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Distinction entre morale et droit

Ce document présente les distinctions entre le droit, la morale et la religion. Il explique que le droit a une source extérieure aux individus contrairement à la morale, et que sa finalité est d'assurer l'ordre social plutôt que le perfectionnement individuel. Le document détaille également les relations entre le droit et la morale, notamment la réception de concepts moraux par le droit.

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Distinction entre morale et droit

Ce document présente les distinctions entre le droit, la morale et la religion. Il explique que le droit a une source extérieure aux individus contrairement à la morale, et que sa finalité est d'assurer l'ordre social plutôt que le perfectionnement individuel. Le document détaille également les relations entre le droit et la morale, notamment la réception de concepts moraux par le droit.

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intro_droit_8e_19081 - 29.5.

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Présentation du Droit objectif

A. La source des règles


(5) Morale et droit se distinguent par la source de leurs règles.
fi Les règles de la morale sont dictées par la conscience ; elles trouvent leur
source dans l’homme.
fi Les normes juridiques sont édictées par une autorité publique régulièrement
habilitée à cette fin ; elles ont une source extérieure aux individus.

Exemple
Je peux décréter une règle morale, si ma conscience dicte mon comporte-
ment : je peux décider que je ne fumerai pas en présence d’enfants.
Je ne peux décréter une règle juridique : je ne peux pas décider que toute
personne qui fume en présence d’enfants sera sanctionnée par l’État.

(6) Le caractère extérieur de la règle de droit n’est cependant pas un critère


déterminant de distinction entre les règles juridiques et les règles non juridiques.
fi D’une part, la règle religieuse, comme la règle de droit, émane d’une autorité
extérieure à l’individu. Seul Dieu ou l’autorité religieuse édicte des règles. L’indi-
vidu ne peut se donner ses propres règles : s’agirait-il encore de religion ? Je ne
peux donc pas décréter une règle religieuse, en ajoutant, par exemple, dans la
religion catholique, un onzième commandement à la Parole de Dieu.
fi D’autre part, la règle de droit peut résulter des pratiques habituellement
suivies par le corps social ; elle a sa source dans la coutume. On est alors très proche
d’une morale coutumière, d’une morale collective.

B. La finalité des règles


(7) La finalité des règles morales et des règles religieuses n’est pas la même que celle
de la règle de droit.
fi La morale et la religion tendent vers le perfectionnement de l’homme ; elles
poursuivent une finalité individuelle. Aussi pourrait-on dire que le sujet moral est
un sage ; celui qui se conforme aux lois de Dieu, un saint ; tandis que le sujet de
droit serait une « personne raisonnable », autrefois désignée, dans le Code civil,
comme un « bon père de famille »1.
fi Le droit organise la vie en société pour assurer l’ordre et la paix dans les
relations des hommes entre eux. Tourné davantage vers la société que vers
l’individu, le droit a une finalité sociale.

C. La sanction des règles


(8) Morale, religion, droit posent des règles assorties de sanctions. Mais ces sanctions
se distinguent par leur origine.
fi Les sanctions de la violation d’une règle morale ou religieuse sont d’ordre
interne : c’est la culpabilité et le remords qui sanctionnent la violation d’une règle
morale ou religieuse.
fi Les sanctions de la violation d’une règle de droit sont d’ordre externe : c’est
l’État qui assure le respect d’une règle de droit en prévoyant sa sanction.

1. Cette expression, jugée discriminatoire et stéréotypée, a été supprimée du Code civil par la loi
no 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

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L’identification de la règle de droit

(9) Même certaine, cette opposition fondée sur la sanction des règles doit
être nuancée. En effet, morale et religion peuvent faire l’objet de sanctions
extérieures à l’individu : les autorités religieuses peuvent édicter des sanctions,
telle l’excommunication, et la sanction d’une règle morale n’est pas non plus
toujours d’origine interne car la réprobation des tiers, même muette, est suscep-
tible d’exercer une pression de nature à faire respecter la règle morale.

2. Les relations entre les règles juridiques


et les règles non juridiques
A. Les relations entre le droit et la morale1
Le droit et la morale n’entretiennent pas toujours des relations : il arrive que le
droit ne s’intéresse pas à un comportement appréhendé par la morale et inverse-
ment qu’il saisisse des situations étrangères à la morale. Le domaine des relations
doit être circonscrit (1) avant d’étudier, lorsqu’elles se réalisent, la nature de ces
relations (2).
1) Le domaine des relations
(10) Le droit et la morale ont vocation à se rencontrer lorsque leurs domaines se
chevauchent, ce qui, en raison de leur finalité différente, n’est pas toujours le cas.
fi En effet, parfois la morale a un domaine plus vaste que le droit. Pour parfaire
l’homme, la morale lui impose des devoirs, non seulement envers les autres, mais
aussi envers lui-même ; le droit, parce qu’il ne tend qu’à satisfaire la bonne
organisation de la société, se limite à des devoirs de l’homme envers les autres. Il
en résulte que tout comportement qui intéresse l’individu lui-même et qui
n’a aucune incidence à l’égard d’autrui ne sera pas sanctionné par le droit,
alors qu’il peut être condamné par la morale.

Exemple
Le suicide, réprouvé par la morale, n’est pas sanctionné par le droit. En
revanche, la provocation au suicide qui est le fait pour une personne d’inciter
autrui à se suicider est punie de trois ans d’emprisonnement et de
45 000 euros d’amende lorsque la provocation a été suivie du suicide ou
d’une tentative de suicide (article 223-13 du Code pénal).

Exemple
Les « mauvaises pensées » échappent à la sanction du droit tant qu’elles ne
sont pas suivies d’action, alors qu’elles sont réprimées par la morale.

fi Inversement, la morale peut avoir un domaine plus étroit que le droit. De


nombreuses questions totalement étrangères au perfectionnement de l’individu
que vise la morale doivent être réglées par le droit dans le but d’assurer l’ordre et
la paix sociale. Le droit pose alors des règles moralement neutres (ex. :
règles fiscales), utiles à la seule bonne organisation de la société.

1. D. BUREAU, F. DRUMMOND et D. FENOUILLET (dir.), Droit et morale, Dalloz, 2011.

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Présentation du Droit objectif

Le droit et la morale ne sont donc susceptibles d’entretenir des relations que


dans un champ limité : lorsque chacun pose des règles intéressant les rapports de
l’homme envers autrui.
2) La nature des relations
(11) Les relations sont celles d’une réception de la morale par le droit (a) ou d’une
méconnaissance de la morale par le droit (b).
a) La réception de la morale par le droit
À la différence de Kant qui opposait la morale et le droit, Georges Ripert,
au XXe siècle, insista sur l’inspiration morale des règles juridiques1. Il y a de « la
sève morale dans le droit »2. Allant plus loin, le doyen Josserand nia même la
frontière entre le droit et la morale ; selon lui, le droit n’est que « la morale dans
la mesure où elle devient susceptible de coercition »3.
Les exemples d’une telle réception sont nombreux :
fi La bonne foi, en application de l’article 1014 du Code civil (comp.
ancien art. 1134 al. 3 CC), doit régner pendant la négociation, la formation et
l’exécution des contrats.
fi L’enrichissement injustifié, consacré à l’article 1303 du Code civil
depuis l’ordonnance no 2016-131 du 10 février 2016 portant réforme du droit
des contrats, du régime général et de la preuve des obligations4, oblige celui qui
s’est injustement et sans raison enrichi au détriment d’autrui à lui « verser une
indemnité égale à la moindre des deux valeurs de l’enrichissement et de l’appau-
vrissement ».
fi L’abus de droit, qui consiste à user de son droit dans le but de causer à
autrui un dommage, est également sanctionné par la jurisprudence.

Abus de droit : affaire Clément-Bayard, Requête 3 août 19155


Coquerel a installé des carcasses en bois de seize mètres de hauteur surmontées de
tiges de fer pointues sur son terrain pour crever les ballons dirigeables décollant du
fonds de son voisin, Clément-Bayard. Selon la Cour de cassation : « Le dispositif ne
présentait pour l’exploitation du terrain de Coquerel aucune utilité et n’avait été érigé
que dans l’unique but de nuire à Clément-Bayard, sans d’ailleurs, à la hauteur à
laquelle il avait été élevé, constituer au sens de l’article 647 du Code civil la clôture
que le propriétaire est autorisé à construire pour la protection de ses intérêts légi-
times ; que, dans cette situation des faits, l’arrêt a pu apprécier qu’il y avait eu par
Coquerel abus de son droit et, d’une part, le condamner à la réparation du dommage
causé à un ballon dirigeable de Clément-Bayard, d’autre part, ordonner l’enlèvement
des tiges de fer surmontant les carcasses en bois ».

1. G. RIPERT, La règle morale dans les obligations civiles, LGDJ, 4e éd. 1949.
2. G. CORNU, Droit civil. Introduction au droit, Précis Domat Montchrestien, 13e éd. 2007, no 24.
3. L. JOSSERAND, De l’esprit des droits et de leur relativité. Théorie dite de l’abus des droits, 1927, no 254,
rééd., Dalloz 2006, p. 348.
4. L’enrichissement injustifié prend le relais de la notion d’enrichissement sans cause, à laquelle
se référait la jurisprudence depuis un arrêt de la chambre des requêtes, le 15 juin 1892,
DP 1892.1.596 ; S. 1893.1.281, note J.-E. Labbé ; GAJ civ., 13e éd. no 241.
5. Req. 3 août 1915, DP 1917, 1, 79, GAJ civ., 11e éd. no 62.

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L’identification de la règle de droit

Affaire des fougères géantes : Cass. civ. 1, 20 janvier 19641


Une personne plante des fougères de 1,70 m de hauteur à 85 cm du mur de sa voisine
afin d’assombrir la cuisine de cette dernière. La Cour de cassation juge qu’un abus du
droit de propriété a été commis et rappelle que « l’exercice du droit de propriété, qui
a pour limite la satisfaction d’un intérêt sérieux et légitime, ne saurait autoriser
l’accomplissement d’actes malveillants, ne se justifiant par aucune utilité appréciable
et portant préjudice à autrui ».

fi L’obligation naturelle est un simple devoir dicté par la conscience et


l’honneur, dont l’exécution au profit d’autrui ne peut être exigée en justice. En cela,
elle se distingue de l’obligation civile qui, elle, peut être sanctionnée en justice.
Cependant, pour reprendre la formule de Ripert, ce « devoir moral » que
constitue l’obligation naturelle, « monte » parfois à « la vie civile »2.
D’une part, celui qui promet d’exécuter une obligation naturelle, en
sachant qu’il n’y est pas juridiquement tenu, est lié par sa promesse. Cette
promesse, faite en connaissance de cause, a pour effet de transformer l’obligation
naturelle en obligation civile. Le créancier pourra alors en demander l’exécution
devant les tribunaux.
D’autre part, celui qui agit, non sous l’impulsion d’une intention libérale,
mais afin de remplir un « devoir impérieux de conscience », caractéristique de
l’obligation naturelle, ne peut remettre en cause l’exécution d’une telle obliga-
tion3 en exigeant, par la suite, le remboursement de ce qu’il a payé à autrui.
En effet, l’action en restitution est refusée en cas d’exécution volontaire d’une
obligation naturelle. En ce sens, l’article 1302 du Code civil (anc. art. 1235)
énonce que : « Tout paiement suppose une dette : ce qui a été payé sans être dû,
est sujet à restitution » (al. 1). « La restitution n’est pas admise à l’égard des
obligations naturelles qui ont été volontairement acquittées » (al. 2).

Exemple
Une obligation alimentaire entre ascendants et descendants est prévue par la
loi : il s’agit d’une obligation civile (article 205 du Code civil). Un enfant
pourrait être contraint de verser des aliments à ses parents qui seraient dans
le besoin s’il ne le fait pas spontanément.
Mais aucun devoir alimentaire n’a été consacré par le Code civil entre frère et
sœur. Relevant de la conscience, le devoir alimentaire entre frère et sœur est
une obligation naturelle, dont l’exécution ne peut être poursuivie devant les
tribunaux. Mais si un frère promet d’aider sa sœur dans le besoin, en sachant
qu’il n’y est pas juridiquement obligé, cette promesse l’engage et sa sœur
pourra lui demander en justice l’aide promise. De même si le frère donne à sa
sœur dans le besoin une certaine somme d’argent, il ne pourra pas ensuite lui
en demander le remboursement.

1. Cass. civ. 1re, 20 janvier 1964, Bull. civ. I, no 34 ; D. 1964.518 ; JCP [Link].14035, note
B. Oppetit.
2. G. RIPERT, La règle morale dans les obligations civiles, LGDJ, 4e éd. 1949, no 192.
3. Colmar, 20 déc. 1960, D. 1961.207 : l’obligation naturelle existe, en effet, chaque fois
qu’une personne s’oblige envers une autre ou lui verse une somme d’argent, non sous l’impulsion
d’une intention libérale, mais afin de remplir un devoir impérieux de conscience et d’honneur.

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Présentation du Droit objectif

Cass. civ. 1re, 10 octobre 19951


Une personne gagne plus d’un million de francs au Quinté. Un de ses collègues de
travail, qui s’était chargé de valider le bulletin, avait interverti les numéros, ce qui avait
conduit au gain. Le gagnant lui avait promis 10 % des gains, mais avait ensuite changé
d’avis. La Cour de cassation approuve les juges du fond d’avoir condamné le gagnant
à verser la somme promise au motif « que la transformation (improprement qualifiée
novation) d’une obligation naturelle en obligation civile, laquelle repose sur un enga-
gement unilatéral d’exécuter l’obligation naturelle, n’exige pas qu’une obligation civile
ait elle-même préexisté à celle-ci ».

fi Autre exemple de réception de la morale en droit : celui de la confor-


mité du contrat aux bonnes mœurs qui est une condition de validité du contrat
(article 6 du Code civil). Mais les bonnes mœurs évoluent avec le temps : ce qui
était, hier, jugé juridiquement immoral ne l’est plus aujourd’hui. « Desinit esse
remedio locus, ubi quae fuerant vitia, mores sunt » (« Le mal est sans remède, quand
nos vices d’autrefois sont nos mœurs d’à présent »)2.
fi Les États sont, en principe, libres de limiter les droits de leurs sujets, au
nom de la morale. La Cour européenne des droits de l’homme reconnaı̂t une large
marge d’appréciation des États en ce domaine au motif notamment que « l’idée
que les États se font des exigences de la morale varie dans le temps et l’espace ».
La Cour européenne a néanmoins estimé que l’État turc ne pouvait pas condamner
un éditeur qui avait publié en 1999 Les onze mille verges de Guillaume Apollinaire,
ce roman qui « décrit (...) des scènes de rapports sexuels crues, avec diverses
pratiques telles que le sadomasochisme, le vampirisme, la pédophilie, etc. » dès
lors que ce roman faisait partie du « patrimoine littéraire européen »3.

Exemple
La libéralité consentie à l’occasion d’une relation adultère. Jugée hier
nulle comme ayant une cause immorale (anc. art. 1133 du Code civil), la
libéralité faite par un homme marié pour rémunérer les faveurs de sa maı̂tresse,
ne l’est plus4. À la faveur de la loi no 2016-444 du 13 avril 2016 visant à
renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les
personnes prostituées, la solution jurisprudentielle pourrait évoluer, car la
rémunération du « commerce sexuel » est dorénavant illicite. L’article 611-1
du Code pénal réprime désormais « le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir

1. Cass. civ. 1re, 10 octobre 1995, Bull. civ. I, no 352 ; D. 1997.155, note G. Pignarre.
2. SÉNÈQUE (vers 4-65 apr. J.-C.), Lettre à Lucilius, XXXIX ; voir M.-S. PAYET, « Les bonnes
mœurs », in Le Code civil en questions : [Link]
3. CEDH, Akdas c/ Turquie, 16 février 2010, D. 2010.1051 note J.-P. Marguénaud et B. Dauchez.
4. Cass. civ. 1re, 3 février 1999, Bull. civ. I, no 43 ; R. 307 ; GAJ civ., 13e éd. no 29-30 ;
D. 1999.267. rapp. X. Savatier, note J.-P. Langlade-O’Sughrue ; JCP [Link].10083, note
M. Billiau et G. Loiseau ; AP, 29 octobre 2004, Bull. civ., no 12 ; R. 203 et 208 ; BICC
1er février 2005, rapp. Bizot, concl. Allix ; D. 2004.3175, note D. Vigneau ; JCP [Link].10011,
note F. Chabas ; RTD civ. 2005.104, obs. J. Hauser ; de même, un contrat de courtage matrimonial
conclu en vue de la réalisation d’un mariage ou d’une union stable n’est pas « nul, comme ayant une
cause contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs, du fait qu’il est conclu par une personne
mariée » : Cass. civ. 1re, 4 novembre 2011, D. 2012.59, note R. Libchaber ; RTD civ. 2012.93, obs.
J. Hauser et 113, obs. B. Fages ; JCP 2012, no 9, note D. Bakouche.

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L’identification de la règle de droit

des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y


compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une pro-
messe de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la
promesse d’un tel avantage ». Le contrat qui prévoirait la rémunération d’un
« commerce sexuel » aurait donc un « contenu illicite » (art. 1128 C. civ.).

Extraits du rapport de M. Bizot, conseiller rapporteur


(Cass. Ass. plén., 29 octobre 2004)
« L’adultère (du latin adulterium, au sens de souillure du sang), par ailleurs dépéna-
lisé, s’est banalisé, est devenu quasiment une composante possible, sinon admise
et tolérée, de l’histoire d’un couple marié, et en tout cas objet d’une très faible
réprobation sociale à l’égard de celui qui le commet ; sa sanction relève désormais
d’une décision individuelle du conjoint trompé, sans pour autant constituer un obs-
tacle inévitable à la pérennité du mariage, voire à sa coexistence plus ou moins
pacifiée avec le partenaire de l’époux infidèle. » Pour justifier cette approche, le
rapport se réfère à un sondage IFOP de l’année 2000 selon lequel 39 % des
hommes mariés (soit plus d’un sur trois) et 24 % des femmes mariées (soit près
d’une sur quatre) confient avoir déjà trompé leur conjoint. Les femmes sont donc
plus fidèles que les hommes, à moins qu’elles ne soient plus menteuses...

Civ. 1re, 17 déc. 2015, pourvoi no 14-29.549


Un homme marié agit en diffamation contre l’auteur d’un livre qui fait état de son
infidélité conjugale. Il est débouté par les juges du fond. La Cour de cassation rejette
le pourvoi du demandeur en jugeant que la cour d’appel « a retenu à bon droit que
l’évolution des mœurs comme celle des conceptions morales ne permettaient plus
de considérer que l’imputation d’une infidélité conjugale serait à elle seule de nature
à porter atteinte à l’honneur ou à la considération » et que « par ces seuls motifs, elle
a légalement justifié sa décision ».

L’adultère est donc rentré dans les mœurs, les bonnes ?


b) La méconnaissance de la morale par le droit
(12) Il arrive parfois que l’application de règles de droit, même moralement
neutres, conduise à un résultat immoral.

Exemple
Les règles de prescription visent à consolider des situations de fait qui ont
duré un certain temps, dans un but d’ordre et de paix sociale. La prescription
acquisitive peut rendre propriétaire le voleur d’un bien qui l’a possédé
pendant longtemps, malgré sa mauvaise foi (article 2258 C. civ.).

La méconnaissance de la morale qui apparaı̂t lors de l’application de la règle de


droit peut ou non avoir été envisagée par les auteurs de la règle, lors de son élaboration.
Dans le premier cas, l’adoption d’une règle dont les auteurs savent que son
application peut se révéler injuste s’explique alors, bien souvent, par la volonté de
privilégier les impératifs de sécurité juridique sur ceux de la justice (ex. : prescription).
Dans le second cas, le plus fréquent, les auteurs de la règle de droit n’ont
pas envisagé l’injustice à laquelle l’application de la règle pouvait conduire. « La

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