Dissertation
Une bibliothèque est une concentration de connaissances acquises à
travers le temps. En Afrique celles-ci sont détenues par les personnes du
troisième âge dont la mort serait donc synonyme de leur perte. C’est justement
ce qui amène Amadou Hampâté Bâ à déclarer que : « En Afrique quand un
vieillard meurt c’est toute une bibliothèque qui brûle ». En quoi la mort des
vieillards est une grande perte de connaissances ? La mort d’un vieillard
représente-t-elle forcément la perte des connaissances ?
Les vieillards en Afrique sont les gardiens de la tradition orale. Ils sont les
narrateurs vivants des récits, des contes et des mythes qui ont façonné l'identité
culturelle des communautés. Comme l'a souligné l'écrivain africain Chinua
Achebe : « Dans le monde oral africain, les vieillards sont les gardiens de
l'histoire, ils portent la sagesse du passé et la transmettent aux générations
futures. »
En outre, les vieillards africains détiennent une diversité de connaissances,
allant de la médecine traditionnelle à la compréhension approfondie de
l'environnement. La citation rappelle que chaque décès d'un aîné entraîne la
perte d'une perspective unique et précieuse. Ngũgĩ wa Thiong'o, écrivain
kényan, a souligné ce point en déclarant : « La mort d'un vieillard en Afrique,
c'est la destruction d'une bibliothèque qui renferme les savoirs ancestraux, les
secrets de la nature et les remèdes traditionnels. »
La mort des vieillards serait donc une perte de connaissances de grande
valeur mais cela ne l’est pas obligatoirement.
La perte d'un vieillard ne doit pas être perçue comme la perte d'une
bibliothèque entière, mais plutôt comme une invitation à écouter une pluralité de
voix. La romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie souligne
l'importance de cette diversité en déclarant : "Le problème avec les stéréotypes
n'est pas qu'ils soient faux, mais qu'ils sont incomplets. Ils simplifient. C'est un
seul récit qui devient la seule histoire."
De plus les vieillards ne sont pas nécessairement des gardiens de sagesse
universelle. Ngũgĩ wa Thiong'o, écrivain kényan, a souligné cette nuance en
affirmant : « La sagesse d'un vieillard peut être précieuse, mais elle ne doit pas
être acceptée sans discernement, car elle peut être teintée de subjectivité et de
préjugés. »
L’adhésion stricte à la sagesse traditionnelle pourrait entraver le progrès et
l'évolution. L'écrivain et philosophe sénégalais Léopold Sédar Senghor a
exprimé cette idée en disant : « La tradition, certes, c'est la sécurité. Mais elle est
une sécurité qui peut devenir un carcan, et qui, telle qu'on la comprend
d'ordinaire, ne sert qu'à fixer dans l'immobilisme. »
En somme les vieillards sont en effet une source de connaissances
inestimable mais cela n’est pas à exagérer et on pourrait bien éviter les méfaits
de leur mort de plusieurs façons. Personnellement je pense que voire leur mort
comme une bibliothèque qui brûle n’est pas raisonnable. L’acceptation et la
considération de la valeur des vieillards et de leurs limites ne serait-elle pas
finalement une ouverture sur un monde plus vaste car oui le plus importe pour
l’homme c’est l’évolution.