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Matériaux Diélectriques en Electrotechnique

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Master I : Matériaux en Electrotechnique et Technique de Haute Tension 2023-2024

Chapitre I : Matériaux diélectriques

Introduction
Les isolants ou diélectriques sont des matériaux ayant une résistivité très élevée de 108 à 1016
Ω.m, car ils contiennent très peu d’électrons libres. Un isolant est caractérisé par ses propriétés
électriques, mécaniques, chimiques et thermiques. Les matériaux diélectriques sont utilisés dans les
systèmes électrotechniques, appareils, machines électriques,…afin d’isoler les parties conductrices
d’un système et de protéger les utilisateurs de ces dispositifs contre les risques d’électrocution. Les
isolants sont classés selon leurs applications en solide, liquide ou gaz et selon l’environnement dans
lequel les dispositifs seront placés.
Les isolants sont utilises pour :
- assurer une séparation électrique entre des conducteurs portes a des potentiels différents afin
de diriger l’écoulement du courant dans les conducteurs désirés et par conséquent la
protection des personnes et des équipements.
- supporter les éléments d’un réseau électrique et les isoler les uns par rapport aux autres et
par rapport a la terre.
- remplir les fonctions de diélectrique d’un condensateur.

I. Définitions
1. Dipôle :
Un dipôle électrique est, par définition, constitué de deux charges q de signes opposées séparées par
une distance d .

Figure 1. Représentation d’un dipôle électrique.


2. Moment dipolaire :
Un dipôle électrique est caractérisé par son moment dipolaire orienté de la charge négative vers la
charge positive défini par :
r r
p = q .d (C·m)

3. Vecteur polarisation
r
Le vecteur macroscopique de polarisation P correspond à la
somme vectorielle de tous les dipôles par unité de volume. Il est défini par :
r 1 N r
P= ∑
∆v i =1
pi (C/m2)

Où ∆v désigne le volume de diélectrique, N représente le nombre d’atomes ou de molécules par


r
unité de volume et pi le moment dipolaire d’un dipôle élémentaire.

I.2. Représentation d'un état de polarisation


La propriété la plus importante d’un diélectrique est la polarisation sous l’action d’un champ
électrique externe.
A l’échelle atomique : en l’absence d’un champ électrique, le moment électrique est nul car la
somme algébrique des charges dans toutes les molécules dans un volume donné est nulle, du fait
que les centres de gravite des charges positives et négatives coïncident. Lors de l’application d’un
champ électrique, les centres de gravite ne coïncident plus et les particules (atomes et molécules)
sont alignées suivant la direction de E et acquièrent un moment p (voir figure).

N. RADJA 1
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

En présence d’un champ électrique E, qui est aussi un vecteur quantité, une force ou un couple
viendra pour porter le dipôle électrique et l’orienté selon la direction du champ électrique. Le
processus d’alignement du dipôle est appelé polarisation.

A l’échelle macroscopique : le diélectrique aura un moment diélectrique total P du dipôle par


unité de volume du matériau diélectrique considéré. La polarisation est souvent proportionnelle au
champ électrique qui l'a créée (ce cas est dit linéaire) :

Considérons simplement un condensateur plan de surface S et d’épaisseur d (voir figure). Posons


que la charge de polarisation apparaissant à chaque surface du condensateur est σs[C/m2].

Comme la charge totale à l’intérieur est compensée (nulle), le moment diélectrique total est σsS.d.
En divisant par le volume V = S.d, on obtient la polarisation P = σs.
En conclusion, la polarisation P est égale à la densité de charge apparaissant a la surface.

I.3. Induction Electrique (généralisation de la loi de Gauss) :


Pour des charges libres placées dans le vide, la loi de Gauss s’écrit :
r r
∫∫ ε 0 E .dS = ∫∫∫ ρ .dv
(S ) (v)
r r
Et : D = ε 0 .E

ε 0 : Permittivité diélectrique du vide (F/m).
r
E : Champ électrique (V/m)
r
D : Induction électrique (C/m2).
ρ : La densité de charges libres présentes dans un volume v délimitée par une surface S .

Si on introduit un diélectrique dans le volume v , on doit tenir compte autant des éventuelles charges
libres que des charges de polarisation (ou bien des charges liées). Ces charges liées sont dues au
phénomène de polarisation. Dans ce cas, la loi de Gauss s’exprime par :
( )
r r
∫∫ ε 0 E .dS = ∫∫∫ ρ + ρ p .dv
(S ) (v)

ρ p représente la densité de charges liées dues à la polarisation.


Pour une polarisation uniforme, le corps du matériau ne présentera aucune charge électrique en
volume. Celle-ci apparaitra sur ces faces terminales. Par contre lorsque la polarisation n’est pas
uniforme, le spécimen étudié apparaitra chargé, du fait d’une divergence non nulle.
r
En posant ρ p = − div.P e en appliquant le théorème de la divergence, on obtient :

N. RADJA 2
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

( )
r r r
∫∫ ε 0 E .dS = ∫∫∫ ρ .dv + ∫∫∫ − div.P dv
(S ) (v) (v )
r r r
∫∫ 0 .dS = ∫∫∫ ρ .dv − ∫∫ [Link]
ε E
(S ) (v ) S

r r r
D’où : ∫∫ 0 + P ).dS = ∫∫∫ ρ .dv
( ε E
(S ) (v)
r
L’induction électrique D dans un diélectrique satisfait la relation suivante :
r r r
D = ε 0 .E + P
Dans un diélectrique homogène, linéaire et isotrope, on a :
r r
P = ε 0 χ .E
Où χ est la susceptibilité diélectrique et ε0 représente la permittivité absolue du vide ou de l’air
(ε0 = 8,85.10-12 F/m).
r
Donc, l’induction électrique D peut s’écrire :
r r
D = ε 0 (1 + χ ).E
En posant ε r = (1 + χ ) et ε = ε 0ε r , on aura :
r r
D = ε .E
Et la polarisation peut s’écrire sous forme :
v r
P = ε 0 (ε r − 1).E

I.4. Permittivité diélectrique


Soit un condensateur plan a vide (ou a air) :
S
Sa capacité est : C0 = ε 0
d
Où : ε0 : permittivité absolue du vide (ou de l’air) (ε0= 8,85.10-12 (F/m))
S : surface de la plaque conductrice (m2).
d : distance entre les deux plaques (armatures)
Si le même condensateur est rempli par un isolant, sa capacité devient:
S
C = ε r C0 = ε r ε 0
d
C ε
La permittivité relative est définie par le rapport : ε r = =
C0 ε 0
La permittivité absolue est : ε = ε rε 0
Pour l’air, les gaz et le vide ε r = 1 . Pour les autres isolants ε r > 1 .

La permittivité dépendant de la fréquence s’exprime sous forme complexe selon l’expression


suivante:
ε r = ε r′ − jε r′′

I.5. Conditions aux limites dans un diélectrique


Disposons à l’interface de deux diélectriques un petit cylindre de hauteur h, sur la surface ds
délimitée par ce cylindre, plaçons une charge libre de densité superficielle σ .

N. RADJA 3
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

Conditions aux limites de deux milieux diélectriques

En appliquant le théorème de Gauss :


( Dn 2 − Dn1 )ds = σds
Dn1 et Dn 2 sont les composantes normales de l’induction électrique dans les milieux de permittivité
ε1 et ε 2
Dn 2 − Dn1 = σ
Si σ = 0 , on aura : ε 2 En 2 = ε1En1
De la même, on peut montrer que les composantes tangentielle du champ électrique sont continues.
Et1 = Et 2

I.6. Champ local


Le champ électrique local EL est la résultante du champ macroscopique appliqué E et des champs
créés par tous les autres dipôles Edip. Dans le cas d'un champ électrique homogène tel qu'il existe
dans un condensateur plan (figure (a)), le champ local au point A est donné par:
EL=E+Edip

Où E est le champ imposé par la source de tension U (E=U/I)

Edip est le champ résultant de la présence de dipôles dans tout le volume du diélectrique. Le
diélectrique est formellement divisé en deux régions par une sphère S centrée en A (figure(b)).
Edip = Ei + Ee
Où Ei et Ee sont les champs créés par les dipôles situés respectivement à l'intérieur et à l'extérieur
de la surface S.
Dans un cristal où les voisins de A sont disposés selon la figure ci-dessous (réseau cubique), on
déduit, que : Ei = 0.

N. RADJA 4
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

Le champ créé en A par les dipôles extérieurs à S vaut donc :


Ee=P / 3εo (ce champ est déterminé par un calcul électrostatique élémentaire)
Finalement, le champ local agissant sur un dipôle est donné par l'expression suivante :
EL = E + P/ 3εo
Ce dernier est appelée aussi champ de Lorentz.

I.7. Facteur de Polarisation


On appelle facteur de polarisation α le rapport :
α=p/EL (F/m2)
p représente le moment dipolaire d'un atome ou d'une molécule.

Si N est le nombre volumique des porteurs p, la polarisation due à ces derniers est :
r r
P = Nα .EL

I.8. Types de Polarisation :


La polarisation diélectrique est l’alignement des dipôles atomique ou moléculaire permanents lors
de l’application d’un champ électrique. On distingue quatre types de polarisation :

1. La polarisation électronique ;
La polarisation électronique est présente dans tous les diélectriques. Elle résulte des déplacements
des électrons par rapport au noyau d’un atome. La polarisation électronique s’établit en quelques
-15
10 s;
r r
Pe = Nα e .EL avec α e = 4πε 0 .r 3 (r : rayon de l’atome)

2. La polarisation ionique ;
Dans ce cas, la polarisation se manifeste sous la forme d’un déplacement des ions positifs dans la
direction du champ électrique et du déplacement des ions négatifs en sens [Link] temps requis
pour ce déplacement, afin d’assurer la polarisation est de l’ordre de 10-13 à10-12s.
r r
Pi = Nα i .EL ( α i : Polarisabilité ionique)

3. La polarisation dipolaire (orientationelle)


Les dipôles s’orientent suivant la direction du champ électrique appliqué. En l’absence de champ,
les dipôles sont orientes de façon désordonnée, de telle façon que la polarisation globale est
pratiquement nulle. Pour cette raison, la polarisation d’orientation est influencée et liée avec
l’agitation thermique des molécules, la température exerce un effet appréciable sur ce type de
polarisation. La polarisation d’orientation peut exister seulement dans les gaz, les liquides et les
matières amorphes visqueuses. Dans les matières solides, les dipôles sont ’’figés’’ et ne peuvent être
orientés.

N. RADJA 5
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

r r p2
Pd = Nα d .EL et αd = p : moment dipolaire de la molécule.
3kT
k : constante de Boltzmann

4. Polarisation interfaciale
La polarisation interfaciale concerne les diélectriques formés de grain de différente nature
(diélectriques non-homogènes), comportant des charges résiduelles, pour lesquelles les joints de
grains constituent une barrière d’énergie. Elle se caractérise par une localisation de charges aux
interfaces.

I.9. Relation de Clausuis-mossotti :


La formule de Clausius-Mossotti est une relation entre la polarisabilité microscopique α d'un
milieu diélectrique et sa constante diélectrique (permittivité relative εr ) macroscopique, qui est
donnée par :
ε r − 1 Nα
=
ε r + 2 3ε 0
Où N : représente le nombre de particules polarisables par unité de volume.
Cette relation provient de ce que le champ électrique microscopique ressenti par un des dipôles
polarisables diffère du champ électrique macroscopique par une correction proportionnelle à la
polarisabilité du milieu.

I.10 Etude de courants de conduction et de courants de déplacement dans un diélectrique


I.10.1 Courant de conduction
Le courant de conduction résulte du mouvement des charges qui se déplace sous l’action d’un
champ électrique. Considérons une surface ds et supposant que les charges dQ traversant ds, ont
une vitesse v dans la même direction, on aura :
dQ
dI = = ρ .[Link] = J .ds et J = ρ .v
dt
Avec ρ représente la densité de charge volumique et J est la densité de courant.
Loi d’Ohm :
Considérons un volume élémentaire du diélectrique ds .dl soumis à une différence de potentiel –
dV ; l’intensité du courant correspondant est :
dI = Jds
Si l’on admet la loi d’Ohm :

N. RADJA 6
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dl − dV
− dV = RdI = Jds ⇒ J = σ
σds dl
En considérant le milieu comme isotrope, on aura :
J = σE
σ étant la conductivité du diélectrique et E le champ électrique dans l’axe du tube.

I.10.2 Courant de déplacement


Dans un diélectrique, la loi de Gauss se traduit par la relation :
div.D = ρ
Si le champ électrique dépend du temps, la relation devient :
∂D ∂ρ
div. =
∂t ∂t
En tenant compte de l’équation de continuité :
 ∂D 
div. J + =0
 ∂t 
 ∂D 
D’où : ∫∫  J + ∂t ds = 0
s
∂D
a les dimensions d’une densité de courant, c’est la densité du courant de déplacement J D .
∂t
Pour un diélectrique qui présente une polarisation, l’induction électrique est donnée par :
r r r
D = ε 0 .E + P
Et la densité du courant de déplacement s’écrit :
∂E ∂P
JD = ε0 +
∂t ∂t
∂E
Avec : ε 0 : densité du courant de déplacement dans le vide.
∂t
∂P
: Densité du courant de polarisation.
∂t

I.11. Courants transitoires dans les isolants : Courant d'absorption ; Courant de résorption.
Les courants transitoires, lors de l’application d’une tension et après coupure du champ électrique,
ces courants sont appelés courant d’absorption et courant de résorption et qui sont représentés sur la
figure qui suit :

Courant d’absorption (ia) : C’est le transitoire de courant enregistré entre la mise sous tension de
l’isolant et l’instant à partir duquel le courant atteint son régime stationnaire et que l’on appelle le

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Chapitre I : Matériaux diélectriques

courant de conduction (ic). Ce courant d’absorption correspond donc au courant de polarisation


(Ipol) auquel on retranche le courant de conduction (ic).
ia= Ipol -ic.
Courant de résorption (Idépol). : C’est le transitoire de courant enregistré entre l’arrêt de la tension
et l’annulation du courant.

I.12 Indice de Polarisation


On peut caractériser l’état d’un isolant (ou la dégradation de son état), en évaluant l’indice de
polarisation. Cet indice est défini comme le rapport entre le courant mesuré au bout d’une minute et
après 10 minutes :
I
I p = t =1mn
I t =10 mn
La mesure de l’indice de polarisation est utilisée pour évaluer l’état de l’isolation des cables et des
machines électriques. L’isolant est considéré comme : bon si : I p ≥ 4 , douteux si : 1,5 < I p < 4 et
mauvais si : I p ≤ 1,5 .

I.13. Schéma équivalent d'un diélectrique en régime variable


Le circuit équivalent d’un matériau diélectrique peut donc être représenté
par une résistance Rp en parallèle avec une capacité Cp comme le montre
la figure ci-contre :

I.14. Angle de pertes diélectriques


L’angle de pertes δ est défini comme étant l’angle complémentaire du déphasage entre la tension U
entre les conducteurs et le courant de fuite I traversant l’isolant :
On a :
I ωCU
tgϕ = C = = RCω
IR U
R
1 1
Et : tgδ = =
tgϕ RCω

L'angle δ , représente l’angle de perte diélectrique. La


tangente de 1'angle de perte tgδ est appelée le facteur de
dissipation diélectrique.
L’angle de pertes caractérise la qualité d’un isolant :
- Un bon isolant → Resistance d’isolement R élevée, angle de perte δ faible.
- Un mauvais isolant → Resistance d’isolement R faible, angle de perte δ élevé.

I.15. Rigidité diélectriques et mécanismes de claquage


La rigidité diélectrique r d’un milieu isolant se trouvant entre les armatures d’un condensateur,
représente la valeur maximale du champ (V/m) que le milieu peut supporter avant le déclenchement
d’un arc électrique. Cette valeur maximale de la tension appliqué aux bornes est appelée tension de
claquage U c du condensateur. La rigidité du milieu est défini par :
U
r= c (d : représente l’épaisseur de l’isolant placé entre les armatures).
d
Au-delà d’une certaine valeur de tension appelée tension de claquage, il apparaît un arc électrique
dans l’isolant : courant intense traversant l’isolant en suivant un chemin formé par l’arc lui-même.

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Chapitre I : Matériaux diélectriques

Dans ce cas, l’isolant est percé : il y a rupture diélectrique ou claquage (destruction de l’isolant),
irréversible pour les isolants solides (carbonisation), réversible pour les isolants gazeux et liquides
(recombinaison des ions avec des électrons).
Plusieurs types de claquage existent, parmi lesquels on cite :
• Claquage thermique : Lorsqu’un courant traverse un matériau isolant, la conductivité
augmente avec la température. Par suite la température s’élève, le courant augmente à son tour et
ainsi de suite. Si la chaleur accumulée ne s’évacue pas suffisamment vite, le processus peut
conduire à un emballement thermique, c’est ce qu’on appelle le claquage thermique.
• Claquage d’origine électronique : Pour qu’un claquage purement électronique puisse
survenir, une condition nécessaire, est qu’il existe des électrons pouvant être accélérés et
acquérir ainsi dans le champ une énergie comparable à l’énergie d’ionisation des atomes
constitutifs (5 à 10 eV).
• Claquage intrinsèque : Lorsque le champ électrique appliqué à un matériau de telle manière
que sa température reste pratiquement inchangée en maintenant ce champ pendant une courte
durée et en utilisant des électrodes permettant l’évacuation de la chaleur, on peut assister à un
claquage brutal qui n’est pas précédé par une augmentation progressive de la température c’est
ce qu’on appelle un claquage intrinsèque.
• Claquage associé au volume libre: Artbauer est le premier à utiliser la notion de volume
libre dans le claquage et ceci en considérant que les électrons peuvent acquérir suffisamment
d’énergie avec le champ électrique en traversant le volume libre pour causer la rupture
diélectrique.
• Claquage par avalanche : Dans certaines conditions contrôlées dans les champs uniformes
seulement avec les électrodes incorporées dans l'isolant, le claquage peut être accompli après le
passage d'une avalanche simple, semblable à l’avalanche dans les gaz.
Quelquefois le libre parcours moyen peut être assez long pour que l'énergie cinétique acquise
excède l'énergie d'ionisation qui se termine par la libération d'un électron. Le processus se
répète et peut mener à la formation d'une avalanche électronique semblable aux gaz. Le
claquage se produit si l'avalanche dépasse une certaine taille critique.
• Claquage électromécanique : La théorie du claquage électromécanique prend en compte
l'effet électrostatique qui tend à rapprocher deux électrodes entre lesquelles est appliquée une
différence de potentiel. Cette théorie étant introduite par Stark et Garton. L'effort comprime
l'isolant solide placé entre les deux électrodes. Le claquage survient lorsque cet effort de
compression dépasse la résistance mécanique du matériau.

I.16. Contraintes rencontrées par la fonction d'isolation


• Contrainte thermique : Les contraintes thermiques sont très importantes pour la conception et
le vieillissement du matériel. La température de fusion des isolants doit être plus élevée que la
température maximale de fonctionnement du matériel électrique. Les propriétés diélectriques
(permittivité relative, résistivité, facteur de dissipation diélectrique) dépendent de la
température ; dans certains cas, si la tangente de l’angle de perte (tgδ ) augmente rapidement, un
claquage thermique peut survenir. Il faut noter que tous les matériaux isolants dans l’industrie
sont classés d’après leur température de fonctionnement. La durée de vie thermique (L) d’un
(B )
matériau est souvent exprimée par la relation d’Arrhenius L = A.e T (T est la température et A,B
sont des constantes).
• Contraintes Electriques : L’application de la tension fait apparaître un certain nombre des
phénomènes parasites qui provoquent une détérioration de l’isolation. Le plus important et le
plus nocif c’est le phénomène des décharges partielles détectables ou non, qui se manifestent soit
à l’intérieur de petites bulles gazeuses dans la structure isolante, soit à la frontière entre isolant et

N. RADJA 9
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

conducteur. Les décharges s’accompagnent d’une ionisation du gaz causant la détérioration du


matériau. Une autre conséquence sévère de la contrainte électrique est l’arborescence électrique
qui se propage dans les isolants.
• Contraintes mécaniques : Dans tous les matériels, les isolants solides ont à transmettre les
efforts qui s’exercent entre les conducteurs actifs ou entre ceux-ci et l’isolant. Les isolations
devront pouvoir supporter, d’une part, les efforts mécaniques normaux et permanents résultant
du fonctionnement et, d’autre part, des efforts exceptionnels et de brève durée dont les plus
dangereux sont engendrés par les courts-circuits. Les courants de court-circuit auxquels sont
exposés les matériels, engendrent des efforts proportionnels au carré de l’intensité du courant.
Ces efforts dépendent des caractéristiques des matériels.
• Contrainte environnementales: La présence des diverses substances polluantes dans
l’environnement, présence de l’oxygène de l’air et de l’humidité, est souvent à l’origine de
réactions chimiques qui peuvent détériorer la qualité de l’isolation. Une de ces réactions est la
création d’ozone et d’oxyde d’azote qui se combinent avec l’humidité pour former des acides
nitriques qui attaquent l’isolation. Les polluants les plus fréquemment cités sont :
- l’humidité, surtout lorsqu’elle est chargée en sel.
- l’huile ou la graisse issue des roulements ou des systèmes de refroidissement,
- les composés chimiques agressifs déjà présents dans l’environnement issus de la dégradation
de l’isolation et de la poussière.

I.17 Classification des matériaux isolants


Plusieurs méthodes peuvent être adoptées pour classer les isolants :

• Classification en fonction de la tenue en température : (voir le tableau)


La norme NFC 51-111 définit des classes d’isolant selon leur tenue en température, qui dépend
de la matière isolante, mais aussi des matières d’agglomération et d’imprégnation.

N. RADJA 10
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

• Classification en fonction de l’état physique: (voir le tableau.2)


- Solide : mica, bois, céramiques, plastique…
- Liquide : huile, pyralène, vernis…
- Gaz : air sec, azote, SF6
Tableau.2 : Classification en fonction de l’état physique

N. RADJA 11
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

• Classification en fonction de l’origine: (voir le tableau.2 et 3)

- Minérale : mica, porcelaine, verre, amiante…


- Organique : bois, papier, coton, soie, caoutchouc (latex)…
- Synthétique : plastique (thermoplastiques ou thermodurcissable), silicones…
Tableau.3 : Classification en fonction de l’état physique

N. RADJA 12
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

I.18 Exemples d’applications des matériaux isolants dans l’industrie


- Bobinages de machines (fils conducteurs émaillé, barres conductrice isolées par du papier, mica,
verre, résine…
- Câbles électriques
- Condensateurs
- Isolateurs (ils sont en verre ou en porcelaine).

N. RADJA 13
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

I.19 Exercices d’applications


Exercice 1 :

Un condensateur plan constitué de deux plaques de surface S = 6.45.10 −4 m2 séparées par une
distance d = 2.10 −3 m . Une différence de potentiel de 10V est appliquée aux bornes de ce
condensateur. Si un matériau de constante diélectrique ε r = 6 est placé entre les deux plaques du
condensateur, calculer :
1. La capacité C du condensateur.

2. La quantité de charge stockée sur chaque plaque Q .

3. Le déplacement diélectrique D et la polarisation P.

Solution
1. La capacité C

S S
C = ε. = ε 0ε r (ε0 = 8,85.10-12 F/m).
d d
6.45.10−4
C = 8.85.10 −12
.6 . −3
= 1.7125.10 −11 (F )
2.10
2. La quantité de charge stockée sur chaque plaque Q .

Q = CV , Q = 1.7125.10 −11.10 = 1.7125.10−10 (C )

3. Le déplacement diélectrique D

D = ε 0ε r .E = ε 0ε r .
V
d
, C = 8.85.10−12.6.
10
2.10 −3
(
= 2.6550.10 − 7 C/m 2 )
La polarisation P

On a : D = ε 0 E + P ⇒ P = D − ε 0 E ,

P = 2.6550.10 − 7 − 8.85.10−12.
10
2.10 −3
(
= 2.2125.10 − 7 C / m 2 )

Exercice 2 :
On considère un condensateur plan (air-diélectrique-air), les armatures de surface S portent une
( )
densité surfacique de charge σ C / m 2 .Donner l’expression de la capacité C de ce condensateur.

a=c

N. RADJA 14
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Chapitre I : Matériaux diélectriques

Solution
r r
En utilisant le théorème de Gauss, on a : ∫∫ .ds = Q , avec : Q = σ .S
D
S

Donc : D .S = σ .S ⇒ D = σ

L’expression de l’induction diélectrique D en fonction du champ électrique E /

- Dans l’air : D = ε 0 .E1

- Dans le diélectrique : D = ε .E2 = ε 0ε r .E2

On a : D = σ

σ
Donc : E1 = dans l’air
ε0

σ
E2 = dans le diélectrique
ε 0ε r

On en déduit la d.d.p :

V = V1 − V2 = (V1 − V0 ) + (V0 − V0′ ) + (V0′ − V2 )

V = V1 − V2 = (E1 .a ) + (E2 .b ) + (E1 .c ) = E1 .(a + c ) + E2 .b

En remplaçant E1 , E2 par leurs expressions, on aura :

σ σ σ  b
V= .(a + c ) + .b = . (a + c ) + 
ε0 ε 0ε r ε0  εr 

Q
On a : σ =
S

Q  
. (a + c ) +
b
Donc : V = 
S .ε 0  εr 

Q Q ε 0 .S
La capacité C = = =
V Q    
. (a + c ) + . (a + c ) +
b b
 
S .ε 0  εr   εr 

N. RADJA 15
Master I : Matériaux en Electrotechnique et Technique de Haute Tension 2023-2024
Chapitre I : Matériaux diélectriques

Influence de la température sur les isolants


Une élévation de température contribue a` diminuer la durée de vie d’un isolant :
 diminution de la résistance d’isolement (les isolants ont généralement un coefficient de température
négatif) ;
 diminution de la rigidité di´electrique ;

oxydation
 ramollissement pouvant atteindre la fusion

N. RADJA 16

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