TP n°7
Mutarotation du glucose
Introduction :
Le glucose, de formule brute C! H"# O! , est le représentant le plus connu de la famille des oses (classe
de composés organiques ayant un groupe carbonyle et au moins deux groupes hydroxyle).
Il appartient à la famille des aldoses, c’est-à-dire qu’il possède une fonction aldéhyde, ainsi que des
groupes hydroxyle. L’autre famille d’oses est la famille des cétoses, qui contiennent la fonction cétone
ainsi que des groupes hydroxyle, et dont le représentant le plus connu est le fructose.
H O
H OH
HO H
H OH
H OH
CH2OH
Isomère linéaire du glucose
Le glucose se trouve à l’état naturel dans nombre de fruits et de plantes, de même que dans le sang
humain à des concentrations (glycémie) voisines de 5 à 10 mmol⋅L$" .Il constitue la principale source
d’énergie pour les cellules.
Les solutions de glucose naturelles étant dextrogyres, le glucose est également connu sous le nom de
dextrose.
En raison de la présence simultanée du groupe aldéhyde et de groupes hydroxyle, le glucose peut
donner lieu à des réactions d’hémiacétalisation intramoléculaire conduisant à sa cyclisation. On
constate ainsi qu’en solution aqueuse, le glucose existe presque exclusivement sous forme de cycles à
six chaînons, représentés ci-dessous.
L’hémiacétalisation donnant lieu à l’apparition d’un nouvel atome de carbone asymétrique pouvant
être de l’une ou l’autre de ses configurations absolues, il y a deux cycles possibles, qui sont diastéréo-
isomères entre eux (ils ne sont pas énantiomères car tous les autres atomes asymétriques ne sont pas
inversés) :
OH OH
O O
HO HO
H OH
HO HO OH
OH
OH H
isomère alpha isomère bêta
noté A noté B
Isomères cycliques à six chaînons du glucose
L’isomère linéaire est en concentration négligeable en solution aqueuse (de l’ordre de 0,003%), de
même que les cycles à sept ou cinq chaînons ou moins. On considérera donc ces isomères A et B
comme les deux seules espèces du glucose en équilibre.
N.B. À l’état solide, le glucose est généralement obtenu par cristallisation à partir d’une solution
aqueuse. Dans ce cas, le glucose obtenu est exclusivement l’isomère A.
Le glucose solide mis à votre disposition lors de cette séance est du glucose obtenu de cette manière.
Objectifs :
On souhaite dans cette expérience :
- montrer que l’isomère A du glucose dissous en solution aqueuse s’isomérise en B selon
l’équation : A(aq) ⇌ B(aq) et déterminer la valeur de la constante 𝐾° de cet équilibre ;
- montrer que l’isomérisation est acido-catalysée et déterminer l’influence de la concentration
)
en ions H(aq) sur sa vitesse ;
On vérifiera également la loi cinétique découlant de l’hypothèse d’un ordre cinétique 1 pour les deux
sens de la réaction.
Travail à réaliser :
a) Obtention d’une solution à l’équilibre
Des études préliminaires ont montré qu’en portant une solution aqueuse de glucose, contenant de
)
l’acide chlorhydrique (catalyseur H(aq) ) à la concentration 0,050 mol⋅L$" , au reflux pendant 45
minutes, on pouvait considérer que la réaction d’isomérisation A(aq) ⇌ B(aq) atteignait son état
d’équilibre.
Dans une fiole jaugée de 50 mL, préparer une solution aqueuse de glucose de concentration en masse
𝐶* = 100 g⋅L$" et d’acide chlorhydrique de concentration 0,050 mol⋅L$" . Porter cette solution au
reflux pendant 45 minutes. Laisser refroidir dans un cristallisoir rempli d’eau pendant environ une
heure, le temps que la solution revienne à température ambiante. Mesurer alors son pouvoir rotatoire,
noté 𝛼+ .
b) Étude cinétique à température ambiante
Afin de réaliser l’étude cinétique et d’étudier l’influence de la concentration en catalyseur, attribuer à
chaque binôme une concentration d’acide chlorhydrique comprise entre 0 et 0,20 mol⋅L$" . Chaque
binôme prépare alors 100 mL de solution d’acide chlorhydrique à la concentration attribuée.
Puis, dans une fiole de 50 mL, préparer une solution ayant exactement la même concentration en
glucose que dans la partie a), à savoir 𝐶* = 100 g⋅L$" , mais en utilisant cette fois la solution d’acide
chlorhydrique précédemment préparée.
Le chronomètre sera déclenché au moment où vous réalisez la solution, par exemple lorsque vous
introduisez la solution d’acide chlorhydrique dans la fiole jaugée. L’instant précis du déclenchement
n’a pas d’importance, mais on veillera à réaliser aussi rapidement que possible l’homogénéisation de la
solution, le remplissage de la cuve du polarimètre et la première mesure de pouvoir rotatoire, afin de
ne pas manquer trop de points au début de la réaction. Mesurer le pouvoir rotatoire toutes les
minutes, de manière à obtenir un ensemble d’au moins 20 valeurs (𝑡, ; 𝛼, ).
c) Exploitation des résultats et compte-rendu
En plus d’une introduction et d’une conclusion, votre compte-rendu comportera les parties suivantes :
• la détermination de la valeur de la constante d’équilibre 𝐾° de la réaction d’isomérisation ;
• la vérification de la loi cinétique, basée sur l’hypothèse d’un ordre 1 pour les deux sens de la
réaction d’isomérisation (voir données ci-dessous) et la détermination de la valeur de la
constante cinétique 𝑘 = 𝑘" + 𝑘$" pour votre réaction, assortie de son incertitude ;
• la mise en commun entre binômes des différentes constantes 𝑘 trouvées et la recherche d’une
éventuelle corrélation affine 𝑘 = 𝜆[H) ] + 𝜇. Que représentent les constantes 𝜆 et 𝜇 ?
Données :
* Dans l’hypothèse où les deux sens de la réaction d’isomérisation sont d’ordre 1, de constantes
cinétiques respectives 𝑘" et 𝑘$" , l’intégration de la loi de vitesse donne :
ln([A] − [A]+ ) = ln(𝐶* − [A]+ ) − (𝑘" + 𝑘$" )𝑡
... où [A] et [A]+ désignent les concentrations de l’isomère A à un instant 𝑡 et pour 𝑡 → +∞.
* Convertie en pouvoir rotatoire avec la loi de Biot, cette relation devient :
ln(𝛼 − 𝛼+ ) = ln(𝛼* − 𝛼+ ) − (𝑘" + 𝑘$" )𝑡
... où 𝛼, 𝛼* et 𝛼+ désignent le pouvoir rotatoire de la solution mesurée aux instants 𝑡, 𝑡 = 0 et 𝑡 → +∞.
* Pouvoir rotatoire spécifique de l’isomère A : [𝛼A ]#/℃
D = +112 °⋅g $" ⋅mL⋅dm$"
* Pouvoir rotatoire spécifique de l’isomère B : [𝛼B ]#/℃
D = +18,7 °⋅g $" ⋅mL⋅dm$"
NOM :
Grille d’évaluation TP n°7
Compétences générales A B C D
Énoncer une problématique expérimentale et proposer une
stratégie pour y répondre
Identifier les grandeurs pertinentes, leur attribuer un
S’approprier
symbole
Rechercher les informations sur le matériel et les produits
utilisés
Justifier l’utilisation de la polarimétrie pour mesurer des
Analyser
concentrations ou faire un suivi cinétique
Suivre une transformation chimique en utilisant l’activité
optique
Réaliser Évaluer l’incertitude associée à une mesure
Effectuer des représentations graphiques à partir de
données expérimentales
Déterminer la valeur d’une constante d’équilibre
Confronter un modèle affine à des résultats expérimentaux
Valider
et en extraire des paramètres cinétiques
Analyser les résultats de manière critique
Rédiger de manière synthétique, organisée,
compréhensible, avec un vocabulaire adapté
Présenter les résultats numériques avec leur unité, un
Communiquer nombre de chiffres significatifs cohérent et une incertitude
Encadrer les résultats numériques essentiels ; souligner les
mots les plus importants
S’appuyer sur des graphes commentés
Capacités spécifiques
mesures et incertitudes
Mesurer des volumes et des masses avec le matériel adapté à la précision requise
Mesurer un pouvoir rotatoire
Identifier les sources de variabilité lors d’une mesure et évaluer l’incertitude
Présenter un résultat avec son incertitude et/ou le nombre de chiffres significatifs
approprié
techniques diverses
Préparer une solution de concentration précise
Construire un montage avec chauffage à reflux et en expliquer l’intérêt
vérification d’un modèle affine
Réaliser une régression linéaire avec un tableur (modélisation affine) et en extraire les
paramètres : pente et l’ordonnée à l’origine
Juger si des données expérimentales sont en accord avec une loi affine par une procédure
de validation : analyse graphique intégrant les barres d’incertitude ou analyse des écarts
normalisés
À l’aide d’un tableur, simuler un processus aléatoire de variation des valeurs
expérimentales de l’une des grandeurs – simulation de type Monte-Carlo – pour évaluer
l’incertitude-type sur les paramètres du modèle
Extraire des paramètres cinétiques d’un modèle affine validé
Note :
FICHE : Le montage à reflux
Le montage à reflux est un montage très couramment utilisé au laboratoire.
Il permet de chauffer, souvent de porter à ébullition, le contenu d’un ballon, tout en liquéfiant les
vapeurs émises dans un réfrigérant, de telle sorte que le liquide retombe dans le ballon.
L’intérêt de ce montage est double :
- limiter les pertes de matière ; avoir un volume de liquide approximativement constant dans le
ballon ;
- éviter l’émission de vapeurs potentiellement nocives et/ou inflammables (quand le solvant
n’est pas l’eau) dans l’air du laboratoire.
sortie d’eau
réfrigérant à boules
entrée d’eau
ballon
olive magnétique d’agitation
chauffe-ballon avec
agitation magnétique
support élévateur
Remarque :
Si on ne dispose pas d’un chauffe-ballon avec agitation, on peut utiliser :
- un agitateur magnétique chauffant surmonté d’un bain-marie ou d’un bain d’huile ;
- un chauffe-ballon simple ; dans ce cas, on remplace l’olive magnétique par quelques grains de
pierre ponce pour réguler l’ébullition.
FICHE : La polarimétrie
A) Définition
La polarimétrie est une méthode d’analyse physique consistant à mesurer le pouvoir rotatoire d’une
solution contenue dans une cellule polarimétrique de longueur ℓ connue.
Rappel : Le pouvoir rotatoire est un angle, très généralement exprimé en degrés, qui correspond à la
déviation du plan de polarisation de la lumière polarisée rectilignement lors de la traversée de la
cellule.
B) Description du polarimètre de Laurent
Dessin d’un modèle de polarimètre de Laurent :
Schéma de principe :
source lumineuse œil de
monochromatique l’expérimentateur
polariseur cellule analyseur
polarimétrique
C) Mode d’emploi, réalisation d’une mesure
Allumer l’appareil quelques minutes avant utilisation pour que la lampe (à vapeurs de sodium en
général) chauffe.
Remplissage de la cellule polarimétrique :
Le remplissage de la cellule se fait par un orifice spécialement prévu, ou bien en dévissant l’une des
extrémités. Après remplissage, on veillera toujours à ce qu’aucune bulle ne se trouve sur le trajet du
rayon lumineux et à ce qu’on referme bien la cuve de manière étanche pour éviter toute fuite de
liquide dans l’appareil.
Vérification du réglage du zéro :
- remplir la cuve d’eau distillée ;
- rechercher l’équipénombre (voir schéma ci-dessous) ;
- vérifier sur le vernier que l’angle mesurée est bien 𝛼 = 0,00°. Si ce n’est pas le cas, noter la valeur du
décalage ; on le reportera sur chacune des mesures ultérieures. Signaler le décalage au technicien de
laboratoire après la séance, pour qu’il procède au réajustement du zéro.
Mesure du pouvoir rotatoire d’une solution :
- remplir la cuve avec la solution à analyser ;
- rechercher l’équipénombre (voir schéma ci-dessous) ;
- lire la valeur de l’angle 𝛼 sur le vernier. Cet angle est algébrique (positif si on a tourné l’analyseur
dans le sens horaire, la solution est alors dite dextrogyre ; négatif si on a tourné dans le sens
antihoraire, la solution est lévogyre) ;
- bien rincer la cellule à l’eau distillée après utilisation.
Recherche de l’équipénombre :
Après avoir ajusté l’oculaire à se vue pour voir nettement les trois plages et leurs lignes de séparation,
on recherche, en tournant la molette de l’analyseur, l’équipénombre, c’est-à-dire la position la plus
précise possible telle que les trois plages soient sombres et aient des luminosités parfaitement égales.
Bien noter que l’équipénombre doit être situé entre l’extinction totale de la zone centrale et
l’extinction totale des zones latérales (rechercher ces extinctions totales en priorité, avant de chercher,
entre les deux, l’équipénombre).
extinction plage centrale équipénombre extinction plages latérales
D) Précision de la mesure
La précision de la polarimétrie dépend de la précision du vernier utilisé (en général ±0,05°).
Cependant, on ne peut pas toujours garantir cette précision en raison des difficultés, parfois, du
repérage de l’équipénombre. On essaiera d’estimer l’imprécision supplémentaire de cette détection au
moment où on réalise les mesures.
E) Utilisation de la polarimétrie
La polarimétrie est très utilisée en analyse dans le suivi de la concentration des molécules chirales
dans une solution aqueuse. En effet, on rappelle la loi de Biot pour une solution aqueuse, dans une
cuve de longueur ℓ (en dm) contenant des molécules chirales A, à une température 𝑇 donnée et à une
longueur d’onde donnée :
𝛼= L [𝛼], ⋅ ℓ ⋅ 𝐶,
234é67489 6;,<=489 ,
… où 𝐶, est la concentration de la molécule chirale A, (en général, concentration en masse en g⋅mL$" )
et [𝛼], est son pouvoir rotatoire spécifique (en °⋅dm$" ⋅g $" ⋅mL).
Voir plus de précisions sur la polarimétrie et la loi de Biot dans le document de cours sur l’énantiomérie.