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Le bruxisme lié au sommeil
Article · January 2023
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D'Incau Emmanuel
University of Bordeaux
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syndrome des jambes sans repos), ainsi tération du microbiote qui contribuent une exophtalmie basedowienne (rétrac-
que celle des troubles respiratoires (sur- à l’insulinorésistance. Il existe également tion palpébrale, œdème des paupières),
poids, sarcopénie, tonus des muscles une action sur les gènes de l’horloge bio- • lors de la prise du tour de cou, effec-
dilatateurs des voies aériennes supé- logique et la sécrétion des hormones. tuer une palpation thyroïdienne, re-
rieures). Le diabète et l’obésité sont des L’insulinorésistance est le dénominateur chercher un buffalo neck, une érythrose
facteurs indépendants de somnolence commun des pathologies métaboliques facio-tronculaire, un hirsutisme, un
et de SAOS. telles que le diabète, l’obésité, la dyslipi- acanthosis nigricans (hyperpigmenta-
démie, le syndrome des ovaires polykis- tion et épaississement au niveau des plis
tiques et la stéatose hépatique non al- axillaires et inguinaux ou du cou) ou des
CONCLUSION coolique. molluscum pendulum (lésion tumorale
La pathologie du sommeil a des consé- bégnigne molle en excroissance),
quences hormonales et métaboliques. En pratique clinique, pour rechercher ra- • lors de la réalisation du score de Mal-
D’une part, la fragmentation du sommeil pidement une endocrinopathie, il faut : lampati, rechercher une prognathie,
augmente l’hyperactivité sympathique • en cas d’insomnie ou de retard de phase, un trouble de l’articulé dentaire et une
et crée du stress oxydatif 3 ; d’autre part, rechercher une dysthyroïdie (frilosité ou macroglossie.
elle génère une inflammation de bas thermophobie, troubles du transit), Il est recommandé de dépister les compli-
grade, une leptino-résistance et une al- • en observant les cernes, rechercher cations métaboliques lors du diagnostic.
BIBLIOGRAPHIE
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LE BRUXISME LIÉ AU SOMMEIL
Dr Emmanuel d’Incau
MCU/PH, UFR des sciences odontologiques/UMR CNRS 6033 SANPSY (Université de Bordeaux), Service de Médecine buc-
co-dentaire (CHU de Bordeaux)
DÉFINITION l’efficacité, entraine une plainte d’insom- présence de signes et de symptômes
Le bruxisme lié au sommeil (BS) corres- nie, ou encore s’il est responsable d’une oro-faciaux, analyse instrumentale) elle
pond à une activité des muscles masti- somnolence diurne excessive. Or, à ce varie entre 8 % et 38 % chez l’enfant, elle
cateurs (AMM) durant le sommeil et se- jour, très peu d’études ont évalué le BS est égale à 8 % chez l’adulte d’âge moyen
lon un consensus d’experts elle n’est pas sous cet aspect. et elle diminue chez la personne âgée
considérée comme un trouble du mou- Cette AMM, essentiellement phasique pour atteindre 3 % 3.
vement ou un trouble du sommeil chez peut également être tonique ou mixte
des personnes par ailleurs en bonne (Fig. 1). Elle est caractérisée par le serre- ÉTIOLOGIE
santé 1. Certaines données récentes 2 ment ou le grincement des dents et/ou L’étiologie du BS n’est pas encore totale-
montrent cependant que cette AMM par des mouvements toniques ou de ment élucidée. Son aspect multifactoriel
qui peut être un trouble du sommeil et/ poussée de la mandibule, sans contact (activation cardiaque sympathique au-
ou un facteur de risque orofacial (e.g. en dentaire 1. Elle est comorbide de nom- tonome durant le sommeil, prédisposi-
termes d’usure dentaire pathologique breux troubles du sommeil, dont le syn- tion génétique, aspects psychosociaux,
et/ou de douleur orofaciale), n’est que drome d’apnées hypopnées obstruc- facteurs exogènes et génétiques, co-
rarement définie et évaluée telle que le tives du sommeil (SAHOS), le syndrome morbidités) et l’implication du système
préconise la classification internationale des jambes sans repos, les mouvements nerveux central sont cependant admis.
des troubles du sommeil (ICSD3). En ef- périodiques des membres, le trouble La survenue fréquente des épisodes
fet, stricto sensu, un trouble du sommeil insomnie, le reflux gastro-œsophagien d’AMM lors d’épisodes de micro-éveils
est considéré comme un “dysfonction- (RGO) lié au sommeil, et, de manière est également démontrée, même si ces
nement” lié au sommeil lorsqu’il entraine moins fréquente, le trouble comporte- derniers ne constituent qu’une fenêtre
un “préjudice”, soit une “détresse” liée mental en sommeil paradoxal et l’épilep- temporelle permissive. A côté de ces
aux symptômes du sommeil ou un “han- sie liée au sommeil. hypothèses qui occupent l’essentiel de la
dicap” lié aux conséquences du dysfonc- La prévalence du BS ne varie pas signi- recherche clinique depuis une vingtaine
tionnement du sommeil. Aussi, le BS ficativement selon le sexe mais elle est d’années, les hypothèses périphériques
doit être considéré comme un trouble influencée par l’âge. Selon les méthodes (rôle de l’occlusion dentaire, de la typolo-
du sommeil si, par exemple, il perturbe de diagnostic utilisées (auto-ques- gie dento-squelettique) ont totalement
la continuité du sommeil, en diminue tionnaires, examen clinique évaluant la été abandonnées. Ceci signifie, d’une
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part, que l’amélioration des conditions
occlusales ne permet pas de prévenir
l’apparition du BS et, d’autre part, qu’elle
ne peut en aucun cas limiter son activité
lorsqu’il est présent. Aucune thérapeu-
tique ne doit donc être entreprise avec
l’un et/ou l’autre de ces objectifs.
DIAGNOSTIC
Le diagnostic clinique du BS repose clas-
siquement sur des signes et symptômes
oro-faciaux (Fig. 2) dont certains sont
proposés par l’académie américaine de
médecine du sommeil (AASM) (Tab. 1).
Contrairement à une idée préconçue,
Figure 1 – Épisode mixte (tonique et phasique) de bruxisme lié au sommeil objectivé sur les EMG des muscles
aucun d’entre eux (notamment l’usure masséters (Mass1 et Mass2) et temporaux (Temp1 et Temp2). Enregistrement : Service Universitaire de Médecine
dentaire) n’est suffisamment sensible et du Sommeil (CHU de Bordeaux).
spécifique pour effectuer un diagnostic
valide 4. Le BS qu’il est possible de dia-
gnostiquer cliniquement n’est donc tout
au mieux que probable 1.
L’établissement d’un diagnostic objec-
tif nécessite un enregistrement poly-
somnographique, avec systèmes audio
et vidéo, afin de discriminer l’AMM des
autres activités oro-faciales nocturnes
telle que la déglutition, la toux, la som-
niloquie, etc. Cet examen paraclinique
est complexe, chronophage et onéreux
si bien qu’il n’est envisageable que lors-
qu’une comorbidité est recherchée (e.g.
SAHOS, syndrome des mouvements pé-
riodiques des membres, RGO lié au som- Figure 2 – Signes et symptômes oro-faciaux classiquement recherchés pour effectuer le diagnostic clinique du
meil), lorsque certains signes et symp- bruxisme lié au sommeil. Aucun d’entre eux, notamment l’usure dentaire, n’est suffisamment sensible et spécifique
tômes sévères lui sont attribués ou dans pour effectuer un diagnostic valide par rapport à la polysomnographie qui est communément considérée comme
le cadre de la recherche clinique. Afin de l’examen de référence. A. usure dentaire anormale ; B. fissure/fracture dentaire ; C. morsure intra-jugale ; D. hyper-
trophie masséterine ; E. exostoses osseuses ; F. éversions goniaques ; G. morsures linguales ; H. hypercémentose
limiter les coûts, certains systèmes d’en-
radiculaire.
registrement ambulatoire (e.g. Bruxoff®,
BiteStrip®, GrindCare3®) ou films révé-
lateurs thermoformés (BruxChecker®) Tableau 1 - Critères cliniques du diagnostic clinique du bruxisme lié au sommeil se-
sont proposés mais leurs valeurs pré- lon l’American Academy of Sleep Medicine (AASM). Les critères A et B doivent
dictives ne rivalisent pas avec la PSG, être remplis.
qui reste à ce jour l’examen de référence A. Présence de grincements dentaires réguliers ou fréquents se produisant durant
(gold-standard) pour diagnostiquer le le sommeil.
BS et évaluer sa sévérité (en termes de
B. Présence d’au moins un signe clinique parmi les suivants :
fréquence), selon certains index.
• usure dentaire anormale correspondant à des grincements dentaires durant le
sommeil, tels qu’ils ont été décrits précédemment.
• douleur ou fatigue ressentie de manière transitoire au réveil dans les muscles
PRISE EN CHARGE de la mâchoire
La prise en charge des formes secon- • céphalées temporales au réveil
daires de BS passe par la mise en évidence • blocage de la mâchoire au réveil en accord avec les grincements dentaires du-
et le traitement d’éventuelles comorbi- rant le sommeil, tel qu’ils ont été décrits précédemment.
dités (e.g. PPC ou OAM en présence de
SAHOS ; IPP en présence de RGO lié au
sommeil), par un éventuel accompagne- la limitation de la consommation d’alcool, médical strict en raison des potentiels ef-
ment comportemental (thérapie cogni- de café et de tabac, et, dans de rares cas fets secondaires).
tive et comportementale pour limiter le sévères, par une approche pharmacolo- Lorsque la fonction et/ou l’esthétique
stress et l’anxiété), une protection des gique (toxine botulique pour diminuer sont fortement perturbées, des restau-
dents par orthèse occlusale (Fig. 3) en pré- l’intensité de l’AMM et non sa fréquence, rations prothétiques sont parfois né-
sence d’usure dentaire pathologique, par clonazepam ou clonidine sous contrôle cessaires. D’une manière générale, elles
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doivent toujours être non invasives et
réversibles en première intention. Dans
une même volonté d’économie tissu-
laire, lorsque cela est possible, il est pré-
férable de différer autant que possible
les traitements restaurateurs globaux
qui sont souvent mutilants, irréversibles,
chronophages, complexes et onéreux.
CONCLUSION
Les données actuelles montrent que,
chez des sujets par ailleurs en bonne
santé, l’AMM associée au BS et le grin-
cement des dents sont des phénomènes
oro-moteurs du sommeil naturels et ha-
bituels. La genèse du BS est caractérisée
par une activation brève et intense du
système moteur masticatoire parallè-
lement à celle du système nerveux au-
Figure 3 – Orthèse occlusale permettant de limiter l’usure dentaire et la fracture des matériaux restaurateurs. Elle
tonome-cardiaque, au niveau du tronc
ne permet pas de diminuer à moyen/long terme l’activité des muscles masticateurs (AMM) associée au bruxisme
cérébral. La genèse de l’AMM associée lié au sommeil (BS).
au BS est donc liée aux micro-éveils
physiologiques et transitoires au cours
du sommeil et elle est influencée par conséquent, comme c’est le cas pour futures pour identifier des phénotypes
certains facteurs comme l’âge, des la plupart des comportements ou des et éventuellement les génotypes parti-
neurotransmetteurs (dopamine, séro- troubles du sommeil, la genèse du BS culiers afin d’améliorer la précision du
tonine), la génétique, des comorbidités ne peut pas être expliquée par un méca- diagnostic et de mieux prédire les résul-
comme les conditions psychologiques nisme unique et simple. Comme pour le tats de la prise en charge selon des stra-
et certains troubles du sommeil. Par SAHOS, le BS nécessite des recherches tégies de gestion personnalisées.
BIBLIOGRAPHIE
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ÉVEIL & SOMNOLENCE • Volume 2 • No 5 • 59
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