Balzac commence dès lors à être un auteur connu.
Il est introduit au salon de
Juliette Récamier, où se retrouve le gratin littéraire et artistique de l'époque. Il
fréquente aussi le salon de la princesse russe Catherine Bagration, où il se lie
notamment avec le duc de Fitz-James, oncle de Mme de Castries55.
Toutefois, ses livres ne se vendent pas assez : ses revenus ne sont pas à la
hauteur de ses ambitions et de son train de vie. Il cherche alors à gagner de
l'argent dans le journalisme.
En 1830, il écrit dans la Revue de Paris, la Revue des deux Mondes, La
Mode, La Silhouette, Le Voleur, La Caricature. Il devient l'ami du patron de
presse Émile de Girardin56. Deux ans après la mort de son père, survenue le
19 juin 182957, l'écrivain ajoute une particule à son nom lors de la publication
de L'Auberge rouge, en 1831, qu'il signe «de» Balzac58,59. Ses textes
journalistiques sont d'une grande diversité. Certains portent sur ce qu'on
appellerait aujourd'hui la politique culturelle, tels « De l'état actuel de la librairie
» et « Des artistes ». Ailleurs est esquissée une « Galerie physiologique »,
avec « L'Épicier » et « Le Charlatan ». Il écrit aussi sur les mots à la mode, la
mode en littérature et esquisse une nouvelle théorie du déjeuner. Il publie en
parallèle des contes fantastiques et se met à écrire sous forme de lettres des
réflexions sur la politiquen 12.
En même temps, il travaille à La Peau de chagrin, qu'il voit comme « une
véritable niaiserie en fait de littérature, mais où il a essayé de transporter
quelques situations de cette vie cruelle par laquelle les hommes de génie ont
passé avant d'arriver à quelque chose60 ». D'inspiration romantique par son
intrigue, qui fait « se dérouler dans le Paris de 1830 un conte oriental des Mille
et une Nuits61 », le conte explore l'opposition entre une vie fulgurante
consumée par le désir, et la longévité morne que donne le renoncement à
toute forme de désir. Son héros, Raphaël de Valentin, s'exprime comme
l'auteur lui-même, qui veut tout : la gloire, la richesse, les femmes :
« Méconnu par les femmes, je me souviens de les avoir observées avec la
sagacité de l’amour dédaigné. […] Je voulus me venger de la société, je
voulus posséder l’âme de toutes les femmes en me soumettant les
intelligences, et voir tous les regards fixés sur moi quand mon nom serait
prononcé par un valet à la porte d’un salon. Je m’instituai grand homme62. »
Balzac dira plus tard de ce roman qu'il est « la clé de voûte qui relie les études
de mœurs aux études philosophiques par l'anneau d’une fantaisie presque
orientale où la vie elle-même est prise avec le Désir, principe de toute
passion63 ».
Dans la préface de l'édition de 1831, il expose son esthétique réaliste : « L'art
littéraire ayant pour objet de reproduire la nature par la pensée est le plus
compliqué de tous les arts. […] L'écrivain doit être familiarisé avec tous les
effets, toutes les natures. Il est obligé d'avoir en lui je ne sais quel miroir
concentrique où, suivant sa fantaisie, l'univers vient se réfléchir64. ». Ce livre
— qu'il dédie à la dilecta65 — paraîtra finalement en 1831. C'est un succès
immédiat. Balzac est devenu « avec trois ouvrages, l'ambition des éditeurs,
l'enfant chéri des libraires, l'auteur favori des femmes66 ».
Le grand projet de La Comédie humaine
Article détaillé : La Comédie humaine.
Une œuvre colossale et rigoureusement planifiée
Gravure d'un homme préoccupé vu de profil, il est assis sur une chaise les
mains croisées posées sur ses jambes croisées.
Le père Goriot par Daumier (1842). Ce roman inaugure le retour des
personnages.
La Peau de chagrin marque le début d'une période créative au cours de
laquelle prennent forme les grandes lignes de La Comédie humaine. Les «
études philosophiques », qu’il définit comme la clé permettant de comprendre l’
ensemble de son œuvre67, ont pour base cet ouvrage, qui sera suivi de Louis
Lambert (1832), Séraphîta (1835) et La Recherche de l'absolu (1834).