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Microfinance au Gabon : enjeux et régulations

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

ACADEMIE DE BORDEAUX
Université de Pau et des Pays de l’Adour
ÉCOLE DOCTORALE 481 SCIENCES SOCIALES ET HUMANITÉS
Centre de Recherche et d’Études en Gestion (EA 4580)

THESE
Pour l’obtention du grade de
Docteur en Sciences de Gestion
(Arrêté du 30 mars 1992)

Présentée et soutenue publiquement le 13 janvier 2015 par :


Simon Gérard J. PETER

L’institutionnalisation du marché de la microfinance :


le cas du Gabon

Composition du jury

Directrice de recherche :
Madame Emmanuelle CARGNELLO-CHARLES
Maître de Conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour,
Habilitée à diriger les recherches

Rapporteurs :
Monsieur Bruno AMANN, Professeur à l’Université de Toulouse 3
Monsieur Pascal BARNETO, Professeur à l’Université de Bordeaux

Suffragants :
Monsieur Jacques JAUSSAUD, Professeur à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour
Madame Marielle PAYAUD, Maître de Conférences à l’Université Jean Moulin Lyon 3
Habilitée à diriger les recherches

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

ACADEMIE DE BORDEAUX
Université de Pau et des Pays de l’Adour
ÉCOLE DOCTORALE 481 SCIENCES SOCIALES ET HUMANITÉS
Centre de Recherche et d’Études en Gestion (EA 4580)

THESE
Pour l’obtention du grade de
Docteur en Sciences de Gestion
(Arrêté du 30 mars 1992)

Présentée et soutenue publiquement le 13 janvier 2015 par :


Simon Gérard J. PETER

L’institutionnalisation du marché de la microfinance :


le cas du Gabon

Composition du jury

Directrice de recherche :
Madame Emmanuelle CARGNELLO-CHARLES
Maître de Conférences à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour,
Habilitée à diriger les recherches

Rapporteurs :
Monsieur Bruno AMANN, Professeur de l’Université de Toulouse 3
Monsieur Pascal BARNETO, Professeur à l’Université de Bordeaux

Suffragants :
Monsieur Jacques JAUSSAUD, Professeur à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour
Madame Marielle PAYAUD, Maître de Conférences à l’Université Jean Moulin Lyon 3
Habilitée à diriger les recherches

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

RESUME

Avec les orientations prises en 2002 par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale
(COBAC) en vue de développer les activités microfinancières, le métier de la microfinance
s’est transformé dans sa forme organisationnelle (en passant de l’informel au formel) mais
aussi dans sa relation avec son environnement. L’observation du terrain met en lumière que
cette perspective est largement déterminée par la coopération entre les très petites entreprises
(TPE) et les établissements de microfinance (EMF) dont les pratiques managériales sont
soumises à l’épreuve de la réglementation. A ce titre, la réglementation conditionne les
pratiques des acteurs, et donc devrait contribuer au développement du marché et assurer la
pérennité des EMF et TPE à travers leur coopération. Par rapport à ce qui précède, quels
enseignements peut-on tirer de l’expérience gabonaise afin de générer une meilleure
compréhension du problème de l’impact de la réglementation sur les acteurs du marché de la
microfinance ?
Ce travail révèle qu’en environnement institutionnalisé, les EMF sont partagés entre deux
attitudes : financière ou sociale. Il fait apparaître que plusieurs TPE, porteuses de projets,
n’arrivent pas à bénéficier de l’offre du marché microfinancier. Ce paradoxe nous amène alors
à interroger les différents comportements que la réglementation du marché de la microfinance
traduit et induit. Nous avançons que ces comportements, de même que leur interaction,
agissent sur la coordination des acteurs, c'est-à-dire sur la manière dont les EMF et les TPE
sont gérés, ainsi que sur la coopération EMF/TPE.
Ce travail participe ainsi à une meilleure compréhension du marché de la microfinance au
Gabon.

Mots clés : Institutionnalisation, Établissement de Microfinance, Très Petites Entreprises,


pratiques managériales, théories contractualistes des organisations.

ABSTRACT

With the direction taken in 2002 by the Banking Commission of Central Africa (COBAC) to
develop microfinance activities, the business of microfinance has turned in its organizational
form (moving from informal to formal), but also its relationship to its environment. Our field
observation shows that this perspective is largely determined by the cooperation between the
very small enterprises (VSE) and microfinance institutions (MFIs) whose management
practices are put to the test of regulations. As such, the regulation affects the behavior of
actors and thus should contribute to market development and the sustainability of MFIs and
VSE through their cooperation. Compared to the above, what lessons can be learned from the
Gabonese experience to generate a better understanding of the problem of the impact of
regulation on the market of microfinance?
We show that in an institutionalized environment, EMF have two options: a financial attitude
and a social attitude. We show that many small businesses, with projects, are unable to benefit
from the offer of the microfinance market. This paradox then leads us to question the different
behaviors that the regulation of the microfinance market translated and induced. We induce
that these behaviors as well as their interaction affect the internal organization of tasks
(coordination) of the actors, that is to say on how EMF and VSE are managed, as well as the
cooperation between EMF and VSE.
This work opens up new areas of understanding of the microfinance market in Gabon.

Keywords: Institutionalization, microfinance institution, very small businesses, management


practices, contractarian theories of organizations.
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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L’université de Pau et des Pays de l’Adour n’entend accorder aucune


approbation ni improbation aux opinions émises dans cette thèse ; ces opinions
doivent être considérées comme propres à l’auteur.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Remerciements

Au terme de ce formidable engagement doctoral, je tiens à exprimer ma reconnaissance


envers le tandem qui m’a accueilli et soutenu. Mes remerciements s’adressent aussi bien à ma
directrice de recherche, Madame Emmanuelle CARGNELLO-CHARLES, qu’à Monsieur le
Professeur Jacques JAUSSAUD pour la confiance qu’il m’a témoignée en soutenant ma
candidature et sans qui, cette thèse n’aurait jamais vu le jour. Je souhaite remercier les
Professeurs, Monsieur AMANN de l’Université de Toulouse, Monsieur BARNETO de
l’université de Bordeaux qui ont eu la lourde charge de rapporter sur mon travail de thèse. Je
tiens à remercier également Madame PAYAUD, de l’Université Jean Moulin Lyon 3 pour
l’honneur qu’elle me fait de participer au jury.

Monsieur LIQUET, ensuite, pour toutes les critiques, tant scientifiques que psychologiques,
dont il a su faire montre à tout moment et qui se sont révélées précieuses dans
l’accomplissement de ce travail.
Je tiens également à remercier toutes les organisations administratives et personnes qui m’ont
aidé dans la réalisation de ce travail :
- les Ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Fonction Publique ;
- le PAI-DRH pour avoir mis à ma disposition tous les moyens nécessaires à la bonne
réalisation de cette recherche ;
- l’Institut Supérieur de Technologie dont le cadre a largement contribué à donner de la
consistance à ce travail de recherche.

En particulier, un grand Merci aux chercheurs de l’équipe de recherche du LARSIG, dont la


critique constructive a stimulé et inspiré mon travail : Pierre Daniel INDJENDJE NDALA,
Lydie MAVIOGA. Ma reconnaissance va aussi en direction de Mesdames MOMBO et
NTOULA, agents du PAI-DRH pour leur attention et leur précieuse assistance durant mon
« expatriation » paloise en cours de thèse.

Je suis également très reconnaissant aux chercheurs qui m’ont apporté leurs commentaires
dans le cadre des divers séminaires et colloques auxquels j’ai participé durant la période de
rédaction de ma thèse : séminaires du CREG (2009-2014 à Pau), journées scientifiques de
l’Université Gaston BERGER (mai 2012 à Saint-Louis), XVIIIème Journées Projectics
(novembre 2012 à San Sébastian), Vème Symposium International « Regards croisés sur les
transformations de la gestion et des organisations publiques (Luxembourg, 21-22 novembre
2013), Ier Colloque International « Regards croisés sur le développement en Afrique »
(Libreville, 27-29 mars 2014). Merci pour tous ces enrichissants échanges.

Plus généralement, j’aimerais remercier tous ceux qui m’ont « encouragé », dans tous les sens
du terme, pendant cette période. Merci à Aïcha, Aurélie, Joseph, Olivier, mes jeunes
collègues de DEA. J’adresse tous mes remerciements et mon affection à mes parents qui
m’ont donné les possibilités qu’ils n’ont jamais eues, m’ont toujours épaulé tout en me
laissant évoluer dans ma voie silencieuse.
Enfin, j’ai eu la chance d’avoir à mes côtés une personne qui, en plus de son soutien familial,
m’a apporté un équilibre ! Remerciements infinis MARIE ROSE...

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

SOMMAIRE
Introduction générale 13
Première partie - Emergence et organisation réglementaire du marché de la microfinance :
éclairages théoriques 33
Introduction première partie

Chapitre 1 - Les théories contractualistes des organisations et la microfinance 37


Section 1 - La Théorie des coûts de transaction 40
Section 2 - La Théorie des droits de propriété 44
Section 3 - La Théorie d'Agence 48
Section 4 - Les modes de financement alternatif 57
Section 5 - Réduction de l'incomplétude, les limites de la Théorie d'Agence (TA) et justification de la
réglementation 64

Chapitre 2 - La Théorie Néo-institutionnelle (TNI) et la microfinance :


prolongement par approches contingente et conventionnaliste 79
Section 1 - Fondements théoriques et conceptuelles de la Théorie Néo-institutionnelle 81
Section 2 - Réinterprétation de la problématique de recherche à la lueur de la Théorie Néo-institutionnelle 89
Section 3 - Comportements et processus de coopération du prêt de groupe à caution solidaire 97

Chapitre 3 - L'émergence réglementaire des acteurs du marché de la microfinance 123


Section 1 - L'approche théorique de la réglementation 127
Section 2 - L'architecture de la Réglementation COBAC et la spécificité TPE du Traité OHADA 138
Section 3 - Portées réglementaires sur les pratiques managériales des acteurs 148
Conclusion de la première partie 167

Deuxième partie - Analyse empirique de l'impact de la réglementation sur les acteurs


du marché de la microfinance 169
Introduction de la deuxième partie 171

Chapitre 1 - Le marché microfinancier gabonais : de la coordination interne à la coopération 175


des acteurs
Section 1 - Typologie, caractéristiques institutionnelles et pratiques managériales des TPE 179
Section 2 - Caractéristiques institutionnelles et organisationnelles des organismes de microfinance 190
Section 3 - Les instances de contrôle de la microfinance 209

Chapitre 2 - Epistémologie et méthodologie d'investigation pour une modélisation 223


Section 1 - Positionnement épistémologique : le protocole de recherche 223
Section 2 - Outils et étapes du traitement des données 230
Section 3 - Modélisation empirique de la coopération EMF/TPE 270

Chapitre 3 - Interprétation, discussions, contributions, limites et voies de recherche 287


Section 1- Interprétations et analyses des principaux résultats 291
Section 2 - Confrontation empirico-théorique et discussions 322
Section 3 - Apports de la recherche 327
Conclusion de la deuxième partie 339

Conclusion générale 341


Références bibliographiques 349
Annexes 393
Acronymes 431
Représentations graphiques, schémas, tableaux 435
Table des matières 439

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Introduction générale

« L’art d’interroger n’est pas si facile qu’on pense.


C’est bien plus l’art des maîtres que des disciples ; il faut avoir déjà beaucoup appris de
choses pour savoir demander ce qu’on ne sait pas ».

(Jean Jacques Rousseau et Pierre René Auguis,


Œuvres complètes de J.J. Rousseau, vol.3;,
Nouvelle Héloïse, tome III, éd. Dalibon, p.94)

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Contexte, justification et intérêt de la recherche

Le champ de la microfinance est apparu à la suite des expériences pionnières de la Grameen


Bank au Bangladesh et de la Banco Sol en Bolivie. Plusieurs auteurs sont d’accord pour la
définir comme « la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont
exclus du système financier formel» (Blondeau, 2006). Selon Guérin (2002), c’est un outil qui
permet la création de micro-entreprises.

Aussi, depuis quelques années, non seulement cette dynamique suscite un engouement à
travers le monde mais, elle développe un enthousiasme encouragé et soutenu par les
organisations internationales, les agences de coopération bilatérale, les organisations sous-
régionales et les États. Certaines dates sont importantes pour le secteur de la microfinance :
- 1997, une campagne mondiale visant à aider, par le microcrédit, 100 millions de
familles parmi les plus pauvres est lancée ;
- 1998, sur recommandation du Conseil économique et social, l’Assemblée générale des
Nations unies adopte la résolution 53/197 qui permet au Secrétaire général de l’ONU,
Kofi Annan (2003) de proclamer 2005, Année Internationale du Microcrédit.
- 2004, le Xème sommet de la Francophonie de Ouagadougou (Burkina-Faso), s’engage
à soutenir les institutions de microfinance ;
- 2006, Mohammed Yunus et la Grameen Bank reçoivent le prix Nobel de la paix ;
- 2011, un colloque international sous l’égide du G20 se tient à Paris.
Aujourd’hui, la microfinance fait même l’objet de développement de filières d’enseignement
au sein d’organismes d’enseignement supérieur publics et privés.
Toutefois, il faut reconnaître que la pérennité du marché de la microfinance ne peut être
assurée que par la mise en œuvre d’une réglementation qui prendrait en compte les réalités
contextuelles. Cette perspective a le don de diviser les politiques, les praticiens et les
chercheurs progressistes et a fait place à de nombreux débats.
D’un côté, il y a ceux qui prônent une institutionnalisation « hard » avec comme objectif la
recherche du profit tout en orientant l’activité vers des cibles qui n’ont pas accès aux
établissements classiques de crédit. Pour Bédécarrats et Marconi (2009) c’est un vecteur qui
s’impose aux acteurs du secteur. A ce titre, les normes réglementaires contribuent à la
pérennisation des établissements de microfinance (Fouda-Owoundi, 2010).
De l’autre, il y a ceux qui mettent en avant une réglementation « soft » avec comme objectif le
bien-être social (Morduch, 2005). Pour eux, cette voie est, la seule, capable d’éviter la dérive
que peut impliquer l’institutionnalisation (Christen, 2001 ; Labie et Mees, 2005 ; Dichter et

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Harper, 2007), porteuse d’exclusion des plus pauvres (Guérin et Servet, 2005 ; Fouillet, 2006;
Servet, 2006).
Émerge toutefois un courant qui promeut un équilibre entre les deux approches. Les auteurs
de cette perspective préconisent la mise en avant du double objectif de résultat, social et
financier, de la microfinance (Christen, Rosenberg et Jayadev, 2006), le développement de la
notion de performance sociale (Lapenu et Doligez, 2007 ; Copestake, 2007 ; Hashemi, 2007),
ainsi que la formalisation des principes éthiques qui doivent encadrer le secteur
(Abdelmoumni et al., 2008).

Cette littérature qui se caractérise par un nombre appréciable de recherches met en perspective
deux modes organisationnels possibles du marché de la microfinance. Néanmoins, elle ne
permet pas de modéliser l’impact de l’institutionnalisation sur les pratiques managériales des
acteurs dont les pratiques sont soumises à une réglementation. Notre recherche vise donc à
combler ce vide à partir du contexte gabonais.

Aussi, près de vingt ans après, on peut voir se manifester ici et là des volontés
d’institutionnalisation de ce phénomène qui touche des millions de personnes à travers le
monde. L’efficacité, la réduction de l’incertitude et la pérennité du marché de la microfinance
dépendent bien, semble-t-il, de la réglementation.

S’inscrivant dans cette dynamique, la Communauté Économique et Monétaire des États


d’Afrique Centrale (CEMAC) n’est pas restée en marge. Les autorités de la zone ont initié des
programmes de réorganisation de ce marché car, dans la majorité des états de la communauté
(5 sur 6), le secteur s’appuyait sur les lois relatives aux associations ou coopératives sans que
ces textes aient été spécifiquement conçus pour l’activité d’épargne et de crédit.

Au Gabon, la question réglementaire est récente. C’est à partir de l’an 2000 qu’une réflexion,
sur la base de la directive de la Banque des États de l’Afrique Centrale (Cameroun, Congo,
Gabon, Guinée-Équatoriale, République Centrafricaine, Tchad), va aboutir au lancement
d’une vaste organisation institutionnelle du secteur microfinancier. Cet engagement va
trouver sa justification dans les graves difficultés traversées par le pays durant la décennie 90
(89000 chômeurs en 1998 contre 68000 en 1993). La microfinance apparaît donc comme une
solution capable d’aider au financement d’activités génératrices de revenus et d’emplois.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il faut toutefois reconnaître que cette opération démarre dans des conditions de troubles
économiques aigus. Il y a des entités marchandes et d’innombrables activités de financement
informel, appelées tontines, avec une déclinaison entrepreneuriale. Cette tontine d’entreprise
(Nkakleu, 2009) constitue un support de relations sociales en Afrique subsaharienne (Servet
1994, Nkakleu, 2001) qui se présente comme une association d’épargne et de crédit. Sous
cette forme, la tontine d’entreprise met des moyens financiers à la disposition de ses membres
et ce, de manière rotative.
A côté de ces entités informelles, on note également la présence d’établissements de
microfinance et des organismes publics d’État1 détenant des fonds destinés au développement
des petites et moyennes entreprises avec comme objectif affiché, la création d’un tissu
économique générateur de richesses et d’emplois. Mais ce cadre ne présente pas toutes les
garanties nécessaires à l’instauration d’une croissance économique et marchande.

A ce propos, Mbeng-Ekorezok (2002) laisse comprendre que les organismes publics en


charge du financement de la petite et moyenne entreprise ne remplissent pas leur rôle. Pour
cet auteur, non seulement ces entités consentent préférentiellement des crédits aux
personnalités politiques mais aussi, laissent les banques relais alourdir le traitement des
dossiers et appliquer leurs normes d’octroi de crédit.
Pour les établissements privés, leur développement est mitigé. La Cellule Nationale de
Promotion de la Microfinance (CNPM) du Gabon relève dans son rapport 2012 que, de 2005
à 2013, 11 EMF ont obtenu leur agrément. Pendant ce temps, plus d’une centaine de
demandes d’agrément ont été rejetées par la Commission Bancaire d’Afrique Centrale
(COBAC) pour insuffisance de capacités. Il faut aussi ajouter que le dernier recensement
(2008-2009) de la CNPM fait état de l’existence de 204 intervenants du secteur de la
microfinance considérés comme informels. Enfin, il faut noter que le Conseil National du
Crédit (CNC) a retiré en 2013 des agréments à deux EMF incapables de mener à bien leurs
activités.

Par ailleurs, l’entrepreneuriat se complaît à demeurer dans une situation de


quasi « informalité »2 qui ne permet pas d’assurer sa visibilité et sa légitimité, dimensions
nécessaires à la captation de ressources institutionnelles. Une enquête du Centre de

1
Le Fonds de Développement et d’Expansion (FODEX) et l’Agence Nationale de promotion de la petite et
moyenne entreprise (PROMOGABON)
2
Forme inclassable sur le plan juridique

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Développement des Entreprises (CDE) du Gabon a révélé dans une étude publiée en 2013 que
sur 873 entreprises visitées, seulement 80 sont en situation régulière.

Ainsi, malgré l’institutionnalisation du marché de la microfinance, il faut reconnaître que les


résultats escomptés ne sont pas atteints au niveau de la promotion et de la création des EMF
ainsi que du développement de TPE institutionnelles. Force est de constater qu’au Gabon,
l’émergence des établissements de microfinance (EMF) est lente, comparativement aux pays
comme le Cameroun, le Sénégal, le Bénin ou le Maroc, et les très petites entreprises (TPE)
rencontrent des difficultés de financement qui altèrent leur viabilité, freinent leur
développement (De Lima, 2007 ; Creusot, 2007 ; Lelart, 2007 ; Pallud, 2005).
Les raisons de ces incohérences sont sans doute à chercher dans la portée de la
réglementation. Cette vision repose sur les constats suivants :
- constat 1 : plusieurs organisations candidates au statut d’établissement de
microfinance (EMF) rencontrent des difficultés d’obtention de licence de la part de la
Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC), certaines sont contraintes par la
réglementation pendant que d’autres arrêtent leur activité ;
- constat 2 : plusieurs très petites entreprises ont du mal à se plier aux exigences de
l’institutionnalisation et du coup, se placent en périphérie du marché institutionnel ;
- constat 3 : l’exclusivité accordée à la sécurité institutionnelle et le faible intérêt pour la
TPE génèrent un dispositif réglementaire qui ne favorise pas la coopération.

De ces trois constats, deux principales questions surgissent :


- Les dispositifs sont-ils adaptés au contexte ?
- Les acteurs jouent-ils le jeu de l’adoption des règles ?
Les questions et les constats qui précèdent posent en filigrane le problème de l’influence de la
réglementation sur le fonctionnement et le développement du marché de la microfinance. A
travers les résultats de la recherche proposée, nous tenterons d’apporter une réponse à ces
questions.
En considérant le marché gabonais de la microfinance comme un lieu où cohabitent des
parties contractantes à intérêts divergents le cas échéant, nous tentons de mettre le doigt sur
les éléments qui régissent son fonctionnement et impactent la coopération des acteurs. En
effet, certains établissements de microfinance s’inscrivent dans une institutionnalisation afin
d’assurer leur viabilité alors que les très petites entreprises souhaitent, semble-t-il, bénéficier

19
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

d’un accompagnement microfinancier sans s’arrimer (totalement) à la réglementation. Nous


sommes là en face d’une dichotomie qu’il faut tenter de comprendre.

D’une part, nous adhérons à l’idée que la très petite entreprise comporte des singularités
(Emin, 2003 ; Berger-Douce, 2006 ; Carrier et al., 2002) et des spécificités (Boncler et Hlady-
Rispal, 2003). Elle se caractérise par une timide adoption institutionnelle, une faiblesse de
ressources financières et humaines internes, une absence d’informations qui ne permet pas
aux intermédiaires financiers d’obtenir une information financière fiable et complète. Ces
contingences endogènes sont renforcées par sa géo-localisation (Cargnello-Charles et Peter,
2012), débouchant ainsi sur des pratiques managériales spécifiques.

D’autre part, nous reconnaissons que les établissements de microfinance (EMF) tendent à se
conformer à la réglementation et que ceux qui l’esquivent sont voués à la disparition. Entre
stratégie sociale et stratégie financière, les EMF expriment une sorte de dubitation à cause des
normes et des souhaits des autorités publiques. Pour allier les deux approches, Otero et Ryhne
(1994) décrivent la rentabilité comme un passage obligé.

La tendance des EMF ou le vœu des TPE à l’institutionnalisation conduisent ces acteurs à
adopter des pratiques managériales difficilement conciliables en l’état et qui influencent
l’engagement coopératif. Aussi, de manière intuitive, nous défendons la thèse suivante qui est
notre proposition générale :

Le processus d’engagement coopératif entre TPE et EMF est influencé par des contingences
endogènes et exogènes qui sont nourries par l’institutionnalisation.

Dans le cadre de cette recherche, nous avons opté pour un positionnement positiviste. Au
travers de ce paradigme, nous cherchons à identifier les caractéristiques des facteurs qui
permettent d’expliquer les comportements en environnement institutionnalisé des acteurs de
la microfinance. Il s’agit d’interroger et dévoiler la réalité (Allard-Poesi et Maréchal, 2003).
Dans cette perspective, nous voulons découvrir et analyser les pratiques managériales qui
induisent la coopération EMF-TPE. Ceci étant, la voie de la confrontation empirisme/théorie a
été retenue car elle répond le mieux à une logique inductive.
Cette démarche fondée sur l’interrogation des faits et des représentations d’acteurs, et fondée
sur la stratégie de cas, va utiliser les données primaires et secondaires pour répondre aux
20
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

différentes interrogations. A la suite de ce qui précède, nous allons préciser notre objet de
recherche.

Objet de recherche.

« Construire un objet de recherche consiste en l’élaboration d’une question ou problématique


au travers de laquelle le chercheur construira ou découvrira la réalité » (Allard-Poesi et
Maréchal, 1999). Nous souhaitons comprendre comment la relation EMF/TPE se développe
entre ces deux acteurs ayant des pratiques managériales qui leur sont propres en contexte
institutionnalisé, donc contingent. Cette recherche s’inscrit dans le courant des
développements récents des théories contractualistes des organisations (théorie d’agence,
théorie des droits de propriété, théorie des coûts de transaction, théorie néo-institutionnelle,
théorie de la contingence, théorie des conventions).

En clair, nous tentons d’établir l’existence de liens entre la règlementation et les pratiques de
gestion des établissements de microfinance ainsi que des TPE qui y ont recours. Partant de là,
nous cherchons à expliquer les contraintes qui affectent la coordination interne (la manière
dont les EMF et les TPE sont gérés) et la coopération (entre EMF et TPE) de ces acteurs. Plus
précisément, notre recherche aura pour objet d’examiner la question de recherche suivante :

Comment les pratiques de coordination et de coopération des TPE et des EMF se


développent-elles sous la pression de la réglementation ?

Dans ce questionnement, la coordination interne et la coopération sont deux modalités qui


peuvent être considérées comme le socle du marché de la microfinance. Il faut donc arriver à
établir la dimension qu’elles peuvent atteindre en contexte d’institutionnalisation au travers
des pratiques managériales en cours.

Toute activité humaine, selon Mintzberg (1989), fait appel à deux notions que sont la division
du travail en tâches et l’articulation de ces tâches en vue d’atteindre un niveau de
coordination. Le niveau d’organisation d’une structure de production de biens ou de services
se reconnait donc à la qualité de la coordination assurée par les hommes et entre les hommes
dans l’entreprise. Mais pour qu’elle soit opératoire au sein d’une organisation, la coordination
doit fluidifier les différentes tâches (application réglementaire, information comptable,
valorisation des ressources humaines, gestion des risques opérationnels) faute de quoi les

21
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

actes posés entrent en contradiction avec la plate-forme institutionnelle. Pour éviter cette
situation, la coordination exige l’optimisation de pratiques managériales participant au
fonctionnement de l’entreprise. Avec l’émergence des instruments que sont l’information
comptable, la conformité réglementaire, la valeur des ressources humaines et la gestion des
risques opérationnels des acteurs, cela va nous offrir des variables qui vont permettre de bien
aborder l’examen de notre problématique centrale : la coopération entre la TPE et l’EMF.

Les tentatives d’explication en sciences de gestion de la coopération n’ont pas débouché sur un
consensus. Son sens étymologique (co-operate) évoque le fait de travailler ensemble. Selon Smith
et Caroll (1995), la coopération est un processus par lequel des groupes ou des organisations
entrent en relation et travaillent ensemble dans un but commun. Étant définie comme un
processus, la coopération apparaît comme la résultante d’une succession d’étapes au terme
desquelles deux personnes ou deux organisations entrent en contact afin d’avoir une relations
d’affaires ou de travail. Concernant la coopération EMF/TPE, nous retenons essentiellement
quatre niveaux organisationnels (internes) sur la base desquels la coopération devrait se
construire. Il s’agit de la conformité réglementaire (CR), le système d’information comptable
(SIC), la valorisation des ressources humaines (VRH) et la gestion des risques opérationnels
(GRO). Pour nous, ces quatre dimensions, en émergeant des réalités organisationnelles
contribuent à la construction de la capacité des acteurs à coopérer. Elles s’inscrivent ainsi à la
suite de Morin et Savoie (1994) qui parlent d’efficacité organisationnelle.

Pour atteindre cette efficacité organisationnelle, nous proposons un schéma conceptuel qui
s’appuie sur une décomposition séquentielle dans laquelle on explique par étapes le processus
qui mène à la coopération. En conformité avec notre positionnement épistémologique
positiviste qui s’engage dans une triple logique à savoir, d’abord la compréhension, ensuite la
description et enfin, l’explication, nous ne pensons pas à une relation préconçue. Donc, notre
approche inductive laisse apparaître une orientation de recherche exploratoire.

Au regard de ce qui précède, évaluer l’impact de la réglementation sur les modes de


coordination interne des acteurs principaux du marché de la microfinance que sont les
établissements de microfinance et les très petites entreprises présente un intérêt d’étude et,
s’intéresser à leur coopération revient à analyser l’influence de la réglementation sur cette
interrelation.

22
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Compte tenu du fait que notre objet de recherche est issu de l’imbrication de trois constats
identifiant des insuffisances (constat 1), des incohérences (constat 2) et des inadéquations
(constat 3), nous allons imprimer une dynamique à notre recherche sous forme d’objectifs de
recherche en trois étapes.

Objectifs de recherche

L’objectif général de cette recherche est de contribuer à la compréhension de l’impact de


l’institutionnalisation du marché de la microfinance dans le développement de ce secteur. De
plus, cette recherche s’inscrit dans la volonté de trouver des voies et moyens pour accroître
durablement l’opérationnalité des EMF et l’adaptation des règles aux réalités des TPE pour
leur meilleure inclusion institutionnelle. Plus particulièrement, cette recherche va s’articuler
autour de trois axes :
1. analyser le fonctionnement réglementaire du marché de la microfinance au
Gabon ;
2. analyser le cadre réglementaire de la Très Petite Entreprise ;
3. établir le lien entre la réglementation du marché et les pratiques de gestion et de
coopération de l’EMF et de la TPE.

Ces trois prospectives constituent des voies de compréhension des pratiques de gestion des
acteurs et des difficultés qu’ils rencontrent dans leur volonté de coopération.
Elles appellent quatre sous-questions :
 comment l’architecture organisationnelle des EMF publics et privés est-elle
conditionnée par la réglementation ?
 comment les pratiques managériales des TPE sont-elles influencées par la
réglementation ?
 quels facteurs contingents influencent les pratiques managériales des dirigeants de
TPE ?
 La réglementation présente-t-elle des opportunités et des contraintes susceptibles
d’influencer la coopération entre les EMF et les TPE ?
Dans la figure en page suivante, nous schématisons la construction de notre objet de
recherche avec la figure 1 (p. 23).

23
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Objet de la recherche :
Établir le lien entre la réglementation et les pratiques de gestion des EMF et des TPE

Les constats

Identification des insuffisances (constat 1) Identification des incohérences (constat 2)

Identification des inadéquations (constat 3)

Question 1
Comment l’architecture organisationnelle des EMF publics et privés est-elle conditionnée par la
réglementation ?

Question 2
Comment les pratiques managériales des TPE sont-elles influencées par la réglementation ?

Question 3
Quels facteurs contingents influencent les pratiques managériales des dirigeants de TPE?

Question 4
La réglementation présente-t-elle des opportunités et des contraintes susceptibles
d’influencer la coopération entre les EMF et les TPE ?
Figure 1 : Construction de l’objet de recherche

En croisant ces différents points de départs (Allard-Poési et Maréchal, 2003), l’objet ainsi
construit trouve sa source dans les enjeux issus du terrain et de la littérature en se projetant
sous forme d’interrogations. Pour tenter de répondre à ce faisceau de questionnements nous
allons procéder à une analyse de cette situation, à travers des investigations précises. Mais,
avant de présenter les grandes lignes de la démarche découlant de notre objet de recherche, il
nous semble nécessaire d’indiquer le positionnement épistémologique adopté ainsi que les
approches théoriques mobilisées qui nous ont permis d’obtenir des résultats et mettre en
lumière des réalités dans le cadre de ce travail.

24
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Positionnement épistémologique et mobilisations théoriques

Plusieurs auteurs affirment l’importance de la réflexion épistémologique en sciences de


gestion (Koenig, 1993 ; Le Moigne, 1995 ; Baumard, 1997, Miles et Huberman, 2003, Perret
et Séville, 2003). Aussi, pour respecter cette exigence, notre travail de recherche s’inscrit dans
une tentative d’explication de l’impact de l’institutionnalisation sur les acteurs du marché de
la microfinance en proposant des résultats qui découlent d’une approche méthodologique
d’exploration ayant comme finalités, la compréhension, la description et l’explication du
phénomène observé. Afin d’y parvenir, nous avons retenu le paradigme positiviste qui cadre
avec notre objectif de recherche. En effet, notre recherche nous conduira dans un premier
temps à analyser la littérature relative aux concepts mobilisés. Cette recherche, qui se veut
exploratoire qualitative, adopte une démarche inductive.

L’objectif est d’étudier l’empirique avec l’aide de la théorie grâce à des occurrences issues du
terrain. Ce mode de raisonnement inductif vise à dévoiler des réalités à partir des observations
de l’objet puis à formuler des propositions dans une perspective inductive. Le positionnement
épistémologique adopté dans le cadre de ce travail de recherche ayant été précisé, nous
pouvons à présent expliciter le protocole (la démarche) de recherche.

Protocole de recherche

En rappel, la présente recherche s’organise autour d’une question centrale : « comment les
pratiques de coordination et de coopération des TPE et des EMF se développent-elles sous la
pression de la réglementation ? » Des questions périphériques sont également posées. Elles
concernent le rôle de l’institutionnalisation sur les modes de coordination et de coopération
des EMF et des TPE. Comment l’architecture organisationnelle des EMF publics et privés est-
elle conditionnée par la réglementation ? Comment les pratiques managériales des TPE sont-
elles influencées par la réglementation ? Quels facteurs contingents influencent les pratiques
managériales des dirigeants de TPE ? La réglementation présente-t-elle des opportunités et
des contraintes susceptibles d’influencer la coopération entre les EMF et les TPE ?

Pour répondre à l’ensemble de ces questions, notre protocole de recherche prend appui sur les
travaux issus des théories contractualistes des organisations qui ont analysé les processus de
transitions organisationnelles. Cette approche permet d’obtenir une compréhension complète,
parce que contextualisée. Les recherches existantes fournissent des orientations concernant (1)
l’identification des théories les mieux appropriées afin de comprendre les mutations

25
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

institutionnelles observées, (2) la méthodologie qui permet d’accéder empiriquement à la


connaissance des pratiques managériales des acteurs au contact de l’institutionnalisation, (3)
la manière de mettre à jour les résultats obtenus afin de fournir des propositions. Avec ce
corpus et cette méthodologie, nous espérons analyser l’environnement institutionnel, les
modes de gouvernance des acteurs, et l’interaction qui les anime. Pour cela, nous modélisons
cette démarche inspirée de la représentation de Quivy et Van Campenhoudt (1995).

Observation

La thèse intuitive
Étape 1

Exploration

Les lectures Les entretiens

Étape 2
Analyse des informations

Confrontation
Empirisme/théorie
Étape 3

Propositions

Figure 2 : Les étapes de la démarche scientifique

En conformité avec notre positionnement épistémologique, cette démarche s’inscrit dans un


développement empirique aux enjeux multiples.

Enjeux de la recherche

Notre ambition s’inscrit dans une volonté de répondre aux questions relatives à la portée de
l’institutionnalisation sur le marché de la microfinance au Gabon.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L’institutionnalisation est un concept qui a fait l’objet d’une réflexion développée par certains
praticiens comme Azokli et Koyandondri (2008) à propos de son impact sur le marché de la
microfinance. Ils soutiennent que le cadre réglementaire des institutions de la microfinance
doit être assez flexible et évolutif pour permettre l’innovation technologique. Pour Acclassato
(2008), ces règles et le contrôle de leur application ont pour rôle de permettre un
développement équilibré du secteur. Toutefois, l’institutionnalisation est un objet de
recherche complexe à saisir de par ses multiples dimensions (statutaire, financière, humaine,
fiscale, organisationnelle) qui ont un impact sur l’entreprise.

En l’espèce, la problématique de notre recherche trouve sa source à la fois dans les enjeux
issus du terrain et dans la littérature à travers les théories contractualistes. C’est la raison pour
laquelle cette recherche puise sa concrétisation dans les entretiens opérés auprès des
responsables des TPE et des EMF. Les résultats issus de ces entretiens vont être, ensuite,
confrontés à la littérature.

Nous proposons, à travers cette recherche, d’identifier les principales caractéristiques


managériales des acteurs afin de pouvoir apporter une réponse à notre problématique. Dans
cette optique, le travail empirique s’inscrit dans une logique de confrontation des résultats aux
connaissances théoriques. Nous prédisons que le marché microfinancier est contraint par des
coûts de transactions importants qui freinent son développement. Nous étudierons cette
hypothèse par une méthodologie exploratoire empirique qui permet de lier les trois axes
suivants : l’analyse de l’environnement institutionnel, les effets de l’institutionnalisation sur
les pratiques managériales et ses conséquences sur la coopération des acteurs.

Grâce à la mobilisation des théories contractualistes des organisations et leur prolongement,


nous éclairons les pratiques managériales et leurs incidences sur la coopération des acteurs
que sont les TPE et les EMF. Les éléments de discussion issus de nos résultats empiriques
ouvrent ainsi la voie à de réelles perspectives sur les plans managérial, politique, et
académique.

L’architecture de la thèse

Par notre thèse, nous souhaitons comprendre sous quelles conditions peut naître une
coopération entre l’EMF et la TPE, chacun ayant un intérêt personnel dans l’entrée en

27
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

relation, et quels sont les comportements qui expliquent les pratiques managériales des uns et
des autres dans un contexte contingent.

Nous nous attacherons à mettre en lumière un cadre théorique permettant d’expliquer


l’émergence du marché de la microfinance et les effets de la réglementation sur les deux
principaux acteurs que sont l’EMF et la TPE. Cette approche nous permet d’élaborer un cadre
d’analyse de l’impact de l’institutionnalisation sur le marché de la microfinance, ce qui est
une posture alternative aux approches nombreuses en termes d’évaluation des politiques
microfinancières (Hulme & Mosley, 1996 ; Gulli, 1998 ; Morduch, 1999 ; Navajas et alii,
2000 ; Doyle et alii, 2000 ; Guérin et Palier, 2005 ; Armendariz & Morduch, 2005)
actuellement proposées dans le cadre des études sur la microfinance.

Comme nous le verrons, cette démarche présentera comme particularité d’être construite à
partir des données collectées directement sur le terrain conformément aux principes
méthodologiques de la démarche exploratoire inductive. Nous avons souhaité adopter une
posture épistémologique positiviste et une démarche essentiellement qualitative. Pour nous,
des avancées quant à la compréhension des pratiques managériales des institutions de micro-
financement et des très petites entreprises ne pouvaient en effet être atteintes qu’en donnant la
parole en premier lieu aux acteurs, en examinant leurs cas et en s’efforçant de comprendre la
perception que ceux-ci attachent à leurs actions. Pour ce faire, nous avons décidé de recourir à
l’étude de plusieurs cas, tous situés à Libreville (Province de l’Estuaire) et de faire de ces
études de cas, une stratégie de recherche à part entière. Une telle démarche nous permet en
effet d’atteindre un niveau de profondeur important quant à la collecte des données.

Pour réaliser ce projet de recherche, nous avons profité des possibilités offertes par notre
bourse de recherche pour effectuer des allers et retours sur le lieu de notre recherche. D’une
part, ces différents séjours sur le terrain nous ont permis de procéder à l’étude approfondie de
plusieurs institutions de micro-financement et de mieux percevoir le contexte au sein duquel
celles-ci s’inscrivent. D’autre part, nous avons retenu pour notre analyse une cinquantaine de
TPE choisies dans différents secteurs d’activité de l’économie gabonaise ainsi que cinq EMF
évoluant dans le secteur de la microfinance. Les occurrences statistiques nous ont poussé à
mieux comprendre le fonctionnement organisationnel de la TPE ainsi que ses modes de
financement. Tout ceci contribue à apporter des connaissances conceptuelles à la définition de

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

cette population d’entreprise et ainsi, participer à la suite de Moles et Rhomer (1972) et


Torres (2003) à la compréhension des TPE.

Ces EMF et TPE devraient nous aider, sur la base de l’analyse de leurs comportements, à
clarifier la spécificité des pratiques des entités observées :
- d’un côté, dans le but de comprendre et d’expliquer pourquoi un établissement de
microfinance peut rejeter une demande de micro-crédit alors que les autorités
publiques, à travers la réglementation, veulent favoriser le développement de la très
petite entreprise afin de lutter contre la pauvreté et le chômage ;
- d’un autre côté, dans le but de percer le secret des récriminations des très petites
entreprises contre les établissements de microfinance et les pouvoirs publics alors que
l’institutionnalisation du marché de la microfinance est censée leur apporter de
l’oxygène sur le plan microfinancier ; nous avons donc procédé par entretien semi-
directif auprès d’une part des responsables des EMF et, d’autre part, des TPE.
La connaissance que nous souhaitons produire résulte des observations empiriques. De ce fait,
nous pouvons dire que, dans le cadre de notre recherche, nous suivons un raisonnement
inductif qui s’inscrit dans une présentation de notre travail structurée en deux parties.

La première partie de cette thèse mobilise l’essentiel des éléments théoriques et conceptuels
qui vont servir à éclairer la collecte des données, leur analyse, et l’interprétation des résultats
obtenus. Compte tenu de sa spécificité, ce travail de recherche s’adosse globalement aux
théories contractualistes des organisations. Il faut reconnaître que l’hétérogénéité des
organisations ne permet pas de parler d’une théorie des organisations. Selon Charreaux et
Pitol-Belin (2007), les théories des organisations constituent un ensemble de théories
concurrentes se rattachant à des courants extrêmement différents et évoluant au sein de
paradigmes le plus souvent sans points communs. Elles ont été élaborées dans des domaines
aussi divers que la sociologie, la psychologie, les sciences de la décision ou l'économie.
Face à la diversité des théories des organisations, nous allons retenir deux angles de réflexion
pour établir notre plate-forme théorique. Chronologiquement, nous souhaitons faire ressortir
les différents éléments explicatifs de l’émergence de la microfinance et ensuite, relever
l’importance de la règlementation dans l’analyse de la coopération entre l’EMF et la TPE à
travers leurs pratiques managériales.

29
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le premier chapitre, adossé aux théories contractualistes, explique l’exclusion de certains


agents du circuit financier traditionnel, explicite les imperfections du marché du crédit, décrit
les modes palliatifs, met en relief la réduction de l’incomplétude informationnelle ainsi que
les principales limites de la première théorie mobilisée en articulant deux types d’apport, celui
de la théorie des coûts de transaction et celui de la théorie des droits de propriété (Alchian et
Demsetz, 1967).
Le deuxième chapitre traite de l’apport de la théorie néo-institutionnelle dans la
compréhension de notre problématique générale. Nous y réalisons une synthèse des
arguments abordant la question de la responsabilité conjointe. Nous justifions la pertinence de
l’approche néo-institutionnelle que nous privilégions pour traiter cette question, en centrant le
débat sur l’analyse de l’arbitrage entre différents modes de coordination et en s’inspirant des
travaux de North (1981, 1990, 2005) portant sur l’analyse de l’impact de l’environnement
institutionnel sur les modes de coordination.
Le troisième chapitre est consacré à l’examen des réglementations vouées à l’encadrement
efficace du marché de la microfinance. Il discute d’abord des définitions, justifications et
différents rôles de la réglementation. Par la suite, il met en lumière le dispositif institutionnel
susceptible d’encadrer efficacement les acteurs du marché de la microfinance compte tenu de
la spécificité des parties prenantes. Enfin, sa dernière section est consacrée à la présentation
de la portée de ce dispositif sur les comportements des acteurs afin de rendre compte de son
impact sur les pratiques managériales des acteurs.

La deuxième partie du travail développe l’approche empirique, visant à analyser le cadre


contextuel et ses conséquences sur la coopération des acteurs de la microfinance et des TPE.

Le premier chapitre qui introduit cette partie fixe le contexte de notre étude de terrain. Ce
chapitre traite de la genèse et du développement de la microfinance au Gabon. Il décrit
également les réalités multiformes du secteur de la microfinance au Gabon et évoque
brièvement la question de la réglementation des activités de microfinance.
Le second chapitre est, quant à lui, consacré au processus de construction du cadre
méthodologique. Il définit le positionnement épistémologique et indique le protocole et les
outils de recherche nécessaires au travail du chercheur par la suite.
Le troisième chapitre analyse les données collectées à la lumière du corpus théorique,
confirmant ainsi notre ancrage inductif. La nature exploratoire de ce travail nécessite de nous
appuyer sur une analyse concrète des pratiques managériales impactées par une

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

réglementation à travers une double étude qualitative auprès de responsables des


établissements de microfinance et propriétaires dirigeants de très petites entreprises. Des
entretiens semi-directifs ont été conduits auprès de 12 responsables d’EMF et 50 propriétaires
dirigeants de TPE.

Cette étude qualitative nous permet d’explorer empiriquement l’impact de


l’institutionnalisation sur la coordination et la coopération des acteurs du marché de la
microfinance. Nous exposons donc, d’une part, les résultats de l’étude menée auprès des
responsables d’EMF spécifiant leurs attentes et comportements. D’autre part, les résultats de
l’étude conduite auprès des propriétaires dirigeants des TPE sont décrits, analysés et
expliqués. Il s’en suit une confrontation qui met en parallèle les principaux résultats obtenus
dans l’étude empirique des acteurs et les approches théoriques. Les discussions qui en
découlent apportent des éléments de réponse et de compréhension quant à la problématique de
notre recherche. Nous constaterons que nos résultats sont, dans une certaine mesure, en
concordance avec notre thèse générale ou proposition de départ.

Ce chapitre s’achève par la présentation des apports au niveau managérial, politique et


institutionnel. En dernier lieu, une conclusion rappelle les objectifs poursuivis par cette
recherche et les principaux résultats obtenus. Cette partie conclusive nous permet de souligner
quelques limites mais également d’éclairer quelques voies de recherche qu’il semble opportun
de mettre en œuvre.

A travers les deux parties constituées pour la présentation de ce travail de recherche, nous
nous proposons de jeter les bases d’une étude qui va permettre d’établir, à moyen terme, les
déterminants de la viabilité d’un marché de la microfinance en développant une approche à la
fois théorique et empirique.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

PREMIERE PARTIE :

EMERGENCE ET ORGANISATION REGLEMENTAIRE


DU MARCHE DE LA MICROFINANCE :
ECLAIRAGES THEORIQUES

Chapitre 1 : Chapitre 2 : Chapitre 3 :


LES THEORIES LA THEORIE NEO- L’EMERGENCE
CONTRACTUALISTES INSTITUTIONNELLE REGLEMENTAIRE DES
DES ORGANISATIONS (TNI) ET LA ACTEURS DU MARCHE
ET LA MICROFINANCE MICROFINANCE DE LA MICROFINANCE

- Introduction -Introduction - Introduction

- La Théorie des Coûts de - Fondements théoriques et - L’approche théorique


Transaction conceptuels de la Théorie de la réglementation
Néo-Institutionnelle
- La Théorie des droits de - L’architecture de la
propriété Réglementation COBAC
- Réinterprétation de la
et la spécificité TPE du
problématique de
- La Théorie d’agence traité OHADA
recherche à la lueur de la
TNI
- Les modes de financement - Les portées réglementaires
alternatif sur les pratiques
- Comportements et
managériales des acteurs
processus de coordination
- Réduction de
et de coopération du prêt
l’incomplétude, les limites - Conclusion
de groupe à caution
de la Théorie d’Agence et
solidaire
justification de la
réglementation
- Conclusion

- Conclusion

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les théories contractualistes trouvent leurs origines dans les limites de la théorie néo-
classique. Dans son approche micro-économique, le modèle de la concurrence pure et parfaite
reconnaît une place exclusive au marché comme lieu de coopération des activités
économiques des individus (dénommés « agents »). Le marché est supposé pur et parfait. Il
permet aux individus de s’échanger leurs ressources de telle sorte qu’ils puissent maximiser
leur bien-être. Les agents n’interagissent que par l’intermédiaire d’un système de prix
déterminé par une instance extérieure, dénommée «commissaire-priseur» à la suite des
travaux de Walras. La théorie néoclassique postule que cette instance extérieure va faire
varier les prix par tâtonnement, sans le moindre coût, afin de les faire converger vers
l’équilibre général concurrentiel. Le prix annoncé est prétendu contenir toutes les
informations nécessaires à la prise de décision des agents. Ces agents sont présumés dotés
d'une rationalité « substantielle » ou encore « omnisciente » (Simon, 1976). Ils ont donc la
capacité d’interpréter correctement l’information qu’ils reçoivent grâce à leur raison.
Ils peuvent ainsi prendre les décisions optimales en ce qui les concerne, c’est-à-dire
maximiser leurs utilités respectives, et partant, le bien-être collectif. En effet, le théorème
fondamental de l’économie du bien-être (‘welfare theorem’) nous assure que, sous les
conditions de la concurrence pure et parfaite, l’équilibre concurrentiel est efficace au sens de
Pareto, c’est-à-dire qu’elle représente une répartition des ressources telle qu’il est impossible
d’améliorer l’utilité (le bien-être) d’un individu sans détériorer celle d’un autre. A la condition
donc que l’instance extérieure annonce le prix "adéquat" et que celui-ci contienne toute
l’information pertinente à la prise de décision, le marché réalisera spontanément l'optimum
d'un point de vue économique.
Les seules contraintes dont les individus doivent tenir compte résultent du caractère limité de
leurs ressources (leurs dotations) initiales et des possibilités offertes par la technologie
actuelle.
Or, de plus en plus de personnes ont commencé à être critiqués vis-à-vis de ces approches qui
considèrent l’état de la technologie comme un facteur exogène, déterminant pour
l’organisation économique, et qui ne permettent en aucune manière d’appréhender le
fonctionnement interne des organisations.
La recherche de nouveaux fondements à l’analyse de la firme s’est faite dans plusieurs
directions. Parmi les théories alternatives qui ont été développées, les théories contractualistes
des organisations (TCO) ont suscité un intérêt majeur. Elles ont permis de reconnaître la firme
comme un lieu de coordination alternatif au marché.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dès le moment où les hypothèses nécessaires au bon fonctionnement du marché ne sont pas
vérifiées, ces théories reconnaissent que les individus peuvent recourir à d’autres mécanismes
de coopération que les prix fixés sur le marché. Ces mécanismes sont les règles que les
individus élaborent localement à l’intérieur d’espaces structurés qualifiés habituellement
d’« organisations » (Batifoulier, 2001). A un mode de coopération par les prix s’oppose par
conséquent un mode de coopération par les règles. Ces règles vont être cristallisées dans des
contrats établis librement entre deux ou plusieurs individus parce qu’ils ont jugé qu’il était
dans leur intérêt de le faire. A la différence de la théorie néoclassique qui considère que les
individus confrontés à une prise de décision n’avaient pour seules contraintes que celles
imposées par l’environnement, les théories contractualistes reconnaissent que les individus
doivent tenir compte en outre du comportement des autres individus dans leurs calculs
d’optimisation. En ce sens, leur rationalité est dite «stratégique». Coase (1937) est
l’instigateur de ces fondements théoriques. Ceux-ci peuvent être répertoriés selon trois
courants : la théorie des coûts de transaction, la théorie des droits de propriété et la théorie de
l’agence (ou des incitations). Cette dernière sera particulièrement mobilisée afin d’éclairer le
phénomène d’émergence de la microfinance. En privilégiant la relation d’agence et en
introduisant la distinction entre risque et incertitude, cette théorie nous permet de mettre en
évidence l’existence d’asymétrie informationnelle, de ses conséquences en termes
d’imperfection du marché et d’éclairer la problématique de notre recherche.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 1. Les Théories Contractualistes des


Organisations et la Microfinance

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

39
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ce chapitre a pour objectif de donner un éclairage théorique permettant la lecture des


mécanismes organisationnels qui participent à la naissance et au fonctionnement de la
microfinance. Les théories contractualistes des organisations (TCO) apparaissent en effet,
particulièrement appropriées à cette analyse.
Du Nord au Sud, chercheurs et praticiens reconnaissent que les sciences de gestion sont utiles
à la compréhension de la création de richesses. Cette compréhension permet de formuler des
apports managériaux et académiques débouchant sur une reconnaissance d’inefficience ou
d’inefficacité. A partir de là, on peut proposer des solutions visant à améliorer les modes de
fonctionnement organisationnel.
Avec la complexification des architectures organisationnelles et la naissance des systèmes
alternatifs, l’éclairage des théories contractualistes des organisations conduit à une explication
des phénomènes observés, notamment celui du marché de la microfinance.
Le système de la microfinance repose, de prime abord, sur une relation entre un prêteur et un
emprunteur qui sont l’Etablissement de Microfinance (EMF) et la Très Petite Entreprise
(TPE). Par système de microfinance il faut entendre un ensemble d’institutions dont l’une des
vocations essentielles est de fournir des ressources financières à la Très Petite Entreprise.
Dans le cas de l’allocation de ressources à un bénéficiaire privé, cette relation met en jeu
formellement un contrat.
Le cadre théorique retenu va à la fois fournir une grille d'interprétation du marché de la
microfinance gabonais et aussi un certain nombre de recommandations en termes de
régulation. A la suite de nombreux auteurs, nous avons eu naturellement recours aux théories
des contrats pour discuter de l’institutionnalisation du marché de la microfinance.

Dans les trois sections suivantes, ce chapitre va reprendre de manière succincte, les principes-
clefs des deux premières théories (théories des coûts de transaction et des droits des
propriétés) déjà évoquées en insistant sur la troisième (théorie de l’agence) dont les éléments
sont profondément utiles à l'analyse de la coordination des acteurs de la microfinance.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 1. La Théorie des Coûts de Transaction

Ronald Coase, dès 1937, apporte une réponse forte à une question fondamentale : pourquoi la
firme existe-t-elle, alors que le marché est censé réaliser une allocation optimale des
ressources ?
Il formule alors l'hypothèse que l'entreprise permet d'économiser les coûts que doit supporter
un producteur lorsqu'il a recours au marché. Ces coûts d'accès au marché (coût de recherche
d'information sur les prix, coûts de négociation, puis coûts de contrôle de la transaction en
contexte d'incertitude), surpassent les coûts liés au fonctionnement d'une firme intégrée.
Comme le précise Coase « grâce à la firme, il devient beaucoup moins nécessaire de spécifier
des prix pour chacune des transactions réalisées, car il suffit d'un contrat à long terme pour
remplacer une série de contrats à court terme ».
Si aucun coût n’était attaché à l’existence d’un système de prix, il serait possible, selon la
théorie économique néo-classique, d’attribuer un prix à n’importe quel bien, et l’allocation
des ressources résulterait de l’effet combiné d’optimisations individuelles et du rapport entre
l’offre et la demande. Dans de telles conditions, la firme, en tant qu’espace hiérarchique dans
lequel l’allocation des ressources est opérée de façon autoritaire, ne présenterait aucun intérêt
(Joffre, 1994). Mais l’existence des coûts de transaction explique l’importance de la firme
dans l’allocation des ressources.
Williamson va construire sur cette base une théorie analysant les déterminants des
transactions pour faire un choix, suivant les situations, entre différents modes de prise de
décision, ou plus largement plusieurs modes de fonctionnement des contrats. Ces modes
d'organisation sont appelés structures de gouvernance de la transaction. La structure de
gouvernance recoupe à la fois la notion d'organisation de l'autorité tout au long de la chaîne
hiérarchique, le cas échéant, mais aussi la mise en place de mécanismes particuliers de
régulation des échanges (par exemple dispositifs d'arbitrage, de sanctions et de récompenses,
etc.).

1.1 Définition du coût de transaction

La théorie des coûts de transaction intègre les ressources mobilisées pour concevoir et suivre
le contrat portant transfert des droits de propriété d’un individu à un autre, d’une organisation
à une autre. A cela, il faut ajouter le travail nécessaire à la recherche d’un compromis, les

41
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

efforts de standardisation et de certification de la qualité des biens échangés ; les honoraires


de conseils chargés de s’assurer du caractère légal des dispositions envisagées, les impôts
attachés à certains types de transactions et enfin l’ensemble des coûts de contrôle de la
transaction tout au long de sa réalisation. Ces coûts de fonctionnement des structures de
gouvernance sont prévus pour résoudre les conflits et coûts d'établissement d'engagements.
Pour reprendre une définition de Williamson (1994, p.38), « les coûts de transaction
constituent l'équivalent économique des frictions dans les systèmes physiques ».
Trois grands types de caractéristiques déterminent la nature et le montant des coûts de
transaction : les caractéristiques comportementales, celles de l'environnement et celles des
transactions.

1.2 Les caractéristiques des coûts de transaction

1.2.1 Les caractéristiques comportementales : la rationalité limitée


Deux principes essentiels participent à la formation du coût de transaction : la rationalité
limitée et le risque d’opportunisme en contexte d’asymétrie d’information. Selon Joffre
(1994), les comportements vont dépendre de la nature et de l’intensité des facteurs
d’environnement de la transaction.
Dès son ouvrage de 1947, Simon constate l’existence de plusieurs formes de rationalité. Ainsi
il écrit : « On peut dire qu’une décision est « objectivement » rationnelle si elle présente en
fait le comportement correct qui maximisera des valeurs données dans une situation donnée.
Elle est «subjectivement» rationnelle si elle maximise les chances de parvenir à une fin visée
en fonction de la connaissance réelle qu’on aura du sujet. Elle est consciemment rationnelle
dans la mesure où l’adaptation des moyens aux fins est un processus conscient. Elle est
« intentionnellement » rationnelle dans la mesure où l’individu ou l’organisation auront
délibérément opéré cette adaptation. Elle est rationnelle « du point de vue de l’organisation »
si elle sert les objectifs de celle-ci ; enfin, elle est « personnellement » rationnelle si elle obéit
aux desseins de l’individu » (Simon, 1947, p. 70). Au-delà du constat de la pluralité des
formes de rationalité, c’est la notion de rationalité limitée qui joue un rôle central dans la
réflexion de Simon.

Cette notion de rationalité limitée comporte deux aspects. D’une part tout comportement
humain est rationnel. « Les gens ont des raisons pour faire ce qu’ils font, et, si on les
interroge, ils peuvent donner leur avis sur ce que sont ces raisons » (Simon, 1991b, p. 1).

42
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

D’autre part cette rationalité est limitée parce que les individus ne peuvent maîtriser toute
l’information potentiellement disponible, commettent des erreurs de jugement et n’atteignent
pas toujours les buts qu’ils se sont fixés.

Williamson (1985) ajoute une dimension comportementale, l'opportunisme. Selon lui,


l’opportunisme peut être défini comme « la recherche de l’intérêt personnel avec ruse. Ceci
inclut, sans être exhaustif, les formes les plus flagrantes telles que le mensonge, le vol et la
tromperie (…). Plus généralement, l’opportunisme se réfère à la divulgation d’une
information tronquée ou détournée, à tout effort calculé pour induire en erreur, désinformer,
déguiser, obscurcir, autrement dit rendre confus ». Il va distinguer l'opportunisme ex ante, qui
traduit une volonté délibérée de tromper son partenaire et l'opportunisme ex post, qui se limite
à profiter des espaces de flou laissés par le contrat pour adopter une attitude honnête, mais
non équitable (appropriation d'une plus grande partie du profit, au détriment du
cocontractant). Une des principales préoccupations des contractants sera de limiter ces
différentes formes d'opportunisme.

1.2.2 Les caractéristiques de l’environnement : l’incertitude


L'environnement, parce qu'il est complexe et radicalement incertain, ne permet pas de définir
à l'avance toutes les occurrences possibles. Ceci est dû au fait que non seulement la rédaction
des clauses contingentes peut représenter un coût dissuasif mais, plus fondamentalement,
parce qu’il est impossible de connaître l’évolution de l’ensemble des facteurs conditionnant
l’avenir.
Cette perspective limite la capacité du décideur à saisir l’environnement et questionne sur la
manière dont il appréhende et se représente le monde. Deux conséquences découlent de cette
assertion :

 Premièrement, l’appréhension est liée à l’environnement dans lequel évolue l’individu.


Selon March et Simon (1958), « le milieu organisationnel et social dans lequel se
trouve la personne qui prend une décision détermine les conséquences auxquelles elle
s’attendra, celles auxquelles elle ne s’attendra pas ; les possibilités de choix qu’elle
prendra en considération et celles qu’elle laissera de côté » (March et Simon 1958).
L’incertitude fait partie de la complexité qui caractérise l’environnement. Ce caractère ouvre
la voie à l'incomplétude des contrats, propice au développement de l'opportunisme.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

 Deuxièmement, l’incertitude résulte des zones d’ombre. En effet, l’individu se trouve


dans une capacité limitée à saisir l’information optimale, car il est « incapable de
prévoir exactement le futur pertinent » (Simon, 1976) et ceci, à cause de « (…)
l’information incomplète ou erronée sur la situation et les changements potentiels de la
situation au cours du temps (…) » (Simon, 1991). Il y aura donc des écarts entre les
objectifs et les réalisations des buts.

1.2.3 Les caractéristiques des transactions : spécificité et fréquence


La spécificité des actifs représente une dimension fondamentale, au cœur de l'économie des
coûts de transaction. Un actif physique ou humain est spécifique s'il ne peut être engagé que
dans une transaction particulière : il est impossible de le réallouer à une autre transaction sans
augmentation substantielle des coûts.
Plus la spécificité des actifs mis en jeu dans une transaction est forte et plus les partenaires
seront dépendants les uns des autres. Le risque d'opportunisme devient d'autant plus
préjudiciable.
Le dernier déterminant est la fréquence des transactions. Elle peut justifier la mise en place de
processus particuliers (des arrangements privés sortant du cadre légal général) qui seront
rentabilisés sur le nombre des transactions. De plus, un contexte de transactions fréquentes
limite le risque d'opportunisme, puisque l'abus de l'un des partenaires lui fait courir le risque
de ne pas être reconduit à la transaction suivante.

La combinaison des facteurs énumérés fournit une typologie de situations face auxquelles
Williamson préconise des modes d'organisation spécifiques, assurant dans chaque cas une
limitation des coûts de transaction. Nous y reviendrons dans le deuxième chapitre.

1.3 Les apports de la théorie des coûts de transaction

Dans le cadre de ce travail de recherche, plusieurs idées de Williamson sont fort intéressantes.
Les déterminants de la coopération qu'il dégage permettront de mieux formaliser les
caractéristiques des acteurs du secteur de la microfinance et plus précisément de la relation
entre prêteurs et emprunteurs.
Il souligne également l'intérêt de réfléchir à des mécanismes de coordination et de contrôle au
niveau microéconomique, ce qui sera fait dans la partie opérationnelle de notre démarche.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L'approche de Williamson peut être aussi source de propositions. Une fois les différents
acteurs situés dans la typologie générale des transactions, il sera intéressant de voir si la
pratique des contrats correspond au mode de gouvernance préconisé ou si, au contraire, elle
s'en écarte. Une adaptation des travaux de Williamson ouvre la voie à des solutions de gestion
dans le cas des organisations évoluant dans le secteur de la microfinance.

Section 2. La Théorie des Droits de propriété

La théorie des droits de propriété se distingue par l’hypothèse que les agents économiques
maximisent leur fonction d’utilité et poursuivent de manière exclusive leur intérêt personnel.
Mais, contrairement à la théorie néoclassique, elle appréhende l’incomplétude de
l’information et la présence des coûts de transaction. Ainsi, l’approche théorique des droits de
propriété, tel que formulée par les pères fondateurs (Alchian, 1969 ; Demsetz, 1967 ;
Furubotn & Pejovich, 1972 et de Alessi, 1983), reconnaît que le marché, avec son mode de
coordination par les prix, n’est pas, en toutes circonstances, le lieu idéal unique de l’activité
économique mais, que la firme peut être une meilleure alternative.
On le voit, les apports théoriques de ces auteurs offrent un large cadre d’analyse des
organisations en prenant en compte différentes structures de droits de propriété.

2.1 Définition des droits de propriété

Les définitions des droits de propriété retenues par les théoriciens néoclassiques sont
nombreuses dans la littérature. Une première définition est formulée par Pejovich (1969) :
« Les droits de propriété ne sont pas des relations entre les hommes et les choses, mais des
relations codifiées entre les hommes et qui ont un rapport à l’usage des choses ». Depuis le
droit romain, ces droits sont considérés au nombre de trois : le droit d'utiliser un actif (droit
d'usus), le droit d'en retirer un revenu (droit de fructus) et enfin, le droit de le céder
définitivement à une tierce personne (droit d'abusus). Demsetz (1967) ajoute : « Les droits de
propriété permettent aux individus de savoir a priori ce qu’ils peuvent espérer
raisonnablement dans leurs rapports avec les autres membres de la communauté. Ces
anticipations se matérialisent par les lois, coutumes et mœurs d’une société… ».

45
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Une façon de les définir qui nous semble pertinente pour comprendre les fondements de cette
théorie et qui s’inscrit dans la droite ligne de la définition donnée par Furubotn et Pejovich
(1972), est de les envisager selon les pratiques qu’ils autorisent sur les objets. Depuis le droit
romain, ces droits sont considérés au nombre de trois : le droit d’utiliser un actif (droit
d’usus), le droit d’en retirer un revenu (droit de fructus) et enfin, le droit de le céder
définitivement à une tierce personne (droit d’abusus). Dans cette optique, avoir la propriété
d’un actif, c’est détenir un certain nombre de droits sur celui-ci.

La théorie des droits de propriété rappelle que les droits sont partitionnables, séparables et
aliénables (Coriat et Weinstein, 1995). Le propriétaire est donc libre de confier la gestion
(l’usage) d’un (ou de plusieurs) de ces droits à une (ou plusieurs) autre(s) personne(s). Les
théories des droits de propriété prédisent que l’agent utilise une ressource, change sa forme ou
sa substance et en transfère les droits dans leur globalité, partiellement ou sous forme de
rente. Dans le contexte de pression institutionnelle qui influence la coopération des agents,
l’EMF en octroyant un prêt à la TPE renonce, dans cette transaction contractuelle, au droit
d’usus au profit de celle-ci. En matière d’incitations et de coopération, comme nous le verrons
par la suite, cet acte ne sera pas sans conséquence. En effet, détenir un droit d’usage peut
permettre d’exploiter au mieux une ressource, et utiliser une ressource peut générer des
bénéfices ou des préjudices vis-à-vis des parties contractantes.
Les droits de propriété ne sont efficaces que s’ils remplissent deux conditions : ils doivent être
exclusifs, ils doivent être transférables (Lepage, 1985). La libre cessibilité suppose l’existence
de marchés efficients.

2.2 Firme et droits de propriété

La théorie des droits de propriété est extrêmement riche quant à la liaison qu’elle établit entre
les structures organisationnelles et le comportement des managers. Elle se veut prédictive de
l’incidence des droits de propriété sur les comportements individuels et l’efficience des
systèmes (Coriat et Weinstein, 2010). Selon Amann (1999), « la fonction principale des droits
de propriété dès lors qu’ils sont correctement spécifiés et garantis, est de fournir aux agents
des incitations à créer, à conserver et à valoriser des actifs, bref à utiliser plus efficacement
des ressources ».

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Partant du postulat qui précède, la problématique de la coopération TPE/EMF en matière


d’octroi de microcrédit amène à considérer avec attention l’incomplétude potentielle des
droits de propriété. En effet, dans le cadre d’une transaction, ce n’est pas seulement le droit
d’usage attaché aux droits de propriété qui est incertain mais la typologie de ce droit.
Dans notre contexte d’étude, l’objet de la transaction est le microcrédit. La reconstitution du
droit de propriété en la matière se révèle particulièrement indéterminé : Qui connait l’usage
qui sera fait du prêt contracté par la TPE ? (Qui connait le résultat de l’investissement à
réaliser ? Qui connait la rentabilité des actifs acquis ?)
Afin de prévenir l’inefficacité de l’allocation des ressources consécutive à l’incertitude,
Charreaux (1992) préconise qu’il faut protéger la relation de prêt associé au financement
d’actifs redéployables par la prise de garantie grâce à un mécanisme de sauvegarde
contractuel.

En nous appuyant sur l’idée développée par Coase, idée selon laquelle les droits de propriété
influencent les comportements des acteurs, il est aisé d’observer deux situations. Tout
d’abord, l’existence de la firme permet l’abaissement des coûts de transaction. Grâce à la
coopération entre les firmes, les droits de propriété sont clairement établis et par conséquent,
l’allocation des ressources est optimale. Mais la relation contractuelle n’est pas toujours
univoque. En effet, la relation inter-firme peut être contingenté et donc, entraîner une
réduction de la dynamique allocative des ressources à cause de l’incomplétude.
La firme est donc envisagée comme « un ensemble de contrats qui établissent une certaine
structure de droits de propriété » (Coriat et Weinstein, 1995). Selon la façon dont les droits de
propriété sont délimités et affectés par le contrat, il est possible de distinguer différentes
formes organisationnelles. Les formes mises en valeur par Furubotn et Pejovich (1972) sont
reprises et illustrées ci-dessous :

 La firme avec un profil réglementé. Par suite d’une contrainte externe et de nature
réglementaire le plus souvent, les profits sont plafonnés. On peut craindre que, dans un
tel système, les managers soient à même, sans trop de difficultés, de maximiser leur
propre fonction d’utilité. Ce type d’entreprise a toutes les chances de voir se multiplier
les investissements somptuaires extérieurs à l’efficacité économique.
 La firme managériale. Les droits de propriété sont assez faibles ici et leur efficacité
restreinte.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

 Les mutuelles et coopératives. Elles sont sources d’inefficience car il n’y a pas ici de
véritable propriétaire pour revendiquer l’appropriation d’un quelconque profit.
 La firme publique. L’Etat est propriétaire et il n’y a pas de droits négociables sur les
actifs.
 La firme autogérée. Elle appartient à la collectivité avec une gestion assurée par les
employés. Les droits n’y sont pas cessibles, aliénables ou négociables.

La première des formes organisationnelles qui a retenu l’attention des économistes est la
firme néoclassique traditionnelle dans laquelle l’actionnaire unique est aussi le dirigeant de
l’organisation. Les travaux d’Alchian et Demsetz parus en 1972 ont montré que ce mode
institutionnel s’avère particulièrement efficace pour remédier aux problèmes engendrés par le
travail en équipe, notamment ceux posés par la mesure et le contrôle de la productivité
individuelle, car il attribue de manière privative les droits de propriété. Par définition, la
production en équipe est en effet le résultat de la contribution de différents agents sans qu'il ne
soit possible de mesurer la contribution de chaque agent. La situation est donc propice aux
comportements de « passager clandestin » (« free rider »).

L’argumentation d’Alchian et Demsetz repose sur le rôle central joué par le dirigeant-
propriétaire de la firme. La propriété confère selon ces auteurs une motivation évidente à
l’optimisation des ressources car elle reconnaît au dirigeant-propriétaire le droit au «
rendement ou surplus résiduel » résultant de la production (droit de recevoir la différence
entre les revenus aléatoires de l’organisation et les rémunérations des autres apporteurs de
ressources, fixées par les contrats). Le dirigeant-propriétaire est dès lors incité à veiller à
l’optimisation des ressources par les membres de son équipe et donc au contrôle de ceux-ci
puisqu’il en tirera directement des bénéfices. La maximisation de la valeur de la firme est
ainsi assurée. Par ailleurs, la théorie des droits de propriété postule également, sur la base de
ce qu’enseigne l’économie néoclassique, que la maximisation des utilités individuelles
conduit à l’accroissement de l’efficacité collective (Charreaux et al., 1987).

Les typologies organisationnelles évoquées prédisent les divers coûts qu’il est nécessaire de
supporter pour faire respecter ses droits de propriété par autrui. Ces coûts sont explicités par
la théorie d’agence.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 3. La Théorie d’Agence

La mobilisation de la théorie d’agence permet de mettre à jour les imperfections du marché


qui entraînent l’exclusion du système bancaire des emprunteurs potentiels et la naissance des
mécanismes financiers alternatifs.
La limite d’engagement des banques réside dans leur incapacité à cerner de façon
suffisamment précise le risque présenté par la très petite entreprise dirigée par certaines
catégories d’agents économiques : les chômeurs de longue durée, les femmes sans formation,
les jeunes diplômés souhaitant créer une entreprise, bref une frange d’agents économiques ne
pouvant pas fournir les garanties exigées à la sollicitation d’un prêt. Il y’a donc pour la
banque traditionnelle un risque attaché au financement de ce type de porteur de projet lié à
une insolvabilité présumée.

3.1 Présentation de la théorie de l’agence.

Comme Williamson, Jensen et Meckling (1976) auxquels on attribue la paternité de la théorie


de l’agence, raisonnent en situation de rationalité limitée et d’asymétrie d’information ouvrant
prise au risque d’opportunisme. Ils étudient la relation d’agence, ou de mandat, par laquelle
un mandant (ou principal en anglais) confie une mission à un mandataire (agent en anglais).
Jensen et Meckling (1976) décrivent le coût d’agence comme la somme des dépenses de
surveillance encourue par le mandant, les dépenses de caution encourues par le mandataire et
la valeur du résidu perdu supportée par le mandant et causé par le problème d’agence. Ainsi,
Jensen et Meckling dans le cadre de la relation principal-agent, distinguent trois types de coût
d’agence :
1. les coûts de surveillance : ils sont supportés par le principal pour tenter de
limiter le comportement opportuniste de l’agent ;
2. les coûts d’obligation ou de cautionnement : supportés par l’agent, ils
permettent de mettre le principal en confiance. La publicité ou la contraction
d’une assurance responsabilité civile peuvent être interprétées dans ce sens ;
3. le coût d’opportunité : dénommé « perte résiduelle », correspond selon Jensen
et Meckling, à la perte d’utilité subie par le principal par suite de la divergence
d’intérêt avec l’agent. Un exemple d’un tel coût d’opportunité est donné par le
caractère sous-optimal des investissements entrepris du fait de la relation

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

d’agence. Il faut cependant, préciser que la perte résiduelle ne concerne pas


nécessairement le seul principal ; l’agent peut également encourir une perte
résiduelle.

A partir de ce constat, on peut distinguer ainsi que le font Jensen (1983) et Charreaux (1998)
deux branches dans la théorie de l’agence : la théorie normative et la théorie positive.
Pour les partisans de la théorie normative de l’agence, les structures incitatives établies par les
contrats sont suffisantes pour éviter le comportement opportuniste de l’agent dans la mesure
où la théorie maintient l’hypothèse d’une rationalité substantive des individus posée par la
théorie micro-économique traditionnelle. Plus formalisée, elle est pour l’essentiel due à des
économistes moins directement intéressés par les problèmes d’entreprises. A partir de
modèles fondés sur des hypothèses portant sur les structures de préférence des agents, les
structures d’information et la nature de l’incertitude, elle postule l’existence de contrats
optimaux. Compte tenu des difficultés liées à la formalisation, le cadre retenu est assez simple
et ne retient le plus souvent qu’un principal et un agent, alors que l’analyse se complexifie
très nettement dans les développements les plus récents.

Parallèlement à ce courant de la théorie normative de l’agence s’est développée de façon


quasiment indépendante, une théorie positive de l’agence. Contrairement à la théorie
normative de l’agence, cette approche ne va pas chercher à établir des contrats optimaux, mais
utilise le cadre de raisonnement de la théorie de l’agence pour expliquer le comportement réel
des organisations et notamment trouver un fondement rationnel à l’existence de formes
organisationnelles différentes, phénomènes jusqu’alors inexpliqués (Charreaux et al., 1987).
La théorie positive de l’agence reconnaît l’incomplétude des contrats du fait de la rationalité
limitée des individus (Coriat et Weinstein, 1995) car ils n’ont pas à leur disposition la liste de
tous les états de la nature susceptibles de se produire. C’est cette considération qui va nous
intéresser plus particulièrement. Une relation d’agence :
 met en jeu des droits de propriété ;
 pose le problème d’information imparfaite des contractants.
Partant de cette assertion, la théorie d’agence s’ouvre à l’exploration de la microfinance en
permettant l’analyse des dispositifs de coopération comme des systèmes d’obligations issus
d’accords de volontés (Holmstrom, 1979; Grossman et Hart, 1983; Arrow, 1985 ; Hart et
Holmstrom, 1987).

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Nous allons mobiliser les travaux sur l’asymétrie d’information pour tenter de saisir
l’influence de l’institutionnalisation des pratiques microfinancières sur l’optimisation de la
coopération EMF/TPE. Notre observation présume l’existence d’une inadéquation ainsi que la
menace des coûts d’agence liés à cette inadéquation.
En empruntant à la pratique traditionnelle de la banque classique en matière des procédures de
financement, nous allons, par analogie, ouvrir « la boîte noire » de la microfinance. Cette
logique procédurale voudrait que tout examen de dossier de demande de prêt fasse l’objet
d’une analyse basée sur un ensemble d’informations.

3.2 À l’aune des pratiques bancaires

Lorsqu'une banque doit prendre la décision de prêter à un demandeur de crédit qu'elle ne


connaît pas, elle consulte les derniers documents comptables de l'emprunteur ainsi que
certaines banques de données informatiques, comme la centralisation des risques, afin de se
faire une première idée. Ayant comme objectif la maximisation de ses profits, le préalable de
la banque à l’octroi d’un prêt sera donc l’évaluation a priori des coûts et des gains espérés du
prêt ; le résultat de cette évaluation scellera le sort de la demande.
Cités par Apoteker (1996), les récents travaux de Santomero (1984) et Chevallier-Faral
(1992) sur la firme bancaire se sont largement penchés sur les fondements économiques qui
expliquent le fonctionnement des banques et justifient leur existence même. Les résultats de
ces recherches permettent de mettre en lumière deux grandes fonctions bancaires :
 d’un côté, la gestion et la fourniture de moyens de paiement ;
 de l’autre, une fonction d’intermédiaire entre des apporteurs de financements
disposant de liquidités excédentaires ou d’épargne, et des emprunteurs de fonds
engagés dans un processus de production.

Selon Apoteker (1996), c’est autour de la transformation du risque que repose, pour
l’essentiel, l’intermédiation bancaire traditionnelle. Rappel sans doute trivial aux yeux de
nombre de praticiens bancaires, mais qui souligne que l’existence même de l’activité de crédit
tient à cette capacité spécifique des banques de transformer des ressources réputées de risque
faible en financements grevés par l’incertitude sur le déroulement futur des projets ainsi
financés. La sensibilité de cette activité nous invite une fois de plus à relever l’importance de
la qualité de l’information dans le traitement ex ante de la demande de crédit.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La collecte d’une information pertinente nécessite des moyens importants à cause de sa


diversité. Selon Nembot Ndeffo et Ningaye (2011), la production des services d’information
génère des coûts de diverses natures. Il s’agit des coûts de recherche, des coûts d’évaluation
des projets pour s’assurer des capacités futures de remboursement de l’emprunteur, des coûts
de suivi et de contrôle pour éviter aux banques de subir des comportements opportunistes de
la part de certains investisseurs, ce qui rejoint le concept de coûts de transaction. Pour y faire
face, la banque entreprend de formaliser le « cadre d’affaires » à travers un contrat qui va
sécuriser son engagement vis-à-vis du débiteur.
Les contrats optimaux sont ceux qui réduisent substantiellement les coûts, fluidifient le
système de gestion des risques et incitent les firmes à informer les banques sur les rendements
des investissements (Scannavino, 1994) réalisés par elles. L’avantage pour les banques est de
devenir des prêteurs efficaces dans la mesure où elles sont censées identifier les projets les
moins risqués. Toutefois, les banques ne sont pas toujours à l’abri d’une déconvenue.

Aussi, Williamson (1975,1985) relève que les conditions nécessaires à la conception de


contrats incitatifs sans failles sont rarement réunies. C’est le cas en particulier sur le marché
spécifique du crédit. Le crédit est certes différent d’un produit classique. Sa livraison et son
paiement peuvent être très éloignés dans le temps. En fait, le crédit est délivré aujourd’hui
contre une promesse de paiement dans le futur. Cette situation crée un risque de non-
remboursement dont l’emprunteur et le prêteur ont des appréciations différentes. Donc, la
banque, pour assurer sa profitabilité, doit éviter les problèmes liés à l’existence d’asymétrie
d’informations.

Les travaux de Stiglitz et Weiss en 1981 intitulé « Credit Rationning in Markets with
Imperfect Information », contribuent à la compréhension du fonctionnement du marché du
crédit. Pour ces deux auteurs, le taux d'intérêt n'est pas une variable qui s'ajuste sous la simple
action de la loi de l'offre et de la demande comme c'est le cas sur les marchés parfaits. En
mettant en relief le fonctionnement imparfait du marché du crédit, Stiglitz et Weiss affirment
l’existence d’asymétries d’information entre le prêteur (le principal) et les emprunteurs (les
agents) et, constatent le rôle du taux dans l’allocation des ressources. Face à l’incertitude née
de l’asymétrie, la banque fait subir aux taux d’intérêt une augmentation de leur niveau par
rapport à une situation idéale de marchés parfaits.

52
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Pour Cieply et Grondin (2000), la banque (partie non informée) va proposer à l’emprunteur
(partie informée), un choix de contrats parmi lesquels les différents types d’agents choisissent
en fonction de leurs caractéristiques. Les contrats révélateurs les plus usuels reposent ainsi
sur la fixation du niveau du taux d’intérêt et des garanties (Bester, 1985 ; Besanko, Thakor,
1987 ; Gillet et Lobez, 1992). Pour ces auteurs, le choix retenu par l’emprunteur va révéler sa
caractéristique. Selon leurs conclusions, un emprunteur à haut risque accepte de supporter un
contrat dans lequel l’apport en garantie est relativement faible et, le taux d’intérêt élevé.
A contrario, l’entrepreneur peu risqué refuse de s’engager dans un contrat à taux d’intérêt
élevé mais, est prêt à apporter des garanties importantes.
Ces exigences fixées par l’organisme prêteur vont affecter l’allocation des ressources de deux
manières : d’une part, il se crée un effet de sélection adverse (risque d’opportunisme ex ante)
et d’autre part, un problème d'aléa moral (risque d’opportunisme ex-post).

3.3 La sélection adverse

La sélection adverse, appelée aussi anti-sélection, est une situation consécutive à l’asymétrie
d’information.
Lorsque les acheteurs observent imparfaitement la qualité de biens qu’ils désirent acquérir, les
vendeurs surestiment la qualité de leurs produits afin de les vendre au prix le plus élevé
possible. Le marché est perturbé par le fait qu’une partie des acteurs connaît mieux les
caractéristiques du bien échangé au moment de la signature du contrat. Le prix ne jouant plus
totalement son rôle d’information, le marché concurrentiel ne peut plus fonctionner
efficacement. Dans un tel cadre, les vendeurs de biens de bonne qualité, qui valent
effectivement un prix élevé, peuvent être dans l’impossibilité de vendre leur produit à leur
véritable prix.

Dans un article célèbre « The market for lemons : Quality uncertainty and the market
mechanisms », Akerlof (1970) va démontrer que le prix n'est pas nécessairement synonyme de
qualité, bonne ou mauvaise selon son évolution. Et pour cela, il prend l'exemple d'un marché
de cent voitures d'occasion où cinquante sont des modèles de mauvaise qualité (« lemons ») et
cinquante sont des modèles de bonne qualité. Qui connaît la qualité exacte du modèle
proposé ? Certainement pas l'acheteur. Seul le propriétaire dispose de l'information. Pour les
acheteurs potentiels, l'asymétrie d'information est totale. Quel sera le prix du marché ? Tout
laisse à penser que le propriétaire d’un mauvais modèle est prêt à le vendre beaucoup moins

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

cher que le propriétaire d'une voiture de bonne qualité. Si la qualité des modèles est
parfaitement identifiée, pas de problème. Par contre, que se passe t-il si l'acheteur est
incapable d'estimer la qualité du modèle proposé, asymétrie d'information oblige ?
À cette question, Akerlof répond simplement : en proposant un prix unique, qui pourrait être
un prix moyen, le marché permet uniquement la mise en vente des modèles de médiocre
qualité. A ce prix, les propriétaires des modèles de bonne qualité se retirent du marché, le prix
moyen du marché étant trop faible. L'asymétrie de l'information exclut donc du marché les
produits de bonne qualité au profit des produits de moindre qualité. C'est ce qu'on appelle
donc l’anti-sélection ou sélection adverse. « Les mauvais produits chassent les bons » à
l’image de la fameuse loi de Gresham3 selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la
bonne ». Ainsi, le laisser-faire peut avoir des conséquences désastreuses : élimination des
bons produits, voire absence d’échange.

Pour expliquer le fonctionnement imparfait du marché du crédit, nous allons nous aligner sur
les travaux de Stiglitz et Weiss qui reconnaissent l’existence d’asymétries d’information entre
les prêteurs (le principal) et les emprunteurs (les agents). En effet, le banquier, prêteur sur le
marché du crédit, ne connaît qu'imparfaitement les risques afférents aux prêts qu'il accorde.
En revanche, les emprunteurs connaissent la probabilité de réussite de leur projet, et leur
degré d’intention de faire des efforts pour rembourser coûte que coûte les sommes dues.
Pour faire face à cette incertitude du marché, les banques fixent des taux d'intérêt assez élevés
pour leur permettre de se couvrir de la probabilité de tomber sur de mauvais emprunteurs.
Mais selon Stiglitz et Weiss (1981), une augmentation du taux d’intérêt, permettant de
compenser les pertes issues des défauts de remboursement, se traduira premièrement par la
démission des emprunteurs les plus enclins à rembourser leur prêt ; Hugon (1996), confirme
que face à une augmentation du taux d’intérêt, « les emprunteurs solvables préféreront
s'abstenir plutôt que de ne pas rembourser », ils vont se retirer du marché (La Due, 1990).
Deuxièmement, elle va attirer les individus dont les projets sont les plus risqués.

En résumé, cet accroissement du coût du crédit va décourager les emprunteurs les moins
risqués et encourager les plus risqués, car ce sont ces derniers qui peuvent anticiper des
rendements élevés. Ainsi, la banque sélectionne involontairement des emprunteurs risqués. La
sélection adverse ou l’anti-sélection se réfère à l’accroissement du risque de sélection de

3
Sir Gresham (1519‐1579) était un financier au service de la couronne d’Angleterre au XVI° siècle. Il avait
découvert que lorsque deux monnaies circulent, la monnaie qui inspire le moins confiance est utilisée pour
réaliser les paiements, alors que la meilleure monnaie est thésaurisée.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

mauvais clients par une institution financière en situation d’information incomplète. Pour
Gertler et Hubbard (1988), « The agency problem introduces real costs to the investment
process to the extent that the provisions of the financial contract induce the entrepreneur to
invest in a way that differs from what she would choose under symmetric information ».

Le cadre d’analyse généralement utilisé pour les modèles d’anti-sélection, établit les
hypothèses suivantes :
 Les emprunteurs disposent d’une information privilégiée sur le degré de risque de leur
projet (Calomiris et Hubbard, 1990 ; Stiglitz et Weiss, 1981). En outre, ils sont les
seuls à connaître l’usage qu’ils font des sommes empruntées pour financer un projet
d’investissement précis et leur mode de gestion peut différer de celui préconisé par les
banques (Gertler et Hubbard, 1988).
 Les emprunteurs observent sans coût le rendement ex-post de leur projet, alors que les
prêteurs ne peuvent l’observer qu’en payant un coût fixe d’audit (modèles avec costly
state verification ; Townsend, 1979 ; Bernanke et Gertler, 1989).

Aussi, ne parvenant pas à repérer les emprunteurs risqués ou encore les projets risqués, le
prêteur va préférer utiliser le taux d’intérêt non pas pour équilibrer le marché mais pour
rationner le crédit (Stiglitz et Weiss, 1981 ; Jaffee et Stiglitz, 1990). Ainsi, non seulement les
emprunteurs à faible risque n’arrivent pas à trouver le moyen de financer leurs projets, mais
tous les emprunteurs ne réussissent pas à se faire financer car le crédit a été rationné.
Le taux d’intérêt agit donc, à travers deux mécanismes : d’une part, c’est lui qui permet
d’équilibrer l’offre et la demande sur le marché du crédit et, d’autre part, il agit comme un
outil de « sélection » des emprunteurs potentiels et par là, affecte la qualité du portefeuille de
prêt du prêteur. Au-delà de la sélection adverse, l’allocation des ressources est également
affectée par l’aléa moral.

3.4 L’Aléa moral

Dans le domaine du crédit, l’idée de l’aléa moral ou le « hasard moral » provient du fait que
les prêteurs ne peuvent pas contrôler ou contrôlent mal les actions des emprunteurs et par
conséquent le rendement des prêts (La Due, 1990 ; Cieply et Paranque, 1997).
L’emprunteur peut en effet choisir, une fois le financement octroyé, un projet plus risqué que
le projet sur la base duquel il a obtenu son crédit. Il apparaît alors un phénomène de

55
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

substitution des actifs que décrivent Jensen et Meckling (1976) et Stiglitz et Weiss (1981).
L’emprunteur qui se trouve seul devant son unique responsabilité réalise une action
dissimulée opportune afin de maximiser son objectif de rentabilité, quitte à délaisser
partiellement ou totalement son projet d’investissement initial.
En d’autres termes, il « détourne » la ressource obtenue vers une autre utilisation non déclarée
ex ante. Compte tenu de l’asymétrie d’information, l’individu non informé (le principal) ne
peut apprécier et anticiper l'action de son « partenaire » (l’agent). Celui-ci se comporte donc
dans son propre intérêt. Face à la défaillance avérée du remboursement, il annonce au
principal non informé que les mauvais résultats sont le fait d'événements indépendants de sa
volonté.

Pour Cieply et Paranque (1997), c’est ni plus ni moins que la manifestation de l’aléa moral
qui résulte de l’existence d’asymétries d’information apparaissant pendant le déroulement du
contrat de prêt. Dès lors, devant l’incertitude, le risque « pressenti » d’aléa moral mène les
banques traditionnelles à ne pas accorder de crédit aux microentrepreneurs, en particulier ceux
qui ne peuvent offrir des biens personnels en garantie, et notamment dans les pays dans
lesquels le droit des hypothèques ou autres garanties n’est pas suffisamment développé.
Aléa moral et anti-sélection, entre ces deux faits existent une forte intimité. Pour Bardhan et
Udry (1999, p. 78)4, il est artificiel de traiter séparément les questions de sélection adverse et
d'aléa moral parce que tous deux sont liés au contexte d’information imparfaite.
En réponse aux conséquences, évoquées plus haut, dues à l’imperfection du marché et
notamment aux asymétries d’information qui caractérisent le marché du crédit au Gabon, la
naissance des financements palliatifs va permettre aux TPE de s’assurer des ressources
nécessaires à leur développement.

En règle générale, la banque s’appuie sur l’analyse des garanties réelles de l’emprunteur pour
accorder ou refuser un prêt. Du fait de l’asymétrie informationnelle liée à l’absence
d’historique, les banques s’appuient sur les sûretés pour prendre la décision du prêt. Les
emprunteurs potentiels qui ne peuvent pas apporter ces garanties, se retrouvent en situation
d’exclusion bancaire. Gloukoviezoff (2004) propose la définition suivante de l’exclusion
bancaire : « L’exclusion bancaire est le processus par lequel une personne rencontre de telles
difficultés d’accès et/ou d’usage dans ses pratiques bancaires, qu’elle ne peut pas ou plus

4
« We should note that it is artificial to treat separately the issues of adverse selection and moral hazard because
most economic environments are characterized by a mixture of the two ».

56
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

mener une vie sociale normale dans la société qui est la sienne. Une situation d’exclusion
bancaire n’est donc définissable que par rapport aux conséquences sociales des difficultés
d’accès et d’usage qui la composent ». Au regard de notre thème de recherche, nous pouvons
avancer que l’exclusion bancaire correspond à l’incapacité par le porteur d’un projet
d’accéder à un financement par un prêteur.

Interprétée par la théorie d’agence, cette attitude du prêteur est tout à fait rationnelle. La
relation de crédit peut en effet être considérée comme une relation d’agence par laquelle le
prêteur (le principal) apporte des fonds aux microentrepreneurs (les agents) qui s’engagent à
rembourser le principal et à lui payer les charges d’intérêt aux échéances et conditions fixées
dans un contrat établi au préalable entre les parties. Un problème d’agence se pose car dans
toute relation de crédit, les intérêts de l'emprunteur et du prêteur potentiellement diffèrent :
alors que le premier est essentiellement concerné par la rentabilité des capitaux empruntés,
l'autre l’est par la solvabilité du premier (Jullien-Pallanque, 1995). C'est pourquoi, le prêteur
va devoir contrôler l'utilisation que l'emprunteur fait des fonds qu'il a reçus. Ce contrôle
entraînera bien évidemment des coûts pour le prêteur. Par conséquent, s'il est conscient que
l'augmentation des taux d'intérêt entraîne une plus grande probabilité de défaut de
l'emprunteur, il se verra contraint de renforcer son contrôle. Si l'augmentation des coûts de
surveillance devient supérieure au supplément de rentabilité attendue à la suite de
l'augmentation des taux d'intérêt, l'efficacité économique suggère au prêteur de rationner le
crédit.

En effet, alors que sur le marché des biens et des services, la livraison du bien et le paiement
par l'acheteur sont quasi simultanés et s’effectuent à un prix donné, sur le marché du crédit au
contraire, le prêteur et l'emprunteur s'échangent une promesse de remboursement (Joseph,
1995). Ce décalage peut déboucher sur la non-réalisation du solde d’un prêt du fait d’une
éventuelle détérioration de la capacité de l’emprunteur. Selon Lobez (1997) : « la valeur de la
créance dépend directement de la solvabilité du débiteur, laquelle aura pu évoluer depuis la
signature du contrat ». Il subsiste par conséquent « un risque de non paiement des intérêts et
du principal lors des échéances futures » (Psillaki, 1995, p.69).

S'il est vrai que toute relation de crédit se caractérise par cette incertitude, celle-ci est d'autant
plus forte dans les pays en voie de développement. L’une des contraintes principales au

57
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

financement est le risque attaché au projet. La difficulté majeure à laquelle se heurtent les
banques des pays africains réside dans leur incapacité à cerner de façon suffisamment précise
le risque présenté par les PME classiques et, a fortiori, les très petites entreprises (Bloy et
Mayoukou, 1994). Les registres comptables (lorsqu'ils existent) ne peuvent offrir aux banques
une connaissance fiable sur la qualité et la solvabilité des clients potentiels dans la mesure où
la plupart du temps une partie importante des ventes sont non-déclarées. Il est donc très
difficile pour les prêteurs de récolter des informations pour déterminer la qualité des
débiteurs. De telles recherches entraîneraient un coût démesuré pour les prêteurs au vu des
faibles montants de prêts demandés. Par conséquent, le risque d'anti-sélection est bien présent
dans ces pays.
Etant donné l’existence d’asymétrie d’information entre les prêteurs et les emprunteurs, le
prix (le taux d’intérêt) ne contient plus toute l’information disponible à la prise de décision
des agents économiques. Le bon fonctionnement du marché est donc entravé. Cette solution
de rationnement de crédit n’est toutefois pas efficace puisque selon Aryeetey et Udry (1997) :
- d’une part, des pauvres particulièrement sûrs avec des projets aux rendements attendus
élevés peuvent ne pas avoir accès à un crédit parce qu'ils ne parviennent pas à
convaincre les banques de la qualité de leur projet ;
- et, d’autre part, des prêteurs ayant accès à des sources de financement particulièrement
bon marché ne peuvent accéder à certains marchés locaux car ils ne savent pas faire la
distinction entre les bons et les mauvais emprunteurs.
Néanmoins, la perspective de la théorie d’agence indique que des mécanismes palliatifs sont
possibles. Le financement palliatif et solidaire répond à cette demande de crédit en mettant en
place des mécanismes de financements alternatifs. Ces mécanismes sont analysés dans la
section suivante.

Section 4. Les modes de financement alternatif

Pour faire face aux carences du marché, des mécanismes de financements alternatifs vont voir
le jour dans bon nombre de pays afin de permettre l’accès des microentrepreneurs au crédit.
Conformément à ce qu’avance l’article de Stiglitz et Weiss (1981), il est essentiel que ces
mécanismes de financement alternatifs parviennent à réduire l’asymétrie d’information entre
les agents économiques pour restreindre l’incertitude associée à l’activité de prêt.

58
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Au départ, les microentrepreneurs se sont d’abord tournés vers des sources de financement
informelles, y compris auprès d’usuriers. Pour Adams (1994, p. 14), ce secteur hétérogène
regroupe « toutes les transactions financières (emprunts et dépôts) qui ne sont pas
règlementées par une autorité monétaire centrale ou par un marché financier central ». Elles
sont marquées par une grande souplesse. Selon Adams (1994), la tenue d’une comptabilité
n’est pas une condition indispensable à l’octroi de crédit, les délais d’obtention du crédit sont
brefs, la durée du crédit est adaptée aux besoins des microentrepreneurs, etc.

En observant cette vague « microfinancière », on se rend compte que les mécanismes


informels développés à la périphérie du circuit classique des pays subsahariens sont
nombreux et varient en fonction de la zone géographique (avec ou sans obligation d’épargne
préalable, avec ou sans une garantie solidaire d’un proche ou d’un parent, crédit octroyé à une
personne ou à un groupe, etc.), probablement parce qu'ils répondent chacun aux besoins
spécifiques d'une niche de marché (Aryeetey et Udry, 1997).
Sans avoir l'ambition de recenser précisément les différentes formules développées dans le
monde, nous allons répertorier les modes d’organisation les plus référencés dans la littérature,
regroupées en deux grandes catégories : collective et individuelle.

4.1 Les structures de financement en périphérie du marché bancaire

Face aux conséquences de l’exclusion constatée des TPE par le système bancaire classique,
les circuits des ressources organisés en périphérie du marché bancaire jouent un rôle croissant
et salvateur. Aryeetey et Udry (1997) retiennent deux grands modèles : les modèles de crédits
à des groupes et les modèles de crédits individuels.

4.1.1 Les tontines


Wanga (1983) définit la tontine comme étant: « (...) une association mutuelle, solidaire, dont
le but est d'assister matériellement et moralement ses membres et de sauvegarder leurs
intérêts». Elles sont créées sur l’initiative des membres, dans le cadre de relations familiales,
politiques, sociales ou tout simplement amicales. La cohésion sociale des membres est
indispensable au bon fonctionnement du système car celui-ci est basé sur la confiance et la
parole donnée (Albert, 1997).
Système de prêt collectif tournant, elles reposent sur le principe d’engagement solidaire.
Chaque membre du groupe reçoit son prêt à « son tour » et à « sa période » après une période

59
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

d’épargne. Une tontine correspond à « une mobilisation et à une redistribution périodiques et


rotatives de l’épargne et permet à la personne qui bénéficie du tour de recevoir une somme
plus importante » (Lambert et Kefing, 2002).

La qualité de membre du groupe est assortie de contraintes telles que la participation à des
réunions pour s'accorder sur les modalités du crédit (détermination de l'ordre des prêts, etc.)
ainsi que pour assurer la collecte des remboursements des différents membres.
Ce mode de mobilisation financière rencontre un vif intérêt au Gabon. Plusieurs petits
commerçants arrivent à soutenir leurs activités marchandes à travers leur participation à des
tontines. Il s’agit essentiellement de femmes commerçantes possédant des étals sur les
marchés municipaux ou autres (implantations spontanées et non autorisées par les services
municipaux).
Il faut ajouter que cette forme de tontine observée au Gabon donne l’obligation aux membres
de cotiser pour prévenir des risques tels que le décès ou la faillite d’un membre.

4.1.2 Les Coopératives


Les coopératives sont constituées de membres qui présentent la caractéristique commune
d’avoir des besoins qui ne peuvent pas être satisfaits dans le cadre du fonctionnement normal
de l’économie de marché (en l’occurrence ici, du crédit) et qui décident de mener une action
collective en créant une institution particulière qui soit à même de répondre à leurs besoins
(Soulama, 2002).
Cette forme organisationnelle en matière de financement alternatif, préfigure l’existence de
petites entreprises ayant atteint un niveau de masse financière appréciable. Ce cas de figure
n’apparaît pas au Gabon. Les TPE y évoluant connaissent une faible croissance qui ne leur
permet pas de dégager une épargne suffisante. Elles sont donc fragiles et incapables de
s’ériger en coopérative.

La coopérative présente la particularité que ses membres doivent obligatoirement prendre une
participation à son capital. Le pouvoir y est exercé démocratiquement selon le principe « un
homme, une voix » et non pas selon l’importance des participations comme c’est le cas dans
une société anonyme. Par ailleurs, les fonds de cette institution peuvent provenir de deux
autres modalités de financement : grâce à l’épargne des membres qui, outre leur prise de
participation au capital ont bien souvent la possibilité d’opérer des dépôts et/ou grâce à des

60
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

financements extérieurs tels qu’emprunts, subsides publics, donations, etc. (Hugon, 1996a ;
Platteau, 1987).
La double qualification de propriétaire et de clients est également censée agir comme une
incitation à exercer un contrôle sur la gestion de l’institution. Les membres de la coopérative
se doivent d’adhérer aux valeurs éthiques d’honnêteté, de transparence, de responsabilité
sociale et de préoccupation pour les autres. En outre, les particularismes de cette forme
organisationnelle contribuent à son succès (Ledgerwood, 1999). En effet les membres, à la
fois prêteurs et emprunteurs, ont une convergence d’intérêts permettant d’éviter le conflit
d’agence.
Au-delà de cette forme, le cas de la Grameen Bank nous donne l’exemple d’une véritable
intermédiation entre l’exclusion et l’inclusion.

4.1.3 La Grameen
Fondée en 1976 au Bengladesh par Yunus M., la Grameen Bank (GB) est une banque
spécialisée dans le micro-crédit. Sa philosophie consiste à aider les pauvres qui n’ont pas
habituellement accès au crédit et la possibilité d’obtenir de petits prêts.
Pour atteindre cet objectif, la GB « octroie de tout petits prêts aux pauvres, principalement des
femmes (97% des bénéficiaires), pour leurs activités de microentreprises et en se basant sur la
caution d'un groupe solidaire comme garantie de remboursement » (Roy, 2005, p.19). Les
prêts sont délivrés, en général, dans des régions rurales où la proportion de gens pauvres est
plus élevée. Selon la GB, grâce à ces petits prêts, les femmes qui en ont bénéficié ont réussi à
élever leur statut, à être moins dépendantes de leurs maris et elles ont amélioré leurs habitats
ainsi que la nutrition de leurs enfants. « Le crédit, lorsqu'il passe par les femmes, amène plus
rapidement des changements que lorsqu'il passe par des hommes » (Yunus, 2006a, p.114). La
moitié des femmes et leurs familles réussissent à se hisser au-dessus du seuil de la pauvreté en
cinq ans, tandis qu'un autre quart est tout près d'y parvenir (Yunus, 2006a, p.I51). « The
success of this approach shows that a number of objections to lending to the poor can be
overcome if careful supervision and management are provided » (GB, 2007, site Internet
officiel)5. Cela peut se traduire par des rencontres avec les emprunteuses. Les employés de la
banque n'ont pas seulement un rôle de collecteur de prêts. Ils doivent aussi épauler les
emprunteurs et leur donner des conseils pour leurs microentreprises.

5
Le succès de cette approche montre qu'un certain nombre d'objections à des prêts pour les pauvres peuvent être
surmontés si la surveillance attentive et la gestion sont assurées".

61
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les prêts sont consentis individuellement, mais la solidarité du groupe qui est une contrainte
« obligeante » amène l’assemblée (en cas de nécessité) à faire pression sur ses propres
membres pour assurer un remboursement dans les termes convenus. Autre particularité,
l’existence d’un système de remboursement journalier qui peut devenir hebdomadaire. Ce
système facilite le remboursement puisque les versements sont faibles et réguliers. Il a « été
conçu non seulement pour aider les emprunteurs et renforcer leur détermination, mais aussi
pour augmenter nos chances de récupérer nos fonds » (Yunus, 2006a, p.143).

Il faut tout de même relever que l’expérience positive de la Grameen va entrainer dès 1979
une évolution au niveau de ses pratiques par une extension spatiale de ses activités. Elle va
ensuite, en 1983, être transformée en banque indépendante par le gouvernement du
Bengladesh. Ainsi, la Grameen nouvelle formule « réunit beaucoup de leçons apprises par
l'expérience, mais va bien au-delà avec quelques changements fondamentaux » (Rutherford,
2006b, p.1). Cette transformation a contribué à éliminer la rigidité antérieure qui, au départ,
représentait la faiblesse principale de ses procédures.

L’obtention des prêts est plus facile et les arrangements concernant les remboursements
menacés sont beaucoup plus adaptés aux réalités de l’environnement. Si un débiteur a des
difficultés en cours de route, le prêt sera rééchelonné sur une plus longue période pour lui
permettre de se réajuster et de rembourser un plus petit montant à la fois.
A cela, il faut ajouter la formation qui est une autre forme d’accompagnement en cours dans
les « groupes solidaires » composés de cinq membres. Les membres reçoivent une formation
qui leur permet de comprendre le fonctionnement de la banque (Yunus, 2006a, p.l36). Une
fois la formation terminée, « les cinq membres du groupe passent séparément un test. La
plupart d'entre eux ne sachant ni lire ni écrire, il n'y a pas d'examen écrit, mais il leur faut faire
la preuve qu’ils savent de quoi ils parlent ». Les prêts sont octroyés seulement une fois que les
futurs emprunteurs sont familiers avec les formalités de la banque (Yunus, 2006a, p.136).
Cette formule optimise la relation entre la GB et ses débiteurs.

Toutefois, selon Stuart Rutherford6, les changements les plus importants sont ceux qui sont
reliés à l'épargne. Par exemple, les services de dépôts publics de la GB acceptent maintenant
des dépôts des particuliers, non seulement de ses clients emprunteurs comme jadis, mais aussi

6
Stuart Rutherford a dirigé une équipe, commissionnée en 2002 par MicroSave, sur le terrain, au Bangladesh, pour étudier les
changements apportés à la Grameen Bank, examiner son évolution ainsi que la mise en pratique. Ce projet a commencé à la fin de
2002 et s'est poursuivi jusqu'à la fin de 2005.

62
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

des villageois qui ne sont pas membres. Il y a aussi les services de dépôts élargis pour les
membres, ce qui veut dire qu'il y a une plus grande variété de comptes dédiés à l'épargne.
D'une façon générale, les prêts collectifs ont pour particularité de reposer sur le principe du
« cautionnement mutuel » ou encore du « crédit solidaire » (Albert, 1997), c’est-à-dire qu’ils
font appel à la co-responsabilité des emprunteurs : en cas de défaillance d’un des membres du
groupe, les autres membres s’engageant à rembourser à sa place afin de permettre la
continuité de l’activité de crédit. Ils substituent ainsi le principe d'un « collatéral social » au
traditionnel « collatéral matériel » requis habituellement par les institutions financières
traditionnelles.
Ces formes de financement décentralisées qui laissent appréhender la lutte contre la pauvreté
et l’exclusion sous une approche communautaire ont vivement intéressé les organisations non
gouvernementales (ONG) car elles marquent une rupture avec les politiques plus classiques.
Dès lors, il n’est pas étonnant de voir un développement parallèle des organisations non
gouvernementales ayant comme objectif la réduction de la pauvreté par la microfinance.

4.1.4 Les organisations non gouvernementales


Présentes dans les pays moins favorisés dans une optique de développement des populations
pauvres, les ONG veulent répondre à une demande d’autonomie économique et sociale
insatisfaite. Proches du secteur financier informel (puisque proches des pauvres), ces
institutions se sont inspirées des pratiques développées par ce secteur pour octroyer du crédit
aux pauvres, donnant naissance à de nombreuse initiatives communautaires et individuelles.
Grâce à l’aide de la coopération internationale qui acheminait un grand nombre de ressources
destinées à financer ces institutions intermédiaires, elles ont pu proposer des taux de prêts
suffisamment bas tout en adoptant les mécanismes qui font la force du secteur informel.
Au début des années quatre-vingt, ces intermédiaires financiers étaient jugées « des relais très
efficaces pour acheminer les crédits et l’assistance technique jusqu’aux microentreprises »
(OCDE, 1991, p.90). Grâce à ces nouvelles structures d’appui, les microentrepreneurs ont eu
accès à davantage de ressources financières à moindre coût. L’apparition de ce type
d’intermédiaire s’est manifestée par le biais de personnalités politiques qui s’en sont servies
comme instrument de propagande. Le flou entourant la provenance des capitaux et leur
utilisation ne permettent pas d’apprécier les résultats engrangés.

63
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

4.1.5 Les organismes microfinanciers étatiques


Une dizaine d’années après leur accession à l’indépendance, les gouvernements d’Afrique au
Sud du Sahara sont intervenus afin d’alimenter les marchés de ressources financières
destinées à financer le développement.
Il est établi que le développement est impossible sans un système financier efficace dont la
qualité, la quantité, le coût et l’accessibilité sont aussi faibles que les niveaux des différentes
infrastructures. La finance facilite la concurrence, l’intégration des marchés, l’intermédiation
financière entre unités de production excédentaires et déficitaires, entre saisons, entre années,
entre régions et entre sous-systèmes économiques (Desai et Mellor, 1993 ; Banque Mondiale,
2000 ; Khandker, 1998).
Aussi, pour répondre aux besoins sur le plan agricole par exemple, toutes les capitales se sont
dotées d’un siège de Caisse de développement rural et agricole pour faire face au sous-
développement de l’agriculture et assurer le développement des zones rurales engluées dans
une sous-capitalisation destructrice et, permettre la circulation de valeurs monétaires. Selon
Yaron et al. (1998), les agriculteurs ont besoin de crédit bon marché pour investir dans les
nouvelles technologies et ne pas pâtir des politiques de crédit favorables aux zones urbaines ;
les agriculteurs sont trop pauvres pour épargner.

4.2 Les sources de financement à caractère individuel

4.2.1 Les prêteurs individuels


Les prêteurs individuels agissent à l’intérieur de circuits non institutionnalisés qui répondent à
des logiques mercantiles. Ils se situent hors de la réglementation existante et des contrôles
officiels de la pratique du crédit. Ils sont motivés par des gains hautement importants. Cette
offre de crédit est soumise à des taux d’intérêt élevés voire usuraires et se voit octroyée sans
nécessité de nantissement ou de garanties juridiques. Il s’agit de commerçants de la
distribution de détail et de demi-gros ainsi que de cadres de certaines administrations
considérées comme des régies financières (Services des impôts, douanes, trésor public).
Ces prêteurs de type individuels n'imposent pas d'obligation sociale particulière (appartenance
à un groupe, réunions hebdomadaires, etc.) (Aryeetey et Udry, 1997) au contraire des
tontines. Ils constituent par conséquent la source de financement informelle la plus accessible
et la moins contraignante.
Disposant de liquidités monétaires, ils utilisent des réseaux de rabatteurs qui mettent en place
des mécanismes incitatifs basés sur la proximité. Cette formule permet d’obtenir de bons taux

64
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

de remboursement. Néanmoins, la faible densité des circuits et le niveau des taux pratiqués
l’empêchent de bien financer les microentreprises rationnelles.
Enfin, une dernière catégorie a fait son apparition avec la dégradation des conditions
générales de vie des populations urbaines poussées au chômage par la déflation : les prêteurs
à gages.

4.2.2 Les prêteurs à gages


C’est une catégorie qui est considérée comme profitant de la détresse des débiteurs. Ces
prêteurs accordent des crédits directement à des individus, en mobilisant des garanties
matérielles représentant jusqu’à trois fois la valeur de la somme empruntée. Sont retenus en
gage : des appareils ménagers, des bijoux, des téléphones portables, etc.

Ces différentes formes d’organisation, à travers leur mode de fonctionnement, permettent de


réduire l’asymétrie informationnelle. Elles présentent néanmoins quelques failles face aux
opportunismes qui caractérisent l’espèce humaine ; d’où la nécessité d’une règlementation. La
section suivante va tenter d’apporter un éclairage à la question.

Section 5 : Réduction de l’incomplétude, les limites de la Théorie d’Agence


(TA) et justification de la réglementation

Selon Lanha Magloire (2006), le financement est une pierre angulaire de la croissance et du
développement. Les pays en voie de développement sont caractérisés par un dualisme
financier où coexistent un secteur bancaire à faible densité, aux services limités, pratiquant
une exclusion bancaire, et un secteur de finance informelle. Le manque d’information fiable
sur les très petites entreprises et leurs projets est la cause essentielle du rationnement du crédit
au détriment de cette catégorie organisationnelle. Avec la démission de la banque
traditionnelle, les structures de la microfinance trouvent ainsi un terreau favorable. Le
rationnement du crédit observé peut être réduit, en mettant en œuvre un certain nombre
d’actions que n’entreprennent pas systématiquement les banques traditionnelles.
En partant des expériences des deux types de financement, nous allons spécifier les stratégies
de résolution des problèmes d’information au regard de la Théorie d’Agence et analyser les
cas de figure où la maitrise du problème d’information est effective.

65
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

5.1 Une meilleure maitrise de l’asymétrie d’information

Comme prédit par la théorie d’agence, les mécanismes de financements alternatifs présentent
des avantages réels au niveau des différents types d’organisation.

5.1.1 Au niveau des organisations à caractère coopératif


Concrètement, le client type est une très petite entreprise qui a besoin d’un crédit de trésorerie
ou d’un crédit pour investir. Il se trouve face à un organisme prêteur ayant une offre adaptée à
sa demande.
Compte tenu du principe de solidarité qui marque le système d’allocation coopératif de crédit,
la condition d’obtention d’un micro-crédit passe par la constitution d’un groupe solidairement
responsable. C’est ce que de Briey (2003) qualifie de groupe solidaire dans une étude réalisée
au Chili. Selon l’auteur les acteurs emprunteurs se regroupent de 4 à 8 entités pour garantir le
prêt en cas de non remboursement par un des emprunteurs membre du groupe ainsi constitué.

L’ensemble du groupe désigne un chef qui est le récipiendaire de la somme empruntée. Cette
dernière est répartie équitablement entre tous les membres au moins pour le premier crédit. Le
montant global de l’emprunt augmente progressivement au cours du temps dès lors que les
membres démontrent leur capacité individuelle à rembourser les crédits antérieurs (Aryeetey
et Udry, 1997). Le montant des premiers crédits varie généralement entre 65.000 FCFA
(environ 100 euros) et 130.000 FCFA (Bâ Amadou, 2009) et il n’y a pas de plafond aux
crédits suivants. Le taux d’intérêt exigé est souvent relativement élevé (Wright & Alamgir,
2004) dans plusieurs pays comme l’indique le tableau ci-dessous :
Pays Banques commerciales Institutions de Prêteurs informels
microfinance
Indonésie 18% 26-63% 120-720%
Cambodge 18% ≈45% 120-180%
Népal 11,5-18% (selon secteurs d’activités) 18-24 606120%
Inde 12-15% 20-40% 24-120% (selon les régions)
Philippines24-29% 60-80% 120% et plus
Bengladesh 10-13% 20-35% 180-240%
Tableau 1 :
Comparaison des taux entre banques commerciales, Institutions de microfinance et prêteurs informels
(Source : Wright & Alamgir, 2004)

La même tendance s’observe dans les pays subsahariens. Au Bénin par exemple les
institutions de microfinance appliquent des taux autour de 27% (Acclassato, 2008) et 21%
dans la zone CEMAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale, 2008).

66
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Selon Consultative Group to Assist the Poor (CGAP, 2004), la structuration de rémunération
des crédits octroyés par les institutions de microcrédit justifie le niveau élevé des taux à cause
de l’intégration du coût du risque et des frais de dossiers. A cela il faut ajouter une épargne.
Plutôt qu’une épargne préalable, il s’agit souvent d’une somme déduite du crédit lors de son
décaissement. Cette épargne joue donc un rôle de garantie partielle du prêt.
Afin d’exercer un contrôle du fonctionnement du groupe des emprunteurs, l’établissement
prêteur affecte un agent de crédit à la visite régulière de chacun des membres du groupe
(Alary et Hache, 2001).

5.1.2 Au niveau des organisations à caractère individuel


Dans cette relation qui met en scène des « mono-emprunteurs » et des « mono-prêteurs », il
faut relever que la proximité est un élément essentiel de la relation. L’exemple classique est
celui qui lie la relation de crédit à une relation commerciale, généralement dans le commerce
de détail ou encore la très petite distribution (étals, débit de boisson, épicerie de quartier).

Le prêteur commerçant possédant du stock de marchandises accepte d’accorder un crédit


(fournisseur) à bas prix à un détaillant. Il détient deux comptes au nom du détaillant. Un
compte enregistre le montant équivalent du crédit (marchandises) accordé, l’autre compte
inscrit les versements d’espèces du détaillant auprès du grossiste qui devient ainsi un « garde
porte-monnaie ». Le grossiste apparaît à la fois comme fournisseur et « banquier ».
Fournisseur, parce qu’il livre de la marchandise à crédit au détaillant. « Banquier » parce qu’il
encaisse les recettes journalières de son client.

Cette double casquette permet au grossiste d’avoir un contrôle direct sur l’état de
remboursement du crédit marchandise octroyé au détaillant. En effet, cette forme de
coopération permet au grossiste de proximité de diminuer la probabilité de défaut du petit
commerçant. En cas de non paiement, le prêteur pourra dès lors déduire le remboursement de
l’emprunt du dépôt de recettes réalisé par l’emprunteur.

L’observation des deux principales formes de base du financement alternatif nous amène à
constater une réduction de l’asymétrie d’information.

67
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

5.1.3 La diminution du risque d’aléas


[Link] Sélection adverse
En ce qui concerne l’atténuation des aléas dans la forme individuelle du financement
alternatif, la proximité géographique permet une meilleure connaissance des caractéristiques
de l'emprunteur (Albert, 1997), grâce au recours à un intermédiaire local.

Pour ce qui est de la forme coopérative, le groupe inhibe les aléas à partir de plusieurs
éléments de vie que les membres ont en partage (le quartier, le village, les relations
commerciales). Les groupes ainsi constitués sont composés d'individus au risque identique
(Stiglitz, 1990). En effet, aucun individu n'a intérêt à accepter dans son groupe un membre
dont la probabilité de défaillance est plus grande dans la mesure où il devra assumer le
remboursement du prêt de celui-ci en cas de défaut. La responsabilité conjointe est donc une
incitation à mettre cette connaissance au service de la formation du groupe (Banerjee, Besley
et Guinanne, 1994 ; Besley et Coate, 1995 ; Van Tassel 1999 ; Ghatak 1999 ; 2000, Ghatak et
Guinanne, 1999).

[Link] L’aléa moral


Un niveau de coopération satisfaisant est atteint grâce à des mécanismes incitatifs :
- la relation de crédit repose sur la confiance, la solidarité, les principes d'honneur et
de respect des engagements ;
- la décision d'octroi des crédits futurs est conditionnelle au comportement adopté par
l'individu ou le groupe en matière de remboursement ;
- le groupe peut exercer une pression sur les autres membres afin que ceux-ci
remboursent ; les mécanismes de surveillance et d'incitation au remboursement sont par
conséquent pris en charge par le groupe (Albert, 1997) ;
- l'implication du prêteur avec l'emprunteur dans d'autres activités économiques que la
seule activité de crédit lui permet de lier les termes de la transaction sur le marché du crédit à
des transactions opérées sur d'autres marchés (Braverman & Stiglitz, 1982).
Bien qu'il ne soit en général pas coutume pour les prêteurs informels d'exiger des garanties
puisque « la perspective de crédits futurs potentiels constitue une carotte pour le débiteur »
(Albert, 1997), les prêteurs individuels ou « moneylanders » et les « prêteurs à gage » ont
recours le cas échéant à celles-ci ; ces garanties consistent alors bien souvent en biens privés
(montres, TV, terres, etc.).

68
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par ailleurs, le conditionnement du crédit à une épargne préalable par certains prêteurs
informels permet d’inciter au remboursement et d’éviter la collusion au sein du groupe dans la
mesure où une partie tout au moins de l’épargne du groupe sera gardée en cas de dissolution
de celui-ci (phénomène de la « joint liability ») (Khandker, Khalily et Khan, 1995).

D’une façon générale, les prêteurs du secteur de la microfinance sont donc parvenus à mettre
en place des mécanismes permettant de résoudre les problèmes de sélection adverse et d’aléa
moral. Outre ces avantages pour les prêteurs, ils permettent de faciliter les opérations de crédit
et de réduire ainsi les coûts liés à la mise en place et à l’exécution des contrats de prêts
(simplification des procédures d'octroi de prêts notamment par le remplacement des garanties
matérielles par des garanties solidaires, diminution des coûts de transport grâce à la proximité
géographique, gestion d'un seul dossier pour tout le groupe, collecte des remboursements
généralement prise en charge par le groupe, etc.).
Force est de reconnaître que ces organisations de financement alternatif ont permis aux
microentrepreneurs à avoir accès à davantage de ressources financières à moindre coût.
L’apparition de ce type d’intermédiation entre ces deux acteurs (organismes de financement
alternatifs et TPE) peut donc être considérée à la lueur des théories contractualistes comme
une solution rationnelle et plus efficace face à un problème de coopération dans un contexte
d’asymétrie d’information.

Néanmoins, différents auteurs (Von Pisckhe ; Adams & Donald, 1983 ; Stiglitz, 1990 ; Yaron,
1992 ; Besley, 1995 ; Reinke, 1997) ont montré la difficulté de faire fonctionner de manière
adéquate les mécanismes décrits ci-dessus afin de réduire l'opportunisme des individus ainsi
que leurs limites, notamment en ce qui concerne les ONG et les programmes étatiques
alimentés par des subventions.

5.2 Les limites

Selon Morduch (2000, p. 618), « Despite keen awareness of best practices, nearly all
programs remain substantially subsidized ». Aussi, après l’engouement enregistré autour de la
microfinance, plusieurs voix s’élèvent pour la présenter comme une activité « non
industrialisante ». Pour ces pourfendeurs, certaines sources de financement se limitent à un
réseau de connaissances et affichent des taux fort onéreux pendant que d’autres poursuivent
des buts altruistes.

69
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Basés sur une logique de dons et de dépendance des bénéficiaires, cette approche a engendré
des taux d’arriérés ainsi que des coûts de fonctionnement très importants conduisant à la
disparition progressive de nombreux programmes de microcrédit.
En effet, les subventions gouvernementales et celles de donateurs rendent dépendants les
établissements de microfinance qui ne font pas d’effort pour couvrir leurs coûts de
fonctionnement en raison des apports des parties prenantes précités (Brau et Woller, 2004).
En plus, les subventions entraînent le laxisme des dirigeants et partant, provoquent des
distorsions sur le marché (Balkenhol, 2007).
Tout ceci débouche sur une culture de non-remboursement et la mise en œuvre de pratiques
laxistes qui rendent difficile l’émergence de systèmes financiers à vocation pérenne (Adams,
Graham et Von Pischke, 1984). Les fonds disponibles bénéficient aux entrepreneurs aisés et
membres de réseaux alors que les taux d’intérêts très élevés défavorisent les emprunteurs
(Morduch, 2000) à faible densité capitalistique.
A cela, selon Balkenhol (2004/3), il faut ajouter que les coûts administratifs dans ces types de
programmes sont élevés. Les alaires distribués ne sont pas en adéquation avec les tailles des
transactions. A la suite de ce qui précède l’auteur conclut que « la performance financière ne
coïncide pas nécessairement avec l'efficacité ».

Tout au long de son évolution, la microfinance a connu un interventionnisme étatique dans les
pays du sud visant à viabiliser ce secteur par la massification des ressources.
Dans les années soixante, conformément au courant économique dominant à l’époque, afin de
pallier les imperfections de marché, les gouvernements des pays du Sud ont tenté de maîtriser
la montée du secteur informel par une intervention de l’Etat sur les marchés financiers
(contrôle de l’offre de crédit, recours à la création monétaire et à l’endettement extérieur,
création de banques étatiques, etc.). De l’avis des gouvernements dans les pays moins
favorisés, les taux d’intérêt élevés exigés par de nombreux prêteurs informels étaient le reflet
du pouvoir monopolistique que ceux-ci exerçaient. Par ailleurs, tout ce qui était associé à
l’informel avait une connotation péjorative de « non-formalisé », « non-structuré » et qui
devait être en conséquence « formalisé », « normalisé », intégré dans le secteur « moderne »
afin de contribuer au développement de la société dont il fait partie. La conception sous-
jacente du développement était celle d'une contribution à la modernisation, à l'image du
processus d'industrialisation des sociétés occidentales (Larraechea et Nyssens, 1994).

70
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les gouvernements dans ces pays ont dès lors, d’une part, réglementé les taux d’intérêt à des
niveaux fort bas et, d’autre part, mis en place des institutions publiques de microcrédit
subsidiées et dirigées vers une clientèle cible. Ils espéraient ainsi à la fois évincer le secteur
informel, augmenter l'efficacité économique (en rendant le crédit disponible pour les pauvres)
et réduire l'iniquité (en réduisant les taux d'intérêt que ceux-ci devaient payer). Mais la faillite
de nombreuses institutions publiques a mis à jour la faiblesse de cette stratégie face à la
persistance d'un secteur informel mieux adapté que le secteur « dirigé ».

Aussi, cette politique est apparue structurellement inadaptée à la réalité socio-économique,


faute d’enracinement au sein de la société civile, dans la mesure où elle a été historiquement
développée en marge de celle-ci et où ses pratiques relevaient du clientélisme. Ces institutions
publiques de crédit transplantées artificiellement ont été confrontées à des crises de légitimité
qui ont eu pour effet une perte de confiance de la clientèle. La répercussion de cette méfiance
s’est traduite en terme financier par une dégradation du taux de remboursement.

L’expérience gabonaise, en la matière, vient conforter cette assertion. Plusieurs entités ayant
bénéficié de prêts ont tout simplement choisi de ne pas rembourser. Selon elles, cet argent mis
à leur disposition était leur propriété, une forme de redistribution de la richesse nationale. Ces
comportements vont entrainer la fermeture de la Banque nationale du crédit rural (BNCR) et
des difficultés énormes pour d’autres organismes tels que le Fonds d’expansion et de
développement de la petite et moyenne entreprise gabonaise (FODEX) et le Fonds d’aide et
de garantie (FAGA). Dans la plupart des cas de figure, l’Etat s’est retrouvé en décalage avec
les aspirations et les attentes de ses gouvernés lorsqu’il n’y avait pas un sentiment
d’illégitimité.

Il apparait clairement que l’action centralisée et standardisée de l’Etat ainsi que son inertie
liée au processus politique limite sa capacité à identifier les évolutions de la demande et à y
répondre en introduisant des innovations (Laville et Nyssens, 2001) porteuses de changement.
A partir des organismes « dirigés », l’intervention étatique ne permet pas « d’établir des
relations personnalisées avec les emprunteurs, ni d’avoir un ancrage local fort, ou encore de
flexibiliser leurs procédures pour les adapter aux besoins des emprunteurs » (De Briey, 2005).

Certains programmes n’ont pas intégré le paramètre économique et ont poussé la logique
welfariste à l’extrême, laquelle s’est révélée contreproductive. Ces programmes basés sur une

71
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

logique de subventionnement et de dépendance des bénéficiaires ont été amenés à disparaître


du fait de taux d’arriérés et de coûts de fonctionnement élevés.

La cause principale des échecs gouvernementaux a été attribuée essentiellement à une


mauvaise compréhension du fonctionnement du marché du crédit : contrairement à ce que les
autorités pensaient, les taux d’intérêt élevés ne reflétaient pas seulement un pouvoir
monopolistique exercé par les prêteurs informels, mais aussi une prime de risque accrue dans
un contexte d’asymétries d’information entre les prêteurs et emprunteurs. Or, les
gouvernements n’étaient pas en mesure de mieux pallier ces problèmes d’asymétrie
d’information que les prêteurs informels.
Pour répondre aux besoins des microentrepreneurs, la plupart des pays ont reconsidéré leur
stratégie de développement.

5.3 Justification de l’institutionnalisation

Le développement de la microfinance au Gabon reste embryonnaire jusqu'en 1990 alors que


dans plusieurs pays du continent, cette activité connaît un essor florissant. En effet, en dépit
de quelques expériences menées depuis le milieu des années 80, le secteur de la microfinance
n'a pas eu d'emprise significative sur le développement des TPE.
Néanmoins l’intérêt manifesté par une partie de la population située en périphérie du système
bancaire traditionnel interpelle les autorités. C’est parce qu’elle peut faire courir des risques à
l’épargne publique et perturber fortement l’économie locale, que la microfinance intéresse au
plus haut degré les autorités en charge de la régulation et de la supervision du secteur
financier (Lheriau, 2005).
Selon l’auteur, la microfinance constitue à la fois un outil essentiel au développement
économique et/ou à la lutte contre la pauvreté. A partir des années 1990, trois facteurs
principaux ont favorisé l'éclosion et l'expansion rapide de ce secteur.

En premier lieu, la grave crise des années 80 qui a sévèrement affecté l’économie du pays, a
entraîné des restructurations profondes menées par l’Etat dans tous les secteurs d’activité où il
avait une forte implication. Le système bancaire va connaître les fermetures en cascade de
plusieurs établissements : Banque du Gabon et du Luxembourg, Banco Real, Interbanque,
Meridien Bank, Bank of Credit & Commerce International (Overseas) LTD, Barclay’s bank,
Banque Nationale du Crédit Rural, Banque Privée de Gestion et de Commerce. Ces

72
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

fermetures, en laminant les petites épargnes, ont accru, dans les populations à faible revenu
surtout, un climat de défiance. Ces faillites ont également provoqué des licenciements massifs
notamment de cadres de banque expérimentés qui, faute de mieux pour subsister, se sont
lancés dans la création incontrôlée des entités de microfinance.
Par ailleurs, cette évolution a eu pour conséquence une sélection plus grande des populations
par rapport à l’accès aux services bancaires et une aggravation de la sous bancarisation,
surtout des zones rurales. Dès lors, les structures de microfinance se sont révélées de plus en
plus attractives par leur proximité, la simplicité de leur approche commerciale et leur capacité
d'adaptation présumée.
En second lieu, l’intérêt porté à la microfinance s’est amplifié parce que désormais considérée
comme un des vecteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté.

Enfin, l’activité de microfinance au Gabon s’est effectuée dans un cadre institutionnel


particulièrement obsolète. La convention régissant les activités des banques et des
établissements financiers s'est révélée inadaptée à cette nouvelle forme d'activité financière.
En effet, les formes juridiques de type coopératif et associatif, l'extrême dispersion
géographique des entités concernées, l'émiettement des opérations de crédit et d'épargne ont
rendu difficilement applicable la dite convention.
L’administration gabonaise a laissé les entités de microfinance s’appuyer sur les lois relatives
aux associations ou aux coopératives en vigueur sans que ces textes aient été spécifiquement
conçus pour l’activité d’épargne et de crédit. Ainsi, des points de fragilité vont apparaître avec
des difficultés au niveau :
- du suivi et du contrôle des EMF ;
- de la coordination et de la régulation des activités dans un même espace ;
- du développement de la microfinance en milieu rural.
Toutes les crises résultant de croissances trop rapides et non maîtrisées vont conduire certains
EMF à des dégradations de portefeuille, des suspensions de crédit, voire des fermetures de
réseaux.
Selon un rapport de la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), cet
environnement a contribué non seulement à un développement sans contrôle des structures de
microfinance mais aussi à de nombreux cas de faillite qui ont obéré les économies d’une
population devenue méfiante, au risque de compromettre les chances de survie du secteur
émergent et, surtout, de consacrer définitivement la défiance d’une grande frange des
populations de la zone à l’égard de tout organisme financier.

73
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La COBAC est un organisme spécialisé de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC)
qui assure la régulation du système bancaire grâce à un plan comptable commun, un système
de reporting et une harmonisation des règles. Elle exerce également un rôle important de
réglementation et de régulation de la microfinance.
Selon la COBAC (2002), « la microfinance est une activité exercée par des entités agréées
n’ayant pas le statut de banque ou d’établissement financier et qui pratiquent, à titre habituel,
des opérations de crédit et ou de collecte de l’épargne et offrent des services financiers
spécifiques au profit des populations évoluant pour l’essentiel en marge du circuit bancaire
traditionnel ».
L'essentiel de la réglementation de cette activité a été réalisée entre 1996 et 2002. Elle
concerne tous les établissements de microfinance, quelque soit leur forme juridique, à partir
du moment où ils exercent publiquement et habituellement une activité de collecte de
l’épargne et de crédit. L'assainissement opéré par la COBAC, entre 2001 et 2003, a fait passer
le nombre d'unités d’EMF au sein de la CEMAC de 1000 à 600 unités disposant d’une
viabilité institutionnelle et financière.
Néanmoins, un débat de fond subsiste entre deux courants de pensée, «Welfarist» et
«Institutionalist». Cette opposition contrastée entre ces deux courants de pensée constitue ce
que Morduch (2000), qualifie de « microfinance schism ».

L’approche institutionnaliste vise la création d’institutions financières vouées à servir des


clients qui ne sont pas servis ou qui le sont insuffisamment par le système financier formel
(Woller et al. ; 1999). Elle vise la création d’un système parallèle d’intermédiation financière
viable qui servirait les pauvres. La thèse des institutionnalistes repose sur l’idée que le
microcrédit, aussi efficace soit-il, ne fera jamais de véritable différence sur le niveau général
de pauvreté dans le monde si ses opérations dépendent du financement des donneurs. Pour
eux, les donneurs sont imprévisibles et de nature à retirer leur soutien en fonction de leurs
intérêts changeants.
Dans ces conditions, les EMF se doivent d’aspirer à l’autosuffisance (Gonzalez-Vega, 1993).
En d’autres termes, ils doivent être capables de couvrir les charges des opérations avec leurs
produits et construire une structure financière solide. La rentabilité est la seule façon de se
défaire de la dépendance envers les donneurs et d’accéder aux marchés financiers. La position
institutionnaliste s’est développée vers le milieu des années 90 au fur et à mesure que la
microfinance s’établissait et devenait un outil de développement.

74
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par contre, l’approche Welfariste ne vise pas à proprement parler d’efficacité économique
mais opère plutôt d’un point de vue d’équité sociale. Il faut toutefois noter une brèche au sein
du courant Welfariste. De nombreuses ONG sont prises entre, d’une part, leur volonté de
trouver de nouvelles sources de financement extérieures afin d’être en mesure d’octroyer
davantage de crédits aux pauvres et d’assurer leur viabilité financière et, d’autre part, leur
souci de rester au service d’une clientèle démunie par rapport à laquelle elles craignent de se
détourner en appliquant les lois du marché.

Aujourd’hui des voix s’élèvent et insistent notamment sur les distorsions dont les subsides
sont à l’origine et la capacité limitée des donateurs à répondre à la demande massive de
microcrédits.
Les partisans de l’efficacité financière cherchent avant tout à mettre en place des systèmes
d’intermédiation qui offrent des services d’épargne et de crédit sur des bases pérennes et
commerciales (Otero & Rhyne, 1994). Ces programmes recherchent l’autosuffisance et la
viabilité financière des institutions. Ces nouvelles initiatives présentent deux caractéristiques
essentielles : une volonté de massification du crédit ainsi qu'une volonté de pérennisation des
institutions.

Au-delà de l’amélioration du bien-être des déshérités, l’objectif recherché est « l’inclusion »


des exclus du secteur bancaire traditionnel par des organisations à caractère microfinancier. A
l’intérieur de cette nouvelle logique, deux grandes tendances s’observent actuellement :
- Un processus de « downgrading » des programmes de microcrédit
Compte tenu des résultats satisfaisants enregistrés par plusieurs établissements de
microfinance en matière de recouvrement, des banques commerciales traditionnelles
commencent à s’intéresser au segment de clientèle que représentent les microentreprises.
Celles-ci sont également à la recherche de nouvelles niches de marché sous la pression d’une
concurrence de plus en plus vive. C’est le cas, au Gabon, de la Banque Internationale du
Commerce et de l’Industrie.
- Un processus d’« upgrading » des programmes de microcrédit
Dans certains pays où la volonté d’institutionnalisation est marquée, un processus de
réglementation du marché commence à voir le jour. Cette dynamique a pour objectif principal
d’encadrer les mutations des ONG et associations tontinières en EMF pérennes dans une
évolution appelée « upgrading ». Mais l’expérience rencontre des difficultés.

75
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En dépit des règles édictées, la forte présence des acteurs de base à faible facultés
intellectuelles au sein des équipes dirigeantes se traduit par une gouvernance approximative
entrainant un faible taux de réussite. Lecuyer (2000) relève la compétence insuffisante des
personnels. Ceci fait dire à Wampfler (2001) que la qualité de la gouvernance et les conflits
d’intérêts qui opposent les parties prenantes sont autant de difficultés au processus de
« upgrading »
On note ainsi deux extrémités d’un spectre à l’intérieur duquel différentes modalités de
programmes de microcrédit s’inscrivent (Otero et Rhyne, 1994). Le défi actuel des
programmes de microcrédit consiste à trouver un juste équilibre (« Trade-off’ ») entre une
rentabilité financière satisfaisante et le maintien de la mission sociale de l'organisation.

Cette mise en perspective historique nous a permis de voir qu’en fonction du paradigme de
développement retenu d’une part et des théories économiques dominantes d’autre part,
différents modes d’intervention en matière de microcrédit ont été et sont mis en place dans les
pays moins favorisés, sans pour autant qu’un modèle ait pu véritablement démontrer sa
supériorité sur un autre. Pour de nombreux auteurs, ces différents modes d’intervention mis
en place peuvent être vus comme des institutions alternatives au marché, faisant appel à des
contrats particuliers qui, de par les mécanismes qu’ils mettent en œuvre, se sont avérés plus
ou moins efficaces en termes de minimisation de coûts.

Bien que les théories contractualistes représentent le cadre théorique de référence de


nombreux auteurs intéressés par cette problématique, ce courant théorique a fait l’objet de
différentes critiques. En particulier, il a été reproché aux auteurs à l’origine de ce courant de :
1) restreindre la régulation de l’activité économique à deux modes d’action : le marché ou les
contrats alors que les individus peuvent se coordonner selon une multitude de principes
d’action ;
2) surestimer les sentiments opportunistes des individus qui peuvent agir pour d’autres raisons
que leur seul intérêt personnel et de ramener toute prise de décision à un calcul
d’optimisation. Nous avons vu en effet dans le premier point de ce chapitre que les théories
contractualistes postulent que la rationalité des individus est individuelle et « optimisatrice »
et qu’elle se matérialise par un calcul individuel même si cette rationalité est reconnue comme
limitée par la théorie positive de l’agence. Sous l’effet de cette double évolution, l’approche
institutionnaliste s’est développée au détriment de l’approche welfariste.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les critiques essuyées par les welfaristes ont suscité l’apparition d’un nouveau courant
théorique qui, quoiqu’il ne fasse pas l’objet d’une théorie unifiée, présente essentiellement
deux caractéristiques communes à tous les auteurs s’inscrivant dans cette perspective, celle de
la prise en compte d’une rationalité collective et celle de la reconnaissance de l’existence de
formes de coordination intermédiaires entre le contrat et le marché.

Comme nous avons pu l’esquisser, au Gabon plusieurs modes d’organisation cohabitent et


l’Etat a laissé, jusqu’à un passé récent, aux organisations décentralisées le soin de rechercher
le ou les arrangements qui minimisent les coûts de transaction, compte tenu des objectifs de
chaque acteur. Notre démarche débouche sur l’objectif de discuter de l’efficacité des modes
de financement coopératif observés.
La mobilisation de certaines approches développant la thématique de la relation d’affaires
telle que la théorie des coûts de transaction, nous a permis d’utiliser des clés de
compréhension de l’importance et des registres de l’intervention publique par rapport à la
nature de notre questionnement. Aussi, des adaptations du cadre d’analyse théorique seront à
faire dans la mesure où une des parties de l’arrangement est une autorité publique (État) et où
les mécanismes de la transaction ne relèvent pas seulement d’une négociation décentralisée
entre les parties impliquées mais également s’un contrat (implicite) administré qui s’impose à
tous (Goldeberg, 1976 ; Williamson, 1976). Nous avons choisi de nous pencher sur l’analyse
de l’efficacité des modes de transaction en œuvre dans le secteur de la microfinance avec,
comme centre d’intérêt de notre recherche, l’intervention publique. L’approche théorique
retenue dans cette optique est celle du néo-institutionnalisme. Notre objectif est de montrer
qu’elle peut apporter une meilleure compréhension des arrangements organisationnels dans la
production des financements décentralisés.
Cette approche intégrée est explicitée dans le chapitre suivant qui se décline en trois sections :
i. Fondements théoriques et conceptuels de la théorie néo-institutionnelle ;
ii. Réinterprétation de la problématique de recherche à la lueur de la théorie néo-
institutionnelle ;
iii. Comportements et processus de coordination et de coopération des acteurs à l’aune des
approches contingente et conventionnaliste.

77
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 2. La Théorie néo-institutionnelle et la microfinance :


prolongements par approches contingente et conventionnaliste

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le problème de l’institutionnalisation de la microfinance est important quand on sait qu’il


s’agit au départ de systèmes financiers parallèles (Shaw, 1973 ; Mc-Kinnon, 1973), en
d’autres termes ce sont des organisations informelles qui produisent des pratiques financières
puisées dans les valeurs sociales, coutumières et ethniques (Ziadi, 2005). Cette finance
informelle met en relation d’affaires des membres ayant en partage l’ethnie, le territoire, la
proximité qui confère au groupe une sorte de garantie mutuelle. Au Gabon cet environnement
est amené à disparaître sous la houlette de l’institutionnalisation qui privilégie des
organisations structurées de la norme au détriment de la souplesse de la solidarité du groupe
informel.
Mais aujourd’hui, le débat sur la place et l’orientation institutionnelle de la microfinance
suscite de nombreuses controverses (Doligez et al., 2013) et ce surtout, au niveau de son
impact sur les très petites entreprises. En effet, en dehors de l’établissement de microfinance,
l’enjeu du marché de la microfinance concerne également la très petite entreprise. C’est la
raison pour laquelle les difficultés rencontrées par les EMF et les TPE nous invitent à
répondre à la question suivante : les dispositifs sont-ils adaptés au contexte ?
Certaines voix se lèvent pour dire que l’autonomie des établissements de microfinance grâce à
la réglementation (Morduch, 1999 et 2000) va générer des ressources aux TPE. Dans cette
approche, dite de la bonne gestion bancaire, les institutions de microfinance seront capables
de mieux servir une forte population pauvre que dans le cadre des programmes subventionnés.
En retenant cette perspective analytique, il apparaît clairement que ce type de configuration va
entrainer des interrelations semblables à celles observées dans le marché bancaire classique en
termes de pratiques, droits et obligations. Mais, face à l’objectif social de la microfinance, se
posent alors la question des formes d’ordre privé et celle de la place de l’intervention
publique dans la production des financements alternatifs et ses conséquences sur la viabilité
recherchée. En effet, à partir de notre observation du terrain, on note d’une part que la
réglementation freine le développement quantitatif des EMF ainsi que la coopération entre
ceux qui existent et les TPE et que, d’autre part, les EMF à caractère public rencontrent des
difficultés fonctionnelles. Les résultats sont à l’opposé des attentes. Comment expliquer cette
situation alors que l’institutionnalisation était supposée favoriser l’allocation de micro-crédits
aux microentrepreneurs à des coûts et dans des conditions raisonnables, et développer le
marché ? Afin d’apporter une réponse à la question relative au rôle des règles dans
l’allocation des ressources, la viabilité et la pérennité, nous allons mobiliser la théorie néo-
institutionnelle.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ce chapitre qui s’articule en trois sections a pour objectif d’expliquer, à l’aide de la théorie
néo-institutionnelle, les modalités, les enjeux et les déterminants de la construction de la
réglementation du secteur microfinancier composé d’EMF et de TPE. Cette approche
théorique porte sur les changements institutionnels (North, 1981, 1990, 2005) et les choix
organisationnels opérés pour coopérer (Williamson, 1975, 1985, 1991).

Dans une première section nous faisons le point sur les règles et leurs modes d’utilisation afin
d’en préciser la définition et les caractéristiques que nous retenons comme pertinentes pour
notre recherche. Dans une deuxième section, nous abordons l’analyse de la dynamique
institutionnelle.
La troisième section aborde les différentes limites du corpus théorique évoqué jusque là et
mobilise les approches contingente et conventionnaliste, plus aptes à expliquer la résilience de
la très petite entreprise et les réticences de l’établissement de la microfinance.

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 1. Fondements théoriques et conceptuels de la Théorie Néo-


Institutionnelle

Aux prémisses de la théorie néo-institutionnelle, Selznick (1949) part de l’idée qu’une


organisation est en partie construite par son environnement. Il met en évidence que le
comportement et la structure des organisations résultent non seulement de contraintes
internes, mais aussi des valeurs et contraintes portées par la société.
Partant de là, Powell et Di Maggio (1991) considèrent que l’environnement exerce différents
types de pression qui vont cadrer l’évolution des organisations, à travers trois mouvements
que sont l’isomorphisme coercitif, l’isomorphisme normatif et l’isomorphisme mimétique.

1.1 Aux origines de l’approche néo-institutionnelle

Initiés par les travaux fondateurs de Selznick (1949), Meyer et Rowan (1977), DiMaggio et
Powell (1983), l’approche théorique néo-institutionnelle constitue un courant de recherche
majeur en sciences de gestion qui privilégie l’influence de l’environnement institutionnel sur
les formes organisationnelles.
Derrière « (…) l’aspect apparemment un peu éclaté de ce programme de recherche se profile
un élément unificateur puissant, l'approche en termes de coûts de transaction » (Menard,
2003). L’approche transactionnelle comme élément fondateur provient du fait qu’elle a été
relevée très tôt par Coase : les transactions sont au cœur de l'activité économique, ce qui
nécessite une organisation spécifique. Pour ce faire, Menard (2003) indique que des
dispositifs efficaces sont nécessaires pour assurer la réalisation de transactions contractuelles.
Sans cela, les profits espérés à l’issue des transactions seraient menacés et l’organisation de la
production ne présenterait aucun intérêt.

Par transaction, dans la lignée de Williamson (1985), il faut entendre « les transferts de droits
d’usage » (Menard, 2003) entre unités technologiquement séparables. L’idée de « droits
d’usage » introduite ici dans la définition de Williamson est particulièrement importante et est
largement déterminée par l’environnement institutionnel. C’est pour cela que Williamson
(2000) parle de « credible commitments ». Pour cet auteur l’existence de normes
institutionnelles prédit la crédibilité des engagements contractuels, et impose la confiance.
Donc, la norme institutionnelle devrait refléter la complétude contractuelle en éloignant

82
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

l’asymétrie informationnelle pour sécuriser les droits de propriété et garantir la réalisation des
transactions à moindres coûts. Ce tableau est un défi potentiel en Afrique en général, et au
Gabon en particulier.

En effet, d’après Assidon (1996), il existe – dans les pays en voie de développement – une
grande asymétrie de l’information et les coûts de recherche de l’information y sont très élevés.
Pour pallier à cette situation on constate dans le domaine de la microfinance l’émergence de
droits autres que les droits de propriété (Menard, 2003), il s’agit de droits collectifs.

Selon Filoche (2008) « Les droits collectifs sont des droits exercés collectivement par les
individus ». Au regard de notre contexte, cette perspective est un dépassement de la vision
purement institutionnelle car le jeu des acteurs en intègre la réalité d’un environnement où
existent des pressions économiques, sociales et culturelles. Vu sous cet angle, l’aspect
collectif des droits inclut la notion de destin commun dans la création de richesses car chaque
membre craint les mesures de rétorsion possibles de la collectivité et il est donc difficile pour
un membre de se soustraire à l’autorité du groupe (Filoche, 2008). Selon Filoche (2008),
« Ces droits collectifs sont censés prévoir l’influence de ces sociétés lors de la mise en place
des plans de gestion participative dont elles doivent se doter pour pouvoir s’approprier et
utiliser les ressources (…) » disponibles. Cette dynamique semble neutraliser efficacement les
différentes asymétries car on observe une atténuation de l’imperfection de l’information
(Fournier, 1994) et une meilleure maîtrise de comportements opportunistes (Williamson,
1994) grâce aux liens sociaux des acteurs.

Alors que l’idée même de dispositifs indispensables à l'organisation de ces transferts de droits
devrait entraîner des coûts, on constate dans ces pays en transition institutionnelle, que ces
modes de normalisation fondés sur des réseaux sociaux reposant sur le mécanisme de la
confiance permettent d’atténuer les coûts de transaction. En effet, l’environnement des
affaires en régions en voie de développement présente souvent des faiblesses
organisationnelles susceptibles de menacer la quiétude des transactions microfinancières.

Dans ces environnements qui souffrent d’un sous-financement apparent, le coût de l’échange
entre deux partenaires est fonction du degré de confiance propre à la relation, lequel dépend
de deux mécanismes essentiels du comportement individuel, correspondant aux deux

83
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

hypothèses réalistes retenues par Williamson dans sa théorie des coûts de transaction, à
savoir : la rationalité limitée et le risque d’opportunisme.

Bien que s’inscrivant dans une logique de réduction de coûts de transactions à travers le
« capital social », les établissements de microfinance et les très petites entreprises opérant
dans les pays en voie de développement (PVD) sont de plus en plus exposés à une grande
insécurité transactionnelle de leur environnement et doivent s’appuyer sur des arrangements
afin de continuer à exister. Aujourd’hui, cet élément palliatif se montre insuffisant dans la
sécurisation des transactions et appelle la mise en œuvre d’un cadre.
Les transactions, telles qu’analysées par Coase, revisitées ensuite par plusieurs auteurs (Davis
et North, 1971 ; North, 1990), entrent dans une dynamique institutionnelle à deux niveaux :
environnement institutionnel et arrangements institutionnels. « L'environnement renvoie aux
règles du jeu, règles politiques, sociales, légales, qui délimitent et soutiennent l'activité
transactionnelle des acteurs, alors que les arrangements renvoient aux modes d'utilisation de
ces règles par les acteurs, ou, plus exactement, aux modes d'organisation des transactions dans
le cadre de ces règles » (Ménard, 2003).

L’approfondissement de la notion des arrangements par certains auteurs (North, 1981; Greif,
1998 ; Aoki, 2001) va mettre à jour les concepts d’enforceability (ex-ante) et d'enforcement7
(ex-post). Cette première vision globale dépasse la production des normes pour aborder la
question de leur mise en œuvre effective. La deuxième perspective met en lumière le concept
de « contrat incomplet » (Ménard, 2001). L’incomplétude contractuelle ainsi abordée permet
d’affirmer que la typologie des contrats joue un rôle dans l’organisation des transactions de
manière à situer le niveau de la relation des acteurs.

1.2 Concept d’institutions

Les auteurs qui se sont penchés sur la question de l’institution et des institutions ne sont pas
arrivés à en donner une définition universelle. Selon Di Maggio et Powell (1997),
« l’institutionnalisme a des sens variés selon les différentes disciplines » et il serait difficile de
le définir positivement dans la mesure notamment où « les universitaires qui travaillent sur les
institutions ont généralement accordé peu d’attention à leur définition ». Selon Menard (2003)

7
Il n'existe pas de traduction satisfaisante de ces termes en français. On utilise en règle générale le terme d'exécutoire, qui ne rend
que partiellement compte de la réalité du concept anglais, et qui laisse échapper la distinction entre ex-ante et ex-post notée ci-haut.

84
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

en restreignant le sens d’« institutions », cette notion pourrait être vue une convention entre
deux agents, Toutefois, une telle allégation doit être fortement nuancée.
Pour North (1990), « institutions are the rules of the game in a society or, more formally, are
the humanly devised constraints that shape human interaction »8. A la suite de North (1990),
Ménard (2003) explicite la notion d’institutions en disant qu’il s’agit d’« un ensemble de
règles durables, stables, abstraites et impersonnelles, cristallisées dans des lois, des traditions
ou des coutumes, et encastrées dans des dispositifs qui implantent et mettent en œuvre, par le
consentement et/ou la contrainte, des modes d'organisation des transactions ».
Cette définition met en lumière trois groupes de points qui permettent d’identifier et
caractériser une institution :
- stabilité et durabilité ;
- abstraction et impersonnalité ;
- normatif.
Ainsi, les institutions permettent de faciliter la coordination entre les agents. Elles édictent en
effet des règles et mettent en place des dispositifs qui vont faciliter l’identification des
procédures en vigueur de telle sorte que les individus n’aient pas à se réinterroger à chaque
fois sur les principes de rationalité de leurs actions. Précisons toutefois que si les institutions
facilitent la coordination entre les individus, elles ne créent pas un cadre parfait de
coordination. Il est donc impérieux d’envisager des solutions intermédiaires. Dans ses écrits,
Ménard (2005) propose l’existence de dispositifs spécifiques dénommés « micro-
institutions ».

1.3 Les micro-institutions

Cette proposition repose sur l’idée selon laquelle « un environnement institutionnel ne se


caractérise pas seulement par la production de règles et/ou de normes, mais aussi et surtout
par la production de dispositifs destinés à la mise en œuvre de ces règles » (Ménard, 2003, p
105). L’analyse de ces dispositifs est, selon Ménard, une pièce maîtresse du programme néo-
institutionnel dans la mesure où ils visent à articuler «les règles du jeu générales aux modes
effectifs d’organisation des transactions».

8
Les institutions sont les règles du jeu dans une société ou, plus formellement, elles sont les contraintes conçues
par l’homme qui façonnent l’interaction humaine.

85
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les micro-institutions sont définies comme « des dispositifs d’accompagnement destinés à


rendre effectives les règles ». Dans la pratique il faut noter l’extrême diversité des formes
concrètes que peuvent recouvrir les micro-institutions. Une instance ou une agence de
« régulation » peut être considérée comme une micro-institution dans la mesure où par son
activité, elle tend à préciser et rendre applicables des lois, des réglementations possédant un
caractère général. Ces dispositifs ont donc vocation « à s’intercaler entre les règles du jeu
globales balisant l’environnement institutionnel d’une part, et les agents, les organisations, ou
les accords contractuels qui les lient d’autre part » (Ménard, 2003, p. 114). Ils permettent une
meilleure adaptation de l’activité transactionnelle aux règles globales (environnement
institutionnel) et contribuent à réduire les « frictions » et les coûts de transactions supportés
par les agents. Elles facilitent le jeu et l’activité transactionnels et devraient se traduire par
une augmentation de la qualité et du volume de transactions.

Les dispositifs micro-institutionnels présentent en théorie deux caractéristiques justificatives.


La première est la capacité à implémenter les règles. La seconde est la capacité à les faire
respecter. Il s’agit donc d’assurer la crédibilité des engagements des parties tout en permettant
une certaine flexibilité de l’accord.

La première justification renvoie à la notion « d’enforceability » qui correspond à « la


capacité d’implémenter ex-ante des règles et des procédures de mise en œuvre réalisables ».
Les capacités cognitives des agents qui conçoivent les règles (législateurs, bureaucrates) étant
limitées et les asymétries d’information parfois importantes entre régulateurs et agents
régulés, les règles du jeu transactionnel sont généralement incomplètes dans la mesure où la
nature et l’intensité des problèmes posés localement peuvent également différer du niveau
auquel les règles sont élaborées. Le caractère incomplet des règles pose la question de la
nécessité ou non de les adapter aux contextes locaux, dans un objectif d’efficience de
l’activité transactionnelle des agents privés. Un des rôles des micro-institutions est alors
d’adapter, de préciser en fonction des contextes locaux, les modalités d’application de ces
règles.
La seconde justification renvoie à la notion « d’enforcement » qui correspond à « la capacité
des dispositifs à rendre ces règles opérationnelles ex-post, de manière à sécuriser les
transactions des agents » (Ménard, 2003). Avec l’information asymétrique et les règles du jeu
transactionnel imparfaites, la tentation de les transgresser peut devenir parfois intéressante,
lorsque l’on tient compte de l’opportunisme potentiel des agents réglementés. A partir de cette

86
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

réalité, il ne suffit pas d’édicter une règle mais il est également nécessaire pour le
« réglementeur » de mettre en place des dispositifs complémentaires qui ont vocation à
repérer et sanctionner les comportements de passagers clandestins.
Au vu de ce qui précède, il apparaît clairement que l’objectif visé est celui de l’efficacité des
institutions.

1.4 La notion d’efficacité des institutions

Aborder la question de l’efficacité des institutions revient à reconnaître que certaines peuvent
être plus favorables que d'autres au développement d'un volume important de transactions,
d'où la possibilité de mieux tirer parti de la division du travail et de la réduction du coût des
transactions, et de ce fait d’une possibilité d'une accumulation plus forte.
L'hypothèse qu'on fait, et qui peut être étayée par des études comparatives, est donc qu'il
existe des institutions porteuses de facilités transactionnelles et qui par là permettent de tirer
un meilleur parti de la division du travail. Alston et alii (1996) proposent de qualifier ces
institutions de « wealth enhancing », ce qui est peut-être une qualification plus adéquate que
le terme « efficace ». En tout état de cause, l'idée centrale, que North (1971, 1981) a très tôt
mis en avant et que Greif (1993,1998) a récemment développée sur des exemples très précis,
reste la même : il existe des dispositifs institutionnels qui, dans la durée, ont des effets
dynamisant plus importants que d'autres.

Par ailleurs le critère d’efficacité des institutions n’est pas nécessairement le seul à être pris en
compte. Les Welfaristes soutiennent une position opposée. On retrouve ici le vieux clivage
entre « efficacité » et « socialisation ». Les tenants de ces deux approches s’entendent sur
l’objectif général de la microfinance, à savoir la réduction de la pauvreté. Pour le reste,
l’opposition est tellement vive qu’elle a été désignée comme le « schisme de la
microfinance ».
L’évolution actuelle du secteur de la microfinance, marquée par la recherche de la stabilité et
de la viabilité, commande d’envisager l’adoption d’une logique bancaire « socialisante » en
vue de sortir ce système de financement décentralisé de l’emprise des dons et lui donner une
autonomie créatrice de richesses.
Pour cela, il faut comprendre les bases du fonctionnement bancaire qui ont assuré la pérennité
de ce secteur.

87
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.5 Vers une logique bancaire « socialisante »

Les difficultés de plus en plus visibles rencontrées par le marché de la microfinance dans les
PVD en général, et le Gabon en particulier, conduisent notre recherche vers une adaptation
des comportements bancaires au secteur de la microfinance débouchant sur une évolution
technique des pratiques et procédures du secteur de la microfinance.

1.5.1 Le rationnement du crédit


Une explication du rationnement de crédit par les banques a été proposée par Honoré (1995).
Pour cet auteur, cette situation tient à la nature de la logique bancaire. Il a montré « comment
les individus, chargés dans une structure bancaire de décider de l’octroi ou du refus de crédits,
peuvent agir rationnellement, c’est à dire de manière cohérente par rapport aux modes de
fonctionnement de la firme ». A la suite d’entretiens menés à tous les niveaux de
l’organisation, Honoré a constaté que, pour faire face à l’incertitude devant laquelle ils sont
placés, les individus recourent à une logique commune d’action, à savoir la logique de
minimisation du risque. Il existe une conviction partagée quant au recours à cette logique. Dès
lors, pour légitimer et assurer la cohérence de leurs actions, les individus vont, prenant appui
sur des procédures, constituer un dossier détaillé sur le demandeur de crédit. Ce dossier
permet d’évaluer le risque du crédit. Il est utilisé par toutes les composantes de la structure et
permet dès lors de normaliser les comportements afin de les rendre cohérents.
Cette normalisation des comportements présente toutefois une limite selon Honoré : celle de
la capacité de négociation des acteurs. Cette capacité de négociation dépend de la place que
l’individu occupe dans la hiérarchie et du rôle qui y est attaché. Mais cette capacité de
négociation est également liée au risque personnel du décideur. Elle lui permet d’apprécier le
risque sur la base d’éléments subjectifs et pas seulement objectifs. Elle ne lui permet
cependant pas d’agir selon une autre logique de fonctionnement.
Les procédures offrent donc la possibilité d’une réponse encadrée à la demande de prêt. A la
suite de l’auteur, la situation de rationnement de crédit aux microentreprises provient
principalement à l’impossibilité de constitution d’un dossier de crédit pertinent pour évaluer
le risque associé à ce type d’entreprises. Les arguments avancés sont les traditionnels
problèmes de disponibilité et d’asymétrie d’informations mettant en défaut l’application de la
logique de minimisation du risque.

88
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.5.2 La minimisation du risque


Dans ce contexte, les institutions de microfinance alternatives qui ont été mises en place dans
les pays moins favorisés peuvent se comprendre comme faisant appel à un autre mode de
coopération que celui reposant sur la logique marchande de minimisation du risque. Elles
parviennent à faire face à une demande spécifique, car, « en lieu et place des relations
individuelles anonymes, elles substituent des relations de confiance et de proximité qui leur
permettent d’endogénéiser le risque » (Soulama, 2002). Le respect des engagements est assuré
par des valeurs telles que l’importance accordée à la confiance, à la parole donnée, à la
réputation, à l’altruisme, au souci du prochain, etc. On retrouve ici des principes justificateurs
qui font appel principalement à la logique domestique, mais aussi à la logique civique et à
celle de l’opinion.

Dans ce contexte, c’est l’analyse des « économies de la grandeur » (Boltanski et Thévenot,


1987) qui permet de mettre en évidence les systèmes de coopération en lien avec des formes
d’objectivité contextuelles construites à partir de grandeurs axiomatiques telles que la
communauté humaine, la différenciation des situations des acteurs, la dignité, le statut social,
la destinée économique commune, le bien-être solidaire et partagé.
Wissler (1989) offre une application intéressante des travaux des économies de la grandeur à
des institutions de crédit dans certaines de ses publications. Dans l’une d’elles, relative à
l’octroi de crédit au Crédit Mutuel de Bretagne, il montre en effet combien le processus de
prise de décision d’octroi de crédits induit le recours à des principes de justification différents
qui s’imbriquent les uns dans les autres jusqu’à la formation d’un jugement prudent. Nous
avons vu en effet que la décision d’attribution d’un crédit induit une prise de risque. Afin de
fonder et justifier sa décision, l’analyste-crédit va devoir se conformer à un principe de
rationalisation. L’examen des ressources engagées pour distribuer le crédit et analyser la
qualité des emprunteurs permet de révéler la ou les logiques à l’œuvre dans l’organisation à
laquelle il appartient.

Les ressources engagées sont tout particulièrement visibles lors d’une situation d’épreuve
telle que le comité de crédit ou les réunions du conseil d’administration (Wissler, 1989). Si,
pour réduire l’incertitude, le décideur recourt à des relations étroites et suivies avec ses
clients, à la connaissance et confiance qu’il a à l’égard des microentreprises, s’il les aide à
monter leur dossier de crédit, etc., le principe supérieur commun du monde domestique est
privilégié.

89
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Si au contraire, le décideur s’appuie sur une analyse en profondeur et objective du dossier de


crédit, sur l’anticipation des cash-flows attendus, sur la solidité de l’entreprise, etc., le
jugement relève d’une nature industrielle. Comme le fait remarquer Wissler (1989), « les
rationalités qui légitiment les actions, respectivement domestiques et industrielles, sont
incompatibles ». Pour une personne privilégiant la nature domestique, le jugement industriel
est anonyme, impersonnel, voire déshumanisé. A l’inverse, pour celle qui privilégie la nature
industrielle, le jugement domestique est subjectif, intuitif, biaisé.
Wissler reconnaît cependant qu’étant donné la complexité du métier bancaire et la nature
« composite » du crédit, des « passages » doivent être aménagés entre des logiques d’action
différentes. C’est ainsi qu’un analyste appartenant à une entreprise privilégiant la rationalité
industrielle (de productivité, d’efficacité et de rentabilité) peut être amené à visiter les
installations pour se faire une idée plus précise sur la qualité de l’emprunteur et donc, sur sa
capacité de remboursement. Or, cette proximité entretenue avec le demandeur et l’intégration
d’éléments de nature plus subjective relève d’une rationalité domestique susceptible
d’influencer son jugement. L’analyste doit dès lors faire un compromis entre ces deux
logiques d’action (Wissler, 1989).
Au vu de ce qui précède, il est important de réexaminer notre problématique sous l’angle de la
théorie néo-institutionnelle.

Section 2. Réinterprétation de la problématique de recherche à la


lueur de la Théorie Néo-Institutionnelle

La microfinance est née suite aux échecs patents de politiques macroéconomiques des pays du
sud et, dans leur version la plus récente, des programmes d’ajustements structurels des années
80 qui devaient apporter les bases stables nécessaires au développement des pays de moindre
développement (Woller & Woodworth, 2001, Buss et Terry, 1999). Devant ces échecs, ce
sont développées des modes solidaires dont le but était de soulager de la façon la plus
immédiate possible la souffrance des populations précarisées ainsi que créer les bases d’un
développement local endogène indépendant des politiques conçues de l’extérieur. Il existe
aujourd’hui un consensus plus ou moins établi sur l’efficacité générale de la microfinance en
termes de réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité des populations qui recourent à ce
mode de financement. Ceux qui étaient des « indésirables » du système bancaire classique ont

90
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

démonté leur capacité à rembourser des prêts malgré leurs faibles revenus. Mais la frénésie
actuelle autour de la « niche » que constitue la microfinance laisse apparaître de profonds
désaccords sur la façon de faire évoluer le mouvement. Certains auteurs estiment que la
microfinance, loin de favoriser un développement des clients bénéficiaires, engendre en réalité de
nouvelles formes de pressions sociales. La légitimité des pouvoirs publics (nationaux ou
internationaux) qui appuient le développement de la microfinance est, alors, contestée.

2.1 La genèse néo-institutionnelle de la microfinance

Aux lendemains des indépendances, les politiques mises en œuvre, légitimées à la fois par les
courants structuraliste et post-keynésien, accordent un rôle dominant à l’État. C’est la grande
époque des plans quinquennaux. La voie empruntée par la plupart des gouvernements
subsahariens s’inscrit dans le « tout développement » dans une perspective du « tout État »
marquée par la planification. Les entreprises publiques sont subventionnées à tour de bras, les
banques de développement sont créées et pratiquent des taux subventionnés en soutien au
monde rural et à l’entrepreneuriat national.

Mais, à cause du clientélisme observé dans la politique d’attribution des crédits par les
institutions de financement publiques, les remboursements des prêts sont difficilement
recouvrables et les subventions, versées aux entreprises publiques sont détournées à des fins
personnelles par les dirigeants de ces structures étatiques. Les modes de fonctionnements
mixées (économies mixtes, monopartisme) importés du Nord (Est-Ouest) favorisent les
déviances managériales, la généralisation des « crédits-dons » (Guérin, 2000) et
l’impunité qui participent largement à la dépravation des systèmes. En effet, plusieurs
bénéficiaires estiment que l’argent (crédit) obtenu leur appartient en tant que « fils du pays ».
C’est la situation vécue par la Banque Gabonaise de Développement du Gabon qui avait lancé
(sous la haute inspiration de la Présidence de la République) un programme de financement à
la veille de l’élection présidentielle de 1993 et qui n’avait jamais pu recouvrer les sommes
octroyées aux « entrepreneurs ».

Pointés du doigt par les instances internationales, les États au sud du Sahara sont accusés de
laxisme et de corruption. La régression économique et l’aggravation des déséquilibres
financiers enregistrées au cours des années soixante dix et quatre vingt sonnent le glas de la
planification (Hugon, 1998), et le consensus « classico-keynésien » (Guérin, 2000) cède la

91
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

place au « consensus de Washington ». « À une économie administrée par les règles se


substitue une économie de marché régulée par les prix » (Guérin, 2000). On assiste à la
libéralisation des marchés considérée comme la thérapie adéquate pour lutter contre la
récession. Cette perspective a pour cadre théorique le paradigme de la répression financière.
Selon Mc Kinnon (1973) et Shaw(1973), les pays en voie de développement souffrent d’un
système d’intermédiation financière inefficace qui étouffe la croissance de l’épargne et ne
permet pas le financement des projets à hauts rendements. Les tenants de cette théorie
prédisent que la libéralisation va stimuler l’épargne et favoriser la croissance des
investissements. Ils avancent l’hypothèse implicite du marché financier parfait.

Mais devant les résultats décevants enregistrés, les arguments avancés par Mc Kinnon et
Shaw sont remis en cause car le contexte d’incertitude exacerbé et d’information imparfaite
freine, voire bloque la marche (Guérin, 2000) vers le développement. D’ailleurs Stiglitz et
Weiss démontrent les imperfections du marché.

C’est dans ce contexte que plusieurs auteurs vont identifier d’autres options financières en
périphérie du système financier classique. Dans ces pays en développement, on note la
présence de systèmes de financement décentralisé (SFD). En effet, à côté du système financier
classique existe un système de financement décentralisé. Selon Taylor (1983), ce marché non
officiel est « compétitif et agile ».
Van Wijnbergen (1983) estime que les tenants du paradigme de la répression financière ont
occulté la stratification du système financier dans les pays en voie de développement alors
que les marchés informels se présentent comme une alternative avec des pratiques qui leur
sont propres

Dans cette perspective, les approches néo-institutionnalistes découlant des travaux de Stiglitz
et Williamson semblent indiquées pour développer l’analyse des pratiques managériales et
l’environnement institutionnel. Les approches novatrices proposées par Davis et North (1971)
North (1981), Coase (1991), Greif (1998) et Aoki (2001) permettent d’envisager un cadre
d’analyse donnant des premières réponses au questionnement formulé plus haut. Elles
raisonnent dans une perspective dynamique, mettent en lumière les causes de l’évolution du
cadre institutionnel, avec les aléas des opportunismes et les comportements dissymétriques, et
envisagent les procédures de neutralisation du phénomène des « passagers clandestins ». Ces
auteurs soutiennent que l’atteinte de l’efficience informationnelle globale (c.à.d. individuelle

92
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

et collective) passe par l’existence d’un environnement institutionnel « efficace ». Pour y


parvenir, les institutions doivent assurer :

- l’atténuation des coûts de transaction ;

- la limitation des asymétries d’information ;

- le respect des engagements par les parties prenantes.

La magnification de ces actes donne à l’État une dimension fonctionnaliste9 qui favorise la
naissance d’organisations susceptibles de prendre en charge le collectif (Stiglitz, 1986 ;
Williamson, 1995). C’est le cas des groupes solidaires qui acquièrent alors une nouvelle
légitimité. D’après l’enquête menée par la Banque mondiale (1997), les prêts collectifs
enregistrent entre 12 et 17% d’impayés contre 9% pour les prêts individuels. Les résultats
bruts masquent en fait une très forte disparité : quand des institutions enregistrent des taux
quasi-nuls, d’autres croulent sous les impayés, on ne peut cependant en déduire une efficacité
moindre du prêt collectif.

Ces groupes fonctionnent sur le système de prêt de groupe de caution solidaire. Sachant que le
problème principal auquel se heurtent les microentreprises est l'absence de garantie réelle, une
solution consiste à faire supporter le risque de défaut personnellement et solidairement par un
ensemble de personnes. En fait la garantie n’est qu’un aspect des sources d’efficacité du prêt
de groupe. Ce mécanisme incorpore un ensemble de solutions aux problèmes d’information
au niveau notamment de la sélection, du conseil, et du respect des obligations, le tout à un
coût très faible pour le prêteur. L’interdépendance entre les membres du groupe évite au
prêteur de mettre en place un système coûteux de supervision et de contrôle.

Telles sont les raisons pour lesquelles le corpus néo-institutionnelle autorise la justification de
l’existence de ces groupes en explicitant comment la coopération s’opère sans remettre en
cause l’hypothèse de rationalité et sous quelles conditions ils constituent une solution
permettant de faire face aux problèmes de la sélection adverse et de l’aléa moral.

9
Le fait qu’individus et institutions soient capables de s’adapter ne conduit pas nécessairement à une situation
efficiente au sens de Pareto, du fait du contexte d’information imparfaite et de l’incomplétude des marchés. Cette
inefficience implique un rôle potentiel pour les gouvernements (Stiglitz, 1986 ; Williamson, 1995). Un rapport
récent de la Banque Mondiale (1997) attribue cinq fonctions à l’Etat (Hugon, 1998) : établir un système de prix,
maintenir un environnement de politiques non discriminantes y compris la stabilité macroéconomique, investir
dans les services de base et l’infrastructure, protéger l’environnement et favoriser l’équité. L’intervention de
l’Etat ne peut être efficace que s’il est capable de mettre en place des règles et surtout de les faire appliquer.

93
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ces groupements coopératifs apparaissent comme une réponse au risque d’asymétrie


informationnelle auquel sont confrontés les investisseurs.

2.2 La limitation des asymétries d’information par la responsabilité


conjointe des membres du groupe de prêt de caution solidaire

En général, trois préoccupations habitent tout prêteur et renvoient au problème de l’asymétrie


informationnelle :
- le comportement futur de l’emprunteur ;
- la production et la diffusion de l’information réelle par l’emprunteur ;
- la neutralisation de l’opportunisme.
Ceci augure de la détention par l’emprunteur d’un certain nombre d’informations non
partagées, mettant ainsi le prêteur dans une position de faiblesse.
L’existence de cette asymétrie est un fait socio-économique qui est démontré par la
mobilisation des modèles de Stiglitz et Weiss (1981) et Williamson (1986).
Pour Stiglitz et Weiss (1981), l’emprunteur ne fournit pas au prêteur toutes les informations
en amont (ex ante) de la conclusion du contrat. Ce modèle met en lumière « la sélection
adverse » qui stipule que dans ce cas de figure il est difficile de différencier les « bons »
emprunteurs des « mauvais » emprunteurs.
Williamson, quant à lui, défend l’existence d’asymétrie d’informations « ex post ». Dans cette
situation, le modèle stipule que les comportements opportunistes de l’emprunteur après
signature du contrat de prêt peuvent entraîner son exécution partielle ou sa non-exécution au
détriment du prêteur. On parle alors de « hasard moral ».
En règle générale, on observe que le prêteur ne s’engage dans une relation que si les moyens
de limitation de l’asymétrie d’information ainsi que l’incertitude y liés sont établis. Pour y
parvenir il faut disposer d’un système fiable de recherche d’information, de surveillance et
incitations diverses à l’exécution des contrats.

Dans les régions subsahariennes, la question de l’asymétrie informationnelle est un problème


prégnant et complexe pour les prêteurs potentiels. L’acquisition de l’information dans ce
contexte est difficile et coûteuse, et son absence complique l’évaluation de la solvabilité des
emprunteurs.

Les critères objectifs utilisés généralement par les institutions financières (taux de rentabilité
de l’activité, niveau de revenu de la personne, ratio d’endettement, etc.) ne sont guère adaptés

94
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

puisqu’il est délicat, pour ne pas dire impossible, d’isoler l’activité économique de l’ensemble
des contraintes qui pèsent sur l’emprunteur (Bloy et Mayoukou, 1994). A cela, il faut ajouter
à l’instar du secteur bancaire qu’il n’existe pas, dans plusieurs pays subsahariens,
d’organismes capables de fournir des informations sur les risques qui permettraient aux
intermédiaires microfinanciers de les mesurer et anticiper. Même si cela était possible, il faut
toutefois observer que toute quête d’information serait prohibitive au regard du montant faible
des micro-crédits sollicités.

Si, par mimétisme intégral, la microfinance emprunte au secteur bancaire les méthodes de
contrôle du comportement de l’emprunteur, elle en viendrait à exiger des garanties
matérielles. Mais, elle se trouve en face d’une population cible qui ne possède pas souvent de
patrimoine. Aussi, la substitution de garanties matérielles par des garanties sociales est une
innovation qui utilise la pression sociale exercée par la communauté à laquelle appartient
l’emprunteur pour garantir le remboursement du prêt par un tiers.

Cette adaptation de l’organisation microfinancière à son contexte permet d’atténuer la


problématique de l’asymétrie informationnelle. En effet, le groupe communautaire est en
mesure d’apprécier la qualité de l’emprunteur en termes de solvabilité et ainsi, permettre de
pallier aux deux problèmes majeurs de l’asymétrie d’informations que sont la transparence
des activités et le contrôle des emprunteurs membres d’un groupe.

Selon Mayoukou (1999), la connaissance mutuelle des membres du groupe et leur expérience
en matière de finance informelle constitue une « externalité positive d’information ».

En plus, l’internalisation d’une large partie des coûts de sélection et de contrôle ouvrent la
voie à une réelle viabilité financière des projets car le groupe détient une capacité d’auto-
sélection héritée des sociétés tontinières. Ce mode collectif permet au « capital social »
d’exercer une autorité faîtière qui atténue les carences de coopération.

Fort de ses spécificités novatrices en milieu peu nanti, la microfinance vue en tant qu’outil de
développement peut apparaître comme un levier susceptible de dynamiser une économie de
marché inclusive à même d’optimiser l’allocation des ressources dans les zones subissant une
désertification financière.

95
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3 Le prêt collectif : capital social et mode de « good governance »,


sources de performance

L’observation du fonctionnement du prêt collectif met à jour des interactions entre membres
d’un groupe solidaire issu de la société civile. Cette dernière exerce une pression sur les
emprunteurs et constitue, d’après Coleman (1988) et de Putnam (1995), un « capital social ».
Putnam (1995) renchérit en disant que les « modes d’organisations sociales, telles que les
réseaux, les normes et la confiance […] facilitent la coordination et la coopération pour un
bénéfice mutuel ». Le mode opératoire du prêt collectif apparaît donc comme un mode de
gouvernance.

Production
Capital
d’informations sur
les bénéficiaires Social

Établissements
Relation de contrôle
de
Microfinance
Remboursement
Bénéficiaires
de
Relation de prêt Prêt collectif

Liens sociaux Relations financières Réseau information

Schéma 1 : le construit du Prêt collectif


Source : Simon PETER

À partir d’objectifs partagés, les parties prenantes différentes par nature - représentées sur ce
schéma - s’accordent autour de normes sociales qui jouent un rôle déterminant dans
l’atténuation des coûts de transaction grâce à un mouvement d’ensemble réunissant le prêteur,
le corps social et les emprunteurs. Cette dynamique du prêt collectif se construit autour de
trois principaux éléments :

- l’adhésion solidaire : le financement obtenu permet aux membres bénéficiaires de


développer des activités génératrices de revenus, assurant ainsi le remboursement du
prêt ;

96
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- la production de l’information au bénéfice de la société de financement décentralisé


par le corpus social qui, en même temps, exerce un contrôle sur l’utilisation conforme
des moyens financiers mis à la disposition des membres bénéficiaires ;

- la confiance sociale, issue du lien de proximité entre les individus (du groupe social),
permet de garantir la qualité de l’emprunteur. Ceci étant, la « caution sociale » évite à
l’emprunteur la production de garanties réelles.

Le principe des systèmes de prêt coopératif, puisqu’il vise à mobiliser les capacités
d’organisation collective, s’inscrit explicitement dans cette trilogie. Au centre de cette
dernière il y a le micro-crédit, nécessaire au développement des Très Petites Entreprises.
Capter les bons clients, pour éviter la sélection adverse, est sans nul doute le plus gros défi
des SFD dans un milieu où la centralisation des risques est méconnue. Alors, le risque devient
une menace sérieuse et sa maîtrise une gageure dans un tel environnement. Par conséquent,
une prise en compte de l’environnement est essentielle à l’efficacité de la gouvernance. Dans
notre cadre, la gouvernance est le processus par lequel la coopération des acteurs aide au
fonctionnement du prêt collectif. En d’autres termes, la spécificité de la coopération donne
aux parties prenantes un sens plus large ; sa définition inclut dans un ensemble l’organisme
microfinancier, les clients emprunteurs et le corps social.

D’un côté, le corpus social contrôle les emprunteurs et exerce sur eux une pression sociale qui
les amène à utiliser en « bon père de famille » les ressources mises à leur disposition pour la
réalisation d’un projet générateur de revenus. D’autre part, la force de la proximité sociale
permet aux emprunteurs de disposer d’une information sur les prêteurs fournie par le corps
social. L’interaction ainsi observé « cimente » la coopération des parties prenantes et atténue
les coûts de transaction tout en développant les compétences des emprunteurs en matière
d’auto-organisation et de bonne gouvernance.

Le mode « good governance » se comprend comme un dispositif de coopération à partir


duquel les emprunteurs doivent relever les défis tels que la pression environnementale et la
précarité car elles constituent des foyers propices aux comportements opportunistes. Avec les
opportunismes observés, le mode « good governance » constitue un des thèmes centraux des
débats autour de la viabilité et la pérennité des sociétés financières décentralisées (SFD). Le
résultat de ces discussions semble ériger le prêt collectif en barrière contre les défaillances

97
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

grâce à la mise en place de systèmes d’incitations qui conduisent les parties prenantes à ce
type de gouvernance à poursuivre un intérêt général source d’équilibre du système. Ce
dispositif emprunte à la théorie néo-institutionnelle l’essentiel des éléments explicatifs dont la
gouvernance a besoin pour justifier son efficacité.

D’ailleurs, plusieurs auteurs, dont Mersland et Strom (2007), établissent un lien positif entre
la bonne gouvernance et la performance des SFD. Pour ce faire, il faut un système de
transparence informationnelle, de gestion de conflits, de contrôle du respect des conditions du
prêt. En bénéficiant d’un prêt à terme, les membres obéissent aux exigences de solidarité au
travers de remboursement pour offrir des garanties au prêteur. Dans cet engagement collectif
et solidaire, les membres développent une transparence objective pour assurer l’exécution des
termes contractuels. En termes de gouvernance, cette solidarité est logique car il est facile
d’intéresser les membres à une responsabilité solidaire par un lien social, parce que les acteurs
évoluent dans une proxémie territoriale qui favorise une interdépendance et une responsabilité
sociale partagée.
Aussi à travers le mode opératoire du prêt collectif, l’intérêt de l’engagement de chaque
membre est de parvenir à une structure équilibrée permettant un fonctionnement efficace et
une création de richesse pour les parties prenantes. La qualité du dispositif de prêt tient donc,
en grande partie à sa capacité à concilier les objectifs des emprunteurs et ceux du prêteur.

À partir de ce modus operandi, le mode de gouvernance observé constitue un élément


important dans le débat sur la viabilité et la pérennité des systèmes de financement
décentralisés qui privilégient le mode opératoire du prêt collectif.

Section 3. Comportements et processus de coopération du prêt de


groupe à caution solidaire

Les modèles de dynamique des systèmes de financement décentralisé proposés, notamment la


tontine et le prêt collectif, rencontrent deux écueils en contexte gabonais. On observe tout
d’abord l’absence de culture du mode de groupement solidaire, et ensuite le fait de
l’institutionnalisation du marché de la microfinance. Ceci explique donc la difficulté de voir
s’affirmer ces deux modes opératoires que sont le prêt collectif et la tontine. Des éclairages

98
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

appropriés issus des approches contingentes et conventionnalistes vont permettre, par la suite,
d’ausculter en profondeur les pratiques des acteurs.

Faisant écho à l’observation de notre contexte relevant le paradoxe systémique du marché de


la microfinance au Gabon, cette section se donne pour objectif d’éclairer notre cadre d’étude
au niveau des contraintes inhérentes au prêt collectif qui est le mode (institutionnel) amélioré
de la tontine.

3.1 L’efficacité relative du prêt collectif et les contraintes contextuelles

Pour être efficace, le prêt collectif nécessite des pré-requis en l’absence desquels sa mise en
œuvre peut être compromise. On peut citer quelques facteurs principaux : les critères
d’éligibilité des membres du groupe, la stratégie de « risk pooling » (ne pas appartenir à la
même famille, ne pas vendre le même produit), l’auto-sélection des membres, l’auto-
surveillance des membres, la proxémie territoriale (Lanha, 2001a).
Mais il arrive que ce mécanisme soit soumis à l’épreuve du « court-termisme », du respect des
obligations communautaires et de l’asymétrie des positions sociales.

3.1.1 La prégnance du « court-termisme »


En Afrique subsaharienne, la non maîtrise des environnements pousse les acteurs à posséder
un plan « A », « B » ou « C » pour faire face aux aléas de l’incertitude. Cette incertitude est
d’autant plus grande que les mécanismes institutionnels de soutien ou d’accompagnement sur
les plans économique, financier et social sont soit inexistants, soit embryonnaires.
Dans cet environnement incertain la posture d’anticipation permet d’avoir une certaine
flexibilité et une capacité de « retournement » situationnelle.
La flexibilité va consister en un saupoudrage de l’allocation des ressources entre deux ou trois
microprojets. Par ailleurs, le fait de posséder plusieurs plans de substitution en cas de
difficultés prédispose l’acteur à une « capacité de réversibilité » pour faire face à un
événement irréversible en disposant de plusieurs options dont la propension des actifs à muer
en « liquides » (en termes financiers et monétaires) est rapide. Ce mode de fonctionnement en
milieu incertain implique une préférence des retours sur investissements réalisés à court terme
et par conséquent un risque d’opportunisme.

99
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.1.2 Les exigences communautaires


Au Gabon, comme dans la plupart des pays d’Afrique Centrale, l’environnement impose aux
acteurs une série de droits et obligations. C’est ce que nous appelons dans notre contexte des
« droits et obligations au lignage ». Cet ensemble comporte par exemple d’une part
l’obligation de contribuer au mariage ou au deuil d’un membre du lignage, d’’assister un
neveu en détresse, et d’autre part le droit de recueillir la dot (lors d’un mariage) ou le panier
du deuil (lors d’un décès). Ce type de dépenses est ancré dans le conscient collectif et s’inscrit
dans le mode solidaire de fonctionnement de ces sociétés. D’ailleurs, il y est dit dans ces
contrées que « la vie est une tontine », le soutien permanent de l’un à l’autre assure un
système de redistribution des ressources qui garantit à chacun le soutien de la communauté
devant les aléas. Mais ces pratiques soumettent souvent les groupes de prêt collectif au
détournement des prêts obtenus par certains membres à d’autres fins. Il faut toutefois relever
que la hiérarchisation sociale en Afrique confère aux uns et autres des positions sociales
différentes qui elles aussi, affectent l’efficacité optimale du prêt collectif.

3.1.3 L’asymétrie des positions sociales


L’observation des statuts sociaux à travers le prisme de l’asymétrie des positions sociales fait
apparaître que les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les variables telles que l’âge,
le sexe et la position dans le lignage impactent sur l’allocation d’un prêt.

En parlant d’âge on remarque très souvent que les jeunes sont soumis au droit d’aînesse. Très
souvent lorsqu’un jeune entre en possession d’une somme d’argent relativement importante, il
se doit d’aller offrir un pécule aux anciens afin que ces derniers lui donnent la bénédiction
pour sa réussite dans les affaires. C’est une marque d’allégeance.

Les femmes, quant à elles, doivent faire face aux exigences familiales. En effet, placées en
« back office » sur le plan familial, elles prennent naturellement en charge les frais de
fonctionnement du foyer quitte à puiser dans les ressources issues de leurs engagements
financiers extérieurs.

Enfin les obligations et droits conférés par le lignage impliquent des actes en responsabilité
vis-à-vis de la communauté ou assure des situations relatives de rente. Chaque acteur, selon
son rang social, assume des obligations ou bénéficie de droits conformément aux us et
coutumes de la communauté. Cette ambivalence développe un double effet.

100
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En situation « d’obligations », l’acteur est contraint et peut détourner un prêt dans une
direction inspirée par l’exigence communautaire. En situation de « bénéfice », le
positionnement hiérarchique représente une source de revenus potentiels qui peuvent, par
ricochet, servir à conforter l’asymétrie des positions sociales.

En somme, on observe que le groupe de prêt à caution solidaire peut comporter des parties
prenantes à statuts différents et dont les priorités ne s’orientent pas vers des utilisations
productives des crédits obtenus et partant, déséquilibre le groupe. La question de l’équilibre
est donc importante dans la perspective de la cohésion d’un groupe de prêt collectif. Au-delà
de l’analyse théorique de ce modus operandi, des résultats de travaux empiriques (Bassole,
2004) établissent le caractère mitigé de l’efficacité du modèle du prêt collectif et permettent
d’expliciter les comportements essentiels des acteurs.

3.2 Éclairages sur les comportements coopératifs

Le groupe de prêt collectif en tant que mode organisationnel n’échappe pas à sa considération
comme « boîte noire ». La perspective développée par le modèle de groupe de prêt solidaire
permet de fixer les conditionnalités par lesquelles appréhender l’efficacité du modèle. Il
ressort finalement que la problématique de l’asymétrie informationnelle trouve des réponses
dans la cohésion sociale, la convergence des actions et le développement des incitations afin
d’asseoir les meilleurs comportements coopératifs.

Il existe donc des comportements qui marquent positivement le fonctionnement des groupes.
Toutefois, sans se livrer à une description exhaustive de la diversité des comportements
observables par rapport à la variété des programmes de micro-crédit à travers les continents
qui n’est pas notre objet, il nous semble pertinent d’adopter une grille de lecture nous
permettant de clarifier la compréhension des comportements.

Dans cette perspective, nous considérons deux clés de lecture possibles, à savoir la confiance
et la surveillance mutuelle. Cette double lecture nous permet de retenir trois dimensions pour
expliquer l’efficacité relative du groupe de prêt solidaire dans les pays d’Afrique
subsaharienne : la prégnance collective, la cohésion sociale et la confiance.

101
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.2.1 La prégnance collective et son ambivalence


L’efficacité du groupe de prêt collectif dépend de la motivation des acteurs à coopérer en
respectant les conditions qui définissent et orientent les relations des membres au sein du
groupe. Or la diversité des intérêts peuvent entraîner un ensemble de pratiques en
contradiction avec le jeu organisationnel de la coopération. Ceci s’explique par le fait que les
règles du jeu « (…) engendrent leurs propres problèmes, c'est-à-dire leurs propres
incertitudes » (Friedberg, 1992).
Pour démêler l’enchevêtrement des intérêts différents, Friedberg (1992) propose une grille de
lecture à partir de quatre dimensions (le degré de formalisation de la régulation, le degré de
conscience qu’en ont les participants, le degré de finalisation de la régulation et le degré de
délégation explicite de la régulation). En nous inspirant de cette perspective tracée par
Friedberg (1992), nous allons retenir trois critères étroitement interdépendants : le croisement
des intérêts, le degré de coopération et la confrontation de la formalisation endogène/exogène.

[Link] L’articulation entre intérêts individuels et finalité


collective
Les groupes des co-emprunteurs n’échappent pas au dilemme inhérent à toute forme
d’organisation : « le risque de contradiction entre intérêts individuels et collectifs » (Guérin,
2000, 2002b). Les études de Guérin (2000, 2002b, 2007) dans leur l’analyse des
comportements des acteurs démontrent la difficile conciliation entre les intérêts individuels et
les intérêts collectifs. Pour parvenir à la complémentarité de ces deux logiques, il faut que les
membres du groupe instaurent une forme de coopération inspirée du modèle tontinier qui
puise sa stabilité dans l’acceptation de principes endogènes couplés aux normes de
l’environnement culturel, donc exogènes. Une fois cette articulation établie, chacun des
membres se soucie de la régularité de ses co-emprunteurs et met en œuvre des modalités de
fonctionnement en s’impliquant pour l’atteinte d’un résultat collectif.

À ce propos, nous pouvons emprunter à Coleman (1990a et b) et Reynaud (1989) qui


affirment que l’efficacité d’une organisation repose en partie sur des mécanismes de
régulation informels capables de mobiliser les comportements de ses membres en vue de
servir une finalité collective. L’articulation entre intérêts individuels et collectifs est sous-
tendue par un « système d’action concret » (Crozier et Friedberg, 1977). Selon Friedberg
(1992), « (…) la structure formelle n'est pas indépendante du champ de forces qu'elle
construit, elle ne dispose d'aucune rationalité supérieure aux conduites et pratiques qu'elle

102
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

cherche à canaliser et à réguler. Elle en est au contraire partie prenante intégrale, et elle ne
trouve force et prégnance que parce que, et dans la mesure où, elle est reprise et intégrée dans
ces conduites et pratiques qui l'utilisent autant comme protection que comme ressource dans
les transactions et négociations qui les lient ».

En somme, le mode de financement de groupe de prêt crée un compromis entre l’intérêt


individuel de la logique marchande et l’intérêt collectif de la logique communautaire. Ce
compromis est composé de plusieurs accords entre les parties prenantes, de nature socio-
économique qui ont vocation à normaliser et réguler les pratiques.
En Afrique, celui qui ne respecte pas la règle s’expose à des menaces de sanctions : sanctions
morales (ostracisme et désapprobation collective) mais aussi physiques, par le biais des forces
occultes (Mahieu, 1990).

[Link] Le degré d’interdépendance et de coopération


L’interdépendance des membres d’un groupe de prêt permet de surmonter la difficulté de la
conciliation intérêts individuels/intérêts collectifs, et oblige naturellement les parties
prenantes à coopérer, dès qu’ils ont conscience de leur interdépendance (Guérin, 2000) en
respectant les règles établis. En conceptualisant cette dynamique comme un « système
d’action concret », Crozier et Friedberg (1977) affirment que toute organisation est structurée
par des « règles du jeu » qui sont la conséquence d’une action collective productrice d’un
ordre local et contingent.

[Link] L’articulation endogène et exogène


Les travaux de plusieurs auteurs (Friedberg, 1992 ; Guérin, 2000) font apparaître que les
mouvements collectifs sont contraints par une normalisation édictée par des entités
extérieures. « Quel que soit son degré de formalisation, toute action collective est
partiellement endogène et partiellement exogène » (Guérin, 2000). L’action collective n’est
donc pas l’unique expression d’une formalisation mutualisée de volontés individuelles, elle
est l’aboutissement d’une inclusion de normes institutionnelles aux pratiques des parties
prenantes. L’alliance de ces deux réalités est l’expression d’un compromis qui a pour fonction
de sécuriser la coopération.

103
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.2.2 La cohésion sociale et l’instrumentalisation de la caution


solidaire
Plusieurs auteurs (Condé, Bouju, Gentil, 2001 ; Lanha, 2004) mettent en relief l’efficacité du
prêt collectif par le biais de la caution solidaire sans pour autant aborder de manière profonde
la question de la cohésion sociale. Or, elle constitue l’élément central de ce « système d’action
concret » qu’est le groupe de prêt à caution solidaire. Selon Guérin (2000), « dans certains
cas, la cohésion sociale est insuffisante voire inexistante ; ailleurs en revanche elle est si forte
qu’elle inhibe les comportements individuels et risque d’engendrer des coûts sociaux ; dans
d’autres cas enfin, elle s’exerce à une échelle différente de celle prévue dans le dispositif ».
Pour éviter le risque de fragilisation (déséquilibre) du groupe coopératif après sa formation, la
confiance est un gage de cohésion et un booster d’engagement.

Au Gabon, on a vu des membres, parties prenantes potentielles à un groupe, exprimer le refus


de s’associer à cause de la moralité douteuse de certains postulants ou avancer des réserves.
Selon Pretty et Ward (2001) « la confiance lubrifie la coopération ; elle réduit les coûts de
transaction et libère des ressources ». En fait, la dynamique de formation des groupes conduit
les « bons » membres à s’associer aux membres également « bons » (Varian, 1990). La
volonté d’être ensemble conduit à la co-construction d’une cohésion de groupe par
l’homogénéisation du risque (Stiglitz, 1990) et incite les membres à agir pour l’intérêt du
groupe à former (Banerjee, Besley et Guinanne, 1994 ; Van Tassel, 1999 ; Ghatak, 1999 ;
Ghatak et Guinanne, 1999 ; Ghatak, 2000). Ces auteurs abordent très peu la centralité de la
cohésion sociale au départ de la formation du groupe dont l’absence peut avoir des
conséquences sur le fonctionnement des groupes de prêt.

C’est la raison pour laquelle nous allons, à la suite de Guérin (2000), tenter de contribuer
modestement à l’éclairage de ce questionnement à travers les degrés de la cohésion évoqués
par Guérin (2000) en scrutant les menaces qui mettent à mal la cohésion sociale : groupes
fictifs, paradoxe des incitations.

[Link]
Le risque des groupes artificiels et la
cohésion sociale
L’usage du prêt de groupe solidaire implique que le groupe soit constitué en amont sur la base
de certaines conditions, à savoir la cohésion et le partage de l’information. Cependant, il
existe un risque pour l’EMF prêteur lié au fait que les acteurs peuvent délibérément fournir de

104
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

fausses informations mettant ainsi à mal le principe de cohésion à cause de l’hétérogénéité des
membres du groupe. Cette éventualité est d’autant plus vraie que les tenants de la simple
confiance et du principe de cohésion par la simple volonté d’être ensemble ont tendance à
s’en tenir à une conception virtuelle des groupes de prêt solidaire, négligeant les asymétries
de positions hiérarchiques alimentées par les intérêts individuels, et les risques de défaut
stratégique.

La première menace est celle des groupes artificiels. Lors de la mise en place de ce type de
groupe, l’initiateur procède au recrutement des membres et se constitue caution morale. Il en
fait son affaire la défaillance de l’un des membres du groupe. Cette modalité se caractérise par
une inexistence d’interdépendance entre les membres dans la mesure où plusieurs ne se
connaissent même pas. En se mettant en place par mimétisme, ce type de groupes n’enregistre
aucune coopération et connait un nombre important de défaillances.

On voit bien ici, dans ce cas de figure, que l’incarnation de la caution solidaire par l’initiateur
décuple les comportements opportunistes car personne ne s’est soucié de la cohésion du
groupe. Ainsi, lorsque les défaillances apparaissent, les cas relevés peuvent être depuis un
certain temps déjà préoccupants sans que le prêteur n’en ait eu conscience puisque le
responsable du groupe fait écran à cause de son statut de caution morale… de la caution
solidaire.

Par ailleurs au Gabon – à la veille des élections présidentielles de 2005 - on a pu observer la


mise en œuvre de programmes de microfinancement sollicitant la constitution de groupes par
les populations fragiles pour bénéficier de ressources en vue de créer des activités génératrices
de revenus. Des personnes influentes politiquement se sont instituées « parrain de groupe »
pour avoir accès aux ressources auprès du guichet de microfinance de la Banque Gabonaise
de Développement. Ces groupes fictifs ont ainsi bénéficié de financements détournés par la
suite.

En l’absence de sentiment d’appartenance à un groupe de prêt, il est difficile à des membres


d’un groupe d’atteindre un niveau de cohésion satisfaisant susceptible de garantir la
coopération. Pour éviter ce risque, Huppi et Feder (1990) préconisent la constitution d’une
garantie financière par les membres susceptible de susciter un niveau de cohésion acceptable.
Effectivement, s’engager à constituer un fonds est un signal d’appartenance à un groupe.

105
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Selon Jacquier (1999), c’est de cette manière que le système tontinier joue un rôle en matière
de cohésion sociale et réussit à assurer des taux de remboursement proches de 100%.

[Link] L’impact des incitations


Dans cette partie, nous allons tenter d’identifier les particularités des incitations en œuvre
dans les groupes de prêt afin de cerner les raisons pour lesquelles leur applicabilité est
difficile au Gabon. Il ne s’agit pas pour nous de recenser de manière exhaustive les différentes
incitations mais plutôt d’identifier celles qui nous permettrons de saisir les particularismes
des prêts de groupe. À ce propos, plusieurs auteurs (Stiglitz, 1990 ; Varian, 1990 ; Lapenu,
1999, Zeller et Sharma, 2000) ont fourni des explications sur l’impact de quelques incitations
telles que la surveillance, la menace de sanction sociale, la pression des pairs.

À partir de son analyse, Stiglitz (1990) établit une théorie sur le « peer monitoring » à travers
un modèle qui met en relief le rôle des membres du groupe dans la surveillance des
emprunteurs qui sont proches, ce qui constitue un élément d’incitation qui favorise les
remboursements.

Pour Varian (1990), son modèle repose sur le principe des prêts de groupe séquentiels. Ce
modèle qui illustre la logique des contrats implicites consiste à ne pas distribuer les prêts en
même temps à tous les emprunteurs du groupe de prêt car le financement des uns est lié au
remboursement des autres. Ce modus operandi démontre l’importance des interactions entre
les parties prenantes afin d’inciter à la création de groupes homogènes et partant, favoriser
l’inter-surveillance.

Par ailleurs Lapenu (1999), Zeller et Sharma (2000) abordent la question des incitations sous
forme de pressions sociales. Ils retiennent deux types de pression sociale :
- la pression sociale « passive » : elle se traduit par un sentiment de culpabilité de la part
des défaillants ;
- la pression sociale « active » : elle se caractérise par des mesures prises par
l’entourage (agressions verbales, voire physiques, confiscation de matériel,
dénonciation sur la place publique et devant les autorités locales).
La menace d’une exclusion sociale incite les emprunteurs à éviter l’opprobre général et
l’humiliation (Guérin, 2000).

106
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le rôle d’incitation du groupe est certes bénéfique pour le prêteur mais il constitue par
ailleurs des « coûts sociaux » (Guérin, 2000) pour les emprunteurs défaillants : humiliation,
déshonneur. Ces situations peuvent conduire au suicide du défaillant. Ces impacts sont relevés
par Rahman (1999) à propos de certaines agences de la Grameen Bank au Bengladesh.
Finalement les exigences d’interrelation, d’homogénéisation aboutissant à une gestion
collective et partagée de l’information ne sont pas suivies d’une gestion collective et solidaire
des risques. Le rôle du système se limite à une menace implicite par le biais des incitations : il
faut faire ceci, sinon…
Dans ce qui précède nous avons montré les conditions à réunir par un groupe de prêt pour être
efficace. À cela nous allons ajouter un troisième élément à savoir, la confiance.

3.2.3 La confiance
L’état de la littérature actuelle n’établit pas un consensus sur la définition de la confiance et
son rôle est apprécié de manière mitigée. Alors que la théorie standard considère la confiance
comme un élément exogène sans réelle portée interprétative (Williamson, 1993), des
approches hétérodoxes la considèrent comme un facteur clé dans l’explication des relations
financières (Rivaud-Danset et Salais 1992). Cette double posture suscite un débat qui amène
de plus en plus de chercheurs à reconnaître la pertinence de la confiance dans différents
domaines.

Abordée par diverses disciplines (sociologie, psychologie sociale, marketing, management),


la confiance est parfois définie comme une attente (Frisou, 2000), une croyance ou une
présomption (Schurr et Ozanne, 1985 ; Anderson et Weitz, 1989 ; Anderson et Naurus, 1990 ;
Ganesan, 1994 ; Gurviez et Korchia, 2002), une volonté (Moorman, Zaltman et Deshpandé,
1992, Chaudhuri et Holbrrook, 2001), une intention de comportement ou un sentiment
(Garneau, 1999 ; Bearden, Hardesty et al., 2001 ; Darpy et Volle, 2003 ; Haddou, 2004).
En sociologie, la confiance est considérée comme fondatrice de tout échange. Les travaux
issus de la psychologie sociale affirment que la confiance exerce une influence importante et
positive sur les interactions entre acteurs. Pour les chercheurs en gestion la confiance est un
construit polysémique (Guibert 1999).
Investie dans des institutions ou structures (Giddens, 1990) la confiance est envisagée comme
un réducteur de complexité sociale (Luhmann, 1988). Elle « (…) constitue une donnée
élémentaire de la vie en société » (Luhmann, 2006) que la littérature managériale qualifie de
« multiplexe » (Mothe et Ingham, 2003).

107
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En privilégiant la confiance comme élément endogène à la relation microfinancière et non pas


comme un élément exogène, nous lui attribuons un caractère relationnel qui se construit en
intégrant les intérêts individuels et collectifs dans une relation microfinancière.

[Link] La confiance à l’aune de la relation financière


En règle générale, le crédit bancaire est une activité sélective qui nécessite une relation de
confiance (Rivaud Danset, 1996) impliquant de fait une restriction dans l’offre de crédit. En
matière de microfinance, la relation de financement est une relation personnalisée qui permet
d’endogénéiser la confiance et de l’auto-générer. Face à la faiblesse des garanties des
emprunteurs, le lien de confiance créé en amont du financement, l’encastrement social de la
relation de financement et la foi dans la parole donnée (Servet, 2006) suppléent à l’absence de
garanties. Il ne s'agit pas pour nous d'établir la confiance comme un aboutissement d'une
relation mais comme un comportement inscrit dans une démarche sociale en contexte bien
déterminé.

La confiance, en matière de relation microfinancière, est non seulement le processus qui


détermine l’entrée en coopération mais est aussi le résultat de la relation entre prêteurs et
emprunteurs (Karpik, 1998 ; Mendez et Richez Battesti, 1999). Pour Fukuyama (1995) la
confiance est un construit social. Charreaux (1998) met en avant la confiance pour expliquer
la coopération spontanée bâtie beaucoup plus sur la base de valeurs partagées, informelles que
sous la pression des règles.
La construction de la confiance est évidente par l’engagement implicite et explicite des
acteurs engagés par le contrat social. Elle s’appuie sur trois piliers essentiels : premièrement
la proxémie territoriale (Cargnello et Peter, 2014), deuxièmement l’interrelation entre les
membres du groupe de prêt, troisièmement le partage en connaissance des règles entre
l’emprunteur et le prêteur. Il s'agit en fait d'une convergence triadique, à savoir du micro-
entrepreneur, du groupe de prêt à caution solidaire et de l'établissement de microfinance.
Ainsi, la confiance permet la réduction de la complexité sociale et lubrifie les relations des
parties prenantes.
Ce mode de financement de type relationnel autorise des conditions plus flexibles (Vigneron,
2008, Rivaud-Danset et Salais, 1992) que le financement bancaire classique. En effet, le
système microfinancier – à travers les groupes de prêt à caution solidaire – insère les
membres du groupe solidaire dans une dynamique « triadique » afin de développer des
activités génératrices de revenus

108
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ceci dit, le système de groupe de prêt solidaire tout en ayant un caractère social n’en demande
pas moins une dose de confiance pour sa stabilité. Il induit ce principe comme une soupape de
sécurité complémentaire (en plus de l’action collective et de l’incitation) contre toute logique
de coalition, de stratégie et de position dominante. En effet, dans la lecture de relations
développées en microfinance (Servet 2006) la confiance définit les modalités de la
coopération (Mendez et Richez Battesti, 1999). Dans ce « système d’action concret » (Crozier
et Friedberg, 1977), la dynamique des relations personnelles et des réseaux contribue au
développement de la confiance et ce, à cause de l’enchevêtrement des proximités qui marque
de manière forte la coopération entre les parties prenantes (Granovetter 2000).

[Link] Confiance et proximités

En règle générale, la confiance est considérée comme un pari (Coriat et Guennif, 1996 ;
Lorenz, 1997) au regard de l’asymétrie informationnelle et de l’hétérogénéité des intérêts des
acteurs engagés dans une relation microfinancière.

Au-delà des conventions, normes, règles sociales et garanties communautaires, les systèmes
de financement décentralisé privilégient la confiance placée au cœur des proximités. Selon
Servet (1994), la proximité peut prendre plusieurs formes : spatiale, relationnelle ou
culturelle.

La zone spatiale. C’est la zone d’où sont originaires les membres d’un groupe de prêt
solidaire. Cette proximité garantit l’entrée en relation dans la mesure elle met en relief les
potentielles asymétries pressenties par les acteurs. Cette perception leur permet d’anticiper et
d’établir une relation de confiance durable. Selon l’environnement, la zone spatiale peut
couvrir quelques centaines de mètres (zones rurales, quartiers) ou bien (phénomène nouveau)
s’étendre sur un rayon maximum de 15 kilomètres (Guérin, 2000) en zones urbaines.

Cette proxémie territoriale (Cargnello et Peter, 2014) entraîne l’existence de relations


interpersonnelles des parties prenantes qui ont pour fonction de créer, entretenir et maintenir
un lien social entre les membres ayant en partage un espace commun. Cette relation basée sur
le voisinage est un puissant facteur de normalisation d’une relation microfinancière.

Elle se manifeste par la connaissance mutuelle qui est accrue par la proximité spatiale. Cette
situation du groupe de prêt permet d’organiser son fonctionnement de manière optimale.

109
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ainsi, les déplacements des parties prenantes sont réduits grâce à la proximité et les
remboursements ne subissent pas la pression de l’environnement communautaire parce que
les ressources engrangées sont allouées hebdomadairement au remboursement du prêt.

La proximité relationnelle. L’observation du phénomène de la microfinance fait apparaître


que sa spécificité provient de la prise en compte par le système des affinités culturelles et
socioprofessionnelles en vue d’offrir des solutions aux problèmes de financement non
couverts par le système financier classique.

À l’instar des autres systèmes d’intermédiation financière, la microfinance crée une relation à
finalité monétaire, mais de par sa nature solidaire elle conditionne ce but (monétaire) à
l’existence d’un lien social. À contrario, dans la relation bancaire classique comme le
souligne Simmel (1987), « l’argent crée certes des relations entre les hommes, mais en
laissant les humains en dehors de celles-ci » (Simmel, 1987). En d’autres termes, la relation
financière classique a un caractère marchand dont la relation sociale demeure exogène (Sue,
1997) alors que le prêt solidaire, système de financement à caractère solidaire, s’appuie sur un
système de relations de financement solidaire fondé dans une intimité entre relations
financières et relations de lien social.

En effet, dans le contexte du groupe de prêt à caution solidaire, les relations monétaires sont
nouées à un double niveau : au niveau de la relation de microfinancement entre
l’établissement de microfinance et l’emprunteur et au niveau de l’allocation du prêt à
l’investissement prédéfini entre les membres du groupe solidaire et l’emprunteur. C’est le lien
social qui va favoriser l’entrée en relation des trois parties prenantes au système et cimenter
les échanges entre eux.

La proximité culturelle. Le groupe de prêt solidaire, au-delà des proximités spatiale et


relationnelle, puise également sa force dans les valeurs culturelles contextuelles qui favorisent
l’esprit de groupe et d’objectifs communs. D’ailleurs, les travaux sur la culture d’entreprise de
Hofstede (1987) enseignent que les variables socioculturelles exercent une influence
déterminante sur la performance entrepreneuriale, et limitent les comportements opportunistes
liés aux asymétries d’information (Fafchamps, 2004).

110
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Prégnance collective, cohésion sociale et confiance sont décisifs à l’établissement de


l’efficacité du groupe de prêt à caution solidaire mais ces trois éléments n’évacuent pas toute
notion de calcul de la part des parties prenantes.

3.3 Les limites du prêt coopératif

La modélisation du prêt coopératif (cf. schéma 1, p. 96), inspirée du corpus néo-


institutionnelle, met en lumière la particularité et les formalités à remplir nécessaires à
l’efficacité de ce mode de coopération financière.
Bien que permettant de gérer un certain nombre de risques (opportunisme, sélection adverse,
détournement, passager clandestin) il n’en demeure pas moins que cette pratique de
microcrédit présente quelques limites quant à sa capacité à neutraliser les situations d’entente
des membres d’un groupe décidés à s’écarter de l’intérêt du prêteur.

3.3.1 Le défaut stratégique


Même si plusieurs auteurs relèvent la puissance incitative (Besley et Coate, 1995) du prêt de
groupe, sa dynamique informationnelle (Mayoukou, 1999 ; Stiglitz, 1990 ; Varian, 1990), son
rôle dans la mutualisation des risques (Diamond, 1984) et les gains évidents du prêteur
(Besley et Coate, 1995 ; Varian, 1990) en termes de maîtrise de l’information et de
recouvrement des prêts octroyés, il faut toutefois relever un bémol issu des résultats de
certains travaux.

En effet, Besley et Coate (1995) affirment que l’impact positif de la responsabilité conjointe
sur le taux de remboursement n’est pas l’apanage du prêt de groupe. Ces deux auteurs
établissent, à partir d’un modèle théorique, qu’un emprunteur peut choisir de rembourser ou
pas. Sachant que la caution est solidaire, leur modèle met en avant que le défaut de
remboursement d’un membre peut amener un autre membre, en situation de succès, à ne pas
rembourser si la pénalité pour défaut est inférieure au montant du remboursement au titre de
la responsabilité conjointe. Ce défaut stratégique (Besley et Coate, 1995) est motivé par la
volonté rationnelle d’un membre de ne pas payer pour un partenaire défaillant du groupe,
remettant ainsi en question le sacro-saint principe de la caution solidaire.

Diagne (1998) va plus loin en disant qu’une asymétrie informationnelle peut être observée
dans un groupe de prêt. En règle générale il est établi que « zéro défaillance » lors d’un

111
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

premier prêt implique un deuxième prêt. Mais, malgré la forte probabilité de réussite de leurs
projets, les membres peuvent dissimuler des informations quant à leurs perspectives en faisant
fi du possible futur prêt. De cette manière si au moins un membre n’accorde aucune
importance à la promesse d’un second prêt, on peut assister à des défaillances en cascade.
C’est ce que Huppi et Feder (1990) appellent l’effet « domino ».

3.3.2 Les dispositifs de microfinance comme « zones d’influence »


Comme tout projet de développement, les programmes de création d’activités génératrices par
le biais de la microfinance peuvent être considérés comme de véritables « zones d’influence »
où s’affrontent les intérêts de différents acteurs. En effet, entre responsables administratifs et
politiques, les chefs locaux et les usuriers, personne ne voit d’un bon œil l’avènement de la
microfinance. Les uns craignant de voir leur pouvoir économique sur les plus démunis
s’affaiblir, et les autres voyant leur offre de crédits à des taux usuriers concurrencée par la
microfinance.
Pour garder la main, des hommes politiques ou notabilités locales assujetties au pouvoir
central vont développer des groupements de personnes en vue de mettre à leur disposition des
microcrédits. Cette démarche est beaucoup plus une opération d’influence pour s’assurer des
voix aux élections à venir.
Enfin, les petits éleveurs ou agriculteurs, vulnérables, dépendant de distributeurs affiliés aux
responsables politiques et administratifs locaux, peuvent hésiter à s'impliquer par crainte
d'éventuelles mesures de rétorsion de leurs « frères ».

Ces différents positionnements des acteurs sont liés à une volonté de capter la manne que
représentent les fonds mobilisés dans le cadre de la microfinance
Par exemple, lors de l’exécution d’un programme de microfinancement au Gabon en 1993, on
a assisté à la création de multiples TPE fictives fondées par des personnes influentes,
généralement des responsables politiques ou administratifs locaux. Les microentreprises
étaient tenues de reverser tout ou partie des crédits obtenus.

Au vu de ce qui précède, la mise en lumière des facteurs potentiels d’échec est nécessaire au
regard de l’émergence de la microfinance. Ces manifestations symptomatiques appellent à la
vigilance des autorités de régulation et de supervision car il en va de la viabilité et de la
pérennité d’un secteur en devenir.

112
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.4 Redéfinition institutionnelle des pratiques des acteurs du marché de la


microfinance à l’aune des approches contingente et conventionnaliste

Le marché de la microfinance se trouve à la croisée des chemins en contexte gabonais entre


des établissements de microfinance qui adhèrent à une institutionnalisation à pas forcés et des
très petites entreprises territorialisées « surfant » à la périphérie de la réglementation. Mais
cette nouvelle donne institutionnelle correspond au nouvel ordre auquel sont confrontés ces
deux acteurs.
L’hypothèse néo-institutionnelle d’une adoption mimétique (Di Maggio et Powell, 1983 ;
Meyer et Rowan, 1977) des dispositions de la réglementation fait que cet ordre apparait
comme une variable exogène qui s’impose à la TPE et dont elle est censée dépendre.
Alors que les règles institutionnelles étaient appréhendées comme éléments d’équilibre
stratégique (Aoki, 2001) capables de pallier les insuffisances des marchés en réduisant les
coûts de négociation entre parties prenantes, elles semblent constituer des obstacles au
développement de la très petite entreprise. On voit par ailleurs que les TPE sont capables de
créer des emplois même si elles font face à un ensemble de contraintes qui les empêchent
d’avoir une gestion des ressources humaines..
Ces contraintes sont parfaitement explicables dans les termes de la théorie de la contingence,
à partir de l’examen des caractéristiques des charges du personnel. Pour Tybout (2000) les
TPE structurent leur taille conformément à un objectif de minimisation de coûts.

3.4.1 Une lecture contingente de la structuration et pratiques


managériales des TPE
La très petite entreprise gabonaise présente des similitudes avec les autres entités de même
type observées dans les pays subsahariens : petite taille, faible densité capitalistique
(Cargnello et Peter, 2012). Plusieurs auteurs (Desreumaux, 1992 ; Blau et Schoenherr, 1971 ;
Child et Mansfield, 1972); insistent sur le fait que les caractéristiques organisationnelles des
entreprises sont significativement différentes selon la taille.

Ces caractéristiques, compte tenu de leurs ressemblances organisationnelles et structurelles,


peuvent s’expliquer par la théorie néo-institutionnelle. Les pratiques qui façonnent
l’organisation particulière de la microentreprise, à la limite de l’informelle, peuvent
s’interpréter comme des choix en contradiction avec l’approche néo-institutionnaliste parce
que elles sont motivées par des contraintes non institutionnelles. Selon Desreumaux (1997) la

113
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

structuration de la TPE est déterminée par des contraintes contextuelles qui agissent sur sa
structure et amènent les dirigeants à s’adapter.

En principe, la perspective institutionnelle, dans un contexte critique, est considérée comme


un régulateur de comportements associés, selon (Nelson et al., 1982), à un ensemble de
règles, de normes et de lois qui sont respectés par la contrainte. La dimension institutionnelle
devrait jouer un rôle de « structuration institutionnelle » de la TPE et, la raison voudrait que,
face à une difficulté systémique, les institutions inhibent l’incertitude.
Finalement les institutions, au lieu d’apparaître comme pourvoyeuses de ressources que les
acteurs vont utiliser dans le développement de leurs activités, deviennent – à cause des
dispositifs contingents – des modalités incompatibles aux objectifs des organisations. Dans
ces circonstances, les organisations subsahariennes sont souvent contraintes à contourner des
dispositifs jugés inadéquats grâce à des pratiques particulières. Elles témoignent ainsi d’une
spécificité de systèmes de gestion (Marchesnay, 1982, 1997 ; Burlaud, Helfer et Marchesnay,
1991 ; Julien, 1994), des effets de proximité comme levier stratégique (Gervais, 1978,
Burlaud, Helfer et Marchesnay, 1991 ; D’Ambroise, 1993 ; Julien et Marchesnay, 1988 ;
Torres, 2003) et surtout la captation des ressources humaines géo-locales (Cargnello et Peter,
2012).

L’approche néo-institutionnelle mobilisée présente deux faiblesses importantes qui rendent


difficiles la compréhension de notre observation principale à savoir que l’institutionnalisation
du marché de la microfinance n’atteint pas les résultats escomptés en termes de
microfinancement des TPE par les EMF. Elle est incapable d’expliquer la stratégie de
contournement des TPE dans la région subsaharienne. Cette stratégie consistant à positionner
les pratiques managériales en lisière de la réglementation.
Ainsi donc, la théorie néo-institutionnelle – d’une part – consacre le rôle des institutions
comme facteur exclusif de la logique organisationnelle des entreprises sans rendre compte du
contournement des normes. D’autre part, cette théorie ne prend pas en compte les
contingences qui modifient les pratiques managériales des TPE.
En fait, cette approche théorique n’explicite guère le dynamisme des organisations
subsahariennes de type TPE en contexte institutionnalisé. Ce dynamisme paradoxal – compte
tenu de la situation – est marqué par un contournement des obstacles dont l’acteur principal
est le propriétaire-dirigeant. L’approche néo-institutionnaliste est donc incomplète pour
appréhender la TPE du Sud.

114
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Cette approche insiste sur l’isomorphisme des organisations et s’avère ainsi incapable
d’expliquer les particularités organisationnelles et le contournement des règles qui assure à la
TPE sa viabilité et sa pérennité. C’est pourquoi l’analyse de sa logique de survie et son
ancrage territorial nécessite le dépassement de la TNI par la Théorie de la contingence.
L’approche contingente marque les limites de l’hypothèse institutionnelle selon laquelle les
pratiques organisationnelle et managériales obéiraient à des normes universelles, valables
pour toutes les organisations appartenant à un même secteur ou une même catégorie.
Ce courant propose que les organisations puissent adosser leur coopération à des singularités
communes.

Comme il a été observé, la TPE évolue pour s’ajuster et répondre à des difficultés
contextuelles. Cette évolution est marquée par une volonté de survivre, d’être pérenne. Elle
est pensée, donc proactive.
Dans notre observation du terrain, il apparaît que l’organisation fonctionnelle de la TPE n’est
pas adaptée aux exigences de l’institutionnalisation. Cela traduit le fait que les autorités
publiques aient considéré le secteur informel comme une menace et, ont donc matérialisé le
besoin de créer des conditions réglementaires pour leur exercice.
Mais, dans cette dynamique, le secteur informel, composé de microentreprises n’a pas été
suffisamment analysé. Cette lacune a donc créé les conditions pour que les propriétaires
dirigeants des TPE puissent concevoir et mettre en œuvre des procédures spécifiques
d’organisation et de fonctionnement.

Les propriétaires dirigeants des TPE sont des individus qui partagent deux caractéristiques. Ils
sont généralement encastrés dans leur territoire et connaissent tous les réseaux qui le
constituent ; ils sont confondus à leur entreprise.
Certes, avec l’institutionnalisation, ils bénéficient d’un soutien relatif du nouvel
environnement, mais cet encadrement est fragile à cause des contraintes qu’il génère. Devant
cette menace, les TPE préfèrent se tourner vers la communauté territoriale pour s’assurer des
ressources. Elles les puisent dans les quantités souhaitées et selon leur importance par rapport
à leur besoin. On voit ainsi que la TPE refuse d’affronter l’institutionnalisation dans sa
complexité (selon les propriétaires dirigeants) et décident d’évoluer en adoptant une « attitude
institutionnelle minimum » qui brouille leur visibilité.
Si rester dans le « flou » est souvent l’option préférée du dirigeant de la TPE, il peut toutefois
réaliser des « va-et-vient » institutionnels au gré de ses intérêts, jusqu’à atteindre un jour la

115
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

conformité. Cette posture peut être qualifiée de transition de longue durée. En effet, cette
période est dominée par une adoption partielle progressive des règles et une intention de
régularisation de la situation à terme.
Il n’en demeure pas moins que quelques TPE préfèrent plutôt évoluer « en passager
clandestin », c'est-à-dire sans adoption d’aucune des règles édictées par l’autorité. Cette
résilience organisationnelle (Begin et al., 2010) est provoquée par les événements non
anticipés (Weick et Suncliffe, 2007) et le changement environnemental (Lengnick-Hall et
Beck, 2009). Les TPE disposent de capacités spécifiques (Begin et al., 2010 ; Weick et
Suncliffe, 2007 ; Lengnick-Hall et Beck, 2009) telles que l’absorption des difficultés, le
renouvellement de leur stratégie et l’appropriation de ses ressources en réseaux. La TPE est
un type d’organisation particulièrement encastré dans son territoire dont les articulations
socioculturelles vont influencer son fonctionnement. Les soutiens de la famille, des amis sont
les composantes d’un « capital patient » (Begin et al., 2010) qui auront des conséquences sur
la viabilité et la pérennité de la TPE.
Quand le propriétaire-dirigeant a besoin de ressources microfinancières, il peut les capter
auprès des réseaux sociaux qui peuplent son environnement territorial. Ce sont toutes ces
ressources qui suppléent aux « promesses » du marché institutionnel et assurent la viabilité de
la TPE.
Au vu de ce qui précède, l’importance du niveau de résilience atteint par plusieurs TPE
justifie le fait qu’on s’y intéresse de près.

Par rapport aux travaux qui étudient, soit les impacts sociaux de la microfinance, soit les
impacts culturalistes sur le fonctionnement des TPE, nous proposons une analyse croisée du
marché de la microfinance afin de mieux saisir les dynamiques à l’œuvre, suite à
l’institutionnalisation du marché de la microfinance et son impact sur les pratiques
managériales des acteurs. Ce faisant, nous cherchons à démontrer d’une part, combien la
trajectoire d’une TPE peut être atypique et, d’autre part, comment l’EMF tente de
s’institutionnaliser et partant, « socialiser institutionnellement » la TPE en cherchant à adapter
les procédures de coopération aux réalités du terrain.

En effet, les TPE s’illustrent par de nombreux facteurs contingents : âge, statut, orientation
territoriale, ancrage géo-local (Cargnello et Peter, 2012). Nous arrivons ainsi à proposer des
typologies différentes de TPE, selon le type d’efficacité qu’elles recherchent et les principaux
traits de fonctionnement marqués par leurs pratiques.

116
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les TPE réussissent à développer leur propre légitimité et soutien proxémique. Elles peuvent
se fier aux réseaux pour soutenir leurs activités. En retour, elles renvoient l’ascenseur sous
forme de développement d’emplois locaux. Ceux qui en bénéficient trouvent cela suffisant
pour envisager une vie décente et du coup, développent une sorte d’empathie vis-à-vis des
propriétaires dirigeants.
Dans ce contexte, notre préoccupation est de comprendre les ressorts qui favorisent
l’adaptation de l’organisation en partant de la proposition suivante : La TPE sait développer
des procédures formelles et informelles capables de détecter et anticiper les difficultés
potentielles des marchés.

Les travaux rassemblés sous la dénomination de Théorie de la contingence tentent d’apporter


des explications aussi bien aux pratiques de gestion à travers les formes que prennent les
composantes de l’Organisation, qu’aux voies qu’empruntent les modes coopératifs des firmes
dans un marché institutionnalisé. A la suite des travaux précurseurs de Burns et Stalker (1961)
et Woodward (1965), de nombreux chercheurs (Lawrence et Lorsch, 1967) se sont penchés
sur les effets induits de l’environnement sur le fonctionnement des firmes. Ces travaux ont
cherché à confirmer la théorie dite de la contingence selon laquelle les firmes les plus
performantes sont celles dont l’organisation interne est la mieux adaptée aux contraintes de
leur environnement. Cette théorie est qualifiée de théorie objective.

Ce programme animé par plusieurs auteurs a entrepris de développer l’argument selon lequel
« les organisations sont tenues pour survivre, de répondre à certaines contraintes de nature
variable que l’environnement leur impose ; elles doivent donc atteindre un certain degré de
performance (…) ; pour être performante, une organisation donnée doit (…) être apte à traiter
efficacement les contraintes particulières de l’environnement dans lequel elle est placée (…) »
(Aubert , Gruère, Jabes, Laroche et Michel, 1991).
D’autres théoriciens de la contingence (Katz et Khan, 1966) en insistant sur les effets de
l’environnement sur le propriétaire-dirigeant (Fabi, Garrand et Pettersen, 1993) ont confirmé
que l’organisation serait comme un organisme tenu de s’adapter pour survivre car le
propriétaire-dirigeant pourrait s’octroyer des degrés de liberté (Aubert, Gruere, Jabes, Laroche
et Enlart, 2010).
D’ailleurs, (Beckert, 1999) considère que le propriétaire-dirigeant est capable de se
« désencastrer » de son environnement institutionnel. Il indique que dans cette situation de

117
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

désencastrement, l’agent « prend du recul », les pressions institutionnelles diminuent et


l’agent regagne en capacité de choix stratégiques.
Di Maggio (1988) affirme donc la nécessité de rendre compte des stratégies mises en œuvre
par les agents pour agir vis-à-vis de leur environnement à travers leurs pratiques.

On peut observer, selon les approches, plusieurs façons d’appréhender la pratique (Blanchard-
Laville et Fablet, 1996 ; Fablet, 1998). Comme divers écrits le montrent, ce mot est utilisé soit
au singulier, “la pratique” ; soit au pluriel, “les pratiques”. D’un côté, il y a les procédures, les
codes, les fonctions, les comportements et, de l’autre, il y a les règles, les objectifs, les
stratégies.

Le fait de retenir cette terminologie démontre que « les pratiques » englobent différentes
dimensions. Dans les firmes, les pratiques managériales sont associées aux questions relatives
à la conformité réglementaire, à la valeur des ressources humaines, à la gestion des risques
opérationnels, au système d’information comptable. Ces dimensions interagissent sous
l’action des contraintes internes et externes.

C’est l’expression et l’articulation de ces différentes dimensions que notre travail de


recherche s’efforce de mettre en évidence à partir de l’observation de pratiques concrètes nées
de différentes pressions institutionnelles ou contextuelles et ainsi, expliquer les logiques
d’actions des acteurs.

Facteurs : Constat :
Exigences Comportements Pratiques
Internes ou Degré
institutionnelles des acteurs adoptées
externes d’institutionnalisation
(ACTIONS)
des acteurs

Figure 3 : Cadre conceptuel pour une étude empirique des pratiques managériales

En ce qui concerne la TPE qui est un de nos objets de recherche, son fonctionnement pose le
management comme un processus d’ordre contextuel. Elle s’appuie sur la réactivité et la pro-
activité pour assurer sa pérennité. Face à un environnement incertain et hostile, la TPE doit se
créer un niveau de coordination interne de ses tâches acceptable, capable d’atténuer
l’incertitude et partant, répondre aux exigences de sa survie.
D’ailleurs, des signes perceptibles dans notre cadre de recherche indiquent comment le
processus réactif aboutit à une pérennité de la Très Petite Entreprise.

118
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.4.2 L’éclairage de l’action de coopération par le courant


conventionnaliste
Comme nous l’avons vu plus haut, plusieurs modalités de coopération existent dans le secteur
de la microfinance. Mais, leur examen nous a permis de constater certaines limites.

Compte tenu de la situation qui prévaut entre l’EMF et la TPE sur le plan coopératif, les EMF
estiment que les TPE, en dehors de la formalisation institutionnelle, ne fournissent pas
suffisamment de signaux positifs susceptibles de mettre à jour des solutions alternatives issues
de la réalité du terrain.

Pour les EMF, l’observation d’un « minimum institutionnel » pourrait être complétée par une
connaissance mutuelle qui va leur permettre de coopérer sur la base des informations
reconnaissant des caractéristiques de l’autre. Cet ordre est possible grâce à la proxémie et à la
reconnaissance territoriale qui viendraient en supplément ou palliatifs des règles. Cette
relation géo-locale se fonde sur la recherche de la meilleure procédure face à un problème de
coopération. Les solutions sont trouvées non pas par recours aux normes mais par « (…)
adoption d’une raison commune, construite collectivement » (Gomez, 1996).

En insistant sur la dimension institutionnelle du marché de la microfinance, nous concentrons


notre tentative de compréhension sur les logiques de coopération. La coopération est abordée
en termes d’accompagnement : le processus d’octroi de micro-crédit comme élément central
de la coopération EMF/TPE. La concrétisation de ce processus réside dans le gage donné par
l’institutionnalisation du marché de la microfinance. La cohérence d’ensemble, sous cette
perspective, repose sur l’adoption des normes dont la matérialisation élémentaire est
l’information comptable. Cet élément, encastré dans l’organisation fonctionnelle de la TPE,
est encadré par un dispositif réglementaire qui donne lieu à sa matérialisation institutionnelle
offrant un signal de visibilité à la TPE. Ainsi, l’information comptable de base, ou simplifiée
comme nous le verrons plus loin, autorise la relation garantie par l’institutionnalisation, entre
la TPE et l’EMF.

Cette approche institutionnelle dessine la cristallisation de la coopération qui ne prend pas en


compte les spécificités de la TPE. En effet, dans notre contexte de recherche, on observe des
dynamiques de réseaux qui se mettent en place et dans lesquels les TPE puisent l’essentiel de
leurs ressources. Il s’agit pour nous de comprendre le passage d’une logique d’action prévue

119
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

par la règle à une logique d’action imposée par le contexte structurel qui s’exprime sous
forme d’exclusion ou d’auto-exclusion.
Tel qu’observé dans le marché de la microfinance, les phénomènes d’exclusion et d’auto-
exclusion au microcrédit sont une réalité à deux niveaux. Premièrement, la prégnance
institutionnelle entraine l’EMF dans un comportement qui exige la fourniture d’informations
comptables pour mettre en œuvre un accompagnement à causalité institutionnelle qui exclut la
TPE non conforme. Deuxièmement, la TPE qui n’estime pas nécessaire la fourniture
d’informations comptables va s’auto-exclure pour évoluer à la périphérie du marché
institutionnel.

D’une part, les procédures d’accompagnement mises en œuvre par les EMF résultent d’une
application stricte des normes prudentielles à des conditions de coordination interne des TPE.
D’autre part, l’adoption de certaines pratiques managériales par la microentreprise peut
s’interpréter comme un choix stratégique moins contraignant mais en contradiction avec
l’approche néo-institutionnaliste.

Cette déclinaison de notre problématique de recherche trouve une voie d’explication en


empruntant la piste des approches conventionnalistes. Élargissant les travaux effectués par
Honoré (1995) sur le rationnement du crédit, nous pouvons par analogie, appliquer son
explication au micro-crédit.
En effet, les établissements de microfinance ont conscience des contextes subsahariens en
général et gabonais en particulier. Aussi, les EMF souhaitent avoir un minimum de garantie
pour pouvoir coopérer. Honoré (1995) montre à la suite de ses travaux « comment les
individus, chargés dans une structure bancaire de décider de l’octroi ou du refus de crédits,
peuvent agir rationnellement c’est à dire de manière cohérente par rapport aux modes de
fonctionnement de la firme ».
Ainsi l’EMF, à l’instar de l’institution bancaire classique et dans un souci de conformité
institutionnelle, avant de se lancer dans l’accompagnement d’une TPE va chercher à
constituer un dossier renfermant un maximum d’informations (puisées au plus près du terrain)
souvent immatérielles pouvant aider à l’évaluation de la TPE.
Le regard posé sur ce développement comportemental ouvre la voie à l’observation d’une
pluralité de logiques d’action. Dans cette perspective, la logique n’est plus institutionnelle,
elle devient proxémique.

120
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La mise en avant des limites des capacités cognitives des systèmes de financement
décentralisés (hypothèse de rationalité limitée de Simon) et de multiples formes d’incertitude
(sur le comportement par exemple des membres des groupes solidaires) conduit à la
relativisation du principe d’efficacité et d’efficience qui, pour être atteints, doivent prendre
appui sur des normes partagées par toutes les parties prenantes.
Dès lors pour coopérer, la TPE en tant que demandeur de micro-crédit doit fournir à l’EMF
des détails de « vie ». Les parties prenantes ont recours ainsi à une logique de minimisation du
risque qui passe par une connaissance presque intime de la TPE.
Ces méthodes permettent à l’EMF d’avoir une connaissance qualitative de la TPE car elles
mettent à jour des informations précieuses qui participent à la construction de la relation
EMF/TPE.

A partir de là, les établissements de microfinance mettent en place un mode de


communication qui sort des limites de l’exigence institutionnelle. Les uns et les autres
acquièrent une forme de rationalité aménagée car, « en lieu et place des relations individuelles
anonymes, elles substituent des relations de confiance et de proximité qui leur permettent
d’endogénéiser le risque » (Soulama, 2002). Cette démarche permet de rompre avec la
logique conformiste en vigueur dans la coopération classique pour faire valoir une logique
d’action associant des détails de vie comme la reconnaissance géo-locale et, des valeurs
humaines telles que la confiance et la réputation du propriétaire dirigeant.

Ces aménagements des conditions de la coopération ouvrent la voie à une information globale
permettant d’apprécier le risque à partir d’éléments à la fois subjectifs et objectifs. La
convention offre ainsi aux parties prenantes la possibilité de coopérer dans une logique de
minimisation du risque. De cette manière, la limitation de la rationalité est relativisée et
contextualisée. Par conséquent, elle dépend des informations relatives à chaque situation de
l’emprunteur et à la perception éprouvée par le prêteur. Mais nous ne devons pas considérer
que cette perspective place l’emprunteur à l’abri d’une défaillance sachant que la décision
d’attribution d’un micro-crédit induit une prise de risque.

Ce chapitre nous a permis de mettre en relief l’apport de la théorie néo-institutionnelle. Les


modèles retenus pour expliquer les arrangements et articulations possibles dans le marché de
la microfinance ont été mis en relief. A cet effet, l’exploration théorique du secteur
microfinancier a démontré que ce terrain favorise le programme de recherche néo-

121
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

institutionnel à savoir, la branche micro-économique centrée sur les modes organisationnels


et, la branche institutionnaliste qui privilégie l’analyse de l’impact de « règles du jeu » sur les
comportements et les performances des entités économiques.

La quête de connaissances robustes du marché de la microfinance manque de modèles


susceptibles de nous éclairer et d’axes méthodologiques homogènes au regard du paradoxe
que nous offre le marché gabonais de la microfinance, à savoir un cadre institutionnel qui
peine à voir l’émergence d’une dynamique coopérative. Néanmoins, certains travaux peuvent
orienter notre démarche et ouvrir la voie à des pistes de compréhension riches
d’enseignements. En définitive, cette assertion laisse entrevoir que du corpus théorique
développé précédemment, des difficultés de compréhension subsistent.

Pour une meilleure compréhension, notre recherche sur la microfinance va approfondir sa


quête du champ de la réglementation, ce qui constitue un ancrage singulier. Il s’agit d’un
terrain pertinent qui va abandonner « les règles du jeu » car, cette situation d’enchevêtrement
d’organisations hybrides brouille les potentiels modes de gouvernance « institutionnels ». La
thèse débouche ainsi sur l’objectif de discuter de l’opérationnalisation de la réglementation,
donc « des règles du jeu institutionnel » susceptibles d’être adoptées par les acteurs locaux.
Ce processus devrait permettre le passage du système « multimodal » dans lesquels on trouve
des systèmes hybrides où l’auto-surveillance est la pierre angulaire avec tout de même des
risques, à un système qui s’impose à tous et où les mécanismes de coordination sont encadrés
dans le but d’atteindre un niveau de coopération satisfaisant. Ce système consacre
l’encadrement de l’acteur (EMF ou TPE) et confère aux normes un rôle central.

L’intérêt du chapitre suivant est de présenter le système de réglementation non pas seulement
pour les établissements de microfinance, mais également pour les très petites entreprises.
Comme nous l’avons mentionné en introduction de cette thèse, la réglementation est au cœur
de notre débat par son effet sur les pratiques managériales.
Cet examen de la réglementation peut ainsi constituer une source d’éclairage de l’expérience
institutionnelle des EMF et des TPE au niveau de leurs pratiques managériales. En effet, la
réglementation fournit un cadre opérationnel d’harmonisation de la coordination par
l’intermédiaire duquel les acteurs devraient mettre leurs pratiques en conformité.
La coordination des EMF impliqués dans le microfinancement des TPE prévoit trois types
d’organisation d’origine exclusivement réglementaire. Quant aux TPE qui sont des entités

122
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

territorialisées, elles sont soumises à des règles spécifiques qui se traduisent par l’obligation
de respect de normes simplifiées. La compréhension du comportement des acteurs ne peut se
faire si l’on ne tient compte de l’environnement institutionnel dans lequel ils évoluent. Les
arguments sous-jacents à l’adoption de cette vision sont exposés dans le chapitre suivant. Il
apporte des éléments d’analyse des processus de réglementation de cet environnement dans le
contexte qui nous préoccupe.

En distinguant le corpus institutionnel dans sa dimension réglementaire, nous allons tenter de


comprendre si cette réglementation naissante possède un dispositif en contexte gabonais
débouchant sur des isomorphismes soit pour l’EMF d’une part, soit pour la TPE d’autre part.
Il importe donc de s’interroger sur l’impact de la réglementation sur la coordination interne et
la coopération des EMF et TPE.

123
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 3. L’émergence réglementaire et les pratiques managériales


des acteurs du secteur de la microfinance

124
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

125
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La réglementation du marché de la microfinance, telle qu’elle a été conçue, a un objectif au-


delà de la protection des parties prenantes, celui de sa solvabilité. Cependant, cette
perspective soulève des questionnements quant à la mission initiale de la microfinance
(Christen, 2001 ; Labie et Mees, 2005 ; Dichter et Harper, 2007) et sur les effets qu’elle peut
entrainer sur les TPE.
En effet, la place qu’occupe la très petite entreprise dans l’environnement socio-économique
des pays dans le monde est de plus en plus reconnue et c’est pour cela que les autorités
institutionnelles développent une attention croissante en direction de cette catégorie
d’entreprises. Dans les pays en développement, l’importance des TPE est d’autant plus grande
qu’elle absorbe une grande proportion de personnes en âge de travailler, jouant ainsi un rôle
d’éponge sociale.
Malgré ce rôle fondamental, on constate que bon nombre de ces structures ne bénéficient pas
de l’accompagnement des établissements de microfinance. La récurrence des propos publics
des dirigeants des TPE dénoncent le peu d’intérêt réel qui leur est manifesté par les EMF.

Dans ces conditions, la réglementation du marché de la microfinance cristallise l’attention sur


les rapports entre la TPE et l’EMF. Elle devrait constituer la passerelle permettant la
coopération, le vecteur potentiel de la convergence organisationnelle des acteurs du secteur.
Ces dispositions sont également censées améliorer le taux d’entrée en relation, de
financement des TPE. Enfin, le cadre réglementaire devrait également permettre la création
d’EMF en favorisant le passage de la finance informelle à la finance formelle.

Le développement, dès le début des années quatre vingt, du phénomène microfinancier a fait
apparaître de possibles risques attachés à la collecte de l’épargne et à l’exercice du
microcrédit tout au long de la progression de ce marché émergent. Pour pallier les
imperfections du marché (Yaron et al., 1998) les dirigeants de plusieurs pays ont entrepris de
fixer un cadre légal afin de réglementer ce secteur émergent.

Alors que cette exigence se fait jour, aucune étude sur le marché financier gabonais ne permet
de savoirs si les TPE mobilisent des outils de gestion adaptés au contexte dans lequel elles
évoluent. Ce contexte institutionnalisé est, théoriquement, le seul capable d’assurer la survie
des très petites entreprises. Aussi, l’utilisation d’outils de gestion peut constituer le « plus »
qui différencie les TPE utilisatrices des TPE non utilisatrices.

126
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Pour concrétiser notre démarche explicative, nous allons d’abord à la suite des théories et
conclusions évoquées dans les deux premiers chapitres aborder, dans ce troisième chapitre, le
contexte de la réglementation microfinancière. Ensuite, nous allons investir le champ du
dispositif de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) et de l’inclusion des
TPE par le Traité portant Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
(OHADA). Enfin, nous allons tenter d’établir un lien entre la réglementation et les pratiques
managériales. Notre chapitre se décline en trois sections :
I. L’approche théorique de la réglementation
II. L’architecture de la réglementation COBAC et la spécificité TPE du traité OHADA
III. Comportements et processus de coopération : limites systémiques (approches
contingentes)

127
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 1 : L’approche théorique de la réglementation

Plusieurs travaux scientifiques ont analysé la question de l’impact de la réglementation sur


l’activité de la firme. Selon Jacquemin et Janssen (2010), les premiers travaux se situent entre
les années 70 et 90 (Kilby, 1971 ; Kent, 1984 ; Dana, 1987, 1990 ; Vickers et Cordey-Hayes,
1999). Il faut attendre le début des années 2000 pour enregistrer la rédaction d’un nombre
important d’articles publiés dans ce domaine (Edwards et al., 2003, 2004 ; Grilo et Irigoyen,
2006). Cette thématique (en relation avec les établissements de microfinance) alimentent les
débats qui animent les sphères politiques, médiatiques, académiques et professionnelles.

Nous essayons dans cette partie de fixer les fondements de la réglementation en nous
appuyant sur des éléments théoriques qui vont nous permettre d’apporter une définition et une
justification à ce concept. Cette démarche va nous permettre la mise à jour des effets de la
réglementation sur la création, le fonctionnement et le contrôle des activités des
établissements de microfinance.

La réglementation consiste d’une part, à mettre en place et à consolider des mécanismes de


marché et, d’autre part, à établir (dans un souci de transparence) des structures susceptibles de
soutenir des échanges dans un contexte sécurisé.
Aujourd’hui, l’institutionnalisation du marché de la microfinance est un défi que les autorités
doivent relever afin d’améliorer et renforcer les revenus des entités fragiles.

1.1 Définitions et justifications de la réglementation

1.1.1 Définitions
Tenter de donner une définition à la réglementation peut s’avérer être un exercice difficile au
regard de la chose qu’on cherche à mettre en évidence. En effet, la réglementation peut
épouser des pans juridiques aux approches différentes : fiscale, environnementale, financière
ou sociale. Selon le domaine retenu, la réglementation peut avoir une gamme d’obligations
variée touchant la forme juridique, les autorisations préalables, les interdictions, les
obligations d’information ou de publication. Ce constat fait, il est difficile de donner une
définition au concept de réglementation, tant les facettes, au sein d’une firme, sont
nombreuses.

128
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Jacquemin et Janssen (2010), citant les travaux empiriques de certains auteurs (Vickers et
Cordey-Hayes, 1999; Carter et al., 2009; Marlow, 2002), affirment que « (…) le concept de
réglementation est considéré de différentes manières, sans être défini en tant que tel ».
Traduisant Kitching (2006), Jacquemin et Janssen (2010) s’accordent à définir le concept de
réglementation comme un ensemble de « règles légales et administratives créées, appliquées
et mises en vigueur par les autorités publiques (…) pour autoriser ou interdire des actions aux
individus ou aux organisations, et dont le non-respect entraîne des sanctions pénales, civiles et
administratives ».

Dans le domaine de recherche qui est le nôtre, celui de la microfinance, la logique


réglementaire instaurée par les autorités monétaires vise à garantir la solvabilité, protéger les
clients et éviter la défaillance des établissements évoluant dans le secteur. Elle s’inspire
fondamentalement des principes qui régissent le secteur classique bancaire et notamment de la
Convention de Bâle. Cette dernière encadre, avec des exigences de capital réglementaire et
des exigences organisationnelles spécifiques, les activités financières, afin de lutter contre les
comportements déviants. Avec son extension, c’est la stabilité du marché de la microfinance
qui est visée.

En effet, cet environnement, fort de ses particularismes, suscite un intérêt, à cause des risques
réels de dérives, notamment opérationnels. Tout risque, s’il n’est pas maîtrisé peut (selon la
COBAC) compromettre lourdement les chances de survie du secteur de la microfinance et
surtout consacrer la défiance d’une grande frange des populations dont les établissements de
microfinance représentent le seul accès possible au financement pour leurs activités.

Au vu de ce qui précède, nous pouvons, dans une tentative de définition, avancer que la
réglementation de la microfinance est un ensemble de règles ayant un caractère obligatoire
légitimant la création d’établissements de microfinance et l’exercice de l’activité des
personnes morales et physiques. Mais, pour qu’elle ait une certaine « légitimité », cette
assertion à caractère définitionnel doit être justifiée.

1.1.2. Justifications
Aborder la question de la réglementation, c’est d’abord faire apparaître le but qui est celui du
contrôle par l’autorité monétaire. Ensuite, au-delà d’une simple normalisation, il s’agit :

129
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- de traduire de manière statutaire et procédurale le fonctionnement institutionnel de


l’organisation ;
- d’inscrire l’action et les pratiques du dirigeant dans une perspective qui privilégie la
solvabilité de l’organisation ;
- de susciter le développement des compétences des ressources humaines ayant une
qualification ;
- de promouvoir (d’enraciner) l’utilisation des outils comptables et de gestion.

Cette dynamique, qualifiée d’institutionnaliste (Morduch, 2000), trace une nouvelle forme
aux paysages financiers susceptibles de protéger l’épargne du public et permettre la réduction
de la pauvreté.
Selon Labie (2004), « des thèmes comme la gouvernance ou les politiques en matière de
régulation illustrent (…) cette tendance » car, ces établissements qui ont vocation à lutter
contre la pauvreté doivent intégrer un certain nombre de comportements susceptibles de
garantir leur pérennité grâce à des règles du jeu partagées. Aussi, l’observation de ces
évolutions conduit à s’interroger sur l’impact de la réglementation.
Au niveau des établissements de microfinance, l’analyse d’impact consiste à évaluer ses effets
et à établir des relations de cause à effet entre l’environnement et l’EMF. Cette réflexion
implique de se pencher sur la manière dont les EMF accueillent les outils juridiques qu’ils
peuvent mobiliser afin d’assurer leur pérennité. La pertinence de cette quête est avérée parce
que, pendant que certains EMF s’alignent, d’autres évoluent en marge de la législation alors
que sa conception dessine les rôles et les pratiques.

1.2 Le rôle des réglementations

Pendant que certains lancent un appel à une réglementation adaptée, d’autres demandent un
« laisser-faire », avec comme tête de file, Yunus qui – qui déjà en 1999 – plaide pour
l’autorégulation, réaffirme sa position en 2003. Ce courant soutient qu’un système non régulé
tend à une répartition optimale des ressources. Mais il faut simplement reconnaître que cet
intérêt, autour de la niche que pourrait représenter la microfinance, est lié au profit que les uns
et les autres auraient à en tirer.
Il y a donc la volonté des pouvoirs publics de mettre en place un contrôle efficace de la
microfinance au travers de normes prudentielles et non prudentielles. Aujourd’hui, afin
d’éviter la reproduction des erreurs du passé, notamment l’échec de l’intervention publique

130
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

pour pallier les imperfections du marché par l’intermédiaire des crédits subventionnés (Yaron
et al., 1998) l’accent porte exclusivement sur les questions de viabilité financière et
institutionnelle.
Ce courant, qui fait référence à une volonté d’autonomie financière des EMF, est qualifié
d’institutionnaliste (Morduch, 2000).

1.2.1. La réglementation prudentielle


« En général, on reconnaît à la réglementation prudentielle les objectifs suivants : (1) la
protection du système financier du pays par la prévention des faillites d’institutions mettant en
péril d’autres institutions et (2) la protection des petits déposants qui ne sont pas en position
de surveiller eux-mêmes la solvabilité des institutions financières. Si la réglementation
prudentielle ne prête pas suffisamment d’attention à ces objectifs, il peut en résulter un
gaspillage des ressources déjà limitées des instances de supervision, des contraintes de
réglementation excessives pour les institutions et un ralentissement de la croissance du secteur
financier » (Christen, Lyman, Rosenberg, 2006)

A la fin des années 80, les premiers soubresauts enregistrés (lors de la montée en activité du
marché de la microfinance) ont été reçus, par les autorités monétaires, comme des signaux
forts nécessitant l’ouverture et l’encadrement de ce marché, la mise en place d’un contrôle
interne, une définition de ratios de solvabilité et un contrôle périodique des activités.
Ces mesures prennent en compte la progression de la microfinance car l’accroissement des
dépôts pourrait constituer un risque systémique sans omettre l’insolvabilité de potentiels EMF
présentant un certain niveau d’actifs. Heureusement que « même dans les pays où la
microfinance touche des centaines de milliers de clients, la part des actifs financiers qu’elle
représente n’est en général pas suffisante pour mettre en péril l’ensemble du système (…) »
(Christen P. R., Lyman T. R., Rosenberg R., 2003). En écartant le risque systémique, il ne
reste plus que les risques opérationnels.

Comme la banque classique, l’établissement de microfinance doit collecter des dépôts et


distribuer des (micros) crédits dans un climat de confiance. En élargissant les propos de
Noyer (2005), ce simple fait place l’établissement de microfinance dans une situation très
particulière, puisqu’elle doit assurer la permanence de cette confiance, alors même que la
nature de son activité peut rendre les risques plus difficiles à maîtriser à cause des

131
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

mécanismes de gestion immatures. Au Gabon et au Cameroun, des exemples d’établissement


de microfinance sont venus confirmer cette allégation.
Certains établissements de microfinance de la sous-région ont fait face à des
dysfonctionnements principalement liés à la faiblesse des fonds propres aggravée par une
gouvernance douteuse.

A chaque incident majeur (Gabon 2005 : Crédit Mutuel ; Cameroun 2011 : First Trust,
Compagnie financière de l’Estuaire [COFINEST]), la Commission Bancaire de l’Afrique
Centrale a opté pour une action ciblée auprès de ces établissements. Mais avec une
réglementation en construction, son action atteint rapidement des limites. Pour y faire face, la
tendance est à une adaptation des exigences dans le domaine prudentiel, avec en particulier,
un intérêt certain pour l’instauration de pratiques orthodoxes pour remédier à l’immaturité. Ce
mouvement a le mérite de faire apparaître en plus de la nécessaire couverture des risques, des
dimensions telles que la conformité réglementaire, la valeur des ressources humaines et le
système d’information comptable.
Ces différents éléments structurants contribuent à la transparence des opérations, participent à
la stabilité du système microfinancier et, permettent de réduire ou de mieux assumer les
risques gérés par les diverses composantes du système financier (Pfister 1997). Toutefois,
certains établissements de microfinance n’ont pas pu apporter la preuve de leur capacité à
gérer leurs activités de façon suffisamment rentable pour assurer la rémunération et la
protection des dépôts qu’ils cherchent à mobiliser (Christen et al., 2003, p. 96). Pour
contourner cet aléa, il faut selon Artus (1990), influencer le comportement des banques et des
établissements de crédits dans le sens d'une meilleure gestion des risques individuels qu'ils
encourent, en les soumettant à des mesures structurelles (barrières à l'entrée) et prudentielles
(ratios de solvabilité et de liquidité), de contrôle externe et à l'organisation d'un contrôle
interne efficace (Avom, 2004).
Malgré ce chemin semé d’embûches, nous reconnaissons à la suite de Pfister (1997), que le
dispositif prudentiel permet de réduire ou de mieux assumer les risques générés par les
interrelations des diverses composantes du système financier.

1.2.2. La réglementation non prudentielle


Aujourd’hui, dans le secteur de la microfinance, certains actes, lorsqu’ils ne relèvent pas d’un
traitement prudentiel, sont soumis à une réglementation non prudentielle.

132
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

« Il existe un vaste éventail de considérations réglementaires non prudentielles (« exercice


d’une activité ») afférentes à la microfinance. Elles comprennent le soutien à la création et à
l’exploitation d’institutions de microcrédit ; la protection des consommateurs ; la lutte contre
la fraude et les activités criminelles de nature financière ; la mise en place de services de
notation de crédit ; les garanties des transactions ; l’élaboration de directives concernant les
taux d’intérêt ; la mise en place de restrictions à la propriété, à la gestion et à la participation
au capital par des investisseurs étrangers ; la discussion des questions d’ordre fiscal et
comptable ; sans parler de toute une gamme de questions transversales liées à la
transformation d’un type d’institution en un autre » (Christen, Lyman et Rosenberg, 2006).

Sans nous appesantir sur les mutations typologiques, il a été observé essentiellement dans la
zone de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) que les
établissements non agréés et non soumis aux normes prudentielles ne sont pas habilités à
accorder des prêts. Il est prévu un dispositif non prudentiel n’interdisant pas explicitement les
établissements ne recevant pas de dépôts à effectuer des prêts. Ce type d’établissement,
soumis à une simple surveillance non prudentielle, n’est en général astreint au respect d’aucun
ratio.
Toutefois, il faut reconnaître que cette ambivalence pose un certain nombre de problèmes. Sur
certains aspects, il y a comme un air de similitude : par exemple, les points de la
réglementation non prudentielle visant à prévenir les activités financières de nature
frauduleuse répondent également aux objectifs prudentiels. Afin d’apporter une certaine
distinction, on utilise parfois l’expression réglementation « de l’exercice d’une activité » pour
fixer les règles non prudentielles applicables aux établissements de microfinance en zone
CEMAC. Ces règles portent sur les aspects suivants :
- enregistrement et agrément ;
- divulgation d'information sur la structure du capital ;
- communication ou publication des états financiers ;
- normes de comptabilité et d'audit ;
- transparence des informations sur les taux d'intérêt communiqués aux
consommateurs ;
- audits externes ;
- limites en matière de taux d'intérêt.

133
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.3 Les effets de la réglementation sur la coordination

L’histoire récente de défaillances opérationnelles a montré que le secteur microfinancier, bien


que s’adressant à de petits épargnants, n’est pas à l’abri de dysfonctionnements. Précédée par
un manque de liquidités, cette difficulté peut apparaître sous la forme d’une incapacité des
EMF à faire face à une hausse brutale de la demande des épargnants.

A partir de cette éventualité, la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale s’est engagée à


exiger des établissements de microfinance, une constitution de fonds propres. Nous entendons
par fonds propres, l’existence de ressources financières appartenant à l’établissement de
microfinance et destinées à supporter un risque matérialisé par l’imprévisibilité de
l’exigibilité des dépôts.

En partant du postulat que les établissements de microfinance se comportent comme tout


gestionnaire de portefeuille, nous pouvons mobiliser l’essentiel des approches théoriques
définissant les comportements des banques en matière de gestion des actifs sous la contrainte
réglementaire pour en définir les effets.

1.3.1. Une perspective des effets de la réglementation sur la


structure financière

A l’instar d’un établissement bancaire, sous réserve de spécificités, les dettes d’un
établissement de microfinance sont essentiellement constituées de dépôts à vue. Les actifs
financiers, quant à eux, sont constitués des crédits octroyés car la vente de l’argent est le cœur
de métier de l’EMF.

Dans le cadre de cette intermédiation qui place l’EMF entre des investisseurs et des
emprunteurs, l’établissement est face à une réalité opérationnelle. En effet, autant les encours
sont rythmés par une temporalité planifiée donc prévisible, autant les dépôts connaissent une
temporalité aléatoire donc incertaine. En d’autres termes, lorsque l’échéancier d’un prêt est
fixé, il entre (en théorie) dans un cycle d’amortissement à périodicité régulière alors que la
possible mobilisation d’un dépôt d’épargne par un épargnant n’est pas prévisible, d’où la
possible tension de trésorerie que peut connaître un EMF. Cette cohabitation asymétrique, en
générant la question de l’insolvabilité, impose la disponibilité monétaire comme seule
réponse.

134
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par conséquent, la solvabilité d’un établissement de microfinance doit être assurée par le
niveau de fonds propres qui garantit sa capacité à faire face à la demande de retrait de ses
déposants.
La problématique, ici mise à jour, engage donc la responsabilité des autorités de régulation
qui doivent s’assurer que les EMF, à travers la réglementation établie, sont aptes à faire face à
leurs obligations.

Le traitement de la question de la réglementation microfinancière, fortement inspiré du


secteur bancaire, trouve sa substance dans les premiers travaux analytiques théoriques de
l’activité bancaire de Pyle (1971), Hart et Jaffee (1974), et Kahane (1977). Ces travaux,
approfondis par les contributions de Koehn et Santomero (1980), Kim et Santomero (1988) et
Rochet (1992), mettent à jour les comportements des banques lorsque le régulateur leur
impose une norme de solvabilité.

Toutes les analyses théoriques effectuées par ces auteurs (Pyle, 1971 ; Hart et Jaffee, 1974 ;
Kahane, 1977 ; Koehn et Santomero, 1980 ; Kim et Santomero, 1988 ; Rochet, 1992)
considèrent que l’imposition de constitution de fonds propres garantit la viabilité de la firme,
d’où l’impact de la réglementation sur la capacité et la solvabilité de l’EMF.
Compte tenu de cette assertion, l’existence des fonds propres constitue la toile de fond à partir
de laquelle va s’analyser l’impact de la réglementation sur les acteurs de la microfinance à
travers la constitution de leur portefeuille d’actifs.
Cité par Bouaiss (2006), Kahane (1977), en approfondissant les travaux de Pyle (1971),
conclut que contraindre la composition du portefeuille d’actifs ou exiger un niveau minimum
de fonds propres constituent deux moyens réglementaires, qui, utilisés indépendamment l’un
de l’autre, conduisent à des effets non souhaités comme l’accroissement de la probabilité de
faillite ou du moins à un accroissement de la prise de risque de la banque. Pour Kahane, la
viabilité d’un EMF viendrait de la combinaison de ces deux approches réglementaires.
Face à la montée des risques dans le secteur de la microfinance, l’introduction de l’obligation
de solvabilité par les autorités s’inscrit donc dans l’objectif affiché par le Comité de Bâle. Il
s’agit, dans la version des autorités en charge de la régulation du secteur de la microfinance de
limiter les risques opérationnels.
Sur la base de la confirmation des travaux de Kahane (1977) par Koehn et Santomero (1980),
Bouaiss (2006) conclut que l’exigence de fonds propres conduit à des résultats non attendus.

135
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ces résultats attirent l’attention de Giaco et Musso (1998) sur le fait qu’une réglementation
des fonds propres prenant la forme d’un simple ratio minimum, fonds propres sur actifs,
pourrait inciter les banques à recomposer leur portefeuille en faveur d'actifs plus rentables
mais aussi plus risqués. Rien n'assure alors qu'un renforcement de la contrainte réglementaire
ne se traduise pas finalement par un accroissement du risque de faillite de la banque. A ce
sujet, les propos de Kim et Santomero vont connaître une évolution car ils considèrent que le
degré de recomposition du portefeuille d’actifs de l’institution financière dépend de son
coefficient d’aversion au risque. Un établissement fortement averse au risque détiendra un
portefeuille d’actifs faiblement risqué.

Ces travaux concernant la structure optimale d’une réglementation du capital et les effets
d’une telle réglementation sur la prise de risque bancaire ont abouti, selon certains auteurs, à
des résultats contradictoires (Berger, Herring et Szego, 1995 ; Freixas et Rochet, 1997 ;
Santos, 1999). Furlong et Keeley(1989) et Keeley et Furlong (1990), quant à eux, cité par
Giaco et al. , ont critiqué ces travaux qui souffrent, à leurs yeux, de graves incohérences
internes ne leur permettant pas de fournir une analyse pertinente du risque de faillite bancaire.

Par la suite, ce sont les travaux de Rochet (1992) qui vont reformuler l’analyse de l’activité
bancaire dans le cadre de la théorie des choix de portefeuille. Il va, sur la base des travaux de
Kareken et Wallace (1978), Koehn et Santomero (1980) et Kim et Santomero (1988),
démontrer que si l’objectif des banques commerciales est de maximiser la valeur de marché
de leurs profits futurs, la réglementation du capital ne peut pas les empêcher de choisir
certains types de portefeuilles dont ceux les plus risqués. Toutefois,
Rochet atténue son hypothèse en admettant que la réglementation prudentielle peut être
efficace si les pondérations utilisées dans le calcul du ratio sont proportionnelles au risque
systématique de chaque actif.

Après cette consultation de la littérature financière portant sur les effets d’une réglementation
prudentielle, nous allons approfondir l’éclairage de notre problématique à la lueur de travaux
empiriques.

136
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.3.2. Un éclairage de la réglementation par des travaux


empiriques
Au vu des travaux théoriques ci-dessus, les points de vue ambigus apparents ne permettent
pas de caractériser, de manière tranchée, les effets de la réglementation sur les pratiques des
acteurs de la microfinance en matière de prise de risque.

Partant du paysage théorique décrit plus haut, les travaux empiriques suivants permettent de
tirer des enseignements sur l’impact de la réglementation prudentielle.
Plusieurs travaux empiriques puisent leur développement à partir de l’étude majeure réalisée
par Shrieves et Dahl (1992). Ils avancent la thèse de l’efficacité de la réglementation du ratio
de solvabilité. Dans cet article, les auteurs mettent en évidence une relation positive
statistiquement significative et simultanée entre la variation du niveau de risque et la variation
du niveau de capital de la banque.
Leur modélisation de la relation entre le niveau de fonds propres et le niveau de risque permet
d’appréhender l’effet de simultanéité caractérisant cette relation. Ce résultat montre
l’efficacité de la réglementation à influencer les décisions concernant le niveau de capital et la
prise de risque de la banque (Bouaiss, 2006).

Selon Giaco et al. (1998), « lorsque le régulateur impose un ratio (…) plus élevé, l’inégalité
de Bienaymé-Tchebychev nous enseigne que (…) le risque (…) diminue. Ainsi, les
contraintes réglementaires permettent de limiter la prise de risque (…) ». D’autres travaux,
notamment ceux de Ediz et al. (1998), démontrent que les établissements augmentent leur
ratio de solvabilité en recourant à des augmentations de capital plutôt qu’à des actifs risqués.
Toutefois, dans le domaine de la microfinance, plusieurs incidents nous interpellent sur la
« mécanicité » du ratio de solvabilité. En effet, les scandales financiers ayant entaché le
secteur de la microfinance ont fait apparaître plusieurs failles et fautes opérationnelles :
- crédits de complaisance ;
- ratio élevé des encours de prêts des établissements en faveur des dirigeants ;
- manque de professionnalisme ;
- absence de contrôle.
Ces éléments matérialisent le risque opérationnel. Dans une définition issue de la
caractérisation du phénomène par la commission de Bâle (2001), le risque opérationnel est
« le risque de pertes directes ou indirectes résultant de processus internes défaillants ou
inadaptés, de personnes et de systèmes, ou d’événements extérieurs ».

137
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ces risques qui entraînent souvent des pertes élevées comprennent, selon Aléonard (2002),
« une grande diversité de risques spécifiques : risques de transactions non autorisées, fraudes,
erreurs humaines, erreurs de communication, pannes informatiques et autres problèmes
technologiques ».

De tous les risques, les risques opérationnels demeurent significatifs car, ils peuvent entrainer
des pertes irréversibles et, l’engouement constaté, autour des activités de microfinance, ne met
pas ce secteur à l’abri de ce type d’incidents décisifs. La probabilité de voir la matérialisation
d’un risque opérationnel est d’autant plus grande que la manipulation du traitement des
opérations est une affaire de ressources humaines potentiellement sujettes à des erreurs
opérationnelles.

Pour répondre à ces dysfonctionnements potentiels, la COBAC entreprit de mettre en place


une réglementation avec comme axe central, la solvabilité par le rapport fonds propres nets ou
fonds patrimoniaux/engagements.
La COBAC en choisissant d’institutionnaliser la solvabilité des EMF, rend ces derniers plus
attentifs à la couverture des crédits qu’ils accordent et introduit la pratique du contrôle interne
des EMF. Avec cette réglementation, il ne suffit pas seulement de contraindre les EMF à
détenir un niveau minimum de fonds propres ou patrimoniaux, il faut articuler l’activité
microfinancière autour de trois contraintes :
- affiner le traitement des risques de crédit par le renforcement de l'outil d'évaluation ;
- mettre en place un dispositif de contrôle dans lequel l’autorité pourra s’assurer de la
conformité des pratiques, de vérifier le niveau des fonds propres et, éventuellement, de
faire injonction aux EMF présentant un risque élevé ;
- promouvoir une meilleure transparence dans la politique de communication des EMF
vis à vis du marché de la microfinance.

Aussi, avec l’avancée réglementaire que constitue la Convention de Bâle (2001), l’enjeu est
de rapprocher (par la conformité réglementaire, la gouvernance, la valeur des ressources
humaines et le système d’information comptable) les fonds propres réglementaires des fonds
propres économiques qui prennent réellement en considération les risques encourus par
l’établissement de microfinance et ce, en respectant le ratio de solvabilité.

138
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par fonds propres économiques, il faut entendre les moyens nécessaires à la couverture de
pertes inattendues visées par domaine d’activité de l’institution. Pour ce qui est des fonds
propres réglementaires, ils servent à assurer la solidité et la stabilité de l’institution en
adossant leur constitution à la réduction du risque par signature avec comme objectifs, la
santé financière de l’institution et la stabilité du système microfinancier.
C’est ce sacro-saint principe de solvabilité et ce, à travers la construction des fonds propres,
qui va orienter la réglementation COBAC.

Section 2 : L’architecture de la Réglementation COBAC et la spécificité


TPE du Traité OHADA

Comme énoncé plus haut, la pratique de la microfinance est récente au Gabon avec
néanmoins, un développement assez perceptible. Afin de mettre en place un système
microfinancier capable d’atteindre les territoires qualifiés de « désert bancaire », les autorités
publiques ont aidé à la normalisation de ce marché émergent à travers, d’une part, le dispositif
COBAC pour les EMF et, d’autre part, par le Traité OHADA dans sa partie réservé aux TPE.

2.1 Le dispositif COBAC

La COBAC a normalisé ce marché émergent – à travers la Communauté économique et


monétaire sous régionale – pour qu’il réponde par un mode de fonctionnement efficace.
Pour des institutions telles que Banque Mondiale ou les Nations Unies, il faut en effet
parvenir à la construction de « marchés financiers intégrants » afin de mettre en place des
systèmes de microfinance pérennes (…) (Briey, 2005). Pour atteindre cet objectif, la COBAC
va, dès 2003, élargir aux EMF le Nouvel Accord de Bâle sur les fonds propres.
Cette décision s’est accompagnée de la mise en place de deux comités au sein du Secrétariat
Général de la COBAC : un comité technique chargé, entre autres, de préparer la réforme,
d’étudier les diverses propositions, d’effectuer les tests, de suggérer des axes de formation et
d’assurer la vulgarisation du nouveau dispositif ; et un comité de validation avec pour
attributions d’examiner et d’approuver les travaux du comité technique, avant leur soumission
à la Commission Bancaire.

139
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Toutefois, malgré les qualités qui lui sont reconnues, cet acte fondateur de l’activité
microfinancière en Afrique centrale apparaît en retrait par rapport aux attentes des acteurs du
secteur. Les griefs mis à jour (tels que la pression réglementaire et le traitement mitigé des
défaillances) ont amené la COBAC à mettre en chantier l’élaboration d’un texte réglementaire
qui vise à répondre efficacement aux difficultés que pourraient connaître les établissements
assujettis. Ce cadre réglementaire en cours de concrétisation s’appelle Règlement CEMAC
relatif au traitement des établissements de crédit en difficulté dans la CEMAC.

Pour l’heure, au centre de ce dispositif se trouve le règlement n°


01/02/CEMAC/UMAC/COBAC relatif aux conditions d'exercice et de contrôle de l'activité
de microfinance dans la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale.

Les dispositions liminaires du dispositif portant harmonisation de la réglementation du


marché sous-régional de la microfinance mettent en relief la définition et le contenu de
l'activité des établissements de microfinance dans la sous-région.

L’observation du marché gabonais de la microfinance montre qu'au sein du secteur, les


établissements de microfinance présentent entre eux une différence catégorielle qui prend
trois formes structurelles. Aussi, afin de proposer une réglementation à la configuration de
l’environnement, la COBAC a judicieusement pris en compte la réalité contextuelle et a
procédé à une catégorisation des établissements.

La catégorisation proposée distingue :

- les structures exerçant une activité d'épargne et de crédit, il s’agit de première et


deuxième catégories ;

- les structures ayant exclusivement une activité de crédit, il s’agit de troisième


catégorie.

Dans l'optique d'assurer une bonne maîtrise des risques et de protéger les avoirs des
épargnants, le dispositif réglementaire est plus exigeant pour les deux premières catégories.

En ce qui concerne la première catégorie, malgré son caractère associatif, la réglementation


exige un renforcement de leur organisation. Cette structure, sous forme de groupes solidaires,
développe des services qui s’adressent exclusivement aux membres.

Pour ce qui est de la deuxième catégorie, cette structure se caractérise par un statut de société
commerciale créée à l’initiative de promoteurs individuels et, en raison de l’appel à l’épargne
du public, elle fait l’objet de dispositions réglementaires plus contraignantes.

140
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En résumé, cette catégorisation a trait à l’activité (ex. collecte) exercée, à la forme


institutionnelle (ex. statut juridique) choisie et à la dimension structurelle (ex. groupes
solidaires) adoptée.

Par ailleurs, ce dispositif réglementaire contient des normes quantitatives qui constituent des
garde-fous pour les assujettis et des signaux pour l’autorité de contrôle. Toutefois, ces normes
qui visent à assurer la pérennité du secteur ont un caractère prudentiel et graduel. La
gradualité ici introduite est consécutive à la différence catégorielle.

Comme nous l’avons signalé, les établissements de microfinance ne présentent pas les mêmes
caractéristiques : elles diffèrent par leurs analyses diverses du risque, par une inégale qualité
des systèmes de gestion et de contrôle des risques (Aléonard, 2002). Aussi, selon
Aléonard, « il n’est pas adéquat d’avoir les mêmes exigences réglementaires pour tous les
établissements assujettis. La forme de la détermination des fonds propres réglementaires et
leur importance doivent varier selon le risque relatif de leurs portefeuilles (…) et l’efficacité
des méthodes de mesure des risques ». Cette différenciation est fortement exprimée dans le
dispositif réglementaire de la COBAC à travers une politique d’encadrement et de contrôle.

2.2.1 L’encadrement et le contrôle de l’activité


La politique d’encadrement et de contrôle (à travers les normes instituées par la COBAC en
2002) se rapporte à la solvabilité, à la liquidité et au contrôle des établissements de
microfinance.
Ce dispositif quoique global dans son énonciation, propose (grâce à la différenciation des
établissements) un schéma graduel (Aléonard, 2002) indiquant des instruments de la politique
en vigueur pour assurer la mise en œuvre de la réglementation.
A cet égard, on note, dans la réglementation, le niveau d’assujettissement de chaque type
d’établissement en faisant une différence entre fonds propres et fonds patrimoniaux.

Les fonds propres des EMF des deuxième et troisième catégories sont constitués par la
somme des éléments essentiels suivants : le capital, les réserves légales, les réserves
facultatives, les provisions non-affectées, le report à nouveau créditeur.
Les fonds patrimoniaux sont constitués de la somme des éléments principaux suivants : parts
sociales libérées, réserves légales, réserves facultatives, report à nouveau créditeur. Dans cette
optique, les objectifs prudentiels affirmés sont :

141
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- la protection du système microfinancier par la prévention des faillites ;


- la protection des petits déposants (qui ne sont pas en position de surveiller eux mêmes
la solvabilité des institutions financières).
Dans cette activité, il faut (quel que soit le type d’établissement) reconnaître que la prise de
risque n’est pas exclue. C’est pour cela que la régulation par le biais des capitaux, qu’ils
soient propres ou patrimoniaux, suppose une rationalisation de l’activité de microcrédit par
l’établissement de ratios.

Bien que stipulant en son article 7 qu’ « il n’est pas exigé de capital ou dotation minimum
pour les établissements de la première catégorie », le règlement CEMAC commande aux
établissements de type associatif de garantir la couverture de leurs engagements car ils
procèdent à la collecte de l’épargne des membres et à leur emploi en opérations de crédit,
même si cela se fait au profit exclusif de ceux-ci. Il leur est ainsi fait obligation de constituer
des fonds patrimoniaux et d’en déclarer la composition. L’objectif visé est de permettre aux
établissements de première catégorie de disposer de fonds pour soutenir et garantir leurs
engagements.

En effet contrairement aux EMF de première catégorie, il est demandé aux EMF de deuxième
et troisième catégories « (…) de respecter un rapport minimum, dit rapport de couverture des
risques, entre le montant (…) de leurs fonds patrimoniaux et celui des risques qu’ils encourent
du fait de leurs opérations avec leur clientèle ».

Aussi, la COBAC a pour objectif (à travers particulièrement l’observation du ratio de


solvabilité) de limiter ces risques en contraignant les EMF de deuxième et troisième
catégories de constituer des fonds propres.
Pratiquant dans le domaine de l’intermédiation financière, ces EMF sont exposés dans le
cadre de leur activité à divers risques. Parmi les nombreux risques, la défaillance du débiteur
ou le risque de microcrédit se présente comme le plus important pour les établissements de
microfinance.

En ce qui concerne la couverture de risques, l’objectif visé par cette disposition prudentielle
est de proportionner les crédits distribués par les établissements de microfinance à leurs fonds
propres et patrimoniaux. Il faut donc que ces fonds couvrent au moins 10% de leurs
engagements.

142
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Avec ce rapport, la réglementation a pour objectif de renforcer la solvabilité des EMF et


l’attention sur les microcrédits accordés.
S’agissant de la division des risques, le règlement COBAC EMF 2002/08 relatif à la division
des risques stipule que les EMF sont tenus de respecter :
- « un rapport minimum entre le montant de leurs fonds patrimoniaux ou fonds propres
nets et l’ensemble des risques qu’ils encourent du fait de leurs opérations avec un
même bénéficiaire » ;
- « un rapport minimum entre le montant de leurs fonds patrimoniaux ou fonds propres
nets et l’ensemble des risques qu’ils encourent du fait de leurs opérations avec des
bénéficiaires ayant reçu chacun un concours supérieur à une certaine proportion
desdits fonds patrimoniaux ou fonds propres nets ».
Ce ratio de division de risques consiste à éviter la concentration de l’ensemble des
engagements sur un unique bénéficiaire. Selon l’article 6 du règlement COBAC EMF 2002-
08, l’objectif prudentiel visé consiste à limiter le rapport à :
- 15% des fonds patrimoniaux pour les EMF de première catégorie ;
- 25% des fonds propres pour les EMF de deuxième et troisième catégorie.

Ce dispositif global induit des rapports de couverture et de division de risque pour garantir la
viabilité de l’EMF. En effet si la structure des actifs s’avère être un indicateur de la capacité
d’un établissement de microfinance à couvrir ses emplois, il n’en demeure pas moins que la
décision d’engagement de l’établissement de microfinance, liée au respect des taux fixés par
la réglementation, permet de garantir la bonne tenue financière des EMF.
De toutes les réglementations connues, celle de la CEMAC semble avoir tenu compte à la fois
des normes relatives à l’exercice de l’activité de microfinance et de celles relatives à la
protection de l’activité.
En effet la réglementation de la microfinance dans la zone CEMAC impose tous les mois la
situation comptable, le bilan, la déclaration de participation, la calcul des fonds patrimoniaux,
le calcul du ratio de couverture de risques, des mobilisations ou rapport de liquidité, du
coefficient de transformation, du contrôle des normes de division de risque et la déclaration
des crédits en faveur des actionnaires associés, personnels et dirigeants.

Nous avons ainsi établi la taxinomie de la microfinance au Gabon qui se consolide sous l’effet
d’une double contrainte. Il s’agit d’une part de garantir la stratégie de résorption de la
pauvreté et d’autre part, d’assurer le renforcement de la surveillance de l’activité

143
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

microfinancière. L'encadrement des pouvoirs publics et des investisseurs privés doit ainsi
permettre à la microfinance d'acquérir plus de lisibilité et partant, d’atténuer la sélection
discriminante du secteur bancaire classique au profit d’une action vigoureuse d’allocation des
ressources des EMF en direction des TPE. Est-ce le cas au Gabon ?

Si la question peut trouver une réponse positive au niveau des EMF, peut-on arriver à la
même conclusion pour les autres acteurs du marché que sont les TPE ? Mais avant d’apporter
un éclaircissement à ce questionnement et de voir dans quelle mesure la symétrie ou
l’asymétrie réglementaire entre ces deux principaux acteurs du marché peut oui ou non
influencer leur coopération, nous allons (dans la deuxième partie de cette section) mettre à
jour la spécificité de la réglementation portant sur l’organisation du système d’information
comptable de la TPE.

2.2 L’inclusion réglementaire des TPE : le Traité OHADA

Aujourd’hui, le marché de la microfinance qui constitue un outil essentiel au développement,


grâce à son rôle inclusif des microentreprises, capte toutes les attentions institutionnelles.
C’est sur la base d’une relation légitimée que l’offre de crédit de l’un (EMF) rencontre la
demande de financement de l’autre (TPE).
Toutefois, la coopération de ces deux parties (marquée par la réglementation) emprunte des
voies imprévues. En effet, on observe que les règles établies (telles que relevées plus haut)
éloignent l’EMF de sa fonction sociale d’une part et, affectent grandement les choix de modes
de financement des TPE, les poussant vers une sorte de résilience qui handicape l’interrelation
TPE/EMF.

Il serait regrettable de limiter notre analyse à la seule coordination de l’établissement de


microfinance, sans répondre aux interrogations indexant le rôle de l’environnement
institutionnel sur la coopération EMF-TPE et, sans ausculter en particulier, son impact sur les
pratiques de gestion des TPE.
Il faut reconnaître que, dans le domaine de la microfinance, la question de l’impact de la
réglementation est restée marginale à cause des différents angles d’analyse utilisés par
plusieurs auteurs dans l’éclairage du développement du phénomène de la microfinance.
Tant il est vrai que le terme de secteur de la microfinance est utilisé pour désigner le vaste
secteur qui caractérise les opérations entre établissements de microfinance et entités à faible

144
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

densité financière, il faut toutefois remarquer que la réglementation CEMAC ne concerne que
les seuls EMF. Mais, comme nous notons la présence d’un autre acteur sans lequel le marché
de la microfinance perdrait sa raison d’existence première, il nous faut également définir son
cadre institutionnel global censé harmoniser et sécuriser les relations entre les parties
prenantes.

Institué le 17 octobre 1993 et entré en vigueur en 1995 par le Traité de Port-Louis (Île
Maurice), le Traité OHADA est un cadre juridique international comprenant des règles
uniformes en vue de l’harmonisation du droit des affaires des pays membres des zones
CEMAC et de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) ainsi que des
Républiques de Guinée et des Comores.
Les EMF ne sont pas soumis à cette réglementation en tant qu’opérateurs effectuant des
opérations de collecte d’épargne, d’octroi de crédit. Toutefois, les EMF y sont assujettis au
niveau d’autres aspects du droit des affaires, notamment les sûretés et le droit des sociétés.
De ce fait, avec le traité OHADA, il s’agit (dans sa partie comptable) de placer le système
d’information comptable au cœur de la gestion des organisations tant privées que publiques.

Dépassant l’intérêt classique accordé aux entreprises de grande dimension, l’Acte OHADA
délivre une place à la très petite entreprise afin de normaliser ses actes de gestion, établir sa
légitimité et, garantir sa viabilité. En effet, les rares études effectuées (Holmes et Nicholls,
1988 ; McMahon et Holmes, 1991; Colot et Michel, 1996) montrent que de nombreuses
entreprises de dimension modeste souffrent traditionnellement d’une carence au niveau des
outils de gestion utilisés, en particulier l’outil comptable. Cette situation contribuerait aux
difficultés financières de certaines de ces entreprises (Keasey et Watson, 1991; Graham,
1994). Pour notre part, nous soulignons que le défaut de système d’information comptable
représente une barrière d’accès à l’offre de financement du marché et une cause de mortalité
précoce de certaines TPE. Selon plusieurs auteurs (Holmes et Nicholls, 1988 ; McMahon et
Holmes, 1991 ; Calot et Michel, 1996), l’absence de ces outils de gestion expliquerait un
certain nombre de faillites.
Le système comptable OHADA institué au Gabon, prenant conscience de la réalité
entrepreneuriale, offre un cadre comptable applicable aux entreprises de petite dimension.
Aussi, l’adoption du Traité OHADA vient, à point nommé, amener une meilleure
coordination de la TPE.

145
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.2.2 La justification du système comptable OHADA applicable aux


TPE
Selon l’article 14 de l’acte uniforme OHADA, « L’organisation comptable mise en place dans
l’entreprise doit satisfaire aux exigences de régularité et de sécurité pour assurer l’authenticité
des écritures de façon à ce que la comptabilité puisse servir à la fois d’instrument de mesure
des droits et obligations des partenaires de l’entreprise, d’instrument de preuve, d’information
des tiers et de gestion ».

On voit donc qu’un système d’information comptable dans une organisation joue un rôle
majeur, car il remplit une double fonction. Sur un plan interne, il permet la prise de décision ;
sur un plan externe, il constitue un support de communication vis-à-vis de ses partenaires ou
son environnement institutionnel (Ndjanyou, 2008).

Connaissant donc les difficultés rencontrées par les entreprises de petite dimension, en
Afrique en général et au Gabon en particulier, les autorités (grâce à ce système) incitent les
TPE, selon Pintaux (2002) « (…) à se doter d’une comptabilité minimale dans le but
d’intégrer ces entreprises progressivement dans la sphère de l’économie marchande et à
permettre à leurs créateurs d’effectuer un suivi rationnel de leur gestion ».
Avec le système comptable OHADA, c’est un ensemble de principes qui permet le traitement
des données comptables, l’analyse des activités et la structure de l’entreprise en fonction de sa
taille.

Comme corollaire de la prise en compte de toutes les entreprises indépendamment de la taille,


les états financiers sont rendus obligatoires pour tous, sauf que le modèle de présentation
varie en fonction de la taille. Le critère de discrimination retenu en ce qui concerne la taille
est le chiffre d’affaires de l’exercice et la nature de l’activité exercée. Sur cette base, les
articles 11 et 13 de l’acte uniforme relatifs au droit comptable prévoient trois modèles d’états
financiers : système normal, système allégé et système minimal de trésorerie (SMT).

Aussi, cette souplesse du système OHADA qui se caractérise par spécificité modulaire,
conduit à établir l’articulation comptable en fonction de la structure de l’entreprise.
Dans le développement qui suit, nous nous proposons de présenter, par le SMT, la production
et la formalisation de l’information comptable des entreprises de petite dimension.

146
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.2.2 Le Système Minimal de Trésorerie (SMT)


Il s’agit du système de comptabilité admis pour les très petites entreprises dont les recettes
annuelles ne dépassent pas un certain seuil. Il répond à des conditions de forme et de fond,
dérogatoires aux dispositions comptables de droit commun.

A. Caractéristiques et champ d’application

Dans sa conception de base, le SMT est axé sur l'établissement d'un bilan, très simplifié
conduisant à la détermination du résultat d’exercice. Il s’agit ainsi d’une procédure comptable
qui consiste en l’enregistrement des recettes et dépenses ou encaissements et décaissements
d’où son appellation comptabilité de « trésorerie ».
Par trésorerie on entend les avoirs de l’entreprise en caisse, en banque et aux chèques postaux.
L’enregistrement méthodique des entrées et sorties de trésorerie vont permettre de calculer le
résultat de l’exercice par simple différence entre les recettes et les dépenses.
La validation de cette expression comptable, selon l’Acte OHADA, suppose que les
conditions suivantes soient remplies :
 tenue de livres de recettes et dépenses ;
 archivage des pièces justificatives (factures reçues ou émises, reçus écrits, bandes de
caisse, relevés de banques, brouillard de caisse, copies de lettres...)

Sont concernées par la mise en œuvre du système minimal de trésorerie, les organisations
ayant la typologie suivante :
 les entreprises commerciales et de négoce dont les recettes annuelles sont inférieures à
FCFA 30 millions, soit 45.000 euros ;
 les entreprises artisanales dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à FCFA 20
millions, soit 30.000 euros ;
 les entreprises de services dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur à FCFA 10
millions, soit 15.000 euros.

B. La pertinence du cadre comptable OHADA pour la TPE


Le marché de la microfinance qui offre, par son fondement, aux entreprises à faible densité
capitalistique la possibilité de s’approvisionner en capitaux vit une asymétrie
informationnelle. Dans ces conditions, il est difficile de taire la réalité contextuelle.
En effet, la démographie des entreprises est marquée par une forte proportion de très petites
entreprises. Mais il faut constater qu’il n’existe pas une véritable coopération entre EMF et

147
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

TPE. Donc, la mise en œuvre du système comptable OHADA par les TPE est un véritable
challenge censé modifier les relations entre ces deux parties prenantes.

Avec l’obligation qui est faite aux entreprises en général et aux TPE en particulier de procéder
à la déclaration fiscale, l’administration fiscale amène les TPE à prendre conscience de la
nécessité d’adopter le nouveau système comptable taillé à leur mesure.
Elles ont donc l’obligation de produire des informations comptables en suivant les
prescriptions en matière de présentation des états financiers exigés.
A ce propos, le système minimal de trésorerie repose sur la tenue correcte des livres de
recettes-dépenses et d’un grand-livre comprenant très peu de comptes.
Cette formalisation, il faut le reconnaître, est nécessaire dans le cadre d’une coopération inter-
organisation. En effet, l’engagement des EMF vis-à-vis des TPE passe par une information
comptable et financière. Dans ce cas précis, la TPE doit faire face à ses engagements à leurs
échéances en s’assurant un équilibre quotidien des flux de trésorerie qui sera traduit en états
comptables grâce au système minimal de trésorerie prôné par l’OHADA.

C. Les exigences du Système Minimal de Trésorerie


Comme tout système comptable, la mise en œuvre du système minimal de trésorerie implique
le respect scrupuleux de quelques exigences minimales vis-à-vis de la comptabilité.
Ces exigences se résument comme suit :
 enregistrement chronologique, dans les livres de recettes-dépenses sous forme de
journal, de toutes les opérations matérialisant les activités réelles de la TPE ;
 création d’un nombre minimum de comptes opérationnels : caisse, capital, résultats,
ventes, autres produits, achats, autres charges ;
 traduction des modifications opérées sur le patrimoine de l’entreprise à la fin de
l’exercice à travers un compte de résultat et un bilan.

Dans le cas de la TPE, la matérialisation de ces exigences permet aux parties prenantes,
notamment l’EMF, de constater la capacité de liquidité de la TPE. Cette situation autorise
l’EMF d’évaluer son risque, sachant que si la TPE atteint cet objectif de liquidité elle pourrait
faire face à ses engagements financiers.
Toutefois, les éclairages apportés ne nous permettent pas d’expliquer les raisons pour
lesquelles l’offre proposée par l’EMF n’arrive pas à croiser la demande exprimée par la TPE
au Gabon. Traditionnellement, les résultats enregistrés dans d’autres pays montrent que le

148
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

microfinancement connait un succès relevé par les chercheurs. Mais, l’observation de


l’environnement gabonais est source d’interrogations.
La plupart des travaux sur la microfinance reposent sur la thèse que celle-ci est spécifique.
Partant de là, de multiples travaux débouchent sur des similitudes en termes de modes
coopératifs. Toutefois, l’affirmation excessive de cette allégation pourrait conduire à supposer
que tous les marchés microfinanciers sont spécifiquement semblables.
Or, le cas du Gabon ne relève pas d’un mode de coopération correspondant aux modèles de
fonctionnement courant.
Cette nouvelle donne nous amène à envisager l’existence de facteurs pouvant permettre de
cerner le particularisme du contexte gabonais de la microfinance. Pour ce faire, nous allons
adopter une approche contingente des comportements managériaux et processus coopératifs
que nous allons aborder dans la section suivante afin de vérifier l’existence d’un lien entre la
réglementation et les pratiques managériales des acteurs du marché de la microfinance.

Section 3 : Portées réglementaires sur les pratiques managériales des


acteurs

A travers le croisement des dispositions réglementaires (inspirées du Comité de Bâle)


développées précédemment, l’environnement permet d’une part, aux établissements de
microfinance d’inclure financièrement les TPE qui, pour des raisons structurelles, sont
exclues des services bancaires classiques et, d’autre part, de se doter d’une identité juridique
et comptable. Cette posture pose l’évaluation du risque de microcrédit et la solvabilité comme
éléments déterminant l’engagement.

Le cadre ainsi fixé, rompt avec les usages longtemps relayés par les travaux empiriques de
plusieurs auteurs. Ces derniers mettent en avant l’influence du contrat de crédit de groupe sur
la performance de remboursement et sur la pérennité des établissements de microfinance
(Stiglitz, 1990 ; Armendariz de Aghion et Morduch, 2000 ; Cull et al., 2007 ; Hermes et
Lensink, 2007) avec comme levier exclusif, l’efficacité sociale.

Avec la définition du risque opérationnel par le Comité de Bâle, une littérature spécifique au
risque opérationnel microfinancier se met progressivement en place (Embrechts et Pucetti,

149
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2006 ; Chavez et al., 2006). Servet (2005) propose de placer la gestion des risques au cœur
des nouveaux défis des établissements de microfinance.
Cette récente prise en compte de la gestion des risques par le truchement de la réglementation
place le Gabon dans une dynamique spécifique qui nous amène analyser les pratiques
managériales qui en découlent.

3.1. Approches conceptuelles des pratiques

L’appréciation de la maturité des pratiques et son adéquation réglementaire nécessite d’en


fixer les dimensions contextuelles.
Notre recherche ne porte pas sur une analyse directe de la performance, mais sur une
observation et une analyse du discours des acteurs relatif aux pratiques managériales. Il est
donc nécessaire de définir à la fois le concept des pratiques et du management des acteurs,
puis de cerner le champ institutionnel et contextuel des acteurs de la microfinance au sein
duquel des pressions normatives et mimétiques peuvent s’exercer pour les amener à adopter
des pratiques managériales spécifiques.

3.1.1 La notion de pratique


La pratique peut être conçue comme la manière singulière qu’un individu ou une entité a,
d’exécuter un acte. Globalement, c’est une notion qui recouvre des actes observables, actions
et réactions. Toutefois, cela comporte des procédés de mise en œuvre de choix d’actions et de
prises de décision dans un contexte donné, par une organisation.

On peut observer, selon les approches, plusieurs façons d’appréhender la pratique (Blanchard-
Laville et Fablet, 1998). Comme divers écrits le montrent, ce mot est utilisé soit au singulier,
« la pratique » ; soit au pluriel, « les pratiques ». D’un côté, il y a les procédures, les codes, les
fonctions, les comportements et, de l’autre, il y a les règles, les objectifs, les stratégies.
En effet, sur le terrain, les dispositifs en présence sont nombreux et les façons de faire,
multiples (Altet, 2000 ; Loizon, 2006 ; Méard et Bruno, 2004).
Bourdieu (1972), quant à lui, nous apporte un éclairage constructif du terme « pratique ».
Selon lui, la pratique a, un objectif, traduit des techniques et, est liée à une situation donnée.
C’est donc une notion englobante qui recouvre à la fois l’ensemble des actes observables,
actions, réactions. Elle comporte les procédés de mise en œuvre de l’activité dans une
situation donnée par une personne, les choix décisionnels.

150
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La double dimension de la pratique invoquent d’un côté, les gestes, les conduites, les langages
et, de l’autre (à travers les règles) les objectifs, les stratégies et les idéologies.
Comme il s’agit ici de présenter un ensemble de dispositifs organisationnels avec des
dimensions et des indicateurs appropriés à notre problématique, nous adoptons dans le cadre
de notre travail de recherche, le terme « pratiques » au pluriel.
Notre intérêt explicatif du terme « pratiques » est marqué par la volonté de débarrasser ce mot
de tout parasite. En effet, cette terminologie peut être confondue à action ou activité, mots
considérés à tort comme synonymes.

Le fait de retenir cette terminologie démontre que « les pratiques » englobent différentes
dimensions. Dans les firmes, les pratiques sont associées aux questions relatives à la
conformité réglementaire, à la valeur des ressources humaines, à la gestion des risques
opérationnelles, au système d’information comptable.

Mais cette explication de la chose observée ne prend toute son importance qu’en liant
« pratiques » à management. En effet, le terme de « pratique(s) » pris isolément ne spécifie
pas le champ de l’axe opératoire auquel il est attaché. C’est pour cela qu’en intégrant les
aspects comportementaux des acteurs et situant ce qu’est « le management » nous allons relier
les deux termes aux dimensions dont ils relèvent.

3.1.2 Le management
Dans son étymologie, le terme « management » renvoie à l’idée de la main symbolisé par
l’œuvre de Chandler10. N’entend-t-on pas les expressions, telles que prendre en main une
affaire, mettre la main à la pâte, venir illustrer des comportements de dirigeants ?
Comme le souligne par ailleurs Drucker (1954), le management se définit comme « l’art
d’organiser les ressources pour que l’entreprise réalise des performances satisfaisantes ».
Le management peut donc être compris comme une action qui permet de conduire, de diriger,
de planifier le développement d’une organisation (Thiétart, 1996).
Allant plus loin dans son appréciation du management, Drucker évoque le facteur culturel qui
se dresse face aux dirigeants évoluant naturellement dans un environnement. Les firmes, en
particulier les TPE, sont dès lors tenues, si elles veulent perdurer, d’être en capacité de
répondre par l’adaptabilité et la réactivité à des contingences présentes sur leur territoire.

10
Chandler (1918-2007) « la main visible des managers »

151
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

A ce niveau, nous distinguons deux types d’éclairage. L’éclairage ontologique qui se base sur
l’individu comme condition première, suppose que la firme, en tant que structure, offre les
outils d’action à l’individu. L’autre éclairage, cette fois-ci opérationnel, avance que
l’environnement impose à l’acteur des réalités qui vont justifier sa pratique.

En somme, le management constitue un ensemble de techniques d’organisation permettant à


une entité d’atteindre ses objectifs dans son contexte.

Donc, nous nous proposons de regrouper sous l’expression « pratiques managériales », les
démarches engagées dans un contexte donné. Elles devraient respecter formellement les
règles, valoriser les ressources humaines et, établir les conditions de la viabilité de la firme.

3.1.3 Les pratiques managériales

On peut définir les pratiques managériales comme la manière de faire d’une personne, sa
façon concrète d’exécuter une activité. Pour cela, des démarches sont adoptées pour optimiser
les pratiques managériales.

Il apparaît aujourd’hui que plusieurs facteurs influencent les pratiques managériales et qu’il
est nécessaire de retenir ceux appropriés aux problématiques contextuelles des firmes. Parmi
les facteurs identifiés, la réglementation joue un rôle important dans le développement des
pratiques. En effet, les pratiques managériales considérées comme leviers de l’action
marchande, commerciale ou de production prennent des formes diverses au niveau de ses
dimensions organisationnelles, (conformité réglementaire, système d’information comptable,
gestion des ressources humaines, gestion des risques opérationnels), sous l’action de la
réglementation. L’observation des différentes dimensions permet d’expliquer les choix des
organisations induits par la réglementation.

Ces différentes dimensions des pratiques managériales permettent de mettre en lumière des
décalages organisationnels au niveau des TPE. L’observation du terrain indique une tendance
permettant de comprendre l’articulation fonctionnelle du processus managérial en situation
d’incertitude. Elle montre comment ce processus réactif aboutit à un contournement de la
règle par la TPE et un refus d’engagement de l’EMF.

152
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En contexte gabonais, le contournement contient deux sens. Il peut être assimilé à une
limitation de l’adoption de la réglementation par la TPE. L’absence totale de conformité
étant préjudiciable, des pratiques face à la réglementation sont apparues tel que le
simple acquittement de la taxe municipale qui suffit largement à assurer une légitimité
selon la perception du propriétaire dirigeant.
Il peut également être assimilé à une obligation de différenciation. L’objectif ici est de
sélectionner la règle à observer et de se la réapproprier sur la base d’une situation de
l’entreprise beaucoup plus favorable. En d’autres termes, la TPE sélectionne les règles à
appliquer qui lui conviennent et inscrit l’adoption des autres dans un avenir éloigné.

Tenue par une volonté d’exister, la TPE, par ses actions, nous permet d’appréhender
autrement ses pratiques et d’envisager un approfondissement de la question.
Il s’agit pour nous d’analyser la pratique managériale dont le contournement réglementaire
devient un outil managérial afin d’expliquer les logiques d’action observées.

3.2. L’effet réglementaire sur les pratiques des établissements de microfinance

La mise en œuvre de la réglementation microfinancière a exigé des EMF une mise en


conformité de leurs procédures pour une meilleure pratique managériale.
En soutenant que le risque opérationnel de coopération n’est plus une conséquence exclusive
de l’asymétrie informationnelle, on prend en compte les comportements organisationnels et
procédures non conformes à la réglementation (Honoré, 2006 ; Vardi et Wierner, 1996). Cet
ancrage relevé par plusieurs auteurs, à travers une littérature en construction, fait de plus en
plus l’unanimité (Froot, Scharfstein et Stein, 1993 ; Smith et Stulz, 1985).
Les défaillances observées des établissements de microfinance ont permis de retenir que
l’inadaptation de la firme à la réglementation en est la cause. Par ailleurs l’absence de
coopération EMF-TPE trouve son origine dans la mise en place de conditions d’accès au
microfinancement. Aussi, le cadre d’analyse fourni par la théorie d’agence, centré
exclusivement sur l’opportunisme de l’emprunteur, ne semble pas adéquat pour expliquer
l’absence de coopération.

Dans le contexte gabonais, le micro-crédit (à cause du caractère individuel de l’engagement


de l’emprunteur) sort du cadre classique observé ailleurs, à savoir le crédit de groupe. Aussi,
pour garantir ses transactions et sa solvabilité, l’EMF a besoin d’une information de qualité

153
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

autorisant une bonne analyse de risque dans le processus de microfinancement des TPE. Cela
nécessite donc que l’EMF puisse intégrer les exigences réglementaires en matière de
solvabilité afin que sa viabilité soit assurée, notamment les informations comptables.
Martinet (2008) affirme qu’ « une gouvernance (…) ouverte, inclusive apparaît comme
condition nécessaire pour guider et réguler la construction d’une entreprise durable »,
solvable et viable – contre « la firme irresponsable » (Mitchell, 2001) dont le comportement
déviant (Honoré, 2006) et en porte à faux avec la réglementation constituent des freins à sa
pérennité.
Les travaux de Stein (2002), Berger et Udell (2002) caractérisent l’information selon deux
natures : l’une « soft » et l’autre « hard ». Cette distinction induit deux conséquences.
L’information « hard » est quantifiable et vérifiable ; l’EMF en a besoin pour satisfaire aux
procédures d’encadrement du micro-crédit mises en place pour respecter la conformité
réglementaire.
L’information « soft », quant à elle, est qualitative et difficilement vérifiable mais, présente
tout de même une certaine proximité avec l’emprunteur. Elle permet d’atténuer les asymétries
d’information dans la relation de micro-crédit.
Partant de l’information, la lecture claire de la forme structurelle et organisationnelle des
emprunteurs potentiels permet de sélectionner les bénéficiaires et de contrôler également leurs
pratiques managériales.

Ce travail d’analyse implique une bonne connaissance des techniques et des procédures. Or,
ces compétences constituent une contrainte en termes de valeur et de qualification des
ressources humaines.
Implicitement, la réglementation oblige l’EMF à posséder des techniciens de la microfinance
issus du secteur bancaire capables de comprendre l’emprunteur, analyser le risque et mettre
l’accompagnement en place.
En cas d’absence de la compétence que suggère la conformité réglementaire, la gestion
relationnelle peut déboucher sur un rationnement du micro-crédit ou une sélection adverse.
Ces résultats négatifs sont déterminés en partie par la nature des pratiques managériales des
firmes. Ils ont comme causes essentielles, l’opacité de la structure juridique, l’inefficacité du
système comptable et de gestion, la qualité des ressources humaines, l’inexistence de
systèmes de gestion des risques opérationnels. Deux remarques majeures émergent au regard
des développements qui précèdent.

154
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Premièrement, les pratiques managériales se construisent à partir des normes édictées par la
réglementation. Il est donc important de se conformer à la législation afin de répondre aux
exigences de la coopération exposée au risque opérationnel de l’accompagnement des TPE
par les EMF. Ce risque opérationnel est présent dans la décision d’octroi de crédit.
Deuxièmement, les EMF doivent se conformer aux procédures d’octroi de crédit (ajustement
informationnel « hard ») afin de maîtriser l’accompagnement des TPE si la relation est
transactionnelle et, privilégier la surveillance des décisions humaines ainsi que la gestion
relationnelle afin d’atténuer les comportements déviants et l’asymétrie informationnelle.
Dépassant le cadre de l’approche financière proposée par le Comité de Bâle, le dispositif
COBAC introduit un cadre d’analyse traitant de la gestion des comportements déviants.
Donc, les EMF peuvent maîtriser l’analyse du risque opérationnel de coopération grâce à des
pratiques de gestion de ressources humaines et des mécanismes de surveillance des
comportements à l’intérieur des organisations (Wirtz, 2008).

3.3. L’effet réglementaire sur les pratiques managériales des TPE

Sur le plan théorique, les pratiques managériales recouvrent plusieurs dimensions qui fondent
l’action des très petites entreprises. Mais en ce qui concerne les TPE, un élément essentiel
semble focaliser l’attention de l’ensemble des chercheurs : le système comptable.

Les caractéristiques des systèmes d’information comptable de même que les pratiques de
gestion nécessitant des éléments d’information comptable intéressent, depuis longtemps, les
chercheurs en sciences comptables (Gordon et Miller, 1976; Simons et Merchant, 1986;
Chenhall et Morris, 1986; Abernethy et Guthrie, 1994; Van der Stede, 2000). Plusieurs études
ont, en effet, porté sur l’identification des caractéristiques des systèmes d’information
comptable pouvant favoriser un bon fonctionnement compte tenu des objectifs poursuivis par
les entreprises. Elles se sont également intéressées aux spécificités de l’environnement dans
lequel les firmes opèrent ainsi qu’à leurs pratiques de gestion.

Mais malgré l’importance de plus en plus grande des TPE dans les tissus économiques, les
caractéristiques des systèmes d’information comptable des TPE ainsi que leurs pratiques de
gestion sont encore peu connues. Ceci s’explique par le fait que la plupart des travaux
effectués jusqu’à maintenant ont porté sur des échantillons composés de grandes entreprises et
que la généralisation de ces travaux aux TPE peut s’avérer difficile dans plusieurs

155
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

circonstances, pour ne pas dire impossible. N’était-ce pas aussi du fait de l’inexistence d’un
cadre spécifique réservé à ce type d’entreprise ?

Devant un vide institutionnel, le souci majeur des autorités administratives et monétaires a été
de créer un environnement juridique et judiciaire sécurisé. Dans cet arsenal, le Système
Minimal de Trésorerie apparaît au cœur de la formation et de la production des informations
comptables de la très petite entreprise. Selon Ndjanyou (2008), « la notion de système a été
préférée à celle de plan comptable parce qu’elle couvre mieux l’ensemble de la norme
comptable formalisée par l’acte uniforme relatif à la comptabilité qui s’intéresse à la fois au
traitement des données comptables, à l’ensemble cohérent des comptes coordonnées, au
modèle d’analyse des activités et de la structure de l’entreprise et de son environnement, à
l’ensemble des principes ressortant des normes comptables internationales, aux états
financiers différenciés en fonction de la taille de l’entreprise ». La concrétisation de cette
adaptation, devrait contribuer à atténuer un certain nombre d’incommodités qui ne facilitent
pas la lisibilité de la TPE et partant, tout un pan du panorama économique d’un pays.

L’asymétrie d’information
La très petite entreprise fait l’objet d’acerbes critiques en matière de clarté. Aussi, la
production sincère d’informations comptables pourrait participer à lever la forte asymétrie
informationnelle observée. Cette contrainte devrait amener les dirigeants des TPE à
développer plus de transparence.

Les valeurs des ressources humaines


Quelle que soit la nature du système de comptabilité appliqué, il exige des moyens humains et
techniques.
L’appropriation du système comptable permet à la TPE qui n’a pas de personnel formé, ni le
matériel nécessaire à la tenue d’une comptabilité propre, de se doter qualitativement en
personnel et infrastructure informatique. Grâce à ce dispositif, le maintien à jour de la
traçabilité comptable devrait assurer, à la TPE, la juste matérialisation des flux à partir d’un
suivi efficace de la trésorerie.

Le risque opérationnel.
L’institutionnalisation du marché, la maîtrise d’une activité constituent des facteurs de risque
pour la TPE. La réglementation exige donc une transparence qui doit permettre à la très petite

156
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

entreprise de saisir les opportunités et réduire les risques liées à l’incertitude, notamment
opérationnels. Les risques opérationnels concernent le fonctionnement général de l’entreprise
et, les principales caractéristiques suivantes permettent d’identifier des risques potentiels de la
très petite entreprise :
- la constitution de fonds propres à court terme n’est pas une priorité pour le propriétaire
dirigeant ;
- la TPE n’a pas de gros moyens lui permettant de faire face à une déconvenue de
manière instantanée ;
- le système d’information interne et externe n’est pas formalisé ;
- la gestion est monocratique ;
- la spécialisation de l’activité est faible ;
- l’indiscipline fiscale est criarde.

Les risques opérationnels présentent la particularité d’être au centre de la problématique des


pratiques managériales des très petites entreprises. Ils constituent des travers capables de
nuire à son fonctionnement et représentent, du fait de leur forte prégnance, des faiblesses. Si
la TPE veut être en phase avec son premier partenaire qu’est l’établissement de microfinance,
elle doit s’appuyer sur des procédures managériales rigoureuses au niveau opérationnel. Il faut
que la TPE adopte des pratiques managériales permettant de ne plus avoir une « navigation
périphérique » et de produire de l’information de qualité.

La gouvernance.
Telle que définie plus haut, la TPE est une entité monocratique dont le dirigeant détient
l’information. En effet, la majorité des actes sociaux sont posés par le propriétaire-dirigeant et
donc, il est tenu, pour aider à la production de l’information, de faciliter la saisie des pièces
comptables. A cette occasion (comme toute organisation formelle) la TPE devrait disposer de
supports de gestion.
En matière de pratiques de gestion, il existe des réglementations spécifiques, en l’occurrence
« la spécificité OHADA » pour les TPE. Elle consiste en simplifiant la procédure comptable
de permettre la traçabilité de ses opérations comme le montre ce schéma :

Enregistrement Pièces États Informations


comptable comptables comptables comptables

Schéma 2 : traitement de l’information comptable


Source : Simon PETER

157
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par ailleurs, il existe un autre acteur qui peut aussi accentuer l’appropriation d’un système
d’information comptable par la TPE. Il s’agit de l’établissement microfinancier.

3.4 L’effet réglementaire sur la coopération EMF-TPE

Pour fonctionner, une entreprise en général a besoin de coopérer avec des entités extérieures
et, la TPE - en particulier - a besoin d’être accompagnée par l’EMF. Cette coopération prend
en compte la conformité, garante des intérêts des parties prenantes. Dans notre contexte de
recherche, l’examen de la problématique de l’accompagnement passe par l’évaluation du
degré de coopération et sa justification. Les acteurs doivent concilier leurs objectifs aux
exigences institutionnelles.

En effet, le cadre institutionnel joue un double jeu dans la perspective de la gouvernance des
relations interentreprises. D’abord il fixe les règles de fonctionnement (coordination) interne
des acteurs dans leurs actes de gestion. Ensuite, le fait de tendre vers une institutionnalisation
des pratiques, attribue aux acteurs des procédures de gestion similaires qui en rendant les
structures organisationnelles homogènes, autorisent la coopération EMF-TPE.
Le modèle conceptuel de la coopération EMF/TPE présente un intérêt cognitif dans le cadre
de notre travail de recherche. En effet l’engagement de l’EMF contient une réalité
managériale complexe.

Les manifestations captées de l’observation de notre terrain d’étude permettent d’établir un


lien entre la réglementation et les pratiques managériales des acteurs. Au niveau des TPE on
ne peut pas ignorer la résilience d’une importante proportion de cette population. Quant aux
EMF qui reçoivent leur agrément, ils mettent tout en œuvre sur le plan organisationnel pour
demeurer en activité, quitte à rationner le micro-crédit. De ce fait, on constate un problème
dans ce marché à peine naissant et fortement établi sur le plan territorial. Dans la littérature
peu d’études se sont penchées sur cette situation alors que les EMF doivent offrir
d’importantes opportunités de microfinancement aux TPE. A l’échelle mondiale, deux tiers
des non bancarisés dans les pays en développement n’auraient toujours pas accès à des
services financiers formels.

158
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Plusieurs travaux, dont ceux de Beck et Demirguç-Kunt (2006), Bukvič et Bartlett (2003),
mettent en évidence que ces difficultés représentent un obstacle majeur au développement des
petites et moyennes entreprises, particulièrement dans les pays en transition où le système
financier est encore sous-développé (Wattanapruttipaisan, 2003; Feakins, 2004). Cull et al.
(2006) révèlent que dans la plupart des pays en transition, plus de 50% de l’actif total des TPE
étudiées sont financés par des capitaux propres, le taux moyen de financement bancaire
n’étant que de 9,7%. Au Cameroun, les statistiques indiquent que l’action des EMF dans ce
sens est relativement modeste. Ce constat, daté de 2000, est confirmé par les résultats de
l’enquête sur l’emploi et le secteur informel au Cameroun réalisé par la Direction Générale de
l’Institut National de la Statistique (DGINS) en 2006. Ils mettent en évidence le caractère
marginal de la contribution de la microfinance au financement des unités de production telles
que les TPE.

Plus d’une décennie après la promulgation de la loi N° 90/053 du 19 décembre 1990 sur les
associations et de la loi N° 92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et aux
groupes d’initiatives communes complétées par le décret N° 92/455/PM du 23 novembre
1992 fixant les modalités d’application de la précédente loi, 90% des besoins
d’investissement des unités de production à faible densité capitalistique, cibles théoriques des
organisations de microfinance, sont autofinancés. Ils sont financés par l’épargne individuelle.
Seulement 1,4% de TPE ont accès aux sources de microfinancement.

Ceci étant, notre observation des relations EMF-TPE rend, plus que jamais, nécessaire une
tentative de compréhension des pratiques managériales existant entre ces deux acteurs
principaux du marché de la microfinance. Cette démarche est importante au regard des
besoins latents des TPE gabonaises. La présentation des relations entre la TPE et l’EMF est
possible à partir de la théorie de la contingence car elle devrait nous permettre d’expliciter les
comportements des acteurs et partant, leurs pratiques managériales. L’objectif est de
comprendre comment les modes de coordination (au sein des TPE et des EMF) définissent les
processus de coopération (entre les TPE et les EMF). Cette réflexion porte sur la coordination
interne des acteurs car c’est elle qui détermine la relation entre la TPE et l’EMF.

Ce travail devrait ainsi combler le vide des recherches déjà engagées sur l’impact de la
réglementation sur les pratiques des acteurs du marché de la microfinance et ce, sous l’angle
de la convergence réglementaire. Aussi, nous proposons un schéma conceptuel qui s’appuie

159
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

sur une décomposition séquentielle dans laquelle on explique par étapes le processus qui
mène à la coopération. Nous retenons essentiellement quatre niveaux organisationnels (CR,
SIC, VRH, GRO) sur la base desquels la coopération devrait se construire. L’étude de cette
perspective est récente et nous semble novatrice. Nous la modélisons comme suit :

Contingences institutionnelles

Coordination interne
EMF TPE

Convergences à réaliser

Action institutionnalisante sur pratiques managériales

Conformité Système Valeur Ressources Gestion Risques


D’information Humaines Opérationnels
Réglementaire
Comptable (VRH) (GRO)
(CR) (SIC)

Homogénéité institutionnelle

Légitimité

COOPERATION

Schéma 3 : processus de l’engagement d’une coopération vue sous l’angle des pratiques
Simon PETER

Notre conceptualisation de la coopération EMF/TPE montre les conditions du passage de la


coordination interne à la coopération. Les niveaux fonctionnels retenus dans notre contexte de
recherche sont, en quelque sorte, des variables qui déterminent la coopération entre les
acteurs. Ces variables participent à la mise en œuvre de relations de coopération entre la très
petite entreprise et l’établissement de microfinance.

160
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dans notre contexte de recherche, le modèle proposé (schéma 3) met en exergue que le
partage de l’information va faire adhérer les acteurs à une démarche coopérative grâce à une
homogénéité institutionnelle.

3.4.1 Homogénéisation et légitimation


L’homogénéité institutionnelle se construit à partir d’un corpus d’éléments convergents
partagé par les parties prenantes. C’est une adhésion à des règles managériales et dans une
certaine mesure, à un système commun de comportements qui orientent les pratiques
managériales.
La convergence institutionnelle, plus ou moins forte selon les situations, favoriserait la
reconnaissance mutuelle des acteurs et par conséquent une possible coopération.
En tout état de cause, une homogénéité institutionnelle s’inscrit dans un rapport de légitimité
entre TPE et EMF de sorte que la confrontation des pratiques réciproques fixe le degré de leur
coopération.
Dans le contexte qui est le nôtre, il nous été possible de mettre en évidence quatre dimensions
susceptibles d’influencer la coopération EMF/TPE correspondant chacune à une organisation
de tâche.
La conformité réglementaire se fonde sur une identité statutaire (Sarl, SA, Surl…). Ce statut
est créateur de liens avec l’administration sur les plans fiscal et social. Il s’agit principalement
de liens sous forme de taxes, redevances fiscales et cotisations sociales qui grèvent le résultat
d’exploitation.
Le système d’information comptable se fonde sur la matérialisation chiffrée des flux de
l’organisation ayant un caractère à la fois objectif et subjectif (Chapellier, 1996). L’élément
objectif concerne la comptabilité générale, l’analyse financière et l’élaboration des états
comptables et financiers. L’élément subjectif permet le jugement de la qualité des données
comptables lors de l’utilisation de ces données par le dirigeant en réponse à ses besoins de
financement (TPE) ou de refinancement (EMF).
La valorisation des ressources humaines est un processus à double portée. Ce processus est
fondé sur une logique de recrutement et de formation de personnel à l’exercice d’une activité.
Par rapport au simple « remplissage de poste » par un individu, la valorisation met en œuvre
des processus d’apprentissage et d’intéressement des personnels capables d’assurer une
gestion optimale des risques.
La gestion des risques opérationnels se fonde sur l’action cognitive des ressources humaines.
En d’autres termes, les acteurs se trouvent en situation de connaissance des contraintes

161
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

réglementaires et managériales qui sont susceptibles d’avoir d’importantes conséquences sur


le fonctionnement de l’organisation, pour la coopération avec des tiers. Aussi, la gestion des
risques permet d’élaborer des procédures d’action respectueuses du contexte institutionnel à
même de favoriser la coopération. C’est surtout la quantification des flux des opérations qui
retient l’attention des parties prenantes. Les risques identifiés sous l’aspect informationnel
comptable pourront être ensuite examinées dans une optique fiscale ou parafiscale.

Un examen du Système d’information comptable est souvent le meilleur point de départ pour
l’analyse des risques opérationnels. On peut ainsi identifier de manière fiable la régularité et
la conformité de la production des informations comptables car à ce niveau, la réalité du
risque opérationnel est la plus forte. En somme, gérer les risques opérationnels c’est prévenir
des risques susceptibles non seulement de perturber le fonctionnement des organisations mais
aussi d’empêcher toute coopération à cause du défaut d’homogénéité imposée par la
réglementation.

Toutefois, cette réalité largement démontrée par la théorie néo-institutionnelle souffre de


quelques limites qui sont explicités par la théorie de la contingence. En adoptant une
perspective contingente, nous proposons d’examiner empiriquement d’une part, le rôle joué
par la réglementation sur les pratiques managériales et, d’autre part, la confrontation de ces
pratiques à un corpus théorique.

3.4.2 Réglementation et pratiques coopératives des acteurs


Il a été observé que les pratiques managériales de plusieurs TPE s’écartent des normes et
conduisent à une « hybridation » fonctionnelle. Cette attitude tend à éloigner la TPE du mode
de coordination basé sur une conception normative et caractérisée par un fort degré de
mimétisme. En ne se mettant pas complètement dans la loi, la TPE se rapproche d’un nouveau
mode socioculturel marqué par l’émergence de nouvelles modalités de mobilisation de
ressources financières (famille, amis), de gestion de ressources humaines (réseaux ethniques,
associatifs et territoriaux) ainsi que de gestion comptable et de risques opérationnels. C’est
dans cette logique contextuelle, auparavant ignorée, et aujourd’hui visible, que les pratiques
managériales des TPE s’affirment à la lisière de la réglementation. Avec des lignes
frontalières entre l’intérieur et l’extérieur de plus en plus mobiles, faisant des TPE des
organisations enclines à contourner les dispositifs réglementaires.

162
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dans notre contexte de recherche, la théorie de la contingence permet de fournir une


explication pertinente à une « pratique orpheline » (non conceptualisée) apparaissant au
contact de facteurs internes et externes en décalage avec la réalité institutionnelle de la firme.
Ces facteurs de contingence influencent les comportements des acteurs et en conséquence,
leur coopération. Les auteurs, ayant étudié la question, mettent en évidence les effets du
système technique, distinguent les différentes formes de pressions environnementales qui,
elles-mêmes agissent sur les modes de coordination et de coopération. Agrégeant les débats
autour de la dépendance de la structure organisationnelle à l’environnement, des régulations
adaptatives des firmes à l’environnement, de la congruence, Mintzberg (1979) synthétise les
facteurs de contingence : l’âge, la taille, le système technique, l’environnement institutionnel.

En puisant dans la théorie de la contingence, cette approche ne vide pas complètement la non-
coopération de son flou. Et, c’est la théorie des conventions qui vient expliquer la posture de
l’EMF. Les EMF ont besoin d’un cadre de coopération formalisé qui va guider leur
engagement. Ce cadre est éclairé par la théorie des conventions. Les tenants de cette
approche, (Boltanski et Thévenot, 1987 et 1991) affirment que la coopération est impossible
sans l’existence d’une plate-forme réglementaire, conventionnelle et commune. Les
institutions permettent de faciliter la coopération entre parties prenantes. Elles édictent en
effet des règles et engendrent les dispositifs de signalisation qui vont baliser la convergence
procédurale de telle sorte que l’EMF n’ait pas à s’interroger sur la rationalité de son action
d’engagement. Il faut donc que la sollicitation de la TPE soit empreinte de régularité, ce qui
n’est pas souvent le cas.

Si les règles qui régissent le marché sont contournées par la TPE, cette dernière ne peut
produire de documents nécessaires à l’évaluation du risque par l’EMF. Mais comme l’EMF a
besoin de « posséder » un dossier régulier, répondant aux conditions d’accès au
microfinancement, il est donc conduit à faire respecter les conditions d’octroi de micro-crédit
qui passent nécessairement par la fourniture d’un certain nombre d’informations comptables
et financières. S’appuyant sur ce principe, l’EMF est en droit de rejeter la requête de la TPE si
l’adoption des règles est infirmée par la TPE. Cette absence de réciprocité suffit pour justifier
le refus de l’EMF.

Ainsi, la théorie de la contingence permet-elle de comprendre l’existence de pratiques


managériales. En effet l’approche contingente cherche à expliquer l’influence qu’exercent des

163
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

variables de contexte sur les caractéristiques managériales des acteurs. Selon cette perspective
le poids des contraintes conduit les dirigeants des organisations à réagir face à l’hostilité
environnemental afin d’assurer la pérennité de leur structure.

En observant l’impact de la réglementation sur les pratiques managériales des acteurs, nous
constatons donc que la conceptualisation de la coopération fait recours à une forme de
modélisation des stratégies organisationnelles du principal (EMF) et de l’agent (TPE) dont les
interactions (au regard du dispositif institutionnel) accroit ou diminue la possibilité
d’engagement de l’EMF comme l’indique ce schéma :

DEGRE de
PRATIQUES DE GESTION des COOPERATION
REGLEMENTATION
TPE et des EMF
(ENGAGEMENT)
- CR
- SIC
- VRH
- GRO

Schéma 4 : Modélisation de l’impact règlementaire sur la coordination et la coopération des acteurs du


marché de la microfinance
Source Simon PETER

La coopération est donc fondée en grande partie sur l’homogénéité des pratiques managériales
à travers la conformité réglementaire, le système d’information comptable, la valorisation des
ressources humaines, la gestion des risques opérationnelles. Cette contrainte de réciprocité
dans l’aboutissement de la manifestation de la coopération conditionne le degré d’engagement
des parties. La relation coopérative liant l’EMF à la TPE répond à une réalité
organisationnelle construite autour des normes institutionnelles et de comportements
managériaux.

L’engagement est donc une réponse à une attente après la minimisation d’un quelconque
risque. En matière d’accompagnement (micro-crédit), l’atténuation du risque qui autorise
l’engagement des acteurs (EMF/TPE) passe par la reconnaissance d’une légitimité de
l’emprunteur par le prêteur. L’enjeu ainsi identifié, l’EMF vérifie si les pratiques essentielles
de la TPE permettent d’établir une relation car cette démarche atténue l’asymétrie
informationnelle.

164
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L’éclairage fourni au problème de l’adéquation institutionnelle ne va pas se centrer sur le


contrat mais sur l’existence d’une conformité institutionnelle des pratiques de gestion seule
capable d’autoriser la coopération, et partant l’accompagnement de la TPE par l’EMF. Dans
notre contexte d’étude, la coopération qui insinue l’accompagnement entre TPE et EMF ne
peut exister que grâce à la conformité comme le prédit le schéma suivant :

Champ institutionnel

Exigences de conformité remplies


TPE Micro- EMF
Ressources
crédit

Schéma 5 : Le processus d’accompagnement


Source : Simon PETER

Comme l’objectif des acteurs se trouve être la pérennité, la conjonction des contraintes
environnementales et institutionnelles va fortement influencer les comportements.
Ainsi donc, la théorie de la contingence va permettre d’expliciter le degré de coopération tout
en expliquant les pratiques managériales.

Mais les contingences sont des éléments qui font naître l’incertitude car elles font évoluer les
pratiques. Elles entraînent un processus réactif et proactif où la logique de survie puise sa
substance dans la capacité de la TPE à vivre à la lisière de la règle et l’adhésion de l’EMF au
respect du ratio de solvabilité. Le degré de coopération va donc se mesurer à la qualité des
actes de gestion posés par les acteurs.

En retenant la théorie de la contingence nous introduisons la réalité de l’environnement qui


implique que selon les ressources des uns et des autres un certain niveau de capacité permet à
la TPE de s’adapter ou de contourner la réglementation. Ainsi voyons-nous que les règles sont
des présupposés et qu’elles peuvent être soit adoptées soit contournées car les acteurs sont
165
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

confrontés à la question de survie (pérennité). La coopération que permet tout espace


institutionnel n’exclut pas son non existence au travers de certains acteurs. Leurs
comportements peuvent conduire à des pratiques d’adoption, d’adaptation ou de
contournement qui vont influencer la coopération.

Dans le schéma 5 (p. 164), la TPE en situation de demande peut bénéficier d’un
accompagnement si elle est en conformité (1er cas de figure) et par conséquent jouir de
ressources extérieures à travers un micro-crédit. Pour ce faire, la TPE fournit une information
à l’EMF lui permettant de s’engager dans un processus coopératif.

Par ailleurs, la TPE peut très bien ne pas adopter les règles préconisées pour son
fonctionnement. Elle connaît la réglementation mais juge que cela n’est pas nécessaire pour
que l’EMF puisse évaluer son éligibilité (2ème cas de figure). Cette attitude de la TPE aura
comme conséquence directe, le non accompagnement de son activité par l’EMF.

Enfin, la TPE peut ne pas adopter les règles car elle juge qu’elles sont très draconiennes. Elle
va légitimer sa posture par le fait que ces règles ont été établies sans concertation et s’arrimer
à ses réseaux locaux pour combler ses besoins en y puisant ses ressources grâce à la proxémie
territoriale (3ème cas de figure).

A travers ce qui précède, nous avons vu le caractère contraignant de la réglementation mais


aussi le décalage dans certaines pratiques managériales. La réglementation est une dynamique
inscrite dans l’organisation des pratiques managériales des acteurs en interrelation dans le
marché de la microfinance. C’est ce qui donne à la coordination interne des entités un certain
degré de conformisme permettant de déterminer la coopération autour des notions de
solvabilité et de risque.

Sous la double action de la COBAC et du Traité OHADA la normalisation du marché de la


microfinance s’opère progressivement mais avec des faiblesses au niveau des pratiques
managériales et de l’activité de contrôle du marché. Nous positionnons l’établissement de
microfinance dans une trajectoire institutionnalisante. Les défaillances enregistrées dans la
profession ont eu pour conséquence une volonté des établissements à renforcer leurs fonds
propres. En ce qui concerne la très petite entreprise, le dispositif réglementaire est perçu
comme une contingence qui freine la captation des ressources et menace la pérennité de

166
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

l’organisation. La pérennité étant l’objectif premier de la TPE, des solutions alternatives de


financement sont envisagées pour assurer sa viabilité.

Nous avons ainsi deux problèmes qui se cristallisent dans une même réalité :
- le respect du ratio de solvabilité avec ses corollaires est une exigence institutionnelle
qui oblige l’EMF à adopter des procédures en matière d’accompagnement des TPE ;
- la production d’une information comptable par les TPE se limite trop souvent à un
enregistrement sommaire « pour mémoire ». C’est une forme d’enregistrement
comptable qui consiste à compiler les reçus et à reporter les achats et ventes sur un
cahier sans respecter l’ensemble des méthodes, règles et procédures en cours dans la
pratique comptable. Nous la qualifions de comptabilité « spontanée » car elle
enregistre simplement les opérations sans effectuer un véritable traitement comptable
des écritures.
Il y a donc matière à réflexion pour les aménagements du corpus réglementaire. Au-delà des
avancées institutionnelles actuelles, un apport nouveau sur la possibilité d’adaptation aux
réalités spécifiques du contexte est nécessaire. En ce qui concerne la TPE, elle est devenue un
maillon essentiel et important dans la trame économique des économies subsahariennes en
général et gabonaise en particulier. Ainsi, une réelle volonté doit se matérialiser en termes de
conseil et de modalités de coopération.

Le développement d’un accompagnement en gestion des TPE couplé à une coopération


pourrait constituer un booster pour la plupart des organisations à faible densité capitalistique.
Cela suppose que des conditions de renforcement du système au niveau du refinancement des
EMF soient élaborées.

167
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Conclusion de la première partie


Cette première partie s’est attelée à positionner notre travail de recherche sur les plans
théorique et conceptuel. Notre intuition nous a amené, avant d’aller sur le terrain, à
appréhender la réglementation du marché de la microfinance et les pratiques des acteurs que
sont l’établissement de microfinance et la très petite entreprise.

Sur le plan théorique, l’introduction à ce travail de recherche a servi à emprunter aux théories
contractualistes des organisations des bases explicatives du marché de la microfinance. Face
aux limites des approches retenues une piste explicative semble s’ouvrir avec la théorie néo-
institutionnelle.

Nous inscrivant dans cette démarche, nous explicitons les origines du marché de la
microfinance autour d’éléments fondamentaux tels que le coût de transaction et la rationalité
limité. Cela a permis de spécifier les modes de coopération connus (tontines, prêts
collectifs…) qui ont fait l’objet d’études. Cette introspection théorique en relation avec notre
objet de recherche aboutit à l’observation de l’inadéquation contextuelle de la rationalité
limitée et des risques générés par les mécanismes de coordination et de coopération. Les
systèmes coopératifs décentralisés apparaissent avec des positionnements des acteurs
(asymétrie des positions sociales, court-termisme, coalition) qui ne reflètent pas la réalité du
contexte gabonais de la microfinance inscrit dans une réglementation visant à sécuriser les
transactions entre acteurs.

Nous nous sommes donc attaché à justifier cette dynamique en présentant la charpente de ce
dispositif réglementaire constituée par la réglementation COBAC et le Traité OHADA. Ainsi
organisé, le marché va voir ses deux principaux acteurs rencontrer des difficultés de
coopération non clarifiées. Cette situation s’explique en surface par l’effet réglementaire sur
les pratiques managériales des acteurs de la microfinance.

En effet, l’établissement de microfinance d’une part, face à l’émergence de la réglementation


est obligé de se conformer aux normes sous peine de se voir retirer sa licence. D’autre part, la
très petite entreprise montre un mode de coordination qui le signale aux yeux de l’EMF
comme non propice à une coopération. Le non inscription de la TPE dans une dimension
coopérative va limiter l’effet escompté de la réglementation posant ainsi la question de la
pérennité du système.

168
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Mais, la pérennité des TPE observées nous fait augurer qu’un lien pourrait exister entre les
caractéristiques organisationnelles d’une entité et les conditions environnementales.

Nous nous attachons donc à conceptualiser la coopération présumée afin de mettre à jour les
contingences institutionnelles qui influencent la relation EMF/TPE tout en prenant en compte
les modes de coordination de chaque acteur.
La coordination est relative à l’organisation interne de chaque acteur en fonction des
prescriptions réglementaires. Pour rapprocher les deux entités, nous adoptons la notion de
convergence, dans le but d’illustrer l’institutionnalisation, par les parties prenantes, de leurs
pratiques managériales. Cette action institutionnalisante est synonyme d’homogénéité
institutionnelle aboutissant à la reconnaissance mutuelle de la légitimité qui permet la
coopération.

Cette démarche conceptuelle nous permet à présent d’aller sur le terrain pour explorer les
tenants de la coopération entre l’établissement de microfinance et la très petite entreprise.
Nous serons ainsi en mesure de répondre aux objectifs de recherche que nous nous sommes
fixés en introduction de ce travail.

169
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

DEUXIEME PARTIE
VERIFICATION EMPIRIQUE DE L’IMPACT DE LA REGLEMENTATION
SUR LES PRATIQUES DES ACTEURS DU MARCHE DE LA
MICROFINANCE

Chapitre 1 : LE MARCHE
MICROFINANCIER GABONAIS :
de la coordination interne à
Chapitre 2 :
la coopération des acteurs
EPISTEMOLOGIE ET METHODOLOGIE D’INVESTIGATION
- Introduction - Introduction

- Typologie, caractéristiques
- Positionnement épistémologique : le protocole de
institutionnelles et pratiques
recherche
managériales des TPE

- Outils et étapes du traitement des données


- Caractéristiques institutionnelles
et organisationnelles des
- Modélisation empirique de la coopération EMF/TPE
organismes de microfinance

- Conclusion
- Les instances de contrôle de la
microfinance

- Conclusion

Chapitre 3 :
ANALYSE DES RESULTATS, DISCUSSIONS, CONTRIBUTIONS,
LIMITES ET VOIES DE RECHERCHE

- Introduction

- Interprétation et analyses des principaux résultats

- Confrontation empirico-théorique et discussions

- Contributions, limites et voies de recherche

- Conclusion

170
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

171
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Aujourd’hui, le marché de la microfinance qui constitue un outil essentiel au développement


grâce à son rôle inclusif des micro-entreprises, capte toutes les attentions institutionnelles.
C’est sur la base d’une relation légitimée que l’offre de crédit de l’un (EMF) rencontre la
demande de financement de l’autre (TPE). Toutefois, la coopération de ces deux parties,
marquée par des contradictions structurelles et comportementales, engendre de nombreuses
déceptions. Cette situation pour le moins anachronique n’a pas à ce jour de véritable
explication scientifique dans le contexte gabonais.

En effet, l’apparition des EMF en général, et des EMF gabonais en particulier, n’a pas encore
fait l’objet d’une étude exhaustive permettant de bien comprendre tant les modes de
coordination et de coopération mis en œuvre au contact de la réglementation que les choix
développés par ces acteurs, têtes de proue du secteur microfinancier. L’essentiel des travaux
relatifs au secteur de la microfinance, comme souligné plus haut, met plus l’accent sur la
résorption de la pauvreté que sur l’analyse du fonctionnement de la coopération du secteur.
Placés sous cette perspective, les travaux de recherche s’attèlent à expliquer l’apport du
micro-crédit dans la performance sociale de la microfinance et son impact sur le
développement des activités génératrices de revenus pour les populations fragiles. Cette
posture permet de comprendre tout l’engouement manifesté par les tenants de l’économie
sociale qui se contentent des résultats mis en avant par les praticiens.

Cependant, on ne peut pas s’obstiner à maintenir les établissements de microfinance dans une
simple fonction de solidarité sociale au regard de l’évolution de leur environnement
institutionnel. En effet, le système a dû s’adapter aux contraintes d’une économie de plus en
plus institutionnelle à son égard. A cela, il faut ajouter la dynamique d’un cadre de
coopération façonné par des pratiques de gestion moderne imposées par une nécessité de
rentabilité. Les EMF sont désormais contraints d’adopter des règles de coordination interne
qui vont inéluctablement influencer leur coopération avec les TPE.

Il faut reconnaître que ces règles qui demandent aux EMF d’observer des pratiques
comptables, de respecter des ratios d’équilibre financier vont, dans le contexte du Gabon,
éloigner les EMF de leur fonction sociale en recherchant la viabilité. C’est en effet une
caractéristique du système microfinancier au Gabon qu’il faut relever. Nous observons que les
EMF préfèrent tisser des relations avec des individus (ouvriers, employés de bureau) exclus
du secteur bancaire classique et ayant des revenus réguliers (salaires) au détriment des Très

172
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Petites Entreprises. C’est l’explication de ce choix managérial que nous cherchons à


approfondir, et le travail de terrain mené devrait permettre d’apprécier ses déterminants et
mieux saisir la particularité de l’environnement microfinancier gabonais.

Nous tentons, dans cette perspective, de démontrer que le mode de coopération de l’EMF, au
vu de son fonctionnement et des exigences réglementaires, tend à être discriminatoire de telle
manière qu’on ne puisse écarter une analyse, même primaire, des pratiques d’allocation des
ressources de ce système. Devenant lieu de conformité, le marché réglementé contraint les
acteurs du secteur microfinancier à la solvabilité et partant, exige la production d’informations
pour atténuer les coûts de transaction.

La réflexion sur ce phénomène nous a poussés, à la fin des années 80, à demander à la banque
à laquelle nous appartenions une expérimentation particulière de ce type de firme grâce à un
accompagnement spécifique. Mais, nous avons rencontré des oppositions fortes au niveau de
la direction exécutive de la banque qui n’y voyait aucun intérêt. Aujourd’hui, la naissance du
marché de la microfinance nous donne l’occasion de prendre conscience de l’originalité de
notre préoccupation.

Nous nous interrogeons sur les dimensions qui entourent l’action de coordination interne des
firmes engagées et ainsi, prenons en compte les contingences qui menacent la coopération
entre les acteurs du marché de la microfinance. Nous nous demandons « comment les
pratiques de coordination interne et de coopération des TPE et des EMF se développent-
elles sous la pression de la réglementation? ». La quête pour parvenir à répondre à cette
question se réalise au moyen d’entretiens semi-directifs conduits auprès de 12 responsables de
5 cas d’établissements de microfinance d’une part, et de propriétaires de 50 très petites
entreprises d’autre part.

Deux types d’établissements ont été considérés relevant de la réglementation en cours au


Gabon. Cinquante cas de très petites entreprises hétérogènes proviennent de la ville de
Libreville. Nous allons, en ce qui concerne les TPE, analyser les caractéristiques des
dispositifs d’organisation des TPE. L’objectif est de chercher à savoir dans quelle mesure les
dispositions réglementaires prévues vont oui ou non être adoptées par les TPE. Par ailleurs,
l’EMF fera l’objet d’une exploration qui va nous permettre de différencier les deux types (1ère
et 2ème catégories) observés et, évaluer l’impact de l’institutionnalisation sur leurs

173
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

comportements managériaux. Enfin, en rapprochant les deux acteurs principaux dans le cadre
d’une coopération, les résultats issus du terrain vont permettre de faire ressortir les grandes
tendances de cette coopération attendue.

Apprécier l’impact de l’institutionnalisation du marché de la microfinance sur la coordination


interne et la coopération des acteurs que sont la très petite entreprise et l’établissement de
microfinance constitue le point central de cette recherche et sera traitée dans cette deuxième
partie de notre travail. Cette démarche n’est pas une simple démarche intuitive qui se
limiterait uniquement à une observation périphérique ou en surface. Elle fait l’objet d’une
confrontation empirisme/théorie à partir de laquelle vont émerger des propositions.

174
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

175
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 1. Le marché microfinancier gabonais : de la coordination interne à


la coopération des acteurs

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Au Gabon, le marché de la microfinance est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. En


effet, la très petite entreprise (TPE) considérée comme un instrument de résorption du
chômage et de création d’emploi fait face à la frilosité des établissements de microfinance
(EMF).
La raison avancée par les EMF réside dans le risque et l’incertitude qui caractérisent ce type
de firmes. Les TPE, quant à elles, se plaignent de tracasseries liées à la soumission de
garanties à fournir. Dans l’impossibilité d’en produire, la TPE est tenue à l’écart de la
distribution de micro-crédits.
Aussi, dans ce contexte où la réglementation de la microfinance et la promotion de ce marché
laissent subsister des asymétries, la question de l’éloignement par les EMF des TPE, mérite
d’être posée et comprise. En effet, comment interpréter la rupture entre l’offre et la demande,
dont l’origine trouve sa source dans la relation EMF-TPE garantie par la réglementation ?

Fort de cette observation, ce travail de recherche voudrait mettre en évidence la place de la


réglementation dans l’intermédiation. Cette problématique s’inscrit dans le droit fil des
obligations que doivent observer les acteurs et qui, sans aucun doute, influence les relations
EMF-TPE. Si tel est le cas, les caractéristiques organisationnelles et fonctionnelles des TPE
doivent donc revêtir une importance. La question de la production informationnelle de la TPE
permettant l’évaluation du risque d’engagement par l’EMF devient centrale.

Ce chapitre va tenter de baliser le champ de la problématique de l’impact de la réglementation


sur les pratiques des acteurs et d’en faire apparaître les enjeux, motivations et conséquences.
La première section met en évidence la structuration organisationnelle des TPE. La seconde
recense les caractéristiques des EMF et les modalités de distribution des ressources
microfinancières attachées à la notion de risque. La troisième section vise à décrire la manière
dont les pratiques managériales des acteurs se neutralisent et, va indiquer les aspects à prendre
en compte afin de capturer au mieux la notion de risque TPE évoqué par l’EMF.

178
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 1 : Typologie, caractéristiques institutionnelles et pratiques


managériales des TPE

Tel qu’abordé dans les parties précédentes, le phénomène de coopération TPE-EMF n’est pas
un objet nouveau d’étude. En revanche, ce qui est récent comme angle d’étude, c’est l’impact
de la réglementation sur les pratiques managériales des acteurs du marché de la microfinance
et la conséquence qui en découle sur le plan coopératif.
Pour ce faire, dans un premier temps, nous définirons les caractéristiques structurelles et
organisationnelles des TPE et, par la suite, nous présenterons diverses contingences justifiant
les pratiques managériales.

1.1 - Généralités et typologies

L’environnement qui encadre la firme en général et la TPE en particulier de par sa complexité


ne permet pas d’avoir une homogénéité des entreprises. Du coup, donner une définition
exhaustive à l’entreprise devient une chose difficile. L’absence de connaissances sur la TPE
conduit régulièrement bon nombre de chercheurs à l’intégrer dans le groupe de la PME. Cette
situation ne trouve pas non plus d’éclairages au niveau des environnements institutionnels
nationaux.

Nous prenons, pour exemple, la législation gabonaise qui dans sa Loi n°016/2005 portant
promotion des petites et moyennes entreprises et des petites et moyennes industries précise en
préambule que cette loi « porte promotion des Petites et Moyennes en abrégé PME, des
Petites et Moyennes Industries, en abrégé PMI ». Au Gabon, avec « l’abondance » pétrolière,
on avait pris l’habitude de parler uniquement que de PME-PMI. Mais, avec l’arrivée de
périodes plus difficiles, cette notion a subi un élargissement qui, finalement, prend en compte
les firmes à faible densité capitalistique afin de coller à l’évolution de l’environnement socio-
économique du pays survenue depuis l’an 2000.

C’est ainsi que la loi va classer les PME-PMI en quatre catégories comprenant entre autres :
- la toute petite entreprise, la toute petite industrie, à savoir toute entreprise dont le montant
total des investissements ne dépasse pas 30.000.000 de FCFA soit 45.000 euros ;

180
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- la microentreprise, la micro-industrie, à savoir toute entreprise dont le montant total des


investissements est compris entre 30.000.000 et 100.000.000 de FCFA, soit entre 45.000 et
152.000 euros (article 4).
Cette distinction fait apparaître des disparités aux contours typologiques flous (toute petite
entreprise, toute petite industrie ; micro entreprise, micro industrie) qui ne règle en rien la
question de la définition de la TPE. Heureusement que le système OHADA va introduire des
exceptions qui vont clarifier la situation. Sont considérées comme TPE, celles dont les
recettes annuelles ne sont pas supérieures aux seuils suivants :
• 30.000.000 FCFA pour les entreprises de négoce ;
• 20.000.000 FCFA pour les entreprises artisanales et assimilées ;
• 10.000.000 FCFA pour les entreprises de services.

Le système OHADA définit la TPE en termes de chiffre d’affaires, dans le but d’éliminer les
incohérences dues à l’existence de définitions issues des législations nationales. L’acception
générale de cette notion considère la TPE comme une entreprise ne dépassant pas le seuil de
10 salariés et évoluant dans des secteurs variés. L’hétérogénéité des TPE observée au Gabon
ne permet pas d’établir une définition de ce type d’organisation monocratique.

Avec l’absence de données statistiques faisant état d’un décryptage rigoureux de l’économie
gabonaise, il est difficile d’avoir une visibilité suffisante capable de qualifier théoriquement la
très petite entreprise. Dans le domaine qui nous intéresse, la différence entre les classes
d’entreprises est rarement faite. A ce jour, aucune étude complète ne se penche sur la question
de la très petite entreprise. Pour preuve, l’approche empirique entamée en 2002 par Mbeng-
Ekorezok qui s’interroge sur le développement de la PME et qui ne fournit aucune indication
démographique sur la TPE gabonaise. Cette étude, conduite dans les villes de Libreville, Port-
Gentil, Franceville et Moanda, ne traite pas de la micro-entreprise de manière spécifique. On
voit donc que la TPE apparaît comme un objet de recherche récent qui suscite de nombreuses
interrogations pour peu de réponses.

Comme de nombreux chercheurs avant nous, nous profitons également de l’insuffisance des
théories relatives à la TPE pour conduire notre travail de recherche. Nous nous inscrivons
dans les démarches actuellement en cours pour chercher à combler ce vide (Ferrier, 2002 ;
Marchesnay, 2003 ; De Briey et Janssen, 2004 ; Gueguen, 2004). En retenant, dans notre
travail de recherche, l’appellation « très petite entreprise », nous nous inscrivons dans une

181
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

logique d’établissement de bornes pour ce segment d’entreprises. Aussi allons-nous, sur la


base d’observations, tenter de décrire cette entité et, peut-être, arriver à une définition
satisfaisante de la TPE.

1.2 Vers une définition de la TPE

Aujourd’hui, l’intérêt suscité par la très petite entreprise auprès des chercheurs en sciences de
gestion amène ces derniers à se pencher sur ce phénomène qualifié, il y a quelques temps, de
transitoire. Les précurseurs en la matière (Cole, 1942 ; Steindl, 1947 ; Evans, 1949) étaient
très largement minoritaires. Selon Um-Ngouem (1996), la petite entreprise actuellement au
cœur des préoccupations, suscite un réel intérêt pour l’analyse théorique. Mais il faut
reconnaître que ce type d’entreprise, notamment dans les économies en développement, est
fondu dans l’appellation PME. Il s’agit d’un terme générique qui regroupe, aussi bien la PME
que la TPE (Julien et Marchesnay, 1988 ; Torres, 2001; Tidjani, 2003 ; Um-Ngouem, 1996 ;
Ferrier, 2002).

Voulant nous éloigner de cette appellation « fourre-tout », nous nous inscrivons dans une
démarche qui sort de cette assertion à caractère général pour donner à la TPE une identité en
phase avec la théorie générale de l’organisation. L’affirmation de la TPE en tant qu’entité
durable exige qu’elle soit vue comme une réalité spécifique inscrite dans un cadre
institutionnel qui légitime son existence. Toutefois, cette posture soulève deux questions :
doit-on déqualifier la TPE (par rapport à l’appellation usitée) et peut-on parvenir à une
définition universelle de la TPE ?

Par rapport à la première question, la TPE est une réalité organisationnelle de proximité, une
entreprise ayant une forme particulière qui ne mérite pas une confusion de « genre
approximatif ». Deux notions viennent, à la fois, accentuer les difficultés de définition de ce
type d’entreprise et lui donner une personnalité : la monocratie et la petitesse.
Cette assertion fonde la rupture avec l’idée selon laquelle la firme est indissociable de la
nature de l’organisation industrielle (Coase, 1937) et que la profitabilité de tout
investissement dépend du volume des investissements concurrents mais aussi
complémentaires (Richardson 1960).
S’ouvre alors un nouvel espace dans lequel la deuxième question trouve toute sa pertinence.
Peut-on parvenir à une définition universelle de la TPE ? Nous n’avons pas la prétention d’y

182
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

répondre dans cette phase exploratoire de notre travail de recherche. Néanmoins nous
pouvons avancer l’idée selon laquelle la légitimation en tant que firme, de la TPE, ne peut
s’appuyer uniquement sur les seules limites quantitatives telles que prônées par les néo-
classiques. Il faut peut-être intégrer son hétérogénéité. Du vendeur de journaux au cireur de
chaussures, en passant par le reprographe au coin d’une rue de Libreville, la variété avérée des
activités serait, selon Ferrier (2002), une des raisons qui expliquerait le retard des chercheurs
à se pencher sur la TPE.

Dans cette tentative d’établissement d’une définition de la TPE, nous devons arriver à faire le
portrait de cette firme de manière à bien connaître ses fondements et offrir la possibilité de
mettre en évidence son mode fonctionnel et expliquer la pérennité de son existence.

1.2.1 La dimension locale de la TPE


Au Gabon, la TPE se confond généralement avec le propriétaire. De type monocratique,
l’actionnaire-gérant est le seul à prendre les décisions. Usant de tactique plutôt que de
stratégie pour répondre aux sollicitations du marché, la TPE privilégie sa typologie qui lui
assure une souplesse propice à l’action de proximité et n’envisage nullement une stratégie de
développement.
Du coup, le concept du cycle de vie de l’entreprise (Penrose ; 1952,1959) ayant inspiré
Greiner (1972), Churchill et Lewis (1983) et Vargas (1984), ne convient pas à la TPE
gabonaise. Stanworth et Curran (1976) montrent que les TPE ne poursuivent pas
nécessairement un objectif de croissance et que ce processus substantiel est plutôt l’exception.
C’est pourquoi elle s’adonne à des activités de faible intensité commerciale. Au Gabon, on
note sa présence dans des activités de services, de la très petite distribution et production
artisanale de biens agroalimentaires.
L’observation de cette forme de firme locale permet, en première approximation, de la
catégoriser en deux groupes :
 la très petite entreprise industrielle artisanale : elle se positionne dans des activités
essentiellement soutenues par la demande des ménages de proximité. Il s’agit de la
production de lait caillé, de poulet, de poisson et de viande fumés ainsi que de manioc
ouvré ;
 la très petite entreprise de services : elle évolue dans la petite restauration de proximité
et la très petite distribution (échoppes).

183
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il faut reconnaître que cette tentative explicative ne couvre pas entièrement la compréhension
de la très petite entreprise. Selon Ferrier (2002, p.42), les théories classiques de la firme ne
sont pas adaptées aux TPE. Le renouvellement de la théorie, s’il est fructueux pour le corpus
théorique global, n’est pas toujours pertinent ou bien adapté pour les TPE, et en tout cas ne
leur profite que très rarement. On pense notamment à l’hypothèse de maximisation du profit
de la part de l’entreprise (hypothèse fondatrice) que Baumol (1959), comme Berle et Means
(1932), proposent de substituer par l’hypothèse de conflit d’objectifs entre les propriétaires
d’un côté et les dirigeants d’un autre côté. Sachant qu’une TPE se caractérise par le fait qu’à
sa tête se trouve généralement un propriétaire-dirigeant, ce renouvellement ne peut être
pertinent.

La très petite entreprise (TPE) se caractérise par l’exercice d’un métier. Ferrier (2002) relève
que pour la TPE, la spécialisation est un avantage car elle maîtrise son activité et peut lui
consacrer toute son énergie, ce qui lui permet d’actualiser les performances de son produit. La
flexibilité dont jouit la TPE, du fait de la coordination directe des décisions, lui confère un
atout majeur dans des situations où un trop grand formalisme est source d’inertie. Mintzberg
(1992) explique que la simplicité structurelle des entreprises jeunes ou de petites dimensions
est un gage de flexibilité. Par ailleurs, il existe la dimension proxémique qui permet à la TPE
de saisir toutes les opportunités géo-locales ou territoriales.

Toutefois, cet avantage ne signifie pas toutes les difficultés qui se dressent devant la TPE. En
effet, la justesse de ces formes de coopération ne constitue pas pour autant un gage de
légitimation de la TPE face aux pourvoyeurs classiques de financement à l’entrepreneuriat.

1.2.2 Difficultés et fonctionnement de la TPE

Face à un environnement dont elle est tributaire, la TPE doit acquérir et entretenir des
ressources qu’elle ne contrôle pas. Ce contrôle est d’autant moins évident que l’obtention de
celles-ci dépend d’autres organisations parties intégrantes de l’environnement. En résumé, la
TPE dépend, pour sa subsistance, de son contexte environnemental qui contraint et forme sa
structure.

Quantitativement, les TPE sont des unités de très petite taille que l’on tente d’apprécier, à la
suite de Ferrier (2002), à partir d’un certain nombre d’indications :

184
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- faible densité capitalistique : au démarrage, les fonds propres sont souvent largement
inférieurs à un million de francs CFA (1500 euros) ;

- insuffisance des ressources humaines : le nombre de salariés compris entre 1 et 10, est
constitué pour l'essentiel d’apprentis et d’une main d’œuvre familiale Hernandez,
1997) ;

- faible dimension : la modicité des outils et équipements de production est la


caractéristique de l’investissement initial. Constitué généralement d’un petit
équipement et d’un outillage simple, ce dernier peut devenir légèrement plus
important quand on passe d’opérations de services, de commerces, à la production
manufacturière.

Le chiffre d’affaires comme le résultat sont également relativement bas. Ils sont pour la
plupart du temps évalués quotidiennement et souvent, mensuellement. Le chiffre d’affaires en
l’occurrence, dépasse rarement un million de francs CFA (1500 euros) pour la période
définie. Il peut être aussi évalué trimestriellement, semestriellement et annuellement pour le
secteur de la production et du commerce. Il peut donc arriver à s’établir à une dizaine de
millions de francs CFA (15.000 euros) pour l’année.

Les TPE du point de vue de ce critère confirment bien leur nature, celle d’unités d’une taille
très réduite. Cette petite taille semble être à la fois un atout et un handicap. L’avantage se
situe au niveau de la grande et facile mobilité des installations. Par contre, l’inconvénient est
que l’activité au premier abord semble inintéressante si l’on doit l’évaluer individuellement
sur le plan économique. Ceci peut expliquer le faible intérêt affiché jusqu’à présent, par les
autorités.

Cette faible attractivité de la TPE liée à sa petitesse peut donc se comprendre même si elle ne
se justifie pas. Il importe donc à ce stade de l’analyse d’évaluer également les aspects
qualitatifs qui la fondent.

Qualitativement, la TPE se reconnaît par quelques caractéristiques principales :

- la forte implication d’un individu ou d’une famille qui exerce un pouvoir


discrétionnaire dans l’ensemble des décisions de production, de financement, de
localisation. La direction assume les aspects stratégiques, commerciaux et les
rapports avec les institutions aussi bien que des tâches opérationnelles de
production ;

185
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- sa petite taille favorise des contacts directs, une distance hiérarchique moindre,
des relations de travail plutôt informelles. La TPE s'oppose en cela aux grandes
entreprises plus anonymes, fortement hiérarchisées et formalistes ;

- une stratégie intuitive et peu formalisée qui ressemble beaucoup plus à une
tactique : le dirigeant est suffisamment proche de ses collaborateurs et employés
pour leur expliquer oralement les changements qu'il impose sans formaliser par
écrit sa stratégie ;

- les employés doivent généralement être capables de changer de poste de travail ou


de fonction. Les équipements doivent permettre la flexibilité de la production en
étant capables de produire à un coût compétitif des petites séries ;

- la « relation client » est caractérisée par une grande proximité avec le client.
Celle-ci se réalise en faveur d’une personnalisation du produit et d’une
fidélisation de la clientèle. La forte adaptation à la demande se réalise par la
flexibilité du système des prix. Les prix ainsi que le niveau d’élaboration du
produit ou du service suivent ici le niveau du revenu de la clientèle. Cette action
leur confère un avantage économique distinctif malgré leur faiblesse
technologique et une qualité moyenne des produits. Toutefois, d’autres éléments
contingents atténuent cet apparent dynamisme.

Selon les travaux empiriques réalisés par Mbeng-Ekorezok (2002), 95% des entrepreneurs
manquent de fonds propres lors du lancement de leur activité. Alors que les institutions
financières évoquent le risque d’insolvabilité des jeunes entreprises, ces dernières reprochent
aux banques des conditions difficiles d’accès au crédit (apport personnel significatif, aval d'un
tiers crédible…). Il faut aussi relever que les petites entreprises éprouvent du mal à financer
leurs besoins de trésorerie même lorsqu’elles ont un cahier de commandes éloquent.

Par exemple, les petites entreprises gabonaises du secteur des BTP qui exécutent des marchés
publics avec souvent l’État comme client principal font face à des pressions financières. Pour
cause, le délai de paiement des factures des organismes publics est une véritable gageure avec
des échéances de l’ordre de deux ans au minimum. Cette situation ne trouve aucune réponse
auprès des banques qui ont du mal à accorder le soutien souhaité par les entrepreneurs. Aussi,
cette absence de couverture des besoins des petites entreprises ne favorisent pas une
exploitation efficace de leur activité.

186
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Hormis les difficultés d’accompagnement, les difficultés de financement tiennent également


au loyer de l’argent.
Selon Mbeng-Ekorezok (2002), pour la plupart des petites entreprises, le crédit privé est trop
cher. De ses travaux, l’auteur fait ressortir que le taux (autour de 23%) est jugé prohibitif par
ces petites unités.

Ces conditions difficiles sont telles que la constante semble être l’incertitude. Il s’ensuit un
pilotage à vue que vient compliquer la faiblesse des outils d’analyse du risque dans un
environnement où rien ne semble être prévu en faveur d’une activité régulière.
Or, l’entrepreneur qui crée une TPE ou développe une activité existante a besoin de moyens
financiers pour rester compétitif, améliorer les techniques de production et financer sa
croissance. Pour cela, la présence d’un accompagnant permet de « favoriser les facultés
réflexives de l’accompagné » (Giddens, 1987). Selon Martinet (1990), il s’agit donc de
rendre, à plus ou moins long terme, l’individu autonome, c’est-à-dire capable de construire un
projet, de donner une identité propre à son organisation, d’agir sur son environnement.

Néanmoins, l’évolution progressive que connaît la TPE, formelle (enregistrée fiscalement) ou


informelle (évoluant de manière illégale) montre que celle-ci a un potentiel caché. L'idée que
les microentreprises ne sont pas organisées est essentiellement vérifiée du point de vue de
l'intervention de l'État pour structurer le secteur. Il est de moins en moins vrai que
l'organisation de l'activité est totalement absente de la microentreprise.
La TPE construit ainsi autour d’une toute petite activité, des chaînes complètes de production
flexibles et individualisées. L’objectif est de pallier l’insuffisance du capital individuel
physique, financier, avec une amplification des effets de proximité, malgré la petitesse des
unités de production considérées isolément. En situant le capital humain au cœur des
préoccupations, la TPE révèle un esprit de créativité et de réactivité qui permet de contourner
l’ensemble des contraintes bien qu’elle ne les desserre pas totalement.

Au rôle social, la TPE substitue désormais un rôle économique. En d'autres termes, elle se
structure non plus seulement par des rapports sociaux où prévalent uniquement des stratégies
de survie et de solidarité, mais aussi par des exigences de rentabilité et de valorisation de la
formation du capital. Grâce à cela, la TPE arrive à se maintenir dans un environnement
économique hostile.

187
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ferrier (2002) observe que c’est à leur capacité de concilier les valeurs sociales et culturelles
de l’Afrique avec l’efficacité économique que les TPE doivent leur développement et leur
pérennité. La TPE s’insère dans un réseau de relations sociales de la communauté
d’appartenance. Cette insertion est souvent la source de contraintes et enferme l’entrepreneur
dans un ensemble de règles où la tradition demeure prépondérante.

Au vu de ce qui précède, nous pouvons définir la TPE comme une réalité micro-
organisationnelle monocratique de proximité à faible concentration capitalistique,
technologique et humaine qui se distingue par sa flexibilité, sa faible institutionnalisation et sa
capacité à repenser sans cesse son fonctionnement systémique. Il apparaît donc, clairement
que la TPE, ne peut être traitée comme une grande entreprise.

1.3 Les pratiques managériales des TPE

Environ 85% des microentrepreneurs avouent leur ignorance ou leurs faibles capacités dans
bien des domaines de gestion (Mbeng-Ekorezok, 2002). L’enseignement tiré des travaux de
l’auteur fait apparaître que les dirigeants des entreprises de petite taille au Gabon ont besoin
de renforcer leurs capacités managériales. La capacité à assumer efficacement les fonctions de
gestion dans l’entreprise est une des conditions essentielles du succès commercial et de la
prospérité de leurs unités.
Observation faite, le fonctionnement des TPE au Gabon s’apparente plus au pilotage à vue
qu’à une conception et une exécution harmonieuses des activités de l’entreprise. L’extrait ci-
après des conclusions d’un rapport d’expertise sur une boulangerie créée en 1997 à Libreville
et fermée deux ans plus tard nous édifie. Il témoigne effectivement de carences managériales
propres à se solder par la disparition d'une unité économique (Mbeng-Ekorezok, 2002) :
« - estimation du coût de revient (baguette 125g et 250g ; croissant) : néant ;
- volume prévisionnel de production : néant ;
- prévision du chiffre d’affaires : néant ;
- programmation d’actions publicitaires/promotionnelles : néant ;
- organisation d’inventaires : néant ;
- tenue de la comptabilité : sommaire ; un cahier répertorie les ventes quotidiennes ».
Ces conclusions pourraient s’appliquer à un très grand nombre de TPE locales. On voit bien
que la compétence n’est pas encore un enjeu important pour les dirigeants des TPE
gabonaises. Leur expertise managériale est très faible et ils recrutent rarement des spécialistes

188
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

en comptabilité, en techniques commerciales, en techniques de production pour assurer les


fonctions indiquées. D’ailleurs, les méthodes de recrutement employées sont souvent
subjectives (faible recours aux curriculum vitae et aux entretiens) et l’embauche se fait plutôt
en urgence. La formation permanente des employés est inexistante.

Ne disposant pas d’un personnel compétent, la fonction commerciale n’est quasiment pas
assurée. Le marché est donc mal ciblé, la clientèle potentielle souvent surévaluée, les gammes
de produits peu conformes aux attentes des consommateurs, et le service après vente (quand il
est nécessaire) négligé. Dès lors, on peut difficilement atteindre l'objectif de prospérité des
affaires qui, lui-même, contribue à asseoir un réseau viable de TPE.

Tout ceci contribue à expliquer que la TPE gabonaise peut rencontrer des difficultés en termes
de financement de ses activités car on sait que l’absence d’informations sur leur activité et la
taille jouent en leur défaveur. Stiglitz et Weiss (1981) avancent que la probabilité pour qu’une
entreprise soit rationnée sur le marché du crédit dépend de l’importance des asymétries
d’information.

Aussi, pour faire face à ses besoins financiers, l’autofinancement est, pour la TPE gabonaise,
la première source de financement. Mais, l’autofinancement limite la croissance de la TPE.
Elle ne peut donc pas atteindre la taille lui permettant d’avoir la « masse critique de survie ».
Fazzari et al. (1988), dans une étude empirique, montrent que l’insuffisance de liquidités est
d’autant plus forte que la taille de l’entreprise est petite. Et, ce n’est pas pour rassurer les
pourvoyeurs de fonds qui regardent très souvent la masse constituée par l’entreprise
emprunteuse.

Alors que le financement de la création et de la croissance des TPE est probablement l’une
des clés du renforcement du tissu économique gabonais, la solution normale aurait été, pour
elles, l’accès au marché classique du crédit. Mais les banques gabonaises exigent des
garanties que les TPE ne sont pas capables de fournir. Dans ses travaux, Mauge (1983) cité
par Ferrier, explique qu’il existe un surplus de risque pour le banquier lors de l’octroi d’un
crédit à une TPE du fait du lien trop intime entre la TPE et son dirigeant. Le système bancaire
gabonais trouve le prêt à la TPE trop risqué. Aussi, pour combler cette lacune, les organismes
publics de financement vont agir en direction des PME. Entre 1994 et Décembre 2000, le
Fonds de Développement et d’Expansion (FODEX) va accorder 21 milliards de FCFA (32,5

189
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

millions d’euros) de prêt pour aider l’entrepreneuriat alors que la Banque Gabonaise de
Développement (BGD) leur consentait 15,66 milliards FCFA (56,34 millions d’euros) entre
1994 et 1999.

Malgré cette injection financière, force est de constater que le mode de fonctionnement
traditionnel de la TPE n’a pas permis une capitalisation automatique du programme
gouvernemental. Des estimations du Ministère gabonais des PME situent en effet à 68%
environ le taux moyen de disparition des unités nouvelles avant l’âge de 3 ans (en France, sur
cette période, le taux moyen de survie à 3 ans est de 62%). Cette situation pourrait donc
traduire l’existence de nombreux dysfonctionnement, non explicités, au développement de la
petite entreprise locale.

Pour expliquer ce résultat mitigé, quelques pistes supposées apparaissent, notamment le


comportement du propriétaire-dirigeant qui, on peut le dire, a une relation trouble avec les
bénéfices. La tentation de ne pas payer les charges légales de leur fonctionnement les amène à
passer des écritures à la limite de l’irrégularité comptable. En gonflant ses coûts, le dirigeant
de la TPE peut tirer le maximum d’avantages, tout en allégeant la pression fiscale. Craignant
de voir son bénéfice net trop fortement amputé, le propriétaire-dirigeant préférera distribuer le
produit de sa TPE sous des formes échappant à l’impôt car comptabilisé en frais. Une telle
attitude du dirigeant est génératrice d’inefficience car elle échappe aux règles de
fonctionnement normalisé. Néanmoins, il faut avoir à l’esprit que dans les pays en
développement les besoins primaires sont rarement satisfaits. Et, compte tenu de la mauvaise
gouvernance qui caractérise l’ensemble des structures publiques et semi-publiques, les TPE
ont des difficultés à entrer dans une économie transparente. Leur politique serait plus tournée
vers le court terme que le long terme créant ainsi un manque de résultats probants.
On peut, d’ores et déjà, affirmer que le bilan actuel du secteur microfinancier à travers
l’analyse de la TPE ne pourrait s’expliquer exclusivement, au Gabon, par les difficultés
d’organisation et de gestion des TPE.

Dans le cadre de la théorie financière, aucune adaptation n’est appropriée pour prendre en
compte la spécificité de la TPE. A la suite de cette affirmation, il faut rajouter que la fiscalité
n’est nullement adaptée à ce type d’entreprise. Selon Ferrier (2002), le cadre fiscal exerce une
influence importante pour le rendement réel d’une TPE. La fiscalité des salaires et des

190
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

bénéfices a un impact considérable sur le comportement du propriétaire-dirigeant. Pour ce


dernier, le dispositif juridique et fiscal est très contraignant et coûteux.

Afin d’échapper à cette insécurité juridique et fiscale, le propriétaire-dirigeant est obligé de


créer un groupe ethniquement homogène, des réseaux d’échanges personnalisés (Ferrier,
2002) et des modes de financement spécifiques en vue de réduire les coûts de transaction.
Même si elle est structurée à sa façon, avec une organisation où l’entrepreneur se situe au
cœur de l’action, il n’en demeure pas moins que la normalisation de son fonctionnement doit
devenir une priorité.
Ce dernier aspect, ajouté aux précédents, confirme la fragilité systémique de ces unités de
production, même si des analyses sur le sujet sont moins pessimistes et traduisent l’existence
d’un potentiel de développement.

Section 2 : Caractéristiques institutionnelles et organisationnelles des


organismes de microfinance

Au Gabon, les premières expériences structurées et non réglementées de microfinance ont été
portées par les petits commerçants à partir des années soixante-dix et n’ont pas connu de
développement particulier.
L’arrivée de la crise, au milieu des années 80 avec sa cohorte de problèmes sociaux, va faire
évoluer la donne. Les perturbations structurelles et conjoncturelles vont avoir des
répercussions néfastes sur les conditions de vie de la population : accroissement du chômage,
baisse du pouvoir d’achat, accès difficile aux ressources économiques et aux services sociaux
de base. Suite à ces dysfonctionnements de l’économie, le Gabon se lance dans une
ambitieuse stratégie pour la réduction de la pauvreté. Cette stratégie s’articule autour de trois
axes essentiels :
- restaurer la bonne gouvernance ;
- favoriser une croissance ;
- appuyer l’entrepreneuriat local.
L’intérêt accordé à la microfinance par les autorités politiques gabonaises va coïncider, au
début des années 80, avec la généralisation de la libéralisation financière (privatisation des

191
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

institutions financières, suppression des lois usuraires, non fixation des plafonnements des
taux d’intérêt, levée des quotas de crédit, etc.).
L’effet principal attendu de ce choix de politique économique est la croissance de
l’intermédiation entre acteurs (épargnants et investisseurs), à travers une incitation à
l’épargne. Dans cet univers, les seuls acteurs qui arrivent à épargner sont les fonctionnaires,
les salariés du secteur public et privé et les gros commerçants et hommes d’affaires.
Un autre élément attendu, par le gouvernement, va être l’investissement à travers la
distribution du crédit. Mais les seuls bénéficiaires de crédits (à court terme), de manière
systémique, vont être les grandes entreprises, les hauts fonctionnaires et les grands
commerçants.

De cette politique vont naître de nouveaux problèmes, notamment la hausse exagérée du coût
du crédit et la discrimination financière dénotant un secteur financier inefficace et une faible
expansion de soutiens financiers en direction des défavorisés. Les nouvelles banques créées
avec des capitaux totalement privés adoptèrent des politiques restrictives excessives dans la
distribution du crédit.

Les banques commerciales, filiales de maisons étrangères, telles que la Banque Internationale
pour le Commerce et l’Industrie du Gabon (BICIG), BGFI-BANK, Union gabonaise de
banques, avec peu de crédits performants, vont privilégier les crédits à court terme au
détriment du financement à moyen et long terme. Plusieurs de leurs consœurs vont tomber en
faillite (Banque du Gabon et du Luxembourg, Banque Internationale pour le Gabon, Inter
banque, BCCI-Gabon). Frileuses, les banques prêtent sur réputations ou relations en se basant
sur le patrimoine servant de nantissement. Non intéressées par l’entrepreneuriat local, elles ne
prennent que peu de risque. Du coup, on va assister au développement d’un système financier
en rupture avec la réalité sociale. A partir de là, les établissements de microfinance et des
systèmes de financement décentralisé (SFD) vont s’affirmer pour pallier cette inadaptation du
secteur bancaire à la demande « d’en bas »11. Ils sont censés ainsi offrir une réponse à cette
attente. Partant du présupposé que l’un des obstacles essentiels au fonctionnement efficace
des systèmes financiers formels traditionnels est l’asymétrie d’information, l’une des
innovations importantes des SFD est la substitution de la supervision mutuelle aux garanties
matérielles.

11
Population à faibles revenus susceptible de demander des concours

192
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Mais le marché de la microfinance au Gabon présente des spécificités qui jouent en défaveur
du dynamisme souhaité. Malgré cela, l’État maintient sa volonté de développement. Pour
optimiser cette politique, plusieurs organismes de financement alternatif sont créés : la
Banque Gabonaise de Développement, la Caisse Nationale du Crédit Rural, le Fonds d’Aide
et de Garantie, l’Agence Nationale de Promotion de la Petite et Moyenne Entreprise. L’axe
« appui entrepreneurial local » met l’accent sur la nécessité de lutter efficacement contre la
pauvreté féminine et celle des jeunes. Pour cela, l’Etat s’engage à entreprendre un ensemble
d’actions prioritaires, et notamment celles visant à développer l’appui aux très petites
entreprises. Dans le développement suivant nous allons présenter les différents acteurs qui
interviennent dans le marché de la microfinance et analyser le niveau de leur coopération.

2.1 Les organismes d’Etat

Au Gabon, la problématique du développement de l’entrepreneuriat incombe au ministère


chargé de la promotion des petites et moyennes entreprises en ce qui concerne les aspects de
coordination des actions.
Dès le début des années 80, on recense des expériences de programme de financement
alternatif qui trouvent leur source dans un dispositif légal établi dans la Loi n° 1/81 du 8 juin
1981 instituant des mesures administratives et financières propres à promouvoir les petites et
moyennes entreprises.
Cette loi a pour objet de favoriser la création et la promotion des petites et moyennes
entreprises gabonaises dont l’activité est de nature à contribuer au développement
économique et social du pays.
Elle définit la petite et moyenne entreprise comme toute entreprise qui est la propriété de
personnes physiques gabonaises, ainsi que les sociétés dont le capital est détenu pour au
moins 70% par des gabonais et pour lesquelles les fonctions de direction sont effectivement
exercées par les nationaux. Ce dispositif légal doit permettre de fluidifier le mécanisme
d’allocation de ressources en direction des PME.
Le crédit apparaît comme un outil permettant la synchronisation des débours et des entrées
monétaires. Le financement favorise la croissance économique et la réduction de la pauvreté.
C’est à cause de cet important rôle du financement pour le développement que le
gouvernement gabonais est massivement intervenu dans le secteur financier à travers les
organismes suivants tels que FAGA, PROMOGABON et FODEX.

193
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3.1 Le Fonds d’Aide et de Garantie aux Petites et Moyennes


Entreprises (FAGA)

Créé par la loi n°1/81 du 8 juin 1981 portant mesures administratives et financières pour la
promotion des PME, il est placé sous la tutelle du ministère chargé de la promotion des petites
et moyennes entreprises. Ayant comme mission de faciliter le démarrage et fonctionnement
des petites et moyennes entreprises grâce à un capital initial dont le montant est fixé par
décret, le fonds n'est devenu opérationnel qu'en 1985 avec l'adoption du texte régissant ses
interventions et la réunion de son premier comité de crédits. De 1986 à 1990, il n'a reçu
aucune dotation budgétaire en raison de la situation économique et financière du pays.

Les objectifs du fonds d’aide et de garantie sont les suivants :


- participer à la constitution ou au renforcement des capitaux propres ;
- octroyer des subventions ;
- accorder des avances remboursables, des avals et des garanties.
L'ensemble de ses interventions couvre un éventail élargi d'activités dont la moitié est
localisée dans la province de l'Estuaire, avec une concentration dans le commerce général, la
pêche, la coiffure, l'hôtellerie-restauration, quelques unes dans la menuiserie, la fabrication
d'agglomérés, les autres étant dispersées entre une vingtaine d'activités. Les deux tiers des
aides directes portent sur des montants supérieurs à 5 millions de FCFA (7622 euros).
En vue de constituer les ressources nécessaires à son fonctionnement, l’Etat effectue des
prélèvements sur :
- des ristournes perçues sur les achats de matériels et de fournitures d’équipements ;
- des commissions à prélever sur les crédits accordés ou avalisés par le Fonds ;
- des dotations provenant de l’Etat gabonais ;
- de toutes ressources d’origine publique ou privée ;
- des emprunts consentis par des organismes publics ou privés.
Fin décembre 1991, ses ressources étaient de FCFA 1,143 milliards (1,7 million d’euros) en
aide directe et de FCFA 1,553 milliards (2,3 millions d’euros) en garantie.
Les ressources du fonds sont déposées auprès de tout établissement financier de caractère
national, ayant vocation de développement économique.
En intervenant dans le financement de tous projets à caractère industriel et commercial
susceptibles de renforcer le tissu économique national, le fonds est censé contribuer au
développement de la petite et moyenne entreprise gabonaise.

194
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les petits prêts sont accordés avec un intérêt de 9% dans les zones urbaines, de 6,5% dans les
zones rurales. Enfin, les garanties sont assurées par le système bancaire avec un plafond de 15
millions de FCFA (22.000 euros) et les crédits octroyés sont réescomptés auprès de la Banque
Centrale. Le fonds est administré par un conseil de gestion composé de quinze (15)
membres. Le conseil de gestion peut faire appel à titre consultatif à toute personne dont la
compétence est reconnue en la matière. La présidence du conseil de gestion est assurée par le
ministre de l’économie et des finances. Le conseil de gestion se réunit à l’initiative de son
président ou à la demande du tiers de ses membres aussi souvent que l’intérêt du fonds
l’exige. L’administration du fonds est assurée par un directeur général nommé par décret pris
en conseil des ministres sur proposition du ministre de tutelle.
Le conseil de gestion jouit des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom du fonds et pour
faire ou autoriser tous actes et opérations relatifs à son objet conformément aux statuts. Sans
que cette énumération soit limitative, le conseil de gestion délègue, dans le cadre des statuts
du fonds d’aide et de garantie, au directeur général certaines de ses attributions.
Le fonds d’aide et de garantie est soumis à la réglementation en vigueur en matière de
contrôle financier des offices, établissement publics et sociétés d’Etat.
Peuvent prétendre au soutien du FAGA, toutes les entreprises qui sont la propriété des
personnes physiques gabonaises, ainsi que les sociétés dont le capital est détenu pour au
moins 70% par des Gabonais et pour lesquelles les fonctions de direction sont effectivement
exercées par les nationaux. Le chiffre d’affaires annuel de ces entreprises ne doit pas dépasser
deux cent cinquante millions de francs CFA. Toutefois le montant de ce chiffre d’affaires
pourra être modifié par décret. Les interventions du fonds se font soit au titre de l’aide, soit au
titre de la garantie, soit aux deux titres conjointement.
Au titre de l’aide, le fonds peut intervenir sous les formes d’avances remboursables avec
intérêts, financement d’études de faisabilité, prise de participation avec obligation de rachat
dans des petites et moyennes entreprises agréées.
Outre les garanties réelles et/ou personnelles qui sont exigées de lui, le demandeur doit
pouvoir attester :
- de son honorabilité (casier judiciaire vierge) commerciale et de sa capacité professionnelle ;
- de la valeur technique et économique de son projet ;
- de la viabilité de l’entreprise ;
- de l’agrément au régime des petites et moyennes entreprises.
Au titre de la garantie, le fonds couvre le remboursement d’un crédit en principal et intérêts.
Cette garantie peut être directe ou indirecte conformément à la réglementation en vigueur et

195
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

notamment au décret n° 416/PR du 18 mars 1985 portant réglementation des marchés


administratifs à des petites et moyennes entreprises gabonaises agréées.

Les procédures du fonds demandent que le dossier soit introduit soit par le demandeur, soit
par l’Agence nationale de promotion de la petite et moyenne entreprise créée par la loi n°
13/83 du 31 décembre 1983. Il est adressé en deux exemplaires au ministre chargé de la petite
et moyenne entreprise qui en saisit le directeur général du fonds d’aide et de garantie.
Le dossier comprend, outre les éléments qui ont servi à l’obtention de l’agrément exigés par la
loi 1/81, une description de l’intervention demandée ainsi que la copie d’arrêté d’agrément ou
de la lettre de notification.
Le directeur général du fonds étudie ou fait étudier le dossier. Il en fait rapport à un comité
composé de dix membres, dit comité des crédits.
Le comité peut appeler en séance toutes personnes qualifiées qu’il jugerait utile de consulter.
Le comité des crédits se réunit aussi souvent que nécessaire sur convocation de son président.
Le comité ne peut valablement délibérer que si la majorité des membres est présente.
Tout membre du comité des crédits ayant un intérêt direct ou indirect dans une entreprise dont
le dossier est examiné par ce comité est tenu de le signaler. Il ne peut prendre part à la
délibération sur ce point ni s’y faire représenter.
L’accord du fonds d’aide et de garantie portant octroi d’une aide ou d’une garantie fait l’objet
d’une convention entre le fonds, et l’organisme financier éventuellement concerné et le
bénéficiaire.

En plus des obligations générales mentionnées à l’article 24 de la loi n° 1/81, le bénéficiaire


est tenu, pour la durée de la convention avec le fonds :
- d’utiliser aux seules fins prévues dans la convention les bâtiments, matériels,
équipements et fonds de commerce acquis, réalisés ou transformés grâce à
l’intervention du fonds ;
- de ne pas aliéner ou donner en garantie ses biens déjà donnés ou promis en garantie au
fonds.
Néanmoins, le comité des crédits peut, par autorisation écrite, accorder une dérogation aux
deux obligations susmentionnées.
Le bénéficiaire s’engage donc à conférer hypothèque sur ses immeubles et bateaux, présent et
à venir, à la première demande du fonds, à concurrence d’un montant suffisant pour couvrir
l’intégralité des remboursements prévus en principal et en intérêts. Il est tenu d’autoriser la
visite par les experts désignés par le fonds des immeubles, équipements et matériels servant à

196
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

l’exploitation ainsi que de tout immeuble et bateau donné en garantie. Le bénéficiaire de


l’aide doit être titulaire d’un compte bancaire au moins.
En cas de besoin, le fonds peut à tout moment procéder ou faire procéder à l’examen de
comptabilité, de la gestion ou de la situation patrimoniale des personnes physiques ou morales
qui ont obtenu son aide.

La dénonciation d’une avance remboursable implique l’exigibilité immédiate de toutes les


sommes dues en capital et en intérêts12.
Le fonds peut dénoncer la garantie accordée pour un crédit lorsqu’elle a été obtenue par la
fraude du demandeur. Cette dénonciation ne peut porter que sur la partie du crédit non encore
utilisée.

Le fonds peut également dénoncer la garantie accordée :


- lorsqu’elle a été obtenue grâce à des déclarations sciemment inexactes de
l’établissement financier ;
- lorsque l’établissement financier n’a pas pris les mesures requises pour veiller à
l’utilisation du crédit aux fins prévues ;
- lorsque, sans accord préalable du fonds, l’établissement financier modifie les
conditions initiales de crédit, de telle manière que la charge de la garantie s’en trouve
augmentée ;
- lorsque l’établissement financier a dénoncé le crédit sans accord préalable du fonds.

3.3.1 L’agence de Promotion de la petite et moyenne entreprise


(Promogabon)
Créée par la loi 17/64 du 29 octobre 1964, l’agence gabonaise de promotion industrielle et
artisanale est un établissement public à caractère industriel et commercial. Ayant subi des
modifications par ordonnance 23/70 du 2 avril 1970, ses activités démarrent en 1972. Ses
débuts sont difficiles. L’organisme est pléthorique et budgétivore. Il fonctionne avec des
cadres n'ayant ni expérience pratique, ni capacité d'expertise des secteurs d'activité intéressant
au premier chef les microentrepreneurs : agriculture, artisanat, petite industrie légère.

Revisitée par les autorités, l’agence va être érigée en agence nationale de promotion de la
petite et moyenne entreprise et conserve la dénomination de Promogabon dont elle reprend

12
Une dénonciation d’une aide se fait à sa valeur nominale, et celle en bonification d’intérêt, à la valeur des
sommes effectivement déboursées par le fonds.

197
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

l’actif et le passif grâce à la loi n° 13/83 du 30 décembre 1983. Elle est placée sous la tutelle
technique du ministère chargé de la petite et moyenne entreprise.
Promogabon a pour objet de promouvoir la création et le développement des petites et
moyennes entreprises gabonaises, ou à participation majoritaire gabonaise, particulièrement
de nature industrielle et artisanale, effectivement dirigées par des nationaux. Les activités de
ces entreprises doivent concourir à la réalisation des objectifs économiques nationaux.
Pour réaliser son objet, Promogabon est chargée notamment de :
- procéder à l’analyse technique, économique et financière des demandes reçues par le
ministère de tutelle technique en vue de bénéficier des dispositions de la loi 1/81,
instituant des mesures administratives et financières propres à promouvoir les petites
et moyennes entreprises gabonaises ;
- fournir aux promoteurs une assistance depuis la conception du projet jusqu’à sa
réalisation et fonctionnement ;
- procéder directement ou indirectement à toutes études, expertises et recherches de
nature à favoriser la création de petites et moyennes entreprises dans les différentes
provinces du pays ;
- mettre à la disposition des promoteurs de petites et moyennes entreprises des moyens
matériels tels que des domaines industriels, sous forme de vente, location-vente ou
autre ;
- encadrer les petites et moyennes entreprises gabonaises qui bénéficient d’une
assistance financière et aider dans les domaines de la technique et de la gestion celles
qui en font la demande ;
- aider les petites et moyennes entreprises gabonaises à s’organiser en groupements
professionnels ;
- entreprendre des actions et mettre en œuvre des programmes de recyclage des
responsables et du personnel des petites et moyennes entreprises gabonaises.
Entre 1984 à 1991, PROMOGABON a agréé en moyenne 37 PME par an. 62 % d'entre elles
sont localisées dans la province de l'Estuaire. Cette intervention est répartie
proportionnellement de la manière suivante par secteur :
- tertiaire : 42% (services aux particuliers, commerce général) ;
- secondaire : 35% (industrie légère, réparation, BTP).
Toutefois, le « suivi-évaluation » des PME agréées est inexistant en raison, notamment, du
manque de logistique.

198
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les ressources de Promogabon sont constituées par les recettes provenant de ses prestations et
de ses opérations et les ristournes venant d’organismes concourant au développement des
petites et moyennes entreprises sans oublier les emprunts les dons, legs et libéralités de toute
nature qui pourront lui être consentis, ainsi que des recettes parafiscales affectées et/ou des
dotations du budget de l’Etat.

Miné par des problèmes de gouvernance, cet organisme n'a pas été en mesure de présenter
(depuis 1992) un quelconque état des créations, réalisations et conditions de fonctionnement
des PME au Gabon, sa liquidation intervenant en 2010.

4.3.1 Le Fonds d’expansion (FODEX)

Le Fonds d’Expansion et de Développement de la Petite et Moyenne Entreprise Gabonaise


(FODEX) a été créé en 1993 pour soutenir le développement des Petites et Moyennes
Entreprises au Gabon et partant, améliorer les perspectives de l’emploi.

Conçu comme un instrument de l’économie gabonaise, le FODEX a, lors de sa création,


bénéficié d’un prêt de la banque africaine de développement (BAD) d’une vingtaine de
milliards de FCFA (30.500.000 euros). Cet acteur s’était fixé comme objectif général
d’inverser les tendances des banques primaires à ne financer que la grande industrie au
détriment de la petite industrie.
De façon spécifique, il s’est fait le devoir de :
- renforcer le rôle des PME-PMI ;
- diversifier les actions de production ;
- favoriser la création d’emplois ;
- encourager la restructuration et l’expansion des activités économiques existantes ;
- améliorer le financement des populations par le rapprochement des services financiers
par rapport aux populations vulnérables notamment les femmes.

Etablissement public et placé sous la tutelle du premier ministre, il intervenait, jusqu’à un


passé récent, sur la base des critères suivants :
- être une entreprise privée de droit gabonais ;
- exercer une activité dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de l’extraction, du
bois, de la pêche, de l’agriculture, des services et du commerce, sous certaines
conditions ;

199
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- avoir un capital détenu pour au moins 51% par des gabonais, personnes morales ;
- avoir un chiffre d’affaires annuel au plus égal à 1 milliard de francs CFA (1.500.000
euros) ;
- présenter un projet d’investissement au plus égal à 150 millions de francs CFA
(228.000 euros).
Dans le cadre de sa mission de soutien au développement, le FODEX a décaissé :
- 409 millions FCFA (624.000 euros) au profit de 200 femmes commerçantes ;
- 200 millions (305.000 euros) au bénéfice de 307 artisans & agriculteurs des zones
rurales.
Malheureusement, à l’heure du bilan, les résultats initialement escomptés en termes de
remboursement n’ont pas été atteints. En effet, les taux de prêts à récupérer du FODEX se
sont situés entre 67 % et 70 %. Cette entité a été liquidée en 2010.

Au regard de ce qui précède, on se rend compte que les outils mis en place par le
gouvernement ne correspondent pas aux besoins de l’économie sociale. Alors que la lutte
contre la pauvreté est, soi-disant, engagée on assiste à une dégradation du niveau de vie d’une
partie de la population gabonaise en manque de ressources.
En conclusion, on peut retenir que l’ensemble de l’offre du FAGA, de PROMOGABON et du
FODEX ont été en décalage avec la demande locale.

5.3.1 Les acteurs de la microfinance face aux limites du secteur

Au cours de la décennie 1980-1990, 28 % de la population totale du Gabon vivait en dessous


du seuil de pauvreté, dont 41 % en zones rurales et 10 % en zones urbaines. Au cours de la
période 1994-1999, ce taux est passé à 32,4 % de la population totale. Les conditions de vie
des populations se sont détériorées avec un produit national brut par habitant qui passe de
4400 dollars US en 1997 à 4085 dollars US en 2000, et à 3120 dollars US en 2002. Sur la
base des seuils de pauvreté établis par la Banque Mondiale en 1996, à savoir le niveau de
salaire minimum et le seuil des deux tiers de consommation moyenne, il ressort que
l’incidence de la pauvreté estimée respectivement à 83 % et 62 % en 1996 contre 87 % et 68
% en 1960 a très peu évolué depuis. Le pourcentage de la population ayant accès à l’eau
potable est de 70 % en 2000 et aux services de santé de 87 % en 1988. Les caractéristiques de
la pauvreté au Gabon portent essentiellement sur la forte disparité de revenus, le taux élevé de

200
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

chômage, l’insalubrité urbaine, la précarité de l’habitat urbain et la marginalisation de la


population rurale.

L’économie gabonaise repose principalement sur les activités pétrolières, très capitalistiques
par nature, qui ne permettent d’employer qu’une quantité limitée de main d’œuvre qualifiée.
Le boom du secteur pétrolier a largement favorisé le dépeuplement des zones rurales,
l’abandon de l’agriculture et la perte de compétitivité des secteurs hors pétrole. La baisse
tendancielle du niveau de la production pétrolière observée depuis 1998 s’est répercutée sur la
situation financière de l’Etat et a réduit sa capacité à satisfaire la demande sociale.
Toutefois, cette crise n’explique que très partiellement et de manière conjoncturelle la
faiblesse structurelle de l’offre du secteur de la microfinance. Plus que la crise, c’est l’échec
de l’intervention de l’Etat à travers une forme de coordination inadaptée de ces organismes de
financement qui peut fournir une explication sur le long terme.

Au niveau du modèle de financement, le système de financement de l’entrepreneuriat qui a


prévalu jusqu’ au début des années 2000 était majoritairement géré par l’Etat par le biais de la
Banque Gabonaise de Développement et des trois organismes spécialisés dont il est question
ci-dessus. Bien que finançant directement des projets, ils avaient en outre le rôle d’inciter les
banques commerciales privées à s’engager dans l’octroi de crédit à la création et à la
croissance des PME.
Cette démarche, louable à première vue, a participé au dysfonctionnement du système :
- plusieurs bénéficiaires, des prête-noms en fait, choisissaient de ne pas rembourser le
prêt estimant que cela représentait leur part du gâteau national ;
- plusieurs prêts accordés sans constitution de dossiers ;
- faible degré de récupération des sommes prêtées ;
- charges de gestion des opérations élevées résultant principalement de la faible
productivité des ressources humaines et leur propension à marchander à leur profit les
actes de prêts.
En fin de compte, cette mauvaise gouvernance de l’action de l’Etat en faveur de
l’entrepreneuriat s’est doublée d’une inefficacité de fait sur la promotion de la très petite
entreprise. Cette assertion est éclairée par la faiblesse de l’impact du système. Trois facteurs
expliquent cette situation :
- le système décentralisé, mais centralisé, s’est trompé de cible. Il s’adresse à une
catégorie d’entreprises dont il n’est pas capable de recenser les besoins précis et dont

201
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

il a une connaissance superficielle en édictant des conditionnalités (conditions


d’éligibilité) qui sont autant de barrières d’accès pour les TPE ;
- le décalage entre le montant des concours proposés et les besoins réels de la TPE ;
- l’indice sur le développement humain (IDH) vient confirmer l’inefficacité globale du
système. Le dernier rapport sur le développement humain publié par le Programme
des Nations Unies pour le Développement (PNUD) place le Gabon au 124ème rang
mondial.
Au regard de la richesse de son sous-sol et de sa faible population (1,5 million
d’habitants), avec un revenu avoisinant annuellement les trois millions de FCFA (4573
euros) par habitant, plus de la moitié des Gabonais vivent avec un peu moins de 1000
FCFA (1,50 euro) par jour, indique une enquête gabonaise pour l’évaluation et le
suivi de la pauvreté (EGEP) établie en 2005. Mais ces richesses, comme le relèvent les
précédents rapports du PNUD, sont inégalement réparties et ne profitent qu’à une
petite frange de la population.
C’est ainsi que malgré la mobilisation d’un montant total de 14 milliards de FCFA
(21.343.000 euros) pour financer des projets, les efforts déployés pour promouvoir
l’entrepreneuriat sont restés jusqu'à ce jour sans résultats tangibles, poussant les
microentrepreneurs à se tourner vers le financement informel.
Une enquête effectuée par les services du ministère de la planification auprès des
commerçants des marchés de Libreville confirme l’importance des circuits informels de
financement :
- 28 % des ressources proviennent de l'épargne privée ;
- 55 % de l'aide familiale ;
- 2 % des tontines ;
- les 15 % résiduels venant de sources souvent autres que bancaires ou institutionnelles.
Ni Promogabon, ni le Faga et encore moins le FODEX n'ont à leur actif un grand nombre de
réalisations, le « suivi-évaluation » laisse à désirer ; leur approche des PME, ignorant la TPE,
est fortement marquée par le modèle français de la PME « moderne » et, n'est guère adaptée
aux caractéristiques et besoins spécifiques des microentreprises gabonaises.

Au niveau de la régulation étatique, les différents textes établis afin de coordonner l’action du
gouvernement en direction de l’entrepreneuriat ont présenté un flou, une confusion et un
chevauchement qui semblent être les principales causes de l’enlisement de la stratégie de
l’Etat.

202
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Entre la loi 35/62 portant organisation des associations, le décret n° 00607/PR du 7 août 1969
fixant le cadre du contrôle bancaire, l'ordonnance 10/89 relative aux activités commerciales,
le décret d'application 1137/PR/MCRTT fixant les taux et modalités de perception des droits,
la TPE a du mal à s’insérer dans un cadre qui lui est propre et les EMF d’Etat à dérouler leur
activité en dehors des PME.
Les principales difficultés rencontrées par la plupart des microentreprises proviennent des
règles conçues pour la PME et dont on fait une adaptation à la TPE avec comme
conséquences pour cette dernière :
- l'inadéquation des structures juridico-institutionnelles ;
- le poids des contrôles administratifs et des charges fiscales.

Le problème de charges administratives et fiscales mérite un examen particulier en raison de


son importance pratique pour les microentreprises. Appuyons cette assertion en mettant en
relief deux textes.
L'ordonnance 10/89 portant sur la réglementation des activités commerciales, industrielles,
artisanales, stipule que pour exercer une activité commerciale, le ou la commerçant(e) doit, en
principe, obtenir l'agrément du ministère du commerce. Cette procédure qui est longue et
lourde (loi 1/81), fait obligation au micro-entrepreneur – pour obtenir son agrément – de
présenter de très nombreux documents.
Au niveau de l’exercice commercial. Le décret d'application 1137/PR/MCRTT fixant les taux
et modalités de perception des droits de timbre et de redevance exige de payer la patente
annuelle de montant variable selon l'activité (en moyenne 32.000 [Link] en 1988, soit 49
euros), la taxe municipale (1,52 euro/jour), le droit de place (35.000 [Link]/trimestre, soit 53
euros) et un versement au contrôleur des prix (deux fois par an) de l’ordre de 40.000 FCFA
(61 euros) à chaque fois. Le montant total paraît impressionnant eu égard aux revenus des
intéressés.
Ne se reconnaissant pas dans ce dispositif, plusieurs TPE ne remplissent pas toutes ces
conditions. Aussi se retrouvent-elles exclues, à la fois, de la « zone réglementée » et de la
« zone d’allocation » des financements nécessaires à leur épanouissement.
En ce qui concerne l’inadéquation des organismes chargés de la promotion de
l’entrepreneuriat, on se rend à l’évidence que les conditions d’éligibilité prévues par eux
éloignent les TPE de leurs guichets.
Ces conditions sont très souvent liées à la capacité financière en termes de chiffre d’affaires,
et au volume d’affaires (Niveau d’investissement) de la partie demanderesse.

203
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Mais, selon la définition citée plus haut, on sait que la TPE est une réalité micro-
organisationnelle monocratique de proximité à faible concentration capitalistique et
technologique. Les microentreprises se retrouvent ainsi, exclues de facto du « genre » de
système de financement mis en place.
La discrimination ambiante a favorisé l’orientation de prêts vers des hauts fonctionnaires et
autres relations politiques qui vont éloigner les organismes de leur mission première. Englués
dans des problèmes de gouvernance, ces organismes vont faire face à des impayés
importants13.

Sous l’effet de la critique d’une opinion publique nationale blasée et la pression des bailleurs
de fonds internationaux soucieux d’obtenir un bon rendement de leur placement, un plan
national pour la bonne gouvernance va être élaboré par le gouvernement gabonais. En
d’autres termes, il s’agit de donner une application aux textes réprimant les mauvaises
pratiques en gestion.

A cet effet, le Gabon dispose d’un ensemble relativement fourni de lois et de règlements pour
relever l’efficacité des services du secteur public. Toutefois, ces textes souffriraient dans une
large mesure de difficultés d’application dont une insuffisante maîtrise des règles de la part
des acteurs et, l’absence d’une culture de sanctions. La gestion des ressources publiques serait
caractérisée par la persistance de biais de nature à rendre difficile l’instauration d’une certaine
transparence et une plus grande responsabilisation.
Le système d’informations accuserait des faiblesses et, ce d’autant plus que la chaîne des
actes publics n’est pas entièrement informatisée mettant en relief des organes de contrôle peu
efficaces. Ces faiblesses sont prises en compte par le gouvernement qui fait du renforcement
de l’Etat de droit, de la transparence, de la responsabilisation et de la participation, des
domaines prioritaires pour son action en faveur de la promotion de la bonne gouvernance dans
tous les secteurs de la vie sociale et économique du Gabon.

2.2 Les EMF à caractère privé

Au Gabon, les expériences de crédit solidaire réglementées sont récentes et encore très
limitées. C’est à partir de 2002 que l’activité microfinancière bénéficie d’une directive de la

13
On peut par exemple souligner un taux de 70 % d’impayés pour le FODEX en 2010.

204
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Banque des États d’Afrique Centrale (BEAC) visant à assainir le secteur et aider à son
organisation.
Ce règlement14 regroupe les établissements en trois catégories :
- en première catégorie : les établissements qui procèdent à la collecte de l’épargne de
leurs membres qu’ils emploient en opérations de crédit, exclusivement au profit de
ceux-ci (type associatif, coopératif, mutualiste) ;
- en deuxième catégorie : les établissements qui collectent l’épargne et accordent des
crédits aux tiers ;
- en troisième catégorie : les établissements qui accordent des crédits aux tiers sans
exercer l’activité de collecte de l’épargne.

Ce n’est qu’à la fin de l’année 2003, à la suite de ce dispositif réglementaire, que le


gouvernement gabonais a, par arrêté n° 843 du 01/12/03, institué une Cellule Nationale de
Promotion de la Microfinance (CNPMF) rattachée à la Direction des Institutions Financières
du Ministère de l’Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation.
Elle va mener au niveau de la totalité des provinces du pays, des sessions de sensibilisation et
de formation relatives à la réglementation spécifique aux EMF. Ce travail va aboutir à un
recensement de 23 établissements de microfinance constitués de fait.
Comparativement aux autres états membres de la CEMAC, il faut reconnaître que le secteur
de la microfinance est de taille très réduite au Gabon.

Les agréments étant délivrés par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC)
après avis de la Cellule Nationale, ce n’est que depuis le 24 octobre 2005, que trois
établissements de microfinance ont été agréés conformément aux dispositions des articles 6,
22 et 23 du texte susvisé. Les agréments délivrés concernent deux établissements de 1ère
catégorie et un établissement de 2ème catégorie :

2.3.1 La Caisse d’Epargne et de Crédit de l’Association des Assistants


de Services Sociaux du Gabon (CECAG)
La CECAG créée depuis octobre 1998 est un établissement de 1ère catégorie dont le
sociétariat croît de façon satisfaisante chaque année. Elle collecte et octroie des crédits au
profit de ses membres qui résident essentiellement à Libreville, Lambaréné et Bifoun. Sa cible

14
Règlement n° 01/02/CEMAC/IMAC/COBAC relatif aux Conditions d’Exercice et de Contrôle de l’Activité de Microfinance dans la
Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale

205
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

principale est constituée des femmes. Cette structure a déjà bénéficié d’une ligne de crédit de
FCFA 15.000.000 (22.000 euros) auprès de la Banque Gabonaise de Développement.

3.3.1 La Caisse d’Epargne et de Crédit des Femmes du Moyen OGO-


FEMO (CEFEC)
La Caisse d’Epargne et de Crédit des Femmes du Moyen OGO-FEMO dont l’installation date
de novembre 2003 est un établissement de 1ère catégorie. Son sociétariat est essentiellement
composé de femmes et sa zone d’intervention concerne trois localités : Libreville, Lambaréné
et Ngomo. Elle est en partenariat avec la Banque Gabonaise de Développement (BGD),
auprès de qui, elle a obtenu une ligne de refinancement à des conditions de durée et taux
concessionnels.

4.3.1 Financière Africaine de Micro-projets (FINAM)


EMF de 2ème catégorie, elle a été Agréée le 24 octobre 2005. Après son Assemblée Générale
constitutive organisée le 26 février 2006, la FINAM a lancé officiellement ses activités le 26
juin 2006. Son réseau de distribution comprend actuellement une agence centrale et trois
guichets situés à Libreville.

Son ambition est d’atteindre le seuil de 19 500 clients d’ici à l’an 2011. Créée sous forme de
société anonyme, elle a fait adopter par son Assemblée Générale réunie en session
Extraordinaire le 20 septembre 2007 un projet de restructuration (augmentation/ouverture) de
son capital social pour mieux réaliser ses objectifs. Le capital qui est actuellement de
300.000.000 FCFA (407.000 euros) sera porté à 400.000.000 FCFA (608.000 euros).
Selon un rapport (2006) de la Banque de France sur la Zone CFA, au 31 décembre 2006, les
dépôts gérés par ces établissements ont représenté environ FCFA 535 millions (816.000
euros), les encours de crédits s’élevant à FCFA 500 millions (763.000 euros).

Il faut noter que ces établissements sont caractérisés par :


- la faiblesse de leurs fonds propres et/ou de leur encours d’épargne ;
- la croissance relativement lente du volume de leur crédit due à une insuffisance de
ressources longues et d’absence de passerelles avec le système de refinancement
bancaire classique ;
- l’application de taux débiteurs élevé par rapport au maximum (18%) fixé par la BEAC ;

206
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- la rémunération de l’épargne constituée dans ses livres à un niveau inférieur à celui


arrêté par les autorités monétaires.

Par ailleurs, les établissements de microfinance connaissent un développement contrasté dans


la Zone CEMAC comme l’indique le tableau suivant :

Pays 2007 2008 2009 2010


Cameroun 460 460 495 495
Centrafrique 14 14 19 19
Congo 54 59 62 62
Gabon 5 6 10 10
Guinée E. 0 0 0 0
Tchad 153 160 172 172
Tableau 2 : Évolution des établissements de microfinance en Zone CEMAC
Source : Rapports d’activité COBAC 2008, 2010, 2011

En effet, alors que dans les pays comme le Cameroun et le Tchad le marché de la
microfinance connaît un développement important grâce à l’institutionnalisation, force est de
constater que la croissance en nombre d’établissements est faible et inégalement répartie sur
l’ensemble du territoire national gabonais.
A ces différentes expériences, viennent se greffer des programmes d’appui à l’épargne-crédit.

2.3 Les programmes d’appui

Les programmes d’appui d’épargne et de crédit se caractérisent principalement par le fait


qu’elles combinent plusieurs types d’interventions. Certaines interventions portent sur les
soins de santé primaire, l’accès à l’éducation de base et à la formation, le renforcement du
pouvoir d’action des femmes, etc. D’autres concernent le financement local (épargne,
crédit…).
L'épargne-crédit est une activité parmi d’autres. Nous pouvons aujourd’hui dire que le grand
intérêt accordé au développement de la microfinance constaté ces dernières années est
largement imputable à la floraison des ONG de développement et associations gestionnaires
de dépôts d'épargne et/ou de microcrédits. Comme pour suivre la mode, les Etats et les
organismes spécialisés de l’ONU se sont mis à investir conjointement dans la microfinance.
Quelques expériences de ce type ont été observées au Gabon :

207
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3.1 Le Projet d’Appui au Développement du Microcrédit au Gabon


(PADMG)
Initiative conjointe du PNUD et du gouvernement gabonais, son budget total est arrêté à
300.000.000 CFA (457.000 euros) devant financer :
- d’une part, la mise en place de moyens au profit de la cellule du projet située à
Tchibanga pour une logistique appropriée (aménagements des locaux, achat de
mobiliers et moyens de locomotion ; et,
- d’autre part, au profit de la Banque Gabonaise de Développement pour la création
d’un département de Microfinance.

La cible du PADMG est constituée exclusivement d’associations féminines de la province de


la Nyanga (sud du pays) avec des activités financées très variées (agriculture, pêche, artisanat,
commerce, etc..).
Le projet envisage d’étendre ses activités dans d’autres provinces et de favoriser l’avènement
d’un ou plusieurs établissements de microfinance fonctionnant conformément aux
dispositions du règlement COBAC 01/02.

2.3.2 Le programme « Appui aux Réseaux Territoriaux pour la


Gouvernance Locale et développement (ART GOLD Gabon)
Il s’inscrit dans le cadre de « ART international » qui est une initiative née d’une
collaboration entre l’UNESCO, l’UNIFEM, le PNUD et l’UNOPS. Il est placé sous la tutelle
du ministère de la planification et de la programmation du développement.
Le PNUD Gabon s’assure de la bonne mise en œuvre des activités et de l’utilisation de ses
ressources. Son but consiste essentiellement à contribuer à la réduction de la pauvreté à
travers la promotion du développement intégré des provinces, département et villes du Gabon.
Au cours de la 1ère phase (2 ans) de son exécution, ce programme se propose d’intervenir
dans :
- la province de l’Estuaire (6ème arrondissement de Libreville et commune de
N’Toum) ;
- la province du Haut-Ogooué (département de Lekoko et 4ème arrondissement de la
ville de Franceville) ;
- la province de l’Ogooué-Maritime (département d’Etimboué et 2ème arrondissement
de la ville de Port Gentil).
Dans le répertoire de ses domaines d’intervention prioritaires, il est mentionné :

208
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- la promotion de l’agriculture ;
- la promotion de la pêche ;
- la promotion de l’écotourisme ;
- la promotion de l’artisanat ;
- le développement de la microfinance.
La stratégie d’intervention par les concepteurs du projet concerne l’ouverture d’une ligne de
crédit spécifique et d’un appui institutionnel pour favoriser le déploiement des EMF agréés
dans les provinces d’intervention d’ART GOLD Gabon.

Dans cet environnement en mutation, il faut tout de même noter la présence d’associations
solidaires non réglementées et incontrôlées appelées « Tontines ». Ce secteur périphérique est
très dynamique au Gabon en raison de la faiblesse numérique des EMF et la discrimination
des banques à l’égard des TPE gabonaises. L’étude réalisée par la Cellule Nationale de
Promotion de la Microfinance en apporte la confirmation : elle fait état de 119 associations de
services financiers ayant comme cible principale, les femmes.
Si dans certains pays de la zone CEMAC, notamment au Cameroun et au Congo, les tontines
prennent des formes élaborées avec des prêts aux non membres, au Gabon, elles sont restées
très rudimentaires avec pour seul produit, la perception de la cagnotte à tour de rôle par les
membres du groupe.
Le financement de l’économie non réglementée est également l’œuvre de commerçants
(surtout en milieu rural) et plus récemment, des « billetteurs » de la fonction publique (se sont
développés avec la perte du pouvoir d’achat des fonctionnaires) qui pratiquent des taux
usuraires souvent de 50% le mois. Les prêts offerts par les usuriers peuvent varier de 1000
FCFA (1,5euro) à 100 000 FCFA (150 euros) voire davantage.
Dans tous les cas, en l’absence de financement approprié, cette forme de crédit constitue le
plus souvent, la seule alternative pour des personnes en situation de détresse.
L’engouement visible des autorités sur le développement de ce mode de financement des
ménages et des microentreprises prédit plusieurs projets de création d’établissements de
microfinance grâce à une institutionnalisation du marché global.

209
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 3 : Les instances de contrôle de la microfinance

Les dispositions prises par l’Etat pour coordonner la fourniture des services microfinanciers
visent essentiellement l’efficacité institutionnelle. Elles consistent à fixer des règles et des
normes pour faire en sorte que l’objectif de développement de l’entrepreneuriat soit atteint.
Nous cherchons donc à savoir si les acteurs en charge de l’allocation des ressources au
marché de la microfinance parviennent d’une part, à améliorer leur mode de fonctionnement
et, d’autre part, à satisfaire la demande en améliorant la qualité de la coopération susceptible
de garantir le dynamisme du secteur.

La réglementation autorisant les activités de crédit à l’intérieur du marché de la microfinance


est relativement simple. L’étendue de la documentation et des informations requises pour
l’inscription et la délivrance de l’agrément est liée aux objectifs spécifiques de la
réglementation qui sont :
- faciliter l’action des pouvoirs publics en cas de malversation ;
- établir des standards de performances permettant la comparaison des résultats au
sein du secteur.

Au début des années 2000, les Etats de la CEMAC constatent une montée en puissance du
phénomène microfinancier complètement débridée. Aussi bien au Gabon que dans les autres
pays, membres de la communauté, l’absence de réglementation du marché apparait comme
une réelle menace.
La réglementation a pour principaux objectifs, la formation d’EMF pérennes d’une part, et
l’amélioration des résultats des EMF existants, d’autre part. La commission ministérielle de la
CEMAC a considéré que l’évolution et la croissance des structures de microfinance, rendues
possibles grâce à l’existence de besoins spécifiques en matière juridique et financière non
satisfaits, militaient en faveur de la mise en place d’un cadre régissant les activités des
structures de microfinance.
Présentée comme un ensemble de règles obligatoires et régissant le comportement des
personnes morales et physiques, la règlementation est adoptée par le corps législatif ou
ordonnée par l’exécutif (règlements, ordonnances, décrets).
En reconnaissant la spécificité de la microfinance, le Règlement
n°01/02/CEMAC/UMAC/COBAC fixe les conditions d’exercice et de contrôle de l’activité de

210
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

microfinance dans la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale. Il permet


ainsi de sécuriser l’épargne et favoriser le financement des initiatives économiques de base.
Par ailleurs, elle fixe les catégories et les caractéristiques capitalistiques des structures
agréées.
Il n’est pas exigé de capital ou dotation minimum pour les établissements de la première
catégorie. Toutefois, le capital constitué doit être représenté et permettre de respecter
l’ensemble des normes arrêtées par la Commission bancaire.
Pour les établissements de deuxième catégorie, le capital minimum est fixé à 50 millions de
FCFA (76.000 euros).
Pour ceux de troisièmes catégories autres que les projets, le capital minimum est de 25
millions de FCFA (38.000 euros).

En vue d’obtenir des résultats probants, l’institutionnalisation requiert des mécanismes


d'enforcement. Ce sont les dispositifs nécessaires pour rendre les règles opérationnelles ex-
post, de manière à sécuriser les transactions des acteurs.
Aussi, pour rendre son action dans le domaine de la microfinance plus efficace, le
gouvernement a créé trois organes qui participent à l’organisation du secteur microfinancier :
le Comité National de Pilotage de la Microfinance, l’Association Professionnelle des
Etablissements de microfinance au Gabon et la Cellule Nationale de Promotion de la
Microfinance (CNPMF).

Le Comité National de Pilotage (CNP)


Le Comité est un cadre de concertation permanente qui a pour missions d’orienter et de suivre
la mise en application de la politique de microfinance. Il est composé de 16 membres
représentant tous les acteurs dont les avis contribuent à améliorer son fonctionnement. Il se
réunit une fois par semestre et assure la coordination de la politique générale du
gouvernement gabonais en matière de microfinance.

L’Association Professionnelle des Etablissements de microfinance au Gabon


Sa création (22/12/03) procède d’une part, de l’intention exprimée par le régulateur
communautaire qui consiste à favoriser le regroupement des structures en réseau et, d’autre
part, de la prise en compte d’une exigence des bailleurs de fonds pour s’engager dans la
promotion de la microfinance au Gabon.

211
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L’APEMFG est une structure de coordination, de concertation, de représentation et


d’échanges d’expériences. Ses objectifs consistent à :
- assurer la défense des intérêts collectifs de ses membres ;
- encadrer ses membres dans l’élaboration des dossiers de demande
d’agrément.

La Cellule Nationale de Promotion de la Microfinance (CNPMF)


Elle est chargée de l’instruction des dossiers de demande d’agrément à présenter auprès de la
COBAC. L’Agrément est une autorisation officielle qui permet de se livrer à la prestation
d’un service financier et partant, soumet l’établissement qui en est détenteur, à la
réglementation et à la supervision prudentielle.
La CNPMF s’est vue également confiée les missions suivantes :

- l’encadrement et la formation, l’instauration d’un régime fiscal (à la carte suivant les


catégories) de promotion des EMF,

- l’appui institutionnel et financier (subvention d’équipement, création de fonds de


calamités naturelles et de refinancement, etc..) au profit des EMF de 1ère catégorie
mais aussi, du CNP et de l’Association Professionnelle des EMF.

Cette mise en œuvre de dispositifs destinés à rendre effectives les règles requises pour
l’activité de microfinance constitue une composante essentielle de l'analyse néo-
institutionnelle.
Pour Williamson (1991), il s’agit donc de rechercher « les supports institutionnels clés du
fonctionnement des organisations », car cela permet d’apprécier d’une part, les évolutions lors
de changement institutionnel et, d’autre part, le développement de l’activité transactionnelle.
Pour éviter l’anarchie, l’exercice de l’activité de microfinance est subordonné à l’agrément de
l’autorité monétaire. On retient deux types d’agrément concernant les personnes morale et
physique :

L’agrément d’établissement. Au Gabon, les exigences nécessaires à l’agrément, sont


clairement définies par le chapitre 1 du Titre IV du règlement
n°01/02/CEMAC/UMAC/COBAC du 15 avril 2002.
L’instruction mentionnée fixe les procédures et documents à présenter par les EMF afin
d’obtenir l’agrément, à savoir : la structure de propriété ; la base de son capital ;
l’organisation, directoire et administration ; le plan des affaires et les projections financières.

212
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Selon les termes du règlement, le dossier de demande d’agrément de l’EMF doit comporter
les pièces et renseignements ci-après :
- une demande timbrée précisant la catégorie souhaitée ;
- le certificat d’enregistrement ou d’inscription ;
- le procès-verbal de l’assemblée générale constitutive ;
- les statuts de l’établissement ;
- la liste des membres fondateurs ou des actionnaires ;
- les membres du Conseil d’administration ;
- les pièces attestant des versements au titre de la libération des parts souscrites
accompagnées des relevés bancaires ou tout autre document ;
- les prévisions d’activité, d’implantation et d’organisation sur trois ans ;
- le détail des moyens techniques et financiers, dont la mise en œuvre est prévue
ainsi que tout élément susceptible d’éclairer les autorités compétentes.

L’agrément des dirigeants et des commissaires aux comptes : Les dirigeants et les
commissaires aux comptes des établissements de microfinance sont agréés par l’Autorité
Monétaire, après avis conforme de la Commission Bancaire.

Au-delà de sa mission de validation des dossiers de demande d’exercice, la CNPMF assure


aussi bien des missions classiques d’un organe de réglementation et de contrôle, que des
missions spécifiques d’encadrement des établissements de microfinance en vue de leur
promotion et de leur rentabilisation.

Au vu de ce qui précède, on peut affirmer que le règlement


n°01/02/CEMAC/UMAC/COBAC réglementant le secteur de la microfinance est une réalité
même si la plupart des établissements de microfinance trouvent qu’il n’a pas la forme
adéquate, car il ne prend pas suffisamment en compte l’ensemble des besoins, des contraintes
et des spécificités des structures qui interviennent dans le secteur. La preuve, depuis
l’application de l’instruction aux opérateurs de la microfinance, en 2003, pas plus de dix (10)
établissements sur vingt-trois (23) recensées ont obtenu un agrément. Cela nous fait dire que
le processus d’institutionnalisation risque d’être long car très peu d’institutions de
microfinance peuvent satisfaire rapidement aux autres exigences posées par la COBAC tels
que le capital minimum, la présentation de documents comptables et financiers et/ou honorer
les charges liées à l’agrément.

213
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ceci n’est pas de nature à encourager les institutions de microfinance, situées en périphérie, à
s’institutionnaliser.

En plus des contraintes administratives de création, obligation est faite aux EMF de mettre en
place des systèmes de contrôle interne et externe :

Le contrôle interne : C’est un système impliquant le Conseil d’Administration et le


personnel sur place. Il ne s’agit pas seulement d’un procédé ou d’une politique appliquée à un
moment donné, mais d’une opération permanente touchant tous les niveaux de l’institution.
Ce système doit permettre à l’EMF de :
- vérifier que ses opérations, son organisation et ses procédures internes sont
conformes à la réglementation en vigueur, aux normes et usages professionnels et
déontologiques ainsi qu’aux orientations de l’organe exécutif et délibérant ;
- vérifier le respect des limites fixées en matière de prise de risque notamment pour
les crédits accordés aux membres ou à la clientèle ;
- veiller à la qualité de l’information comptable et financière, en particulier aux
conditions de conservation et de disponibilité de cette information.
Les objectifs de l’opération de contrôle interne sont en relation directe avec l’efficience et
l’efficacité dans l’utilisation des actifs et la protection de l’EMF contre les pertes.
Le système de contrôle interne cherche à garantir que l’ensemble du personnel travaille à
l’obtention des objectifs fixés, de façon franche et directe, sans que surgissent des coûts
imprévus ou excessifs et sans que d’autres intérêts (ceux des directeurs, des employés ou des
clients) viennent supplanter ceux de l’institution.
Toutefois, un bémol est à observer lorsqu’il s’agit de contrôle portant sur le portefeuille de
crédit. En effet, le risque le plus important dans un établissement de microfinance est attaché
au micro-crédit car il est pour l’essentiel consenti à moins d’un an de terme. Donc, confier
l’appréciation du portefeuille à un système interne peut entraîner une traduction
volontairement erronée de la situation visant à dissimuler la réalité du portefeuille.
Aussi, convient-il (pour les autorités de surveillance et de régulation) d’ajouter au contrôle
interne, un système complémentaire obligatoire plus neutre.

Le contrôle externe : Il s’agit du contrôle exercé par les commissaires aux comptes ou les
auditeurs externes. Il est effectué au moins une fois l’an et permet notamment la certification
des comptes.

214
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le rapport de base est transmis à la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale et à


l’Autorité monétaire.
La surveillance des EMF, par la COBAC, s’exerce à travers des contrôles sur pièces (extra
situ) et sur place (in situ), deux composantes qui se trouvent en étroite relation :
· La composante analytique (extra situ) vise à établir la situation financière et patrimoniale
de l’entité en examinant les domaines considérés les plus importants au sein de la structure
financière d’une institution de microfinance, par l’observation des indicateurs-clés de
performance financière comme par exemple la liquidité, la solvabilité et la rentabilité, ceci
s’avérant un outil de surveillance et d’alarme rapide en cas de détérioration potentielle du
profil financier des EMF.
· La composante de vérification (in situ) quant à elle, est constituée par des visites
d’inspection périodiques auprès des entités supervisées, dont le but est de vérifier :
- la qualité de l’information, en jugeant la fiabilité des pratiques comptables
effectuées par une entité microfinancière ;
- la qualité de gouvernance des Institutions microfinancières, par l’identification des
groupes de pouvoir dans les Assemblées d’associés, la représentativité des
directeurs, le contrôle sociétaire, la gérance et les pouvoirs qui lui sont assignés ;
- la qualité du portefeuille en fonction des caractéristiques particulières du
portefeuille de crédits des EMF et l’existence d’une méthode pour mesurer le
risque de crédit lui-même se basant sur des normes de prudence appliquées à
l’évaluation et la qualification du portefeuille. Le risque de crédit ou le risque de
détérioration de la qualité du portefeuille de microcrédit devant tenir compte de
trois sources : les retards de paiement dans le portefeuille de crédits, le nombre de
reprogrammation et, le risque d’impossibilité de recouvrement additionnel aux
retards.

Ce dernier point relatif à l’appréciation du portefeuille de microcrédit fournit les éléments de


construction d’une méthode exigée dans le contrôle des établissements de microfinance.
Cette méthode, avec ses trois composantes, s’explique par les éléments suivants:
1) Contrairement au portefeuille commercial, le risque de détérioration au niveau de la qualité
du portefeuille de microcrédit provient de déviations et d’une mauvaise mise en application
des politiques de crédit, et de l’application déficiente des technologies de crédit ; un processus
qui se réalise au moyen de la révision d’un échantillon représentatif du portefeuille.

215
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2) Il est vérifié si l’entité effectue une analyse concernant le degré d’adaptation de sa


technologie de crédit à son marché objectif, tenant compte à cette fin des nouvelles tendances
du marché et des changements dans son environnement, de sorte à identifier les menaces et
les nouvelles occasions au sein du secteur.
3) Autre facteur déterminant la présence d’un risque additionnel, la perte potentielle par effet
de contagion, c’est-à-dire l’incidence de clients partagés, endettés dans plus d’une entité, et au
risque plus élevé dans d’autres entités financières, qui vient détériorer la qualité de ce
portefeuille.

Les deux processus (in situ et extra situ) en étroite relation débouchent sur une évaluation de
la situation financière et patrimoniale des entités micro financières à un moment déterminé ;
et en retour, des initiatives sont proposées afin d’actualiser les normes réglementaires en
fonction des résultats obtenus à partir de l’évaluation des procédés de contrôle des risques en
application dans les entités spécialisées de la microfinance.
Les pays membres de la CEMAC, dotés d’une économie en transition ont élaboré des
réglementations spécifiques aux EMF englobant à la fois les réseaux mutualistes traditionnels
et les nouveaux acteurs (associations, fondations, sociétés de capitaux).

Avec l’existence de la COBAC, la CEMAC face au développement exponentiel de la


microfinance, dispose d’un outil susceptible de recadrer ou encadrer cette composante du
paysage financier et ceci grâce à la réglementation prudentielle.
L’avenir du marché de la microfinance ayant besoin d’une bonne réglementation et d’une
bonne supervision des EMF, la pérennité du système va dépendre de la qualité de la
supervision prudentielle.

La supervision prudentielle oblige les EMF à respecter des normes prudentielles spécifiques
et se soumettre à certaines obligations déclaratives périodiques, afin de permettre aux
autorités monétaires d’exercer pleinement leur mission de contrôle et d’orientation du secteur.
Les diligences à accomplir en termes de normes prudentielles et de reporting sont précisées
par le règlement COBAC EMF/2002/20 qui stipule dans son article 1er que « les EMF de la
première catégorie ayant un total de bilan inférieur ou égal à 50 millions de FCFA (76.000
euros) sont tenus d’élaborer une fois par an, à la fin de chaque exercice social, des états
réglementaires simplifiés selon les formules conçues à cet effet par la COBAC ». Les états
exigés comprennent :

216
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- un état relatif à la situation patrimoniale ;


- un état relatif aux comptes d’exploitation
- un état reprenant le calcul du fonds de solidarité ;
- un état donnant le calcul de la norme de couverture des risques ;
- un état relatif à la liquidité ;
- un état des financements reçus ;
- un état relatif aux engagements des personnes apparentées.

Ce faisceau d’exigences est un dispositif appelé à réduire les risques systémiques possibles.
Puisque les EMF deviennent des acteurs centraux dans le financement des activités à faible
densité capitalistique, ils sont tenus, sur le plan de la gestion, de présenter des états
comptables et financiers. L’objectif proclamé est de sécuriser le marché en amenant les
établissements de microfinance à adopter des pratiques managériales en conformité avec la
réglementation.
Cette dynamique de mise en conformité est prise en charge par la théorie néo-institutionnelle
par le biais du concept d’isomorphisme (Di Maggio et Powell, 1983) car l’approche néo-
institutionnelle prône l’articulation entre les règles et l’activité transactionnelle.
Des travaux récents montrent l’intérêt d’articuler les deux afin de mieux comprendre
comment le cadre institutionnel constitue «la matrice incitative» des comportements
individuels. Cette question des dispositifs d’articulation trouve son intérêt à partir du moment
où l’on prend en compte les coûts supportés par les autorités administratives ou monétaires,
c’est-à-dire les coûts associés à la conception, la mise en œuvre et au fonctionnement du cadre
institutionnel formel dans un environnement donné. Cette donne est importante pour les
firmes à faible densité capitalistique car elle va permettre aux structures alternatives
d’économiser les coûts de transaction (Williamson, 1985).
Les institutions constituent donc un puissant arbitrage pour les structures évoluant dans le
marché de la microfinance.
Cependant, au regard des résultats actuels, plusieurs questions demeurent ouvertes à l’issue de
l’observation du marché de la microfinance au Gabon. Ces questions portent notamment sur
le sens dans lequel les facteurs institutionnels modifient (élèvent ou abaissent) les coûts de la
gouvernance et la qualité des interrelations selon les structures de gouvernance considérées.
En d’autres termes, l’impact des éléments institutionnels peut-il garantir la coordination et la
coopération des acteurs ?

217
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La coordination des acteurs impliqués dans les échanges observés au niveau du secteur de la
microfinance est assurée par des mécanismes à la fois d’origine réglementaire et contractuelle.
Plusieurs modes d’organisation du service sont possibles et l’Etat laisse le soin aux acteurs de
rechercher le ou les arrangements qui minimisent les coûts des échanges, compte tenu des
objectifs environnementaux fixés qui se traduisent par l’obligation de respect d’un ensemble
de règles et de normes.

Pour mener notre analyse prospective, nous avons privilégié l’approche néo-institutionnelle
(Williamson, 2000). Compte tenu de la nature du questionnement, le recours à la théorie néo-
institutionnelle s’est pleinement justifié, notamment la démarche visant à placer les micro-
institutions au cœur du dispositif réglementaire. Nous analyserons l’influence de
l’institutionnalisation sur la TPE et sur l’EMF au travers des quatre dimensions suivantes :
- la conformité réglementaire (CR) ;
- le système d’information comptable (SIC) ;
- la valeur des ressources humaines ;
- la gestion des risques opérationnels.
En d’autres termes, quelle est l’influence de la réglementation sur le fonctionnement
organisationnel de la très petite entreprise et de l’établissement de microfinance ?

218
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

219
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 2 : Épistémologie et méthodologie d’investigation

220
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

221
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il importe de rappeler que notre travail de recherche s’intéresse à un sujet faiblement abordé
par la littérature actuelle : l’impact de la réglementation dans le secteur de la microfinance. La
croissance du secteur de la microfinance a généré une forte demande pour les évaluations
d’impact, de la part des donateurs mais aussi des institutions. Des méthodologies d’évaluation
ont été appliquées en divers contextes, avec des objectifs et des cadres théoriques différents.
Mais l’évaluation de l’impact de l’institutionnalisation sur le marché de la microfinance est
inexistante. Aussi, nos ambitions sont élevées : il s’agit de comprendre le comportement
managérial des acteurs face à la réglementation et de montrer, son incidence sur les relations
des acteurs.
Notre objectif de recherche se situe, dans un premier temps, dans une meilleure
compréhension du phénomène étudié, basée sur une analyse des données obtenues. La quête
des éléments qualitatifs explicatifs, peu apparents de prime abord, nous invite à une certaine
prudence par le choix de notre positionnement épistémologique et dans l’approche de nos
résultats. La scientificité des connaissances en sciences de gestion est délicate lorsque le
chercheur s’intéresse aux logiques d’actions des individus en milieu émergent alors que la
schématisation formelle du phénomène n’est pas stabilisée.
Pour éviter toute interprétation approximative des informations obtenues, nous avons
construit notre guide d’entretien avec une part non négligeable de questions fermées. D’autres
questions ouvertes permettent à l’interviewé de s’exprimer sur certains points de manière plus
ou moins large.
D’une part, les données que nous collectons concernent les pratiques, les actions des TPE et
leur perception du microfinancement au regard de la réglementation. Au travers de la lecture
des discours, nous tentons de découvrir l’objectivité de la réalité. Les entretiens que nous
avons menés, montrent (de manière récurrente) la volonté qu’expriment les acteurs à atteindre
la conformité réglementaire. D’autre part, les autres données concernent les pratiques des
EMF qui se scindent en deux groupes distincts : publics et privés. Enfin, la mise en parallèle
des discours des acteurs (présents sur scène) montre une divergence des perceptions relatives
à cette réalité.

Dans ce chapitre, nous allons présenter la démarche méthodologique qui a été retenue pour
identifier sur le plan empirique, les éléments contingents qui déterminent les pratiques des
acteurs du marché de la microfinance. En d’autres termes, il s’agit de mettre en évidence les
choix épistémologiques et méthodologiques de notre recherche afin de mieux cerner les
ressorts des pratiques organisationnelles et managériales des composantes de nos échantillons.

222
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dans cette quête de la connaissance, nous avons deux acteurs principaux que sont l’EMF et la
TPE. A travers l’examen des données obtenues du terrain nous souhaitons identifier les
dimensions des pratiques managériales des acteurs qui pourraient enrichir la compréhension
de leur fonctionnement face à l’institutionnalisation du marché.

Mais comme toute analyse d’un phénomène implique un cheminement, nous avons choisi
pour notre recherche de suivre le schéma ci-après :

I N S T I T U T I O N N A L I S A T I O N

Modes de coordination interne des Modes de coordination interne des TPE


EMF (Conformité réglementaire [CR], ((Conformité réglementaire [CR],
Système d’information comptable [SIC], Système d’information comptable [SIC],
Valorisation des ressources Humaines Valorisation des ressources Humaines
[VRH], Gestion des risques [VRH]), Gestion des Risques
opérationnels [GRO]) Opérationnels [GRO])

Discours des
acteurs

REALITES managériales des EMF REALITES managériales des TPE


(Conformité réglementaire [CR], (Conformité réglementaire [CR],
Système d’information CONFRONTATION Système d’information
comptable [SIC], Valorisation des comptable [SIC], Valorisation
ressources Humaines [VRH], (Coopération) des ressources Humaines [VRH],
Gestion des risques Gestion des risques
opérationnels [GRO]) opérationnels [GRO])

R E S U L T A T S

Schéma 6 : le processus de coopération par la confrontation des pratiques managériales


Source : Simon PETER

Ce schéma décrit l’évaluation de l’impact de la réglementation sur la coordination interne et


ses conséquences sur la coopération des acteurs.

Nous avons opté pour une stratégie de recherche faite d’allers et retours sur le terrain
principal d’étude qui est le Gabon. Elle est structurée autour de deux axes intégrés et
complémentaires: l’observation et l’interview. Pour collecter les informations, nous avons
opté pour une enquête exploratoire suivie d’études de cas.

223
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les études de cas ont constitué la trame de notre étude de terrain afin d’approfondir au mieux
notre exploration. Ainsi, la méthode de l’enquête empirique s’est imposée parce qu’elle
permet de dépasser la simple description et de mieux comprendre le phénomène étudié
(Berthier, 2000). Selon Yin (1984), « l’étude de cas étudie un phénomène contemporain dans
son contexte de vie réelle (…) ». Pour y parvenir, il faut descendre de son observatoire afin
d’aller visiter l’objet étudié dans son contexte, comme dit Hamel (1997), « pour voir comment
il s’y manifeste et s’y développe ».

Compte tenu de la particularité de notre terrain de recherche et la faiblesse des travaux portant
sur les pratiques de gestion des firmes à faible densité capitalistique, le défi ici est d’opter
pour une nouvelle voie méthodologique répondant aux objectifs de la recherche, à savoir fixer
le cadre scientifique de la recherche, identifier et décrire avant d’analyser. Pour ce faire, la
première section décrit notre positionnement épistémologique et fixe notre démarche
d’investigation. La seconde section présente les outils et les étapes du traitement des données
recueillies, ainsi que les résultats de ces traitements. Enfin, la troisième tente une modélisation
de notre démarche

Section 1 - Positionnement épistémologique : Le protocole de recherche

L’ensemble des ouvrages de méthodologie en sciences de gestion appellent les chercheurs à


préciser le cadre épistémologique de leur recherche (Wacheux 1996 ; Thiétart et al. 1999 ;
Usunier et al. 2000 ; Miles et Huberman 1994/2003 ; Giordano 2003 ; Savall et Zardet 2004,
Gavard-Perret et alii, 2008). Pour ce faire, nous avons eu à choisir entre trois paradigmes qui
sont identifiés comme principaux repères épistémologiques en sciences de gestion :
positiviste, constructiviste et interprétativiste.

1.1 – La posture épistémologique : le paradigme positiviste

Sans entrer dans les débats autour des choix épistémologiques possibles, nous adoptons une
posture positiviste en ce sens que nous nous proposons d’étudier une réalité donnée, quand
bien même elle serait en transformation permanente. Ce paradigme va nous permettre
d’engager une réflexion spécifique dans le champ du microfinancement des TPE et ce, dans le

224
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

but de répondre aux questionnements de notre problématique de recherche et partant, enrichir


la connaissance.

En plaçant notre quête dans cette perspective de compréhension, nous nous arrimons à une
démarche essentiellement inductive. L’induction est faite de conjectures tirées de
l’observation et de l’exploration des phénomènes. L’approche qualitative qui y est attachée
conduit à comprendre une situation à travers la présentation et l’analyse de données extraites
du terrain d’étude, trop diverses et trop peu structurées pour être standardisées en données
quantitatives.

Ce positionnement épistémologique est engendré par notre perception de la réalité


contextuelle. La démarche inductive est d’ailleurs basée sur la constatation de « régularités
dans la ‘‘nature’’ » (Jaussaud, 2003). Cette démarche s’est imposée à nous d’une manière
naturelle, compte tenu de l’absence de connaissances dans ce domaine. De type qualitatif et
inductif, cette dynamique adopte le cheminement suivant :

Notre intuition
Confrontation
INDUCTION
empirisme/théorie
Généralisation
Observation
de
particulière
l’observation

EXPLORATION EMPIRIQUE DE
L’OBJET Comparer les faits
empiriques à la
prédiction
théorique

Inexistence de coopération entre


les EMF et les TPE

Figure 4:
Dynamique intuitive dans un continuum “Observation particulière – généralisation de l’observation”
Source : Simon PETER

Ce mode de réflexion épistémologique nous permet de comprendre l’ensemble des


observations phénoménologiques sur lesquelles la recherche s’adosse, et de justifier les
propositions qui en découlent. C’est parce que le positionnement épistémologique permet de
comprendre le discours de la recherche qu’il est indispensable de le justifier.

225
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.1.1 Justification de notre positionnement épistémologique

Au Gabon, les données individuelles sont peu accessibles et les bases de données statistiques
inexistantes. Ceci entraîne un long travail de recherches d’organisations à étudier afin de
parvenir à collecter un maximum d’informations pertinentes.

C’est ici le lieu pour indiquer que les résultats obtenus sont le fruit des rapprochements
explicatifs de comportements difficilement décelables. Leur interprétation n’est donc pas
univoque, c'est-à-dire que la relation n’est pas toujours très claire entre la réglementation et le
comportement. Notre démarche nous conduit à nous ancrer dans une posture épistémologique
positiviste, inductive et qualitative visant la compréhension du phénomène.

Dans cette perspective, nous nous adossons à la définition de la compréhension énoncée par
Schurmans (2003). Pour lui, « si les déterminismes existent – biologiques, environnementaux,
historiques, culturels, sociaux – ils ne suffisent pas à la saisie des phénomènes socio-humains,
car ils ne permettent pas d’aborder le travail constant de production de sens qui caractérise
notre humanité. L’approche compréhensive se focalisera donc sur le sens : d’une part, les
êtres humains réagissent par rapport aux déterminismes qui pèsent sur eux ; d'autre part, ils
sont les propres créateurs d’une partie de ces déterminismes ».

Ramené à notre travail de recherche, cette définition nous amène à concevoir la quête des
logiques d’actions des individus et des communautés et fournir des éclairages sur l’ensemble
des éléments environnementaux exerçant un impact direct sur les pratiques managériales des
acteurs des organisations. Pour nous, l’acteur agit à travers ses pratiques managériales. Dès
cet instant, les formes que prennent les outils de gestion utilisés véhiculent une théorie de
l’action qui intéresse une certaine organisation « optimale » vers laquelle il faut tendre, en
d’autres termes, vers une efficacité organisationnelle en adéquation avec l’environnement.
Les pratiques managériales entrent pleinement dans cette assertion, dès lors qu’elles se
manifestent dans un cadre institutionnel. Plusieurs facteurs peuvent alors expliquer l’adoption
ou non d’une règle au sein d’un mode de coordination et/ou de coopération.

Le phénomène qui nous a intéressé initialement concerne la coopération entre les EMF et les
TPE encastrée dans un environnement institutionnalisé. A partir de là, l’élaboration de notre
objet de recherche s’est réalisée grâce à des allers-retours constants, entre d’une part une

226
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

revue de la littérature et d’autre part, les intuitions issues de nos observations de la réalité des
pratiques managériales sur le terrain.
Ainsi, la tentative de compréhension des déterminants, stratégies et modes de coordination
des acteurs évoluant dans le marché de la microfinance colle à l’esprit de notre question de
recherche. Cette approche s’apparente à une approche phénoménologique inductive car nous
cherchons à comprendre et à expliquer une réalité selon les actes posés par les acteurs. Le
continuum compréhension/explication permet (grâce à une confrontation théorie et
empirisme) d’aboutir à une validation empirique et ainsi, formuler des propositions.

A partir de cette perspective, nous avons comme objectif (dans la deuxième partie de cette
section) de présenter les procédures d’investigation et de traitement des informations.

1.2 La méthodologie d’investigation

La méthodologie d’investigation ou de recherche représente « l’itinéraire de la recherche et


englobe à la fois les étapes de choix, de production, de recueil, de traitement, d’analyse des
données, etc. » (Mbengue, 2001, pp. 46-47). Il est nécessaire pour nous d’engager une
approche exploratoire du terrain devant nous permettre d’envisager l’élaboration d’un
questionnaire comme support de nos études de cas.

Evrard, Pras et Roux (2003) décrivent la démarche générale conduisant à la mise au point
d’un questionnaire comme la succession de quatre phases principales :
- la définition des besoins d’information,
- la définition du type de question à poser,
- le nombre et l’ordre des questions,
- la rédaction du projet de questionnaire.
Pour eux, un bon moyen de vérifier que le questionnaire est complet est de penser, avant sa
mise en œuvre sur le terrain, au traitement qui sera effectué. C’est ainsi que l’on verra si les
réponses souhaitées sont effectivement obtenues. De plus, on pourra aussi s’apercevoir de
possibles incompatibilités entre la codification et le plan de traitement prévu.

227
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

1.2.1 – La stratégie générale de la recherche : l’étude de cas


Aujourd’hui, plusieurs auteurs reconnaissent l’utilisation de l’étude de cas à des fins
conclusives (Yin15, 1990 ; Ragin16, 1999 ; Hlady-Rispal, 2000) car cette méthode permet de
comprendre un phénomène en profondeur. Aussi, notre recherche s’est organisée autour des
études de cas sur le terrain. Nous avons mené une enquête auprès d’un échantillon de 50
microentreprises et d’un autre échantillon de 5 établissements de microfinance.

Pour interviewer nos interlocuteurs, nous avons utilisé des guides d’entretien semi-directifs.
Cette procédure qui vise un objectif de compréhension du phénomène étudiée permet de
répondre à la question de savoir « comment les pratiques de coordination interne et de
coopération des TPE et des EMF se développent-elles sous la pression de la
réglementation ? ». Pour y parvenir, nous avons pris en compte dans la confection du guide
d’entretien tous les aspects considérés comme pertinents dans le cadre de notre recherche, à
savoir la conformation des organisations (TPE et EMF) aux exigences institutionnelles. Cela
permettra, par la suite, d’avoir une vision complète de la coordination interne et de la
coopération des acteurs.

En ce qui concerne les établissements de microfinance, certains responsables et certains


membres du personnel nous ont fourni beaucoup d’informations sur leur façon de gérer leur
activité microfinancière et sur les TPE prospectées ainsi que les difficultés rencontrées dans la
mise en œuvre d’une coopération. Ils nous ont appris que les exigences de la réglementation
les amenaient à observer une certaine rigueur dans le choix de microfinancement des TPE à
accompagner. Mais de leur constat, le décalage informationnel (entre TPE et EMF) est
tellement fort qu’ils souhaiteraient que les TPE puissent arriver à fournir des renseignements
susceptibles de leur permettre d’allouer des micro-crédits. Cette faiblesse informationnelle
des TPE conduit les EMF à préférer une autre clientèle. C’est celle des salariés exclus du
système bancaire classique exigeante en volume de revenus.

Grâce aux études de cas, nous nous concentrons (à l’aide du guide d’entretien) sur les
éléments qui participent à la construction de la coordination interne et de la coopération des
établissements de microfinance et des très petites entreprises.

15
Yin (1990) cité par Royer et Zarlowski (in Thiétart, 2003).
16
RAGIN (1999 et 2000) cité par CURCHOD (2003), présente une approche comparative des cas assez proches des matrices
préconisées par MILES et HUBERMAN, mettant en évidence les similitudes et les divergences ainsi que les recherches de
causalité, également réalisables par un codage axial.

228
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La qualité exploratoire de notre recherche justifie l’étude de cas comme stratégie générale de
notre démarche de quête de la connaissance. Les résultats ainsi obtenus seront ensuite
confrontés aux différentes approches théoriques.

1.2.2 – Le caractère exploratoire de notre recherche


En adoptant une démarche exploratoire, notre objectif est d’aboutir à des propositions issues
de la réalité d’un phénomène managérial. Nous cherchons à expliciter les spécificités
environnementales qui influencent les choix managériaux des acteurs du marché de la
microfinance. Pour ce faire, l’évocation de la littérature dans la première partie de ce travail
de recherche a permis de fournir les éléments théoriques qui vont alimenter la confrontation
empirique dans une perspective positiviste.

L’approche positiviste considère la réalité dans sa nature ontologique, c'est-à-dire que la


chose observée existe en tant que telle. Donc, les données (par leur antériorité) fondent
l’action analytique du chercheur. Pour Mbengue et Vandangeon-Derumez (1999), les données
précèdent l’intervention du chercheur. Il existe alors une réalité objective du monde observé
(Savall et Zardet, 2004). Ainsi, le contexte et l’objet de recherche préexistent au chercheur qui
dispose d’une information brute sur le sujet, c'est-à-dire n’ayant subi aucun traitement
spécifique. Ce paradigme introduit par conséquent une action d’observation « neutre » de
l’objet dans son contexte normal et garantit théoriquement la pureté, l’exactitude, l’objectivité
de l’observation. Fortement inspirée des sciences de la nature, l’approche positiviste soutient
que l’univers fonctionne selon des lois naturelles et que la réalité est universelle. Elle est sous-
tendue par une axiologie, selon Mucchielli (2004), fondée sur :
- l’unité de la science,
- l’utilisation d’une méthodologie de la recherche qui soit absolument celle des sciences
exactes et,
- la recherche de lois générales.
Le but du chercheur est alors de trouver les causalités qui organisent l’action humaine (Evrard
et al, 2000). Cette action est suivie par le choix d’une méthode pour infirmer ou confirmer
notre modèle et donc de tester sa validité (Savall & Zardet, 2004 ; Wacheux, 1996). Mais
dans notre cas de figure elle prend l’expression d’une confrontation entre l’empirique et le
théorique.

229
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il apparaît donc clairement que le positivisme tend, dans sa démarche, à construire


progressivement, une connaissance de la réalité car, « (…) cette réalité peut être appréhendée
par l'expérience scientifique ou la méthode expérimentale. La connaissance qui en résulte est
alors considérée comme étant le miroir de la réalité. Le critère de fidélité entre les savoirs
ainsi générés et la réalité extérieure devient l'indicateur de validité ou de scientificité de la
connaissance » (Lapointe, 1996, p.10).
A cause du principe ontologique, les pères du positivisme disent qu’une chose est vraie
lorsqu’elle décrit la réalité. Déjà en son temps pour Comte (1830), le critère permettant de
déterminer si une théorie décrit une réalité réside en l’observation objective des faits et, pour
ce, il affirme que « l’observation des faits est la seule base solide des connaissances
humaines» (1830).

Popper, avec son concept de réfutabilité, va aller au-delà de la vérifiabilité. Il soutient qu’une
théorie doit être formulée dans des termes qui la rendent réfutable car « un système faisant
partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience » (Popper, 1935).
Donc, si l’expérience confirme le résultat théorique à l’épreuve des faits, la théorie est
corroborée ; a contrario, si des faits viennent à la contredire, elle est invalidée.
Ce n’est que de cette manière que nous allons pouvoir établir la vérité de la chose observée
car, «la connaissance se base sur l’observation et l’expérience des faits sociaux, considérés
comme des choses» (Wacheux, 1996).

Nous nous sommes donc attelé, dans le cadre de notre problématique, à observer sans
interférer la réalité sous-jacente relative aux pratiques managériales des acteurs générées par
l’impact de la réglementation du marché de la microfinance. Notre but est d’établir la réalité
des relations causales à travers la description, la compréhension et l’explication du
phénomène observé.

1.2.3 Le cadre épistémique


Notre positionnement épistémologique est influencé par la nature de l’environnement des
objets étudiés. Notre étude, exploratoire, devra permettre de formaliser des propositions qui
vont entrainer l’élaboration de recommandations ou solutions aux acteurs. Cet aboutissement
est possible grâce à la démarche qualitative inductive qui permet au chercheur de recueillir
des données du terrain pour faire émerger les caractéristiques et régularités du phénomène
observé. Deux groupes d’éléments enrichissent notre démarche :

230
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- Tout d’abord, l’existence d’un stock d’informations qui établit nos présomptions et
guide notre accès au terrain. Ces pressentiments, qu’on peut qualifier de connaissances
non scientifiques, rendent nécessaire la systématisation des connaissances par une
démarche inductive rigoureuse. Nous restons modestes car notre connaissance est
insuffisante ; la vérité réside dans ce que nous ne savons pas. Nous devons donc nous
démarquer de tout a priori pour découvrir l’inconnu.

- Ensuite, malgré les contingences liées à l’environnement de notre objet de recherche,


nous pensons que des réalités propres existent et, cela va donner à notre étude une
certaine objectivité.

Par cette posture épistémologique, nous allons nous attacher à collecter des données ayant un
caractère objectif. Pour ce faire nous adoptons une attitude (au moment de l’interview) censée
ne pas influencer les réponses en situant notre démarche sous une trajectoire inductive
étudiant deux objets à finalité coopérative.

Section 2 : Outils et étapes du traitement des données

Tout en présentant les difficultés et le contexte dans lequel la récolte des données a été
réalisée, cette section décrit les méthodes et techniques suivies dans notre démarche
analytique. De plus, cette section va nous permettre d’expliquer pourquoi nous avons centré
nos analyses sur les pratiques managériales des acteurs.

Nos entretiens exploratoires et notre proximité avec le contexte de recherche ont confirmé la
pertinence de plusieurs intuitions. Ces approches confirment l’ancrage des pratiques
essentiellement au niveau de principales dimensions managériales qui fondent l’organisation
structurelle et institutionnelle des firmes.

2.1 L’approche qualitative exploratoire

Cette étude dont la thématique générale porte sur l’impact de la réglementation sur les
pratiques managériales des acteurs en général et, en particulier sur celles des TPE, se décline
sur la coopération TPE-EMF au travers de la confrontation des pratiques des deux acteurs. Se

231
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

pose alors la question du choix de l’approche empruntée pour capter les informations
nécessaires à la compréhension du phénomène. A la question de savoir s’il faut privilégier
l’approche quantitative ou qualitative, nous répondons qu’une approche ne peut être qualifiée
de quantitative ou de qualitative en se référant uniquement au fait d’utiliser des données
chiffrées ou non chiffrées. Selon Thiétart (1999), « le chercheur doit se déterminer sur la
priorité qu’il accorde à la qualité de causalité entre les variables ou à la généralisation des
résultats pour choisir entre une approche qualitative ou une approche quantitative ».

Très souvent, l’approche quantitative constitue une piste naturelle. En effet, elle contient
plusieurs avantages : gain de temps, aspect de précision, apparence démonstrative. Mais selon
Simon (1991), « (…) faire de la quantification et de la mesure la méthode scientifique
universelle hors de laquelle il ne pourrait y avoir de science » est une erreur ; ce ne sont que
des procédés méthodologiques (Weber, 1904).

En nous plaçant dans une problématique de dimension institutionnelle du management, nous


avons pour objectif d’expliciter les comportements des acteurs observés à la lumière des
spécificités environnementales tout en insistant sur le caractère particulier du contexte étudié.
Nous privilégions l’approche qualitative afin d’aider à comprendre le phénomène des
pratiques managériales des acteurs face à la réglementation, dans leur contexte. Ce besoin de
connaissances trouve sa justification dans l’inexistence d’études relatives à l’impact de la
réglementation sur les pratiques managériales des TPE. Cette situation ne nous permet pas de
bâtir une compréhension incontestable des pratiques managériales des TPE sur la base de
données structurées a priori et aisément quantifiables. En considérant ce travail de recherche
comme exploratoire, cette posture paraît plus adaptée à nos différents objectifs de recherche.

A cet effet, il faut préciser que la perspective de cette recherche est aussi bien conditionnée
par le peu d’analyse préexistante du terrain à partir duquel sont extraites les informations que
par l’adéquation du processus de recherche à la découverte du phénomène observé.
A ce propos, Baumard et Ibert (1999) avancent que « les possibilités d’évaluation
d’explications rivales du phénomène étudié sont plus grandes [dans l’approche qualitative]
car le chercheur peut mieux procéder à des recoupements entre les données. L’approche
qualitative accroît l’aptitude du chercheur à décrire un système social complexe ».

232
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Après avoir présenté notre positionnement épistémologique et fixé notre démarche


d’investigation, nous allons (dans la section suivante) développer la méthodologie adoptée
dans cette partie de notre travail. Nous avons opté pour la méthode des entretiens semi-
directifs. Soulignons que ce choix est dicté par notre faible connaissance du phénomène
étudié car, selon Giroux et Tremblay (2002), lorsque « la communauté scientifique sait peu de
choses sur le phénomène, il s’agit de prospecter un terrain encore largement en friche (…), la
préférence est généralement accordée à une approche qualitative ».

2.2 Mise en œuvre des constructions du terrain et des outils de recherche

Notre objectif étant de décrire des pratiques managériales dans le but de contribuer aux
connaissances théoriques et empiriques existantes, le choix méthodologique qui est le nôtre va
nous permettre de répondre au « comment » de notre questionnement. Les données à traiter
vont être tirées des entretiens réalisés au sein des entités étudiées. Cette démarche est
conforme à notre logique de recherche. L’adoption de ce processus dans notre protocole de
recherche nous permet de pénétrer au cœur des points de convergences ou de divergences qui
alimentent la coopération des deux acteurs que sont la TPE et l’EMF.

Ce choix devrait apporter – in fine – à notre recherche positiviste des propositions cohérentes.
Avec le croisement des discours des acteurs, nous allons parvenir à une modélisation de leur
coopération.

Pour ce faire, l’adéquation des données avec notre problématique de recherche doit être
assurée afin d’obtenir un corpus d’informations satisfaisant. Pour collecter le corpus
d’informations en phase avec notre recherche nous avons retenu un processus à trois niveaux :
échantillonnage, accès aux organisations, collecte de données.

2.2.1- L’échantillonnage
Cette recherche qui prend – dans un premier temps – une forme exploratoire (Eisenhardt,
1989 ; Eisenhardt et Graebner, 2007), repose sur des instruments méthodologiques qualitatifs
classiques : entretiens, analyse de commentaires, observation non participative. Cette
approche imposée par la spécificité de notre terrain est nécessaire à la compréhension de notre
problématique.

233
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La constitution d’un échantillon constitue une étape essentielle dans la recherche car elle
participe de la validité interne et externe de la recherche. Comme nous le disions plus haut,
notre contexte a été déterminant dans l’adoption de la méthode de sélection de l’échantillon
par choix raisonné. Nous avons choisi les groupes à interroger sur la base de nos critères. Pour
les TPE, nous avons retenu la petitesse de l’entité et son ancrage territorial. En ce qui
concerne les EMF, l’appartenance à l’une des 3 catégories constituait l’élément essentiel.
Nous avons exclu tous les acteurs de la finance informelle.

Ce mode de sélection a été d’un apport indéniable à partir du moment où il nous permis de
choisir de manière précise les éléments des échantillons afin de respecter plus facilement les
critères (Thiétart, 1999) fixés par nos soins car l’échantillonnage aléatoire était impossible à
constituer dans notre environnement de recherche. Nous avons deux groupes d’échantillons
constitués différemment et dont la compréhension passe par l’étude de cas.

Le premier échantillon regroupe des EMF publics et privés. Le choix raisonné pour ce type
d’organisation se justifie par l’apparition récente des entités à caractère privé d’une part et, de
l’opacité qui marque celles à caractère public. De nombreux signes tendent à indiquer que
cette deuxième catégorie rencontre des difficultés plus importantes que ses congénères du
privé.
Le deuxième échantillon est composé de TPE, entreprises dont l’effectif ne dépasse pas vingt
employés. Le choix du mode d’échantillonnage raisonné retenu également ici est dû à
l’inexistence d’informations fiables sur les très petites entreprises.

Afin de comprendre la démarche, il est important de comprendre que notre objectif est de
construire une connaissance sur les pratiques managériales des acteurs de la microfinance en
milieu institutionnalisé en vue de pouvoir ensuite apprécier leur capacité à coopérer.

Le but visé par cette recherche est de savoir si, d’abord les EMF et les TPE sont conscients de
l’importance de l’enjeu que présente pour eux la réglementation dans leur fonctionnement et
comment se manifeste cette prise de conscience à travers leurs pratiques managériales.
Ensuite et dans une perspective d’adoption de la réglementation par les EMF et les TPE, nous
tentons de comprendre si ces acteurs possèdent des capacités de coopération.

234
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En clair, nous allons chercher à :


1) démontrer l’influence de la réglementation sur les pratiques managériales des TPE et
des EMF par l’identification des caractéristiques des acteurs ;
2) établir l’influence de la réglementation sur la coopération entre les EMF et les TPE ;
3) justifier les comportements observés au travers des théories mobilisées.
Ces faisceaux d’attentes correspondent exactement aux perspectives de compréhension des
objets observés de notre recherche. Compte tenu du fait que les organisations que nous avons
choisies devraient coopérer dans un marché identifié, la nécessité d’analyser leur mode de
coordination interne aiderait à comprendre les situations observées. De toute évidence, leur
coopération suppose une convergence organisationnelle qui n’est pas toujours décryptable de
prime abord mais dont l’inexistence est observable a posteriori. Nous avons donc essayé
d’atteindre, au sein de ces organisations, différents responsables pouvant répondre à nos
questionnements grâce à un échantillon.

Mais il faut relever que l’échantillonnage dont il est question ici doit répondre à des
conditions de validité externe et interne. « La validité externe concerne la possibilité d’étendre
les résultats obtenus sur l’échantillon à d’autres éléments, dans des conditions de lieu et de
temps différentes » (Wacheux, 1996). Dans cette recherche exploratoire il est vrai que la
généralisation est un objectif, mais il faut reconnaître que la quête de la connaissance dans ce
contexte émergent de la microfinance appelle déjà une seconde génération de recherches plus
avancées. « La validité interne consiste à s’assurer de la pertinence et de la cohérence interne
des résultats par rapport aux objectifs déclarés du chercheur » (Wacheux, 1996 ; p89). C’est
pour cela que nous avons cherché à éviter les biais principaux qui peuvent corrompre le degré
de validité interne de notre recherche, à savoir : une mauvaise formulation des questions,
« l’effet d’appel de balle » qui consiste à fournir à l’avance au futur répondant la teneur de
l’entretien.

Aussi la formulation de nos questions s’est faite en collant au plus près aux objectifs de
recherche. L’administration de l’entretien s’est déroulée de manière raisonnée en tenant
compte des critères de choix des composantes des échantillons, en nous assurant que notre
interviewé n’avait pas été informé de notre passage par un répondant précédent ayant laissé
filtré des indications sur le contenu de l’entretien. Le choix opératoire retenu est fait pour
approfondir les thématiques mises en relief par notre approche exploratoire en vue
d’expliciter nos intuitions sur la base de réponses (propres), non corrompues. En choisissant

235
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

les firmes ayant les caractéristiques des TPE, nous allons produire des informations qui
permettront de généraliser les résultats et de les vérifier auprès d’autres cas. En suivant les
préconisations puisées dans la littérature, notre échantillon constitué de TPE n’est pas
déterminé d’avance, car il suffit de deux ou trois cas lorsque de grandes précautions sont
prises dans leur choix (Yin, 1990).

L’idée de saturation n’étant pas fondée sur une certitude, nous avons limité notre échantillon
de TPE à cinquante unités car de nouvelles informations ne venaient pas enrichir les
connaissances sur notre objet d’étude. Les deux fondements que sont la réplication et la
saturation théorique attribuent une validité interne à notre démarche. C’est fort de ces de ces
deux principes que nous avons procédé à la construction de nos deux échantillons.

2.2.2 L’accès aux firmes


La logique qui correspond à notre type de posture est l’induction. Elle appelle l’étude de cas
comme mode d’observation. Cette perspective permet de passer du particulier au général.
« Au sens propre du terme, il n’y a induction que si, en vérifiant une relation, sur un certain
nombre d’exemples concrets, le chercheur pose que la relation est vraie pour toutes les
observations à venir » (Charreire et Durieux in Thiétart, 2003).

Par rapport à notre méthode d’échantillonnage, nous avons (dans le cadre de nos deux
échantillons) réalisé en 2009 une exploration auprès d’un établissement de microfinance à
caractère public et de trois TPE.

2.2.3 La collecte des données


La collecte de données a été réalisée en trois phases. La première phase a consisté en une
observation primaire du 2 octobre 2009 au 22 décembre 2009. Cette étape a permis de
préciser les intuitions premières et de confirmer l’axe de recherche qui a fait l’objet de
l’analyse. Ce travail de contact a facilité l’accès au terrain en permettant de créer des relations
de confiance avec les responsables d’un établissement de microfinance et d’établir des
contacts avec trois dirigeants TPE.

La deuxième phase est une observation directe réalisée de juin à août 2010 auprès d’une
dizaine de très petites entreprises. Notre démarche – à ce niveau – a consisté à rencontrer un
groupe d’interlocuteurs relativement divers pour répondre aux questions de recherche

236
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

consécutives à notre problématique. Ce travail d’immersion a permis de nous faire connaître


auprès des dirigeants de TPE approchées. Les très petites entreprises que nous avons
contactées dans cette deuxième approche comptent des effectifs compris entre 1 et 15
personnes. Les entretiens issus de ces contacts nous ont fait savoir que ce type d’organisation
a une prise directe sur son territoire. En outre, les dirigeants n’ont guère de scrupules à
contourner la réglementation et à faire disparaître les frontières entre leur réseau personnel et
celui de l’activité dans une mutualisation relationnelle propre à la proxémie.

Lors de la troisième phase du processus de collecte de données, relative à l’administration du


questionnaire semi-directif, nous avons procédé aux interviews des individus constituant nos
deux échantillons établis par choix raisonné. Notre choix qui ne découle pas d’une sélection
aléatoire, est fait dans une perspective d’approfondissement des thèmes mis en évidence par
notre approche exploratoire concernant les acteurs du marché de la microfinance. Nous avons
ainsi rencontré des cadres et dirigeants des établissements de microfinance (12 individus) et
de TPE (50 individus) qui nous ont apporté des informations permettant de généraliser les
résultats par une vérification auprès de tous les cas. Ainsi présentée, notre démarche
méthodologique inductive comporte des impératifs.

En ce qui concerne le premier impératif, nous souhaitons modéliser l’impact de la


réglementation sur les pratiques managériales des acteurs évoluant dans le marché de la
microfinance à partir de données issues des entretiens et caractériser les catégories en devenir
qui en découlent. Cette étape (nous l’avons voulu ainsi) n’ouvre pas la voie à un test mais
plutôt à une phase de discussion explicative. Nous avons voulu « (…) tirer des conjectures
qu’il convient ensuite (…) de discuter » (Koenig, 1993, cité par Charreire et Durieux, in
Thiétart, 2003). Au deuxième niveau, nous avons voulu arriver à une modélisation de
l’accompagnement des TPE par les EMF à l’issue de la confrontation des pratiques observées.

Pour notre travail de recherche, notre contexte nous amène donc à une démarche par laquelle
la généralisation part d’une observation particulière. Cette dynamique suit le cheminement
représenté par le schéma 7 (page 237).

237
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

OBSERVATIONS :

 La coordination des acteurs est mitigée et, la coopération EMF-TPE est inexistante alors que le
Marché de la Microfinance estType
réglementé.
Établissement Statut

1er et 2ème point de 3ème Point de recherche


recherche Identifier les éléments
Etudier les pratiques explicatifs du degré de
managériales : coopération entre les
Interview des EMF et les TPE à partir de
- Des TPE
acteurs - Des EMF leurs logiques de
coordination

Théorie Théorie de l’agence


Néo-institutionnelle

Rapprochement
Empirisme/Théorie Théorie de la
contingence

Approche
conventionnaliste
Exploitation du
croisement
Empirisme/Théorie
ANALYSE RESULTATS ET PROPOSITIONS
sous forme de
propositions
réfutables
Schéma 7 : la dynamique de recherche
Source : Simon PETER

C’est ce qui fait dire à certains auteurs que le premier indicateur, de nature empirique, permet
de construire de nouveaux concepts, de nouvelles hypothèses et, partant de là, élaborer la
modélisation qui sera soumise à l’épreuve des faits (Quivy et Van Campenhoudt, 1995).

[Link] Au niveau des EMF


Pour ce qui est des EMF, les établissements sont également tous situés à Libreville.
Globalement, lors de notre deuxième phase de terrain, nous avons obtenu les accords
suivants : deux établissements de microfinance à caractère public sur trois ont répondu
favorablement ; trois établissements à caractère privé sur sept ont adhéré à notre programme
de recherche.

238
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

EMF 1 1ère Catégorie


Privé EMF 2 2ème Catégorie
EMF 3 2ème Catégorie
EMF1 Hybride
Public
EMF2 Hybride
Tableau 3: Catégorie des EMF

Cette démarche sur cinq études de cas va (à la suite d’une série d’entretiens semi-directifs)
nous permettre de recueillir des données nous rapprochant au mieux des raisons qui fondent le
degré d’adoption de la réglementation des EMF. Elle nous a permis (par la suite) de
confronter les résultats théoriques avec notre échantillon, de croiser les informations par
rapport aux types d’établissement de microfinance et de formuler différentes propositions.
Le but visé à travers nos cinq études de cas est d’expliciter la perception de la réglementation,
les comportements et les attentes des cadres et dirigeants.

Dans un premier temps, nous avons rencontré les responsables dirigeants. Ce contact a permis
d’informer les hiérarchies et, obtenir leur caution pour des rencontres avec leurs
collaborateurs. Les personnes rencontrées présentaient la caractéristique d’être en charge des
relations avec la clientèle de l’établissement, notamment la prospection des très petites
entreprises. Compte tenu de la sensibilité du questionnement envisagé, il a fallu construire
une relation de confiance (Thiétart, 2003) qui est (tout de même) restée assez relative. Nous
avons anticipé les objections relatives aux secrets professionnels en arguant notre souci de ne
rechercher aucune information chiffrée, sinon uniquement de manière accessoire.

Pour les établissements n’ayant pas souhaité nous rencontrer, la principale raison invoquée a
été la jeunesse de leur établissement. Toutes nos tentatives en vue de modifier leur position
furent vaines. Nous avons donc travaillé avec cinq établissements au total.
Dans les relations supposées entre l’établissement financier et la très petite entreprise, la
finalité actuelle poursuivie par les autorités politiques et monétaires consiste en
l’accompagnement de la deuxième entité par la première. Les entretiens réalisés à l’intérieur
de l’échantillon construit nous ont permis de percevoir les comportements, les conditions qui
entourent le microfinancement des TPE en d’autres termes, distinguer les différents concepts,
leurs propriétés et leurs variations. Tout ceci ne s’est pas fait sans quelques difficultés.

De tous les entretiens réalisés, il faut reconnaître que les interviewés étaient peu loquaces et
les propos étaient souvent mitigés. Malgré toutes les garanties données en termes de

239
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

confidentialité, les réponses se situaient à la limite de la précision. Toutefois, nous avons


réussi à décrisper (quelque peu) les entretiens, parvenant ainsi à quelques profondeurs
souhaitées. Par ailleurs, la longueur des entretiens a eu comme avantage de travailler en
profondeur sans que l’interviewé ne se rende compte de sa décrispation, nous faisant ainsi
bénéficier de réponses pertinentes au questionnement issu de notre thème de recherche.

[Link] Au niveau des TPE


Pour ce qui est des TPE, il faut préciser que l’échantillonnage construit respecte notre posture
épistémologique, ce qui nous permet d’obtenir diversité, richesse, profondeur et qualité dans
le contenu. Tous les cas d’entreprises sont situés à Libreville car nous avons voulu trouver un
terrain favorable au contact de la réglementation « active ».
Cinquante entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de propriétaires dirigeants de TPE
d’une durée moyenne de quarante minutes. Les très petites entreprises ont été choisies selon
les critères suivants :
- entreprise ne dépassant pas 20 employés ;
- entreprise opérant dans un environnement local.

Statut TPE Effectif Nombre de salariés

SURL 46 ≤ 10
> 10 (2 Tpe)
SARL 4
< 10 (2 Tpe)
Tableau 4 : Sélection des TPE

Nous avons voulu, à travers les dimensions retenues pour construire notre échantillon, trouver
des logiques de pratiques managériales en cohérence avec des normes institutionnelles.

Après avoir procédé aux choix des éléments de l’étude exploratoire, aux modes d’accès aux
organisations et de collecte de données, nous allons entrer dans la phase d’instrumentation
avec la construction de l’outil de collecte d’informations.

2.3 Mise en œuvre de l’outil de recueil de données

De plus en plus, la très petite entreprise tend à constituer le socle de la croissance et du


développement de toutes les économies, qu’elles soient en développement, émergentes ou
même industrialisées. Dans cette dynamique, la croissance des TPE dans les économies

240
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

subsahariennes apparaît comme une perspective porteuse de développement socio-


économique. En effet, ce type d’organisation apparaît de plus en plus comme une solution
face aux conditions précaires des populations les plus fragiles car la TPE constitue une
soupape de sécurité socio-économique.

Cette réalité de la participation de la TPE au développement est démontrée par diverses études
empiriques (Smith Norman, 1967 ; Marchesnay, 1993). On note une contribution quantitative
de la TPE par son impact sur les établissements humains17. Leur ancrage territorial permet
aux TPE de recruter localement, fournissant ainsi des emplois et des revenus aux habitants
des zones dans lesquelles elles sont implantées. Au-delà de la contribution quantitative, il y a
aussi l’apport qualitatif. En effet, l’implantation territoriale de la TPE entraîne une dynamique
sociale et une diversification entrepreneuriale génératrice de revenus pour l’ensemble de la
communauté territoriale.

Il existe aujourd’hui un consensus sur l’importance socio-économique de la TPE. Elle est de


plus en plus considérée comme un facteur de création de richesse, d’emploi et donc de
stabilisation sociale. Aussi, pour avoir une idée exacte de ses spécificités et de ses besoins,
une approche de terrain est nécessaire afin d’explorer les pratiques managériales de ce type
d’organisation.
L’articulation méthodologique de cette thèse se caractérise par une observation du terrain, une
revue documentaire, une collecte et analyse de données. Les résultats issus de nos données
empiriques vont nous permettre de réaliser une confrontation avec le cadre théorique
mobilisé.
Avec des guides d’entretien comportant des questions ouvertes et fermées, des séries
d’entretiens vont être engagées auprès des cadres et dirigeants des EMF publics et privés ainsi
que des propriétaires-dirigeants des TPE. Ces entretiens particuliers avec les différents
individus ont participé à apporter des « éléments d’études de terrain » mais aussi des
contributions actives.

17
Espaces, lieux d’habitation

241
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3.1 Le guide d’entretien semi-directif : présentations


La construction du guide d’entretien a été particulièrement délicate pour trois principales
raisons. Les deux premières sont liées à l’objet de la recherche. La troisième émane du terrain
de recherche.

Dans un premier temps, la perception de l’interactivité des thématiques abordées nous a


amené à produire un questionnaire ciblant des questions qualifiées de pertinentes et denses.
La seconde difficulté provient du fait que le questionnaire, tout en étant une photographie
informationnelle en un instant donné, vise à caractériser une dynamique entrepreneuriale.
Certaines questions doivent être rétrospectives et d’autres prospectives.
La troisième difficulté vient du fait que le secret entoure généralement le monde des affaires
africaines, d’où la nécessité de formuler le questionnaire de manière « soft ».
Pour contourner ces difficultés associées aux contraintes socioculturelles, nous optons pour un
questionnaire qualitatif, formé de questions fermées, ouvertes et semi-ouvertes.

Notre quête de la connaissance est encadrée par deux processus : explorer, et expliciter. Dans
notre contexte, la démarche d’enquête est marquée essentiellement par la difficulté d’accès à
l’information. Il nous faut donc observer pour bien comprendre afin d’expliquer ce qui se
passe dans les modes de coordination interne et de coopération.

La construction du guide d’entretien s’est faite autour d’une structure commune composée de
plusieurs questions relatives à la gestion des organisations avec quelques nuances selon qu’on
se trouve devant une TPE ou un EMF. Ces différentes questions portent sur des conditions de
la coordination interne à savoir l’identité, l’organisation comptable et fiscale, l’utilisation des
personnels, la perception du risque.

L’entretien semi-directif qui découle de notre questionnaire tient compte de notre intuition de
départ à savoir que la configuration du marché de la microfinance au Gabon est paradoxale à
cause des contingences endogènes et exogènes qui sont nourries par l’institutionnalisation.

Ainsi, pour l’entretien aussi bien des TPE que EMF nous avons utilisé des guides d’entretien
comportant quatre rubriques. Ces rubriques sont composées de questions établies à partir des
intuitions issues de l’observation du terrain.

242
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3 .1.1 Entretien des TPE


Le guide d’entretien – tel qu’il est structuré – matérialise la volonté de collecter des
informations susceptibles d’apporter des réponses à un faisceau de questionnements. En
suivant un ordre chronologique lors de l’interview des propriétaires dirigeants nous avons
insisté sur l’identification, les aspects institutionnels de la structure organisationnelle ainsi que
sur l’intérêt qu’une formalisation pouvait avoir sur la coordination interne de la TPE.

Nous avons également mis l’accent sur les modes de financement des TPE : ce sont les
réponses obtenues qui éclairent le niveau de coopération TPE/EMF. Nous abordons ensuite la
valeur des ressources humaines au sein de la TPE. En utilisant une présentation en forme
d’entonnoir, nous partons des informations générales pour préciser au fur et à mesure les
dimensions sensibles à l’institutionnalisation du marché de la microfinance.

Rappelons qu’une partie de notre questionnement s’intéresse à l’action managériale des


acteurs face à l’institutionnalisation et donc aux comportements des acteurs face aux
contraintes environnementales. Ce questionnement compte tenu de nos intuitions de départ et
objectifs de recherche, prend des formes fermées ou ouvertes. Ouvertes lorsque nous voulons
expliciter les raisons de leurs motivations. Les formes fermées, quant à elles, ont été utilisés
pour obtenir des indications précises sur par exemple les effectifs, les dates de création.

Le guide d’entretien tel qu’il est présenté dans l’encadré 1 (p. 242) est le reflet de la majeure
partie des questions essentielles posées aux interviewés. Nous reconnaissons que, tout a long
des entretiens, d’autres questions ont émergé en fonction des réponses formulées.

243
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Encadré 1 : guide d’entretien, déterminants des pratiques managériales des TPE


Rubrique 1 : identification et caractéristiques de la Très Petite Entreprise
(Conformation réglementaire)
 Nom de l’entreprise
 date de création
 effectifs
 secteur d’activité
 activité principale
 capital de départ
 forme juridique

Rubrique 2 : environnement comptable et fiscal


(Système d’information comptable)
 Tenez-vous une comptabilité ? Pourquoi ?
 Aimeriez-vous tenir une comptabilité ? Pourquoi ?
 Quel est votre chiffre d’affaires journalier en FCFA?
- 10.000 – 25.000
- 25.001 – 50.000
- 50.001 – 100.000
- + de 100.000, précisez
 Auprès de qui contractez-vous vos microcrédits ?
- Banque
- Établissement de Microfinance
- Tontine
- Famille
- Économies personnelles
- Autres, Préciser.

Rubrique 3 : Utilisation des personnels


(Valorisation des ressources humaines)
 Avez-vous une politique de recrutement ? Pourquoi ?
 votre personnel est-il déclaré à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale ? Pourquoi ?
 Arrivez-vous à payer les salaires de vos agents ? Comment vous y prenez-vous dans ce cas ?

Rubrique 4 : Intégration institutionnelle et perception des risques


(Gestion des risques opérationnels)
 Votre activité est-elle reconnue légalement ? Pourquoi ?
 Payez-vous les taxes à l’État ? Pourquoi ?
 Comptez-vous déclarer votre entreprise ?

La première rubrique permet de récolter des informations sur les éléments constitutifs de la
TPE. Les questions se rapportent aux antécédents de la TPE et à sa structuration
institutionnelle. L’aspect général de cette rubrique a permis d’avoir des informations sur les
dénominations des TPE, la date de création, l’effectif, le secteur d’activité, le capital investi
au départ, le statut juridique, le chiffre d’affaires, nous donnant ainsi une photographie des
caractéristiques générales de notre échantillon comme présentée sur le tableau 4 (p. 244).

244
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Unités Nbre années d’existence Salariés Secteur d’activité Capital initial Forme juridique Chiffred’affaires
TPE-1 7 ans (2007) 1 Commerce 1 500 € SURL 475 000 €
TPE-2 6 ans (2008) 7 Service 6 000 € SARL 71 000 €
TPE-3 25 ans (1989) 9 Commerce 18 000 € SURL 237 000 €
TPE-4 4 ans (2010) 5 Commerce 3 000 € SURL 237 000 €
TPE-5 15 ans (1999) 6 Commerce 6 000 € SURL 237 000 €
TPE-6 16 ans (1998) 6 Commerce 7 500 € SURL 285 000 €
TPE-7 5 ans (2009) 1 Service 1 200 € SURL 26 000 €
TPE-8 9 ans (2005) 9 BTP 15 000 € SURL 190 000 €
TPE-9 9 ans (2005) 9 BTP 12 000 € SURL 190 000 €
TPE-10 14 ans (2000) 8 BTP 15 000 € SURL 285 000 €
TPE-11 13 ans (2001) 7 BTP 13 000 € SURL 237 000 €
TPE-12 13 ans (2001) 1 BTP 3 000 € SURL 47 000 €
TPE-13 10 ans (2004) 8 BTP 10 000 € SURL 166 000 €
TPE-14 13 ans (2001) 5 BTP 3 000 € SURL 47 000 €
TPE-15 14 ans (2000) 2 BTP 2 000 € SURL 71 000 €
TPE-16 17 ans (1997) 8 BTP 12 000 € SURL 214 000 €
TPE-17 16 ans (1998) 9 BTP 4 000 € SURL 142 000 €
TPE-18 10 ans (2004) 6 BTP 7 000 € SURL 118 000 €
TPE-19 9 ans (2005) 7 BTP 3 000 € SURL 95 000 €
TPE-20 20 ans (1994) 10 Service 15 000 € SURL 237 000 €
TPE-21 7 ans (2007) 7 Service 15 245 € SURL 190 000 €
TPE-22 9 ans (2005) 5 Service 19 818 € SURL 118 000 €
TPE-23 14 ans (2000) 7 Service 13 720 € SURL 166 000 €
TPE-24 6 ans (2008) 1 Artisanat 700 € SURL 16 000 €
TPE-25 9 ans (2005) 4 Service 700 € SURL 16 000 €
TPE-26 6 ans (2008) 15 Industrie du bois 27 000 € SARL 237 000 €
TPE-27 5ans (2009) 2 Commerce 4 000 € SURL 38 000 €
TPE-28 14 ans (2000) 3 Informatique 12 000 € SURL 23 000 €
TPE-29 9 ans (2005) 1 Informatique 1 500 € SURL 4 000 €
TPE-30 4 ans (2010) 3 Commerce 4 500 € SURL 9 000 €
TPE-31 24 ans (1990) 7 BTP 3 000 € SURL 71 000 €
TPE-32 24 ans (1990) 3 Service 6 000 € SURL 71 000 €
TPE-33 5 ans (2009) 2 Commerce 150 € SURL 4 000 €
TPE-34 9 ans (2005) 6 Commerce 150 000 € SURL 237 000 €
TPE-35 6 ans (2008) 14 Service 5 000 € SARL 71 000 €
TPE-36 8 ans (2006) 3 Service 3 000 € SURL 4 000 €
TPE-37 24 ans (1990) 2 Commerce 1 500 € SURL 4 000 €
TPE-38 9 ans (2005) 13 Service 10 000 € SURL 118 000 €
TPE-39 5 ans (2009) 4 BTP 9 000 € SURL 9 000 €
TPE-40 6 ans (2008) 10 Service 9 000 € SURL 71 000 €
TPE-41 5 ans (2009) 4 Commerce 7 600 € SURL 33 000 €
TPE-42 7 ans (2007) 13 Service 10 500 € SURL 380 000 €
TPE-43 5 ans (2009) 3 Commerce 6 000 € SURL 23 000 €
TPE-44 5 ans (2009) 2 Commerce 4 500 € SURL 11 000 €
TPE-45 19 ans (1995) 5 Commerce 4 500 € SURL 190 000 €
TPE-46 7 ans (2007) 1 Commerce 1 500 € SURL 4 000 €
TPE-47 10 ans (2004) 4 Commerce 10 500 € SURL 118 000 €
TPE-48 10 ans (2003) 10 Service 4 500 € SARL 23 000 €
TPE-49 14 ans (2000) 1 Service 150 € SURL 11 000 €
TPE-50 7 ans (2007) 3 Service 220 € SURL 28 000 €
Tableau 4 : Caractéristiques générales des TPE

Avec la connaissance des antécédents organisationnels et fonctionnels, nous avons pu établir


l’âge des entités et avoir une idée plus précise sur le niveau de capital mobilisé lors de la
création de chaque TPE de notre échantillon.

245
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La deuxième rubrique fait apparaître des questions relatives à la construction d’un système
d’information comptable ainsi que la perception qu’en ont les TPE. Par ailleurs, les questions
relatives au chiffre d’affaires éclairent la spécificité de ce type d’organisation que nous
soulignons dans cette thèse. En plus, les questions relevant des antécédents de
microfinancement fournissent des réponses sur le niveau de coopération entre la TPE et
l’EMF et partant, leur degré d’adhésion aux formes de pratiques managériales préconisées par
la réglementation. Cette rubrique est une synthétisation de la manière d’aborder la question de
la coopération.

La troisième rubrique s’intéresse à la valeur des ressources humaines. Les questions


développées permettent de cerner le mode de recrutement, de préciser les traitements socio-
fiscal et salarial des employés. La conjonction de ces éléments met en évidence le statut réel
des effectifs et les risques possibles découlant du degré de qualité des ressources humaines.

La quatrième rubrique aborde les points marquant la conformation institutionnelle totale à


travers les taxes municipales, l’impôt sur les revenus. Le questionnement qui y est développé
éclaire également la dimension processuelle d’une volonté de se conformer à la
réglementation. Les réponses vont faire apparaître les contingences et les difficultés qui
influencent les perspectives institutionnelles de la TPE.

2.3 .1.2 Entretien des EMF


Pour ce qui est des établissements de microfinance, nous avons également utilisé des
entretiens semi-directifs qui ont été complétés par une analyse documentaire. Afin d’obtenir
des précisions sur les pratiques managériales et les logiques d’accompagnement auxquelles
s’astreignent les établissements de microfinance, douze entretiens qualitatifs exploratoires ont
été réalisés. Huit personnes de statut cadre issus des établissements publics et quatre cadres
d’établissements privés ont été interrogés.
Avec beaucoup de patience, nous avons pu établir des contacts fructueux avec une partie des
acteurs de l’activité microfinancière. Ceci nous a permis de comprendre à travers le discours
des interviewés leurs comportements en termes de coordination interne et de coopération.

En dépassant l’observation, nous nous sommes inscrit dans une perspective d’enrichissement
de notre intuition de départ qui prédit que la configuration du marché de la microfinance est
paradoxale à cause de la présence de contingences endogènes et exogènes. Suite à cette

246
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

assertion, l’objectif général de note recherche vise tout naturellement à contribuer à la


compréhension de l’impact de l’institutionnalisation sur les pratiques managériales des EMF.
Lors de la construction du guide d’entretien, nous avons considéré que nous ne devions pas
nous limiter aux seuls éléments apparents tels que l’enseigne commerciale et la typologie
organisationnelle. Notre guide d’entretien met en effet en relief les questions relatives aux
risques opérationnels et clientèle.

Nous avons cherché, dans un premier temps, à situer les établissements de microfinance
constituant notre échantillon à partir des questions relatives à la conformité réglementaire. En
second lieu, nous avons demandé à nos interlocuteurs de décrire leur organisation comptable.
Ensuite, nos interlocuteurs ont été invités à définir la qualité des effectifs. Enfin, au terme du
guide entretien, les questions posées ont permis d’évoquer les risques, donnant ainsi
l’occasion aux personnes interrogées de dévoiler leurs pratiques au regard de la
réglementation et partant, les exigences liées aux procédures d’accompagnement des TPE.

Les interviewés ont pu faire ressortir les déterminants de l’offre et les conditions requises à la
demande d’un microcrédit. Il faut toutefois relever que chaque fois que le besoin se faisait
sentir, nous avons relancé nos interlocuteurs leur permettant ainsi de relater les difficultés
rencontrées et les perspectives possibles en matière d’octroi de microcrédit. Ces ultimes
questions ont donné la possibilité aux interviewés, tout en donnant des réponses, de formuler
leurs opinions sur les contraintes environnementales qui pèsent sur la coopération EMF/TPE.

L’articulation ainsi décrite a motivé la construction du guide d’entretien tel que présenté en
page suivante.

247
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Encadré 2 : guide d’entretien, déterminants des pratiques managériales des EMF

Rubrique 1 : Conformité réglementaire


 Statut juridique ? : 1ère catégorie, 2ème catégorie, 3ème catégorie
 Capital ? : non obligatoire, moins de 50 M, plus de 50 M
 Répartition du Capital ? : sociétaire à plus de 20%, nombre de sociétaires
 Répartition proportionnelle ? : public, privé
 Fonds patrimoniaux ? : inférieur ou égal à 50 M de FCFA, de 51 à 100 M de
FCFA, plus de 100 millions de FCFA, précisez
 Rapport sur Engagement ?
 Fonds propres : inférieur ou égal 50 M de FCFA, de 51 à 100 M de FCFA, plus
de 100 millions de FCFA ?, précisez
 Rapport sur Engagement ?

Rubrique 2 : Système d’information comptable


 Produisez-vous les documents comptables suivants ? (journal de caisse, compte
d’exploitation, bilan d’exercice, autres documents comptables)
 Transmettez-vous aux Organes de contrôle de la COBAC à date régulière les
documents suivants ? : bilan de la situation comptable, déclaration des
participants, calcul des fonds patrimoniaux, calcul des fonds propres, calcul du
ratio de couverture des risques, calcul du ratio de couverture des immobilisations,
calcul du rapport de liquidités, déclaration des crédits en faveur des associés,
dirigeants et personnels

Rubrique 3 : Valeurs des ressources humaines


 Quels sont vos effectifs en nombre (cadres, agents de maîtrise, employés de
bureau) ?
 Votre personnel opérationnel a-t-il une expérience bancaire ?
 Quelle est la répartition des effectifs par qualification académique (formation
primaire, formation secondaire, formation universitaire, CAP banque, BEP
banque, diplôme supérieur de banque) ?

Rubrique 4 : Gestion des risques opérationnels


 Arrivez-vous à respecter le coefficient de couverture ?
 Quel est votre mode de refinancement ? (refinancement bancaire, organisation
internationale, personne physique, personne morale, recyclage de l’épargne-
client) Pourquoi ?
 Qui sont vos principaux clients ? (PME; Personnes physiques ; TPE ; Autres)
 Comment jugez-vous la qualité des dossiers de demande de crédit des Très Petites
Entreprises ? (Médiocre ; mauvais ; passable ; moyen ; assez bon ; bon ; très bon)
 Demandez-vous des états comptables intermédiaires ?
 quel est votre comportement lorsque vous n’avez pas toute l’information sur la
très petite entreprise ?

248
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La fiabilité des informations récoltées a incontestablement été dépendante de la souplesse de


nos interviews. Un travail d’approche a été réalisé en vue d’harmoniser les points de vue sur
les objectifs de notre recherche. Plusieurs rencontres exploratoires ont permis de fixer le cadre
des entretiens.

Dans la démarche d’interview, nous avons procédé de la même manière qu’avec les TPE.
Nous sommes partis du général pour arriver à l’essentiel, tout en sollicitant plus de clarté avec
des questions complémentaires chaque fois que nous estimions qu’une information méritait
plus de détails et plus de précision surtout en ce qui concerne le processus de coopération.
Cette technique a permis d’obtenir un éclairage intéressant sur les pratiques en la matière.
A l’issue du traitement des réponses, nous sommes censé situer la légitimité de base de la
firme, son secteur d’activité, sa structuration ; identifier les pratiques managériales, extraire
les motivations fondamentales, apprécier l’ouverture de l’organisation à l’insertion
institutionnelle.

2.3.2 Les entretiens


Selon le Petit Robert (Edition 2012), l’entretien est défini comme « une conversation, une
discussion, un dialogue, une entrevue, une interview ». Cette assertion vient confirmer les
travaux de certains auteurs qui estiment que l’entretien est une conversation (Kahn et Cannell,
1957) pour recueillir des informations, en relation avec des objectifs fixés (Grawitz, 1996).
Nous avons choisi de privilégier la prise de note car (dans cette partie de l’Afrique) c’est une
posture qui donne à l’interviewé l’impression d’être écouté attentivement parce qu’il est
important : c’est le « syndrome du maître d’école ».

Pendant le déroulement des entretiens, nous avons respecté (autant que faire se peut) la
chronologie du guide d’entretien car nous avons, pendant quelques rares moments, dû
recadrer de légers dépassements, aussi bien pour les EMF que pour les TPE. Pour ce qui est
des EMF, nous avons effectué 12 entretiens dans 5 organisations microfinancières. Avec une
durée moyenne d’entretien de 75 minutes comme l’indique le tableau 5 en page 249 (le plus
court : 40 minutes ; le plus long : 120 minutes).

249
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

EMF PUBLIC 1
Directeur Général 90 minutes
Directeur Gén. adjoint 80 minutes
Responsable projets 40 minutes
EMF PUBLIC 2
Administrateur Général 90 minutes
Adm. Général adjoint 120 minutes
Directeur projets 60 minutes
Comptable 45 minutes
Cadre administratif 40 minutes
EMF PRIVE 1
Directrice Gén. adjointe 120 minutes
EMF PRIVE 2
Directeur commercial 40 minutes
Chargée de Clientèle 90 minutes
EMF PRIVE 3
Chargée de Clientèle 90 minutes
Tableau 5 : Synthèse de la durée des entretiens

A cause de la qualité des interviewés, la période des entretiens en profondeur s’est étalée sur
une période relativement longue. Nous avons eu, avec des cadres des différents établissements
de microfinance, de nombreuses discussions qui se sont étalées sur deux ans. Le niveau de
responsabilité des répondants au sein de leurs organisations respectives nous a permis d’aller
en profondeur dans nos questionnements abordant ainsi la problématique des pratiques
transgressives sans (bien entendu) demander leur rapport à ces pratiques. En utilisant trois
points de passage (Rubin et al., 1995) dans la conduite de nos entretiens à savoir
l’introduction de contact, l’investigation pour compléter les réponses et l’implication pour
définir les représentations, nous avons pu dépasser le cadre du guide qui ne représente pas la
totalité des questions posés aux interviewés. En effet, des questions spontanées sont nées au
contact de la personnalité de l’interviewé. Elles ont permis de solliciter une précision au
détour d’une boutade, de tester une induction.

L’organisation thématique de notre guide d’entretien a privilégié une certaine formalisation


des questions principales afin de pouvoir servir de repère car les points n’étaient pas toujours
abordés de manière systématique. Dans le déroulement de l’entretien, la conduite de ce
dernier a régulièrement suivi l’intérêt visible du répondant par rapport à l’un ou l’autre des
thèmes contenus dans le guide d’entretien. Toutefois, en conformité avec les prescriptions de
Guibert et Jumel (1987) nous avons facilité l’expression de l’interlocuteur, abordé tous les
thèmes et observé une neutralité face aux réponses. Nous avons dans nos entretiens, des
extraits (formes ouvertes) appelés verbatim dont la représentation synthétique figure dans le
tableau 6 (pages 250-251).

250
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

EMF PRIVE
EMF PUBLIC 1 EMF PUBLIC 2 EMF PRIVE 1 EMF PRIVE 2
1
Direct. Com. Chargée Chargée clt
Directeur Resp. Adm. Adm.Génral- Dir. Générale
Dir. Général Adjt Dir. Projets Comptable Cadre adm.
Général Projets Général Adjt Adjte clt
L’institution C’est vrai que la Avec notre Tu viens à En matière de La direction On ne Tout se passe Nous respectons Nous sommes Puisque Nous
est sous la COBAC prévoit un situation un moment réglementation, actuelle est respecte comme vous les principales en règle par nous respectons les
coupe du certain nombre de actuelle, où nous nous ne pouvons beaucoup plus aucune règle. pouvez normes de la rapport à la sommes en conditions
Ministère choses sur le plan on ne sait connaissons pas dire que nous préoccupé à l’observer COBAC. Mais il COBAC vue… cela d’exercice
Conformité
réglementair des PME. réglementaire, mais pas trop où d’importante allons nous trouver de faut quand même veut dire des EMF de
e Donc vous nous sommes en se situer s difficultés. intéresser au l’argent pour reconnaître que que nous 1ère catégorie
vous doutez train de voir mon cher, Ce qui est dispositif de la renflouer les le rapport sur sommes à édictées par
bien que les comment opérer les c’est le sûr, c’est que COBAC. Pour caisses avec le engagement est jour. la COBAC
aspects transformations pays qui nous moi, pour y grand scandale quelques fois
réglementair organisationnelles est comme sommes en adhérer il nous que nous venons maquillé. Nous
es prévus par ça…et cela discussion faudrait être dans de faisons tout pour
la COBAC ne nous avec la une des trois connaître…Nous être en
ne nous permet pas Primature de catégories avons toujours conformité.
regardent d’avoir les qui nous désignées par fonctionné Nous y tendons.
pas. coudées dépendons. Yaoundé ! Ce comme ça…
franches. La qui n’est pas le
conformité cas maintenant.
réglementair Nous sommes
e? une institution
hybride.
Yaoundé ne nous
accompagne pas
assez.
En l’état C’est quand même Aucune Par exemple Sur le plan de Mais quelle Tout est fait Mais vous Pour preuve, il y La Nous Nous avons
actuel des un peu léger… idée. la compta. l’information comptabilité, comme si le parlez même a un contrôle comptabilisatio avons un une
choses, nous quelques états. Comment comptable. Rien nous sommes flou était de quoi. Déjà interne des n de nos suivi comptabilité
tenons quand Bon, pour ce qu’on veux-tu que de sérieux. Nous une sorte de voulu : la simple opérations et un opérations est comptable régulière.
Système
comptable même à jour est, compte tenu de nous allons étudier la service laxisme au comptabilité commissaire aux nécessaire. correct des Nous n’avons
des états notre statut nous puissions possibilité de administratif. La montage des des salaires comptes. Mais il Donc nous opérations. pas envie de
contenant avons des quand fournir des certifier notre comptabilité dossiers, une du personnel y a encore avons un outil Cela se subir en cas
nos même des listes de documents à comptabilité. comme comptabilité est un quelques efforts comptable. voit déjà de contrôle
engagements débiteurs. C’est la COBAC Mais le plus demandée par la sommaire problème. A à faire… Nous au niveau de la
. largement quand on important, c’est COBAC sans états plus forte allons améliorer de la COBAC.
suffisant. doit rendre d’abord de concerne des financiers raison une le système avec reproducti Même s’ils
exclusiveme mettre en place organismes grosse le temps. on des ne se pointent
nt compte à une comptabilité privés de compta. actes pas souvent,

251
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

la Primature viable !?! microfinance !?! C’est trop passés vaut mieux
pas nous ! je demander avec la prévenir que
pense hein ? clientèle guérir.
Nous venons La question du Aucune Nous ne C’est un foutoir. Je ne sais pas, ce Aucune Je ne sais pas Il va être un peu C’est là pour La plupart Nous avons
d’horizons personnel est un idée. formalisons Aucune n’est pas mon information trop, je suis difficile de l’instant le des eu quelques
divers et véritable problème. pas ce genre information domaine... Mais là-dessus. Ce en train donner une point qui personnes stages pour
n’avons pas Pas d’expérience d’informatio disponible. La je suis en train de que je sais, d’apprendre. catégorisation en présente n’ont pas nous
d’expérience financière pour la ns. Nous personne qui doit voir avec le Chef c’est que les Je viens du termes de quelques de familiariser
bancaire en plupart. Le avons gérer cela est une comment gens ici secteur compétences, faiblesses. formation aux
tant que nombre, je ne sais quelqu’un ancienne hôtesse organiser le n’ont pas aérien. mais ce que je Mais on y bancaire techniques du
Valeurs des telle. pas… ça va ça qui n’est pas de l’air ! Que travail d’expérience peux dire c’est travaille… ou métier. Bon,
Ressources vient. du métier. voulez avoir bancaire que le personnel financière. on fait
Humaines Nous allons comme n’est pas Ils avec… on va
voir résultat en termes suffisamment apprennent progresser.
comment d’information formé. sur le tas. L’essentiel
faire pour organisée ? c’est de ne
déjà pas
renforcer ses commettre de
capacités… bêtises
graves.
Pas de Les fonds gérés par Que les Bon, il faut C’est le laxisme Déjà, nous A partir du Ce n’est pas Nous faisons tout C’est le service Nous Trop de
contraintes, nous proviennent clients dire que mon généralisé, non n’avons pas de moment où mon pour répondre des respectons problèmes
style COBAC. de l’Etat… alors, soient bons arrivée à ce respect des guide de le minimum domaine… aux attentes de la engagements les avec les TPE.
Nous avons on fait ce qu’on ou poste procédures, procédures. Je n’est pas fait COBAC. Nous qui peut y exigences Du coup
l’appui nous demande de mauvais coïncide interférence pense que cela en compta, il avons des dépôts répondre. Mais de la notre
financier du faire. De toute c’est avec les politique, est voulu par la n y a aucun assurés par les je pense que COBAC. situation
Gouvernement manière en cas de pareil… difficultés de clientélisme hiérarchie. Cela moyen pour sociétaires. Nous c’est respecté. Mais il financière
Gestion des . Pour les difficulté c’est Les l’agence. inversé, dérive permet de gérer toute visons les Nous avons faut dire n’est pas très
Risques emprunteurs, l’Etat qui assure. instruction Donc je ne en matière naviguer dans le forme de salariés. Les TPE des dépôts, que les bonne. Le
opérationnel ils sont s viennent peux d’octroi de flou. Peut-être risque… ont trop de mais un TPE nous refinancemen
s souvent du vraiment rien crédits, que cela arrange lacunes en refinancement causent t est difficile.
recommandés sommet. dire, sauf confusion des certaines matière de institutionnel beaucoup De plus en
… que le missions. On personnes. Je comptabilité sur est souhaité. de plus nous
constat est privilégie les n’en sais trop leurs activités. Nous problèmes, privilégions
là : on PME au rien… travaillons alors on les salariés
manque de détriment des beaucoup plus préfère les
sous… TPE avec de salariés.
salariés
Tableau 6 : Synthèse des verbatim

252
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En ce qui concerne les TPE, cette collecte d’informations s’est opérée auprès de cinquante
propriétaires dirigeants, avec une durée moyenne de l’entretien de quarante minutes.
Notre ambition est de jauger, au travers d’interviews des propriétaires dirigeants de TPE,
leurs comportements, attitudes et stratégies individuelles, c’est-à-dire les déterminants
d’action mis en évidence. Selon Crozier et Friedberg (1977), l’analyse du fonctionnement des
organisations passe par l’observation des attitudes, comportements et stratégies de ses
membres, par l’évaluation de leurs capacités spécifiques ainsi que des pressions de toutes
sortes qui influencent leurs marges de manœuvre et impriment leurs logiques d’action. C’est
de cette manière que nous pouvons comprendre la rationalité de ces comportements en
plongeant dans leur univers.

Le guide d’entretien a donc pour objectif, en contexte gabonais, de permettre l’identification


des déterminants de l’engagement des EMF envers les TPE à travers la coopération au regard
de la pression institutionnelle. Il s’agit aussi de mettre en lumière d’autres déterminants
susceptibles d’avoir une influence sur cet engagement, notamment exogènes.

Les déterminants exogènes sont les éléments caractéristiques de l’environnement extérieur


des TPE sur lesquels elles n’ont pas de pouvoir d’inflexion. Les TPE ne peuvent donc pas les
infléchir car ils sont relatifs à la réglementation, au contexte de la République Gabonaise.
L’éclairage dans notre contexte de recherche provient des données qualitatives et dans une
moindre mesure de données quantitatives (capital initial, effectif, chiffre d’affaires) qui
permettent d’identifier les conditions de l’engagement coopératif.

De notre échantillon par choix raisonné de TPE, nous avons extrait et classé les informations
issues des entretiens des acteurs. Nous mettons ainsi en évidence les configurations
managériales de chaque TPE que nous allons confronter à la réalisation de l’engagement
coopératif EMF/TPE.
Grâce au guide d’entretien, nous évaluons les pratiques managériales des TPE. Le
dépouillement qui s’en suit permet d’établir un tableau de données brutes duquel nous avons
extrait la représentation synthétique figurant en tableau 7 (pages 253-254).

253
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

12.
R1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. Tenue_ 7a. 7b. 8. 9. 10. 11. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.
2 25.
Ind. CA
Age Eff Sect_Act Act_Princ K_Initial Stat_Jur Compta C.J. C M. compta.1 Tenue1 Si oui Si non Crédits Crédits taxe taxe1 Recrt recrt1 Secu SS1 sal sal1 Legalite léga1 Décla
journ.
TPE1 12/06/2007 1 Commerce Alim. générale 1 000 000 SURL N Moyens Oui Facilitat° 1 000 000 Eco. Perso. oui non Pas besoin de M.O Non oui oui
pas
TPE2 19/08/2008 7 Service Couture 4 000 000 SARL N non Aff. perso. 150 000 Eco. Perso. oui non On travaille entre Non Jeune entrepr. oui oui oui
important
TPE3 10/03/1989 9 Commerce Prod et vte pain 12 000 000 SURL N pas besoin non moyens 500 000 Eco. Perso. oui non pas de qualif. exigée Non charges oui oui
pas
TPE4 20/08/2010 5 Commerce Alim. générale 2 000 000 SURL N non charges 500 000 Eco. Perso. oui non Pas de qualif Non charges oui oui
important
TPE5 24/02/1999 6 Commerce Alim. générale 4 000 000 SURL O Jour. 500 000 Banque oui non pas de qualif. Non charges oui oui
TPE6 23/06/1998 6 Commerce Alim. générale 5 000 000 SURL N Pas besoin non charges 600 000 Eco. Perso. oui non pas de qualif. Non charges oui oui
TPE7 23/06/2009 1 Service Coiffure 800 000 SURL N Pas Besoin non moyens 55 000 EMF oui non Pas besoin de personnel Non charges oui non démar oui
TPE8 01/12/2005 9 BTP, constr. SO Construction 10 000 000 SURL O Jour. 400 000 Banque oui oui Oui oui oui
TPE9 05/12/2005 9 BTP, constr. SO Construction 8 000 000 SURL O Mens. 400 000 Eco. Perso. oui oui Non charges oui oui
TPE10 05/12/2000 8 BTP, constr. SO Construction 10 000 000 SURL O Jour. 600 000 Banque oui oui Oui oui oui
TPE11 15/05/2001 7 BTP, constr. SO Construction 9 000 000 SURL O Mens. 500 000 Famille oui oui Non charges oui oui
Fournit. fer à
TPE12 12/11/2001 1 BTP, constr. SO 2 000 000 SURL N Pas besoin non moyens 100 000 Eco. Perso. oui non Pas de Personnel Non Je suis seul oui oui
bét.
TPE13 26/10/2004 8 BTP, constr. SO Construction 7 000 000 SURL O . Mens 350 000 Eco. Perso. oui oui Oui oui oui
TPE14 15/11/2001 5 BTP, constr. SO Construction 2 000 000 SURL N Pas besoin non moyens 100 000 EMF oui oui Non charges oui oui
Fournit. fer à
TPE15 06/02/2000 2 BTP, constr. SO 1 500 000 SURL N Pas besoin non dépenses 150 000 Famille oui oui Non charges oui oui
bét.
TPE16 12/04/1997 8 BTP, constr. SO Menuiserie 8 000 000 SURL O Jour. 450 000 Eco. Perso. oui oui Oui oui oui
Proc.
TPE17 23/01/1998 9 BTP, constr. SO Construction 3 000 000 SURL N pas besoin non moyens 300 000 Eco. Perso. oui oui Non charges oui non oui
long
TPE18 12/06/2004 6 BTP, constr. SO Construction 5 000 000 SURL N Pas besoin non moyens 250 000 EMF oui non pas de qualif. exigée Non charges oui oui
TPE19 12/02/2005 7 BTP, constr. SO Maintenance bât. 2 000 000 SURL O Mens. 200 000 Famille oui oui Non charges oui oui
TPE20 13/06/1994 10 Service Vte prod. pharma 10 000 000 SURL O Jour. 500 000 Banque oui oui Oui oui oui
TPE21 11/07/2007 7 Service Vte prod. pharma 10 000 000 SURL O Jour. 400 000 Banque oui oui Oui oui oui
TPE22 04/10/2005 5 Service Vte prod. pharma 13 000 000 SURL O Jour. 250 000 Eco. Perso. oui oui Oui oui oui
TPE23 06/01/2000 7 Service Vte prod. pharma 9 000 000 SURL O Jour. 350 000 Eco. Perso. oui oui Oui oui oui
Product°'objets Proc.
TPE24 23/01/2008 1 Artisanat 500 000 SURL N Pas besoin non moyens 35 000 Eco. Perso. oui non Pas besoin de personnel Non oui non oui
d'art long
TPE25 14/09/2005 4 Service Coiffure 500 000 SURL O Jour. 35 000 Tontine oui oui Non oui non oui
TPE26 12/04/2008 15 Transport Trpt de grumes 18 000 000 SURL O Jour. 500 000 Banque oui oui Oui oui oui
Pas
TPE27 21/01/2009 2 Commerce Alim. générale 3 000 000 SURL N non inutile 80 000 Eco. Perso. oui oui Oui oui oui
important

254
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Pas de cont
TPE28 15/09/2000 3 Service Vte prod. Inform. 8 000 000 SURL O Jour. 50 000 Eco. Perso. oui oui Non oui oui
de travail
Pas besoin de personnel utilise
TPE29 25/02/2005 1 InforTéléco Informatique 1 000 000 SURL O Jour. 10 000 Eco. Perso. oui non Non police d'assur. non oui
gère seule épargne
Pas de contrat dossier en
TPE30 01/03/2010 3 Commerce Débit de boisson 3 000 000 SURL O Jour. 20 000 Tontine oui oui Non oui non oui
de travail cours
Pas de contrat
TPE31 13/12/1990 7 BTP, constr. SO Prod° vte Agrég 2 000 000 SURL O Jour. 150 000 Eco. Perso. oui non pas de qualif. exigée Non oui oui
de travail
Eco.
TPE32 13/02/1990 3 Service Librairie 4 000 000 SURL O Jour. 150 000 Famille oui non On travaille en famille Non Pas nécessaire oui oui
perso
Pas activité
TPE33 20/04/2009 2 Commerce Epicerie 100 000 SURL N Oui Facilite Gest 10 000 Eco. Perso. non Informel non Je gère seule Non Pas moyens. oui non non
nécessaire survie
Eco.
TPE34 12/06/2005 6 Commerce Vente, loc.véhic. 100 000 000 SURL O Jour. Mens. 500 000 Famille oui non On travaille en famille Non police d'assur. oui oui
perso
persl de
TPE35 05/04/2008 14 Commerce Cosmétique 3 500 000 SARL O Jour. 150 000 Eco. Perso. oui non pas de qualif. exigée Non oui oui
passage
10 000 Famille Eco. Pas de contrat
TPE36 04/02/2006 3 Service Coiffure 2 000 000 SURL O Jour. oui oui Non oui oui
perso de travail
10 000 Eco. Perso.
TPE37 11/01/1990 2 Commerce Mercerie 1 000 000 SURL O Mens. non non Non Pas nécessaire oui oui
250 000 Banque
TPE38 25/05/2005 13 Service Vte prod. pharma 7 000 000 SURL O Jour. Mens oui oui Oui oui oui
20 000 Famille
TPE39 10/03/2009 4 BTP, constr. SO Construction 6 000 000 SURL O Mens. Tontine oui oui Non Pas nécessaire oui oui
Eco. Pas de contrat
TPE40 23/07/2008 10 Service Rest. rapide 6 000 000 SURL O Jour. 150 000 Famille oui oui Non oui oui
perso de travail
TPE41 15/01/2009 4 Commerce Débit de boisson 5 000 000 SURL O Jour. 70 000 Eco. Perso. oui oui Non Pas nécessaire oui oui
Personnel de
TP4E2 23/10/2007 13 Service Bar-Restaurant 7 000 000 SURL O Jour. 800 000 Eco. Perso. oui oui Non oui oui
passage
Sur le
TP43 13/11/2009 3 Commerce Débit de boisson 4 000 000 SURL O Jour. 50 000 Eco. Perso. non non Pas nécessaire Oui oui oui
tas
Personnel de
TPE44 05/03/2009 2 Service Rest. rapide 3 000 000 SURL O Jour. 25 000 Eco. Perso. oui non Se fait sur des affiches Non oui oui
Passage
TPE45 21/06/1995 5 Commerce Epicerie 3 000 000 SURL O Jour. 400 000 Eco. Perso. oui non On travaille en famille Non Pas nécessaire oui oui
Pas Meilleure
TPE46 15/12/2007 1 Commerce Vente pc. Téléph. 1 000 000 SURL N Oui 10 000 Eco. Perso. oui non Je gère seul ma structure Non C'est inutile oui oui
nécessaire gestion
Vente Appareils nouvellement
TPE47 03/03/2004 4 Commerce 7 000 000 SURL O Jour. 250 000 Eco. Perso. oui oui Non oui non non
Hi-Fi créée
Entretien Cr Esp Proc. en
TPE48 02/02/2003 10 Service 3 000 000 SARL O Mens. 50 000 Eco. Perso. oui oui Non oui non non
Vrt cours
Pas Pour éval. activité
TPE49 21/04/2000 1 Service Cordonnier 100 000 SURL N Oui 25 000 Eco. Perso. oui non Seul à gérer mon activité Non police d'assur. oui non oui
important patrimoine survie
Eco.
TPE50 23/08/2007 3 Service Coiffure 150 000 SURL O Jour. 60 000 EMF oui non travail en famille Non police d'assur. oui non oui
perso
Tableau 7 : Centralisation des données relatives aux TPE

255
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par la suite, en ce qui concerne les TPE, une représentation matricielle (tableau 8 ci-dessous)
organisée en six colonnes et comprenant les éléments d’appréciation, nous a permis de
répertorier, autant de réponses directes ou ouvertes (verbatim) que de TPE sur autant de
lignes.
Nous avons attribué une ligne à chaque TPE et attribué les colonnes aux éléments de réponses
qui sont directement liés aux comportements managériaux en phase avec la réglementation.
Ces éléments ont fait l’objet d’une appréciation en mettant un signe (+) ou un signe (-). Le
signe (+) désigne que la TPE a un comportement favorable alors que le signe (-) désigne au
contraire que la TPE a un déficit en termes de management. La seconde colonne a été réservée
aux justifications, motivations et contingences évoquées et subies. La dernière colonne est
réservée aux conclusions pour chaque TPE en termes d’appropriation de la réglementation.
Elle peut être positive ou négative. Ainsi, nous avons tenté d’interpréter les propos des acteurs
et de donner notre jugement. Il n’en demeure pas moins que certaines réponses ne figurant pas
dans notre tableau matriciel nous ont parfois aidé à affiner une conclusion.

Cet outil de présentation des informations par éléments dimensionnels a servi à faciliter et
compléter le travail d’interprétation et d’analyse nous permettant d’évaluer la qualité des
pratiques managériales susceptibles de favoriser toute forme de coopération. Ce tableau se
présente comme suit :

Appréciation des DIMENSIONS Appropriation institutionnelle


Unités Conformité Système Valeur des Gestion des
Réglementaire d’Information Ressources Risques Conclusions pour chaque TPE
Comptable Humaines Opérationnels
TPE + - - -
TPE

Tableau 8 : degré des pratiques managériales des TPE

S’il est vrai que l’essentiel de notre recherche est porté par nos entretiens exploratoires semi-
directifs, il faut tout de même signaler que l’usage d’analyses documentaires nous a permis
d’enrichir notre compréhension des cas étudiés. Ce sont « deux sources incontournables
lorsque l’on s’intéresse aux acteurs, à l’organisation et aux comportements des acteurs dans
l’organisation » (Wacheux, 1996).

256
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.3.3 La revue documentaire


L’analyse de la revue documentaire est une autre source d’enrichissement de la
compréhension des acteurs. Cette approche, conformément à notre posture épistémologique,
permet de développer des propositions. Nous avons donc, dans un souci de fiabilité, veillé à
construire nos propositions en tenant compte des conditions historiques dans lesquelles les
rapports des acteurs du marché de la microfinance institutionnelle ont évolué et, à établir des
liens entre les pratiques managériales et le contexte économico-socio-institutionnel.

Cette analyse documentaire est d’autant plus importante qu’elle apparait comme un
complément informationnel aux entretiens, notamment pour expliciter historiquement et
contextuellement les processus managériaux des cas des firmes et même, aborder certains
points comportementaux n’ayant pas été retenus lors des entretiens. Cette source
d’informations est cruciale pour notre recherche car certaines données sont uniquement
disponibles sur des rapports d’organismes de tutelle supranationaux. C’est là pour nous un
point fort qui favorise la triangulation entre les informations tirées des entretiens et les
supports documentaires internes ou externes. Cependant leur acquisition n’est pas toujours
chose aisée, principalement en ce qui concerne les documents internes.

Tout d’abord au niveau de la TPE en général, il faut savoir que les supports papier relatant de
manière périodique et claire la marche de son activité sont souvent très rares. Ensuite, en ce
qui concerne les EMF, la jeunesse du marché fait planer une crainte de voir les indicateurs
d’activité se retrouver sur la place publique. Cette situation ne s’est pas révélée pour autant
comme un frein pour nous car nous avions décidé au départ de cette enquête de ne pas nous
attarder sur la mobilisation des informations chiffrées compte tenu de la suspicion ambiante et
de l’inexactitude présumée des données chiffrées éventuelles.

Aussi, sur ce point de notre travail de recherche, nous avons essentiellement fait appel aux
documents externes. Cette démarche a été facilitée par la fourniture documentaire de sites
Internet, les rapports annuels et les revues concernant les aspects d’évolution de la
microfinance. Une recherche plus générale sur internet a consisté à rechercher des articles de
presse en ligne relatifs à l’examen du développement du secteur de la microfinance et son
impact sur l’entrepreneuriat. Certains de ces documents ont servi à alimenter l’analyse de cas
d’entreprises au niveau des pratiques. Dans ce qui suit, nous présentons les techniques et les
modes opératoires adoptées dans cette recherche pour l’exploitation des données.

257
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.4 Modes d’exploitation et de traitement des données

Après la mise en lumière des procédures de recueil des données, nous présentons dans cette
partie les modalités d’exploitation des données qualitatives que nous avons retenues.
Cette présentation vise à conforter notre démarche scientifique qui entend respecter un certain
nombre d’étapes nous permettant de dévoiler la réalité du terrain afin de discuter, confronter
les données empiriques recueillies lors de la collecte aux apports théoriques. « Cette confiance
en soi est renforcée par un ancrage de proximité, par le fait que les données ont été collectées
dans le voisinage immédiat d’une situation spécifique, plutôt que par courrier ou par
téléphone » (Miles B. et Huberman M., 2010).
Le traitement qui suit la collecte des données est un exercice délicat car il faut essayer de ne
pas altérer les discours des individus interrogés en adoptant une formulation permettant
d’identifier des facteurs afin d’assurer des interprétations des informations obtenues.

Les différentes descriptions des auteurs se fondent sur le principe que l’information est
collectée sous forme de notes manuscrites ou dictées sur le terrain (Miles et Huberman, 2010).
Mais, la diversité des méthodes montre l’absence de standardisation de l’exploration et de
l’analyse du discours.

En effet, plusieurs auteurs (Gavard-Perret et al., 2008) ont proposé des cheminements qui
consistent à détacher des éléments du discours de leur contexte, en les isolant du corpus
d’ensemble pour ensuite les regrouper en catégories, thèmes ou rubriques. Mais pour ce faire,
« (…) la connaissance du contexte est importante pour comprendre le discours » (Wacheux,
1996) et l’intégrer « (…) dans des catégories définies en fonctions de l’objectif de la
recherche » (Allard-Poesi, Drucker-Godard et Ehlinger, 2001).
Prolongeant cette idée, Blanchet et Gotman (2001) affirment que le discours est « une
production et non pas une donnée. C’est une lecture orientée. (…) [L’analyse] contribue à son
tour à sculpter le message et le sens qui va en être dégagé ». D’autres enfin, parlant de
décontextualisation/recontextualisation (Tesch, 1990) et de déconstruction/reconstruction des
données (Deslauriers, 1991), introduisent la notion de « démassification » des données
textuelles.
Pour ce qui est de notre mode d’exploitation des données, nous avons écarté des informations
n’ayant pas de lien avec nos facteurs. Toutefois, certaines ont été retenues parce qu’elles nous

258
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

facilitaient l’explicitation grâce à leur approfondissement thématique. Ce travail nous a


permis d’identifier des facteurs que nous avons liés à des verbatim.
En d’autres termes, l’importance en nombre des mots qui construisent les messages doit être
réduite en manipulant les termes pour atteindre une masse en unités immédiatement
analysables (Miles et Huberman) grâce à la codification.

2.4.1 – La codification
La codification consiste à « (…) décomposer les contenus d’un discours ou d’un texte en
unités d’analyse (…) » (Allard-Poesi, Drucker-Godard et Ehlinger, 2001). Torraco R.J. (2005)
exprime sensiblement la même chose en disant que le « codage correspond à une
transformation – effectuée selon des règles précises – des données brutes du texte ».

Pour analyser nos données qualitatives, eu égard à notre démarche inductive, nous adoptons la
méthode d’analyse de données préconisées par Glaser et Strauss (1967). En effet Glaser et
Strauss (1967), à travers leur approche « enracinée », soutiennent que le recueil des données
initiales, retranscrites, examinées ligne après ligne offre de nombreux avantages car « les
données coïncident bien avec les codes qui les représentent et on est plus proche d’un code en
pratique » (Miles et Huberman, 2010). Ceci permet d’avoir une cohérence contextuelle car
notre codification découle de la collecte des données, de l’étude qui en est faite et de la
caractérisation des objets.

La démarche inductive de notre approche présente l’avantage de faire émerger des thèmes
ouvrant la voie à une codification concrète et non préconçue dont les résultats vont servir à
des fins de compréhension, de complémentation des connaissances actuelles. « Les codes
doivent être (…) en prise directe avec l’étude » (Miles et Huberman, 2010). Comme nous
l’avons déjà précisé, chaque entretien a été transcrit manuellement. Par cette opération, nous
avons obtenu des informations initiales. Sur la base de nos intuitions et de notre question de
recherche (Miles et Huberman, 2003), nous avons fait émerger des thèmes ou des extraits de
discours ayant le même sens qu’un code.

Comme annoncé plus haut, nous avons effectué un codage manuel. Par ce choix, nous avons
voulu traiter les données sans omettre aucun extrait significatif susceptible d’enrichir nos
observations. Cette démarche nous a permis d’identifier les données et établir notre
catégorisation thématique. Afin de présenter les données recueillies, nous avons emprunté et

259
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

adapté la méthode des matrices de Miles et Huberman (2003). Cette manipulation des
données a pour objectif de mettre en lumière les variables qui influencent les pratiques
managériales des TPE et des EMF. Elle a fait l’objet d’un processus en plusieurs phases.

Première étape : Tout d’abord, nous avons procédé à la centralisation des données dans un
tableau de données initiales (Tableau 7, p. 255). On y trouve en ligne les unités (au sens
statistique) et la retranscription des réponses (sous formes brutes textes et chiffres) en
colonne. A partir de la retranscription des entretiens, nous avons procédé au traitement
d’extraits des textes ou verbatim qui décrivent les choix des TPE concernant leurs pratiques.
Cet outil de présentation des informations qui nous a permis de construire la base de données
précédant le codage se structure comme présenté ci-après :
Unités Réponse 1 Réponse 2 Réponse 3 Réponse 4 Réponse 5 Réponse 6 Réponse 7 (…)

TPE 1 ou EMF1

TPE 2 ou EMF2

TPE3 ou EMF3

(…)
Tableau 9 : réponses

Ce recensement des phrases met à jour des variables issues des questionnements relevant du
guide d’entretien. La représentation matricielle qui en est faite, par la suite, matérialise le lien
entre le discours développé par les interviewés et les variables extraites. En d’autres termes ;
chaque verbatim est lié à une variable et rapporté à une TPE. Cet outil se présente comme
suit :
Unités V1 V2 V3 V4 V5 V6 V7 (…)
TPE1/verbatim
TPE2/Verbatim
TPE3/Verbatim
(…)/(…)
Tableau 10 : verbatim
Il va de soi que dans une démarche comme la nôtre fondée sur l’interrogation des
phénomènes observés, nous pouvons rassembler les parties de discours qui renvoient à une
même thématique afin de trouver un sens unique. Partant des contenus principaux d’extraits
de discours, nous avons élaboré des descriptions qui permettent en quelques mots d’identifier
différentes variables. Pour ce faire, nous avons procédé à un ajustement de la chronologie du

260
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

fil conducteur du guide d’entretien dans une dynamique de déconstruction/reconstruction


(Deslauriers, 1991) qui nous amène à une représentation faisant apparaître vingt-cinq
variables comme l’indique la matrice ci-après :
Ordre Description Identité des variables
1 Date de création de la structure Age
2 Nombre de salariés de l’entreprise Effectif
3 Secteur dans lequel évolue l’entreprise Secteur
4 Domaine de compétence développé dans le secteur Activité principale
5 Volume et densité du capital lors du lancement Capital
6 Forme juridique de l’entreprise à la création Statut
7 Centralisation et traitement données comptables Tenue comptable
8 Système de traitement au jour le jour des données Comptabilité journalière
9 Système de centralisation mensuelle des données Comptabilité mensuelle
10 Justification de l’adoption ou non de la comptabilité Motivation comptable
11 Expression sur le degré de volonté d’adoption Perspective comptable
12 Évocation de la pertinence de la comptabilité Intérêt comptable
13 Évocation du caractère contingent de la comptabilité Désintérêt comptable
14 Matérialisation de la densité financière de l’activité Chiffre d’affaires
15 Sources de financement des activités de l’entreprise Origine du financement
16 Évocation de l’acquittement de la taxe municipale Taxes
17 Utilisation de techniques classiques d’embauche Recrutement
18 Évocation des raisons de l’attitude de recrutement Motivation de recrutement
19 Enregistrement du personnel à la SS et paiement droits Sécurité sociale
20 Justification inscription ou non à la SS du personnel Motivation Sécurité sociale
21 Niveau de paiement régulier des salaires du personnel Régularité salariale
22 Enregistrement de l’activité au Service des impôts Légalité de l’activité
23 Paiement des impôts sur l’activité Liquidation fiscale
24 Justification du comportement fiscal Motivation fiscale
25 Expression de la volonté de conformation fiscale Perspective de légalisation
Tableau 11 : variables

Mais, cette étape aboutit à la distinction de nombreuses variables à partir desquelles il est
difficile de tirer des résultats immédiats (Gavard-Perret, Gotteland, Haon, Jolibert, 2008).
Donc, il nous a fallu franchir une autre étape.

Deuxième étape : Devant l’apparition de plusieurs occurrences observées, la nécessité d’une


catégorisation est née. Nous avons donc décidé de faire émerger progressivement les
catégories à partir des extraits des discours analysés (Glaser et Strauss, 1976) tout en
défendant que le chercheur doit construire sa catégorisation et son codage en fonction des
spécificités de son contexte. A partir de cette assertion, nous ne nous contentons pas des mots
issus des items pour déterminer les codes de manière systématique. Nous inscrivant à la suite
de Miles et Huberman (2003), les mots qui sont des unités de sens, vont nous permettre de
procéder à une codification à caractère descriptif et à portée explicative. En effet notre posture

261
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

épistémologique nous amène à privilégier l’émergence de données du terrain sans préjugés


afin de ne pas négliger toute information pertinente susceptible d’expliciter les configurations
des variables. La méthode ainsi choisie permet de comparer des représentations de sujets
différents et de les agréger plus facilement (Allard-Poesi, Drucker-Godard et Ehlinger, 1999)
sur le plan statistique tout en excluant (dans un premier temps) les éléments subsidiaires
comme l’indique le tableau suivant :

Identité de la variable Choix Justifications


Age OUI Permet d’établir l’expérience de la durée de vie
Effectif OUI Éclaire sur la place de la RH dans pratique
Secteur OUI Permet d’évaluer le niveau technologique
Activité OUI Éclaire sur l’expertise de l’organisation
Capital OUI Permet de connaître la densité capitalistique
Statut OUI Permet d’apprécier la conformité réglementaire
Tenue comptable OUI Éclaire sur l’organisation comptable
Comptabilité journalière NON Subsidiaire
Comptabilité mensuelle NON Subsidiaire
Motivation comptable NON Subsidiaire
Perspective comptable NON Subsidiaire
Intérêt comptable OUI Permet de connaître la place accordée à la comptabilité
Désintérêt comptable NON Subsidiaire
Chiffre d’affaires OUI Éclaire sur le niveau d’intensité de l’activité
Origine du financement OUI Éclaire sur les caractéristiques des ressources
Taxes OUI Éclaire sur la régularité fiscale
Recrutement OUI Éclaire sur la qualité des ressources humaines
Motivation de recrutement NON Subsidiaire
Sécurité sociale OUI Éclaire sur la perception de la couverture sociale
Motivation Sécurité sociale NON Subsidiaire
Régularité salariale NON Subsidiaire
Légalité de l’activité OUI Éclaire sur la perception de l’exigence institutionnelle
Liquidation fiscale NON Subsidiaire
Motivation fiscale NON Subsidiaire
Perspective de légalisation NON Subsidiaire
Tableau 12 : La sélection des variables pour condensation des données TPE

Si l’on considère que certaines identités de variables peuvent avoir un caractère « saturant »,
alors, dans un mouvement de déconstruction/construction, certaines informations ont été
retenues aux dépens d’autres. Cependant, bien que n’ayant pas été utilisés, elles nous ont
permis de mieux envisager la compréhension des pratiques managériales des acteurs.
C’est ainsi qu’en choisissant de recenser les expressions (verbatim) du discours des
interviewés, leur examen a permis d’aboutir à une agrégation de phrases dans le but de donner
un sens unique à un ensemble de mots. Cette condensation s’est opérée en associant les
variables qui présentaient des similarités ou un prolongement explicatif. La démarche ainsi
développée a permis de parvenir à un recensement de données faisant apparaître 14 variables

262
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

que nous faisons apparaître dans ce tableau :


Identité de la variable Sens Codage
Age Date de création Age
Effectif Nombre d’agent de l’entreprise Effectif
Secteur Secteur d’activité Sect_Act
Activité Activité principale Act_Princ
Capital Capital initial au lancement de l’entreprise K_Initial
Statut Statut juridique Stat_Jur
Tenue comptable Tenir une comptabilité de l’entreprise Tenue_Compta
Type de comptabilité La typologie opérationnelle comptable Typ_Compta
Chiffre d’affaires Chiffre d’affaires par jour CA_jour
Origine de financement Contracter des crédits auprès des tiers Credit
Taxes Le paiement des taxes par l’entreprise Taxe
Recrutement La politique de recrutement de l’entreprise Recrut
Sécurité sociale Soumission à la cotisation sociale du personnel Secu
Légalité de l’activité Détention d’un agrément officielle Legalite
Tableau 13 : Variables retenues après condensation

Il en découle un long travail d’encodage des variables. Le codage opéré dans le tableau ci-
dessus a été effectué manuellement. Dans notre procédure de codification, au regard de notre
contexte, la première des trois colonnes indique les identités des variables, la seconde donne
le sens, la troisième relie ce sens à un code. Ce traitement « à la main » (Miles et Huberman,
2003) des données obtenues empiriquement a donc permis d’élaborer des codes inductifs
(Strauss, 1987 ; Strauss et Corbin, 1990) et partant, participe à déceler la nature rationnelle ou
contextuelle (contingente) de chaque acte managérial associé à chaque acteur par rapport à sa
réalité.

Cette opération a été également effectuée de manière à mettre en évidence, in fine, les
rubriques principales des guides d’entretien sous forme de dimensions thématiques. En effet,
pour leur composition nous avons retenu uniquement les variables ayant un lien fort avec la
réglementation. Les items sur lesquels l’institutionnalisation n’a pas de prise significative ont
été écartés. Nous avons donc conservé les variables dont la sensibilité à la réglementation a
été observée. Elles ont contribué à composer des dimensions principales. Quatre dimensions
subdivisées (chacune) en deux thèmes mis en évidence par le codage des données qualitatives
ont émergé.

D’une inspiration au départ en lien avec la littérature, nous avons fixé les dimensions
thématiques sur lesquelles s’est construit le cadre qui a servi de support pour les interviews.

263
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ces entretiens permettent de faire ressortir les perceptions et interprétations des TPE en lien
avec leurs logiques managériales (coordination interne) confrontées à l’institutionnalisation.
Avec la réserve que nous avons un cadre dimensionnel aménagé, issu de la littérature,
modelé par notre contexte gabonais, les interviews ont permis de nourrir les dimensions
(Conformité Réglementaire, Système d’Information Comptable, Valeur des Ressources
Humaines, Gestion des Risques Opérationnels) avec des variables (Statut juridique,
Agrément, Tenue d’une comptabilité, Type de comptabilité, Politique de recrutement,
Sécurité sociale, Paiement des taxes, la capacité d’endettement) générés par les données du
terrain et qui ont une influence sur la coopération TPE/EMF à travers la réalisation de
l’engagement des EMF. Avec l’identification des variables mis en évidence nous avons
procédé in fine à la composition des dimensions retenus selon un critère principal, la
prégnance de la réglementation sur elles.

Variables Dimensions thématiques


Stat_Jur
Conformité réglementaire (CR)
Legalite
Tenue_Compta Système d’information
Typ_Compta comptable (SIC)
Recrut Valeur des ressources humaines
Secu (VRH)
Taxe Gestion des risques
Credit opérationnels (GRO)

Tableau 14 : Composition et détermination des dimensions thématiques

Ces huit variables insérées comme thèmes dans les quatre dimensions ont permis d’évaluer de
manière méthodique ce que les propriétaires dirigeants exprimaient comme expérience vécue
à leur évocation. Pour ce sujet nullement abordé jusqu’à maintenant qu’est celui de l’impact
de la réglementation sur les pratiques managériales des TPE en contexte microfinancier, cette
démarche est appropriée car les récits enregistrés ont pu apporter des éclairages à nos
questionnements. La figure 5 en page suivante présente une synthétisation de notre processus
de collecte et de traitement des données issues du discours des acteurs.

264
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Collecte de données

- 50 entretiens semi-directifs auprès de


propriétaires dirigeants de TPE

- 12 entretiens semi-directifs de cadres


d’EMF

Recensement textuel

- Elaboration du mode de centralisation des


données

- Mise en œuvre de la retranscription des


réponses

- Agrégation de groupes de mots en unités


de sens

Codification

Figure 5 : Les phases de traitement des données


(Source Simon PETER)

Mais, le décryptage manuel des verbatim ne constitue pas un support explicatif suffisant pour
une compréhension des raisons qui fondent les pratiques observées et donc, appelle à une
interprétation analytique des caractéristiques.

2.4.2 – Interprétation analytique des données


La dernière étape du processus méthodologique est l’interprétation des résultats. Etant donné
notre posture épistémologique, nos analyses se basent sur la description et l’explication des
causalités endogènes ou exogènes. Mais quel est concrètement l’axe principal autour duquel
avons-nous articulé notre travail d’interprétation analytique ?

Il s’agit d’abord de caractériser les acteurs afin de déterminer leurs pratiques. En effet, comme
l’objectif de cette thèse est de contribuer à la compréhension de l’impact de la réglementation

265
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

sur les modes de coordination et de coopération des acteurs du secteur de la microfinance,


nous allons – à travers la typologie des TPE – tenter d’extraire la logique d’action des TPE à
travers les discours saisis lors des entretiens. En d’autres termes, nous cherchons à travers
notre démarche à approcher la trame rhétorique de manière à comprendre (donner un sens à)
la structure et les subtilités des pensées de l’acteur par rapport au sujet sur lequel il s’exprime.

Par intuition, en conformité avec notre positionnement épistémologique, nous prédisons que
les pratiques des acteurs émergent de leurs caractéristiques qui orientent leurs actions et
réactions. C’est pour cela que au travers de notre questionnement initial, nous avons entrepris
– dans une première approche analytique des données obtenues – de caractériser les acteurs
pour apporter des éclairages féconds à notre objet de recherche et ainsi orienter notre examen
sur des éléments précis et identifiés permettant de comprendre le phénomène étudié. Nous ne
cherchons pas uniquement à corroborer notre intuition de départ, nous voulons identifier des
éléments explicatifs complémentaires en mettant en relief les thèmes des dimensions qui nous
permettront de mieux expliciter notre objet de recherche. Cette approche de la pertinence
passe par la caractérisation essentielle des TPE (celle des EMF étant plus facilement
réalisable) qui est la première conséquence formelle observée de la pression institutionnelle.
Pour ce faire, nous allons utiliser le logiciel SPSS v.22.
Le logiciel procède à une analyse visant à vérifier la stabilité des classes. Cette procédure
permet de dresser les profils de TPE analysés. De cette manière nous distinguons les TPE à
travers les configurations influençant l’engagement des EMF. A partir de là, les conditions
permettant d’expliciter le résultat de la coopération sont mises à jour. Ainsi, nous aboutissons
à une classification des TPE selon leurs pratiques managériales établissant le niveau de
coopération susceptible de susciter l’engagement des EMF.

Ces profils vont permettre de classer les TPE par rapport à l’adoption de la réglementation de
manière à comprendre leurs comportements managériaux. Afin de mettre à jour les groupes
de TPE partageant des configurations communes de variables nous utilisons la méthode de
classification hiérarchique qui permet d’obtenir des groupes homogènes et hétérogènes entre
eux. En d’autres termes, la classification consiste à assembler les cas (TPE) en minimisant la
variance intra-groupe et en maximisant la variance intergroupes. Pour ce faire, nous avons
élaboré le tableau des TPE présentant les modalités des observations et les valeurs prises par
les variables en vue de leur traitement par le logiciel utilisé à cet effet, représenté dans le
tableau 12 en page suivante.

266
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dénomination Sect_ Act_ K_ Stat_ Tenue- Typ_ CA-


Age Effectif
Compta Jour
Credit Taxe Recrut Sécu Legalite
TPE Activité Princip Initial Jur Compta
TPE-1 5 1 1 1 1 000 000 1 1 0 1 000 000 1 2 1 1 2
TPE-2 4 7 2 6 4 000 000 2 1 0 150 000 1 2 1 1 2
TPE-3 23 9 1 1 12 000 000 1 1 0 500 000 1 2 1 1 2
TPE-4 2 5 1 1 2 000 000 1 1 0 500 000 1 2 1 1 2
TPE-5 13 6 1 1 4 000 000 1 2 1 500 000 4 2 1 1 2
TPE-6 14 6 1 1 5 000 000 1 1 0 600 000 1 2 1 1 2
TPE-7 3 1 2 6 800 000 1 1 0 55 000 5 2 1 1 1
TPE-8 7 9 3 3 10 000 000 1 2 1 400 000 4 2 2 2 2
TPE-9 7 9 3 3 8 000 000 1 2 2 400 000 1 2 2 1 2
TPE-10 12 8 3 3 10 000 000 1 2 1 600 000 4 2 2 1 2
TPE-11 11 7 3 3 9 000 000 1 2 2 500 000 2 2 2 1 2
TPE-12 11 1 3 3 2 000 000 1 1 0 100 000 1 2 1 1 2
TPE-13 8 8 3 3 7 000 000 1 2 2 350 000 1 2 2 2 2
TPE-14 11 5 3 3 2 000 000 1 1 0 100 000 5 2 2 1 2
TPE-15 12 2 3 3 1 500 000 1 1 0 150 000 2 2 2 1 2
TPE-16 15 8 3 3 8 000 000 1 2 1 450 000 1 2 2 2 2
TPE-17 14 9 3 3 3 000 000 1 1 0 300 000 1 2 2 1 1
TPE-18 8 6 3 3 5 000 000 1 1 0 250 000 5 2 1 1 2
TPE-19 7 7 3 3 2 000 000 1 2 2 200 000 2 2 2 1 2
TPE-20 18 10 2 2 10 000 000 1 2 1 500 000 4 2 2 2 2
TPE-21 5 7 2 2 10 000 000 1 2 1 400 000 4 2 2 2 2
TPE-22 7 5 2 2 13 000 000 1 2 1 250 000 1 2 2 2 2
TPE-23 12 7 2 2 9 000 000 1 2 1 350 000 1 2 2 2 2
TPE-24 4 1 5 6 500 000 1 1 0 35 000 1 2 1 1 1
TPE-25 7 4 2 6 500 000 1 2 1 35 000 3 2 2 1 1
TPE-26 4 15 6 7 18 000 000 2 2 1 500 000 4 2 2 2 2
TPE-27 3 2 1 1 3 000 000 1 1 0 80 000 1 2 2 2 2
TPE-28 12 3 2 4 8 000 000 1 2 1 50 000 1 2 2 1 2
TPE-29 7 1 4 4 1 000 000 3 2 1 10 000 1 2 1 1 2
TPE-30 2 3 1 1 3 000 000 1 2 1 20 000 3 2 2 1 1
TPE-31 22 7 3 3 2 000 000 1 2 1 150 000 1 2 1 1 2
TPE-32 22 3 2 6 4 000 000 1 2 1 150 000 2 2 1 1 2
TPE-33 3 2 1 1 100 000 1 1 0 10 000 1 1 1 1 1
TPE-34 7 6 1 7 100 000 000 1 2 1 500 000 2 2 1 1 2
TPE-35 4 14 1 6 3 500 000 2 2 1 150 000 1 2 1 1 2
TPE-36 6 3 2 6 2 000 000 1 2 1 10 000 2 2 2 1 2
TPE-37 22 2 1 6 1 000 000 1 2 2 10 000 1 1 1 1 2
TPE-38 7 13 2 2 7 000 000 1 2 1 250 000 4 2 2 2 2
TPE-39 3 4 3 3 6 000 000 1 2 2 20 000 2 2 2 1 2
TPE-40 4 10 2 5 6 000 000 1 2 1 150 000 2 2 2 1 2
TPE-41 3 4 1 1 5 000 000 1 2 1 70 000 1 2 2 1 2
TPE-42 5 13 1 5 7 000 000 1 2 1 800 000 1 2 2 1 2
TPE-43 3 3 1 1 4 000 000 1 2 1 50 000 1 1 1 2 2
TPE-44 3 2 1 5 3 000 000 1 2 1 25 000 1 2 1 1 2
TPE-45 17 5 1 1 3 000 000 1 2 1 400 000 1 2 1 1 2
TPE-46 5 1 1 4 1 000 000 1 1 0 10 000 1 2 1 1 2
TPE-47 8 4 1 4 7 000 000 3 2 1 250 000 1 2 2 1 1
TPE-48 9 10 2 3 3 000 000 2 2 2 50 000 1 2 2 1 1
TPE-49 12 1 2 6 100 000 1 1 0 25 000 1 2 1 1 1
TPE-50 5 3 2 6 150 000 1 2 1 60 000 5 2 1 1 1
Tableau 15 : résumé des données générales relatives aux TPE

1 2 3 4 5 6
Secteur d’activité
Commerce Service BTP Informatique Artisanat Industrie
1 2 3 4 5 6 7
Activité principale Alim. générale Pharmacie BTP Electronique Restauration Artisanat Transport
1 2 3
Statut juridique
Individuelle SARL SURL
1 2
Tenue comptabilité Non Oui
1 2 0
Type comptabilité
Journalière Mensuelle Spontanée
1 2 3 4 5
Crédits ante
Eco. personnelle Famille Tontine Banque EMF
1 2
Taxe
Non Oui
1 2
Sécurité sociale Non Oui
1 2
Recrutement
Non Oui
1 2
Légalité
Non Oui
Tableau 16 : codification des variables

267
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Du groupe d’individus vraisemblablement hétérogène comme supposé, la méthode


hiérarchique cherche à assembler les cas étudiés en classes les individus présentant des
similitudes.

Observations Classifications
TPE-1 1
TPE-2 1
TPE-3 1
TPE-4 1
TPE-6 1
TPE-12 1
TPE-14 1
TPE-15 1
TPE-18 1
TPE-27 1
TPE-29 1
TPE-46 1
TPE-5 2
TPE-9 2
TPE-11 2
TPE-19 2
TPE-25 2
TPE-26 2
TPE-28 2
TPE-30 2
TPE-31 2
TPE-32 2
TPE-34 2
TPE-35 2
TPE-36 2
TPE-37 2
TPE-39 2
TPE-40 2
TPE-41 2
TPE-42 2
TPE-44 2
TPE-45 2
TPE-48 2
TPE-50 2
TPE-7 3
TPE-17 3
TPE-24 3
TPE-33 3
TPE-49 3
TPE-8 4
TPE-10 4
TPE-13 4
TPE-16 4
TPE-20 4
TPE-21 4
TPE-22 4
TPE-23 4
TPE-38 4
TPE-43 4
TPE-47 4
Figure 6 : Arbre hiérarchique illustrant la caractérisation des TPE
Tableau 14 :
Classification des TPE avec le logiciel SPSS v.22

268
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le dendrogramme (et le de tableau classification) ci-avant, fait apparaître l’existence de


quatre classes stables à partir du corpus analysé. Chacune des classes obtenues contient des
configurations ou associations de variables qui marquent les tendances managériales des TPE.
En termes de pourcentage la classification se répartit comme suit :

Classifications Effectif TPE % Spécificité


TPE présentant une situation d’adoption quasi-nulle des règles
Classe 1 12 24
managériales
TPE qui ont une tendance moyenne à adopter la réglementation
Classe 2 22 44
sur le plan managérial
TPE qui ont une faible tendance à adopter la réglementation sur le
Classe 3 5 10
plan managérial
TPE qui ont une forte tendance à institutionnaliser leurs pratiques
Classe 4 11 22
managériales
Tableau 17 : Typologie des TPE

Sur la base des informations obtenues du terrain, en contexte gabonais, inspiré du vécu des
acteurs et du contexte propre aux TPE que nous avons précédemment mis en lumière, nous
établissons des catégories représentant les perceptions et les comportements possibles des
TPE sous la pression de la réglementation. Ceci vient éprouver les résultats obtenus à partir
du tri plat et croisé des données relatives aux TPE. Ainsi, nous mettons en lumière une
typologie institutionnelle de notre échantillon de TPE. Cette méthode qui est entièrement
informatisée permet d’obtenir des catégories stabilisées prêtes pour l’interprétation.

A ce stade de notre travail de recherche, le caractère exploratoire de notre étude plaide pour
un approfondissement dévoilant les caractéristiques à même de permettre de mieux
comprendre les diverses logiques et situations de fonctionnement des TPE. En clair, nous ne
voulons pas « catégoriser pour catégoriser » mais plutôt identifier les éléments qui ont du sens
et éviter une sorte d’analyse « fourre-tout ». Par rapport au plan de travail du chercheur, Yin
(1990) estime que ce dernier doit utiliser des critères pour analyser les données. A cela nous
ajoutons que le chercheur doit choisir la méthode la plus adéquate capable de traiter les
données obtenues et à partir de là, produire une modélisation suffisamment élaborée.

Aussi, au vu de la complexité apparente de la caractérisation de la TPE, l’automatisation est


apparue comme l’outil le mieux approprié pour arriver à circonscrire les configurations des
pratiques managériales des TPE à partir des informations issues du discours des interviewés.
En effet, il faut souligner que la transformation des données brutes du texte n’est pas toujours

269
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

une chose aisée. Pour preuve, la diversité des méthodes montre l’absence de standardisation
de l’exploration et de l’analyse du discours. Nous avons donc poussé l’examen par une
manipulation minutieuse qui a permis d’appréhender de façon plus élaborée les spécificités
marquantes.

Ce choix analytique (Miles et Huberman, 2003) a débouché sur une organisation des
informations collectées, en un rassemblement par bloc organisé fixant des pistes de
compréhension de notre problématique, et a entrainé (après regroupement d’informations
donnant un sens agrégé) l’émergence de thèmes relatifs aux logiques d’actions des TPE
comme cela est indiqué ci-après :

Quête de compréhension
du phénomène observé

Découverte des Agrégation


Discours Thématisation
logiques des acteurs catégorielle

Figure 7 : La compréhension et la « thématisation » des discours


Source : Simon PETER

En résumé, la mobilisation de données textuelles issues du discours des interviewés, a permis


d’identifier un certain nombre de dimensions thématiques liées à nos objectifs de recherche.
C’est de cette manière que nous avons pu extraire des explications qui vont faciliter la
compréhension des comportements des TPE au contact de la réglementation.

Afin de réaliser les analyses à venir, la représentation simplifiée des données brutes a été
nécessaire sans pour autant altérer la profondeur des unités de sens. C’est ce qui nous a
permis d’aboutir, après codage, à une identification de quatre grandes dimensions thématiques
que sont : la conformité réglementaire (CR), le système d’information comptable (SIC), la
valeur des ressources humaines (VRH), la gestion des risques opérationnels (GRO).

Dans une dynamique qui a consisté à décontextualiser et recontextualiser, nous avons associé
des éléments sortis de leur contexte initial pour obtenir des « (…) catégories sélectionnées en
fonction de l’objet de recherche » (Allard-Poesi et al, 1999) et, en faire, un tout intelligible et
270
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

porteur de sens (Deschenaux et Bourdon, 2005). Dans cet esprit, des segments du discours ont
été récupérés pour être intégrés dans la structuration des dimensions thématiques citées
précédemment.

Nous remarquons que dans la recherche qualitative, l’automatisation du traitement des


données est une opération délicate car ce sont seulement la rigueur et la systématisation du
contrôle des informations qui permettent de construire une explication scientifique. A la suite
de Yin (1994) et Wacheux (1996), nous avons exploré – au travers de ce qui précède – les
données de manière descriptive et explicative.

Ce long cheminement a permis d’identifier les catégories de TPE en mettant en lumière les
pratiques des acteurs et les effets de leurs comportements ou choix sur leurs décisions
respectives. Il nous est apparu, à la suite de Bourdon (1979), que « (…) chacun des acteurs,
selon sa personnalité, ses attitudes à l’égard du risque, ses ambitions, son information sur les
données de la situation (…) s’efforce de prendre la décision la plus convenable au vu de ses
intérêts ». A partir de là, nous avons pu formuler des conclusions fiables et cohérentes.
La mise en parallèle des pratiques managériales des deux types d’acteurs augure d’un schéma
explicatif que nous allons expliciter dans cette troisième section.

Section 3 : Modélisation empirique de la coopération EMF/TPE

Comment la coopération évolue-t-elle au cours de l’engagement des acteurs au regard de


l’analyse des effets institutionnels ? En l’état actuel de la connaissance, tenter de répondre à
cette question est un défi. La littérature naissante fait apparaître la complexité qui entoure le
marché de la microfinance ; celle-ci en rend l’approche délicate. C’est pourquoi, nous avons
souhaité dans un premier temps identifier, au travers de leurs discours, les comportements des
interviewés face à la réglementation afin d’en extraire des caractéristiques de différenciation
contextuelle.
En effet, l’impact de cette institutionnalisation du marché microfinancier est considérable. Les
EMF sont tenues de veiller à leur rentabilité alors que les TPE estiment qu’une adoption
intégrale des règles occasionne des conséquences organisationnelles coûteuses, telles que la
mise en place d’un système d’information comptable, le paiement des droits sociaux, etc.

271
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

L’objet de cette section et de modéliser la coopération consécutive aux résultats des pratiques
mises en œuvre au sein des organisations interviewées et qui s’apprécie à partir de leurs
engagements.

3.1 L’engagement : émergence et pression réglementaire

Il ne nous aurait pas été possible d’analyser la problématique de l’impact de


l’institutionnalisation du marché de la microfinance sans explorer l’interrelation entre les
deux principaux acteurs qui évoluent dans le secteur de la microfinance.

Plusieurs auteurs (Dwyer et al., 1987 ; Larson, 1992 ; Ring et Van de Ven 1994 ; Barney et
Hansen, 1994 ; Child, 2001) ont considéré la coopération inter-firme comme un processus en
plusieurs étapes subissant des évaluations qui aboutissent à l’engagement. Notre analyse
empirique fait apparaître que l’engagement coopératif EMF/TPE est une posture stratégique
qui caractérise la coopération des acteurs, et son degré de réalisation est marqué par la qualité
institutionnelle des pratiques des TPE qui influence la décision de l’EMF à coopérer ou non
au travers de la conformité réglementaire, la valeur des ressources humaines, le système
d’information comptable et la gestion des risques opérationnels. Nous avons retenu ces quatre
dimensions car ce sont celles dont dépend l’engagement, elles figurent dans le tableau 15 en
page suivante.

272
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

DIMENSIONS Perception
Deux éléments sont importants dans la caractérisation réglementaire : l’agrément
d’exploitation et le statut juridique.
Le statut permet d’avoir la qualité de la propriété et de posséder les voies de recours
Conformité juridiques possibles en cas de litige.
réglementaire L’agrément permet d’établir une fiche d’identification de la firme qui rassure du respect de
paiement des redevances fiscales et cotisations sociales. Son inexistence peut également
traduire le caractère informel de l’activité.
Ces éléments produisent des informations dans le cadre d’une relation contractuelle.
La valeur ici évoquée est un élément fondamental. Il s’agit de connaissances, de
compétences professionnelles susceptibles de garantir l’efficacité de l’organisation. Ensuite
Valeur des il y a la valorisation des ressources humaines qui implique un processus d’apprentissage et
de déclaration fiscale des employés.
ressources
La Valeur des Ressources Humaines doit marquer la démarche de l’acteur. La présentation
humaines du projet doit être sincère, professionnelle, sans hésitation et stimulant tout en donnant
envie. De ce fait, le dossier de microfinancement aura une cohérence établie si l’écart entre
l’image renvoyée par la TPE et l’image que l’EMF attend d’un demandeur de micro-crédit
est faible.
L’entrée en relation se fait sur la base d’éléments chiffrés, donc comptables. L’EMF
Système apprécie les éléments que lui donne la TPE par rapport au projet de microfinancement. La
présentation chiffrée du dossier doit être le reflet du projet par la rigueur qu’elle imprime au
d’information niveau de la qualité des informations.
comptable Ainsi, les informations livrées permettent de cadrer le projet et le profil de la TPE pour fixer
le degré d’engagement de l’EMF.
La connaissance et l’évaluation du risque sont essentielles dans la gestion des risques. Les
Gestion acteurs doivent réaliser leurs objectifs à partir de bons dossiers de microfinancement. En cas
d’échec, les conséquences financières peuvent être importantes et irréversibles.
des risques Donc, les acteurs doivent faire preuve d’une bonne connaissance des contraintes
réglementaires et managériales en vue d’opérer des actes de gestion permettant d’atteindre le
opérationnels bénéfice qu’offre la coopération. Mais il faut relever que la pression institutionnelle peut
altérer le jugement de l’EMF.
Tableau 18 : Synthèse de la perception des dimensions

Ce travail de synthèse permet d’éclairer les conséquences de la réciprocité de la perception


des actes. Le croisement des vues admet que les différentes dimensions prises par les
variables influencent l’engagement. Toutefois ces quatre dimensions ne sont pas
mutuellement exclusives et prennent une importance relative selon l’intérêt décisionnel de
l’EMF. Mais, la plupart des responsables des EMF interrogés affirment que le système
d’information comptable est la dimension la plus significative car elle informe, de manière
forte, sur la viabilité de la TPE.

Notre objectif est de modéliser le processus d’engagement à partir de l’explication des


données empiriques collectées. Cette démarche qui va au-delà de l’interprétation statistique,
décrivant une dépendance fonctionnelle comme représentation de la réalité, s’inscrit dans un
champ explicatif. Vue sous cet angle, la modélisation traduit les interactions des acteurs en
« situation » et, rend compte des mécanismes et processus (Bulle, 2005) qui en découlent.

273
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.2 Modélisation : l’influence de la convergence des pratiques managériales

Dans le contexte observé, la situation entre les deux protagonistes (EMF/TPE) ne s’explique
pas d’une manière classique qui ferait appel à la Théorie d’Agence pour justification. En effet
l’approche théorique développée par la Théorie de l’Agence consiste à constater les
mécanismes de coopération entre EMF et TPE ainsi que la convergence réglementaire qui est
censée constituer la plate-forme de la coopération. Mais, nous avons observé empiriquement
que leur relation se fonde sur des caractéristiques attachées à leurs expériences
organisationnelles, leurs interactions avec les autorités institutionnelles (COBAC, État), et les
contingences environnementales.

3.2.1 La justification de l’engagement


Les théories des organisations, tout d’abord la Théorie Néo-institutionnelle (TNI) nous permet
d’observer la place qu’occupe la réglementation dans le développement des comportements
managériaux. Toutefois, les contraintes imposées par l’environnement face aux besoins de
pérennité des TPE vont marquer les limites de l’assimilation des normes par ces organisations
spécifiques. C’est donc la théorie de la contingence et des conventions qui pourront nous
aider à comprendre les raisons pour lesquelles les TPE ont du mal à coopérer avec les EMF
dans notre contexte d’étude. En d’autres termes, quels sont les déterminants de l’engagement
coopératif ?

Certains auteurs (Meyer et Allen, 1991) ont abordé la question de l’engagement sous l’angle
psychologique. A la suite de ces auteurs, d’autres expliquent que l’engagement est issu d’un
contrat psychologique (Fiorito et al., 1997) influencé par la perception, l’émotion et
l’information (Rousseau, 1995; Shore et Tetrick, 1994) en provenance des acteurs. Pour eux,
l’interaction (Fiorito et al., 1997 ; Shalk et Freese, 1997 ; Morrison et Robinson 1997) entre
les facteurs organisationnels et cognitifs a pour effet de modeler le niveau d’engagement
(Rousseau, 1995).

En ce qui nous concerne, nous situons l’engagement sur un plan managérial. Dans le cadre de
la coopération EMF/TPE de notre étude empirique, l’engagement est marqué par deux
attitudes : normative et/ou relationnelle. En effet pour l’EMF, la bonne connaissance de la
TPE et la stricte observation des prescriptions réglementaires ainsi que l’intransigeance dans
la production d’informations comptables et financières sont nécessaires à un bon engagement.

274
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le mouvement de coopération observé nous a permis de comprendre la dynamique des modes


de coordination dans un contexte institutionnalisé (adoption de normes) et les effets ultérieurs
de cette dynamique sur le processus de l’engagement coopératif. Nous observons donc que les
dispositions organisationnelles favorables à la coopération sont perçues comme un
investissement et elles traduisent le respect des obligations réglementaires alors que l’inverse
constitue une inobservation des règles. La perception que l’EMF a de ces postures affecte le
degré d’engagement.

Ce constat empirique permet de soutenir notre proposition générale de la recherche à savoir


que le processus d’engagement coopératif est influencé par des contingences endogènes
exogènes qui sont nourries par l’institutionnalisation. L’émergence de la réglementation
renvoie à la dynamique des convergences managériales dont l’harmonisation constitue la
pierre angulaire de la coopération. Il s’agit de faire converger des pratiques managériales afin
qu’il y ait une éventuelle coopération. Les éléments qui préparent la convergence de manière
interne des deux côtés sont pour l’EMF les dimensions de la pratique managériale.

Les EMF doivent avant tout veiller à respecter les procédures destinées à préserver leur
solvabilité. Premièrement, pour ce faire, les ressources humaines doivent être formées dans ce
sens, ce qui n’est pas souvent le cas. Deuxièmement, les EMF bénéficient d’un cadre
procédural pour les orienter dans leur démarche de coopération et d’engagement financier.
Les exigences que nécessitent la coopération prennent des formes diverses. Elles ont
principalement trait à la conformité de la TPE car l’EMF doit évaluer le risque encouru. En
effet, les TPE doivent fournir des justificatifs administratifs (fiche circuit18). A ce stade déjà,
si les conditions ne sont pas remplies, on assiste à un rejet de la demande de financement.

Avec l’institutionnalisation du marché de la microfinance, l’EMF est tenu d’encadrer le


microfinancement. Il doit se prémunir de la défaillance possible d’un emprunteur. Il va donc
opérer un examen minutieux de la demande qui va avoir un impact sur son degré
d’engagement.
En effet, pour sécuriser l’engagement potentiel, il faut :
- une localisation géographique des lieux d’exercice et d’habitation du propriétaire-
dirigeant ;

18
Elle contient les numéros d’agrément, statistique, registre du commerce et contributions directes

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- des documents comptables prévus par le dispositif OHADA ;


- une garantie.
A cela, il faut ajouter que les directives de la COBAC encadrant le respect de certains ratios
de gestion des établissements de microfinance sont autant de freins, de limites aux risques
opérationnels dans les EMF. Par ailleurs, en dehors des exigences institutionnelles,
l’engagement peut se traduire par l’observation de la durée relationnelle. Ce cas de figure
s’observe dans l’EMF de première catégorie de notre échantillon. Cette éventualité est
également envisagée par les EMF ayant du personnel qualifié.

Si la TPE présente quelques caractéristiques positives (+) et s’inscrit dans une relation de
longue durée, l’EMF peut s’engager en soumettant la TPE à de fortes conditions. D’autre part,
si la TPE est bien connue, malgré quelques manquements dans sa demande de prêt, l’EMF
peut s’engager. Enfin, s’il y a convergence entre l’emprunteur et le prêteur, la coopération se
matérialise. Dans le prolongement de plusieurs auteurs (Meyer et Allen, 1991 ; Shore et
Tetrick, 1994 ; Rousseau, 1995 ; Fiorito et al., 1997 ; Shalk et Freese, 1997 ; Morrison et
Robinson 1997), le schéma ci-dessous synthétise les différentes raisons qui peuvent influencer
la coopération entre l’EMF et la TPE au travers des compétences institutionnelles des acteurs,
l’intensité de leur relation et leur convergence réglementaire.

Le degré d’engagement de l’EMF

Nul Faible Moyen Fort

Rejet Coopération
Absence de Engagement systématique,
Engagement Engagement basé
documents conformité réglementaire,
soumis à fortes sur la
financiers convergences réglementaires
conditions connaissance de
la TPE

Schéma 8 : Le processus d’engagement


Source Simon PETER

À partir de ce modèle, on rend compte de la différenciation du niveau d’engagement en


fonction de l’implication institutionnelle des acteurs. En effet, les différences décisionnelles,
en se référant à chaque situation, ont un impact sur le degré d’engagement. A ce stade de
notre étude, un ensemble de propositions réfutables va être formulé nous permettant ainsi de
présenter la thèse défendue en lien avec notre proposition générale et ce, conformément à
notre posture épistémologique et choix méthodologiques.

276
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dans cette perspective, la conformité réglementaire, le système d’information comptable, la


gestion des risques opérationnels et la gestion des ressources humaines sont appréhendés
comme des dimensions de la pratique managériale de la TPE au niveau de notre travail de
recherche. Au regard des dimensions, l’absence de relation observée entre la gestion des
risques opérationnels, la valeur des ressources humaines et l’engagement coopératif, et le peu
de contrôle que les EMF possèdent sur ces dimensions nous amènent à porter notre analyse en
première approximation sur les dimensions telles que le système d’information comptable et
la conformité réglementaire. Pour y parvenir, nous allons adopter la démarche « Qualitative
Comparative Analysis » (QCA).

Dans la veine de l’approche configurationnelle, Ragin (1987) affirme qu’il est possible de
combiner « l’approche cas » et « l’approche variables ». Il conseille donc l’utilisation de la
QCA, une voie médiane (De Meur et Rihoux, 2002 ; Rihoux et Ragin, 2008) dont l’objectif
affiché est de permettre les assemblages de conditions qui déterminent un résultat en
appréhendant la causalité complexe.

3.2.2La modélisation de la coopération (engagement) à travers le


prisme de la QCA
La Qualitative Comparative Analysis est une démarche analytique inscrite dans l’approche
configurationnelle qui considère les cas comme des ensembles complexes de caractéristiques.
Dans le cadre de notre travail de recherche, nous effectuons un emprunt limité de la méthode
Qualitative Comparative Analysis pour répondre au questionnement relatif à la coopération
entre la TPE et l’EMF. Développée par Ragin (1987), la méthode Qualitative Comparative
Analysis permet – tout en s’accommodant de la diversité limitée de la réalité – d’étudier les
phénomènes de gestion (Curchod, 2003a). Cette méthode voit son utilisation croître à travers
des études empiriques variées (Curchod, 2003b ; Colovic, 2004 ; Curchod et al., 2004 ;
Kabwigiri et Van Caillie, 2007 ; Mahamat 2009) lorsque les études de cas et l’analyse
statistique s’essoufflent (Chanson et al. 2005) devant la complexité apparente d’une situation.

Selon Fiss (2007), « (…) it appears evident that a set-theoretical approach is much more
closely aligned with the theoretical thrust of configurational theory, which stresses the
existence of effects that are not simply linear, additive, and unifinal. Set-theoretic methods
offer a rigorous and nuanced way of assessing the complex ways in which causes combine to
create outcomes (…) ». Plusieurs auteurs (Curchod, 2003 ; Chanson et al., 2005 ; Kogut et

277
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ragin, 2006 ; Fiss, 2007) reconnaissent que la QCA est appropriée pour l’analyse de
différents contextes organisationnels, notamment le Management. A la suite de ces
chercheurs, nous souhaitons isoler les conditionnalités (déterminants) qui mènent à la
coopération EMF/TPE. Pour ce faire, nous utilisons la méthode QCA avec notre échantillon
de 50 TPE (Cas) qui nous permet d’analyser, de manière théoriquement valide, 8
déterminants (variables) que nous jugeons être appropriés car en prise directe avec la
réglementation.

Dans notre contexte, la mobilisation de cette méthode devrait nous permettre d’expliquer
l’occurrence de la coopération EMF/TPE. Le résultat de cette requête sera l’engagement ou
non de l’EMF envers la TPE à travers l’octroi d’un microcrédit. Nous voulons dépasser
l’intuition exprimée jusqu’à maintenant et expliciter les relations entre les variables.

La première étape dans la modélisation du processus d’évaluation de l’engagement est


l’identification des facteurs ayant une influence sur la coopération. La deuxième étape
concerne la détermination de la nature de la relation liant les facteurs sélectionnés et jugés
significatifs.

[Link] QCA et arbre de décision par induction


L’outil que nous mobilisons est proche de la famille des techniques de classification
hiérarchique. Il s’agit du logiciel Decision Tree Regression19 v4.5 (DTREG v.4.5). Ce logiciel
développe une méthode d’induction qui engendre un arbre de décision basé sur une
hiérarchisation de variables choisies en fonction de leur pouvoir de discrimination par rapport
à une variable décision prédéfinie. Le but poursuivi est la présentation d’une description des
déterminants la plus précise et la plus élaborée (tout en éliminant les variables non
significatives), sous la forme d’un arbre, appelé arbre de décision.
L’arbre résultant du traitement des données met en lumière des variables et leurs modalités
liées à la variable décision. Cet arbre est opérationnellement exhaustif car il prend en compte
toutes les variables qu’il réorganise et simplifie. En effet, grâce à des méthodes de
minimisation, les variables encombrantes sont éliminées

Pour ce qui est de la problématique de la coopération entre établissements de microfinance et


très petites entreprises, l’éclairage n’est pas chose évidente. Notre présentation de la

19
Logiciel de Phillip H. Sherrod, téléchargeable à [Link]

278
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

coopération des acteurs opérationnels du secteur de la microfinance tourne autour de l’impact


de l’institutionnalisation sur leurs pratiques managériales. Elle se matérialise par un
engagement de l’EMF dont l’aboutissement est le microfinancement de la TPE. Pour
l’apprécier, il faut prendre en compte les éléments exogènes et endogènes influençant la
relation entre les deux entités.

Dans notre contexte nous voulons établir les conditions de la coopération en identifiant les
éléments qui peuvent conduire ou non à son observation. L’extraction de quelques éléments
explicatifs du discours des acteurs ont permis de retenir 8 variables composant les dimensions
des pratiques managériales. Dans cette perspective analytique nous avons défini la variable
expliquée (dépendante) à étudier par Engagement, marquant la coopération. Cette variable
prend deux valeurs (1 ou 0) selon l’observation ou non du phénomène.

Des cas issus de notre échantillon, nous opérons une sélection des variables indépendantes
(forme juridique, recrutement, sécurité sociale, tenue comptable, crédits contractés, taxe, type
comptabilité, légalité) que nous allons utiliser dans l’élaboration de notre modèle explicatif à
cause de leur pertinence. A l’instar de la variable expliquée, les variables explicatives
(indépendantes) vont subir une dichotomisation pour les préparer au traitement. Cette
« binairisation » consiste à affecter la modalité 0 ou 1 à chaque variable qui correspond à
l’observation/inobservation d’une condition comme l’indique le tableau suivant :
Variable explicative Modalité = 0 Modalité = 1
Stat_jur TPE est entreprise Individuelle = 0 TPE est une SARL ou SURL = 1
Recrut TPE n’opère pas un mode de recrutement Non = 0 TPE opère un mode de recrutement Oui = 1
Secu TPE n’assure pas ses employés Non = 0 TPE assure ses employés Oui = 1
Tenue_Compta TPE ne tient pas une comptabilité Non = 0 TPE tient une comptabilité Oui = 1
Credit Economie personelle + Famille + Tontine = 0 Banque + EMF =1
Taxe TPE ne paie pas de taxe Non = 0 TPE paie taxe Oui = 1
Typ_Compta TPE réalise comptabilité spontanée = 0 Tient une comptabilité Journalière ou Mensuelle =1
Legalite TPE n’est pas inscrite ni reconnue par l’Etat = 0 TPE est inscrite et reconnue par l’Etat = 1
Tableau 19 : Mode de dichotomisation

Après avoir identifié les facteurs affectant l’engagement (Engagement), l’objectif est donc de
déterminer la relation liant ces facteurs à l’engagement (Engagement). Comme nous l’avons
voulu, le codage des données qualitatives (Richards, 2010) ne s’est pas limité au codage des
catégories (Miles et Huberman, 2003) car en codifiant les cas de figure nous allons pouvoir
ainsi identifier les passages (Strauss et Corbin, 1998) qui permettraient de légitimer
l’Engagement (Resultat). Pour ce faire, nous avons, restant conforme à notre approche
inductive, élaboré un test pour évaluer le résultat (Engagement) :

279
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Test = Stat_jur + Recrut + Secu + Tenue_Compta + Credit + Taxe + Typ_Compta + Legalite

On considère dans notre approche inductive que si


Test ≥ 4, alors Engagement = 1
Test < 4, alors Engagement = 0

C'est-à-dire que si une TPE a une configuration composée au moins de quatre variables, alors
elle pourrait être accompagnée (Engagement = 1) par un EMF ; a contrario la TPE ne
pourrait pas être accompagnée si elle enregistre une configuration comportant moins de quatre
variables (Engagement = 0).

Le test utilisé pour notre recherche a permis de mettre en lumière un certain nombre de
variables significatives et d’identifier les combinaisons potentielles. Il s’agit donc ici
maintenant d’envisager une généralisation. Cette démarche nous éloigne de nos intuitions
pour laisser la place à plus de concret. Par cette interaction, la sensibilité inductive va se
nourrir d’une démarche pragmatique puisée du terrain gabonais. Cette dynamique accroît
notre capacité à mieux comprendre la complexité des pratiques managériales des TPE.

En cohérence avec notre objectif de bien saisir la réalité de l’engagement de l’EMF au regard
de l’institutionnalisation, nous allons utiliser un arbre de régression pour déterminer les
variables explicatives qui vont prédire la variable expliqué (Engagement). Cette démarche
émergente faiblement mobilisée en sciences de gestion, et empruntant le logiciel DTREG
v.4.5, offre la possibilité dans notre contexte de décomplexifier les causalités de la
coopération.

Sans prétendre être totalement dans l’orthodoxie méthodologique préconisée par Glaser et
Strauss(1967), notre démarche est adossée à la méthode d’analyse des données par approche
« enracinée » qui emprunte un processus inductif pour traiter qualitativement les données
recueillies. Selon Paillé (1994), « (…) l'analyse par théorisation ancrée est une méthode
extrêmement stimulante pour quiconque désire pousser l'étude de son objet de recherche au-
delà d'une première analyse descriptive, même s'il n'a pas l'intention d'aller jusqu'à une
théorisation avancée. On peut penser, par exemple, à une analyse où l'ensemble des catégories
seraient bien définies, puis mises en relation dans un schéma qui aurait uniquement valeur de

280
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

proposition ». Suite à ces différentes étapes, nous optons pour une modélisation inductive par
arbre de décision. Pour ce faire, nous avons recensé les données obtenues du terrain et qui
apparaissent sous une forme binaire dans ce tableau (hormis le résultat du test).
Tenue_ Typ_
Ind. Stat_jur Recrut Secu Credit Taxe Legalite Test Engagement
Compta Compta
TPE1 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE2 1 0 0 0 0 1 0 1 3 0
TPE3 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE4 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE5 0 0 0 1 1 1 1 1 5 1
TPE6 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE7 0 0 0 0 1 1 0 0 2 0
TPE8 0 1 1 1 1 1 1 1 7 1
TPE9 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE10 0 1 1 1 1 1 1 1 7 1
TPE11 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE12 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE13 0 1 1 1 0 1 1 1 6 1
TPE14 0 1 0 0 1 1 0 1 4 0
TPE15 0 1 0 0 0 1 0 1 3 0
TPE15 0 1 1 1 0 1 1 1 6 1
TPE17 0 1 0 0 0 1 0 0 2 0
TPE18 0 0 0 0 1 1 0 1 3 0
TPE19 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE20 0 1 1 1 1 1 1 1 7 1
TPE21 0 1 1 1 1 1 1 1 7 1
TPE22 0 1 1 1 0 1 1 1 6 1
TPE23 0 1 1 1 0 1 1 1 6 1
TPE24 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0
TPE25 0 1 0 1 0 1 1 0 4 0
TPE26 1 1 1 1 0 1 1 1 7 1
TPE27 0 1 1 0 0 1 0 1 4 0
TPE28 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE29 1 0 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE30 0 1 0 1 0 1 1 0 4 0
TPE31 0 0 0 1 0 1 1 1 4 1
TPE32 0 0 0 1 0 1 1 1 4 1
TPE33 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
TPE34 0 0 0 1 0 1 1 1 4 1
TPE35 1 0 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE36 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE37 0 0 0 1 0 0 1 1 3 0
TPE38 0 1 1 1 1 1 1 1 7 1
TPE39 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE40 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE41 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE42 0 1 0 1 0 1 1 1 5 1
TPE43 0 0 1 1 0 0 1 1 4 0
TPE44 0 0 0 1 0 1 1 1 4 1
TPE45 0 0 0 1 0 1 1 1 4 1
TPE46 0 0 0 0 0 1 0 1 2 0
TPE47 1 1 0 1 0 1 1 0 5 0
TPE48 1 1 0 1 0 1 1 0 5 0
TPE49 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0
TPE50 0 0 0 1 1 1 1 0 4 1

Tableau 20 : Tableau de dichotomisation


Pour le traitement des données de cette partie de notre travail de recherche, nous avons utilisé
le logiciel DTREG v.4.5. Partant du tableau ci-dessus présentant les données dichotomisées
avec les passages de co-occurrence nous devrions pouvoir prouver, préciser et spécifier les
facteurs qui affecteraient l’engagement.
Partant de paramètres empiriques et de repères conceptuels, nos intuitions de départ ont
permis de formuler une proposition générale relativement ouverte mais dont l’objectif était de

281
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

jeter un pont entre l’empirisme et le conceptuel. Inscrit dans une démarche itérative dont
l’intuition et la vérification de l’induction procèdent par rapprochements successifs des
éléments d’analyse jusqu’à l’aboutissement d’un résultat valide et fiable, nous avons
emprunté à Paillé (1994) l’essentiel des étapes qui organise l’approche ancrée : la
codification, la catégorisation, la mise en relation et la modélisation.

Cette dynamique a servi de passerelle à la construction de dimensions managériales des


acteurs devant aboutir à une modélisation de la coopération à travers le décryptage des
pratiques en cours dans le marché gabonais de la microfinance.

Grâce aux codifications opérées, l’aide du logiciel DTREG v.4.5 est précieuse car il permet
d’extraire dans le matériau empirique les co-occurrences. Toutes les prospections sont
possibles avec toutes les variables qui fondent notre intuition. Dans ce contexte, et comme
nous l’avons déjà souligné, nous avons voulu éprouver les deux principales réalités extraites
du discours des EMF au regard des TPE, à savoir l’information comptable et la légalité. En
effet, plusieurs cadres ont reconnu de manière récurrente « qu’il est difficile de travailler avec
des TPE qui non seulement ne tiennent pas de comptabilité complète mais qu’en plus,
plusieurs naviguent dans l’informel ».

En partant des données empiriques (Tableau 20, p. 280), la figure ci-dessous issue du logiciel
DTREG v.4.5 illustre (au travers d’éléments jugés pertinents par les acteurs) la modélisation,
par abstraction des variables périphériques, les conditionnalités de l’engagement des EMF et
partant la coopération EMF/TPE. Le logiciel a opéré une discrimination des variables qui
aboutit au résultat représenté par la figure 8 en page 282.

282
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Figure 8 : Graphe du Modèle inductif par arbre de décision

Figure 8 : Histogramme évaluation importance des variables explicatives

283
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Nous constatons que le modèle illustre bien l’importance induite de nos deux variables
explicatives retenues. Il s’agit des variables la tenue d’une comptabilité (Tenue_Compta
100%) et la légalité de la TPE (Legalite 36%), conditions à respecter par la TPE pour qu’un
établissement de microfinance puisse s’engager dans une coopération à finalité de
microfinancement. Le modèle inductif qui en découle est :

M1 : ENGAGEMENT = TENUE_COMPTA * LEGALITE

Cela veut dire qu’un établissement de microfinance accompagnerait sans difficulté une TPE
qui est légalement reconnue et qui tient une comptabilité journalière ou mensuelle. Ce modèle
est vérifié dans notre cas par 34 TPE sur 50 qui présentent une comptabilité journalière ou
mensuelle soit 68 % puis, parmi ces 34, il y en a 29 qui évoluent dans la légalité soit 85%.
Donc, ce modèle concerne 58% des TPE de notre échantillon avec un pouvoir explicatif de
70.45%. Le modèle du processus d’engagement présenté ci-dessus précise que les
caractéristiques financières et statutaires agissent sur la perception qu’ont les EMF de la
conformité réglementaire et du système d’information comptable de la TPE, ce qui affecte en
retour l’engagement coopératif d’où :

Proposition 1 : la coopération entre TPE et EMF est soumise aux pratiques managériales
que sont la tenue d’une comptabilité et la légalité

La généralisation induite (Vanderborght et Yamasaki, 2004) par cette formule de


modélisation est montrée par le lien observé de notre démarche empirique qui indique que la
coopération serait positivement affectée par les conditionnalités que sont la légalité et la tenue
d’une comptabilité, au demeurant sommaire. Toutefois, nous ne devons pas omettre que notre
recherche tente de répondre à la question suivante : « comment les pratiques de coordination
interne et de coopération des TPE et des EMF se développent-elles sous la pression de la
réglementation ? ».

Quel est l’apport de cet outil par rapport à ce questionnement ? Il a mis en évidence des faits,
les a organisés, orientés et hiérarchisés en fonction de la variable résultat (Engagement). La
juxtaposition des relations entre variables ou entre modalités fait constater que des
configurations peuvent aboutir au même résultat et donc permettre leur comparaison. Par
ailleurs, les variables non pertinentes n’apparaissent pas dans les configurations. In fine, on

284
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

peut accorder une validité scientifique au résultat fourni dans la mesure où on connait
l’effectif qui y a contribué, et la forme générale nous produit un modèle.

Sur un plan empirique, le résultat obtenu est encourageant. Nous pouvons rappeler sur la base
du modèle M1 que l’engagement de l’EMF est généralement soumis à la production d’une
information comptable et d’une situation légale de la TPE. Les variables Tenue_Compta et
Legalité sont nécessaires à la réalisation de l’Engagement. Ce modèle bien que classique
démontre que ces deux variables ont un effet systématiquement significatif.

285
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Ce chapitre qui s’achève est l’expression de la phase empirique de notre travail. Il avait pour
objet de présenter le protocole de recherche adopté pour répondre à notre problématique.
Nous avons utilisé une démarche inductive dans le cadre exploratoire que nous avons retenu
et ce, à cause de la spécificité de notre cadre de recherche qui est faiblement ausculté.

Nous avons opté pour l’étude de cas afin de répondre à la question : comment les pratiques de
coordination et de coopération des TPE et des EMF se développent-elles sous la pression de
la réglementation ? Parti d’une intuition de recherche, cette démarche est celle la plus à même
d’identifier ce qui nous est inconnu.

Après avoir constitué nos échantillons (5 EMF et 50 TPE), nous avons procédé à la collecte
de données à l’aide d’entretiens semi-directifs contextualisés. L’examen des données
collectées sur le terrain nous a amené à appréhender de nouvelles dimensions permettant de
cerner la relation entre une TPE un EMF à travers les attitudes des acteurs. Le codage des
transcriptions a été effectué de manière manuelle à partir d’une condensation du discours des
acteurs. En ce qui concerne les TPE, nous avons réalisé une analyse intra-cas qui a consisté en
une classification plus conceptuelle des organisations à l’aide du logiciel SPSS v.22.

Cette présentation synthétique de notre démarche nous permet, à ce niveau de restitution de


notre recherche, de rappeler le poids de chacun des éléments participant au processus
d’engagement de manière exhaustive. Les indications issues des discours permettent de
modéliser le processus d’engagement et de parvenir à des résultats. Nous allons, dans le
chapitre suivant, livrer l’analyse des résultats de notre investigation au travers de discussions
qui vont permettre de formuler des contributions, établir des limites et fixer les voies de
recherches futures.

286
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

287
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CHAPITRE 3. Analyse des résultats, discussions,


contributions, limites et voies de recherche
Organisations et la Microfinance

288
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

289
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le chapitre précédent nous a permis de fixer le cadre de notre recherche avec ses corollaires
que sont les instruments de recueil et outils de traitement des données.
Dans le cadre de ce travail sur l’institutionnalisation du marché de la microfinance, nous
avons mené des entretiens auprès de certains responsables de TPE et cadres des EMF.
L’objectif de ce chapitre est d’abord de présenter de manière descriptive les pratiques
managériales des acteurs observées lors de nos deux phases d’enquête auprès de nos deux
échantillons. Un accent particulier sera mis sur l’analyse de la volonté et motivations
d’utilisation des procédures réglementaires et outils de gestion.
Cette analyse se fera à partir des données extraites de notre terrain de recherche constituées de
sources primaires et secondaires (documents externes, rapports annuels et directives de la
COBAC).
Par ailleurs, les cas étudiés étant de natures différentes, l’analyse descriptive se fera en deux
parties différentes dans la première section. En premier lieu, nous analyserons les TPE. Dans
un deuxième temps, nous procéderons à l’analyse des EMF.

Néanmoins, pour les deux entités, l’analyse descriptive se fera en trois étapes : tout d’abord
nous fournirons des données structurelles (statutaires) sur les cas étudiés. Dans une deuxième
étape nous décrirons les pratiques managériales développées par ces firmes. Enfin, en
troisième lieu, nous présenterons les motivations justifiant les postures adoptées par les
parties prenantes face à l’institutionnalisation. C’est ce qui explique ce travail de recherche. Il
va s’articuler comme suit :

Section 1 : interprétations et analyses des principaux résultats


Section 2 : confrontation empirico-théorique et discussions
Section 3 : contributions, limites et voies de recherche.

290
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

291
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 1 : Interprétations et analyses des principaux résultats

Les recherches empiriques que nous avons menées dans le cadre de ce travail de thèse ont
conduit à entrer en contact avec quatre établissements de microfinance (EMF) et cinquante
très petites entreprises. L’objectif affiché de ces entretiens était de discuter avec les acteurs
des pratiques managériales adoptées suite à l’institutionnalisation du marché. C’est ainsi que
nos propos et nos questions, dans le cadre des entretiens, ne se sont pas limités à demander à
chercher à savoir uniquement quels étaient les outils utilisés. Nous avons estimé que pour
identifier les variables qui influenceraient leurs comportements, il fallait comprendre le
contexte et le champ dans lesquels ces firmes évoluent. Autrement dit, il fallait étudier et
comprendre les particularismes qui caractérisent leurs choix comportementaux.

La restitution de ces entretiens se fera selon la condensation thématique obtenue à l’issue de


la codification des données. Elle prend les dimensions suivantes :
- statut juridique et structurel (conformité réglementaire) : nous présenterons dans cette
thématique, les entreprises et leurs métiers. Nous allons nous focaliser sur leur
typologie ;
- système d’information comptable : à travers cette mention, nous allons présenter le
degré d’utilisation d’un système d’information comptable par les acteurs ;
- système de gestion des ressources humaines : nous identifierons dans ce domaine de
compétences, les outils utilisés pour la valorisation des ressources humaines ;
- système de gestion de risques opérationnels : dans ce dernier élément, nous mettons
l’accent sur les outils utilisés pour la gestion des problématiques liées à la viabilité et
la légitimité des entreprises.

1.1 Études de cas des très petites entreprises (TPE)

Les informations livrées par les TPE permettent de les inscrire dans une trajectoire historique
et structurelle. Toute firme a effectivement un vécu qu’il est important de prendre en compte
pour comprendre son fonctionnement.
Pour ce qui est des TPE rencontrées lors de l’enquête, il apparaît qu’elles sont faiblement
formalisées en majorité. Au niveau de certains actes de formalisation comme ceux relatifs à la
fiscalisation ou à la production totale des états comptables et financiers, les TPE estiment que
la mise en œuvre de ces éléments viendrait à leur coûter trop cher. Aussi, ces insuffisances ne

292
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

permettent-elles pas à la TPE d’obtenir des ressources provenant de l’EMF. Mais, cette
situation ne constitue pas pour autant un handicap insurmontable. Comme nous le constatons
cette source de financement qu’est l’EMF importe peu sur la viabilité de la TPE. Une
explication à cela est que la TPE capte des ressources proxémiques qui diffèrent de celles
détenues par les EMF à cause de leur facilité d’accès, l’environnement géo-local de la TPE
étant plus flexible et moins exigeante.

Il est à souligner qu’avec la réglementation, les TPE sont de plus en plus incitées à
harmoniser leurs pratiques. Cela permet une catégorisation et une identification des pratiques
managériales des TPE. Ainsi, la restitution qui est faite trouve sa source à partir uniquement
des déclarations des propriétaires dirigeants des TPE.

1.1.1 Caractéristiques générales des TPE


Pour rappel, les cinquante TPE répondaient aux critères suivants :
- avoir un effectif comprenant entre 1 et 20 employés au plus ;
- entreprise opérant dans un environnement local ;
- entreprise individuelle.
La caractérisation de la TPE est conditionnée par la connaissance de sa structuration
organisationnelle. Il y a quelques années, un débat s’est engagé sur la définition scientifique
de la TPE en sciences de gestion.

Dans son travail de synthèse sur la typologie, Julien (1990) livre six critères permettant de
caractériser une TPE : la dimension, la stratégie, la spécialisation, le mode de gestion, le
système d’information interne, le système d’information externe. Mayoukou et Ossie (1993),
à la suite de Penouil (1990), parlent de faible intensité capitalistique, niveau technologique
faible, faiblesse de l'investissement humain. S’inscrivant dans cette perspective, Torres (2002)
arrime sa réflexion typologique de la TPE sur les fondements de la petitesse. Mais la
définition structurelle de ces firmes est contestée par Baumol et al. (1982) qui estiment que
ces entreprises ont un caractère éphémère.

Par ailleurs, nos observations nous amènent à retenir les caractéristiques suivantes venant en
complément de celles retenues par les auteurs ci-dessus : la flexibilité, l’ancrage territorial, la
pérennité. Tout en sachant, comme nous le démontre la littérature, qu’il ya des critères
quantitatifs et qualitatifs définissant la TPE, nous retenons l’aspect organisationnel afin

293
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

d’aboutir à un profilage de la TPE. Le contact établi avec cette cinquantaine de TPE nous a
permis de discuter de leurs expériences, leurs activités et les difficultés qu’ils rencontraient
dans l’exercice de leur commerce. La durée de la présence sur le terrain a été assurée de
manière fractionnée (d’octobre 2009 à décembre 2009, de juin à août 2010 et de mai à août
2011).

Nous avons profité de ces va-et-vient pour stabiliser notre protocole de recueil
d’informations. Aussi, les informations qui ont été recueillies nous ont été très utiles pour
établir la typologie des très petites entreprises. Le traitement des données nous fait voir que
les TPE appartiennent à divers secteurs d’activité dont les plus importantes se répartissent
comme l’indique le tableau ci-dessous :

Secteur d’activité Nombre pourcentage


Artisanat 1 2%
Service 16 32%
Commerce 16 32%
BTP 14 28%
Informatique 2 4%
Industrie 1 2%
Total 50 100%
Tableau 21 : Répartition des TPE par secteur d’activité

L’hétérogénéité apparente de l’échantillon est un enrichissement car l’observation sectorielle


des entités fait apparaître une homogénéité au niveau des attitudes. Elles se situent dans la
lignée des travaux néo-institutionnels sur la diffusion mimétique des modèles organisationnels
(DiMaggio et Powell, 1983 ; Tolbert et Zucker, 1983).
En effet, une majorité de TPE observées développe des accommodements opérationnels et des
types de comportement (attitude) semblables du fait de leur appartenance à un même cadre
institutionnel, d’où des isomorphismes mimétiques comme l’indique le tableau suivant :

Caractéristiques des TPE OUI NON


Légalité 80% 20%
Paiement des taxes 94% 6%
Déclaration fiscale 16% 84%
Tableau 22 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur

L’analyse ici est intéressante car, on s’aperçoit que la quasi-totalité des secteurs d’activité est
confrontée au problème d’observation intégrale de la réglementation par une attitude partagée
entre d’une part le respect, la légalité et le paiement des taxes (80 et 94 %) et, d’autre part, le
non respect de la déclaration financière (84%) par les acteurs des secteurs les plus importants.

294
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En développant ces accommodements, les TPE s’adaptent sans adopter complètement les
règles qui fondent leur organisation. On peut dire qu’elles « trichent » afin d’assurer leur
pérennité. Ce processus est pris en charge par la théorie néo-institutionnelle qui met en
opposition la diffusion de la règle et son contournement possible par les TPE qui se dotent de
formes organisationnelles influençant leurs pratiques. Les très petites entreprises se retrouvent
en train de choisir entre l’institutionnalisation partielle ou intégrale.

Nous voyons ainsi se profiler deux attitudes globales des TPE évoluant dans des secteurs
différents (hétérogénéité) en ayant une posture semblable (homogénéité), plus ou moins
orthodoxe lorsqu’elles sont confrontées aux exigences de la contrainte institutionnelle.
L’examen du secteur du commerce met en lumière les résultats suivants :
Secteur du Commerce OUI NON
Légalité 81,25% 18,75
Paiement des taxes 81,25% 18,75
Déclaration fiscale 6,25% 93,75
Tableau 23 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « commerce »

En ce qui concerne le secteur des BTP, nous obtenons des résultats similaires.
Secteur du BTP OUI NON
Légalité 92,86% 7,14
Paiement des taxes 100% 0%
Déclaration fiscale 7,14% 92,86
Tableau 24 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « BTP »

Le secteur des services n’est pas en reste avec une confirmation des tendances enregistrées
dans les deux secteurs précédents.
Secteur des Services OUI NON
Légalité 68,75% 31,25%
Paiement des taxes 100% 0%
Déclaration fiscale 31,25% 68,75
Tableau 25 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « services »

Enfin, le secteur de l’informatique, malgré la spécificité de ses actifs, n’échappe pas à la


tendance générale.
Secteur de l’informatique OUI NON
Légalité 100% 0%
Paiement des taxes 100% 0%
Déclaration fiscale 0% 100%
Tableau 26 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur «informatique »

L’intervalle moyen est non négligeable entre le groupe des deux premiers critères (légalité et
paiement de taxes) et le troisième (déclaration fiscale) au sujet de l’institutionnalisation des

295
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

TPE. Vue en profondeur, la question de l’institutionnalisation intégrale se pose en termes de


réduction de revenus pour les TPE. Selon un choix, jugé par elles optimal, les TPE vont
s’aligner totalement ou partiellement à la réglementation selon l’intérêt perçu. À l’évidence, il
y a deux aspects majeurs qu’on peut relever, justifiant les attitudes des TPE :
- la légitimité : en payant ses taxes et en possédant son agrément (licence d’activité), la
TPE échappe au « racket administratif 20» ou du moins, l’atténue ;
- la reconnaissance fiscale : s’affilier signifie avoir à payer des frais fiscaux qui
semblent démesurés aux yeux des dirigeants des TPE.

Ces différents risques ne peuvent pas être évités si la TPE ne « brille » pas d’ingéniosité pour
les contourner. Au vu de tout ce qui précède, il est difficile de savoir si le fait d’être hybride
est un avantage absolu. C'est-à-dire évoluer en adoptant une partie des exigences
institutionnelles et en maintenant des pratiques managériales en dehors des normes. Malgré
cette posture d’une grande partie des TPE, le constat établi est que la plupart ont tout de
même un certain âge. Cela prouve qu’elles ne voient pas d’inconvénient à demeurer un
moment, plus ou moins long, dans une situation non totalement légale. Quand on demande
aux dirigeants de se prononcer sur leur intention de se mettre à jour fiscalement nous avons
les réponses suivantes :
Réponses Nombre Pourcentage
NON 42 84%
OUI 8 16%
Total 50 100%
Tableau 27 : Intention de mise à jour fiscale à court terme

La majorité des TPE qui préfèrent contourner momentanément la réglementation représentent


en moyenne 84% de la population. Plusieurs propriétaires dirigeants présentent, selon Dubard
Barbosa et al. (2007), un degré de préférence variable à l’égard du risque.
Lors de nos visites, la plupart des interviewés ont montré leur volonté de ne pas faire
provisoirement de déclaration fiscale. Voici un exemple de réaction :
« Ils ont un montant forfaitaire là qu’ils veulent nous obliger à payer!?! Ce n’est
même pas un montant forfaitaire ! C’est arbitraire ! C’est à la tête du client. Ces gens-
là ne savent même pas quel est notre vrai niveau de bénéfices. Ils sont seulement-là
assis dans leur bureau et ils vous demandent de payer des choses qui n’ont ni queue ni
tête. Alors vous comprenez… je suis obligé d’attendre qu’ils trouvent une solution qui
nous arrange ! ».

20
Relatif aux prélèvements indus par des fonctionnaires peu honnêtes et prompts à des « arrangements ».

296
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Un autre interviewé déclare :


« Je sais que je dois payer ces choses-là. Mais…je m’arrange selon l’agent en face de
moi…, ce n’est quand même pas facile hein !?! Mais enfin, on fait ce qu’on peut
(sourires), il faut tenir jusqu’à ce que le soleil se lève pour nous ».

Leur posture répond à une volonté de survie. En retenant l’assertion selon laquelle le
contournement est l’expression d’une limitation d’adoption d’une règle ou un acte de
différenciation en lien avec un contexte, alors « (…) an individual’s risk preferences
correspond to his “risk disposition”, which, if combined with contextual factors, is likely a
good predictor of what his/her attitudes toward risk will be for a specific kind of context »
(Dubard Barbosa et al., 2007).

Au Gabon, les attitudes des propriétaires dirigeants, forgées par la pression de la


réglementation, sont en prise directe avec l’environnement qui développe une solidarité
multiforme face aux contraintes. Ainsi, les TPE face aux difficultés peuvent trouver des
solutions d’appoint auprès des acteurs tels que les parents, les amis, les associations.
L’ancrage territorial de la TPE semble donc constituer un élément modérateur de la contrainte
institutionnelle. Ceci est démontré par la « marge de manœuvre » dont dispose la TPE dans ce
cadre relationnel spécifique qui vient suppléer la coopération entre TPE et EMF.

Déjà, la captation par elles (TPE) des ressources nécessaires à leur fonctionnement est
difficile mais en plus, elle est rendue plus compliquée avec leur institutionnalisation partielle
qui leur donne (en majorité) un caractère hybride. Ceci explique la difficulté exprimée par
l’EMF à accompagner la TPE au motif d’une absence de conformité.

Les TPE voient donc les exigences institutionnelles comme un acte hostile qui les empêche
d’évoluer librement et partant, obère leurs résultats. Cette situation n’est pas de nature à
assurer au marché de la microfinance le développement tant attendu par le biais de
l’institutionnalisation. Mais il n’en demeure pas moins que les TPE existent et ont des projets
de développement.

En réalité les contournements observés amènent les TPE à une hybridation des pratiques qui
puise sa substance dans sa volonté d’échapper aux frais liés à l’institutionnalisation des

297
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

pratiques et dans son ancrage territorial nourricier. La proxémie territoriale fournit à la TPE
une grande partie de ses ressources. Cette investigation nous permet d’observer que les
expériences des TPE évoluant dans différents secteurs ont des caractéristiques proches en
termes de non adoption des règles.

Au-delà de ces critères sectoriels, nous avons voulu compléter ces informations générales en
précisant véritablement les spécificités des TPE. En effet, de manière générale il est entendu
que ce type d’organisation est souvent informel (sans statut juridique). Nous allons tenter
d’éclairer cette assertion en présentant dans le paragraphe suivant le résultat des données
portant sur les pratiques managériales.

1.1.2 Caractéristiques managériales


En règle générale, les pratiques des firmes se présentent comme un ensemble de dispositifs
qui tendent à assurer la viabilité et le développement de l’organisation donc, sa pérennité. Les
pratiques managériales des TPE dont il est question ici concernent les choix structurels et
procédés organisationnels mis en place et utilisés par ces unités pour conduire leurs activités.

Du terrain d’étude a émergé quatre dimensions à partir desquelles nous avons approfondi
notre recherche sur les pratiques managériales des TPE.

DIMENSIONS Dispositions institutionnelles Pratiques managériales stratégiques


Conformité - Statut juridique La globalité des TPE se réclament d’avoir une
identité juridique.
réglementaire - Agrément
La majorité des TPE possèdent un agrément (licence
d’activité) et dispose d’une inscription fiscale
Système d’information - Système minimal de trésorerie Les TPE tiennent majoritairement une comptabilité
sommaire.
comptable - États financiers
Les TPE ne produisent pas d’états financiers
Valeur des ressources - Politique de recrutement Les TPE recrutent à partir de leur réseau local.
Les personnels ne sont pas en majorité déclarés à la
humaines - Sécurité sociale
Sécurité sociale.
Gestion des risques - Paiement de taxes Les TPE paient en général les taxes pour éviter les
amendes et la fermeture de l’activité.
opérationnels - Déclaration de revenus
La non production des états financiers ne permet pas
d’évaluer la solvabilité et d’établir la déclaration de
revenus des TPE
Tableau 28 : Identification des pratiques induites de l’analyse (des TPE)

En relevant les liens de causalité à travers le traitement des données, nous avons pu construire
des dimensions qui forment les points de référence analytique des pratiques managériales des
TPE. Mais un certain nombre de questions, quant aux dimensions que pouvaient prendre les

298
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

pratiques managériales des TPE, se sont posées à nous. Des réponses sont apparues à partir de
notre travail exploratoire du terrain et nous ont éclairées sur les exigences essentielles.

La première question concerne l’acte de naissance de la TPE. Autrement posé, ce


questionnement ouvre la réflexion sur la conformité réglementaire (CR) de la forme que doit
prendre une TPE pour avoir une identité juridique, un statut. « Or, celle-ci semble avoir un
statut particulier » (Um-Ngouem, 2006) qui aux dires de certains auteurs pourrait avoir une
influence (à l’intérieur comme à l’extérieur) sur le développement de la TPE. Barrédy (2002)
affirme que la structure juridique est à considérer comme un levier de développement de
l’entreprise. La deuxième question concerne l’effet potentiel de l’utilisation de la comptabilité
sur la viabilité de la TPE. On aborde par cette interrogation l’adoption du principe
institutionnel du Système d’Information Comptable (SIC) par la TPE. La troisième question
est relative au système de valorisation du personnel qui passe par un mode de recrutement et
une valorisation marquée par le niveau de qualification et l’affiliation fiscale. Nous sommes
en face de la dimension Valeur des Ressources Humaines (VRH) au sein de la TPE. La
quatrième question concerne la capacité réelle du propriétaire-dirigeant de la TPE à évaluer
les risques opérationnels de l’entreprise afin de garantir sa pérennité. C’est le problème de la
Gestion des Risques Opérationnels (GRO).

Le tableau 27 montré en page 299 a l’avantage de nous faire une photographie des pratiques
managériales de manière graduée. Elle nous montre le niveau d’intérêt pratique accordé par
chaque TPE aux exigences réglementaires.

299
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

CR VRH SIC GRO


Inexistante Moyenne Forte Faible Moyenne Forte inexistant Faiblement Fortement Faible Moyenne Forte
élaboré élaboré
TPE-1 x x x x
TPE-2 x x x x
TPE-3 x x x x
TPE-4 x x x x
TPE-5 x x x x
TPE-6 x x x x
TPE-7 x x x x
TPE-8 x x x x
TPE-9 x x x x
TPE-10 x x x x
TPE-11 x x x x
TPE-12 x x x x
TPE-13 x x x x
TPE-14 x x x x
TPE-15 x x x x
TPE-16 x x x x
TPE-17 x x x x
TPE-18 x x x x
TPE-19 x x x x
TPE-20 x x x x
TPE-21 x x x x
TPE-22 x x x x
TPE-23 x x x x
TPE-24 x x x x
TPE-25 x x x x
TPE-26 x x x x
TPE-27 x x x x
TPE-28 x x x x
TPE-29 x x x x
TPE-30 x x x x
TPE-31 x x x x
TPE-32 x x x x
TPE-33 x x x x
TPE-34 x x x x
TPE-35 x x x x
TPE-36 x x x x
TPE-37 x x x x
TPE-38 x x x x
TPE-39 x x x x
TPE-40 x x x x
TPE-41 x x x x
TPE-42 x x x x
TPE-43 x x x x
TPE-44 x x x x
TPE-45 x x x x
TPE-46 x x x x
TPE-47 x x x x
TPE-48 x x x x
TPE-49 x x x x
TPE-50 x x x x
Tableau 29 : Comparatif des pratiques managériales des TPE

300
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il est clair que les dimensions managériales exprimés peuvent s’affecter mutuellement mais
aussi, leur analyse met en évidence le degré selon lequel leur articulation facilite ou contraint
la coopération des TPE avec les EMF.
Les résultats analytiques permettent d’identifier des profils organisationnels mettant en
lumière les choix managériaux des TPE. La formalisation juridique est forte dans ce type de
structure. La valorisation des ressources humaines s’opère sous la pression des coûts
potentiels. Quant au système d’information comptable, sa mise en œuvre rencontre des
fortunes diverses entre l’inexistence, sa faiblesse ou une forte prégnance auprès d’une
minorité de TPE. Enfin la gestion des risques opérationnels est faible.

Nous avons orienté notre éclairage sur les quatre dimensions qui nous ont parues les plus
singulières à étudier dans le sens où elles sont susceptibles d’agir sur la coordination
(organisation interne des tâches) et la coopération (relation EMF/TPE) des acteurs.

a. La conformité réglementaire
La promotion de l’entrepreneuriat au Gabon remonte à la fin des années 80, période durant
laquelle le gouvernement s’est attelé à développer l’emploi privé. De ce fait, des dispositifs
ont été mis en place pour favoriser un environnement favorable à l’initiative privée et à la
transparence des affaires, notamment la définition de l’identité juridique contenue dans les
statuts de l’entreprise et l’obtention d’un agrément délivré par les services compétents du
Ministère du commerce et des PME.
Le statut juridique des 50 TPE étudiées se présente ainsi :
EFFECTIF
STATUT Nombre Pourcentage
S.u.r.l. 46 92%
S.a.r.l. 4 8%
Total 50 100%
Tableau 30 : Statut juridique des TPE

De cet échantillon, les réponses sont exemptes de toute ambiguïté. Il ressort du tableau ci-
dessus que la grande majorité des TPE ont adopté un statut en conformité avec les normes
institutionnelles. De manière générale, toutes ces entreprises possèdent un agrément leur
permettant d’exercer leur activité. Selon Um-Ngouem (1996), les TPE face aux exigences de
leur environnement sont obligées de se formaliser de manière à bénéficier de différentes
actions d’appui au développement.

301
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Par ailleurs, ces dispositifs prévoient également que les dirigeants des TPE devraient procéder
à l’identification fiscale de leur activité auprès des services des impôts. Ceci n’est pas
toujours observé comme le démontre ce tableau :

Réponse Effectif Pourcentage


Oui 40 80,00%
Non 10 20,00%
Total 50 100,00%

Tableau 31 : Inscription des TPE au registre des services des impôts

Au regard du résultat observé, il faut relever qu’il y a une proportion résiduelle (20%) de TPE
ne s’inscrivant pas dans cette exigence et donc, on peut les considérer comme « passagers
clandestins ». Par contre, l’autre proportion affiche clairement sa volonté d’être reconnue par
les parties prenantes. Pour ce faire 80% déclarent qu’elles sont enregistrées et qu’elles paient
une taxe municipale. Mais cet acte ne suffit pas car les services fiscaux constatent que faute
d’une correcte production comptable, ces entreprises ne fournissent pas de déclarations de
revenus. Cette situation confère à certaines entités un statut plutôt hybride. En effet, bien
qu’honorant le paiement de la taxe municipale qui constitue pour elles une valeur d’activité
officielle aux yeux des autorités publiques, plusieurs TPE ne se soumettent pas à la
déclaration fiscale par ailleurs.

Suite à ce qui précède, nous pouvons noter les différents degrés d’engagement réglementaire
des TPE avec un niveau de formalisation mitigé. Chacun de ces degrés renvoie à divers types
de comportements profilés comme l’indique ce tableau :

Profil clair Profil clair/obscur Profil gris Profil noir


- Respect de la réglementation -Respect de la réglementation ; - Respect de la réglementation ;
- Enregistrement fiscal - Enregistrement fiscal ; - Non enregistrement fiscal ; INFORMEL
- Paiement de la taxe municipale - Paiement de la taxe municipale. - Paiement de la taxe municipale.
- Déclaration fiscale -Pas de déclaration fiscale ; - Pas de déclaration fiscale ;
Tableau 32 : Typologie des TPE

Partant de cette typologie, nous avons un premier groupe de TPE qui constituent le « profil
clair ». Les TPE (TPE8, TPE13, TPE16, TPE20, TPE21, TPE22, TPE23, TPE26, TPE38)
ayant ce profil affichent des pratiques conformes à la réglementation. Elles ont une démarche
de rationalisation de leur organisation institutionnelle qui démontre leur volonté de
légitimation auprès de toutes les parties prenantes. Ces TPE possèdent des statuts, disposent
d’un agrément, ont une identification fiscale, paient leur taxe et établissent régulièrement une
déclaration fiscale.

302
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Un deuxième groupe de TPE (TPE1, TPE2, TPE3, TPE4, TPE5, TPE6, TPE9, TPE11,
TPE12, TPE14, TPE15, TPE18, TPE19, TPE28, TPE29, TPE31, TPE32, TPE34, TPE35,
TPE36, TPE39, TPE40, TPE41, TPE42, TPE44, TPE45, TPE46) quant à lui, s’écartent
partiellement du dispositif réglementaire. Ces TPE au profil « clair/obscur » bien que
remplissant quelques conditions du dispositif réglementaire ne s’acquittent pas de leur
obligation de déclaration fiscale.
Le troisième groupe observé, « profil gris » (TPE7, TPE10, TPE17, TPE24, TPE25, TPE27,
TPE30 TPE37, TPE43, TPE47, TPE48, TPE49, TPE50), se contente d’afficher leur statut
juridique et de payer leur taxe municipale.
Enfin le dernier groupe, « profil noir » (TPE33), présente un type de TPE qui se refuse à
remplir l’ensemble des obligations institutionnelles bien qu’affichant une identité juridique.
Les statistiques résultant de cette classification typologique se répartissent comme suit :

Profil clair Profil clair/obscur Profil gris Profil noir


Effectif 9 27 13 1
Pourcentage 18% 54% 26% 2%
Tableau 33 : Profilage des TPE

En globalisant de manière strictement binaire, nous arrivons à voir que plus de 80% des TPE
ne sont pas conformes contre près de 20% qui le sont, face au dispositif fiscal.
Ceci est d’autant plus vrai que les derniers résultats de l’étude du Centre de Développement
des Entreprises (CDE) diffusés à l’issue d’une étude (septembre-octobre 2013) de vérification
et d’authentification des fiches d’identification fiscale de 800 TPE a révélé que 90% étaient
irrégulières contre 10% en conformité avec les dispositifs fiscal et parafiscal.
Notre résultat, conforté par celui du Centre de Développement des Entreprises, permet de
libeller une deuxième proposition :

Proposition 2 : Au Gabon, une grande partie des très petites entreprises ne respectent
pas le dispositif fiscal.

b. Le système d’information comptable


En tant qu’instrument censé retracer les coûts, les marges et les résultats de l’activité de la
TPE, la comptabilité a pour principal intérêt de mettre à jour les documents comptables et
financiers susceptibles d’intéresser les parties prenantes en cas de coopération.

303
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

En ce qui concerne la très petite entreprise, plusieurs auteurs (Haudeville, 1990 ; Hernandez,
2000 ; Chenhall, 2003) se sont penchés sur le degré de complexité du Système d’Information
Comptable (SIC) et le comportement du dirigeant face à la réalité de l’information comptable.
De notre échantillon composée de 50 TPE il en ressort que tenir une comptabilité est tout de
même un acte qu’un certain nombre de TPE pose. En effet, les réponses obtenues à l’issue de
cette question indiquent que la majorité des propriétaires-dirigeants tiennent une comptabilité
sommaire. Toutefois, une analyse, un peu plus profonde des données acquises au bout du
questionnement des TPE, laisse apparaître des niveaux d’expérience assez différents.

Ainsi, malgré l’exigence réglementaire de l’application par les TPE du Système Minimal de
Trésorerie21 (SMT), plusieurs d’entre elles adoptent des postures selon les secteurs d’activité
qui vont de la non adoption jusqu’à l’adoption intégrale (pour une minorité), en passant par
une adoption partielle.
Les résultats obtenus de la description des TPE face à la tenue d’un système d’information
comptable nous livre la réalité reprise dans le tableau suivant :

SECTEUR D’ACTIVITE OUI NON TOTAL


TPE Nombre 11 7 18
exerçant dans le commerce % 32,35% 43,75% 36,00%
TPE Nombre 12 3 15
exerçant dans les services % 35,29% 18,75% 30,00%
TPE Nombre 9 5 14
exerçant dans le BTP % 26,47% 31,25% 28,00%
TPE Nombre 1 0 1
Exerçant dans l’Industrie % 2,94% 0% 2,00%
TPE Nombre 1 0 1
Exerçant dans l’informatique % 2,94% 0% 2,00%
TPE Nombre 0 1 1
Exerçant dans l’artisanat % 0% 6,25% 2,00%
TOTAL Nombre 34 16 50
% 68,00% 32,00% 100,00%
Tableau 34 : La mise en œuvre d’un Système d’Information Comptable

Même s’il ressort de ce tableau que plus de deux tiers des TPE tiennent une comptabilité,
l’examen des données fait apparaître que le niveau de fidélité aux normes est très faible. En
effet, le traitement comptable n’est pas conforme aux spécificités des opérations comptables.
Nous sommes loin de la perspective comptable qui a pour principal intérêt l’élaboration des

21
Les très petites entreprises (T.P.E.), dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas les seuils fixés par l’Acte
uniforme OHADA, distincts selon qu'il s'agit d'entreprises de négoce, d'entreprises de services, ou d'entreprises
artisanales, ont la possibilité d'utiliser un système comptable très simplifié, fondé sur leurs encaissements et leurs
décaissements, et appelé "Système minimal de trésorerie" (S.M.T.) ou comptabilité de trésorerie.

304
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

états comptables qui doivent servir à informer les partenaires économiques, sociaux et fiscaux
de l’organisation.

La TPE qui s’organise autour du seul propriétaire-dirigeant obéit à des règles de


fonctionnement spécifiques qui privilégient les flux et transactions en espèces. Selon Wamba
(2003), « le meilleur indicateur pour lui est le contenu de sa caisse ou de sa poche ».
Mais, pour avoir un point de vue plus large en rapport avec le système d’information
comptable, il faut tenir compte, d’une part, des objectifs du propriétaire-dirigeant de la TPE et
des particularités de sa gestion globale et, d’autre part, des spécificités géo-locales qui
déterminent son degré d’adoption du SIC. Pour atteindre un certain niveau satisfaisant,
l’application du SIC doit répondre aux exigences suivantes :
- la gestion comptable doit établir la limite entre activités professionnelles et activités
personnelles ;
- les opérations comptables doivent adopter des documents de traitements des données
conformes aux dispositions institutionnelles ;
- les déclarations parafiscales doivent être respectées.

La volonté mise dans la restriction des écarts existant entre la tenue d’une comptabilité
sommaire et la mise en place d’un système comptable réglementaire peut avoir une influence
sur la qualité du système. Lorsqu’on poursuit l’analyse du système d’information comptable
qui est censé générer d’autres actes comptables en dehors de la retranscription des achats et
ventes, nous avons les résultats en décalage avec les exigences des autorités fiscales.
Certaines particularités visibles au niveau des TPE semblent particulièrement influencer la
maîtrise et la production d’informations complètes et chiffrées, notamment la densité
capitalistique. On se rend compte que la faible densité capitalistique joue un rôle dans cette
propension de la TPE à ne pas opter pour un système d’information comptable intégral. Cette
densité est perçue en termes de volume de chiffre d’affaires (ou de capital).
N %
TPE avec CA ≤ 15 000 euros 38 76
TPE avec CA > 15 000 euros 12 24
Total 50 100
Tableau 35 : Importance du Chiffre d’affaires (CA) au sein des TPE

L’examen du chiffre d’affaires de la TPE laisse apparaître une majorité (76%) d’organisations
ayant un CA mensuel inférieur à 15 000 euros (soit 10 millions de FCFA). Cette faiblesse
capitalistique provoque le repli du dirigeant de ce type d’organisation qui voit la formalisation

305
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

institutionnelle de son entreprise difficile à supporter en termes de coûts car elle est trop
petite, et avec des moyens insuffisants. Cet effet de microcosme (Foliard, 2010) amène le
propriétaire-dirigeants à gérer en tenant compte de sa perception des événements et à
s’enfermer dans un mouvement de protection de son entreprise. Dans cette ambiance, les TPE
trouvent le dispositif réglementaire contraignant et en inadéquation avec leur réalité
expérientielle.

L’hyper-protection, conditionnée par la pression institutionnelle, va produire un ensemble de


comportements et de décisions qui vont agir sur les pratiques managériales du dirigeant de la
TPE. Les pressions économique et institutionnelle créent un certain contournement de la
réglementation qui ne sert pas forcément à la transparence et au pilotage efficace de ce type
d’unités. Dans cette « façon de faire » il faut tout de même noter un paradoxe.

En effet une bonne partie de ces entreprises sont enregistrées auprès des services des impôts
et contributions directes. Toutefois, on note des insuffisances sur le plan comptable avec des
remarques du genre : « c’est trop compliqué tout ça et cela génère des charges ». Cet
embarras est d’autant plus délicat que la plupart des TPE souhaitent adopter un système
comptable car, avec ce choix, certains disent : « je pourrais avoir une meilleure gestion ».

Nous voyons donc que la réticence à la formalisation des flux est liée à l’incapacité de la
majorité des propriétaires-dirigeants de doter leur entreprise d’outils de gestion, influençant
ainsi les structures. Certaines TPE vont se caractériser par une structure organisationnelle
d’où l’on perçoit le plus souvent une quasi-absence d’outils comptables. L’information est
ainsi gérée de manière sommaire mais suffisante pour le propriétaire-dirigeant.
L’idée de rendre lisible l’entièreté des informations générées par la TPE sous-entend qu’il faut
qu’elle se dote d’une structure opérationnelle plus lourde.

Dans notre cadre de travail, la pression institutionnelle engendrant des frais d’adoption des
règles parait suffisamment indiquer qu’elle influence la capacité des TPE à disposer de
service pouvant produire des informations comptables structurées. En effet, les dirigeants des
TPE engagés dans une gestion « court-termiste » sont préoccupés par une planification
stratégique orientée vers le maintien de leur activité « coûte que coûte ». Du coup, cette
situation va donner à la structure de la TPE une certaine orientation stratégique. Elle consiste
en un traitement spécifique de l’information nécessaire au dirigeant afin de lui assurer une

306
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

certaine visibilité dans « son affaire ». L’introduction d’un système d’information comptable
intégral pourrait entraîner des bouleversements pressentis par les dirigeants des TPE qui
adoptent une posture d’auto-défense et d’auto-protection.

Le premier acte posé est celui de gérer seul son activité, à travers la production d’une
information élaborée par lui-même et pour lui-même. Il voit très mal la présence d’une tierce
personne qui pourrait être employée à la tenue et à la production d’une comptabilité : « Nous
les propriétaires des très petites entreprises, nous sommes obligés de tout faire nous-mêmes.
C’est d’abord notre entreprise, nous n’avons pas besoin de gens pour venir s’occuper de nos
sous, et puis d’abord, est-ce qu’il y a même grand-chose ? ».
Le dirigeant de la TPE est ensuite soucieux de la pérennité de son activité, c’est ce sentiment
qui va l’aider à forger la structure organisationnelle de son entreprise. Cette perspective va se
caractériser par des pratiques managériales utilisant des démarches opérationnelles
spécifiques.

En somme, le facteur le plus important qui détermine cette dynamique se trouve être la
viabilité. Cela explique la volonté du dirigeant de la TPE de conserver son entreprise, sa
source principale de revenus, basée sur une minimisation des charges institutionnelles. Cette
« viabilité relative » est importante pour le dirigeant de la TPE qui retrouve à travers son
entreprise, l’expression de son existence socio-territoriale. Elle lui permet d’assurer la
pérennité de son entreprise, à faible densité capitalistique, en appliquant la réglementation
selon son « bon vouloir ».

Dans cet environnement, son principal objectif est de faire face aux contrôleurs municipaux
en présentant la quittance de paiement de la taxe municipale, objectif nettement plus prégnant
que d’élaborer des états financiers à fournir aux services fiscaux. Cette façon de faire lui
permet de stabiliser son activité sans redouter des problèmes de fonctionnement susceptibles
de remettre en cause la pérennité d’une entité fragile par nature, au regard de la faiblesse de
ses ressources.

Comme on vient de le voir, la gestion comptable des TPE n’est pas homogène et obéit à des
pratiques à la limite de la régularité. Notons également que la volonté institutionnelle, tournée
vers la simplification de la production des seuls documents obligatoires imposés par
l’administration fiscale ne trouve pas l’adhésion d’une grande majorité des TPE. L’examen

307
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

des données par tri à plat et croisé nous fournit à ce propos des informations édifiantes. De
notre échantillon il ressort que 14% des TPE ne détiennent pas un système d’information
comptable totalement abouti, un grand nombre (54%) se limite à la production d’une
comptabilité sommaire, d’autres (32%) en revanche ne possèdent aucun début de
comptabilisation de leurs activités.

Niveau de comptabilisation des TPE N %


Aucune organisation comptable 16 32
Comptabilité sommaire 27 54
Comptabilité à forte tendance d’élaboration 7 14
Total 50 100
Tableau 36 : Adoption du Système d’Information Comptable par la TPE

De cette population, 71% citent l’augmentation des charges dues à la mise en œuvre d’un
système d’information comptable comme contraignante. Nous émettons ainsi la proposition
suivante.

Proposition 3 : Au Gabon, la décision de mise en œuvre d’un système d’information


comptable par la majorité des propriétaires dirigeants des TPE est influencée
négativement par les coûts associés.

c. La valeur des ressources humaines


L’état actuel de nos connaissances sur la très petite entreprise fait apparaître la faiblesse des
TPE en matière d’organisation et de gestion institutionnelles. A la limite de l’informel et du
formel, l’auteur Niang (1999)22 la qualifie même d’ « informelle moderne ».
Ces unités qui affichent des effectifs compris entre 1 et 10 employés (Srinivasan et Mammen,
2002) sont constituées d’un personnel faiblement qualifié et provenant de son cadre géo-local.
L’effectif est un critère qui est souvent utilisé pour caractériser la TPE. Mais, force est de
constater que l’unanimité n’est pas faite en la matière.

En effet, plusieurs auteurs avancent des chiffres souvent différents dans plusieurs pays.
Certains auteurs évoquent moins de cinq (Julien et Marchesnay, 1992) alors qu’en Chine il
faut moins de huit salariés (Morris, 1998). D’autres avancent que « la TPE serait cette
entreprise où le nombre de salariés ne dépasse pas 10 à 20 personnes » (Um-Ngouem). Selon

22
Cité par Tidjani (2003)

308
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Foliard (2010), la Commission Européenne définit la TPE comme une entreprise de zéro à
neuf salariés alors que l’Insee propose des seuils allant de 9 à 19 salariés.
Il faut reconnaître que ce critère de l’effectif recouvre des réalités contextuelles très
différentes par rapport à chaque territoire observé. L’examen de notre échantillon nous donne
la situation contextuelle présentée sur le tableau ci-après :
Nombre d’employés Nombre Pourcentage
de 1 à 5 employés 26 52,00%
de 6 à 10 employés 20 40,00%
plus de 10 employés 4 8,00%
Total 50 100,00%
Tableau 37 : effectifs des TPE

Globalement, les observations des auteurs s’observent à travers ces résultats descriptifs. Les
TPE consultées lors de notre étude sont des entreprises individuelles. Le leader, seul détenteur
du capital et du « savoir-faire » organise sa production de biens ou de services à l’aide d’une
main d’œuvre puisée dans son territoire : « en fait, nous n’avons pas besoin d’une main
d’œuvre qualifiée puisque l’activité n’en demande pas. Donc, on se contente des personnes
disponibles autour de nous ».

Ces personnels de proximité sont motivés par la difficulté ambiante à avoir un véritable
travail. Ils se contentent de ce qu’ils ont sous la main en attendant mieux et développent une
empathie vis-à-vis du propriétaire dirigeant de la TPE. On sait que les TPE font face à des
contraintes d'accès aux ressources en règle générale. Ces contraintes ne sont pas seulement
d'ordre culturel, social, technique et financière, mais aussi et surtout d'ordre institutionnel.
Contrairement à Kamdem (2002) qui lie le comportement des TPE aux aspects socioculturels
et sociologiques, nous avançons que c’est l’inadéquation de l’environnement institutionnel
qui favorise les faits observés.

En effet plusieurs dirigeants affirment que « toutes les procédures ne tiennent pas compte de
notre réalité… avec des exigences qui correspondent plutôt à des entreprises plus grandes
que nous. Nous sommes obligés de fonctionner dans le flou ! ». D’ailleurs, les pratiques
observées dans plusieurs TPE attestent que la gestion des ressources humaines relève d’un
mode informel :
« Mon entreprise est une petite entreprise, en payant les charges sociales, je suis
obligé de déclarer les salaires. Ce n’est pas possible ! Je vais augmenter mes
charges !?! Vous ne pensez pas ? »
309
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Cette décision rencontre, par ailleurs, l’accord implicite des ressources humaines cibles car
pour une bonne partie des demandeurs d’emplois, les zones urbaines - ayant atteint la limite
de leurs capacités - n’offrent plus de possibilités et, ce sont les TPE qui créent des revenus
d’activités pour ces populations à « rares revenus propres ». Aussi, dans une situation déjà
jugée difficile par les TPE, ces dernières (pour ne pas grever leurs revenus) préfèrent ne pas
déclarer leurs employés comme l’indique le tableau ci-dessous :

Réponses Nombre Pourcentage


NON 39 78%
OUI 11 22%
Total 50 100%
Tableau 38 : Déclaration des employés à la Sécurité Sociale

Ces contradictions, renforcées par les résultats empiriques issus de notre travail ouvrent à la
proposition suivante :

Proposition 4 : Au Gabon, les ressources humaines des TPE sont principalement peu
déclarées.

d. La gestion des risques opérationnels


Cette modalité consiste à adopter des règles financières qui vont permettre l’utilisation
d’outils susceptibles d’éclairer le propriétaire-dirigeant sur la gestion du risque. Mais, la
plupart des TPE interrogées ne possèdent aucun instrument financier capable de ressortir les
critères d’accumulation du capital, de rentabilité/risque, de solvabilité et de financement.

Aussi, ce comportement influence de manière significative la capacité de la TPE à formaliser


la gestion des risques opérationnels. En l’absence de ressources humaines qualifiées, la TPE
est incapable de mettre en place les outils nécessaires à même d’évaluer les risques
notamment au niveau juridique et réglementaire. L’évaluation et la gestion des risques n’est
donc pas une priorité pour un dirigeant de TPE dont la pérennité est plutôt déterminée par une
connaissance de son contexte d’action (Sorensen et Sorensen, 2003 ; Hongwei et Martin,
2004) grâce à une gestion spécifique.

Plus que la manifestation d’une aversion à la gestion du risque (Dubard Barbosa et al., 2007)
opérationnel par le dirigeant de la TPE, la décision de gérer son organisation selon sa

310
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

sensibilité est la conséquence d’une perception de l’environnement, laquelle est


systématiquement influencée par sa proxémie territoriale (Cargnello et Peter, 2012). Cette
posture n’est pas sans constituer des risques.

Nous retenons ici comme risques opérationnels la gestion du paiement des taxes fiscales et
parafiscale au quotidien et la capacité institutionnelle d’endettement. La caractérisation au
Gabon de ces risques pour la TPE observée se décrit comme suit :
- pour le paiement des taxes. Risque d’inaptitude à assurer le suivi de la gestion
de la parafiscalité. C’est une constance qui demande une vigilance de chaque
instant. Les agents municipaux, du service d’hygiène et de la Direction
générale de la Sécurité Sociale et du commerce exercent une pression
permanente sur la TPE qui peut entrainer sa faillite ;
- pour la capacité d’endettement. Risque d’inéligibilité auprès des tiers à cause
d’une défaillance associée à une incompétence. La TPE doit être capable de
capter les ressources nécessaires au financement de son activité quel que soit le
tiers créancier.

L’analyse descriptive de l’échantillon des TPE note la présence d’une dizaine de TPE (20%)
éligible auprès des institutions d’accompagnement. Cependant il faut relever que cette
proportion pourrait s’accroître si les TPE s’institutionnalisent de manière plus marquée. En
effet le modèle M1 obtenu à partir de l’arbre inductif prédit la nécessité des variables
Tenue_Compa et Legalite.

Mais, l’état structurel et organisationnel de la TPE en général ne permet pas au propriétaire-


dirigeant d’avoir la capacité de formaliser les opérations qui représentent le niveau de risque
de son entreprise en tant qu’activité susceptible d’attirer des investisseurs ou de convaincre
les partenaires microfinanciers. Si le propriétaire-dirigeant n’a pas la capacité de formaliser
son niveau de risque, il n’en demeure pas moins qu’il en a conscience. En effet, selon Knight
(1921), c’est lui qui prend les décisions dans un contexte d’incertitude. Pour nous, son profit
ou son échec survient donc en tant que résultat du rapport action/incertitude. L’évocation de
l’échec, nous fait dire que la TPE est en face de plusieurs risques. Nos analyses précédentes
nous offrent des sources évidentes de risques à plusieurs niveaux :
- comptable et financier,
- fiscal,

311
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

- emploi des ressources humaines,


- stratégique,
- statutaire et juridique.
En partant des informations disponibles, il apparaît que plusieurs TPE ne disposent pas de
ressources humaines qualifiées. D’ailleurs, les discours enregistrés laissent transparaître que
le recrutement se fait sur des logiques qui n’intègrent pas la valeur des salariés dans le but de
doter l’organisation d’agents qualifiés. Les propos suivants reviennent très souvent : « pour ce
travail, pas besoin de qualification », « cette activité n’exige pas de qualification ».

Pour parvenir à apprécier l’importance du risque opérationnel nous avons pris en compte,
dans un tri à plat croisé, la perception exprimée par les propriétaires dirigeants à ce sujet en
mettant l’homme au centre de l’organisation. Nous observons qu’un grand nombre
d’entreprises de cette catégorie n’accorde pas un intérêt marqué pour le niveau de
qualification des employés susceptibles d’assurer la gestion des actes fiscaux et parafiscaux :

N %
Importance accordée à la qualification 12 24
Aucune importance accordée à la qualification 38 76
Total 50 100
Tableau 39 : Importance accordée à la qualification des employés de TPE

Avec sa faible densité capitalistique, ses ressources humaines à qualification sommaire, la très
petite entreprise est confrontée à des risques en termes de promiscuité de contraintes
financières et humaines avec la menace d’une confiscation de marchandises ou d’une
suspension d’activité. Malgré ces différents risques, la réalité du terrain nous rappelle que ces
entreprises existent et perdurent. D’ailleurs, l’analyse statistique fait ressortir qu’au moment
de l’enquête, plus de 80% des TPE ont plus de 5 ans d’âge.

La réflexion conduite par de nombreux chercheurs sur la réussite de ce type d’entreprise a


donné lieu à plusieurs points de vue. Pour Dia (1992), la réussite des TPE s’explique avant
tout par « leur aptitude à concilier les valeurs sociales et culturelles de l’Afrique avec la
nécessaire efficacité économique ». Ben Abdallah et Engelhard (1990) affirment que ces
entreprises spécifiques sont en « osmose » avec les valeurs socioculturelles africaines.

312
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Nous estimons que la TPE met en place une parfaite stratégie implicite adaptée au contexte
dans lequel elle évolue. Mais cette forme de stratégie devient un handicap dès qu’elle est
confrontée aux parties prenantes institutionnelles, notamment microfinancières qui n’arrivent
pas évaluer le risque attaché à une relation avec une TPE. D’où la proposition suivante :

Proposition 5 : La TPE gabonaise a tendance à ne pas suivre les risques opérationnels


malgré une survie affichée.

e. Les conséquences des pratiques managériales des TPE sur le


microfinancement des activités des TPE

Faiblement abordée en contexte gabonais, la question des conditions d’accès au financement


des organisations a été effleurée sous l’angle de PME par Mbeng-Ekorezok (2002). Pour lui,
« les opérateurs ont besoin de moyens financiers pour rester compétitifs, introduire les
technologies adaptées et financer leur croissance » (Mbeng-Ekorezok, 2002). En ce qui
concerne les TPE, ce n’est que depuis peu que le sujet enregistre un début d’intérêt.

Selon Cargnello et Peter (2012), les TPE n’ont pas accès au financement auprès des
organismes qui en ont la compétence. C’est la première étude qui aborde de manière directe la
relation TPE-EMF dans le cadre du microfinancement. Compte tenu de sa structuration
organisationnelle et stratégique, l’accompagnement de la TPE doit présenter des
caractéristiques qui vont asseoir son éligibilité au microfinancement. Il s’agit en général de
fournir des informations sur l’identité statutaire de la TPE, la domiciliation des mouvements
financiers, la garantie, la localisation géographique officielle, les états comptables et
financiers, l’expérience relationnelle.

Mais, les pratiques managériales développées par les TPE ne leur permettent pas, pour la
plupart d’entre elles de bénéficier de l’accompagnement des EMF. Toutefois, il ne faut pas
conclure que cette situation est assimilable à une volonté des TPE de ne pas respecter la
réglementation en vigueur. C’est pour cela que durant cette recherche, nous avons penché
pour l’identification des facteurs contingents qui pèsent sur les choix managériaux des TPE.
De l’analyse du discours des acteurs, nous avons pu construire un tableau faisant ressortir les
éléments informationnels et le niveau de leur importance perçue par les établissements de
microfinance.

313
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Importance perçue
Facteurs contingents Critères
++ +/- -
Localisation géographique Adresse physique ++
23
Identité statutaire Fiche d’identité sociale ++
Mouvements financiers Retraits, virements, versements ++
Garantie Engagements par signature, dépôts +/-
États comptables et financiers Bilans, compte d’exploitation ++
Expérience relationnelle Contacts fréquents, réseautage +/-

Tableau 40 : Les facteurs contingents influençant le microfinancement des TPE

Au vu de l’analyse des résultats obtenus, nous pouvons prétendre apporter des réponses à la
problématique de l’accompagnement des TPE. En effet, sous les pressions réglementaires et
proxémiques, les TPE arrivent difficilement à se conformer aux exigences réglementaires et
donc, développent des pratiques managériales qui s’inscrivent dans une logique visant à
assurer leur pérennité. Elles adoptent, pour ce faire, des comportements qui ne favorisent pas
la production et la diffusion d’informations institutionnelles nécessaires à la coopération
TPE/EMF.

Quatre critères primordiaux doivent être remplis au niveau des contraintes du


microfinancement : l’implantation physique, l’identification sociale, les flux de l’affaire, le
système d’information comptable et financier. Mais, force est de constater un manque
important de transparence dans la gestion de la plupart des TPE. En effet, elles ont en général
une production d’informations insuffisante qui ne permet pas aux EMF d’évaluer de manière
exhaustive et fiable le niveau de risque encouru, avec comme conséquences :
- 78% des TPE interviewés sont exclus du système de microfinancement. Pour tous ces
répondants, leur situation est fortement illisible ;
- 22% des autres TPE, constituant l’échantillon, bénéficient d’un accompagnement dont
l’opérationnalisation est assurée pour 36% par les EMF et, 64% par les banques
classiques.
Comme le révèle notre étude, les modalités managériales ne sont pas de nature à remettre en
cause la réglementation mais, relèvent plutôt d’une volonté d’atténuer les contingences.
Chaque TPE s’inscrit dans l’application d’une des parties du dispositif qui lui convient. De
23
Agrément, Immatriculations fiscale, immatriculation au registre du commerce, sécurité sociale.

314
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

cette manière, les TPE se donnent une image progressiste perçue comme le début d’un
processus de légitimation capable à terme de garantir une coopération microfinancière. Les
propriétaires-dirigeants font ce que doivent faire les managers à leur « manière » (Damanpour
et Aravind, 2011). Ce sont donc des pratiques, des processus mis en œuvre (Birkinshaw et al.,
2008), des structurations organisationnelles développées par les TPE, par souci d’efficience
(Chabault, 2013). Ces modalités managériales permettent aux TPE d’avoir une visibilité vitale
quoique insuffisante pour pouvoir bénéficier d’un accompagnement pour plusieurs d’entre-
elles. Le schéma ci-dessous présente le processus de légitimation à travers la mise en
conformité des pratiques managériales et ce, dans un environnement contingent qui ouvre la
voie à des modalités managériales qui permettent à la TPE de tendre vers un certain degré
d’institutionnalisation.

Contingences

Pratiques Modalités Conformité


Réglementation
managériales managériales institutionnelle

Processus de légitimation

Schéma 9 : Processus de légitimation institutionnelle des pratiques managériales


Source : Simon PETER

Dans la présente étude, les TPE semblent enclines au développement de pratiques


managériales inscrites dans une démarche d’institutionnalisation, en l’occurrence la
formalisation totale de leur système d’information comptable. Mais cette forme de stratégie
devient un handicap dès qu’elle est confrontée aux parties prenantes institutionnelles. Elle a
pour conséquence de rendre plusieurs TPE inéligibles à l’accompagnement microfinancier.
Toutefois, cela ne les empêche pas d’avoir une viabilité relative et de se procurer les
ressources dont elles ont besoin dans leur environnement territorial.

1.1.3 Perspectives des TPE


Comme nous l’avons dit plus haut, la communauté scientifique qui se penche sur la
problématique émergente de la TPE partage l’avis selon lequel les TPE résistent bien mieux
aux aléas de l’environnement que les moyennes et grandes entreprises. D’ailleurs, les données
du tableau 41 en page suivante nous confirment que le groupe de TPE de notre échantillon a
une expérience (dans une proportion de 60% des enquêtées) de plus de 7 ans.

315
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Génération TPE Nombre Pourcentage


Ayant plus de 10 ans 18 36%
Entre 7 et 10 ans 13 26%
Entre 5 et 7 ans 10 20%
Entre 3 et 5 ans 9 18%
Total 100%
Tableau 41 : âge des TPE

Ces données constituent un apport en connaissances dans le cadre de notre recherche


exploratoire. Elles nous indiquent que les TPE ont du mal à s’adapter à l’environnement. Les
outils de gestion sont insuffisants pour permettre à cette entité de coopérer efficacement avec
les pourvoyeurs de ressources financières. Se trouvant dans des conditions difficiles qui la
maintiennent dans une forme non conforme aux attentes des parties prenantes, la TPE marque
néanmoins une tendance à évoluer vers une institutionnalisation de ses pratiques.
Déjà, lorsqu’on interroge les TPE sur leur enregistrement auprès des services des impôts et
contributions directes, on constate une forte proportion de TPE « légitimées » avec un taux
d’enregistrement important comme l’indique ce tableau :
Réponse Effectif Pourcentage
Oui 40 80%
Non 10 20%
Total 50 100%
Tableau 42 : Inscription des TPE au registre des impôts et contributions directes

Sur les 20% restant, 70% affichent leur volonté à régulariser leur situation au niveau de
l’enregistrement fiscal.

Réponse sur les 20% Effectif Pourcentage


Oui 7 70%
Non 3 30%
Total 10 100%
Tableau 43 : la motivation de régularisation

L’enregistrement permet aux propriétaires dirigeants de TPE de s’exprimer en ces


termes : « mon activité est légale, je suis reconnu par l’État ».
Devant ce que les TPE brandissent comme un « laissez faire », il faut tout de même dire qu’il
ne s’agit que d’une immatriculation qui ne soustrait pas son détenteur au règlement de ses
charges fiscales. Compte tenu de la volonté des autorités publiques à emmener tous les
acteurs sur la voie institutionnelle, nous avons décelé de réelles perspectives dans les
comportements des TPE. En effet, les entrepreneurs veulent d’une part que leurs activités

316
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

soient reconnues et d’autre part, ils souhaitent prospérer, dégager des marges nécessaires pour
bénéficier d’une crédibilité, synonyme de moteur de coopération.
Cependant, dans leurs propos actuels, ils souhaitent une considération à la hauteur de statut et
un apaisement sur le plan des taxes en provenance de toutes les administrations : mairie,
service d’hygiène, direction générale du commerce, Gouvernorat24 : « L’État doit quand
même regarder de près notre situation et diminuer le nombre des services qui nous réclament
des taxes… un coup c’est la Mairie, une autre fois c’est le service d’hygiène, après ce sont les
impôts avec en plus la direction générale du commerce, on souffre ! »

Par ailleurs, les dirigeants des TPE ont laissé pointer une certaine satisfaction teintée d’une
relative inquiétude. Leurs activités leur assurent des revenus leur permettant de vivre et
d’assurer les salaires. À la question « arrivez-vous à payer les salaires de vos agents », ils ont
répondu :
Réponse Effectif Pourcentage
Oui 49 98,00%
Non 1 2,00%
Total 50 100,00%
Tableau 44 : Paiement des salaires à partir des revenus des activités

Ceci dit, ils déplorent le manque de possibilités d’emprunt auprès des établissements de
microfinance. A ce niveau, ils n’espèrent pas grand-chose sauf si les « choses changent »,
disent-ils.
Au final, nous avons les tendances managériales qui se dessinent comme le montre le tableau
45 en page suivante.

24
Administration faîtière des préfectures

317
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Appréciation des DIMENSIONS Conclusions pour chaque TPE


CR SIC VRH GRO
Unités Statut Taxe Agrément Recrut Sécu
TPE-1 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-2 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-3 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-4 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-5 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-6 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-7 + + - - - - - Tendance à la reconnaissance
TPE-8 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-9 + + + + + - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-10 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-11 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-12 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-13 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-14 + + + - + - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-15 + + + - + - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-16 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-17 + + - - + - - Tendance à la reconnaissance
TPE-18 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-19 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-20 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-21 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-22 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-23 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-24 + + - - - - - Tendance à la reconnaissance
TPE-25 + + - + + - - Tendance à la reconnaissance
TPE-26 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-27 + + + - + + - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-28 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-29 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-30 + + - + + - - Tendance à la reconnaissance
TPE-31 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-32 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-33 + - - - - - - Ancrage dans l’informalité
TPE-34 + - + + - - - Tendance périphérique
TPE-35 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-36 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-37 + - + + - - - Tendance périphérique
TPE-38 + + + + + + - Forte tendance à l’institutionnalisation
TPE-39 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-40 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-41 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-42 + + + + + - - Tendance à l’institutionnalisation
TPE-43 + - + + - + - Tendance périphérique
TPE-44 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-45 + + + + - - - Volonté d’institutionnalisation
TPE-46 + + + - - - - Tendance à la légitimité limitée
TPE-47 + + - + + - - Tendance à la reconnaissance
TPE-48 + + - + + - - Tendance à la reconnaissance
TPE-49 + + - - - - - Tendance à la reconnaissance
TPE-50 + + - + - - - Tendance à la reconnaissance

Tableau 45 : niveau des pratiques managériales des TPE

318
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

On peut apprécier à travers ce tableau ci-dessous, le degré d’institutionnalisation des TPE à


travers l’expression des quatre dimensions retenues pour analyser le comportement
managérial de ce type d’organisation.

1.2 Études de cas des établissements de microfinance (EMF)

Nous avons signalé au début de ce travail de recherche que l’objectif principal de cette
démarche est de contribuer à expliciter l’impact de l’institutionnalisation du marché de la
microfinance sur la coopération entre l’EMF et la TPE. C’est ainsi qu’après avoir analysé ses
conséquences sur la TPE en première partie de cette section, nous nous proposons de réaliser
cette analyse sur les établissements de microfinance.

1.2.1 Caractéristiques générales de l’échantillon des EMF


Nous allons essayer d’établir un parallélisme comparatif entre les établissements à caractère
public et ceux à caractère privé.

Caractéristiques EMF EMF EMF EMF EMF


des EMF Public 1 Public 2 Privé 1 Privé 2 Privé 3
Date de création 1993 1985 2005 2010 2010
Statut juridique [Link] hors Org. public hors Établissement de Établissement de Établissement de
Réglementation Réglementation microfinance microfinance microfinance
COBAC COBAC
Catégorie juridique 1ère catégorie 2è catégorie 2è catégorie
Hybride Hybride
COBAC COBAC COBAC
Localisation Libreville Libreville Libreville Libreville Libreville
Soutenir le Soutenir création et Collecter épargne Collecter Collecter
développement accompagnement des membres et l’épargne l’épargne
Objectifs des petites et des petites et affecter à op. de publique et publique et
moyennes moyennes crédits octroyer des octroyer des
entreprises entreprises micro-crédits micro-crédits
Favoriser Faciliter le Offrir services Offrir services Offrir services
emplois. démarrage et le financiers de financiers de financiers de
Améliorer fonctionnement proximité à des proximité à des proximité à des
Finalités financement des petites et populations en populations en populations en
populations moyennes marge du circuit marge du circuit marge du circuit
vulnérables entreprises classique classique classique

Crédits divers
Crédits multi-
Subvent°, Avances Micro-crédits Micro-crédits Micro-crédits
catégoriels
Produits Avals, garanties
Détention des Conseil d’Ad. Directeur Directeur
ETAT ETAT
pouvoirs Cons. de crédit Général Général
Origine des ressources ETAT / BAD25 ETAT Fondateurs Investisseurs Investisseurs
Refinancement Banques Banques Banques
SITUATION Liquidé en 2011 Liquidé en 2011 En activité En activité En activité
Tableau 46 : Principales caractéristiques de l’échantillon des EMF publics et privés

25
Banque Africaine de Développement

319
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Dans ce souci de convergence affiché nous avons retenu, entre autres, les considérations
essentielles que sont le statut juridique, la détention des pouvoirs, l’origine des ressources de
fonctionnement. Les entretiens avec les responsables et cadres des établissements de
microfinance publics ont eu lieu en 2010.

Les deux établissements à caractère public (compte tenu de leur date de création)
apparaissaient comme les plus anciennes.
A cause des textes régissant leur organisation, ces deux organismes ont un fonctionnement
ambigu. Nous constatons que leur gestion ne répond pas aux normes de toute organisation
voulant être efficace. L’Etat est là sans être là puisque le conseil de gestion, trop pléthorique
dans sa composition est incapable de donner des orientations à l’administration agissant par
mandat du président du conseil de gestion.
Au moment de l’instauration de la réglementation COBAC, ces vieilles institutions n’ont pas
su opérer leur évolution, prenant de fait une forme hybride alors qu’elles auraient pu s’insérer
dans le système avec une catégorisation de 3ème niveau. Le cas des EMF de troisième
catégorie prévoit que l’entreprise accorde uniquement des crédits directs à des tiers sans
collecter l’épargne ce qui correspondait d’ailleurs à leur profil de base.
En ce qui concerne les EMF à caractère privé, leur caractérisation est conforme à ce que
prévoit la législation. Toutefois, quelques manquements sont à signaler au niveau managérial.

1.2.2 Caractéristiques managériales des EMF


Nous avons retenu quatre dimensions issues de l’observation des unités de microfinance pour
l’analyse des pratiques managériales.

CR VRH SIC GRO


Inexistante Moyenne Forte Faible Moyenne Forte Pas élaboré Moyennement Fortement Faible Moyenne Forte
élaboré élaboré
EMF Public 1 x x x x
EMF Public 2 x x x x
EMF Privé 1 x x x x
EMF Privé 2 x x x x
EMF Privé 3 x x x x
Tableau 47 : comparatif des pratiques managériales des EMF

La notion de statut juridique qui découle de la conformité réglementaire implique une


adoption de la norme comme mode de légitimation de l’organisation. Un cadre juridique et
légal est en fait la base d’une identification. Il fixe les règles de fonctionnement, définit les

320
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

termes du contrôle et prévoit des sanctions en cas de non respect des dispositifs
institutionnels.
Ce contexte institutionnel est la formalisation d’outils de gestion qui contribuent à la
réduction des incertitudes, à la diminution de l’asymétrie informationnelle, à la neutralisation
de l’opportunisme et donc, à la pérennisation de la firme qui dépend également des facteurs
tels que la compétence organisationnelle et la capacité financière. Tous ces éléments
permettent l’exercice normal de l’activité.

Les EMF publics dans leur ensemble présentent de graves lacunes au niveau de toutes les
dimensions des pratiques managériales. Malgré l’institutionnalisation du marché, les
établissements publics n’ont pas su opérer le changement statutaire. Ils ont négligé la mise en
place d’un système d’information comptable. Avec un personnel embauché dans des
conditions de clientélisme avéré, la compétence n’a pas toujours été une vertu respectée par
l’Etat-propriétaire. Cela a eu pour conséquence une gestion inexistante des risques
opérationnels.

Alors qu’ils auraient pu évoluer en intégrant le dispositif COBAC, ils sont restés inertes dans
un environnement institutionnalisé. Cet immobilisme, cette résistance au changement de
paradigme a entraîné leur liquidation en 2011. Globalement en ce qui concerne les EMF à
caractère public les pratiques managériales sont d’un niveau qui ne permet pas leur survie.
Ceci nous amène à formuler la proposition suivante :

Proposition 6 : Les établissements de microfinance à caractère public qui ont des


pratiques managériales non conformes à la réglementation encourent un risque de
défaillance.

Par contre, au niveau des EMF à caractère privé, les données du tableau ci-dessus nous font
remarquer que les EMF souffrent d’un manque de qualification d’une grande partie de leurs
personnels. Il faut signaler qu’aucune formation n’est envisagée à court terme pour permettre
aux employés concernés de bénéficier d’un renforcement de capacité leur permettant de
comprendre la dynamique dans laquelle un établissement de microfinance évolue et, de suivre
les activités de gestion de prospects et de clients avec efficacité. S’exprimant à ce sujet, la
Directrice générale adjointe de l’EMF1 privé s’est confiée :

321
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

« Nous avons ici du tout venant en matière de personnel. Les employés n’ont aucune
formation bancaire et leur mise à niveau n’est même pas à l’ordre du jour… »
Au-delà de leurs différentes expériences sur le terrain, les trois établissements à caractère
privé présentent une conformité réglementaire globalement satisfaisante. Ils ont comme souci
affiché, le renforcement de leur institutionnalisation.

Par ailleurs, les entretiens laissent apparaître que les EMF se tournent de plus en plus vers les
salariés à faibles revenus qui constituent l’essentiel de leur clientèle. En effet, les TPE sont
exclus de leur offre à cause de leur non-conformité manifeste.
« Compte tenu du fait que les artisans et les petits métiers sont incapables de fournir
des états financiers pour nous permettre d’évaluer leur capacité d’endettement, nous
sommes obligés d’aller vers la clientèle des petits salaires » s’exprimait encore la
Directrice générale adjointe de l’EMF privé 1.

Enfin, on apprend que les principaux signaux relatifs à certains ratios de gestion des
établissements de microfinance ne reflètent pas entièrement la réalité des actes de gestion. Par
exemple, le Directeur général de l’EMF privé 1 fait passer sous silence des décaissements non
autorisés à son profit sans que cela ne soit enregistré comptablement de manière claire.
Mais pour l’instant, ces établissements ne sont pas inquiétés à cause de l’absence de contrôle
de l’autorité de régulation. Toutefois, les EMF privés manifestent leur volonté à être en
conformité avec les normes COBAC bien que maquillant quelques fois les états transmis à la
COBAC comme le bilan d’exercice.
Ceci nous amène à formuler la proposition suivante :

Proposition 8 : Les établissements de microfinance à caractère privé qui ont tendance à


respecter la réglementation sont viables et pérennes.

322
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Section 2 : Confrontation empirico-théorique et discussions

Cette partie de notre travail de recherche va donc servir à poser les bases d’une analyse
mettant en parallèle les prédictions théoriques et les résultats empiriques afin de déceler les
particularismes qui limitent les confirmations théoriques en environnement émergent. Ce
rapprochement va concerner le paradoxe de la TPE face à son exclusion du microfinancement
mis à jour par notre étude de terrain.

Malgré la ferme volonté affichée par les autorités politiques et financières d’atténuer les
dysfonctionnements des marchés, les firmes à faible densité capitalistique éprouvent des
difficultés à coordonner leurs activités selon les prescriptions établies. Autant la théorie néo-
institutionnelle explique le comportement de l’EMF, autant elle est incomplète pour
appréhender la très petite entreprise dans sa coordination. Cette approche insiste sur le
conformisme institutionnel des organisations et s’avère ainsi incapable d’expliquer les
particularités organisationnelles et le contournement qui assurent à la TPE sa viabilité et sa
pérennité.

Dans notre contexte de recherche, la théorie de la contingence permet de fournir une


explication pertinente aux pratiques managériales des TPE. Les formes des pratiques
observées apparaissent au contact de facteurs internes et externes en décalage avec les
prescriptions environnementales. Leur utilisation assure à la TPE la pérennité observée dans
notre contexte. Ces facteurs de contingence, indépendantes de la volonté d’action de la firme,
influencent les comportements des acteurs et de ce fait, leur coopération.

Au niveau de la conformité réglementaire, les résultats obtenus font apparaitre que 80% des
TPE ont une conformité partielle. C'est-à-dire que la TPE privilégie l’adoption de certaines
règles organisationnelles ou opérationnelles. Ce comportement correspond à la stratégie de
survie de la TPE. De manière synthétique, le propriétaire-dirigeant décide de
s’institutionnaliser à des niveaux nécessaires.
En effet, ces entreprises expriment le besoin d’exister et la volonté de développer des activités
génératrices de revenus. Devant l’hostilité de l’environnement dans lequel évolue un
ensemble de sous systèmes en interaction constante, la TPE adapte son organisation en
fonction de son environnement.

323
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Le courant de la contingence stipule que les dirigeants des firmes structurent leur organisation
et pensent leur stratégie en fonction des mutations de l’environnement de leur entreprise, et
que dans ces conditions, l’adaptation de l’entreprise est un impératif de survie pour elle
(Boukar, 2009). Selon Torres (1998), les comportements stratégiques des dirigeants de petites
entreprises sont davantage réactifs qu’anticipatifs. Dans le cadre ce travail, nous observons
que 80% adoptent des comportements de contournement à caractère réactif, et 20% adoptent
un comportement de refus

Nous faisons une différence entre ces deux comportements en les considérant comme deux
niveaux stratégiques à partir du moment où la TPE développe des manœuvres opérationnelles
en vue d’assurer sa pérennité. La TPE, en découvrant les failles du système institutionnel,
invente des modes de coordination. Le premier correspond à un certain niveau d’abstraction
de certaines exigences institutionnelles entrainant des charges d’exploitation. Le deuxième
niveau met en relief des pratiques mises en œuvre avec la ferme volonté de ne pas adopter les
règles exigées par le dispositif institutionnel.
L’association du comportement des TPE à la viabilité et à la pérennité fait ressortir que toutes
les firmes qui contournent ou refusent les lois de l’environnement sont en activité après
plusieurs années.

Au niveau du système d’information comptable, son adoption est partielle. Nous sommes en
face d’une adaptation qui sied au fonctionnement de la TPE. L’analyse des motivations de
l’adoption d’un système d’information comptable montre que la comptabilité pour les TPE
doit être sommaire. Ces entités avancent le facteur temps comme contraignant. Elles estiment
que la complexité comptable alourdit l’action et que par conséquent, sa simplification est
nécessaire.
Ceci étant, les très petites entreprises gabonaises sont très peu familiarisées avec le système
minimal de trésorerie. Son utilisation n’est pas diffusée et les propriétaires-dirigeants ne le
ressentent pas comme une obligation opérationnelle.

Au niveau de la gestion des risques opérationnels (GRO), comme nous l’avons avancé plus
haut, la TPE raisonne à court terme. Ce qui est un paradoxe au regard des théories sur les
organisations. Pour la TPE, l’étroitesse de son marché, l’instabilité de sa zone de chalandise
ne prêtent pas à l’utilisation d’outils sophistiqués pour mesurer l’accumulation du capital, la

324
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

rentabilité/risque, la solvabilité et la capacité d’endettement. Ceux-ci ne présentent pas


d’intérêt pour le propriétaire-dirigeant qui est bien ancré dans son territoire.

Ajoutée à ce qui précède, cette situation compromet toute coopération des TPE avec les
organismes financiers censés soutenir son développement à travers un financement approprié.
Les TPE observées nous donnent l’occasion de constater que la plupart d’entre elles n’ont pas
accès au financement auprès des organismes qui en ont la compétence. D’abord parce que les
TPE ne produisent pas de documents financiers et ensuite parce que ces structures ont une
conformité partielle ou nulle. Notre étude confirme les résultats de Cull et al. (2007).
Ces auteurs révèlent que dans la plupart des pays en transition, plus de 50% de l’actif total des
TPE étudiées est financé par des capitaux propres, le taux moyen de financement bancaire
n’étant que de 9,7%. En effet, le tableau ci-dessous, représentant les données de notre étude,
vont dans le sens des résultats de ces auteurs :
Mode de financement Effectif TPE Pourcentage
Banque 7 14%
EMF 4 8%
Economie personnelle 29 58%
Famille 8 16%
Tontine 2 4%
Total 50 100%
Tableau 48 : Mode de financement des TPE

A l’issue de notre enquête auprès des 50 TPE de notre échantillon, 60 à 70% de leur
financement proviennent des fonds personnels et familiaux, 12 % des systèmes de
financement décentralisé et seulement 14 % peuvent accéder au financement bancaire.
Il apparaît clairement que la TPE ne souffre pas de ce rationnement du crédit car elle puise ses
ressources largement grâce à des économies personnelles et des aides familiales.

Au niveau de la Valeur des Ressources Humaines, le poids des TPE dans l’emploi n’a pas
encore été clairement établi même si des suppositions font état de son importance et de sa
stabilité. Néanmoins, au sein de ces entités, les emplois offerts ont souvent un caractère
provisoire. Cette offre repose sur un cadre contextualiste (Pettigrew, 1987), proxémique où
l’hostilité de l’environnement et l’empathie partagée fondent la relation entre le propriétaire et
le salarié de la TPE en lieu et place des accords contractuels bien encadrés.

325
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Contrairement aux dires de certains chercheurs, le recrutement en contexte gabonais, malgré


l’instabilité et l’hostilité de l’environnement, n’est pas intra-communautaire (Nkakleu, 2002),
ne relève pas uniquement du socio-culturalisme (Hernandez, 1997). D’ailleurs, les TPE
interrogées (dans leur majorité, soit 54%) déclarent effectuer des recrutements par annonce et
affichage.

Ici, l’approche contingente (Dia, 1991 ; Pichault et Nizet, 2000) est bien outillée pour nous
permettre de saisir la réalité des comportements des TPE qui doivent faire face à un
environnement globalement instable et hostile. En effet, l’instabilité est bien présente tant sur
le plan politique, social et économique pour les TPE. Quant à l’hostilité, celle-ci est générée
par la rareté des ressources vécue par plusieurs demandeurs. Ces phénomènes amènent les
deux parties prenantes (propriétaire/employé) à faire preuve d’objectivité et d’alliance
conjoncturelles en vue d’atteindre un équilibre. C’est la raison pour laquelle, l’employé et la
TPE (dans une sorte d’empathie partagée) s’accommodent de ce modus vivendi qui permet à
chacun de tirer profit ou partie de la situation.

Pour comprendre les comportements des TPE il nous a fallu non seulement étudier les
pratiques développées, mais aussi les contingences environnementales qui modifient les
pratiques managériales. Déjà, la mobilisation de la théorie néo-institutionnelle a permis de
mettre en perspective l’attitude des organisations face à un instrument imposé par des forces
exogènes : la réglementation. Ensuite, la mobilisation de la théorie d’agence a tenté
d’expliciter les déterminants de la coopération entre les TPE et les EMF. Mais, il s’est posé la
question de savoir si elle était capable d’appréhender les éléments explicatifs du phénomène
observé et de justifier les pratiques managériales des acteurs, d’où la mobilisation des
approches contingentes et conventionnalistes pour une meilleue compréhension. De ces
rapprochements empirisme/théorie vont naître des propositions de recherche.

Proposition 9 : Au Gabon, la réglementation n’influence que très peu les pratiques


managériales de la très petite entreprise qui a accès à des financements informels.

Proposition 10 : Si la TPE manque de ressources propres, elle est capable de s’en


procurer en dehors du marché institutionnel.

326
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Il semblerait donc que le recours au contournement soit une solution souvent envisagée pour
se donner des moyens de se développer et d’assurer sa pérennité. Ceci nous amène à formuler
la proposition suivante :

Proposition 11 : Un faible respect de la réglementation n’entrave pas la pérennité de la


TPE.

L’analyse de nos résultats fait apparaître que les comportements affichés par la TPE ne
trouvent leur explication que par la théorie de la contingence. Cette théorisation opère un
changement de perspective, elle voit l’organisation comme un système ouvert dont la survie
dépend de l’adaptation (Leca, 2006) et l’adoption de pratiques managériales spécifiques.

En se focalisant sur le processus d’institutionnalisation, la théorie néo-institutionnelle affirme


que le comportement des firmes est dépendant de systèmes (Berger et Luckman, 1967) qui
apparaissent rationnels à partir du moment où « ils spécifient (…) ce que les organisations
doivent faire pour être efficients (…) » (Edelman, Uggen et Erlanger, 1999).
Comment expliquer alors la pérennité et la viabilité des TPE qui, pour des raisons non
élucidées, sortent du cadre voulu par la réglementation pour arriver à s’approvisionner en
ressources financières et humaines ?
La TNI semble donc ignorer la tendance au contournement qui apparaît à travers le
comportement de la TPE « tournant le dos » à la règlementation. Les TPE font appel à des
ressorts différents de ceux prévus par l’institutionnalisation.

De récentes recherches ont essayé de développer des théories avec plus ou moins de succès
(Buisson, 2005) quant à leur portée explicative sur la gestion des TPE (Marchesnay et Carier,
2005) et leur mode de financement. Selon Buisson, « (…) le dirigeant des petites entreprises
intègre très souvent des valeurs liées à la culture ambiante, à ses origines et à son niveau
d’éducation et est influencé par sa famille et son entourage sinon par ses employés, influences
qui agissent sur sa personnalité et, finalement, sur (…) le développement de son entreprise ».

Le fait d’évoquer l’existence d’éléments contingents pouvant influencer le comportement


managérial et stratégique de la TPE nous conduit à constater que pour la firme à faible densité
capitalistique, « (…) l’environnement est source de menaces et d’opportunités (…) » (Boukar,
2009). Citant d’autres auteurs, Boukar relève que l’évolution de l’environnement va

327
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

déterminer, non seulement les facteurs de contingence auxquels l’entreprise doit faire face
(Thompson 1967) mais aussi, sa capacité d’apprentissage et de performance (Terreberry,
1968). Dans le cas de notre étude, la TPE au Gabon s’adapte à cet environnement et fait
preuve de pratiques managériales qui semblent l’aider dans son développement.

Section 3 : Apports de la recherche

Nous avons orienté notre travail de recherche vers une meilleure compréhension du marché de
la microfinance à travers la coordination et la coopération des acteurs en univers
institutionnalisé. Les connaissances engrangées de la pratique du terrain peuvent être
présentées sous forme de contributions, limites, voies de recherche et recommandations.

3.1 Les contributions

Cette recherche présente plusieurs types de contributions qui vont être successivement
abordées sous quatre plans : théorique, conceptuel, méthodologique, (Recommandations sur
les plans : managérial, pédagogique).

3.1.1 Sur le plan théorique


Il ressort de plusieurs observations et de quelques rares études sur le marché gabonais de la
microfinance que la coopération entre les EMF et les TPE connait une faible intensité. La
faiblesse de la littérature relative à notre double objet de recherche nous a conduit à formaliser
le modèle M1 qui met en lumière que l’engagement entre MF et TPE est principalement
influencé par les variables Tenue de Comptabilité et Legalite.

Même s’il faut relever que la présence des EMF dans le marché global de la finance constitue
potentiellement un puissant substitut aux banques classiques, nous avons établi qu’il a du mal
à s’imposer au Gabon. Nous avons voulu éclairer cette constatation grâce à la mobilisation de
différentes théories. Aussi, les théories mobilisées ont permis non seulement de valoriser les
analyses construites sur la relation TPE/EMF mais aussi d’approfondir notre étude critique sur
l’exploration des comportements des acteurs de la microfinance et l’évaluation de leurs
logiques d’action.

328
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Les particularités de la dynamique des actions des deux acteurs principaux que sont l’EMF et
la TPE a donc nécessité une mobilisation théorique plus large en vue de tenter d’expliquer les
logiques de coordination et de coopération.
Dans cette perspective, on s’est retrouvé devant deux défis. Le premier étant d’arriver à
appréhender un terrain vierge en identifiant les pratiques nées de la pression institutionnelle
qui permettent de comprendre le paradoxe observé. En effet, ce travail révèle que les EMF
tournés vers l’institutionnalisation de leurs pratiques n’arrivent pas à accompagner un grand
nombre de TPE dont les besoins en financement sont avérés. Quant au deuxième défi, il s’est
trouvé être en lien avec les postures des acteurs face à la coopération.

Donc, sur le plan théorique, notre recherche contribue à améliorer la compréhension des
pratiques managériales confrontées à la réglementation. Si des recherches se sont intéressées
aux conditions d’accès au financement des TPE (Kombou et Mfopain, 2003 ; Ekodo et Ndam-
Mama, 2003), à la relation TPE-EMF dans le cadre de la demande et de l’offre de crédit (Um-
Ngouem et Ekonne, 2013), cette thèse est la première à s’être penchée sur les facteurs
explicatifs des comportements des acteurs du marché de la microfinance face à la contrainte
institutionnelle en contexte gabonais. Elle propose, par ailleurs, un croisement de plusieurs
théories qui a contribué à établir des dimensions des pratiques managériales des TPE et EMF
au Gabon. Ainsi, une des contributions majeures réside dans le choix du double cadre
théorique contractualiste et institutionnaliste qui nous paraît être pertinent pour la
compréhension des logiques d’actions observées.

Le premier cadre qui contient les théories des coûts de transaction, des droits de propriété et
de l’agence a toujours représenté la clé de compréhension de l’architecture organisationnelle
des systèmes de financement décentralisé et les pratiques managériales des acteurs en lien
avec la réglementation. Mais notre recherche a démontré que les seules prises en compte de la
problématique de l’asymétrie informationnelle et l’opportunisme des individus telles que le
présuppose ce corpus théorique sont trop limitatives dans notre contexte. Nous avons ainsi
relevé que nous ne nous trouvions pas devant une asymétrie d’information classique car la
TPE ne dissimule pas l’information par opportunisme mais est plutôt en incapacité de
produire l’intégralité de l’information nécessaire à l’EMF pour asseoir leur coopération.

329
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

À partir de cette situation observée, la théorie institutionnelle apparaît comme le cadre


théorique pouvant aider à expliciter et comprendre les pratiques managériales des acteurs
suite à l’institutionnalisation d’un environnement. Nous voyons que le fondement de la
théorie néo-institutionnel stipule que les organisations du marché de la microfinance adoptent
les procédures en réponse aux nécessités d’une éventuelle coopération. En somme, ces
procédures constituent une exigence des parties prenantes extérieures à l’organisation.

En examinant l’organisation institutionnelle du cadre étudié, il est apparu que les réalités
sociales constituent autant de leviers d’actions pour les acteurs placés dans une situation
contraignante. Cela nous amène à considérer que ces théories ne permettent pas de mettre
suffisamment en relief les caractéristiques propres des EMF et TPE capables d’expliquer la
faiblesse de leur coopération. En effet, elles ne reconnaissent pas principalement les
spécificités managériales et coopératives des TPE favorisées par la proxémie territoriale
(Cargnello et Peter, 2014). À cet égard, les approches contingente et conventionnaliste se
montrent plus réalistes. Elles permettent d’encastrer essentiellement les spécificités des très
petites entreprises en périphérie de la sphère institutionnelle génératrice des normes et partant,
d’expliquer les pratiques managériales des acteurs.

Cette mobilisation théorique permet d’apporter des réponses à notre question, à savoir
« comment les pratiques de coordination et de coopération des TPE et des EMF se
développent-elles sous la pression de la réglementation ? » Les contributions de ces deux
approches théoriques (contingence et conventionnaliste) ouvrent la voie à un éclairage de
notre objet de recherche. C’est un corpus théorique fort utile pour appréhender les modes de
coordination et de coopération des acteurs. Ces approches théoriques permettent d’expliquer
la construction de l’engagement de microfinancement. Cet engagement n’est possible que si
une conformité institutionnelle convergente permettant la coopération est opérée.

Nous pensons que, loin des théories culturalistes, les approches contingente et
conventionnaliste sont pertinentes dans leur définition des comportements des acteurs (TPE et
EMF). De plus, l’utilisation de divers facteurs (structure juridique, légalité, comptabilité,
recrutement, fiscalité, para-fiscalité, sécurité sociale) contingents suggérés dans la littérature,
mais rarement testés en contexte gabonais, est un apport supplémentaire de notre travail.
Cette recherche a permis de redéfinir le concept de pratiques managériales, peu ou mal défini
dans la littérature antérieure, et d’apporter un éclairage nouveau sur la spécificité de notre

330
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

recherche. À travers la confrontation de ces différentes approches théoriques nous avons


montré que la difficile coopération des acteurs revêt deux aspects. Il y a d’une part la
difficulté éprouvée par les TPE à adopter une normalisation intégrale de leurs pratiques
managériales et d’autre part, la dynamique institutionnelle des EMF enclins à
institutionnaliser leurs procédures. Cette dissymétrie produit un rapport décalé car la TPE ne
formalise pas sa gestion alors que l’EMF s’institutionnalise dans le but d’assurer sa viabilité.

A notre connaissance, aucune recherche académique n’avait proposé d’effectuer une telle
analyse sur le terrain gabonais. Au vu de cette insuffisance, nous avons voulu apporter une
contribution significative permettant de mettre en évidence le rôle de la règle sur la
coopération en partant de l’examen des comportements managériaux des acteurs impliqués
dans la relation. Nous suggérons donc que la réglementation agit sur les comportements
organisationnels des acteurs du marché de la microfinance qui, ensuite, influence leur
coopération. S’ouvre alors la possibilité d’une double appréciation.

D’abord, en mettant en évidence un tel lien, nous faisons un apport en « connaissances » dans
la détermination de la part explicative de la réglementation sur les modes managériaux des
acteurs. Ensuite, bien que l’évidence d’une coopération difficile entre EMF et TPE alimente
les discussions, nous observons que ces dernières (TPE) affichent une viabilité et ce, sans
avoir un recours systématique au microfinancement. Sachant que les TPE ont un besoin de
ressources financières pour continuer à exister, nous nous sommes employé à mettre en
évidence la tactique opérationnelle des TPE et les ressorts qui favorisent cette situation.

A partir de cet instant la très petite entreprise prend une place de plus en plus importante dans
le tissu économique. Ce qui était considéré hier comme un épiphénomène devient une
organisation pérenne et en voie de développement.
L’engagement relationnel ne résulte pas seulement d’une simple volonté de l’une ou l’autre
des parties en présence (EMF/TPE), mais de la conformité comptable des TPE posée comme
exigence par les EMF, et de la légitimité légale
.
Pour conclure, nos apports théoriques sont de deux ordres : nous explicitons certains concepts
tels que l’asymétrie informationnelle et l’isomorphisme, utilisés pour la recherche en théorie
des organisations en les confrontant aux spécificités d’un contexte faiblement analysé. De

331
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

plus nous relions les pratiques managériales à l’institutionnalisation et nous apportons des
éléments théoriques complémentaires pour expliciter les faits observés.

3.1.2 Sur le plan conceptuel


En sortant des préceptes établis par les précédents travaux abordant les questions relatives à la
petite entreprise, nous avons – d’une part – choisi de mettre en relief les particularités qui
fondent la structuration de la très petite entreprise et les particularismes qui rythment son
fonctionnement.
En précisant la proxémie territoriale qui caractérise la TPE, nous avons mis en relief
l’importance de l’environnement dans la captation de ses ressources. De cet angle de
recherche, nous établissons les dimensions qui permettent d’appréhender les pratiques
managériales des TPE. Ces dimensions vont permettre de comprendre les relations implicites
que la TPE entretient avec la réglementation. C’est ainsi que nous avons établi les raisons qui
fondent les modes opératoires des TPE.
Nous présentons également la TPE comme un nœud de paradoxes dont les effets négatifs sont
visibles au plan coopératif. Toutefois, les TPE grâce à leur ancrage territorial, puisent dans
l’environnement les ressources qui sont nécessaires. Ce faisant, nous mettons en évidence le
leadership du propriétaire-dirigeant qui agit en homme orchestre.

Pour ce qui est de l’EMF, nous apportons un éclairage distinctif selon qu’il appartient au
secteur public ou privé. En partant des mêmes dimensions, nous utilisons une grille
d’évaluation du respect des normes institutionnelles, mettant ainsi à jour les pratiques des
EMF, tant publics que privés. Nous affirmons que les EMF publics se sont enfermés dans une
logique en déphasage avec l’évolution de l’environnement et que les EMF privés tendent à
adopter progressivement les modalités institutionnelles. Notre volonté de présenter
l’expérience des deux types d’établissement de microfinance permet de confondre en filigrane
les approches welfariste et institutionnaliste.
Nous arrivons ainsi, à l’examen des pratiques des acteurs du marché de la microfinance, à
formuler des propositions empiriques nous permettant de modéliser notre objet de recherche.
Il faut retenir que ces propositions sont présentées de manière réfutable, conformément à
notre positionnement épistémologique.

332
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.1.3 Sur le plan méthodologique et épistémologique


Comme nous le savons, le terrain a une place importante dans le cadre de la démarche
méthodologique en sciences de gestion. Dans notre contexte de recherche, le déroulement de
la démarche a été marqué par des phases d’observation, de lecture documentaire, de collectes
d’informations et d’analyse de données. Ce processus itératif (allers et retours) a favorisé
l’enrichissement de la compréhension de notre objet de recherche et partant, garanti la
triangulation de nos résultats.

Notons à ce sujet que nos intuitions ont souvent obtenu des confirmations du terrain ou de la
littérature. Ces éléments confirmatoires se sont avérés complémentaires, et ont validé d’une
certaine manière nos résultats. Cette démarche faite d’allers et retours a suivi les étapes
suivantes :
- une observation, une intuition ;
- une première immersion dans le milieu des acteurs ;
- une étude qualitative exploratoire sous forme d’entretiens auprès d’un échantillon d’acteurs;
- une étude qualitative sous forme d’études de cas utilisant un guide d’entretien semi directif ;
- une revue de la littérature concernant les pratiques managériales et élaboration de quatre
dimensions ;
- la confrontation de nos résultats à la littérature ;
- la production de connaissances.
Notre réflexion a ainsi suivi la logique suivante :

333
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Cadre contextuel Motivations du choix de la thématique


L’expérience de l’institutionnalisation - Faible littérature sur les pratiques
du marché de la microfinance des TPE en contexte institutionnalisé,
portant sur les deux acteurs - Absence de financement des TPE par
principaux que sont l’EMF et la TPE les EMF

Une proposition générale


issue de l’observation du
terrain

Positionnement épistémologique
POSTIVISME

Approche exploratoire
Études de cas

Propositions réfutables Confrontations empirisme/théorie


- Modélisation de la coopération, - Théories contractualistes,
- Propositions issues du terrain - Théorie de la contingence,
- Théorie de conventions

-
- Des résultats sous forme de connaissances scientifiques,
- Des connaissances opérationnalisables.

Figure 10 : déroulement de notre recherche


Bien qu’axé sur une approche qualitative à visée exploratoire de type inductif, nous pensons
que notre travail peut être complété par une démarche quantitative qui viendrait enrichir la
connaissance à travers le test du corps théorique que nous avons bâti.
Toutefois, les contributions de notre recherche ne doivent pas occulter les limites inhérentes
aux choix que nous avons faits pour parvenir à nos fins.

334
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

3.2 Limites

De l’avis général de la communauté scientifique, les résultats obtenus dans toute recherche en
sciences de gestion comportent des limites et, l’étude qualitative ne se soustrait pas à cette
évidence.

3.2.1 Sur le plan méthodologique


Dans notre contexte, la première limite concerne le choix d’une démarche qualitative
inductive. Cela donne à notre thèse une impression de manque de test de nos modèles
empiriques et théoriques. Mais dans le cadre de cette étude, notre démarche ne peut être
qu’exploratoire. En effet, pour appréhender un phénomène rarement observé et
scientifiquement méconnu, cette perspective semble la plus appropriée.
La deuxième limite concerne la construction de notre échantillon qui présente une quantité
relativement faible. Il pourrait être sujet à caution, même si nous estimons que nos
interlocuteurs ont été d’une clarté appréciable, nous ne pouvons garantir que le fait de les
connaître n’apporte pas un quelconque biais.
La troisième limite concerne les cas des EMF que nous avons sélectionnés et plus
spécialement le non recours à une démarche d’observation participante qui aurait pu venir en
complément des entretiens contextualisés, susceptible d’apporter un éclairage approfondi des
comportements des EMF.
La quatrième limite porte sur le mode de collecte et d’analyse de données. En effet, les
entretiens n’ont pas été enregistrés et donc leur retranscription souffre peut-être d’une perte de
contenu.

Dans notre étude qui porte sur l’impact de l’institutionnalisation sur les modes de
coordination et de coopération, deux catégories d’acteurs principaux ont été interrogées lors
de la quête des données. La première est constituée de propriétaires-dirigeants de TPE
adoptant ou pas les règles de fonctionnement instituées par les autorités. L’exploitation de cet
échantillon a permis de restituer la réalité du discours des acteurs retenus.
La deuxième catégorie composée de responsables des établissements de microfinance
s’exprimant sur leurs comportements face à l’institutionnalisation du marché de la
microfinance nous a permis de mettre en évidence les différences organisationnelles des
acteurs selon leur nature, privée ou publique. Compte tenu du nombre limité d’entretiens
réalisés, le traitement des informations a été effectué manuellement et leur vérification a été

335
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

difficile à cause de l’opacité des pratiques. Ce risque a cependant été limité grâce la
consultation de données documentaires et à la connaissance de certains responsables qui ont
fait preuve de plus de clarté dans leur exposé des faits.

Même si on dit que la recherche qualitative comporte en général des limites, il faut tout de
même reconnaître que cette forme de collecte d’informations permet une meilleure analyse du
sens que les acteurs donnent à leurs pratiques. Elle retranscrit assez bien les systèmes et sous-
systèmes dans lesquels les acteurs évoluent.

3.2.2 Sur le plan théorique


La question de l’accompagnement des TPE est délicate et, nous avons pu le constater par sa
dimension beaucoup plus institutionnelle que relationnelle. Plusieurs raisons évidentes
peuvent être retenues pour justifier cet état de fait :
- la conformation des TPE aux dispositions légales ;
- les EMF sont tenus d’assurer leur viabilité en évaluant le risque à un niveau « zéro »,
d’où le choix des salariés à faible revenu comme clients ;
- nos résultats peuvent être sujets à caution sur ce plan du fait d’une modélisation
intuitive sans observation participante au processus pratique d’accompagnement.

Sur le plan théorique, les limites peuvent également porter sur les concepts qui font la part
belle à l’unique réglementation comme élément central de notre modélisation empirique.
L’aspect relationnel n’a pas été approfondi. Nous aurions certainement obtenu d’autres
éclairages.

3.3 Voies de recherche futures

Les limites relevées ci-dessus induisent des pistes nouvelles de recherche. En conséquence,
notre travail exploratoire commande la mise en œuvre de nouvelles démarches
complémentaires ou parallèles à la nôtre qui permettront d’approfondir les causes qui,
institutionnelles ou relationnelles, influencent les pratiques managériales des acteurs et
partant, déterminent le processus d’accompagnement des TPE par les EMF.
Ces pistes de recherche peuvent prendre une dimension méthodologique quantitative basée
sur des questionnaires destinés à fixer une chronologie et une mesure des variables. A cet
effet l’étude pourrait être menée sur un échantillon d’entreprises plus large. Elle pourrait

336
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

concerner des TPE de plusieurs régions. Par ailleurs une étude comparative sectorielle
pourrait apporter des résultats intéressants sur l’influence de la réglementation.

D’autre part, nous estimons que d’autres voies de recherche doivent s’ouvrir au travers de
travaux portant sur la typologie des TPE en vue de parvenir à un classement de ce type
d’organisation. Ces travaux porteront ainsi sur leur nature et leur hétérogénéité. Cette
démarche future apparaît comme féconde pour comprendre les motivations des différentes
TPE par secteur d’activité. Il est également important de chercher à mieux comprendre les
freins à l’institutionnalisation de ces entreprises dont l’expérience apparaît datée. Existe-il des
pesanteurs pour expliquer le maintien de cette posture, des logiques inavouées pour
contourner l’institutionnalisation ?

On voit bien que les pouvoirs publics conscients de cette situation souhaitent que les
entreprises irrégulières s’adaptent aux normes afin de renforcer l’entrepreneuriat pour une
croissance gabonaise et une résorption du chômage. Pour ce faire, des efforts sont entrepris
pour réguler le fonctionnement du marché et des acteurs. Il serait donc intéressant de voir sur
le terrain comment les acteurs se les approprient fondamentalement afin d’améliorer la
coopération. Plus précisément, quelles sont les TPE qui présentent des signaux plus
importants d’institutionnalisation ?

Nous pensons aussi intégrer dans nos futurs travaux de recherche, les particularités
territoriales afin de comparer ces spécificités locales dans leur dynamique de coopération. En
développant cette approche territoriale, nous allons chercher à établir les éléments d’influence
d’un contexte particulier sur les modes de coordination et de coopération.
L’ensemble de ces pistes de recherche se rattachent finalement aux trois éléments constitutifs
de notre modélisation (schéma 9) : les compétences institutionnelles et leurs liens avec
l’engagement, le degré de relation et la convergence réglementaire.

3.4 Les recommandations

Issus du terrain, il est souhaitable que les résultats de ce travail servent à apporter des
réponses aux questions qui se posent au marché de la microfinance. En identifiant les
exigences des EMF, nos résultats revêtent un caractère managérial évident. Nous avons deux
types de recommandations.

337
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

D’abord, des conseils en direction des TPE souvent laxistes dans la mise en place d’un
système d’information. Nous avons montré que plusieurs d’entre elles ne mesuraient pas
l’importance de produire des états comptables et financiers destinés à envoyer des signaux
aux EMF. Cette absence de « pratique normale » conduit à des incompréhensions rendant
impossibles la coopération. Nous souhaitons donc proposer la mise en place d’un programme
de formation en direction des propriétaires-dirigeants abrité par les chambres de commerce et
de l’artisanat, afin de familiariser les propriétaires des TPE à la comptabilité indispensable à
une reconnaissance les EMF. Enfin, il faudra ériger des Centre d’appui en gestion et
comptabilité des TPE afin de les accompagner dans l’externalisation de l’élaboration des états
financiers. Ces éléments sont à même de servir la coopération car, les EMF souhaitent
fortement avoir des dossiers d’emprunt bien renseignés.

Nous pensons ensuite que ces évolutions possibles pourront aider les EMF à modifier leur
perception de la TPE et, arriver à construire une relation plus humaine dans l’évaluation de la
demande de prêt, en ayant une meilleure visibilité. Par ailleurs, la mise en place d’une
Centrale de risques dans laquelle on retrouverait tous les engagements des TPE ayant
bénéficié d’un concours microfinancier permettrait de maîtriser de possibles opérations de
cavalerie. À un niveau administratif et fiscal, cette perspective trouve un écho positif dans la
volonté du gouvernement de développer le tissu des très petites entreprises dans un
environnement informationnel clarifié. En effet, l’existence et la clarté de l’information vont
permettre une meilleure lecture de l’activité des TPE et partant, pourront aider à
l’amélioration des normes jugées contraignantes par les TPE.

Nous retenons de ce chapitre qu’il a permis de produire des propositions logiques qui
découlent de l’observation de la réalisation de l’Engagement. Nous voyons que le modèle M1
justifie les propositions logiques et instrumentalise les comportements des acteurs.
Les analyses réalisées à la première section – sur la base de données collectées par entretien –
mettent à jour de fortes entre ces propositions logiques et les pratiques aussi bien des TPE que
des EMF. Ces analyses sont faites au moyen de méthodes de tri à plat et croisé notamment et
de classification hiérarchique.

Même si les similitudes ne sont pas parfaites, nous avons pu distinguer que les résultats de
l’étude empirique contribuaient à préciser les intuitions et les modèles inductifs.

338
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Conclusion de la deuxième partie

Cette seconde partie de notre travail avait pour objectif de répondre à nos questionnements
portant sur les déterminants influençant la coopération entre EMF et TPE. Nous nous sommes
attaché, dans un premier temps, à décrire marché de la microfinance.
Ensuite, de l’élaboration d’un corpus méthodologique devait s’ouvrir à une analyse qualitative de
données empiriques permettant d’approfondir les connaissances sur les pratiques managériales des
acteurs (EMF/TPE) confrontées à la réglementation et son incidence sur la coopération. Cette
analyse devait également mettre en lumière la matérialisation des comportements des EMF et TPE
observés en contexte gabonais.

Dans un deuxième temps, la mobilisation de quelques outils devait soutenir une manipulation
instrumentale des données en vue de fixer les déterminants qui influencent la coopération
EMF/TPE au Gabon. A cet égard, nous pouvons rappeler sur l’ensemble des quelques travaux
traitant de la microfinance au Gabon que l’impact de l’institutionnalisation sous l’angle de la
coopération n’a jamais été évoqué.
Nous nous sommes concentré sur cette problématique principale car cette question est au coeur
des débats. Nous avons donc réalisé un travail de terrain sous forme d’étude de cinq cas
d’établissements de microfinance et de cinquante très petites entreprises qui nous a permis de
mettre en évidence les variables issus des données du terrain et déterminant coopération.
La troisième étape de cette démarche a consisté à confronter les résultats à un cadre théorique
riche en approches variées et complémentaires, nous permettant de lier les éléments théoriques
mis en évidence dans la première partie et concernant essentiellement la coordination interne et la
coopération face à la pression institutionnelle et son impact sur l’engagement. Nous parvenons à
une modélisation de la possibilité d’engagement.
L’intérêt de ce travail est de produire des connaissances facilement généralisables dans l’optique
d’un élargissement de la recherche en vue d’améliorer les modes de pratiques des acteurs. Nous
projetons de proposer des solutions visant à améliorer les pratiques managériales des TPE et
d’amener les EMF à adapter leurs exigences.

339
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Conclusion générale

341
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

342
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Nous nous sommes attaché dans cette recherche à répondre au questionnement de l’impact de
la réglementation sur la coordination interne et la coopération des TPE et des EMF. Mais il
faut dire qu’il s’agit beaucoup plus d’une étape que d’un achèvement. Bien qu’ayant
contribué à éclairer les pratiques des acteurs du marché de la microfinance en contexte
institutionnalisé, nous avons l’ambition de nous inscrire dans la remise en question du
paradigme dominant en sciences de gestion qui a été celui de considérer la très petite
entreprise comme une entité négligeable. Modestement, nous espérons avoir ajouté notre
pierre à l’édification de cette nouvelle vision. Notre travail de recherche s’inscrit dans une
démarche en reconnaissance de la TPE comme acteur du développement dans les régions
subsahariennes.

Plus précisément, cette thèse porte sur l’étude de l’impact de la réglementation sur
l’institutionnalisation du marché de la microfinance et ses effets sur les pratiques
managériales des acteurs que sont la TPE et l’EMF dans le contexte gabonais. La recherche
qui en découle, trouve son origine dans le constat suivant : malgré l’institutionnalisation du
marché de la microfinance, la coopération entre les établissements de microfinance et les très
petites entreprises a du mal à se concrétiser alors que les TPE montrent un dynamisme et une
viabilité qui laissent circonspect plus d’un observateur avisé. Pour ce faire, nous avons
poursuivi des objectifs qui nous ont permis d’obtenir des résultats par rapport à nos
questionnements.

L’objectif de la présente recherche était de contribuer à la compréhension de l’impact de


l’institutionnalisation du marché de la microfinance dans le développement de ce secteur à
partir d’une analyse des comportements des TPE et EMF. La question de recherche a donc été
formulée de la manière suivante : comment les pratiques de coordination et de coopération
des TPE et des EMF se développent-elles sous la pression de la réglementation ?
Notre recherche, centrée sur les pratiques des acteurs face aux contingences de
l’environnement institutionnel, s’est proposée d’aborder la question des pratiques
managériales sous un angle organisationnel et donc, se concentrer sur le comportement des
acteurs du marché réglementé de la microfinance.

Dans cette perspective, il ne s’agit plus de qualifier uniquement la norme, mais tenter
d’identifier les modes opératoires estimés garantir la pérennité de l’organisation.

343
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

De manière particulière, cette recherche s’est attachée à :


- Analyser le fonctionnement réglementaire du marché de la microfinance au Gabon ;
- Analyser le cadre réglementaire de la très petite entreprise ;
- Établir le lien entre la réglementation du marché et les pratiques de gestion et de
coopération EMF/TPE.

Pour le premier objectif, nous pouvons dire que notre recherche a réussi à la restituer dans sa
réalité fonctionnelle. En effet, nous avons pu fournir des éclairages sur l’encadrement des
activités microfinancières. Pour le deuxième objectif, l’analyse du cadre réglementaire a
permis de faire apparaître le corpus institutionnel qui encadre le fonctionnement des TPE.
L’approfondissement de la question a pu fournir des éclairages sur les facteurs d’inclusion de
la TPE dans un système simplifié de production d’informations comptables. Enfin, en ce qui
concerne le troisième objectif, nous avons pu établir sur la base d’éléments empiriques que la
réglementation influençait la coordination et la coopération des acteurs. Globalement, ce
travail de recherche a connu deux temps importants.

Dans un premier temps nous nous sommes employé à présenter les aspects théoriques et
conceptuels de la recherche. Pour cela, la démarche a consisté à donner une explication
théorique permettant la lecture des mécanismes organisationnels à partir des théories
contractualistes des organisations. Celles-ci abordent la question de l’isomorphisme des
comportements des acteurs comme source d’efficacité des organisations à travers les pratiques
managériales en contexte institutionnalisé. Mais cette première mobilisation théorique n’a pas
suffi à expliquer principalement le comportement des TPE placées sous la pression
réglementaire. Aussi avons-nous mobilisé un corpus théorique complémentaire (théorie de la
contingence et approche conventionnaliste) afin de mieux cerner l’impact de la
réglementation sur les attitudes et comportements des acteurs.
De la mobilisation de cette revue de la littérature, on peut constater un décalage entre les
pratiques des acteurs avec des facteurs explicatifs non élucidés à cause de la faiblesse du
nombre de recherche relatif à l’impact de l’institutionnalisation sur les pratiques managériales
des acteurs du marché de la microfinance.

Dans un deuxième temps, grâce aux entretiens semi-directifs, l’étude empirique menée auprès
des responsables des EMF et des propriétaires-dirigeants des TPE, a permis d’identifier les
facteurs agissant sur leurs comportements au niveau de la coordination et de la coopération.

344
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

La recherche exploratoire ainsi engagée, ajoutée à cela, les conclusions de la première phase,
nous ont permis de formuler des propositions. Celles-ci se divisent en deux catégories :
institutionnelles et opérationnelles. Elles émergent de l’étude exploratoire grâce à
l’illustration par la modélisation du processus d’engagement. La mise en œuvre de la
méthodologie a été faite à travers des représentations statistiques dans lesquelles la variable à
expliquer est l’engagement.

La viabilisation du marché de la microfinance est un enjeu majeur pour le développement


économique et social du Gabon. Les autorités politiques et monétaires reconnaissent à la
microfinance son rôle de vecteur de promotion de l’entrepreneuriat, à travers sa capacité, ses
modes de coopération dans les secteurs en devenir de l'économie, comme l'agriculture et le
commerce. Toutefois, l’engouement actuel n’est pas accompagné de moyens adaptés pour
développer ses possibilités d'épanouissement de l’entrepreneuriat. L'inadéquation du cadre
juridico-financier se reflète dans les conditions d'accès souvent difficiles, pour les TPE, aux
ressources de financement.

Sur le plan des stratégies et des politiques, le financement de la TPE, en particulier par le biais
des EMF n’a toujours pas bénéficié d'une attention particulière, dictée par une volonté dotée
d'un réel développement. Par ailleurs le statut juridique, les mentalités et cultures
traditionnelles qui subordonnent l’environnement économique, réduisent l'exercice du libre
choix des opportunités de financement qui concourent à son épanouissement et à sa
participation effective à la vie de la collectivité.
Les barrières d'accès aux financements bancaires, l'importance des garanties matérielles, la
faible bancarisation des zones rurales écartent bon nombre d’acteurs potentiels du marché des
capitaux, en raison de la précarité de leurs conditions sociales et économiques. A cela s’ajoute
le manque de pertinence des politiques nationales de promotion de l’entrepreneuriat qui n'ont
pas su combler les insuffisances du système financier classique.

Les stratégies nationales qui visent la croissance économique et la réduction de la pauvreté


devraient mettre au centre de ses axes d'intervention, une politique de financement spécifique
des TPE qui reflète la place qu'elle occupe dans la vie socio-économique du pays et le rôle
qu’elle joue dans la résorption du chômage.
Cette politique devrait être aussi un des axes des stratégies de mise en œuvre des objectifs du
millénaire. Le budget national et l'aide extérieure accordée aux secteurs qui touchent l'appui

345
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

des initiatives des communautés à la base et notamment les activités génératrices de revenus
du monde rural, devraient connaître une augmentation substantielle.
A cet effet, la volonté marquée du gouvernement devrait entre autres privilégier le
financement des besoins liés à ces secteurs. Par ailleurs, le faible accès des TPE au crédit en
général est consécutif à des contraintes de nature socio-juridique qui appellent des stratégies
politiques appropriées, notamment au travers de la modernisation des lois.

Pour cela, la mise en place d'une institution de refinancement des EMF, constituée à la base
de fonds publics pourrait contribuer à élargir les capacités d'investissement des EMF et
favoriserait davantage l'amélioration de la productivité et la compétitivité de l'économie.
Toutefois, le fonds de garantie des financements actuel serait plus utile en ouvrant ses
possibilités aux TPE. Ainsi l'Etat laisserait aux institutions financières le rôle de financement
tout en partageant le risque des crédits octroyés aux TPE avec des actes simplifiés.

Nous avons pu établir que, grâce à la souplesse des critères d'accès aux crédits, aux facteurs
de proximité et de solidarité qui caractérisent les tontines, à l'absence de barrières juridico-
administratives contraignantes, la majorité des TPE finançaient leurs activités commerciales à
travers des circuits informels. Le système de microfinance qui a bâti ses fondements sur les
valeurs sociales à l'image des tontines, est apparu comme l'instrument le plus approprié pour
le financement des besoins des populations à faible revenu et notamment les femmes. Cela
s’est matérialisé, dans la zone CEMAC, par la mise en place de mécanismes organisationnels
inspirés en partie des systèmes tontiniers. Des outils spécifiques devraient pouvoir compléter
ces dispositifs afin de répondre aux attentes d’un entrepreneuriat souvent en décalage
institutionnel.

Par ailleurs, si le paradigme du développement social dans sa version engagée devait


s’imposer non seulement dans le discours (ce qui semble maintenant le cas, au moins dans les
milieux politiques et associatifs) mais aussi dans la pratique (ce qui ne semble pas aller de
soi), cela entraînerait un élargissement et un approfondissement de l’économie plurielle,
notamment par l’articulation des dimensions sociale, économique et environnementale.
Aujourd’hui, la microfinance se doit de réaliser un saut qualitatif.

Dans un premier temps, nous avons examiné comment les théories contractualistes et la
théorie néo-institutionnelle rendaient compte de la microfinance selon ses diverses

346
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

dimensions. Dans un deuxième temps, à partir de recherches documentaires sur le contexte


gabonais, nous avons cherché à voir quel pourrait être l’avenir de la microfinance au Gabon
dans l’hypothèse où le nouveau paradigme de développement serait celui de
l’institutionnalisation. Ce qui a exigé une revue de littérature non seulement sur les apports
théoriques mais aussi sur le développement des institutions, notamment dans leur rapport à la
viabilité du marché microfinancier.
Cela nous a amené à nous interroger sur la place et la reconnaissance que
l’institutionnalisation accorde aux acteurs du marché de la microfinance en termes
d’opportunités et de contraintes. Une seconde question a été alors de savoir, comment
influence-t-elle les modes de coordination (pratiques) au sein des TPE et des EMF et de
coopération (comportements) entre les TPE et les EMF.
Comme nous l’avons vu, les notions mises en avant par ces approches théoriques, telles que
celles d’organisation, d’institution, de réseaux, de capital social, de confiance, d’identité,
d’apprentissages collectifs, etc., peuvent être mobilisées pour rendre compte des diverses
dimensions du marché de la microfinance.
Par ailleurs, si le non-interventionnisme de l’Etat est considéré comme une forme
d’impartialité, il n’est pas possible de faire l’impasse sur l’institutionnalisation qui s’impose
comme un paradigme d’avenir, après plus de trois décennies de débats et de réflexions sur la
libéralisation économique.
Ce paradigme propose de repenser les rapports non seulement entre l’économie (pour en faire
un moyen) et le social (pour en faire une finalité). De plus, il élargit également les formes de
solidarité non seulement avec les plus démunis du temps présent mais aussi avec les
générations à venir de sorte que la réduction des inégalités sociales et géographiques sur un
territoire donné représente également une priorité. Ce paradigme, qui s’impose de plus en plus
à tous, ne fait pas disparaître les conflits mais en identifie les besoins qui s’imposent aux
acteurs individuels et collectifs.
L’intérêt de la recherche en vue d’analyser l’institutionnalisation de la microfinance au Gabon
consiste à affirmer que l’adoption, par les acteurs, des dispositifs réglementaires, peut
entraîner de meilleures pratiques et partant, la pérennité du secteur.
De la phase exploratoire de notre travail de recherche se profilent plusieurs résultats non
négligeables. De manière générale, en ce qui concerne le TPE, on note l’intérêt pour ce type
d’organisation à être visible même si son institutionnalisation est souvent partielle. Cette
démarche des TPE s’intègre dans un processus d’institutionnalisation par étapes. Cette

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L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

posture permet à la TPE de garantir sa viabilité sauf qu’elle ne suffit pas à établir une certaine
confiance auprès des EMF à même de déboucher sur une coopération.
Pour ce qui est des EMF, on note une forte volonté d’institutionnalisation car, tout
manquement grave conduit à la faillite. C’est ce qui a provoqué la disparition des EMF
publics.

Ainsi, le respect de la réglementation apparaît comme un préalable et constitue un point


d’achoppement justifiant le degré de coopération EMF/TPE. Néanmoins, malgré le faible taux
de coopération entre ces deux acteurs principaux, les TPE mettent en place des stratégies
organisationnelles qui assurent leur pérennité. Soumises à diverses pressions institutionnelles,
les TPE y répondent par des modes de coordination spécifiques qui s’inscrivent dans un
objectif de survie. Même s’il n’est pas vérifié que le respect total de la réglementation influe
sur l’organisation de la TPE, les résultats de l’étude exploratoire soulignent majoritairement
que l’aspect réglementaire agit directement sur les choix décisionnels du propriétaire-
dirigeant de la TPE.

Au terme de ces approches théorique et contextuelle, nous demeurons conscient de n’avoir pu


cerner toutes les difficultés au développement de la microfinance et les solutions pour y
remédier. Mais il n’empêche que notre travail de recherche pourrait déboucher sur des pistes
de solutions et partant, amener les autorités du pays à mieux prendre conscience du
renforcement des capacités du marché à travers des institutions adaptées et pragmatiques.

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Annexes

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ANNEXE 1 : REGLEMENT DE L’ORGANISATION DE


LA MICROFINANCE

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ANNEXE 2 : REGLEMENT FORMES JURIDIQUES EMF

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ANNEXE 3 : REGLEMENT NORMES PRUDENTIELLES

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ANNEXE 4 : REGLEMENT FONDS PATRIMONIAUX EMF

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ANNEXE 5 : REGLEMENT FONDS PROPRES EMF

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Acronymes

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APEMFG : Association Professionnelle des Etablissements de Microfinance au Gabon


ART GOLD : Appui aux Réseaux Territoriaux pour la Gouvernance Locale et
Développement
BAD : Banque Africaine de Développement
BCCI : Bank of Credit and Commerce International
BEAC : Banque des Etats de l’Afrique Centrale
BGD : Banque Gabonaise de Développement
BGFI : Banque Gabonaise et Française Internationale
BICIG : Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Gabon
BTP : Bâtiments et Travaux Publics
CDE : Centre de Développement des Entreprises
CECAG : Caisse d’Epargne et de Crédit de l’Association des Assistants de services sociaux
du Gabon
CEFEC : Caisse d’Epargne et de Crédit des Femmes du Moyen-Ogooué
CEMAC : Commission Economique et Monétaire d’Afrique Centrale
CNC : Conseil National du Crédit
CNP : Comité National de Pilotage
CNPMF : Cellule Nationale de Promotion de la Microfinance
COBAC : Commission Bancaire d’Afrique Centrale
COFINEST : Compagnie Financière de l’Estuaire
EGEP : Enquête Gabonaise pour l’Evaluation et le suivi de la Pauvreté
EMF : Etablissement de Microfinance
FAGA : Fonds d’Aide et de Garantie
FCFA : Franc des Communautés Financières d'Afrique
FINAM : Financière Africaine de Micro-projets
FODEX : Fonds de Développement et d’Expansion
IDH : Indice de Développement Humain
OHADA : Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
ONU : Organisation des Nations Unies
PDAMG : Projet d’Appui au Développement du Microcrédit au Gabon
PME : Petite et Moyenne Entreprise
PMI : Petite et Moyenne Industrie
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PROMOGABON : Agence Nationale de la Petite et Moyenne Entreprise
SFD : Systèmes de Financement Décentralisé
SMT : Système Minimal de Trésorerie
TPE : Très Petites Entreprises
UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
UMAC : Union Monétaire d’Afrique Centrale
UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture
UNIFEM : Fonds des Nations Unies pour la Femme
UNOPS : Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets

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Représentations graphiques,
schémas, tableaux

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TABLEAUX
Tableau 1 : Comparaison des taux entre banques commerciales, Institutions de microfinance
et prêteurs informels, p. 65.
Tableau 2 : Évolution des établissements de microfinance en Zone CEMAC, p. 206.
Tableau 3: Catégorie des EMF, p. 238.
Tableau 4 : Caractéristiques générales des TPE, p. 244.
Tableau 5 : Synthèse de la durée des entretiens, p. 249.
Tableau 6 : Synthèse des verbatim, p. 251.
Tableau 7 : Centralisation des données relatives aux TPE, p. 254.
Tableau 8 : tableau de degré des pratiques managériales des TPE, p. 255.
Tableau 9 : réponses, p. 259.
Tableau 10 : verbatim, p. 259.
Tableau 11 : variables, p. 260.
Tableau 12 : La sélection des variables pour condensation des données TPE, p. 261.
Tableau 13 : Variables retenues après condensation, p. 262.
Tableau 14 : Composition et détermination des dimensions thématiques, p. 263.
Tableau 15 : résumé des données générales relatives aux TPE, p. 266.
Tableau 16 : codification des variables, p. 266.
Tableau 17 : Typologie des TPE, p. 268.
Tableau 18 : Synthèse de la perception des dimensions, p. 272.
Tableau 19 : Mode de dichotomisation, p. 278.
Tableau 20 : Tableau de dichotomisation, p. 280.
Tableau 21 : Répartition des TPE par secteur d’activité, p. 293.
Tableau 22 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur, p. 293.
Tableau 23 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « commerce »,
p. 294.
Tableau 24 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « BTP », p.
294.
Tableau 25 : L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur « services », p.
294.
Tableau26:L’isomorphisme mimétique comme dénominateur dans le secteur
« informatique », p. 294.
Tableau 27 : Intention de mise à jour fiscale à court terme, p. 295.
Tableau 28 : Identification des pratiques induites de l’analyse (des TPE), p. 297.
Tableau 29 : Comparatif des pratiques managériales des TPE, p. 299.
Tableau 30 : Statut juridique des TPE, p. 300.
Tableau 31 : Inscription des TPE au registre des services des impôts, p. 301.
Tableau 32 : Typologie des TPE, p. 301.
Tableau 33 : Profilage des TPE, p. 302.
Tableau 34 : La mise en œuvre d’un Système d’Information Comptable, p. 303.
Tableau 35 : Importance du Chiffre d’affaires (CA) au sein des TPE, p. 304.
Tableau 36 : Adoption du Système d’Information Comptable par la TPE, p. 307.
Tableau 37 : effectifs des TPE, p. 308
Tableau 38 : Déclaration des employés à la Sécurité Sociale, p. 309.

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Tableau 39 : Importance accordée à la qualification des employés de TPE, p. 311.


Tableau 40 : Les facteurs contingents influençant le microfinancement des TPE, p. 313.
Tableau 41 : âge des TPE...........315
Tableau 42 : Inscription des TPE au registre des impôts et contributions directes, p. 315.
Tableau 43 : la motivation de régularisation, p. 315.
Tableau 44 : Paiement des salaires à partir des revenus des activités, p. 316.
Tableau 45 : niveau des pratiques managériales des TPE, p. 317.
Tableau 46 : Principales caractéristiques de l’échantillon des EMF publics et privés, p. 318.
Tableau 47 : comparatif des pratiques managériales des EMF, p. 319.
Tableau 48 : Mode de financement des TPE, p. 324.

FIGURES
Figure 1 : Construction de l’objet de recherche, p. 23.
Figure 2 : Les étapes de la démarche scientifique, p. 25.
Figure 3 : Cadre conceptuel pour une étude empirique des pratiques managériales, p. 117.
Figure 4 : Dynamique intuitive dans un continuum “Observation particulière – généralisation
de l’observation”, p. 224.
Figure 5 : Les phases de traitement des données, p. 264.
Figure 6 : Arbre hiérarchique illustrant la caractérisation des TPE, p. 267.
Figure 7 : La compréhension et la « thématisation » des discours, p. 269.
Figure 8 : Histogramme évaluant importance des variables explicatives, p. 282.
Figure 9 : déroulement de notre recherche, p. 333.

SCHEMAS
Schéma 1 : le construit du Prêt collectif, p. 95.
Schéma 2 : traitement de l’information comptable, p. 156.
Schéma 3 : processus de l’engagement de coopération vu sous l’angle des pratiques, p. 159.
Schéma 4 : Modélisation de l’impact règlementaire sur la coordination et la coopération des
acteurs du marché de la microfinance, p. 163.
Schéma 5 : Le processus d’accompagnement, 164.
Schéma 6 : le processus de coopération par la confrontation des pratiques managériales, p.
222.
Schéma 7 : la dynamique de recherche, p. 237.
Schéma 8 : Le processus d’engagement, p. 275.
Schéma 9 : Processus de légitimation institutionnelle des pratiques managériales, p. 314.

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Table des matières

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Introduction générale 13
Contexte, justification et intérêt de la recherche 15
Objet de recherche 20
Objectifs de recherche 22
Positionnement épistémologique et mobilisations théoriques 24
Protocole de recherche 24
Enjeux de la recherche 25
L’architecture de la thèse 26

Première partie : Emergence et organisation réglementaire du marche de la


microfinance : éclairages théoriques 33

Chapitre 1 - Les théories contractualistes des organisations et la microfinance…. 37


Section 1 : La Théorie des Coûts de Transaction 40
1.1 Définition du coût de transaction 40
1.2 Les caractéristiques des coûts de transaction 41
1.2.1 Les caractéristiques comportementales : la rationalité limitée 41
1.2.2 Les caractéristiques de l’environnement : l’incertitude 42
1.2.3 Les caractéristiques des transactions : spécificité et fréquence 43
1.3 Les apports de la théorie des coûts de transaction 43
Section 2 : La Théorie des Droits de propriété 44
2.1 Définition des droits de propriété 44
2.2 Firme et droits de propriété 45
Section 3 : La Théorie d’Agence 48
3.1 Présentation de la théorie de l’agence 48
3.2 A l’aune des pratiques bancaires 50
3.3 La sélection adverse 52
3.4 L’Aléa moral 54
Section 4. Les modes de financement alternatif 57
4.1 Les structures de financement en périphérie du marché bancaire 58
4.1.1 Les tontines 58
4.1.2 Les Coopératives 59
4.1.3 La Grameen 60
4.1.4 Les organisations non gouvernementales 62
4.1.5 Les organismes microfinanciers étatiques 63
4.2 Les sources de financement à caractère individuel 63
4.2.1 Les prêteurs individuels 63
4.2.2 Les prêteurs à gages 64
Section 5 : Réduction de l’incomplétude, les limites de la Théorie d’Agence (TA) et justification de la
réglementation 64
5.1 Une meilleure maitrise de l’asymétrie d’information 65
5.1.1 Au niveau des organisations à caractère coopératif 65
5.1.2 Au niveau des organisations à caractère individuel 66
5.1.3 La diminution du risque d’aléas 67
[Link] Sélection adverse 67
[Link] L’aléa moral 67
5.2 Les limites 68
5.3 Justification de l’institutionnalisation

Chapitre 2 – La théorie néo-institutionnelle (TNI) et la microfinance : prolongement


par approches contingente et conventionnaliste 79
Section 1 : Fondements théoriques et conceptuels de la Théorie Néo-Institutionnelle 81
1.1 Aux origines de l’approche néo-institutionnelle 81
1.2 Concept d’institutions 83
1.3 Les micro-institutions 84
1.4 La notion d’efficacité des institutions 86
1.5 Vers une logique bancaire « socialisante » 87
1.5.1 Le rationnement du crédit 87
1.5.2 La minimisation du risque 88
Section 2. Réinterprétation de la problématique de recherche à la lueur de la Théorie Néo-Institutionnelle 89

441
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

2.1 La genèse néo-institutionnelle de la microfinance 90


2.2 La limitation des asymétries d’information par la responsabilité conjointe des membres du 93
groupe de prêt de caution solidaire
2.3 Le prêt collectif : capital social et mode de « good governance », sources de performance 95
Section 3 : Comportements et processus de coopération du prêt de groupe à caution solidaire 97
3.1 L’efficacité relative du prêt collectif et les contraintes contextuelles 98
3.1.1 La prégnance du « court-termisme » 98
3.1.2 Les exigences communautaires 99
3.1.3 L’asymétrie des positions sociales 99
3.2 Éclairages sur les comportements coopératifs 100
3.2.1 La prégnance collective et son ambivalence 101
[Link] L’articulation entre intérêts individuels et finalité collective 101
[Link] Le degré d’interdépendance et de coopération 102
[Link] L’articulation endogène et exogène 102
3.2.2 La cohésion sociale et l’instrumentalisation de la caution solidaire 103
[Link] Le risque des groupes artificiels et la cohésion sociale 103
[Link] L’impact des incitations 105
3.2.3 La confiance 106
[Link] La confiance à l’aune de la relation financière 107
[Link] Confiance et proximités 108
3.3 Les limites du prêt coopératif 110
3.3.1 Le défaut stratégique 110
3.3.2 Les dispositifs de microfinance comme « zones d’influence » 111
3.4 Redéfinition institutionnelle des pratiques des acteurs du marché de la microfinance à l’aune 112
des approches contingente et conventionnaliste
3.4.1 Une lecture contingente de la structuration et pratiques managériales des TPE 112
3.4.2 L’éclairage de l’action de coopération par le courant conventionnaliste 118

Chapitre 3 – L’émergence réglementaire des acteurs du marché de la microfinance 123


Section 1 : L’approche théorique de la réglementation 127
1.1 Définitions et justifications de la réglementation 127
1.1.1. Définitions 127
1.1.2. Justifications 128
1.2 Le rôle des réglementations 129
1.2.1. La réglementation prudentielle 130
1.2.2. La réglementation non prudentielle 131
1.3 Les effets de la réglementation sur la coordination 133
1.3.1. Une perspective des effets de la réglementation sur la structure financière 133
1.3.2. Un éclairage de la réglementation par des travaux empiriques 136
Section 2 : L’architecture de la Réglementation COBAC et la spécificité TPE du Traité OHADA 138
2.1 Le dispositif COBAC 138
2.1.1 L’encadrement et le contrôle de l’activité 140
2.2 L’inclusion réglementaire des TPE : le Traité OHADA 143
2.2.1 La justification du système comptable OHADA applicable aux TPE 145
2.2.2 Le Système Minimal de Trésorerie(SMT) 146
A. Caractéristiques et champ d’application 146
B. La pertinence du cadre comptable OHADA pour la TPE 146
C. Les exigences du Système Minimal de Trésorerie 147
Section 3 : Portées réglementaires sur les pratiques managériales des acteurs 148
3.1. Approches conceptuelles des pratiques 149
3.1.1. La notion de pratique 149
3.1.2. Le management 150
3.1.3. Les pratiques managériales 151
3.2. L’effet réglementaire sur les pratiques des établissements de microfinance 152
3.3. L’effet réglementaire sur les pratiques managériales des TPE 154
3.4 L’effet réglementaire sur la coopération EMF-TPE 157
3.4.1 Homogénéisation et légitimation 160
3.4.2 Réglementation et pratiques coopératives des acteurs 161

Conclusion de la première partie 167

442
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Deuxième partie : Analyse empirique de l’impact de la réglementation sur les acteurs


du marché de la microfinance 169

Chapitre 1 – Le marché microfinancier gabonais : de la coordination interne à la


coopération des acteurs 175
Section 1 : Typologie, caractéristiques institutionnelles et pratiques managériales des TPE 179
1.1 - Généralités et typologies 179
1.2 Vers une définition de la TPE 181
1.2.1 La dimension locale de la TPE 182
1.2.2 Difficultés et fonctionnement de la TPE 183
1.3 Les pratiques managériales des TPE 187
Section 2 - Caractéristiques institutionnelles et organisationnelles des organismes de microfinance 190
2.1 Les organismes d’Etat 192
2.1.1 Le Fonds d’Aide et de Garantie aux Petites et Moyennes Entreprises (FAGA) 193
2.1.2 L’agence de Promotion de la petite et moyenne entreprise (Promogabon) 196
2.1.3 Le Fonds d’expansion (FODEX) 198
2.1.4 Les acteurs de la microfinance face aux limites du secteur 199
2.2 Les EMF à caractère privé 203
2.2.1 La Caisse d’Epargne et de Crédit de l’Association des Assistants de Services
Sociaux du Gabon (CECAG) 204
2.2.2 La Caisse d’Epargne et de Crédit des Femmes du Moyen OGO-FEMO (CEFEC) 205
2.2.3 Financière Africaine de Micro-projets (FINAM) 205
2.3 Les programmes d’appui 206
2.3.1 Le Projet d’Appui au Développement du Microcrédit au Gabon (PADMG) 206
2.3.2 Le programme « Appui aux Réseaux Territoriaux pour la Gouvernance Locale et
développement (ART GOLD Gabon) 207
Section 3 : Les instances de contrôle de la microfinance 209

Chapitre 2 – Epistémologie et méthodologie d’investigation pour une modélisation 223


Section 1 : Positionnement épistémologique : Le protocole de recherche 223
1.1 La posture épistémologique : le paradigme positiviste 223
1.1.1 Justification de notre positionnement épistémologique 225
1.2 La méthodologie d’investigation 226
1.2.1 La stratégie générale de la recherche : l’étude de cas 227
1.2.2 Le caractère exploratoire de notre recherche 228
1.2.3 Le cadre épistémique 229
Section 2 : Outils et étapes du traitement des données 230
2.1 L’approche qualitative exploratoire 230
2.2 Mise en œuvre des constructions du terrain et des outils de recherche 232
2.2.1 L’échantillonnage 232
2.2.2 L’accès aux firmes 235
2.2.3 La collecte des données 235
[Link] Au niveau des EMF 237
[Link] Au niveau des TPE 239
2.3 Mise en œuvre de l’outil de recueil de données 239
2.3.1 Le guide d’entretien semi-directif : présentations 241
[Link] Entretien des TPE 242
2.3 .1.2 Entretien des EMF 245
2.3.2 Les entretiens 248
2.3.3 La revue documentaire 256
2.4 Modes d’exploitation et de traitement des données 257
2.4.1 La codification 258
2.4.2 Interprétation analytique des données 264
Section 3 : Modélisation empirique de la coopération EMF/TPE 270
3.1 L’engagement : émergence et pression réglementaire 271
3.2 Modélisation : l’influence de la convergence des pratiques managériales 273
3.2.1 La justification de l’engagement 273
3.2.2 La modélisation de la coopération (engagement) à travers le prisme de la QCA 276
[Link] QCA et arbre de décision par induction 277

443
L’institutionnalisation du marché de la Microfinance : le cas du Gabon Simon PETER

Chapitre 3 : Interprétation, discussions, contributions, limites et voies de recherche 287


Section 1 : Interprétations et analyses des principaux résultats 291
1.1 Études de cas des très petites entreprises (TPE) 291
1.1.1 Caractéristiques générales des TPE 292
1.1.2 Caractéristiques managériales 297
a. La conformité réglementaire 300
b. Le système d’information comptable 302
c. La valeur des ressources humaines 307
d. La gestion des risques opérationnels 309
e. Les conséquences des pratiques managériales des TPE sur le 312
microfinancement des activités des TPE
1.1.3 Perspectives des TPE 314
1.2 Études de cas des établissements de microfinance (EMF) 318
1.2.1 Caractéristiques générales de l’échantillon des EMF 318
1.2.2 Caractéristiques managériales des EMF 319
Section 2 : Confrontation empirico-théorique et discussions 322
Section 3 : Apports de la recherche 327
3.1 Les contributions 327
3.1.1 Sur le plan théorique 327
3.1.2 Sur le plan conceptuel 331
3.1.3 Sur le plan méthodologique et épistémologique 332
3.2 Limites 334
3.2.1 Sur le plan méthodologique 334
3.2.2 Sur le plan théorique 335
3.3 Voies de recherche futures 335
3.4 Les recommandations 336

Conclusion de la Deuxième partie 339

Conclusion générale 341

Références bibliographiques 349


Annexes 393
Acronymes 431
Représentations graphiques, schémas, tableaux 435
Table des matières 439

444

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