LE DÉCOLLAGE À 0 FRANC
La plupart des jeunes entrepreneurs pensent souvent qu’il faut élaborer un business plan,
mobiliser des financements, prendre un récépissé de création d'entreprise, louer un bâtiment
et l’équiper, puis recruter du personnel avant de démarrer.
Moi-même Patrick Armand POGNON, bien qu'ayant démarré plusieurs projets sans rien, j'ai
fait cette erreur plusieurs fois dans ma vie, en démarrant l'entreprise avec de l'argent pour
ceci et cela. C'est une erreur et une erreur grave ! Aucune entreprise rentable et digne de
nom ne démarre avec des charges et la création de charges.
Tant que vous pensez à un financement pour démarrer un projet d'entreprise, vous ne pensez
pas comme un entrepreneur. Aucun entrepreneur ne démarre quoi que ce soit avec un
financement ! C'est une illusion que de penser ainsi.
L'entrepreneuriat est un ensemble de stratégies mises en place pour créer un business
rentable. Dans le cadre de ce processus, il y a des échecs successifs qui sont des apprentissages
qui permettent, à terme, de trouver son chemin. Tout financement mis en place avant les
erreurs, avant de trouver son chemin entraîne des dettes.
Il est donc impératif qu’ici et maintenant, vous vous engagiez à ne jamais prendre l'argent
de quelqu’un, ni même votre propre fortune pour essayer un projet d'entreprise. Tout
financement ne doit entrer dans votre projet que lorsque vous avez fini les essais, lorsque vous
avez fini avec les erreurs, lorsque vous avez trouvé votre chemin.
Cette première révélation étant établie, il me paraît important et essentiel de vous préciser
que tout projet entrepreneurial commence par un emploi. Je ne sais pas si vous avez entendu
ce que je viens de dire : tout projet d'entrepreneuriat commence toujours par un
emploi.
Ce que je veux faire dans mon entreprise, je vais commencer par le faire dans l'entreprise de
quelqu'un d'autre. Ainsi, je n'aurai ni impôt, ni loyer, ni salaire à payer. Que le patron me
paie ou pas, je pourrai faire mes apprentissages et mes erreurs chez lui. C'est donc à lui de
supporter le risque de mon apprentissage.
Mon projet d'entreprise commence donc par ma capacité à convaincre un expérimenté que
mon projet peut tenir. Si cet expérimenté me donne ma chance, c'est qu'il croit en mon projet.
Il va donc m’encadrer et je vais profiter de son expérience sans rien avoir à payer ; je vais
également profiter de ses infrastructures et je vais y faire mes erreurs sans chuter
dangereusement, sans trop de risques donc.
Un jour, un jeune homme, qui avait travaillé dans une grosse compagnie de transport qui a
fait faillite, était allé voir un milliardaire avec un business plan de 600.000.000 de francs
CFA, pour créer, lui aussi, une compagnie de transport. Le business plan était très bien fait ;
le seul problème était qu'il était fait par un chômeur qui n’avait jamais géré un million de
francs, mais pensait pouvoir gérer 600.000.000 à la fois.
Le milliardaire lui demanda de lui prêter 5.000F et le jeune homme lui répondit qu'il n’avait
pas 5.000F ni sur lui ni à la maison. Le milliardaire lui posa alors la question de savoir si lui
est bête pour oser remettre 600.000.000 à un pauvre ! Le jeune homme se sentit insulté,
humilié ; il se mit en colère et s’en alla. Pendant qu’il s’en allait, le milliardaire lui demanda
de revenir le voir lorsqu'il voudra vraiment réussir en affaire.
Trois mois plus tard, fatigué du chômage et de la galère, le jeune homme retourna voir le
milliardaire et lui demanda, cette fois, comment il voyait son projet de business. Le
milliardaire lui expliqua que pendant les trois mois où lui, le jeune homme, gérait son égo,
lui, le milliardaire, travaillait sur le projet.
Le milliardaire dit avoir été à la gare routière pour observer le fonctionnement des
compagnies de transport. Il dit avoir constaté qu'il y avait assez de compagnies pour le
transport des passagers, mais pas de compagnie pour transporter les colis. Il lui proposa donc
de lancer une société de livraison de colis.
Le jeune homme était très content et pensait que le monsieur allait sortir des dizaines de
millions pour créer une société, acheter des véhicules de livraison et recruter du personnel. À
son grand étonnement, le milliardaire lui dit qu'il lui fallait un seul véhicule qu'il avait déjà
identifié et pour lequel le propriétaire demandait trois millions, mais qu'ils n’allaient pas
payer les trois millions. Ils allaient plutôt prendre le véhicule la veille du premier voyage et
payer au propriétaire 30.000F par jour de location, jusqu'au jour où ils seront en mesure de
payer les 3.000.000.
Le pauvre voulait démarrer avec 600.000.0000, le milliardaire a réfléchi et a trouvé
comment démarrer avec rien. Ils démarrèrent donc le projet dans les conditions fixées par le
milliardaire et cela marcha pendant au moins six mois. Après les six premiers mois, notre
pauvre, désormais chef d’entreprise, était tellement pressé de grandir qu'il commença une
folie des grandeurs qui tua le projet. Le véhicule fut alors retourné à son propriétaire et
personne ne perdit quoi que ce soit.
Par la suite, notre ex-pauvre, désormais expérimenté, fut sollicité comme directeur d'une
compagnie de transport. Il surprit le propriétaire de la compagnie de transport en lui
demandant comme rémunération de mettre en son nom, un bus dont le bénéfice lui
reviendrait comme salaire. Le propriétaire accepta, l'installa à la tête de la société et constata
son expérience et sa compétence.
Il lui proposa alors de devenir le PDG de l'entreprise, de gérer l'entreprise comme il l'entendait
à condition de lui payer 30.000 FCFA par jour et par véhicule du parc. Voilà comment l'ex-
pauvre devint le PDG d'une compagnie de transport sans débourser un seul franc et sans
acheter un seul bus ! Voilà une partie du chemin de l'entrepreneur.
Je le répète encore : tout bon parcours entrepreneurial commence toujours par un
emploi, mais attention, cela ne suffit pas ! Être journaliste pendant 20 ans dans une
maison de presse ne fait pas de moi un entrepreneur compétent pour créer et réussir une
maison de presse.
Il me faut, pendant mon temps de travail, être curieux pour aller apprendre avec les
comptables, les secrétaires, les gestionnaires de ressources humaines, le patron. Je dois
apprendre de tous les services d'une entreprise.
J'ai formé, en entrepreneuriat, un monsieur qui était délégué médical depuis des dizaines
d'années. Après la formation, il demanda et obtint la bénédiction de son patron pour lancer
sa propre agence. Au début, ce fut facile pour lui, mais cela devint difficile par la suite, car,
au cours de ses dizaines d'années de service, il n’avait pas été associé aux autres
compartiments de l'entreprise. Voilà pourquoi les plus riches du monde font faire un stage à
leurs enfants dans tous les compartiments de leurs entreprises.
En conclusion de tout ce qui précède, celui qui ici, a un permis de conduire et veut faire le
taxi ne doit pas acheter un taxi lui-même, même s'il en a les moyens. Il doit plutôt aller
proposer à une personne qui a plusieurs véhicules de faire le taxi pour lui ou même la location
de véhicules.
Celui qui ici est au chômage doit trouver une personne qui a besoin, ne serait-ce que d'un
assistant, d'un accompagnateur, d'un conducteur, d'un chargé de courses pour lui proposer
de jouer ce rôle en attendant un emploi. En aidant la personne, il va apprendre, il va
découvrir des possibilités, décrocher enfin cet emploi ou trouver, à partir de là, une
opportunité, un nouveau point de chute. Un projet d'entrepreneuriat commence
toujours par un emploi.
Coach Patrick Armand POGNON
Professeur Emérite en Coaching Intégral
Président Recteur de l’Université du Coaching Intégral
Président de l’Association FIAD-MONDE
Président de l’Ordre Des Coach en Développement Intégral
Président Directeur Général d’ATQM SA