Continuité et Valeurs Intermédiaires
Continuité et Valeurs Intermédiaires
CONTINUITÉ
Les fonctions qu’on étudie
i en analyse
h sont généralement définies sur des intervalles ou des réunions d’intervalles comme
∗ π π
R ou [0, 1[∪[2, 3], voire − , +πZ. Dans tout ce chapitre, les lettres D, E. . . qui nous serviront d’ensembles de définition
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désigneront cependant des parties quelconques de R. On notera par ailleurs K l’un des corps R ou C.
Définition (Continuité en un point ou sur une partie) Soient f : D −→ C une fonction et a ∈ D. On dit que f est
continue en a si lim f = f (a), i.e. si : ∀ǫ > 0, ∃ α > 0, ∀x ∈ D, |x − a| < α =⇒ f (x) − f (a) < ǫ.
a
Cela dit, f étant définie en a, cela revient en fait à exiger seulement que la limite lim f EXISTE.
a
f (a) b
f (a) b
a a a
L’ensemble des fonctions continues sur D et à valeurs dans K, i.e. continues en tout point de D, est noté C (D, K).
Le résultat suivant est la version continue d’un résultat analogue sur les limites du chapitre « Limites d’une fonction ».
Théorème (Caractérisation de la continuité à partir des parties réelle et imaginaire) Soient f : D −→ C une
fonction et a ∈ D.
f est continue en a (resp. sur D) si et seulement si Re( f ) et Im( f ) le sont.
Exemple La fonction t 7−→ eit est continue sur R car les fonctions cosinus et sinus le sont.
à gauche, bc
f (a) b à droite,
mais pas à droite. mais pas à gauche.
a a
Le résultat suivant est la version continue d’un résultat analogue sur les limites du chapitre « Limites d’une fonction ».
Théorème (Caractérisation de la continuité à l’aide des continuités à gauche/à droite) Soient f : D −→ C une
fonction et a ∈ D un point au voisinage duquel f est définie à gauche et à droite.
f est continue en a si et seulement si f est continue à gauche et à droite en a.
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Christophe Bertault — Mathématiques en MPSI
y = ⌊x⌋
Exemple La fonction partie entière ⌊·⌋ est continue en tout point non entier, mais seulement continue à b bc
Démonstration Soit n ∈ Z. Pour tout x ∈ [n, n + 1[ : ⌊x⌋ = n, donc lim+ ⌊x⌋ = n = ⌊n⌋, b bc
x→n
b bc
x→n
$ Attention ! Pour tout x ∈ [0, 1[ : ⌊x⌋ = 0 et la fonction x 7−→ 0 est continue sur [0, 1[, mais peut-on pour autant
dire que la fonction x 7−→ ⌊x⌋ est continue sur [0, 1[ ? Non ! Ces deux fonctions sont définies sur R tout entier et coïncident
sur [0, 1[, mais leur continuité en 0 dépend aussi de leur comportement au voisinage de 0 À GAUCHE, i.e. à l’extérieur de
[0, 1[. Alors que la restriction ⌊·⌋ [0,1[ est bien continue sur [0, 1[ tout entier, la fonction ⌊·⌋ ne l’est que sur ]0, 1[, elle N’est
PAS continue en 0.
On dit que f est prolongeable par continuité en a si lim f existe et est FINIE. Le
a
prolongement f de f à D ⊔ a ainsi obtenu en posant f (a) = lim f est alors
a y = f (x) bc
continu en a.
Les fonctions f et f sont distinctes en toute rigueur car elles n’ont pas le même a
ensemble de définition, mais on choisit généralement de noter encore f le
prolongement f par souci de simplicité.
a
Démonstration Nous devons montrer que f est continue en a, i.e. que lim f = f (a), ou encore que lim f = f (a)
a a
puisque f et f coïncident sur D. Ce résultat s’écrit ainsi :
∀ǫ > 0, ∃ α > 0, ∀x ∈ D, |x − a| < α =⇒ f (x) − f (a) < ǫ Æ.
C’est presque le résultat mais pas tout à fait car f est définie en a. Or on peut évidemment remplacer D par
D ⊔ a dans Æ : ∀ǫ > 0, ∃ α > 0, ∀x ∈ D ⊔ a , |x − a| < α =⇒ f (x) − f (a) < ǫ.
Exemple
• La fonction x 7−→ x ln x n’est pas définie en 0 mais on peut la prolonger par continuité en ce point en lui donnant la
valeur 0 en 0, car lim x ln x = 0.
x→0
sin x sin x
• La fonction x 7−→ n’est pas définie en 0, mais comme lim = 1, on peut la prolonger par continuité en ce
x x→0 x
point en lui donnant la valeur 1 en 0.
• Pour tout α > 0 : x α = eα ln x −→ 0, donc en posant 0α = 0, on prolonge la fonction x 7−→ x α , a priori définie
x→0
sur R∗+ , en une fonction continue sur R+ tout entier.
Que ce soit en un point ou sur un intervalle, la somme et le produit de deux fonctions continues sont continus. Même
chose pour l’inverse d’une fonction qui ne s’annule pas ainsi que pour la composée de deux fonctions composables. Ces
résultats découlent immédiatement des résultats analogues que nous avons prouvés sur les limites de fonctions.
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Exemple La fonction x 7−→ ln x 2 + e x est définie et continue sur R∗ .
Démonstration Attention, pour la composition, il faut bien préciser les domaines manipulés !
1
• La fonction x 7−→ est continue sur R∗ (à valeurs dans R ) et la fonction x 7−→ e x l’est sur R , donc
x 1
par composition x 7−→ e x est continue sur R∗ .
1
• La fonction x 7−→ x 2 est continue sur R, donc sur R∗ . Par somme, x 7−→ x 2 + e x est continue sur R∗ .
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1
• La fonction x 7−→ x 2 + e x est continue sur R∗ à valeurs dans R∗+ et x 7−→ ln x est continue sur R∗+ , donc
1
par composition x 7−→ ln x 2 + e x est continue sur R∗ (à valeurs dans R ).
• Enfin, la fonction x 7−→ x 2 est continue sur R . Le résultat découle donc d’une dernière composition.
Le résultat suivant est la version continue d’un résultat analogue sur les limites du chapitre « Limites d’une fonction ».
En résumé : Pour une fonction CONTINUE : f lim . . . = lim f (. . .).
n→+∞ n→+∞
| {z }
. . . si la limite existe.
Ce théorème a déjà souvent été utilisé dans le contexte des suites récurrentes un+1 = f (un ). SI (un )n∈N CONVERGE vers
un réel ℓ et si f est CONTINUE en ℓ : f (ℓ) = ℓ.
Le résultat suivant est une application ultra-classique de la caractérisation séquentielle de la continuité et de la densité
de Q dans R.
Théorème (Endomorphismes continus de R) Les endomorphismes continus du groupe additif R, i.e. les fonctions
f ∈ C (R, R) pour lesquelles pour tous x, y ∈ R : f (x + y) = f (x) + f ( y), sont exactement les fonctions linéaires
x 7−→ λx, λ décrivant R.
Démonstration Les fonctions linéaires répondent bien sûr au problème. Réciproquement, soit f un endomor-
phisme continu de R. Alors pour tous n ∈ Z et x ∈ R : f (nx) = n f (x) Æ.
p
• Posons λ = f (1) et montrons que f Q = λIdQ . Or pour tout r = ∈ Q avec p ∈ Z et q ∈ N∗ :
q
Æ Æ p
q f (r) = f (qr) = f (p) = p f (1) = λp, donc f (r) = λ = λr.
q
• Montrons que f = λIdR . Soit x ∈ R. Comme Q est dense dans R, nous pouvons nous donner une suite
de rationnels (rn )n∈N de limite x. Par continuité de f en x et d’après la caractérisation séquentielle de la
continuité : f (x) = f lim rn = lim f (rn ) = lim λrn = λ lim rn = λx.
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
Théorème (Théorème des valeurs intermédiaires, version « existence d’un antécédent ») Soient a, b ∈ R avec
a ¶ b et f ∈ C [a, b], R . Tout réel compris entre f (a) et f (b) possède AU MOINS un antécédent par f dans [a, b].
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Démonstration (n◦ 2, par dichotomie) Ici aussi, on suppose pour simplifier que f (a) ¶ f (b) et on pose a0 = a
et b0 = b. À partir de l’intervalle [a0 , b0 ] = [a, b], il s’agit de construire par récurrence de nouveaux intervalles
intéressants plus petits [a1 , b1 ], [a2 , b2 ], . . . Plus précisément, soit n ∈ N. Supposons qu’on ait déjà construit des
réels a0 , . . . , an , b0 , . . . , bn pour lesquels :
b−a
(i) a = a0 ¶ . . . ¶ a n , bn ¶ . . . ¶ b0 = b et pour tout k ∈ ¹0, nº : bk − ak = ,
2k
(ii) pour tout k ∈ ¹0, nº : f (ak ) ¶ y ¶ f (bk ).
On définit alors au rang n + 1 les réels an+1 et bn+1 de la manière suivante :
a n + bn a n + bn
an+1 = an et bn+1 = si f ¾y
2 2
a + bn a n + bn
an+1 = n et bn+1 = bn si f < y.
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Je vous laisse démontrer que ces réels an+1 et bn+1 satisfont les assertions (i) et (ii) au rang n + 1 — faites-le !
Les suites (an )n∈N et (bn )n∈N ainsi construites sont finalement adjacentes d’après (i), donc possèdent une limite
finie commune x ∈ [a, b]. Or si nous passons à la limite dans (ii), la caractérisation séquentielle de la continuité
montre que f (x) ¶ y ¶ f (x), i.e. que y = f (x).
f (b) b
y b
Le réel x construit
par dichotomie
y = f (x)
f (a) b
x
a = a0 b0 = b
a1 b1
a2 b2
a3 b3
..
.
La version du TVI énoncée ci-dessous est nouvelle pour vous mais conceptuellement aussi importante que la précédente.
Théorème (Théorème des valeurs intermédiaires, version « image d’un intervalle ») L’image d’un INTERVALLE
par une fonction continue est un INTERVALLE.
$ Attention ! Si I est un INTERVALLE et f : I −→ R une fonction continue, cette version nouvelle du TVI affirme que f (I )
est également un INTERVALLE, mais pas que I et f (I ) sont de même nature. Il se peut que I soit ouvert et f (I ) un segment,
ou bien que I soit semi-ouvert et f (I ) ouvert, etc.
bc
bc
b f (I ) bc f (I ) b
Pas un intervalle b
I I
Un intervalle I ouvert, f (I ) fermé. I semi-ouvert, f (I ) ouvert.
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Démonstration Soient I un INTERVALLE et f ∈ C (I , R). Pour montrer que f (I ) est un intervalle, donnons-nous
u, v ∈ f (I ) avec u ¶ v, puis y ∈ [u, v], et montrons que y ∈ f (I ). Ce qui est sûr, c’est que u = f (a) et v = f (b)
pour certains a, b ∈ I , la version précédente du TVI montre donc que pour un certain x compris entre a et b :
y = f (x). En particulier : x ∈ I car I est un intervalle, et enfin y = f (x) ∈ f (I ).
Théorème (TVI strictement monotone) Soient a, b ∈ R avec a < b. Nous nous contenterons de deux versions du
théorème, mais vous pouvez en inventer d’autres !
(i) Toute fonction CONTINUE et STRICTEMENT CROISSANTE f : [a, b] −→ R est bijective de [a, b] sur f (a), f (b) .
(ii) Toute fonction CONTINUE et STRICTEMENT DÉCROISSANTE f : [a, b[−→ R est bijective de [a, b[ sur lim f , f (a) .
b
(i) (ii)
f (b) b
f (a) b
f (a) b lim f bc
a b a b
Démonstration
Dans le cas où f est strictement croissante sur [a, b[, f est bijective de
[a, b[ sur son image
f [a, b[ mais a-t-on bien f [a, b[ = f (a), lim f ? En tout cas, d’après le TVI, f [a, b[ est un intervalle.
b−
Comme f (a) ∈ f [a, b[ et comme f (a) minore f [a, b[ par croissance de f : f (a) = min f [a, b[ .
Ensuite, d’après le théorème de la limite monotone : lim −
f = sup f [a, b[ , donc f [a, b[ est l’un des inter-
b
valles f (a), lim
−
f ou f (a), lim
−
f . Peut-on avoir lim −
f ∈ f [a, b[ ? Il existerait dans ce cas un réel x ∈ [a, b[
b b b
pour lequel f (x) = lim f , et aussitôt f serait constante égale à lim f sur [x, b[, ce qui contredirait la STRICTE
b− b−
croissance de f . Conclusion : lim −
f ∈
/ f [a, b[ , et enfin f [a, b[ = f (a), lim
−
f .
b b
Nous avons vu que la continuité ne préserve pas la forme des intervalles en général, mais en tout y = f (x)
b
cas une chose est sûre, un segment est toujours transformé en un segment.
b
f x ln x
Exemple La fonction x 7−→ possède un minimum sur ]0, 1].
x 2 + ex
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Démonstration On pourrait sans doute étudier les variations de f , mais les calculs à mener seraient délicats et
le théorème des bornes atteintes permet de les éviter. Prolongée par continuité en 0 par la valeur 0, f est continue
donc possède un minimum sur le SEGMENT [0, 1]. Ce minimum est en fait atteint sur ]0, 1] car f est strictement
négative sur ]0, 1[ et f (0) = 0.
Exemple Toute fonction continue périodique définie sur R tout entier est bornée.
Démonstration Soient T > 0 et f ∈ C (R, R) T -périodique. D’après le théorème des bornes atteintes, f est
bornée sur le SEGMENT [0, T ], donc il existe un réel K ¾ 0 pour lequel pour tout x ∈ [0, T ] : f (x) ¶ K.
j k j k j k
x x x x x
Ainsi, pour tout x ∈ R : −1< ¶ , i.e. 0 ¶ x − T < T , donc f (x) = f x − T ¶ K.
T T T T T
Il existe tout plein de normes en mathématiques, pas seulement celle que vous connaissez dans le plan ou l’espace.
Définition-théorème (Norme infinie d’une fonction bornée) Soit D une partie non vide de R. Pour toute fonction
BORNÉE f : D −→ C, on appelle norme infinie de f sur D et on note k f k∞ , ou k f k∞,D en cas d’ambiguïté, le réel :
k f k∞ = sup f (x) .
x∈D
Pour toutes fonctions f : D −→ C et g : D −→ C bornées et pour tout λ ∈ C : k f k∞ = 0 ⇐⇒ f = 0,
kλ f k∞ = |λ| × k f k∞ et k f + gk∞ ¶ k f k∞ + kgk∞ (inégalité triangulaire).
La bonne définition de la norme infinie d’une fonction BORNÉE découle bien sûr de la propriété de la borne supérieure.
Le théorème des bornes atteintes montre quant à lui que toute fonction continue sur un SEGMENT y est bornée, donc possède
une norme infinie.
On anticipe dans l’exemple qui suit certains développements importants du chapitre « Dérivabilité ».
Exemple Soient a, b ∈ R avec a < b et f ∈ C 1 [a, b], C . Continue sur le SEGMENT [a, b], | f ′ | y est bornée, donc possède
Z b
une norme infinie k f ′ k∞ . D’après le théorème fondamental du calcul intégral : f ′ (t) dt = f (b) − f (a), donc d’après
l’inégalité triangulaire et la croissance de l’intégrale : a
Z b Z b Z b
f (b) − f (a)
f (b) − f (a) = f ′ (t) dt ¶ f ′ (t) dt ¶ k f ′ k dt = k f ′ k∞ (b − a), ou encore ¶ k f ′ k∞ .
a a a
b − a
Cette inégalité s’appelle l’inégalité des accroissements finis. Le calcul précédent n’est valable que pour les fonctions de classe
C 1 et suppose connue la notion d’intégrale, hélas difficile à définir quand on veut le faire proprement. Nous verrons au
chapitre « Dérivabilité » que l’inégalité des accroissements finis est en fait vraie pour toute fonction simplement dérivable. . .
et nous attendrons encore quelques mois avant de définir proprement la notion d’intégrale.
Nous avons déjà rencontré ce théorème au chapitre « Rappels et compléments sur les fonctions » en version light. Nous
en donnons à présent la version intégrale avec démonstration.
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y=x
Les graphes de f et f −1 sont symétriques l’un de l’autre par rapport à la droite d’équation y = x.
Si le graphe de f peut être tracé sans qu’on ait à lever le crayon, comment le graphe de f −1 ne le
y = f (x)
serait-il pas ?
Fonction injective,
$ Attention ! Le moindre point de discontinuité NON monotone NON continue.
y = f −1 (x)
ruine la validité de l’implication : b
Démonstration
• Pour l’équivalence des assertions (i) et (ii), nous savons déjà que (i) implique (ii) sans hypothèse de conti-
nuité. Pour la réciproque, fixons deux points a, b ∈ I quelconques pour lesquels a < b. Par injectivité :
f (a) 6= f (b), donc quitte à remplacer f par − f , qui est tout autant continue et injective que f , nous
pouvons supposer f (a) < f (b) sans perte de généralité. Montrons que f est strictement croissante.
Soient x, y ∈ I avec x < y. Par injectivité de f : f (x) 6= f ( y), mais rien ne garantit a priori que
f (x) < f ( y). En d’autres termes, rien ne garantit que f ordonne f (x) et f ( y) de la même manière qu’elle
ordonne f (a) et f (b). À charge pour nous de comprendre en quoi la continuité et l’injectivité de f obligent
f à adopter la même attitude dans les deux cas.
Lorsque λ croît de 0 à 1, le réel (1 − λ)a + λx varie de a à x le long du segment qui joint ces deux points
tandis que (1 − λ)b + λ y varie de b et y. En outre, I étant un INTERVALLE, les réels ainsi obtenus sont tous
des éléments de I , ensemble de définition de f . Cette observation justifie la bonne définition de la fonction
ϕ
λ 7−→ f (1 − λ)b + λ y − f (1 − λ)a + λx de [0, 1] dans R. Pourquoi cette fonction nous intéresse-t-elle ?
— Pour commencer : ϕ(0) = f (b) − f (a) > 0 et nous cherchons le signe de ϕ(1) = f ( y) − f (x).
— Ensuite, ϕ est continue sur [0, 1] car f l’est.
— Montrons que ϕ ne s’annule pas sur [0, 1]. Pour tout λ ∈ [0, 1], si ϕ(λ) = 0, alors par injectivité de f :
(1 − λ)a + λx = (1 − λ)b + λ y, donc : (1 − λ) (b − a) + λ ( y − x) = 0, ce qui implique que
| {z } | {z } |{z} | {z }
1 − λ = λ = 0 — contradiction. ¾0 >0 ¾0 >0
N’est-il pas clair à présent, d’après le TVI, que ϕ est strictement positive sur [0, 1] tout entier ? En particulier :
ϕ(1) = f ( y) − f (x) > 0.
• Supposons à présent f strictement monotone sur I — par exemple strictement croissante. Alors f réalise
une bijection de I sur son image J — un intervalle d’après le TVI — et f −1 : J −→ I est croissante sur J .
Soit b ∈ J . Sous l’hypothèse que f −1 est définie au voisinage de b à gauche, montrons seulement que f −1 est
continue à gauche en b — idem à droite. D’après le théorème de la limite monotone, la limite lim− f −1 ( y)
y→b
existe, notons-la ℓ. Comme lim f (x) = f (ℓ) par continuité de f en ℓ, alors lim− f f −1 ( y) = f (ℓ) par
x→ℓ y→b
composition, i.e. f (ℓ) = b, et enfin lim− f −1 ( y) = ℓ = f −1 (b).
y→b
Exemple En début d’année, l’existence des fonctions arcsinus, arccosinus et arctangente a découlé du TVI strictement
monotone et leur continuité du théorème de continuité d’une réciproque.
La preuve de continuité de f −1 peut être adaptée à la recherche des limites aux bornes d’une réciproque. Voyons cela sur
un exemple. Ingrédient majeur — le théorème de la limite monotone.
Exemple Soit f ∈ C (R+ , R). On suppose que f est strictement croissante sur R+ et que lim f = ℓ ∈ R. Alors f est bijective
+∞
de R+ sur [0, ℓ[ et lim f −1 = +∞.
ℓ
Démonstration Le TVI strictement monotone montre que f est bijective de R+ sur [0, ℓ[. Ensuite, f −1 étant
croissante, la limite lim f −1 ( y) existe d’après le théorème de la limite monotone, notons-la L. Par composition :
y→ℓ
f −1 f (x) −→ L, mais par ailleurs : f −1 f (x) = x −→ +∞, donc L = +∞.
x→+∞ x→+∞