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Éducation à la citoyenneté et civisme

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1

INTRODUCTION : Descriptif du cours

Dans le cadre de cette introduction, nous


avons pensé vous présenter 16 points essentiels
à savoir : le volume horaire (1), le titulaire du
cours (2), l’objet d’étude (3), la finalité ou son
but général (4), les objectifs spécifiques (5), le
prérequis (6), les compétences (7), le contenu
(8), les stratégies d’intervention ou les formules
pédagogiques (9), Les approches et natures de
l’évaluation (10), la périodicité (11), la
Plateforme (12), l’horaire hebdomadaire du
cours (13), le Cadre de la Communication
Psychopédagogique (14), la Bibliographie
sommaire (15) et la Cérémonie finale (16).

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 1


2

1. Volume horaire : 2 crédits

2. Titulaire du Cours

NOM : Séraphin KHONDE


GRADE : Master en Droit pénal et
Criminologie

- DISPONIBILITES : Du lundi 11 au samedi


16/12/2013

3. Son objet d’étude.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 2


3

L’éducation à la citoyenneté est une


formation complète à laquelle est soumis
le jeune étudiant en vue d’en faire un
citoyen responsable. Introduit dans le
programme de l’enseignement supérieur et
universitaire depuis 2003, le cours
d’éducation à la citoyenneté est venu
supplanter celui de « Civisme et
développement » jugé inadapté aux
inspirations actuelles de notre société. En
effet, le cours de « civisme et
développement » avait été conçu pour
répondre aux aspirations d’un pays dit
sous-développé ; il s’agissait, en
substance, d’une instruction civique
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 3
4

susceptible d’avoir une implication sur le


développement du pays.
Le cours d’Education à la
citoyenneté quant à lui, consiste à
instruire, à former et à informer l’étudiant
sur ce qu’est le civisme et de lui en faire
comprendre l’importance. C’est dire que,
l’étudiant sera à mesure de se convaincre
de la nécessité d’adopter un
comportement civique requis pour un agir
et une participation responsable à la vie de
la cité.

4. Sa finalité ou son but général.


Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 4
5

Ce cous a pour but de préparer


l’étudiant d’aujourd’hui, cadre de demain
à affronter les réalités de la vie
communautaire par l’intégration des
valeurs morales et civiques aux réalités de
la vie nationale et internationale; préparer
scientifiquement l’étudiant afin qu’il soit
en mesure d’exercer ses responsabilités
citoyenne, d’amener un bon rendement par
le travail qu’il va rendre à son Etat, à sa
communauté et à sa société.

5. Ses objectifs spécifiques.


Toute éducation civique manque
d’être efficace et rate sa visée si elle oublie

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 5


6

de se donner la claire conscience de


vouloir transformer les consciences et les
comportements, de vouloir rendre les
citoyens meilleurs dans leur vie
individuelle et sociale. Ainsi, l’éducation à
la citoyenneté vise à former:
1. Un citoyen autonome, qui comprend
et respecte les lois de son pays, est
capable de se donner des règles et
d’adopter des comportements
responsables vis-à-vis de lui-même,
des autres et de l’environnement.
2. Un citoyen capable d’argumenter sur
des thèmes d’actualité, de débattre et
de faire preuve de discernement.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 6
7

3. Un citoyen conscient des enjeux


nationaux par une éducation à la
défense et une éducation à la paix.
4. Un citoyen capable de prendre des
décisions en connaissance de cause,
et d’agir de manière responsable,
réfléchie, localement et
mondialement.
5. Un citoyen capable d’adopter une
attitude fondée sur le respect et un
comportement positif face à la
diversité sociale, pour favoriser
l’intégration.
6. Un citoyen capable d'Intérioriser pour
sa vie citoyenne, la vertu cardinale
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 7
8

qu’est l’amour de la république,


l’amour de son pays, considéré par
Charles Montesquieu comme le
fondement ou encore le pilier de toute
nation qui aspire au progrès.

6. Prérequis :
L’étudiant doit avoir des notions de
l’éducation civique et morale (ECM) et de la
religion.

7. Compétences.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 8


9

Le cours d’éducation à la citoyenneté


permettra à l’étudiant de porter des jugements
sur les événements de la vie tant nationale
qu’internationale et de partager les valeurs
humaines. Cet enseignement a la vocation de
l’emmener à positiver ses attitudes et son
comportement dans son environnement social,
de s’intégrer aux rouages de la vie politique,
administrative, institutionnelle et économique
de son pays. Les notions de l’éducation civique
et morale, ainsi que celles de religion, aiderons
davantage l’étudiant à intérioriser le présent
cours.

8. Le contenu du cours.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 9


10

Hormis l’introduction et la conclusion, le


présent cours fera l’objet de cinq chapitres que
voici :

Chapitre 1. Considérations générales sur


l’éducation à la citoyenneté. (C’est le savoir)
Chapitre 2. L’Etat et sa mission à travers
l’histoire (C’est le savoir être).
Chapitre 3. La constitution (C’est le savoir-
faire).
Chapitre 4. Le pouvoir politique. (C’est le
savoir-faire faire).
Chapitre 5. Lecture, étude et analyse des
écrits de quelques auteurs (C’est le
savoir devenir).

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 10


11

9. Les stratégies d’intervention ou les


formules pédagogiques.
L’enseignement d’éducation à la
citoyenneté est assuré suivant une approche
interactive et participative, associant les
étudiants aux exposés magistraux de
l’enseignant. L’enseignement théorique sera
complété par les travaux pratiques consistant à
analyser certains textes ayant trait à la morale
ou au civisme d’un citoyen. Un support sera
rendu disponible.

10. Les approches et natures de


l’évaluation.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 11


12

Les groupes de travaux seront composés


le premier jour du cours et un dossier des
textes obligatoires préparés à l’avance par le
Professeur sera mis à la disposition des
étudiants après l’introduction du cours.
Pour évaluer les étudiants, nous tiendrons
compte de la présence et participation à la
discussion, des travaux individuels, en groupe
et en plénière et de l’examen final.

11. Sa périodicité.
Le cours sera enseigné au premier semestre.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 12


13

12. Sa plateforme.
Dans le cadre de ce cours, nous avons
mis à la disposition des étudiants quelques sites
où ils pouvaient obtenir les informations
relatives à cet enseignement.
1. [Link]
2. [Link]
3. [Link]
4. [Link]
5. [Link]

13. Horaire hebdomadaire du cours :

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 13


14

14. Cadre de la Communication


Psychopédagogique :
Ce cours sera enseigné à l’IST/BOMA

15. Bibliographie sommaire

1. Alain de BENOIST, Au-delà des droits


de l’homme, Pour défendre les libertés,
Pierre Guillaume de Roux, 2004, réed.
Augmentée, 2016.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 14


15

2. Alexis de TOCQUEVILLE, L’ancien


régime et la révolution, édition originale,
1858, GF-Flammarion, 2005.
3. Anne-Marie LAULAN et Didier
OILLO, Francophonie et mondialisation,
les essentiels Hermès, CNRS éditions,
2008.
4. ARNPERGER, C. & VAN PARIJS, P.,
Ethique économique et sociale, Paris, la
Découverte, 2003.
5. BONHOEFFER, D., L’Ethique, Genève,
Labor et Fides, 1972.
6. Fédération des Coopératives MICRO (éd),
Entre le bien et le mal, Zurich, Ex Libris,
1971.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 15
16

7. FRANCISCO, L., Bien vivre sa vie,


Mulhouse Cedex, Grâce et Vérité, 1983.
8. Georges BURDEAU, L’Etat,
Seuil, « Points Essais », 2009.
9. Hervé-René MARTIN, La
mondialisation racontée à ceux qui la
subissent, 1999.
10. ILUNGA MONGA, Simplice,
Education à la citoyenneté, PUL, Likasi,
2013.
11. J. ADDA, La mondialisation de
l’économie, Vol.1 et Vol.2, La découverte,
Repères, Paris, 1996.
12. Jean-Jacques ROUSSEAU, Le
contrat social, 1762.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 16
17

13. John LOCKE, Les deux traités du


gouvernement civil, 1690
14. Kä MANA, Changer la République
Démocratique du Congo, Bafoussam,
CIPCRE, 2012.
15. Kä MANA, Réussir l’Afrique,
Yaoundé, Sherpa, 2003
16. Marcel MAUSS, La nation, PUF,
Quadrige, 2013.
17. Max WEBER, Economie et société,
édition originale, 1921.
18. MONTESQUIE, De l’esprit des lois,
1748.
19. MULLER, D,.L’éthique protestante
dans la crise de la modernité. Généalogie,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 17
18

critique, reconstruction, Paris, Cerf/


Genève, Labor et Fides, 1999.
20. Nicolas MACHIAVEL, Le prince,
ouvrage écrit au début du XVIème siècle,
Le livre de poche, 2000 ;
21. PLATON, La république, ouvrage
écrit au IVème siècle av. J.C.
22. Raymond Carré de MALBERG,
Contribution à la théorie générale de
l’Etat, Dalloz, UlanPresse, 2012 ;
23. Samir AMIN, Classe et nation dans
l’histoire et la crise contemporaine,
Minuit, 1979.
24. Thomas HOBBES, Léviathan,
ouvrage édité en 1651, Gallimard, 2014
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 18
19

25. TSIBILONDA, A., Ethique et


engagement communautaire. L’homme et
sa destinée, Kananga, éd. Université du
Kasï, 2001.
26. VAN PARYS, J.M., Petite
introduction à l’éthique, Kinshasa,
Loyola, 1991.
27. WEBER, M., L’Ethique protestante
et l’Esprit du capitalisme, Paris, Plon,
1964.
28. YAWIDI MAYINZAMBI, J.P.,
Procès de la société congolaise, Kinshasa,
Mabiki, 2008.

AUTRES DOCUMENTS

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 19


20

1. Vade-mecum du gestionnaire d’une


institution d’enseignement supérieur et
universitaire, édition de la CPE, Kinshasa,
2020.
2. Guide de l’étudiant, année académique
2020-2021.
3. Instructions académiques n°025
16. Cérémonie finale du cours.
A la fin de cours, le promotionnel se
chargera de faire un discours de remerciements
au professeur au nom de tous les étudiants de
L1. Après le discours, une séance photo sera au
rendez-vous entre professeur et étudiants.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 20


21

CHAPITRE 1. CONSIDERATIONS
GENERALES
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 21
22

Pour bien comprendre la problématique


soulevée par le concept de citoyenneté et pour
bien cerner ses enjeux, il est indispensable de la
situer dans le temps et dans l’espace en
revisitant la mémoire des sociétés antiques et
son évolution historique dans certaines sociétés
modernes, la France et la RDC en l’occurrence.
Ainsi, nous osons croire que la
citoyenneté, telle que vécue dans l’Egypte
pharaonique, dans la Grèce antique, chez les
Romains et chez les Français, nous éclairera
davantage dans notre démarche, en vue de
comprendre son évolution.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 22


23

1.1 Elucidation des concepts de base


L’exercice de la citoyenneté se situe au
carrefour d’appartenances socioculturelles
diverses et des valeurs universelles qui fondent
les droits humains. L’éducation à la citoyenneté
a pour but de construire des repères communs
compris et acceptés de tous.
Jouer un rôle dans la société et assumer
des responsabilités implique de construire des
compétences pour comprendre les enjeux de
société actuels qui s’inscrivent dans un système
mondial complexe. Elle fournit à l’étudiant des
moyens pour se situer face à ces enjeux et pour
devenir acteur de la société.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 23


24

La citoyenneté au sens juridique est un


principe de légitimité juridique. Partant de son
sens étymologique, la citoyenneté, du latin
quiris désigne la lance. Il finira par désigner en
latin le «citoyen» (au pluriel quirites), car la
citoyenneté romaine offrait le privilège de servir
dans la militia («la milice», « l'armée »),
notamment en tant que porteurs de lances et de
javelots, Lancearii et Hastati.
La citoyenneté, c’est la qualité d’un bon
citoyen ou la qualité d’être un citoyen ou
membre d’un Etat, membre conscient et actif
d’une société politiquement organisée.
Conscient parce qu’il appartient à une
communauté humaine déterminée. Actif, parce
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 24
25

qu’il doit participer au maintien de la société et à


son évolution.
De manière générale, un citoyen est une
personne qui relève de l'autorité et de la
protection d'un État et par suite, jouit de droits
civiques et a des devoirs envers cet État. Chaque
citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle
qu'elle est établie par les lois et intégrée dans
l'ensemble des mœurs de la société à laquelle il
appartient.
La citoyenneté est aussi une composante
du lien social. C'est, en particulier, l'égalité de
droits associée à la citoyenneté qui fonde le lien
social dans la société démocratique moderne.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 25


26

Les citoyens d'une même nation forment une


communauté politique.
La citoyenneté est intimement liée à la
démocratie. Être citoyen implique que l'on fait
partie d'un corps politique, un État, que l'on a
dans ce corps politique des droits et des devoirs.
C’est pour dire que la définition classique
d’un citoyen c'est-à-dire ‘un fils majeur d’un
pays’, comporte beaucoup de lacunes, car, parmi
les fils majeurs, nous pouvons rencontrer
certaines personnes qui sont privées des droits
civiques tels que le droit de voter ou de se faire
voter. Dans cette catégorie des personnes on
peut citer : les malades mentaux (fous), les
condamnés (prisonniers) et les militaires.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 26
27

En démocratie, chaque citoyen est


détenteur d'une partie de la souveraineté
politique ; c'est donc l'ensemble des citoyens
qui, par l'élection, choisissent les gouvernants.
Le citoyen moderne est le sujet de droits et
de devoirs : droits de l'homme - droits civils -
droits politiques - droits sociaux. Les devoirs
sont accomplis par les citoyens pour le bien de
la collectivité (impôts, service militaire, etc.) et
définis par les lois des pays dans lesquels ils
vivent.
Au regard de ce qui précède, nous
pouvons dire qu’un citoyen est un habitant d’un
pays qui jouit de ses droits civiques et accomplit

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 27


28

les obligations envers sa nation, c'est-à-dire un


habitant privilégié d’un pays.
Comme caractéristiques, le terme citoyen :
1. Est un titre de noblesse. C’est le plus grand
titre que l’homme peut porter dans un pays
2. Est un titre de fierté. Par exemple, le Roi
Louis Philippe se plaisait qu’il soit appelé
« Citoyen Roi ». Pendant la deuxième
République, tous nous étions appelés des
citoyennes et de citoyens en lieu et place du
Madame et Monsieur. En tant que tel, on
peut le perdre à tout moment. Il suffit de
devenir malade mentalement ou un
prisonnier pour perdre le titre de citoyen.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 28


29

Au sens strictement juridique, un citoyen


est un habitant d’un Etat doté d’une législation
destinée à protéger les droits civils et politiques
des individus qui, en retour, ont des obligations
à son encontre : obéir aux lois du pays,
contribuer aux dépenses communes et défendre
le pays s’il venait à être attaqué.
L'expression "Citoyen du monde" qualifie
celui qui proclame son attachement à l'ensemble
de l'humanité, refusant les frontières nationales,
tel les stoïciens. C’est dans cet ordre d’idée que
J.J. Rousseau définira le citoyen comme étant
« [...] est un être éminemment politique (la cité)
qui exprime non pas son intérêt individuel mais
l'intérêt général. Cet intérêt général ne se résume
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 29
30

pas à la somme des volontés particulières mais


la dépasse.»

1.2 Bref historique de la citoyenneté


1.2.1 La citoyenneté en Grèce Antique
La Grèce antique est à l'origine de la
citoyenneté moderne grâce à l'invention de la
cité grecque ou « polis ». La politique alors se
développe comme domaine autonome de la vie
collective. La polis est fondée sur l'égalité de
tous les citoyens, mais tout le monde ne peut
devenir citoyen, la cité est fermée ethniquement.
Chez les Grecs, parler de la vie, c’est faire
allusion à la vie dans la cité. Les plus célèbres
cités grecques étaient Athènes et Spartes. Dans

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 30


31

chaque Cité-Etat, on trouvait généralement trois


catégories d’habitants.
Nous citons d’abord les citoyens qui
participaient aux décisions de la cité (lois,
guerres, justice, administration), aux débats à
l'agora (place publique), et étaient les seuls à
pouvoir posséder la terre. Ensuite, les métèques
étaient des étrangers habitant la cité sans aucun
droit politique. Enfin, les esclaves quant à eux,
étaient traités comme des choses à la merci des
maîtres, sans aucun droit. Les deux dernières
catégories citées n'existaient qu'à Athènes.

Toutefois, ils devaient respecter certains


critères, comme être de sexe masculin, avoir
plus de dix-huit ans, être libre, être né de père
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 31
32

citoyen et aussi, sous Périclès, de mère fille de


citoyen. Ils étaient également dans l'obligation
de faire leur service militaire (l'éphébie), après
quoi ils devenaient citoyens.

1.2.2 En Egypte antique


En Egypte ancienne, du temps
d’Alexandre le grand, la notion de citoyenneté
était réservée à l'élite de la ville, puis avec le
temps, elle s'élargira alors aux habitants de ces
cités, bien que les Égyptiens du quartier de
Rakhotis dans l'Alexandrie antique n'eurent
jamais vraiment accès à ce statut, et la ville était
constituée de quartiers bien délimités qui
souvent entrèrent en conflit, démontrant ainsi

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 32


33

l'aspect quelque peu relatif de la citoyenneté


antique.

1.2.3 Chez les Romains :


La structure romaine comprenait quatre
catégories :

- Les patriciens : descendants des premières


familles romaines légendaires (Romulus et
Remis). Ils constituaient une noblesse
jouissant de beaucoup de privilèges et
bénéficiaient de tous les droits de l’homme
et tous les civiques.
- Les Plébéiens (classe inférieure),
composaient surtout de marchands et
d’artisans n’ayant pas d’ancêtres communs

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 33


34

et traités avec discrimination par les


patriciens.
- Les Clients étaient souvent des étrangers
comme des Métèques, protégés par un
patron patricien, libre mais dont la situation
économique nécessitait une prise en charge
de celui-ci moyennant exécution des
travaux désignés par le patron protecteur.
- Les Esclaves considérés comme des choses
ou des moins que rien.

Parlant de la citoyenneté, celle-ci diffère


statutairement du citoyen des cités grecques. La
citoyenneté romaine est définie en termes
juridiques, le civisromanus dispose de droits

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 34


35

civils et personnels. Les étrangers peuvent


accéder à la société politique définie en termes
juridiques. Pour les Romains, la citoyenneté a
une vocation universelle, sans critères d'origine
ethnique.

1.2.4 En France
Le peuple français n’avait pas connu la
liberté et l’égalité avant la Révolution française.
Etre frère signifiait faire partie de la même
classe. A la révolution française, le terme est
réutilisé, s'opposant au terme de sujet. Il instaure
alors une égalité, puisque tout homme peut être
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 35
36

appelé citoyen sans hiérarchisation,


contrairement aux titres de noblesse.
La date du 26 Août 1789 marque un
tournant historique dans la vie du peuple sous
examen. C’est la grande Révolution qui va avoir
des conséquences positives pour l’intérêt
supérieur de tous les Français.
Les faits ci-après en sont des témoignages
éloquents. Désormais :
- Tous les français deviennent égaux devant
la loi
- Tous les français deviennent libres et égaux
et jouissent des mêmes droits civiques.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 36


37

- Le terme citoyen remplace le terme


« Monsieur », jadis réservé exclusivement
aux Individus des classes privilégiées
- La France a une devise : Liberté, Egalité et
Fraternité
- La France a une Constitution écrite
- La France connait la séparation des trois
pouvoirs classiques : législatif, exécutif et
Judiciaire.
-

1.2.5 En République Démocratique


du Congo
La citoyenneté congolaise doit être
examinée et appréciée à travers les dates et les

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 37


38

événements y afférents qui ont marqués et qui


marquent encore l’histoire du peuple congolais
que nous présentons succinctement dans les
lignes qui suivent :
- 1888 : Congo - EIC, une propriété
privée du Roi Léopold II. Les Congolais
avaient le statut d’objets-parlants, ignorés
des humains et sans aucun droit, sauf des
devoirs et des obligations envers le Roi
Léopold II.
- 1908 : Congo Belge, le Congo devenait
une colonie et les congolais étaient
considérés comme des sujets du roi des
Belges, sans considération vis-à-vis du
colonisateur.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 38
39

- 1960 : Congo Indépendant et début de


la première République les Congolais
devenaient ainsi les citoyens jouissant de
tous les droits et exerçant des devoirs et
obligations envers leur patrie.
- 1965 : Une date qui marque le début de
la 2ème République au cours de laquelle le
Congo devint Zaïre. Le peuple zaïrois a
connu une perte considérable de ses droits
suite à un régime dictatorial caractérisé par
des contraintes, des actions tortures,
enlèvement, intimidations et exploitations
de tout genre. Bref, le droit de l’homme et
de citoyen n’existait plus au Zaïre.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 39


40

- 1997 : (17 Mai) Congo-RDC, c’est


l’avènement de la 3ème République. Le pays
retrouve son nom sous l’appellation de la
RDC pour renverser un régime dictatorial
de plus de 30 ans. Le peuple congolais se
lance ainsi dans la reconquête par la prise
de conscience, de ses droits et l’exercice
des devoirs et obligations pour la
reconstruction d’un pays réellement
démocratique.
- 2006 : Organisation des élections
libres, transparentes et démocratiques.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 40


41

CHAPITRE 2 : L’ETAT ET SA MISSION A


TRAVERS L’HISTOIRE

Introduction

Nous signalons d’emblée que l’ouvrage du


Professeur KIMPIANGA MAHANIAH paru
sous le titre : La problématique du

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 41


42

développement, Kinshasa, Presses de


l’Université Libre de Luozi, 2007, à partir de la
page 89 nous a servi pour la rédaction des
grandes articulations de la première partie de ce
chapitre.
L’Etat, l’autorité publique qu’il exerce sur
un peuple et sur un territoire déterminés et dont
l’origine est lointaine, a connu une évolution
tant dans sa forme que dans sa fonction.
La notion ou le concept d’Etat désigne
deux réalités distinctes : tout d’abord, une
communauté humaine institutionnalisée.
Ensuite, un appareil politico administratif qui la
gouverne. Selon Max Weber, l’Etat a une double
mission ou responsabilité : le maintien de l’ordre
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 42
43

sur le territoire étatique grâce à la police et à la


justice ; et la défense du territoire contre les
agresseurs extérieurs grâce à l’armée. Ainsi,
l’Etat peut être défini comme une forme
d’organisation politique caractérisée par le
monopole du pouvoir de contrainte sur un
territoire et une population donnée, d’une part,
et par un ensemble de règles juridiques stables,
d’autre part.
Cependant, l’existence d’un Etat dépend
de sa reconnaissance par la communauté
internationale. Or, afin d’avoir cette
reconnaissance, l’Etat, selon le droit
international, doit disposer, au préalable de trois
composantes : un territoire aux frontières
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 43
44

délimitées et reconnues par les autres Etats, une


population et des pouvoirs publics ayant en
charge l’administration du territoire et de la
population.
Ainsi, nous voulons exposer dans les
lignes qui suivent, d’une part, l’évolution et les
mutations qu’a connues l’Etat à travers l’histoire
et d’autre part, le lien qui existe entre le
développement et l’Etat. Sans l’autorité
politique, il n’y a que la loi de la jungle, la loi du
plus fort et du plus malin et il n’y a pas de
développement durable.

Les trois points ci- après constituent


l’ossature de ce chapitre :
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 44
45

1) l’origine de l’autorité politique


2) l’évolution qu’a connue cette autorité
politique à travers l’histoire
3) les composantes et les instruments
essentiels à la construction d’un Etat.

2.1. L’origine de l’Etat

L’Etat, une structure sociale organisatrice


d’une multitude de masse en société, existe
d’une forme à une autre depuis que l’être
humain est sorti de l’animalité à la raison, il y a
environ 7 millions d’années. Avec la
multiplication des êtres humains, la personne

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46

commença à vivre en groupe organisé : la


communauté humaine institutionnalisée.
Ainsi, la nécessité d’une autorité ou d’un
appareil politico administratif pour gouverner et
gérer le groupe, arbitrer les conflits, protéger les
membres du groupe les uns contre les autres et
contre les étrangers et protéger les avoirs du
groupe.
L’origine lointaine de l’Etat prête à
beaucoup d’interprétation. A ce propos, il
existerait plusieurs pensées, notamment la
pensée gréco- latine, la pensée judéo-
chrétienne, la pensée semito-islamique, la
pensée libérale et la pensée marxiste. Ces

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47

pensées ont été groupées, ici, en trois courant à


savoir :
- Etat : une donnée de la nature ;
- Etat : une donnée de Dieu ;
- Etat : une donnée humaine.

2.1.1. Etat: une donnée de la nature

Pour les Philosophes grecs dont Platon et


Aristote, l’Etat est une réalité naturelle.
L’homme est par nature un être destiné à vivre
en groupe.
L’Etat est une création naturelle, car
l’homme est un animal social qui ne peut vivre
et s’épanouir qu’en communauté. L’Etat est

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 47


48

antérieur à l’humain. Il n’est pas une création de


l’humain. C’est une création de la nature.

2.1.2. Etat: une donnée de Dieu

La pensée juive sur l’origine de l’Etat


tourne autour du concept d’alliance entre Dieu et
le peuple juif. Dieu a conclu une alliance avec le
peuple juif.
C’est Dieu qui l’a choisi. L’alliance entre
Dieu et le peuple juif a pris la forme d’un contrat
auquel le peuple élu a librement souscrit mais
qui, une fois conclu, le lie indéfiniment. Ce
contrat, cette alliance qui unit Dieu au peuple
juif, doit être sanctionné. Il en est ainsi lorsque
le peuple juif commet des fautes ou ne remplit
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 48
49

pas ses obligations ; il est alors normal que Dieu


le punisse. A l’inverse, le peuple juif est en droit
d’attendre un soutien et une protection de Dieu
lorsqu’il a exactement rempli les obligations que
les conditions de l’alliance lui imposent. En tant
que peuple élu, les juifs sont directement dans la
main de Dieu, ils dépendent de lui et les loue.
Dans cette perspective, tout pouvoir vient
de Dieu et appartient à lui, et tout dirigeant est
désigné par lui. A titre d’exemple, le leadership
des personnages historiques comme Abraham,
Jacob, Joseph, Moïse, David vient de Dieu lui
même. Dieu dicta directement ses lois à Moïse,
lois nécessaires à l’organisation sociale et
religieuse de la nation juive, le peuple de Dieu.
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50

La pensée chrétienne sur l’origine de


l’Etat s’inspire de la pensée juive. Cette pensée a
été explicitée par St. Paul à travers ses
interventions. Elle proclame quatre principes, à
savoir :
- Tout pouvoir vient de Dieu, car c’est bien
Dieu qui est le créateur de tout ;
- Les autorités qui exercent ont été
instituées par Dieu (prédestination,
providence) ;
- La soumission totale à l’autorité civile, car
celle-ci émane de Dieu ;
- L’existence de deux autorités : la cité de
Dieu et la cité civile (la séparation de ces
deux pouvoirs)
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51

L’enseignement de Jésus-Christ est


explicité dans sa réponse aux
pharisiens : « Rendez à César ce qui est à César
et à Dieu ce qui est à Dieu. Mon royaume n’est
pas de ce monde ». Le discours sur l’origine
divine de l’autorité explicité par St Paul à travers
ses écrits sera repris par différents philosophes
et théologiens notamment St Augustin, St
Thomas d’Aquin, Martin Luther et Jean Calvin.
St Augustin, influencé par la doctrine de
l’origine de l’autorité, affirme que tout pouvoir
vient de Dieu et que tout pouvoir provient de
Dieu, aucun humain ne peut avoir un pouvoir
sur un autre humain. Il distingue deux types
d’autorité : l’autorité divine ou la cité de Dieu et
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 51
52

l’autorité terrestre, séculière ou la cité humaine,


c’est-à-dire l’Etat. L’Eglise est le symbole de la
cité de Dieu sur terre pendant que l’Etat est
l’incarnation de l’autorité de Dieu sur terre. Pour
St Augustin, la mission de l’Etat est d’assurer le
maintien de la paix et l’ordre pour permettre aux
êtres humains de vivre une vie qui leur permettra
d’entrer dans la cité céleste. La justice est
obtenue seulement quand les êtres humains sont
en bonne relation avec Dieu.
Pour Saint Thomas d’Aquin, les sociétés
humaines ne sont pas des données de la nature
que l’esprit de l’homme s’efforce de
comprendre, mais bien l’œuvre de l’homme qui
a établi un ordre que la nature ne connaît pas. Il
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53

estime que l’exercice du pouvoir est commandé


par un quasi-contrat entre les gouvernants et
gouvernés.
Si les citoyens obéissent aux gouvernants
et s’ils leur doivent fidélité ; ceux-ci devront
gouverner pour garantir le bien commun et non
poursuivre leurs intérêts propres. Si les
obligations ne sont pas respectées par l’un des
partenaires, l’autre a la possibilité de ne pas
exécuter lui-même ses obligations. De ce qui
précède, il ressort, aux yeux de Saint Thomas
d’Aquin, que l’Etat a trois fonctions à accomplir
à savoir :
- Garantir la bonté des populations ;
- Conduire les populations à la vertu ;
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 53
54

- Protéger les populations des attaques des


ennemis.

Quant à Martin Luther, l’Etat est la


conséquence du péché originel et sans lui,
l’homme aurait pu vivre libre et heureux dans le
monde que Dieu avait créé. Comme l’Etat est la
conséquence du péché, on ne peut pas espérer
qu’il soit bénéfique. Il est simplement
indispensable. Comme Dieu est la source de
toute autorité, il désigne directement ou
indirectement les détenteurs du pouvoir. L’Etat
existe pour satisfaire les besoins naturels
d’organisation de la multitude et afin de rendre
un service à Dieu. C’est dire que l’Etat a une

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 54


55

fonction sociale et divine. Car, il n’organise pas


seulement la cité civile, mais protège aussi la
cité de Dieu. Il est le gardien de cette dernière.
« Les lois sont les chaînes et les lieux où l’on
empoisonne les bêtes sauvages ». Martin Luther
prêche une soumission absolue à l’Etat.
Cependant, il propose la séparation de l’Eglise et
de l’Etat civil.
Jean Calvin, pour sa part, considère que
toute souveraineté, toute forme de pouvoir vient
de Dieu tant dans la société civile que dans
l’Eglise. Prêchant la prédestination, il estime que
c’est la volonté de Dieu qui commande le destin
personnel de chaque humain, qu’il soit
gouvernant ou gouverné. Ainsi, il prêche la
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56

soumission à l’Etat et à tous les détenteurs du


pouvoir que Dieu a choisis pour commander.
Partisan de la théodicée, Calvin proclame
que c’est le péché des humains qui impose qu’un
Etat soit organisé. Sans Etat, c’est-à-dire sans
justice et sans règle, les humains seraient pires
que les bêtes sauvages. L’Etat n’est pas une
donnée de la nature, mais une création divine.
Ainsi, il recommande la soumission et
l’obéissance totale à l’autorité.
Cependant, il y doit exister un contrat
entre le gouvernant et le gouverné. Chacune des
parties au contrat accepte des obligations qui ont
comme contrepartie et justification celles qui
incombent à l’autre partie. Si l’un des
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57

contractants ne remplit pas ses obligations,


l’autre peut cesser d’exécuter les siennes.
Le contrat est une forme de constitution
qui organise le groupe considéré, définit les
pouvoirs des uns et des autres, les conditions de
la désignation des responsables, de la cessation
de leurs fonctions et des sanctions pouvant être
appliquées à ceux qui ne remplissent pas leurs
obligations.

2.1.3. L’Etat : Une donnée humaine

Les adeptes qui associent l’origine de


l’Etat à l’action humaine ont été à la base de la
formulation de plusieurs théories sur l’origine
lointaine de l’Etat, dont l’école par nécessité des
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58

choses(l’Etat est né de la situation contre


laquelle l’homme se butait quand la population
avait un accroissement causé par l’amélioration
des conditions de vie), l’école de guerre (les
guerres causées par l’insuffisance de terre ont
été à la base de l’émergence des Etats), l’école
des travaux publics(les grands travaux publics
sont à l’origine de l’émergence des Etats),
l’école du contrat social (à ce sujet lire Jean-
Jacques Rousseau, Thomas Hobbes, John
Locke), et l’école de la contrainte (pour
Proudhon, la religion, la propriété et l’Etat sont
les institutions que l’homme utilise pour
dominer son semblable. Celles-ci ne sont que les
incarnations de l’exploitation de l’homme par
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59

l’homme et le gouvernement de l’homme par


l’homme et l’adoration de l’homme par
l’homme étroitement liés).

2.2. Les éléments constitutifs de l’Etat

L’état comporte trois éléments constitutifs


à savoir, une population, un territoire, un
pouvoir s’imposant à la population ou le
gouvernement.
Lorsqu’on parle de la population, notons
que celle-ci peut être étudiée sous l’angle
juridique et sous l’angle sociologique.
La population sous l’angle juridique est
définie comme l’ensemble des membres d’une
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60

société politiquement organisée par l’état. Elle


comprend les nationaux, les étrangers et les
personnes étant dans des situations
intermédiaires.
Par nationaux, il faut entendre les
individus qui sont unis à l’Etat par un lien de
rattachement et de suggestion désigné sous le
nom de la nationalité. Chaque Etat est libre de
déterminer le système selon lequel sa nationalité
sera acquise.
Les étrangers quant à eux, sont des
personnes qui sont sujet d’autres Etats et qui ont
par là des liens avec l’Etat considéré. Ils peuvent
avoir des relations avec un Etat dont ils ne sont
pas les nationaux, en raison soit de leur
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61

puissance, soit de leur installation sur le


territoire de cet Etat, soit des liens qu’ils ont et
qui sont situés sur le territoire de cet Etat.
Parmi les étrangers, il peut exister une
différence de statut. Ainsi, les diplomates
bénéficient de certains privilèges appelés
« immunités diplomatiques » alors que les
étrangers non diplomates ne peuvent avoir que
certains droits.
S’agissant des intermédiaires, il sied de
signaler à ce niveau qu’il existe des personnes
qui n’ont aucune nationalité. On les appelle les
« apatrides »
Vue sous l’angle sociologique, la
population s’identifie à la Nation sur le plan
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62

sociologique. C’est pourquoi on dit également


qu’elle n’est pas nécessairement homogène et
peut donc être composée d’une ou plusieurs
nations.
Par ailleurs, la Nation est un ensemble
culturel qui peut se définir à partir de deux types
de critères :
1) Objectifs : éléments culturels (langue,
religion, coutume, etc.) ;
2) Subjectifs : la volonté de vivre ensemble.

Il existe ainsi plusieurs conceptions de la


Nation. Mais en général, on les range sous deux
grandes catégories : la conception objective et la
conception subjective.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 62


63

Objectivement, d’après cette conception la


nation est un ensemble culturel qui se définit à
partir des critères objectifs tels que les éléments
culturels (langue, religion, coutume, etc.). Cette
conception a été développée par les juristes
allemands du XXème siècle. Ces juristes qui ont
fondé l’école dite allemande et par certains
Allemands comme A. Rosenberg et A. Hitler.
Pour ces différents auteurs, ce qui
caractérise une nation ce sont les éléments de
fait ci-après : le territoire, la langue, la religion,
la culture et surtout la race.
En réalité cette conception allemande de la
nation est raciste, car la théorie objective de la

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 63


64

nation a été élaborée pour justifier une certaine


politique.
Subjectivement, cette conception repose
essentiellement sur la volonté de vivre
ensemble. Elle a été développée par les auteurs
français (Ernest, Remany, Michelet, M. Hauriou
et l’Italien Mancini).
Ernest RENAN a défini la nation comme
une âme, un principe spirituel, une conscience,
un vouloir-vivre collectif. C’est en effet une
communauté de civilisation qui s’est créée au
cours d’une longue histoire commune.
La conception subjective de la nation
parait plus proche de la réalité. En effet, il existe
des nations qui ne forment pas une unité
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 64
65

linguistique, raciale, religieuse, ethnique ou


même culturelle.
Exemple : La République de Madagascar et la
Thaïlande forment des nations à travers une
diversité de races et d’éléments ethniques très
poussés.

2.2.1. Le territoire

Le territoire est nécessaire à l’existence de


l’Etat. En effet, une organisation régissant des
hommes, mais sans territoire nettement
approprié par elle et par eux, ne peut constituer
un Etat.
Le territoire situe ainsi l’Etat dans l’espace
et délimite la sphère d’exercice de ses
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 65
66

compétences. Il sied donc de s’y atteler en


examinant de façon rapide la notion, le rôle du
territoire du territoire, les théories sur le rôle du
territoire dans l’Etat et la nature juridique du
territoire.
Par définition, le territoire, appelé aussi
« assise territoriale » est l’ensemble spatial
(délimité par des frontières) sur lequel
s’exercent les prérogatives de l’Etat.
Dans le langage juridique, le territoire
d’un Etat comprend une portion de la surface
terrestre, l’espace aérien qui surplombe cette
portion de la surface terrestre et le sous-sol. Il
faut également ajouter, pour les Etat côtiers, la

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67

bande de la mer adjacente appelée « mer


territoriale ».
La notion de territoire est romaine. A
Rome, le « territoire » c’est la surface
géographique sur laquelle s’exerçait la plus
grande puissance : la force armée en temps de
guerre, le pouvoir du Magistrat civil, la paix
revenue.
Vu dans cette perspective, nous disons
sans crainte d’être contredit que le territoire est
donc, une donnée d’ordre géographique.
Pour ce qui est de son rôle, le territoire,
élément important dans la constitution de l’Etat,
exerce plusieurs fonctions, notamment :

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68

1. Le territoire délimite le groupe grâce aux


frontières
2. Le territoire est un cadre de compétence
3. Le territoire est aussi un moyen d’action
de l’Etat.

2.2.2. Le fondement de l’Etat

Le fondement de l’Etat, c'est-à-dire sa


formation, sa naissance, ou ses origines pose un
problème difficile qui ne cesse d’opposer les
auteurs.
On distingue deux sortes de fondement de
l’Etat : le fondement juridique de l’Etat et le
fondement extra juridique de l’Etat.

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69

Les auteurs qui soutiennent la thèse du


fondement juridique de l’Etat, pensent que l’Etat
est une formation politique voulue et réalisée
consciemment ; l’affectation du pouvoir à une
entité et non à des hommes déterminés étant le
résultat d’une action délivrée et marquant du
reste, un progrès qualitatif évident par rapport
aux formations naturelles : clans, tribus, ou
nation.
Les auteurs qui soutiennent cette thèse du
Fondement Extra juridique de l’Etat estiment
que l’Etat naît en dehors du droit. Ils considèrent
que la formation des Etats est le résultat tantôt
de la conquête, tantôt de l’hétérogénéité
culturelle dans une aire géographique d’une
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 69
70

certaine étendue, tantôt des tensions politiques


entre tribus ou gens antiques et vivant,
primitivement, en bonne intelligence.

2.2.3. Les formes de l’Etat

Il ne faut pas confondre la forme de l’Etat


avec la forme de gouvernement.
La forme de l’Etat vise la consistance du
pouvoir dont l’Etat est le titulaire. La forme du
gouvernement, au contraire, est déterminée par
la manière dont sont désignés les agents
d’exercice de ce pouvoir, et par la façon dont il
est mis en œuvre.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 70


71

En ce qui concerne la forme de l’Etat elle-


même, elle peut être envisagée à deux points de
vue différents, l’un politique, l’autre juridique.
Du point de vue politique, un Etat peut
être totalitaire. Il peut être défini comme le
système politique à parti unique, n’admettant
aucune opposition organisée, dans lequel le
pouvoir politique dirige souverainement et
même tend à confisquer la totalité des activités
de la société qu’il domine.
En d’autres termes, le pouvoir central est
l’unique et la seule autorité. Il n’y existe qu’un
seul centre d’impulsion politique et
gouvernementale comme le dit Georges
Bourdieu.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 71
72

Tous les organismes officiels du niveau


régional et local émanent directement des
institutions nationales. L’autorité qui est unique,
peut souverainement décider, selon sa vision des
réalités nationales, de modifier ou de supprimer
ces structures nationales et locales ainsi que les
lois et règlements qui les régissent. C’est dans ce
même ordre d’idée que Benito Mussolini
définira l’Etat totalitaire pertinemment en ces
termes précis et concis quand il dit : « Rien en
dehors de l’Etat. Rien n’est contre l’Etat. Tout
dans l’Etat ». L’Etat totalitaire impose donc le
monisme idéologique.
Selon Michalon, la structuration unitaire
adoptée par la plupart des pays d’Afrique noire
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 72
73

francophone est héritée de la forme


d’organisation politique de leurs anciennes
puissances colonisatrices (la France et la
Belgique).
Cet héritage colonial fut consolidé par les
coups d’Etat militaires. Des militaires devenus
policiers, comme accident, ont cru nécessaire
d’imposer la forme unitaire (conforme au
principe d’unicité de commandement prôné dans
l’armée) aux Etats africains dans l’intention,
apparemment noble, de contrecarrer les
désordres politiques et d’assumer la paix sociale.
Toujours du point de vue politique, l’Etat
peut aussi être fédéral qui est cette forme dans
lequel il existe deux titulaires de l’autorité.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 73
74

Celle-ci est détenue à la fois par des institutions


politiques nationales qui ont à s’occuper des
affaires ou des problèmes relatifs à l’ensemble
du territoire fédéral, et par les entités politiques
régionales (provinces) qui, tout en gardant une
certaine indépendance dans la gestion des
affaires législatives, judiciaires et
administratives à leurs niveaux, participent
néanmoins à l’élaboration des décisions qui
organisent l’ensemble de la fédération. Il y a
donc deux instances : celle chargée de gérer les
affaires nationales (l’Etat fédéral) et celle
chargée des affaires provinciales (l’Etat fédéré).
La constitution nationale réserve
généralement à l’Etat fédéral les fonctions des
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 74
75

affaires étrangères, de la diplomatie, de la


monnaie, des impôts, de la sécurité, de l’armée.
En plus des unités fédérées ou provinciales de la
police, il peut y avoir une police nationale. Les
Etats fédérés s’occupent de l’administration du
territoire, de l’éducation, de la fonction
publique, etc., suivant les matières que la
constitution nationale détermine. Entre l’Etat
fédéral et ses Etats fédérés, il y a inévitablement
des matières concurrentes.
Exemple : Etats-Unis ; le Canada, le Mexique,
le Brésil, l’Argentine, l’Autriche, la Suisse, etc.
Vu sous l’angle juridique, l’Etat unitaire se
définit comme celui qui ne possède qu’un seul

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 75


76

centre d’impulsion politique et


gouvernementale.
L’Etat unitaire peut être centralisé ou
décentralisé mais il détient toujours la totalité
des compétences étatiques. La décentralisation
permet à l’Etat unitaire de reconnaître à
certaines personnes morales inférieures une
certaine autonomie, mais ce n’est jamais qu’une
reconnaissance précaire perpétuellement
révocable émanant de sa seule volonté.
Cette centralisation connaît deux
modalités : la Déconcentration et La
Concentration.
Dans un Etat ainsi construit, on trouve
toujours une organisation administrative
régionale ou locale, mais il ne s’agit pas de
collectivités autonomes. Cette administration est

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 76


77

constituée par des agents de l’Etat nommés


discrétionnairement par lui, révocables à tout
moment et entièrement soumis à ses ordres.
L’Etat unitaire concentré, c’est celui où il
n’existe aucune autorité de décision nommée par
l’Etat au niveau local. Selon cette formule, ne
peuvent être tolérés que les exécutants.

CHAPITRE 3 : LA CONSTITUTION

Sans avoir la prétention de transformer ce


cours en Droit constitutionnel, le présent
chapitre veut donner à l’étudiant quelques
éléments essentiels concernant la constitution.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 77


78

3.1. Les conceptions de la constitution

On distingue deux conceptions de la


constitution à savoir : la conception juridique et
la conception politique. Selon cette dernière, la
constitution est une forme d’organisation
politique qui garantie les libertés individuelles
en traçant des limites à l’autorité des
gouvernants. Par ailleurs, vu sous l’angle
juridique, la constitution est comprise comme un
ensemble de règles relatives au mode de
désignation des gouvernants, à l’organisation et
au fonctionnement du pouvoir politique. Elle est
le canal par lequel le pouvoir passe de son
titulaire.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 78


79

Quant à ce qui est de la notion de la


constitution, deux points essentiels méritent
d’être retenus à savoir: la nature et les formes.
Nous intégrerons aussi dans l’avenir l’aspect
relatif au contenu de la constitution.
Une constitution connaît deux natures à
savoir : le sens matériel et le sens formel. Parlant
du sens matériel, ici, la constitution est
considérée comme un ensemble de normes
juridiques régissant le fonctionnement des
pouvoirs publics. De par son sens formel, on
entend par constitution, le document qui
réglemente les institutions et qui ne peut être
élaboré ou modifié que selon une procédure

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 79


80

différente des autres formes d’établissement des


règles de droit.
Pour ce qui est de la forme, on distingue
principalement deux formes de constitutions : la
constitution écrite et la constitution coutumière.
On parle de la constitution coutumière lorsque
l’organisation de l’Etat résulte de pratiques, de
traditions consacrées par l’usage et considérées
comme ayant force juridique. L’Angleterre est le
prototype de la constitution coutumière. Par
contre, la constitution est dite écrite lorsque les
règles relatives au gouvernement et à l’Etat sont
rassemblées dans un document, un texte
fondamental.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 80


81

3.2. La suprématie de la constitution

Les règles constitutionnelles constituent le


sommet de la pyramide juridique. Cela signifie
que toutes les lois, ordonnances, décrets, arrêtés
et décisions administratives quelconques lui sont
soumises. De plus, la constitution est au-dessus
des gouvernants.
Sa suprématie est soit matérielle ou
formelle. Elle est matérielle du fait qu’elle
organise des compétences. De ce fait, elle est
nécessairement supérieure aux autorités qui en
sont investies. Elle est formelle lorsque les
règles constitutionnelles ne peuvent être
élaborées ou modifiées que dans des conditions

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 81


82

et suivant des procédures spéciales qui sont plus


strictes que celles qui sont prévues pour
l’élaboration et pour la modification des lois
ordinaires.
Du point de vue de la suprématie formelle
de la constitution, on distingue : les constitutions
rigides et les constitutions souples. Une
constitution est dite rigide lorsqu’elle est dotée
d’une certaine immutabilité du fait des
procédures particulières dont l’observation est
requise pour sa modification. Elle est dite souple
lorsqu’une forme spéciale n’est prévue pour sa
révision et cela sans tenir compte qu’elle est
écrite ou coutumière.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 82


83

3.3. L’élaboration, la révision et la garantie


du respect de la constitution

En théorie, le pouvoir constituant, c’est-à-


dire, le pouvoir d’édicter des normes juridiques
régissant le fonctionnement des pouvoirs
publics, est censé émaner du souverain primaire.
En réalité, le pouvoir constituant « appartient à
la force politique organisée capable d’imposer à
la collectivité le type d’organisation politique et
social qui lui paraît désirable»(Georges
Bourdieu), le corps électoral n’intervenant que
pour ratifier son choix.
Notons que l’élaboration d’une
constitution est en réalité une entreprise

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 83


84

complexe qui, par sa technicité, exige le


concours des spécialistes. Quant à sa révision, le
pouvoir constituant est l’autorité désignée par la
constitution elle-même pour modifier le texte
constitutionnel.
S’agissant de la garantie de son respect ;
placée au sommet de la pyramide juridique, la
constitution s’impose théoriquement à tous les
organes de l’Etat. Cependant, le principe risque
de ne pas être respecté si un véritable contrôle
de la constitutionnalité n’est pas organisé.
La constitution représente bien la norme
dernière de toute la construction juridique et
administrative. Il doit donc exister un contrôle
des décisions des gouvernants en vue de garantir
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 84
85

le respect à la constitution. Ce contrôle ne peut


être exercé par un organe politique qui serait à la
fois juge et partie. C’est le pouvoir judiciaire qui
est l’instance de la constitutionnalité de toute
l’autorité politique.

3.4. Regard sur les constitutions de la RD


Congo

Notre pays a connu plusieurs constitutions.


Ces dernières se présentent chronologiquement
de la manière suivante :
- Etat indépendant du Congo (E.I.C) : 1885-
1908 : L’E.I.C n’avait pas de constitution.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 85


86

Le Roi Souverain (Léopold II) disposait de


tout par Décrets.
- La charte coloniale 1908-1960 : Le Congo-
Belge était régi par ce qu’on appela la
Charte Coloniale qui était une loi belge du
18 octobre 1908. Cette charte était
coloniale parce que les autorités
supérieures étaient étrangères et parce
qu’elle ne reconnaissait pas les mêmes
droits aux nationaux et aux étrangers.
- La loi fondamentale de 1960 : On appela
Loi fondamentale, la loi belge du 19 mai
1960 qui servit de base pour la mise en
place des institutions de souveraineté au

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 86


87

moment de la proclamation de
l’Indépendance.

Il sied de signaler que cette constitution


n’avait pas bien défini le pouvoir entre le
Président et le Premier Ministre. Par exemple,
l’article 17 déclarait que « le pouvoir exécutif…
appartenait au Chef de l’Etat sous contreseing
du Ministre responsable » ; alors que l’article 36
stipulait que « la conduite de la politique de
l’Etat est attribuée au Premier Ministre ».
En réalité, les deux types de problèmes
constitutionnels étaient laissés sans solution
dans la loi Fondamentale :

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 87


88

1. Aucun autre principe que la reconnaissance


provisoire des six provinces de la période
coloniale n’était posée pour l’organisation
territoriale pourtant fortement contestée ;
2. Aucune procédure n’était non plus définie
pour la répartition effective des ressources
financières entre le pouvoir central et les
provinces.
- La constitution de 1964, dite de
LULUABOURG : La constitution de 1964
est la première à avoir proposé une
définition de la nationalité congolaise,
« attribuée, à la date du 30 juin 1960, toute
personne dont un des ascendants est ou a
été membre d’une tribu ou une partie de
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 88
89

tribu établie sur le territoire du Congo avant


le 18 octobre 1908 ».
- La constitution de la 2ème République
1967 : La constitution du 24 juin 1967 fut
adoptée par référendum. Elle détermine
qu’il ne peut être créé plus de deux partis
politiques dans la République (article 4).
- La constitution de la conférence Nationale
de 1991 : A titre d’information, la
Conférence Nationale Souveraine (CNS) a
élaboré une constitution du type fédéral.
Malheureusement, cette dernière n’a été ni
officiellement diffusée ni soumise au
référendum.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 89


90

La Conférence Nationale a été ouverte le


07/O8/1991 par le 1er Ministre Crispin
MULUMBA LUKOJI après plusieurs reports.
D’abord présidée par le Doyen d’âge, KALONJI
MUTAMBAYI puis par Mgr. MOSENGWO,
cette conférence a élu un 1er Ministre en la
personne d’Etienne TSHISEKEDI WA
MULUMBA.
Les objectifs principaux de la C.N.S
étaient :
- La rédaction d’une nouvelle constitution
basée sur les principes démocratiques et des
droits de l’homme ;
- La préparation du calendrier électoral pour
la mise en place de la 3ème République ;
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 90
91

- La reconciliation nationale.

La constitution provisoire de 1997 : Quelques


dates et événements méritent d’être rappelés
notamment :

Prise de Kinshasa par les forces armées


de l’AFDL.
Proclamation de la République
17 mai
Démocratique du Congo.
1997
Prise de pouvoir par S.E Laurent Désiré
Kabila en qualité de Président de la
R.D.C

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 91


92

Investiture de S.E Laurent Désiré


Kabila par la C.S.J
29 mai Suspension de la constitution de la 2e
1997 République
Le Président de la République légifère
par décrets

La constitution de la Transition 2003 : les


quelques dates et événements ci- après méritent
d’être retenus.
16
Assassinat du Président Laurent Désiré
janvier
KABILA
2001
21 Prestation de serment de S.E Joseph
janvier Kabila en qualité de Président de la

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 92


93

2001 R.D.C et investiture du Président par


la C.S.J
Le 4 Promulgation de la constitution de la
avril transition issue de l’accord global et
2003 inclusif de Sun City
La constitution de la 3ème République (18 février
2006) : compilé en 229 articles, cette
constitution fut adoptée au référendum du 18 et
19 décembre 2005 et promulguée le 18 février
2006.
En plus de l’exposé des motifs, cette
constitution s’articule pour l’essentiel autour des
idées suivantes en rapport avec l’Etat de
souveraineté, les droits humains, des libertés
fondamentales et des devoirs du citoyen et de
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 93
94

l’Etat, de l’organisation et de l’exercice du


pouvoir et de la révision constitutionnelle.
Chapitre 4 : LE POUVOIR POLITIQUE

4.1 Définition, statut et mode d’acquisition


du pouvoir

Le pouvoir politique est celui exercé dans


une collectivité étatique par un groupe
d’individus et permet à ces derniers de
commander les autres et de décider pour et au
nom de cette collectivité d’une manière
exclusive et impérative.
Exemple : Du Gouverneur jusqu’aux Chefs
coutumiers, tous exercent le pouvoir Politique.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 94


95

Dans toute société moderne, le pouvoir


politique n’est pas libre ; il est réglementé par un
certain nombre des procédures et soumis à un
cadre juridique appelé la Constitution. Celle-ci
est la source de légitimité du pouvoir.
Concernant le mode d’acquisition du
pouvoir politique, il faut comprendre qu’on ne
naît pas détenteur du pouvoir Politique mais on
le devient, c’est-à-dire on l’obtient ou on
l’acquiert de plusieurs manières regroupées en
deux modes à savoir : Choix non démocratique
ou dictatorial et Choix démocratique.
Parmi les choix non démocratique, nous
avons : l’hérédité, qui est un mode par lequel le
pouvoir se lègue à un individu comme un bien
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 95
96

patrimonial. Il peut être patrilinéaire ou


matrilinéaire. Cas des monarchies : Grande
Bretagne, Japon, Pays-Bas, Maroc, etc.
La cooptation est aussi un mode qui exige
qu’on désigne le nouveau détenteur du pouvoir
par son prédécesseur (le sortant). L’exemple du
Sénégal en est un cas éloquent : SEDAR
SENGHOR avec Abdou DIOUF.
La nomination constitue le troisième mode
non démocratique d’accession au pouvoir. Il est
dictatorial lorsqu’elle se fait en dehors de la
constitution. C’est le fait que les gouvernants
subalternes soient désignés par les gouvernants
supérieurs.
Exemple :
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 96
97

- le Président nomme les Ministre & P.D.G


par ordonnance-loi ou décret-loi.
- Le Ministre nomme les Directeurs
Généraux par Arrêté Ministériel
- Le Directeur nomme les agents par
Décision.

4.2 La Conquête.

C’est le quatrième et le dernier mode qui


consiste dans la prise et dans l’exercice du
pouvoir politique par la force sous deux formes :
la révolution ou le coup d’état.
- La révolution est un soulèvement populaire
brusque pour renverser le régime en place
et changer la situation. (Le cas le plus
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 97
98

récent est celui qui vient de se passer au


Burkina Faso avec la déchéance du
Président Blaise Compaoré)
- Le coup d’Etat est un acte des militaires qui
cessent d’obéir au régime en place et luttent
pour conquérir le pouvoir publique.

Pour ce qui est du choix démocratique, il


reste la seule manière d’acquérir
démocratiquement le pouvoir politique. C’est
l’élection ou le suffrage universel. C’est la
manière par laquelle les gouvernants sont
librement choisis par les gouvernés.
Il y a plusieurs formes d’élections à
savoir :

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 98


99

- Le système majoritaire qui est une forme


d’élection où le candidat élu doit obtenir la
majorité des voix exprimées.
Il existe deux sortes des systèmes
majoritaires :
 le système majoritaire à un tour : le
candidat élu doit obtenir le plus grand
nombre des voix, c’est-à-dire la majorité
simple
 Le système majoritaire à deux tours : le
candidat élu doit obtenir la moitié des voix
plus une voix (50% +1), c’est la majorité
absolue.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 99


100

Dans le choix démocratique on reconnaît


aussi la représentation proportionnelle comme
mode. C’est une forme d’élection qui garantie le
représentant des entités au prorata des voix
exprimées dans chaque entité ou groupe.
N.B : la détermination du nombre des
représentants par entité passe par le quotient
électoral (Q.E).
Exemple : une liste de 1.000 voix aura droit à
10 députés.
Il y a lieu de souligner également le
consensus qui est une forme d’élection qui
consiste à trouver un compromis entre deux ou
plusieurs groupements politiques ou autres après
avoir équipé toutes les voix électorales.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 100
101

4. 3Modes de répartition du pouvoir politique


ou régimes politiques

Le régime politique est un ensemble


d’institutions coordonnées avec toutes
compétences ou avec limitation des
compétences. Il s’appuie et s’extériorise sur le
gouvernement c’est-à-dire, il est perçu à travers
le fonctionnement du gouvernement.
Le régime politique est permanent tandis
que le gouvernement est éphémère ; mais dans
les pays en voie de développement, la plupart
des régimes politiques disparaissent en même
temps que le gouvernement, car ils sont conçus à
l’image des hommes au pouvoir.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 101


102

4.4 Le régime présidentiel

C’est un régime de séparation des


pouvoirs classiques : législatif (légifère),
exécutif (gouverne) et judiciaire (juge). Le
président de la République est le Chef de l’Etat
et du gouvernement. Il est secondé par un Vice-
président. Il détermine et conduit la politique de
la Nation. Il est le Commandant en chef des
forces armées. Il dirige la politique extérieure et
signe les accords. Il nomme les hauts
fonctionnaires de l’armée, de l’administration,
de la justice et des services publics.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 102


103

Dans ces rapports avec le parlement, le


Président de la République s’adresse à ce dernier
dans un discours de politique générale (bilan ou
programme) ; il peut convoquer une cession
spéciale du parlement, il partage avec le
Parlement le pouvoir de voter les lois et exerce
le droit de veto.
Pour éviter les abus et l’arbitraire du
Président, la constitution a prévu des freins et
des contrepoids à savoir :
1. La limitation du mandat à une courte durée
(1à 4 ans)
2. Le droit d’approbation des membres du
gouvernement par le parlement.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 103


104

4.4.1. Régime semi-présidentiel (France)

C’est aussi un régime de séparation des


pouvoirs classiques. Le Chef de l’Etat est élu au
suffrage universel direct à deux tours. Il est
secondé par un Premier Ministre. Ce dernier est
nommé par le Chef de l’Etat qui s’inspire de la
majorité parlementaire. Le Premier Ministre est
politiquement responsable devant le Président de
la République et devant le Parlement.

4.4.2. Régime parlementaire

C’est un régime de collaboration des


pouvoirs : le Président de la République, le

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 104


105

Premier Ministre et le Parlement collaborent et


entretiennent des actions réciproques en dépit de
leurs fonctions spécifiques.
Ce régime fonctionne également sur un
mode du gouvernement fondé sur la majorité
parlementaire.
Le régime Parlementaire est caractérisé
par :
- Le dualisme de l’exécutif : le
gouvernement est dirigé par le Président et
le Premier Ministre.
- L’effacement du Chef de l’Etat : le
Président joue un rôle symbolique et
honorifique. C’est-à-dire il règne mais ne
gouverne pas. Toutes les décisions
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 105
106

importantes sont prises par le


gouvernement. Le Premier Ministre est
responsable devant le Parlement.
- L’équilibre des pouvoirs entre le
gouvernement et le Parlement :
Le Parlement peut révoquer le gouvernement et
vice-versa. Le gouvernement initie le projet des
lois et applique les lois votées par le Parlement.
Bref, dans un régime parlementaire, le
Premier Ministre est le pivot principal du
pouvoir. Il exerce ce pouvoir conformément à la
politique générale du parti ou du groupe
majoritaire au Parlement.
En effet, dans un contexte du régime
monarchique, à l’instar du Maroc, Angleterre,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 106
107

Belgique, Japon, le gouvernement est dirigé par


un roi ou un empereur. Il a un caractère
héréditaire et la position du pouvoir se fait selon
la loi dynastique et de façon automatique.
Dans le temps, la monarchie était absolue :
le pouvoir du monarque n’était pas contrôlé par
aucun organe et sans aucun cadre juridique.
Mais aujourd’hui, la monarchie est
constitutionnelle, l’autorité du Roi est limitée
par la constitution.

4.5 Moyens d’actions au service du pouvoir


politique.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 107


108

Il s’agit ici des instruments qu’utilisent les


autorités politiques pour asseoir leur pouvoir et
sécuriser la population. Les moyens les plus
utilisés sont les suivants :
- La force politique : elle est constituée de
l’armée, la Police, les cours et tribunaux,
les conventions et accords signés entre les
Etats. Ce moyen consiste à établir l’ordre
public et la sécurité des personnes et de
leurs biens.
- La ruse : elle est une flatterie ou une
démagogie pour séduire, convaincre et
gagner la confiance de la population et
obtenir son appui ou son adhésion. Elle est
plus utilisée lors des campagnes électorales,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 108
109

en espionnage et dans les services de


renseignements.
- Le camouflage : C’est une dissimulation et
une tactique pour faire croire. Ce moyen
consiste à cacher le motif réel derrière le
faux dans le but de détourner l’attention de
la population ou la distraire. L’intérêt
personnel et égoïste des autorités politiques
estla principale préoccupation.
Exemple : les fausses arrestations et les fausses
tentatives de coups d’Etat.
- Le mass média (la presse) : c’est un moyen
qui consiste à véhiculer les informations et
les actions des autorités politiques en vue

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 109


110

d’amener la population à adopter leurs


programmes dans les différents domaines.
N.B : Dans un régime dictatorial, le pouvoir
confisque tous les moyens d’information pour
avoir le monopole des informations et éviter des
contre-vérités ou des critiques et se maintenir au
pouvoir.
En régime démocratique, il y a
libéralisation des tous les moyens
d’informations et permission aux opposants de
véhiculer leurs messages et conquérir le pouvoir.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 110


111

Chapitre 5 : Analyse des textes de la


transformation sociale

1.1. Comprendre le monde dans lequel


nous vivons
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 111
112

Auteurs à lire : Matthieu Ricard, d’Edgar


Morin, Frédéric Lenoir,

1.1.1. De l’éducation comme clé de


l’avenir : deux histoires

Les deux histoires par lesquelles nous


commençons cette réflexion de la
transformation sociale, nous les tirons du livre
du moine bouddhiste français Matthieu Ricard :
Plaidoyer pour l’altruisme, La force de la
bienveillance. Matthieu Ricard est un
scientifique, spécialiste des neurosciences. Il
est aussi l’une des autorités morales et
spirituelles de première grandeur, plongé dans
la profonde tradition bouddhiste qu’il a

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 112


113

maîtrisée auprès des grands maîtres tibétains,


notamment du Dalaï Lama dont il est
l’interprète le plus écouté en France et en
Occident.

Il allie ainsi en lui la puissante rationalité


scientifique du monde occidental et le souffle
des richesses de l’Orient. Son œuvre devrait
constituer pour la jeunesse congolaise et
africaine une précieuse source d’inspiration
dans les aspirations de nos peuples pour un
autre monde possible, cet horizon au nom
duquel il convient de penser l’articulation
féconde entre la citoyenneté mondiale et le
respect des identités des terroirs. Pour Matthieu
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 113
114

Ricard, l’avènement d’un tel horizon de


civilisation dépendra de l’éducation à la
responsabilité et à l’altruisme comme nouvel
esprit.

TEXTE

La première histoire que nous tirons du


livre de Matthieu Ricard est un fait historique
bien connu : celui des sauveteurs des Juifs
pendant la deuxième guerre mondiale.

« Six millions de Juifs, 60 pour cent de


ceux vivant en Europe, furent exterminés par
les nazis. Selon Samuel et Pearl Oliner, le
nombre des sauveteurs qui non seulement ont

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 114


115

aidé mais aussi risqué leur vie, sans aucune


compensation, s’élèverait à environ 50 000.
Un grand nombre de ces sauveteurs ne
seront jamais connus et bien d’autres ont péri
pour avoir porté assistance aux Juifs, acte qui
était passible de la peine de mort en
Allemagne, en Pologne et en France,
notamment. L’organisation YadVashem a
rassemble les noms de 6000 sauveteurs dont les
hauts faits leur ont été signalés par ceux qui
leur devaient la vie.
Selon les Oliner, si on compare ces Justes
à un échantillon de personnes ayant vécu à la
même époque dans les mêmes régions, mais qui
ne sont pas intervenues en faveur des opprimés,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 115
116

on constate que nombre de sauveteurs avaient


reçu une éducation fondée sur le souci de
l’autre et sur les valeurs transcendant
l’égoïsme.1 »

La deuxième histoire est un récit de


sagesse concernant un vieil homme amérindien
qui parle à son petit-fils :

« Une lutte impitoyable se déroule en


nous, dit-il à son petit-fils, une lutte entre deux
loups L’un est mauvais – il est haine, avidité,
arrogance, jalousie, rancune, égoïsme et
mensonge. L’autre est bon – il est amour,
patience, générosité, humilité, pardon,
1 Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, La force de la bienveillance, Paris,
Editions Nil, 2013, p. 132
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 116
117

bienveillance et droiture. Ces deux loups se


battent en toi comme en tous les hommes. »
L’enfant réfléchit un instant, puis demanda :
« Lequel des deux loups va gagner ? » « Celui
que tu nourris », répondit le grand-père2.

INDICATION POUR LE TRAVAIL

Les étudiants doivent pouvoir, pendant le


moment de la discussion autour de deux
histoires, comprendre deux vérités essentielles :

2
Ibidem
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 117
118

1. l’avenir du monde, de l’Afrique et du


Congo dépend des valeurs qu’ils
choisissent de vivre en vue d’un autre
monde possible ;
2. Ce monde ne tombe pas du ciel, il faut
lutter soi-même et dans la société contre
les forces, les puissances et les énergies
qui bloquent et empêchent son avènement.
3. Comment entreprendre cette lutte ?

5.1.2. De la mondialisation à la
globalisation

De l’auteur du texte que nous proposons


ici, Edgar Morin, on doit affirmer, à
l’africaine : c’est un baobab. Un vrai, un

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 118


119

puissant et indomptable. L’image veut dire


qu’il est l’un des grands hommes de notre
temps, qui a révolutionné nos modes de
pensées, nos conceptions de la connaissance,
nos pratiques des sciences et notre vision de la
réalité.
Connu pour être le concepteur de la
théorie de la pensée complexe, qui met
ensemble d’innombrables champs des savoirs
et dé-compartimente ainsi nos approches du
réel, il aboutit à une éthique de l’espérance et
de l’amour dans un monde sans perspective de
grand sens : une éthique du courage d’être
ensemble dans une situation générale de
perdition. Nous avons décidé de reprendre ici
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 119
120

sa présentation de la mondialisation et de la
globalisation pour que toute éducation à la
citoyenneté et au leadership s’enracine dans les
problèmes liés aujourd’hui à cette distinction
indispensable.

TEXTE

Le processus de mondialisation a
commencé à la fin du XVe siècle avec la
conquête des Amériques et la circumnavigation
de Fernao de Magalhaes (Magellan).
Dès les années 60-70 du XXe siècle,
chaque individu du monde dit développé porte
en lui, sans en être conscient, la présence du
tout-planétaire. Il prend le matin un café sud-
américain ou un thé asiatique, sort de son

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 120


121

réfrigérateur allemand des fruits exotiques,


enfile son tricot en coton d’Egypte ou d’Inde,
ouvre sa radio japonaise pour écouter les
nouvelles internationales, endosse son costume
de laine d’Australie tissé à Manchester, conduit
sa voiture coréenne en écoutant un air de
flamenco sur son iphone californien. Il peut
voir des films américains, japonais, chinois,
mexicains, africains. Il assiste à un opéra
italien où la diva est afro-américaine,
l’orchestre dirigé par un chef japonais. Il
soupe ensuite éventuellement de chili con carne
ou de riz cantonais.
Le miséreux des bidonvilles d’Afrique ou
d’Amérique du Sud a été chassé de sa terre par
la monoculture industrialisée importé
d’Occident, il porte un tee-shirt pourvu d’une

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 121


122

inscription américaine, vit des rebuts de la


civilisation occidentale qu’il bricole.
La globalisation est le stade actuel de la
mondialisation. Elle commence en 1989 après
l’effondrement des économies dites socialistes.
Elle est le fruit de la conjonction en boucle
rétroactive de l’essor effréné du capitalisme
qui, sous l’égide du néo-libéralisme, déferle sur
les cinq continents et l’essor d’un réseau de
télécommunications instantanées (fax,
téléphone portable, Internet). Cette conjonction
effectue l’unification techno-économique de la
planète.
Suite à l’implosion de l’URSS et à la
déconfiture du maoïsme, la globalisation a
comporté une vague démocratisante en
diverses nations, une valorisation des droits de
l’homme et des droits de la femme dont les
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 122
123

résultats demeurent incertains, limités, voire


combattus.
Elle a également comporté trois
processus culturels à la fois concurrents et
antagonistes : d’une part, un processus
d’homogénéisation et de standardisation selon
les modèles nord-américains ; d’autre part, un
contre-processus de résistances et de
refloraisons de métissages culturels.
Enfin la globalisation a produit l’infra-
texture d’une société-monde. Une société
requiert un territoire comportant de
permanentes et innombrables
intercommunications – c’est ce qui est advenu
à la planète ; elle nécessite sa propre économie
– c’est le cas de l’économie mondialisée ; mais
une société doit contrôler son économie, et ce
contrôle ici fait défaut ; il manque également
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 123
124

les autorités légitimes dotées de pouvoirs de


décision ; absente aussi est la conscience d’une
communauté de destin indispensable pour que
cette société devienne Terre-Patrie.3

INDICATIONS POUR LES


CONNAISSANCES ET LA DISCUSSION
Comme professeur du cours de
l’éducation à la citoyenneté nous considérons
ce texte comme capital pour la connaissance du
monde dans lequel nous vivons : ses structures,
ses valeurs, ses dynamiques de fond, ses
risques, ses pathologies et ses opportunités
d’avenir.
Les étudiants doivent pouvoir à la fois :
1. s’informer sur toutes les références
historiques contenues dans ce texte, depuis
3
Edgar Morin, La voie pour l’avenir de l’humanité, Paris, Pluriel, 2012.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 124
125

Magellan jusqu’à l’effondrement de


l’Empire soviétique, pour savoir dans quel
sol historique notre monde s’enracine ;
2. décrire ce monde tel qu’il est et les
problèmes qu’il pose aux peuples et aux
civilisations ;
3. débattre sur ses possibilités d’avenir et sur
les exigences de changement qu’il
impose ;
4. voir sous quel mode l’Afrique et le Congo
s’y insèrent et avec quelles forces
d’action ;
5. définir les tâches des citoyens et des
leaders dans un tel contexte.
5.1.3 Un monde malade
Le texte que vous allez lire est tiré du
livre La guérison du monde. Son auteur, le
français Frédéric Lenoir, est mondialement
connu pour sa recherche d’une nouvelle sagesse
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 125
126

face aux crises de l’ordre mondial. Nous avons


choisi ici un extrait de ses réflexions sur la
maladie de notre société actuelle à l’échelle
planétaire.

TEXTE
De tous les maux qui meurtrissent la
planète et l’humanité, la plupart des politiques
et des médias semblent n’en retenir qu’un : la
crise économique. Et ils ne voient bien souvent
qu’un unique remède miracle pour y répondre :
le retour de la croissance par la relance de la
consommation.
Notre monde est malade. Mais la crise
économique et financière actuelle n’est qu’un
symptôme de déséquilibres beaucoup plus
profonds. (…) La crise du monde moderne a
des racines lointaines et des ramifications
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 126
127

multiples. Et la solution qui est proposée est à


la fois trop partielle et parfaitement illusoire
sur le long terme, puisque les ressources de la
planète sont limitées et que l’accroissement
brutal de la consommation au cours des
dernières décennies constitue précisément un
des éléments du problème global que nous
sommes censés résoudre.

Pour guérir le monde, il ne suffit pas de


se concentrer sur un seul symptôme et de
penser que, en le traitant avec une bonne dose
d’antibiotiques, tout repartira comme avant. Il
convient de considérer le monde pour ce qu’il
est : un organisme complexe et, qui plus, atteint
de nombreux maux : crise économique et
financière, certes, mais aussi crise
environnementale, agricole, sanitaire ; crise
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 127
128

psychologique et identitaire ; crise du sens et


des valeurs ; crise du politique, c’est-à-dire du
vivre ensemble, et cela à l’échelle de la planète.
La crise que nous traversons est systémique :
elle « fait système » et il est impossible d’isoler
les problèmes les uns des autres ou d’en
ignorer les causes profondes et intriquées.
Pour guérir le monde, il faut donc tout à la fois
connaître la véritable nature de son mal et
pointer les ressources dont nous disposons
pour le surmonter4.

INDICATIONS POUR LES


CONNAISSANCES ET LA DISCUSSION
Comme professeur, il nous est demandé de
conduire les étudiants à définir chaque domaine

4
Frédéric Lenoir, La guérison du monde, Paris, Fayard, 2012
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 128
129

de la crise contemporaine avec des exemples


concrets tirés des contextes différents des pays
et des nations, avec le Congo comme point de
mire. On devra pouvoir concentrer l’attention
sur les réalités suivantes :
1. Ce que signifie le caractère systémique
d’un mal ;
2. Ce qui différencie une cause profonde des
causes de surface ;
3. Comment la manière dont Frédéric Lenoir
pose le problème de la crise du monde
conduit à des solutions différentes de
celles qui sont proposées aujourd’hui.
5.2 L’Afrique entre mondialisation et
altermondialisation. Les choix décisifs
Gérard BuakasaTuluKia Mpanzu, Jean-
Blaise Kenmogne

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 129


130

Dans cet exposé, nous rassemblons des


textes qui mettent en lumière les problèmes que
le monde actuel pose à l’Afrique. Ces
problèmes, il est nécessaire que les Nouveaux
Africains forgent un esprit fertile pour les
résoudre. Nous entendons par Nouveaux
Africains tous ceux qui veulent que le continent
pèse positivement sur la marche du monde et
fasse rayonner ses valeurs pour l’invention
d’un autre monde possible.
Les textes proposés ici dans cette
perspective devront être lus et débattus selon
une ligne de fond : définir le nouvel esprit
africain et les conditions de possibilité de son
avènement maintenant.
L’essentiel ne sera pas d’analyser le
monde, comme nous l’avons fait dans la
première partie, mais de proposer des
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 130
131

orientations pour l’action et des stratégies pour


promouvoir l’Afrique. On aura ainsi construit
l’esprit d’une citoyenneté africaine centrée sur
les grands problèmes de notre continent :
problèmes économiques, problèmes politiques,
problèmes écologiques, problèmes culturels et
problèmes spirituels.
La méthode pour conduire la lecture et le
débat sera l’identification de ces problèmes et
les propositions pour les résoudre à partir des
données récoltées dans les textes.

5.2.1Sortir du modèle et de la trajectoire de


l’Occident
Gérard BuakasaTuluKia Mpanzu, dont le
texte vous est proposé ici, a publié un important
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 131
132

ouvrage paru sous le titre : L’impensé du


discours, consacré à la sorcellerie, aux fétiches
et au phénomène de la guérison traditionnelle
des maladies mentales. Le texte que vous allez
lire rend compte de sa vision du problème
africain dans le monde actuel. Nous l’avons
repris du journal Le Potentiel de Kinshasa.
TEXTE
A bien considérer l’option ou la théorie
de certains cadres africains, comme Daniel
Etounga-Manguele, l’Afrique ne peut vraiment
se développer que si elle s’engage résolument
dans la modernité, autrement dit, si elle adopte
le modèle occidental. Ils pensent en effet que
dans le monde d’aujourd’hui, les sociétés qui
ne marchent pas ou ne circulent pas à
l’occidentale n’ont pas de place ; il ne reste
donc aux Africains qu’à se mettre au pas s’ils
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 132
133

ne veulent pas mourir. Une telle attitude


apparemment réaliste, qui reconnaît
effectivement que ce sont les Occidentaux qui
dirigent le monde, est plutôt non seulement
opportuniste mais elle contient des bévues ; elle
ignore en effet que les sociétés non-
occidentales sont en train de mourir aux
contacts avec les Occidentaux et ne voit pas la
capacité des autres peuples à inventer ni les
limitations du modèle occidental lui-même.
Certes, le modèle occidental s’est montré
performant, au 19ème siècle dans le dressage
des populations rurales au travail industriel,
aujourd’hui dans le dressage à la
consommation. L’industrialisation et la
consommation ne sont pas mauvaises a priori.
Il y a même lieu de faire l’éloge des
technologies qui puissent soulager la
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 133
134

population des corvées quotidiennes pour lui


permettre de jouir de la vie. Cependant, pour
arriver à industrialiser et consommer, deux
difficultés majeures sont à surmonter et il n’est
pas sûr que l’Afrique assaisonnée à
l’occidentale soit en mesure de les surmonter.

PREMIERE DIFFICULTE
On peut se demander si, rangée sur
l’Occident, la société africaine peut vraiment
résoudre la question des privilèges et du
pouvoir responsables aujourd’hui de la
distorsion ou de l’exploitation structurelle dont
sa population est victime. Haïti et tous les
autres pays des Caraïbes et de l’Amérique
Latine sont là, dans le sillage américain, mais
ils n’arrivent pas à démarrer. Haïti, en
particulier, pays proche et où le peuple qui a
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 134
135

voulu se débarrasser des dictateurs s’est vu


obligé de voir ces derniers lui revenir, avec - ce
n’est plus un secret pour personne – le soutien
du grand voisin. Certes, celui-ci vient de
remettre le pouvoir aux personnes
démocratiquement élues. Mais avec quel gâchis
entre temps : trois à cinq mille morts
innocentes. Et si le pouvoir démocratique est
rétabli, c’est parce que ledit voisin, en tout cas
son président, est embêté par l’immigration
dite clandestine et aussi par le black caucus,
donc pour des raisons de politique purement
interne. Les pays d’Afrique, le Congo-Zaïre en
particulier, pendant des siècles d’esclavage, 75
ans de colonisation et près de 30 ans
d’assistance technique, militaire, économique,
politique et culturelle de l’Occident, ont
régressé au lieu de progresser.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 135
136

Même au cœur de l’Occident, comme


New York, Montréal ou Paris, la misère
apparaît pour ce système comme un fait banal.
Les Noirs d’Amérique, en particulier, qui ont
pourtant pris une grande part à la construction
de ce pays, sont obligés de recourir à la casse
pour rappeler leur sort de déshérités, mais
d’ailleurs sans succès. Excepté peut-être le cas
du Japon, mais un cas qui est plutôt japonais,
le modèle occidental ne semble pas convaincre
de sa capacité à générer le progrès hors de sa
population.
Autrement dit, à y regarder de près, il est
troublant de constater que ce modèle ne s’est
pas encore rendu capable de générer et de
provoquer le progrès aucune part dans le
monde où il est appliqué, à part en Occident et
encore ! Ainsi, on peut avancer la thèse que
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 136
137

l’Occident a fait ses preuves. Dès lors si, la


civilisation occidentale n’arrive même pas à
résoudre les problèmes des peuples situés à sa
périphérie immédiate et à son centre, comme
les Amérindiens et les Noirs, comment peut-elle
résoudre ceux des peuples de la périphérie
éloignée qui accepteraient de la suivre dans
son modèle ? A fortiori, si les misères de
l’Afrique d’aujourd’hui sont dues à
l’occupation occidentale, que faut-il encore
attendre pour comprendre que l’Occident a fait
ses preuves? Il s’agit là d’un problème de fond,
plutôt que d’un accident, qui se trouve dans
l’ontologie et la pratique occidentales. Si
celles-ci posent tous les êtres humains absolus
et libres, elles ne semblent pas, à notre avis,
avoir bien résolu la question du rapport à
l’espace et au temps.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 137
138

Cette question vient même troubler


l’applicabilité du paradigme qui veut que tous
les êtres humains soient absolus et libres. Soit x
et y, êtres absolus et libres. L’ontologie et la
pratique occidentales ferment les yeux ou ne
semblent pas (vouloir) voir ce que ces êtres
deviennent dans l’espace. Mises à part
l’approche théorique marxiste et, dans une
mesure atténuée, l’expérience chrétienne de
l’espérance qui plaident pour tout le monde.
Autrement dit, dans la pratique, l’Occident
donne raison à la force et à la chance, au plus
fort ou au plus chanceux. De sorte que si
l’origine des richesses s’explique par le travail,
celui-ci ne suffit pas. L’avance des uns ou le
recul des autres sont aussi dus à l’inégalité de
la force ou de la chance. Ce qui donne ici
l’impression, et sans doute c’est la réalité, que
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 138
139

le monde est confisqué par les propriétaires des


moyens de production les technocrates et les
autres intervenants en gestion sociale.
Cette logique des forces habite et
traverse les sociétés occidentales depuis leurs
sources situées dans l’antiquité gréco-latine
jusqu’à présent : il y a toujours une inégalité
qui fragilise la liberté des moins forts ou des
malchanceux. C’est ainsi que, quand bien
même le modèle d’économie de marché, lieu
par excellence de la théorie de passage ou de
développement à l’occidentale, prétend que ses
sujets vivent dans un espace de marché
concurrentiel, la réalité est que cet espace est
plutôt fait de situations historiques de non•
marché, d’inégalité, de jungle.
Ce qui fait dire que si le modèle libéral a
gagné sur le socialisme, ce n’est certainement
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 139
140

pas dû au simple fait qu’il serait le meilleur


lieu de travail et de liberté. Comment peut-il se
prétendre supérieur au modèle socialiste ou
meilleur que lui s’il soutient des dictateurs, s’il
menace la nature, s’il privilégie la force pour
résoudre les problèmes ? Rappelons-nous des
émeutes de Los Angeles de mai 1992 : elles
n’ont pas été résolues autrement que par la
force, le Président de ce grand pays s’étant
contenté d’envoyer l’armée sur les lieux et de
débloquer de l’argent pour faire réparer les
dégâts, laissant sous silence le problème à la
base des émeutes. Ce qu’il faut plutôt dire,
c’est que ce modèle a gagné sur le socialisme
parce qu’il est le plus fort économiquement et
militairement. Mais, il n’y a pas lieu de dire
que la force du modèle libéral lui vient de sa
qualité de modèle le meilleur. Il y a d’autres
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 140
141

raisons indépendantes, notamment les cinq ci-


après qui, en se conjuguant, expliquent la
supériorité du modèle libéral.
L’une des raisons de sa force, donc de sa
victoire, réside plutôt dans le fait que le régime
libéral avait sur l’autre une avance historique
indéniable dans le développement de ses
infrastructures économiques et de ses
équipements militaires, une avance qu’il a
depuis la fin du Moyen-âge ; le socialisme est
d’abord un projet construit a priori dans
l’utopie avec un objectif d’intervenir dans
l’histoire et là d’y corriger, mieux de
remplacer le modèle libéral déjà-là qui occupe
le terrain du réel et qui est construit au plan
théorique seulement a posteriori par des
auteurs comme les Rostow. La révolution
française de 1789 n’est une invention de
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 141
142

personne même s’il y a eu des meneurs comme


Robespierre ou Danton ; elle est un temps
social marquant l’irruption de l’ère bourgeoise
qui a elle-même renversé l’ère féodale. Et
personne n’a inventé le Moyen-âge ni les
sociétés qui ont précédé celui-ci. Le modèle
socialiste, lui, est d’abord une invention de
l’esprit plutôt que de l’histoire et il devait donc
compter avec l’histoire passée et immédiate.
Or, dans l’histoire, il y avait déjà-là le
modèle libéral. En entrant dans l’histoire
réelle, fier et orgueilleux dans ses prétentions
par ailleurs bien placées et bien
compréhensibles qui visaient la promotion de
la justice et le développement, le modèle
socialiste a, par là-même, commencé à
ébranler l’image et la confiance du vieux
modèle libéral.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 142
143

C’est ainsi qu’il a été inévitablement


affronté par celui-ci qui ne pouvait pas se
laisser faire, suivant en cela la vieille
philosophie pratique occidentale de l’existence,
dont le mot d’ordre est « être ou ne pas être ».
Et tous les moyens furent bons dans cette
guerre non déclarée appelée « guerre froide
Est-Ouest ». C’est ce qui, à notre avis, a amené
le socialisme implanté dans les pays de l’est,
comme par la suite le capitalisme lui-même, à
se préoccuper des questions d’armement et
d’auto-défense et à négliger ses programmes
proprement socialistes.
La deuxième guerre mondiale a failli
donner la victoire à l’Allemagne nazie. Les
pays d’Europe ont capitulé. La France fut
purement et simplement occupée. Du fait de la
capitulation, beaucoup de ces pays n’ont pas
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 143
144

été farouchement détruits. Les pays de l’ex-


URSS n’ont jamais capitulé mais au contraire
ils ont arrêté l’avance nazie avec leur armée
rouge qui s’est battue comme un lion jusqu’à la
fin de la guerre. Sans la résistance de ces pays
avec leur armée rouge, l’Allemagne aurait
peut-être eu la victoire. Et même si l’on disait
que l’Angleterre et surtout les Etats-Unis
étaient là pour sauver l’Europe et le monde du
pouvoir nazi, on n’est pas avancé : les pays de
l’ex-Union soviétique ont subi des pertes
certainement plus grandes que les pays de
l’Europe de l’Ouest. Mais, à la fin de la guerre,
quand il a fallu reconstruire les pays détruits et
appauvris par la guerre, les pays de l’est n’ont
pas figuré sur la liste des pays qui ont bénéficié
de l’aide du Plan Marshal. Ils ont dû compter
sur leur propre effort pour leur reconstruction,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 144
145

ce qui doit avoir retardé l’effort de poursuivre


leurs propres programmes socialistes.
Quoi qu’il en soit, dans l’économie de
marché comme dans le modèle socialiste, nous
avons affaire à deux versions d’un même
modèle occidental de développement; deux
expériences ou deux formules de la même
philosophie judéo-chrétienne et de la même
société de croissance technologique et
industrielle, avec cette différence que le
libéralisme s’appuie sur la tradition et
privilégie la position historique ou l’antériorité
des propriétaires des moyens de production,
tandis que le modèle socialiste a voulu
corriger, voire supprimer le premier en prenant
position sur et pour les forces productives. Le
coup a raté: le socialisme a achoppé sur des

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 145


146

valeurs fondamentales traditionnelles,


notamment celle de liberté.
Mais, voilà que les deux versions se
retrouvent face à une nouvelle situation
mondiale non souhaitée, provoquée par la
concurrence orientale montante dont
l’expression la plus avancée est la percée
vertigineuse de l’économie japonaise jusqu’en
plein cœur de l’Occident, New York. Cette
situation expliquerait la chute en douce de la
terrible ex-URSS. En douce? Excepté dans le
cas de l’ancienne Yougoslavie. Pour le reste,
on croirait que dans les cercles supérieurs de
réflexion et de direction il y aurait une
stratégie mondiale qui regrouperait les
Occidentaux, eux qui redoutaient depuis
longtemps le péril jaune. Cette stratégie les
aurait finalement convaincus à s’entendre entre
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 146
147

eux pour faire face ensemble à un ennemi


commun: l’Asie, le Japon en premier lieu.
Plutôt que de continuer à s’opposer entre
eux et de s’épuiser, ceux de l’Ouest ont
convaincu ceux de l’Est à faire la paix.
C’est tout ce contexte qui peut expliquer
l’échec du modèle socialiste dans son
incapacité à résoudre les problèmes qui se sont
présentés à lui massivement et presque en
même temps.
Cela dit, on ne peut pas négliger le
double apport de l’expérience socialiste. Celle-
ci a permis d’abord au sein-même du modèle
libéral de bénéficier d’une plus grande prise de
conscience de ses grands problèmes. En ce
sens, l’expérience socialiste fut, pourrait-on
dire, l’un des mécanismes capitaux internes de
prise de conscience de l’Occident par lui-
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 147
148

même. Elle a aussi permis au sein des élites des


pays de la périphérie des puissances
industrielles occidentales de prendre elles-
aussi conscience de l’exploitation dont leurs
peuples sont victimes de la part de celles-ci.
On ne peut certainement pas, non plus,
ne pas applaudir les modifications qui sont en
train de s’opérer dans le monde et qui
constituent un climat intéressant, une occasion,
un atout, un moyen propice en vue des
changements importants à l’intérieur des pays
du sud. Le fait que les pays de l’est reviennent
aujourd’hui à la pratique capitaliste
d’économie libérale, autrement dit
l’effondrement du socialisme, est, dans un sens,
la fin du rôle principal jusque-là assigné aux
dirigeants africains qui ont pris la relève des
colons, celui de la sauvegarde des intérêts
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 148
149

étrangers contre la menace socialiste. On peut


dès lors espérer que les Africains peuvent
maintenant librement revendiquer leur liberté
et leur droit à l’auto-détermination sans être
taxés de communistes. Encore qu’il reste la
question de savoir comment éviter le piège des
instances dirigeantes d’Occident débarrassées
d’une URSS qui jusque-là fut un élément
d’équilibre du monde et être vraiment en
régime de démocratie, si l’espace de vie, en
particulier le marché capitaliste, continue de
n’être qu’une jungle où seuls des léopards, des
lions, des tigres et des guépards font la loi ; si
cet espace reste occupé par des marchands et
des financiers qui vendent toujours plus cher et
achètent à un prix toujours plus bas ; s’il
n’existe aucun frein à la volonté des grands
pays d’imposer leur loi ; et si les structures
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 149
150

économiques des petits pays restent


extraverties.
On espère en tout cas que la venue en
vogue des idées de droits de la personne, de
démocratie et la proclamation de l’Etat de
démocratie multiethnique en Afrique du sud
vont rendre difficile l’actuel système
international de jungle de fonctionner comme
par le passé. Bien sûr, c’est d’abord sur eux-
mêmes que les pays africains, qui connaissent
une nette et grande évolution sociopolitique,
peuvent et doivent compter malgré certains
dérapages, comme au Togo et au Cameroun. Il
y a en effet un désenchantement et une prise de
conscience de la population, à commencer par
des étudiants.
Au Congo-Zaïre, cette prise de
conscience est aiguë à la suite d’une
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 150
151

douloureuse expérience du déclin économique


du pays et du régime autocratique qui a
remplacé la période d’euphorie de
l’indépendance en 1960. Sur cette base sociale
s’est développée une action des partis
politiques d’opposition, œuvre des cadres
désillusionnés du régime, parmi lesquels il y a
assurément de nombreux opportunistes mais
aussi sans doute quelques-uns animés par de
très grandes convictions. En-deçà, il y a des
associations et des forces fondamentales ou
spirituelles qui se cherchent des voies sous une
forte pression exercée de l’intérieur et qui
occupent parfois d’ailleurs le devant de la
scène politique. Il y a donc là des possibilités
d’un redéploiement des forces sociales internes
dans les pays du sud, en particulier, les pays
d’Afrique, et que le pouvoir peut à l’avenir
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 151
152

changer de mains, c’est-à-dire, sortir du


modèle et de la trajectoire de l’Occident.
DEUXIEME DIFFICULTE
En Occident, ce sont des cadres de
technologies et d’affaires qui dirigent, alors
qu’ils n’ont pas les moyens adéquats pour
résoudre les questions de fond, celles du sens ;
questions qui, aujourd’hui, se posent en termes
de déconnexion de la personne du sens
fondamental de la vie et de banalisation de la
relation au nom de la liberté de chacun à
disposer de sa vie. De fait, la société
occidentale n’a plus d’équilibre ; elle a tué le
diable du Moyen-âge; elle n’a plus de mythe ;
plus de transcendance ; plus de valeur absolue.
Il n’y a plus qu’émission et réception des
signes; que comptabilité fonctionnelle et
relativité généralisée. La personne est
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 152
153

environnée non par les autres personnes mais


par des objets qui l’isolent. Même des
Occidentaux le regrettent. Laissons la parole à
Georges-Henri Lévesque : « Je vis
douloureusement la dislocation des familles,
cela m’apparaît la blessure fondamentale du
peuple québécois. Il faut à tout prix sauver la
famille et lui donner des conditions favorables
pour son épanouissement, car elle demeure
toujours le premier ferment de l’éducation...»
Les Occidentaux ont inventé beaucoup de
choses merveilleuses au niveau de la
technologie et de l’industrie, mais leur
situation familiale laisse à désirer, dans la
mesure où on assiste à la déstabilisation de la
vie familiale au nom de la liberté de disposer
de sa vie, alors que jusqu’à maintenant
l’humanité ne dispose pas encore d’institution
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 153
154

autre que la famille qui soit en mesure de bien


former le petit être humain venant au monde.
En justifiant cette évolution comme une
caractéristique des sociétés modernes, en
termes de conséquences de la modernité, on a
nettement l’impression que les Occidentaux
camouflent leur égoïsme sous le couvert de la
théorie de la liberté. Il n’est pas surprenant,
dans ces conditions, d’apprendre demain la
revendication du droit de refuser la souffrance
de l’enfantement, si l’enfant doit toujours venir
dans des conditions de douleur.
C’est à ce contexte qu’il faut, à notre
avis, attribuer la criminalité et des cas de plus
en plus nombreux de maladies mentales dans le
monde : derrière cette criminalité et ces
maladies, il y a peut-être un manque d’amour,
d’affection, de relation positive, bref de sens
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155

qui dépasse l’être. Ceci dit, loin de nous l’idée


que les technologies et les affaires soient
inutiles ; mais si elles sont des moyens au
service de la vie, encore qu’elles ne sont pas les
seuls, il est vrai qu’elles ne fondent pas la vie et
n’en ont pas le sens ; elles devraient donc être
subordonnées à l’idée du sens. La parole à
Edgar Morin : «Nous devons savoir que la
science et la raison n’ont pas la mission
providentielle d’opérer le salut de l’humanité
mais qu’elles ont des pouvoirs absolument
ambivalents,...»
Il doit donc y avoir, avant, pendant et
après la technologie et les affaires, un sens. Et
ce sens, la modernité ne le promet et ne le
promeut pas. Au contraire, elle a besoin de le
rechercher, ailleurs. Et dans les conditions où
la déstructuration de l’Afrique par une Europe
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156

hautement équipée de technologies et d’affaires


a déjà coûté l’ébranlement de la personnalité
africaine, le dénigrement de nos valeurs
fondamentales et la déviation (et non,
heureusement, l’arrêt) de la trajectoire de la
société africaine, une question se pose, celle de
savoir à qui ou à quoi va servir un
développement à l’occidentale et au nom de
quelles valeurs, si un tel développement doit
coûter un tel appauvrissement ? C’est compte
tenu de ces difficultés et de ces questions
qu’une alternative s’impose, laquelle, comme
dit ci-dessus, commence par la sortie de la
trajectoire du modèle occidental.

ROMPRE AVEC L’IDEOLOGIE DES


CADRES LOCAUX

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 156


157

Sortir de la trajectoire du modèle


occidental signifierait aussi rompre avec
l’idéologie technocratique des cadres locaux de
chez nous. Pourquoi? Jusque-là, l’approche
classique du développement d’un pays et de la
maîtrise de son avenir mise en Occident sur
l’entrepreneur et le technocrate.
Chez nous, en période coloniale, cette
approche responsabilise l’agent colonial, qui
peut être administrateur, commerçant ou
missionnaire ; et aujourd’hui en période de
post-colonie, l’agent de développement est
censé être le cadre moderne. Celui-ci se voit
comme un chargé de mission. Par rapport aux
autres membres de la société, sa mission est, en
gros, de diriger et de transformer l’indigène
resté encore traditionnel, primitif, sauvage, et
de l’amener à la modernité, celle-ci entendue
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 157
158

comme le lieu de la lumière, du progrès, de la


civilisation. On a alors inventé un modèle, le
modèle de transfert de technologies ou de
passage de la tradition à la modernité.
Dans cette approche qui revient à
adopter l’occidentalité au détriment de la
tradition africaine, et dans les conditions qui
lui sont imposées, la population du Congo-
Zaïre comme pratiquement de toute l’Afrique
noire a perdu l’habitude de la parole ainsi que
ses multiples possibilités d’autogestion qu’elle
avait assurément jadis, à l’époque où elle
disposait d’elle-même pour elle-même. A la
place, il s’est développé un ensemble
d’attitudes et de comportements qui, à travers
la plupart des institutions de gestion du pays,
ne facilitent pas la promotion des valeurs
locales. Excepté quelques rares cadres qui, au
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159

temps colonial, osèrent lever la voix, c’est


plutôt tout récemment que des efforts sont
vraiment en cours, notamment de la part des
théologiens et des philosophes parmi lesquels
on compte des Zaïrois.
L’inconvénient ou ce qui fait problème,
c’est que (…) ces intellectuels partent et
parlent depuis la modernité ; beaucoup d’entre
eux ne font pas l’effort de sauter ou de quitter
leur lieu de parole situé dans la modernité pour
rejoindre la population, là où celle-ci est, et
négocier ou voir avec elle ce qu’il y a à faire et
comment faire dans l’intérêt de tout le monde ;
au contraire les intellectuels dénigrent leur
peuple et détruisent sa tradition, au nom de la
modernité considérée par eux comme un
ensemble de valeurs par excellence. Ce travail
de dénigrement et de déstructuration rend la
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 159
160

tradition africaine au rang de culture seconde,


tribale, voire, au péjoratif et au mépris.
Certains termes d’injure en Afrique viennent de
ce traitement de la tradition ; entre autres
termes, on peut signaler celui, en kikongo et en
lingala, de musenji (analphabète, indigène,
non-instruit, non-évolué, non-moderne) qui
désigne une personne qui continue
d’appartenir à son mode de vie ancien.
Une des idées avancées par des
intellectuels technocrates modernistes est celle
de l’inaptitude de la tradition à comprendre ou
à promouvoir la rationalité, la technologie,
l’économie et la politique modernes. Imbus de
la science et de la technologie, ces intellectuels
voient les problèmes de leur pays
principalement en termes de problèmes
techniques et, en tant que cadres experts, ils se
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161

montrent très orgueilleux, parce qu’ils se


croient précisément capables de les résoudre.
Mais voilà que comme on l’a vu plus haut,
malgré des ressources humaines et naturelles
immenses et disponibles, et malgré le nombre
relativement important des fameux
technocrates, le Congo-Zaïre et tous les pays
d’Afrique sont en panne, par terre, « morts ».
Malgré le concours des médias, le discours
savant qui n’est compris que par ceux-là qui
ont été à l’école moderne n’a pu continuer à
couvrir de mensonge la réalité qui s’effondrait.
Alors la question a été posée un jour par
un ouvrier de Kinshasa et on peut la reprendre
ici pour la compléter: ces technocrates ont été
apprendre l’art de penser, de gérer, de
maintenir ou sans doute de protéger la vie, à
l’école moderne, à l’Université Lovanium
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 161
162

(Kinshasa), à la Kasapa (appelation familière


de l’Université de Lubumbashi), à l’Université
Libre du Congo (Kisangani), à Harvard, à
Stanford, à l’Université Catholique de Louvain,
à la Sorbonne, à l’Université Libre de
Bruxelles, à Bordeaux, à Montpellier, à
l’Université Laval ; on a dit des uns qu’ils
étaient des « hommes de la rigueur », des
autres qu’ils formaient des équipes
gouvernementales « musclées »; par ailleurs, le
pays, pour ne parler que du Congo-Zaïre,
bénéficie de façon ininterrompue des conseils,
de l’assistance et du soutien de l’Occident;
pourquoi alors ce naufrage? Pourquoi leur
théorie ne marche-t-elle pas? Qu’est-ce qui
cloche?
La population saisit une chose, qui
répond à cette terrible question: contrairement
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 162
163

à l’initiation traditionnelle, la formation que


les cadres vont recevoir à l’école moderne
semble les rendre faibles ou fragiles plutôt que
forts ou aguerris, inconsistants plutôt que
résistants, corruptibles plutôt qu’intègres. A
choisir : si cette conclusion n’est pas la bonne,
il reste à dire que la formation moderne rend
ignorant ou incapable de résoudre les
problèmes de la vie. Ce sentiment populaire à
l’endroit du cadre souligne, surtout dans la
deuxième conclusion, que ce dernier est certes
intelligent, mais que cette intelligence serait
plutôt du livre, pas du tout de la vie, pour la
vie.
Dans les deux cas (…), les intellectuels
africains ne sont pas dans la masse ni avec les
masses ; ils sont plus ou moins dans la
modernité, comme ils le peuvent, avec leurs
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 163
164

collègues d’Occident, à l’égard desquels leur


besoin ou leur désir est, semble-t-il, d’être
reconnus et traités comme ceux nombre ci. Ce
besoin est d’autant plus fort que les cadres
africains travaillent ou participent,
consciemment ou inconsciemment, au
dénigrement et à la déstructuration de leur
propre culture maternelle.
Là se trouve ce que les masses ont
compris et que nous reprenons pour notre
compte pour expliquer l’échec d’un pays
comme le Congo-Zaïre : ce pays jusqu’ici géré
par les seuls cadres modernes connaît un des
échecs les plus lamentables de l’histoire, un
échec qu’on pouvait pourtant éviter, parce que:
- ses cadres ne se sont pas avisés que les
modèles appris dans les écoles supérieures
occidentales et projetés sur l’Afrique ne sont
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 164
165

pas pertinents pour l’Afrique et ce depuis qu’ils


croient que le développement, en Afrique,
consiste à passer de la mentalité africaine,
supposée magico-religieuse, à la mentalité
occidentale prise pour scientifique et
technique; - ils n’ont pas compris que
l’irrationalité qu’ils attribuent à la société
africaine, plus précisément à sa tradition, vient
plutôt des théories modernes elles-mêmes, qui,
ne l’oublions pas, ne sont que des schémas
culturels produits dans et sur l’expérience de la
société industrielle: si pertinentes soient-elles,
ces théories - surtout en matière de société –
sont plutôt des points de vue, sans doute
valables mais non généralisables; - ils
s’imaginent que toutes les économies du
monde, donc toutes les cultures fonctionnent
comme la culture occidentale à l’issue de
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 165
166

laquelle ces schémas ont été fabriqués et que


cette culture serait une catégorie universelle; -
leurs schémas ne rencontrent probablement
aucun intérêt dans la population à qui ils
imposent de les appliquer et de les exécuter; ce
qui a comme conséquence de démotiver cette
dernière au lieu de la stimuler.
Voilà: parce qu’ils se sont contentés
d’importer ou de reproduire les formules
apprises sans inventer ni réinventer, parce
qu’ils ne sont pas parvenus, comme le
remarque aussi François-Régis Mahieu, à
penser en termes de culture, de civilisation, de
rationalité autre; parce qu’ils n’ont vu de
l’Afrique qu’irrationalité; parce qu’ils ont cru,
eux aussi, que la source de nos malheurs
étaient dans nos croyances (ancestrales); alors
qu’ils auraient dû en comprendre la rationalité
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 166
167

qui les aurait amenés certainement à suspendre


le modèle et les indicateurs de l’économie
libérale et à réhabiliter les normes
traditionnelles à partir desquelles le
raisonnement économique aurait pu être
possible et riche en informations; ils auraient
alors pu comprendre notamment que la
distribution à laquelle les Africains s’adonnent
passionnément ne relève pas du gaspillage
mais bien d’un système d’assurance et de
sécurité qui réduit les aléas et les risques, alors
que la rationalité libérale fragilise et est prête
à tout moment à précipiter les individus dans la
pauvreté absolue.
C’est compte tenu de ces difficultés que
s’impose le courage de quitter le modèle
occidental et les illusions des intellectuels
technocrates pour aller fonder une alternative,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 167
168

au sens où l’entend un Panikkar, intellectuel


métissé situé entre l’Orient et l’Occident,
Catalan de mère et Hindou de père, d’après
lequel une alternative est une approche
dialogique qui traverse le logos pour rejoindre,
sans le rejeter, le mythos invisible. Dans
l’esprit de ce philosophe, si une alternative
s’impose désormais pour dépasser la situation
présente, cela doit être entendu de trois façons.
D’abord, il n’y a pas une alternative, au
singulier, mais des alternatives, au pluriel, car
les cultures concernées par ce changement
radical et qui vont en bénéficier, sont
nombreuses, chacune d’elles pouvant et devant
choisir son alternative, dans la liberté, sans
dictature. Cette position laisse entendre qu’on
ne peut plus dire qu’en dehors de la
technologie (moderne), il n’y a point de salut ;
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 168
169

elle invite plutôt à renoncer au rêve d’un ordre


mondial global unique, d’une religion
universelle (l’espèce humaine n’étant pas
réductible à un seul type de pensée), d’un ordre
idéal ou parfait (politique, économique,
humain) au niveau du concept et de
l’intelligibilité.
Ensuite, la culture moderne (entendez: la
civilisation occidentale) n’est pas la solution,
ni dans sa composante technologique ni dans
sa composante americanway of life (style de vie
américain). Non pas que la modernité ou ses
valeurs (comme la liberté, la science et la
tolérance) soient négatives; mais parce que,
d’abord, elle menace la culture traditionnelle
qui a aussi droit de cité, elle favorise la course
aux armements, elle enrichit les uns et
appauvrit les autres, elle fait perdre le sens de
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 169
170

la vie et souvent la joie de vivre, elle donne à la


machine créée par la personne humaine de
gouverner cette dernière ; ensuite, elle n’est
pas vraiment universelle ni universalisable,
n’étant qu’une expérience humaine limitée aux
Occidentaux et à ceux qui sont colonisés par
eux ; enfin, elle porte en elle-même les germes
de sa propre destruction étant donné sa
tendance à outrepasser à l’infini les frontières
ou les limites et son dynamisme même de
croissance qui étouffe son sujet humain dans un
monde technocratisé qui s’épuise ou épuise ses
ressources.
Enfin, il n’y a pas de modèle ou de
paradigme à donner a priori, chaque culture
devant inaugurer la possibilité de créer un
espace où la créativité puisse se développer, se

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 170


171

penser comme centre d’intelligibilité et lui


adapter sa propre vision de développement.
La condition des conditions, comme base,
pour réussir une entreprise alternative, réside,
selon Raimond Panikkar dans un exercice
tibétain qui consiste à bien penser de soi-
même et des autres, à ne conserver dans son
esprit aucune amertume ou tristesse et à avoir
un esprit suffisamment détaché, l’intellect
suffisamment libre. Il s’agit donc pour nos
peuples de faire en sorte qu’ils vivent dans la
vision de leur choix, qu’ils soient libres
d’échanger et de partager avec les autres et
surtout qu’ils se rassurent que l’inadaptation
dans laquelle ils se trouvent vivre jusqu’ici
réside principalement dans le fait que, basé sur
la croissance infinie, le développement à
l’occidentale, qui a apparemment réussi en
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 171
172

Occident, est en fait une source de beaucoup de


maux : désarticulation des sociétés, destruction
des écosystèmes, création d’un chômage
important, etc.5

QUESTIONS A DISCUTER DANS LE


DEBAT SUR CE TEXTE

Le contenu du texte tel que rendu ici


exige au groupe concerné de discuter sur les
questions essentielles suivantes :
1. Quels sont les problèmes africains de fond
mis en relief par l’auteur ?
2. De quelles marges de manœuvre l’Afrique
dispose-t-elle pour résoudre ces
problèmes ?

5
Gérard BuakasaTuluKiaMpanzu, Réinventer l’Afrique – de la tradition à la modernité
au Congo-Zaïre, L’Harmattan, Paris, 1996.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 172
173

3. La situation spécifique de la RDC, telle


qu’elle est décrite, vous semble-t-elle
désespérante ?
4. Comment voyez-vous l’avenir du
continent à la lumières de l’analyse de
Buakasa ?
TEXTE 2

CHANGER L’AFRIQUE DANS LA


SOLIDARITE MONDIALE

Pasteur de l’Eglise Evangélique du


Cameroun, théologien, spécialiste en éthique
écologique et animateur de plusieurs projets de
développement durable et de promotion
humaine en Afrique centrale et en Afrique de
l'Ouest, Jean-Blaise Kenmogne est Fondateur
et Directeur Général du Cercle International

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 173


174

pour la Promotion de la Création (CIPCRE). Sa


réflexion sur l’Afrique est fécondée par toute
son expérience de terrain. Pleine d’espérance et
d’optimisme, elle ouvre la voie à des actions de
transformation sociale profonde et positive.
Je ne suis ni économiste ni spécialiste de la
géostratégie. Je suis un Africain comme
beaucoup d'autres qui s'interrogent sur la
situation actuelle de notre continent et sur la
manière de la changer. Je cherche à savoir ce
que nous devons faire pour ne pas sombrer
dans le désespoir, ce qu'il faut faire pour
vaincre la crise qui est devenue l'autre nom de
nos pays.
Pour nourrir mes interrogations et les
éclairer, je lis les multiples publications
actuelles sur l'Afrique : celles des économistes,
des géo-stratèges, des experts en
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 174
175

développement et des penseurs de tous bords.


Plus je les lis, mieux je vois notre situation. Je
voudrais partager ici ce que je vois, tout
simplement.
J'ai la chance d'animer une organisation
non gouvernementale engagée dans la lutte
écologique et le combat pour le développement
durable, le CIPCRE. Au jour le jour, je vis les
problèmes de l'Afrique dans l'expérience de
cette organisation, à la fois localement et à
l'échelle de nos relations avec nos partenaires
européens. Localement, j'observe
attentivement, à chaque instant, nos
comportements, nous Africaines et Africains :
nos désirs, nos mentalités, nos espoirs, nos
ambitions, nos conflits et nos pratiques de vie.
J'observe de la même manière le
fonctionnement de nos relations avec nos
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 175
176

partenaires : les attentes qui y sont investies,


les principes qui s'y incarnent, les modèles de
pensée qui s'y déploient et les visions du monde
différentes qui s'y dévoilent, s'y épousent ou s'y
affrontent. C'est au cœur de toute cette
expérience que je vois l'Afrique et le monde. En
réfléchissant sur cette posture qui est la
mienne, je croix comprendre mieux ce qu'il
convient de faire. Je voudrais partager ici ce
que je pense à ce sujet, simplement, tout
simplement.

1. Organiser
Aujourd'hui, je suis convaincu que le
problème de l'Afrique tel qu'il est discuté dans
le contexte mondial gagnerait à être posé en
termes de mobilisation des forces vives de chez
nous et d'ailleurs : celles qui peuvent s'investir
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 176
177

dans des projets locaux concrets et travailler


ensemble en vue de changer petit à petit
l'ordre des choses.
Ces forces vives se situent à différents
niveaux de l'action de transformation sociale.
Les plus concernées sont celles qui, dans le
monde rural et dans l'espace misérable de nos
villes tentaculaires, cherchent à survivre dans
la tempête de la crise. C'est dans leur capacité
imaginative qu'il est utile d'investir les
énergies pour l'avenir, à partir des projets
utiles, bien pensés, bien animés, bien gérés. Là
peut prendre naissance une véritable économie
sociale et solidaire fondée sur les intérêts
vitaux des populations et la mobilisation des
capacités de tous et de toutes pour la réussite
de ce que l'on entreprend.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 177


178

En effet, c'est localement, à petite échelle,


que l'on réussira l'Afrique, par de bonnes
stratégies d'organisation et l'utilisation
judicieuse des pouvoirs locaux tels qu'ils
peuvent assurer aux populations un espace de
créativité. Tous les jours, je vois des hommes
et des femmes confrontés à la crise. Tous les
jours, j'en rencontre qui décident de se battre
contre la tempête et de semer dans le sol social
de nos pays, avec confiance et détermination,
quelques énergies d'espérance. Je pense qu'en
ces hommes et en ces femmes réside le secret
de la construction de l'Afrique nouvelle. Pour
réussir face à l'avenir, il est temps de se
tourner vers ces forces de bonne espérance.
Comme membre de la société civile, je suis
aujourd'hui très sensible à la manière dont
cette société s'organise et occupe l'espace de la
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 178
179

lutte contre la crise. Des projets naissent,


vivent, meurent, ressuscitent, réussissent ou
échouent, rayonnent dans l'ordre social et se
renouvellent dans une vitalité dont l'ensemble
donne une idée positive de l'Afrique. Même
avec les scandales qui émaillent leur vie en
matière de gestion ou d'administration souvent
autocratique, ces projets constituent un espace
d'une autre Afrique en train de s'imaginer, de
se construire. Dans la société civile se diffusent
aujourd'hui beaucoup d'idées fécondes et
positives. On y voit clairement quelle vision
une certaine Afrique a d'elle-même et de son
avenir. On y entend vibrer les quêtes les plus
fructueuses pour transformer la société. Une
force d'anti-désespoir y est à l'œuvre : elle n'a
pas peur de regarder nos problèmes en face, de
voir nos tares et nos failles, nos faiblesses et
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 179
180

nos faillites. Quand certaines personnes,


certaines couches de populations, comme
aujourd'hui, décident de se regarder sans
complaisance, c'est le premier pas de la
libération de notre conscience et de notre
imagination. Je suis convaincu que les projets
rigoureusement gérés pour la promotion de la
société civile comme puissance de
transformation sociale sont notre vraie voie de
l'avenir, surtout quand on sait que le monde
associatif couvre actuellement une gamme
immense de préoccupations importantes des
populations.
Je ne suis pas que membre d'une
organisation non gouvernementale dans une
société civile qui se construit et se bat avec les
moyens dont elle dispose. Je suis engagé dans
ce monde des ONG et de la société civile à titre
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 180
181

de chrétien, de pasteur, de croyant vivant avec


d'autres croyants et croyantes, partageant avec
eux des convictions spirituelles fortes pour
changer l'Afrique. Pour moi, c'est dans ces
forces spirituelles et dans toutes leurs
dynamiques religieuses qu'il faut investir
l'espérance de nos populations. Malgré leurs
défauts et leurs trop humaines faiblesses, ces
forces religieuses et spirituelles ont la chance
d'exister et elles peuvent mobiliser à large
échelle les capacités spirituelles et religieuses
des populations. Touchant les fibres les plus
intimes des hommes et des femmes dans leur
désir de Dieu et d'une vie en plénitude, les
énergies croyantes ont une mission de
transformation profonde de l'Afrique.
Seulement, elles ne semblent pas en avoir
pleine conscience ni savoir comment elles
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 181
182

doivent s'organiser pour ce but. Leur


mobilisation autour des projets précis serait
une bonne base pour une éducation globale de
la conscience sociale et de sa capacité de
changer l'Afrique.
Comme beaucoup d'Africains et
d'Africaines, j'ai des convictions et des
engagements dans le champ politique. Je suis
avec attention l'évolution de certains partis
politiques dont je partage la vision de l'Afrique
et le projet de société. Je suis en lien avec des
responsables politiques et des autorités
administratives des pays où le CIPCRE
intervient, dans la perspective de faire avancer
quelques idées et de contribuer à réussir
quelques projets. J'ai constaté qu'aujourd'hui,
le champ politique dans beaucoup de pays
africains n'est pas encore pensé et vécu comme
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 182
183

le champ des vrais changements fertiles pour


l'Afrique. L'idée de la politique a toujours à
voir avec la pourriture. Les hommes politiques
n'ont pas de relation de véritable confiance et
de crédibilité avec la population. On nage
dans l'univers du flou, du mensonge, de la
manipulation, des égoïsmes, des ambitions, de
l'ésotérisme et du crime. Entre le grand
folklore des campagnes politiques lors des
élections, par exemple, et les convictions
profondes qui structurent la vie quotidienne
des populations, il existe un fossé. C'est
dommage que la politique soit ainsi perçue et
vécue. Très dommage parce que c'est dans la
dynamique de la conscience politique des
peuples et de ses responsables que l'on peut et
que l'on doit changer les choses. On peut, on
doit les changer et il existe une voie pour
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 183
184

cela : rassembler, dans tout l'immense champ


des partis et mouvements politiques, tous ceux
et toutes celles qui croient qu'une autre
pratique politique et possible; à partir de ces
forces, lancer une nouvelle dynamique
d'éducation politique des peuples, centrée sur
l'urgence de mettre sur pied des organisations
locales et des projets locaux à réussir grâce à
l'idée que la politique n'est pas seulement une
stratégie de conquête du pouvoir, mais aussi et
surtout l'engagement pour des transformations
concrètes de la vie quotidienne des gens.
Si l'on dispose des forces qui pensent
clairement dans cette direction, la politique
dans les hautes sphères du pouvoir changera
aussi. Elle deviendra plus responsable, plus
consciente des enjeux de la vie et plus en même
de détendre les intérêts vitaux de nos pays et
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 184
185

de notre continent dans le champ mondial. S'y


engageraient aussi des hommes et des femmes
qui ont vraiment l'ambition de changer
l'Afrique, de réussir l'Afrique.

2. Eduquer
Parmi mes engagements dans la société
aujourd'hui, je prends de plus en plus
conscience de l'importance de tout ce qui
concerne l'éducation. J'avais jusqu'ici travaillé
dans le monde des ONG, des associations, des
églises, des communautés de foi et avec des
acteurs politiques, sans relier ce qui se faisait
dans ces milieux à la question spécifique de
l'éducation. Mais depuis quelques années,
j'analyse les blocages de la société africaine et
les faiblesses de nos mentalités pour changer
l'Afrique, dans le cade d'un projet de mise sur
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 185
186

pied d'une institution supérieure de formation


pédagogique appartenant à l'Eglise
Evangélique du Cameroun. J'ai compris, à
partir de cette expérience, qu'il n'y a pas de
réussite possible dans tous les domaines de la
vie dans notre société si la qualité de
l'éducation ne devient pas une priorité pour
toutes les forces vives.
Je parle de l'éducation en la liant ici à la
famille, à l'école et au champ social dans son
ensemble. J'en parle non pas comme d'une
simple période de la vie à traverser en vue de
faire autre chose, mais dans le sens des
dynamiques permanentes qui devront irriguer
l'existence, toujours et partout, avec un projet
de société clair, des outils de transformations
sociales solides, des stratégies d'action

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 186


187

pertinentes sur le terrain et une volonté


communautaire de bâtir une nouvelle société.
Le projet global, je le vois et j'en perçois
l'urgence tous les jours : il faut changer
l'Afrique, il faut réussir l'Afrique.
En revanche, je voyais jusqu'ici moins
clairement les outils dont nous disposons et les
stratégies que nous mettons en œuvre.
Maintenant je crois voir ce qu'il y a à faire.
Joseph Ki-Zerbo a trouvé la formule : éduquer
ou périr.
S'il y un terrain où il faut mettre tous les
moyens nécessaires pour réussir l'Afrique,
c'est la formation des hommes et des femmes,
le renforcement des capacités d'action des
forces vives de nos sociétés, dans la lumière
même de notre mot d'ordre : réussir l'Afrique.

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 187


188

Le secret, c'est en somme dans l'éducation


permanente qu'il réside, dans la capacité à
orienter cette éducation vers des projets
pratiques au service duquel la formation
humaine serait consacrée, en veillant à
développer les capacités concrètes de prendre
en charge les fonctions d'acteurs de la
transformation sociale là où l'on se trouve.
Comme dirait Jean-Marie Tchegho, il nous
faut à la fois le savoir, le savoir-faire et le
savoir-être pour pouvoir construire une
Afrique réussie : celle où des hommes et des
femmes gagnent la bataille contre la crise,
dynamisent leur créativité et libèrent l'énergie
du développement économique, politique,
sociale et culturelle6.

6 Jean-Marie TCHEGHO, Le déracinement social en Afrique : une conséquence de


l'éducation moderne, Yaoundé, Editions Demos, 2000.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 188
189

3. Croire
Dans l'expérience que j'ai de nos attitudes
africaines face aux défis actuels de nos
sociétés, j'ai constaté que les vrais freins qui
nous empêchent de réussir l'Afrique sont dans
notre peu de foi en nos capacités et en nos
atouts réels pour la transformation de nos
sociétés. Tout le monde le sait et le voit :
malgré les forces qui luttent actuellement pour
que notre continent trouve une place au soleil
du développement, de la promotion humaine, il
existe une multitude d'Africains et d'Africaines
qui ne croient pas en l'Afrique, qui ne croient
pas en eux-mêmes. Ils ont baissé les bras et ont
accepté notre condition et ses méfaits. Ils n'ont
qu'une solution en tête : fuir l'Afrique. Ils n'ont
qu'une obsession : tenter leur chance ailleurs.
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 189
190

Ou tout simplement chercher à se tirer


d'affaires à la petit nègre, sans vouloir
s'inscrire dans une grande ambition pour eux-
mêmes, pour leur village, pour leur peuple,
pour le continent. Ceux et celles qui vivent de
cette mentalité sont les vrais ennemis de
l'Afrique. Ils démotivent les forces vives qui
sont au travail pour l'autre Afrique. A
l'intention de tous ceux-là, j'ai envie de lancer
une vaste campagne de conscientisation pour
dire ce que le Ministre français Edgar Pisani
écrivait à l'intention des chefs d'Etat africains :
L'avenir de l'Afrique, c'est le combat
acharné des Africains qui le construira. Telle
est la vérité, il faut la regarder en face. Ne
comptez guère sur les autres. Comptez sur
vous-mêmes. (...). Cessez de vous occuper de
ceux qui pourraient vous aider. Sollicitez-les, et
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 190
191

ils se déroberont. Mettez-vous à l'ouvrage, et


ils viendront7.
Je sais : vous vous dites que cette chanson,
on l'a suffisamment entendue. Vous êtes peut-
être tenté de penser que les vrais obstacles sont
ailleurs, dans les conditions mondiales qui sont
un goulot d'étranglement pour les économies et
les politiques africaines. Vous avez raison.
Mais vous êtes-vous demandé, d'un point de
vue purement pragmatique et stratégique, par
où commence la liberté et par où se libère
l'énergie de la créativité ? Je réponds : par le
potentiel de foi qu'il y a en vous-même. Le
potentiel de foi que vous investissez en vous-
même. Vous-même non seulement comme
personne, mais aussi comme peuple, comme

7 E. PISANI, Pour l'Afrique, Paris. Editions Odile Jacob, p. 239.


Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 191
192

culture, comme civilisation, comme continent,


pour parler comme Kä Mana. Si votre foi est
faible, faible sera votre capacité d'agir. Si
votre foi est ardente, ardente sera votre action
pour changer l'ordre des choses. Si votre foi est
dynamique, dynamiques seront vos projets
pour réussir la destinée de l'Afrique.
Vous comprenez ainsi que la foi dont je
parle n'est pas une vaporeuse abstraction, mais
l'énergie qui peut soulever les montagnes,
comme dirait le Christ. Je crois que l'un des
buts de l'éducation et de l'organisation des
forces vives d'une société, c'est de libérer cette
foi, de faire exploser son énergie afin de
détruire l'atavisme de l'apathie sociale. Une
telle foi vous lie aux autres personnes, forge
une mentalité collective et développe les

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 192


193

capacités de coopérer pour changer la vie.


Voilà où il vaut la peine d'investir.

4. Coopérer
Je voudrais, pour terminer, parler de
l'exigence de coopérer. Toutes les actions que
je mène au CIPCRE, là où je suis engagé au
jour le jour, comme dans le monde associatif,
les églises, les communautés de foi et l'univers
citoyen, je les place sous le signe de ce mot :
coopérer. Coopérer, c'est construire avec les
autres, à petite comme à grande échelle. C'est
collaborer pour réussir une vision et une
ambition que l'on partage ensemble et que l'on
doit réaliser ensemble.

Pour l'Afrique, il est clair aujourd'hui que


nous ne pouvons pas réussir seuls la destinée

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 193


194

de notre continent, même en comptant


absolument sur nos atouts pour gagner la
bataille de notre avenir. Il y a une exigence
d'organiser nos forces internes, mais il y a
aussi l'exigence de savoir sur qui compter et
avec qui coopérer pour faire avancer la cause
de notre continent.
Je vois cinq niveaux de coopération à
développer et à promouvoir :
1. la coopération à l'échelle locale dans des
projets locaux solides et porteurs
d'espérance ;
2. la coopération dans l'action à l'échelle du
pays, dans des organisations qui
s'engagent pour le développement de la
nation ;
3. la coopération à l'échelle régionale, dans
la lutte constante pour la promotion des
organisations économiques, culturelles,
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 194
195

spirituelles et sociopolitiques solides,


capables de faire partager un même destin
à tous les peuples de la même région, dans
une sereine circulation des Hommes, des
marchandises et des idées ;
4. la coopération à l'échelle de l'Union
Africaine, pour une Afrique ouverte et
créatrice, porteuse d'espérance et de
projet de vie pour l'ensemble du monde ;
5. la coopération des forces de progrès et
d'espérance à l'échelle mondiale, pour la
promotion non seulement d'une économie
sociale et solidaire à l'échelle planétaire,
mais d'une véritable politique du bonheur
partagé, comme aime dire Ka Mana.
Aujourd'hui, je crois que chaque africain,
chaque Africaine, devrait structurer sa vie dans
tous ces types de coopération, avec l'ambition
non pas seulement de recevoir et de tirer profit
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 195
196

de ce que les autres apportent, mais d'apporter


lui-même, elle-même, quelque chose de positif
et de décisif pour transformer le monde. Nos
associations, nos églises, nos communautés de
foi, nos institutions politiques et nos Etats
devront aussi s'inscrire dans cette logique de
l'avenir. Ainsi naîtra l'Afrique de l'avenir. Ainsi
brillera un
QUESTIONS A DISCUTER

De ce texte il ressort l’urgence des


questions suivantes, qui devraient être discutées
dans les groupes d’étudiants concerné :
1. En quoi les quatre dimensions du
problème dégagées par Jean-Blaise
Kenmogne sont-elles une voie pertinente
pour la construction de l’Afrique
nouvelle ?

Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 196


197

2. A quelles conditions une telle voie est-elle


envisageable dans les contraintes actuelles
de la mondialisation ?
3. Sommes-nous devant une utopie crédible
susceptible d’être enseignée pour son
incarnation concrète ou nous trouvons-
nous devant un rêve pieux, sans
consistance ni théorique ni pratique ?

5.3. Le temps des nouveaux congolais


dans un pays responsable
Lire les auteurs du Manifeste du Club pour
l’Eveil du Congo, Omer Tshiunza Mbiye et Kä
Mana.

LE TEMPS DES NOUVEAUX


CONGOLAIS DANS UN PAYS
RESPONSABLE
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 197
198

Dans ce dernier exposé du cours, nous


offrons des textes sur le Congo au cœur de
l’Afrique et dans le monde. Ces textes
définissent le nouvel esprit citoyen auquel il
faut initier les acteurs sociaux pour l’invention
et la construction d’une nouvelle société.
L’ambition est de faire comprendre que la
problématique de la nouvelle citoyenneté et du
leadership du changement est une dynamique
fondamentale dont il faut prendre conscience,
si l’on veut donner au Congo sa place dans le
concert des nations.

Texte 1 : Manifeste du Club pour l’Eveil du


Congo

Publié dans le Journal Le Potentiel sous


la responsabilité de Tshiunza Mbiye et Kä
Manuel d’éducation à la citoyenneté par le Master Séraphin KHONDE Page 198
199

Mana, ce texte est devenu le Manifeste du Club


pour l’Eveil du Congo. Il a été signé par ses
membres fondateurs : Omer Tshiunza Mbiye,
Anastasie Masanga Maponda, Godefroid Kä
Mana, Philippe Biyoya Makutu, Emmanuel
Kabongo Malu, Marie-France Bayedila
Bawunina, Jean-PauIlopi Bokanga, François-
Médard Mayengo et Olivier Sangi. Le Club
pour l’Eveil du Congo est un think tank qui
regroupe des chercheurs et experts congolais
engagés dans la recherche sur les stratégies
pour changer la RDC.

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TEXTE
Aux yeux de beaucoup d’analystes dans
le monde d’aujourd’hui, la République
Démocratique du Congo n’a aucune chance de
figurer sur la liste des pays africains qui
ambitionneraient de devenir des lions
économiques et des tigres politiques, à l’instar
des dragons asiatiques présentés partout
comme le modèle d’une émergence réussie
dans l’ordre mondial actuel. Nombre de
Congolaises et de Congolais s’inscrivent dans
la même conviction et diffusent sur le pays les
mêmes ombres de désespérance, sans se rendre
compte que c’est l’esprit du désespoir qui
engendre l’accoutumance aux malheurs et
l’enfouissement dans le catastrophisme.
On égrène dans tous les domaines les
causes et les effets de nos souffrances, soit
ceux qui relèvent de nos atavismes culturels,
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soit ceux qui s’ancrent dans nos tares


`actuelles, soit ceux qui nous sont imposés par
les chaînes cruelles du monde dans ce qu’il est
maintenant comme désordre planétaire ou
même comme perspective d’engagements
libérateurs. On fait de toutes ces causes et de
tous ces effets des pesanteurs permanentes et
des instances cruellement indépassables.
Comme si, dans la vie des nations et des
peuples, aucun élan de l’inespéré, aucun
souffle de l’inattendu, aucune force de
l’improbable ne pouvaient conduire à aucun
renversement de vapeur lié au génie créateur et
à la mobilisation des volontés pour inventer
des possibilités non inscrites dans les
déterminismes du déjà-vu, du déjà-pensé, du
déjà-moulu au sein des cavernes des habitudes
et des accoutumances.

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Rompre avec les logiques du pessimisme


Si l’on ne s’en tient qu’aux logiques
d’une telle vision et qu’on s’englue à ses
tendances, rien de nouveau ne peut advenir
sous le soleil du chaos actuel de la République
Démocratique du Congo. Tout est fini et tout
git maintenant dans les tombes de nos misères.
La RDC ne serait plus que l’ombre de ses
propres cendres, dans un espace mondial qui
ne compte plus sur l’homme congolais pour
imaginer l’avenir, la seule richesse congolaise
n’étant plus désormais que son sol, son sous-
sol et son espace écologique que des peuples
plus dynamiques et plus intelligents se
chargeront de mettre à profit, dans leur propre
intérêt et dans l’intérêt de la communauté
internationale.
Si nous avons décidé de créer le Club
pour l’Eveil de la RDC, avec un groupe de
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chercheurs et d’experts congolais et africains,


c’est parce que nous sommes convaincus que
c’est une erreur de développer un mode de
pensée qui noie le Congo dans la marre de son
désordre, dans la profondeur de ses gouffres de
désastres et de calamités. On enlève ainsi à la
vie son potentiel de surprises, de retournements
et de possibilités de révolutions. On oublie
même que l’une des puissances du psychisme
humain et du mental d’un peuple, c’est leur
capacité de sursaut, l’énergie du surgissement
des révoltes et des ruptures, dans les fougues
insoupçonnées et les éruptions de rêves, des
attentes, des aspirations et quêtes qui changent
complètement le cours de l’Histoire, à partir
d’une éthique du volontarisme et d’action de
résurrection décidée au plus profond des
énergies vitales d’un peuple.

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Nous avons aujourd’hui le devoir de


rompre, tous et toutes au Congo, avec ce mode
de pensée désespéré, pour inventer un nouveau
rêve congolais et l’incarner dans de nouvelles
manières d’être, de nouveaux styles de vie, de
nouvelles orientations d’existence et une
puissante éthique du changement irréversible.
Les malheurs, les catastrophes, les
désastres, les anéantissements de toutes sortes,
le Congo les a connus presque tous dans son
histoire furieuse et malheureuse. Il a atteint le
fond de son propre gouffre dans les dictatures,
les guerres et les horreurs du sous-
développement. Le temps n’est plus pour les
Congolaises et les Congolais de se lamenter
sans fin sur le sort de la nation ni de se
morfondre dans des jérémiades sans fin. Le
temps est aux nouvelles utopies et aux
nouvelles actions, qui commencent par notre
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capacité de penser par nous-mêmes, de


prendre nos responsabilités face à l’avenir, de
décider de changer nous-mêmes le cours de
notre histoire irrémédiablement et d’agir par
nous-mêmes pour nous donner un présent
heureux et un avenir lumineux.

Penser par nous-mêmes


Un peuple ne sort du cycle des
souffrances que s’il décide de faire le choix de
penser par lui-même ses problèmes et de
trouver des solutions par l’énergie de sa
propre intelligence, loin de toutes les tentations
de vivre grâce au cerveau des autres et à la
matière grise d’emprunt.
En RDC, à force de nous être habitués
aux orientations décidées ailleurs en matière
politique et économique comme en matière
sociale et culturelle, nous avons perdu la
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capacité et la puissance de croire en nous-


mêmes, à toutes les échelles de la vie nationale.
On chercherait en vain aujourd’hui où sont les
solutions congolaises aux problèmes du Congo
et nous en sommes tous et toutes conscients
depuis notre indépendance jusqu’à ce jour.
Nous avons constamment déploré ce fait sans
concrètement assumer le devoir d’être nous-
mêmes notre propre centre de pensée, de
recherche et d’impulsion créatrice. Les
grandes tentatives pour relever ce défi se sont
soldées par des échecs lamentables. Tous les
Congolais, toutes les Congolaises connaissent
la farce du recours à l’authenticité comme
idéologie nationale au temps du président
Mobutu. Tout le monde sait de quelle manière
s’acheva la Conférence nationale souveraine et
dans quel pitoyable fracas le Congo courba
l’échine face aux forces venues
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d’ailleurs. Même les philosophes congolais qui


se donnèrent pour projet, selon l’impératif
inspiré de Kant, le courage de penser par nous-
mêmes au Congo, faiblirent très vite dans leur
ambition. Leur Sapereaude, « prends le
courage de te servir de ton propre
entendement », s’effrita sans laisser des traces
mémorables.
Le projet doit être repris, la corde
retendue, la force de la matière grise remise en
érection, grâce à une culture de « think tank »,
de groupes pour réfléchir et pour proposer des
solutions centrées sur des résultats concrets et
crédibles. Toute l’ambition du club pour l’éveil
de la RDC est dans cette orientation.

Prendre nos responsabilités


Elle consiste à construire une société de
responsabilité individuelle et collective. En
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effet, si le Congo donne l’image d’effondrement


qui est la sienne actuellement, c’est sans doute
parce que le manque de dynamiques de pensée
a engendré, à très grande échelle, le manque
du sens de responsabilité. Il eut un temps ou un
slogan strident fut inventé dans notre pays pour
définir ce qui nous nous manque atrocement au
Congo. Il stipulait : « Servir et non se servir ».
Ce slogan a perdu toute substance depuis
longtemps et la RDC n’a plus aujourd’hui
aucun sens de l’éthique communautaire. On ne
gagne aucune bataille du développement,
aucune bataille de la puissance politique,
aucune bataille de la modernisation d’une
société, aucune bataille du rayonnement
mondial pour un peuple si rien ne se structure
et ne s’organise sur l’impératif de
responsabilité individuelle et communautaire.
On ne gagne rien de cette dimension si rien
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n’élève l’esprit et la conscience d’un peuple


au-delà des contingences des égoïsmes étroits,
dans le choix éthique des valeurs qui rendent
un peuple capable de s’engager dans la force
du bien, dans le souci d’un vivre-ensemble
fertile et dans la volonté d’un bonheur partagé
où se tissent des liens d’une indéfectible fidélité
à une identité historique construite et
constamment arrosée par la décision d’être
ensemble comme communauté. Ce sens de
l’être ensemble se forge et s’éduque, se
fertilise et se transmet de génération en
génération, par le limon de l’éducation. Le
Club pour l’éveil de la RDC met l’éducation au
cœur de ses préoccupations fondamentales, à
contre-courant des attitudes aujourd’hui
régnantes.

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Changer nous-mêmes le cours de notre


histoire
L’enjeu, c’est de changer le destin
congolais par la puissance de l’imagination
créatrice, en ayant l’esprit tourné vers les
valeurs d’avenir : la liberté, la dignité,
l’organisation, le sens communautaire et le
souci de la grandeur. Pour ce faire, la
mobilisation des énergies de l’intelligence, des
pouvoirs ainsi que et des puissances de la
créativité est décisive, avec la capacité de les
dynamiser par l’éducation et d’ouvrir des voies
nouvelles par des recherches dans tous les
domaines de la vie congolaise, pour
l’émergence du Congo dans un grand destin de
lion africain et de tigre tropical. Le destin du
bonheur, de la paix et de la stature mondiale à
la hauteur de nos possibilités et de nos
aspirations irrépressibles.
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Agir par nous-mêmes


On ne construit pas ce bonheur si l’on ne
développe pas le pouvoir d’agir par soi-même
pour résoudre ses propres problèmes. Au
Congo, ce pouvoir est en crise. Nous avons
perdu la capacité de nous mettre debout
ensemble, de nous mettre ensemble au travail
pour changer tout ce qu’il convient de changer
dans tous les domaines qui posent problème
dans notre pays : l’éducation, la santé, les
infrastructures de développement, l’action de
gouvernance, le leadership socio-économique,
l’effritement du sens de la liberté et
l’effondrement de notre génie créateur. Contre
cette crise de l’agir, il est temps de forger un
esprit congolais de transformation concrète du
Congo par les Congolaises et les Congolais. Le
Club pour l’éveil de la RDC a ce devoir pour
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ambition, dans la mobilisation des ressources


humaines qui veulent une grande destinée pour
notre pays, qui décident de mettre en action
concrète le pouvoir de la matière grise, le
pouvoir des valeurs fondamentales d’humanité
et le pouvoir du sens créateur sans lequel il est
impossible de changer le sort d’une nation.

Réussir ce rêve
Nous sommes là dans l’ardente vibration
du nouveau rêve congolais. Depuis de longues
décennies, bien des penseurs ont perçu ce rêve
et y ont cru : Fanon l’a célébré en voyant
l’Afrique comme un revolver dont la gâchette
est au Congo ; Cheikh AntaDiop avait pensé
l’Afrique unie autour du souffle du Congo-
Kinshasa ; Théophile Obenga a récemment
réaffirmé la vocation continentale de la RDC et
le philosophe camerounais Fabien Eboussi a
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eu cette vibrante et magnifique prophétie : « Si


la RDC s’éveille, toute l’Afrique ressuscitera ».
Ce rêve de toute l’Afrique n’est ni au-dessus de
nos moyens, ni au-delà de nos possibilités. Il
relève de notre volonté et de notre
détermination. Il devra être en nous comme un
levier indomptable pour réussir le Congo.
C’est lui que le Club pour l’Eveil de la
RDC veut faire vibrer et faire rayonner partout
dans le monde. A partir de maintenant.

Grande question à discuter :

1. Quel est l’esprit de la nouvelle citoyenneté


congolaise dans ce texte ?
2. Dans quelle mesure un tel esprit peut-il se
concrétiser dans des pratiques sociales et
dans tous les domaines de la vie
nationale ?
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3. Pour quelle finalité ?

CONCLUSION
Au terme de notre cheminement sur
l’éducation à la citoyenneté, il nous revient de
nous résumer en ces termes.
L’étudiante et l’étudiant de l’UKV qui a
suivi ce cours est devenu une nouvelle
congolaise et un Nouveau Congolais, une
citoyenne et un citoyen qui a appris à gagner la
bataille de voir grand et de viser haut dans tous
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les domaines. Il peut, comme on disait aux plus


beaux temps du mobutisme
triomphant, « tailler son chemin dans le roc »,
s’il faut tailler le chemin dans le roc, pourvu
que le chemin conduise le peuple à être un
« peuple grand, peuple libre à jamais » selon le
bel hymne du Zaïre d’antan.
Avec cette vision de former une nouvelle
citoyenne et un nouveau citoyen on comprend
que le mot d’ordre est celui que le poète
François-Médard Mayengo adresse à tous ceux
et toutes celles qui veulent un Nouveau Congo :
« Levez-vous ». Dans un pays où le feu du
désordre, de l’immoralité, de la violence, de la
destruction et de la médiocrité a semé partout le
désarroi dans les esprits, le poète parle fort et
vrai à tout notre peuple :
Si demain ô survivants du feu,

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Repoussent des villes nouvelles, au


Maniema,
à Bukavu, à Goma, à Kisangani et à
Bunia,
Nées des chants des hommes
nouveaux de votre terre,
Levez-vous, n’attendez point,
pour marcher, n’attendez point la
voix
des diseurs d’annales
des industries de la mort,
Et des vendeurs de leurres
Levez-vous !... »
Le levier pour se mettre debout, c’est le
prêtre catholique Jean-Patrice Ngoyi qui nous
en a dévoilé les trois clés de l’antre où il est
caché:

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La première clé a un nom : l’éducation. La


deuxième clé a aussi un nom : l’éducation. La
troisième clé a également son nom :
l’éducation.
A vous mes étudiantes et étudiants; n’oubliez
pas que la République Démocratique du
Congo est notre cause commune.
Travaillons dès maintenant pour rendre
brillant son avenir.
Oui, ensemble et par le labeur nous sommes
capables d’assurer sa grandeur.

Master Séraphin KHONDE

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