Droit à l'information et santé au Maroc
Droit à l'information et santé au Maroc
information publique
RESUME
DE L’ETUDE SUR L’ETAT DES LIEUX DU DROIT D’ACCES A L’INFORMATION DANS LE SECTEUR
DE LA SANTE
La problématique de l’étude consiste à déterminer l’articulation qui existe entre le droit d’accès
à l’information et l’accès au service de santé, et de répondre à la question de savoir dans quelle
mesure, et de quelle manière, le droit à l’information constitue un moyen permettant et
favorisant l’accès des citoyens au service de la santé publique.
Le Maroc qui a adhéré à l’Organisation mondiale de la santé depuis son indépendance, et qui
souscrit à de nombreux instruments internationaux, s’est engagé à établir un système de santé
afin de répondre aux attentes de la population dans ce domaine.
La nouvelle constitution du Maroc, votée par référendum en Juillet 2011, reconnait et pour la
première fois dans son article 27 le droit d'accès à l'information (DAI) publique, ainsi que le
droit des citoyennes et aux citoyens aux soins de santé, et à la couverture médicale et en fait
une responsabilité des pouvoirs publics (article 31).
Ce Rapport a pour objet de rechercher dans quelle mesure ces droits sont garantis, et comment
le droit à l’information est organisé en relation avec la mise en œuvre du doit à la santé, à partir
des instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’Homme auxquels le Maroc a
souscrit, et à partir du droit national.
I.1 Sur le plan international, le droit à la santé à été énoncé pour la première fois dans la
constitution de 1946 de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui le définit comme « un
état de complet bien être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une
absence de maladie ou d’infirmité » (préambule, § 1).
La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 évoque également le droit à la santé
comme partie intégrante du droit à un niveau de vie suffisant (art. 25).
Les textes généraux consacrant ce droit sont au nombre de deux : la convention internationale
de 1965 sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, et le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 (PIDESC), qui demeure le traité le
plus important, et qui prévoit notamment les mesures que les Etats prendront en vue d’assurer
le plein exercice de ce droit (article 12).
ESPACE ASSOCIATIF 1
Il existe aussi des textes spécifiques en la matière : la convention de 1979 sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la convention de 1989 relative aux
droits de l’enfant, la convention internationale de 1990 sur la protection des droits de tous les
travailleurs migrants et des membres de leur famille, et enfin, la convention de 2006 relative
aux droits des personnes handicapées.
Une doctrine internationale relative au droit à la santé a été développée par le Comité des
droits économiques, sociaux et culturels (CODESC), qui a adopté en 2000, l’Observation
générale n° 14/2000 intitulée «Le droit au meilleur état de santé susceptible d'être atteint »,
par laquelle il interprète l’article 12 du PIDESC. Elle définit notamment le contenu et la portée
du droit à la santé tel qu'il est consacré par l'article 12 du PIDESC.
Le droit à l'information est consacré en tant que tel dans trois principaux instruments
juridiques internationaux.
- la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (Article 19) : C'est le premier
texte qui reconnait le droit à l'information, en le plaçant dans une optique de liberté
d'opinion et d'expression
- le Pacte international des droits civils et politiques (PIDCP) de 1996 (article 19) qui évoque
le droit à l’information avec plus de précisions et dresse une liste d’exceptions.
- la Convention des Nations Unies contre la corruption de 2003 qui consacre deux articles
relatifs au droit à l’information (10 et 13) dans une perspective de lutte contre la
corruption et de promotion de la transparence dans l’administration publique.
Une doctrine a également été développée à ce sujet par le Comité des droits de l’homme dans
son Observation générale n°34 relative à l’article 19 du PIDCP. Cette Observation définit le
contenu et la portée du droit d’accès à l’information, ainsi que les moyens de sa mise en
œuvre.
ESPACE ASSOCIATIF 2
Le PIDCP de 1966 (article 7)
Dans une perspective de moindre étendue, mais significative, le PIDCP est le premier texte
international à poser le principe du « consentement éclairé », qui consiste à informer toute
personne avant de la soumettre à une expérience médicale ou scientifique.
ESPACE ASSOCIATIF 3
La troisième phase débute en 1994
La couverture médicale de base comme moyen de mise en œuvre du droit à la santé (2002)
Dans son principe, la couverture médicale de base a pour but d’assurer l’accès universel aux
soins et constitue ainsi un moyen de mise en œuvre du droit à la santé. Sur le plan technique,
elle constitue une réponse à la problématique du financement des prestations de soins de
santé, qui a fait l’objet d’une réflexion spécifique dans le cadre du colloque national sur la santé
au Maroc de 1992.
La constitution de juillet 2011 consacre pour la première fois et de manière expresse le droit
« aux soins de santé » et à « la couverture médicale » (art .31, § 1 et 2). L’article 31 considère le
droit aux soins comme un droit global, en y associant les déterminants de la santé. Ainsi, le
même article met à la charge des pouvoirs publics également la responsabilité de faciliter la
jouissance d’autres droits comme le droit à l’éducation, à un logement décent, au travail, à
l’accès à l’eau et à un environnement sain.
ESPACE ASSOCIATIF 4
constitution, et notamment celles relative aux droits d’accès aux soins et à la couverture
médicale.
Cinquante quatre ans après la première conférence nationale sur la santé de 1959, une
deuxième conférence a été organisée par le Ministère de la santé en juillet 2013. L’objectif
général annoncé de la conférence est d’opérer une réforme pour pallier les insuffisances
actuelles et répondre aux besoins nouveaux dans le domaine de la santé.
L’offre de soins, appelée parfois le système de soins, renvoie au dispositif mis en place pour la
prise en charge de la maladie. Dans ce sens, l’offre de soins est un sous-système du système de
santé. L’offre de soins a un caractère mixte et joint le secteur public et le secteur privé, bien
avant que cet état des lieux ne soit consacré de manière expresse par la loi-cadre n° 39-04
relative au système de santé et à l’offre de soins. Cet élément de mixité se reflète dans les
structures du système.
Le ministère de la santé est le principal intervenant dans le domaine sanitaire. Dans le cadre de
l’offre de soins, le Ministère a mis progressivement un dispositif de prise en charge basé sur des
éléments fondamentaux fixés par la carte sanitaire. La loi-cadre n° 39-04 officialise l’existence
de la carte sanitaire et institue le schéma régional de l’offre de soins. La carte sanitaire définit,
aux niveaux national et régional, les composantes de l’offre et notamment : - les types
d’infrastructures et des installations sanitaires ; - les normes et les modalités de leur
implantation. Elle est établie sur la base de l’analyse globale de l’offre de soins existante, des
données géo-démographiques et épidémiologiques et en fonction du progrès technologique
médical.
ESPACE ASSOCIATIF 5
- Le réseau d’action ambulatoire, c’est-à-dire sans hospitalisation, comprend l’ensemble des
établissements de soins de santé de base destinés à assurer les soins de santé primaires. Il est
le plus proche de la population et comprend des établissements de soins en milieu rural et en
milieu urbain.
- Le réseau hospitalier : il existe des hôpitaux généraux et des hôpitaux spécialisés. On peut
classer les hôpitaux selon leur champ d’action et le niveau de prestations qu’ils offrent, en
partant de la base, comme suit : 1er niveau : l’hôpital général local ou le Centre hospitalier
provincial ou préfectoral général ou spécialisé ; 2ème niveau : le Centre hospitalier Régional
général ou spécialisé, 3ème niveau : le Centre hospitalier universitaire.
L’article 27 de la constitution est assez bref ; il pose le principe du droit d’accès à l’information,
détermine les organismes intéressés, pose des directives générales pour l’établissement
d’exceptions, et renvoie pour le reste à une loi.
Les exceptions au droit d’accès à l’information sont établies dans le but d’assurer la protection
de tout ce qui concerne la défense nationale, la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat, ainsi
que la vie privée des personnes, de prévenir l’atteinte aux droits et libertés énoncés dans la
Constitution et de protéger des sources et des domaines expressément déterminés par la loi.
Le 26 mars 2013, un avant-projet de loi sur le DAI est publié. La même année, le 13 juin 2013 le
ministère de la fonction publique et de la modernisation de l’administration organise un
Colloque national sur « Le Droit d’accès à l’information : levier de la démocratie participative ».
L’objectif du colloque était de recueillir les avis et conclusions des participants en vue
d’élaborer une loi sur l’accès à l’information. Un an plus tard, le même ministère organise le 21
juin 2014 un Colloque national sur « La refonte globale du Statut général de la fonction
publique ». Parmi les recommandations de ce colloque, une consiste à « édicter rapidement
une loi sur le DAI, sans préjudice de l’obligation de discrétion professionnelle dont il faut
déterminer le champ d’application de manière claire et précise ».
Enfin, il faut signaler que le 23 janvier 2014, un projet de loi sur le DAI avait été examiné en
Conseil de gouvernement, mais son adoption a été reportée. Le 31 juillet 2014, le texte du
projet de loi relatif à l’accès à l’information est adopté par le conseil de gouvernement.
Une première analyse de ce projet montre que les exceptions sont formulées de manière large,
ce qui risque d’induire une interprétation restrictive du droit à l’information. D’autre part, les
demandes d’information sont réservées aux seules personnes qui justifient d’un intérêt direct
ESPACE ASSOCIATIF 6
et qui doivent en outre spécifier l’usage qu’elles comptent faire de l’information demandée. En
plus, le texte expose à des sanctions pénales les personnes ayant fait un usage de l’information
fournie pour un objet autre que celui spécifié dans leurs demandes. Enfin, le projet ne prévoit
pas la création d’un organe indépendant de mise en œuvre de la loi et attribue au Médiateur la
compétence de trancher les recours éventuels.
Cette organisation prend trois formes de nature et de portée différentes. D’abord, il existe un
système d’information destiné aux décideurs, et qui est considéré comme un système d’aide à
la décision. Ensuite, le ministère de la santé met à la disposition du public un certain nombre
d’informations, dans le cadre de la divulgation proactive de l’information. Enfin, les lois et
règlements organisent, dans une certaine mesure, l’information des patients et des usagers.
Bien qu’un système national d’information sanitaire fonctionne au Maroc déjà depuis trente
ans (depuis 1980), il n’existait aucun texte législatif ou réglementaire qui l’instituait ou
officialisait son existence. L’expression système d’information sanitaire apparaît pour la
première dans la loi cadre n° 34-09 du 2 juillet 2011 relative au système de santé et à l’offre de
soins.
Le fonctionnement du SNIS est assuré par des structures organisées en forme pyramidale :
niveau central (ministère de la santé), niveau intermédiaire (préfectoral, provincial, régional),
niveau local (centres de santé, hôpitaux, équipes mobiles). L’information sanitaire est collectée
au niveau local avant d’être transmise au niveau central, c'est-à-dire le ministère de la santé, et
plus exactement les structures qui, en son sein, ont pour mission de la centraliser.
Le SNIS consiste à collecter au quotidien des informations qui sont mises à la disposition des
décideurs et gestionnaires à tous les niveaux du système de santé. Ce qui est utile à la
planification et à l’élaboration des budgets, à l’amélioration de la qualité et à la réponse
efficace aux besoins du consommateur. Le SNIS a fait l’objet de plusieurs mesures de révisions
et de réformes. Tout d’abord à l’occasion de la conférence nationale de 2003, dont l’objectif
principal était d’établir un schéma directeur du SNIS. Ensuite, à l’occasion de la 2ème
conférence nationale de la santé de 2013 avec pour objectif d’élaborer une charte nationale de
la santé.
ESPACE ASSOCIATIF 7
III.2. La divulgation proactive de l’information dans le secteur de la santé
Enfin, la loi-cadre du 2 juillet 2011 fait de la mission attribuée à l’Etat de « développer des
actions d’information, d’éducation et de communication » l’un des outils de prévention en
matière de santé (article 4). La même loi prévoit la possibilité pour les établissements de santé
du secteur public et privé de développer des partenariats avec les organisations
professionnelles et les associations pour contribuer aux actions de santé, « notamment celles
relatives à l’information, à l’éducation sanitaire et à la sensibilisation » (art.13).
1
En vérifiant une autre fois ces données, nous avons constaté qu’une version arabe du site web du ministère de la
santé est en cours de construction. Il y a bien une page d’accueil, mais le contenu des rubriques ne sont pas encore
disponibles.
ESPACE ASSOCIATIF 8
de santé publics ainsi que sur l’offre de soins au niveau national), (e) les « comptes nationaux de
la santé » (informations sur le financement de la santé), (f) informations spécifiques sur les
médicaments, (g) enquêtes nationales ou de panel, (h) appels d’offres relatifs aux marchés
publics.
Il n’existe pas de rapport public d’activité qui informe sur les moyens de communication pour
une année donnée. Par contre, nous avons pu obtenir de la part des services compétents au
sein du ministère de la santé divers documents relatifs à ce sujet sous forme de disques
compacts. Il faut cependant noter, qu’à l’exception des informations diffusées sur les chaines
de radio ou de télévision, ou encore celles délivrées directement à la population dans le monde
rural par l’infirmier dit itinérant, tout le reste est accompli dans le cadre de structures créées à
cet effet, notamment en faveur des jeunes et des femmes. Des moyens didactiques sont utilisés
au cours de ces leçons par le personnel encadrant. Enfin, il n’existe pas d’information
généralisée pour le grand public dans les médias par exemple.
Elle concerne trois domaines : l’information des malades sur les soins, la gestion et la
protection de l’information personnelle sur l’état de santé du malade, l’information des
donneurs d’organes et des donneurs de sang.
ESPACE ASSOCIATIF 9
principaux : le code de déontologie des médecins de 1953, et le règlement intérieur des
hôpitaux de 2010.
Le consentement préalable aux soins est cependant mieux organisé par le règlement intérieur
des hôpitaux de 2010, qui concerne le secteur public, bien qu’il demeure muet sur les modalités
précises d’information du patient. D’autre part, le règlement intérieur des hôpitaux consacre un
seul article à l’information du patient.
C’est dans un texte de loi spécifique aux malades mentaux que l’on trouve des dispositions
précises relatives à l’obligation de tenir un dossier individuel pour chaque malade, ainsi que les
éléments que doit contenir ce dossier. Il s’agit du dahir du 30 avril 1959 relatif aux maladies
mentales.
Le règlement intérieur des hôpitaux considère que le dossier d’hospitalisation est la propriété
de l’hôpital, qui en assure la conservation. Le règlement intérieur des hôpitaux ne précise pas le
délai pendant lequel le dossier d’hospitalisation est conservé dans les archives de l’hôpital. La
question demeure posée de savoir si le dossier est détruit après un délai donné ou s’il est
transféré à l’institution Archives du Maroc, en application de la loi sur les archives du 30
novembres 2007.
D’après l’article 61 du règlement intérieur des hôpitaux, « le dossier d’hospitalisation peut être
consulté par le patient ou son représentant légal, ses ayants droits en cas de décès par
l’intermédiaire de son médecin traitant externe à l’hôpital ». La consultation du dossier par le
patient ou son médecin représentant sur place à lieu en présence du médecin hospitalier
traitant.
En plus de cette consultation sur place, le patient peut se faire communiquer, par
l’intermédiaire de son médecin hospitalier traitant, une copie du dossier et/ou un compte
rendu détaillé de sa prise en charge médicale, sur la base d’une demande présentée par le
patient au directeur de l’hôpital (article 61, alinéa 3).
ESPACE ASSOCIATIF 10
Le dossier médical est protégé par le secret professionnel : tout ce qui a été entendu et confié à
un professionnel de santé ne peut être révélé à personne, sauf dans les cas prévus par la loi.
Cette règle est consacrée par le code de déontologie médicale de 1953. Mais elle est posée par
ailleurs par un texte législatif de portée plus générale et vaut pour tous les professionnels de
santé, que les soins aient lieu en ville ou à l’hôpital : il s’agit de l’article 446 (alinéa 1er) du code
pénal.
Des dérogations législatives au secret professionnel médical existent. Elles sont fondées soit sur
l’ordre de la loi, soit sur permission de la loi. Les premières sont obligatoires, les secondes sont
facultatives.
Le dossier du patient peut être consulté ou communiqué à d’autres parties dans un but
d’intérêt général (consultation par les professionnels de santé pour un intérêt scientifique) ou
dans le cadre de procédures spéciales (consultation et communication dans le cadre de
l’assurance maladie obligatoire aux fins de contrôle en vue du remboursement des frais des
prestations médicales).
Etant donné l’importance de ces dons, le législateur les a strictement réglementés et imposé la
nécessité d’obtenir le consentement des intéressés et de leur information.
Le don d’organes : le donneur doit être complètement informé des risques inhérents au
prélèvement et sur ses conséquences éventuelles. Cette information, délivrée par les médecins
responsables du prélèvement, porte sur toutes les conséquences prévisibles d’ordre physique
et psychologique du prélèvement ainsi que sur les répercussions éventuelles de ce prélèvement
sur la vie personnelle, familiale ou professionnelle du donneur. Elle porte aussi sur les résultats
qui peuvent être attendus de la greffe pour le receveur.
Le don de sang : le don du sang est volontaire. Le donneur doit exprimer son consentement en
toute liberté et conscience.
D’autre part, toute personne désireuse de faire don de son sang doit être informée que le sang
qui lui sera prélevé fera l’objet d’analyses biologiques dont les résultats seront portés à sa
connaissance (article 4, alinéa 2 de la loi).
ESPACE ASSOCIATIF
55, Rue Melouiya, Appt 1, Agdal, RABAT
TEL : 0537 77 43 41
FAX :0537 77 41 83
[Link]
contact@[Link]
[Link]/[Link]
ESPACE ASSOCIATIF 11