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Exécution des décisions en droit OHADA

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CONSEIL SUPERIEUR DE LA MAGISTRATURE

SECRETARIAT PERMANENT
ET
INSTITUT NATIONAL DE FORMATION JUDICIAIRE

FORMATION INITIALE DE NOUVEAUX MAGISTRATS

L’EXECUTION EN DROIT OHADA.

Par :
1. Dr. MALAGANO KALONGOLA wa MALOANI Pierre
Professeur associé
Premier Président de la Cour d’Appel du Haut-Katanga

2. Madame KITETE LOSAMBA


Présidente à la cour d’Appel

3. Monsieur MUSANGA AMISI


Juge au Tricom/BENI

SEPTEMBRE 2023
1

PROCÉDURES SIMPLIFIÉES ET VOIES D'EXÉCUTION OHADA

INTRODUCTION
Depuis l’adhésion de la République Démocratique du Congo (RDC) à l’Organisation pour
l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), les procédures simplifiées et voies
d’exécution sont organisées par l’Acte Uniforme portant Organisation des Procédures
Simplifiées de Recouvrement et des voies d’Exécution, adopté le 10 avril 1998 et publié au
Journal Officiel de l’Ohada en date du 1er juin 1998, lequel est entré en vigueur le 10 juillet 1998.
Il contient 338 articles repartis en 2 livres : le livre premier porte sur les procédures simplifiées de
recouvrement des créances alors que le second s’intéresse aux voies d’exécution. Il convient de
noter que ce texte est présentement en révision ; mais en entendant, il est important de maitriser
celui qui est encore en vigueur, car les fondamentaux restent les mêmes.
L’exécution d’une décision judiciaire est la phase finale qui couronne la procédure judiciaire
tendant à faire reconnaitre des droits aux parties en litige. Elle est donc la réalisation concrète de
la réparation du droit violé.

Obtenir contre son adversaire une condamnation inattaquable, disaient Boitard et Colmet-Daage,
ne signifie pas atteindre le but véritable qu’on se proposait en demandant. Le résultat véritable
n’est pas la reconnaissance judiciaire et publique du droit que l’on possède plutôt l’exécution de
la promesse, le paiement de la dette, c’est la restitution de la chose appartenant à l’autrui. Si donc
malgré, l’autorité de la sentence judiciaire, l’adversaire condamné refuse de s’y soumettre
volontairement, il faut arriver à l’aide d’une force et d’une action coercitives, à l’exécution de
cette condamnation.1

Toutes les décisions judiciaires ne sont pas susceptibles d’être exécutées de la même manière.
Dans ce module, il sera question de l’exécution en matière civile et commerciale, à l’exclusion
des matières pénale, administrative ou constitutionnelle.

Ainsi, mise à part l’exécution en matière d’état de personnes, la matière d’exécution abordée dans
ce module est consacrée aux voies d’exécution telles que reprises dans l’Acte Uniforme susvisé.

L’objectif de ce module est de permettre aux nouveaux magistrats de maitriser les contentieux en
matière de procédures simplifiées de recouvrement des créances et de se familiariser avec les
différents principes applicables en matière d’exécution, et plus spécialement les différentes
saisies susceptibles d’être pratiquées pour satisfaire la partie bénéficiaire d’une décision de
justice.

Le présent module en quatre chapitres, sans compter le chapitre préliminaire, le chapitre


préliminaire va examiner en prélude « les procédures simplifiées de recouvrement des
créances », Le premier chapitre , lui, s’intéresse au droit à l’exécution et les principes
1
Boitard et Comlet-Daage, Leçons de procédure civile, 12è éd., Paris, Cotillon, 1876, [Link] ; p. 172, cité par Matadi
Nenga Gamanda, Droit judiciaire privé, éd. Droit et Idées nouvelles, Kinshasa, 2006, p. 547.
2

communs de l’exécution, les conditions d’exécution forcée (chapitre II), les intervenants à
l’exécution et l’encadrement du droit de saisir (chapitre III), et les différents types de voies
d’exécution et des distributions (chapitre IV)

CHAPITRE PRELIMINAIRE : PROCEDURE SIMPLIFIEE DE RECOUVREMENT DE


CREANCE
Ce préliminaire rappelle à titre informatif le processus tendant à obtenir d’une manière simplifiée
un titre exécutoire du moins à ce qui concerne le recouvrement des créances en droit Ohada.

SECTION I : L’INJONCTION DE PAYER

§1 Notion

L’injonction de payer n’est pas la seule injonction organisée par le droit OHADA. Il existe aussi
une autre injonction dite de délivrer ou de restituer organisée par l’article 19 de l’AUPSRVE.
Ainsi, seule la nature de la prestation pour laquelle on sollicite l’injonction détermine le choix
d’une injonction à une autre. Quelle que soit leurs spécificités, l’injonction de payer et celle de
délivrer répondent aux mêmes principes, pour l’essentiel (Voir les articles 26 et 27 de
L’AUPSRVE).

La procédure d’injonction de payer peut-être enclenchée lorsque la créance à l’origine d’une telle
procédure est certaine, liquide et exigible. (Article 1)

Une créance est certaine lorsque son existence ne souffre d’aucune contestation et ne peut être
mise en doute. Elle est liquide lorsque son montant est connu et déterminé en argent, et est
exigible lorsque le terme convenu pour son paiement survient. Ces trois conditions sont
cumulatives et non alternatives.
§2. Nature de la créance donnant lieu à la procédure d’injonction de payer
Aux termes de l’article 2 de l’AUPSRVE, la procédure d’injonction de payer peut-être introduite
lorsque :
1) La créance a une cause contractuelle ;
2) l’engagement résulte de l’émission ou de l’acceptation de tout effet de commerce, ou d’un
chèque dont la provision s’est révélée inexistante ou insuffisante. Cette disposition limite de
manière péremptoire la nature ou l’origine des créances qui permettent de recourir à l’injonction
de payer. Mais il convient de noter souligner que la cour commune de justice et d’arbitrage s’est
déjà prononcé au sujet du caractère alternatif des conditions prévues à l’article 2.
Il a en effet été jugé que les deux conditions prévues à l’article 2 de l’AUPSRVE ne sont pas
cumulatives mais alternatives et il suffit que l’une d’entre elles soit satisfaite pour que la
3

procédure d’injonction de payer puisse être introduite par le détenteur d’une créance remplissant
les conditions fixées à l’article 1 du même acte uniforme.2
SECTION II : CONDITIONS DE FORME ET PROCEDURE D’INJONCTION DE PAYER

§1. Requête

La justice obéit à un rituel qu’il sied de connaître pour espérer trouver satisfaction à sa prestation.
En général toute démarche en justice comporte un objet. L’objet constitue le cœur de la demande.
Il traduit en des termes clairs ce que le plaideur espère obtenir du juge à l’issue de sa démarche.
Mais toutes les demandes en justice ne peuvent être formulées dans les mêmes formes. S’agissant
de l’injonction de payer, l’article 3 de l’AUPRSVE dispose : « la demande est formée par
requête auprès de la juridiction compétente du domicile ou du lieu où demeure effectivement le
débiteur ou l’un d’entre eux en cas de pluralité des débiteurs. Les parties peuvent déroger à ces
règles de compétence au moyen d’une élection de domicile prévue au contrat. L’incompétence
territoriale ne peut être soulevée que par la juridiction saisie de la requête ou par le débiteur
lors de l’instance introduite par opposition ».

§2. La juridiction compétente

La requête en injonction de payer, précise l’article 3 de l’AUPSRVE, est formée auprès de la


juridiction compétente du domicile ou du lieu où demeure effectivement le débiteur ou l’un
d’entre eux en cas de pluralité de débiteurs.

Cette disposition fixe les règles de compétence matérielle des personnes physiques. En ce qui
concerne les personnes morales, il faudra se référer à l’article 4 qui parle du siège social.

Si du point de vue territorial, la question de la compétence semble bien résolue, il en est pas de
même en ce qui concerne la compétence matérielle.
Ainsi le droit communautaire parle de la juridiction compétente sans en préciser ni la nature
moins encore le rang. Le recours à cette formulation a été amplement justifié par la disparité de
juridictions et même de nomenclature de juridictions telles qu’elles ressortent de l’organisation
judiciaire de chaque Etat. En effet, certains Etats ont organisé des tribunaux de première instance,
d’autres de tribunaux d’arrondissement ou de tribunaux de grande instance, d’autres encore des
tribunaux de paix, etc. face à cette réalité, le bon sens a recommandé au législateur
communautaire d’adopter une formule souple de « juridiction compétente ». il résulte que la
détermination de la compétence matérielle de juridictions pour connaître d’une requête en
injonction de payer revient au droit national des Etats.3

Quant à la compétence territoriale, l’article 3 sous examen, renvoie à la juridiction compétente du


domicile ou du lieu où demeure effectivement le débiteur ou l’un d’eux en cas de pluralité des
défendeurs.
2
Pierre MALAGANO, l’injonction de payer, théories et pratiques jurisprudentielles devant les tribunaux de la
RDC, Médiaspaul, Lubumbashi, 2016, p.66.
3
Pierre MALAGANO, op. Cit, p. 102.
4

Cette disposition consacre le principe classique du tribunal du domicile du défendeur. Le


domicile n’est le seul critère retenu par l’AUPSRVE. Il y a aussi le lieu où demeure
effectivement le débiteur. On peut en déduire que ce lieu ‘est autre que la résidence. Celle-ci est
le lieu où une personne a sa demeure habituelle (article 169 du code de la famille).

§ 3. La décision d’injonction de payer (art.5 à 8 AUPSRVE)


Le président de la juridiction, si la demande lui paraît fondée, au vu des documents qui lui sont
fournis, rend une décision (ordonnance) portant injonction de payer pour la somme qu’il fixe. Si
la demande est rejetée, cette décision est sans recours pour le créancier. Il ne peut, pour espérer se
faire payer que recourir aux procédures de droit commun.
La requête et la décision portant injonction de payer sont conservées à titre de minute par le
greffier qui en délivre une expédition au demandeur (article 6). Une copie certifiée conforme de
la requête et de la décision d’injonction de payer est signifiée à l’initiative du créancier à chacun
des débiteurs par acte extrajudiciaire. Si la décision portant injonction de payer n’est pas signifiée
dans les 3 mois, elle devient nulle et non avenue.
A peine de nullité, la signification de la décision portant injonction de payer doit contenir
sommation faite au débiteur d’avoir :
- à payer au créancier la somme fixée, les intérêts et les frais de justice ;
- à former opposition s’il veut faire valoir ses moyens de défense (Article 8)

La signification doit indiquer le délai dans lequel le débiteur doit former opposition et la
juridiction devant laquelle celle-ci doit être portée. L’article 10 de l’acte uniforme dispose que
l’opposition doit être formée dans les 15 jours qui suivent la signification de la décision portant
injonction de payer, augmentés des délais de distance.

§ 4. L’opposition (art.9 à 12)


La décision portant injonction de payer ne peut être attaquée que sur opposition et celle-ci doit
être portée devant la juridiction dont le Président a rendu la décision portant injonction de
payer. Celle-ci est formée par acte extra judiciaire dans les 15 jours qui suivent la signification de
la décision portant injonction de payer. Ce délai est un délai franc.
L’opposant doit, à peine de déchéance et dans le même acte que l’opposition, signifier au
créancier et au greffier responsable de la juridiction qui a rendu l’ordonnance, son recours et, en
même temps, assigner à comparaitre devant la juridiction compétente à une date fixe laquelle ne
saurait excéder 30 jours à compter de l’opposition. Une fois que l’opposition a été formée, il est
prescrit que l’opposant puisse la signifier au créancier et au greffier responsable de la
juridiction. Et dans le même acte, il doit servir assignation pour une audience dont la date ne
saurait excéder 30 jours à compter de l’opposition.
5

Si le greffier devait recevoir la signification de l’opposition qui a été formée, au regard de


l’article 11, c’est uniquement pour porter à sa connaissance le recours qui a été formé contre
l’ordonnance portant injonction et non pour faire de lui une partie au procès. Le but de cette
signification est d’éviter que le greffier ne puisse apposer la formule exécutoire sur une décision
qui fait pourtant l’objet d’un recours. C’est ainsi que si l’opposition doit lui être signifiée, il ne
doit pas cependant être assigné à l’audience.
Michel ADJAKA va dans le même sens quand il s’exprime en ces termes : « La signification de
l’opposition faite au greffier en chef de la juridiction ayant rendu l’ordonnance vise à l’empêcher
de délivrer un certificat de non opposition au créancier qui pourrait s’en prévaloir pour solliciter
l’apposition sur l’ordonnance de la formule exécutoire. Elle ne vise pas à faire du greffier en chef
une partie au procès, contrairement à la pratique de certaines juridictions consistant à inscrire le
greffier en chef sur la carte du dossier comme s’il est concerné par le dossier ».

§ 4. La décision de la juridiction saisie du recours


La juridiction qui est saisie sur opposition doit d’abord mener une conciliation entre les parties et
si celle-ci aboutit, le Président dresse un PV de conciliation signé par toutes les parties et une
expédition est revêtue de la formule exécutoire. Toute la question est de savoir, devant qui cette
conciliation doit être faite. Une telle question peut paraitre anodine tant l’article 12 de l’acte
uniforme semble avoir résolu le problème en disposant que la juridiction saisie sur opposition
procède à une tentative de conciliation.

La jurisprudence a explicité un peu plus cette pensée en décidant : « la tentative de conciliation


prévue par l’article 12 de l’AUPSRVE relève de la compétence du tribunal dont le
Président a rendu l’ordonnance d’injonction de payer et non uniquement de son
président ». (TGI MENOUA, N°46/CIV/TGI du 12.07.2004).
Le fait pour le président de juridiction de s’accaparer de cette procédure de conciliation constitue
une transposition maladroite, de notre point de vue des dispositions de l’article 49 de
l’AUPSRVE qui font du président de la juridiction ou du magistrat délégué par lui, l’autorité
habilitée à régler le contentieux des voies d’exécution. Que donc, puisque la loi fait allusion à la
juridiction, l’instance de conciliation devra se faire devant la juridiction qui doit être composée
comme lorsqu’elle siège lors d’une audience ordinaire en l’absence du Ministère Public.
Cela veut concrètement dire :
- Si la conciliation doit être menée devant le TGI par exemple, celui-ci, en application des
dispositions de l’article 16 de la loi organique N°13/011 du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire, devra
siéger à trois juges ;
- Si celle-ci doit être menée devant le Tribunal de Paix, en application des dispositions de
l’article 10 du même texte, le tribunal siègera à un seul juge ;
- Si par contre, la tentative de conciliation doit se faire devant le tribunal de commerce,
celui-ci devra siéger à trois juges en application des dispositions de l’article 3 de la loi
002-2001 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de commerce ;
6

Il y a donc lieu de conclure que la conciliation doit se faire devant la juridiction, laquelle siège
comme à l’ordinaire soit à trois soit à un seul juge. Si la conciliation échoue, la juridiction statue
immédiatement sur la demande en recouvrement, même en l’absence du débiteur qui a formé
opposition, par une décision contradictoire. La décision de la juridiction saisie sur opposition se
substitue à la décision portant injonction de payer. Cette décision est susceptible d’appel dans les
conditions du droit national de chaque Etat.
Cet appel doit être formé dans les 30 jours de la décision.

SECTION III : DE L’INJONCTION A DELIVRER OU A RESTITUER

Cette procédure n’est ouverte que lorsqu’une personne s’estime créancière d’une obligation de
délivrance ou de restitution d’un bien meuble corporel déterminé (cf. art 1 AUPSRVE). Elle peut
donc demander au Président de la juridiction compétente d’ordonner la délivrance ou la
restitution du bien. Cette procédure ne s’applique que pour les biens meubles exclusivement. Elle
ne s’applique pas aux sommes d’argent.
§1. Procédure (art. 20 à 22 AUPSRVE)
Le créancier de l’obligation de restitution ou de délivrance adresse une requête au greffe de la
juridiction du domicile ou de la demeure du débiteur de l’obligation de délivrance ou de
restitution. La requête contient les identités des parties et pour les personnes morales leurs
dénominations, leur forme et leur siège social ainsi que la désignation précise du bien dont la
remise est demandée. Cette requête est accompagnée de l’original ou de la copie certifiée
conforme de tout document justifiant la demande.

§2. Décision de la juridiction


Si la juridiction rejette la requête, sa décision est sans recours pour le créancier ; sauf à celui-ci de
procéder selon les voies de droit commun (art 22 AUPSRVE). Si la demande est fondée, le
Président de la juridiction rend une décision portant injonction de délivrer ou de restituer le bien.
Cette décision est signifiée par acte extrajudiciaire au débiteur de l’obligation de restituer ou de
délivrer. Celle-ci doit à peine de nullité contenir sommation d’avoir dans un délai de 15 jours à
transporter à ses frais le bien désigné en un lieu et dans les conditions indiquées, ou si le
détenteur du bien a des moyens à faire valoir, à former opposition au greffe de la juridiction par
déclaration écrite ou verbale dans les conditions applicables à la procédure d’injonction de payer.
Si la décision portant injonction de délivrer n’est pas signifiée dans les 3 mois de sa date, elle
devient nulle et non avenue.
§3. Effet de la décision portant injonction de délivrer ou de restituer
7

L’opposition ou l’absence de celle-ci ont exactement les mêmes effets que ceux prévus en
matière d’injonction de payer. La procédure est la même que celle prévue de l’article 9jusqu’à 15
de l’acte uniforme sous examen.

CHAPITRE I. LE DROIT A L’EXECUTION ET LES PRINCIPES COMMUNS


DE L’EXECUTION

SECTION 1. LE DROIT A L’EXECUTION

§1. Notion de voies d’exécution

Au sens large, les voies ou les procédures d’exécution sont les procédures légales qui permettent
à un créancier impayé de saisir et, dans certains cas, de vendre les biens de son débiteur afin de se
faire payer sur le prix de vente. On peut aussi les considérer, dans les termes de l’article 28 de
l’Acte uniforme portant procédures simplifiées de recouvrement de créance et voies d’exécution,
comme l’ensemble des mécanismes légaux visant à permettre au créancier de contraindre son
débiteur défaillant à exécuter une obligation à son égard ou à pratiquer une mesure conservatoire
pour assurer la sauvegarde de ses droits.4

S’il est vrai que l’exécution est la suite logique du procès, elle n’est cependant pas une procédure
au cours du procès. L’exécution est une matière qui traite de procédés de contrainte que la loi
offre au titulaire d’un droit pour obtenir la satisfaction qui lui est due. 5 Les voies d’exécutions
font donc l’objet du « droit de l’exécution » qui est en principe une branche autonome du droit
bien que traditionnellement enseignée dans le cadre de la procédure civile dont on s’accorde à
dire qu’elle constitue le prolongement.

§2. Le cadre légal de voies d’exécution

En droit congolais d’avant l’adhésion de la RDC à l’OHADA, le droit commun de voies


d’exécution demeurait fixé par les articles 105 à 143 du code de procédure civile (CPC) issu du
décret du 07 mars 1960. Les textes particuliers comme par exemple l’ordonnance du 12
novembre 1886 relative à la saisie immobilière et aux frais de vente par l’huissier ou les articles
de la loi n°007-2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier fixant les procédures d’exécution des
titres hypothéqués, sans oublier le texte sur la saisie des aéronefs, de bateaux, etc., n’édictaient
que des règles spécifiques.

Actuellement c’est l’Acte Uniforme portant organisation des procédures simplifiées de


recouvrement et des voies d’exécution qui s’applique. Cet Acte « abroge toutes les dispositions
relatives aux matières qu’il concerne dans les Etats Parties ».
En abrogeant toutes les dispositions internes, qu’elles soient ou non contraires, les rédacteurs de
4
Joseph DJOGBENOU, L’Exécution forcée en droit ohada, éd. CREDIJ, Cotonou, Bénin, 2011, p. 18.
5
Matadi Nenga Gamanda, [Link], p. 552.
8

cet Acte Uniforme ont voulu un ensemble renfermant toutes les règles ayant vocation à
s’appliquer aux matières qu’il concerne à savoir les procédures simplifiées de recouvrement et les
voies d’exécution.
Retenons qu’avec cet AU toute une partie de notre procédure civile se trouve être abrogée. Il
s’agit du titre III « Des voies d’exécution et de sûreté » du code de procédure civile datant du 07
mars 1960 des articles 105 à 143. (Cas art 127)

SECTION II : LES PRINCIPES COMMUNS DE DROIT D’EXECUTION

§1. L’exécution volontaire et l’exécution forcée

Pour le législateur communautaire l’exécution volontaire d’une décision judiciaire exécutoire


demeure la règle tandis que l’exécution forcée est l’exception. Cela procède des termes de
l’article 28 de l’AUPSRVE qui dispose que « A défaut d’exécution volontaire, tout créancier
peut, quelle que soit la nature de sa créance, dans les conditions prévues par le présent acte
uniforme, contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou pratiquer
une mesure conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits… ».

C’est pour permettre cette exécution volontaire qu’il est prévu dans certains cas que les voies
d’exécution soient précédées par un commandement, qui est en fait un préavis ou une mise en
demeure délivré à la requête du créancier.

Dans le même ordre d’idées, l’article 63 du Règlement Intérieur des Barreaux de la RDC fait
obligation à tout avocat chargé par son client de procéder à l’exécution d’en informer son
confrère qui occupe pour la partie adverse afin de savoir si celle-ci est disposée à s’exécuter
volontairement.

C’est donc seulement au cas où le débiteur n’offre pas de s’exécuter volontairement que le
créancier engage l’exécution forcée contre lui.

§2. Le principe de subsidiarité

Aux termes de l’article 28 précité en son alinéa 2 « Sauf s’il s’agit d’une créance hypothécaire ou
privilégiée, l’exécution est poursuivie en premier lieu sur les biens meubles et, en cas
d’insuffisance de ceux-ci, sur les immeubles ». C’est-à-dire que dans la réalisation de ses
démarches d’exécution le créancier n’est pas libre de choisir par quelle saisie il va commencer. Il
est tenu de commencer par la saisie des biens meubles avant d’entamer éventuellement la saisie
des immeubles.

Dans le même ordre d’idées, si le créancier a fait grever déjà un immeuble de son débiteur d’une
hypothèque en sa faveur, il ne peut réaliser le paiement de sa dette que sur l’immeuble
hypothéqué avant de passer éventuellement à d’autres immeubles de son débiteur. Cela résulte
des termes de l’article 251 de l’AUPSRVE qui dispose que « Le créancier ne peut poursuivre la
vente des immeubles qui ne lui sont pas hypothéqués que dans le cas d’insuffisance des
9

immeubles qui lui sont hypothéqués, sauf si l’ensemble de ces biens constitue une seule et même
exploitation et si le débiteur le requiert ».

§3. Le principe de proportionnalité et de raisonnabilité

En règle générale, l’« exécution est toujours poursuivie aux risques et périls du créancier ». Ce
qui veut dire que le créancier doit user de son droit d’exécution avec proportionnalité et de
manière raisonnable. Il doit utiliser les voies d’exécution pour leur utilité intrinsèque et non pas
dans le but de nuire au débiteur. Ainsi, la proportionnalité voudrait par exemple que le créancier
ne puisse pas entreprendre de saisir un immeuble de son débiteur alors que la créance est
bénigne. Bref, le principe de proportionnalité et de raisonnabilité permet d’éviter les procédures
abusives de la part du créancier.

CHAPITRE II : LES CONDITIONS D’EXECUTION FORCEE

Aux termes de l’article 31 de l’AUPSRVE, « l’exécution forcée n’est ouverte qu’au créancier
justifiant d’une créance certaine, liquide et exigible sous réserve des dispositions relatives à
l’appréhension et à la revendication des meubles ».

Il en résulte que l’exécution forcée suppose que la créance poursuivie soit liquide certaine et
exigible. Mais aussi, le créancier doit justifier d’un titre exécutoire. Ainsi seront analysés sous ce
chapitre, les caractères des obligations exécutoires (I), ainsi que les types de titres exécutoires
(II).

SECTION I : CARACTERES DES OBLIGATIONS EXECUTOIRES

Une obligation exécutoire répond à certains critères concrets : il s’agit de la certitude (§1), de la
liquidité (§2) et de l’exigibilité (§3).
§1. La certitude de la créance
Le législateur communautaire ne définit pas la créance certaine. Une créance certaine est une
créance née et actuelle et dont l’existence est incontestable. Ainsi définie, une créance certaine
s’oppose à une créance conditionnelle dont la réalisation dépend d’un événement futur incertain.
L’existence incontestable d’une telle créance permet au créancier de pratiquer une saisie-
exécution. Car contrairement à une créance conditionnelle, qui ne peut constituer la cause d’une
saisie à fin d’exécution, la créance certaine le permet.
10

Une créance certaine diffère également d’une créance éventuelle qui est une créance dont on
ignore si elle existera ou non.
La certitude de la créance est une condition dictée par l’équité. En effet, on ne peut ouvrir à
l’exécution forcée une créance encore contestée par le débiteur. Ce serait se faire justice à soi-
même. Cette exigence sous-entend le préalable d’une instance judiciaire. Le créancier doit faire
constater son droit par le juge ou par un autre organe investi du pouvoir de procéder à ce constat.
C’est en principe à l’issue d’une telle procédure contradictoire, au cours de laquelle le débiteur
présentera ses moyens de faits et de droit, que la certitude de la créance sera établie.
§2. La liquidité de la créance
Une créance est dite liquide lorsqu’elle est déterminée avec certitude (claire) dans son montant,
chiffrée, ce qui suppose qu’elle est d’abord certaine en son principe.
Anne-Marie Assi Essou et Ndiaw Diouf expliquent que « la liquidité de la créance a pour objet
d’éviter les abus d’un créancier qui ferait vendre tous les biens du débiteur alors même que la
vente d’un seul bien suffirait à le rembourser de sa créance. Le fait que le montant de la créance
soit libellé en argent évitera qu’il y ait une disproportion entre le montant de la créance du
saisissant et la valeur des biens saisis. »6
Joseph DJOGBENOU abonde dans le même sens lorsqu’il précise que « le législateur a prévu
cette condition dans le souci d’éviter les abus dans les procédures de recouvrement et protège
ainsi les droits du débiteur.7
Il en découle qu’un jugement qui déclare allouer une somme d’argent sans en indiquer la hauteur
ne saurait être mis à exécution alors même qu’il serait coulé en force de chose jugée. Un tel
jugement devrait d’abord faire l’objet d’une action en interprétation auprès du juge qui l’a rendu
afin que ce dernier indique toutes ces précisions utiles à l’exécution forcée.
De même, en matière de délits et de quasi-délits, lorsque le principe de la responsabilité est
acquis, la créance de dommages-intérêts ne devient liquide qu’à partir du moment où le quantum
de l’indemnité est fixé.
§3. L’exigibilité de la créance
Une créance est exigible lorsque le créancier est en droit de réclamer l’exécution immédiate, sans
être tenu de respecter un terme ni une condition. A contrario, les créances à terme ne peuvent
faire l’objet des mesures d’exécution forcée que lorsque survient le terme convenu. Tant que la
dette n’est pas exigible, le débiteur est à l’abri de la procédure d’exécution.
Mais le terme n’empêche pas la saisie à fin d’exécution lorsque le terme a été stipulé en faveur du
créancier ; celui-ci peut y renoncer et poursuive le paiement. De même, lorsque le débiteur est
déchu du bénéfice du terme, il n’est plus fondé à en exiger l’échéance.
6
Anne-Marie H. Assi-Esso et Ndiaw Diouf, Recouvrement des créances, collection Droit Uniforme Africain,
éditions Bruylant, Bruxelles, 2002, p.51.
7
Joseph DJOGBENOU, L’exécution forcée. Droit OHADA, 2°édition, CREDIJ, Cotonou-Bénin, 2011, p.67.
11

Du point de vue de la procédure civile, et en vertu du principe « qui a terme ne doit rien », les
actions en justice pour paiement d’une créance intentées avant l’arrivée du terme seront jugées
prématurées. Cette exception n’est cependant pas péremptoire dans la mesure où le créancier peut
revenir une fois sa créance à terme. Seulement sa témérité d’avoir agi avant l’arrivée du terme
peut ouvrir des droits à des dommages et intérêts au bénéfice du débiteur pour action téméraire et
vexatoire.
SECTION II : LES DIFFERENTS TYPES DE TITRES EXECUTOIRES

Pour qu’une créance ou une obligation soit susceptible d’exécution forcée, il faut qu’elle réunisse
les trois conditions ci-dessus indiquées. Mais l’agent d’exécution ou, éventuellement, la force
publique, ne peut porter son concours aux opérations que si le créancier qui sollicite son concours
se trouve muni d’un titre exécutoire.
L’article 33 de l’AUPSRVE dresse une nomenclature de titres exécutoires lorsqu’il dispose : «
Constituent des titres exécutoires :
- Les décisions juridictionnelles revêtues de la formule exécutoire et celles qui
sont exécutoires sur minute ;
- Les actes et décisions juridictionnelles étrangers ainsi que les sentences arbitrales
déclarés exécutoires par une décision juridictionnelle, non susceptible de recours
suspensif d’exécution, de l’Etat dans lequel ce titre est invoqué ;
- Les procès-verbaux de conciliation signés par le juge et les parties ;
- Les actes notariés revêtus de la formule exécutoire ;
- Les décisions auxquelles la loi nationale de chaque Etat-partie attache les effets
d’une décision judiciaire. »
Le dernier point de cette énumération laisse dire que le législateur OHADA n’a pas voulu limiter
l’énumération de titres exécutoires dans le cadre de la loi communautaire. Les Etats conservent
ainsi une très large marge de manœuvre pour mettre en place d’autres mécanismes pouvant
conduire à l’obtention de divers autres titres exécutoires.
Les titres exécutoires portent la formule exécutoire. Cette formule est insérée dans l’expédition
d’un acte ou d’un jugement par l’officier public qui le délivre (notaire, directeur de greffe) et
permet au bénéficiaire de poursuivre l’exécution, en recourant, si cela est nécessaire, à la force
publique.
L’exécution de ces obligations obéit à des règles qu’il convient d’analyser étant donné qu’elles en
présentent le régime juridique applicable.
Au regard du droit interne, on peut énumérer les titres suivants :
12

§ 1. Les décisions des juridictions de l’ordre judiciaire ayant la force exécutoire

Tout jugement n’est pas exécutoire ; seuls le sont ceux passés en force de chose jugée c’est-à-dire
ceux qui ne sont plus susceptibles de voies de recours ordinaires. Exceptionnellement, les
jugements assortis d’une clause d’exécution provisoire peuvent être exécutés avant d’avoir acquis
la force de chose jugée.
§ 2. Les actes notariés revêtus de la formule exécutoire

Les actes notariés ont force exécutoire. Lorsque l’acte constate une dette certaine et liquide, le
notaire pourra en délivrer une expédition munie de la formule exécutoire. Cette grosse ne peut
être délivrée qu’une fois. En cas de perte ou de destruction, une nouvelle grosse peut être établie
avec l’autorisation du Président du tribunal de district (art. 9 de l’Ordonnance-loi 66-344 du 9
juin 1966 portant Actes notariés).
§ 3. Les actes et jugements étrangers

Les décisions des juridictions étrangères sont rendues exécutoires en République Démocratique
du Congo, selon le cas, par les tribunaux de grande instance, les tribunaux de commerce et les
tribunaux du travail, si elles réunissent les conditions ci-après : qu’elles ne contiennent rien de
contraire à l’ordre public congolais ; que, d’après la loi du pays où les décisions ont été rendues,
elles soient passées en force de chose jugée ; que, d’après la même loi, les expéditions produites
réunissent les conditions nécessaires à leur authenticité ; que les droits de la défense aient été
respectées ; que le Tribunal étranger ne soit pas uniquement compétent en raison de la nationalité
du demandeur.
§ 4. L’ordonnance rendant exécutoire l’état d’honoraires et de frais d’avocats

Les frais et honoraires dus aux avocats peuvent être recouvrés par la contrainte sur un état qui en
est dressé par l’avocat, visé et revêtu de la formule exécutoire par le Premier Président de la Cour
d’Appel (art. 81 de la Loi 79-028 du 28 septembre 1979 portant organisation du barreau, du corps
des défenseurs judiciaires et du corps des mandataires de l’Etat).

§ 5. La sentence arbitrale

A l’exception des sentences préparatoires ou interlocutoires, lesquelles seront exécutoires de


plein droit du jour où les arbitres en auront donné connaissance aux parties ou à leurs
représentants, l’exécution forcée d’une sentence arbitrale ne pourra être poursuivie qu’après que
le Président du tribunal compétent l’aura rendue exécutoire par une ordonnance accordée sur la
minute à la requête de la partie la plus diligente et sans qu’il soit besoin d’en communiquer au
ministère public (art 184 du code de procédure civile).
13

§ 6. LES PROCES-VERBAUX DE CONCILIATION DEVANT L’INSPECTEUR DU


TRAVAIL

En cas de conciliation des parties devant l’inspecteur du travail, la partie la plus diligente fait
apposer la formule exécutoire sur le procès-verbal auprès du Président du tribunal de Travail
compétent. Le président du tribunal de Travail compétent est celui dans le ressort duquel le
procès-verbal de conciliation est signé. L’exécution est poursuivie comme un jugement du
tribunal de travail (Art. 301 du Code du travail).

§7. TITRES EXECUTOIRES DE PERSONNES MORALES DE DROIT PUBLIC


En vertu du privilège d’exécution d’office dont jouissent les autorités publiques, celles-ci peuvent
poursuivre l’exécution forcée de toute mesure publique prise par elles. La force publique sera
appelée à prêter main forte, s’il échet.

§ 8. L’ACTE TRANSACTIONNEL

La transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née, ou préviennent
une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit (Art. 583 CCLIII). Les transactions
ont, entre les parties, l’autorité de la chose jugée en dernier ressort. Elles ne peuvent être
attaquées pour cause d’erreur de droit, ni pour cause de lésion (Art. 591 CCCLIII).
Le caractère exécutoire d’une transaction demeure discuté en doctrine. La difficulté tient au fait
que la loi n’a pas prévu clairement un mécanisme particulier tablant sur l’exécution d’une
transaction donnée. A ce propos, il convient simplement d’inviter les parties à recourir à la
pratique du jugement d’expédient qui consolide ainsi dans un acte du juge les acquits d’une
convention des parties censée mettre fin au litige.

CHAPITRE III : LES INTERVENANTS A L’EXECUTION ET L’ENCADREMENT DU


DROIT DE SAISIR
Ce point traite des intervenants dans la procédure d’exécution (I) et de l’encadrement du droit
d’exécution (II)
SECTION I : LES INTERVENANTS DANS LA PROCEDURE D’EXECUTION
Plusieurs acteurs concourent à la mise en œuvre de voies d’exécution. Il s’agit d’abord et avant
tout, des parties concernées elles-mêmes, à savoir le débiteur et le créancier ; il s’agit ensuite du
tiers saisi, puis des agents d’exécution, de l’Etat (Ministère Public et la force publique) et du
juge.
14

§1. Le créancier saisissant : sujet actif de l’exécution


Le créancier est la personne à qui l’on doit et à laquelle est reconnu le droit de poursuivre son
débiteur sur tous les biens de ce dernier. Bien que détenteur d’un titre exécutoire constatant une
créance certaine liquide et exigible, le créancier peut toujours renoncer à poursuivre son débiteur
ou à tout le moins différer le moment d’entamé de la saisie. C’est en cela qu’on dit qu’il est mû
par le principe de la liberté.
Le créancier doit être capable c’est-à-dire qu’il doit être apte à jouir et à exercer des droits. Les
mineurs et les incapables majeurs tels que catégorisés par la législation sur la famille sont donc
exclus.
Le créancier peut dans tous les cas se faire représenter selon les modalités de mandats soit légal,
soit conventionnel soit judiciaire.
Ainsi, le tuteur légal de l’enfant mineur, notamment ses père et mère peuvent le représenter dans
les limites du mandat légal. Le créancier peut, en dehors d’une prescription légale, désigner une
autre personne pour protéger ses droits. La procédure de saisie immobilière exige même que le
créancier délivre un pouvoir spécial à l’huissier instrumentaire (article 254 AUPSRVE). Enfin, la
représentation peut être judiciaire. C’est le cas de la désignation judiciaire de l’administrateur des
biens d’une personne décédée ou absente, et au profit de ses héritiers.
La notion de créancier poursuivant peut s’étendre aux ayants droits considérés comme étant le
prolongement de la personne pré décédée. Ainsi par exemple, en cas de décès d’un agent
Vodacom qui était titulaire d’un arrêt, ses héritiers, représentés par le liquidateur qu’ils désignent
peuvent poursuivre en tant que créancier, l’exécution de l’arrêt rendu au bénéfice de leur défunt
père.
§ 2. Le débiteur : sujet passif de l’exécution
Le débiteur est la personne contre laquelle ou sur les biens de laquelle les voies d’exécution sont
poursuivies. Il n’est pas exigé qu’il ait la capacité juridique car la personne frappée d’incapacité
peut également subir les voies d’exécution. Mais dans ce cas, le créancier devra orienter sa
procédure contre le représentant de la personne juridiquement incapable. Ainsi par exemple,
lorsque vous envisagez d’exécuter une décision judiciaire contre un débiteur qui entre temps,
étant devenu fou, a été placé sous le régime d’interdiction, la saisie sera dirigée contre la
personne désignée dans le jugement d’interdiction pour la représenter.
Il convient de souligner que bien qu’étant condamné par une décision inattaquable et exécutoire,
le débiteur peut tout de même échapper aux voies d’exécution. On parle dans ce cas d’immunité
d’exécution. L’article 30 AUPSRVE dispose à ce propos que « l’exécution forcée et les mesures
conservatoires ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité
d’exécution. Toutefois, les dettes certaines, liquides et exigibles des personnes morales de droit
public ou des entreprises publiques, quelles qu’en soient la forme et la mission, donnent lieu à la
15

compensation avec les dettes également certaines, liquides et exigibles dont quiconque sera tenu
envers elles, sous réserve de réciprocité… ».
Ainsi, il n’est pas autorisé de saisir les biens appartenant à l’Etat congolais, aux provinces, aux
Entités Territoriales décentralisées et aux entreprises publiques telles que la Gécamines ou la
SNCC.
§ 3. Le tiers saisi : sujet intermédiaire de l’exécution
Bien souvent, il arrive que les voies d’exécution soient exercées contre le débiteur mais sur les
créances ou les biens détenus à son profit par un tiers. L’exemple le plus pratique que l’on peut
évoquer à ce sujet est celui de la Banque qui, en tant que dépositaire des fonds du débiteur peut
voir pratiquer entre ses mains la saisie desdits fonds contre son client débiteur.
Il se forme donc un rapport triangulaire : A (le créancier) pratique une saisie contre B (le
débiteur) sur les biens ou les créances de celui-ci détenues par C (le tiers).
Dans tous les cas, le tiers doit demeurer pour ainsi dire comme « l’Eglise au milieu du village »,
dans ce sens qu’il ne doit prendre parti ni pour le créancier ni pour le débiteur au risque
d’engager sa responsabilité.
Ainsi l’article 38 AUPSRVE dispose que « Les tiers ne peuvent faire obstacle aux procédures en
vue de l’exécution ou de la conservation des créances. Ils doivent y apporter leur concours
lorsqu’ils en sont légalement requis. Tout manquement par eux à ces obligations peut entraîner
leur condamnation à verser des dommages-intérêts. Le tiers entre les mains duquel est pratiquée
une saisie peut également, et sous les mêmes conditions, être condamné au paiement des causes
de la saisie, sauf son recours contre le débiteur ».
En règle générale, le tiers saisi est tenu à l’obligation de déclarer ce qu’il doit au débiteur de sorte
que le créancier soit fixé à toutes fins utiles. Outre les déclarations, il doit communiquer les
pièces justificatives. Et ces obligations sont assorties de sanctions. Ainsi par exemple, en matière
de saisie-attribution l’article 156 AUPSRVE dispose que « Le tiers saisi est tenu de déclarer au
créancier l’étendue de ses obligations à l’égard du débiteur ainsi que les modalités qui pourraient
les affecter et, s’il y a lieu, les cessions de créances, délégations ou saisies antérieures. Il doit
communiquer copie des pièces justificatives. Ces déclaration et communication doivent être
faites sur le champ à l’huissier ou l’agent d’exécution et mentionnées dans l’acte de saisie ou, au
plus tard, dans les cinq jours si l’acte n’est pas signifié à personne. Toute déclaration inexacte,
incomplète ou tardive expose le tiers saisi à être condamné au paiement des causes de la saisie,
sans préjudice d’une condamnation au paiement des dommages-intérêts ».
§ 4. Les agents d’exécution : sujets exécutants
Le créancier met en marche les voies d’exécution par le biais des agents d’exécution qui sont les
personnes habilitées par la loi pour ce faire. En droit congolais, la fonction d’agent d’exécution
est en grande partie assumée par les huissiers de justice qui constituent la cheville ouvrière
16

chargée de toute notification d’actes successifs d’exécution. A côté des huissiers, il existe les
commissaires-priseurs qui interviennent au moment de la vente des biens mobiliers.
§ 5. L’Etat (la force publique)
L’article 29 AUPSRVE dispose que l’Etat est tenu de prêter son concours à l’exécution des
décisions et des autres titres exécutoires. La formule exécutoire vaut réquisition directe de la
force publique. La carence ou le refus de l’Etat de prêter son concours engage sa responsabilité.
Dans le cadre précis de l’exécution, l’Etat se meut à travers ses représentants dont, en premier
ordre le Ministère Public et la force publique. Il arrive que l’agent d’exécution rencontre des
difficultés dans le cadre de l’exécution forcée. Il en est ainsi lorsque le saisi refuse l’entrée des
lieux en les fermant à clé. Dans ces cas, l’agent d’exécution fait appel aux autorités auxquelles la
formule exécutoire fait injonction d’y tenir la main.
§ 6. Le juge
Il est rare qu’une procédure d’exécution commence et termine sans incident. Les incidents sont
des événements qui, survenant au cours d’une procédure d’exécution forcée par une saisie,
tendant à l’empêcher, à la bloquer, à la retarder ou à en différer l’aboutissement. Tous ces
incidents qui sont autant de contestations seront soumis au juge.
SECTION II : L’ENCADREMENT DU DROIT D’EXECUTION
L’encadrement du droit d’exécution renvoie aux limites fixées par l’Acte Uniforme quant au
temps de l’exécution (§1) et quant à la saisissabilité de biens (2).
§1. LE TEMPS DE L’EXECUTION
Aucune mesure d’exécution ne peut être effectuée un dimanche ou un jour férié si ce n’est en cas
de nécessité et en vertu d’une autorisation spéciale du président de la juridiction dans le ressort
du quel se poursuit l’exécution.
Aucune mesure d’exécution ne peut être commencée avant huit heures ou après dix-huit heures,
sauf en cas de nécessité et sur l’autorisation de la juridiction compétente et seulement dans les
lieux qui ne servent pas à l’habitation.
§2. Juridiction compétente :

L’article 49 de l’AUPSRVE a institué comme juge de l’exécution le Président de la


juridiction statuant en matière d’urgence. Pour s’assurer de la célérité des procédures devant le
juge, le droit communautaire a institué une juridiction spéciale, appelée juridiction présidentielle
qui siège à juge unique et sans Ministère Public. L’article 49 AUPSRVE est le siège de la matière
de la juridiction présidentielle.
17

§3. Les limites à la saisissabilité de biens


Dans le principe, tous les biens du débiteur sont saisissables et ce, même s’ils sont détenus par un
tiers. Exceptionnellement notamment pour des raisons humanitaires, certains biens sont voulus
insaisissables par la loi. Aux termes de l’article 51 AUPSRVE, les biens et droits insaisissables
sont définis par chacun des Etats parties.
Ainsi, il y a des objets qui ne peuvent faire l’objet d’une saisie en raison de la destination à
laquelle le saisi les a affectés. Cette règle permet d’éviter que des choses qui relèvent de l’intimité
du débiteur ou celles qui sont indispensables à l’exercice de son travail personnel soient saisies.
En droit congolais, sont considérés comme bien insaisissables :
- Les couchers et les habits du saisi et de sa famille ;
- Les livres indispensables à la profession du saisi et s’il est artisan, les outils
nécessaires à son travail personnel ;
- Les provisions de bouche nécessaires à la nourriture du saisi et de sa famille
pendant un mois ;
- D’une bête à corne ou de trois chèvres ou trois moutons, au choix du saisi.

CHAPITRE IV : LES DIFFERENTS TYPES DE VOIES D’EXECUTION ET DES


DISTRIBUTIONS
Le législateur OHADA a organisé diverses catégories de mécanismes d’exécution forcée variant
selon le type des biens saisis et selon la nature du droit du créancier.
Il s’agit de :
- La saisie-vente de biens meubles corporels,
- La saisie-attribution de créances,
- La saisie et cession des rémunérations,
- La saisie-appréhension et saisie-revendication des biens meubles corporels
- La saisie immobilière.
En même temps, le législateur autorise le créancier de saisir à titre conservatoire des biens
appartenant à son débiteur, pour les rendre indisponibles.
Sont ainsi analysées d’abord les saisies conservatoires (Section I), ensuite les voies d’exécution
proprement dites qui sont les saisies afin d’exécution (SECTION II).
18

SECTION I : LA SAISIE CONSERVATOIRE

§. Unique
La saisie conservatoire est une mesure conservatoire qui constitue un moyen de faire pression sur
un débiteur récalcitrant et éviter que celui-ci se rende insolvable.
L’article 54 de l’AUPSRVE est le siège de la matière de la saisie conservatoire. Il dispose que «
Toute personne dont la créance paraît fondée en son principe peut, par requête, solliciter de la
juridiction compétente du domicile ou du lieu où demeure le débiteur, l’autorisation de pratiquer
une saisie conservatoire sur tous les biens mobiliers corporels ou incorporels de son débiteur,
sans commandement préalable, si elle justifie de circonstances de nature à en menacer le
recouvrement ».
Il appert de cette disposition que deux conditions fondamentales doivent être réunies pour la
pratiquer :
- L’existence d’une créance qui parait fondée en son principe ;
- L’existence des circonstances de nature à en menacer le recouvrement (art. 54
Acte Uniforme).
Quant aux biens pouvant être saisis à titre conservatoire, le législateur OHADA prévoit qu’elle
peut porter sur des biens meubles corporels (art 64 à 76 Acte Uniforme), sur de créances (art 77 à
84 Acte Uniforme), dont une créance ayant pour objet une somme d’argent.
L’effet principal d’une saisie conservatoire est de rendre indisponible les biens saisis. Le débiteur
ne peut donc plus en disposer comme bon lui semble. Ainsi, si la saisie porte sur une somme
d’argent, l’acte de saisie rend indisponible cet argent à concurrence du montant autorisé par le
juge compétent, ou du montant pour lequel la saisie est pratiquée.
La saisie emporte de plein droit consignation des sommes indisponibles.
Toutefois, les rémunérations dues par l’employeur du débiteur ne peuvent faire l’objet d’une
saisie-conservatoire, mais seulement d’une voie d’exécution. Elle peut aussi porter sur les droits
d’associés et les valeurs mobilières.
S’agissant des règles de procédures, il faut noter que pour chaque type de saisies conservatoires,
le législateur OHADA réglemente la procédure à suivre dans chaque cas. Toutefois, et en règle
générale :
- Les saisies susdites doivent être pratiquées par un huissier de justice, qui
doit à chaque cas dresser un acte (PV) de saisie ;
- Prendre les mesures nécessaires pour informer le débiteur sur ses droits,
dénoncer cette mesure à ce dernier dans les huit jours, sous peine de caducité de
la saisie (art 79 à80) lorsque la saisie est pratiquée entre les mains d’un tiers,
19

celui-ci doit déclarer ce qu’il doit au débiteur (la saisie étant alors cantonnée au
montant autorisé par le juge ou celui de la créance (art 57 à 80), tout refus sans
motif légitime le rendant responsable du paiement de ces sommes à l’égard du
créancier ;
- A tout moment de la procédure, le débiteur peut demander la mainlevée de
la saisie conservatoire, le créancier entendu, en prouvant la non réunion des
conditions requises par la loi pour ce faire (art 62 et s.)
La saisie-conservatoire a pour effet principal de rendre indisponibles les biens saisis (art 56), ce
qui empêche le débiteur de les céder ou les mettre en gage. Ne conférant pas en elle-même au
créancier le pouvoir de se faire payer, celui-ci doit demander la conversion de cette saisie en
mesure d’exécution, en signifiant au débiteur un acte de conversion comportant les mentions
légales, à peine de nullité. Le type de mesure d’exécution dépendra de la nature des biens saisis :
saisie-vente (en cas de biens corporels, valeurs mobilières ou autres droits d’associés), saisie-
attribution (en cas de saisie sur une créance).
SECTION II LES SAISIES AFIN D’EXECUTION
A défaut de paiement spontané ou volontaire, le créancier aura recours à des mesures de
contrainte. Le législateur OHADA prévoit diverses mesures d’exécution qui varient sensiblement
selon la nature du bien saisi. Des règles plus complexes concernent les immeubles et des
dispositions particulières permettent d’adapter la saisie à la diversité des meubles : on ne saisit
pas de la même façon une automobile et un compte en banque.
§1. La saisie-vente

Le législateur OHADA institue la saisie-vente des meubles corporels (art 91 à 152), dont les
récoltes sur pied (art 147) au bénéfice du créancier muni d’un titre exécutoire constatant une
créance liquide et exigible.
Après signification d’un commandement 8 jours au moins avant la saisie, le créancier saisit par
voie d’huissier les biens susdits entre les mains du débiteur ou d’un tiers (art. 105) ou même entre
les mains du créancier lui-même (art 106) et procède ensuite à leur vente afin de se faire payer
sur le prix de la vente (art 91 et 92).
Les biens saisis sont indisponibles, le débiteur en conservant toutefois l’usage, à moins qu’il
s’agisse des biens consomptibles ou que le tribunal compétent n’en ordonne la remise à un
séquestre ou l’immobilisation (pour ce qui est d’un véhicule) jusqu’à son enlèvement en vue de la
vente (art 103).
La vente des biens saisis peut se faire à l’amiable (le débiteur vendant alors les biens saisis, dans
le délai d’un mois – art 117 et S.) ou à défaut, aux enchères publiques par un auxiliaire de justice
habilité par la loi nationale des Etats parties (art 120). Les incidents de saisie (émanant d’un
créancier, affectant les biens saisis ou le processus de saisie) doivent être portés devant le tribunal
du lieu de la saisie.
20

§2. La saisie-attribution
Le législateur OHADA institue aussi la saisie-attribution de créances au profit du créancier muni
d’un titre exécutoire constatant une créance certaine liquide et exigible. Le créancier pratique
cette saisie entre les mains d’un tiers saisi, débiteur de son propre débiteur ou les siennes propres
portant sur des sommes d’argent (art 153), sous réserve des dispositions particulières à la saisie
des rémunérations. Les tiers détenteurs particulièrement visés sont les banques (réception et
collecte des fonds public, opérations de crédit et opérations de paiement), lesquelles constituent
des actes de commerce par nature. Les articles 161 à 163 posent les règles sur la saisie pratiquée
entre les mains d’un établissement bancaire ou autre assimilé.
Le tiers saisi procède au paiement du créancier dans les conditions prévues aux art 164 à 167. S’il
ne remplit pas les obligations qui incombent, sa responsabilité peut, aux termes de l’article 38 de
l’AUPSRVE, être engagée et conduire à sa condamnation.
L’acte de saisie rend indisponible la créance, ce qui fait obstacle à un paiement sur les sommes
saisies. Il emporte attribution immédiate au profit du saisissant de la créance saisie disponible
ainsi que de tous les accessoires, le tiers devenant personnellement débiteur envers le créancier
saisissant dans les limites de sa propre obligation (art 154 al 2).
Le juge d’exécution du domicile du débiteur est compétent pour statuer sur un incident soulevé
par le débiteur saisi en contestation du montant de la créance, cause de la saisie, ou par le tiers
saisi qui conteste sa propre dette (art 171).
§3. La saisie et cession de rémunération

Le législateur OHADA a institué également les saisies et cessions des rémunérations (art 173 à
217) au profit de tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance certaine liquide
et exigible, cette procédure ne pouvant être enclenchée qu’en cas d’échec de la tentative de
conciliable préalable devant le juge du domicile du débiteur (art 182). L’acte uniforme détermine
la procédure de la tentative obligatoire de la conciliation (art 179 à 182), des opérations de la
saisie (art 183 à 186), notamment en cas de pluralité de créanciers (art 190 et s.). Chaque Etat
partie détermine les montants saisissables et la proportion de la rémunération insaisissable (art
177). Le débiteur peut, soit effectuer les versements par l’intermédiaire du greffe, soit consentir à
la cession d’une partie de sa rémunération à son créancier (art 205). Cet acte uniforme institue
une procédure simplifiée de saisie des rémunérations et de paiement des créances d’aliments (art
213 et s.).
§4. La saisie-appréhension

Une autre mesure d’exécution au profit du créancier muni d’un titre exécutoire consiste dans la
saisie-appréhension (art 219 s) qui lui permet de se faire remettre le bien meuble corporel (et si le
bien est entre les mains d’un tiers, une sommation de le remettre est directement signifié à celui-
ci) ainsi que la saisie-revendication des meubles corporels (art 227 et s) qui n’a qu’un effet
21

conservatoire en lui assurant l’indisponibilité des biens concernés jusqu’à l’obtention d’un titre
exécutoire. Toutefois, même en l’absence de titre exécutoire, un créancier peut pratiquer une
saisie revendication.
Il est nécessaire d’obtenir l’autorisation préalable de la juridiction compétente si la saisie doit se
pratiquer au lieu de la résidence d’un tiers.
§5. La saisie des droits d’associes et de valeurs mobilières

L’acte uniforme a organisé enfin la saisie des droits d’associés et des valeurs mobilières (art 236
et s) qui exige une information du débiteur et une signification réalisée auprès de la personne
morale émettrice des titres ou du mandataire chargé de la conservation ou de la gestion de ceux-
ci. Un commandement de payer demeuré infructueux est exigé. L’opération aboutit à la vente des
droits saisis, le produit étant réparti entre créanciers, en cas de pluralité.

SECTION III. LES SAISIES IMMOBILIERES

Elles portent sur les saisies autres que celles pratiquées sur les biens meubles, et les procédés y
relatifs.
§1. Les conditions de la saisie immobilière

L’Acte uniforme a prévu des conditions liées aux personnes impliquées dans la procédure et
celles liées aux biens sur lesquels porte la saisie.
Dans la procédure de saisie immobilière, deux personnes apparaissent au premier plan : le
saisissant et le saisi.

S’agissant de la créance du saisissant selon l’article 247, alinéa 1 er AUPSRVE « la vente forcée
d’un immeuble ne peut être poursuivie qu’en vertu d’un titre exécutoire constatant une créance
liquide et exigible ». Le saisissant peut déclencher la poursuite pour une créance en espèces non
liquidée ou sur la base d’un titre exécutoire par provision. Cependant l’adjudication ne pourra
intervenir qu’après la liquidation et si le titre est devenu définitif.

Le saisi dans cette procédure est, dans la plupart des cas, le débiteur propriétaire de l’immeuble
ou titulaire du droit réel immobilier. Lorsque le débiteur est dans une indivision, ses créanciers ne
peuvent mettre en vente sa part avant le partage ou la liquidation. En ce qui concerne la vente des
biens communs, celle-ci est poursuivie contre les deux époux. La saisie immobilière peut être
dirigée contre une personne autre que le débiteur. Il peut s’agir de l’acquéreur d’un immeuble
mais aussi de la caution.

S’agissant des conditions liées à la nature des biens tous les biens susceptibles d’être
hypothéqués peuvent faire l’objet de la procédure de saisie immobilière. Pour être saisi,
l’immeuble doit être immatriculé. A défaut, le créancier est tenu de la requérir après y avoir été
autorisé par décision du Président de la juridiction compétente.
22

Selon l’article 251 AUPSRVE, le créancier ne peut poursuivre la vente des immeubles qui ne lui
sont pas hypothéqués que dans le cas d’insuffisance des immeubles qui lui sont hypothéqués.
Cette règle n’est écartée qu’à la double condition que l’ensemble des biens constitue une seule et
même exploitation et que le débiteur le requiert.

La vente forcée des immeubles situés dans les ressorts de juridictions différentes ne peut être
poursuivie que successivement. Elle peut être poursuivie simultanément :
1) lorsque les immeubles font partie d'une seule et même exploitation ;
2) après autorisation du président de la juridiction compétente lorsque la valeur des immeubles
situés dans un même ressort est inférieure au total des sommes dues tant au créancier saisissant
qu'aux créanciers inscrits.

L’article 264 AUPSRVE donne au débiteur saisi, la possibilité d’obtenir de la juridiction


compétente qu’il soit sursis aux poursuites sur un ou plusieurs immeubles désignés dans le
commandement lorsque la valeur des immeubles saisis dépasse le montant de la créance.
Le débiteur peut obtenir du juge, la suspension des poursuites, s’il « justifie que le revenu net et
libre de ses immeubles pendant deux années suffit pour le paiement de la dette en capital, frais et
intérêts.

§2. Le déroulement de la saisie immobilière

A. Le placement de l’immeuble sous-main de justice

a. La rédaction du commandement

Le commandement est un exploit d’huissier destiné, à la fois, à mettre en demeure le débiteur de


régler sa dette et de placer l’immeuble sous la main de justice en cas de non-paiement.
Il doit contenir les mentions propres prévues par l’article 254 AUPSRVE à peine de nullité du
commandement.

b. La signification du commandement au débiteur

Selon l’article 254 AUPSRVE le commandement est signifié au débiteur. A peine de nullité, le
commandement est signifié au tiers détenteur avec sommation, soit de payer l’intégralité de la
dette en principal et intérêts, soit de délaisser l’immeuble hypothéqué, soit enfin de subir la
procédure d’expropriation.

b. La publication du commandement

L’huissier fait viser l’original du commandement par le conservateur de la propriété foncière, ou


par l’autorité administrative dans le cas d’une saisie immobilière pratiquée sur des impenses
réalisées par le débiteur.
23

Le commandement doit être déposé à la conservation foncière ou à l’autorité administrative dans


les 3 mois à compter de la signification à défaut le créancier ne peut plus publier le
commandement. Il ne peut reprendre les poursuites qu’en les réitérant. A partir de l’inscription, la
suite de la procédure dépend de l’attitude du débiteur.

Si le débiteur paye dans les 20 jours, l’inscription du commandement est radiée par le
conservateur ou l’autorité compétente sur mainlevée donnée par le créancier poursuivant. Si le
débiteur ne paie pas, le commandement vaut saisie à compter de son inscription. L’immeuble est
frappé d’indisponibilité.

B. La réalisation de l’immeuble

a. La phase préparatoire

L’AUPSRVE a prévu la rédaction et le dépôt d’un cahier des charges pour permettre au débiteur,
aux créanciers inscrits et aux éventuels enchérisseurs d’avoir des informations sur les conditions
de la vente.

Le cahier des charges est rédigé suivant des mentions bien précise (art 267)et signé par l’avocat
du créancier poursuivant. Il est déposé au greffe de la juridiction dans un délai maximum de 50
jours, à peine de déchéance, à compter de la publication du commandement. Dans les huit jours,
après le dépôt du cahier des charges, le créancier saisissant fait sommation au saisi et aux
créanciers inscrits de prendre communication, au greffe, du cahier des charges et d'y faire insérer
leurs dires. L’Acte uniforme a prévu l’étape de l’audience éventuelle destinée à examiner les
dires et observations qui doit avoir lieu moins de 30 jours après la dernière sommation (article
270). Lors de l’audience éventuelle, la juridiction compétente peut prendre d’office, certaines
mesures. L’adjudication ne peut être poursuivie qu’après l’accomplissement de certaines mesures
depublicité.

b. L’adjudication

C’est le dénouement normal de la procédure. Elle a lieu à l’audience du tribunal et à la date


indiquée. L’adjudication peut cependant être remise pour causes graves et légitimes par décision
judiciaire motivée rendue sur requête déposée 5 jours au moins avant le jour fixé pour la vente.
En l’absence de remise, il est procédé, au jour indiqué, à la vente sur réquisition même verbale de
l’avocat du poursuivant ou de tout créancier inscrit.

La vente de l’immeuble est poursuivie aux enchères publiques à la barre de la juridiction


compétente ou en l’étude du notaire convenu.
La procédure d’adjudication va se poursuivre selon une procédure particulière avec des bougies.
Les biens sont adjugés à celui qui a porté l’enchère la plus élevée par décision judiciaire ou
procès-verbal du notaire.
24

S'il ne survient pas d'enchère après que l'on a allumé successivement trois bougies, le
poursuivant est déclaré adjudicataire pour la mise à prix à moins qu'il ne demande la remise de
l'adjudication à une autre audience sur une nouvelle mise à prix conforme aux dispositions de
l'article 267-10 ci-dessus. Les formalités de publicité doivent être réitérées. En cas de remise, si
aucune enchère n'est portée lors de la nouvelle adjudication le poursuivant est déclaré
adjudicataire pour la première mise à prix. Lorsque l’adjudication est devenue définitive, une
expédition de la décision est déposée, à l’initiative de l’adjudicataire, à la conservation de la
propriété foncière.
Le défaut d’accomplissement de certaines formalités entraîne la revente. On parle de surenchère.

§3. Les incidents de la saisie immobilière

Il existe deux types de règles ayant vocation à régir les incidents : les règles communes à tous les
incidents et les règles propres à chaque type d’incidents.
Les règles communes se rattachent à la compétence du tribunal, à la procédure et aux voies de
recours.

Le régime des voies de recours applicable aux jugements rendus sur les incidents de la saisie
immobilière est fixé par les articles 300 et 301 AUPSRVE. L’article 300 exclut l’opposition et
soumet l’appel à des règles très strictes. Il n’admet l’appel que lorsque la décision statue sur le
principe même de la créance ou sur des moyens de fond tirés de l’incapacité de l’une des parties,
de la propriété, de l’insaisissabilité ou de l’inaliénabilité des biens saisis.

L’Acte uniforme envisage 4 types d’incidents : les incidents nés de la pluralité de saisie, les
demandes en distraction, les demandes en annulation et la folle enchère.

SECTION III. DES DISTRIBUTIONS (articles 324 -334)

§Unique. Procédure

Selon l'article 324, s'il n'y a qu'un seul créancier, le produit de la vente est remis à celui-là
jusqu’à concurrence du montant de sa créance, en principal, intérêts et frais, dans un délai de
quinze jours, au plus tard, à compter du versement du prix de la vente. Dans le même délai, le
solde est remis au débiteur.

S'il y a plusieurs créanciers en matière mobilière ou, en matière immobilière, plusieurs créanciers
inscrits ou privilégiés, ceux-ci peuvent s'entendre sur une répartition consensuelle du prix de la
vente. Dans ce cas, ils adressent leur convention sous seing privé ou sous forme authentique au
greffe ou à l'auxiliaire de justice qui détient les fonds. Celui-ci distribue les fonds selon cet
accord (art. 325). Le solde est remis au débiteur.

Si, dans le délai d'un mois qui suit le versement du prix de la vente par l'adjudicataire, les
créanciers n'ont pu parvenir à un accord unanime, le plus diligent d'entre eux saisit le président de
25

la juridiction du lieu de la vente ou le magistrat délégué par lui afin de l'entendre statuer sur la
répartition du prix.

Cet acte de saisine indique la date de l'audience et fait sommation aux créanciers de produire
leurs moyens. La juridiction compétente procède à la répartition du prix de la vente en se basant
sur les pièces produites, dires et explications des parties.

CONSEILS BIBLIOGRAPHIQUES ET LEGAUX

I. Conseils légaux

A. Instruments juridiques communautaires et internes

a. Textes communautaires

- Traité OHADA de 1993 révisé en 2008 ;


- Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et de
voies d’exécution, Publié au Journal Officiel OHADA n°06 du 1er juin 1998 ;

b. Textes internes

- Constitution de la RDC du 18 février 2006 telle que révisée à ce jour ;


- Loi organique n°013/11-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétence des juridictions d’ordre judiciaire.
- Loi N° 015/2002 du 16 Octobre 2002 telle que modifiée à ce jour portant le code du
travail ;
- Loi 79-028 du 28 septembre 1979 portant organisation du barreau, du corps des
défenseurs judiciaires et du corps des mandataires de l’Etat ;
- Loi du 1er Aout 1987 portant code de la famille et révisée à ce jour ;
- L’Ordonnance-loi 66-344 du 9 juin 1966 portant Actes notariés).
- Ordonnance du 24 août 1916 relative à la destination à donner aux objets frappés de
confiscation judiciaire, B.A.C., 1916 ;
- Ordonnance n° 86/Cont. Du 3 août 1936, B.A, 1936 ;
- Décret du 30 juillet 1888 portant code des Obligations
- Décret du 7 mars 1960 portant code de procédure civile tel que révisé à ce jour
26

- Arrêté d’organisation judiciaire du 20 août 1979 ;


- Arrêté du Gouverneur général, 9 avril 1898, R.M., 1898 ;

II. Conseils bibliographiques

- Pierre MALAGANO, l’injonction de payer : théories et pratiques jurisprudentielles


devant les tribunaux de la RDC, Médiaspaul, Lubumbashi,2016 ;
- Victor KALUNGA,droit Ohada de l’exécution,Label,Lubumbashi,2022 ;
- Boitard et Comlet-Daage, Leçons de procédure civile, 12è éd., Paris, Cotillon, 1876 ;
- Matadi Nenga Gamanda, Droit judiciaire privé, éd. Droit et Idées nouvelles, Kinshasa,
2006 ;
- POUGOUE Paul-Gérard (sous la direction de), « Encyclopédie du droit OHADA »,
Édition. Lamy, 2011 ;
- Anne-Marie [Link]-ESSO, Ndiaw DIOUF, OHADA Recouvrement des créances,
Bruylant, Bruxelles 2002 ;
- Félix ONANA ETOUNDI, Grandes tendances jurisprudentielles de la Cour Communes
de Justice et d’Arbitrage en matière d’interprétation et d’application du Droit OHADA
(1997-2010)( Près de 300 décisions et avis annotés et commentés par
thème),collection :Pratique et contentieux de droit des affaires, octobre 2011 ;
- Joseph DJOGBENOU, L’exécution forcée Droit OHADA, 2ème édition, CREDIJ , Bénin.

- ISSA-SAYEGH J., POUGOUE P-G et SAWADOGO F.M. (sous la direction de) :


« OHADA-Traité et Actes uniformes commentés et annotés », 4ème édition, Édition.
Juriscope, 2012
- LEFEBVRE : « Code Pratique OHADA : Traité, Actes, uniformes et Règlements annotés
par l’IDEF », septembre 2013

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