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Apologie de la Tragédie d'Oedipe

Le document présente une défense de la nouvelle tragédie d'Oedipe de Voltaire face à une critique anonyme. L'auteur prend la défense de Voltaire et critique le ton arrogant et les arguments fallacieux de la critique anonyme.

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Apologie de la Tragédie d'Oedipe

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Apologie de la nouvelle

tragédie d'"Oedipe", par


M. Mannory,...
Source [Link] / Bibliothèque nationale de France
Mannory, Louis (1696-1777). Apologie de la nouvelle tragédie d'"Oedipe", par M. Mannory,.... 1719.

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3VP0LOGIE
D £

LA NOUVELLE TRAGEDIE

DOEDIPE.
Hr M. MANNORt, Avocat au Parlement.

A PARIS, AU PALAIS,
Chez PIERRE H U E T r sur le second
Perron de la "Sainte Chapelle,
au Soleil Levant.

M. DCC. XIX.
Avec Approbation, & Privilège da Roy.
APOLOGIE
D E

LA NOUVELLE TRAGEDIE

D? OE D I P E.

N a vû depuis peu dans le Public une


Lettre adressée à M. de Voltaire fur
fa nouvelle Tragédie d'Oedipe. *
VAuteur de ce Libelle se donne
pour un homme de Lettres de Pro-
vince : Ses plaisanteries ne permettent pas en éfet
de douter qu'il ne soit un Provincial ; mais ses
raisonnemens empêchent qu'on le prenne pour un
homme de Lettres.
Le mépris que tous les honnêtes gens ont fait
decetteSatyren'apas permis à M. de Voltaire d'y
répondre, il a parlé seulement en gênerai de ses
* Elle est imprimée chez Châties Guillaumej
Aij
APOXOGlf
4Critiques dans la secoiìde Edition de sapiecé ,i%
#
Jè ;
il- en a parlé avec urie modestie aussi grande que
ses succès.
Gomme cette
.''''.'.'''
modestie doit pàrbître déi
un
faut à nôtre Critique ; il est juste que les Amis de
M. de Voltaire prennent en main fa cause qu'i|
paroît négliger : On Veut bien faire l'honneur |
cet Anonyme de lui répondre, pendant que À£»
cle Voltaire s'occupe à mériter fa jalousie par de
nouveaux Ouvrages:-- - '- '
Si le ton de Maître he sied pas bien à la rai^
son même ^ il n'éft pas écpnnaìit que l'ònátt vft
avec indignation les airs décisifs & imposans que
prend un Critique qui ignore les premiers élé-
mens de la Poétique, de l'Histoire & de la Geo-
graghle 3 "5ç"celttín de Maître j?'arq$t d'aútant plus
ridicule dans fa bouche, que c'est à son Maître
même qu'il parle.
Pour les injures grossières qui font dans cet
Ouvrage ^ìl ne faut ni s'en étonner,"ni leur ré-
pondre, M. de Voltaire doit pardonner ce petit
chagrin d'un Auteur subalterne, qui, pour cites
aujsi Dcfyreaux <•
,V Siií íès piedsvainement tâchant de se hauíser j
Poux s'égaler à lui, cherche à le rabaisser.
,
'Ce Libelle commence-par ûiieParodie de M.
de Voltaire, Ce sèroit un grand bonheur pour ce
Satyrique, si à force de le parodier , il pouvoit
parveniif à Timiter, Auroit-il eû assis de justesse
d'esprit, pour sentir, que ce n'était- qu'à lafaveur
des expressions du nouvel Oedipe que fa Satyre
pouvoit réussir? La Comédie Italienne s'est flattée
d'un parçil succès, [Link] a aussi parodié, &
il/a-plû. G'estla feule différence qu'on trouve,
entre l'Auteur de. la Critique §çfriveíw,,
> .
DU NOUVEL OEDIPE. "j
L'Anonyme veut apprendre à M. de Voltaire
à se -défier- des applaudissemens du Public. Il se-T
toit plus nécessaire de le mettre en garde contré
les mauvaises critiques -, & de lui dire avec Des-
preaux que cet -Anonyme cite toujours : -
Ne vous reridez pas dés qu'un Sot vous reprend.
... Desprtaux
Souvent dans son orgueil un subtil Ignorant Arc. Foé'c.

Par d'injustes dégoûts combat toute une Piece,&c.


L'Anonyme a porté la jalousie jusqu'à chercher
dans TEpître dédicatoire de quoi dire des injures.
Le talent de M. deVoltaire n'efl pas celui de louer,
dit l'Arionyme. <
Apprennez, qui que vous soyez, que M-. de VolT
taire est bien éloigné de l'èfprit Satyrique, puis-
qu'il n'a pas parlé fde vôtre Libelle avec tout lé
mépris qui lui est dû, & cessez de calomnier un
homme qui n'a d'autres défauts pour vous que
ses succez.
L'Auteur de la nouvelle Tragédie dans la Cri-
tique qu'il a fait de lui-même avec tant de'sa^
gesse & de sincérité commence par le premieí
défaut qui est celui du, sujet. Il dit
que la piece
d'Oedipe devroit finir au premier Acte ; qu'il
n'est pas naturel qu'Oedipe ignore comment son
Prédécesseur est mort.
Votre ami regarde donc comme un défaut la /im-
plicite du sujet. C'est la reflexion de l'Anonyme,
Qii est-ce que M. de Voltaire avance que la sim-'
plicité soit un défaut ; Il dit que le sujet n'est,
pas vrai-íèmblable -, Est-ce dire qu'il n'est pas
simple ?Et quelle piece a donc jamais mieux réu-'
ni la simplicité &la grandeur desévenemens, que
le nouvel Oedipe > Philoctete qui a autrefois ai-
mé Jocaste est soupçonné du meurtre de Laïus.
,
Oedipe mari de J o cafte en est accusé par le grand*
Aiij
£ APOLOGIE ì
Prêtre, & convaincu par soi-même. II apprenii§:
qu'il est le meurtrier de son père 8c le mari df
ía mère. Voilà toute l'exposition, tout le noeud y
tout le dénouement de la Piece. C'est dans cette'
nouvelle Tragédie ,& non dans celle deSophocle,
que le Lecteur court avidement de Scène en Scène,
d'Atìe en Able. La terreur y est portée par de^
grez jusqu'à son comble. Quarante Représen-
tations trois*.mille Exemplaires enlevez en deux
,les prefens dont Madame
jours; &c dont Mon-;
seigneur le Regent ont honoré l'Auteur les
,
complimens qu'il a reçus de plusieurs Princes de*
í'Europe font la meilleure preuve de ce que,
j'avance. ,
L'Anonyme cite ce que Raeinê a dit fur \at
simplicité dans lapréface de Berenice : mais l'auto-
iké de Racine n'est point recevable en cette ocea-;
sion : on ne reprochoitr point à Racine d'avoirï
choisi un sujet trop simple, mais d'avoir fait un
Berger d'un Empereur Romain, &c une fade Elégies
au lieu d'une Tragédie Héroïque. M. de Voltaire
n'a point à craindre de pareils reproches.
On cite encore Horace, Despreaùx : il semble
que nôtre Critique ne puisse penser que d'aprés les
autres ,il faut qu'il emprunte une ame , c'estune
Pagode, dont Racine ôc Despreaùx font mouvoir
les ressorts, & dont les ressorts vont mal.
Nôtre Critique trouve le nouvel Oedipe bieri..,
appauvri par le personnage de Philoctete : le su-n
jet ne fournissoit rien pour les trois premiers ac-,
tés, tout le monde en convient, M. de Voltaire
cependant a sçû nous attacher pendant ces Actes.
'Le caractère des Courtisans : La distinction fine
que fait Jocaste de l'amour qu'elle avoit eû pour
son amant ,.&. de ce qu'elle sent pour son fils $-
«l'atisre's endroits pleins de force & de délicatesse
DU NOUVEL OEDIPE. 7
dans un sujet stérile, décèlent la grandeur & la fé-
condité du génie de l'Auteur. L'Anonyme appel-
le cela pauvreté :

un si pénible ouvrage (dit l'Anonyme)


Jamais d'uri Ecolier ne fût Papprentissage.
Comment ose-t'on sans rougir traiter ainsi un
homme qui rend au Théâtre l'éclat qu'il avoit
perdu depuis si long-tems; l'admiration aveugle
qu'a nôtre Critique pour Homere,lui fait attacher
fans doute aux injures un caractère de grandeur
d'ame.
S'il veut voir des Vers d'Ecolier en voicy qui
viennent de me tomber fous la main :
Vous íçavez à quel point la dispute m'enchante,
C'est mon foible, il est vray, j'ay l'humeur disputantej
Je Baille je m'endors alors qu'on m'applaudit,
,
Je m'anime auíïï- tôt que je fuis contredit :
II est beau de combattre un habile adversaire
La dispute à l'esprit est souvent nécessaire,
Sans elle le discours languit à tout momenr.-
Elle seul au repas peut donner l'agrément,
Même par son secours- l'appetit se réveillé,
le convive dispute en vuidant sa bouteille.,
Mais à quoy dirait- on ces propos íbnt-ils bons?
Sans perdre un tems si cher fur le champ disputons.

Voilà ce qu'on appelle des Vers d'Ecolier teut


,
y décelé la bassesse, le peu d'usage du monde dti
Poète.
M% de. Voltaire a la témérité d'attrilmer des e».
$ -• ^P^O'LOG-LB; r<~ %
-

tr'avagarices a Sophocle Non1, il ne lui ett attr-ibtí|l


;
point il les trouve, il les démontre, il' fait' voir;!
,
dans le Poète grec un tissu d'absurditez il cijií
,
tique Sophocle aprés avoir mieux fait que lui ,-
& voilà comment en- devoit user- l'Anonyme aypc
M. de Voltaire, mais il lui estoit plus aisé de ]%,
critiquer que de Fégaler. '&
M. de Voltaire n'entend pas même le français de Mt
r-
"jyaeier. On retrouve toujours des injures mais ce
,
n'est pas à M. de Voltaire, c'est à M. Dacier qu'el-
les s'adressent [Link] n'est point faireTéloge d'un
Ouvrage que de dire que M. de Voltaire ne l'en-,
tend point., :,"
L'Anonyme censure le personnage de Philoctè t

te., ses fahfàronades lui pafòiíleht ridicules ; mais


M. de Voltaire fur cela avoit porté* la Critiqué
au dernier point. Quand le rôle de Philocteteíé-
roit encore plus défectueux, on n'auroit pas lieu
d'ea faire un crime à TAuteur. Il *s'ést fait fort
procès à lui-même. Tout le monde avoue que '
M. de Voltaire a censuré avec trop de rigueur 1©M
caractère qu'il donne à ce Héros. J'ai vû entre"
ses mains 'des Lettres d'Allemagne, d'Hollandes
de tous les Raïs Etrangers, élles lui reprochent
toutes l'excés de íèveriíé qu'il exerce fur lui-
même. Défaut ordinaire aux Censeurs ,ino vii dans
un Auteur.
En efFet, Philoctete n'est point fanfaron, La/
fermeté de cliur qu'on lui donné excite Tadmi*!
ration. Nòúshè" pouvons admirer une vertu'^
que nous ne l'àimioris bien-tôt, & cet amour eni
traîne nécessairement aprés foi la haine du vice
opposé. Cette maniéré de purger lés passions est
nouvelle. Aristote.n'est a point donné dérègles*
1

Elle n'en paroîtra pas moins bonne à ceux «fui


íçaverit penser, sans Aristote."
Person-
DU NOUVEL OEDIPE. 9
Personne ne s'avisera de comparer la grandeur
des sentimens de ce Héros, à la folie de ce Ma-
tamore , qui s'imaginoit avoir mangé la chemise
d'Hercule. Mais s'il y a quelque fanfarjonade dans
le goût de celle de ce Çapitan, c'est la bonne opi-
nion que nôtre Critique a de lui-même.
Philo ctete est un anachronisme inexcusable &
,
cet anachronisme répand dans la Piece un comique
ridieule. Peut-on donner avec plus de suffisance &
de hauteur des preuves de son ignorance ;
On ne doit pas être plus scrupuleux à changer le
tems de la naissance que l'histoire nous marque,_
qu'à faire faire à son Héros des actions que l'his-
toire dément : l'un & l'autre nous éloigne égale-
ment du vrai, mais c'est au vraisemblable seul de
régner dans le Poème ; le rôle de Nicomede est-il
dans le vray ? son frère est présent à toute l'action,
l'histoire nous apprend qu'il estoit encore en otage
chez les Romains, il conserve la vie à son père
l'histoire dit qu'il le fit mourir sans le voir. Hera- ,
clius ne nous ofFre pas des faits moins élpignez de
la vérité, cependant ces caractères font parfaits,
pourquoi ì parce qu'ils font vraisemblables.
L'Unique but de la Poésie dramatique doit être
de plaire. Tous les autres avantages que les An-
ciens & les modernes ont trouvé dans la Tragédie
nous offrent plus d'esprit que de réalité : l'amour
propre des uns a peut-être donné la naissance à cet-
te utilité qu'ils prétendent être le but du Poème
Dramatique ; peut être aussi la doit-elle à la nece£-
site où se trou voient les autres de décorer cette
Poésie d'un avantage plus honnête pour abattre
ceux qui en eombattoient l'usage.
Mais si l'unique but est de plaire, la vraisem-
blance est la seule voye qui conduise à ce but ;
Racine dans Andromaque a-t-il fait difficulté de
B
so APOLOGIE
faire revivre Astianax long-tems aprés fa mprt -ï í
_
\
»'est il trouvé de son temps quelque Critique
-le lui ait reproché Que PAnonyme respe-
qui ;
cte donc Racine il paroît qu'il lui est dévoué,?
,
qu'il pense à soutenir sa gloire l'un étoit un
,
grand Poète, & faisoit d'excellentes Tragédies.;
que l'autre prenne garde de ne point faire de
mauvais Vers, & de plus mauvaises Critiques fur
les bons Vers des autres.
Mais ce n'est pas tout que d'ignorer la Poéti-
que , l'Anonyme ne s'instruit pas même des faits
historiques fur lesquels cependant il veut pronon-
cer en maître ; il fait naître Hercule fous le Rè-
de Creon successeur d'Oedipe : Que n'a-t'il lû
gne
Sophocle qu'il cite tant? 11 auroit vû dans l'Oedi-
pe Coloneen de ce Poète Grec, que Thésée com-
pagnon d'Hercule & plus jeune que lui se trouve
Pausanîas Nôtre Critique trouvé à la
lib. <!;
à lamort d'Oedipe. â
vérité le Règne de Creon pour époque de la nais-
sance d'Hercule mais il n'a pas fait attention
,
qu'il y avoit eû plusieurs Creon ; il a confondu
Creon beaupere d'Hercule avec Creon frère de
Jocaste, l'un êtoit père ou même grand père de
l'autre. Il est sûr que Creon beaupere d'Hercule
vivoit sous le Règne de Licus usurpateur de The-
bes : Car les Tragédies d'Euripide & de Seneque
nous apprennent que ce Licus voulut enlever Mé-
gare, femme d'Hercule &c fille de Creon : mais
Licus étoit tuteur du grand père d'Oedipe : il le
fût ensuite de Laïus; quels termes emploiroit l'A-
nonyme pour exprimer une pareille ignorance s'il
Peut trouvé chez M. de Voltaire ì
Je voudrois que l'Anonyme montrât dans quel
endroit le nouvel Oedipe donne à Jocaste quatre
enfans de son dernier mariage, & s'isne peut le
faire, comment veut-il qu'on traite un homme qui'
;f' D U N Ô U V È L ÒÊ DIP E. if
a Téfronterie de prêter du ridicule à son Adver-
.
saire pour pouvoir le combattre ?
L'Histoire nous apprend qu'Oedipe n'eût ja-
mais d'enfans de Jocaste, ce fût d'Euriganée fille n^"5'"
d'Hiperphante : Voilà ce qu'ignoroit nôtre Cri-
tique.
Et son discernement l'engage à chercher dans
Corneille les mauvais endroits pour les louer
comme ici les bons pour les blâmer.
,
La défiance de Pauline paroît une vertu à nôtre
Anonyme. Pauline dit :
Vous voyez les périls où vous me hazardez.
Ne trouve-t-on pas plus de noblesse dansila
confiance que Jocaste a fur fa vertu î mais cette
défiance même de Pauline offre une contradiction
marquée, elle vient de dire :
voyez les périls où vous me hazardez.
.. .
• . je fuis femme ....
Et quelques vers aprés elle ajoute ,
... . .
je vaincrai fans doute
Ce n'est pas le combat que mon ame redoute.
Voilà cependant ce qu'admire nôtre Critique.
Jocaste dit-il, s'écrie fans craindre le qu'en dira-
,
t-on :
on dira que je lui sacrifie
.. ; . .< . • .
Ma gloire, mon époux, mes Dieux & ma Patrie.
Ne faut-il pas que l'Anonyme nous ait déjá ac-
coutumé à ses mauvaises Critiques & à ses fades
Í)laisanteries, pour qu'on ne soit point surpris de
'entendre dire que Jocaste ne craint pas le .

qu'en dira-t-on, dans le tems même qu'elle n'est

•.•
occupée que du foin de fa gloire ?
M. de Voltaire dans fa Critique dit que le sujet
' Bij
,,:. ..-.
il *;•-.-; APOLOGIE I
ne fóurnissoit rien par lui-même pour remplir les ^
trois premiers actes que ceux qui connoissbnt le
,
Théâtre, c'est à dire ceux qui sentent les difficul-
tez de la composition aussi bien que les fautes,.
conviendront de ce qu'il dit ; il faut toujoursdon-
nerdes passions aux principaux Personnages. Eh1. x

quelrôle insipide auroit joué Jocaste, ajoute l'Au-


teur du nouvel Oedipe si elle n'avoit eû du moins
,-
le souvenir d'un amour légitime, & si elle n'avoit
craint pour les jours d'un homme qu'elle avoit
autrefois aimé.
Vous conclues donc dit l'Anonyme, qu'il faut
,
qu'une femme parle d'amour, ou qu'elle soit insipide.
'. Qûi vous a dit que ce soit là ce qu'il conclud ?
M. de Voltaire se plaint de ce que son sujet rie lui
fournit rien pour remplir ses trois premiers actes
& vous croyez qu'il s'est plaint de ce que son su-
jet ne lui fournis pas d'amour. Cet Auteur a senti
qu'il faut que les principaux: personnages ayent
des passions, & [Link] faites dire qu'il faut que
les principaux personnages aiment.
C'est en vain qu'on fait parade en. cet endroit
d'un vain étage de noms. On cite Cléopâtre,
Cornelie, Agrippine, Esther, Athalie : mais prou-
ve, t. on que le sujet de ces Tragédies ne fournis-,
soit rien ? C'est là ce que l'Anonyme avoit à faire
pour combattre son Adversaire.
Encore auroit-on pû lui répondre que d'ans des
sujets qui ne présentent rien d'eux-mêmes, les dif-
ferens Auteurs font maîtres de choisir difFerentes
passions : Et que M. de Voltaire auroit été de-f
terminé à son choix par Despreaùx,'& Despreaùx
pour l'Anonyme , c'est tout dire : Voici ce que
pense ce Poète sur l'amour: .".- r- .

De sureaux De cette passion la sensible peinture,


Art. Poè'c, Éstpóur aller au coeur la rcnjte'la plus íiïr'ey '" :'
DU NOUVEL OEDIPE. 15
' Il fâudroit donc alors .que ce Critique; prouvât
qu'on ne peut raisonnablement donner de l'amour ,

,
à Jocaste.
Oedipe dit ce Libelle," est un homme qu'on ne
,
sçauroit définir, tantôt c'eft un Prince sage, modéré
après c'efl homme foible, ensuite il ,;
devient
un moment un
emporté : Quoi ladifFerence des situations ne fait-
elle pas parler difFeremment un homme toujours
égal à lui-même ? Dans la bonne fortune Oedipe'
est modéré ses malheurs horribles lui arrachent
,
de justes plaintes, est-ce là une inégalité?
Ce caractère a paru parfait à tout le monde >y

c'est même cette vertu constante & inaltérable


dont M. de Voltaire a embeli le caractère d'Oedi-
pe qui donne à ce Hetos une grande supériorité
sur celui de Sophocle :1e personnage d'Oedipe
dans Sophocle est terni par des vices : ce mélange
de vices & de vertus ne peut que diminuer la com-
passion qu'excitent ses malheurs.
D'ailleurs Jocaste qui dans Sophocle aune ver-
tu fans mélange est aussi malheureuse qu'Oedipe. -
M. de Voltaire a senti qu'Oedipe & Jocaste étants
également innocens 8c malheureux, devpiént jçt-
tér dansl'ame des Spectateurs un attendrissement:
qui ne fûtpoint attiédi par l'idée du moindre vice,
8c plus il a rendu ses Héros aimables ,-plus il a sçû
intéresser.
L'Anonyme cite ces Vers de Despreaùx.
Qu'en tout avec soy-même il íe montre d'accord
Et qu'il soit jusqu'au bout tel qu'on l'a vû d'abord. Despreaùx
Art. Poêt.
On ne lui reprochera pas d'avoir manqué à ce
devoir. La fin de fa Critique ne dément point le
commencement.
Le Grand* Prêtre ne vientsur le Théâtre que pour y
être trahe en vray Doftettr de la Comédie Jt/iUerì%ei,;..
4 ta rendu APOLOGIE
en ajse^meprisable par le caraBere qu'on lui
donne bien diffèrent de celui de Tiresias dans So-
phocle. ,
Opposons le Tiresie de Sophocle au Grand-Prê-
tre de M. de Voltaire.
L'Oedipe de M. de Voltaire dit :
Voilà donc des Autels quel est le privilège
Imposteur.
Celui de Sophocle parle ainsi.
Avec quelle impudence [Link] ensininventi cette im-
posture ?

Imposteur
.....
Qui a suscité contre moy ce vieux Enchanteur, cet

On dit au Grand-Prctre :
Traître aux pieds des Autels il fâudroit t'immoler,
Tiresie se voit traiter en ces termes j
Les ténèbres ou m es plongé te sauvent la vie. Sans ton
aveuglement on te verroit aujourd'huy pour la der-
niere fois.
Va, fuis, n'excite plus le transport qui m'agite,
Dit M. de Voltaire.
Va malheureux Vieillard, reûre~toy tfors de ce Palais.
Dit Sophocle.
A [Link] l'Anonyme de nous donner l'i-
dée du Docteur de la Comédie Italienne ? ne de-
[Link] prévoir que Tiresie & le Grand-Prêtre
ne participant en [Link] ridicule de ce personna-
ge comique, la comparaison retomberoit sur lui \
Il trouve un solesisme dans ces vers,
It dis moy si des Dieux la colère inhumaine ,
A du moins respecté les jours de vôtre Reine,
v
Comraesi vôtre Reine n'étpit pas un nom col-
lectif qui ne veut point dire ta Reine., mais 1%
DU NOUVEL OEDIPE. x5
Reine des Thébains.
Sa Critique fur
Un monstre furieux vint ravager ces bords •
seroit peut être meilleure si le Royaume de The»
bes n'eût pas été entouré de trois mers, la mer
Ionienne la mer Egée, 8c l'Euripe qui la sepa-
,
roit de l'Eubée, si deux Fleuves n'eussent pas cou-
lez le long des murs de Thebes, l'Asope & l'Isme-
ne, & que le Mont Cytheron sur lequel étoit le
Sphinx n'eût pas été scitué sur les bords du Golfe
de Corinthe : mais il est pardonnable à J'Anonyi.
me qui ignore les premiers principes de la Poè'ti-
ïque, de n'avoir lû ni Stace ni Strabon.
Ne seroit-ce pas insulter au jugement de nôtre
Siécle que de s'amuser à répondre plus au long à
de pareilles objections?
Ce vers même
Vint, vit ce Monstre affreux, Pentíndit Sc fût Roy> '
n'est pas à couvert de fa Critique, il étoit trop
beau pour n'être point censuré. >
Il suffit à l'égard de la rime de renvoyer a ce
qu'en a dit M. de Voltaire. M. de Cambray avoit
souhaitté il y a long temps que l'on secoua ce
-
joug un peu trop tyrannique. Les Anglois qui sem-
blent à présent nous le disputer pour les'talens,
se sont débarassez de cette gêne ; mais c'est rioúsì
dira-t-on, qui avons adopté la rime : C'est à nô-
tre usage qu'elle doit sa naissance ; c'est donc un
ornement d'usage 8c non pas de nécessité. Puisque
l'usage l'a établi, Voyons si l'usage n'en verra pas
changer la rigueur, fans s?en plaindre : Il souffri-
ra peut- être que les rimes soient moins riches,^
pourvu qu'elles lui présentent des pensées plus
justes., 8c nous négligerpns ces ornemens qui ne
îbnt d'ordinaire que pour la vûë; dés qu'[Link]
&*; -v- -APOLOGIE1 T :
vplace on substituera des beautez qui satisferont
l'esprit.
Notre Critique exhorte l'Auteur du nouvel
.Oedipe a se reconcilier avec les Anciens, ou du moins
à les refpeEler, s'il ne veut pas les prendrepour modelés.
M. de Voltaire rend à Sophocle ce qui lui est
dû mais comme il scait admirer ses beautez il
,
scait aussi appreticr ses sautes d'ailleurs ,
n'est
, ce
jamais aux Anciens qu'on fait le procès, c'est aux
choses mêmes : on, respecte toujours l'Auteur on
.critique seulement l'ouvrage. ,
L'Anonyme auroic
.dû justifier le Poète Grec au lieu de nous ap-
,
prendre le nom de ceux qui Pont admiré e'étoit,
,
,<les raisons qu'il falloit pour nous convaincre de ía
perfection, &: non pas des autoritez.
Le Plagiarisme est le dernier défaut que l'on,
reproche à M. de Voltaire. De dix-huit cent Vers,
dont est composé sa piece, on en raporte quatre
vingt-dix, que l'on prétend avoir été pris dans
Corneille,' & fur tout dans Racine : Car il mè
paroît que nôtre Critique scait ce dernier par
'coeur. ' \
'

M. Racine
:

Quoi ! parce que . a dit : La. triste ve-


rite dans ce Vers :.
Dérobant à leurs yeux la triste vérité t
on ne pourra pas dire :
Voyoit fuir devant lui la triste vérité.
Parce qu'on trouve dans Alexandre :
Vôtre douleur est libre autant que légitime,
on ne pourra pas dire : .

Vôtre douleur est juste autant que vertueuíê.


Ces deux Vers de Berëriice
Tous ces yeux qu'on voyoit venir de toutes parts,
,

Confondre fur iuy-seul leùrs avides regards ;


passe-
DU NOUVEL OEDIPE. ' -à*.
$>aneremt-íls pour l'Original de cette belle Xyrai
de:
Des Courtisans fur nous les inquiets regards,
Avec avidité tombòient de toutes parts :
A travers les respects leurs trompeuses souppleffes, Sec.
Regarde-t-on ces vers des femmes sçavanteSj,
Vous le voulez fçavoir .,. Ouy... Quoy... moy...
Vous ...le modelé de
Moy-même
, , •.
comme ceux-cy :
Achevé, qui., •*.
Vous le voulez ... Eh bien
. .. C'est
,..
Vous....moy .... Vous malheureux Prince.
N'y a-t-il pas de l'extravagançe à mettre cés
Vers en paralelle !
Ceux qui sçavent ce que c'est que travailler,
ne s'imagineront pas qu'un homme dans le feu
de la composition suspende toutes ses idées pour
,
se donner la peine d'imiter un Vers qu'il aura
retenu d'un autre Poète.
Nos pères n'avoient pas une autre faculté de
penser que nous : Et dire qu'ils ont imaginé une
chose, c'est une preuve que nous avons pû s'i-
maginer aussi. Mais la reííèrriblance des termes
dira-t-on décelé le larcin: Que l'on convienne du ,
moins que nous pouvons trouver les pensées que
nos Pères ont eû : C'est ce qui a fait dire à ua
Auteur moderne : Maudits soient les Anciens
qui ont volé mes pensées. Et aprés cela que l'on ,
fasse une nouvelle langue: Que l'on donne des
termes qui n'ayent point encore íèrvis , si l'on
veut que pour exprimer les mêmes penfées, on
employé des expressions différentes.
La Religion paroitun peu méprisée dans le nouvel
Oedipe, C'est le jugement qu'en portent les Mes-
G
<*g ' _A;P Q;L O G Ï.EV ..,.:
íìeurs de n§tre/[Link];ie fíceîerrné4eiîpsMe&
.
;
sieurs si souvent repeté dans Pouvrage, ne deceloj*
un Séminariste o.n [Link] dire, à nôtre A-nps
'que ,
disoit Montagne, à un A-hée toup
nyme ce
écrits sont suspeïïs'd'athéisme. Mais on aime mieux
lui reprocher son trop grand scrupule que delè
soupçonner d'irreligion : Jocaste dans UThebáide
de Racine ne me paroît pas plus pieuse..
Voila de ces Grands Dieux la suprême Justice,
Jusques aux bords du crime iU conduisent nos pas,
*Is
nous je font comrnettre , & ne l'excusent pas.
Les'âeux Jocastes se ressemblent ^ssez par les
sentimens : Deceleroierit-èllës tòútès deux l'im-
pieté de kur A^uteur ?,
On me désavoûroit fans doute si je voulois com-
parer la Thebaidë áuriouvel Oedipe, tout le mon-
de en çonnoît la différence, Racine cependant
avoit 30 ans iprs qu'il fit cette premiereTragedie.-
M. deVoltaire a fait son Oedipe a 19. on prétend
que ceíui-là n'a dû la réussite de sa piece qu'à ses
protecteurs., celui-ci n'a trouvé des protecteurs
<jue parce que ià piece a réussi : mais ne poussons
pas plus loin le paralelle ; je veux feulement est
conclure que çe n'est point fa piece qu'on doit ju»
ger lors qu'on voit un premier ouvragé d'Auteur 3
c'est fur PAuteur même qu'il faut porter son juge-
ment : son- dehut annonce presque toûpnrs quel
il doit être un jour, il fáút voir si le nouvel "Au-
teur nous offre un'homme singulier, u» génie fe
perieur, car ses Talens sont Pouvrage de la natu-i
re, 8f il ne íera pas difficile à Part de íes perfec-
tionner,
Mais je ne puis, m'ernpêcher de dire ce queRá-;
cine pensoit de ces Critiques outrés : l'Anonyme
qui a. taiiç lû çe Poëte 11'a-uil pas fait attention à
DU NOUVEL OËDlPË. ïç,
cet endroit où il dit4t que toutes ces crisíqù'éS fórit
.

le. partage de quatre ou cinq petits Auteurs


,, infortunez qui n'ont jamais pû par eux-mêmes
,, exciter la curiosité du public ils atteridént
)t toujours Poccasion de quélqu'ouvragé , qui réiis-
,,SJsisse pour Pattaquer, dans l'espéránce qu'on
,,se donnera la peine de leur répondre 5 & qu'on
les tirera de l'obscurité où leurs propres' oúvfa-
S,
les auròient laissé toute leitr vie;
,, Une Critique cependant
ges
peut éclairer celui
qu'elle attaque ,& faire honneur à celui qui la
fait. Apprêtièr un ouvrage s entrer dans uhé dis-
cussion exacte de ses défauts mettre toutes ses
,
beautez .dans leur jour, voilà ce qui s'appelle sa-
tisfaire au-double devoir du Censeur judicieux;'
car la Critique ne donne pas mbins occasion à
loiier qu'à blâmer, & si Penviene s'éforce pas de
trouver des défauts dans celui que l'on reprend,
la raison nous oblige à rendre justice au talent
qu'il nous offre ; mais la jalousie est souvent le ca-
ractère dominant de ceux qui se prêtent à ces sor-
tes d'ouvrages, on cherche à déprimer son enne-
mi & non pas à l'instruire, il importe peu de por-
ter son jugement fur une piece , il suffit d'en mal-
traiter PAuteur, &dés que ce n'est point la raison
qu'on écoute, c'est là passion qui nous fait parler.
L'Auteur de la première Critique d'Oedipe
avoit dohné à nôtre Anonyme un modèle digne
qu'il Peut suivi : on [Link] cet Ouvrage au-
tant de sagacité que de politesse, ce Critiqué n'en*-
tre point dans un détail dont la faiblesse ennuyé,
.
il n'érige point les moindres fautes en ridicure ou»
tïé.,,§: l'on trouve dans fa dissertation autant de
connoiísance'du Théâtre que d'usage du mondé.
M. de la Motte poúvoît encore présenter à l'A-
nonyme tui éxêmple de Critique judicieuse: cet
Cij
io APOLOGIE DUNOUVEX OEDIPE.^ *

Auteur respectable parles talens du, coeur."aotanfr


que par ceux de l'esprit,s'est,vû auxmains ayecdeV
rudes adversaires ; il a sçu dónrier un air riant 8c
enjoué à sa dispute ; les matières étoient maniées
cependant avec force, 8c si ses termes sont plus
doux, ses raisons n'en font pas moins victorieuses.
Qne l'Anonyme ne s'est-il donc efForcé d'imi-
ter ce grand homme ? les louanges qu'il a donné à
M. de Voltaire font-elles un si grand crime qu'il
ne puisse les lui pardonner; Ce Critique auroit dû
respecter du moins dans R les applaudisse-
menS du Public : le succès d'une piece sera-t-il toû-^
jours auprès de lui une raison de mépris ? qu!il sça-
che distinguer cette basse jalousie quine convient
point au galant homme, des nobles sentimens que?
î'émulation inspire.

tlN.

APPROBATION.
*~fA 1 là far orare de Monseigneur le Garde des
J die-d'Oedipe, par
•j Sceaux, l'Applògie de la nouvelle Trage-
M. Mannory Avocat
au V arlemem, dont on peut permettre l'im~'
prejjìon, A Paris [Link] 1719.
Signe CHÉRIEÍU
í PRIVILEGE T>V ROY.
LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU",
ROY DE FRANCE ET DE NAVARRE: A nos
àmez & seaux Conseillers, les Gens tenants nos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordi-
naires de nôtre Hôtel, Grand-Conseil, Prévôt de
Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenants Ci-
vils 8c autres nos Justiciers qu'il appartiendra ,-
,
SALUT : Nôtre bien amé PIERRE HuEt-Librairéà'
Paris nous a fait exposer qu'il fouhaiteroit fai-
,
re imprimer un petit manuscrit quia pour titre
Apologie de lanouvclleTragedie d'Oedipe : 8c donner
au Public, s'il nous plaisoit lui accorder rios Let-
tres de Privilège pour la Ville de Paris seulement,
NOUS avons permis & permettons par ces-Pteíen-
[Link] Hûet de fâire imprimer ledit Livre en
telle forme, marge 8c caractère, & autant de fois
que bon lui semblera, de le vendre 8c faire vendrêj
débiter par tout nôtre Royaume pendant le tems
de années consécutives, à compter du jour
de la datte desdites présentes ; Faisons deffenses
à toutes sortes de personnes de quelque qualité 8c
condition qu'elles solent,d'en introduire d'impres-
sion étrangère dans aucun lieu de nôtre obéissance,
comme-aussi à tous Libraires ^Imprimeurs & au- -

tres, dans laditeVille de Paris feulement-, d'impri- -


mer ou faire irhprimer ledit Livre , & d'en faire
venir, vendre & débiter d'autre impression que
de celle qui aura été faite pour leditExposant, sous ;

peine de confiscation des Exemplaires contrefaits,


«e mil livres d'amende contre chacun des cont-re-
D
ÏÌ PRIVILEGE. -J;
veriaris,- dont un tiers à Nous, un tiers àPPlôteir
.„.

Dieu de Paris, l'autre tiers audit Exposant, 8c de


tous dépens, dommages 8c interests : A la chargé
que ces Présentes, feront enregistréçs tout au long
fur le Registre de la Communautédès Libraires 8c
-
Imprimeurs de Paris, & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ,quel'impreffion'd'e çe Livre) sera
faite dans nôtre Royaume 8c non ailleurs, en boiì
papier &en beaux caractères, conformément aux
Reglemens de la Librairie, & qu'avant que de
l'exposereri vente, le manuscrit_pu imprimé qui
aura-servy de copie pour Pimpression dudit Livre ;
sera remis dans îe même état où Papprobation y
áura été donnée^ ez mains de nôtre trés cher &feal
Chevalier Garde des Sceaux de France se Sieur
^
de Voyer de Paulmy, Marquis d'Argenson : 8c
qu'il en fera eníùite remis deux Exemplaires dans
nôtre Biblioteque publique, un dans celle de nôtre
Château du Louvre, & un dans celle de nôtredit-
t.rés cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de
France, le Sieur de Voyer de Paulmy, Marquis-
d'Argenson ; Le tout à peine de nullité des Présen-
tes : Du contenu desquelles vous mandons & en-
joignons de faire jouir PExposant ou ses ayans
cause pleinement & paisiblement fans souffrir
,
qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement,
Voulons qu'à la copie desdites Présentes qui sera
imprimée tout au long au commencement ou à la
fin dudit livre, soit tenue pour duè'ment signifiée
êc qu'aux copies collationnées par l'un de nos
,
amez&seaux Conseillers & Secrétaires, foi soit
ajoutée comme à POriginal. Commandons au
premier nôtre Huissier ou. Sergent de faire pour
l'éxeçution d'icelles tous actes requis & nécessai-
res , fans demander autre permission , & nonojbs-
tant clameur de Haro a Charte normande 8c Let-

PRIVILEGE, i5
ires à ce contraires : Ç A R tel est nôtre
^ plaisir-:
DONNE'à Paris le jour de~ May, Pan
^e grâce mil sept cent dix - neuf, 8c de nôtrè
Conseil. '
Règne le
''.'-'.
quatriérrïe. Par le Roy en son
Signé .Fou'QJJ ET.

Registresur le Livre de la Communauté des Libraires


& Imprimeurs de Paris, A °. conformémentaux
Réglemeni, & notament a l'Arrejì du Parlement du 3.
Décembre1705. A Paris ce May 1719.
"[Link] Syndic.

De Plmprimerie de L. A. SEYÏSTRE»
'^^íujetudeV Livres des Merveilles|?
parlantes de Versailles, qu'on im-fj
prime à Paris dans le présent mois J
r-d'Avril I
1719. <

i
-2^1
Fin de faciliter aux Nations Etrange- |
reí l'intelligence de tout ce que contien-
ouvrages, l* Auteur a fait ajouter à
nent ces
U teste ou au commencementde chaque récit,
une espèce d'Argument, ou de traduction en
langue latine, fimple f$familière, quifera
.
comprendre aux personnes qui rìentendent
pas le françois tout le sens entier de chaque
a
discours quefait en Versfrançois un tableau,
Groupe, Statue, Bâtiment, f arSn, piece
d'Eau, ^Bosquets, & les autres monumens
& pièces rares de Versailles.
On continuera dans la même Boutique à
veceVoir les souscriptions pour lefdits ouvra-
ges jusqu'à la fin du mois de May prochain
*7l9- -*"-- -
"

Common questions

Alimenté par l’IA

Voltaire's "Oedipe" exemplifies a narrative evolution through its emphasis on emotional engagement and complex character development, deviating from the simplicity found in classical predecessors like Sophocles . He incorporates a sophisticated interplay of passions and a distinctive character depth, highlighted in Jocaste's dual emotional struggle . The strategic adaptation of Greek narratives allows for a fresh dynamic invoking greater audience interaction and sustaining dramatic tension across acts previously seen as uneventful .

Voltaire's version of Jocaste is depicted with a nuanced distinction between her past love for her former suitor and her current feelings towards her son, which adds complexity to her character . In contrast, the character in Sophocles is presented with a virtue without much depth, suggesting a more straightforward portrayal . This portrays Voltaire as enhancing the emotional and moral complexity of Jocaste, providing the play with added depth and introspection .

Supporters of Voltaire defend "Oedipe" by asserting the play's ability to transcend personal attacks through its artistic ingenuity and emotional complexity . They highlight that criticism often stems from jealousy and inadequate self-awareness of the critics, who fail to recognize the play’s intrinsic merits and public acclaim . The continued success and royal endorsements of the play serve as a testament to its quality, reinforcing that the negative criticism lacks substantive grounding .

Voltaire's approach to overcoming the challenge of a "sterile subject" in his "Oedipe" involves depth of character and emotional engagement rather than relying solely on plot complexity . While historical authors depended on dramatic events for narrative depth, Voltaire offers richly developed characters and complex emotional interactions to attract and sustain audience attention . He also injects irony and introspection into character arcs, thus enriching the interplay of ideas and transforming perceived narrative limitations into strengths .

Voltaire criticizes Sophocles' "Oedipus" for containing absurdities and aims to demonstrate these by producing a version he considers more coherent . He believes Sophocles’ portrayal is weakened by vices that tarnish the character's virtue, thus diminishing the compassionate response to Oedipus' plight . Voltaire argues his portrayal adds grandeur to its events while maintaining simplicity, unlike the contrasting depiction of virtues and vices found in the Greek classic .

The anonymous critic argues that Voltaire's "Oedipe" suffers from narrative simplicity, stating that it should conclude at the first act since it is illogical for Oedipe to be unaware of his predecessor’s fate . Voltaire, however, counters this by emphasizing that his version presents an engaging progression from scene to scene that sustains audience interest through emotional depth and grandeur . He admits to the challenging simplicity but defends the play's narrative structure by highlighting the dramatic tension it achieves even with limited early acts material .

The document illustrates the use of satire and personal critique as tools both to demean and critique creative works . It shows how critics deploy personal attacks masked as intellectual critique, thus skewing the perception of Voltaire's work negatively by shifting the focus from artistic merit to perceived personal failings . However, Voltaire contends that satire often emanates from envy and seeks to discredit not by genuine critique but by employing barbed and unfounded attacks . This has the dual effect of both galvanizing supporters to defend the work's value and muddying its public perception .

Voltaire's portrayal of Philoctetes deviates from traditional representations by imbuing him with firm-hearted admiration, contrary to appearing boastful or absurd as claimed by critics . Voltaire acknowledges these accusations but suggests they arise from his excessive self-criticism rather than faults in the character's design . He defends the character's integrity by emphasizing a new approach to evoking audience admiration for steadfast virtue, thus transforming typical perceptions .

The document presents literary criticism as a dual-edged tool that can both illuminate works and serve as a vehicle for personal vendettas . Voltaire acknowledges that criticism can highlight an author's talents and faults, offering a balanced view that encourages artistic improvement . However, he also warns against criticism driven by jealousy or petty rivalries, which aims to undermine and demean rather than educate or improve, as reflected in his response to the anonymous critic .

The reception of Voltaire's "Oedipe," marked by forty performances and rapid sales, reflects the contemporary audience's appreciation for dramatic narratives that interweave grandeur with emotional depth . The praises by high-ranking individuals and various European princes further indicate a valued shift toward emotionally complex and intellectually engaging theatrical works that extend beyond mere adherence to classical templates . The play's success exemplifies a cultural hunger for narratives that challenge conventional norms while delivering moral and intellectual appeal .

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