Perspectives économiques mondiales 2023
Perspectives économiques mondiales 2023
PERSPECTIVES
DE L’ÉCONOMIE
MONDIALE
Des trajectoires divergentes
OCT
2023
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
PERSPECTIVES
DE L’ÉCONOMIE
MONDIALE
Des trajectoires divergentes
OCT
2023
©2023 Fonds monétaire international
Édition française
Département services intégrés et équipements du FMI,
section française de la division des services linguistiques
Cataloging-in-Publication Data
IMF Library
HC10.80
Mise en garde : Les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) sont une étude des services
du FMI publiée deux fois par an, au printemps et à l’automne. Rédigées par les services
du FMI, les PEM ont bénéficié des commentaires et suggestions des administrateurs à
l’issue de la séance du conseil d’administration consacrée à l’examen des PEM le 26 sep-
tembre 2023. Les points de vue exprimés dans cette publication sont ceux des services
du FMI, et ne représentent pas nécessairement ceux du conseil d’administration ou des
autorités nationales qui y sont représentées.
Autres informations x
Données xi
Préface xii
Avant-propos xiii
Résumé xvi
Examen des perspectives par le conseil d’administration du FMI, septembre 2023 171
Tableaux
Tableau 1.1. Perspectives de l’économie mondiale : aperçu des projections 14
Tableau 1.2. Aperçu des projections des Perspectives de l’économie mondiale
avec pondération selon les taux de change du marché 16
Tableau [Link].1. Réaction moyenne des IPC 42
Tableau de l’annexe 1.1.1. Pays européens : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage 45
Tableau de l’annexe 1.1.2. Pays d’Asie et du Pacifique : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage 46
Tableau de l’annexe 1.1.3. Pays de l’Hémisphère occidental : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage 47
Tableau de l’annexe 1.1.4. Pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale : PIB réel,
prix à la consommation, solde extérieur courant et chômage 48
Tableau de l’annexe 1.1.5. Pays d’Afrique subsaharienne : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage 49
Tableau de l’annexe 1.1.6. Production réelle mondiale par habitant : récapitulatif 50
Graphiques
Graphique 1.1. Reprise incomplète : séquelles des chocs de 2020–22 2
Graphique 1.2. Choc de la COVID-19 : retour à la normale 2
Graphique 1.3. Cumul de l’épargne excédentaire dans les pays avancés 3
Graphique 1.4. Retour à la normale de l’activité touristique 4
Graphique 1.5. Ralentissement de la croissance en vue 4
Graphique 1.6. Ralentissement de l’économie chinoise 5
Graphique 1.7. L’inflation marque le pas 6
Graphique 1.8. Distribution de l’inflation globale 6
Graphique 1.9. Différents déterminants de l’inflation dans les pays étudiés 7
Graphique 1.10. La pénurie de main-d’oeuvre perdure, mais s’atténue 8
Graphique 1.11. Peu de signes d’une spirale prix–salaires 8
Graphique 1.12. Contributions respectives des bénéfices et de la rémunération du travail
dans l’inflation 9
Graphique 1.13. La politique monétaire va conserver une orientation restrictive 9
Graphique 1.14. Le canal du crédit est actif aux États-Unis et dans la zone euro 10
Graphique 1.15. Les prix des logements augmentent plus lentement ou baissent, 2022–23 10
Graphique 1.16. Hypothèses de politique monétaire et budgétaire 11
Graphique 1.17. Croissance lente et stable en perspective 12
Graphique 1.18. Baisse de l’inflation en perspective 18
Graphique 1.19. Prévisions de l’inflation globale dans les pays étudiés 18
Graphique 1.20. Inflation généralement supérieure aux objectifs jusqu’en 2025 19
Graphique 1.21. Prévisions du PIB mondial 20
Graphique 1.22. Soldes courants et positions extérieures globales 21
Graphique 1.23. Craintes de récession et d’inflation au fil du temps 21
Graphique 1.24. Écarts de rendement observés sur les obligations souveraines des pays émergents
et des pays en développement 24
Graphique 1.25. L’incidence des troubles sociaux est faible et stable 24
Graphique 1.26. Paiements d’intérêts par les administrations publiques 26
Graphique 1.27. Entreprises moins respectueuses de l’environnement dans les pays émergents 28
Graphique 1.1.1. Projections de croissance à cinq ans 30
Graphique 1.1.2. Projection de croissance à cinq ans pour différents groupes de pays 30
Graphique 1.1.3. Décélération prévue de la croissance des plus grandes puissances économiques 31
Graphique 1.1.4. Décomposition des prévisions de croissance par habitant 32
Graphique 1.1.5. Croissance et convergence des revenus à moyen terme 33
Graphique 1.2.1. Distribution probabiliste de l’incertitude sur les projections de croissance
du PIB et d’inflation au niveau mondial 35
Graphique 1.2.2. Incidence des scénarios sur le PIB et l’inflation hors alimentation et énergie 37
Graphique [Link].1. Évolution des marchés des produits de base 38
Graphique 3.10. Effet de la fragmentation des marchés des minéraux clés sur l’investissement
dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques, 2030 93
Graphique 3.1.1. Évolution des expéditions de navires-citernes en provenance des ports
russes du deuxième trimestre 2019 au deuxième trimestre 2023 96
Graphique 3.3.1. Pertes de production estimées 98
Graphique 3.3.2. Estimation des pertes de PIB dans les pays à faible revenu et autres pays 98
Les projections de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) reposent sur un certain nombre
d’hypothèses. On suppose que les taux de change effectifs réels resteront constants aux niveaux moyens observés entre
le 25 juillet 2023 et le 22 août 2023, et que les taux bilatéraux des monnaies faisant partie du mécanisme de change
européen II resteront constants en valeur nominale par rapport à l’euro ; que les politiques économiques nationales
actuelles seront maintenues (en ce qui concerne les hypothèses relatives aux politiques budgétaires et monétaires de
certains pays, voir l’encadré A1 de l’appendice statistique) ; que le cours moyen du baril de pétrole sera de 80,49 dol-
lars le baril en 2023 et de 79,92 dollars le baril en 2024 ; que le rendement des obligations d’État à trois mois s’établira
en moyenne à 5,3 % en 2023 et à 5,4 % en 2024 pour les États-Unis, à 3,0 % en 2023 et à 3,2 % en 2024 pour la
zone euro, et à –0,2 % en 2023 et à –0,1 % en 2024 pour le Japon ; enfin, que le rendement des obligations d’État à
10 ans s’établira en moyenne à 3,8 % en 2023 et à 4,0 % en 2024 pour les États-Unis, à 2,4 % en 2023 et à 2,6 %
en 2024 pour la zone euro, et à 0,5 % en 2023 et 0,6 % en 2024 pour le Japon. Il s’agit évidemment d’hypothèses de
travail plutôt que de prévisions, et l’incertitude qui les entoure s’ajoute aux marges d’erreur inhérentes à toute projec-
tion. Les estimations et projections sont fondées sur les statistiques disponibles au 25 septembre 2022.
Les conventions suivantes sont utilisées dans la présente étude :
• ... indique que les données ne sont pas disponibles ou pas pertinentes.
• – entre des années ou des mois (par exemple 2022–23 ou janvier–juin) indique la période couverte, de la pre-
mière à la dernière année ou du premier au dernier mois inclusivement.
• / entre deux années (par exemple 2022/23) indique un exercice budgétaire (financier).
• Sauf indication contraire, lorsqu’il est fait référence au dollar, il s’agit du dollar des États-Unis.
• Par « points de base », on entend un centième de point (de pourcentage). Ainsi, 25 points de base équivalent à
¼ de point (de pourcentage).
• Les données portent sur les années civiles, sauf dans le cas de quelques pays qui utilisent les exercices budgé-
taires. Veuillez consulter le tableau F de l’appendice statistique, qui énumère les pays dont les périodes de décla-
ration pour les comptes nationaux et les finances publiques sont différentes.
• Pour certains pays, les données de 2022 et des années antérieures sont établies à partir d’estimations, et non
de chiffres effectifs. Veuillez consulter le tableau G de l’appendice statistique, qui donne pour chaque pays les
dernières données réelles pour les indicateurs des comptes nationaux, des prix, des finances publiques et de la
balance des paiements.
Ce qui est nouveau dans la présente édition :
• Les projections pour le secteur budgétaire de l’Équateur, précédemment omises en raison d’entretiens en cours
sur un programme, figurent désormais dans le présent appendice statistique.
• Les données et projections concernant l’Érythrée pour la période 2020–28 ne figurent pas dans la base de don-
nées, en raison de contraintes sur la communication des données.
• Les projections pour Sri Lanka pour la période 2023–28 ne sont pas publiées, en raison d’entretiens en cours sur
la restructuration de la dette souveraine.
• Les projections pour l’Ukraine pour la période 2024–28, conformément au scénario de référence du programme,
figurent désormais dans le présent appendice statistique.
• Concernant la Cisjordanie et Gaza, plusieurs projections pour 2022–28 ne seront pas publiées tant que certains
ajustements méthodologiques n’auront pas été apportés aux séries statistiques.
Corrections et révisions
Les données et analyses figurant dans les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) sont établies par les services
du FMI au moment de la publication du rapport. Les services du FMI s’attachent à assurer leur ponctualité,
leur exactitude et leur exhaustivité. Lorsque des erreurs sont notées, des corrections et révisions sont incluses
dans les éditions numériques qui sont disponibles sur le site Internet du FMI et dans sa bibliothèque en ligne
(voir ci-dessous). Tous les changements de fond figurent dans la table des matières en ligne.
Veuillez télécharger un exemplaire PDF gratuit du rapport et des ensembles de données pour chacun des gra-
phiques y figurant sur le site Internet du FMI à l’adresse [Link] ou scannez le
code QR ci-dessous pour accéder directement à la page d’accueil des Perspectives de l’économie mondiale.
Copyright et réutilisation
Des informations sur les modalités de réutilisation du contenu de la présente publication figurent à l’adresse
[Link]/external/[Link].
La présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) peut être consultée en version intégrale sur le site
de la bibliothèque en ligne du FMI ([Link]) et le site Internet du FMI ([Link]). On trouvera
sur ce site un ensemble d’informations (extraites de la base de données) plus étoffé que celui contenu dans le rapport,
sous forme de fichiers renfermant les séries le plus souvent demandées par les lecteurs. Ces fichiers peuvent être télé-
chargés et sont utilisables avec divers logiciels.
Les données figurant dans les PEM sont établies par les services du FMI au moment de la rédaction du rapport.
Les données rétrospectives et les projections reposent sur les informations rassemblées par les économistes chargés des
pays dans le cadre de leurs missions dans les pays membres et de leur analyse permanente de la situation dans chaque
pays. Les données rétrospectives sont mises à jour continuellement à mesure que les informations sont disponibles,
et les interruptions structurelles sont souvent ajustées de manière à produire des séries lisses à l’aide de techniques
d’agrégation, entre autres. Les estimations des services du FMI demeurent des données supplétives pour les séries
rétrospectives lorsque des informations complètes ne sont pas disponibles. En conséquence, les données des PEM
peuvent différer de celles d’autres sources avec des données officielles, y compris les International Financial Statistics
du FMI.
Les données et les métadonnées des PEM sont fournies « telles quelles » et « telles que disponibles », et l’on s’ef-
force d’assurer leur ponctualité, leur exactitude et leur exhaustivité, mais sans pouvoir le garantir. Lorsque des erreurs
sont découvertes, on cherche de manière concertée à les corriger si nécessaire et si possible. Les corrections et les révi-
sions effectuées après la publication sont incluses dans les éditions électroniques disponibles dans la bibliothèque en
ligne du FMI ([Link]) et sur le site Internet du FMI ([Link]). Tous les changements importants
figurent en détail dans les tables des matières en ligne.
Pour des détails sur les modalités d’utilisation de la base de données des PEM, veuillez vous référer au site Internet
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Les demandes de renseignements sur le contenu des PEM et de la base de données y afférentes doivent être adres-
sées par courrier classique ou sur le forum en ligne (le service ne peut répondre aux demandes de renseignements par
téléphone) à :
World Economic Studies Division
Research Department
International Monetary Fund
700 19th Street, NW
Washington, DC 20431, USA
Forum en ligne : [Link]/weoforum
Les projections et l’analyse présentées dans les Perspectives de l’économie mondiale font partie intégrante de la sur-
veillance que le FMI exerce sur l’évolution et les politiques économiques des pays membres, les marchés financiers
internationaux et le système économique mondial. Le rapport sur les perspectives et politiques économiques mondiales
est l’aboutissement d’une étude interdépartementale exhaustive, fondée pour l’essentiel sur les renseignements recueillis
par les services du FMI dans le cadre de leurs consultations avec les pays membres. Ces consultations sont menées en
particulier par les départements géographiques (le département Afrique, le département Asie et Pacifique, le dépar-
tement Europe, le département Hémisphère occidental et le département Moyen-Orient et Asie centrale) et divers
départements de soutien : le département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation, le département des marchés
monétaires et de capitaux et le département des finances publiques.
L’analyse que présente le rapport sur les perspectives de l’économie mondiale est coordonnée par le département
des études sous la direction générale de Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et directeur du départe-
ment des études. Les travaux ont été dirigés par Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du département des études, et
Daniel Leigh, chef de division du département des études.
Les principaux collaborateurs de la présente édition ont été Silvia Albrizio, Jorge Alvarez, Mehdi Benatiya Andaloussi,
John Bluedorn, Christian Bogmans, Allan Dizioli, Christopher Evans, Christoffer Koch, Toh Kuan, Chiara Maggi,
Jorge Miranda Pinto, Jean-Marc Natal, Diaa Noureldin, Andrea Pescatori, Ervin Prifti, Marika Santoro,
Alexandre Sollaci, Martin Stuermer, Petia Topalova et Philippe Wingender.
Ont aussi contribué : Omer Akbal, Gavin Asdorian, German Villegas Bauer, Jared Bebee, Nina Biljanovska,
Marijn Bolhuis, Damien Capelle, Jiaqian Chen, Seung Mo Choi, Yaniv Cohen, Mariarosaria Comunale,
Marina Conesa Martínez, Pedro de Barros Gagliardi, Wenchuan Dong, Angela Espiritu, Rebecca Eyassu,
Carlos Goncalves, Ziyan Han, Youyou Huang, Chris Jackson, Harri Kemp, Benjamin Kett, Divya Kirti,
Gene Kindberg-Halon, Eduard Laurito, Jungjin Lee, Nan Li, Weili Lin, Barry Liu, Rui Mano, Carlos Morales,
Joseph Moussa, Peter Nagle, Cynthia Nyanchama Nyakeri, Emory Oakes, Chris Papageorgiou, Clarita Phillips,
Nicola Pierri, Rafael Portillo, Evgenia Pugacheva, Tianchu Qi, Shrihari Ramachandra, Pedro Rodriguez,
Muhammad Ahsan Shafique, Arash Sheikholeslam, Pedro Vitale Simon, Alessandra Sozzi, Alessia de Stefani,
Nicholas Tong, Filiz Unsal, Guillermo Verduzco Bustos, Mona Wang, Isaac Pittman Warren, Yarou Xu, Fan Zhang,
Jiaqi Zhao, Canran Zheng, Dian Zhi et Liangliang Zhu.
Gemma Rose Diaz (du département de la communication) a dirigé l’équipe qui a corrigé le manuscrit anglais,
avec le concours de Michael Harrup en matière de production et de relecture ainsi que de Lucy Scott Morales, de
James Unwin, de Nancy Morrison, du Grauel Group et de Absolute Service, Inc.
Le présent rapport a bénéficié des commentaires et suggestions d’autres départements et des administrateurs, qui
l’ont examiné le 26 septembre 2023. Cependant, les projections et les évaluations sont celles des services du FMI et ne
doivent être attribuées ni aux administrateurs, ni aux autorités nationales qu’ils représentent.
Une économie mondiale résiliente Pourtant, des disparités importantes se font jour. Le
qui progresse tant bien que mal, ralentissement est plus prononcé dans les pays avancés
en suivant des trajectoires divergentes que dans les pays émergents et les pays en développement.
Au sein des pays avancés, les États-Unis ont dépassé les
L’économie mondiale poursuit son lent rétablisse-
attentes, la consommation et l’investissement ayant fait
ment après avoir été frappée par la pandémie, l’invasion preuve de résilience, tandis que, dans la zone euro, l’ac-
de l’Ukraine par la Russie et la crise du coût de la vie. tivité a été révisée à la baisse. De nombreux pays émer-
A posteriori, on peut dire que sa résilience a été remar- gents se sont révélés assez résilients et ont livré de bonnes
quable. En dépit des perturbations sur le marché de surprises, à l’exception notable de la Chine, confrontée à
l’énergie et des produits alimentaires provoquées par la toujours plus de vents contraires provoqués par la crise de
guerre, et du durcissement sans précédent des conditions l’immobilier et l’affaiblissement de la confiance.
monétaires mondiales pour lutter contre une inflation Trois forces entrent en jeu au niveau mondial.
qui n’avait jamais été aussi élevée depuis des décen- Premièrement, dans le secteur des services, la reprise
nies, l’économie mondiale a ralenti, mais n’est pas au est quasiment achevée. Lors de l’année écoulée, la
point mort. La croissance n’en demeure pas moins lente forte demande de services a soutenu l’économie des
et inégale, et les disparités s’accentuent entre les pays. pays tertiarisés, y compris des destinations touris-
L’économie mondiale avance tant bien que mal, mais tiques importantes telles que l’Espagne et la France, par
n’est pas prête à se lancer dans un sprint. comparaison avec des géants industriels tels que l’Alle-
L’activité mondiale a atteint son point le plus bas à la magne et la Chine. Cette demande de services à forte
fin de l’année dernière tandis que l’inflation, aussi bien intensité de main-d’œuvre s’est également traduite par
globale que sous-jacente (hors énergie et alimentation), un resserrement du marché du travail et une inflation
est peu à peu maîtrisée. Toutefois, un retour à la situa- des services plus élevée et plus tenace. L’activité dans le
tion antérieure à la pandémie semble de plus en plus secteur des services connaît cependant un fléchissement
hors de portée, en particulier dans les pays émergents et dans un contexte marqué par le ralentissement persis-
les pays en développement. tant du secteur manufacturier, ce qui donne à penser
que l’inflation des services va reculer en 2024 et que les
D’après nos dernières projections, la croissance
marchés de l’emploi et l’activité vont se tasser.
mondiale va ralentir et passer de 3,5 % en 2022 à
Deuxièmement, ce ralentissement s’explique en partie
3 % cette année, puis à 2,9 % l’année prochaine, ce
par le durcissement de la politique monétaire nécessaire
qui représente une révision à la baisse de 0,1 point de
pour réduire l’inflation, qui commence à faire sentir
pourcentage pour 2024 par rapport à nos projections de
ses effets, bien que sa transmission soit inégale selon les
juillet. Ces chiffres restent très inférieurs à la moyenne
pays. Le resserrement des conditions de crédit pèse sur
historique. les marchés immobiliers, l’investissement et l’activité,
L’inflation globale continue de ralentir, de 9,2 % en particulier dans les pays où la part des prêts hypo-
en 2022 à 5,9 % cette année et 4,8 % en 2024 (en glis- thécaires à taux variable est élevée, ou dans ceux où les
sement annuel). L’inflation hors énergie et alimentation ménages sont moins disposés à puiser dans leur épargne
devrait elle aussi reculer, mais plus progressivement que ou moins en mesure de le faire. Les faillites d’entreprises
l’inflation globale, à 4,5 % en 2024. ont augmenté aux États-Unis et dans la zone euro, mais
Les projections suivent donc de plus en plus un elles partaient d’un niveau historiquement bas. De plus,
scénario d’« atterrissage en douceur », l’inflation dimi- les pays en sont à des stades différents du cycle de hausse
nuant sans repli majeur de l’activité, en particulier aux des taux : les pays avancés, à l’exception du Japon, sont
États-Unis, où le chômage devrait connaître une hausse proches du sommet, alors que certains pays émergents
très faible, de 3,6 % à 3,9 %, d’ici à 2025. comme le Brésil et le Chili ont déjà amorcé une détente.
Troisièmement, l’inflation et l’activité subissent l’inci- géopolitiques et des perturbations liées au change-
dence du choc de l’année dernière sur les prix des produits ment climatique. Depuis juin, les cours du pétrole ont
de base. Les pays très tributaires des importations éner- augmenté de 25 % environ, sur fond de réductions
gétiques de Russie ont connu une hausse plus marquée prolongées de l’offre des pays de l’OPEP+ (Organisation
des prix énergétiques et un ralentissement plus prononcé. des pays exportateurs de pétrole plus certains pays non
Nos études récentes montrent que les répercussions de la membres). Les prix des produits alimentaires restent élevés
hausse des prix de l’énergie ont davantage fait augmenter et pourraient être perturbés davantage par une escalade de
l’inflation hors énergie et alimentation dans la zone euro la guerre en Ukraine, ce qui serait source de grandes diffi-
qu’aux États-Unis, où les pressions inflationnistes fonda- cultés pour de nombreux pays à faible revenu. Cette situa-
mentales tiennent plutôt à une pénurie de main-d’œuvre. tion fait bien entendu peser un lourd risque sur la stratégie
Malgré des signes de fléchissement, les marchés de de désinflation. La fragmentation géoéconomique a elle
l’emploi restent dynamiques dans les pays avancés, aussi provoqué une forte augmentation de la disper-
les taux de chômage historiquement bas contribuant sion des prix des produits de base, y compris les minerais
à soutenir l’activité. Jusqu’à présent, on ne voit guère essentiels, dans les différentes régions. Comme le montre
de signe d’une « spirale prix–salaires », et les salaires l’analyse du chapitre 3 du présent rapport, ce phénomène
réels demeurent inférieurs aux niveaux antérieurs à la pourrait faire peser de graves risques macroéconomiques,
pandémie. De plus, de nombreux pays ont connu une notamment sur la transition climatique.
compression forte, et opportune, de l’échelle des salaires, Troisièmement, l’inflation sous-jacente et l’infla-
laquelle s’explique en partie par le fait que les horaires tion globale ont certes baissé, mais elles demeurent
de travail flexibles et le télétravail présentent davantage excessivement élevées. Les anticipations d’inflation
d’attrait pour les hauts salaires, ce qui réduit les pressions à court terme ont largement dépassé le niveau cible,
salariales dans ce groupe. bien qu’elles semblent aujourd’hui avoir changé de
cap. Le chapitre 2 montre en détail qu’il est essentiel
de faire diminuer ces anticipations d’inflation à court
Risques terme pour gagner la bataille contre l’inflation. Dans
Certains risques extrêmes tels qu’une grave instabilité un contexte de pénurie de main-d’œuvre, d’une vaste
du système bancaire se sont atténués depuis avril, mais épargne excédentaire dans certains pays et d’une évolu-
le solde des facteurs qui influent sur les perspectives reste tion défavorable des prix de l’énergie, l’inflation pour-
négatif. rait s’ancrer davantage et exiger des mesures encore
En premier lieu, la crise de l’immobilier pourrait plus vigoureuses de la part des banques centrales.
s’aggraver en Chine, et présenterait alors un risque Quatrièmement, la marge de manœuvre budgétaire
important pour l’économie mondiale. Le défi à relever s’est érodée dans de nombreux pays, qui connaissent un
par les pouvoirs publics est complexe. Pour rétablir la endettement élevé, des coûts de financement en hausse,
confiance, il faut rapidement restructurer les promoteurs un ralentissement de la croissance et une asymétrie de
en difficulté, préserver la stabilité financière et réduire plus en plus prononcée entre une sollicitation croissante
les pressions sur les finances publiques locales. Si les prix des pouvoirs publics et les moyens budgétaires à leur
de l’immobilier baissent trop rapidement, le bilan des disposition (voir l’édition d’octobre 2023 du Moniteur
banques et des ménages va se dégrader, ce qui risque des finances publiques). Cela rend de nombreux pays
d’avoir de graves répercussions financières. Si les prix de plus vulnérables aux crises et exige de mettre de nouveau
l’immobilier sont soutenus artificiellement, les bilans l’accent sur la gestion des risques budgétaires.
seront protégés un certain temps, mais ce soutien risque Enfin, malgré le durcissement de la politique moné-
d’évincer d’autres projets d’investissements, de réduire taire, les conditions de financement se sont assouplies
les nouvelles activités de construction et d’avoir un effet dans beaucoup de pays (voir l’édition d’octobre 2023
négatif sur les recettes des collectivités locales du fait de du Rapport sur la stabilité financière dans le monde).
la réduction des ventes de terrains. Quoi qu’il en soit, Le danger est qu’une forte réévaluation des risques, en
l’économie chinoise doit abandonner son modèle de particulier dans les pays émergents, se traduise par une
croissance fondé sur le crédit immobilier. nouvelle appréciation du dollar, provoque des sorties
En deuxième lieu, les prix des produits de base pour- de capitaux, et accroisse les coûts de l’emprunt et le
raient devenir plus instables en cas de regain des tensions surendettement.
Après la pandémie de COVID-19 et l’invasion de à la hausse de 0,1 point de pourcentage pour 2023 et
l’Ukraine par la Russie, la reprise mondiale demeure 0,6 point de pourcentage pour 2024, et l’inflation ne
lente et inégale. Bien que l’économie ait fait preuve de devrait pas retrouver sa valeur cible avant 2025 dans la
résilience cette année, la réouverture de certaines écono- plupart des pays.
mies ayant provoqué un rebond et l’inflation ayant Les risques pesant sur les perspectives sont plus équi-
quelque peu diminué après avoir atteint un sommet librés qu’il y a six mois, en raison du dénouement des
l’année dernière, il est encore trop tôt pour se réjouir. tensions concernant le plafond de la dette des États-
L’activité économique est encore loin d’avoir repris la Unis et des mesures résolues prises par les autorités de
trajectoire qu’elle suivait avant la pandémie, en particulier la Suisse et des États-Unis pour maîtriser les turbu-
dans les pays émergents et les pays en développement, lences financières. Le risque d’un atterrissage brutal s’est
et les disparités se creusent entre les régions. Plusieurs estompé, mais le solde des facteurs ayant une influence
forces freinent la reprise. Certaines sont dues aux consé- sur la croissance mondiale reste orienté à la baisse. La
quences à long terme de la pandémie, de la guerre en crise du secteur immobilier chinois pourrait s’aggra-
Ukraine et de la fragmentation géoéconomique accrue. ver et avoir des répercussions à l’échelle mondiale, en
D’autres sont plus conjoncturelles, notamment les effets particulier sur les pays exportateurs de produits de base.
du durcissement de la politique monétaire nécessaire Ailleurs, comme le montre le chapitre 2, les anticipa-
pour réduire l’inflation, la suppression de l’aide budgé- tions d’inflation à court terme ont augmenté et pour-
taire dans un contexte d’endettement élevé et les phéno- raient contribuer, en conjonction avec une pénurie de
mènes météorologiques extrêmes. main-d’œuvre, à faire persister les pressions inflation-
La croissance mondiale devrait ralentir et être rame- nistes hors alimentation et énergie, ce qui nécessiterait
née de 3,5 % en 2022 à 3,0 % en 2023 et 2,9 % un relèvement des taux directeurs plus fort que prévu.
en 2024. Les projections restent en dessous de la D’autres chocs climatiques et géopolitiques pourraient
moyenne historique (2000–19) de 3,8 % et les prévi- provoquer de nouvelles flambées des prix des denrées
sions pour 2024 sont inférieures de 0,1 point de alimentaires et de l’énergie. Le chapitre 3 explique que
pourcentage à celles de la Mise à jour des Perspectives de l’intensification de la fragmentation géoéconomique
l’économie mondiale de juillet 2023. Dans les pays avan- pourrait limiter la circulation des produits de base entre
cés, on attend un ralentissement, la croissance passant de les différents marchés, et ainsi accroître la volatilité des
2,6 % en 2022 à 1,5 % en 2023 et 1,4 % en 2024, car, cours et compliquer la transition écologique. Alors que
si le dynamisme des États-Unis est plus fort que prévu, le coût du service de la dette augmente, plus de la moitié
la croissance est inférieure aux prévisions dans la zone des pays en développement à faible revenu sont en situa-
euro. Les pays émergents et les pays en développement tion de surendettement ou s’en rapprochent fortement.
devraient voir leur croissance reculer légèrement, de Les pouvoirs publics ont peu droit à l’erreur. Les
4,1 % en 2022 à 4,0 % en 2023 et 2024, les prévisions banques centrales doivent rétablir la stabilité des prix
ayant été revues à la baisse de 0,1 point de pourcentage tout en recourant, si nécessaire, aux outils permettant
en 2024 du fait de la crise du secteur de l’immobilier en d’alléger les tensions financières. Comme l’explique le
Chine. Les prévisions de croissance mondiale à moyen chapitre 2, il est essentiel d’adopter des cadres de poli-
terme, à 3,1 %, sont les plus faibles depuis plusieurs tique monétaire et des stratégies de communication
décennies, et les perspectives de voir des pays rattraper efficaces pour ancrer les anticipations et réduire au mini-
le niveau de vie d’autres pays plus avancés sont faibles. mum les coûts de la désinflation en matière de produc-
L’inflation mondiale devrait progressivement recu- tion. Les responsables des finances publiques devraient
ler, passant de 8,7 % en 2022 à 6,9 % en 2023, puis à reconstituer une marge de manœuvre budgétaire et
5,8 % en 2024. Les prévisions ont cependant été révisées renoncer aux mesures non ciblées, tout en protégeant
les plus vulnérables. Des réformes destinées à réduire les résolution de la dette afin d’éviter tout surendettement.
obstacles structurels à la croissance, en encourageant par Une coopération est également nécessaire pour atté-
exemple la participation au marché du travail, aideraient nuer les effets du changement climatique et accélérer la
à ramener progressivement l’inflation vers le niveau transition écologique, notamment, comme le montre le
visé et à réduire la dette. Une coordination multilaté- chapitre 3, pour assurer des flux transfrontaliers réguliers
rale plus rapide et plus efficiente s’impose en matière de de minerais essentiels.
Des divergences croissantes au niveau mondial production mondiale en 2023 devrait se situer 3,4 % (ou
environ 3 600 milliards de dollars en prix de 2023) en
Plus de trois ans après, l’économie mondiale se remet
deçà des niveaux prévus avant la pandémie.
encore du plus grand choc qu’elle ait subi en 75 ans, tandis
La consommation privée s’est elle aussi rétablie plus
que la croissance emprunte des trajectoires de plus en
vite dans les pays avancés que dans les pays émergents et
plus divergentes d’une région à l’autre. Après un puissant
les pays en développement, car les premiers ont pu rouvrir
rebond initial au sortir de la pandémie de COVID-19, le
leur économie plus rapidement, grâce à une plus grande
redressement économique a donné des signes de ralentis-
disponibilité de vaccins efficaces, à de meilleurs dispo-
sement. Plusieurs forces freinent la reprise. Certaines sont
sitifs de protection sociale, à des mesures de relance de
dues aux conséquences à long terme de la pandémie, de
plus grande ampleur et à une majeure facilité du travail à
la guerre menée par la Russie en Ukraine et de l’aggrava-
tion de la fragmentation géoéconomique. D’autres sont distance. Ces éléments ont aidé les populations à préser-
de nature plus conjoncturelle, comme le durcissement ver leurs moyens de subsistance, et la consommation des
de la politique monétaire qui s’est avéré nécessaire pour ménages a désormais globalement rejoint les tendances
réduire l’inflation, le retrait des dispositifs d’aide budgétaire observées avant la pandémie. Parmi les pays avancés, la
dans un contexte d’endettement élevé et des phénomènes consommation privée s’est révélée moins forte dans la
météorologiques extrêmes. zone euro qu’aux États-Unis, où les ménages : ont bénéfi-
Malgré des signes de résilience plus tôt cette année cié de transferts budgétaires plus importants au début de la
et une réduction de l’inflation globale, l’activité écono- pandémie et dépensé plus rapidement l’épargne ainsi accu-
mique reste généralement inférieure aux projections mulée ; ont été moins exposés à l’augmentation des prix
antérieures à la pandémie (janvier 2020), en particulier de l’énergie entraînée par la guerre en Ukraine ; et se sont
dans les pays émergents et les pays en développement montrés relativement confiants dans un contexte marqué
(graphique 1.1, plage 1). La reprise la plus vigoureuse par une pénurie de main-d’œuvre historique sur le marché
au sein des pays avancés a eu lieu aux États-Unis, où le du travail, ce qui a été favorable aux niveaux de revenu
PIB en 2023 devrait avoir surpassé sa trajectoire d’avant réel disponible (graphique 1.1, plage 2). Parmi les pays
la pandémie. L’activité s’est rétablie dans la zone euro, émergents et les pays en développement, la chute de la
quoique de manière moins prononcée : la production consommation est particulièrement forte en Chine, ce qui
est toujours inférieure de 2,2 % aux projections anté- tient aux sévères restrictions imposées aux déplacements
rieures à la pandémie, ce qui s’explique par une plus pendant la crise de la COVID-19.
grande exposition aux effets de la guerre en Ukraine Les divergences dans le fonctionnement des marchés
et au choc des termes de l’échange qu’elle a entraîné, du travail d’une région à l’autre sont à peu près paral-
ainsi que par une forte hausse des prix des importations lèles à celles que l’on observe s’agissant de la production
d’énergie. En Chine, le ralentissement de l’activité causé et de la consommation. D’après les estimations, les taux
par la pandémie et la crise immobilière ont entraîné d’emploi et d’activité devraient surpasser les tendances
des pertes de production plus importantes (autour de antérieures à la pandémie dans les pays avancés, mais
4,2 %) par rapport aux prévisions antérieures à la pandé- devraient rester nettement inférieurs dans les pays émer-
mie. D’autres pays émergents et pays en développement gents et les pays en développement, ce qui tient à une
ont connu une reprise encore plus faible, en particulier plus grande ampleur des pertes de production et à des
les pays à faible revenu, dont les pertes de production se dispositifs de protection sociale beaucoup moins dévelop-
montent à 6,5 % en moyenne. En raison de la hausse pés. Les pays disposant des marges de manœuvre budgé-
des taux d’intérêt et de la dépréciation des monnaies, qui taires les plus étroites sont aussi ceux où les chiffres de
exacerbent leurs difficultés, plus de la moitié des pays à l’emploi se sont le plus fortement dégradés (Organisation
faible revenu sont déjà surendettés ou risquent fort de internationale du Travail, 2023). Parmi les pays avan-
le devenir. Dans l’ensemble, d’après les estimations, la cés, ceux de la zone euro ont vu une amélioration plus
Graphique 1.1. Reprise incomplète : Graphique 1.2. Choc de la COVID-19 : retour à la normale
séquelles des chocs de 2020–22 (Écarts-types par rapport à la moyenne ; indice, 100 = point le plus
(En pourcentage ; écart en 2023 par rapport aux projections antérieures élevé dans le monde entre 2008 et 2023, sur l’échelle de droite)
à la pandémie)
5 100
4 1. Pertes de PIB réel
2 4 80
0 3 60
–2 2 40
–4
1 20
–6
0 0
–8
États-Unis PA ZE Monde Chine PEPD PDFR Indice de pression sur les chaînes
–1 d’approvisionnement mondiales –20
Indice Google Trends pour la COVID-19 (échelle de droite)
6 2. Perte de demande intérieure réelle
–2 –40
Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Août
3 2019 20 20 21 21 22 22 23 23
0
Sources : Google Trends ; Réserve fédérale de New York, Indice de pression sur
les chaînes d’approvisionnement mondiales.
–3
Note : Sur l’échelle de droite, les chiffres mesurent l’intérêt témoigné par les
recherches sur Google, par rapport au point le plus élevé (100) entre 2008 et 2023
–6 Consommation privée dans le monde.
Formation de capital
–9
Graphique 1.3. Cumul de l’épargne excédentaire dépassant ainsi les pronostics, y compris ceux de l’édition
dans les pays avancés d’avril 2023 des PEM. Cette résilience tient à la vigueur
(En pourcentage du PIB) de la consommation aux États-Unis dans un contexte
8 de pénurie d’offre de main-d’œuvre, et au dynamisme
de l’activité dans les pays où le secteur du tourisme et
6 des voyages occupe une place importante, comme l’Ita-
lie, le Mexique et l’Espagne. Ces évolutions compensent
4
le ralentissement observé dans le secteur manufacturier,
plus sensible aux fluctuations des taux d’intérêt.
2
Cependant, ce rebond commence à donner des signes
0 d’essoufflement.
États-Unis Royaume-Uni
• Érosion de l’épargne accumulée pendant la pandémie :
–2 France Allemagne L’encours d’épargne constitué pendant la pandémie,
Italie Espagne sur lequel les consommateurs ont pu s’appuyer jusqu’à
–4 présent, s’amenuise dans les pays avancés, surtout aux
T3 2019 T1 20 T3 20 T1 21 T3 21 T1 22 T3 22 T1 23
États-Unis, comme le montre le graphique 1.31. Les
Source : de Soyres, Moore et Ortiz (2023). ménages disposent donc de moins de ressources dans
Note : L’accumulation de l’encours d’épargne commence à partir de 0 à t = –1 ;
où t = 0 est la première période de faible croissance due à la COVID-19. L’épargne lesquelles puiser alors que le coût de la vie reste élevé et
excédentaire correspond à l’écart par rapport au taux d’épargne prévu à l’aide que le crédit se raréfie sur fond de resserrement moné-
d’une tendance de Hamilton.
taire aux fins de la lutte contre l’inflation.
• Ralentissement du rattrapage dans le secteur des services,
En juillet 2023, la température moyenne mondiale était
tourisme compris : Dans la plupart des régions du
la plus forte jamais enregistrée, tous mois confondus, sur
monde, les arrivées de touristes internationaux se
fond d’inondations, de vagues de chaleur et de feux de
rapprochent des chiffres antérieurs à la pandémie
forêt catastrophiques dans de nombreuses régions. Dans
(graphique 1.4, plage 1). La reprise des voyages inter-
l’ensemble, l’incidence de la sous-alimentation au niveau
nationaux entre 2021 et 2023 s’est accompagnée d’une
mondial est nettement plus élevée qu’avant la pandémie
croissance économique particulièrement vigoureuse
(Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
dans les pays dont la part des activités touristiques
l’agriculture et al., 2023).
dans le PIB est élevée (graphique 1.4, plage 2). Ces
pays avaient subi une contraction particulièrement
Des signes de ralentissement sévère de leur PIB au début de la pandémie (Milesi-
après la résilience de début 2023 Ferretti, 2021). Toutefois, à mesure que l’activité
Malgré ces difficultés persistantes, plusieurs facteurs défa- dans le secteur touristique se rapproche de son niveau
vorables à la croissance mondiale se sont atténués plus tôt normal, le coup d’accélérateur que ce redémarrage a
dans l’année. En mai, l’Organisation mondiale de la Santé a représenté pour la croissance perd de sa puissance2.
annoncé qu’elle ne considérait plus la COVID-19 comme Dans les pays qui ont connu un solide redémarrage, les
une menace sanitaire de portée mondiale ; le nombre d’in- principaux indicateurs pour le secteur des services font
fections et d’hospitalisations semble rester relativement désormais apparaître un affaiblissement de la crois-
limité, malgré une récente hausse dans certaines régions. sance, voire une baisse de l’activité (graphique 1.5,
Les chaînes d’approvisionnement, que la pandémie avait plage 2).
désorganisées, ont largement retrouvé un fonctionne-
1Les estimations de l’encours d’épargne excédentaire des ménages
ment normal : les coûts de transport des marchandises et
(c’est-à-dire de l’accumulation d’épargne au-delà des tendances obser-
les délais de livraison des fournisseurs ont retrouvé leurs vées avant la pandémie) sont entachées d’incertitude, et peuvent varier
niveaux d’avant la pandémie (graphique 1.2). En outre, les selon les méthodes de calcul utilisées. Aux États-Unis, ces méthodes de
conditions financières mondiales se sont assouplies après calcul font généralement apparaître une baisse de ce stock d’épargne
(voir par exemple Abdelrahman et Oliveira, 2023).
que les autorités de la Suisse et des États-Unis sont interve- 2Un écart de 10 points de pourcentage de la part du tourisme dans
nues vigoureusement en mars pour limiter les turbulences le PIB s’accompagne d’un écart de 12 points de pourcentage de crois-
survenues dans leurs secteurs bancaires. sance cumulée en 2021–23 (graphique 1.4, plage 2) ; en revanche, si l’on
s’en tient à l’année 2023, cette corrélation est plus de deux fois moins
Dans ce contexte, au deuxième trimestre 2023, le PIB marquée. Les pays où le tourisme représente une part plus élevée du PIB
mondial a crû de 3,4 % par rapport à l’année précédente, ont subi des contractions plus sévères en 2020 (Milesi-Ferretti, 2021).
Graphique 1.4. Retour à la normale de l’activité touristique Graphique 1.5. Ralentissement de la croissance en vue
180 1. Arrivées mensuelles de visiteurs étrangers 1. La production industrielle et les échanges commerciaux
Europe méridionale 40 70
(Indice, déc. 2019 = 100) vont continuer à s’affaiblir
160 Reste de l’Europe 30 (Pourcentage, glissement annuel ; indice, 50+ = expansion, 65
140 Royaume-Uni sur l’échelle de droite)
États-Unis 20 60
120
10 55
100
80 0 50
60 –10 PA : production industrielle 45
40 Asie sauf Chine –20 PEPD : production industrielle 40
Amérique latine et Caraïbes Volume du commerce mondial
20 Reste du monde –30 PA : IDA manufacturier (échelle de droite) 35
0 –40 30
Janv. Janv. Janv. Janv. Avril 2012 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23
2015 17 19 21 23
2. Le rebond des services s’essouffle,
Croissance inattendue (points de pourcentage)
70
80 2. Dépendance au tourisme et croissance, 2021–23 l’industrie manufacturière est faible
(Indice, 50+ = expansion) PA : IDA services
60 MAC 65
MDV PEPD : IDA services
ABW PA : IDA manufacturier, production
40 60
BHS PA : IDA manufacturier, commandes
en attente
20 55
SYC
0
50
–20
Pays très touristiques Autres 45
–40
40
–60 Juil. Nov. Mars Juil. Nov. Mars Août
0 10 20 30 40 2021 21 22 22 22 23 23
Activités touristiques, 2019 (pourcentage du PIB)
3. La confiance des consommateurs et des entreprises reste faible
Sources : Haver Analytics ; World Travel & Tourism Council ; calculs des services 4
(Écarts-types par rapport à la moyenne)
du FMI.
Note : Dans la plage 1, la série correspond à la somme normalisée des arrivées
pour chaque région, sur la base des données portant sur 41 pays. Dans la plage 2, 2
l’axe des abscisses mesure la part directe des voyages et du tourisme dans le PIB
en 2019. La croissance inattendue mesurée par l’axe des ordonnées correspond à
la différence entre la croissance cumulée du PIB en 2021–23 et sa valeur projetée 0
dans l’édition de janvier 2020 de la Mise à jour des Perspectives de l’économie
mondiale. Les codes pays utilisés sont ceux de l’Organisation internationale de
normalisation (ISO). –2 États-Unis
Zone euro
Chine
–4
• Ralentissement persistant de l’activité manufacturière : Juil. Janv. Juil. Janv. Août
Des données récemment publiées font apparaître une 2021 22 22 23 23
contraction ou un ralentissement généralisé au sein du Sources : Haver Analytics ; calculs des services du FMI.
Note : Les lignes continues de la plage 3 indiquent la confiance des consommateurs,
secteur manufacturier, qui s’accompagne de baisses de les lignes en tiret celle des entreprises. IDA = indice des directeurs d’achat ;
la production industrielle, de l’investissement et des PA = pays avancés ; PEPD = pays émergents et pays en développement.
échanges internationaux de marchandises. Cet affai-
blissement s’explique par les effets conjugués de la apparaît de plus en plus clairement que cette orienta-
réorientation de la consommation vers les services, de tion monétaire plus restrictive porte ses fruits : après avoir
la baisse de la demande engendrée par le renchérisse- atteint en 2022 des niveaux jamais vus depuis des décen-
ment du coût de la vie, du retrait des dispositifs d’aide nies, l’inflation mondiale est en baisse constante, sur fond
mis en place par les pouvoirs publics pendant la crise, de raréfaction du crédit et de ralentissement des marchés
du durcissement des conditions de crédit et d’une de l’immobilier résidentiel. Une partie de ce ralentissement
incertitude généralisée sur fond de morcellement tient également à des évolutions plus singulières, comme
géoéconomique (graphique 1.5, plage 1). dans le cas de la crise immobilière chinoise.
croissance chinoise s’essouffle. La croissance a marqué Graphique 1.6. Ralentissement de l’économie chinoise
le pas, en passant de 8,9 % au premier trimestre 2023 à 1. Aggravation de la contraction du secteur immobilier
60
4,0 % au deuxième trimestre (taux trimestriels annua- (Variation en pourcentage de sommes mobiles sur 12 mois,
lisés et corrigés des variations saisonnières). Dans un glissement annuel)
40
contexte marqué par une faible utilisation des capacités
20
productives ainsi qu’une baisse des prix de l’énergie et des
denrées alimentaires, on estime que l’inflation a chuté 0
à 0,2 % (en glissement annuel) au cours du deuxième –20 Investissement réel
(corrigé en fonction de l’IPP)
trimestre 2023. Mises en chantier
–40
Les indicateurs à haute fréquence donnent à penser Ventes
que la poursuite de l’affaiblissement lié à la crise immo- –60
Juil. Juil. Juil. Juil. Juil. Juil. Juil.
bilière chinoise est le principal facteur défavorable à la 2012 14 16 18 20 22 23
croissance. Country Garden, le plus gros promoteur
2. Chômage des jeunes à la hausse
chinois et grand bénéficiaire d’aides publiques, rencontre 24
(En pourcentage)
de graves problèmes de liquidité, signe que les difficultés 20
du secteur immobilier touchent désormais également les
16
plus solides acteurs du secteur, malgré les mesures d’as-
souplissement prises par les pouvoirs publics. Les promo- 12 Taux de chômage urbain
teurs subissent des contraintes de financement sévères Taux de chômage urbain, 16–24 ans
8 Taux de chômage urbain, 25–59 ans
qui les empêchent d’achever les logements achetés sur
plan. Cette situation entame la confiance des acheteurs 4
Graphique 1.7. L’inflation marque le pas Graphique 1.8. Distribution de l’inflation globale
(Variation en pourcentage sur trois mois, annualisée, (En pourcentage, glissement annuel)
données corrigées des variations saisonnières)
0
–5 Juillet 22
–10
Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil.
2019 19 20 20 21 21 22 22 23 23 Avril 22
10 Oct. 21
5
Juillet 21
0
–5
Avril 2021
–5 0 5 10 15 20 25 30
–10
Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil.
2019 19 20 20 21 21 22 22 23 23 Sources : Organisation de coopération et de développement économiques ;
calculs des services du FMI.
Sources : Haver Analytics ; calculs des services du FMI. Note : Le graphique montre comment se répartit la densité de l’évolution du taux
Note : Le graphique montre l’évolution de l’inflation globale et de l’inflation hors d’inflation globale dans 29 pays avancés et 11 pays émergents et pays en
alimentation et énergie dans 17 pays émergents et pays en développement et développement.
18 pays avancés. Les 35 pays de l’échantillon représentent environ 81 % de la
production mondiale en 2022. L’inflation hors alimentation et énergie mesure
l’évolution des prix des biens et services, à l’exception des denrées alimentaires juillet, qui a eu pour effet de réduire l’offre de blé sur les
et des produits énergétiques (à défaut, on utilise la mesure la plus proche). Pour la marchés mondiaux. Le retour à la normale des chaînes
zone euro (et les autres pays européens pour lesquels les données sont
disponibles), l’énergie, l’alimentation, les boissons alcoolisées et le tabac ne sont d’approvisionnement a également joué un rôle dans le
pas pris en compte. Les bandes grisées représentent l’intervalle compris entre les recul de l’inflation globale dans la plupart des pays.
25e et 75e centiles d’inflation dans l’ensemble des pays étudiés.
L’inflation hors alimentation et énergie baisse égale-
ment, mais de manière plus progressive. Au niveau
mondial, l’inflation hors alimentation et énergie, après
l’OPEP+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole avoir atteint un pic à 8,5 % au premier trimestre 2022, a
plus certains pays non membres) ont été partiellement baissé à 4,9 % au deuxième trimestre 2023 (taux trimes-
compensées par la forte croissance de la production triels annualisés) : c’est presque les deux tiers de la baisse
dans les pays hors OPEP, en particulier aux États-Unis. qui permettrait un retour au taux annuel moyen de 2,8 %
Les prix du gaz naturel sont aussi restés bien en deçà du observé avant la pandémie (2017–19). Au deuxième
pic atteint en 2022, ce qui s’explique par l’existence de trimestre 2023, parmi les principaux pays ou zones écono-
stocks abondants et par l’approvisionnement en prove- miques, l’inflation hors alimentation et énergie allait de
nance de Norvège et d’Afrique du Nord. Les prix des 0,3 % en Chine à 4,6 % dans la zone euro et à 4,7 %
denrées alimentaires ont légèrement baissé en 2023 ; aux États-Unis (taux trimestriels annualisés). Les données
l’affaiblissement de la demande a été compensé par des pour le mois de juillet font apparaître une hausse de l’in-
baisses de l’offre, en particulier à la suite du retrait de flation hors alimentation et énergie dans la plupart des
la Russie de l’Initiative céréalière de la mer Noire en pays avancés ; il faudra attendre la publication de données
supplémentaires pour évaluer les progrès accomplis dans la Graphique 1.9. Différents déterminants de l’inflation
lutte contre l’inflation sous-jacente. dans les pays étudiés
Les déterminants de l’inflation hors alimentation et (En points de pourcentage ; taux d’inflation à trois mois, annualisé ;
écart par rapport à décembre 2019)
énergie tiennent à un ensemble de pressions au niveau
de la demande, comme l’illustrent les conditions des Effets de transmission
Chocs d’inflation globale Anticipations à long terme
marchés du travail et la transmission de chocs antérieurs Inflation sous-jacente Pénurie de main-d’œuvre
— s’agissant notamment de l’évolution de l’offre dans (hors alimentation et énergie) Reliquat
divers secteurs — à l’inflation globale. Le rôle de ces
8 1. États-Unis 8
facteurs varie considérablement d’un pays à l’autre. Les
6 6
pressions observées du côté de la demande dans certains
4 4
pays résultent des transferts budgétaires considérables
2 2
consentis au bénéfice des ménages pendant la pandémie
0 0
de COVID-19 ; elles découlent également de la relance
–2 –2
monétaire d’envergure intervenue au début de la pandé-
–4 –4
mie, qui a favorisé la reprise des dépenses de consom-
mation. Ces pressions induites par l’action publique se –6 –6
Graphique 1.10. La pénurie de main-d’œuvre perdure, Graphique 1.11. Peu de signes d’une spirale prix–salaires
mais s’atténue (Écart en points de pourcentage par rapport à t = 0)
16 1. Taux de chômage
10e–90e centiles
(En pourcentage) Médiane
14
Données les plus récentes Déc. 2019 Moyenne COVID-19, T4 2021 = 0
12 États-Unis, T2 1979 = 0
10
8 8 1. Inflation des prix à la consommation
6 6
4 4
2 2
0 0
AUS
CAN
JPN
KOR
GBR
HUN
IND
MEX
POL
TUR
ZE
USA
BRA
–2
2. Ratio emplois non pourvus/nombre de chômeurs
1,2 (Variation du nombre de vacances de postes –4
par chômeur par rapport au 4e trimestre 2019)
0,8 –6
AUS CAN –3 –2 –1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
JPN GBR
0,4
USA EUR 8 2. Croissance des salaires nominaux
0,0
6
–0,4 4
–0,8 2
–1,2 0
T4 2019 T2 2020 T4 20 T2 21 T4 21 T2 22 T4 22 T2 23
–2
Sources : agences statistiques nationales ; Eurostat ; Haver Analytics ; Organisation
–4
de coopération et de développement économiques ; calculs des services du FMI.
Note : Les codes pays utilisés sont ceux de l’Organisation internationale de –6
normalisation (ISO). EUR = Europe ; ZE = zone euro. –3 –2 –1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
Graphique 1.12. Contributions respectives des bénéfices Graphique 1.13. La politique monétaire
et de la rémunération du travail dans l’inflation va conserver une orientation restrictive
(En pourcentage, valeur annualisée) (En points de pourcentage)
4
Main-d’œuvre Bénéfices Autres contributions
2
2010–19
0
États-Unis
2020–21
–2
2022–T1 23
–4
–6 Royaume-Uni
2010–19 États-Unis
–8 Zone euro
Zone euro
2020–21
–10
2019 20 21 22 23 24 25 26
2022–T1 23
Graphique 1.14. Le canal du crédit est actif Graphique 1.15. Les prix des logements augmentent
aux États-Unis et dans la zone euro plus lentement ou baissent, 2022–23
(Variation cumulée en pourcentage)
1. Resserrement des normes de crédit, baisse de la demande
d’investissement 20
120 (Indice des prêts aux entreprises ; variation en pourcentage, 30 Variation des prix des logements, T4 2021–T3 2022
glissement annuel, échelle de droite) Variation des prix des logements, T3 2022–T1 2023
Variation de l’investissement fixe privé réel 15 Variation totale des prix des logements, T4 2021–T1 2023
80 (échelle de droite) 20
Demande de prêts par les entreprises
Normes applicables aux prêts 10
40 10
aux entreprises
0 0 5
–40 –10 0
–80 –20 –5
2005 10 15 20 T2 23
–10
DEU
AUS
CAN
CHN
KOR
IDN
ZAF
IND
JPN
GBR
MEX
RUS
BRA
ITA
FRA
USA
1,6 2. Contraction du crédit
(Variation en pourcentage, glissement mensuel)
1,2
Sources : Banque des règlements internationaux ; calculs des services du FMI.
0,8 Note : Les codes pays utilisés sont ceux de l’Organisation internationale de
normalisation (ISO).
0,4
0,0
hausse des taux d’intérêt et aux surcapacités productives
Zone euro : variation du crédit aux résidents
–0,4 États-Unis : variation du crédit octroyé (graphique 1.14). La hausse des taux d’intérêt est suscep-
par l’ensemble des banques commerciales tible d’exercer une pression croissante sur les banques
–0,8
Juin Oct. Févr. Juin Oct. Févr. Juil. dans les principales puissances économiques, à la fois
2021 21 22 22 22 23 23
directement (par une hausse des coûts de financement) et
Sources : Banque centrale européenne ; Conseil des gouverneurs du Système indirectement (au fur et à mesure que la qualité du crédit
fédéral de réserve ; Haver Analytics ; calculs des services du FMI. se détériore). Les marchés immobiliers résidentiels s’en
Note : Dans la plage 1, les données sur les normes de prêt et la demande de prêts
se fondent sur les réponses à l’enquête d’opinion sur les pratiques de prêt, menée ressentent déjà : dans plusieurs pays, les prix augmen-
par le Conseil des gouverneurs du Système fédéral de réserve et son équivalent tent plus lentement ou baissent depuis le début du cycle
européen auprès des hauts responsables des prêts dans les banques ; des valeurs
positives indiquent que les normes de prêt ont été durcies, ou que la demande de
de resserrement monétaire (graphique 1.15), et les taux
crédit a augmenté au cours des trois mois précédents. Les données relatives à la de faillite augmentent dans certains pays (de 20 % aux
demande de prêts par les entreprises et aux normes de prêt sont de simples États-Unis au cours de l’année écoulée) à mesure que
moyennes des données provenant des réponses à l’enquête aux États-Unis et dans
la zone euro. L’investissement fixe privé réel correspond à la moyenne pondérée les pouvoirs publics mettent fin aux mesures d’assou-
selon les parités de pouvoir d’achat des données pour les États-Unis et la zone euro. plissement prises à l’époque de la pandémie. Dans la
plupart des pays, le nombre des faillites reste inférieur
aux niveaux observés avant la pandémie, mais il est en
semblerait que ce resserrement monétaire ait commencé rapide augmentation.
à faire sentir ses effets sur le système financier. Selon L’adoption d’une politique monétaire plus restrictive
plusieurs enquêtes sur les prêts bancaires menées aux commence à se faire sentir sur les marchés de la dette,
États-Unis et en Europe, les banques ont considéra- bien que les écarts de rendement observés sur les obli-
blement restreint l’accès au crédit au cours de l’année gations souveraines soient restés à peu près constants.
écoulée et devraient continuer de le faire au cours des Cette situation laisse penser que même si les conditions
prochains mois. Il apparaît clairement que le durcisse- du crédit se dont durcies, un effondrement du crédit ne
ment des conditions de crédit affecte de plus en plus l’ac- semble pas d’actualité.
tivité réelle. Dans les pays avancés, la demande de crédit
et d’investissement s’est contractée pendant la première
moitié de l’année, ce qui tient à la fois au resserrement
Des perspectives stables, mais moroses
de l’offre et à la diminution de la demande de crédit, à Les dernières projections confirment le ralentissement
mesure que de nombreuses entreprises ont commencé de l’économie mondiale, et l’inflation marque le pas
à réduire leur recours à l’effet de levier, en réaction à la après avoir enregistré des niveaux jamais atteints depuis
Graphique 1.16. Hypothèses de politique monétaire d’avril 2023 des PEM. En moyenne mondiale, nos prévi-
et budgétaire sions n’ont pas beaucoup changé depuis la mise à jour
7 1. Taux directeurs dans les pays avancés étudiés des PEM de juillet 2023, mais l’on observe plusieurs
(En pourcentage, valeur annualisée) évolutions dans les perspectives de croissance et d’in-
6
5 flation des différents pays. En outre, les perspectives de
4 croissance économique à moyen terme sont toujours au
3
plus bas depuis des décennies, et les pays à faible revenu
2
ou à revenu intermédiaire convergent plus lentement vers
États-Unis Zone euro des niveaux de vie plus élevés.
1 Japon Royaume-Uni
Les prévisions de référence pour l’économie
0
mondiale reposent sur un certain nombre d’hypothèses
–1
T1 2022 T1 23 T1 24 T1 25 T1 26 T1 27 T1 28 T4 28 (graphique 1.16), notamment pour ce qui concerne les
prix des combustibles et des autres produits de base et
6 2. Variation du solde budgétaire primaire structurel, 2021–24 les orientations adoptées par les autorités monétaires et
(En pourcentage du PIB potentiel) budgétaires :
4
• Hypothèses sur les cours des produits de base : Les prix des
2
combustibles devraient chuter de 36 % en moyenne et
0 les cours du pétrole, d’environ 17 %, ce qui tient prin-
–2 cipalement au ralentissement de l’activité économique
–4 mondiale ; après avoir atteint des sommets en 2022,
PEM d’avril 2023 les cours du gaz naturel et du charbon devraient redes-
–6 Solde primaire corrigé des variations conjoncturelles
(en pourcentage du PIB) cendre de 61 % et 51 %, respectivement. D’après
–8
2021 22 23 24 2021 22 23 24 nos projections, les cours des produits de base hors
Pays avancés Pays émergents combustibles devraient baisser de 6,3 % en moyenne
et pays en développement
en 2023 ; les cours des métaux de base devraient affi-
4 3. Dette publique et ajustement budgétaire cher une baisse de 4,7 %, en raison des inquiétudes
(En points de pourcentage, sauf indication contraire) soulevées par l’investissement immobilier en Chine.
3 THA JPN
Variation du solde primaire
ARG MYS ESP Après avoir augmenté de 14,8 % en 2022, les prix des
2 DEU PHL
structurel, 2022–24
IND CAN
1 TUR EGY KOR denrées alimentaires devraient céder 6,8 % en 2023,
BRA AUS EA ZAF
0 FRA et rester bien supérieurs à leurs niveaux de 2022.
–1 KAZ IDN USA CHN GBR Comparativement aux prévisions de la mise à jour des
MEX RUS PEM de juillet 2023, la révision à la hausse des cours
–2 ITA
POL du blé à la suite de la suspension de l’Initiative céréa-
–3
NLD lière de la mer Noire (suspension intervenue après la
–4
–10 –5 0 5 10 15 20 25 30 réalisation des projections qui figurent dans cette mise
Variation de la dette publique, 2019–22 (en pourcentage du PIB) à jour) est globalement compensée par des révisions à
Source : calculs des services du FMI.
la baisse des cours d’autres denrées.
Note : Dans la plage 1, les lignes continues indiquent les hypothèses retenues dans • Hypothèses de politique monétaire : En moyenne, les
l’édition d’octobre 2023 des PEM, et les lignes en tiret celles des PEM d’avril 2023. hypothèses relatives aux taux d’intérêt mondiaux
Dans la plage 2, le solde primaire corrigé des variations conjoncturelles est le solde
de l’ensemble des administrations publiques (à l’exclusion des produits ou charges sont révisées à la hausse par rapport à celles de l’édi-
d’intérêts) corrigé des fluctuations liées au cycle économique. Le solde budgétaire tion d’avril 2023 des PEM, ce qui tient au fait que les
primaire structurel est un solde primaire déconjoncturalisé, également corrigé de
facteurs non cycliques, tels que les variations des prix des actifs et des produits de principales banques centrales procèdent au resserre-
base. Les codes pays utilisés sont ceux de l’Organisation internationale de ment de leur politique monétaire, ou ont manifesté
normalisation (ISO). PEM = Perspectives de l’économie mondiale ; ZE = zone euro.
leur intention de le faire. En 2023, le taux directeur
de la Réserve fédérale devrait culminer à son niveau
plusieurs décennies. Le scénario de référence écarte actuel, qui est d’environ 5,4 %, la Banque d’Angleterre
l’éventualité d’une contraction du PIB réel mondial devrait relever le sien jusqu’à un pic d’environ 6,0 % et
par habitant, fréquente en cas de récession mondiale. l’on s’attend à ce que la Banque centrale européenne le
Pendant la première moitié de l’année, la croissance et fasse culminer à 3,9 % ; en 2024, l’on prévoit que ces
l’emploi ont mieux résisté que ne l’avait prévu l’édition trois banques centrales réduiront leurs taux directeurs.
Graphique 1.17. Croissance lente et stable en perspective de pourcentage du PIB au cours de la période 2019–
(En pourcentage ; courbes en tiret = avril 2023 ; 22 est associée en moyenne à un rééquilibrage budgé-
courbes en pointillé = janvier 2022)
taire (hausse du solde primaire structurel) de 0,8 point
5 de pourcentage du PIB au cours de la période 2022–
24. Parmi les exceptions à cette tendance, on peut
4
citer, par exemple, l’Argentine, où, malgré une baisse,
les niveaux d’endettement restent élevés et où le resser-
rement de la politique budgétaire devrait se poursuivre
3
pour assurer la viabilité des finances publiques et de la
dette.
2
Prévisions de croissance pour les pays avancés divergence de croissance entre les principaux pays de
la zone euro en 2023. Pour l’Allemagne, où une légère
Dans les pays avancés, la croissance devrait considé-
contraction économique est désormais prévue au
rablement ralentir, passant de 2,6 % en 2022 à 1,5 %
second semestre 2023, dans un contexte marqué par la
en 2023 et à 1,4 % en 2024 ; dans l’ensemble, les prévi-
faiblesse des secteurs sensibles aux taux d’intérêt et le
sions de la mise à jour des PEM de juillet 2023 n’ont
ralentissement de la demande des partenaires commer-
pas fait l’objet de révision : le dynamisme des États-Unis
ciaux, la prévision de croissance est revue à la baisse de
est plus fort que prévu, tandis que la croissance est plus
0,2 point de pourcentage, et devrait s’établir à –0,5 %.
faible qu’escompté dans la zone euro. Environ 90 %
Concernant la France, où la production indus-
des pays avancés devraient voir leur croissance ralen-
trielle a connu un rattrapage et où la demande exté-
tir en 2023. Compte tenu du ralentissement prévu dans
rieure s’est révélée plus élevée que prévu au premier
les pays avancés, le chômage annuel devrait augmenter
semestre 2023, la prévision de croissance est revue à la
en moyenne de 0,1 point de pourcentage au cours de la
hausse de 0,2 point de pourcentage, et devrait s’établir
période 2022–24 ; on s’attend à des hausses plus pronon-
à 1,0 %.
cées au Canada (1,0 point de pourcentage), au Royaume-
• Parmi les autres principaux pays avancés, on constate
Uni (0,9 point de pourcentage) et aux États-Unis
également une certaine divergence en matière de crois-
(0,2 point de pourcentage). Néanmoins, les prévisions
sance. La croissance au Royaume-Uni devrait passer de
de chômage en 2024 sont en moyenne inférieures de
4,1 % en 2022 à 0,5 % en 2023, ce qui correspond
0,4 point de pourcentage à celles de l’édition d’avril 2023
à une révision à la hausse de 0,1 point de pourcen-
des PEM, ce qui tient à la poursuite de la pénurie de
tage. Cette baisse de croissance tient au resserrement
main-d’œuvre dans certains pays.
de la politique monétaire en riposte à une inflation
• D’après les projections, la croissance aux États-Unis
toujours élevée et aux effets prolongés des chocs sur
devrait s’établir à 2,1 % en 2023 et à 1,5 % en 2024.
les termes de l’échange causés par la hausse des prix
Par rapport à la mise à jour des PEM de juillet 2023,
de l’énergie. Au Japon, la croissance devrait passer de
les prévisions sont révisées à la hausse de 0,3 point de
1,0 % en 2022 à 2,0 % en 2023, ce qui correspond à
pourcentage pour 2023 et de 0,5 point de pourcen-
une révision à la hausse de 0,6 point de pourcentage ;
tage pour 2024 ; ceci s’explique par le fait que l’in-
cette évolution est favorisée par la libération d’une
vestissement des entreprises a augmenté au deuxième
demande refoulée, par une augmentation des arri-
trimestre et que la croissance de la consommation a
vées de touristes et par des politiques accommodantes,
bien résisté, ce qui reflète la persistance de la pénurie
ainsi que par un rebond des exportations automo-
de main-d’œuvre. En outre, comme nous l’avons déjà
biles, un temps freinées par des problèmes de chaîne
mentionné, l’orientation budgétaire des administra-
d’approvisionnement.
tions publiques devrait être expansionniste en 2023.
Cependant, avec le ralentissement de la croissance des
salaires, l’épuisement de l’épargne accumulée pendant
la pandémie et le maintien d’une politique moné- Projections de croissance dans les pays émergents
taire restrictive par la Réserve fédérale, la croissance et les pays en développement
devrait ralentir au second semestre 2023 et en 2024. Les pays émergents et les pays en développement devraient
Le taux de chômage devrait passer de 3,6 % au voir leur croissance reculer légèrement, de 4,1 % en 2022
deuxième trimestre 2023 à un pic de 4,0 % au dernier à 4,0 % en 2023 et 2024, les prévisions ayant été
trimestre 2024, soit un pic inférieur aux prévisions revues à la baisse de 0,1 point de pourcentage en 2024
précédentes (5,2 % dans l’édition d’avril 2023 des par rapport à la Mise à jour des PEM de juillet 2023.
PEM et 5,6 % dans l’édition d’octobre 2022), ce qui Toutefois, cette trajectoire moyenne masque des diver-
signifie que l’économie des États-Unis va connaître un gences régionales ; dans deux des cinq principales régions
atterrissage moins brutal que prévu. géographiques, la croissance devrait augmenter en 2023,
• Dans la zone euro, la croissance devrait passer de avant de baisser en 2024.
3,3 % en 2022 à 0,7 % en 2023, avant de remon- • Dans les pays en développement et les pays émer-
ter à 1,2 % en 2024. Par rapport à la mise à jour des gents d’Asie, la croissance devrait passer de 4,5 %
PEM de juillet 2023, les prévisions sont revues à la en 2022 à 5,2 % en 2023, avant de baisser à 4,8 %
baisse de 0,2 et 0,3 point de pourcentage pour 2023 en 2024, ce qui correspond à des révisions à la baisse
et 2024, respectivement. Par ailleurs, on observe une de 0,1 et 0,2 point de pourcentage en 2023 et 2024,
respectivement, par rapport aux projections du mois de 5,0 points de pourcentage des prévisions pour
de juillet. Ces révisions tiennent à la détérioration l’Ukraine, dont la croissance devrait atteindre 2,0 %.
des projections de la croissance pour la Chine, qui Cette augmentation s’explique par le fait que la
devrait s’établir à 5,0 % en 2023 et à 4,2 % en 2024, demande intérieure augmente plus fortement que
ce qui correspond à des révisions à la baisse de 0,2 et prévu, car les entreprises et les ménages s’adaptent à
0,3 point de pourcentage, respectivement. La crise la guerre, l’inflation baisse fortement et les marchés
immobilière et la baisse de l’investissement sont les des changes sont stables. Ces meilleures prévisions de
deux principaux facteurs qui expliquent cette dégrada- croissance pour la région bénéficient également de la
tion. La croissance en Inde devrait rester forte, à 6,3 % révision à la hausse de 1,0 point de pourcentage de
en 2023 et 2024, ce qui correspond à une révision à la croissance de l’économie de la Türkiye, qui atteint
la hausse de 0,2 point de pourcentage pour 2023, à la 4,0 %, grâce à une demande intérieure plus vigoureuse
faveur d’une consommation plus forte que prévu entre que prévu.
avril et juin. • L’Amérique latine et les Caraïbes devraient voir leur
• La croissance dans les pays émergents et les pays en déve- taux de croissance passer de 4,1 % en 2022 à 2,3 %
loppement d’Europe devrait s’établir à 2,4 % en 2023, en 2023 et 2024, ce qui représente tout de même,
ce qui correspond à une révision à la hausse de respectivement, une révision à la hausse de 0,4 et de
0,6 point de pourcentage par rapport au mois de juil- 0,1 point de pourcentage par rapport au mois de juil-
let, avant de redescendre à 2,2 % en 2024. Les prévi- let. La baisse prévue pour 2023 tient à la normalisa-
sions pour la Russie donnent une croissance à 2,2 % tion de la croissance et aux effets d’une orientation
en 2023 contre –2,1 % en2022, ce qui correspond plus restrictive des politiques publiques, de l’affaiblis-
à une révision à la hausse de 0,7 point de pourcen- sement de l’environnement extérieur et de la baisse
tage pour 2023. Cette accélération de la croissance des cours des produits de base. La révision à la hausse
s’explique par une relance budgétaire considérable, des prévisions pour 2023 par rapport au mois de juil-
un haut niveau d’investissement et une consom- let s’explique par le niveau plus élevé que prévu de la
mation résiliente dans un contexte de pénurie de croissance au Brésil, qui devrait atteindre 3,1 % (révi-
main-d’œuvre. La révision à la hausse pour la région sion à la hausse de 1,0 point de pourcentage), grâce
en 2023 tient également à la révision à la hausse au dynamisme du secteur agricole et à la résilience
du secteur des services au cours de la première moitié Les prévisions pour 2023 sont révisées à la baisse de
de l’année 2023. Appuyée par les mesures de relance 0,3 point de pourcentage, en raison du niveau plus
budgétaire, la consommation reste également vigou- faible que prévu de la production de pétrole et de gaz,
reuse. La révision à la hausse des prévisions pour la ce qui s’explique en partie par des travaux de mainte-
région s’explique également par le niveau plus élevé nance. En Afrique du Sud, la croissance devrait passer
que prévu de la croissance au Mexique, qui devrait de 1,9 % en 2022 à 0,9 % en 2023 ; cette baisse, qui
atteindre 3,2 % (révision à la hausse de 0,6 point de s’explique par des coupures de courant, a toutefois
pourcentage), à la faveur d’un décalage de la reprise fait l’objet d’une révision à la hausse de 0,6 point de
après la pandémie dans les services et le BTP, et des pourcentage, car ces coupures se sont révélées moins
effets de la résilience de la demande aux États-Unis. graves que prévu au deuxième trimestre 2023.
• Au Moyen-Orient et en Asie centrale, la croissance
devrait passer de 5,6 % en 2022 à 2,0 % en 2023,
avant de monter à 3,4 % en 2024, soit une révi- L’inflation devrait progressivement refluer jusqu’à l’objectif
sion à la baisse de 0,5 pour 2023 et une révision à la L’inflation globale au niveau mondial devrait recu-
hausse de 0,2 point de pourcentage pour 2024. La ler de manière constante, passant de son pic de 8,7 %
révision pour 2023 s’explique principalement par le en 2022 à 6,9 % en 2023, puis à 5,8 % en 2024, en
ralentissement plus marqué que prévu de la crois- moyenne annuelle (tableau 1.1). La prévision pour
sance économique en Arabie saoudite, qui passe de 2024 est révisée à la hausse de 0,6 point de pourcentage,
8,7 % en 2022 à 0,8 % en 2023, soit une révision à la compte tenu du niveau plus élevé que prévu de l’infla-
baisse de 1,1 point de pourcentage pour 2023. Cette tion hors alimentation et énergie. En glissement annuel,
dégradation de la croissance saoudienne en 2023 s’ex- l’inflation globale au niveau mondial devrait avoir atteint
plique par l’annonce de baisses de production, dont un pic à 9,5 % au troisième trimestre 2022 et devrait
certaines font l’objet de décisions unilatérales, tandis s’établir à 5,9 % au quatrième trimestre 2023, avant de
que d’autres relèvent d’un accord au sein de l’OPEP+. tomber à 4,8 % au quatrième trimestre 2024, niveau
L’investissement privé, notamment en relation avec la encore supérieur à la moyenne annuelle de 3,5 % obser-
mise en œuvre de « gigaprojets », continue d’alimenter vée avant la pandémie (2017–19). Même si le resserre-
la croissance du PIB hors pétrole, qui demeure aussi ment des politiques monétaires commence à porter ses
forte que dans de précédentes prévisions. La dégra- fruits, l’un des principaux moteurs de la baisse de l’in-
dation des prévisions pour 2023 tient également à la flation globale prévue pour 2023 est la baisse des cours
révision à la baisse de près de 20 points de pourcentage internationaux des produits de base.
des projections concernant la croissance économique Près des trois quarts des pays devraient connaître un
du Soudan, qui devrait s’établir à –18,3 %, en raison taux d’inflation globale plus bas en 2023, mais le rythme
de l’éclatement d’un conflit, la dégradation de la sécu- de la désinflation est particulièrement prononcé dans
rité intérieure et l’aggravation de la situation huma- les pays avancés (graphique 1.18). Ces pays devraient
nitaire. L’amélioration des prévisions pour 2024 tient connaître une baisse de leur taux d’inflation de 2,7 points
au fait que les autorités sont revenues sur certaines des de pourcentage en 2023, en moyenne annuelle, soit près
baisses de production qu’elles avaient annoncées. du double de la baisse prévue pour les pays émergents et les
• En Afrique subsaharienne, la croissance devrait reculer pays en développement (1,3 point de pourcentage). Une
à 3,3 % en 2023 avant de remonter à 4,0 % en 2024, part de cet écart tient au fait que la politique monétaire
ce qui correspond à des révisions à la baisse de 0,2 et des pays avancés s’inscrit dans des cadres plus solides et
0,1 point de pourcentage pour 2023 et 2024, respec- fait l’objet d’une communication renforcée, ce qui faci-
tivement ; elle devrait donc rester inférieure à la lite la désinflation (chapitre 2). Toutefois, cette différence
moyenne historique de 4,8 %. Dans certains pays, la s’explique également par le fait que les pays avancés sont
baisse prévue tient à l’aggravation des chocs météoro- moins exposés aux chocs sur les cours des produits de base
logiques, au ralentissement mondial et à des problèmes et sur les taux de change. Dans les pays en développement
d’approvisionnement intérieur, notamment dans le à faible revenu, en moyenne, l’inflation devrait être supé-
secteur de l’électricité. Au Nigéria, le taux de croissance rieure ou égale à 10 % et ne devrait pas refluer avant 2024.
devrait passer de 3,3 % en 2022 à 2,9 % en 2023 et à Par ailleurs, le rythme attendu de variation de l’in-
3,1 % en 2024 dans un contexte où les effets négatifs flation globale devrait varier considérablement entre les
d’une forte inflation sur la consommation s’installent. principales puissances économiques, qui ne partent pas
Graphique 1.18. Baisse de l’inflation en perspective Graphique 1.19. Prévisions de l’inflation globale
(En pourcentage ; courbes en tiret = avril 2023) dans les pays étudiés
Monde (En pourcentage, glissement annuel)
Pays avancés
Pays émergents et pays en développement PEM oct. 2023 Mise à jour des PEM juil. 2023 PEM avril 2023
12 1. Inflation globale
10 1. États-Unis 2. Zone euro 12
10
8 10
8
8
6 6
6
4 4
4
2
2 2
0
2022 23 24 25 26 0 0
T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24 T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24
10 2. Inflation hors alimentation et énergie
12 3. Royaume-Uni 4. Japon 6
8
10
6 4
8
4 6 2
2 4
0
2
0
2022 23 24 25 26
0 –2
Source : calculs des services du FMI. T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24 T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24
Note : Les courbes continues représentent les prévisions du taux d’inflation de
l’édition d’octobre 2023 des PEM, et les courbes en tiret et en pointillé, celles de
l’inflation de l’édition d’avril 2023 des PEM. L’inflation hors alimentation et énergie 14 5. Brésil 6. Chine 4
fait abstraction de la volatilité inhérente à ces biens. PEM = Perspectives de
12 3
l’économie mondiale.
10
2
8
toutes du même point de départ, comme le montre le 1
graphique 1.19. En 2023, la zone euro devrait connaître 6
0
une baisse particulièrement marquée de l’inflation 4
en glissement annuel, qui devrait passer de 9,9 % 2 –1
au quatrième trimestre 2022 à 3,3 % au quatrième 0 –2
trimestre 2023, soit une baisse de 6,6 points de pour- T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24 T1 2021 T1 22 T1 23 T1 24 T4 24
centage, qui tient en partie à la baisse des prix de l’éner-
gie. Aux États-Unis, où l’inflation est passée plus tôt par Source : calculs des services du FMI.
son pic, les prévisions donnent une baisse de 3,9 points Note : Les lignes grises représentent d’anciennes prévisions des PEM, établies
entre l’édition de janvier 2021 de la Mise à jour des PEM et celle de janvier 2023.
de pourcentage : l’inflation devrait passer de 7,1 % PEM = Perspectives de l’économie mondiale.
au quatrième trimestre 2022 à 3,2 % au quatrième
trimestre 2023. En Chine, l’inflation a baissé presque
jusqu’à zéro au deuxième trimestre 2023, et devrait mondial, en passant de 6,4 % en 2022 à 6,3 % en 2023,
augmenter peu à peu au cours des troisième et quatrième puis à 5,3 % en 2024, en moyenne annuelle. L’inflation
trimestres, sans pour autant atteindre des niveaux élevés, hors alimentation et énergie s’avère plus tenace que prévu,
à mesure que s’atténueront les effets de la baisse des cours et fait l’objet de révisions à la hausse de 0,3 et 0,6 point
des produits de base. de pourcentage pour 2023 et 2024, respectivement, par
De manière générale, l’inflation hors alimentation et rapport à la Mise à jour des PEM de juillet 2023. Les
énergie devrait ralentir plus progressivement que l’infla- facteurs qui justifient ces révisions à la hausse diffèrent
tion globale. Elle devrait légèrement reculer au niveau selon les pays ; dans plusieurs cas, il s’agit d’une pénurie
de main-d’œuvre persistante et d’une inflation plus Graphique 1.20. Inflation généralement supérieure
durable que prévu dans le secteur des services ; ailleurs, aux objectifs jusqu’en 2025
comme en Türkiye, dont la situation justifie l’essentiel (En points de pourcentage ; distribution statistique des écarts
entre taux effectifs et objectifs d’inflation)
de la révision mondiale à la hausse pour 2024, il s’agit
des effets des dépréciations passées de la monnaie, qui 16
se transmettent à l’inflation sous-jacente. En moyenne 14
annuelle, plus de la moitié des pays ne devraient pas 12
connaître de baisse de l’inflation hors alimentation et
10
énergie en 2023. En revanche, si l’on examine la varia-
8
tion de l’inflation hors alimentation et énergie entre le
quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2022, 6
Graphique 1.21. Prévisions du PIB mondial dernières projections pour 2028 annoncent une perte de
(Milliers de milliards de dollars aux prix de 2023) production mondiale d’environ 5,0 % par rapport aux
projections antérieures à la pandémie, soit 6 400 milliards
130
de dollars aux prix de 2023.
125
0
20
–1
–2 0
Janv. Janv. Janv. Janv. Janv. Janv. Janv. Sept.
–3 2017 18 19 20 21 22 23 23
2005 07 09 11 13 15 17 19 21 23 25 27 28
Source : Google Trends.
30 2. Position extérieure globale mondiale Note : Le graphique illustre l’évolution de l’intérêt témoigné par les recherches
effectuées de 2008 à 2023 sur Google, à l’échelle mondiale, sur les thèmes de la
20 récession et de l’inflation, par rapport au niveau le plus élevé (100).
10
0
Possibilités que les prévisions soient révisées à la hausse
Il est de plus en plus plausible que la croissance
–10
mondiale donne de meilleurs résultats que ceux prévus
–20 dans le scénario de référence, et donc que l’économie
–30 mondiale connaisse un atterrissage en douceur :
2005 07 09 11 13 15 17 19 21 23 25 27 28 • Baisse plus rapide que prévu de l’inflation sous-jacente.
Source : calculs des services du FMI.
Parmi les facteurs qui pourraient contribuer à un tel
Note : Créanciers européens = Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, résultat, citons une transmission plus forte que prévu
Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Suède et Suisse ; Débiteurs européens : Chypre, de la baisse des prix de l’énergie ou une compression
Espagne, Grèce, Irlande, Italie, Portugal et Slovénie ; Pays exportateurs de pétrole :
Algérie, Arabie saoudite, Azerbaïdjan, Émirats arabes unis, Fédération de Russie, des marges bénéficiaires pour absorber les hausses de
Iran, Kazakhstan, Koweït, Nigéria, Oman, Qatar et Venezuela. coûts. La baisse du nombre de postes vacants pour-
rait également jouer un rôle plus important que prévu
économique a mieux résisté que prévu, et l’inflation dans l’assouplissement des marchés du travail, ce qui
a emprunté une trajectoire descendante, ce qui a pu impliquerait une baisse du ratio du nombre de postes
surprendre dans un certain nombre de cas. En outre, au vacants rapporté au nombre de chômeurs, et rédui-
début de l’année, la fin des tensions au sujet du plafond rait la nécessité d’un nouveau resserrement monétaire
de la dette des États-Unis et l’action rapide des autorités pour juguler l’inflation. Comme expliqué dans l’en-
suisses et américaines pour limiter les turbulences dans le cadré 1.2, de telles évolutions favoriseraient la crois-
secteur bancaire ont réduit les risques immédiats de diffi- sance économique en rétablissant le pouvoir d’achat
cultés financières plus étendues. Néanmoins, les craintes des ménages et en permettant aux banques centrales
concernant l’inflation mondiale et la récession restent d’assouplir leur politique monétaire.
vives (graphique 1.23), en raison d’un contexte toujours • Rétablissement plus rapide de la demande intérieure. Dans
difficile, et la balance des risques pesant sur la croissance de nombreux pays, le stock d’épargne excédentaire accu-
mondiale reste orientée à la baisse. mulé pendant la pandémie n’est toujours pas épuisé et
Examinons maintenant les principaux risques et incer- la consommation reste inférieure aux tendances d’avant
titudes qui entourent les perspectives économiques. la pandémie, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une
L’encadré 1.2 ci-après présente une analyse effectuée à reprise de la consommation plus rapide que prévu.
l’aide d’un modèle qui quantifie les risques pesant sur les Aux États-Unis, la pénurie de main-d’œuvre pourrait
perspectives mondiales et décrit les scénarios plausibles. à nouveau s’avérer plus prononcée que prévu, ce qui
favoriserait une trajectoire de consommation plus rési- truchement d’intermédiaires financiers non bancaires
liente. En Chine, des aides publiques plus généreuses (voir le chapitre 1 du Rapport sur la stabilité financière
que ce qui est actuellement envisagé, notamment sous dans le monde d’octobre 2023). Si les craintes pour la
la forme de transferts aux ménages sous condition de stabilité du système financier chinois venaient à persis-
ressources, pourraient stimuler la reprise et générer des ter, la situation d’autres pays émergents pourrait s’en
retombées positives à l’échelle mondiale. En outre, l’in- ressentir, en raison de la volatilité des taux de change
vestissement privé pourrait retrouver plus vite que prévu et de la déstabilisation des mouvements de capitaux.
les niveaux d’avant la pandémie, en réaction aux initia- L’encadré 1.2 quantifie les principaux risques résul-
tives actuelles des pouvoirs publics, comme l’explique tant d’une contraction plus forte que prévu du secteur
l’encadré 1.2. Les récentes avancées dans les domaines immobilier en l’absence de mesures rapides visant à
de l’intelligence artificielle et des technologies vertes restructurer les sociétés immobilières et d’un rééqui-
pourraient ouvrir une nouvelle période de forte crois- librage budgétaire imprévu à la suite d’une baisse des
sance de la productivité, ce qui doperait les investisse- recettes fiscales des collectivités locales.
ments et la croissance. • Surcroît de volatilité des cours des produits de base face
aux chocs climatiques et géopolitiques. Cette année,
des vagues de chaleur et des épisodes de sécheresse
Risques que les prévisions soient révisées à la baisse intenses, sur fond de records de température au niveau
Malgré les récentes bonnes surprises sur le front de mondial, donnent un avant-goût d’un avenir moins
la croissance, de nombreux risques pour la croissance hospitalier, marqué par le changement climatique à
mondiale restent plausibles : l’échelle mondiale. Il est probable que les mauvaises
• Poursuite du ralentissement de la croissance chinoise. récoltes se multiplieront dans de nombreux pays,
L’évolution récente de la situation oriente à la baisse la ce qui entraînera une flambée des prix des denrées
résultante des risques qui pèsent sur les prévisions de alimentaires et une insécurité alimentaire. Le phéno-
croissance de la Chine, ce qui a des répercussions néga- mène El Niño en cours, qui dans le passé a générale-
tives pour ses partenaires commerciaux. L’ampleur du ment fait grimper les prix alimentaires mondiaux de
ralentissement dépendra en grande partie de la réaction plus de 6 % en un an (calculs de la Banque centrale
des pouvoirs publics chinois. Pour que celle-ci porte ses européenne cités par Schnabel, 2023), présente des
fruits, il faudra que les autorités garantissent la stabi- risques supplémentaires. La guerre en Ukraine et les
lité financière en accélérant la restructuration des socié- tensions géopolitiques dans d’autres régions du monde
tés immobilières en difficulté, en facilitant l’achèvement pourraient s’intensifier, ce qui perturberait la chaîne
des projets de logement et en s’attaquant aux pressions d’approvisionnement et ferait encore fluctuer les prix
croissantes qui s’exercent sur les finances des collectivi- des denrées alimentaires, du carburant, des engrais et
tés locales, ce qui contribuerait à restaurer la confiance d’autres produits de base. À cet égard, la suspension
des entreprises et des consommateurs. Les marges de en juillet de l’Initiative céréalière de la mer Noire et
manœuvre des pouvoirs publics se sont réduites, mais les récentes attaques contre les installations céréalières
ne sont pas complètement épuisées. Compte tenu de ukrainiennes sont préoccupantes. Dans ce contexte,
l’absence de pressions inflationnistes, la Banque popu- la multiplication des restrictions à l’exportation de
laire de Chine peut se permettre un certain assouplisse- produits agricoles visant à réduire les prix intérieurs
ment de sa politique monétaire. Dans le même temps, complique l’acheminement des produits de base sur les
les dépenses budgétaires peuvent être réorientées vers les marchés mondiaux, ce qui risque d’exacerber les fluc-
dépenses, en s’appuyant sur des multiplicateurs budgé- tuations de leurs prix. Une hausse des prix du pétrole
taires plus élevés, ce qui permet de maintenir l’orienta- entraînée par une baisse de l’offre pourrait réduire l’ac-
tion budgétaire globalement neutre. Ainsi, il est possible tivité économique mondiale et faire augmenter l’in-
d’apporter un soutien ciblé aux ménages tout en rédui- flation, l’ampleur des effets variant d’une région à
sant les investissements de plus en plus inefficaces et l’autre4. En outre, l’intensification de la fragmentation
coûteux dans les infrastructures. Dans les provinces les
plus fragiles sur le plan financier, les tensions finan- 4Comme indiqué dans l’encadré 1.3 de l’édition d’octobre 2022 des
cières dans le secteur immobilier pourraient finir par PEM, une hausse de 30 % des prix du pétrole par rapport au scénario de
se propager au reste du secteur financier par le biais référence pourrait réduire le niveau du PIB mondial d’environ 0,5 % et
faire augmenter l’inflation mondiale d’environ 1,2 point de pourcentage
du lien entre les banques, l’État et les entreprises ; la par rapport au scénario de référence. L’analyse fait l’hypothèse que la poli-
contagion pourrait également se transmettre par le tique monétaire riposte de manière endogène aux fluctuations de l’inflation.
géoéconomique pourrait entraver la circulation des inattendues de l’inflation les contraindraient à rééva-
produits de base entre les différentes régions, et ainsi luer la situation, au risque de déclencher une hausse
accroître la volatilité des cours, comme cela est expli- soudaine des anticipations de taux d’intérêt et une baisse
qué dans le chapitre 3. Les produits de base sont parti- des prix des actifs, comme cela s’est produit en mars.
culièrement sensibles aux restrictions aux échanges, car Une évolution de ce type pourrait entraîner un nouveau
leur production est fortement concentrée en raison de durcissement des conditions financières et mettre à
l’inégale répartition des ressources naturelles. Enfin, rude épreuve les banques et les établissements financiers
à moins d’être compensées par une hausse correspon- non bancaires dont les bilans restent vulnérables face au
dante de l’offre d’énergies propres, les pénuries d’éner- risque de taux d’intérêt, et en particulier lorsqu’ils sont
gie qui résultent d’une baisse des investissements dans fortement exposés à l’immobilier commercial. Des effets
les combustibles fossiles peuvent provoquer des crises de contagion ne sont pas impossibles. Une fuite vers des
énergétiques plus fréquentes. De tels chocs d’offre placements refuges (encadré 1.2), accompagnée d’une
peuvent affecter les pays de manière asymétrique et appréciation des monnaies de réserve, aurait des réper-
avoir des effets particulièrement sévères sur les pays cussions négatives sur les échanges internationaux et sur
à faible revenu, où l’alimentation et l’énergie consti- la croissance mondiale, et ferait augmenter l’inflation
tuent une part importante de la consommation des dans les pays émergents et les pays en développement,
ménages. L’Afrique subsaharienne, où l’alimentation en particulier lorsqu’ils sont très tributaires des importa-
représente en moyenne environ 40 % de la consom- tions de denrées alimentaires et de combustibles.
mation, est la région la plus susceptible de pâtir de • Surendettement en hausse. Les conditions financières
cette situation. mondiales, qui représentent le coût du financement
• Persistance de l’inflation sous-jacente. Les pénuries de sur les marchés de capitaux, se sont généralement
main-d’œuvre et les revendications salariales visant assouplies depuis l’épisode de tensions dans le secteur
à compenser les augmentations passées du coût de bancaire de mars 2023, mais les normes de prêt sont
la vie pourraient contribuer à la persistance de pres- plus rigoureuses et la demande de prêts a diminué
sions inflationnistes sous-jacentes. Dans les pays où les aux États-Unis, dans la zone euro et dans certains
marges bénéficiaires des entreprises ont augmenté au pays émergents (voir le chapitre 1 du Rapport sur la
cours des deux dernières années, il est peut-être envi- stabilité financière dans le monde d’octobre 2023).
sageable de permettre un rattrapage des salaires réels En outre, les coûts de l’emprunt restent élevés pour
sans pour autant déclencher de nouvelles hausses de les pays émergents et les pays en développement, ce
prix. Eu égard au ralentissement de l’activité écono- qui limite leur capacité à engager des dépenses prio-
mique, les pressions du marché pourraient conte- ritaires et accroît leur risque de surendettement. La
nir la transmission des coûts du travail sur les prix. part des pays émergents et des pays en développement
Toutefois, comme l’explique le chapitre 2, les antici- dont les écarts de taux sur la dette souveraine sont
pations d’inflation à court terme demeurent élevées et supérieurs à 1 000 points de base s’élevait à 24 % en
supérieures aux taux d’inflation visés par les autorités, août, soit une proportion bien supérieure à celle que
ce qui pourrait engendrer des pressions plus persis- l’on observait il y a deux ans (à peine 9,3 %). Pour
tantes sur les salaires et les prix. Une telle situation l’Afrique subsaharienne, les écarts de taux dépassent
rendrait le rétablissement de la stabilité des prix par encore 680 points de base dans plus de la moitié des
la politique monétaire plus difficile à atteindre. Dans cas (graphique 1.24). La proportion des pays à faible
certains pays, l’abondance de l’épargne excédentaire revenu (56 %) et des pays émergents (25 %) en situa-
des ménages pourrait ralentir les effets du resserre- tion ou à haut risque de surendettement reste élevée
ment monétaire sur l’inflation. Des pressions inflation- cette année, tout comme l’année dernière.
nistes sous-jacentes plus fortes que prévu pourraient • Intensification de la fragmentation géoéconomique au
alors contraindre les banques centrales à procéder à détriment de la coopération multilatérale. La scission en
de nouveaux relèvements de taux, d’une ampleur plus cours de l’économie mondiale en blocs, en raison de
importante qu’escompté. la guerre menée par la Russie en Ukraine et d’autres
• Réévaluations sur les marchés financiers. Ces derniers tensions géopolitiques, pourrait s’intensifier, ce qui se
mois, les marchés financiers ont revu leurs attentes à traduirait par davantage de restrictions sur les échanges
la hausse en ce qui concerne le resserrement de la poli- commerciaux (en particulier pour ce qui concerne les
tique monétaire, mais de nouvelles augmentations biens stratégiques comme les minerais essentiels), sur
Graphique 1.24. Écarts de rendement observés Graphique 1.25. L’incidence des troubles sociaux
sur les obligations souveraines des pays émergents est faible et stable
et des pays en développement (Pourcentage des pays qui connaissent des troubles sociaux majeurs)
(En points de base, distribution statistique par groupe de pays) 7 Toutes régions APAC
2 500 EUR MOAC
Août 2021 Août 2022 Août 2023 6 AfSS HO
2 000 5
4
1 500
3
1 000 2
1
500
0
2018 19 20 21 22 23 Juil.
0 23
PEPD PEPD ALC MOAC AfSS
d’Asie d’Europe
Source : calculs des services du FMI.
Note : Le graphique illustre, au sein de chaque région, la part des pays qui ont connu
Sources : Bloomberg Finance L.P. ; calculs des services du FMI.
des troubles sociaux majeurs (manifestations, émeutes, etc.) au cours des 12 mois
Note : Sont représentés pour chaque région le quartile supérieur, la médiane
écoulés. AfSS = Afrique subsaharienne ; APAC = Asie–Pacifique ; EUR = Europe ;
et le quartile inférieur ; les moustaches donnent les valeurs maximale et minimale
HO = Hémisphère occidental ; MOAC = Moyen-Orient et Asie centrale.
bornant un intervalle égal à 1,5 fois l’écart entre le quartile supérieur et le quartile
inférieur. L’axe des ordonnées n’indique pas de valeur supérieure à 2 500 points
de base. AfSS = Afrique subsaharienne ; ALC = Amérique latine et Caraïbes ;
MOAC = Moyen-Orient et Asie centrale ; PEPD = pays émergents et pays en
développement. par l’action publique (Hadzi-Vaskov, Pienknagura et
Ricci, 2021). Les troubles sociaux pourraient égale-
ment compliquer l’adoption et la mise en œuvre des
les mouvements transfrontaliers de capitaux, de tech- réformes nécessaires, notamment pour ce qui concerne
nologies et de travailleurs, et sur les paiements inter- la transition énergétique.
nationaux. Si cela se produisait, les coûts pour la
prospérité mondiale seraient élevés. À long terme, la
fragmentation des échanges commerciaux — c’est-à- L’évaluation des risques qui figure dans les Perspectives
dire l’éclatement des pays en blocs qui commercent de l’économie mondiale est globalement cohérente
exclusivement les uns avec les autres — pourrait à elle Le risque d’un atterrissage brutal s’est nettement éloi-
seule réduire le PIB mondial annuel de 7 % (Aiyar gné depuis le mois d’avril, comme l’illustre l’analyse
et al., 2023). L’intensification de la fragmentation quantitative de l’encadré 1.2, basée sur le modèle du
géoéconomique entraverait également la coopération Groupe des Vingt (G20) du FMI. D’après les estima-
multilatérale, dont dépendent plusieurs biens publics tions, la probabilité que la croissance mondiale en 2023
essentiels, comme la sécurité énergétique et alimen- tombe en dessous de 2,0 % (ce qui ne s’est produit
taire, et la lutte contre le changement climatique et les qu’à cinq reprises depuis 1970) est désormais d’envi-
futures pandémies. ron 5 %, contre 25 % dans l’édition d’avril 2023 des
• Reprise des troubles sociaux. L’incidence des troubles PEM. Pour 2024, la probabilité d’un tel résultat est
sociaux, manifestations et émeutes comprises, a dimi- d’environ 15 %, soit, ici encore, une baisse depuis l’édi-
nué à l’échelle internationale après avoir atteint des tion d’avril 2023 des PEM, qui estimait cette proba-
niveaux élevés fin 2019 (graphique 1.25, qui met à bilité à 25 %. La probabilité qu’en 2024 le PIB réel
jour l’indice de Barrett et al., 2022). Cependant, une mondial par habitant se contracte (ce qui se produit
reprise des troubles sociaux, potentiellement en raison fréquemment en cas de récession mondiale) est estimée
de futures flambées des prix des denrées alimentaires en dessous de 10 %. Dans le même temps, la probabi-
et des combustibles, pourrait nuire à l’activité écono- lité qu’en 2024 la croissance mondiale dépasse 3,8 % (la
mique, en particulier dans les pays qui disposent de moyenne historique de 2000 à 2019) est également infé-
marges de manœuvre moindres pour limiter les chocs rieure à 20 %, ce qui traduit des perspectives de relative
lenteur pour la croissance mondiale. En ce qui concerne d’adopter de solides cadres de politique monétaire et des
les prix, la probabilité que l’inflation hors alimentation stratégies de communication efficaces pour réduire au
et énergie soit plus élevée en 2024 qu’en 2023, au lieu minimum les coûts de la désinflation pour la produc-
de baisser à 5,3 %, contre 6,3 % en 2023, est évaluée à tion. Une fois que l’inflation sous-jacente aura claire-
environ 15 %. ment marqué le pas, que l’inflation et les anticipations
d’inflation se seront rapprochées des taux visés, il pourra
Priorités pour l’action publique : de la être justifié de faire évoluer progressivement les taux vers
désinflation à une croissance soutenue une orientation plus neutre de la politique monétaire,
tout en démontrant un engagement constant en faveur
L’inflation commence à marquer le pas, et les déci-
de la stabilité des prix. Dans les pays où l’inflation est
deurs s’apprêtent à traverser la dernière phase du cycle
déjà inférieure au taux visé, une orientation plus accom-
inflationniste entamé en 2021. Toutefois, malgré des
modante pourrait être nécessaire afin d’atténuer les
progrès, les pouvoirs publics continuent de rencontrer
risques de désancrage des anticipations d’inflation.
certaines difficultés. L’inflation sous-jacente est encore
• Composer avec l’incertitude sur le chemin de la désinfla-
trop élevée dans la plupart des pays et pourrait facile-
tion : La tâche des banques centrales est compliquée
ment persister, et les marges de manœuvre budgétaires
par plusieurs facteurs : la difficulté qu’il y a à esti-
sont souvent insuffisantes pour réaliser les investissements
mer de manière fiable les niveaux de taux d’intérêt et
nécessaires, en particulier dans les pays à revenu faible
de chômage permettant une orientation monétaire
ou intermédiaire dont la dette publique n’est plus viable.
neutre ; les retards dans la transmission des mesures
Afin de réduire les pertes considérables de production
(voir l’encadré 1.2 de l’édition d’avril 2023 des PEM) ;
qu’annoncent les projections si les politiques actuelles
les incertitudes liées aux prévisions d’inflation dans le
sont maintenues, en particulier dans les pays émergents
contexte actuel ; enfin, l’efficacité variable du méca-
et les pays en développement, il faut donner la priorité à
nisme de transmission selon les secteurs économiques.
des réformes visant à améliorer l’offre, dont les bénéfices
Pour bien doser la politique monétaire, il faudra peser
apparaissent rapidement et qui suscitent l’adhésion. Pour
le pour et le contre d’une baisse prématurée (ou, au
atténuer les effets négatifs du changement climatique et
contraire, tardive) des taux nominaux.
de la fragmentation géoéconomique, et protéger les plus
• Coordonner les politiques monétaire et budgétaire : Bien
vulnérables, il faudra des mesures rapides et coordonnées
que la responsabilité première du rétablissement de
à l’échelle internationale.
la stabilité des prix incombe aux banques centrales, le
fait de prévoir par voie législative des réductions des
Mesures donnant des résultats à court terme dépenses publiques ou des augmentations d’impôts
Rétablir durablement la stabilité des prix : Compte tenu pour assurer la viabilité de la dette publique peut, en
du fait que l’inflation hors alimentation et énergie au réduisant la demande globale et en renforçant la crédi-
niveau mondial demeure élevée et diminue lentement, bilité générale des stratégies de désinflation, freiner
les banques centrales doivent généralement conserver une davantage l’inflation. Cela vaut particulièrement pour
orientation restrictive et s’abstenir d’assouplir prématuré- les pays dont l’économie est en surchauffe et où l’ar-
ment leur politique monétaire. Dans le même temps, les bitrage entre inflation et chômage est très difficile. De
cas dans lesquels d’importantes hausses de taux d’intérêt même, dans les pays où l’inflation est inférieure au
sont justifiées se font plus rares, et les besoins des diffé- taux visé, il peut s’avérer nécessaire de procéder à une
rents pays en matière de politique économique aux fins politique budgétaire expansionniste ou à une réorien-
de la stabilité des prix sont de plus en plus divers. tation des dépenses publiques vers des postes plus
• Ramener l’inflation au taux visé : Dans les pays où l’in- favorables à la demande, tels que les transferts ciblés
flation persiste à des niveaux élevés, une orientation aux ménages, sous réserve des marges de manœuvre
restrictive (se traduisant par des taux d’intérêt réels budgétaires disponibles.
supérieurs à un niveau « neutre ») s’impose jusqu’à • Assurer le suivi des conditions financières : Les condi-
ce que l’on observe des signes évidents de ralentisse- tions de financement sur les marchés de capitaux se
ment de l’inflation sous-jacente. C’est essentiel pour sont assouplies aux États-Unis et dans la zone euro
que de nombreuses banques centrales parviennent à (Adrian, Natalucci et Wu, 2023), ce qui pourrait
maintenir l’ancrage des anticipations d’inflation à long compliquer la lutte contre l’inflation. Une surveillance
terme. Comme on le verra au chapitre 2, il est essentiel attentive des graves désalignements des conditions
Graphique 1.26. Paiements d’intérêts immobilier font peser un risque baissier sur la croissance
par les administrations publiques mondiale, il est nécessaire que l’administration centrale
(En pourcentage des recettes publiques) intervienne de manière plus énergique pour éviter que se
16
mettent en place des boucles de rétroaction macrofinan-
PA PE&PRI PDFR cières. Les pouvoirs publics doivent prendre des mesures
14 de nature à faciliter la liquidation des sociétés immobi-
lières insolvables tout en inspirant confiance aux ache-
12 teurs de logements en protégeant leurs intérêts. Les pays
exposés à des chocs extérieurs peuvent utiliser pleinement
10 le dispositif mondial de sécurité financière mis en place
par les institutions financières internationales, y compris
8 les accords à titre de précaution du FMI.
Normaliser la politique budgétaire : Compte tenu de
6
l’augmentation des déficits budgétaires et de la dette
publique au-dessus des niveaux observés avant la pandé-
4
2008 10 12 14 16 18 20 22 24 26 28 mie et eu égard à la hausse de la part des coûts du service
de la dette dans le PIB (graphique 1.26), un resserrement
Source : calculs des services du FMI.
Note : PA = pays avancés ; PDFR = pays en développement à faible revenu ; de l’orientation budgétaire se justifie dans de nombreux
PE&PRI = pays émergents et pays à revenu intermédiaire. cas, afin de rétablir les marges de manœuvre budgétaires.
Dans les pays à faible revenu et les pays en développement,
les paiements d’intérêts représentent près d’un huitième
de financement est justifiée, compte tenu des réper- des recettes publiques. Dans les pays dont les marges
cussions potentielles d’une réévaluation soudaine du de manœuvre budgétaires sont limitées, il est possible
risque. Les banques centrales doivent être prêtes à de soutenir l’activité en réorientant la composition des
employer les outils de stabilité financière nécessaires dépenses vers des postes qui constituent un soutien ciblé
pour contenir les signes de tension sur les marchés aux ménages. Les autorités budgétaires doivent communi-
(Adrian, Gopinath et Gourinchas, 2023). quer prudemment leurs intentions à moyen terme, pour
renforcer leur crédibilité et éviter des réactions génératrices
de perturbations sur les marchés. Dans les pays en situa-
Renforcer la surveillance et remédier aux tensions dans tion ou à haut risque de surendettement, il peut être néces-
le secteur financier : Le rythme rapide du resserrement saire, pour assurer la viabilité de la dette, non seulement de
des politiques monétaires continue de mettre le secteur procéder à un rééquilibrage budgétaire en temps oppor-
financier sous tension. Il convient de renforcer les acti- tun, mais aussi de restructurer la dette (voir le chapitre 3
vités de contrôle (en mettant en œuvre les normes de de l’édition d’avril 2023 des PEM). L’augmentation
Bâle III et en supprimant les mesures de tolérance) et des recettes intérieures, l’amélioration de l’efficacité des
la surveillance des risques afin d’anticiper de nouveaux dépenses et le renforcement des cadres budgétaires institu-
épisodes de tensions dans le secteur bancaire. La rigueur tionnels sont des mesures de plus en plus pertinentes pour
du contrôle doit être proportionnelle à l’importance les pays émergents et les pays en développement, compte
systémique des banques et aux risques qu’elles présentent, tenu de leurs niveaux d’endettement élevés et de leurs
et il est indispensable de combler rapidement les lacunes besoins de dépense considérables.
que présente la surveillance du secteur financier non Aider les plus fragiles : L’ajustement budgétaire doit être
bancaire. Des mesures de politique macroprudentielle conçu de sorte à protéger les plus vulnérables, notam-
pourraient être prises à titre préventif pour faire face aux ment par le biais d’aides ciblées en faveur des ménages,
nouveaux risques encourus par les banques et les établis- en particulier lorsque les prix de l’énergie et des denrées
sements financiers non bancaires. Lorsque des tensions alimentaires fluctuent fortement. À mesure que les prix
se font jour sur les marchés financiers, le recours à des de l’énergie retrouvent leurs niveaux d’avant la pandé-
instruments permettant d’apporter des liquidités de mie, un retrait progressif des mesures budgétaires non
manière rapide et déterminée, tout en maîtrisant le risque ciblées serait judicieux, en particulier celles qui brouillent
d’aléa moral, devrait limiter la contagion. En Chine, les signaux donnés par les prix, comme les subventions à
où les tensions financières persistantes dans le secteur l’énergie.
Éviter le surendettement : L’ampleur de leurs besoins obstacles de plus long terme à la croissance, comme le
de financement extérieur à court terme met à rude vieillissement de la population.
épreuve la capacité de nombreux pays émergents et pays
à faible revenu à assurer le service de leur dette. Les écarts
de rendement observés sur les obligations souveraines Mesures donnant des résultats à moyen terme
demeurent à des niveaux élevés, ce qui entrave l’accès au Accélérer les réformes macrostructurelles : Des réformes
crédit pour de nombreux pays tributaires d’emprunts à structurelles ciblées, mises en œuvre selon un calen-
court terme. Entre autres mesures, assurer une coordina- drier établi avec soin, peuvent donner aux décideurs des
tion plus rapide et plus efficace en matière de résolution leviers supplémentaires pour renforcer la croissance de la
de la dette, par l’intermédiaire du cadre commun du G20 productivité en dépit de marges de manœuvre limitées.
et de la table ronde mondiale sur la dette souveraine, Une telle approche est d’autant plus importante que les
contribuerait à atténuer le risque de multiplication des perspectives de croissance à moyen terme s’amenuisent
cas de surendettement. À cet égard, le récent accord entre (encadré 1.1). Mettre en œuvre en priorité et de manière
la Zambie et son comité de créanciers officiels va dans le groupée les réformes visant à atténuer les facteurs qui
bon sens. pèsent de manière plus contraignante sur l’activité écono-
Renforcer la sécurité alimentaire : Les conditions météo- mique — s’agissant notamment de la gouvernance, de la
rologiques extrêmes (vagues de chaleur, inondations et réglementation des entreprises et du secteur extérieur —
feux de forêt) exacerbent les risques pour l’approvisionne- peut contribuer à accélérer les gains de production qui en
ment mondial en cultures vivrières de base, y compris les résultent, et donc à susciter l’adhésion des populations.
risques liés à la guerre en Ukraine, et menacent la sécurité L’analyse des services du FMI pour les pays émergents
alimentaire de millions de personnes. Dans ce contexte, et les pays en développement (Budina et al., 2023) laisse
les restrictions aux échanges commerciaux visant à penser que les réformes peuvent permettre des gains de
réduire les prix intérieurs pourraient aggraver l’insécu- production considérables, même à court terme. D’après
rité alimentaire au niveau mondial et entraîner des pénu- les estimations, dans les pays où les indicateurs structu-
ries chez les populations les plus pauvres du monde. rels font initialement apparaître des écarts importants par
Les interdictions d’exportation de produits alimentaires rapport à une situation optimale, un train de réformes
doivent être levées dès que possible afin de préserver le bien planifiées permettrait d’augmenter le niveau de
commerce mondial de produits alimentaires. Il est néces- la production de 4 % en deux ans et de 8 % en quatre
saire de resserrer la coopération multilatérale en matière ans. Dans ces pays, des gains d’une telle ampleur rédui-
de sécurité alimentaire, en renforçant les règles qui raient considérablement les pertes de production causées
encadrent les restrictions aux exportations de produits par la pandémie, dont il a été question plus haut. Plus
alimentaires (voir le chapitre 3). largement, dans un certain nombre de pays, les pouvoirs
Stimuler l’offre de travail : La mise en œuvre de publics pourraient améliorer la productivité en enga-
réformes visant à assouplir le marché du travail, en geant des réformes visant à favoriser le capital humain
encourageant l’activité et en réduisant les frictions liées à par l’élargissement de l’assurance maladie et par un meil-
la recherche d’emploi et à la mise en correspondance des leur accès aux enseignements primaire et supérieur, à
offres et des demandes, favoriserait la mise en œuvre du réduire les obstacles à la concurrence, à aider les jeunes
rééquilibrage des finances publiques et contribuerait à entreprises et à approfondir le passage au numérique. En
réduire progressivement l’inflation. Ces réformes peuvent accélérant la croissance, de telles réformes, notamment
prendre la forme de programmes de formation à court celles qui affectent les prix de l’énergie (voir le chapitre 2
terme pour les professions connaissant des pénuries de de l’édition d’octobre 2022 des PEM) peuvent également
main-d’œuvre, et d’une législation du travail propice à contribuer à dissiper les inquiétudes quant aux coûts
la flexibilité, contenant des dispositions relatives au télé- que des réformes écologiques ambitieuses sont suscep-
travail et aux congés. Des politiques qui encouragent tibles d’entraîner à court terme pour la croissance, tout
davantage de femmes et de personnes âgées à rejoindre en créant la marge de manœuvre budgétaire nécessaire à
la population active, réduisent la dualité du marché du leur mise en œuvre. D’une manière générale, des mesures
travail et favorisent la mobilité amélioreraient encore complémentaires sont nécessaires pour atténuer les effets
l’offre de main-d’œuvre. Dans les pays avancés, des poli- potentiellement négatifs des réformes sur la répartition
tiques d’immigration actives peuvent contribuer à remé- des richesses entre les différents groupes économiques
dier aux pénuries de main-d’œuvre et à surmonter des (ainsi qu’entre les sexes et les différentes tranches d’âge) ;
Graphique 1.27. Entreprises moins respectueuses technologies les plus récentes. La tarification du carbone
de l’environnement dans les pays émergents et les subventions aux investissements verts pourraient
(Densité) encourager l’adoption de technologies de pointe, ce qui
0,5 rendrait le processus de production à la fois plus efficace
Pays avancés
Pays émergents et pays
et plus respectueux de l’environnement. Des mécanismes
en développement d’ajustement carbone aux frontières peuvent inciter les
0,4
partenaires commerciaux à décarboner, tout en assurant
un pied d’égalité entre les producteurs locaux et les entre-
0,3
prises de pays dont les objectifs de réduction des émis-
sions de carbone sont moins ambitieux ; toutefois, de
0,2 tels dispositifs doivent être soigneusement conçus, dans
le respect des règles de l’OMC. Les politiques indus-
0,1 trielles respectueuses de l’environnement actuellement
menées en Chine, aux États-Unis et dans l’Union euro-
0,0
péenne jouent un rôle complémentaire de la tarifica-
–10 –5 0 5 10 tion du carbone pour accélérer la transition écologique.
Logarithme du ratio émissions/revenus
Toutefois, il faut également concevoir ces politiques de
Source : calculs des services du FMI. manière qu’elles ne génèrent pas de distorsions sur les
Note : Le graphique représente, de manière séparée, l’estimation par noyau de la échanges internationaux (comme les dispositions rela-
densité du logarithme du ratio émissions/revenus, pour les entreprises ayant leur
siège dans des pays avancés, d’une part, et dans des pays émergents et des pays tives au contenu national) et sur l’investissement, là aussi
en développement, d’autre part, après neutralisation des effets fixes propres à dans le respect des règles de l’OMC. Parallèlement, il est
chaque secteur (numéro SIC à 4 chiffres). Le graphique est établi à partir de
données de 2019, sans tenir compte des secteurs de la finance, des services
nécessaire de réaliser des investissements dans les activités
d’utilité publique et de l’énergie. Les calculs sont fondés sur Capelle et al. (à et les infrastructures d’adaptation au changement clima-
paraître). SIC = Standard Industrial Classification (classification normalisée des tique, en particulier dans les régions les plus vulnérables
secteurs d’activité).
face aux chocs climatiques. Il convient également d’amé-
liorer les systèmes de surveillance des risques climatiques
il peut s’agir d’aides publiques ciblées ou de réglemen- et les dispositifs permettant de les maîtriser, et de renfor-
tations visant à ce que les bénéfices des réformes soient cer les filets de sécurité et les assurances pour renforcer la
équitablement partagés. Les pouvoirs publics peuvent résilience face au changement climatique (Moniteur des
recourir à des mesures de politique industrielle dans les finances publiques d’octobre 2023).
cas où les externalités ou les défaillances du marché sont Mettre en place un « corridor écologique » et renforcer
bien établies et que d’autres politiques ne sont pas envi- le partage des données : Un accord portant sur la mise en
sageables, mais il convient qu’ils s’abstiennent de mettre place d’un corridor écologique permettrait de préser-
en œuvre des dispositions protectionnistes et qu’ils se ver le commerce international des minerais essentiels à
conforment aux traités en vigueur et aux règles édictées la transition écologique. Il faudrait qu’une telle initia-
par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). tive transcende les frontières géopolitiques et soit guidée
Accélérer la transition écologique et atténuer les effets par des objectifs climatiques communs, plutôt que par
du changement climatique : L’atténuation du change- des politiques du chacun pour soi. Des accords similaires
ment climatique passe nécessairement par une baisse des pourraient stabiliser les marchés des produits agricoles
émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au sein des essentiels en réduisant la volatilité de l’offre à la suite de
différents secteurs économiques, les résultats environ- chocs défavorables. Une gestion prudente des risques
nementaux varient considérablement d’une entreprise exige également d’investir dans des sources d’approvi-
à l’autre (graphique 1.27). Les « mauvais élèves », c’est- sionnement diversifiées, afin de réduire au minimum les
à-dire les sociétés dont les émissions par unité produite retombées d’un éventuel surcroît de fragmentation des
sont plus élevées que celles des entreprises comparables marchés des produits de base. Le manque de données sur
de leur secteur, emploient un capital physique plus les minerais essentiels à la transition écologique accroît
ancien, présentent une composante de connaissances l’incertitude pour les producteurs et les consommateurs,
plus faible et sont moins productives (Capelle et al., à et entraîne la volatilité des prix. Une plateforme ou une
paraître). De considérables baisses d’émissions pourraient organisation internationale pourrait améliorer le partage
être réalisées en aidant ces entreprises à employer les et la normalisation des données (chapitre 3).
Renforcer la coopération multilatérale et atténuer les mondiale partagée et réglementer les technologies émer-
effets de la fragmentation : La coopération multilatérale gentes aux effets potentiellement perturbateurs, telles que
est essentielle pour remédier à l’écheveau de difficul- l’intelligence artificielle. La réduction des incertitudes
tés qui bloque le redressement de l’économie mondiale. qui entourent la politique commerciale doit occuper une
Une action conjointe est nécessaire sur de nombreux place centrale dans ces réformes. Les premières mesures
fronts ; à l’inverse, l’accroissement de la fragmentation nécessaires comportent le rétablissement d’un méca-
géoéconomique entraînerait des retards coûteux. Il est nisme contraignant de règlement des différends au sein
urgent de rétablir la confiance dans les cadres multila- de l’OMC et des éclaircissements quant à l’application de
téraux pour donner un nouveau souffle à la coopéra- règles essentielles de l’OMC aux mesures prises en faveur
tion et aux règles internationales, favoriser une prospérité du climat.
12 2. Avril 2008
Encadré 1.2. Évaluation des risques qui entourent les projections de référence
des Perspectives de l’économie mondiale
Cet encadré s’appuie sur le modèle G20 (Groupe des en additionnant les estimations établies au niveau natio-
Vingt) du FMI pour déduire les intervalles de confiance nal. Deux changements ont été apportés aux distribu-
qui entourent les prévisions des Perspectives de l’écono- tions pour la croissance et l’inflation par rapport à avril.
mie mondiale (PEM) et pour quantifier d’autres scéna- Premièrement, les chocs à compter de 1982 ont été plus
rios. L’incertitude au sujet de 2023 a considérablement fortement échantillonnés dans les précédentes PEM afin
diminué depuis l’édition d’avril 2023 des PEM puisque de montrer la présence d’un risque de ralentissement plus
les résultats pour le premier semestre de l’année sont à prononcé du fait d’une politique monétaire restrictive.
présent connus. Au-delà de 2023, les risques qui pèsent Ici, en revanche, les chocs sont échantillonnés de manière
sur la croissance sont jugés plus équilibrés que dans l’édi- uniforme, sachant que les risques pour les perspectives
tion d’avril 2023 des PEM, mais toujours de nature bais- sont devenus plus équilibrés. Si les risques découlant de la
sière. Le risque de voir la croissance mondiale passer politique monétaire demeurent pertinents pour les pers-
sous la barre des 2 %, ce qui ne s’est produit qu’à cinq pectives actuelles, ils sont évalués à travers un scénario, et
reprises depuis 1970, en 2024 est évalué à 15 % envi- non pas une modification de la distribution prédictive.
ron, contre 25 % en avril. La résultante des risques pour Deuxièmement, la distribution pour les chocs de 2023
l’inflation au-delà de 2023 a évolué à la hausse, compte s’est rétrécie puisque les résultats pour le premier semestre
tenu des révisions à la hausse de la projection de réfé- de l’année sont déjà connus.
rence. Le risque de voir l’inflation hors alimentation et Le graphique 1.2.1 (plages 1, 2 et 3) illustre les distri-
énergie dépasser son niveau de 2023 en 2024 est évalué butions des projections de la croissance et de l’infla-
à quelque 15 %. Les scénarios analysent plusieurs risques tion mondiales qui découlent de la méthode et des
pour les perspectives. Les aléas haussiers sont notamment hypothèses décrites. Chaque nuance de bleu repré-
1) des effets désinflationnistes plus prononcés que prévu sente un intervalle à 5 points de pourcentage, de sorte
découlant de l’atténuation des perturbations des appro- que l’ensemble de l’intervalle rend compte de 90 % de
visionnements et 2) une accélération de la demande la distribution. S’agissant de la croissance mondiale, la
mondiale sous l’impulsion d’un redressement plus fourchette de taux effectifs possibles s’est resserrée et a
marqué de l’investissement dans les pays avancés. Les évolué à la hausse par rapport à avril. La probabilité de
risques baissiers comprennent notamment 1) une pour- voir la croissance mondiale de 2023 s’établir entre 2,6 %
suite de l’essoufflement de la dynamique de croissance en et 3,4 %, soit une fourchette plus étroite qu’en avril,
Chine, 2) des délais de transmission plus longs que prévu est de 70 %. De même, celle de voir la croissance s’ins-
et des effets plus prononcés du cycle actuel de resserre- crire dans une fourchette comprise entre 1,9 % et 4,0 %
ment monétaire à l’échelle mondiale, et 3) un durcisse- en 2024 est de 70 %.
ment des conditions financières dans les pays émergents. Concernant l’inflation mondiale, l’incertitude quant
à 2023 est devenue moindre, pour l’inflation globale
Intervalles de confiance comme pour l’inflation hors alimentation et énergie :
La méthodologie utilisée pour établir les inter- il y a à présent une probabilité de 70 % que l’inflation
valles de confiance s’appuie sur les travaux d’Andrle et globale pour 2023 soit supérieure ou inférieure d’environ
Hunt (2020) et a été employée dans les éditions d’oc- 0,7 point de pourcentage au niveau actuellement projeté,
tobre 2022 et d’avril 2023 des PEM. Le modèle G20, ce qui est plus serré que la fourchette de 1,2 % datant
exposé dans Andrle et al. (2015), sert à interpréter des d’avril. Au-delà de 2023, les risques se sont accrus avec la
données rétrospectives sur la production, l’inflation et les révision de la projection de référence : la probabilité que
prix mondiaux des produits de base, et à reproduire les l’inflation globale soit plus élevée en 2024 qu’en 2023
chocs économiques implicites sur la demande et l’offre est évaluée à 25 %, contre moins de 10 % en avril. De
globales. Les chocs ainsi reproduits sont échantillonnés à même, la probabilité que l’inflation hors alimentation et
l’aide de méthodes non paramétriques et réinjectés dans le énergie dépasse son niveau de 2023 en 2024 est estimée
modèle pour générer des distributions prédictives autour à 15 %, à comparer à environ 5 % en avril.
des projections des PEM. Pour les variables macroécono-
miques mondiales, les distributions sont ensuite obtenues Scénarios de risques
L’édition d’avril 2023 des PEM a présenté un seul
Les auteurs de cet encadré sont Jared Bebee, Harri Kemp, scénario très pessimiste pour l’économie mondiale, axé sur
Pedro Rodriguez et Rafael Portillo. un vaste choc d’offre de crédit. Si des risques financiers
Évolution des marchés des produits de base 120 2. Prévisions du cours du Brent utilisées dans les PEM2
(Dollars par baril ; dates d’expiration en abscisse)
Les restrictions de l’offre soutiennent les prix du pétrole. 110
PEM d’avril 2022
À la faveur d’un rebond en juillet et en août, les prix 100 PEM d’octobre 2022
PEM d’avril 2023
du pétrole brut ont augmenté de 4,4 % entre février et 90
PEM d’octobre 2023
août 2023. Ils sont toutefois restés nettement en deçà de 80
leur pic de 115 dollars atteint en juin 2022 (graphique 1. 70
DS.1, plages 1 et 3). S’agissant de la demande, un rebond
60
moindre que prévu de la consommation de pétrole de la 2023 24 25 26 27 28 29
Chine, les craintes à l’égard d’une récession temporaire 200 3. Perspectives à moyen terme des cours du Brent3
en raison des difficultés des banques et le resserrement de (Dollars par baril, contrats à terme sur quatre ans)
la politique monétaire dans de nombreux grands pays ont 150 Intervalle de confiance à 68 %
Intervalle de confiance à 86 %
tous alimenté des pressions à la baisse sur les prix, surtout Intervalle de confiance à 95 %
au deuxième trimestre de 2023. 100 Cours à terme
Concernant l’offre, les réductions de la production
50
par les pays de l’OPEP+ (Organisation des pays expor-
tateurs de pétrole plus certains pays non membres) à 0
hauteur de 1,2 million de barils par jour annoncées en 2017 18 19 20 21 22 23 24 25 26
avril, couplées à d’autres baisses volontaires de respective- 180 4. Cours du Brent et du pétrole russe 4
ment 1 et 0,3 million de barils par jour par l’Arabie saou- (Dollars par baril) Brent
150 24 févr. Brut russe ESPO (Pacifique)
dite et la Russie, n’ont été qu’en partie compensées par la
Brut russe Oural (mer Noire)
forte croissance de la production de pétrole dans les pays 120 Brut russe Oural (Baltique)
non membres de l’OPEP, en particulier aux États-Unis, 90
où cette production devrait augmenter de 1,1 million
de barils par jour cette année. Les sanctions occiden- 60
60 $
tales contre les exportations de pétrole brut russe ont 30
Janv. Avril Juil. Oct. Janv. Avril Juil.
eu des effets mitigés : les flux d’exportations de pétrole 2022 23
russe sont restés plutôt stables, et la décote de son prix
par rapport au Brent a diminué au fil du temps (le Sources : Argus ; Bloomberg, L.P. ; Haver Analytics ; Refinitiv Datastream ; FMI,
système des cours des produits de base ; estimations des services du FMI.
pétrole russe se négocie au-dessus du plafond de prix de 1
Corrigés en fonction de l’indice des prix à la consommation des États-Unis.
La dernière valeur observée est appliquée à la période de prévision.
2
Prévisions fondées sur les Perspectives de l’économie mondiale (PEM).
3
Les contributeurs du présent dossier spécial sont Christian Bogmans, Établies à partir des cours des options sur contrats à terme en date du 18 août 2023.
4
Wenchuan Dong, Jorge Miranda-Pinto, Andrea Pescatori (chef d’équipe), Les données les plus récentes remontent au 8 septembre 2023. Tous les prix
Ervin Prifti, Martin Stuermer et Guillermo Verduzco-Bustos, avec le correspondent aux valeurs médianes journalières. ESPO = Eastern Siberia Pacific
concours de Joseph Moussa et Tianchu Qi en matière de recherche. Ce Ocean (oléoduc Sibérie orientale — océan Pacifique).
dossier spécial s’appuie sur les travaux de Miranda-Pinto et al. (2023).
60 dollars le baril imposé par les pays du Groupe des ensuite retomber à 9,1 dollars le million de BTU d’ici
Sept (G7). En effet, la taille de la flotte de navires pétro- à 2028. Les prix du Henry Hub aux États-Unis devraient
liers qui transportent le pétrole russe et contournent les augmenter, pour passer d’une moyenne annuelle de
règles occidentales a augmenté, et la Russie semble avoir 2,7 dollars le million de BTU en 2023 à 3,9 dollars le
mis en place son propre système d’assurance maritime. million de BTU en 2028.
Les marchés à terme semblent indiquer que les prix Les prix des métaux ont fléchi. Après un bref rebond
du pétrole brut se replieront de 16,5 % en glissement pendant l’hiver, les cours des métaux de base ont dimi-
annuel pour atteindre 80,5 dollars le baril en moyenne nué de 15,7 % entre février et août. En effet, la réouver-
en 2023 (contre 96,4 dollars en 2022) et continueront à ture de l’économie chinoise s’est essoufflée, et son secteur
baisser ces prochaines années, pour s’établir à 72,7 dollars immobilier, qui avec celui de la construction représente
en 2026 (graphique [Link].1, plage 2). L’Agence inter- environ 20 % de la consommation mondiale de métaux,
nationale de l’énergie estime que la demande de pétrole a continué à marquer le pas (graphique [Link].1, plage 1).
s’accroîtra de 2,2 millions de barils par jour, pour La hausse des taux d’intérêt et la faiblesse de la demande
atteindre 102,2 millions de barils par jour en 2023, industrielle européenne ont aussi été à l’origine du pessi-
dépassant ainsi l’offre au second semestre de l’année. misme du marché. Les prévisions de cours des métaux
L’incertitude entourant l’évolution de ces cours est de base ont aussi été revues à la baisse depuis l’édition
grande (graphique [Link].1, plage 3). Les risques de hausse d’avril 2023 des Perspectives de l’économie mondiale, les
des prix découlent de nouvelles réductions de la produc- prix devant à présent reculer de 4,7 % en 2023 et de
tion par les pays de l’OPEP+, d’une escalade militaire 7,1 % en 2024. Les cours de l’or restent élevés après un
en mer Noire et d’investissements insuffisants dans l’ex- ralentissement du rythme de resserrement par la Réserve
traction de combustibles fossiles. À l’inverse, les risques fédérale et compte tenu de la demande persistante de
de baisse des prix tiennent à une rechute généralisée de couvertures contre l’inflation et d’alternatives au dollar.
l’activité économique à l’échelle mondiale, à un ralentis- Les prix agricoles restent orientés à la baisse. Entre
sement de la demande chinoise de pétrole et à une péné- février et août, l’indice des prix des denrées alimen-
tration plus rapide des véhicules électriques. taires et des boissons du FMI s’est replié de 6,7 %. Il a
Les prix du gaz naturel continuent à se normaliser. Les continué à s’inscrire en baisse, mais à un rythme plus
prix sur la plateforme de marché européenne TTF (Title lent qu’au second semestre de 2022. Les prix de l’en-
Transfer Facility) ont diminué de 36 % entre février semble des principaux produits de base alimentaires, à
et août 2023 pour atteindre une moyenne mensuelle l’exception du sucre, du riz et du porc, ont alimenté la
de 10,7 dollars le million d’unités thermiques britan- tendance baissière. À la suite d’une réaction énergique
niques (BTU), dans le haut de la fourchette des prix de l’offre durant la saison 2022–23, les prix des céréales
historiques. Le repli de la demande, un important excé- ont diminué constamment. En août, ils étaient inférieurs
dent de stockage de l’hiver dernier et des livraisons de 20,7 % aux niveaux de février. Toutefois, les prix des
massives de gaz naturel liquéfié (GNL) et de gaz par céréales continuent à dépasser de 7,7 % la moyenne des
gazoduc depuis la Norvège et l’Afrique du Nord sont cinq dernières années. Les problèmes de sécurité alimen-
autant de facteurs qui ont fait baisser les prix. Les prix du taire ont déclenché les récentes restrictions aux exporta-
GNL asiatique ont reculé de 26,4 %, à peu près en phase tions en Inde, premier exportateur mondial de riz. Les
avec les prix de l’Union européenne. Les prix du Henry risques pour les prix sont orientés à la hausse et découlent
Hub aux États-Unis ont augmenté de 8,6 % à compter pour l’essentiel des conséquences de la fin de l’initia-
de février pour atteindre 2,6 dollars le million de BTU tive céréalière de la mer Noire et des effets aléatoires du
en moyenne en août 2023. L’écart de prix entre le gaz des phénomène El Niño (voir le texte du chapitre), peut-être
États-Unis et celui de l’Europe devrait se resserrer peu à amplifiés par la multiplication des restrictions aux expor-
peu, à mesure que le développement des capacités d’ex- tations de produits alimentaires.
portation de GNL des États-Unis s’accélérera en 2024
et au-delà. Cela transparaît dans la lente réduction de
l’écart entre les courbes des prix à terme aux États-Unis Le canal des prix des produits de base
et dans l’Union européenne. Les prix à terme sur la de la politique monétaire
plateforme TTF donnent à penser que les prix annuels Les fortes fluctuations des prix des produits de
moyens pourraient passer de 13,6 dollars le million de base, notamment, ont été mises en cause pour expli-
BTU à 17,5 dollars le million de BTU en 2024, mais quer la récente flambée d’inflation à l’échelle mondiale
des prix des produits de base de la politique monétaire, d’ancrage (Gourinchas, 2019). Cela permet de propager les impulsions
de la politique monétaire des États-Unis du centre vers la périphérie et
surtout américaine, pour l’inflation aux États-Unis et procure une composante commune à l’environnement monétaire inter-
dans le monde entier ? national. Les retombées de la politique monétaire des États-Unis sur le
Cette question a été peu étudiée de façon empirique1. reste du monde sont encore renforcées par l’importance du financement
en dollars pour les bilans des banques à l’échelle mondiale, ainsi que par
Ce dossier spécial contribue à combler cette lacune en
la longueur et la complexité grandissantes des chaînes d’approvisionne-
évaluant les effets de chocs de politique monétaire aux ment mondiales (Bruno et Shin, 2015).
États-Unis sur les prix des produits de base et, par ce 3La corrélation des taux directeurs entre les banques centrales
canal, les effets de retour sur l’économie américaine et les est forte. En outre, les chocs de politique monétaire aux États-Unis
semblent provoquer des réactions et des surprises de la part d’autres
retombées sur les prix à la consommation dans d’autres banques centrales comme la Banque du Canada et la Banque centrale
pays. Il examine aussi les répercussions des prix des européenne (voir l’annexe 1.1 en ligne pour des précisions). Kearns,
produits de base sur les prix à la consommation et les Schrimpf et Xia (2023) montrent que les retombées provenant d’autres
banques centrales sont limitées. Dans le cas de la Chine, en général, la
asymétries potentielles. politique budgétaire est utilisée plus fréquemment pour les fluctuations
du cycle conjoncturel que la politique monétaire. Toutes les annexes en
ligne sont disponibles à l’adresse [Link]/fr/Publications/WEO.
4Des chocs de politique monétaire de grande ampleur peuvent aussi
1Les exemples récents sont Breitenlechner, Georgiadis et avoir un effet non linéaire sur les prix des produits de base (Miao, Wu
Schumann (2022) et Ider et al. (2023). et Funke, 2011).
Les effets des chocs de politique monétaire Graphique [Link].3. Réactions les plus marquées
sur les prix des produits de base : des cours des produits de base à un choc de 10 points
une méthode à haute fréquence de base de la politique monétaire des États-Unis
(Variation en pourcentage)
Des projections locales sont utilisées dans l’analyse
1
présentée ici pour évaluer les effets de chocs de poli-
tique monétaire, comme dans les travaux de Jarociński et 1
0
Karadi (2020), sur les prix des produits de base5. L’impact 18
8 18
le plus prononcé est observé pour les métaux indus- –1 23
triels (par exemple le nickel et le cuivre) et le pétrole. 14
Une surprise de politique monétaire de 10 points de base –2 21 18
entraîne un repli de 2,5 % de l’indice des prix des métaux 18
de base et une baisse de 2 % des prix du pétrole, les pics de –3
réaction étant visibles après environ 20 jours (graphique 1.
DS.3). Les prix des matières premières, comme le coton et –4
le caoutchouc, diminuent aussi de manière similaire, alors
que la réaction des prix des produits alimentaires, comme –5
Métaux
de base
Pétrole brut
Coton et
caoutchouc
Boissons
Métaux
précieux
Céréales
Oléagineux
Alimentation
Viande
ceux des céréales, est moindre (moins de 1 %) et estimée
de manière moins précise.
Les résultats concordent avec les canaux du coût de
portage et de l’économie réelle, dans la mesure où les Sources : Bloomberg L.P. ; FMI, système des cours des produits de base ;
Organisation des Nations Unies, base de données Comtrade ; calculs des services
taux d’intérêt plus élevés augmentent les coûts d’op- du FMI.
portunité de la détention de stocks et, à travers l’impact Note : Les chiffres à côté des cases représentent l’horizon (jour) de la baisse
maximale des cours des produits de base. Les barres d’erreur correspondent à
différé de la hausse des coûts de financement sur l’acti- des intervalles d’erreur à 90 %.
vité économique, réduisent la demande future. Ces effets
sont plus significatifs pour les produits de base ayant une
grande aptitude au stockage (par exemple les métaux de politique monétaire influent aussi sur le dollar, qui s’ap-
base)6. La réaction du prix de l’or est estimée de manière précie de 0,4 %, même si l’impact est éphémère8.
très précise, celui-ci diminuant de 1,1 % après 23 jours.
Pour un taux de change donné, cela fixe un plafond pour
le canal du coût de portage puisque, en temps normal, Les effets des chocs de politique monétaire
les cours de l’or évoluent essentiellement en fonction sur les prix des produits de base,
du coût d’opportunité de son stockage7. Les chocs de les effets de retour et les retombées
Ensuite, pour évaluer les effets de retour dans le pays
et les retombées de la politique monétaire des États-Unis
sur les autres pays, on utilise un modèle d’autorégres-
5Seuls les prix des produits de base libellés en dollars sont étudiés
sion vectorielle structurelle avec une variable de substi-
pour la période 1990–2019. On utilise la surprise totale de politique
monétaire des travaux de Jarociński et Karadi (2020), qui ne tient pas tution mensuelle. L’analyse examine d’abord les effets
compte des effets des informations des banques centrales. Davantage de du canal des prix des produits de base sur l’inflation aux
précisions sont apportées dans l’annexe 1.1 en ligne. États-Unis. Elle enchaîne ensuite avec les effets sur l’infla-
6Les réactions des prix du gaz naturel (Henry Hub) ne sont pas
prises en considération, car les marchés du gaz connaissent d’impor- tion dans les autres pays. L’analyse porte sur les prix des
tantes évolutions structurelles tout au long de l’échantillon. Pour la produits alimentaires et du pétrole, qui ont les effets les
période 1990–2019, les prix du gaz naturel ne réagissent pas à la politique plus directs sur l’inflation globale.
monétaire des États-Unis. Cependant, pour le sous-échantillon 2016–19
uniquement, lorsque les exportations de gaz naturel des États-Unis ont
augmenté fortement, une baisse sensible des prix du gaz après le resserre- 8Cela donne à penser que, sous réserve d’un choc de politique
ment de la politique monétaire des États-Unis est observée. monétaire, la corrélation entre le dollar et les prix des produits de base
7Sauf dans le cas du gaz naturel, les résultats restent valides si l’on choi- est négative à de hautes fréquences. Même s’il semble que la corréla-
sit différentes périodes du sous-échantillon, ce qui semble indiquer que tion inconditionnelle entre les prix des produits de base et le dollar ait
la relation entre la politique monétaire et les prix des produits de base n’a changé depuis 2015 (Hofmann, Igan et Rees, 2023), l’analyse figurant
pas changé dans le temps. Cela est toujours le cas même si l’échantillon dans ce dossier spécial ne trouve pas d’élément probant d’une évolution
est scindé en segments avant et après 2004, année qui sert généralement à de la relation entre la politique monétaire des États-Unis et les indices
faire la distinction entre les périodes qui précèdent et qui suivent la finan- des prix des produits de base pour cette période (voir l’annexe 1.1 en
ciarisation des marchés des produits de base (Tang et Xiong, 2012). ligne pour plus de précisions).
Graphique [Link].4. Fonctions de réaction aux impulsions Tableau [Link].1. Réaction moyenne des IPC
en cas de choc de 10 points de base de la politique (En pourcentage)
monétaire des États-Unis 0–6 mois 0–12 mois 12–24 mois
(En pourcentage) États- Repère –0,12 –0,12 –0,02
Référence Aucune variation Aucune variation des cours Unis Pas de contribution –0,09 –0,07 –0,02
des cours du pétrole du pétrole et des produits du pétrole1 (32) (40) –
alimentaires Pas de contribution –0,07 –0,06 –0,01
4 1 Cours du pétrole 2. Cours des denrées 4 du pétrole et des (41) (47) –
alimentaires produits alimentaires
2 2 Contribution AM2 (43) (40) –
Autres Repère –0,07 –0,07 0
0 0 pays Pas de contribution –0,04 –0,03 –0,01
du pétrole (48) (57) –
Pas de contribution –0,02 –0,02 0
–2 –2
du pétrole et des (66) (74) –
produits alimentaires
–4 –4 Sources : Conseil des gouverneurs du Système fédéral de réserve ; Agence d’information
sur l’énergie des États-Unis ; Banque mondiale ; calculs des services du FMI.
–6 –6 Note : Réaction moyenne des IPC à une hausse de 10 points de base du taux d’intérêt.
0 10 20 30 0 10 20 30 Les intervalles de temps dans chaque colonne correspondent à la période moyenne de
baisse. AM = analyse de médiation ; IPC = indice des prix à la consommation.
0,1 3. IPC global 4. IPC hors alimentation 0,1 1Les pourcentages entre parenthèses désignent les contributions du canal des produits
et énergie de base.
2« Contribution AM » désigne la contribution de l’indice global des produits de base à partir
0,0 0,0 d’une analyse de médiation (AM) des projections locales avec variables instrumentales.
–0,1 –0,1
Afin d’isoler le canal des prix des produits de base de
la politique monétaire des États-Unis, dans la ligne des
–0,2 –0,2
travaux de Bernanke, Gertler et Watson (1997), les fonc-
tions de réaction aux impulsions sont à nouveau estimées,
–0,3 –0,3
0 10 20 30 0 10 20 30 en imposant la condition que la politique monétaire des
États-Unis n’a aucun effet sur 1) les prix du pétrole et 2) les
Sources : Agence d’information sur l’énergie des États-Unis ; Bloomberg L.P. ; prix du pétrole et des produits alimentaires. Si le canal des
Conseil des gouverneurs du Système fédéral de réserve ; Bureau of Labor
Statistics des États-Unis ; Organisation des Nations Unies, base de données prix des produits de base est fermé, la politique monétaire
Comtrade ; calculs des services du FMI. des États-Unis a des effets moindres sur l’IPC. Comme
Note : Les courbes rouges (jaunes) illustrent la réaction des variables dans
l’hypothèse où les cours du pétrole (cours du pétrole et des denrées alimentaires) le montre le tableau [Link].1, en l’absence de réactions des
restent constants. La zone ombrée correspond à un Intervalle de confiance à 68 %. prix du pétrole et des denrées alimentaires, l’IPC global
Les prix du pétrole et des denrées alimentaires sont exprimés en dollars de l’année
en cours. IPC = indice des prix à la consommation.
aurait diminué de 0,07 point de pourcentage, et non pas
de 0,12 point de pourcentage, au cours des six premiers
mois, ce qui implique une contribution de 41 % du canal
Les effets de retour des prix des produits de base. La contribution est similaire
Un relèvement de 10 points de base du taux des fonds pour la première année. Toutefois, elle diminue au fil du
fédéraux aux États-Unis provoque une baisse de 2 % temps, car l’inflation hors alimentation et énergie devient
des prix du pétrole au moment de l’impact, et l’effet le principal élément moteur (graphique [Link].4, plage 4).
perdure pendant huit mois. Les prix des denrées alimen- Les prix du pétrole jouent un rôle prépondérant : ils
taires diminuent de 1 %, et l’effet est moins durable. Les influent sur les prix des produits alimentaires, mais la réci-
réactions de l’indice des prix à la consommation (IPC) proque n’est pas vraie.
global, de la production industrielle et du taux de change Une analyse de médiation des projections locales
cadrent avec les conséquences théoriques d’un resserre- avec variables instrumentales tend à confirmer ces
ment de la politique monétaire (graphique [Link].4 et
annexe 1.1 en ligne)9.
les obligations, le dollar, le prix du pétrole West Texas Intermediate et
un indice des prix des produits alimentaires. Les données couvrent la
9Outre l’instrument de politique monétaire, la première spécification période 1990–2019. L’accent mis sur les produits de base alimentaires et
étudie sept variables macroéconomiques : le bon du Trésor à un an, l’IPC énergétiques s’explique par le fait que leurs répercussions sur l’inflation
global aux États-Unis, l’IPC hors alimentation et énergie aux États-Unis, globale sont plus directes et moins différées que celles des autres produits
la production industrielle aux États-Unis, la prime excédentaire sur de base, comme les métaux, les engrais et les matières premières.
Graphique [Link].5. Contribution des cours du pétrole retombées totales de la politique monétaire des États-Unis
et des denrées alimentaires à la transmission sur l’inflation au cours des six premiers mois. La contribu-
des chocs liés à la politique monétaire des États-Unis tion du seul prix du pétrole s’élève à 48 %.
(En pourcentage)
GBR
AUT
LUX
CHL
DEU
GRC
MEX
NLD
SWE
CHE
JPN
IND
CHN
THA
FRA
ITA
NGA
DNK
Graphique [Link].6. Transmission asymétrique des États-Unis a des retombées comparativement plus
des chocs sur les cours des produits de base fortes sur les autres pays que les effets de retour sur les
(En pourcentage) États-Unis. Alors que le canal des prix des produits de
0,3 1. Réaction de l’inflation de l’énergie à une hausse
base est à l’origine de 41 % du repli total de l’IPC global
de 1 % des cours mondiaux du pétrole des États-Unis, il représente 66 % du repli total de l’IPC
global du pays moyen de l’échantillon.
0,2 Les retombées des chocs de politique monétaire aux
États-Unis ont tendance à être plus importantes pour les
prix à la consommation dans les autres pays avancés. En
0,1
Estimation en cas de fluctuation de grande ampleur revanche, la réaction des prix à la consommation dans les
des cours mondiaux du pétrole pays émergents et leurs canaux des prix des produits de
Estimation en cas de fluctuation de faible ampleur
des cours mondiaux du pétrole base sont estimés de manière moins précise, puisque les
0,0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 pays émergents tendent à avoir des prix plus réglementés.
Il n’existe pas de canal des prix des produits de base signi-
0,5 2. Réaction de l’inflation de l’énergie à une hausse de 1 % ficatif pour l’inflation hors alimentation et énergie. Les
des cours mondiaux des denrées alimentaires
Estimation en cas de fluctuation de grande ampleur grandes banques centrales, lorsqu’elles fixent leurs objectifs,
0,4
des cours mondiaux des denrées alimentaires devraient prendre en considération leurs effets de retour et
Estimation en cas de fluctuation de faible ampleur
0,3 des cours mondiaux des denrées leurs retombées par le canal des prix des produits de base et
alimentaires anticiper des répercussions plus fortes durant les périodes
0,2 d’amples fluctuations des cours des produits de base (par
rapport aux périodes de faibles variations). Enfin, comme
0,1
la Réserve fédérale a tendance à donner le ton de l’orien-
0,0 tation de la politique monétaire mondiale, et sachant que
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
les autres grandes banques centrales comme la Banque
Sources : Ha, Kose et Ohnsorge (2021) ; calculs des services du FMI.
centrale européenne peuvent aussi influer sur les prix des
Note : La zone ombrée correspond à un Intervalle de confiance à 90 %. L’axe produits de base, le canal des prix des produits de base
des abscisses donne le nombre de mois écoulé après le choc. Le coefficient pourrait être renforcé durant les périodes de grande coordi-
sur les fluctuations de grande (faible) ampleur des prix est estimé à partir d’un
sous-échantillon de variations de prix supérieures à un écart-type (inférieures nation des politiques monétaires.
ou égales à un écart-type).
Tableau de l’annexe 1.1.1. Pays européens : PIB réel, prix à la consommation, solde extérieur courant et chômage
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde extérieur courant2 Chômage3
Projections Projections Projections Projections
2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024
Europe 2,7 1,2 1,5 15,4 10,5 9,4 2,0 2,0 2,1 ... ... ...
Pays avancés 3,5 0,7 1,2 8,5 5,9 3,3 1,9 2,5 2,6 6,0 6,0 6,0
Zone euro4, 5 3,3 0,7 1,2 8,4 5,6 3,3 –0,7 1,2 1,4 6,7 6,6 6,5
Allemagne 1,8 –0,5 0,9 8,7 6,3 3,5 4,2 6,0 6,6 3,1 3,3 3,3
France 2,5 1,0 1,3 5,9 5,6 2,5 –2,0 –1,2 –1,3 7,3 7,4 7,3
Italie6 3,7 0,7 0,7 8,7 6,0 2,6 –1,2 0,7 0,9 8,1 7,9 8,0
Espagne 5,8 2,5 1,7 8,3 3,5 3,9 0,6 2,1 2,0 12,9 11,8 11,3
Pays-Bas 4,3 0,6 1,1 11,6 4,0 4,2 9,2 7,6 7,6 3,5 3,7 4,1
Belgique 3,2 1,0 0,9 10,3 2,5 4,3 –3,6 –2,7 –1,9 5,6 5,7 5,7
Irlande 9,4 2,0 3,3 8,1 5,2 3,0 10,8 7,8 7,2 4,5 4,1 4,2
Autriche 4,8 0,1 0,8 8,6 7,8 3,7 0,7 0,1 0,0 4,8 5,1 5,4
Portugal 6,7 2,3 1,5 8,1 5,3 3,4 –1,2 1,3 1,1 6,1 6,6 6,5
Grèce 5,9 2,5 2,0 9,3 4,1 2,8 –10,1 –6,9 –6,0 12,4 10,8 9,3
Finlande 1,6 –0,1 1,0 7,2 4,5 1,9 –3,6 –1,7 –0,9 6,8 7,3 7,4
République slovaque 1,7 1,3 2,5 12,1 10,9 4,8 –8,2 –2,7 –4,0 6,2 6,1 5,9
Croatie 6,2 2,7 2,6 10,7 8,6 4,2 –1,6 –0,2 –0,4 6,8 6,3 5,9
Lituanie 1,9 –0,2 2,7 18,9 9,3 3,9 –5,1 0,0 0,9 5,9 6,5 6,3
Slovénie 2,5 2,0 2,2 8,8 7,4 4,2 –1,0 4,4 3,8 4,0 3,6 3,8
Luxembourg 1,4 –0,4 1,5 8,1 3,2 3,3 3,6 3,7 4,0 4,8 5,2 5,8
Lettonie 2,8 0,5 2,6 17,2 9,9 4,2 –4,7 –3,0 –2,4 6,9 6,7 6,6
Estonie –0,5 –2,3 2,4 19,4 10,0 3,8 –2,9 1,8 2,6 5,6 6,7 7,1
Chypre 5,6 2,2 2,7 8,1 3,5 2,4 –9,1 –8,6 –7,9 6,8 6,7 6,4
Malte 6,9 3,8 3,3 6,1 5,8 3,1 –5,7 –3,0 –2,9 2,9 3,1 3,2
Royaume-Uni6 4,1 0,5 0,6 9,1 7,7 3,7 –3,8 –3,7 –3,7 3,7 4,2 4,6
Suisse 2,7 0,9 1,8 2,8 2,2 2,0 10,2 8,0 8,0 2,2 2,1 2,3
Suède 2,8 –0,7 0,6 8,1 6,9 3,6 4,8 5,4 5,4 7,5 7,5 8,1
République tchèque 2,3 0,2 2,3 15,1 10,9 4,6 –6,1 0,5 1,7 2,1 2,8 2,6
Norvège 3,3 2,3 1,5 5,8 5,8 3,7 30,2 26,2 25,4 3,3 3,6 3,8
Danemark 2,7 1,7 1,4 8,5 4,2 2,8 13,5 11,4 9,9 4,5 5,0 5,0
Islande 7,2 3,3 1,7 8,3 8,6 4,5 –2,0 –0,6 –0,4 3,8 3,4 3,8
Andorre 8,8 2,1 1,5 6,2 5,2 3,5 17,0 17,9 18,4 2,1 1,9 1,7
Saint-Marin 5,0 2,2 1,3 5,3 5,9 2,5 8,0 3,8 2,9 4,3 4,0 3,9
Pays émergents et pays
en développement d’Europe7 0,8 2,4 2,2 27,9 18,9 19,9 2,6 –0,4 –0,3 ... ... ...
Russie –2,1 2,2 1,1 13,8 5,3 6,3 10,5 3,4 4,0 3,9 3,3 3,1
Türkiye 5,5 4,0 3,0 72,3 51,2 62,5 –5,3 –4,2 –3,0 10,3 9,9 10,1
Pologne 5,1 0,6 2,3 14,4 12,0 6,4 –3,0 1,0 0,3 2,9 2,8 2,9
Roumanie 4,7 2,2 3,8 13,8 10,7 5,8 –9,3 –7,3 –7,1 5,6 5,6 5,4
Ukraine6 –29,1 2,0 3,2 20,2 17,7 13,0 5,0 –5,7 –7,2 24,5 19,4 10,6
Hongrie 4,6 –0,3 3,1 14,5 17,7 6,6 –8,0 –0,9 –1,6 3,6 3,9 3,8
Bélarus –3,7 1,6 1,3 15,2 4,7 5,7 3,7 2,7 2,0 4,2 4,0 3,6
Bulgarie 3,4 1,7 3,2 13,0 8,5 3,0 –0,7 0,0 0,1 4,2 4,6 4,4
Serbie 2,3 2,0 3,0 12,0 12,4 5,3 –6,9 –2,3 –3,2 9,4 9,1 9,0
Source : estimations des services du FMI.
Note : Les données indiquées pour certains pays sont calculées sur la base des exercices budgétaires. Veuillez vous reporter au tableau F de l’appendice statistique pour
une liste des pays ayant des périodes de référence exceptionnelles.
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées dans les tableaux A6 et A7 de
l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3En pourcentage. Les définitions nationales du chômage peuvent varier.
4Solde extérieur courant corrigé des discordances constatées entre les informations communiquées sur les opérations effectuées au sein de la zone.
5Sur la base de l’indice des prix à la consommation harmonisé d’Eurostat, sauf dans le cas de la Slovénie.
6Voir les notes pour l’Italie, le Royaume-Uni, la Türkiye et l’Ukraine dans la section des notes de l’appendice statistique.
7Inclut l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la République de Moldova.
Tableau de l’annexe 1.1.2. Pays d’Asie et du Pacifique : PIB réel, prix à la consommation, solde extérieur courant et chômage
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde extérieur courant2 Chômage3
Projections Projections Projections Projections
2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024
Asie 3,9 4,6 4,2 3,8 2,8 2,7 1,8 1,6 1,5 ... ... ...
Pays avancés d’Asie 1,8 2,1 1,8 3,8 3,5 2,7 3,6 3,8 3,9 2,9 2,8 2,9
Japon 1,0 2,0 1,0 2,5 3,2 2,9 2,1 3,3 3,7 2,6 2,5 2,3
Corée 2,6 1,4 2,2 5,1 3,4 2,3 1,8 1,3 1,7 2,9 2,7 3,2
Taiwan (province chinoise de) 2,4 0,8 3,0 2,9 2,1 1,5 13,3 11,8 12,1 3,7 3,7 3,7
Australie 3,7 1,8 1,2 6,6 5,8 4,0 1,1 0,6 –0,7 3,7 3,7 4,3
Singapour 3,6 1,0 2,1 6,1 5,5 3,5 19,3 16,6 15,2 2,1 1,8 1,8
Hong Kong (RAS) –3,5 4,4 2,9 1,9 2,2 2,3 10,6 7,1 6,3 4,3 3,2 3,1
Nouvelle-Zélande 2,7 1,1 1,0 7,2 4,9 2,7 –9,0 –7,9 –6,5 3,3 3,8 4,9
Macao (RAS) –26,8 74,4 27,2 1,0 0,9 1,7 –23,5 19,9 32,4 3,0 2,7 2,5
l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3En pourcentage. Les définitions nationales du chômage peuvent varier.
4Voir la note pour l’Inde dans la section des notes de l’appendice statistique.
5Les autres pays émergents et pays en développement d’Asie incluent les pays suivants : Bangladesh, Bhoutan, Brunei Darussalam, Cambodge, Fidji, Îles Marshall,
Îles Salomon, Kiribati, Maldives, Micronésie, Mongolie, Myanmar, Nauru, Népal, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, République démocratique populaire lao, Samoa,
Sri Lanka, Timor-Leste, Tonga, Tuvalu et Vanuatu.
6Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande.
7Les pays émergents d’Asie incluent la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam.
Tableau de l’annexe 1.1.3. Pays de l’Hémisphère occidental : PIB réel, prix à la consommation, solde extérieur courant et chômage
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde extérieur courant2 Chômage3
Projections Projections Projections Projections
2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024
Amérique du Nord 2,3 2,1 1,5 7,9 4,2 2,8 –3,4 –2,7 –2,6 ... ... ...
États-Unis 2,1 2,1 1,5 8,0 4,1 2,8 –3,8 –3,0 –2,8 3,6 3,6 3,8
Mexique 3,9 3,2 2,1 7,9 5,5 3,8 –1,2 –1,5 –1,4 3,3 2,9 3,1
Canada 3,4 1,3 1,6 6,8 3,6 2,4 –0,3 –1,0 –1,0 5,3 5,5 6,3
Porto Rico4 2,0 –0,7 –0,2 5,9 2,9 1,5 ... ... ... 6,2 6,8 6,6
Amérique du Sud5 3,8 1,6 2,0 17,4 18,7 14,7 –3,0 –1,9 –1,6 ... ... ...
Brésil 2,9 3,1 1,5 9,3 4,7 4,5 –2,8 –1,9 –1,8 9,3 8,3 8,2
Argentine 5,0 –2,5 2,8 72,4 121,7 93,7 –0,7 –0,6 1,2 6,8 7,4 7,2
Colombie 7,3 1,4 2,0 10,2 11,4 5,2 –6,2 –4,9 –4,3 11,2 10,8 10,4
Chili 2,4 –0,5 1,6 11,6 7,8 3,6 –9,0 –3,5 –3,6 7,9 8,8 9,0
Pérou 2,7 1,1 2,7 7,9 6,5 2,9 –4,1 –1,9 –2,1 7,8 7,6 7,4
Équateur 2,9 1,4 1,8 3,5 2,3 1,8 2,4 1,5 1,6 3,2 3,8 3,9
Venezuela 8,0 4,0 4,5 186,5 360,0 200,0 3,6 2,2 3,4 ... ... ...
Bolivie 3,5 1,8 1,8 1,7 3,0 4,4 –0,4 –2,7 –3,3 4,7 4,9 5,0
Paraguay 0,1 4,5 3,8 9,8 4,7 4,1 –6,0 0,6 0,1 6,8 6,2 6,0
Uruguay 4,9 1,0 3,2 9,1 6,1 5,9 –3,5 –3,7 –3,3 7,9 8,1 8,0
Amérique centrale6 5,4 3,8 3,9 7,2 4,2 3,6 –3,2 –2,2 –2,1 ... ... ...
Caraïbes7 13,9 9,8 8,3 12,6 13,2 6,5 4,4 0,8 2,0 ... ... ...
Pour mémoire
Amérique latine et Caraïbes8 4,1 2,3 2,3 14,0 13,8 10,7 –2,4 –1,8 –1,5 ... ... ...
Union monétaire des Caraïbes
orientales9 9,9 4,7 4,0 5,5 4,2 2,4 –13,4 –11,3 –10,2 ... ... ...
Source : estimations des services du FMI.
Note : Les données indiquées pour certains pays sont calculées sur la base des exercices budgétaires. Veuillez vous reporter au tableau F de l’appendice statistique pour une
liste des pays ayant des périodes de référence exceptionnelles.
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées dans les tableaux A6 et A7 de
Suriname et Trinité-et-Tobago.
8Inclut le Mexique et des pays d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Voir les notes pour l’Argentine et le Venezuela dans la section des notes de
l’appendice statistique.
9Antigua-et-Barbuda, Dominique, Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Sainte-Lucie, ainsi qu’Anguilla et Montserrat, qui ne sont pas membres du FMI.
Tableau de l’annexe 1.1.4. Pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde extérieur courant2 Chômage3
Projections Projections Projections Projections
2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024
Moyen-Orient et Asie centrale 5,6 2,0 3,4 14,0 18,0 15,2 8,6 4,1 3,6 ... ... ...
Pays exportateurs de pétrole4 5,7 2,2 3,4 13,3 12,9 9,4 13,8 6,8 6,0 ... ... ...
Arabie saoudite 8,7 0,8 4,0 2,5 2,5 2,2 13,6 5,9 5,4 5,6 ... ...
Iran 3,8 3,0 2,5 45,8 47,0 32,5 4,2 3,4 3,7 9,3 9,4 9,6
Émirats arabes unis 7,9 3,4 4,0 4,8 3,1 2,3 11,7 8,2 7,7 ... ... ...
Kazakhstan 3,3 4,6 4,2 15,0 15,0 9,0 3,5 –1,5 –0,7 4,9 4,8 4,8
Algérie 3,2 3,8 3,1 9,3 9,0 6,8 9,8 2,9 1,0 ... ... ...
Iraq 7,0 –2,7 2,9 5,0 5,3 3,6 17,3 –1,9 –4,3 ... ... ...
Qatar 4,9 2,4 2,2 5,0 2,8 2,3 26,7 17,6 15,4 ... ... ...
Koweït 8,9 –0,6 3,6 4,0 3,4 3,1 36,0 30,3 27,7 2,2 2,2 2,2
Azerbaïdjan 4,6 2,5 2,5 13,9 10,3 5,6 29,8 16,3 15,7 5,9 5,9 5,8
Oman 4,3 1,2 2,7 2,8 1,1 1,7 6,4 5,1 5,4 ... ... ...
Turkménistan 1,6 2,5 2,1 11,2 5,9 10,5 7,1 3,4 1,8 ... ... ...
Bahreïn 4,9 2,7 3,6 3,6 1,0 1,4 15,4 6,6 7,0 5,4 ... ...
Pays importateurs de pétrole5,6 5,3 1,8 3,3 15,1 26,7 25,1 –5,1 –3,1 –3,6 ... ... ...
Égypte 6,7 4,2 3,6 8,5 23,5 32,2 –3,5 –1,7 –2,4 7,3 7,1 7,5
Pakistan 6,1 –0,5 2,5 12,1 29,2 23,6 –4,7 –0,7 –1,8 6,2 8,5 8,0
Maroc 1,3 2,4 3,6 6,6 6,3 3,5 –3,5 –3,1 –3,2 11,8 12,0 11,7
Ouzbékistan 5,7 5,5 5,5 11,4 10,2 10,0 –0,8 –4,3 –4,6 8,9 8,4 7,9
Soudan7 –2,5 –18,3 0,3 138,8 256,2 152,4 –11,2 –1,0 –7,4 32,1 46,0 47,2
Tunisie 2,5 1,3 1,9 8,3 9,4 9,8 –8,6 –5,8 –5,4 15,2 ... ...
Jordanie 2,5 2,6 2,7 4,2 2,7 2,6 –8,8 –7,6 –5,4 22,9 ... ...
Géorgie 10,1 6,2 4,8 11,9 2,4 2,7 –4,0 –6,1 –5,8 17,3 18,4 18,6
Arménie 12,6 7,0 5,0 8,6 3,5 4,0 0,8 –1,4 –2,3 13,0 13,5 14,0
Tadjikistan 8,0 6,5 5,0 6,6 4,6 5,7 15,6 –3,7 –2,4 ... ... ...
République kirghize 6,3 3,4 4,3 13,9 11,7 8,6 –46,5 –20,0 –6,1 9,0 9,0 9,0
Bande de Gaza et Cisjordanie7 3,9 3,0 2,7 3,7 3,4 2,7 ... ... ... 24,4 24,2 24,0
Mauritanie 6,5 4,5 5,3 9,6 7,5 4,0 –15,3 –9,9 –11,1 ... ... ...
Pour mémoire
Caucase et Asie centrale 4,8 4,6 4,2 13,0 11,0 8,3 6,0 0,4 0,6 ... ... ...
Moyen-Orient, Afrique du Nord,
Afghanistan et Pakistan6 5,7 1,7 3,3 14,1 19,0 16,2 8,9 4,7 4,0 ... ... ...
Moyen-Orient et Afrique du Nord 5,6 2,0 3,4 14,4 17,5 15,0 10,2 5,2 4,6 ... ... ...
Israël8 6,5 3,1 3,0 4,4 4,3 3,0 3,4 4,2 4,0 3,8 3,5 3,9
Source : estimations des services du FMI.
Note : Les données indiquées pour certains pays sont calculées sur la base des exercices budgétaires. Veuillez vous reporter au tableau F de l’appendice statistique pour une
liste des pays ayant des périodes de référence exceptionnelles.
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées dans les tableaux A6 et A7 de
l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3En pourcentage. Les définitions nationales du chômage peuvent varier.
4Ce groupe comprend aussi la Libye et le Yémen.
5Ce groupe comprend aussi Djibouti, le Liban et la Somalie. Voir la note sur le Liban dans la section des notes de l’appendice statistique.
6L’Afghanistan et la Syrie sont exclus en raison de l’incertitude entourant leur situation politique. Voir les notes sur ces pays dans la section des notes de l’appendice
statistique.
7Voir les notes pour la Bande de Gaza et Cisjordanie et le Soudan dans la section des notes de l’appendice statistique.
8Israël, qui n’est pas membre de la région économique, est inclus pour des raisons de géographie. Les chiffres relatifs à Israël ne sont toutefois pas inclus dans les agrégats
de la région.
Tableau de l’annexe 1.1.5. Pays d’Afrique subsaharienne : PIB réel, prix à la consommation,
solde extérieur courant et chômage
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde extérieur courant2 Chômage3
Projections Projections Projections Projections
2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024 2022 2023 2024
Afrique subsaharienne 4,0 3,3 4,0 14,5 15,8 13,1 –1,9 –2,7 –2,8 ... ... ...
Pays exportateurs de pétrole4 3,2 2,5 3,0 18,0 21,6 21,3 2,8 1,1 0,9 ... ... ...
Nigéria 3,3 2,9 3,1 18,8 25,1 23,0 0,2 0,7 0,6 ... ... ...
Angola 3,0 1,3 3,3 21,4 13,1 22,3 9,6 3,1 3,7 ... ... ...
Gabon 3,0 2,8 2,6 4,3 3,8 2,5 1,6 –0,8 –2,1 ... ... ...
Tchad 3,4 4,0 3,7 5,8 7,0 3,5 6,2 0,2 –3,3 ... ... ...
Guinée équatoriale 3,2 –6,2 –5,5 4,9 2,4 4,0 9,6 –2,6 –3,0 ... ... ...
Pays à revenu intermédiaire5 3,6 2,7 3,6 9,4 9,4 6,6 –2,7 –3,3 –3,0 ... ... ...
Afrique du Sud 1,9 0,9 1,8 6,9 5,8 4,8 –0,5 –2,5 –2,8 33,5 32,8 32,8
Kenya 4,8 5,0 5,3 7,6 7,7 6,6 –5,1 –4,9 –4,9 ... ... ...
Ghana 3,1 1,2 2,7 31,9 42,2 23,2 –2,1 –2,5 –2,8 ... ... ...
Côte d’Ivoire 6,7 6,2 6,6 5,2 4,3 2,3 –6,5 –4,7 –3,8 ... ... ...
Cameroun 3,8 4,0 4,2 6,3 7,2 4,8 –1,8 –2,6 –2,4 ... ... ...
Zambie 4,7 3,6 4,3 11,0 10,6 9,6 3,6 5,0 7,4 ... ... ...
Sénégal 4,0 4,1 8,8 9,7 6,1 3,3 –19,9 –14,6 –7,9 ... ... ...
Pays à faible revenu6 5,7 5,3 5,8 18,7 19,1 14,1 –6,8 –5,5 –5,7 ... ... ...
Éthiopie 6,4 6,1 6,2 33,9 29,1 20,7 –4,3 –2,4 –2,0 ... ... ...
Tanzanie 4,7 5,2 6,1 4,4 4,0 4,0 –5,4 –5,1 –4,2 ... ... ...
République démocratique du Congo 8,9 6,7 4,7 9,3 19,1 10,6 –5,2 –6,0 –5,3 ... ... ...
Ouganda 6,4 4,6 5,7 7,2 5,8 4,7 –8,2 –7,1 –8,2 ... ... ...
Burkina Faso 1,5 4,4 6,4 14,1 1,4 3,0 –6,2 –5,1 –5,2 ... ... ...
Mali 3,7 4,5 4,8 9,7 5,0 2,8 –6,9 –6,5 –5,7 ... ... ...
Source : estimations des services du FMI.
Note : Les données indiquées pour certains pays sont calculées sur la base des exercices budgétaires. Veuillez vous reporter au tableau F de l’appendice statistique pour une
liste des pays ayant des périodes de référence exceptionnelles.
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre sont indiquées dans les tableaux A6 et A7 de
l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3En pourcentage. Les définitions nationales du chômage peuvent varier.
4Ce groupe comprend aussi la République du Congo et le Soudan du Sud.
5Ce groupe comprend aussi les pays suivants : Bénin, Botswana, Cabo Verde, Comores, Eswatini, Lesotho, Maurice, Namibie, Sao Tomé-et-Principe et Seychelles.
6Ce groupe comprend aussi les pays suivants : Burundi, Érythrée, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Madagascar, Malawi, Mozambique, Niger, République centrafricaine,
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En 2022, l’inflation a atteint, dans de nombreux pays, des les estimations, la part de ces agents dans l’économie est
niveaux jamais observés ces dernières décennies. L’inflation plus élevée dans les pays émergents que dans les pays avan-
globale a ralenti depuis, parallèlement à l’atténuation des cés. En favorisant l’augmentation de la proportion d’indi-
perturbations des chaînes d’approvisionnement et du recul vidus prospectifs, des mesures d’amélioration du cadre de
des prix des produits de base, mais l’inflation hors alimen- politique monétaire et de la stratégie de communication des
tation et énergie se révèle plus tenace. Le spectre d’une forte banques centrales peuvent faciliter un retour de l’inflation à
inflation, qui s’enracinerait dans les anticipations et motive- sa cible plus rapide et à un moindre coût pour la production.
rait des décisions de prix propres à entretenir cette dernière, Autrement dit, de telles modifications peuvent accroître les
hante les banques centrales. Ce chapitre décrit en détail les chances de parvenir à un « atterrissage en douceur ».
tendances récentes suivies par les anticipations d’inflation
et analyse leur rôle dans l’évolution de l’inflation et leurs
implications pour la politique monétaire. Les anticipations Introduction
des prévisionnistes professionnels, des marchés financiers et Après les chocs provoqués par la pandémie de
des ménages, mais aussi un nouvel indicateur sur les percep- COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’in-
tions des entreprises, concordent sur la dynamique géné- flation, en 2022, a atteint dans le monde des niveaux
rale de l’inflation. D’après l’étude d’épisodes passés durant jamais observés depuis des décennies, nettement supé-
lesquels les anticipations d’inflation ont augmenté pendant rieurs à l’objectif fixé par les différentes banques
une période d’au moins un an, il faut en moyenne environ centrales, en particulier dans les pays avancés (chapitre 1,
trois ans pour que l’inflation et les anticipations d’inflation graphique 1.7). Alors que le resserrement monétaire
à court terme (à un horizon de 12 mois) reviennent à leur réoriente progressivement la demande vers la production
niveau antérieur à l’épisode en question, compte tenu de la potentielle, que les perturbations des chaînes d’approvi-
réponse alors adoptée par la banque centrale. Si les antici- sionnement s’estompent et que les prix des produits de
pations d’inflation à long terme (à un horizon de cinq ans) base reculent, l’inflation globale ralentit, mais les tensions
sont globalement restées ancrées dans l’ensemble, les antici- tendancielles sur les prix (mesurées par l’inflation hors
pations à court terme ont sensiblement grimpé dans diffé- alimentation et énergie) demeurent élevées. Les prévi-
rents pays depuis 2022. Les estimations empiriques du canal sionnistes professionnels estiment que les taux d’inflation
des anticipations mettent en évidence l’importance crois- devraient s’approcher de la cible définie par les différentes
sante des anticipations à court terme pour comprendre la banques centrales en 2024, parallèlement à un déplace-
dynamique de l’inflation. À l’aide d’un nouveau modèle ment de leur écart médian vers zéro et à un net rétrécis-
macroéconomique prévoyant deux types d’agents caractéri- sement de leur distribution (graphique 2.1)1. Toutefois,
sés par leur processus de formation des anticipations d’in- ils considèrent également, compte tenu de l’orienta-
flation fondé sur un apprentissage prospectif ou rétrospectif, tion restrictive de la politique monétaire et des mesures
nous montrons que les tensions sur les prix sont plus durables futures attendues, que les taux ne reviendront vraiment à
et que la capacité d’influence de la politique monétaire est leur valeur cible qu’en 2026, en moyenne.
plus faible dans les pays où les agents de la deuxième caté- Les anticipations d’inflation sont un facteur essen-
gorie sont plus nombreux, car ces derniers ne prennent pas tiel de la dynamique de l’inflation, étant donné que les
en compte les effets futurs de la politique monétaire. D’après décisions de consommation et d’investissement tout
comme les processus de fixation des prix et des salaires
Ce chapitre a été rédigé par Silvia Albrizio (coautrice principale),
John Bluedorn (coauteur principal), Allan Dizioli, Christoffer Koch s’expliquent en partie par les attentes des ménages et des
et Philippe Wingender, avec l’appui de Yaniv Cohen, Pedro Simon et
Isaac Warren. Arash Sheikholeslam et Mona Wang leur ont fourni une 1Les prévisionnistes professionnels désignent, de façon générale, les prévi-
assistance informatique et technique, et Yuriy Gorodnichenko leur a sionnistes appartenant au secteur privé et ne comprennent pas les prévision-
apporté son concours en qualité de consultant extérieur. Ce chapitre a, nistes du FMI qui participent à l’établissement des projections utilisées dans
en outre, bénéficié des commentaires de Robert Rich ainsi que de parti- les Perspectives de l’économie mondiale (PEM). Pour plus de détails, voir la
cipants à un séminaire interne et de relecteurs. définition employée par Consensus Economics dans son enquête.
Graphique 2.1. Écarts entre les anticipations d’inflation contexte et des faits récents, ainsi que de l’indicateur des
et les cibles fixées dans les différents pays anticipations d’inflation analysé (anticipations à court
(En points de pourcentage) terme ou à long terme, par exemple). De façon géné-
rale, les travaux de recherche menés jusqu’à présent ne
Les taux d’inflation devraient revenir à la cible, mais de manière progressive
au cours des deux prochaines années. permettent pas de savoir quel est l’indicateur des antici-
pations le plus pertinent pour comprendre la dynamique
14 de l’inflation lorsque l’inflation anticipée se situe systéma-
Pays avancés
Pays émergents et pays en développement tiquement loin de l’inflation effective (Werning, 2022).
12
Lorsque l’inflation est faible, stable et proche de la valeur
10
cible fixée par la banque centrale, il arrive que les agents
8 économiques cessent d’y prêter attention, leurs antici-
6 pations sont alors moins solidement étayées (Coibion
et al., 2020). Tel était sans doute le cas dans de nombreux
4
pays avant la pandémie de COVID-19 (Reis, 2021).
2 En revanche, lorsque l’inflation enregistre une brusque
hausse ou gagne en volatilité, il est possible que les agents
0
s’en soucient davantage, les anticipations deviennent alors
–2 un déterminant majeur de l’inflation effective.
2022 23 24 25 26
Faisant fond sur ces considérations, ce chapitre vise à
Sources : Consensus Economics ; calculs des services du FMI. compléter la littérature, toujours plus abondante, sur les
Note : Dans le graphique, les anticipations d’inflation proviennent de
prévisionnistes professionnels, afin de couvrir le périmètre le plus large de
anticipations d’inflation, par une analyse d’autres indi-
l’économie. Pour chaque groupe de pays, les boîtes représentent le quartile cateurs des anticipations d’inflation, du rôle de ces anti-
supérieur, la médiane et le quartile inférieur des pays membres de chaque région, cipations dans la dynamique d’inflation et des effets de
et les segments verticaux donnent les valeurs maximale et minimale bornant un
intervalle dont la longueur est égale à 1,5 fois l’écart entre le quartile supérieur et l’évolution de ces dernières sur l’efficacité de la politique
le quartile inférieur. monétaire et inversement2. Il cherche à répondre aux
questions suivantes :
entreprises quant à l’évolution future des prix. Dans le • Quelle est la trajectoire des anticipations d’infla-
contexte actuel marqué par une forte inflation, certains tion, selon le type d’agents ou l’horizon considéré,
observateurs redoutent que les anticipations demeurent avant et après la pandémie dans les différents pays ?
élevées, voire augmentent un peu plus, et que les anti- Observe-t-on des signes de désancrage des anticipations
cipations à long terme perdent leur ancrage par rapport depuis 2021 ? Ou bien, le relèvement rapide des taux
aux objectifs d’inflation. Dans ce cas de figure, l’antici- directeurs en 2022 semble-t-il avoir contenu les risques ?
pation d’une hausse de l’inflation demain pourrait faire • Dans quelle mesure les anticipations déterminent-elles
grimper un peu plus l’inflation aujourd’hui, la mainte- la dynamique de l’inflation, en particulier depuis
nant à un niveau important. Si le canal des anticipations 2Parmi les travaux récents du FMI sur le sujet figurent le chapitre 3
est un déterminant de l’inflation, alors, corollairement, de l’édition d’octobre 2018 des PEM, qui explique qu’un ancrage plus
les mesures qui permettent de réduire les anticipations solide des anticipations d’inflation accroît la résilience économique des
pourraient freiner l’inflation plus rapidement et plus faci- pays émergents ; le chapitre 2 de l’édition d’octobre 2021 des PEM,
qui montre, données à l’appui, que les anticipations d’inflation à long
lement que d’autres politiques. L’idée est la suivante : terme sont restées ancrées après la pandémie ; et le chapitre 2 de l’édi-
plus grande est l’influence des autorités monétaires sur tion d’octobre 2022 des PEM, lequel met en évidence que les antici-
les anticipations d’inflation, plus faible est la perte de pations d’inflation sont devenues un déterminant plus important des
salaires après la pandémie et qu’une politique monétaire vigoureuse
production entraînée par l’action des banques centrales pour lutter contre les chocs inflationnistes pourrait permettre d’éviter
pour atteindre leurs objectifs d’inflation (Sargent, 1983 ; un désancrage des anticipations. De remarquables travaux de recherche
Ball, 1994). Autrement dit, la possibilité pour les universitaire, empiriques et théoriques, ont été publiés sur les anticipa-
tions d’inflation, voir notamment Bems et al. (2021), Binder (2017),
banques centrales de parvenir à un délicat « atterrissage
Coibion et al. (2020) et Reis (2020). Voir également Kose et al. (2019)
en douceur », c’est-à-dire de ramener le taux d’inflation à pour une autre présentation des publications sur le sujet et une analyse
sa valeur cible sans provoquer de récession, repose sur le des anticipations dans plusieurs pays émergents et pays en développe-
canal des anticipations. ment. L’objet de ce chapitre ne doit pas laisser penser que les anticipa-
tions sont le seul moteur de la dynamique de l’inflation, elles en sont un
L’incidence des anticipations d’inflation dans la dyna- déterminant essentiel, mais d’autres facteurs sont également importants,
mique de l’inflation d’un pays dépend probablement du comme indiqué plus loin.
le choc provoqué par la pandémie de COVID-19 ? d’inflation dans les pays avancés. Dans les pays émer-
Le niveau effectif de l’inflation (faible ou élevé) gents, l’inflation retardée constitue aussi un facteur
a-t-il une incidence sur le pouvoir explicatif de ces important, ce qui conduit à penser que les individus
anticipations ? qui forment leurs anticipations sur une base rétrospec-
• Comment les anticipations influent-elles sur l’effica- tive y ont un poids plus grand que dans les pays avan-
cité de la politique monétaire et comment la politique cés. En outre, des signes indiquent que l’impact des
monétaire influence-t-elle les anticipations ? Comment anticipations d’inflation sur l’inflation est générale-
le processus de formation des anticipations affecte- ment plus marqué lorsque l’inflation est forte, comme
t-il les arbitrages que les autorités monétaires doivent c’est récemment le cas dans le monde entier.
opérer pour ramener le taux d’inflation vers sa valeur • Les caractéristiques du processus de formation des anticipa-
cible ? tions ont une forte incidence sur l’efficacité de la politique
monétaire, et c’est pourquoi il est important que les banques
Les principaux résultats des analyses empiriques et centrales les connaissent. L’application d’un modèle dyna-
modélisées menées dans ce chapitre sont les suivants : mique d’équilibre général stochastique, récemment
• Les trajectoires des anticipations d’inflation à court terme élaboré et prévoyant deux types d’agents caractérisés
(à un horizon de 12 mois) des différents types d’agents par leur processus de formation des anticipations fondé
sont globalement semblables et dessinent toutes une forte sur un apprentissage prospectif ou rétrospectif, montre
augmentation en 2022. En effet, les indicateurs des que la perte de production générée par un resserrement
anticipations des prévisionnistes professionnels et des monétaire s’amplifie avec la proportion d’individus
ménages obtenus par enquêtes, les anticipations impli- rétrospectifs dans l’économie et avec le niveau de l’infla-
cites des marchés financiers et le nouvel indicateur des tion effective3. Cette modélisation fait aussi apparaître
anticipations des entreprises construit pour ce chapitre que les anticipations d’inflation et l’inflation diminue-
(à partir de l’analyse textuelle des téléconférences sur raient un peu plus vite si des mesures d’amélioration
les résultats financiers données par les entreprises) fluc- du cadre et des messages de politique monétaire étaient
tuent de façon différente, mais autour d’une courbe mises en œuvre (telles qu’une simplification et une
tendancielle commune. augmentation de la fréquence des messages ou un meil-
• Malgré l’envolée de l’inflation en 2022 dans de nombreux leur ciblage des destinataires), c’est-à-dire des mesures
pays, les anticipations d’inflation à long terme (à un hori- qui permettent d’accroître la proportion d’individus
zon de cinq ans) sont restées stables dans le pays moyen. prospectifs dans l’économie. Cela étant, ces mesures
D’après plusieurs indicateurs (dont les écarts par peuvent s’avérer longues ou plus difficiles à appliquer
rapport à la valeur cible de l’inflation, la variabilité des qu’un durcissement des politiques cycliques, lesquelles
anticipations et les divergences d’anticipations d’infla- présentent cependant un coût nettement plus élevé, car
tion), les anticipations à long terme demeurent bien elles freinent la croissance.
ancrées dans la plupart des pays.
• L’étude d’épisodes passés pendant lesquels les anticipations En règle générale, la dynamique de l’inflation dépend
ont augmenté de façon continue et durable laisse penser des parts respectives des individus prospectifs ou rétros-
que ces dernières ne baissent que lentement. Dans ces cas, pectifs et de leur capacité d’influence sur le niveau des
il a fallu environ trois ans pour que l’inflation et les anticipations. Si les banques centrales cherchaient seule-
anticipations à court terme reviennent à leurs niveaux ment à ramener rapidement l’inflation vers sa valeur
antérieurs à l’épisode en question. Il convient de souli- cible, elles resserreraient encore plus leur politique
gner que les taux directeurs réels sont en moyenne plus et atteindraient leur objectif deux ans plus tôt qu’ac-
élevés maintenant que lors de ces épisodes passés, ce tuellement indiqué dans les projections, mais au prix
qui semble indiquer que l’ampleur du resserrement d’une contraction plus sévère de l’activité. Lorsque les
monétaire appliqué depuis 2022 est inhabituelle.
3Techniquement, les individus prospectifs forment leurs anticipations
• Les anticipations à court terme sont un moteur essen-
selon un processus d’apprentissage reposant sur des hypothèses ration-
tiel de la dynamique de l’inflation et expliquent une nelles, classiques et fondées sur des informations complètes, tandis
part croissante de l’inflation effective depuis 2022. À que les individus rétrospectifs définissent leurs anticipations selon un
partir d’une nouvelle stratégie d’identification causale processus d’apprentissage évolutif à partir d’un petit modèle statistique
des paramètres d’intérêt des anticipations, qu’ils actualisent uniquement
pour estimer des courbes de Phillips, ce chapitre sur la base de leurs expériences récentes et passées. Voir l’annexe 2.5 en
met en évidence le rôle substantiel des anticipations ligne pour plus de détails.
décideurs choisissent des mesures en arbitrant entre diffé- Ce choix peut s’avérer préférable, car l’analyse peut alors
rents objectifs : ramener l’inflation vers sa cible, porter la apporter des éclairages de nature pratique aux décideurs,
production à son niveau potentiel et lisser la trajectoire qui se heurtent probablement aux mêmes contraintes
des taux directeurs (ce qui facilite la gestion des préoccu- de données. Deuxièmement, l’interprétation causale des
pations quant à la stabilité financière), il faudrait proba- estimations de la courbe de Philips dépend des hypo-
blement trois à quatre ans environ pour que l’inflation thèses de la stratégie d’estimation des variables instru-
et les anticipations s’approchent de nouveau de la cible mentales reposant sur des valeurs retardées. Comme
fixée par la banque centrale, d’après un scénario modéli- expliqué de façon plus détaillée dans l’annexe 2.4 en
sant un pays avancé représentatif dans le contexte actuel ligne, les résultats sont globalement robustes lorsque l’on
d’inflation4. fait varier l’échéance des instruments, ce qui est rassu-
Compte tenu de l’influence des banques centrales sur rant. Cela étant, si les hypothèses sous-jacentes ne sont
la transmission de la politique monétaire, les résultats de pas vérifiées, alors il convient de considérer que les esti-
ce chapitre laissent penser que les banques centrales ont mations ont une valeur corrélationnelle. Troisièmement,
intérêt à bien comprendre les processus de formation si l’activité a enregistré des ruptures structurelles, alors les
des anticipations dans leur économie et à adapter leurs analyses empiriques et historiques ne sont pas forcément
stratégies de communication en conséquence, parallèle- très instructives. La prise en compte des circonstances
ment à la mise en œuvre de réformes structurelles visant dans l’analyse des courbes de Phillips résout les écueils
à accroître leur indépendance et leur transparence. Pour générés par l’un des types de ruptures. Le modèle utilisé
mieux gérer les anticipations, il faudra peut-être investir permet également de se protéger contre d’éventuelles
davantage dans la collecte des données et le suivi des anti- ruptures structurelles, en intégrant une forme limitée de
cipations, notamment en fonction des différentes caté- changement structurel, à savoir le fait que les individus
gories d’agents. Ceci pourrait être facilité par d’autres apprennent. Quatrièmement, les résultats de l’analyse
méthodes de mesures des anticipations, comme l’analyse modélisée concernant l’impact des mesures d’améliora-
textuelle des téléconférences données par les entreprises tion du cadre et des messages de politique monétaire sur
sur leurs résultats financiers, rendues possibles par les les anticipations et l’inflation ont une portée illustrative.
innovations technologiques. Le lien entre l’augmentation de la part dans l’économie
Il convient de procéder à certaines mises en garde des agents prospectifs par rapport aux agents rétrospectifs
concernant l’analyse et les résultats présentés dans ce et l’amélioration du cadre et des messages de politique
chapitre. Premièrement, les limites inhérentes aux monétaire est représenté de manière stylisée6.
données restreignent l’analyse empirique des anticipa- Ce chapitre s’ouvre sur une présentation des tendances
tions d’inflation dans les différents exercices et, en parti- en matière d’anticipations d’inflation, principalement
culier, les comparaisons entre types d’agents. Pour obtenir pendant la reprise postpandémie, puis offre une compa-
l’échantillon le plus large possible, nous adoptons ici une raison de ces tendances avec différents épisodes passés
approche macroéconomique et centrons l’analyse sur les durant lesquels les anticipations ont grimpé pendant
anticipations moyennes, la plupart du temps celles des une longue période. Ensuite, il étudie le rôle du canal
prévisionnistes professionnels, plutôt que sur la distribu- des anticipations dans l’inflation effective et celui des
tion ou l’évolution des anticipations au niveau des indivi- anticipations dans la dynamique récente de l’infla-
dus, données qui ne sont généralement pas disponibles5. tion, à l’aide d’une nouvelle approche d’identification.
L’avant-dernière section expose les résultats de l’analyse
4Il convient de noter que ce résultat repose sur une fonction styli-
sée du bien-être social (se référer à l’annexe 2.5 en ligne pour plus de individus dans certains pays pour comparer les caractéristiques de ces
détails). Voir le chapitre 1 de l’édition d’avril 2023 du Rapport sur la anticipations au niveau des agents ou pour identifier leurs déterminants
stabilité financière dans le monde pour une analyse des conséquences de à l’aide d’essais comparatifs aléatoires. Voir Andre et al. (2022), Candia
l’orientation monétaire sur la stabilité financière et de leurs effets sur les et al. (2023), D’Acunto et al. (2020), Weber et al. (2022) et Weber
décisions de la banque centrale. et al. (2023) pour des exemples récents.
5L’analyse proposée dans ce chapitre repose essentiellement sur les 6Bien que ce chapitre démontre que l’amélioration du cadre et
anticipations d’inflation moyennes afin de couvrir un large ensemble de des messages de politique monétaire concorde avec l’augmentation
pays, mais il est possible que la distribution des anticipations au niveau de la part d’individus prospectifs, nous n’excluons pas la possibilité
des individus soit également un facteur majeur de l’inflation effective. que d’autres interventions institutionnelles ou structurelles (le niveau
Voir Reis (2023) et Clements, Rich et Tracy (2023) pour un exposé d’études, le cadre budgétaire, la gouvernance, entre autres) soient aussi
de l’importance des divergences d’anticipations d’un individu ou d’un associées à une modification du processus de formation des anticipa-
agent à l’autre. Dernièrement, de nombreux chercheurs ont utilisé tions. Cela étant, l’examen approfondi de ces interventions dépasse le
des données microéconomiques sur les anticipations d’inflation des périmètre de ce chapitre.
modélisée d’une économie comptant des agents prospec- Graphique 2.2. Anticipations moyennes d’inflation
tifs et rétrospectifs afin d’examiner comment le proces- au cours des 12 prochains mois par agent économique
sus de formation des anticipations peut influencer la (Score z, écarts-types par rapport à la moyenne)
conduite de la politique monétaire et inversement. Enfin,
Les agents économiques s’accordent sur la dynamique générale des anticipations
la section finale propose différentes mesures envisageables d’inflation à court terme. Les fortes augmentations de 2022 étaient inhabituelles
à la lumière des résultats du chapitre. par rapport à l’expérience des 20 dernières années.
Les anticipations d’inflation des ménages semblent Graphique 2.3. Répartition des anticipations
présenter plus de bruit, et leurs trajectoires précèdent d’inflation moyennes entre les pays au fil du temps
(dans la zone euro) ou suivent avec un peu de retard (au (Écart en points de pourcentage par rapport à la cible)
Royaume-Uni) les mouvements des anticipations des
Les anticipations d’inflation à court terme se sont envolées en 2022,
autres agents. Les anticipations d’inflation implicites des mais redescendent maintenant, tandis que les anticipations à long terme
marchés financiers, déterminées à partir des obligations ont évolué de peu seulement, mais dans une fourchette plus étroite.
indexées sur l’inflation ou des swaps d’inflation, sont Écart interquartile PA Écart interquartile PE
disponibles de façon continue en temps réel, mais il est Médiane PA Médiane PE
difficile de distinguer le signal sur les anticipations des
8 1. PA : 12 mois à venir 2. PE : 12 mois à venir 8
fluctuations de la prime de risque (voir le chapitre 1 de
l’édition d’avril 2023 du Rapport sur la stabilité finan- 6 6
cière dans le monde). En règle générale, les anticipa-
tions à court terme des entreprises ont été les plus élevées 4 4
durant la récente poussée inflationniste. Enfin, les antici-
2 2
pations des prévisionnistes professionnels constituent un
signal plus important, mais elles peuvent aussi refléter un 0 0
comportement moutonnier ou stratégique (Reis, 2023).
Les anticipations des prévisionnistes professionnels se –2 –2
2017 18 19 20 21 22 23 2017 18 19 20 21 22 23
situent, le plus souvent, entre les anticipations implicites
du marché, plus volatiles, mais disponibles en continu, 0,8 3. PA : 5 années à venir 4. PE : 5 années à venir 0,8
et les anticipations des ménages, qui présentent plus de 0,6 0,6
bruit. Elles sont également la mesure d’anticipations sur 0,4 0,4
laquelle on dispose le plus de données, que ce soit sur
0,2 0,2
le plan géographique, temporel ou en termes d’horizon
0,0 0,0
de prévision. C’est pourquoi les analyses menées dans ce
chapitre reposent principalement sur les anticipations des –0,2 –0,2
prévisionnistes professionnels. –0,4 –0,4
–0,6 –0,6
2017 18 19 20 21 22 23 2017 18 19 20 21 22 23
Des anticipations à court terme supérieures à la valeur
Sources : Consensus Economics ; sites Web des banques centrales ;
cible et des anticipations à long terme contenues Haver Analytics ; calculs des services du FMI.
Lorsque l’on étudie plus de pays, une image homo- Note : Les anticipations d’inflation moyennes par pays ont été établies par
des prévisionnistes professionnels. Les pays ont été sélectionnés en fonction
gène se dessine : les écarts par rapport à la cible fixée par de la disponibilité des données. Voir l’annexe 2.1 en ligne pour plus de détails.
les différentes banques centrales se sont creusés dans le PA = pays avancés ; PE = pays émergents.
cas des anticipations à court terme alors qu’ils sont restés
globalement stables pour ce qui est des anticipations à S’agissant des pays émergents, la distribution des
long terme (graphique 2.3)9. anticipations d’inflation à court terme est un peu plus
Dans le cas des pays avancés, la période précé- large et orientée à la hausse, ce qui dénote une plus
dant le début de pandémie de COVID-19 au premier grande variation de l’inflation effective, en particulier au
trimestre 2020 a été caractérisée par des anticipations à cours des derniers trimestres (graphique 2.3, plage 2).
court terme et à long terme légèrement inférieures à la La courbe des anticipations d’inflation à long terme
valeur cible de l’inflation (graphique 2.3, plages 1 et 3). médianes s’est ainsi légèrement déplacée vers le haut de
Les anticipations à court terme ont fortement augmenté 10 points de base (graphique 2.3, plage 4). L’intervalle
après 2021 tandis que les anticipations à long terme se interquartile des anticipations à long terme s’est réduit
rapprochent de la valeur cible depuis la pandémie. et s’est quelque peu décalé vers le haut. Dans l’ensemble,
cependant, ces tendances indiquent que les anticipations
d’inflation à long terme demeurent stables.
9La valeur cible de l’inflation est fixée explicitement ou implicitement
Pour les pays avancés ou émergents, les divers indi-
par les banques centrales. Voir l’annexe 2.1 en ligne pour plus de détails.
Toutes les annexes en ligne sont disponibles à l’adresse [Link]/en/ cateurs de l’ancrage des anticipations d’inflation (liés à
Publications/WEO. l’écart en valeur absolue par rapport à la cible d’inflation,
à la variabilité des anticipations dans le temps et aux Graphique 2.4. Épisodes historiques de hausse persistante
divergences des anticipations d’un individu à l’autre) des anticipations d’inflation à court et à long termes
laissent penser que les anticipations d’inflation à long (Points de pourcentage par rapport au niveau à la fin de l’épisode)
terme sont restées ancrées malgré les récentes hausses Après des épisodes antérieurs au cours desquels les anticipations d’inflation ont
de l’inflation (voir l’annexe 2.2 en ligne). Bien qu’il soit augmenté de façon persistante pendant un an ou plus, il a fallu environ trois ans en
moyenne pour que l’inflation et les anticipations à court terme reviennent aux niveaux
rassurant, l’ancrage des anticipations à long terme ne doit d’avant l’épisode. Par rapport à ces épisodes historiques, les récentes anticipations
pas être tenu pour acquis : il est vraisemblablement en d’inflation à long terme ont été exceptionnellement stables et les trajectoires des taux
directeurs réels, plus marquées dans tous les groupes économiques.
partie dû à l’action déterminée des décideurs pour atté-
nuer les tensions sur les prix. Écart interquartile Intervalle médian
Médiane, PA, 2022 : T4 = 0 Médiane, PE, 2022 : T4 = 0
Le rôle des anticipations Graphique 2.5. Estimation des effets des autres mesures
dans la dynamique de l’inflation des anticipations d’inflation sur l’inflation actuelle
(Coefficients types de régression)
Pour mieux comprendre le rôle des anticipations dans
Les mesures à court terme des anticipations d’inflation peuvent mieux prédire
la dynamique de l’inflation, nous analysons dans cette l’inflation actuelle que les mesures à plus long terme. Les attentes des
section un cadre hybride de la courbe de Phillips des prix entreprises, des marchés financiers et des prévisionnistes professionnels
indiquent des résultats similaires.
qui établit un lien entre l’inflation actuelle et un ensemble
de facteurs, dont les anticipations d’inflation, l’inflation Prévisionnistes
professionnels CT
retardée et l’écart de production10. Premièrement, nous
évaluons le pouvoir explicatif des anticipations des diffé- Marchés financiers CT
rentes catégories d’agents et l’importance relative des anti-
cipations à court terme et de leurs pendants à long terme. Entreprises CT
Deuxièmement, nous utilisons une approche fondée sur
les variables instrumentales pour mettre en évidence l’ef- Ménages CT
fet causal des anticipations d’inflation sur l’inflation.
Marchés financiers LT
Troisièmement, à l’aide d’estimations causales, nous
faisons apparaître les contributions des différents facteurs Prévisionnistes
professionnels LT
à la dynamique récente de l’inflation dans le pays avancé
moyen et dans le pays émergent moyen. Enfin, nous cher- 0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
chons à déterminer si l’effet des anticipations varie selon le Source : calculs des services du FMI.
niveau de l’inflation effective11. Note : Le graphique montre les coefficients types des régressions linéaires
estimées par des séries chronologiques regroupées pour la zone euro, le
Royaume-Uni et les États-Unis, à l’aide de données trimestrielles allant du
deuxième trimestre 1991 au premier trimestre 2023. La variable dépendante
L’inflation dépend principalement est l’inflation globale trimestrielle, corrigée des variations saisonnières à un taux
annualisé. Voir l’annexe 2.4 en ligne pour plus de détails sur la spécification de
des anticipations à court terme régression et les variables de contrôle supplémentaires. Les lignes horizontales
montrent des intervalles de confiance à 90 % avec des erreurs types robustes à
Les différents types d’anticipations d’inflation (selon l’hétéroscédasticité. CT = anticipations d’inflation à court terme (12 prochains
la catégorie d’agents ou l’horizon) n’ont pas le même mois) ; LT = anticipations d’inflation à long terme (à cinq ans ; ou à cinq
pouvoir explicatif de l’inflation lorsque l’on applique le prochaines années pour les marchés financiers).
tilité des différentes mesures et permettre une comparaison des projec- l’étendue de la volatilité sont compris entre 1,1 et 1,4. Les coefficients
tions d’inflation réalisées à partir du nouvel indicateur des anticipations estimés relatifs aux anticipations à long terme sont plus faibles que ceux
d’inflation des entreprises, qui repose sur une autre échelle. La compa- concernant leurs pendants à court terme. Si l’on exclut de l’analyse la
raison se limite aux États-Unis, au Royaume-Uni et à la zone euro, faute période ultérieure à 2019, les coefficients estimés sont plus petits, mais
de données sur les autres pays. suivent des tendances similaires.
La spécification de base de la courbe de Phillips hybride Graphique 2.6. Coefficients clés de la courbe de Phillips hybride
est estimée à l’aide des anticipations d’inflation à court (Coefficients de régression)
terme des prévisionnistes professionnels (graphique 2.6), Les anticipations d’inflation à court terme jouent un rôle plus important
dans l’explication de l’inflation actuelle dans les pays avancés que
en raison des résultats exposés plus haut, mais surtout de dans les pays émergents.
la couverture géographique et temporelle plus importante
des données sur ce type d’anticipations. D’après la relation 1,4
Pays avancés
estimée, une hausse de 1 point de pourcentage des antici- Pays émergents
1,2
pations à court terme est associée à une augmentation de
1,0
1,1 point de pourcentage de l’inflation effective dans les
pays avancés et d’environ 0,8 point de pourcentage dans 0,8
les pays émergents. L’inflation retardée a un faible pouvoir 0,6
prédictif dans les pays avancés (elle a un effet légèrement
0,4
négatif, mais pas statistiquement significativement diffé-
rent de 0) alors que, dans les pays émergents, l’impact 0,2
différé de l’inflation des trimestres précédents (environ
0,0
0,2 point de pourcentage) est statistiquement significatif14.
Enfin, il existe une relation statistiquement significative –0,2
Anticipations à court terme Inflation différée Écart de production
entre l’écart de production et l’inflation effective pour les
deux groupes de pays, l’effet de l’écart de production étant Source : calculs des services du FMI.
un peu plus important dans les pays émergents. Note : Le graphique montre les coefficients des régressions linéaires estimées
par des séries chronologiques regroupées à l’aide de données trimestrielles allant
du deuxième trimestre 1992 au premier trimestre 2023. La variable dépendante
est l’inflation globale trimestrielle, corrigée des variations saisonnières à un taux
Le rôle des anticipations dans l’inflation annualisé. Voir l’annexe 2.4 en ligne pour plus de détails sur la spécification de
pourrait être plus faible que l’indiquent régression et les variables de contrôle supplémentaires. Les segments verticaux
montrent des intervalles de confiance à 90 % avec des erreurs types de
les simples associations statistiques Driscoll–Kraay.
Les résultats présentés plus haut étayent des associa-
tions statistiques entre l’inflation actuelle et les antici-
pations d’inflation à court terme ; ils ne prennent pas que d’autres facteurs, omis, puissent influer sur ces deux
en compte la possibilité que l’inflation actuelle soit un phénomènes. Pour remédier à ces lacunes et estimer l’ef-
déterminant des attentes concernant l’inflation future ou fet causal des anticipations sur l’inflation (le canal des
anticipations), nous utilisons une stratégie par variables
instrumentales reposant sur les valeurs retardées des
14Le chapitre 3 de l’édition d’octobre 2016 des PEM, et les
anticipations d’inflation à court terme et sur l’écart de
chapitres 2 des PEM d’octobre 2016 et d’octobre 2021, tout comme
Kamber, Mohanty et Morley (2020), mettent aussi en évidence des production pour réestimer la courbe de Phillips hybride.
coefficients relatifs à l’inflation retardée dans les courbes de Phillips Cette stratégie mobilise deux propriétés de ces variables :
hybrides plus élevés dans le cas des pays émergents que dans celui des leur corrélation sérielle au cours du temps (les valeurs
pays avancés. Forbes, Gagnon et Collins (2021) démontrent que les
coefficients relatifs à l’inflation retardée diminuent lorsque les estima-
actuelles sont fortement liées aux valeurs passées) et le fait
tions de panel ne portent que sur les pays avancés. Ces études n’ont que la valeur retardée de ces variables n’a pas d’incidence
pas examiné les causes possibles, mais ces résultats pourraient tenir à la directe sur l’inflation actuelle dans la spécification de la
plus grande prévalence de l’indexation des prix dans de nombreux pays
courbe de Phillips hybride15.
émergents (Céspedes et al., 2005 ; Frankel, 2010 ; Kganyago, 2023).
En outre, un cadre de politique monétaire généralement plus faible que L’ampleur des estimations causales des effets des anti-
dans d’autres pays pourrait aussi expliquer le rôle plus limité des anti- cipations d’inflation à court terme sur l’inflation actuelle
cipations. Il pourrait également être rationnel pour les individus qui est 30 % plus faible que celle des estimations associatives
forment leurs anticipations par apprentissage évolutif d’accorder une
plus large place à l’inflation passée lorsque l’indexation est plus répan- (graphique 2.7). Ce résultat signifie qu’une partie de la
due et que la crédibilité des institutions décisionnelles est plus faible. variation observée des anticipations d’inflation à court
Les améliorations apportées aux cadres et aux messages de politique terme tient à un effet de causalité inverse (la montée de
monétaire dans les pays émergents au cours des 15 dernières années
(voir l’encadré 2.2) laissent penser que l’inflation retardée pourrait jouer
l’inflation actuelle pousse les anticipations d’inflation
un rôle moins important dans la dynamique de l’inflation de ces pays à
l’avenir. Enfin, il serait possible que les pays émergents pâtissent d’une 15Voir l’annexe 2.4 en ligne pour plus de détails sur la spécification
plus grande erreur de mesure des anticipations d’inflation, auquel cas, du modèle, la stratégie par variables instrumentales, sa portée heuris-
les estimations comporteraient un biais d’atténuation et indiqueraient tique et ses résultats et la présentation de tests de robustesse. Les estima-
une incidence relativement plus forte de l’inflation retardée. tions des variables instrumentales sont stables dans le temps.
Graphique 2.7. Effets estimés d’association et de causalité Graphique 2.8. Facteurs ayant contribué
des anticipations d’inflation sur l’inflation actuelle à la dynamique récente de l’inflation
(Coefficients de régression) (Écart en points de pourcentage par rapport au quatrième trimestre 2019)
La prise en compte de l’influence de l’inflation actuelle sur les anticipations
La décomposition de la dynamique récente de l’inflation globale révèle le poids
d’inflation future dans la courbe de Phillips réduit les effets estimés
croissant des anticipations d’inflation à court terme.
des anticipations d’inflation sur l’inflation actuelle d’environ 30 % dans tous
les groupes économiques.
Anticipations à court terme Inflation différée
1,4 Tous les autres facteurs Inflation globale
Pays avancés Pays émergents
de mesures sur la demande globale locale). Cependant, Graphique 2.9. Répercussion des anticipations
le graphique 2.8 met en évidence l’incidence importante à l’inflation en fonction de l’État
et croissante des anticipations d’inflation à court terme (Coefficients de régression)
dans la dynamique de l’inflation au cours des derniers
La répercussion (ou l’effet) des anticipations d’inflation sur l’inflation actuelle
trimestres16, contrairement à l’inflation retardée, qui en est plus élevée lorsque le niveau d’inflation actuel est plus élevé dans tous
est un déterminant mineur. les groupes économiques. L’écart entre la répercussion et le niveau de l’inflation
en vigueur est plus important dans les pays avancés.
Dans le cas du pays émergent moyen également, le pic
d’inflation en 2022 tient à d’autres facteurs que les antici- 1,2 Pays avancés Pays émergents
pations et l’inflation retardée (graphique 2.8, plage 2). En
moyenne, les anticipations ont joué un rôle considérable, 1,0
mais plus faible, dans l’inflation globale que dans les pays
avancés. En revanche, l’inflation retardée explique plus 0,8
qu’existent en des proportions variables des individus l’inflation future le sera également. Cette croyance abou-
rétrospectifs et prospectifs disposant d’informations tit à une période de tensions inflationnistes plus longue
différentes. Les premiers fondent leurs anticipations par que dans une économie composée uniquement d’indi-
apprentissage à partir de leur expérience récente, tandis vidus prospectifs, lesquels savent que le choc de hausse
que les seconds définissent leurs anticipations par appren- des prix est transitoire et ne modifient que légèrement
tissage de façon rationnelle sur la base d’une connais- leurs anticipations (graphique 2.10, plages 1 à 4). En
sance parfaite de l’économie, notamment de la part des outre, lorsque les agents sont hétérogènes, la capacité de
individus rétrospectifs. Ceci signifie que les individus la politique monétaire à influer sur l’inflation est moindre
prospectifs se mettent à se comporter comme les indivi- (graphique 2.10, plages 5 à 8). Ce résultat tient principa-
dus rétrospectifs lorsque la part de ces derniers augmente lement au fait que les individus rétrospectifs ne prennent
dans l’économie18. Deuxièmement, faisant fond sur pas en compte l’impact de la politique monétaire sur les
Blanchard et Bernanke (2023), nous considérons que coûts marginaux futurs, contrairement aux individus
les anticipations à court terme sont influencées par les prospectifs. Sans cette approche prospective, la politique
anticipations à long terme et inversement. La princi- monétaire n’a d’incidence sur les anticipations que par le
pale hypothèse supplémentaire est que les anticipations jeu de ses effets directs sur l’écart de production.
à long terme n’ont un impact sur l’inflation que par le
jeu de leur effet sur les anticipations à court terme. Nous
étudions également un autre modèle ne comptant que Part des individus rétrospectifs plus grande
des individus prospectifs à des fins de comparaison. Les ou inflation plus forte : taux de sacrifice plus élevé
deux modèles (anticipations hétérogènes et individus Lorsque se conjuguent un épisode inflationniste plus
prospectifs/anticipations rationnelles uniquement) sont long après un choc de hausse des prix et une moindre
estimés pour deux pays représentatifs (un pays avancé et efficience de la politique monétaire, la perte de produc-
un pays émergent) afin de mieux comprendre les diffé- tion nécessaire pour obtenir une certaine réduction
rences structurelles entre les deux groupes de pays. Dans de l’inflation en un temps donné est plus importante,
le modèle à agents hétérogènes, les individus rétrospectifs phénomène mesuré par le taux de sacrifice. Celui-ci est
constituent environ 20 % des agents dans le pays avancé défini ici comme le pourcentage de perte de produc-
et quelque 30 % dans le pays émergent, le reste étant des tion pour parvenir à une baisse de 1 point de pourcen-
individus prospectifs. tage du taux d’inflation en trois ans (graphique 2.11)19.
Premièrement, le taux de sacrifice est plus élevé dans le
modèle à agents hétérogènes que dans le modèle à antici-
Part des individus rétrospectifs plus grande : pations rationnelles où n’existent que des individus pros-
persistance de l’inflation et affaiblissement pectifs (indépendamment de la catégorie du pays). Ce
de la transmission de la politique monétaire résultat tient principalement au moindre pouvoir d’in-
La propagation des chocs dans l’économie dépend de fluence de la politique monétaire sur le canal des anti-
la façon dont les anticipations sont formées. Après un cipations lorsque la proportion d’individus rétrospectifs
même choc de hausse des prix (par exemple un renché- est plus importante. Deuxièmement, le taux de sacri-
rissement inattendu de l’énergie et des produits de base, fice est généralement plus élevé dans les pays émergents
une perturbation imprévue des chaînes d’approvisionne- que dans les pays avancés, car les premiers comptent par
ment ou d’autres chocs sur l’offre), l’inflation demeure hypothèse une proportion plus grande d’individus rétros-
élevée plus longtemps lorsque les agents sont hétérogènes pectifs. Troisièmement, lorsque les agents sont hétéro-
que lorsqu’ils suivent tous une approche prospective. gènes, la dynamique de l’économie devient tributaire des
Quand l’économie compte des individus rétrospectifs, circonstances. Dans un environnement marqué par une
l’effet d’un choc de hausse des prix sur les anticipations forte inflation, les individus rétrospectifs se comportent
est plus fort et plus durable. Les individus rétrospec- comme si l’inflation allait rester forte de façon perma-
tifs supposent que, si l’inflation actuelle est élevée, alors nente, ce qui engendre un léger désancrage endogène de
18D’autres
processus de formation des anticipations sont possibles : 19Tetlow (2022) présente un large éventail de taux de sacrifice esti-
complètement ancré ou insensible aux anticipations d’inflation, par més dans le cas de pays avancés, un mode égal à sept (une valeur simi-
exemple. Ce chapitre ne se veut pas exhaustif. Il illustre les consé- laire à celle exposée ici) dans 40 modèles et à partir de définitions
quences éventuelles d’une combinaison plausible de deux types de légèrement différentes. Cela étant, ce chapitre est axé sur la comparai-
processus très intéressants sur l’évolution de l’inflation. son qualitative entre cas.
Graphique 2.10. Ripostes macroéconomiques aux chocs conditionnées par la formation des anticipations des agents
(En points de pourcentage)
À la suite d’un choc sur les coûts, les anticipations d’inflation sont plus sensibles lorsque le pays compte à la fois des individus rétrospectifs et prospectifs (anticipations
hétérogènes) que lorsqu’il ne compte que des individus prospectifs (anticipations rationnelles). L’inflation est aussi plus durable. La politique monétaire est moins
efficace, car les anticipations sont définies de façon rétrospective, et les effets des taux d’intérêt sur la demande et les prix futurs ne sont pas pris en compte.
Modèle à anticipations hétérogènes Modèle à anticipations rationnelles
0,0 1,0
0,00
0,0 0,8
–0,1
–0,02 0,6
–0,2
–0,1 0,4
–0,04
–0,3 0,2
l’inflation et complique la tâche des autorités monétaires individus prospectifs dans l’économie21. Comment assu-
(graphique 2.11, barres de droite)20. rer ce changement ?
Selon des travaux récents, des mesures d’amélioration
des cadres de politique monétaire (portant sur l’indépen-
L’amélioration du cadre et des messages de politique dance et la transparence des banques centrales ainsi que
monétaire facilite la désinflation leur stratégie de communication) peuvent amener les
Le modèle estimé sert de laboratoire pour étudier
différentes interventions à même de faire reculer l’infla- 21Plusieurs études menées ces dernières années indiquent que la
tion plus rapidement. Pour commencer, nous nous inté- plupart des individus ne comprennent pas le rôle de la banque centrale
dans l’économie ni les effets des changements de taux directeurs sur
ressons à celles qui permettraient d’augmenter la part des l’économie, ce qui suggère que leurs anticipations pourraient être faus-
sées. Voir notamment Coibion, Gorodnichenko et Weber (2022),
BCE (2021), Kumar et al. (2015) et van der Cruijsen, Jansen et de
20Afin de s’approcher de la situation actuelle, nous définissons les Haan (2015). Par exemple, Andre et al. (2022) montrent, à partir d’un
conditions initiales du scénario, correspondant à un environnement de échantillon de 6 500 ménages américains, qu’en moyenne les ménages
forte inflation, en appliquant le modèle durant huit périodes avec une pensent qu’un relèvement du taux directeur de la banque centrale
inflation supérieure de 2 points de pourcentage à sa valeur cible. entraînera une montée de l’inflation.
Graphique 2.11. Ratios de sacrifice dans le cadre Graphique 2.12. Solidité des cadres de politique monétaire
de divers processus d’anticipations et des tests de rationalité prévisionnelle dans les pays
(Pourcentage de la production à laquelle on renonce pour faire baisser
l’inflation de 1 point de pourcentage) Dans les pays avancés, les cadres de politique monétaire sont en moyenne plus
performants que ceux des pays émergents et des pays en développement. La
Les ratios de sacrifice sont plus élevés lorsque le pays compte à la fois des rationalité des prévisions est statistiquement plus souvent rejetée pour les pays
individus rétrospectifs et prospectifs (anticipations hétérogènes), car la politique dont les cadres de politique monétaire sont de moindre qualité.
monétaire est moins efficace dans ce cas. Les pays émergents ont tendance à
avoir une proportion plus élevée d’individus rétrospectifs, ce qui fait grimper leurs
ratios. La hausse de l’inflation actuelle aggrave légèrement le ratio, car les 1,2 1. Qualité des cadres de politique monétaire
individus rétrospectifs révisent leurs anticipations à la hausse. (Indicateur de 0 à 1, plus élevé = plus solide)
1,0
PA PEPD
12 Pays avancés Pays émergents 0,8
10 0,6
0,4
8
0,2
6
0,0
IAPOC IA PO C
4
50 2. Pourcentage de pays dans lesquels la rationalité prévisionnelle est
rejetée sous réserve de la qualité du cadre de politique monétaire
2
40 Tranche inférieure
Tranche supérieure
0
Modèle à anticipations Modèle à anticipations Modèle à anticipations 30
rationnelles hétérogènes hétérogènes avec
une inflation élevée 20
En outre, il existe une corrélation négative entre l’am- Graphique 2.13. Interventions des pouvoirs publics pour
pleur des écarts des anticipations d’inflation à court accélérer la réduction de l’inflation et des anticipations d’inflation
terme (ou des taux d’inflation effectifs) par rapport à (Écart en points de pourcentage par rapport au scénario de référence)
l’objectif d’inflation et la qualité du cadre de politique Les améliorations apportées au cadre de la politique monétaire et à la stratégie de
monétaire, ce qui étaye également le rôle de ce dernier communication, qui augmentent la part des individus prospectifs dans le pays,
améliorent l’arbitrage entre faire baisser l’inflation et favoriser la croissance grâce à
paramètre. Plus les cadres de politique monétaire s’amé- leurs effets sur le canal des anticipations. Le resserrement des politiques cycliques
liorent, plus les écarts par rapport à l’objectif sont faibles, (assainissement budgétaire et resserrement monétaire) fait également baisser
l’inflation et les anticipations d’inflation, mais à un coût de production plus élevé.
ce qui signifie que l’inflation revient plus rapidement vers
sa valeur cible, en moyenne (voir l’annexe 2.7 en ligne). Améliorations du cadre de la politique monétaire
et de la stratégie de communication
Bien que l’on observe une tendance notable à l’amélio- Rééquilibrage budgétaire
ration des cadres dans tous les pays émergents ou avan- Resserrement monétaire
cés (encadré 2.2), la qualité du cadre et des messages de
Améliorations du cadre Resserrement
politique monétaire est plus élevée, en moyenne, dans
de politique monétaire des politiques cycliques
les pays avancés que dans les pays émergents et les pays
en développement. De ce fait, pour analyser ces mesures 0,1 1. Inflation 2. Inflation 0,1
d’amélioration, nous supposons que la part des individus 0,0 0,0
rétrospectifs dans l’économie baisse dans une proportion
–0,1 –0,1
égale à la différence entre la part d’individus rétrospec-
tifs dans le pays émergent représentatif et celle dans le –0,2 –0,2
pays avancé représentatif23. Lorsque la part d’individus –0,3 –0,3
prospectifs est plus élevée, un resserrement monétaire
suivant la trajectoire prévue dans le scénario de référence –0,4 –0,4
0 4 8 12 0 4 8 12
aurait un impact plus fort sur les anticipations d’inflation
(graphique 2.13, plages 1, 3 et 5). La politique moné- 0,1 3. Anticipations d’inflation 4. Anticipations d’inflation 0,1
taire est plus efficace non seulement parce que les indi- 0,0 0,0
vidus prospectifs comprennent les effets de la politique
–0,1 –0,1
monétaire sur les coûts marginaux futurs, mais aussi
parce qu’ils savent que la proportion d’individus rétros- –0,2 –0,2
pectifs est plus faible dans l’économie et que, par consé- –0,3 –0,3
quent, ils appliquent donc un raisonnement encore plus
prospectif. Ces résultats concordent avec ceux présen- –0,4 –0,4
0 4 8 12 0 4 8 12
tés dans l’encadré 2.1, dans lequel la politique monétaire
américaine a une influence plus forte sur la formation des 0,1 5. Écart de production 6. Écart de production 0,1
0,0 0,0
anticipations lorsque les entreprises sont plus attentives –0,1 –0,1
à la politique monétaire que l’entreprise moyenne du –0,2 –0,2
secteur et suivent donc une approche plus prospective. –0,3 –0,3
–0,4 –0,4
La transmission plus rapide de la politique monétaire
–0,5 –0,5
aux anticipations se traduit par une trajectoire d’inflation –0,6 –0,6
effective plus basse et, surtout, par un atterrissage plus en –0,7 –0,7
douceur, avec seulement une faible perte de production –0,8 –0,8
0 4 8 12 0 4 8 12
additionnelle.
En revanche, des politiques cycliques (monétaires ou Source : calculs des services du FMI.
Note : L’axe des abscisses montre les trimestres depuis l’intervention indiquée à
budgétaires) plus restrictives, adoptées en tant qu’in- l’instant t = 1. L’intervention « Améliorations du cadre de la politique monétaire et
terventions supplémentaires, contribuent également à de la stratégie de communication » suppose que la part des individus prospectifs
augmente, par rapport au scénario de référence, à hauteur de la différence entre
faire reculer l’inflation et les anticipations, mais elles les parts estimées dans les modèles des pays avancés et dans les modèles des
s’accompagnent de pertes de production plus élevées pays émergents. L’intervention « Rééquilibrage budgétaire » suppose que les
dépenses budgétaires sont réduites de 1 % du PIB pendant deux ans et que la
(graphique 2.13, plages 2, 4 et 6). Bien que ces deux politique monétaire ne tente pas de compenser les effets des ajustements
mesures de politique conjoncturelle ne soient pas budgétaires. L’intervention « Resserrement monétaire » suppose une hausse
initiale de 100 points de base du taux directeur à l’impact, qui diminue ensuite de
manière endogène. Voir l’annexe 2.5 en ligne pour plus de détails sur le modèle
23Cette d’équilibre général stochastique dynamique et son étalonnage.
différence est de l’ordre de 8 %.
strictement comparables, elles fonctionnent en partie de choix optimal pour la banque centrale, c’est-à-dire un
façon similaire en ralentissant dans un premier temps la choix qui minimise une fonction stylisée de perte de
demande globale24. Au fil du temps, les effets du resser- bien-être, varie en fonction de ses objectifs et des carac-
rement des politiques sur l’inflation se répercutent sur les téristiques des chocs sous-jacents dans le modèle illus-
anticipations, freinant un peu plus l’inflation effective. tratif. Le scénario de référence suppose que la banque
Les mesures d’amélioration du cadre et des messages centrale cherche à minimiser une fonction qui pondère
de politique monétaire s’accompagnent de pertes de de manière égale les pertes de bien-être liées à l’écart de
production nettement plus faibles, puisqu’elles agissent production et aux écarts par rapport à la valeur cible de
principalement sur les anticipations et leur formation, l’inflation tout en obtenant une trajectoire plus lisse du
mais elles ne constituent pas des solutions miracles taux directeur25. Dans le modèle à agents hétérogènes, la
pour autant, car il est difficile de les mettre en œuvre de banque centrale choisirait, dans le scénario de référence,
manière opportune et efficace, et doivent être considé- de calibrer la trajectoire du taux directeur de manière à
rées comme des instruments complémentaires aux outils ramener l’inflation à sa valeur cible en quatre ans envi-
habituels des autorités monétaires. ron (graphique 2.14, plage 1)26. Si elle voulait accélérer
En outre, l’incidence de la politique budgétaire sur ce processus et décidait de doubler le poids de l’infla-
l’inflation et les anticipations est probablement plus tion dans sa fonction d’objectifs, elle viserait alors un
complexe que ce que peut faire apparaître le modèle retour de l’inflation à sa valeur cible dans un délai d’envi-
illustratif présenté ici. Comme le montre l’étude empi- ron trois ans. Dans un cas extrême où la banque centrale
rique dans l’encadré 2.2, des positions budgétaires moins ne se préoccuperait que de l’inflation, elle choisirait de
favorables (une dette publique plus élevée et des défi- faire revenir l’inflation à sa valeur cible en deux ans. Cela
cits chroniques) peuvent affaiblir l’influence d’un cadre étant, ce dernier choix entraînerait une baisse de bien-être
de politique monétaire solide sur la baisse des anticipa- si la société accorde la même valeur aux écarts de produc-
tions d’inflation dans les pays émergents et les pays en tion minimums et aux écarts par rapport à la valeur cible
développement. Autrement dit, des positions budgétaires de l’inflation (graphique 2.14, plage 2)27. Enfin, si l’éco-
plus viables sont associées à des anticipations d’inflation nomie ne comptait que des individus prospectifs, le choix
moyennes plus faibles. Néanmoins, dans certaines condi- optimal pour la banque centrale serait de ramener l’in-
tions, les mesures de soutien budgétaire peuvent contri- flation à sa valeur cible dans un délai d’environ trois ans.
buer à freiner l’inflation, ou du moins à atténuer un choc Dans l’ensemble, même si le choc de hausse des coûts
inflationniste brutal, comme le souligne l’analyse, dans était deux fois moins long que dans le scénario de réfé-
l’encadré 2.3, des aides budgétaires adoptées en Europe rence, il serait toujours optimal pour la banque centrale
pour compenser le choc sur l’énergie en 2022. Leur effet de faire revenir l’inflation à sa valeur cible en deux ans
sur l’évolution de l’inflation dépend principalement de la environ. Tous ces scénarios montrent qu’en cas de choc
durée d’application de ces mesures estimée ou attendue de hausse des coûts persistant et d’anticipations partiel-
par les consommateurs. lement rétrospectives, il peut être préférable de prendre
plus de temps pour ramener l’inflation à sa valeur cible.
ventions d’une ampleur initiale d’une unité standard ayant des carac- cette sous-section présente deux scénarios supposant différents degrés de
téristiques différentes sur le plan de la durée de leurs effets, selon qu’il persistance. Si le choc s’avère moins durable, la politique monétaire sera
s’agit d’une intervention sur la politique budgétaire ou monétaire, capable de faire revenir l’inflation à sa valeur cible en moins de quatre
comme indiqué dans la note du graphique 2.13. La dynamique d’ap- ans (graphique 2.14, plage 2).
prentissage du modèle implique, en outre, que l’évolution du système 27Il est clair que les pertes de bien-être dépendent des pondérations
peut dépendre des caractéristiques spécifiques de l’intervention ainsi que la société accorderait aux écarts par rapport à la cible d’inflation et à
que du contexte. Voir l’annexe 2.5 en ligne pour plus de détails. l’écart de production.
Graphique 2.14. Objectifs des pouvoirs publics, des chaînes d’approvisionnement). Ce mouvement est
bien-être social et formation des anticipations survenu à peu près au même moment pour les prévision-
nistes professionnels, les marchés financiers, les ménages
Après un choc sur les coûts, le temps qu’il faut à l’inflation pour revenir à la cible
dans un pays dépend de la formation des anticipations et des objectifs de la banque
et les entreprises. En revanche, les anticipations à long
centrale. Une plus grande proportion d’individus rétrospectifs dans le pays allonge terme sont restées globalement stables, en moyenne,
le calendrier, quels que soient les objectifs stratégiques. Une comparaison avec une sans signe de désancrage. L’analyse des épisodes passés
fonction de bien-être social stylisée suggère qu’une trajectoire plus rapide peut
avoir des coûts, à moins qu’elle ne soit motivée par des chocs moins persistants. de hausse conjointe des anticipations d’inflation à court
et à long termes sur une longue période montre qu’il a
Modèle à agents hétérogènes Modèle à anticipations rationnelles
fallu environ trois ans en moyenne pour que l’inflation
5 1. Nombre d’années nécessaires pour que l’inflation revienne à la cible et les anticipations d’inflation à court terme reviennent
aux niveaux antérieurs à l’épisode en question, malgré de
4 fortes différences d’un épisode à l’autre.
D’après l’estimation d’une courbe de Phillips hybride,
3
les anticipations à court terme jouent un rôle plus impor-
2 tant dans l’inflation actuelle que leurs pendants à long
terme. Lors des derniers trimestres, les moteurs de l’in-
1 flation n’étaient plus les chocs sous-jacents de hausse
des coûts, mais les anticipations d’inflation, en particu-
0
Scénario Double pondération Aucune importance Choc moins lier dans le pays avancé moyen. Dans le pays émergent
de référence sur l’inflation accordée à l’écart persistant moyen, les anticipations ont une incidence moins forte
de production
que l’inflation retardée, mais toujours significative. Ce
30 2. Bien-être social par rapport au niveau de référence
(Différence en pourcentage) constat est particulièrement important, car la répercus-
20
sion des anticipations sur l’inflation est plus prononcée
10
lorsque l’inflation est déjà vigoureuse, comme c’est le cas
0
actuellement.
–10
Plus généralement, l’analyse exposée ici souligne le
–20
rôle essentiel du processus de formation des anticipa-
–30
tions dans la dynamique de l’inflation et dans la conduite
–40
de la politique monétaire. Lorsque la part des individus
–50 rétrospectifs dans l’économie est plus grande, les anti-
Double pondération Aucune importance Choc moins
sur l’inflation accordée à l’écart persistant cipations moyennes sont plus tenaces et peuvent rester
de production
obstinément à un niveau élevé quand l’inflation est
Source : calculs des services du FMI.
Note : Le graphique suppose qu’un choc sur les coûts fera croître l’inflation de forte pendant une longue période. Cette rigidité affai-
2 points de pourcentage au-dessus de l’objectif initial. Le choc a une demi-vie blit la capacité d’influence de la politique monétaire
estimée de 14 trimestres. Dans le scénario de référence, la politique de la banque
centrale vise à réduire au maximum la perte de bien-être, mesurée par une
et augmente le taux de sacrifice (le coût en termes de
fonction de bien-être social stylisée. Ce dernier comprend une durée de lissage perte de production) par rapport à une situation où les
des taux d’intérêt et attribue une pondération égale à l’écart de production et aux agents ne définissent leurs anticipations que de façon
écarts d’inflation. Les données de base de la plage 2 sur le bien-être diffèrent par
le processus de formation des anticipations. Pour une fonction de bien-être prospective.
identique, le bien-être social est environ 20 % plus élevé avec des anticipations Compte tenu de la persistance accrue de l’inflation
rationnelles qu’avec des anticipations hétérogènes, ce qui reflète une efficacité
accrue des politiques et une moindre persistance endogène des chocs. Voir qu’implique une part plus élevée d’individus rétrospec-
l’annexe 2.5 en ligne pour plus de détails sur le modèle d’équilibre général tifs dans l’économie, il faudrait jusqu’à quatre années
dynamique stochastique. Le scénario « Choc moins persistant » réduit la demi-vie
du choc à 6,5 trimestres. pour faire revenir l’inflation à sa valeur cible si la banque
centrale accorde la même importance aux pertes de bien-
être liées à l’écart entre l’inflation et sa cible et à celles liées
Conclusions aux écarts de production. Si la banque centrale décide de
Les anticipations d’inflation à court terme se sont ne pas tenir compte des conséquences de ses actions sur
envolées dans de nombreux pays, sur fond de reprise l’écart de production et resserre sa politique de façon plus
postpandémie et après les grands chocs de hausse des rapide et plus énergique, elle pourrait, d’après l’analyse
coûts de 2022 (résultant du renchérissement inattendu exposée ici, ramener l’inflation à sa valeur cible en deux
de l’énergie et des produits de base et des perturbations ans, mais au prix d’une baisse de la production.
Dans leur ensemble, les résultats de ce chapitre et les affine la précision des perceptions et des anticipa-
études récentes conduisent à penser qu’il serait intéres- tions, augmente la confiance et réduit la dispersion
sant pour les autorités monétaires de bien comprendre des croyances (Lamla et Vinogradov, 2019). Haldane,
la nature des processus de formation des anticipations à Macaulay et McMahon (2020) recommandent de
l’œuvre dans leur économie. Pour obtenir de meilleures commencer par fonder les stratégies de communica-
données sur les anticipations, il serait possible de réaliser tion de la banque centrale sur le triptyque : explica-
un suivi étroit des anticipations des différentes catégories tion, mobilisation et éducation. En se concentrant sur
d’agents économiques et d’améliorer la collecte d’informa- les ménages et les entreprises, d’autres études réali-
tions sur ces anticipations, en particulier dans le cas des sées dernièrement suggèrent de remédier au faible
anticipations à court terme qui semblent jouer un plus degré d’attention en tenant compte de la segmentation
grand rôle dans la dynamique actuelle de l’inflation. Le des agents et en utilisant des sources de communica-
nouvel indicateur des anticipations d’inflation des entre- tion qui ont été identifiées comme étant les plus perti-
prises présenté dans ce chapitre, qui repose sur l’analyse nentes pour les individus rétrospectifs, par exemple
textuelle des retranscriptions des téléconférences données la télévision pour les États-Unis et la zone euro (voir
par les entreprises sur leurs résultats financiers, montre Coibion et al., 2020 ; D’Acunto et al., 2020 ; et Weber
comment les innovations technologiques ont rendu plus et al., 2022 ; notamment). Elles proposent également
facile, sur les plans technique et économique, l’extraction de définir des messages simples et de les répéter souvent,
d’informations sur les anticipations en temps utile. d’investir dans l’éducation financière, de mettre l’ac-
Des mesures d’amélioration du cadre de politique cent sur l’objectif, et non sur les instruments (comme
monétaire (en particulier celles qui renforcent l’indé- l’a fait Mario Draghi, l’ancien président de la Banque
pendance et la transparence de la banque centrale) et centrale européenne, en 2012 dans son discours marqué
de la stratégie de communication peuvent accroître par la formule « quoi qu’il en coûte »), et d’adapter le
la part des individus prospectifs dans l’économie et, message en fonction de la conjoncture. Ces stratégies de
partant, l’efficacité de la politique monétaire (Dincer, communication peuvent aider les agents économiques à
Eichengreen et Geraats, 2022). Selon de récents prendre conscience des effets des décisions de politique
travaux de recherche, l’exposition aux actualités monétaire, à mieux les comprendre et à les internaliser.
–1
–2
Réponse dynamique
–3 Intervalle de confiance à 68 %
Intervalle de confiance à 90 %
–4
–1 0 1 2 3 4 5 6 7
Horizon (trimestres)
Encadré 2.2. Imprudence budgétaire et anticipations d’inflation : le rôle du cadre de politique monétaire
On considère généralement que l’imprudence budgétaire, à Graphique 2.2.1. Anticipations d’inflation
savoir un niveau d’endettement public élevé par rapport au dans les pays émergents et les pays en
PIB, est susceptible de créer des incertitudes et d’influer sur les développement : interactions entre les cadres
anticipations d’inflation en minant la crédibilité et l’indé- de politique monétaire et la dette publique
pendance des autorités monétaires aux yeux des agents écono- (En pourcentage)
miques1. Cette thèse s’est imposée depuis les travaux de Sargent Ratio dette/PIB plus faible
et Wallace (1981) et de Leeper (1991). Dans cet encadré, nous Ratio dette/PIB plus élevé
analysons de façon empirique les liens entre le niveau des anti- Ratio dette/PIB plus élevé et déficit persistant
Répartition en 2007 (échelle de droite)
cipations d’inflation et le cadre de politique monétaire en place Répartition en 2021 (échelle de droite)
dans un pays, compte tenu du niveau de la dette publique. 10 1. Dette publique 0,7
Densité
Papageorgiou et Garbers (2022)2. Celui-ci montre que,
4 0,3
même après prise en compte des facteurs propres à chaque
pays et des caractéristiques stables dans le temps, une dette 0,2
2
publique élevée est associée à des anticipations d’infla- 0,1
tion élevées, pour un niveau donné de solidité du cadre 0 0,0
de politique monétaire (graphique 2.2.1, plage 1)3. Cet 0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
effet accru est encore plus manifeste lorsque l’on s’inté- 20 2. Dette de l’État libellée en devises 0,7
resse à l’encours de dette publique en devises et encore
Anticipations d’inflation moyennes
0,6
plus marqué en cas de persistance du déficit budgé-
15
taire (graphique 2.2.1, plage 2). Cela étant, à mesure 0,5
que la qualité du cadre de politique monétaire s’améliore 0,4
Densité
(comme l’illustre l’évolution de la distribution de l’IAPOC 10
0,3
dans les pays émergents et les pays en développement au
cours des 15 dernières années), les anticipations d’infla- 5 0,2
tion deviennent moins sensibles au niveau et à la compo- 0,1
sition de la dette publique ou à la persistance du déficit 0 0
budgétaire. 0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
De façon générale, notre étude montre qu’en mettant en Sources : Consensus Economics ; Unsal, Papageorgiou et
place un cadre de politique monétaire fort, les pays émer- Garbers (2022) ; calculs des services du FMI.
Note : L’axe des abscisses montre le niveau de l’indice IAPOC
gents et les pays en développement pourraient atténuer (indice du cadre global de politique monétaire). Les lignes
certaines difficultés de gestion des anticipations d’inflation montrent les effets marginaux des changements de cadre de
politique monétaire (selon l’indice IAPOC) sur les anticipations
Cet encadré a été rédigé par Omer Akbal, Mariarosaria Comunale, d’inflation moyennes, en fonction du ratio de la dette publique
totale (en devises) par rapport au PIB. La dette « plus élevée
Marina Conesa Martínez, Chris Papageorgiou et Filiz Unsal.
1Voir Brandao-Marques et al. (2023) pour une étude empirique
(plus faible) » est la dette moyenne par rapport au PIB, à
condition qu’elle soit supérieure (inférieure) à la moyenne de
récente de la question et Bianchi et Melosi (2022), Bianchi, Faccini l’échantillon. Les estimations proviennent d’une régression du
et Melosi (2022) et Cochrane (2022) pour un exposé des argu- panel à effets fixes des anticipations d’inflation moyennes
ments théoriques. entre les pays sur l’interaction entre le score de l’indice
2L’indicateur IAPOC et ses sous-indicateurs évaluent la solidité IAPOC et le ratio dette/PIB. Les distributions représentent la
du cadre de politique monétaire selon trois axes : Indépendance et densité de l’indice IAPOC pour les pays évalués en 2007
Responsabilité (I et A — de l’anglais Accountability), Politique et stra- (lignes en pointillés) et en 2021 (lignes pleines), un décalage
tégie Opérationnelle (P et O) et Communication (C). Cet indica- vers la droite indiquant une amélioration.
teur général permet d’obtenir une description multidimensionnelle
du cadre de politique monétaire (plus large que les classifications des qu’ils rencontrent à cause de l’ampleur de leur dette
types de politique monétaire ou des régimes de change) dans 13 pays publique. Certes, la politique monétaire est mieux à même
avancés et 37 pays émergents et pays en développement. Pour plus de servir de point d’ancrage à la stabilité qu’il y a 15 ans,
de détails, voir Unsal, Papageorgiou et Garbers (2022). La période
couverte par la base de données s’étend jusqu’en 2021.
mais l’adoption d’une politique budgétaire prudente
3Les pays avancés ne présentent pas de différentiel de sensibilité au demeure indispensable pour se préparer aux défis de
niveau d’endettement pour différents scores de l’indicateur IAPOC. demain et éviter l’apparition d’une dominance budgétaire.
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Henrique Simonsen. Cambridge, MA: MIT Press. Research, Cambridge, MA.
Marika Santoro, Alexandre Sollaci et Martin Stuermer (cochef d’équipe) ; par souci de concision) est définie dans ce chapitre comme toute inver-
ils ont bénéficié du concours de Marijn Bolhuis, Jiaqian Chen, sion délibérée du processus d’intégration, y compris les inversions
Benjamin Kett, Seung Mo Choi, Peter Nagle et Alessandra Sozzi, sous la motivées par des considérations stratégiques telles que la sécurité natio-
direction de Petia Topalova. Yarou Xu, Carlos Morales et Canran Zheng nale. Le terme englobe les mesures commerciales, budgétaires et finan-
ont fourni un remarquable travail de recherche. Andrei Levchenko a cières telles que les droits de douane, les restrictions à l’exportation, les
contribué au chapitre en sa capacité de consultant externe. Le chapitre subventions et les restrictions en matière de paiements. Cette définition
a aussi été enrichi par les échanges avec Thibault Fally, Julien Martin, s’appuie sur Aiyar et al. (2023). Les études sur le commerce publiées au
James Sayre, David Shin et John Sturm, ainsi que par les commentaires début de la première décennie 2000 utilisent le terme de fragmentation
des participants à des séminaires internes et des examinateurs. Nous pour décrire la dispersion géographique des processus de production
remercions également Naomi Idoine et ses collègues du Service géolo- dans les chaînes d’approvisionnement intégrées à l’échelle mondiale
gique britannique pour leurs conseils au sujet des données. (Arndt et Kierzkowski, 2000 ; Deardorff, 2001).
Graphique 3.1. Mots-clés liés à la fragmentation utilisés lors être un canal important par lequel de nouvelles perturba-
de conférences sur les annonces de résultats des entreprises tions des échanges freineraient l’activité. La production des
(Indices, 2013–15 = 100) matières premières est difficile à relocaliser, car elle est liée
1 600 400 aux richesses naturelles (dépôts géologiques, qualité du sol,
Indice des mots-clés liés à la fragmentation,
tous secteurs confondus etc.). Leur consommation est souvent difficile à remplacer
1 400 Indice des mots-clés liés à la fragmentation, 350
à court terme. De surcroît, de nombreux produits de base
secteur des produits de base
1 200 Indice des risques géopolitiques (échelle de droite) 300 sont des intrants essentiels pour l’industrie manufacturière
et les technologies, y compris celles qui sont liées à la tran-
1 000 250
sition vers une énergie propre.
800 200 Dans ce contexte, le chapitre étudie les principaux
600 150 canaux par lesquels une accentuation de la fragmenta-
tion des marchés de l’énergie et des produits agricoles
400 100
et miniers pourrait avoir des retentissements sur l’éco-
200 50 nomie et les biens publics mondiaux, notamment sur la
0 0
transition énergétique. Il s’articule autour des questions
2013 15 17 19 21 T2 23 suivantes :
• Pourquoi les marchés des produits de base sont-ils
Sources : Caldara et Iacoviello (2022) ; Hassan et al. (2019) ; NL Analytics, Inc. ;
calculs des services du FMI. vulnérables en cas de fragmentation ?
Note : Les indices de fragmentation mesurent le nombre moyen de phrases, pour • Les marchés des produits de base sont-ils fragmentés
mille annonces de résultats, qui mentionnent au moins un des mots-clés suivants :
démondialisation, relocalisation, délocalisation dans un pays proche, délocalisation et, le cas échéant, comment cela se manifeste-t-il ?
dans des pays alliés, localisation, régionalisation. • Quels produits de base sont les plus vulnérables face
au dérèglement du commerce international ?
• Quelles seraient les conséquences économiques d’une
sur la réduction de l’inflation aux États-Unis, règlement fragmentation des marchés des produits de base dans
européen sur les semiconducteurs, restrictions chinoises à les différents blocs et pays, ainsi que sur l’économie
l’exportation de gallium et de germanium, etc. mondiale ?
Dans ce contexte, les inquiétudes concernant la frag- • Quelles incidences cette fragmentation est-elle suscep-
mentation, la démondialisation et la délocalisation dans tible d’avoir sur la transition vers une énergie propre ?
des pays proches se font plus vives, en particulier dans le
secteur des produits de base (graphique 3.1). Des retrans- Ce chapitre couvre la quasi-totalité des pays et se
criptions de téléconférences sur les résultats des entre- concentre sur 48 produits de base, y compris agricoles
prises ont été analysées et montrent que les mots-clés et énergétiques (charbon, pétrole brut et gaz naturel),
relatifs à la fragmentation étaient rares avant la pandé- ou encore minéraux. Il construit une base de données
mie de COVID-19 et que leur utilisation a fortement unique sur la production, l’utilisation et le commerce
augmenté après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. bilatéral de ces produits et combine statistiques descrip-
Les publications sur le sujet sont de plus en plus tives, analyse empirique et simulations à partir de
nombreuses, mais aucun consensus ne se dégage quant modèles.
aux coûts économiques de la fragmentation. Les estima- Le chapitre simule un scénario de risque très stylisé où
tions des pertes de production à long terme entraînées par les échanges de produits de base entre deux blocs géopo-
la limitation des flux internationaux de biens et de services, litiques sont durablement perturbés, afin d’illustrer les
de financements et de technologies oscillent entre 0,2 canaux par lesquels la fragmentation des marchés des
et 12 % du PIB mondial selon les scénarios et les hypo- produits de base pourrait faire varier les prix et la produc-
thèses3. Les marchés des produits de base pourraient aussi tion. Le principal scénario définit les deux blocs hypo-
thétiques en utilisant le vote de 2022 aux Nations Unies
3Voir Aiyar et al. (2023) pour une vue d’ensemble des canaux
sur la guerre en Ukraine comme point de départ transpa- des prix des produits de base agricoles pourrait être
rent. Néanmoins, d’autres scénarios sont explorés aussi, un motif de préoccupation pour de nombreux pays à
dont le rôle des pays neutres et les effets des recompo- faible revenu dépendants des importations de denrées
sitions de blocs, étant donné la sensibilité de l’analyse alimentaires pour nourrir leur population.
aux configurations de blocs et la difficulté d’en évaluer la • La fragmentation des marchés des produits de base
plausibilité4. rendrait aussi les prix plus instables. Des marchés plus
Les principales conclusions sont les suivantes : petits dans un monde fragmenté offriraient une
• Les marchés des produits de base sont vulnérables en cas moindre marge de manœuvre pour faire face aux
de fragmentation. L’importance des richesses naturelles chocs sur l’offre et la demande, avec des prix qui réagi-
pour la production peut conduire à une production raient davantage que si les échanges étaient libres. De
géographiquement très concentrée. Ainsi, les trois prin- plus, les producteurs de matières premières seraient
cipaux fournisseurs de minéraux représentent environ fortement incités à modifier leur allégeance à un bloc,
70 % en moyenne de la production mondiale. Comme parce que les prix seraient potentiellement assez diffé-
la demande de ces produits est peu élastique et qu’ils rents d’un bloc à l’autre. Il y aurait donc plus de chocs
sont utilisés en amont pour de nombreux processus de sur l’offre, plus d’instabilité et plus d’incertitude sur
fabrication et des technologies essentielles, ils font l’ob- les marchés des produits de base, ce qui serait problé-
jet de très nombreux échanges. Mais beaucoup d’im- matique pour la stabilité budgétaire, monétaire et
portateurs dépendent d’un petit nombre de fournisseurs financière.
seulement. Ces caractéristiques majorent le coût de • Pour bon nombre de pays dépendants des produits de
toute perturbation des échanges. base, la fragmentation aurait des répercussions macro-
• Les marchés des produits de base sont de plus en plus frag- économiques considérables. Pour certains pays à faible
mentés. Les mesures qui restreignent le commerce de revenu et pays émergents, les simulations établies
ces marchandises ont fortement augmenté en 2022, avec des modèles commerciaux à titre d’illustration
bien plus que celles visant les échanges d’autres biens. indiquent des pertes de production à long terme supé-
Pour certains produits de base, les écarts de prix d’un rieures à 2 %. Néanmoins, parmi les pays producteurs
marché à l’autre se sont creusés. Et l’investissement nets et consommateurs nets de produits de base, les
direct étranger (IDE) ainsi que les fusions–acquisitions effets sont extrêmement différents et se neutralisent
transfrontières dans le secteur des produits de base souvent mutuellement, de sorte que les pertes écono-
étaient en recul avant même la guerre en Ukraine. miques semblent assez modestes à l’échelle mondiale.
• La fragmentation pourrait entraîner de fortes varia- Mais il n’y a pas lieu de s’en satisfaire, car ce chapitre
tions des prix. L’ampleur des effets sur les prix dépend ne quantifie que les restrictions aux échanges de
des déséquilibres entre l’offre et la demande créés par produits de base entre deux blocs. Si le monde devait
la fragmentation et de l’élasticité des prix de l’offre et se décomposer en blocs isolés, les flux d’autres biens et
de la demande. Les simulations à l’aide de modèles services, de financements, de technologies et de savoir-
d’équilibre partiel réalisées à des fins d’illustration faire seraient très vraisemblablement perturbés aussi,
semblent montrer que les effets sur les prix pourraient ce qui amplifierait les coûts économiques au niveau
être particulièrement prononcés pour certains des mondial (Aiyar et al., 2023). La volatilité et l’incerti-
minéraux indispensables à la transition écologique et tude accrues résultant de la fragmentation des marchés
certains produits agricoles très demandés. La flambée des produits de base compliqueraient l’élaboration des
politiques et alourdiraient les coûts, un canal dont ce
4L’alignement géopolitique des pays pourrait dépendre notamment des
chapitre ne rend pas compte non plus. De surcroît, au
liens commerciaux et des stratégies de gestion des risques visant à atté-
nuer les répercussions des tensions géopolitiques exacerbées. Toutefois, la
sein des pays, le contrebalancement des effets respectifs
formation endogène des blocs sort du champ de ce chapitre. Le scénario sur les consommateurs et les producteurs de produits
des deux blocs présenté ici vise simplement à fournir une référence claire de base engendre des effets de répartition impor-
et à permettre des comparaisons avec les études récentes publiées sur le
tants, même si les répercussions sur la production
sujet. L’introduction de pays neutres diminue l’impact de la fragmenta-
tion, comme on le verra plus loin dans ce chapitre. globale sont modestes. La fragmentation des marchés
L’annexe en ligne 3.1 fournit des détails sur les produits de base, les des produits agricoles risque d’accentuer l’insécurité
pays et leur répartition entre les blocs ainsi que sur les sources de données. alimentaire dans les pays à faible revenu, avec à la clé
L’annexe en ligne 3.5.2 examine la robustesse de certaines des principales
conclusions à la configuration des blocs. Toutes les annexes en ligne sont des coûts sociaux et humanitaires élevés qui n’appa-
disponibles à l’adresse [Link] raissent pas dans les simulations de ce chapitre. En
résumé, la fragmentation des marchés des produits Les minéraux constituent un cas particulier : leur
de base pourrait porter un coup assez violent à l’éco- production est concentrée tant dans la première phase
nomie dans un contexte déjà difficile, marqué par la (extraction), du fait de la concentration géographique
faiblesse de la croissance mondiale, des conditions de des gisements, que dans la seconde (transformation).
financement défavorables et une dette élevée dans de Relocaliser la production au stade de l’extraction peut se
nombreux pays vulnérables. révéler impossible à court ou moyen terme, compte tenu
• La fragmentation des marchés de minéraux pourrait du rôle important de la dotation en ressources naturelles.
accroître le coût de la transition vers des énergies propres.
Dans un scénario de réduction à zéro des émissions
nettes de carbone, la demande de ressources miné- Élasticités de l’offre et de la demande
rales critiques devrait augmenter fortement. Ces miné- L’élasticité–prix de l’offre, qui mesure la réaction
raux sont très concentrés sur le plan géographique et de la production aux fluctuations des prix, est relati-
la demande et l’offre les concernant sont faiblement vement faible pour les produits de base à court terme
élastiques ; une désorganisation des échanges pour- (graphique 3.2, plage 2). Augmenter la production néces-
rait donc encore accentuer la pression à la hausse sur site de gros investissements, l’obtention de permis envi-
leurs prix dans le bloc où, après la fragmentation, la ronnementaux et des consultations publiques, ce qui peut
demande serait supérieure à l’offre. Mais le bloc dispo- retarder la réaction de l’offre aux variations des prix. À
sant de ressources minérales abondantes ne peut pas en titre d’exemple, il s’écoule en moyenne 16 ans entre l’ex-
récolter les fruits, car il n’est pas possible d’augmenter ploration et la mise en production d’une mine de cuivre
rapidement les capacités de raffinage. Dans la simula- (Agence internationale de l’énergie (AIE), 2021). La
tion présentée à titre d’illustration, la fragmentation se découverte de nouveaux gisements est également coûteuse
solde par des investissements dans les énergies renou- et prend du temps6. La mise en place de capacités de trans-
velables et les véhicules électriques inférieurs de 30 % formation comporte aussi des difficultés spécifiques : régle-
aux besoins mondiaux en 2030. mentation ; accès au savoir-faire, à la technologie et à une
main-d’œuvre qualifiée ; besoins en infrastructures ; coûts
du travail, etc. (AIE, 2023). Ce sont autant de facteurs qui
Pourquoi les marchés des produits de base
expliquent la concentration géographique des activités de
sont-ils vulnérables en cas de fragmentation ?
raffinage et de transformation.
Cette section expose plusieurs caractéristiques des Du côté de la demande, de nombreux produits de base
marchés des produits de base qui majorent les coûts écono- sont des intrants pour certaines technologies et certains
miques d’une désorganisation de leurs échanges, malgré produits essentiels ou sont indispensables aux ménages
l’homogénéité et la fongibilité des produits concernés. (alimentation, chauffage, cuisine, transport, par exemple).
Les perturbations de l’offre de produits de base peuvent
Concentration de la production
de la concentration au niveau des pays, mais les terres et les réserves appar-
La première phase de fabrication des produits de base tiennent le plus souvent à l’État, leur propriétaire effectif, qui les loue à des
dépend de la dotation en ressources naturelles, lesquelles entreprises pour une durée déterminée. La renégociation de ces baux ainsi
peuvent être très concentrées géographiquement. Ainsi, que les expropriations sont courantes (Jaakkola, Spiro et Van Benthem,
2019). Faute de données suffisantes, le chapitre s’intéresse en outre davan-
l’extraction de minerais et de produits énergétiques tage à la production qu’aux réserves. Les réserves et la production sont
nécessite des gisements rentables. La fertilité des sols, étroitement corrélées (Service géologique des États-Unis, 2023).
l’eau disponible et les conditions climatiques sont déter- L’annexe en ligne 3.2 présente la concentration de la production
et des importations et la part du commerce dans la production des
minantes pour la production et les rendements agri- produits de base. La concentration de la production est évidente aussi
coles. De ce fait, les trois premiers producteurs mondiaux au niveau des entreprises, avec un petit nombre de pays entrant au capi-
représentent en moyenne environ 65 % de la production tal des entreprises clés (Leruth et al., 2022).
6En général, les élasticités inférieures à 1 sont considérées comme
agricole mondiale, 50 % de la production d’énergie et
faibles. Voir Fally et Sayre (2018) et Dahl (2020) pour une synthèse des
70 % de la production de matières premières minérales études sur l’élasticité de l’offre et de la demande de divers produits de base.
(graphique 3.2, plage 1)5. Arezki, van der Ploeg et Toscani (2019) analysent la réactivité des décou-
vertes de ressources aux incitations du marché. Il convient de noter que
les investissements considérables qui sont requis pour augmenter l’offre de
5Le chapitre se concentre sur les pays et non sur les entreprises. Les produits de base peuvent être freinés par la désorganisation des flux de capi-
matières premières sont généralement extraites par des entreprises multi- taux étrangers et l’incertitude accrue pouvant résulter de la fragmentation
nationales ou détenues par des investisseurs étrangers (Leruth et al., 2022). géoéconomique ; à ce sujet, voir les éditions d’avril 2023 des Perspectives de
Il est possible que la concentration au niveau des entreprises soit différente l’économie mondiale et du Rapport sur la stabilité financière dans le monde.
1. Part moyenne de la production mondiale des trois principaux 2. Répartition des élasticités–prix de l’offre
producteurs de produits de base et de la demande de produits de base
(En pourcentage de la production mondiale) (En pourcentage)
1,6
Agriculture Court terme Long terme
Énergie 1,4
Minerais (extraits) 1,2
Minerais (raffinés)
1,0
Blé 0,8
Pétrole brut 0,6
Métaux Cuivre
de la Nickel 0,4
transition Cobalt 0,2
écologique Lithium
0,0
0 20 40 60 80 100 Demande Offre
5 3. Positionnement sur les chaînes de valeur 4. Part de la production mondiale faisant l’objet d’échanges 100
(Indice) (En pourcentage de la production mondiale)
4 80
Commerce mondial/
production brute
3 60
2 40
1 20
0 0
Minerais Énergie Agriculture Secteur Services Agriculture Énergie Minerais (extraits) Minerais (raffinés)
manufacturier
60 5. Part des pays dont les importations proviennent d’un, 6. Vulnérabilité face à l’insécurité alimentaire : blé 120
de deux ou de trois fournisseurs seulement (En pourcentage de la consommation annuelle)
(En pourcentage)
50 100
Un fournisseur
Deux fournisseurs Importations nettes Stockage national
40 80
Trois fournisseurs
30 60
20 40
10 20
0 0
Agriculture Énergie Minerais (extraits) Minerais (raffinés) PFR PE PA
Sources : Agence internationale de l’énergie ; Antràs et al. (2012) ; British Geological Survey ; Dahl (2020) ; Département de l’Agriculture des États-Unis ;
Fally et Sayre (2018) ; Institut d’études géologiques des États-Unis ; Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; Gaulier et Zignago (2010) ;
calculs des services du FMI.
Note : Le terme « énergie » englobe le charbon, le gaz naturel et le pétrole brut. Pour éviter des distorsions dues à la pandémie et par manque de données,
celles utilisées dans le graphique datent de 2019. La plage 1 indique la part de la production mondiale que représentent les trois principaux pays producteurs
(graphique 3.2.2 de l’annexe en ligne) et présente les moyennes pour tous les types de produits de base. Dans les plages 2 et 4, les lignes horizontales dans les
barres représentent la médiane ; les carrés, la moyenne ; les barres, l’écart interquartile ; enfin, les « moustaches » représentent les valeurs minimale et maximale
pour les produits du groupe. Dans la plage 3, le positionnement en amont du secteur est basé sur Antràs et al. (2012) et est calculé comme la position moyenne
pondérée de la production d’une industrie dans la chaîne de valeur. L’indice de positionnement des secteurs indique la distance qui sépare un secteur spécifique de
l’utilisation en bout de chaîne ; une valeur inférieure (valeur minimale de 1) signifie que le secteur est plus proche de la demande finale. La plage 4 n’inclut pas le
palladium et le platine en raison de la qualité insuffisante des données. La plage 5 présente la moyenne simple des produits de chaque groupe. La plage 6 présente
la moyenne simple des pays de chaque groupe de revenu pour 2019. PA = pays avancés ; PE = pays émergents ; PFR = pays à faible revenu.
créer des ondes de choc dans différents secteurs et chaînes Importance des échanges commerciaux
de valeur. Entrant en amont dans la production d’un vaste Avec une production extrêmement concentrée et
ensemble de biens et de services (graphique 3.2, plage 3), une demande qui se répartit souvent entre de multiples
il est souvent difficile de leur substituer d’autres produits et pays, les produits de base font l’objet de très nombreux
la demande réagit peu aux fluctuations des prix (faible élas- échanges commerciaux. Leur homogénéité et leur fongi-
ticité–prix), surtout à court terme. bilité (malgré la faible élasticité de la demande et de
l’offre, l’élasticité de substitution entre fournisseurs Graphique 3.3. Commerce des produits de base
est importante) contribuent aussi à l’intégration des et distance des alliances militaires
marchés. La part de la production donnant lieu à des (Coefficients)
échanges internationaux est, pour la plupart des produits
0,0
de base, supérieure au ratio commerce mondial/produc-
tion brute (graphique 3.2, plage 4). En moyenne, 30 %
environ des produits agricoles et énergétiques sont desti- –0,1
nés au commerce et le chiffre est d’approximativement
45 % pour les minéraux, avec une part considérablement
plus élevée pour de nombreux produits de base7. –0,2
En conséquence, les importations couvrent une large
part de la demande de produits de base. Néanmoins, un
grand nombre de pays dépendent de seulement quelques –0,3
de produits énergétiques, mais avec une diminution de Graphique 3.4. Signes de fragmentation
plus de 35 % du commerce des minéraux. L’exercice
700 1. Nombre d’interventions commerciales par secteur
paraît indiquer que l’évolution des alliances militaires (Indices, 2016–19 = 100)
liée à la montée des tensions géopolitiques irait de pair 600
Agriculture
avec une désorganisation des flux commerciaux et contri- 500 Énergie
buerait à la fragmentation du commerce des produits de Minerais
400 Tous les biens
base.
300
200
Fragmentation des marchés des produits de base 100
Cette section dresse l’inventaire de diverses mesures 0
2009 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22
de la fragmentation. Le nombre de nouvelles interven-
tions dans le commerce des produits de base augmente 2. Dispersion des prix
400
(Différence entre le prix minimum et le prix maximum
chaque année depuis 2018, un phénomène initialement en pourcentage du prix minimum selon les régions)
alimenté par les tensions entre la Chine et les États-Unis 300 Pétrole brut
et la pandémie de COVID-19. En 2022, la guerre russe Lithium
en Ukraine a entraîné une forte recrudescence des restric- Charbon
200 Blé
tions commerciales visant les produits de base : il y a eu Phosphate
six fois plus de nouvelles restrictions au commerce des 100
matières premières en 2022 qu’entre 2016 et 2019 en
moyenne. Par contraste, le nombre de mesures de restric-
0
tion visant les échanges de manière générale a été multi- Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Juil. Janv. Août
2019 19 20 20 21 21 22 22 23 23
plié par 3,5 (graphique 3.4, plage 1)10.
La dispersion géographique des prix peut être aussi 3. Investissements directs étrangers et fusions
1 500 et acquisitions transfrontalières Agriculture 36 000
un symptôme de la fragmentation : comme les produits (Nombre de projets par an) Énergie
de base sont des biens homogènes, ils devraient s’échan- Minerais
Tous les secteurs
ger à un prix unique après prise en compte des coûts 1 000 (échelle de droite) 24 000
de transport. Or, la dispersion des prix s’est accen-
tuée sur les principaux marchés des produits de base en
2022, surtout sur les marchés où se négocient certains 500 12 000
minéraux comme le lithium et les produits éner-
gétiques (graphique 3.4, plage 2). Par exemple, en
0 0
septembre 2022, le charbon russe s’échangeait à un prix 2003 05 07 09 11 13 15 17 19 21 22
presque trois fois inférieur à celui du charbon austra-
lien. La dispersion des prix observée pour le pétrole brut Sources : Argus Media, Inc. ; base de données Global Trade Alert ; Bloomberg
Finance L.P. ; FDI Marrkets ; Organisation des Nations Unies, Comtrade ; Refinitiv
et le gaz naturel s’est aussi accentuée quand la guerre en Eikon ; calculs des services du FMI.
Ukraine et les sanctions qu’elle a suscitées ont perturbé Note : Les interventions des pouvoirs publics sont ajustées pour tenir compte des
retards dans la présentation des rapports, et les interventions de libéralisation des
les échanges. L’encadré 3.1 atteste des modifications des échanges sont exclues des calculs. Les prix du pétrole brut, du charbon et du
flux commerciaux à l’aide de données issues du suivi des lithium sont les prix du marché sur différents marchés régionaux, tels qu’extraits
de Bloomberg Finance L.P. La dispersion des prix du blé et du phosphate est
navires en temps réel. estimée sur la base des prix à l’exportation des pays qui représentent plus de 5 %
Il existe d’autres indicateurs indirects de la fragmenta- des exportations mondiales, sur la base des données sur les exportations de
Comtrade de l’Organisation des Nations Unies. La plage 3 présente le nombre total
tion, comme les variations du nombre de projets d’IDE de projets d’investissements directs étrangers et de fusions et d’acquisitions
et de fusions–acquisitions transfrontières, qui peuvent transfrontalières à l’échelle mondiale. Les barres fournissent une ventilation par
groupe de produits de base.
10Les interventions liées au commerce que recense la base de données
aussi nous renseigner sur les échanges futurs. Ils étaient exercice utilise l’hypothèse très stylisée et extrême d’une
en baisse dans le secteur de l’énergie et celui des minéraux absence totale d’échanges d’un produit donné entre les
avant même la guerre en Ukraine, ce qui pourrait présa- deux blocs, le commerce de ce produit à l’intérieur des
ger d’un ralentissement du commerce des produits de blocs demeurant en revanche inchangé. L’encadré 3.2
base (graphique 3.4, plage 3)11. Des modifications sont examine des expériences de fragmentation moins rigide,
visibles aussi au niveau de l’origine et de la destination mais l’étude des effets de ces scénarios intermédiaires sort
des flux d’IDE et des fusions–acquisitions transfrontières du cadre de ce chapitre, dont le but est plutôt d’identifier
liés aux produits de base. Aux États-Unis et dans l’Union les vulnérabilités sur les différents marchés et d’illustrer
européenne, les investisseurs privilégient de plus en plus les canaux de transmission, sachant que des interactions
les projets dans des pays avancés, tandis que la Chine et partielles entre les blocs et les possibilités d’arbitrage
la Russie augmentent leurs investissements en Afrique pourraient légèrement modifier les effets économiques
(graphique 3.2.5 de l’annexe en ligne)12. que pointent les simulations.
Aucune mesure de la fragmentation n’est parfaite. Il Pour chaque produit de base, le modèle est d’abord
est encore trop tôt pour évaluer combien de temps durera étalonné à partir des flux d’échanges observés en 2019,
la dispersion des prix. Le recul de l’IDE pourrait reflé- supposés refléter un monde intégré où les marchandises
ter la modération des prix des produits de base consta- s’échangent au même prix partout dans le monde14.
tée depuis 2015, après une décennie d’envolée des cours L’interdiction du commerce entre les deux blocs produit
et, compte tenu du décalage des données, il est difficile des prix qui sont spécifiques à chacun des deux blocs et
de mesurer précisément l’effet de mesures de restriction équilibrent l’offre et la demande.
sur les flux d’échanges (Goldberg et Reed, 2023). Pris La fragmentation produirait des effets opposés selon
ensemble, ces indicateurs évoquent néanmoins une frag- les blocs. Le cours d’un produit de base chute dans le
mentation croissante des marchés des produits de base. bloc qui en était exportateur net et augmente dans le
bloc importateur net. L’ampleur des variations de cours
dépend 1) des déséquilibres entre l’offre et la demande
Quels sont les produits au niveau de chaque bloc avant la fragmentation, c’est-
de base les plus vulnérables ? à-dire du degré de dépendance d’un bloc vis-à-vis des
Pour évaluer la vulnérabilité des divers produits de importations pour satisfaire sa demande au prix en
base en cas de fragmentation des marchés, cette section vigueur dans un monde intégré et 2) de la capacité de
présente les résultats d’un modèle d’équilibre partiel à l’offre et de la demande de réagir aux variations des prix
un seul produit et plusieurs pays inspiré de celui d’Alva- (élasticité-prix de la demande et de l’offre). Les produits
rez et al. (2023) (pour plus de détails, voir l’annexe en de base pour lesquels les déséquilibres entre les deux
ligne 3.4). Il calcule les variations de prix qui seraient blocs sont très prononcés et l’élasticité-prix de l’offre et
observées si le commerce de chacun des 48 produits de de la demande faible sont plus vulnérables aux varia-
l’analyse était interdit entre les deux blocs. tions des prix15.
À titre d’illustration, le scénario principal postule que Les simulations paraissent indiquer que les effets
les deux blocs hypothétiques reflètent les votes exprimés potentiels de la fragmentation sur les prix varient consi-
aux Nations Unies en 2022 au sujet de la guerre russe en dérablement selon les produits, certains d’entre eux
Ukraine. Le bloc des pays ayant voté pour le retrait de la enregistrant des fluctuations de prix très importantes
Russie est le « bloc États-Unis–Europe+ », les autres pays (graphique 3.5 ; pour les résultats sous-jacents par
sont regroupés dans le « bloc Chine–Russie+ »13. Cet produit de base, voir le graphique 3.5.1 de l’annexe en
l’économie mondiale, l’analyse se concentre sur le nombre plutôt que la de chaque bloc et les tests de sensibilité pour d’autres configurations des
valeur des IDE et des fusions–acquisitions transfrontières. Les données blocs, voir Alvarez et al. (2023) et les annexes en ligne 3.1.2 et 3.5.2.
relatives aux valeurs sont limitées et sont souvent des estimations. 14L’hypothèse d’une intégration commerciale parfaite utilisée pour le
Néanmoins, les valeurs d’IDE semblent indiquer un recul similaire dans scénario de référence simplifie exagérément la réalité, car, même avant la
le secteur des produits de base. guerre en Ukraine, les marchés de certains produits de base n’étaient pas
12Il ressort du chapitre 4 de l’édition d’avril 2023 des Perspectives de parfaitement intégrés à l’échelle mondiale.
l’économie mondiale que les flux d’IDE sont de plus en plus concentrés 15L’exercice ne modélise pas explicitement le stockage, qui joue
parmi les pays alignés sur le plan géopolitique, en particulier dans les un rôle important dans le lissage de la volatilité. Voir, entre autres,
secteurs stratégiques. Williams (1936), Gustafson (1958) et Wright et Williams (1982).
13Voir aussi le chapitre 3 de l’édition d’octobre 2022 des Perspectives Pour une analyse des études publiées sur le sujet, voir Carter, Rausser et
économiques régionales : Asie et Pacifique. Pour plus de détails sur les pays Smith (2011).
Graphique 3.5. Variations de prix dues à la fragmentation États-Unis–Europe+, mais seraient consommés essentiel-
des marchés des produits de base lement dans le bloc Chine–Russie+.
(En pourcentage) Du fait de la concentration géographique, la vulné-
Au-dessus
500 rabilité des produits de base en cas de fragmentation
Huile de palme, dépend de la répartition des principaux exportateurs (et
soja
Cobalt, importateurs) entre les deux blocs. Présentées en détail au
400
cuivre, graphique 3.2.6 de l’annexe en ligne, les simulations qui
300 lithium, se fondent sur différentes compositions de pays dans les
États-Unis–Europe+ nickel
Chine–Russie+ deux blocs hypothétiques semblent montrer que, à l’ins-
200
tar de ce que l’on constate dans la simulation principale,
100 la fragmentation conduirait à des hausses de prix non
négligeables pour les minéraux au stade de l’extraction
0 et pour les principales denrées (telles que le soja) dans
–100
le bloc Chine–Russie+. Dans un scénario fondé sur une
autre configuration des blocs, où tous les pays émergents
–200 ou en développement, à l’exclusion des pays d’Amérique
Agriculture Énergie Minerais (extraits) Minerais (raffinés)
latine, de l’Inde et de l’Indonésie, sont affectés au bloc
Sources : Agence internationale de l’énergie ; Gaulier et Zignago (2010) ; Institut Chine–Russie+, le bloc États-Unis–Europe+ pourrait
d'études géologiques britannique ; Institut d’études géologiques des États-Unis ; voir le prix de certains minéraux augmenter fortement,
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; calculs des
services du FMI. car les principaux producteurs sont affectés à l’autre bloc.
Note : Les effets de prix sont plafonnés à 500 % pour plus de lisibilité. Le terme Ce bloc pourrait aussi devenir plus vulnérable en cas de
« énergie » englobe le charbon, le gaz naturel et le pétrole brut. Les carrés noirs dans
les barres représentent la médiane ; les barres, l’écart interquartile ; enfin, les restrictions commerciales visant certains produits agri-
« moustaches » représentent les points de données qui se situent à moins de 1,5 fois coles (comme le cacao) et le pétrole brut.
l’intervalle interquartile entre le 25e et le 75e centile pour les produits du groupe.
Les points indiquent les valeurs aberrantes. Les produits sélectionnés dont les prix
augmentent de plus de 500 % sont étiquetés. Pour obtenir des renseignements
complets sur les variations de prix propres à certains produits, voir le graphique 3.5.1 Volatilité accrue des prix des produits de base
de l’annexe en ligne. Le bloc, qui comprend les pays qui ont voté pour le retrait de la
Russie d’Ukraine lors du vote de l’ONU en 2022, est appelé le « bloc La fragmentation des marchés des produits de base se
États-Unis–Europe+ », et les pays restants sont inclus dans le « bloc Chine–Russie+ ». traduirait par des prix plus instables (pour des données
factuelles historiques, voir Jacks, O’Rourke et Williamson,
2011), ce qui mettrait à l’épreuve les finances publiques
ligne)16. Dans le bloc Chine–Russie+, le prix des mine-
et les cadres budgétaire et monétaire, avec à la clé une
rais (cobalt, lithium, cuivre et nickel) indispensables à la
possible procyclicité des politiques budgétaires et moné-
transition verte augmenterait sensiblement. La produc-
taires et des risques d’instabilité économique (Cavalcanti,
tion de ces minéraux se concentrerait dans un petit
Mohaddes et Raissi, 2015 ; FMI, 2023). La fragmentation
nombre de pays du bloc États-Unis–Europe+, mais ils
peut influer sur la volatilité des prix par au moins deux
sont largement utilisés comme intrants dans l’autre bloc
canaux : la taille plus réduite des marchés et le changement
(graphique 3.2.6 de l’annexe en ligne). Dans le même
de bloc de certains pays17.
temps, le bloc occidental pourrait constater des hausses
de prix similaires pour les minéraux raffinés, dont la Des marchés de taille plus réduite
transformation s’effectue essentiellement en Afrique du
Dans un monde fragmenté, les marchés verraient
Sud, en Chine et en Russie.
leur taille se réduire et les prix au niveau des blocs réagi-
En revanche, les variations potentielles des prix de
raient davantage aux chocs touchant un pays (voir aussi
l’énergie et de la plupart des produits agricoles sont
Albrizio et al., 2023). Dans le modèle d’équilibre partiel,
plus discrètes dans la simulation principale. Comme la
la réaction des prix est proportionnelle à l’ampleur du
production de ces produits de base est moins concen-
choc sur l’offre par rapport au marché global. Par consé-
trée géographiquement, l’offre et la demande s’équi-
quent, les pays limitant le nombre de pays avec lesquels
librent mieux entre les deux blocs. L’huile de palme et le
ils commercent enregistreraient des hausses de prix
soja constituent toutefois deux exceptions notables à cet
plus importantes en réponse aux mêmes chocs négatifs
égard : ils seraient produits à plus de 80 % dans le bloc
16Les résultats du modèle d’équilibre partiel qui suivent se fondent 17Les autres canaux pourraient inclure l’effet sur l’écosystème financier
sur Alvarez et al. (2023). qui est lié aux produits de base (dérivés, assurance, etc.) (CSF, 2023).
Graphique 3.6. Hausse des prix du blé dans le bloc Graphique 3.7. Les hausses de prix les plus importantes
États-Unis–Europe+ en raison d’un choc sur les récoltes dues au changement de bloc d’un seul exportateur
(En pourcentage) (En pourcentage)
10 Au-dessus
800
Cobalt,
Cacao Cacao minerai de fer,
8 spath fluor Manganèse Platine
600
6
États-Unis–Europe+
4 400 Chine–Russie+
2
200
0
Monde intégré Monde fragmenté
0
Sources : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; calculs Agriculture Énergie Minerais (extraits) Minerais (raffinés)
des services du FMI.
Note : Les barres du graphique représentent l’évolution du prix du blé dans le bloc Sources : Agence internationale de l’énergie ; Gaulier et Zignago (2010) ; Institut
États-Unis–Europe+ (les pays qui ont voté pour le retrait de la Russie d’Ukraine lors d'études géologiques britannique ; Institut d’études géologiques des États-Unis ;
du vote de l’ONU de 2022 sur la guerre en Ukraine) à partir d’un choc négatif de trois Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; calculs des
écarts-types sur la production de blé américaine. Le graphique compare les hausses services du FMI.
de prix dans le bloc dans un monde intégré à celles dans un monde fragmenté. Note : Dans le graphique, les effets de prix sont plafonnés à 800 % pour des raisons
de lisibilité. Le terme « énergie » englobe le charbon, le gaz naturel et le pétrole brut.
Chaque observation dans les « boîtes à moustaches » représente la plus forte
sur l’offre18. Fourni à titre d’exemple, le graphique 3.6 augmentation de prix qu’un produit de base peut subir dans chaque bloc à la suite du
compare l’effet respectif sur les prix d’un choc de trois passage d’un pays exportateur à l’autre bloc. Notez également que les États-Unis
(Chine) ne sont pas autorisés à quitter le bloc États-Unis–Europe+ (Chine–Russie+).
écarts-types exercé sur les récoltes de blé aux États-Unis Les carrés noirs dans les barres représentent la médiane ; les barres, l’écart
dans un marché intégré et dans un marché fragmenté19. interquartile ; enfin, les « moustaches », les points de données qui se situent à moins
de 1,5 fois l’intervalle interquartile entre le 25e et le 75e centile pour les produits du
L’effet est double quand le commerce est fragmenté entre groupe. Les points indiquent les valeurs aberrantes ; les produits représentant les
deux blocs de taille plus réduite. C’est un point impor- valeurs aberrantes les plus marquées sont étiquetés. Pour obtenir des renseignements
complets sur les variations de prix propres à certains produits, voir le graphique 3.5.2
tant, car le changement climatique devrait accentuer la de l’annexe en ligne. Le bloc, qui comprend les pays qui ont voté pour le retrait de la
variabilité de la production agricole. Un monde frag- Russie d’Ukraine lors du vote de l’ONU en 2022, est appelé le « bloc
menté, où la réaction des prix aux chocs sur l’offre serait États-Unis–Europe+ », et les pays restants sont inclus dans le « bloc Chine–Russie+ ».
utilise une élasticité–prix de l’offre de 0,2 et une élasticité–prix de la graphique 3.5.2 de l’annexe en ligne zoome sur les résultats du
demande de –0,85 (Alvarez et al., 2023). Des élasticités plus faibles se graphique 3.7 et montre les 15 produits de base dont les prix sont
traduiraient par des effets sur les prix plus prononcés et, dans cet exemple, extrêmement vulnérables au changement de bloc d’un seul exportateur
la fragmentation multiplierait encore par deux l’effet sur le prix. et les variations de prix que suppose un tel changement.
production. L’Afrique du Sud, par exemple, produit un Graphique 3.8. Variations des excédents attribuables
tiers du manganèse mondial (ce métal sert à fabriquer de à la fragmentation des marchés des produits de base
l’acier et des batteries). Si ce pays passait dans le bloc États- Chine–Russie+ États-Unis–Europe+
Unis–Europe+, le prix du manganèse pourrait augmenter 0,01 1. Variations de l’excédent par bloc et par groupe de produits de base
de plus de 800 % dans le bloc Chine–Russie+. (En pourcentage de la DNB au niveau du bloc)
0,00
–0,01
Répercussions économiques de la fragmentation
des marchés des produits de base –0,02
CHL
MNG
KAZ
SAU
CAN
RUS
IRQ
IDN
MYS
MOZ
AGO
partiel, la méthode ne tient pas compte des répercussions
sectorielles, ni de la perturbation simultanée des échanges Cuivre Pétrole brut Huile de palme
de nombreux produits de base, dont les effets pourraient Sources : Agence internationale de l’énergie ; Gaulier et Zignago (2010) ; Institut
se compenser ou se renforcer dans un même pays. d'études géologiques britannique ; Institut d’études géologiques des États-Unis ;
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; calculs des
Deux modèles d’équilibre général présentés dans ce services du FMI.
chapitre permettent d’éviter ces écueils. Un modèle Note : Le terme « énergie » englobe le charbon, le gaz naturel et le pétrole brut. Sur
statique multisectoriel d’échanges multilatéraux rendant la plage 1, chaque point de données dans les « boîtes à moustaches » représente la
variation totale de l’excédent au niveau du bloc résultant de la fragmentation du
compte de tous les liens d’entrée–sortie entre les secteurs commerce pour un seul produit. Les carrés noirs dans les barres représentent la
est utilisé pour simuler les pertes de PIB à long terme médiane ; les barres, l’écart interquartile ; enfin, les « moustaches » représentent
les points de données qui se situent à moins de 1,5 fois l’intervalle interquartile
associées à la fragmentation du commerce de tous les entre le 25e et le 75e centile pour les produits du groupe. Les points indiquent les
produits de base et pour examiner le rôle des blocs valeurs aberrantes ; les produits associés aux plus fortes baisses d’excédents sont
étiquetés. Le bloc, qui comprend les pays qui ont voté pour le retrait de la Russie
neutres (encadré 3.3). Enfin, les effets dynamiques sur d’Ukraine lors du vote de l’ONU en 2022, est appelé le « bloc États-Unis–Europe+ »,
le PIB et l’inflation sont étudiés à l’aide d’un modèle et les pays restants sont inclus dans le « bloc Chine–Russie+ ». Les codes pays
utilisés sont ceux de l’Organisation internationale de normalisation (ISO). DNB =
d’équilibre général stochastique dynamique plurirégional dépense nationale brute.
qui inclut l’énergie et les minéraux critiques.
simulation principale, la fragmentation du commerce d’huile de palme produits de base entre les blocs représentent environ 15 % de la perte
ou de cuivre (stade de l’extraction) pourrait se traduire par des pertes liée à la limitation de tous les échanges commerciaux. Par comparai-
de surplus dans le bloc Chine–Russie+ supérieures à 1 % des dépenses son, les produits de base ne représentent que 10 % du commerce total.
nationales brutes et la fragmentation des marchés du minerai de fer ou Dans Bolhuis, Chen et Kett (2023), les pertes plus substantielles liées
du soja à plus de 0,5 %. à la fragmentation des marchés des produits énergétiques et agricoles
24D’après les tests de sensibilité de l’annexe en ligne 3.5.2, il en va de découlent de l’hypothèse d’une autarcie complète (alors que le scénario
même avec une configuration des blocs reflétant les relations commer- de notre chapitre postule une absence totale d’échanges entre les blocs).
ciales existantes. Par ailleurs, dans le cas où tous les pays émergents ou 26Le modèle a d’abord été utilisé dans le chapitre 3 de l’édition
en développement, sauf les pays d’Amérique latine, l’Inde et l’Indoné- d’octobre 2022 des Perspectives de l’économie mondiale. Nous l’avons
sie, sont rattachés au bloc Chine–Russie+, le bloc États-Unis–Europe+ augmenté ici 1) en incluant la possibilité de segmenter les marchés des
eux. Les pertes simulées seraient plus importantes dans le Cette section se sert de la version augmentée du
bloc Chine–Russie+. Dans l’autre bloc, l’Europe constate- modèle macroéconomique mondial pour la transition
rait un effet considérable sur l’inflation (jusqu’à 100 points énergétique afin d’illustrer les effets potentiels d’une frag-
de base, voire plus) et sur le PIB, essentiellement imputable mentation des marchés des minéraux sur la dynamique
à la fragmentation des marchés pétrolier et gazier. de cette transition27. L’analyse se concentre sur les miné-
Plusieurs réserves méritent d’être formulées. Bien raux, des intrants essentiels pour les technologies vertes.
qu’il offre une granularité régionale, le modèle masque La fragmentation d’autres marchés des produits de base
l’hétérogénéité des effets selon les pays, car la produc- (pétrole et gaz naturel, par exemple) intéressants pour
tion des produits de base est extrêmement concentrée. la transition écologique pourra faire l’objet de futures
Deuxièmement, la modélisation et l’absence de certaines recherches. L’analyse utilise les augmentations prévues
données ne permettent d’inclure qu’un sous-ensemble de la demande de minéraux critiques dans un scéna-
de produits de base. Troisièmement, le modèle ne saisit rio de zéro émission nette (AIE, 2023), avec des projec-
pas le coût d’un régime d’inflation plus instable, qui tions postulant que les incitations des pouvoirs publics
pourrait compliquer la politique monétaire. Enfin, le stimulent l’investissement dans les technologies renou-
modèle, comme les deux analyses complémentaires velables et les véhicules électriques. L’hypothèse initiale
qui le précèdent, se sert de données prépandémiques est que les produits de base circulent sans entrave. En
pour ce qui concerne l’utilisation des minéraux et les l’absence de nouvelles mesures gouvernementales, les
flux d’échanges. La demande de ces minéraux devant résultats sont ensuite comparés avec un scénario fictif de
augmenter considérablement pendant la transition écolo- fragmentation complète des marchés des produits de base
gique, la pertinence macroéconomique d’un bouleverse- dans les deux blocs hypothétiques.
ment des échanges de ces produits sera sans doute plus En prenant un monde intégré comme hypothèse de
importante (voir à ce propos la section suivante). référence et en suivant la trajectoire du scénario zéro émis-
sion nette, le modèle indique que les cours mondiaux des
Conséquences pour la transition quatre minéraux essentiels considérés pourraient augmen-
vers une énergie propre ter d’environ 90 % en moyenne d’ici 2030. Si les marchés
des minéraux critiques sont fragmentés, l’incapacité du
La fragmentation des marchés des produits de base bloc Chine–Russie+ à importer du cuivre, du nickel, du
pourrait influer sur le coût de la décarbonation. Les lithium et du cobalt en provenance du Chili, de l’Indoné-
minéraux comme le cuivre, le nickel, le cobalt et le sie ou de la République démocratique du Congo abouti-
lithium sont des intrants indispensables à la transition rait à une nouvelle hausse des prix dans ce bloc, de 300 %
énergétique. Ils entrent dans la fabrication des véhicules en moyenne. Les minéraux coûtant plus cher, les inves-
électriques, des batteries et des câbles électriques et sont tissements dans les panneaux solaires et les éoliennes et
utilisés pour les technologies renouvelables (panneaux la production de véhicules électriques diminueraient
solaires, éoliennes, etc.). La demande de ces minerais (graphique 3.10). Dans ce scénario de zéro émission nette,
critiques pourrait augmenter dans des proportions subs- il y aurait environ 70 % de nouveaux véhicules électriques
tantielles (AIE, 2023) et ils pourraient devenir aussi en moins dans le bloc Chine–Russie+ si le monde était
essentiels à l’économie mondiale — dans un scénario fragmenté plutôt qu’intégré28.
d’émissions nettes nulles — que l’avait été le pétrole brut La fragmentation engendrerait un excès d’offre de
(Boer, Pescatori et Stuermer, 2023). minéraux dans le bloc hypothétique États-Unis–Europe+.
Dans le scénario d’une réduction à zéro des émissions
nettes d’ici 2050, l’AIE (2023) prévoit que la demande 27Modéliser les effets nets de la fragmentation sur l’innovation et
de cuivre aura été multipliée par 1,5, celle de nickel les mesures gouvernementales en faveur des technologies vertes, d’une
utilisation plus rationnelle des produits de base, de la substitution et des
et de cobalt par 2 et celle de lithium par 6 en 2030.
technologies d’extraction sort du cadre de ce chapitre. Il pourrait y avoir
Cela provoquerait sans doute une hausse des cours très des effets à long terme concurrents dans les blocs et entre eux, effets
sensible, car il est difficile d’intensifier les activités d’ex- dont ne rendent pas compte les élasticités de l’offre et de la demande
traction et de raffinage, qui sont en outre extrêmement utilisées dans le modèle (voir Acemoglu, 2002 ; Acemoglu et al., 2012 ;
Schwerhoff et Stuermer, 2020 ; Hassler, Krusell et Olovsson, 2021 ;
concentrées sur le plan géographique (graphique 3.2, Góes et Bekkers, 2022 ; et Lemoine, à paraître).
plage 1 ; graphique 3.2.2 de l’annexe en ligne). Le Chili 28Dans le scénario de la fragmentation, le coût budgétaire pour la
et le Pérou, par exemple, extraient plus d’un tiers du Chine du soutien aux investissements visant à se replacer sur la trajec-
toire « zéro émission nette » serait compris entre 1½ et 2 % du PIB. La
cuivre mondial, et l’Indonésie et les Philippines environ quantification des effets de la fragmentation sur la réduction des émis-
la moitié de tout le nickel. sions sort du cadre de ce chapitre.
Graphique 3.10. Effet de la fragmentation des marchés 30 % si l’on se servait des émissions de gaz à effet de serre
des minéraux clés sur l’investissement dans les énergies
pour évaluer la réaction à l’échelle régionale de l’investisse-
renouvelables et les véhicules électriques, 2030
(Écart en pourcentage par rapport au scénario de zéro émission nette ment dans les énergies renouvelables et les véhicules élec-
sans fragmentation) triques. La mesure rend compte du fait que l’activité dans le
bloc Chine–Russie+ produit davantage d’émissions et qu’il
20 Investissements dans les énergies Production de véhicules électriques faut donc fournir un effort plus important pour atteindre
renouvelables
les objectifs d’atténuation des émissions mondiales30.
0 Décarboner l’économie mondiale risque d’être plus difficile
si le marché des minéraux est fragmenté.
–20
nique améliorerait la substituabilité des minéraux avec d’autres intrants. sions de gaz à effet de serre en 2020, mais un tiers seulement du PIB
Par exemple, doubler l’élasticité de substitution des quatre minéraux mondial. De ce fait, les pertes d’investissement au niveau mondial sont
atténuerait le recul de l’investissement dans les technologies à base bien plus élevées quand on agrège les variations au niveau des blocs en
d’énergies renouvelables, de 20 à 12 %. Le déficit d’investissements utilisant les émissions (points jaunes dans le graphique 3.10) plutôt que
mondiaux dans l’écologie lié à la fragmentation serait toutefois moins le PIB pondéré en fonction des parités du pouvoir d’achat (barres du
important, si les producteurs de minéraux (Chili, Pérou, République graphique 3.10).
dynamique d’inflation instable, qui compliquerait la poli- vertes devrait faire réfléchir les pays avancés. Le bloc
tique monétaire. hypothétique Chine–Russie+ étant responsable de la
Les effets potentiels de la fragmentation varient consi- moitié des émissions mondiales, la possibilité d’éviter une
dérablement d’un pays à l’autre et se contrebalancent catastrophe climatique planétaire dépend de la capacité
parfois entre pays consommateurs et pays producteurs, de des pays de ce bloc à réussir à temps la transition vers des
sorte que les pertes de production sont modestes à l’échelle énergies propres. D’un autre côté, la menace de baisse de
mondiale. En moyenne, les pays à faible revenu enregis- la production et de hausse de l’inflation que fait peser la
treraient des baisses de production à long terme sensible- fragmentation des marchés des produits de base pour-
ment plus importantes. Comme un grand nombre d’entre rait faire réfléchir de nombreux pays à faible revenu et
eux sont très tributaires de leurs importations agricoles, la à revenu intermédiaire, dont le principal objectif est de
fragmentation des marchés des produits agricoles poserait relever les niveaux de vie.
d’importants problèmes d’insécurité alimentaire. Les simu- En cas de fragmentation des marchés des produits de
lations modélisées semblent montrer que le bloc Chine– base, tous les pays pâtiraient de la volatilité et de l’incer-
Russie+ pourrait être économiquement plus pénalisé qu’un titude accrues. Un processus de fragmentation prolongé,
bloc États-Unis–Europe+, sachant que les répercussions résultant de mesures gouvernementales complexes et
économiques seraient moins violentes si les restrictions au difficiles à prévoir, avec des modalités de mise en œuvre
commerce des produits de base n’étaient que partielles ou variables, accroîtrait aussi l’incertitude, faisant baisser
s’il y avait un bloc non aligné. Globalement, une accentua- l’investissement privé et détournant potentiellement les
tion de la fragmentation des marchés des produits de base rares ressources publiques au profit d’une relocalisation
porterait un nouveau coup à l’économie dans un contexte sous-optimale de l’offre de produits de base.
déjà difficile (ralentissement de la croissance mondiale, La meilleure solution étant la prévention, il s’agit
conditions de financement défavorables, dettes élevées), et d’empêcher la fragmentation des marchés des produits
certains des pays les plus vulnérables seraient particulière- de base. Une coopération multilatérale peut être mise
ment ébranlés. sur pied à cet effet, pour éviter de tomber dans un cercle
La fragmentation des marchés de minéraux essentiels vicieux où des pays imposeraient des restrictions en vue
pourrait alourdir le coût de la transition vers des éner- de gérer les risques et d’atténuer les conséquences écono-
gies propres, avec un risque accru de retarder les néces- miques de la fragmentation. Au rang des meilleures solu-
saires mesures d’atténuation du changement climatique. tions multilatérales figurent le renforcement des règles
Cela pourrait renforcer la pression à la hausse sur les prix de l’Organisation mondiale du commerce relatives aux
au sein du bloc disposant de très faibles ressources miné- restrictions quantitatives, aux droits de douane à l’expor-
rales dans la simulation fournie à titre d’illustration pour tation, aux mesures de subvention discriminatoires, aux
ce chapitre. Le bloc disposant de ressources minérales prescriptions relatives à la teneur en éléments d’origine
abondantes ne pourrait pas tirer parti de l’offre excéden- locale et aux autres mesures commerciales concernant
taire à court terme, car il serait incapable d’augmenter les produits de base (voir Bown, 2023). C’est essentiel
rapidement ses capacités de raffinage et de transforma- pour les matières premières alimentaires, car l’insécurité
tion. Dans la simulation, la fragmentation conduit à une alimentaire touche une fraction importante de la popula-
baisse des investissements mondiaux indispensables dans tion dans les pays à faible revenu31.
les énergies renouvelables et les véhicules électriques qui Des solutions de deuxième choix peuvent aussi être
peut aller jusqu’à 30 % d’ici 2030. envisagées. Compte tenu des effets potentiellement
Au vu de tous ces éléments, les pays avancés devraient- néfastes de la fragmentation sur la transition énergétique,
ils veiller à ce que le commerce des produits de base un accord a minima visant à aménager un « corridor
reste ouvert ? Les pays émergents ou en développement écologique » devrait être conclu afin de conserver des
devraient-ils s’inquiéter du coût potentiellement plus marchés intégrés pour les minéraux indispensables à la
élevé de la transition écologique ? À ces deux questions,
31Giordani, Rocha et Ruta (2016) montrent qu’en plus des effets de
la réponse est oui.
distorsion habituels, les restrictions aux échanges de denrées alimen-
Même si les simulations semblent indiquer que, globa- taires peuvent avoir des effets multiplicateurs. Les prix élevés de ces
lement, la fragmentation des marchés des produits de denrées peuvent déclencher des mesures de restriction à l’exportation,
base n’entraînerait pas des pertes de production trop tandis que les importateurs réduisent leurs droits à l’importation. Ces
politiques avivent les tensions sur les marchés mondiaux des produits
lourdes dans le bloc États-Unis-Europe+, le risque de alimentaires et sont susceptibles de déclencher un nouveau cycle de
compromettre la transition mondiale vers des énergies restrictions commerciales.
décarbonation. Protéger les échanges de ces minéraux améliorerait l’efficience et empêcherait les retombées
peut être l’une des composantes d’un accord fondateur négatives dans le monde.
minimal entre les pays. Même s’il ne faut pas sous-esti- Des politiques visant plus globalement à renforcer la
mer les difficultés politiques, il pourrait être plus facile résilience aux chocs peuvent aider les pays à atténuer les
de conclure un tel accord, parce qu’il se concentrerait sur effets des chocs sur les produits de base. Il s’agit entre
un ensemble plus limité de produits de base et de pays. autres de renforcer les cadres macroéconomiques, struc-
Des accords de ce type prévoyant des « corridors alimen- turels et budgétaires ; de constituer des volants de sécurité
taires » pourraient servir de barrières de sécurité sur les budgétaire et financière ; et d’élaborer des plans de prépa-
marchés des produits agricoles essentiels, assurer un égal ration pour faire face à des perturbations soudaines de
accès aux denrées alimentaires dans tous les pays, quel l’offre de produits de base. Les filets de protection sociale
que soit leur niveau de revenu, et réduire les risques de devraient aussi être renforcés pour protéger les ménages
catastrophes humanitaires dans un monde où les chocs vulnérables de la hausse des cours et de la volatilité
sur l’offre deviennent plus fréquents. accrue. Comme la fragmentation des marchés physiques
Bien que de nombreux minéraux utilisés dans les tech- des produits de base pourrait accentuer la volatilité sur les
niques de production d’énergie propre vont certaine- marchés financiers et aboutir à des ajustements de change
ment jouer un rôle essentiel pour l’économie mondiale, drastiques, des mesures visant à empêcher la désorgani-
les données concernant leur consommation, leur produc- sation des marchés d’instruments dérivés sur produits de
tion et leurs stocks sont insuffisantes, ce qui rend les base et prévenir l’instabilité financière pourraient s’impo-
perspectives des producteurs et des consommateurs ser (édition d’avril 2023 du Rapport sur la stabilité finan-
plus incertaines et pourrait masquer des risques pour les cière dans le monde).
marchés financiers. À cet égard, la communauté interna- Les politiques industrielles ne sont que la solution de
tionale pourrait faciliter la transition écologique et contri- troisième choix et doivent être bien pensées pour garan-
buer à la sécurité énergétique en créant une plateforme tir une égalité de traitement aux entreprises sur des
ou une organisation qui améliorerait les échanges et la marchés concurrentiels et afin d’éviter des répercussions
normalisation de données internationales sur la produc- transfrontalières négatives, de réduire le plus possible les
tion, la consommation et les stocks de minéraux. Une distorsions et les inefficiences et d’atténuer les risques
telle initiative pourrait s’inspirer de la Joint Organisations budgétaires et les résultats négatifs en termes d’économie
Data Initiative lancée pour les combustibles fossiles et politique. Les politiques de délocalisation vers des pays
du système d’information sur les marchés agricoles, qui amis peuvent aussi créer des distorsions sur les marchés
concerne les denrées alimentaires. et se révéler onéreuses. Ces deux types de politiques
Pendant que les dirigeants tentent d’atténuer le risque devraient être réservés à des contextes particuliers (défail-
de fragmentation, des mesures peuvent être prises pour lance manifeste des marchés, préoccupations de sécurité
en réduire le plus possible les répercussions écono- nationale très précises, etc.). Les coûts aux niveaux natio-
miques potentielles. Au vu de la concentration géogra- nal et mondial sont plus limités et les économies résistent
phique de la production et de l’absence de diversification mieux aux chocs si des échanges commerciaux sans
des fournisseurs de produits de base, il faut 1) favori- aucune restriction sont possibles dans des zones écono-
ser l’investissement dans les secteurs nationaux de l’ex- miques plus étendues. Les restrictions imposées dans
traction, de l’exploration et du recyclage des minéraux certains pays sur la base de la teneur en éléments d’ori-
critiques ; 2) diversifier les sources d’approvisionnement ; gine locale ne sont pas satisfaisantes, car elles peuvent
et 3) investir dans l’infrastructure afin de réduire les coûts interférer avec les signaux–prix, affaiblir la concurrence
du commerce et d’améliorer l’intégration des marchés. et donc réduire la productivité. Établir un cadre pour des
Soutenir l’innovation pour accélérer le progrès technique consultations internationales sur les pratiques de relo-
et mettre au point des substituts permettrait une utili- calisation vers des pays amis pourrait aider à identifier
sation plus rationnelle des produits et la constitution les répercussions négatives dans le monde et atténuer les
de réserves stratégiques. Une coopération multilatérale conséquences néfastes.
répercussions à l’aide des liaisons maritimes interportuaires. après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
–2,5 Mio –1,5 Mio –750 000 –100 000 100 000 750 000 1,5 Mio 2,5 Mio 3,5 Mio
Sources : Plateforme mondiale de l’Organisation des Nations Unies ; Terre naturelle ; calculs des services du FMI.
Note : La taille des bulles indique l’ampleur de la modification pour le port de destination. Les lignes indiquent les
itinéraires empruntés.
Encadré 3.2. La fragmentation des marchés des produits de base au fil des ans : une histoire très nuancée
Les expériences passées de fragmentation des marchés des notamment le blé. Les négociants contournaient
produits de base sont très variables et vont de la désorga- souvent les mesures gouvernementales pour faciliter ce
nisation totale du commerce pendant la Seconde Guerre « troc » (Farchy et Blas, 2021). Le commerce dépend
mondiale aux restrictions et contrôles imposés durant la aussi de considérations politiques. Ainsi, après l’inva-
Guerre froide, en passant par les embargos commerciaux et sion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, le président
autres restrictions à l’exportation. Les épisodes de fragmenta- américain Jimmy Carter a imposé un embargo partiel sur
tion sont généralement de courte durée étant donné la fongi- les exportations de céréales aux Soviétiques3. L’embargo
bilité des produits de base et les possibilités d’arbitrage. n’a pourtant servi à rien, car les marchés céréaliers sont
par nature mondiaux. Les importations soviétiques de
Durant la Seconde Guerre mondiale, le commerce céréales américaines ont chuté fortement, mais ont été
entre les grands blocs respectivement contrôlés par l’Al- remplacées par des importations provenant d’autres pays,
lemagne (Europe), le Japon (Asie) et les Alliés (reste dont l’Argentine (Oki, 2008).
du monde) s’est arrêté (Findlay et O’Rourke, 2007)1. Les marchés des produits de base sont souvent la cible
Certains blocs se sont retrouvés à court de produits d’embargos servant à exercer des pressions politiques.
de base, avec par exemple des pénuries de pétrole brut Les membres arabes de l’Organisation des pays expor-
(essentiellement produit par les Alliés) en Allemagne et tateurs de pétrole (OPEP) ont lancé un embargo contre
au Japon et de caoutchouc (essentiellement produit par les États-Unis et d’autres pays en 1973 lors du conflit
le Japon) parmi les Alliés (Tuttle, 1981). Dans les deux arabo-israélien et annoncé une réduction d’un quart de
cas, l’État et les entreprises ont travaillé main dans la la production. Entre septembre 1973 et janvier 1974,
main pour atténuer les pénuries. L’Allemagne s’est dotée les prix du pétrole ont plus que quadruplé. Le marché
d’une industrie de fabrication de carburant synthétique pétrolier a été considérablement perturbé, mais l’épisode
à partir de charbon. En 1940, ce carburant représen- a été de courte durée, car les négociants ont détourné
tait près de la moitié de l’approvisionnement en pétrole le pétrole vers des pays sous embargo et les pays non
du pays et 95 % de son essence pour l’aviation (Painter, membres de l’OPEP ont augmenté leur production
2012). Aux États-Unis, des stocks de caoutchouc natu- (McNally, 2017). Les importateurs ont aussi pris des
rel ont été constitués et les pouvoirs publics ont travaillé mesures pour réduire leur vulnérabilité, par exemple en
avec l’industrie pour mettre au point du caoutchouc de exigeant une utilisation plus rationnelle de l’énergie et en
synthèse (ACS, 1998). créant des stocks stratégiques (Baffes et Nagle, 2022).
Pendant la Guerre froide, le commerce entre les blocs Un autre exemple d’embargo est tiré de l’histoire
placés respectivement sous la houlette des États-Unis et sud-africaine pendant l’apartheid. Plusieurs gouver-
de l’Union soviétique était limité en raison de la stratégie nements ont mis en œuvre des interdictions à grande
d’autosuffisance de cette dernière2. L’Union soviétique échelle visant les exportations vers l’Afrique du Sud, pour
échangeait du pétrole brut, du gaz naturel et certains le pétrole brut en particulier. Mais ces sanctions ont été
métaux contre des produits manufacturés et agricoles, partiellement mises en échec par des négociants prêts à
passer outre des sanctions pour vendre leur pétrole très
L’auteur de cet encadré est Peter Nagle. cher (Farchy et Blas, 2021). L’Histoire montre globa-
1Les échanges commerciaux entre ces blocs et les pays neutres
lement que, grâce à leur fongibilité, les produits de
ont été perturbés par la guerre. Les États-Unis et le Royaume-Uni base réussissent toujours à passer des producteurs aux
ont acheté une grande partie du tungstène produit par l’Espagne
pour faire grimper les cours et limiter les volumes disponibles pour
consommateurs, sauf quand des barrières commerciales
l’Allemagne. Entre 1941 et 1943, le prix du tungstène a été multi- quasi absolues sont érigées.
plié par 13 (Caruana et Rockoff, 2001).
2Les échanges Est–Ouest se sont singulièrement réduits pendant la 3En 1980, l’Union soviétique envisageait d’importer 35 millions
Guerre froide, de trois quarts du commerce de l’Est en 1938 à 14 % de tonnes de céréales, dont 25 millions de tonnes en provenance
en 1953. En revanche, le commerce et l’interdépendance au sein des des États-Unis. Au final, elle n’a importé que 8 millions de tonnes,
blocs ont progressé (Spulber et Gehrels, 1958 ; Foreman-Peck, 1995). au titre d’un traité signé plus tôt (JEC, 1980).
Encadré 3.3. Les effets économiques inégaux de la fragmentation des marchés des produits de base
La fragmentation des marchés des produits de base ne touche commerce sont fixés de sorte qu’il n’y ait aucun échange
pas tous les pays et tous les ménages de la même façon. Cet de produits de base entre les blocs.
encadré démontre que les pays à faible revenu sont plus Les résultats montrent que l’effet global de la fragmen-
vulnérables, surtout si la fragmentation concerne les produits tation des marchés des produits de base serait modéré,
agricoles, car ces pays sont plus tributaires des importations avec une perte de PIB de 0,3 % à l’échelle mondiale
de denrées alimentaires. Si la fragmentation devait se pour- (graphique 3.3.1). Ces chiffres masqueraient toute-
suivre, des problèmes d’insécurité alimentaire seraient donc fois des écarts importants au sein des blocs et entre eux.
sérieusement à craindre. Pour certains pays dont les concurrents n’auraient plus
accès aux marchés d’exportation, le détournement des
Pour quantifier les effets sur le PIB à long terme d’une
échanges pourrait avoir des effets bénéfiques. Mais la
fragmentation du commerce de nombreux produits de
plupart des pays enregistreraient des baisses de produc-
base en même temps, cet encadré se sert d’un modèle
tion permanentes. Les pertes seraient plus élevées là où
multipays et multisecteurs qui s’appuie sur Caliendo et
les échanges de produits de base étaient importants. Le
Parro (2015). Bolhuis, Chen et Kett (2023) augmentent le
bloc Chine–Russie+ et les pays à faible revenu, dont les
modèle pour rendre compte des échanges et de la produc-
économies reposent sur une utilisation plus intensive de
tion de 133 produits de base dans 145 pays. Le travail est
ces produits, seraient les grands perdants.
le seul facteur de production et la productivité est exogène.
La forte dépendance des pays à faible revenu aux impor-
Les produits de base sont utilisés comme intrants intermé-
tations de produits agricoles les rendrait particulièrement
diaires, avec une élasticité de l’offre à long terme de 1. Le
vulnérables (graphique 3.3.2). La désorganisation du
modèle reflète la structure d’entrées–sorties du commerce
commerce des produits alimentaires entraînerait à elle seule
mondial et postule une faible élasticité de substitution
des pertes de PIB de 1 %. La fragmentation des marchés
entre les produits de base et d’autres intrants nécessaires
des produits de base pourrait aussi coûter cher sur les plans
à la production de biens manufacturés. Les coûts du
social et humanitaire et pénaliser tout particulièrement
Les auteurs de cet encadré sont Marijn Bolhuis, Jiaqian Chen et les ménages les plus modestes, dont une grande partie des
Benjamin Kett. Voir Bolhuis, Chen et Kett (2023) pour plus de détails. revenus est consacrée aux achats de denrées et de carburant.
Graphique 3.3.1. Pertes de production estimées Graphique 3.3.2. Estimation des pertes de PIB
(Écart en pourcentage par rapport dans les pays à faible revenu et autres pays
au scénario de référence) (Écart en pourcentage par rapport
0,0 au scénario de référence)
0,2
–0,1
0,0
–0,2
–0,2
–0,3
–0,4
–0,4 –0,6
–0,5 –0,8
Ensemble des produits
–1,0 Agriculture
–0,6
Énergie
–1,2 Minerais
–0,7
Monde États-Unis–Europe+ Chine–Russie+
–1,4
Tous produits de base confondus Pays à faible revenu Autres
Sources : base de données Eora Global Supply Chain ; Sources : base de données Eora Global Supply Chain ; Gaulier
Gaulier et Zignago (2010) ; Institut d'études géologiques et Zignago (2010) ; Institut d'études géologiques britannique ;
britannique ; Institut d’études géologiques des États-Unis ; Institut d’études géologiques des États-Unis ; Organisation des
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ; calculs des
l’agriculture ; calculs des services du FMI. services du FMI.
Note : Les barres représentent les pertes de PIB par rapport Note : Les barres représentent les pertes de PIB par rapport au
au scénario de référence résultant de l’élimination du scénario de référence résultant de l’élimination du commerce
commerce des produits de base entre blocs hypothétiques. de groupes de produits de base dans des blocs hypothétiques.
Les pertes au niveau des pays sont agrégées à l’aide de Les pertes au niveau des pays sont agrégées à l’aide de
pondérations basées sur le PIB en parités de pouvoir d’achat. pondérations basées sur le PIB en parités de pouvoir d’achat.
Pour plus de détails, voir Bolhuis, Chen et Kett (2023). Pour plus de détails, voir Bolhuis, Chen et Kett (2023).
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L
’appendice statistique présente des données pour le taux dollar/DTS, 1,088 et 1,094 pour le taux
rétrospectives et des projections. Il comprend dollar/euro1, et 139,1 et 143,1 pour le taux yen/dollar.
les sections suivantes : hypothèses ; Le prix du baril de pétrole sera en moyenne de
modifications récentes ; données et 80,49 dollars en 2023 et de 79,92 dollars en 2024.
conventions ; notes sur les pays ; classification des pays ; Les politiques nationales menées à l’heure actuelle
caractéristiques générales et composition des différents ne changeront pas. Les hypothèses plus spécifiques sur
groupes de pays dans la classification des Perspectives lesquelles sont fondées les projections relatives à un
de l’économie mondiale (PEM) ; principaux documents échantillon de pays sont décrites dans l’encadré A1.
relatifs aux données ; tableaux statistiques. S’agissant des taux d’intérêt, le rendement des obligations
La première section résume les hypothèses sur lesquelles d’État à trois mois s’établira en moyenne à 5,3 % en 2023
reposent les estimations et projections pour 2023–24. La et à 5,4 % en 2024 pour les États-Unis, à 3,0 % en 2023
deuxième rappelle brièvement les modifications appor- et à 3,2 % en 2024 pour la zone euro, et à –0,2 % en 2023
tées à la base de données et aux tableaux de l’appendice et à –0,1 % en 2024 pour le Japon. En outre, le rende-
statistique depuis l’édition d’avril 2023 des PEM. La troi- ment des obligations d’État à 10 ans s’établira en moyenne à
sième donne une description générale des données et des 3,8 % en 2023 et à 4,0 % en 2024 pour les États-Unis, à
conventions utilisées pour calculer les chiffres compo- 2,4 % en 2023 et à 2,6 % en 2024 pour la zone euro, et à
sites pour chaque groupe de pays. La quatrième présente 0,5 % en 2023 et à 0,6 % en 2024 pour le Japon.
certaines informations importantes pour chaque pays. La
cinquième résume la classification des pays par groupes Modifications récentes
types, et la sixième explique cette classification de façon • Les projections pour le secteur budgétaire de l’Équa-
plus approfondie. La septième donne des informations teur, précédemment omises en raison d’entretiens en
sur les méthodes d’établissement et les normes de décla- cours sur un programme, figurent désormais dans le
ration des indicateurs de comptabilité nationale et de présent appendice statistique.
finances publiques des pays membres qui sont inclus dans • Les données et projections concernant l’Érythrée pour
le rapport. la période 2020–28 ne figurent pas dans la base de
La dernière et principale section regroupe les tableaux données, en raison de contraintes sur la communica-
statistiques. L’appendice statistique A est inclus dans la tion des données.
version papier ; l’appendice statistique B est disponible • Les projections pour Sri Lanka pour la période
en ligne à l’adresse [Link]/fr/Publications/WEO. 2023–28 ne sont pas publiées, en raison d’entretiens
Les données de ces tableaux sont établies sur la base en cours sur la restructuration de la dette souveraine.
des informations disponibles au 25 septembre 2023. Par • Les projections pour l’Ukraine pour la période 2024–28,
souci de commodité uniquement, les chiffres portant conformément au scénario de référence du programme,
sur 2023–24 sont présentés avec le même degré de préci- figurent désormais dans le présent appendice statistique.
sion que les chiffres rétrospectifs, mais, en tant que • Concernant la Cisjordanie et Gaza, plusieurs projec-
projections, ils n’ont pas nécessairement le même degré tions pour 2022–28 ne seront pas publiées tant que
d’exactitude. certains ajustements méthodologiques n’auront pas été
apportés aux séries statistiques.
Hypothèses 1Les taux de conversion irrévocablement fixés entre l’euro et les
ont partiellement adopté les normes les plus récentes et cours des produits de base sont calculées sur la base des taux de variation
annuelle composés, sauf pour le taux de chômage, qui repose sur une
poursuivront leur mise en application au fil des années2.
moyenne arithmétique simple.
Les données relatives à la dette budgétaire brute et 4Voir l’encadré 1.1 de l’édition d’octobre 2020 des PEM pour une réca-
nette présentées dans les PEM sont tirées de sources de pitulation des coefficients de pondération en parités de pouvoir d’achat révi-
données officielles et d’estimations des services du FMI. sés, ainsi que la « Révision des pondérations de parité de pouvoir d’achat »
dans la Mise à jour des PEM de juillet 2014, l’appendice 1.1 de l’édition
2Beaucoup de pays mettent en œuvre le SCN 2008 ou le Système d’avril 2008 des PEM, l’encadré A2 de l’édition d’avril 2004 des PEM, l’en-
européen des comptes nationaux et régionaux 2010. Un petit nombre de cadré A1 de l’édition de mai 2000 des PEM et l’annexe IV de l’édition de
pays utilise des versions du SCN antérieures à celle de 1993. On s’attend mai 1993 des PEM ; voir aussi Anne-Marie Gulde et Marianne Schulze-
à une tendance similaire pour ce qui est de l’adoption du MBP6 et du Ghattas, « Purchasing Power Parity Based Weights for the World Economic
MSFP 2014. Veuillez vous référer au tableau G, qui indique les normes Outlook », dans Staff Studies for the World Economic Outlook (Washington,
statistiques observées par chaque pays. Fonds monétaire international, décembre 1993), pages 106–23.
les données agrégées d’inflation au niveau mondial et Pour certains pays, les chiffres de 2022 et des années
parmi les pays avancés (et leurs sous-catégories), les taux antérieures reposent sur des estimations, et non sur des
annuels sont de simples variations en pourcentage par données effectives. Le tableau G donne pour chaque pays
rapport aux années précédentes ; pour ce qui concerne les dernières données effectives pour les comptes natio-
les données agrégées d’inflation des pays émergents et des naux, les prix, les finances publiques et la balance des
pays en développement (et de leurs sous-catégories), les paiements.
taux annuels reposent sur des différences logarithmiques.
Les chiffres composites pour le PIB réel par habi-
tant calculé selon les parités de pouvoir d’achat sont des Notes sur les pays
sommes des données de chaque pays après conversion en Afghanistan : Les données pour 2021 et 2022 sont des
dollar international pour les années indiquées. estimations qui ne sont fournies que pour certains indi-
Sauf indication contraire, les chiffres composites pour cateurs, et les projections pour 2023–28 sont omises en
tous les secteurs de la zone euro sont corrigés de manière à raison d’un degré d’incertitude inhabituellement élevé,
tenir compte des divergences dans la déclaration des tran- étant donné que le FMI a suspendu ses activités auprès
sactions qui s’effectuent à l’intérieur de la zone. Pour les du pays en raison d’un manque de clarté au sein de la
données annuelles sur le PIB, des données non ajustées sont communauté internationale s’agissant de la reconnais-
utilisées pour la zone euro et la majorité des pays, à l’excep- sance du gouvernement afghan.
tion de Chypre, de l’Espagne, de l’Irlande et du Portugal, Algérie : Le total des dépenses publiques et la capacité
qui déclarent des données corrigées des effets de calendrier. nette/le besoin net de financement englobent les prêts
Pour les données antérieures à 1999, les agrégations des nets consentis par l’État, ce qui s’explique principalement
données se rapportent aux taux de change de l’écu de 1995. par l’appui apporté au régime de retraite et à d’autres
Les chiffres composites pour les données budgétaires entités du secteur public.
sont les sommes des données nationales après conversion Argentine : L’indice des prix à la consommation (IPC)
en dollars aux taux de change moyens du marché pour officiel est établi à partir de décembre 2016. Pour les
les années indiquées. périodes précédentes, les données relatives à l’IPC pour
Les taux composites du chômage et de l’emploi sont l’Argentine correspondent à celles de l’IPC pour le
pondérés par la population active des pays, exprimée en Grand Buenos Aires (avant décembre 2013), à l’IPC natio-
pourcentage de la population active du groupe considéré. nal (IPCNu, de décembre 2013 à octobre 2015), à l’IPC de
Pour ce qui est des statistiques du secteur extérieur, les la ville de Buenos Aires (de novembre 2015 à avril 2016) et
chiffres composites représentent la somme des données à l’IPC du Grand Buenos Aires (de mai à décembre 2016).
pour chaque pays, après conversion en dollars aux cours Comme ces séries n’ont pas la même couverture géogra-
de change moyens des années indiquées pour la balance phique et n’emploient ni les mêmes pondérations, ni les
des paiements et aux cours en fin d’année pour la dette mêmes méthodes d’échantillonnage, ni la même métho-
libellée dans des monnaies autres que le dollar. dologie, l’inflation moyenne pour 2014–16 et l’inflation
En ce qui concerne toutefois les volumes et les prix du en fin de période pour 2015–16 n’apparaissent pas dans
commerce extérieur, les chiffres composites représentent les PEM. En outre, l’Argentine a mis fin à la publication
la moyenne arithmétique des pourcentages de variation des données sur le marché du travail à partir du quatrième
enregistrés par les différents pays, pondérée par la valeur trimestre de 2015, et de nouvelles séries ont été publiées à
en dollars de leurs exportations ou importations respec- compter du deuxième trimestre de 2016.
tives exprimées en pourcentage des exportations ou des Bangladesh : Les données et les prévisions sont présen-
importations au niveau mondial ou pour le groupe consi- tées sur la base de l’exercice budgétaire. Toutefois,
déré (enregistrées l’année précédente). les agrégats du groupe de pays auquel appartient le
Sauf indication contraire, les chiffres composites sont Bangladesh utilisent des estimations du PIB réel et du
calculés pour les groupes de pays s’ils représentent au PIB en parités de pouvoir d’achat par année civile.
moins 90 % des pondérations du groupe. Cisjordanie et Gaza : Plusieurs projections pour
Les données se rapportent aux années civiles, sauf pour 2022–28 ne seront pas publiées tant que certains ajus-
un petit nombre de pays qui utilisent les exercices budgé- tements méthodologiques n’auront pas été apportés aux
taires. Le tableau F indique les pays dont la période de séries statistiques.
déclaration est différente pour les données relatives aux Costa Rica : La définition de l’administration centrale
comptes nationaux et aux finances publiques. a été élargie à compter du 1er janvier 2021, pour englober
51 entités publiques conformément à la loi no 9524. Les Syrie : Les données sont exclues depuis 2011 en raison
données jusqu’en 2019 sont ajustées pour des raisons de de la situation politique incertaine.
comparabilité. Türkiye : Les projections se fondent sur les informa-
Érythrée : Les données et projections pour 2020–28 tions disponibles en date du 8 septembre 2023, et ne
ne figurent pas dans la base de données en raison de prennent pas pleinement en compte la hausse de taux
contraintes sur la communication des données. directeur et le nouveau cycle de resserrement quantitatif
Inde : Les taux de croissance du PIB réel sont tirés intervenus depuis.
des comptes nationaux, avec comme année de réfé- Turkménistan : Les données sur le PIB réel corres-
rence 2004/05 pour la période 1998–2011 et 2011/12 pondent à des estimations des services du FMI établies
pour les années ultérieures. conformément aux méthodes internationales (SCN), à
Iran : Le calcul des valeurs passées du PIB nominal en partir d’estimations et de sources officielles ainsi que des
dollars se fonde sur le taux de change officiel jusqu’à 2017. bases de données de l’Organisation des Nations Unies et
À partir de 2018, c’est le taux de change NIMA, plutôt de la Banque mondiale. Les estimations et les projections
que le taux de change officiel, qui sert à convertir en du solde budgétaire ont été établies sans tenir compte
dollars les chiffres du PIB nominal en rials. Les services du des recettes provenant d’émissions d’obligations inté-
FMI sont arrivés à la conclusion que le taux NIMA tradui- rieures et d’opérations de privatisation, conformément au
sait plus fidèlement le taux de change pondéré de la valeur MSFP 2014. Dans les estimations officielles des comptes
des transactions au cours de cette période. budgétaires, établies par les autorités à partir de méthodes
Italie : Les données et projections se fondent sur les statistiques nationales, les émissions d’obligations et les
informations disponibles en date du 21 septembre 2023. recettes des privatisations sont comprises dans les recettes
Liban : Les données pour 2021–22 sont des estimations publiques.
des services du FMI et ne proviennent pas des autorités Ukraine : Les données révisées des comptes nationaux
libanaises. Les projections pour 2023–28 sont omises en sont disponibles à partir de 2000, mais n’incluent plus la
raison d’un degré d’incertitude inhabituellement élevé. Crimée et Sébastopol à partir de 2010.
Libye : Les projections ne prennent pas en compte Uruguay : En décembre 2020, les autorités ont
l’impact des inondations de septembre 2023. commencé à communiquer les données de leurs comptes
République dominicaine : Le périmètre des séries de nationaux selon le SCN 2008, avec 2016 comme année
finances publiques est le suivant : la dette publique, de base. Les nouvelles séries commencent en 2016. Les
le service de la dette ainsi que les soldes corrigés des données antérieures à 2016 témoignent du souci des
variations cycliques et soldes structurels se rapportent services du FMI de préserver les données précédemment
au secteur public consolidé (à savoir l’administration communiquées et d’éviter toute rupture structurelle.
centrale, le reste du secteur public non financier et la Depuis octobre 2018, le système public de retraite de
banque centrale) ; les autres séries de finances publiques l’Uruguay reçoit des transferts en vertu de la loi n° 19.590
portent sur l’administration centrale. qui indemnise les personnes touchées par la création
Royaume-Uni : Les projections ne prennent pas en du système mixte de retraite. Ces fonds sont enregis-
compte les révisions à la hausse considérables des statis- trés comme recettes, conformément à la méthodologie
tiques du PIB de 2020 et 2021, dont il a été donné du FMI. Ces transferts influent donc sur les données et
un aperçu le 1er septembre 2023 (avant publication le les projections pour 2018–22. Ils représentaient 1,2 %
29 septembre 2023). du PIB en 2018, 1,1 % du PIB en 2019, 0,6 % du PIB
Sierra Leone : Bien que le pays ait changé son unité en 2020, 0,3 % du PIB en 2021, 0,1 % du PIB en 2022
monétaire le 1er juillet 2022, les données en monnaie et 0 % du PIB par la suite. Pour de plus amples infor-
nationale sont exprimées en ancien leone dans l’édition mations, veuillez consulter le rapport du FMI no 19/645.
d’octobre 2023 des PEM. Cette note à propos du système public de retraite ne s’ap-
Sri Lanka : Les projections correspondant à la plique qu’aux séries relatives aux recettes et à la capacité/
période 2023–28 ne sont pas publiées en raison d’entre- au besoin de financement.
tiens en cours au sujet de la restructuration de la dette Le périmètre des données budgétaires pour l’Uru-
souveraine. guay est passé du secteur public consolidé au secteur
Soudan : Les projections traduisent les analyses des 5Uruguay : rapport des services du FMI pour les consultations
services du FMI, fondées sur l’hypothèse d’une fin du de 2018 au titre de l’article IV, rapport no 19/64 (Washington, Fonds
conflit d’ici la fin de 2023. monétaire international, février 2019).
public non financier à partir de l’édition d’octobre 2019 Classification des pays
des PEM. En Uruguay, le secteur public non finan-
Résumé
cier comprend l’administration centrale, les administra-
tions locales, les caisses de sécurité sociale, les entreprises Les pays sont répartis en deux groupes princi-
publiques non financières et la Banco de Seguros del paux : pays avancés, et pays émergents et pays en déve-
Estado. Les données rétrospectives ont également été loppement6. Loin d’être fixée en fonction de critères
révisées en conséquence. Dans ce périmètre budgé- immuables, économiques ou autres, cette classification
taire réduit, qui exclut la banque centrale, les actifs et évolue au fil des années. Elle a pour but de faciliter l’ana-
passifs détenus par le secteur public non financier avec la lyse en permettant d’organiser les données de manière
banque centrale comme contrepartie ne sont pas retran- aussi significative que possible. Le tableau A donne
chés des chiffres de l’endettement. Dans ce contexte, les une vue d’ensemble de la classification des pays, avec le
obligations de capitalisation émises auparavant par l’État nombre de pays appartenant à chaque groupe présenté
en faveur de la banque centrale font désormais partie de par région ainsi que des indicateurs de la taille de leur
la dette du secteur public non financier. Les estimations économie (PIB calculé sur la base des parités de pouvoir
de la dette brute et nette pour la période 2008–11 sont d’achat, total des exportations de biens et de services, et
préliminaires. population).
Venezuela : L’établissement des perspectives écono- Un certain nombre de pays ne figurent pas actuelle-
miques, y compris l’évaluation de l’évolution écono- ment dans cette classification et ne sont donc pas inclus
mique passée et actuelle comme base des projections, dans l’analyse. Cuba et la République populaire démo-
est rendu difficile par i) l’absence d’entretiens avec les cratique de Corée ne sont pas membres du FMI, qui, en
autorités (la plus récente des consultations au titre de conséquence, n’assure aucun suivi de leur économie.
l’article IV a eu lieu en 2004), ii) les métadonnées incom-
plètes des statistiques limitées communiquées et iii) les
difficultés à mettre en rapport les indicateurs communi-
Caractéristiques générales et composition
qués avec l’évolution économique. Les comptes budgé-
des différents groupes de pays
taires incluent l’administration centrale, la sécurité
dans la classification des Perspectives
sociale, l’organisme de garantie des dépôts (FOGADE)
de l’économie mondiale
et un ensemble réduit d’entreprises publiques, dont Pays avancés
Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA). À la suite d’amé- Le tableau B donne la composition du groupe des
liorations méthodologiques destinées à obtenir un PIB pays avancés (41 pays). Les sept pays de ce groupe dont
nominal plus fiable, les données rétrospectives et les indi- les PIB calculés sur la base des taux de change du marché
cateurs exprimés en pourcentage du PIB ont été révi- sont les plus élevés (États-Unis, Japon, Allemagne,
sés à partir de 2012. Pour la plupart des indicateurs, France, Italie, Royaume-Uni et Canada) forment le sous-
les données pour 2018–22 sont des estimations des groupe dit des principaux pays avancés, souvent appelé
services du FMI. Compte tenu des effets de l’hyperinfla- le Groupe des Sept. Les pays membres de la zone euro
tion et du manque de données communiquées, les indi- constituent un autre sous-groupe. Les chiffres composites
cateurs macroéconomiques projetés par les services du figurant dans les tableaux sous la rubrique « zone euro »
FMI doivent être interprétés avec prudence. Ces projec- se rapportent aux pays qui en font actuellement partie, et
tions sont entourées d’une grande incertitude. Les prix à cela vaut pour toutes les années, bien que le nombre des
la consommation du Venezuela sont exclus de toutes les pays membres ait augmenté au fil du temps.
données de groupe des PEM. Le tableau C donne la liste des pays membres de
Zimbabwe : Les autorités ont récemment redéfini l’Union européenne, qui ne sont pas tous classés parmi
les statistiques de leurs comptes nationaux, après avoir les pays avancés dans les PEM.
adopté en 2019 le dollar à règlement brut en temps réel,
rebaptisé par la suite dollar du Zimbabwe. Le dollar du
Zimbabwe avait auparavant cessé de circuler en 2009 et, 6Dans la présente étude, les termes « pays » et « économie » ne se
entre 2009 et 2019, le Zimbabwe a fonctionné sous un rapportent pas nécessairement à une entité territoriale constituant un
État au sens où l’entendent le droit et les usages internationaux. Ils s’ap-
régime multidevise dont l’unité de compte était le dollar pliquent aussi à certaines entités territoriales qui ne sont pas des États,
américain. mais qui établissent indépendamment des statistiques distinctes.
Pays émergents et pays en développement pays émergents et pays à revenu intermédiaire (PE&PRI).
Les pays sont classés parmi les débiteurs nets lorsque
Le groupe des pays émergents et des pays en dévelop-
leur dernière position extérieure globale nette, si elle est
pement (155 pays) rassemble tous les pays qui ne sont
disponible, est négative ou que le solde courant qu’ils
pas des pays avancés.
ont accumulé entre 1972 (ou une année antérieure si des
Les pays émergents et les pays en développement sont
données sont disponibles) et 2022 est négatif. Les pays
regroupés par région : Afrique subsaharienne ; Amérique
débiteurs nets sont aussi différenciés selon la situation du
latine et Caraïbes ; Moyen-Orient et Asie centrale (qui
service de la dette7.
comprend les sous-groupes régionaux « Caucase et
Le groupe des PPTE comprend tous les pays qui, selon
Asie centrale » et « Moyen-Orient, Afrique du Nord,
le FMI et la Banque mondiale, peuvent participer à l’ini-
Afghanistan et Pakistan ») ; pays émergents et pays en
tiative PPTE en vue de ramener leur dette extérieure à un
développement d’Asie ; pays émergents et pays en déve-
niveau viable dans un délai relativement bref8. Nombre
loppement d’Europe (on parle parfois d’Europe centrale
de ces pays ont déjà bénéficié d’un allégement de la dette
et orientale).
et ont pu sortir de l’initiative.
Les pays émergents et les pays en développement sont
Les PDFR sont les pays qui ont un revenu par habi-
aussi subdivisés en fonction de critères analytiques, qui
tant inférieur à un certain niveau (fixé à 2 700 dollars
tiennent à la source de leurs recettes d’exportation et à
en 2016 selon la méthode Atlas de la Banque mondiale),
la distinction entre pays créanciers nets et pays débiteurs
des caractéristiques structurelles qui correspondent à
nets. Les tableaux D et E donnent le détail de la compo-
un développement et à une transformation structurelle
sition des pays émergents et pays en développement, clas-
restreints, ainsi que des relations financières extérieures
sés par région et en fonction de critères analytiques.
insuffisantes pour être considérés de manière générale
La classification des pays selon le critère analytique,
comme des pays émergents.
par source de recettes d’exportation, distingue deux caté-
Le groupe des PE&PRI comprend les pays émer-
gories : les combustibles (Classification type pour le
gents et les pays en développement qui ne sont pas classés
commerce international [CTCI], section 3) et les autres
parmi les PDFR.
produits, dont les produits de base autres que les combus-
tibles (CTCI, sections 0, 1, 2, 4 et 68). Les pays sont
classés dans l’un ou l’autre de ces groupes lorsque leur 7Pendant la période 2018–22, 39 pays ont accumulé des arriérés
Tableau A. Classification par sous-groupes types et parts des divers sous-groupes dans le PIB global,
le total des exportations de biens et de services et la population mondiale en 20221
(En pourcentage du total pour le groupe considéré ou du total)
Exportations de biens
PIB et de services Population
Nombre Pays Pays Pays
de pays avancés Monde avancés Monde avancés Monde
Pays avancés 41 100,0 41,7 100,0 60,5 100,0 13,9
États-Unis 37,3 15,5 16,0 9,7 30,7 4,3
Zone euro 20 28,9 12,0 41,5 25,1 31,8 4,4
Allemagne 7,9 3,3 10,9 6,6 7,7 1,1
France 5,4 2,3 5,4 3,2 6,0 0,8
Italie 4,5 1,9 4,0 2,4 5,4 0,8
Espagne 3,3 1,4 3,1 1,9 4,4 0,6
Japon 9,0 3,8 4,9 2,9 11,5 1,6
Royaume-Uni 5,4 2,3 5,3 3,2 6,2 0,9
Canada 3,3 1,4 3,8 2,3 3,6 0,5
Autres pays avancés 17 16,1 6,7 28,5 17,3 16,1 2,2
Pour mémoire
Principaux pays avancés 7 72,7 30,3 50,2 30,4 71,3 9,9
Pays émergents Pays émergents Pays émergents
et pays en et pays en et pays en
développement Monde développement Monde développement Monde
Pays émergents et pays en développement 155 100,0 58,3 100,0 39,5 100,0 86,1
Groupes régionaux
Pays émergents et pays en développement d’Asie 30 56,2 32,8 49,4 19,5 55,7 47,9
Chine 31,6 18,4 30,1 11,9 21,0 18,1
Inde 12,5 7,3 6,3 2,5 21,1 18,2
Pays émergents et pays en développement
d’Europe 15 12,8 7,4 15,8 6,2 5,4 4,7
Russie 5,0 2,9 5,2 2,0 2,1 1,8
Amérique latine et Caraïbes 33 12,7 7,4 13,4 5,3 9,5 8,1
Brésil 4,0 2,3 3,1 1,2 3,0 2,6
Mexique 3,2 1,9 5,1 2,0 1,9 1,7
Moyen-Orient et Asie centrale 32 13,0 7,6 17,1 6,8 12,9 11,1
Arabie saoudite 2,3 1,3 3,6 1,4 0,5 0,4
Afrique subsaharienne 45 5,4 3,1 4,2 1,7 16,5 14,2
Nigéria 1,3 0,8 0,6 0,2 3,2 2,8
Afrique du Sud 1,0 0,6 1,1 0,4 0,9 0,8
Classification analytique2
Source des recettes d’exportation
Combustibles 26 10,3 6,0 16,6 6,6 9,6 8,3
Autres produits 127 89,7 52,3 83,3 32,9 90,3 77,7
Dont : produits primaires 33 4,4 2,6 4,1 1,6 8,8 7,5
Source de financement extérieur
Pays débiteurs (net) 120 51,9 30,3 46,0 18,2 69,4 59,7
Dont pays ayant accumulé des arriérés
ou bénéficié d’un rééchelonnement
entre 2018 et 2022 39 5,3 3,1 3,9 1,6 12,4 10,7
Autres groupes2
Pays émergents et pays à revenu intermédiaire 95 91,6 53,4 92,9 36,7 76,0 65,4
Pays en développement à faible revenu 59 8,4 4,9 7,1 2,8 24,0 20,6
Pays pauvres très endettés 39 2,8 1,6 2,1 0,8 12,6 10,8
1Les parts de PIB sont fondées sur le calcul des PIB des pays en parités de pouvoir d’achat. Le nombre de pays indiqué pour chaque groupe correspond à
ceux dont les données sont incluses dans le total.
2La Syrie et la Cisjordanie et Gaza sont exclues du groupe classé par source des recettes d’exportation et la Syrie est exclue du groupe classé par la
position extérieure nette en raison de l’insuffisance des données. La Syrie n’est pas incluse dans le groupe des pays émergents et des pays à revenu inter-
médiaire ni dans celui des pays en développement à faible revenu.
Tableau E. Pays émergents et pays en développement classés par région, par position extérieure nette,
par appartenance au groupe des pays pauvres très endettés et par revenu par habitant
Position extérieure Pays pauvres très Revenu Position extérieure Pays pauvres très Revenu
nette1 endettés2 par habitant3 nette1 endettés2 par habitant3
Pays émergents et pays en développement d’Asie Monténégro * •
Bangladesh * * Pologne * •
Bhoutan * * Roumanie * •
Brunéi Darussalam • • Russie • •
Cambodge * * Serbie * •
Chine • • Türkiye * •
Fidji * • Ukraine * •
Îles Marshall • • Amérique latine et Caraïbes
Îles Salomon * * Antigua-et-Barbuda * •
Inde * • Argentine • •
Indonésie * • Aruba * •
Kiribati • * Bahamas * •
Malaisie • • Barbade * •
Maldives * • Belize * •
Micronésie • • Bolivie * • •
Mongolie * • Brésil * •
Myanmar * * Chili * •
Nauru • • Colombie * •
Népal * * Costa Rica * •
Palaos * • Dominique * •
Papouasie-Nouvelle- El Salvador * •
Guinée * * Équateur * •
Philippines * • Grenade * •
République dém. pop. lao * * Guatemala * •
Samoa * • Guyana * • •
Sri Lanka * • Haïti * • *
Thaïlande * • Honduras * • *
Timor-Leste • * Jamaïque * •
Tonga * • Mexique * •
Tuvalu • • Nicaragua * • *
Vanuatu * • Panama * •
Viet Nam * * Paraguay * •
Pays émergents et pays en développement d’Europe Pérou * •
Albanie * • République dominicaine * •
Bélarus * • Saint-Kitts-et-Nevis * •
Bosnie-Herzégovine * • Saint-Vincent-et-les
Grenadines * •
Bulgarie * •
Sainte-Lucie * •
Hongrie * •
Suriname * •
Kosovo * •
Trinité-et-Tobago • •
Macédoine du Nord * •
Uruguay * •
Moldova, Rép. de * *
Venezuela • •
Tableau E. Pays émergents et pays en développement classés par région, par position extérieure nette,
par appartenance au groupe des pays pauvres très endettés et par revenu par habitant (fin)
Position extérieure Pays pauvres très Revenu Position extérieure Pays pauvres très Revenu
nette1 endettés2 par habitant3 nette1 endettés2 par habitant3
Moyen-Orient et Asie centrale Cabo Verde * •
Afghanistan • • * Cameroun * • *
Algérie • • Comores * • *
Arabie saoudite • • Congo, Rép. dém. du * • *
Arménie * • Congo, Rép. du * • *
Azerbaïdjan • • Côte d’Ivoire * • *
Bahreïn • • Érythrée • * *
Cisjordanie et Gaza * • Eswatini • •
Djibouti * * Éthiopie * • *
Égypte * • Gabon • •
Émirats arabes unis • • Gambie * • *
Géorgie * • Ghana * • *
Iran • • Guinée * • *
Iraq • • Guinée-Bissau * • *
Jordanie * • Guinée équatoriale • •
Kazakhstan * • Kenya * *
Koweït • • Lesotho * *
Liban * • Libéria * • *
Libye • • Madagascar * • *
Maroc * • Malawi * • *
Mauritanie * • * Mali * • *
Oman * • Maurice • •
Ouzbékistan • * Mozambique * • *
Pakistan * • Namibie • •
Qatar • • Niger * • *
République kirghize * * Nigéria * *
Somalie * * * Ouganda * • *
Soudan * * * République centrafricaine * • *
Syrie4 ... ... Rwanda * • *
Tadjikistan * * Sao Tomé-et-Principe * • *
Tunisie * • Sénégal * • *
Turkménistan • • Seychelles * •
Yémen * * Sierra Leone * • *
Afrique subsaharienne Soudan du Sud * *
Afrique du Sud • • Tanzanie * • *
Angola * • Tchad * • *
Bénin * • * Togo * • *
Botswana • • Zambie * • *
Burkina Faso * • * Zimbabwe * *
Burundi * • *
1La présence d’un rond (astérisque) indique que le pays est un créditeur (débiteur) net.
2La présence d’un rond au lieu d’un astérisque indique que le pays a atteint le point d’achèvement, ce qui lui permet de recevoir l’allégement de dette total qui a été permis au point
de décision.
3La présence d’un rond (astérisque) indique que le pays est classé dans le groupe des pays émergents et pays à revenu intermédiaire (pays en développement à faible revenu).
4La Syrie est exclue du groupe classé par la position extérieure nette et par revenu par habitant en raison de sa base de données encore en cours de composition.
du Commerce et/ou du Développement ; OEI = organisation économique internationale ; PFTAC = centre régional d’assistance technique et financière du Pacifique.
2L’année de référence pour les comptes nationaux est la période avec laquelle les autres périodes sont comparées et la période pour laquelle les prix apparaissent au dénominateur des rapports
des séries en volume fondées sur des indices qui établissent la moyenne des composantes en volume à partir de pondérations d’une année assez récente.
4AC = administration centrale ; ACB = administration centrale budgétaire ; AEF = administrations d’États fédérés ; AL = administrations locales ; CSS = caisses de sécurité sociale ;
CT = collectivités territoriales ; SPFNM = sociétés publiques financières non monétaires ; SPM = sociétés publiques monétaires, dont banque centrale ; SPNF = sociétés publiques non
financières.
5Normes comptables : C = comptabilité de caisse ; CE = comptabilité sur base des engagements ; E = comptabilité d’exercice ; Mixte = comptabilité sur base mixte (droits constatés et caisse).
6L’année de référence n’est pas égale à 100, car le PIB nominal n’est pas mesuré de la même manière que le PIB réel ou les données sont corrigées des variations saisonnières.
Encadré A1. Hypothèses de politique économique retenues pour les projections concernant plusieurs pays
Encadré A1 (suite)
différences dans les projections macroéconomiques. Les Grèce : Les données recueillies depuis 2010 reflètent
projections du FMI incluent également les données les les ajustements opérés conformément à la définition du
plus récentes des comptes économiques nationaux de solde primaire dans le dispositif de surveillance renfor-
Statistique Canada, y compris les chiffres trimestriels des cée pour le pays.
budgets fédéral, provinciaux et territoriaux. Hong Kong (RAS) : Les projections reposent sur les
Chili : Les projections reposent sur les projections projections budgétaires à moyen terme des autorités
budgétaires des autorités, corrigées de manière à tenir concernant les dépenses.
compte des projections des services du FMI pour le Hongrie : Les projections budgétaires incluent les
PIB, les prix du cuivre, la dépréciation de la monnaie et projections des services du FMI concernant le cadre
l’inflation. macroéconomique et les projets budgétaires annoncés
Chine : Les projections des services du FMI sur les dans le budget de 2023.
finances publiques tiennent compte du budget de 2023 Inde : Les projections sont fondées sur les informa-
et des estimations de financement hors budget. tions disponibles ayant trait aux programmes budgé-
Danemark : Les estimations pour l’année en cours sont taires des autorités, avec certains ajustements pour
alignées sur les derniers chiffres officiels, corrigés, le cas tenir compte des hypothèses des services du FMI. Les
échéant, pour tenir compte des hypothèses macroécono- données infranationales sont prises en compte avec un
miques des services du FMI. Au-delà de l’année en cours, retard pouvant aller jusqu’à un an ; les données sur l’en-
les projections ont été établies en tenant compte des semble des administrations publiques sont donc finales
principaux éléments du programme budgétaire à moyen longtemps après celles de l’administration centrale.
terme, tels qu’énoncés dans le dernier budget présenté Les présentations du FMI et des autorités diffèrent,
par les autorités. Les soldes structurels sont nets des fluc- notamment en ce qui concerne le produit du désin-
tuations temporaires de certaines recettes (par exemple vestissement de l’État et de l’adjudication de licences,
les recettes de la mer du Nord, les recettes de l’impôt sur l’enregistrement net/brut des recettes dans certaines
le rendement des pensions) et des éléments ponctuels catégories peu importantes et certains prêts au secteur
(les éléments ponctuels liés à la pandémie de COVID-19 public. À partir des données de l’exercice 2020/21,
sont toutefois pris en considération). les dépenses comprennent également la composante
Espagne : Les projections budgétaires à partir hors budget des subventions alimentaires, conformé-
de 2023 supposent des mesures de soutien en matière ment au traitement révisé des subventions alimentaires
d’énergie qui représentent 1 % du PIB en 2023. Les dans la loi de finances. Les services du FMI ajustent
projections pour 2021–26 tiennent compte des décais- les dépenses pour déduire les paiements au titre des
sements effectués au titre de la facilité pour la reprise et subventions alimentaires des années précédentes, qui
la résilience de l’Union européenne. sont comptabilisés comme des dépenses dans les esti-
États-Unis : Les projections budgétaires reposent sur mations budgétaires pour l’exercice 2020/21.
le scénario de référence de mai 2023 du Congressional Indonésie : Les projections des services du FMI reposent
Budget Office et sur les derniers états financiers mensuels sur le maintien d’une orientation budgétaire neutre
du Trésor, et sont corrigées de manière à tenir compte des dans les années qui viennent, accompagnée de réformes
hypothèses macroéconomiques et autres des services du modérées de la politique fiscale et de l’administration,
FMI. Elles incorporent les effets de la loi dite de respon- sur certaines dépenses effectives et sur une augmentation
sabilité budgétaire (Fiscal Responsibility Act). progressive des dépenses d’équipement à moyen terme, en
France : Les projections pour 2023 et au-delà fonction de l’espace budgétaire disponible.
reposent sur les lois de finances de la période 2018–23, Irlande : Les projections budgétaires reposent sur la
le programme de stabilité pour 2023–27, le projet de loi de finances de 2023.
loi de programmation des finances publiques à moyen Italie : Les projections et les estimations des services
terme et les autres informations disponibles concernant du FMI reposent sur les plans budgétaires inclus dans
les plans budgétaires des autorités, corrigées pour tenir le budget et les lois de finances rectificatives de 2023.
compte des différences dans les projections des recettes L’encours des bons postaux arrivant à échéance est pris
et les hypothèses concernant les variables macroécono- en considération dans l’établissement des projections
miques et financières. concernant la dette.
Encadré A1 (suite)
Japon : Les projections s’appuient sur les mesures du FMI ne supposent pas nécessairement que les règles
budgétaires déjà annoncées par le gouvernement, avec budgétaires annoncées le 17 novembre 2022 auront
certains ajustements pour tenir compte des hypothèses été respectées au terme de la période de prévision. Les
des services du FMI. données sont présentées sur la base d’une année civile.
Mexique : L’estimation des besoins d’emprunt du Russie : Les autorités ont suspendu l’application de la
secteur public en 2020 a été établie par les services règle budgétaire l’année dernière, en réaction aux sanc-
du FMI en tenant compte de certaines divergences tions prises à l’encontre du pays au lendemain de l’in-
statistiques entre les chiffres au-dessus et au-dessous vasion de l’Ukraine. Cela leur a permis de tirer parti du
de la ligne. Les projections budgétaires pour 2023 et niveau exceptionnellement élevé des recettes pétrolières et
2024 reposent sur les estimations figurant dans les gazières, en employant le montant excédentaire à finan-
Criterios 2024 ; dans les projections pour 2025 et les cer le creusement du déficit en 2022. L’épargne accumu-
années qui suivent, il est supposé que les règles prévues lée dans le fonds souverain peut désormais être utilisée de
dans le budget fédéral et la loi de responsabilité budgé- la même manière. Une nouvelle règle budgétaire entrera
taire soient constamment observées. pleinement en vigueur en 2025. Elle permettra de
Nouvelle-Zélande : Les projections budgétaires dépenser le surcroît de recettes pétrolières et gazières, tout
reposent sur le budget de l’exercice 2023/24 (mai 2023) en ciblant une réduction du déficit structurel primaire.
et sur les estimations des services du FMI. Singapour : Les chiffres de l’exercice 2020 reposent
Pays-Bas : Les projections budgétaires pour 2023–28 sur l’exécution du budget. Les projections pour l’exer-
reposent sur les prévisions des services du FMI ainsi que cice 2021 s’appuient sur des chiffres révisés qui reposent
sur le projet de loi de finances des autorités et les projec- sur l’exécution du budget jusqu’à la fin de l’année 2021.
tions du Bureau d’analyse de la politique économique. Les projections pour l’exercice 2022 sont fondées sur la
Porto Rico : Les projections budgétaires reposent sur loi de finances initiale du 18 février 2022. Les services
le plan budgétaire certifié pour Porto Rico, qui a été du FMI supposent un retrait progressif des mesures
établi en avril 2023 et certifié par le Conseil de surveil- liées à la pandémie encore en vigueur et la mise en
lance financière et de gestion. œuvre de diverses mesures de recettes annoncées dans
Portugal : Les projections pour l’exercice en cours la loi de finances pour l’exercice 2022 pendant le reste
reposent sur le budget approuvé, corrigé de manière de la période de projection. Ces mesures de recettes
à tenir compte des prévisions macroéconomiques des sont les suivantes : 1) l’augmentation de la taxe sur les
services du FMI. Les projections pour les années ulté- biens et services de 7 % à 8 % le 1er janvier 2023, et à
rieures reposent sur des politiques inchangées. Les projec- 9 % le 1er janvier 2024 ; 2) une augmentation des taxes
tions pour 2023 tiennent compte des informations immobilières en 2023 pour les propriétés non occu-
disponibles dans le projet de loi de finances de 2023. pées par leurs propriétaires (de 10–20 % à 12–36 % )
République de Corée : Les prévisions tiennent compte et pour les propriétés occupées par leurs propriétaires et
du solde budgétaire global prévu dans le budget et les d’une valeur annuelle supérieure à 30 000 dollars singa-
deux lois de finances rectificatives de 2022, du projet pouriens (de 4–16 % à 6–32 %) ; 3) une augmenta-
de loi de finances de 2023, du plan budgétaire à moyen tion de la taxe carbone de 5 dollars singapouriens par
terme, ainsi que des ajustements des services du FMI. tonne à 25 dollars singapouriens en 2024 et 2025 et à
Royaume-Uni : Les projections budgétaires 45 dollars singapouriens en 2026 et 2027.
reposent sur les projections de mars 2023 du Bureau Suède : Les estimations budgétaires sont basées sur
de la responsabilité budgétaire (Office for Budget les projections budgétaires des autorités, corrigées de
Responsibility, OBR) et sur les informations rela- manière à tenir compte des projections macroécono-
tives aux finances du secteur public diffusées en miques des services du FMI.
septembre 2023 par le Bureau des statistiques natio- Suisse : Les projections supposent des ajustements de
nales (Office for National Statistics). Les projections la politique budgétaire, lorsqu’ils sont nécessaires, pour
établies par les services du FMI se réfèrent à celles de s’assurer que les soldes budgétaires restent conformes
l’OBR, en y apportant des corrections (liées aux diffé- aux exigences des règles budgétaires du pays.
rences entre les hypothèses retenues) à la fois sur le plan Türkiye : La base des projections est le solde budgé-
des recettes et des dépenses. Les projections des services taire défini par le FMI, qui exclut certains postes des
Encadré A1 (fin)
recettes et des dépenses inclus dans le solde global des États-Unis : Les services du FMI s’attendent à ce que
autorités. le comité de politique monétaire continue d’ajuster le
taux cible pour les fonds fédéraux selon les perspectives
Hypothèses de politique monétaire macroéconomiques plus générales.
Les hypothèses de politique monétaire reposent Hong Kong (RAS) : Les services du FMI supposent
sur le cadre établi dans chaque pays pour cette poli- que le système de caisse d’émission restera inchangé.
tique. Ce cadre suppose le plus souvent une politique Hongrie : Les estimations et projections des services
de non-accompagnement de la conjoncture durant le du FMI se fondent sur l’appréciation d’experts et
cycle : les taux d’intérêt officiels augmentent lorsque, tiennent compte de l’évolution récente.
d’après les indicateurs économiques, il semble que l’in- Inde : Les projections de politique monétaire cadrent
flation va passer au-dessus du taux ou de la fourchette avec la réalisation de l’objectif d’inflation de la Banque
acceptable, et diminuent lorsqu’il semble qu’elle ne va de réserve de l’Inde à moyen terme.
pas les dépasser, que le taux de croissance est inférieur Indonésie : Les hypothèses de politique monétaire
au taux potentiel et que les capacités inemployées sont cadrent avec l’inflation dans la fourchette ciblée par la
importantes. S’agissant des taux d’intérêt, veuillez vous banque centrale à moyen terme.
référer à la partie Hypothèses au début de l’appendice Israël : Les hypothèses reposent sur une normalisa-
statistique. tion progressive de la politique monétaire.
Afrique du Sud : Les hypothèses de politique moné- Japon : Les hypothèses de politique monétaire corres-
taire sont compatibles avec le maintien de l’inflation pondent aux attentes des marchés.
dans la fourchette cible de 3 % à 6 % à moyen terme. Mexique : Les hypothèses de politique monétaire
Arabie saoudite : Les projections de politique moné- sont compatibles avec l’objectif d’inflation.
taire reposent sur la poursuite du rattachement au dollar. Nouvelle-Zélande : Les projections monétaires
Argentine : Les projections monétaires sont reposent sur l’analyse des services du FMI et sur la
conformes au cadre macroéconomique d’ensemble, aux trajectoire attendue de l’inflation.
plans budgétaires et de financement, et aux politiques République de Corée : Les projections supposent que
monétaires et de change dans le cadre du régime de le taux directeur évoluera conformément aux attentes
parité mobile. des marchés.
Australie : Les hypothèses de politique monétaire Royaume-Uni : La trajectoire des taux d’intérêt à
reposent sur l’analyse des services du FMI et sur la court terme repose sur les anticipations de taux d’inté-
trajectoire attendue de l’inflation. rêt des marchés.
Brésil : Les hypothèses de politique monétaire sont Russie : Les projections de politique monétaire
compatibles avec une convergence de l’inflation à supposent que la banque centrale de la Fédération de
un horizon pertinent du point de vue de la politique Russie applique une politique monétaire restrictive.
monétaire. Singapour : La masse monétaire augmente parallèle-
Canada : Les projections tiennent compte de la fin ment à la croissance prévue du PIB nominal.
progressive de l’orientation restrictive de la politique Suède : Les projections monétaires correspondent aux
monétaire de la Banque du Canada, à l’heure où l’infla- projections de la banque centrale.
tion se rapproche lentement de son objectif de milieu Türkiye : Dans le scénario de référence, il est supposé
d’intervalle (2 %), qu’elle devrait atteindre début 2025. que l’orientation de la politique monétaire restera
Chili : Les hypothèses de politique monétaire sont conforme aux attentes des marchés.
compatibles avec l’objectif d’inflation. Zone euro : Les hypothèses de politique monétaire
Chine : L’orientation générale de la politique moné- des pays membres reposent sur une série de modèles
taire était légèrement accommodante en 2022 et devrait (modèle semi-structurel, modèle dynamique d’équilibre
rester généralement accommodante en 2023. général stochastique [DSGE], règle de Taylor), les anti-
Danemark : La politique monétaire a pour but de cipations des marchés et les communications du conseil
maintenir le rattachement à l’euro. des gouverneurs de la Banque centrale européenne.
Production mondiale
A1. Production mondiale : récapitulation
A2. Pays avancés : PIB réel et demande intérieure totale
A3. Pays avancés : composantes du PIB réel
A4. Pays émergents et pays en développement : PIB réel
Inflation
A5. Inflation : récapitulation
A6. Pays avancés : prix à la consommation
A7. Pays émergents et pays en développement : prix à la consommation
Politiques financières
A8. Principaux pays avancés : solde budgétaire et dette des administrations publiques
Commerce extérieur
A9. État récapitulatif du commerce mondial : volume et prix
Transactions courantes
A10. État récapitulatif des soldes des transactions courantes
A11. Pays avancés : soldes des transactions courantes
A12. Pays émergents et pays en développement : soldes des transactions courantes
Flux de ressources
A14. État récapitulatif de la capacité ou du besoin de financement
1Lorsque les pays ne sont pas classés par ordre alphabétique, ils le sont sur la base de la taille de leur économie.
statistique.
4Exclut le Venezuela, mais inclut l’Argentine à partir de 2017. Voir les notes relatives à l’Argentine et au Venezuela dans la section « Notes sur les pays » de l’appendice statistique.
5Les données de 2011 pour le Soudan excluent le Soudan du Sud à partir du 9 juillet. Les données pour 2012 et au-delà portent sur le Soudan actuel.
6Les données pour la Syrie de 2011 et au-delà sont exclues en raison de l’incertitude entourant la situation politique.
Tableau A8. Principaux pays avancés : solde budgétaire et dette des administrations publiques1
(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Moyenne Projections
2005–14 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Principaux pays avancés
Prêt/emprunt (net) –5,2 –3,0 –3,3 –3,3 –3,3 –3,8 –11,6 –9,1 –4,1 –6,5 –5,6 –5,0
Écart de production2 –2,2 –2,0 –1,7 –0,8 0,1 0,3 –3,2 0,0 0,7 0,6 0,2 0,5
Solde structurel2 –4,0 –2,2 –2,7 –3,0 –3,2 –3,8 –8,1 –8,1 –5,3 –6,5 –5,5 –5,2
États-Unis
Prêt/emprunt (net)3 –6,5 –3,5 –4,4 –4,8 –5,3 –5,7 –14,0 –11,6 –3,7 –8,2 –7,4 –7,0
Écart de production2 –4,0 –2,5 –2,1 –1,3 0,0 0,7 –2,5 1,5 1,4 1,4 0,8 0,9
Solde structurel2 –4,4 –2,5 –3,6 –4,3 –5,1 –6,0 –10,7 –11,3 –6,5 –8,8 –7,6 –7,3
Dette nette 63,9 80,9 81,8 80,4 81,1 83,1 98,3 98,3 95,1 96,7 100,7 111,6
Dette brute 86,1 105,1 107,2 106,2 107,4 108,7 133,5 126,4 121,3 123,3 126,9 137,5
Zone euro
Prêt/emprunt (net) –3,3 –1,9 –1,5 –0,9 –0,4 –0,6 –7,1 –5,3 –3,6 –3,4 –2,7 –2,1
Écart de production2 –0,7 –2,4 –1,8 –0,6 –0,2 0,0 –4,8 –2,0 0,2 –0,4 –0,5 0,1
Solde structurel2 –2,7 –0,5 –0,5 –0,4 –0,2 –0,5 –3,9 –3,5 –2,4 –2,7 –2,4 –2,1
Dette nette 64,6 75,1 74,6 72,5 70,8 69,2 79,1 77,7 75,3 74,6 73,9 72,2
Dette brute 80,2 90,9 90,1 87,7 85,7 83,7 96,8 94,8 91,0 89,6 88,3 84,9
Allemagne
Prêt/emprunt (net) –1,3 1,0 1,2 1,3 1,9 1,5 –4,3 –3,6 –2,5 –2,9 –1,7 –0,5
Écart de production2 –0,1 –0,4 0,1 1,0 0,8 0,4 –3,1 –1,1 0,6 –0,9 –1,1 0,0
Solde structurel2 –0,9 1,2 1,2 1,2 1,6 1,3 –2,9 –3,0 –2,1 –2,4 –1,1 –0,5
Dette nette 57,5 52,2 49,3 45,5 42,8 40,7 46,1 47,2 45,8 46,5 45,7 41,7
Dette brute 73,3 71,9 69,0 65,2 61,9 59,5 68,7 69,0 66,1 65,9 64,0 57,5
France
Prêt/emprunt (net) –4,4 –3,6 –3,6 –3,0 –2,3 –3,1 –9,0 –6,5 –4,8 –4,9 –4,5 –3,6
Écart de production2 –0,6 –2,4 –2,7 –1,5 –0,8 0,0 –4,7 –1,9 –0,9 –0,8 –0,7 0,1
Solde structurel2 –4,0 –2,1 –1,9 –1,9 –1,5 –2,1 –5,8 –5,1 –4,2 –4,3 –4,1 –3,7
Dette nette 70,3 86,3 89,2 89,4 89,2 88,9 101,2 100,4 101,4 99,6 100,1 100,4
Dette brute 80,0 95,6 98,0 98,1 97,8 97,4 114,7 113,0 111,8 110,0 110,5 110,8
Italie4
Prêt/emprunt (net) –3,3 –2,6 –2,4 –2,4 –2,2 –1,5 –9,7 –9,0 –8,0 –5,0 –4,0 –2,5
Écart de production2 –1,2 –4,4 –3,5 –2,2 –1,6 –1,5 –6,7 –4,0 –0,4 –0,4 –0,5 0,3
Solde structurel2 –2,9 –0,2 –0,8 –1,3 –1,4 –0,7 –5,6 –4,8 –1,9 –2,1 –3,4 –2,7
Dette nette 106,7 122,2 121,6 121,3 121,8 121,7 141,5 137,4 132,7 132,6 132,5 130,6
Dette brute 117,3 135,3 134,8 134,2 134,4 134,1 154,9 149,9 144,4 143,7 143,2 140,1
Japon
Prêt/emprunt (net) –6,4 –3,7 –3,6 –3,1 –2,5 –3,0 –9,1 –6,2 –6,9 –5,6 –3,7 –3,3
Écart de production2 0,2 –0,2 0,1 1,0 1,9 0,7 –2,9 –1,6 –0,9 0,2 0,3 0,0
Solde structurel2 –6,2 –4,5 –4,5 –3,7 –3,0 –3,3 –8,1 –5,5 –6,8 –5,7 –3,8 –3,3
Dette nette 120,8 144,5 149,5 148,1 151,1 151,7 162,3 156,7 161,5 158,5 155,8 153,2
Dette brute5 201,5 228,3 232,4 231,3 232,4 236,4 258,6 255,1 260,1 255,2 251,9 252,8
Royaume-Uni4
Prêt/emprunt (net) –5,9 –4,5 –3,3 –2,4 –2,2 –2,2 –13,0 –8,3 –5,5 –4,5 –3,9 –3,5
Écart de production2 –2,7 –2,6 –2,2 –1,3 –1,0 –0,8 –3,6 0,5 1,8 0,1 –1,0 0,0
Solde structurel2 –3,9 –2,5 –1,6 –1,3 –1,4 –1,6 0,8 –3,6 –3,8 –3,3 –2,4 –3,5
Dette nette 57,5 78,2 77,6 76,2 75,4 74,6 93,6 94,1 98,9 99,0 99,6 96,5
Dette brute 64,1 86,7 86,6 85,6 85,2 84,5 104,6 105,2 101,9 104,1 105,9 108,2
Canada
Prêt/emprunt (net) –1,0 –0,1 –0,5 –0,1 0,4 0,0 –10,9 –4,4 –0,8 –0,7 –0,6 –0,2
Écart de production2 0,1 –0,1 –0,9 0,4 0,6 0,4 –3,4 –1,4 0,8 0,0 –0,4 0,0
Solde structurel2 –1,1 0,0 0,0 –0,3 0,0 –0,2 –8,1 –3,3 –1,4 –0,8 –0,4 –0,2
Dette nette6 25,9 18,5 18,0 12,5 11,6 8,5 15,7 15,4 14,2 14,6 14,6 13,8
Dette brute 78,9 92,0 92,4 90,9 90,8 90,2 118,9 115,1 107,4 106,4 103,3 94,7
Note : La méthodologie et les hypothèses propres à chaque pays sont décrites à l’encadré A1 de l’appendice statistique. Les chiffres composites des données budgétaires pour les groupes de pays
sont la somme en dollars des valeurs correspondant à chaque pays.
1Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année et ne sont pas toujours comparables entre les pays. Les dettes brutes et nettes déclarées par les organismes statistiques nationaux pour
les pays qui ont adopté le Système de comptabilité nationale 2008 (Australie, Canada, États-Unis et RAS de Hong Kong) sont ajustées de manière à exclure les engagements au titre des retraites
non capitalisées des plans de retraite à prestations définies des fonctionnaires.
2En pourcentage du PIB potentiel.
3Les chiffres déclarés par l’organisme national des statistiques sont ajustés pour exclure les postes liés à la comptabilité d’exercice des plans de retraite à prestations définies des fonctionnaires.
4Voir les notes relatives à l’Italie et au Royaume-Uni dans la section « Notes sur les pays » de l’appendice statistique.
5Sur base non consolidée.
6Comprend les prises de participation.
Tableau A10. État récapitulatif des soldes des transactions courantes (suite)
(En pourcentage du PIB)
Projections
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Pays avancés 0,6 0,8 1,0 0,7 0,7 0,3 0,9 –0,4 0,2 0,3 0,4
États-Unis –2,2 –2,1 –1,9 –2,1 –2,1 –2,8 –3,6 –3,8 –3,0 –2,8 –2,4
Zone euro 2,7 3,0 3,1 2,8 2,4 1,8 2,8 –0,7 1,2 1,4 1,8
Allemagne 8,6 8,6 7,8 8,0 8,2 7,1 7,7 4,2 6,0 6,6 6,1
France –0,4 –0,5 –0,8 –0,8 0,5 –1,6 0,4 –2,0 –1,2 –1,3 –0,4
Italie2 1,4 2,6 2,7 2,6 3,3 3,9 3,1 –1,2 0,7 0,9 2,1
Espagne 2,0 3,2 2,8 1,9 2,1 0,6 0,8 0,6 2,1 2,0 1,8
Japon 3,1 4,0 4,1 3,5 3,4 3,0 3,9 2,1 3,3 3,7 3,2
Royaume-Uni2 –5,1 –5,5 –3,6 –4,1 –2,8 –3,2 –1,5 –3,8 –3,7 –3,7 –3,5
Canada –3,5 –3,1 –2,8 –2,4 –2,0 –2,2 –0,3 –0,3 –1,0 –1,0 –2,0
Autres pays avancés1 5,4 5,0 4,7 4,4 4,7 5,2 7,0 7,0 6,2 6,1 5,3
Pays émergents et pays en développement –0,3 –0,4 –0,1 –0,2 0,0 0,4 0,9 1,5 0,4 0,4 –0,3
Par région
Pays émergents et pays en développement
d’Asie 1,9 1,3 0,9 –0,3 0,5 1,5 1,2 1,2 0,7 0,6 0,0
Pays émergents et pays en développement
d’Europe 1,0 –0,3 –0,7 1,6 1,3 0,1 1,5 2,6 –0,4 –0,3 –0,8
Amérique latine et Caraïbes –3,5 –2,2 –1,8 –2,7 –2,1 –0,4 –2,0 –2,4 –1,8 –1,5 –1,3
Moyen-Orient et Asie centrale –3,9 –4,0 –1,0 2,9 0,4 –3,4 3,3 8,6 4,1 3,6 0,4
Afrique subsaharienne –5,7 –3,6 –2,1 –2,2 –3,2 –2,7 –1,0 –1,9 –2,7 –2,8 –2,3
Classification analytique
Source des recettes d’exportation
Combustibles –4,3 –3,0 1,2 5,5 1,9 –3,2 5,3 11,6 5,8 5,3 1,9
Autres produits 0,2 0,0 –0,2 –0,8 –0,2 0,8 0,5 0,4 –0,1 –0,1 –0,6
Dont : produits primaires –3,7 –2,6 –3,0 –3,4 –1,7 0,4 0,6 –1,5 –1,7 –1,3 –1,1
Source de financement extérieur
Pays débiteurs (net) –2,6 –1,8 –1,9 –2,5 –1,7 –0,7 –2,1 –2,7 –1,9 –1,9 –1,9
Pays débiteurs (net) selon
le service de la dette
Pays ayant accumulé des arriérés
ou bénéficié d’un rééchelonnement
entre 2018 et 2022 –5,9 –5,7 –4,9 –3,9 –3,6 –2,5 –2,4 –1,9 –2,7 –3,3 –2,4
Pour mémoire
Monde 0,2 0,3 0,5 0,4 0,4 0,4 0,9 0,4 0,3 0,3 0,1
Union européenne 3,2 3,4 3,3 3,1 3,0 2,7 3,7 1,1 2,4 2,5 2,6
Moyen-Orient et Afrique du Nord –4,1 –4,1 –0,7 4,1 1,1 –3,6 4,1 10,2 5,2 4,6 1,2
Pays émergents et pays à revenu intermédiaire –0,1 –0,2 0,0 0,0 0,1 0,6 1,2 1,9 0,6 0,6 –0,2
Pays en développement à faible revenu –3,8 –2,2 –1,7 –2,6 –2,4 –2,2 –3,1 –3,5 –2,4 –2,4 –2,2
Tableau A10. État récapitulatif des soldes des transactions courantes (fin)
(En pourcentage des exportations des biens et des services)
Projections
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Pays avancés 2,0 2,7 3,2 2,4 2,5 1,1 2,9 –1,2 0,6 1,0 1,2
États-Unis –17,9 –17,7 –15,4 –17,3 –17,3 –27,6 –32,4 –32,2 –26,4 –25,4 –21,2
Zone euro 9,8 11,1 11,1 9,9 8,5 6,6 10,0 –2,4 ... ... ...
Allemagne 18,3 18,7 16,6 16,8 17,3 16,2 16,3 8,3 12,4 13,8 13,0
France –1,2 –1,5 –2,4 –2,5 1,6 –5,7 1,2 –5,6 –3,7 –3,9 –1,2
Italie 4,9 9,0 8,6 8,3 10,5 13,1 9,4 –3,3 1,9 2,3 5,5
Espagne 6,0 9,4 7,9 5,3 6,0 2,0 2,2 1,5 5,2 5,0 4,3
Japon 17,4 24,4 23,2 19,1 19,5 18,9 21,4 9,8 15,1 15,6 14,6
Royaume-Uni –18,3 –19,1 –11,8 –13,0 –9,1 –10,9 –5,2 –11,5 –11,9 –11,9 –12,0
Canada –11,0 –9,8 –8,9 –7,4 –6,0 –7,3 –0,9 –1,0 –3,0 –3,0 –6,4
Autres pays avancés1 9,4 9,0 8,3 7,7 8,2 9,7 11,9 11,0 10,1 9,7 8,5
Pays émergents et pays en développement –1,1 –1,5 –0,4 –0,8 –0,2 1,8 3,4 5,1 1,6 1,3 –1,4
Par région
Pays émergents et pays en développement
d’Asie 7,7 5,7 4,0 –1,2 2,1 7,3 5,1 4,9 3,2 2,8 0,0
Pays émergents et pays en développement
d’Europe 2,7 –0,9 –1,9 4,2 3,3 0,1 3,8 6,3 –1,1 –0,7 –2,2
Amérique latine et Caraïbes –16,7 –10,3 –8,4 –11,4 –9,0 –1,5 –7,4 –8,6 –6,9 –5,9 –5,3
Moyen-Orient et Asie centrale –10,8 –12,1 –3,2 6,4 0,7 –10,1 8,7 18,7 9,7 8,2 0,8
Afrique subsaharienne –27,0 –17,1 –9,1 –9,0 –13,6 –13,5 –4,1 –7,4 –10,5 –11,1 –10,2
Classification analytique
Source des recettes d’exportation
Combustibles –11,5 –8,3 2,7 12,2 4,4 –8,7 12,8 24,0 13,1 11,9 4,6
Autres produits 0,9 –0,2 –1,0 –3,4 –1,0 3,4 1,9 1,4 –0,5 –0,6 –2,3
Dont : produits primaires –18,6 –12,5 –14,1 –14,5 –7,1 1,5 2,2 –5,5 –6,6 –4,8 –3,8
Source de financement extérieur
Pays débiteurs (net) –9,9 –6,9 –6,9 –8,5 –6,2 –2,7 –6,9 –8,3 –6,5 –6,3 –6,6
Pays débiteurs (net) selon
le service de la dette
Pays ayant accumulé des arriérés
ou bénéficié d’un rééchelonnement
entre 2018 et 2022 –24,2 –25,0 –18,0 –13,4 –12,9 –10,4 –8,8 –6,8 –9,7 –11,3 –9,1
Pour mémoire
Monde 0,9 1,2 1,9 1,2 1,5 1,4 3,1 1,3 1,0 1,1 0,2
Union européenne 6,7 7,2 6,7 6,2 6,0 5,7 7,2 1,9 4,4 4,7 4,8
Moyen-Orient et Afrique du Nord –10,1 –11,2 –2,1 8,4 2,3 –9,7 9,9 20,4 11,0 9,5 2,4
Pays émergents et pays à revenu intermédiaire –0,1 –0,9 0,0 –0,2 0,5 2,6 4,5 6,3 2,3 2,0 –0,8
Pays en développement à faible revenu –15,9 –9,2 –6,2 –8,8 –8,1 –8,2 –10,4 –10,8 –7,7 –7,4 –7,1
1Hors Groupe des Sept (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) et zone euro.
2Voir les notes relatives à l’Italie et au Royaume-Uni dans la section « Notes sur les pays » de l’appendice statistique.
Tableau A12. Pays émergents et pays en développement : soldes des transactions courantes
(En pourcentage du PIB)
Projections
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Pays émergents et pays en développement
d’Asie 1,9 1,3 0,9 –0,3 0,5 1,5 1,2 1,2 0,7 0,6 0,0
Bangladesh 1,2 1,6 –0,5 –3,0 –1,3 –1,5 –1,1 –4,1 –0,7 –0,8 –3,0
Bhoutan –27,9 –31,6 –23,6 –18,4 –20,5 –15,8 –12,0 –31,9 –29,4 –12,3 –10,9
Brunéi Darussalam 16,7 12,9 16,4 6,9 6,6 4,5 11,2 19,6 10,6 11,6 14,0
Cambodge –8,7 –8,5 –7,9 –11,8 –10,8 –3,4 –42,0 –27,3 –11,0 –8,0 –6,6
Chine 2,6 1,7 1,5 0,2 0,7 1,7 2,0 2,2 1,5 1,4 0,7
Fidji –4,3 –3,5 –6,6 –8,5 –12,8 –13,7 –15,9 –17,3 –10,9 –10,7 –7,9
Îles Marshall 11,5 10,0 –0,9 –2,1 –31,3 15,0 22,6 8,2 3,8 –1,1 –13,1
Îles Salomon –2,7 –3,5 –4,3 –3,0 –9,5 –1,6 –5,1 –12,1 –11,3 –9,6 –6,4
Inde –1,0 –0,6 –1,8 –2,1 –0,9 0,9 –1,2 –2,0 –1,8 –1,8 –2,3
Indonésie –2,0 –1,8 –1,6 –2,9 –2,7 –0,4 0,3 1,0 –0,3 –0,6 –1,5
Kiribati 33,0 10,8 37,4 38,8 49,5 40,0 8,9 –4,1 9,0 12,2 8,9
Lao, République démocratique populaire –22,3 –11,0 –11,2 –13,0 –9,1 –5,1 –0,6 –6,0 –2,6 –6,1 –5,7
Malaisie 3,0 2,4 2,8 2,2 3,5 4,2 3,9 3,1 2,7 2,8 3,0
Maldives –7,5 –23,6 –21,0 –28,4 –26,6 –34,7 –8,5 –16,8 –16,4 –12,8 –9,3
Micronésie 4,5 7,2 10,3 21,0 14,6 0,5 4,0 8,7 1,9 –4,2 –5,6
Mongolie –8,2 –6,3 –10,1 –16,7 –15,2 –5,1 –13,8 –13,4 –10,9 –12,6 –8,0
Myanmar –3,5 –4,2 –6,8 –4,7 –2,8 –3,4 –0,3 –4,3 –1,6 –1,5 –1,4
Nauru –19,6 4,2 12,4 7,6 4,6 2,5 4,6 –0,5 5,8 0,0 –1,1
Népal 4,4 5,5 –0,3 –7,1 –6,9 –1,0 –7,7 –12,7 –1,5 –4,6 –3,9
Palaos –13,4 –16,2 –22,9 –19,0 –30,8 –47,2 –43,3 –54,7 –57,3 –42,0 –26,9
Papouasie-Nouvelle-Guinée 10,9 13,7 15,9 12,9 14,8 14,1 12,6 27,9 15,9 17,7 9,6
Philippines 2,4 –0,4 –0,7 –2,6 –0,8 3,2 –1,5 –4,5 –3,0 –2,6 –1,1
Samoa –2,6 –4,2 –1,8 0,8 2,8 0,6 –14,5 –11,3 –3,3 –4,0 –1,2
Sri Lanka1 –2,2 –2,0 –2,4 –3,0 –2,1 –1,4 –3,7 –1,0 ... ... ...
Thaïlande 6,9 10,5 9,6 5,6 7,0 4,2 –2,1 –3,0 –0,2 1,9 3,3
Timor-Leste 12,8 –33,0 –17,8 –12,2 6,6 –14,3 1,3 5,0 –42,9 –49,5 –51,9
Tonga –10,1 –6,5 –6,4 –6,3 –0,8 –5,3 –5,2 –6,3 –7,9 –7,1 –8,2
Tuvalu –33,7 29,9 2,1 60,9 –22,2 16,3 24,1 4,6 2,2 –1,5 –5,0
Vanuatu –7,4 –2,4 –6,4 8,7 27,8 7,9 0,8 –4,2 –4,1 –4,5 1,1
Viet Nam –0,9 0,2 –0,6 1,9 3,8 4,3 –2,2 –0,3 0,2 0,7 1,1
Pays émergents et pays en développement
d’Europe 1,0 –0,3 –0,7 1,6 1,3 0,1 1,5 2,6 –0,4 –0,3 –0,8
Albanie –8,6 –7,6 –7,5 –6,8 –7,6 –8,7 –7,7 –6,0 –6,0 –5,9 –5,7
Bélarus –3,3 –3,4 –1,7 0,0 –1,9 –0,3 3,2 3,7 2,7 2,0 0,0
Bosnie-Herzégovine –5,0 –4,7 –4,8 –3,2 –2,6 –3,3 –2,4 –4,5 –4,3 –3,8 –3,6
Bulgarie 0,0 3,1 3,3 0,9 1,9 0,0 –1,9 –0,7 0,0 0,1 –0,3
Hongrie 2,3 4,5 2,0 0,2 –0,8 –1,1 –4,1 –8,0 –0,9 –1,6 0,5
Kosovo –8,8 –8,0 –5,5 –7,6 –5,7 –7,0 –8,7 –10,5 –8,1 –7,4 –5,3
Macédoine du Nord –1,8 –2,6 –0,8 0,2 –3,0 –2,9 –3,1 –6,0 –3,3 –3,3 –2,9
Moldova, République de –6,0 –3,6 –5,8 –10,8 –9,4 –7,7 –12,4 –14,4 –12,1 –10,9 –9,6
Monténégro –11,0 –16,2 –16,1 –17,0 –14,3 –26,1 –9,2 –13,2 –10,7 –11,3 –13,7
Pologne –1,3 –1,0 –1,2 –1,9 –0,2 2,5 –1,4 –3,0 1,0 0,3 –1,0
Roumanie –0,8 –1,6 –3,1 –4,6 –4,9 –4,9 –7,2 –9,3 –7,3 –7,1 –6,3
Russie 5,0 1,9 2,0 7,0 3,9 2,4 6,6 10,5 3,4 4,0 2,3
Serbie –3,5 –2,9 –5,2 –4,8 –6,9 –4,1 –4,3 –6,9 –2,3 –3,2 –4,2
Türkiye1 –3,1 –3,1 –4,7 –2,6 1,4 –4,4 –0,9 –5,3 –4,2 –3,0 –2,3
Ukraine1 1,7 –1,5 –2,2 –3,3 –2,7 3,3 –1,6 5,0 –5,7 –7,2 –3,8
Amérique latine et Caraïbes –3,5 –2,2 –1,8 –2,7 –2,1 –0,4 –2,0 –2,4 –1,8 –1,5 –1,3
Antigua-et-Barbuda 2,2 –2,5 –8,0 –14,6 –7,2 –16,3 –15,6 –16,2 –12,5 –12,0 –10,2
Argentine –2,7 –2,7 –4,8 –5,2 –0,8 0,7 1,4 –0,7 –0,6 1,2 1,0
Aruba 3,9 4,6 1,0 –0,5 2,6 –12,4 2,7 11,1 9,5 10,5 7,3
Bahamas –12,7 –12,5 –13,5 –9,5 –2,2 –23,4 –21,1 –13,6 –9,5 –8,8 –5,8
Barbade –6,1 –4,3 –3,8 –4,0 –2,8 –5,9 –11,2 –11,1 –8,5 –7,8 –5,4
Belize –7,9 –7,2 –6,9 –6,5 –7,6 –6,1 –6,3 –7,3 –6,1 –6,0 –5,5
Bolivie –5,8 –5,6 –5,0 –4,3 –3,3 0,0 2,1 –0,4 –2,7 –3,3 –3,7
Brésil –3,5 –1,7 –1,2 –2,9 –3,6 –1,9 –2,8 –2,8 –1,9 –1,8 –2,2
Chili –2,7 –2,6 –2,8 –4,5 –5,2 –1,9 –7,3 –9,0 –3,5 –3,6 –3,0
Colombie –6,4 –4,5 –3,2 –4,2 –4,6 –3,5 –5,6 –6,2 –4,9 –4,3 –3,9
Tableau A12. Pays émergents et pays en développement : soldes des transactions courantes (suite)
(En pourcentage du PIB)
Projections
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Amérique latine et Caraïbes (fin) –3,5 –2,2 –1,8 –2,7 –2,1 –0,4 –2,0 –2,4 –1,8 –1,5 –1,3
Costa Rica –3,4 –2,1 –3,6 –3,0 –1,3 –1,0 –2,5 –3,7 –2,8 –2,3 –1,6
Dominique –4,7 –7,7 –8,9 –43,7 –35,6 –35,4 –27,6 –27,9 –27,1 –19,9 –12,9
El Salvador –3,2 –2,3 –1,9 –3,3 –0,4 1,6 –4,3 –6,6 –4,5 –4,5 –4,4
Équateur –2,2 1,1 –0,2 –1,2 –0,1 2,9 3,2 2,4 1,5 1,6 1,8
Grenade –10,7 –8,9 –11,6 –12,9 –10,1 –16,4 –13,0 –17,0 –14,8 –12,7 –11,5
Guatemala –1,2 1,0 1,2 0,9 2,4 5,0 2,2 1,4 2,4 1,8 0,0
Guyana –3,4 1,5 –4,9 –29,0 –68,8 –16,3 –25,9 23,8 18,0 20,0 47,7
Haïti –5,1 –1,7 –2,2 –2,9 –1,1 0,4 0,4 –2,3 –2,9 –2,3 –0,4
Honduras –4,7 –3,1 –1,2 –6,6 –2,6 2,8 –4,7 –3,2 –5,2 –4,9 –3,9
Jamaïque –3,0 –0,3 –2,7 –1,5 –1,9 –1,1 1,0 –0,8 –1,2 –1,7 –2,2
Mexique –2,7 –2,3 –1,9 –2,1 –0,4 2,0 –0,6 –1,2 –1,5 –1,4 –0,9
Nicaragua –9,9 –8,5 –7,2 –1,8 5,9 3,6 –3,1 –1,3 2,1 0,2 –1,7
Panama –8,6 –7,5 –5,8 –7,9 –5,8 –0,3 –3,0 –3,9 –3,6 –3,2 –2,5
Paraguay –0,2 4,3 3,0 –0,2 0,4 3,6 –0,8 –6,0 0,6 0,1 1,3
Pérou –4,6 –2,2 –0,8 –1,2 –0,6 1,1 –2,2 –4,1 –1,9 –2,1 –1,5
République dominicaine –1,8 –1,1 –0,2 –1,5 –1,3 –1,7 –2,8 –5,6 –3,7 –3,5 –2,9
Saint-Kitts-et-Nevis –8,3 –12,3 –10,6 –7,2 –5,8 –10,9 –5,9 –3,4 –2,5 –2,0 –1,0
Saint-Vincent-et-les Grenadines –14,7 –12,9 –11,7 –10,3 –2,3 –15,7 –22,7 –19,5 –17,6 –18,4 –8,9
Sainte-Lucie –0,7 –6,5 –2,0 1,4 5,5 –15,2 –7,0 –2,3 –0,7 –0,4 –0,1
Suriname –15,3 –4,8 1,9 –3,0 –11,3 9,0 5,9 2,2 1,5 1,0 –0,5
Trinité-et-Tobago 7,8 –3,3 6,0 6,8 4,4 –6,7 11,3 17,9 5,7 7,1 5,9
Uruguay –0,3 0,8 0,0 –0,5 1,2 –0,8 –2,5 –3,5 –3,7 –3,3 –2,2
Venezuela –12,8 –3,4 7,5 8,4 5,9 –3,5 –1,2 3,6 2,2 3,4 ...
Moyen-Orient et Asie centrale –3,9 –4,0 –1,0 2,9 0,4 –3,4 3,3 8,6 4,1 3,6 0,4
Afghanistan1 3,7 9,0 7,6 12,2 11,7 11,2 ... ... ... ... ...
Algérie –16,4 –16,5 –13,3 –9,7 –9,9 –12,8 –2,8 9,8 2,9 1,0 –5,2
Arabie saoudite –8,5 –3,6 1,5 8,5 4,6 –3,1 5,1 13,6 5,9 5,4 0,5
Arménie –2,7 –1,0 –1,3 –7,2 –7,1 –4,0 –3,5 0,8 –1,4 –2,3 –5,0
Azerbaïdjan –0,4 –3,6 4,1 12,8 9,1 –0,5 15,1 29,8 16,3 15,7 7,0
Bahreïn –2,4 –4,6 –4,1 –6,4 –2,1 –9,4 6,6 15,4 6,6 7,0 2,4
Cisjordanie et Gaza1 –13,9 –13,9 –13,2 –13,2 –10,4 –12,3 –9,8 ... ... ... ...
Djibouti 29,5 –1,0 –4,8 14,7 18,3 11,5 2,6 –4,8 –3,2 –1,4 2,3
Égypte –3,5 –5,6 –5,8 –2,3 –3,4 –2,9 –4,4 –3,5 –1,7 –2,4 –2,7
Émirats arabes unis 4,7 3,6 7,0 9,7 8,9 6,0 11,5 11,7 8,2 7,7 6,5
Géorgie –11,8 –12,5 –8,1 –6,8 –5,9 –12,5 –10,4 –4,0 –6,1 –5,8 –5,5
Iran 0,3 2,9 3,1 7,9 –0,7 –0,4 3,9 4,2 3,4 3,7 2,7
Iraq –7,0 –7,9 –5,3 3,9 –0,7 –15,0 6,9 17,3 –1,9 –4,3 –7,7
Jordanie –9,0 –9,7 –10,6 –6,8 –1,7 –5,7 –8,2 –8,8 –7,6 –5,4 –3,6
Kazakhstan –5,4 –5,1 –2,1 –1,0 –3,9 –6,4 –1,3 3,5 –1,5 –0,7 –2,9
Koweït 3,5 –4,6 8,0 14,4 13,1 4,6 27,2 36,0 30,3 27,7 16,0
Liban1 –19,9 –23,5 –26,4 –28,6 –27,9 –15,7 –17,3 –28,8 ... ... ...
Libye –18,9 –9,4 6,6 14,7 6,7 –8,5 –5,4 32,9 21,3 26,5 14,9
Maroc –2,0 –3,8 –3,2 –4,9 –3,4 –1,2 –2,3 –3,5 –3,1 –3,2 –2,8
Mauritanie –15,5 –11,0 –10,0 –13,1 –10,3 –6,7 –7,8 –15,3 –9,9 –11,1 –6,7
Oman –13,9 –16,7 –13,4 –4,6 –4,6 –16,2 –5,4 6,4 5,1 5,4 1,6
Ouzbékistan 1,0 0,2 2,4 –6,8 –5,6 –5,0 –7,0 –0,8 –4,3 –4,6 –5,0
Pakistan –0,9 –1,6 –3,6 –5,4 –4,2 –1,5 –0,8 –4,7 –0,7 –1,8 –1,7
Qatar 8,5 –5,5 4,0 9,1 2,4 –2,1 14,6 26,7 17,6 15,4 9,3
République kirghize –15,9 –11,6 –6,2 –12,1 –11,5 4,5 –8,0 –46,5 –20,0 –6,1 –4,2
Somalie –2,2 –5,6 1,6 –0,1 –9,0 –4,5 –6,9 –8,2 –9,6 –10,1 –11,1
Soudan1 –8,5 –6,5 –9,4 –14,0 –14,2 –16,9 –7,5 –11,2 –1,0 –7,4 –7,7
Syrie2 ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...
Tadjikistan –6,1 –4,2 2,1 –4,9 –2,2 4,1 8,2 15,6 –3,7 –2,4 –3,4
Tunisie –9,1 –8,8 –9,7 –10,4 –7,8 –5,9 –6,0 –8,6 –5,8 –5,4 –4,6
Turkménistan –17,3 –23,1 –11,1 4,9 2,8 2,6 6,5 7,1 3,4 1,8 –2,5
Yémen –3,1 –5,8 –2,3 –5,4 –6,1 –17,0 –15,4 –17,8 –19,4 –13,9 –2,0
Tableau A12. Pays émergents et pays en développement : soldes des transactions courantes (fin)
(En pourcentage du PIB)
Projections
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2028
Afrique subsaharienne –5,7 –3,6 –2,1 –2,2 –3,2 –2,7 –1,0 –1,9 –2,7 –2,8 –2,3
Angola –8,8 –3,1 –0,5 7,3 6,1 1,5 11,2 9,6 3,1 3,7 1,8
Afrique du Sud –4,3 –2,7 –2,4 –2,9 –2,6 1,9 3,7 –0,5 –2,5 –2,8 –2,1
Bénin –6,0 –3,0 –4,2 –4,6 –4,0 –1,7 –4,2 –5,6 –6,0 –5,7 –4,2
Botswana 2,2 8,0 5,6 0,4 –6,9 –10,3 –1,3 3,0 0,8 1,5 0,6
Burkina Faso –7,6 –6,1 –5,0 –4,2 –3,2 4,1 0,4 –6,2 –5,1 –5,2 –3,7
Burundi –11,5 –11,1 –11,7 –11,4 –11,6 –10,3 –12,4 –15,6 –18,7 –20,7 –12,5
Cabo Verde –2,9 –3,4 –7,0 –4,8 0,2 –15,0 –11,8 –3,6 –5,8 –5,0 –4,0
Cameroun –3,6 –3,1 –2,6 –3,5 –4,3 –3,7 –4,0 –1,8 –2,6 –2,4 –3,0
Comores –0,3 –4,4 –2,2 –3,0 –3,5 –1,9 –0,5 –2,4 –5,6 –5,8 –4,6
Congo, République démocratique du –3,7 –3,9 –3,1 –3,5 –3,2 –2,2 –1,0 –5,2 –6,0 –5,3 –3,0
Congo, République du –39,0 –45,3 –5,5 8,3 15,7 12,3 14,2 19,4 4,0 2,1 –2,4
Côte d’Ivoire –0,4 –0,9 –2,0 –3,9 –2,3 –3,1 –4,0 –6,5 –4,7 –3,8 –2,6
Érythrée1 22,4 13,4 24,8 15,5 13,0 ... ... ... ... ... ...
Eswatini 13,0 7,9 6,2 1,3 3,9 7,1 2,7 –0,7 6,3 3,2 0,3
Éthiopie –11,5 –10,9 –8,5 –6,5 –5,3 –4,6 –3,2 –4,3 –2,4 –2,0 –1,9
Gabon –5,6 –11,1 –8,7 –4,8 –5,0 –6,9 –4,5 1,6 –0,8 –2,1 –6,1
Gambie –9,9 –9,2 –7,4 –9,5 –6,2 –3,0 –0,1 –5,9 –5,0 –5,2 –3,8
Ghana –5,7 –5,1 –3,3 –3,0 –2,2 –2,5 –2,7 –2,1 –2,5 –2,8 –3,1
Guinée –12,5 –30,7 –6,7 –18,5 –15,5 –16,2 –2,1 –8,2 –8,9 –8,8 –6,6
Guinée-Bissau 1,8 1,4 0,3 –3,5 –8,5 –2,6 –0,8 –9,6 –7,1 –4,5 –4,0
Guinée équatoriale –17,7 –26,0 –7,8 –2,7 –7,5 –0,8 5,4 9,6 –2,6 –3,0 –7,0
Kenya –6,3 –5,4 –7,0 –5,4 –5,2 –4,7 –5,2 –5,1 –4,9 –4,9 –5,1
Lesotho –4,2 –7,8 –4,0 –3,3 –1,5 –1,0 –4,4 –7,9 –3,1 –4,7 –4,3
Libéria –28,5 –23,0 –22,3 –21,3 –19,6 –16,4 –17,9 –19,6 –22,9 –23,1 –20,4
Madagascar –1,6 0,5 –0,4 0,7 –2,3 –5,4 –4,9 –5,4 –3,9 –4,8 –4,9
Malawi –12,2 –13,1 –15,5 –12,0 –12,6 –13,8 –13,3 –3,4 –5,9 –8,5 –6,8
Mali –5,3 –7,2 –7,3 –4,9 –7,5 –2,2 –7,5 –6,9 –6,5 –5,7 –3,7
Maurice –3,5 –3,9 –4,5 –3,8 –5,0 –8,8 –13,0 –11,5 –6,2 –4,1 –5,6
Mozambique –37,4 –32,2 –19,6 –32,2 –19,1 –27,6 –22,4 –32,9 –16,0 –39,3 –20,5
Namibie –13,6 –16,5 –4,4 –3,6 –1,8 2,6 –9,9 –12,7 –7,1 –6,4 –4,5
Niger –15,3 –11,4 –11,4 –12,7 –12,2 –13,2 –14,1 –15,6 –12,5 –3,9 –5,8
Nigéria –3,1 1,3 3,6 1,7 –3,1 –3,7 –0,7 0,2 0,7 0,6 0,1
Ouganda –5,5 –2,6 –4,8 –6,1 –6,6 –9,4 –8,3 –8,2 –7,1 –8,2 –6,4
République centrafricaine –9,1 –5,4 –7,8 –8,0 –4,9 –8,2 –11,1 –12,7 –8,8 –7,8 –4,5
Rwanda –12,7 –15,3 –9,5 –10,1 –11,9 –12,1 –11,2 –9,8 –12,7 –11,3 –7,5
Sao Tomé-et-Principe –14,5 –7,2 –15,3 –13,2 –12,7 –11,2 –12,1 –13,3 –14,9 –10,0 –7,0
Sénégal –5,7 –4,2 –7,3 –8,8 –7,9 –10,1 –11,2 –19,9 –14,6 –7,9 –4,4
Seychelles –17,9 –18,7 –17,9 –2,4 –2,8 –12,3 –10,1 –7,1 –6,9 –8,5 –9,1
Sierra Leone –23,6 –7,6 –18,3 –17,1 –19,4 –7,9 –8,6 –8,8 –6,8 –7,0 –7,7
Soudan du Sud 1,7 19,6 9,6 11,0 2,1 –19,2 –9,5 9,8 2,3 2,0 0,4
Tanzanie –7,7 –4,2 –2,6 –3,0 –2,6 –1,9 –3,4 –5,4 –5,1 –4,2 –2,7
Tchad –13,8 –10,4 –7,1 –1,1 –4,2 –7,4 –3,4 6,2 0,2 –3,3 –6,2
Togo –7,5 –7,2 –1,5 –2,6 –0,8 –0,3 –0,9 –3,2 –3,1 –2,7 –2,2
Zambie –2,7 –3,3 –1,7 –1,3 0,4 10,6 9,7 3,6 3,8 7,1 8,5
Zimbabwe1 –8,0 –3,4 –1,3 –3,7 3,5 2,5 1,0 1,0 0,9 –0,7 –1,1
1Voir les notes relatives à l’Afghanistan, à la Cisjordanie et Gaza, à l’Érythrée, au Liban, au Soudan, à Sri Lanka, à la Türkiye, à l’Ukraine et Gaza et au Zimbabwe dans la section « Notes sur
les pays » de l’appendice statistique.
2Les données pour la Syrie de 2011 et au-delà sont exclues en raison de l’incertitude entourant la situation politique.
Évaluation des risques qui entourent les projections de référence des Perspectives
de l’économie mondiale Avril 2023, encadré 1.3
Évaluation des risques qui entourent les projections de référence des Perspectives
de l’économie mondiale Octobre 2023, encadré 1.2
Relancer la croissance dans les pays à faible revenu et les pays émergents :
le rôle des réformes structurelles Octobre 2019, chapitre 3
Parer aux futures récessions dans les pays avancés : les politiques cycliques à l’ère
des taux bas et de l’endettement élevé Avril 2020, chapitre 2
Le Grand Confinement : analyse de ses effets économiques Octobre 2020, chapitre 2
Synthèse des publications sur les conséquences économiques du confinement Octobre 2020, encadré 2.1
Industrie manufacturière mondiale : reprise en V et incidences sur les perspectives mondiales Avril 2021, encadré 1.1
Séquelles de la pandémie de COVID-19 : perspectives de dommages économiques à
moyen terme Avril 2021, chapitre 2
Une « tempête parfaite » s’abat sur le secteur de l’hôtellerie et de la restauration Avril 2021, encadré 2.1
Recherche et innovation : combattre la pandémie et doper la croissance à long terme Octobre 2021, chapitre 3
Révision à la baisse des perspectives de croissance : la trajectoire de convergence ralentit Octobre 2023, encadré 1.1
Les effets économiques inégaux de la fragmentation des marchés des produits de base Octobre 2023, encadré 3.3
V. Politique budgétaire
La grande divergence entre les politiques économiques Avril 2013, encadré 1.1
Surendettement public et résultats du secteur privé Avril 2013, encadré 1.2
Le moment est-il propice à une relance des infrastructures ? Les effets macroéconomiques
de l’investissement public Octobre 2014, chapitre 3
Améliorer l’efficience de l’investissement public Octobre 2014, encadré 3.2
Les effets macroéconomiques d’une augmentation de l’investissement public Octobre 2014, encadré 3.4
dans les pays en développement
Les institutions et règles budgétaires et l’investissement public Octobre 2014, encadré 3.5
Hausses des cours des produits de base et investissements publics Octobre 2015, encadré 2.2
Les retombées transfrontalières de la politique budgétaire sont-elles encore
une question pertinente ? Octobre 2017, chapitre 4
Les retombées des chocs de dépenses publiques aux États-Unis sur les positions extérieures Octobre 2017, encadré 4.1
L’impact macroéconomique des modifications de la politique fiscale des entreprises Avril 2018, encadré 1.5
Politiques localisées : repenser les politiques budgétaires pour résorber les inégalités intérieures Octobre 2019, encadré 2.4
Retour à la réalité : faire face à l’envolée de la dette publique Avril 2023, chapitre 3
Réformes du marché pour favoriser la croissance et la viabilité de la dette Avril 2023, encadré 3.1
Imprudence budgétaire et anticipations d’inflation : le rôle du cadre de politique monétaire Octobre 2023, encadré 2.2
Le yin et le yang de la gestion des flux de capitaux : mettre en équilibre les entrées
et les sorties de capitaux Octobre 2013, chapitre 4
Simulation de la vulnérabilité à la situation des marchés internationaux de capitaux Octobre 2013, encadré 4.1
Les retombées commerciales du boom du gaz de schiste aux États-Unis Octobre 2014, encadré [Link].1
Les déséquilibres mondiaux ont-ils atteint un point d’inflexion ? Octobre 2014, chapitre 4
Changement de vitesse : l’ajustement extérieur de 1986 Octobre 2014, encadré 4.1
Le conte de deux ajustements : Asie de l’Est et zone euro Octobre 2014, encadré 4.2
Comprendre le rôle des facteurs cycliques et structurels dans le ralentissement
du commerce mondial Avril 2015, encadré 1.2
De petits pays, mais des déficits courants élevés Octobre 2015, encadré 1.2
Mouvements de capitaux et financiarisation dans les pays en développement Octobre 2015, encadré 1.3
Analyse du ralentissement du commerce mondial Avril 2016, encadré 1.1
Comprendre le ralentissement des flux de capitaux vers les pays émergents Avril 2016, chapitre 2
Flux de capitaux vers les pays en développement à faible revenu Avril 2016, encadré 2.1
Gains de productivité pouvant découler de la poursuite de la libéralisation
des échanges et de l’investissement direct étranger Avril 2016, encadré 3.3
À quoi tient le ralentissement des échanges mondiaux ? Octobre 2016, chapitre 2
Évolution de l’intégration commerciale des pays émergents
et en développement avec la demande finale chinoise Avril 2017, encadré 2.3
Évolution de l’allocation mondiale des capitaux :
conséquences pour les pays émergents et en développement Avril 2017, encadré 2.4
Ajustement macroéconomique dans les pays émergents exportateurs de produits de base Octobre 2017, encadré 1.4
Envois de fonds et lissage de la consommation Octobre 2017, encadré 1.5
Indicateurs de politique commerciale : une approche multidimensionnelle Avril 2018, encadré 1.6
L’essor du commerce des services Avril 2018, encadré 3.2
Rôle de l’aide étrangère dans l’amélioration de la productivité dans les pays
en développement à faible revenu Avril 2018, encadré 4.3
Tensions commerciales mondiales Octobre 2018, encadré scénario 1
Le prix des biens d’équipement : un moteur de l’investissement menacé ? Avril 2019, chapitre 3
Prix des biens d’investissement dans différents pays : le recours aux mégadonnées Avril 2019, encadré 3.2
Droits de douane et investissements dans les biens d’équipement :
l’exemple des entreprises colombiennes Avril 2019, encadré 3.4
Les déterminants des balances commerciales et les répercussions des droits de douane Avril 2019, chapitre 4
Échanges en valeur ajoutée et échanges bruts Avril 2019, encadré 4.1
Balances commerciales bilatérales et globales Avril 2019, encadré 4.2
Comprendre les rééquilibrages du déficit commercial : les échanges bilatéraux jouent-ils
un rôle à part ? Avril 2019, encadré 4.3
Les effets macro et microéconomiques d’un différend commercial
entre les États-Unis et la Chine : éclairages apportés par trois modèles Avril 2019, encadré 4.4
Brexit sans accord Avril 2019, Encadré scénario
Conséquences de la relocalisation dans des pays avancés d’une partie de la production Octobre 2019, encadré scénario 1.1
Tensions commerciales : scénario actualisé Octobre 2019, encadré scénario 1.2
Le recul des investissements directs étrangers mondiaux en 2018 Octobre 2019, encadré 1.2
Les échanges et les chaînes de valeur mondiaux pendant la pandémie Avril 2022, chapitre 4
Effets des perturbations de l’approvisionnement mondial durant la pandémie Avril 2022, encadré 4.1
L’incidence des confinements sur les échanges : ce que disent les données sur le fret Avril 2022, encadré 4.2
Ajustements commerciaux des entreprises à la pandémie de COVID-19 en France Avril 2022, encadré 4.3
Fragmentation géoéconomique et taux d’intérêt naturel Avril 2023, encadré 2.2
Fragmentation géoéconomique et investissement direct étranger Avril 2023, chapitre 4
Montée des tensions commerciales Avril 2023, encadré 4.1
Exposition de bilan au risque de fragmentation Avril 2023, encadré 4.2
Tensions géopolitiques, chaînes d’approvisionnement et échanges commerciaux Avril 2023, encadré 4.3
X. Études régionales
L’évolution des déficits courants dans la zone euro Avril 2013, encadré 1.3
Toujours présents sur le marché du travail ? Évolution des taux d’activité
dans les régions européennes Avril 2018, encadré 2.3
Observations de la présidente à l’issue de la séance consacrée à l’examen par le conseil d’administration du Moniteur
des finances publiques, du Rapport sur la stabilité financière dans le monde et des Perspectives de l’économie mondiale,
le 26 septembre 2023
D
ans l’ensemble, les administrateurs mais les administrateurs relèvent généralement que
souscrivent à l’évaluation que les services les risques pesant sur la stabilité financière demeurent
du FMI font des perspectives de l’économie élevés. Ils attirent en particulier l’attention sur le fait
mondiale, des risques et des priorités que la persistance d’une inflation sous-jacente mondiale
d’action. Ils se félicitent de la résilience continue de pourrait justifier un maintien des taux directeurs à un
l’économie mondiale, en particulier dans certains niveau élevé, ce qui pourrait provoquer une correction
pays avancés et pays émergents, mais reconnaissent des marchés financiers et une volatilité des flux de capi-
que la divergence des perspectives de croissance entre taux. Les administrateurs estiment en outre que les prix
les régions complique le retour aux tendances de des produits de base pourraient connaître une volatilité
production antérieures à la pandémie. La perspective accrue en raison des chocs climatiques et géopolitiques.
d’une convergence des revenus s’éloigne en raison La plupart d’entre eux constatent le risque d’une nouvelle
de l’essoufflement observé dans de nombreux pays dégradation du secteur de l’immobilier en Chine et, à
émergents et pays en développement (PEPD). Les cet égard, saluent les mesures récentes prises par les auto-
administrateurs sont conscients que le resserrement de rités. Par ailleurs, les administrateurs mettent l’accent
la politique monétaire qui s’impose pour lutter contre sur le risque de nouvelles situations de surendettement
l’inflation, ainsi que la suppression des dispositifs de dans les PEPD très tributaires des emprunts extérieurs, et
soutien budgétaire pour combattre la flambée de la indiquent de façon générale que la présence de banques
dette mondiale et appuyer les efforts de désinflation ont fragiles dans certains grands pays est un autre facteur de
aussi pour effet de freiner la croissance à court terme. vulnérabilité. Les administrateurs soulignent que si les
La plupart des administrateurs conviennent que la conditions financières venaient soudainement à se durcir,
fragmentation géoéconomique croissante fait également elles pourraient provoquer des chaînes de réaction néga-
obstacle à la reprise et saluent l’analyse par le FMI des tives et mettre de nouveau à l’épreuve la résilience du
coûts de cette fragmentation. Quelques administrateurs système financier mondial.
soulignent qu’il est important de diversifier les chaînes Les administrateurs relèvent que l’inflation mondiale
d’approvisionnement pour renforcer la résilience. hors énergie et alimentation persiste et ne recule que
Plus généralement, un certain nombre d’entre eux lentement, et insistent sur la nécessité que la politique
insistent sur la nécessité d’équilibrer la communication monétaire maintienne une orientation restrictive adap-
du FMI sur la fragmentation géoéconomique. Les tée à la situation de chaque pays, jusqu’à ce que l’infla-
administrateurs conviennent dans l’ensemble que mettre tion diminue et se maintienne à son niveau cible. Ils
fin à la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine appellent à ce que la politique monétaire soit claire et
demeure la mesure la plus efficace pour améliorer les communiquée en toute transparence de façon à éviter
perspectives mondiales. un désancrage des anticipations d’inflation. En outre, les
Les administrateurs estiment globalement que les administrateurs indiquent que des mesures destinées à
risques qui pèsent sur les perspectives sont plus équilibrés augmenter le taux d’activité peuvent contribuer à apaiser
qu’en avril 2023, mais que leur solde reste orienté à la les tensions sur le marché du travail de nombreux pays
baisse. La phase aiguë des difficultés du secteur bancaire avancés, ce qui devrait favoriser une désinflation.
observée en mars dernier est certes passée, en partie Les administrateurs admettent que le rythme rapide
grâce aux réactions rapides en Suisse et aux États-Unis, du resserrement des politiques monétaires intensifie les
pressions sur le secteur financier et oblige à surveiller financières et structurelles, afin d’atteindre les objectifs
attentivement les risques, à mieux les évaluer, à renforcer climatiques. En conséquence, la plupart des administra-
la supervision et à combler les lacunes en la matière dans teurs conviennent qu’un train de mesures prévoyant une
le secteur financier non bancaire. Ils appellent à détermi- tarification du carbone, complété par d’autres mesures
ner si les normes internationales de régulation bancaire destinées à remédier aux défaillances du marché, à cata-
ont été systématiquement appliquées durant la période lyser les financements privés et les investissements écolo-
récente de tensions financières. Signalant les facteurs de giques, et à atténuer les effets de répartition, a plus de
vulnérabilité dans le secteur de l’immobilier commercial chances de permettre de réaliser les objectifs climatiques
de certains pays, les administrateurs invitent à poursuivre et de maintenir la viabilité de la dette. Certains d’entre
la vigilance et une surveillance étroite. eux rappellent cependant que la tarification du carbone
Les administrateurs mettent l’accent sur la nécessité n’est pas une solution qui convient à tous les pays. Les
de durcir progressivement les politiques budgétaires tant administrateurs reconnaissent que la transition écolo-
que les déficits et la dette restent élevés. Ils estiment que gique sera complexe, en particulier pour les PEPD très
bien que la responsabilité première du rétablissement endettés qui ont de gros besoins d’investissements, mais
de la stabilité des prix incombe aux banques centrales, que dans le même temps, tout atermoiement ne ferait
un durcissement de la politique budgétaire peut freiner qu’accroître le coût de cette transition. Ils conviennent
davantage l’inflation en réduisant la demande globale globalement qu’une intégration de la problématique du
et en renforçant la crédibilité générale des stratégies de changement climatique dans les analyses de viabilité de la
désinflation. Les administrateurs recommandent de dette pourrait améliorer l’élaboration des politiques tout
mobiliser les recettes en renforçant les capacités fiscales en tenant compte des caractéristiques de chaque pays.
et en augmentant l’efficience des dépenses afin de contri- Les administrateurs attirent l’attention sur le fait qu’il
buer à dégager une certaine marge de manœuvre budgé- est indispensable de coordonner les efforts au niveau inter-
taire, tout en préservant des mesures ciblées de façon à national pour réduire au minimum le coût de la décar-
protéger les plus vulnérables. Ils relèvent en outre que bonation, en particulier pour les pays à faible revenu et
certains pays surendettés peuvent avoir besoin d’une les petits pays en développement. Dans ce contexte, ils
restructuration préventive et ordonnée de leur dette, ce mettent en avant le rôle important de catalyseur que pour-
qui montre bien l’importance d’une coopération multila- rait jouer le fonds fiduciaire pour la résilience et la dura-
térale dans ce domaine. bilité en attirant des financements et des investissements
Les administrateurs se déclarent préoccupés par l’as- verts. Ils soulignent que les politiques industrielles écolo-
sombrissement des perspectives de croissance à moyen giques doivent éviter de fausser les échanges commerciaux
terme. Dans ce contexte, ils soulignent qu’il est impor- et les flux d’investissement, et respecter les règles de l’Orga-
tant de faciliter les investissements et de mener des nisation mondiale du commerce (OMC). C’est pourquoi
réformes ciblées et bien échelonnées du côté de l’offre, quelques administrateurs recommandent que des mesures
car cela peut favoriser la croissance de la productivité, telles que le mécanisme d’ajustement carbone aux fron-
même si la marge de manœuvre est limitée, et atténuer tières soient elles aussi conformes aux règles de l’OMC de
les pressions inflationnistes. façon à préserver le commerce international. Bien qu’ils
Les administrateurs invitent à accélérer les efforts de considèrent qu’en principe, des accords sur des corridors
décarbonation et précisent que le dosage de mesures écologiques et alimentaires peuvent aider à protéger la
devra trouver un équilibre entre objectifs climatiques, transition énergétique et éviter l’insécurité alimentaire,
viabilité des finances publiques et adoption de mesures quelques administrateurs attirent l’attention sur la diffi-
politiquement faisables. Ils s’accordent sur le fait qu’il sera culté à mettre en œuvre de tels mécanismes. Plus générale-
coûteux de recourir principalement à des mesures axées ment, les administrateurs font valoir qu’il serait important
sur les dépenses et préconisent plutôt de conjuguer des de sauvegarder le système commercial fondé sur des règles
mesures de recettes et de dépenses à d’autres politiques pour assurer la prospérité mondiale.