprétations abusives.
Formulation du problème
2
3
d'optimisation visant à minimiser une fonction de coût E entre les images y1 et y2 au
regard de l'espace de déformation D autorisé pour f. Plus formellement, on cherche à
résoudre l'équation suivante
Modèles de déformation
Stratégies d'optimisation
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4
Recalage iconique vs. recalage géométrique
Les attributs denses s'appuient plus ou moins directement sur l'intensité de l'image
en chacun de ses points. Cette information peut faire l'objet de prétraitement (par
exemple une homogénéisation, voire une mise en correspondance dans le cas de
recalage entre différentes modalités), où de l'extraction de propriétés intrinsèques
(par exemple, des propriétés différentielles). Les données sont peu altérées,
garantissant ainsi un faible biais méthodologique. En contrepartie, le coût calculatoire
est généralement élevé, et la forte attache aux données réduit la robustesse de
l'optimisation face aux artéfacts (bruit, biais, etc.).
Les attributs géométriques sont extraits des images par des mécanismes plus lourds
(souvent une étape de segmentation). L'objectif est notamment de réduire l'espace
image, et de se focaliser sur des primitives de forte valeur sémantique, en général,
des points, courbes (sillons corticaux), ou surfaces (interface entre matières grise et
blanche) caractérisant des structures d'intérêt à mettre en correspondance. Si ces
techniques permettent de s'affranchir de problèmes, notamment liés à la multi-
modalité, et de réduire le coût calculatoire, un fort biais est toutefois induit non
seulement par le choix des primitives, mais également par la précision de leur
extraction.
Il est à noter que – outre des approches mixtes visant à coupler diverses
informations lors de recalages géométriques ou bien iconiques – ces deux familles
de méthodes ont également été croisées afin d'aboutir à des recalages hybrides
dans lesquels des primitives géométriques (par exemples des points d'amers) ont été
intégrés afin de contraindre des approches iconiques.
2
5
contraintes différentielles [52]. Son inversibilité, de même que la gestion entre
préservation topologique au niveau continu et discret restent des problèmes encore
assez largement ouverts.
Nota : Le recalage d'images est un domaine extrêmement vaste, dont l'énumération exhaustive des seules problématiques –
même restreintes au cas de l'imagerie médicale – dépasse très largement le cadre de cette section. Le lecteur intéressé par ces
problématiques, et les principales stratégies développées, pourra se référer à l'état de l'art proposé dans [54]. Le lecteur plus
spécifiquement intéressé par les méthodologies répondant aux problématiques liées à l'imagerie médicale, pourra se référer à
l'état de l'art proposé dans [55], ainsi qu'à l'ouvrage de référence [56].
L’IRM fournit une visualisation précise du cerveau in vivo, qui a permis de nombreux
progrès concernant la compréhension du fonctionnement de cet organe, mais
également pour le diagnostic et le pronostic de pathologies. Les travaux de
cartographie du cerveau à partir des images IRM se sont cependant très
majoritairement focalisés sur le cas du cerveau adulte, et ce sans prendre en compte
la dimension temporelle. Le cerveau évoluant au cours de la vie, il apparaît important
de l’étudier pleinement en quatre dimensions (les trois dimensions spatiales et la
dimension temporelle). Pour se faire, il est préférable d’effectuer des acquisitions
longitudinales (c'est-à-dire la même personne passant des examens IRM à des
temps différents). On peut citer, comme exemple phare d'une telle approche, l’étude
nord-américaine ADNI (Alzheimer’s disease neuroimaging initiative) pour laquelle
environ 800 personnes ont été suivies régulièrement lors d'examens IRM (couplés à
d'autres modes d'investigation). Comme son nom l’indique, cette étude multi-sites,
longitudinale et observationnelle porte sur la maladie d’Alzheimer et son évolution au
cours du temps, afin de découvrir notamment des biomarqueurs caractérisant cette
pathologie. Il est à noter que les données (dont les images IRM) collectées sont mise
à disposition de la communauté scientifique afin d’accroître l’effort de recherche sur
cette maladie.
2
6
A l’opposé de ces études portant sur des pathologies particulières (ou plus
généralement sur la dégénérescence du cerveau), de nombreux travaux
s’intéressent maintenant au développement du cerveau, du stade fœtal jusqu’à
l’adolescence (et également au delà). Pour illustrer cet aspect, des études
temporelles sur la maturation du cerveau, détaillons l’approche proposée dans [58]
pour créer un atlas temporel du fœtus in utero. Dans ce type d’étude, il est difficile
d’obtenir des données longitudinales. Ainsi, le modèle temporel est estimé à partir
d’une collection d’images de fœtus différents acquises à des âges gestationnels
différents. La première étape de traitement consiste à estimer de façon précise une
mise en correspondance dense entre chaque sujet de la population. Cependant,
durant le développement in utero, le cerveau peut changer d’apparence dans les
images IRM, en raison de modifications de composition (notamment par la
myélinisation du cerveau et la migration des neurones). Le recalage se doit alors
d’utiliser des informations d’intensité dans les images mais également des cartes de
segmentation afin de lever les ambiguïtés potentielles dues au changement
d’apparence des tissus cérébraux. L’image moyenne estimée doit être le barycentre
des images considérées, c’est-à-dire que la somme des distances entre cette image
moyenne et chaque image de la population doit être nulle. Une fois les champs de
déformation calculés, le modèle spatio-temporel est estimé à l’aide d’un modèle
polynomial en chaque voxel. La figure 12 présente le résultat d’une telle estimation.
En utilisant ce type de procédure, il est également possible d’analyser le plissement
du cortex au cours du développement in utero. Ainsi, dans [59] il a été montré que
l’on pouvait retrouver les temps d’apparition des principaux sillons à partir d’une
analyse temporelle surfacique du cerveau.
Figure 12 – Illustration d’un atlas temporel fœtal estimé entre la 26ème et la 32ème
semaine d’aménorrhée.
De manière plus générale, l’étude des formes en vue de caractériser l’anatomie n'est
pas un concept récent [61]. Elle a toutefois abouti – par le biais des progrès
accomplis en informatique – à l'apparition d'une nouvelle discipline : l’anatomie
numérique (computational anatomy). Un point central de l’anatomie numérique
concerne la création d’atlas, c'est-à-dire un espace de coordonnées unique
permettant l’analyse de la variabilité anatomique (cf. section 3.3). Cependant, dans le
2
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cas de l’analyse de la croissance, un tel espace de coordonnées n’est pas
nécessairement le plus adéquat. Les travaux présentés dans [62] permettent
d’illustrer ce point de vue. En effet, dans le cas d’études de la croissance, il apparaît
plus approprié de modéliser l’évolution temporelle par un ensemble de déformations
élémentaires afin de souligner la nature temporelle de la croissance. Ainsi, plutôt que
d’utiliser un système de coordonnées figé (cartésien ou polaire), il semble plus
opportun d’utiliser un système de coordonnées évoluant avec le temps, permettant
de refléter les changements anatomiques de l’objet d’étude. L’inconvénient de cette
modélisation concerne le fait que le système de coordonnées devient dépendant de
l’anatomie observée. Il est alors difficile de comparer les différents motifs de
croissance entre individus.
Dans cette dernière section, nous nous intéressons plus spécifiquement aux atlas
vasculaires, dont la conception constitue un domaine de recherche émergent, mais
aux potentialités multiples [31, ch. 6], allant de l'assistance à la segmentation, à la
détection d'anomalies vasculaires, en passant par l'étiquetage des vaisseaux.
Modèles mono-sujet
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Une première série de travaux, réalisés sur le cerveau à partir d'images IRM,
s'appuie sur ces mêmes paradigmes [66]. La conception d'un atlas vasculaire
cérébral repose alors sur une chaîne classique de traitement, incluant
successivement des phases de segmentation (cf. section 2.2), de classification ou
encore de quantification. Si de telles approches permettent d'obtenir un modèle
vasculaire très précis, en multipliant notamment les acquisitions relatives à un même
sujet, elles ne visent pas à prendre en compte la variabilité inhérente à une
population.
Modèles multi-sujet
Les premiers atlas vasculaires mis en place ont pris la forme d'atlas de densité
vasculaire. Concrètement, de tels atlas sont formés par la fusion d'une série
d'images binaires, elles-mêmes obtenues par segmentation. Cette première stratégie
présente l'avantage de la simplicité, puisqu'elle ne s'appuie que sur deux traitements,
à savoir la segmentation des données angiographiques, puis leur recalage. Dans le
cas où les structures vasculaires considérées sont suffisamment simples (par
exemple un vaisseau donné, et non pas tout un réseau), l'atlas obtenu, bien que
représentant un modèle flou, suffit à capter certaines propriétés géométriques, telles
que la forme où le diamètre des vaisseaux [68]. Dans le cas de structures plus
complexes, les résultats obtenus ne fournissent qu'une information probabiliste sur la
présence potentielle d'un vaisseau en un point donné. La simplicité de l'information
portée permet de s'appuyer sur des techniques de recalage relativement robustes,
malgré la nature parcimonieuse des images IRM angiographiques [69].
Plus récemment, ces seules informations de densité vasculaire ont visé à être
enrichies par d'autres informations, liées notamment à la taille et à l'orientation des
vaisseaux [70]. La prise en compte de telles informations pose tout d'abord la
question de leur extraction. L'étape de segmentation doit alors s'enrichir de
traitements supplémentaires. Si les informations de taille et d'orientation peuvent être
extraites à partir des données segmentées, en s'appuyant sur une extraction des
axes médians des vaisseaux, par exemple par squelettisation [E6612], il est
également possible d'obtenir ces informations directement à partir des images,
notamment par des procédés d'analyse différentielle (filtrage hessien, cf. section
2.2). Outre la question de l'extraction de ces informations, se pose enfin celle de leur
fusion. Par opposition aux atlas précédemment cités, les atlas enrichis doivent
s'appuyer sur une fusion fine des données, et donc des recalages efficaces. Comme
2
9
il a déjà été discuté en section 3.1, les méthodes de recalage les plus sophistiquées
fournissent des résultats satisfaisants sur des données denses, mais pas encore sur
des données parcimonieuses, telles que les images angiographiques. Sous ces
hypothèses, il convient alors de coupler ces images avec des images
morphologiques, et de calculer les champs de déformation utiles au traitement sur
ces dernières. Lors de l'acquisition d'IRM angiographiques, de telles images
morphologiques sont généralement acquises (par exemple une IRM T1, couplée avec
une ARM TOF). D'autres modalités (telles que les ARM PC) fournissent, par
construction, une image morphologique, en plus de l'image de flux. La question du
recalage est ainsi généralement réglée grâce à ces acquisitions complémentaires.
Un exemple d'atlas vasculaire cérébral est fourni en figure 13.
Conclusion
Depuis son apparition, l’IRM a très largement et rapidement évolué et permet
désormais de visualiser in vivo de nombreuses caractéristiques du cerveau humain.
Comme il a été décrit, l’IRM autorise notamment l'observation des tissus mous
cérébraux, du système vasculaire, ainsi que de l’ensemble des principaux faisceaux
de fibres nerveuses, mais également (non décrits dans cet article) du spectre
chimique (lRM spectroscopique) ou du débit sanguin lié à l’activité cérébrale (IRM
fonctionnelle). Le développement de l’IRM est intrinsèquement lié à celui de
3
0
l’informatique, en premier lieu au regard de la reconstruction des images et de leur
visualisation. L’IRM est devenue une modalité incontournable pour l’étude du
cerveau, grâce aux méthodes informatiques de traitement et d’analyse d’images qui
permettent d’extraire de ces données des informations pertinentes pour l’étude du
fonctionnement cérébral.
3
1
Pour en savoir plus
Nicolas PASSAT
Professeur des Universités
CReSTIC, Université de Reims Champagne-Ardenne, Reims, France
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