Détermination de la ligne des hautes eaux
Détermination de la ligne des hautes eaux
Mémoire présenté
à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval
dans le cadre du programme de maîtrise en sciences géomatiques
pour l’obtention du grade de maître ès sciences ([Link].)
AVRIL 2007
Pour discriminer parmi ces lignes multiples, une relation hydrologique adaptée aux petits cours
d’eau de la plaine du Saint-Laurent est établie. Cette dernière est combinée à des équations
hydrauliques existantes et à des observations d’indicateurs botaniques, morphologiques et
physiques au sein d’une toute nouvelle approche mixte s’appuyant sur la double nature de la limite
recherchée. Afin d’évaluer les possibilités de celle-ci, elle est appliquée à neuf sites pour lesquels la
cote d’élévation de la ligne des hautes eaux est préalablement connue. Les sciences géomatiques
permettent d’y exploiter la complémentarité de la botanique et de l’hydrologie-hydraulique. Elles
fournissent un cadre de comparaison unique : la mesure d’élévation. Elles permettent également de
recueillir de façon cohérente, de stocker et d’exploiter des observations géoréféfencées de nature
pourtant différentes. Au moyen de levés d’arpentage, les indicateurs-terrain et les paramètres liés à
l’écoulement sont mesurés aux neuf sites. Les observations sont stockées à l’intérieur d’un fichier
de coordonnées unique, puis exploitées à l’aide de logiciels DAO et COGO traditionnels afin
d’examiner la corrélation existant entre les traces laissées par le cours d’eau et les modélisations
hydrologiques-hydrauliques.
ii
Remerciements à mon directeur, M. Berthier Beaulieu, qui m’a montré comment pagayer, comment
naviguer à travers les rapides et écueils, mais surtout qui m’a transmis sa passion pour ce genre de
périple. Merci à mon codirecteur, M. François Anctil, pour cette dose rafraîchissante de
pragmatisme essentielle lors de la poursuite d’études multidisciplinaires. Je crois sincèrement que
ces apprentissages me suivront tout au long de ma carrière.
Un clin d’œil à tous ceux qui m’ont fourni les données nécessaires à l’expédition : M. François
Godin et Mme Diane Morin du Centre d’Expertise Hydrique du Québec ainsi que M. Guy Morin
d’Environnement Canada pour l’information hydrologique, M. Alain Viau du GAAP pour la
cartographie fondamentale. Plus sincère reconnaissance aux organismes qui m’ont soutenu
financièrement et m’ont permis d’entreprendre ce périple sans trop hypothéquer le futur : le Fonds
québécois de recherche sur la nature et les technologies, l’Ordre des Arpenteurs-Géomètres du
Québec par l’entremise du Fonds Joncas.
Une bonne tape dans le dos à tous ces collègues du Centre de recherche en géomatique que j’ai
rencontrés, pour certains, en amont, pour d’autres, plus en aval. Une pensée toute spéciale pour mes
deux copains d’Amérique Centrale : Christian et Pépé.
J’aimerais surtout rendre hommage à tous mes proches, famille et amis, qui par leurs actions et
paroles, m’inspirent chacun à leur manière. La passion dont vous faites preuve dans vos occupations
respectives et les encouragements que vous m’avez témoignés m’ont permis de relever ce défi.
Bravo à Maxime qui pagayait, non loin, sur une rivière parallèle. Merci pour ces dîners et soirées
où, par ta folie, tu as si bien su me changer les idées. Une grande admiration pour toi Julie. Parce
que tout ce que tu accomplis de ton côté me rend fier d’être ton frère et me pousse à travailler
davantage. Merci à Sylvie d’avoir été cette souche à laquelle j’ai attaché mon embarcation lorsque
se levaient les tempêtes, mais aussi cette belle plage au sable doré où il fait toujours bon se reposer.
Finalement, merci à Pascale. Merci pour avoir allégé mon embarcation lorsque l’eau se faisait rare,
pour avoir été cette brise fraîche lorsque le soleil devenait dur et cuisant. Merci pour ces nombreux
sacrifices et ces innombrables moments de bonheur. Je veux aussi te témoigner toute mon
iv
admiration pour l’implication dont tu fais preuve, pour cette initiative sans bornes. Tu
m’impressionnes et fais sortir le meilleur de moi-même.
Je vous aperçois maintenant; vous m’attendez tous à cette confluence qui approche. Vous êtes tous
là, aucun n’est disparu malgré le temps limité que je vous ai accordé au cours de ces deux dernières
années. Merci, sachez que moi aussi, je serai toujours là pour vous.
Frédéric
v
AVANT-PROPOS.......................................................................................................................................... III
INTRODUCTION ............................................................................................................................................ 1
1. OBJET D’ÉTUDE.................................................................................................................................... 2
1.1. CONTEXTE ET PROBLÉMATIQUE ......................................................................................................... 2
1.2. CADRE THÉORIQUE ............................................................................................................................ 4
1.2.1. Nature botanique ...................................................................................................................... 4
[Link]. Manifestations reliées à l’écoulement des eaux ...................................................................................4
[Link]. Méthode botanique experte ..................................................................................................................5
[Link]. Méthode botanique simplifiée..............................................................................................................6
[Link]. Ligne des hautes eaux selon le Code civil du Québec..........................................................................8
[Link]. Contributions externes .......................................................................................................................11
1.2.2. Cote de récurrence de 2 ans ou nature hydrologique-hydraulique ........................................ 13
[Link]. Hydrologie et hydraulique..................................................................................................................13
[Link]. La cote de récurrence de 2 ans : une définition ..................................................................................14
[Link]. Recension des méthodes existantes....................................................................................................16
[Link].1. Hydrologie....................................................................................................................................16
[Link].2. Hydraulique..................................................................................................................................17
[Link]. Approche hydrologique simple : l’analyse régionale .........................................................................19
[Link].1. Débit de récurrence de 2 ans.........................................................................................................19
[Link].2. Bases fondamentales de la régionalisation ...................................................................................22
[Link].3. L’analyse régionale d’Anctil et al.................................................................................................24
[Link]. Approche hydraulique simple : la méthode pente-section..................................................................27
[Link].1. Définitions fondamentales............................................................................................................27
[Link].2. Équations et mode opératoire .......................................................................................................29
[Link].3. Limitations ...................................................................................................................................29
1.2.3. Corrélation entre les critères botaniques et les inondations de récurrence de deux ans ....... 30
1.3. HYPOTHÈSE DE TRAVAIL .................................................................................................................. 32
1.4. VOLETS DE L’ÉTUDE ........................................................................................................................ 34
1.5. LIMITATIONS DE LA RECHERCHE ...................................................................................................... 35
2. ÉLABORATION DE LA RELATION HYDROLOGIQUE DE RÉGRESSION ............................ 36
2.1. FORME ADOPTÉE .............................................................................................................................. 36
2.2. DONNÉES DISPONIBLES .................................................................................................................... 37
2.3. SÉLECTION ET PRÉPARATION DES DONNÉES ..................................................................................... 37
2.3.1. Calcul des intervalles de confiance ........................................................................................ 37
2.3.2. Stations concurrentes exclues................................................................................................. 38
2.4. INSPECTION DES DONNÉES ............................................................................................................... 38
2.5. BASE DE DONNÉES FINALE ............................................................................................................... 42
2.6. HOMOGÉNÉITÉ ................................................................................................................................. 44
2.7. RÉGRESSION..................................................................................................................................... 45
2.7.1. Méthode et algorithme............................................................................................................ 45
2.7.2. Résultats et analyse ................................................................................................................ 45
2.8. CONCLUSION DU CHAPITRE .............................................................................................................. 49
3. CADRE EXPÉRIMENTAL.................................................................................................................. 50
3.1. DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE GÉNÉRALE ...................................................................................... 50
3.1.1. Étude de cas et sciences géomatiques..................................................................................... 50
3.1.2. Choix des sites ........................................................................................................................ 52
3.1.3. Structure du chapitre .............................................................................................................. 55
vii
FIGURE 1.1 DIFFÉRENCE CONCEPTUELLE ENTRE LA LIMITE FONCIÈRE ET LA LIMITE ENVIRONNEMENTALE ........ 9
FIGURE 1.2 OPÉRATIONS DE JAUGEAGE ............................................................................................................ 17
FIGURE 1.3 RELATION D’ANCTIL ET AL.............................................................................................................. 25
FIGURE 1.4 REPRÉSENTATION DES PARAMÈTRES HYDRAULIQUES .................................................................... 27
FIGURE 1.5 APPROCHE MIXTE PROPOSÉE .......................................................................................................... 34
Dans un souci de protection de l’environnement, mais aussi des personnes et des biens, la Politique
de protection des rives, du littoral et des plaines inondables2 a été adoptée par le Gouvernement du
Québec en 1987 et successivement modifiée en 1991, 1996 et en 2005. Cette dernière limite
l’exercice du droit de propriété des riverains au profit des intérêts collectifs. L’élaboration et la
coordination de cette politique incombe au ministère du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs (MDDEP) en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement3. Le
MDDEP en assure également l’application lorsque les fins d’un projet sont de nature municipale,
commerciale, industrielle, publique ou d’accès public. Par contre, pour tout autre usage, c'est-à-dire
toutes fins privées, agricoles ou forestières privée, l’application de celle-ci est dévolue aux
municipalités locales en vertu de leurs prérogatives en matière d’aménagement et d’urbanisme4.
Or, une enquête5 publiée en juillet 2004 soulève des lacunes quant à l’application générale de la
Politique. Cette enquête démontre que son contenu, notamment certaines définitions, est jugé
complexe et difficile d’application par les intervenants oeuvrant sur le territoire, que les
municipalités locales manquent d’expertise ainsi que de ressources humaines et financières pour en
assurer une application adéquate et que les consultants et experts en la matières sont trop peu
nombreux. La présente recherche vise à simplifier l’application de la Politique sur les petits cours
d’eau non instrumentés du Québec méridional.
1
Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. L’eau, ressource à protéger, à partager et à mettre en
valeur. BAPE : Rapport sur la gestion de l’eau au Québec, 2000.
2
Décret 468-2005 du 18 mai 2005, Concernant la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines
inondables, (2005) 123 G.O. II, art. 2.1.
3
Loi sur la qualité de l’environnement, L.R.Q., c. Q-2, art. 2.1.
4
Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, L.R.Q., c. A-19.1, art. 113, par. 16.
5
Mireille SAGER, Enquête sur l’application de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines
inondables par les municipalités. Québec : Ministère de l’Environnement, Ministère des Affaires municipales,
du Sport et du Loisir, 2004, p. 14.
1. Objet d’étude
1.1. Contexte et problématique
La Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables (la Politique) visant, à titre
d’objectif principal, le respect de l’intégrité des cours d’eau, impose un certain nombre de
contraintes aux propriétés riveraines québécoises. Ces contraintes limitent ou régissent les
constructions, ouvrages, travaux ou activités réalisés à l’intérieur de milieux ou zones prédéfinis.
Parmi ceux-ci, la rive, communément appelée bande de protection riveraine, constitue une bande de
terrain (10 ou 15 mètres de largeur selon la pente des berges) bordant les lacs et cours d’eau et
s’étendant vers l’intérieur des terres à partir de la ligne des hautes eaux. Cette dernière est ainsi
définie :
La ligne des hautes eaux est la ligne qui, aux fins de l’application de la présente politique,
sert à délimiter le littoral et la rive.
Cette ligne des hautes eaux se situe à la ligne naturelle des hautes eaux, c’est-à-dire :
s’il n’y a pas de plantes aquatiques, à l’endroit où les plantes terrestres s’arrêtent en
direction du plan d’eau.
Les plantes considérées comme aquatiques sont toutes les plantes submergées, les plantes à
feuilles flottantes, les plantes émergentes et les plantes herbacées et ligneuses émergées
caractéristiques des marais et des marécages ouverts sur des plans d’eau.
À défaut de pouvoir déterminer la ligne des hautes eaux à partir des critères précédents,
celle-ci peut être localisée comme suit :
Les points b) et c) constituent des cas particuliers relativement simples d’application. La cote
maximale d’exploitation d’un ouvrage de retenue correspond à une altitude propre à la conception
3
Par contre, les points a) et d) impliquent une dualité dans la définition usuelle de la ligne des hautes
eaux établie aux fins d’application de la Politique. Selon cette définition, la limite recherchée
possède une nature double, à la fois botanique et hydrologique-hydraulique, impliquant
implicitement une forte corrélation entre ces deux approches pourtant complètement différentes. Par
souci d’équité, une telle corrélation doit prévaloir dans tous les types de milieux touchés par la
Politique.
Sur le plan pratique, le choix de l’une ou l’autre des approches dépendra souvent de l’information
disponible. Ainsi, pour les cours d’eau québécois importants, ceux drainant de grands bassins
versants, il existe des études hydrologiques-hydrauliques détaillées fournissant la cote d’inondation
de récurrence de deux ans de façon continue le long de tout le profil du cours d’eau. Une telle cote
peut ensuite être transposée sur le terrain par levé de la topographie des lieux et utilisée par
l’inspecteur municipal, l’arpenteur-géomètre, l’aménagiste, l’urbaniste, le propriétaire riverain lui-
même et tout autre intervenant devant veiller aux prescriptions de la Politique. Ces intervenants ne
sont pas spécialistes en botanique, ni en hydrologie-hydraulique.
Par contre, le territoire québécois possède des milliers de cours d’eau plus petits, non instrumentés,
pour lesquels aucune étude n’existe. Les interventions le long de tels cours d’eau sont nombreuses,
6
Décret 468-2005 du 18 mai 2005, op. cit., note 2, art. 2.1.
7
L’interprétation donnée aux termes « cote maximale d’exploitation de l’ouvrage hydraulique » par le
MDDEP est légèrement différente. On définit cette cote comme étant la cote maximale des droits
d’inondation octroyé par l’État ou les propriétaires riverains à l’exploitant d’un ouvrage de retenu. En
plusieurs occasions, la cote des droits d’inondation obtenus par l’exploitant de l’ouvrage est égale à la cote
maximale d’exploitation (cote de conception) de celui-ci. Par contre, en d’autres occasions, ces deux cotes
diffèrent. Par exemple, certains exploitants requièrent des droits d’inondation plus étendus que la cote
maximale d’exploitation afin de couvrir les risques inhérents à d’éventuels glissements de terrain occasionnés
par l’inondation des fonds riverains; voir : Jean-Yves GOUPIL, Protection des rives du littoral et des plaines
inondables: Guide des bonnes pratiques, Québec, Ministère du Développement durable, de l’Environnement
et des Parcs, 2005, p. 80.
8
Id., p. 37.
4
les délais courts et les projets souvent trop petits pour justifier de longues et coûteuses études
botaniques ou hydrologiques-hydrauliques. La situation est particulièrement critique pour les
municipalités rurales peu populeuses donc peu fortunées, mais vastes en territoire et riches en petits
cours d’eau non instrumentés. Pourtant, de tels cours d’eau sont tout autant assujettis aux
dispositions de la Politique.
Pour les cours d’eau non instrumentés drainant de petits bassins versants, on ne dispose
d’aucune méthode simple, expéditive et réellement accessible permettant de déterminer
la ligne des hautes eaux nécessaire à l’application de la Politique de protection des
rives, du littoral et des plaines inondables.
9
Jean-Yves GOUPIL, Document de réflexion sur la ligne des hautes eaux, Québec : Environnement et Faune
Québec, Direction générale des politiques, Direction des politiques du secteur municipal, 1996, p. 9.
10
Hélène GILBERT, Définition de la ligne naturelle des hautes eaux par des critères botaniques ou
phytoécologiques et mise au point d’une méthode d’identification de cette limite sur la côte de Beaupré,
Québec : Ministère de l’Environnement et de la faune du Québec, Direction de la conservation et du
patrimoine écologique et Direction du domaine hydrique, 1991. dans J.Y. GOUPIL, op. cit., note 4, p. 16.
5
caractéristiques morphologiques11. Aussi, le cours d’eau se crée un lit et parfois, des plaines
d’inondation. Que ce lit soit naturel ou modifié par l’intervention humaine, sa section transversale
est marquée d’échancrures, changements de pente et autres éléments morphologiques, vestiges du
passage récurrent des eaux. De tels constats sont utilisés depuis fort longtemps pour départager un
héritage riverain privé du lit public d’un cours d’eau domanial12. Ils sont maintenant aussi utilisés,
depuis l’élaboration de la Politique, pour l’établissement d’une limite environnementale.
Pour la sélection d’une limite scientifiquement acceptable pour départager la rive du littoral, la
Politique s’appuie principalement sur des connaissances acquises en botanique, plus
particulièrement sur l’affinité des différentes espèces végétales avec l’élément aquatique. Selon le
MDDEP, en situant cette ligne des hautes eaux à l’endroit où l’on passe d’une prédominance de
plantes aquatiques à une prédominance de plantes terrestres, la Politique place la limite de la rive à
l’endroit où la nature l’a elle-même choisit13.
La section en cours présente, dans un premier temps, les deux méthodes botaniques élaborées et
proposées par le MDDEP pour la détermination de la ligne des hautes eaux nécessaire à
l’application de la Politique : la méthode botanique experte et la méthode botanique simplifiée.
Leurs avantages, faiblesses et insuffisances y seront succinctement exposés. Pour mettre en relief de
telles insuffisances et en combler une partie, les acquis théoriques, techniques et méthodologiques
provenant du positionnement de la limite de propriété riveraine découlant du Code civil du Québec
seront ensuite étudiés. Finalement, certaines contributions externes (à la fois géographiques et
historiques) ainsi que des observations préliminaires seront exposées dans le but de nuancer et
bonifier les méthodes développées par le MDDEP.
11
Id.
12
Berthier BEAULIEU, La genèse de la délimitation des domaines en milieu hydrique, dans Mélanges offerts
au professeur François Frénette : Études portant sur le droit patrimonial, sous la direction de Sylvio Normand,
Presses de l’Université Laval, 2006, p. 195-228.
13
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 16.
14
L’office de la langue francaise définit le terme transect ainsi: Ligne ou bande étroite qui traverse un milieu
donné le long de laquelle sont localisées des stations d’observation, de mesure ou d’échantillonnage qui
permettent de faire l’analyse, le profil ou la cartographie de ce milieu.
6
non artificialisé. Le long de ces transects, des relevés de végétation sont menés à intervalles
constants. À chaque arrêt, les espèces présentes sur le transect ou de part et d’autre de celui-ci sont
notées. Le caractère hydrophyte ou terrestre est associé à chacune de ces espèces en suivant un
document fourni par le MDDEP comprenant plus de 600 espèces. Ce document sépare, entre autres,
la classe des espèces hydrophytes en plantes dites obligées ou facultatives des milieux humides pour
le Québec méridional. La ligne des hautes eaux sera atteinte à l’endroit où la prédominance des
espèces recensées passera du statut terrestre au statut aquatique. Il est primordial de noter que le
critère à considérer est la présence des différentes espèces et non le taux de recouvrement
(importance de l’occupation d’une espèce)15. Ainsi, la ligne des hautes eaux sera forcément atteinte
lors de l’apparition ou de la disparition d’une ou plusieurs espèce(s) du continuum végétal riverain.
Des relevés botaniques menés sur neuf cours d’eau québécois de tous types (Estuaire fluvial,
estuaire maritime, rivière, lac) démontrent d’ailleurs que le changement de prédominance est
habituellement brusque impliquant un changement végétatif relativement important16.
Des deux méthodes botaniques élaborées par le MDDEP, la méthode botanique experte est celle qui
semble le mieux correspondre à la définition de ligne des hautes eaux telle qu’établie par le texte de
la Politique. Par contre, son principal inconvénient est sa complexité; elle nécessite les
connaissances d’un expert en botanique. De plus, elle est inutilisable en milieu artificialisé où le
continuum végétal est réduit au strict minimum. Gilbert17, ayant pour mandat de vérifier la
corrélation entre la ligne des hautes eaux et la cote d’inondation de récurrence de deux ans, traite
d’ailleurs de la complexité de trouver un milieu non altéré pour l’application de la méthode
botanique experte.
15
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 29.
16
Hélène GILBERT, Corrélation entre la cote de récurrence de deux ans et la limite botanique. Québec:
Ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction des politiques du secteur municipal, 1995, p. 12 à 39.
17
Id., p. 50.
7
Malgré l’effort de vulgarisation réalisée par le MDDEP avec la méthode botanique simplifiée, une
des raisons importantes invoquées par les intervenants municipaux pour justifier la non-application
des dispositions de la Politique demeure la complexité de localisation de la ligne des hautes eaux
(telle que définie par la Politique) et la nécessité de recourir aux services coûteux de spécialistes21.
Le non-initié n’apprécie guère positionner une telle ligne sur la base d’identifications végétales
personnelles dont il ne peut avoir aucune certitude; une méthode de validation serait fortement
appréciée.
De plus, selon certaines observations préliminaires que j’ai effectuées sur trois rivières de la région
de Québec, l’identification des végétaux et des indicateurs physiques par un non-spécialiste mène
18
Louise GRATTON, Benoît GAUTHIER, Jean-Yves GOUPIL, Jacques LABRECQUE, Délimitation de la
ligne des hautes eaux : Méthode botanique simplifiée. Québec : Ministère du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs, 1998, édition mise à jour en 2005, p. iii.
19
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 7, p. 83.
20
Id., p. 82.
8
souvent à plus d’une cote (entre trois et cinq groupements d’indices d’altitude similaire séparés par
des intervalles d’altitude relativement marqués). Le non-expert se trouve fort dépourvu quand vient
le moment de choisir laquelle est réellement la ligne des hautes eaux définie par la Politique.
La méthode simplifiée fait mention du relevé des altitudes et sommairement d’une démarche
méthodologique. Par contre, elle demeure muette sur la zone à couvrir et le nombre de sites à
étudier.
21
M. SAGER, op. cit., note 5, p. 14.
22
Code civil du Québec, art. 919, al. 1.
23
Notons que le lit des cours d’eau québécois peut être privé ou publique. Ce caractère privé ou publique
dépend principalement de la date de la première concession du territoire ainsi que du caractère navigable/non
navigable du cours d’eau. Puisque la présente étude traite spécifiquement de la limite environnementale
établie par la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, ces critères ne seront pas
abordés. Pour plus d’information sur le sujet : Pierre LABRECQUE, Le domaine public foncier au Québec.
Éditions Yvon Blais, 1997.
24
Jean BOUFFARD, Traité du domaine, Québec, Presses de l’Université Laval, 1977 (reproduction de
l’original de 1921), p. 53.
9
Selon le jugement de la Cour de Lyon reporté par Bouffard, on avait déjà remarqué au XVIIe siècle
que tout cours d’eau laisse des marques permanentes facilement reconnaissables sur le terrain. Ce
sont certaines d’entre elles qui ont été choisies comme témoins de la ligne de propriété. La
détermination de cette limite n’est pas un exercice théorique, mais implique plutôt une démarche
terrain basée sur des indices tangibles, tout comme ceux établis par la Politique. Beaulieu25 résume
et commente l’état des connaissances concernant cette limite de propriété au travers l’étude de trois
auteurs historiques appartenant à des disciplines différentes.
Un second apport plus que significatif de Paul Béique se situe au niveau méthodologique. Il
enseigne que la ligne des hautes eaux doit être déterminée sur la base d’observations multiples liées
entre elles au moyen de mesures altimétriques et de mesures de pente du cours d’eau. Ces indices
doivent être recherchés au site d’étude, mais aussi en amont, en aval et sur la rive opposée.
25
B. Beaulieu, op. cit., note 12, p 208.
26
Annuaire de la Corporation des arpenteurs-géomètres de la Province de Québec, 1933 Compte-rendu de la
cinquième assemblée générale tenue à la salle Loyola, Québec, 19 avril 1933, causerie de Paul Béique,
Considération sur les droits dans les rivières navigables, p. 28.
10
D’autre part, Dr. André Lafond27, ingénieur forestier, affirme que dans l’est de l’Amérique du Nord,
aucune forêt ne peut s’établir, ni croître dans le lit d’un cours d’eau ou à l’endroit où le sol est
saturé à l’année. La survie d’une forêt mature de haute futaie nécessite la formation d’une couche
d’humus incompatible avec le débordement d’un cours d’eau. Ainsi, Lafond place lui aussi la ligne
des hautes eaux à la limite de la végétation forte en ajoutant l’étude d’indices pédologiques à la
méthode de Béique. La ligne des hautes eaux se situe à l’endroit où l’érosion empêche la création
d’humus formant dans plusieurs cas une échancrure bien visible.
C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle en était venu le frère Marie-Victorin, éminent botaniste, en
1935, près de 25 ans plus tôt, dans une expertise menée au lac Saint-Jean suite à l’exhaussement des
eaux provoqué par la construction de barrages à sa décharge près d’Alma28. Il y était appelé à se
prononcer sur la nature d’une bande de terre dont l’appartenance au lit du lac était en cause. Il y
constata qu’anciennement des arbres de très grande taille (jusqu’à 56 pouces de diamètre) y
poussaient formant une forêt de haute futaie. De tels arbres devaient être supportés par un sol arable
de riche qualité. Ainsi, Marie-Victorin qualifia ces terrains de plaines alluviales sujettes à des
inondations fréquentes, mais soustraites à l’occupation périodique et prolongée des eaux du lac
Saint-Jean. De par leur nature terrestre, ces terrains ne pouvaient définitivement pas appartenir au lit
du lac Saint-Jean et constituaient des propriétés riveraines avant que survienne l’exhaussement.
De l’étude de ces auteurs, on comprend que la ligne des hautes eaux du Code civil du Québec est
celle qui est le plus facilement identifiable sur le terrain. C’est la limite de la végétation forte et,
pour une rive naturelle non remodelée29, la limite supérieure du lit principal séparant le cours d’eau
de sa plaine de débordement. Conceptuellement, la ligne établie par la Politique se situe au-dessus
27
André LAFOND, Study of Soils and Vegetation at the Canadian International Paper Calumet Mill Lumber
Yard, Québec, May 1961; et Studies of Soils and Vegetation of Calumet Mill Area (Second Report), rapport
d’expertise extrait du dossier conjoint (9740) présenté à la Cour d’appel du Québec, par les procureurs des
Appelants et de l’Intimé, 1961, volume 4, pp. 498 à 786.
28
Rapport sur les conditions phyto-écologiques d’un terrain inondé par le lac Saint-Jean, expertise consistant
en l’examen le 10 mai 1935, à une période de basses eaux, d’un terrain inondé presque toute l’année par
l’exhaussement du lac Saint-Jean, dans la partie nord des lots 71 et 72 du Rang A, canton Caron, paroisse de
Saint-Jérôme, comté de Lac-Saint-Jean. Ce terrain est situé au pied d’une terrasse marine formée à l’époque
de la Mer de Champlain, il y a environ 10,000 ans, et faisant partie d’un ancien delta d’alluvions. Cf. Société
historique du Saguenay, Fonds Mgr Victor Tremblay, (Document 1450 JJ) et reproduit dans Saguenayensia,
Mars-Avril 1980, p. 52.
29
Les cours d’eau agricoles québécois ont fait l’objet de travaux importants par le passé dans le but
d’améliorer le drainages des terres et donc d’améliorer la productivité agricole. On estime que 30 000km
linéaires de cours d’eau (dont 20 000km sur des cours d’eau naturels) furent modifiés, rectifiés ou remodelés.
Voir : Robert BEAULIEU, Historique des travaux de drainage au Québec et état du réseau hydrographique.
Gouvernement du Québec : Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, 2001.
11
de celle du Code civil du Québec et sera ainsi moins marquée puisqu’associée à des événements de
récurrence plus faible.
De plus, les méthodes utilisées par ces auteurs constituent un important guide méthodologique en ce
qui a trait à la détermination de la ligne des hautes eaux de la Politique. Ils identifient les sciences
géomatiques comme un élément clé du processus permettant la systématisation des observations et
la vérification de la cohérence des résultats.
[Link].Contributions externes
Les géomètres et ingénieurs américains étudient les abords des cours d’eau depuis plusieurs
décennies. Ces études visent, d’une part, à fixer la limite foncière entre un cours d’eau domanial et
la propriété riveraine adjacente (limite appelée Ordinary high water line ou Ordinary high water
mark issue de la décision Howard c. Ingersoll30) et, d’autre part, à délimiter les zones humides
protégées en vertu du Clean Water Act31.
Cole32 (un géomètre américain) et le US Army Corps of Engineers33 (principal corps d’ingénieurs
américains) résument les connaissances acquises en cette matière. Selon eux, certains niveaux
marquants d’un lac ou d’un cours d’eau peuvent être observés et délimités à partir d’indicateurs
pédologiques, géomorphologiques et botaniques. La pédologie apporte une certaine contribution par
l’analyse en laboratoire d’échantillons de sol (composition et taille des particules) pris le long de
transects perpendiculaires au cours d’eau. Bien que cette méthode repose sur des considérations
rigoureuses liées au transport sédimentologique, elle nécessite des instruments et traitements
complexes difficilement accessibles. Du côté de la géomorphologie, on estime que les niveaux
d’eau significatifs se situent à un point de changement de pente ou à une échancrure bien visible. De
tels critères sont également considérés comme des indicateurs physiques dans la méthode botanique
simplifiée. Par contre, la théorie américaine vient préciser qu’une même rive est affectée, dans la
majorité des cas, par plus d’une échancrure et/ou changement de pente. En fait, selon cette même
théorie, on trouve généralement trois à quatre éléments géomorphologiques de part et d’autre d’un
cours d’eau. Ces théories sont en accord avec mes observations préliminaires où il fut constaté que
plus d’une cote est trouvée lors de l’application des critères de la méthode botanique simplifiée.
Finalement, la botanique apporte elle aussi une contribution non négligeable à la détermination des
30
Howard vs. Ingersoll, 54 U.S. 381, 427, 1851.
31
Clean Water Act, 33 U.S.C. § 1251 et seq.
32
George M. COLE, Water Boundaries, New York, Jonh Wiley and Sons, 1997.
33
US ARMY CORPS OF ENGINEERS. Corps of engineers wetland delineation manual. Wetland Research
Program Technical Report Y-87-1, 1987.
12
Au Québec, le terme Ordinary high water mark (OHWM) ou ligne des hautes eaux ordinaires a été
utilisé par le frère Marie-Victorin dans une expertise réalisée sur le lac Coulonge34. Il y observe, sur
huit sites, la forêt de haute futaie, les plantes annuelles, les bisannuelles, les mousses et les
délaissés de crue bordant les rives du lac. Il y établit, à partir d’indices botaniques, la cote des
inondations printanières et non la limite de propriété. Les critères de détermination qu’il utilise
pour localiser une telle limite sont les suivants :
• plus bas que la limite inférieure des lichens sur les arbres;
• plus bas ou au même niveau que la limite supérieure des débris;
• plus haut ou au même niveau que la limite supérieure des mousses aquatiques ou semi-
aquatiques trouvées à la base des arbres;
• environ au niveau de la limite supérieure des marques laissées par l’eau sur les arbres et
les structures;
• plus haut que les peuplements d’érables argentés et de saules noirs, mais plus bas que les
peuplements d’ormes d’Amérique.
Mis à part les considérations concernant l’orme d’Amérique, ces critères sont semblables à ceux
identifiés par la méthode botanique simplifiée du MDDEP. Il est donc clair que les concepts sous-
jacents à la ligne des hautes eaux ordinaires du frère Marie-Victorin et la ligne des hautes eaux
(Politique) du MDDEP sont les mêmes. Par contre, cette expertise démontre que certaines espèces
identifiées comme aquatiques par le MDDEP peuvent être considérées terrestres par d’autres
botanistes. De plus, les critères du frère Marie-Victorin sont souvent plus nuancés spécifiant que la
limite recherchée se trouve au-dessus ou au-dessous de la limite de distribution des espèces
34
FRÈRE MARIE-VICTORIN, Botanical Determination of Ordinary High Water Mark around Coulonge
Lake, Ottawa River. Rapport d’expertise réalisé pour le compte de Gatineau Power, 1941[non publiée].
13
indicatrices ou des indicateurs physiques et non à leur limite précise. Un tel propos met l’accent sur
l’imprécision naturelle et intrinsèque de la méthode.
Dans ses analyses, le frère Marie-Victorin accorde une importance prépondérante aux mousses
aquatiques et aux lichens. Il les considère comme des indicateurs prioritaires. La méthode botanique
simplifiée identifie ces mêmes indices, mais n’y accorde pas autant d’importance.
Les considérations américaines et celles du frère Marie-Victorin doivent être utilisées dans la
détermination de la ligne naturelle des hautes eaux définie par la Politique. Elles permettent de
remédier à certaines insuffisances de la méthode botanique simplifiée du MDDEP identifiée
précédemment en bonifiant les instructions fournies par le MDDEP dans ses différents guides.
[Link].Hydrologie et hydraulique
La deuxième nature de la ligne des hautes eaux en est une qui se rattache au domaine de
l’ingénierie, un domaine pourtant étranger à la botanique. La Politique situe la ligne des hautes eaux
à la limite des inondations de récurrence de 2 ans faisant intervenir deux sciences connexes, soit
l’hydrologie et l’hydraulique.
L’hydrologie a pour objet l’étude systémique du cycle de l’eau, et ce, à différentes échelles. Au
niveau continental, son domaine de prédilection est le bassin versant. Le bassin versant est
l’ensemble du territoire ayant un exutoire commun pour les eaux de surface35. C’est un territoire
limité par des crêtes, les lignes de partage des eaux. Conceptuellement, toute précipitation atteignant
ce territoire se dirige, dans son parcours terrestre, vers une même sortie. L’hydrologue examine le
cheminement de l’eau à travers l’étude des phénomènes relevant de l’hydrométéorologie
(précipitation, fonte, évaporation, transpiration), du territoire (réseau hydrographique,
caractéristiques physiographiques) et des échanges terrestres (infiltration, mouvements souterrains,
ruissellement). Le but classique de l’hydrologue est de modéliser et/ou prédire le débit d’un cours
d’eau, notamment en ce qui concerne les événements extrêmes36. Le débit à un point et un moment
donné constitue le volume d’eau s’écoulant dans un cours d’eau par unité de temps ou taux
volumétrique exprimé en m3/s. La connaissance des débits, notamment des débits extrêmes (crues et
35
François ANCTIL, Jean ROUSSELLE, et Nicolas LAUZON, Hydrologie: cheminements de l’eau.
Montréal, Presses internationales Polytechnique, 2005. p. 37.
14
étiages), est fondamentale pour la conception d’ouvrages (ponts, barrages), la gestion des ressources
en eau (prises d’eau potable), la gestion environnementale (débit environnemental) et
d’aménagement du territoire (prévention des inondations). Par contre, en matière de prévention des
inondations, la variable recherchée est le niveau d’eau et non le débit.
L’hydraulique des cours d’eau a comme principal objet la détermination des différents niveaux d’un
cours d’eau le long de son parcours, et ce, pour des apports en eau (débits) donnés. L’ingénieur
hydraulicien s’intéresse à la morphologie du cours d’eau (pentes, sections transversales, rugosité),
aux vitesses d’écoulement et aux régimes d’écoulement. Il modélise au moyen d’équations
provenant du domaine de la physique (conservation de la masse, conservation de l’énergie, 2e loi de
Newton) et de certaines équations empiriques.
L’équation fondamentale liant ces deux sciences provient du principe de conservation de la masse :
Q = AV Équation 1-1
Q est le débit s’écoulant à travers une section transversale du cours d’eau. A est l’aire de la section
d’écoulement, soit la surface contenue entre le profil de la section transversale et la surface de l’eau.
V est la vitesse moyenne d’écoulement à travers la section. À l’intérieur d’une section transversale,
la vitesse n’est pas constante; elle varie horizontalement et verticalement. Par contre, l’hydraulique
a développé des équations empiriques permettant de déterminer la vitesse moyenne en fonction de
paramètres physiques du cours d’eau. Les équations de Lacey et Manning sont celles le plus
couramment utilisées à cet effet.
Soit X une variable aléatoire associée à une quantité quelconque, par exemple le niveau d’eau
annuel maximal, cette variable aléatoire est décrite par une fonction de densité de probabilité f(x).
Cette fonction détermine les chances (probabilité comprise entre 0 et 1) que la variable aléatoire
prenne une valeur donnée x. La fonction de distribution de probabilité F(x) est quand à elle la
probabilité cumulative P(X≤x) et elle est liée à la fonction de densité de probabilité :
36
Id., p. 1. .
15
x
F ( x) = P ( X ≤ x) = ∫ f (u)du
−∞
Équation 1-2
Par exemple, si X est le niveau annuel maximal à un endroit donné d’une rivière, f(22,50) retourne
la probabilité d’observer un niveau annuel maximal d’exactement 22,50 mètres alors que F(22.50)
retourne la probabilité d’observer un niveau annuel maximal de 22,50 mètres ou moins.
La probabilité que la variable aléatoire prenne une valeur plus grande ou égale à un seuil xT
quelconque est :
P ( X ≥ xT ) = 1 − F ( xT ) Équation 1-3
1 1
T= = Équation 1-4
1 − p 1 − F ( xT )
La période de retour est la période moyenne exprimée en année qui sépare les apparitions des
événements X supérieurs à xT. Un niveau dont la période de retour est de deux ans correspond au
niveau annuel maximal atteint ou dépassé en moyenne à tous les deux ans, il est lié à une
probabilité de F(x)=0.5.
En théorie, pour un site instrumenté sur une longue période, donc pour lequel une longue série de
niveaux annuels maximaux est disponible, une analyse reposant purement sur la statistique est
possible. Il s’agit d’une analyse statistique dite « classique ». L’échantillon (série de niveaux) y est
d’abord examiné afin de s’assurer qu’il respecte les critères statistiques usuels (nature aléatoire,
indépendance, stationnarité et homogénéité). Ensuite, une fonction de distribution de probabilité
théorique est ajustée à l’échantillon en fonction des moments de celui-ci. Les moments sont des
descripteurs de l’échantillon. Ils sont établis à partir des données échantillonnales elles-mêmes. Par
exemple, la moyenne et la variance d’un échantillon constituent les deux premiers moments
ordinaires de celui-ci. Une fois la fonction de distribution ajustée à l’échantillon, le niveau d’eau
peut être estimé pour toute récurrence, notamment la récurrence de 2 ans. En pratique, l’analyse
statistique est habituellement menée sur les débits qui sont ensuite convertis en hauteur d’eau. En
effet, les caractéristiques des séries de débits rendent l’analyse statistique plus adéquate que pour les
séries de hauteur d’eau.
37
Cette section s’inspire du chapitre 7 du volume cité en note 35.
16
Chacune de ces deux sciences offre différentes approches pour remplir leur rôle respectif. Ce sont
des modélisations empiriques, observationnelles, stochastiques ou déterministes dont le niveau de
précision dépend du degré de simplification et donc de la facilité d’application.
Dans le contexte d’un site où aucune mesure de débit n’est disponible, deux types d’approches
hydrologiques existent pour déterminer des débits de récurrence donnée :
L’hydraulique offre, quant à elle, trois approches pour transformer un tel débit en hauteur d’eau :
La présente étude a pour objectif d’examiner les possibilités offertes par des approches simples,
expéditives et accessibles issues de la botanique, de l’hydrologie et de l’hydraulique. Ainsi,
certaines des approches présentées précédemment devront être exclues parce que trop complexes,
coûteuses ou nécessitant des observations trop étendues dans le temps.
[Link].1. Hydrologie
Des approches déterministes peuvent être utilisées lorsqu’un débit de récurrence donnée est
recherché pour un site non instrumenté. On entre ici dans le domaine de la modélisation
hydrologique. Le bassin versant y est observé de manière systémique en évaluant les intrants,
17
extrants, transferts et diverses interrelations qui existent entre ceux-ci. De tels modèles
hydrologiques reposent habituellement sur quatre modules38 :
La modélisation hydrologique nécessite une vaste base de données ainsi que des connaissances
poussées, le domaine des approches déterministes doit donc être rejeté.
[Link].2. Hydraulique
L’établissement de relations niveau-débit est une méthode observationnelle basée sur la mesure
simultanée du débit d’un cours d’eau et du niveau correspondant. Le débit doit être mesuré par
jaugeage; les différentes vitesses (Vi) contenues dans la section d’écoulement sont mesurées au
moyen de moulinets ou autres instruments complexes puis associées à des régions d’influences dont
on détermine la surface (Si). Le débit effectif du cours d’eau est obtenu en effectuant la sommation
des contributions individuelles au débit :
Qtotal = ∑Q = ∑ S V
i i i Équation 1-4
Qtot = Q1 + Q2
+ Q3
V1 V2 V3
S1 S3
S2
Une courbe (courbe de tarage) est ensuite ajustée aux points de jaugeage. La courbe de tarage est la
relation entre le débit observé à une station et le niveau d’eau correspondant39. La forme
38
F. ANCTIL et autres, op. cit., note 35, p. 259.
18
généralement utilisée pour exprimer la courbe de tarage est une fonction de puissance ou une
fonction de forme polynomiale40 :
Q = ah b Équation 1-5
Pour obtenir une relation représentant fidèlement la réalité, il faut observer plusieurs combinaisons
débit-niveau, et ce, pour plusieurs les états différents du cours d’eau. Ainsi, pour établir une courbe
de tarage permettant d’estimer le niveau de récurrence de deux ans, il faut minimalement une
observation réalisée lorsque le débit de récurrence de deux ans est atteint ou dépassé. Tout ceci
implique une mise en œuvre relativement complexe et des observations multiples pouvant s’étaler
sur plusieurs mois, voire quelques années.
La calibration d’une courbe de remous repose sur la modélisation entière d’une rivière. On y
modélise les conditions avales ainsi que chacun des changements de pentes, de sections
d’écoulement et l’ensemble des obstructions. Elle repose sur l’application des équations
fondamentales de la physique. Tout comme pour l’établissement d’une relation niveau-débit, la
calibration d’une courbe de remous nécessite l’observation simultanée de ces deux quantités dans
plusieurs états différents du cours d’eau. Ces observations ont pour but de fixer les paramètres de la
calibration en permettant aux niveaux simulés de correspondre à ce qui est trouvé en réalité.
Ces deux approches sont trop complexes, coûteuses et exigeantes au niveau temps. Elles sont
réservées à l’ingénieur hydraulicien dans le cadre d’études hydrauliques complexes. Ce sont
d’ailleurs les deux approches hydrauliques utilisées dans le cadre du Programme de Détermination
des Cotes de Crue du MDDEP.
Suite à ces rejets, il ne reste plus que la combinaison analyses régionales existantes/méthode
pente-section. C’est d’ailleurs la combinaison proposée pour les cours d’eau non instrumentés dans
39
Id., p. 160.
40
Id., p. 161.
19
le Guide pour déterminer et délimiter les zones inondables41. Il s’agit d’un guide conçu par le
ministère de la Sécurité Publique, en collaboration avec le ministère de l’Environnement et de la
Faune et du ministère des Ressources Naturelles et destiné aux municipalités locales québécoises. Il
propose une méthode pour établir les zones inondables de différentes récurrences le long de cours
d’eau non instrumentés. Cette approche repose sur l’application de notions simples :
En hydrologie, les séries de données les plus longues habituellement disponibles sont les débits
journaliers moyens43. Ils sont établis en calculant la moyenne des lectures de débits instantanés
réalisées sur une période de 24 heures. Aujourd’hui, tous les débits instantanés sont conservés. Par
contre, les méthodes d’archivages étant moins performantes avant l’arrivée des micro-ordinateurs,
seuls les débits journaliers moyens étaient conservés. De ces deux séries, on peut tirer
respectivement le débit journalier annuel maximal et le débit instantané annuel maximal. Pour les
grands cours d’eau, la différence entre le débit journalier annuel maximal et le débit instantané
annuel maximal est souvent minime. Le fait d’utiliser l’une ou l’autre des séries de données n’a
41
QUÉBEC. MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE / MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT ET
DE LA FAUNE / MINISTÈRE DES RESSOURCES NATURELLES, Guide pour déterminer et délimiter les
zones inondables, Québec, juin 1998.
42
François ANCTIL, Nicolas MARTEL et Van Diem HOANG. « Analyse régionale des crues journalières
de la province de Québec ». Journal canadien de génie civil. Vol. 25, no 2, 1998. pp. 360-369.
43
W. Edgar WATT, Keith W. LANTHERN, Charles R. NEIL, T. Lloyd RICHARDS et Jean ROUSSELLE,
Hydrologie des crues au Canada: Guide de planification et de conception. Ottawa, Comité associé
d’hydrologie, Conseil national de recherches Canada, 1990, p. 53.
20
aucune influence sur l’analyse statistique44. Par contre, la différence est plus importante pour de
petits cours d’eau pour lesquels les variations de débits sont plus rapides45. Pour remédier à cette
situation, l’hydrologue calcule habituellement un facteur de pointe qui constitue le rapport moyen
entre les deux séries précédemment présentées pour les années pour lesquelles les deux types de
données sont disponibles. Or, dans le calcul d’un débit de crue associé à la limite des inondations de
récurrence de 2 ans énoncée par la Politique, l’utilisation de séries de moyennes journalières est à
privilégier sans utilisation d’un facteur de pointe. C’est la conclusion retenue dans différents
rapports du Programme de Détermination des Cotes de Crues46 ayant d’ailleurs comme objectif de
fournir les cotes de récurrences de deux ans pour l’application de la Politique dans les secteurs à
risques.
Crue moyenne
La crue moyenne pour un échantillon de débits annuels maximaux donné correspond tout
simplement à la moyenne de l’échantillon. C’est aussi le premier moment de tout échantillon. Il
s’agit du quantile47 de crue dont le calcul nécessite le moins d’années d’enregistrement de débits.
En effet, pour évaluer tout autre quantile, l’ajustement d’une fonction de distribution de probabilités
théorique est nécessaire. Un tel ajustement implique nécessairement le calcul de moments d’ordre
supérieur nécessitant par le même fait une période d’enregistrement plus longue.
Ajustement
Suivant la théorie classique, l’obtention d’un débit de récurrence de deux ans à partir d’une série
(échantillon) de maximums annuels implique l’ajustement d’une fonction de distribution théorique
aux données. La méthode d’ajustement à privilégier est l’ajustement au moyen des moments
44
Id.
45
id. : Il en est ainsi puisque le parcours terrestre ou sous-terrain de l’eau est plus court pour les petits bassin
versant, provoquant des réactions plus rapides au niveau des débits.
46
Le PDCC est un programme gouvernemental mis sur pied par le Ministère de l’Environnement (MENV) en
août 1998. Il vise principalement à soutenir les municipalités régionales de comté (MRC) ainsi que les
municipalités locales relativement à leurs pouvoirs et obligations en matière de protection de l’environnement
établis par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Cette loi dicte que chacune d’entre elles détermine les
zones d’inondation se trouvant sur leurs territoires. À cette fin, le PDCC détermine les cotes de crues de
récurrence de 20 ans et de 100 ans pour des secteurs à risque n’ayant déjà fait l’objet d’une cartographie.
Les cotes de crues de récurrence de 2 ans sont également fournies car celles-ci sont utiles pour l’application
des mesures de protection adoptée en vertu de la Politique.
47
Par quantile de l’événement de T années, on entend la valeur du débit correspondant à une période de retour
de T années.
21
linéaires (moments L)48 puisque ces derniers sont moins biaisés que les moments conventionnels.
Les fonctions de distributions théoriques les plus utilisées en hydrologie sont49 :
• Distribution normale;
• Distribution lognormale;
• Distribution lognormale de type III;
• Distribution de Pearson de type III
• Distribution logpearson de type III;
• Distribution de Gumbel;
• Distribution des valeurs extrêmes généralisées.
Pour choisir la meilleure distribution, l’hydrologue évalue la qualité des ajustements au moyen du
diagramme des moments L, de fonctions de distribution de probabilité empiriques et de certains
tests statistiques.
En général, les échantillons de débits annuels maximaux possèdent une légère asymétrie positive50,
c’est-à-dire que leur moyenne ne correspond pas exactement à une récurrence de 2 ans (probabilité
cumulative de F(x) = 0.5) comme c’est le cas pour la distribution normale. Elle correspond plutôt à
une récurrence légèrement plus faible. Ainsi, les distributions de probabilité théoriques permettant
une légère asymétrie s’ajustent habituellement mieux aux données. Par exemple, pour la distribution
de Gumbel, la moyenne correspond à une récurrence de 2.3 ans plutôt que 2 ans comme c’est le cas
pour la distribution normale. Malgré cette asymétrie, la différence entre la crue moyenne et le débit
de récurrence de 2 ans est minime. Ainsi, pour des échantillons courts pour lesquels l’ajustement
d’une fonction de distribution de probabilités est biaisé, l’utilisation de la crue moyenne en tant que
débit de récurrence de 2 ans est à prioriser. Le Tableau 1.1 illustre la différence entre la crue
moyenne et la crue de récurrence de 2 ans pour six petites rivières du Québec51.
48
Les moments linéaires (L) constituent une alternative aux moments ordinaires. Ils sont moins sensibles aux
valeurs extrêmes et moins biaisés que les moments ordinaire. La description des moments L est réalisée en
Annexe A.
49
F. ANCTIL, op. cit., note 35, p. 181-187.
50
W.E. WATT, op, cit., note 43, p. 55.
51
La crue moyenne est directement tirée de l’échantillon. La crue de récurrence de 2 ans est calculée par
ajustement de la fonction de distribution de probabilité théorique GEV au moyen des moments L pour les
échantillons de 15 ans et plus. Pour les échantillons plus courts, les courbes régionales de Anctil et al. (1998)
sont utilisées.
22
La méthode de régression directe appliquée aux quantiles est basée sur l’hypothèse qu’au sein d’une
région homogène donnée, les quantiles de débit de crue dépendent des caractéristiques
physiographiques, géomorphologiques et climatiques des bassins versants56. Cette méthode produit
une équation de régression multiple pour chaque quantile de crue d’intérêt. La forme généralement
acceptée pour ces équations est57 :
k k k kn
QT = k 0 A1 1 A2 2 A3 3 ... An Équation 1-7
52
T. DALRYMPLE, Flood frequency analysis. US Geological Survey, Water-Supply Paper 1543-A, 1960.
53
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 41, p. 360.
54
Kenneth W. POTTER. « Research on flood frequency analysis 1983-1986 ». Reviews of Geophysics, Vol.
25, no 2, 1987. p. 118.
55
Vijay K. GUPTA, Oscar J. MESA et David R. DAWDY. « Multiscaling theory of flood peaks : Regional
quantile analysis ». Water Ressources Research, Vol. 30, no 12, 1994. pp. 3405-3421.
56
W.E WATT, op. cit., note 43, p. 73.
57
Id.
23
Plusieurs caractéristiques ont été utilisées par le passé; par exemple l’aire du bassin versant, la
longueur du cours d’eau, la pente du cours d’eau, la pente du bassin versant, les précipitations
annuelles, l’élévation du bassin versant, l’imperméabilité des surfaces, le pourcentage de superficie
de lacs, le pourcentage de couvert forestier, etc. Ces descripteurs sont habituellement fortement
corrélés et le défi de la méthode réside dans le choix de la combinaison de paramètres à utiliser. Il
est par contre admis que l’aire du bassin versant constitue le descripteur prépondérant58, l’ajout de
paramètres supplémentaires est considéré dans plusieurs cas comme superflu59,60.
La méthode de crue de référence possède deux étapes distinctes. Dans un premier temps, une
équation de régression décrivant une « crue de référence », habituellement la crue moyenne, est
établie par régression directe appliquée à ce quantile de référence. Ensuite, une fonction de
distribution régionale de probabilité normalisée est estimée pour chacune des régions homogènes en
utilisant la crue de référence comme élément normalisant. Cette fonction de distribution régionale
de probabilité normalisée constitue tout simplement une courbe de fréquence sans dimension
établissant la relation entre un quantile quelconque et la crue de référence. C’est la courbe qui dicte,
pour une région donnée, par quel facteur il faut multiplier le débit de la crue de référence pour
obtenir le débit d’une récurrence voulue (par exemple la crue de 10 ans). Contrairement à la
méthode de régression directe appliquée aux quantiles, la méthode de crue de référence permet de
déterminer un débit pour toute récurrence donnée et non seulement celles prédéterminées.
Dans l’élaboration de ces deux méthodes régionales, deux philosophies peuvent être utilisées quand
à la formation des régions homogènes. Une première est basée sur le confinement géographique;
chacune des régions homogènes couvre un territoire géographique continu, les stations étant
combinées sur la base de la proximité géographique. Une seconde philosophie exclut le
confinement géographique; pour un site peu ou non instrumenté donné, on détermine parmi les sites
d’une vaste base de données ceux qui lui sont semblables au niveau des caractéristiques de bassin
versant, des statistiques de crue ou d’autres descripteurs propres. C’est d’ailleurs l’approche
proposée par Haché et al.61 pour la région de la rivière Saint-Maurice. Bien que cette approche offre
58
M.A BENSON, Factors influencing the occurrence of floods in a humid region of diverse terrain,
Geological Survey Water-Supply Paper 1580-B, 1962.
59
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 42, p. 367.
60
Sylvie BOUCHER, Douglas SPARKS et Jean ROUSSELLE. Conception des modèles régionaux de
régression pour l’estimation des débits de crue à partir des caractéristiques physiographiques des bassins
versants. École Polytechnique : département de génie civil : Groupe de recherche dur l’eau en milieu urbain.
Montréal : Éditions de l’École Polytechnique de Montréal, 1987, p. 49.
61
Mario HACHÉ, Taha B.M.J. OUARDA, Pierre BRUNEAU, Bernard BOBEE. « Estimation régionale par
la méthode de l’analyse canonique des corrélations : comparaison des types de variables hydrologiques ».
Journal canadien de génie civil, Vol. 29, no 6, 2002. pp. 899-910.
24
un potentiel fort intéressant, elle nécessite l’accès à une vaste base de données et de systèmes
informatiques permettant de soutirer les caractéristiques du site pour lequel le débit doit être
déterminé. Une telle philosophie trouve pleinement application au sein d’organisations centrales
disposant de l’ensemble de l’information disponible sur le territoire. Par exemple, de tels systèmes
pourraient être mis en place au MDDEP ayant à la fois accès aux données hydrologiques des
stations hydrométriques et à la cartographie et description fondamentale du territoire québécois
contenue dans la Base de Données Topographiques du Québec (BDTQ).
Pour les cours d’eau non instrumentés, Anctil et al. établissent une relation de régression empirique
liant la crue moyenne aux caractéristiques physiographiques du bassin versant. Il s’agit ici de
l’application de la méthode de régression directe appliquée aux quantiles. Le quantile en question
est la crue moyenne. Cette relation est particulièrement intéressante dans le cadre de l’application
de la Politique puisqu’elle fournit un débit correspondant essentiellement au débit de récurrence de
2 ans tel que discuté à la section [Link].1. Elle permet donc d’estimer le débit à considérer pour
l’application de la Politique, et ce, pour l’ensemble des cours d’eau du Québec.
Il fut trouvé que pour la crue moyenne, l’ensemble des 136 cours d’eau de la base de données forme
une région homogène permettant ainsi l’élaboration d’une seule équation de régression pour tout le
territoire québécois. Il fut également trouvé que le seul paramètre réellement significatif dans la
description de la crue moyenne est l’aire du bassin versant. D’autres caractéristiques ont été
considérées tels la pente, la longueur du cours d’eau et le pourcentage de couvert forestier, mais leur
62
Pierre DESFORGES et Roland TREMBLAY, Analyse de la fréquence des crues pour le Québec, Québec :
Ministère des Ressources Naturelles : Direction générale des eaux, rapport H.P.-33, 1974.
63
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 42, p. 360.
25
apport reste toujours marginal64. C’est aussi la conclusion à laquelle sont venus Boucher et al.65 en
étudiant la crue de récurrence de deux ans sur de petits bassins versants des Bois-Francs et de
l’Estrie. La relation d’Anctil et al. est:
0.70
Q = 1.61ABV Équation 1-8
Limitations
La relation de régression pour la crue moyenne établie par Anctil et al. (équation 1-8) détermine un
débit « régional » sur la base du comportement type des cours d’eau de l’ensemble du Québec. Elle
ne tient pas compte des particularités et disparités locales. Certaines études démontrent que
l’analyse régionale mène à des estimations plus fiables que l’analyse des débits à un site unique,
surtout lorsque l’enregistrement disponible est court66. Par contre, ces constatations ne signifient pas
pour autant que le débit tiré de la relation 1-8 est exact et qu’il n’est entaché d’aucune incertitude.
Anctil et al. illustrent d’ailleurs cette incertitude en présentant les intervalles de confiance de 5% et
95%; la Figure 1.3 reprend intégralement celle d’Anctil et al.
64
Id., p. 367
65
S. BOUCHER et autres, loc. cit., note 60, p. 49.
66
K.W. POTTER, loc. cit., note 54, p. 118.
26
L’examen de la Figure 1.3 met en relief une autre limitation importante reliée à l’équation 1-8: elle
ne peut être utilisée sur de petits bassins versants puisque l’échantillon disponible à l’époque ne
comprenait que très peu de sites appartenant à cette catégorie. En fait, l’échantillon ne comptait que
deux sites drainant moins de 10 km2 et quatre drainant moins de 100 km2. L’intervalle de confiance
associée à la relation est conséquent avec ces constatations. Les auteurs invitent d’ailleurs les
utilisateurs à s’abstenir d’utiliser leurs relations à des sites drainant moins de 100 km2 de territoire67.
Le praticien prudent repoussera cette limite à 200 km2, voire 300 km2.
Extension
Sous ces limites, la relation d’Anctil et al. doit être testée et adaptée avant toute généralisation.
L’étude de la littérature traitant de l’analyse régionale révèle que les larges intervalles de confiance
trouvés pour la relation 1-8 dans la région 0-100 km2 n’est pas la seule raison motivant les auteurs à
recommander de s’abstenir de l’utiliser pour cette gamme de bassins versants.
En effet, des études réalisées par Smith68 ont révélé un comportement différent au niveau des crues
extrêmes entre les petits et grands bassins versants dans certaines régions des États-Unis. Une aire
de bassin versant critique de l’ordre de 50-100 km2 fut estimée lors de ces études. Pour de tels
secteurs, des relations de régression différentes doivent être élaborées de part et d’autre de la valeur
seuil.
Par contre, pour d’autres régions, le comportement des petits bassins versants est similaire à celui
des plus grands. Gupta et al.69 émettent l’hypothèse que les régions pour lesquelles le mécanisme de
crue est dominé par la fonte printanière ont un comportement similaire à toutes les échelles alors
que les régions pour lesquelles les crues proviennent de précipitations sous forme de pluie sont
soumises aux phénomènes mentionnés précédemment.
Or, à l’époque, Anctil et al. ne possédaient pas un échantillon permettant de se prononcer sur les
comportements observés par Smith et Gupta et al. pour les rivières québécoises. Par contre, celui
qui détiendra l’information nécessaire à l’extension ou la vérification de la relation 1-8 aura tout
entre ses mains pour vérifier l’extensibilité générale de l’ensemble de l’analyse régionale d’Anctil
et al.
67
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 42, p. 367.
68
James A. SMITH. « Representation of basin scale in flood peak distributions ». Water Resources Research,
Vol. 28, no 11, 1992. pp. 2993-2999.
69
V.K. GUPTA et autres, loc. cit., note 55.
27
Dans le contexte de détermination de la limite des inondations de deux ans, de telles vérifications ne
sont pas nécessaires. Pourtant, l’importance scientifique de ces vérifications nous a mené à produire
un article scientifique reproduit en annexe B.
Pour un niveau d’eau donné, l’aire de la section d’écoulement (A) est la surface contenue entre la
section transversale et la surface de l’eau; le périmètre mouillé (P) est la longueur de la section
transversale en contact avec le fluide; le rayon hydraulique (Rh = A/P) est le rapport de l’aire de la
section d’écoulement sur le périmètre mouillé. La Figure 1.4 représente ces quantités hydrauliques.
Section transversale
70
Inspiré du chapitre 2 de : Haestad METHODS, Gary DYHOUSE, JenniferHATCHETT et Jeremy BENN,
Floodplain modelling using HEC-RAS. Waterbury (É-U) : Haestad Press. 2003.
28
Le coefficient de rugosité de Manning (n) a pour objectif de rendre compte de la résistance d’un
milieu (lit ou plaine d’inondation) à l’écoulement des eaux. Tout manuel d’hydraulique expose des
valeurs classiques de cette constante pour différents milieux (lit sablonneux, lit de gravier, lit
obstrué par des végétaux, etc.).
L’énergie totale à une section donnée est la somme de l’énergie potentielle (élévation de la surface
du cours d’eau) et de l’énergie cinétique (associée à la vitesse de l’écoulement).
Pour un cours d’eau, trois pentes (S) doivent être considérées. La pente du lit est celle obtenue en
reliant les points les plus bas des différentes sections transversales consécutives. Étant donné le
relief parfois accidenté du lit, une telle pente peut être difficilement quantifiable pour de courts
tronçons. Elle doit alors être obtenue de la cartographie en considérant un bief relativement long. À
la limite, si l’ensemble du cours d’eau est considéré, la pente moyenne du cours d’eau est obtenue.
La pente du profil de surface ou pente de la surface d’eau est obtenue en divisant la différence
d’élévation de la surface d’eau entre deux sections par la distance séparant ces sections. Cette
distance doit être mesurée en suivant les sinuosités du cours d’eau. La pente énergétique est celle du
profil énergétique du cours d’eau. Elle est obtenue en divisant la différence d’énergie totale
(transformée en hauteur) de deux sections consécutives par la distance séparant ces sections.
Plusieurs classifications des écoulements ont été élaborées, la plus importante étant la classification
écoulement uniforme/écoulement variable. L’écoulement est classifié uniforme ou non suivant les
changements dans l’espace. Un écoulement est uniforme si la vitesse d’écoulement et la profondeur
sont constantes le long d’un bief. Dans une situation d’écoulement uniforme, la pente du lit, de la
surface d’eau et du profil énergétique sont égales. Les changements de configuration du lit
(élargissements, obstructions, seuils) impliquent la création d’écoulements non uniformes en amont
et en aval de l’élément perturbateur, et ce, pour une certaine distance. Pour un même débit, la
hauteur d’eau varie alors avec la distance puisque la vitesse varie. En s’éloignant suffisamment de
l’obstruction, on retrouve un écoulement uniforme et une profondeur d’eau constante appelée
profondeur normale. Les écoulements variables se divisent à nouveau en écoulements
graduellement variables et rapidement variables en fonction de la distance sur laquelle s’effectuent
les modifications de vitesse et de profondeur.
29
2/3
V = 10.77 Rh S 1 / 3 (Lacey) Équation 1-9
2/3
Rh S 1/ 2
V = (Manning) Équation 1-10
n
2/3
Q = 10.77 ARh S 1 / 3 (Lacey) Équation 1-11
2/3
ARh S 1/ 2
Q= (Manning) Équation 1-12
n
L’équation de Manning fait intervenir un paramètre de plus que l’équation de Lacey soit le
coefficient de rugosité. Un tel ajout permet, en théorie, une meilleure modélisation. Par contre, la
simplicité d’utilisation s’en trouve réduite. C’est probablement la raison justifiant son absence du
Guide pour la détermination des zones inondables71.
À l’origine, ces équations furent établies pour estimer un débit à partir de paramètres physiques
observés à une section donnée. Cependant, elles peuvent également être utilisées de façon itérative
pour déterminer la hauteur d’eau correspondant à un débit donné. Les intrants sont le débit, la
section transversale (y compris sa ou ses mesures de rugosité) et la pente du cours d’eau. Une valeur
initiale de hauteur d’eau est d’abord reportée sur la section transversale pour déterminer l’aire de la
section d’écoulement. Un premier débit est ensuite déterminé au moyen de l’équation de Lacey ou
de Manning. L’écart au débit recherché est calculé. Le processus est répété jusqu’à ce que le débit
calculé soit égal au débit à modéliser.
[Link].3. Limitations
La méthode pente-section utilise des équations empiriques établies à l’extérieur du Québec.
L’équation de Lacey fut construite à partir d’un échantillon de rivières de l’Inde et du Pakistan dans
30
les années 192072. L’équation de Manning fut établie à partir de travaux menés sur des canaux
d’irrigation d’Angleterre au cours des années 1950. Des valeurs des coefficients de rugosité de
Manning ont été déterminées pour des cours d’eau naturels par la suite. L’application de ces
relations sur les rivières du Québec implique inexorablement une erreur. Par contre, aucune source
documentaire traitant de l’ordre de grandeur de cette erreur ne fut trouvée.
De plus, ces équations s’appliquent à des écoulements uniformes pour lesquels la pente du lit, du
profil de surface et du profil énergétique sont égales. Il est admis que l’équation de Manning peut
être utilisée pour des écoulements variables. Par contre, la pente à utiliser dans ce cas est la pente du
profil énergétique nécessitant la mesure de différentiels de vitesses à deux sections consécutives73.
La définition actuelle75 de la ligne des hautes eaux, provient de la version 199676 de la Politique.
Depuis celle-ci, la limite des inondations de récurrence de 2 ans est considérée équivalente à la
71
QUÉBEC. MINISTÈRE DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE / MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT ET
DE LA FAUNE / MINISTÈRE DES RESSOURCES NATURELLES, op. cit., note 40.
72
Pierre Y. JULIEN, River mechanics. Cambridge (É-U) , Cambridge University Press, 2002, p. 165.
73
H. METHODS et autres, op. cit., note 70, p. 37.
74
Décret 1980-87 du 22 décembre 1987, Concernant la Politique de protection des rives, du littoral et des
plaines inondables, (1988) 120 G.O. II, 366; Il fut trouvée que cette définition était ambiguë puisqu’elle
menait, dans certains cas, à deux lignes des hautes eaux différentes. La définition fut corrigée en 1996 pour
remédier à ce problème qui a grandement contribué au « flou » entourant la délimitation de cette limite
environnementale, voir : J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 29.
75
La définition actuelle du terme ligne des hautes eaux est présentée intégralement à la section 2.1 du présent
document.
76
Décret 103-96 du 24 janvier 1996, Concernant la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines
inondables, (1996) 128 G.O. II, 1263.
31
ligne établie selon les critères botaniques. Par contre, les dispositions de la Politique restreignent le
recours à la limite des inondations de récurrence de 2 ans aux cas où les autres critères ne suffisent
pas à la tâche. Aucun tribunal ne s’est encore prononcé sur la signification à donner à l’expression À
défaut de pouvoir déterminer la ligne des hautes eaux à partir des critères précédents […].
La double nature aujourd’hui présente à la Politique s’appuie sur l’existence d’une corrélation entre
la ligne des hautes eaux définie par des critères botaniques et la cote de crue de récurrence de deux
ans. Une telle hypothèse était basée, à l’origine, sur les travaux de Gauthier77 lequel cite aussi les
travaux de Jacques Rousseau, le long de la rivière des Outaouais, de Cléonique-Joseph, dans le
tronçon fluvial Louiseville Yamachine et de G. Wessen, dans la région de Shefferville, en plus de
souligner la contribution du frère Marie-Victorin78. La vérification de cette hypothèse fut confiée à
Gilbert79 en 1995 par le ministère de l’Environnement et de la Faune. Au total, 12 transects furent
inventoriés sur 8 cours d’eau : 2 lacs, 3 rivières et 3 secteurs du Saint-Laurent. Ces levés ont permis
de constater que la ligne des hautes eaux et la limite des inondations de récurrence de 2 ans se
situent à des altitudes assez proches dans 7 cas sur 12; la différence étant inférieure à 10 cm dans 4
cas et comprise entre 19 et 27 cm dans 3 autres cas80. Pour les 5 autres cas, plusieurs facteurs
peuvent avoir influé sur les résultats de l’étude et expliquer des écarts allant jusqu’à un mètre en
altitude81; on incrimine entres autres les pesticides utilisés sur un terrain de golf de Boucherville82.
Le MDDEP alors ministère de l’Environnement et de la Faune a jugé ces résultats satisfaisants :
L’Hypothèse qu’il existe une corrélation entre les deux lignes semble fondée à la lumière
des résultats obtenus. D’autres études pourront éventuellement être réalisées pour étoffer
cette première conclusion.83
Les autorités du MDDEP ont donc jugé que des écarts en altitude de près de 30 centimètres entre la
ligne des hautes eaux telle que définie par des critères botaniques et la limite des inondations de
récurrence de 2 ans étaient acceptables et ne nuisaient pas à l’application de la Politique84.
77
Benoît GAUTHIER, Présentation du benthos limnétique, Mém. Soc. Linéenne, no. 1, 1979.
78
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 43.
79
H. GILBERT, op. cit., note 5.
80
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 45.
81
Des différences de l’ordre d’un mètre en altitude occasionnent un déplacement horizontal non-négligeable
de la limite environnementale. Par exemple, pour une rive dont la pente est de 10%, le déplacement de cette
dernière, et donc de la bande de protection riveraine qui l’accompagne est de 10 mètres. Un tel déplacement
peut transformer un terrain propre à la construction résidentielle en un terrain quasi-inutilisable et vice-versa.
82
H. GILBERT, op. cit., note 16, pp. 50-53.
83
J.Y. GOUPIL, op. cit., note 9, p. 45.
32
Il faut mentionner que la rivière drainant le plus petit bassin versant dans l’échantillon testé par
Gilbert est la rivière Saint-Charles à un site où le bassin versant est de 357 km2. Ainsi, pour des
bassins versants de moins de 350 km2, nous ne disposons d’aucune étude ayant prouvé la
corrélation abordée ci-haut. Or, on admet généralement en hydrologie que les rivières drainant de
petits bassins versants réagissent plus rapidement et que les crues y sont de durée plus courte que
les plus grandes rivières85. On admet également qu’au Québec, les crues de petits cours d’eau sont
souvent dues aux orages de pluie qui peuvent survenir à tout moment de l’année alors que les crues
des plus grands cours d’eau surviennent inévitablement au moment de la débâcle86. Par contre,
aucune limite en termes de superficie de bassin versant ou de région géographique n’est fixée. De
telles considérations remettent en doute l’applicabilité universelle de la corrélation en question,
mais ne spécifient pas une limite critique à partir de laquelle il faut la rejeter. En effet, de telles
considérations impliquent que l’action érosive des crues des petits cours d’eau est de plus courte
durée et que cette action érosive s’effectue dans des conditions différentes (stade de croissance de la
végétation riveraine, température, présence/absence de résidus de glaces, etc.).
84
Un écart de 0.30 mètre en altitude occasionne un déplacement horizontale non-négligeable de 3.00 mètres
pour une pente de 10% et de 6.00 mètre pour une pente de 5% en ce qui concerne la ligne des hautes eaux et
donc la bande de protection riveraine par le même fait.
85
W.E. WATT et autres, op. cit., note 43, p. 7.
86
Id., p. 17.
33
Attardons-nous quelque peu à la Figure 1.5 puisque celle-ci constitue le cœur de la présente étude;
ses éléments seront abordés un à un au fil des chapitres ultérieurs. On y trouve, à gauche, l’approche
botanique-morphologique-physique simplifiée conduisant à quelques groupes d’indicateurs
d’altitude similaire. À droite, l’approche hydrologique-hydraulique mène, quand à elle, à une
approximation du niveau de récurrence de 2 ans entachée d’une certaine marge d’incertitude. Le
« Terrain » joue le rôle d’élément central. D’une part, la plupart des intrants propres aux cotés
gauche et droit de la figure sont des quantités mesurées ou des observations réalisées au niveau du
terrain (représentés par des triangles). D’autre part, le terrain constitue le lieu où sont reportés les
résultats et où la complémentarité des approches traditionnelles est mise à profit afin d’en venir à la
détermination du niveau adéquat pour la ligne des hautes eaux. Pour en arriver à ce résultat, des
équations sont utilisées (identifiées par les lettres majuscules A et B), des opérations de levé, de
calcul et de regroupement sont effectuées (représentées par des flèches pleines) et un seul paramètre
(l’aire des bassins versants drainés) est obtenu auprès du MDDEP (représenté par une ellipse).
34
Groupe d’indicateurs A
Levés Levés
Pente
Altitude (h)
Rugosité
Position (x,y)
Section transversale
Du processus présenté à la figure précédente, un élément est manquant et doit être élaboré avant
toute chose. C’est l’équation hydrologique empirique de régression adaptée aux petits bassins
versants et identifiée par la lettre A de la Figure 1.5. Le chapitre 2 traite spécifiquement de la
construction de la relation Q = f ( A) destinée aux petits bassins versants. Les chapitres suivants
discutent de la mise en œuvre de l’approche mixte proposée, des résultats et des questionnements
d’ordre légaux rencontrés au cours de l’étude
• Volet hydrologie-hydraulique
o Bâtir une nouvelle relation Q = f ( A) applicable aux petits bassins versants sur la
base des efforts de jaugeage réalisés sur de tels cours d’eau depuis l’étude d’Anctil
et al.;
35
o Examiner la plus-value amenée par une telle relation par rapport à la relation
D’Anctil et al. pour les petits bassins versants;
o Déterminer les mesures et le cadre opératoire nécessaires à l’application de
relations pente-section (Lacey et Manning);
o Transformer le débit 0-2 ans réel mesuré à la station en hauteur d’eau;
o Transformer le débit 0-2 ans prédit par la nouvelle relation hydrologique en hauteur
d’eau.
• Volet botanique-morphologique-physique
o Vérifier si un non-initié est apte à reconnaître les indicateurs-terrain reliés à des
niveaux d’eau significatifs;
o Déterminer les mesures et le cadre opératoire nécessaires au levé des indicateurs-
terrain;
o Examiner la distribution des indicateurs-terrain selon l’axe vertical (altitude);
o Vérifier l’hypothèse selon laquelle l’observation d’indicateurs-terrain par un non-
initié mène à plus d’une ligne caractéristique;
o Vérifier si une des lignes caractéristiques correspond au niveau des crues de
récurrence de 2 ans.
Cependant, l’objectif principal est l’examen de la complémentarité des deux approches qui
passe par :
Approche hydrologique-hydraulique
simplifiée
Aire du bassin
versant
A
Calculs Relation Q = f ( A) adaptée
aux petits bassins versants
Débit de la crue
moyenne
B
Calculs Équations pente-section en
mode itératif
Q = b0 * A b1 Équation 2-1
Une fois les coefficients b0 et b1 établis à partir des débits historiques mesurés sur les petits bassins
versants instrumentés, seule la superficie du bassin versant d’un site est nécessaire à l’estimation du
débit de sa crue moyenne. Rappelons que la crue moyenne constitue un débit dont la valeur est très
proche de la crue de récurrence de 2 ans.
37
Les crues maximales annuelles sont déduites des séries de débits journaliers.
87
F. Anctil et autres, loc. cit., note 42.
88
Donald H. BURN. « The use of resampling for estimating confidence intervals for single site an pooled
frequency analysis ». Hydrological Sciences Journal, Vol. 48, no 1, 2003. pp. 25-38.
38
reproductions bout à bout. Ensuite, on modifie l’ordre d’apparition des individus par des
permutations aléatoires. Ensuite, on divise à nouveau l’échantillon BN en B parts égales de taille N.
Pour chacun de ses sous-échantillons, on calcule la moyenne. On place les B moyennes calculées en
ordre croissant et on sélectionne le 2.5e et 97.5e rang percentile qui constituent les limites inférieures
et supérieures des intervalles de confiance. Cette technique nécessite par contre un nombre minimal
d’observations, pour de trop petits échantillons, l’intervalle de confiance est faussement estimé.
Chernick89 propose un minimum de 10 observations.
Les intervalles de confiances ont été calculés pour l’ensemble des sites dont le nombre d’années
d’observation est égal ou supérieur à 10 ainsi que pour les rivières Boyer-Sud et Boyer (9 ans
d’observations). Les Tableaux 2.1, 2.2 et 2.3 présentent ces valeurs.
89
Micheal R. CHERNICK, Bootstrap Methods: A Practitioner’s Guide, New York, John Wiley and
Sons Inc., 1999.
39
L’utilisation des moments L présentés en annexe A permet une inspection rapide, efficace et
rigoureuse des données dans le contexte où un ensemble de sites est sous étude. Cette inspection est
basée sur la mesure de discordance proposée par Hosking et Wallis90. La discordance permet de
déterminer parmi un ensemble d’enregistrements de débits ceux contaminés par des valeurs
erronées ou ceux dont les crues observées évoluent fort différemment des autres sites91. Le test de
discordance est basé sur la comparaison des rapports de moments L pour différents sites.
Considérons la représentation de chaque site dans un espace tridimensionnel où les coordonnées
selon les trois axes sont le coefficient de variation (L-CV), d’asymétrie (L-CS) et d’aplatissement
(L-CK). Les sites s’éloignant signativement du nuage de points sont considérés discordants.
Du point de vue mathématique, ce concept d’éloignement est exprimé en suivant une analyse
G
matricielle simple. Soit la matrice u k contenant les trois coefficients de l’ensemble des sites tel
que :
⎡τ (k ) ⎤
G
u k = ⎢⎢τ 3 (k ) ⎥⎥ pour k = 1…n Équation 2-2
⎢⎣τ 4 (k )⎥⎦
1 n G
u= ∑ uk
n k =1
Équation 2-3
90
J.R.M. HOSKING et James R. WALLIS. «Some statistics useful in regional frequency analysis». Water
Resources Research, Vol. 29, no 2, 1993. pp. 271-281.
91
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 42, p. 363.
40
1 G G
∑
n
[S ] = (u k − u )((u k − u ) T Équation 2-4
n −1 k =1
1 G G
Dk = (u k − u ) T [ S ] −1 (u k − u ) Équation 2-5
3(n − 1)
Une valeur de Dk élevée indique la discordance d’un site par rapport aux autres. Une valeur seuil de
3.0 est proposée par Hosking et Wallis92 pour des échantillons supérieurs à 15. Une valeur
supérieure à ce seuil ne signifie pas qu’il faille immédiatement retirer le site en cause. Un tel
dépassement signifie plutôt qu’il faut prêter attention à ce site, examiner la série de débits en
cherchant une erreur ou une explication à la discordance. La série doit être retirée ou corrigée
seulement si une explication peut être donnée à cette discordance.
Les 42 sites issus de l’étape précédente ont été soumis au test de discordance. Les cinq sites du
Tableau 2.2 ont échoué au test en produisant une discordance supérieure à 3.0 :
La Figure 2.2 illustre la discordance en termes de distance au nuage de points. Les stations rejetées
sont identifiées sur chacun des diagrammes.
92
J.M.R HOSKING et autres, loc. cit., note 90.
41
Les sites identifiés comme discordants sont ceux pour lesquels la période d’enregistrement est la
plus courte soit entre 5 et 6 ans. De si courts enregistrements ont du mal à représenter fidèlement le
comportement moyen d’un cours d’eau. En effet, une seule valeur extrême entache
significativement la moyenne. Ceci constitue une raison suffisante pour éliminer ces cinq sites de la
base de données.
42
Parmi ces 37 sites, mentionnons que 21 appartiennent à une région géographique relativement
restreinte qui correspond sommairement aux basses terres du Saint-Laurent entre la frontière
Ontarienne et la pointe est de l’Île d’Orléans, c’est-à-dire la région identifiée à la section 1.5. Ces
derniers sont identifiés par un astérisque. Les 16 autres sites sont dispersés dans l’ensemble du
Québec. La Figure 2.4 illustre la distribution géographique des stations hydrométriques du Tableau
2.3.
2.6. Homogénéité
L’homogénéité d’un groupe est vérifiée si la contribution de chacun des éléments n’entraîne pas un
écart supérieur à ce qui est raisonnablement attribuable au hasard. Divers tests d’homogénéité ont
été mis au point pour différentes situations. Au premier degré, Gupta et al.93 suggère qu’un groupe
peut être considéré homogène s’il existe une relation linéaire entre le logarithme de la crue
moyenne et le logarithme de la superficie drainée. Pandey94 propose des tests plus élaborés basés
sur les différents moments des échantillons. Seul le critère de Gupta et al. est abordé ici. Les critères
de Pandey sont présentés en Annexe B.
La Figure 2.5 présente la crue moyenne en fonction de la superficie drainée selon une échelle
logarithmique, et ce, pour l’ensemble des 37 sites. La linéarité des ces deux quantités est bien
visible graphiquement. Le coefficient de détermination r2 est de 0.923 pour l’ensemble des 37 sites.
Ce coefficient pourrait être trompeur puisqu’il est fortement conditionné par le plus petit bassin du
groupe identifié par un cercle à la Figure 2.5. En retirant ce bassin versant, le coefficient de
détermination est de 0.892, une valeur considérée valable par Pandey. Ainsi, selon le critère de
Gupta et al., l’échantillon peut être considéré homogène. L’Annexe B démontre que cette
homogénéité est toujours valable en considérant les critères de Pandey.
93
V.K. GUPTA et autres, loc. cit., note 55.
94
Ganesh R. PANDEY. « Assesment of scaling behavior of regional floods ». Journal of hydrologic
engineering. Vol. 3, no 3, 1998. pp. 169-173.
45
2.7. Régression
La Figure 2.6 illustre le résultat de l’ajustement présenté sous forme logarithmique. Les intervalles
de confiance de 5% et 95% y sont ajoutés.
La Figure 2.6 démontre que l’équation 2-6 est déficiente pour les bassins versants plus petits que 10
km2; seulement trois sites couvrent cette partie du spectre. Le domaine de validité de l’équation doit
donc être limité à 10-360 km2.
46
La Figure 2.7 présente la relation adaptée aux petits bassins versants (trait plein), la limite maximale
de son intervalle de confiance 95% (trait tireté) ainsi que la relation établie par Anctil et al. (trait
pointillé). Le gain en terme d’ajustement est appréciable entre 10 et 150 km2 où l’équation d’ Anctil
et al. surestime systématiquement la crue moyenne à tous les sites. Ce gain s’estompe
progressivement à partir de 200 km2 pour devenir presque nul à 360 km2. Malgré cette
surestimation, l’intervalle de confiance maximale démontre que les deux relations sont cohérentes
entre elles.
Une première façon d’évaluer la justesse de l’ajustement est d’examiner les résiduelles et les erreurs
relatives associées aux sites de la régression. Pour ce faire, seuls les sites comptant 15 années
d’enregistrement ou plus sont utilisés en rejetant les sites drainant moins de 10 km2 (Tableau 2.4).
47
L’erreur relative varie entre 5% et 70%. Par contre, en ne considérant que les bassins versants
agricoles contenus dans la région délimitée à la section 1.5, l’erreur relative maximale est ramenée à
32%. Ceci s’explique par le fait que les 21 sites appartenant à cette région forment un groupe plus
homogène que l’ensemble des 37 sites contenus dans le Québec en entier. La Figure 2.8 illustre ce
phénomène; le sous-échantillon de 21 sites y est représenté par des cercles alors que les 17 autres
sites correspondent aux croix.
Malgré une plus forte homogénéité, une régression établie à partir du sous-échantillon de 21 sites
seul ne permet pas d’améliorer l’ajustement en terme de résiduelles, ni d’erreurs relatives95. Ainsi,
l’équation 2-6 est priorisée. En théorie, elle s’applique au Québec en entier. Par contre, il faut
demeurer conscient qu’elle est établie majoritairement à partir d’observations recueillies dans la
plaine du Saint-Laurent entre l’Ontario et la pointe est de l’Île d’Orléans.
Pour vérifier la reproductivité de ces résultats, il faut également observer la qualité de la prédiction
à des sites n’ayant pas été utilisés pour établir l’équation. Le Tableau 2.5 traite de la justesse de la
prédiction pour la rivière Eaton retirée pour motif de concurrence ainsi que pour quelques rivières
sur lesquelles le PDCC s’appuie sur des modélisations hydrologiques96.
Ces sites externes confirment les résultats trouvés sur les sites de la régression.
95
L’équation de régression produite par résolution non-linéaire par moindres carrés pour le sous-échantillon
de 21 sites est : Q = 0.86 * A
0.79
96
Plusieurs études du PDCC menées sur de petits bassins versants établissent le débit de récurrence de deux
ans sur la base de transpositions de débit à partir de bassins versants voisins beaucoup plus grands. Les débits
de ces études ne sont pas présentés ici. De plus, certaines études du PDCC utilisent des données de stations
hydrométriques contenues dans l’échantillon utilisé pour établir la régression 2-6. Ces études ne sont pas
considérées.
97
Une portion importante du bassin versant est de nature urbaine; l’imperméabilisation des surfaces fait en
sorte de produire un débit de crue plus important que pour les bassins versants agricoles.
49
Une telle étude nécessite l’observation de phénomènes naturels qui ne peuvent être simulés ou
reproduits en laboratoire. Ainsi, les approches proposées sont appliquées, en parallèle, à des sites
témoins réels pour lesquels la ligne des hautes eaux est préalablement connue; les résultats sont
ensuite examinés et comparés de façon synthétique.
La mise en œuvre simultanée d’approches aussi différentes nécessite un cadre de référence unique
et une démarche scientifique intégratrice permettant d’évaluer le degré d’incertitude naturelle et
incontrôlable associée à chacune d’elles et de limiter l’incertitude introduite par les méthodes de
levé. Les sciences géomatiques comblent adéquatement ces deux besoins. Le cadre de référence
tout indiqué est la mesure d’élévation. Qu’elle soit botanique-morphologique-physique ou
hydrologique-hydraulique, la ligne des hautes eaux se rattache à une cote d’élévation. C’est
d’ailleurs le cadre de référence utilisé par Gilbert98 dans ses études de corrélation concernant la
ligne des hautes eaux. La méthode scientifique adoptée est d’abord basée sur la métrologie et la
topométrie. Y sont inclus non seulement l’analyse d’erreurs instrumentales, mais aussi l’analyse de
l’incertitude inhérente au sujet du levé et la propagation d’erreur dans le calcul de quantités
dérivées. Grâce à la topométrie, la position de tous les éléments dignes d’intérêt est mesurée dans
un espace tridimensionnel P ( x, y , z ) en rapport à des systèmes de référence planimétriques (x,y) et
altimétriques (z). L’ensemble des éléments, chacun rattaché à une position, forme un modèle,
représentation la plus fidèle possible de la réalité. Des éléments de nature hydraulique tels que des
sections transversales sont conservés au sein d’un même modèle que des éléments de nature
51
De façon générale, la méthodologie adoptée suit l’esprit de la Figure 1.5 reprise en tant que Figure
3.1.
Groupe d’indicateurs A
Levés Levés
Pente
Altitude (h)
Rugosité
Position (x,y)
Section transversale
Pour chacun des sites, l’aire du bassin versant drainé est obtenue auprès du MDDEP. La nouvelle
relation hydrologique empirique établie au chapitre 2 est utilisée afin d’y estimer le débit de la crue
98
H. GILBERT, op. cit., note 16.
52
moyenne. Des levés d’arpentage fournissent, quand à eux, la description des caractéristiques
hydrauliques nécessaires à la transformation du débit estimé en hauteur d’eau. Ils permettent
simultanément la mise en œuvre de l’approche botanique-morphologique-physique pour laquelle
l’altitude et la position d’indicateurs-terrain sont mesurées. Les indicateurs d’altitude similaire sont
regroupés. Les résultats sont comparés à ceux de l’approche hydrologique-hydraulique sur la base
de la mesure d’élévation.
Ainsi, neufs sites sur sept rivières différentes ont été choisis, ils correspondent à :
Le Tableau 3.1 présente ces sites, leur localisation, ainsi que certaines de leurs caractéristiques. Les
sites se trouvent tous à l’intérieur de la région géographique identifiée à la section 1.5. Tous les
bassins versants, excepté ceux de la rivière aux Pommes et du site Saint-Jacques 1, sont dominés
par une occupation agricole. Le bassin versant de la rivière aux Pommes est principalement
forestier. Une portion importante du bassin versant du site Saint-Jacques 1 est de nature urbaine.
Les contraintes de sécurité restreignent la superficie de bassin versant drainé des sites à 200 km2 et
moins. Parmi les sites sélectionnés, très peu présentent une nature totalement naturelle préférable
lors de l’application des considérations botaniques, morphologiques et physiques. Cette limitation
53
est conforme aux observations de Gilbert99 concernant l’artificialisation du lit et des rives des cours
d’eau méridionaux québécois. Certains sites sélectionnés présentent des éléments perturbateurs en
ce qui concerne l’écoulement des eaux; il faudra s’en éloigner au maximum pour appliquer la
méthode pente-section reposant sur une hypothèse d’écoulement uniforme. La configuration des
petits cours d’eau pour lesquels la cote de récurrence de 2 ans est connue en est la principale cause.
En effet, les nombreux seuils et changements de pente fréquents font en sorte que les observations
doivent être réalisées à proximité des stations hydrométriques, seuls lieux où la cote de récurrence
de 2 ans est connue dans le cas de rivières instrumentées100. Pour les rivières ayant fait l’objet d’une
étude hydrologique-hydraulique complète, la connaissance des cotes sur l’ensemble du parcours
permet de sélectionner des lieux plus adéquats. Par contre, peu d’études hydrologiques-
hydrauliques traitant du niveau de récurrence de 2 ans sur de petits bassins versants étaient
disponibles au moment du choix des sites.
99
Id.
100
Les nombreux changements de pente, de régime d’écoulement et les nombreux seuils font en sorte qu’il est
difficile de reporter la cote déterminée à la station hydrométriques à des sites situés loin en amont et en aval.
Un tel report est beaucoup plus aisé sur un lac ou la pente est nulle ou sur un cours d’eau plus important où la
pente est relativement uniforme.
Nature
Rivière Aire Provenance de la cote de
bassin Artificialisation / structures / propriétés des sites
(MRC) km2 récurrence de 2 ans
versant
Rive gauche naturelle / présence de matériaux de remplissage rive
Mascouche Hydrométrie ancienne
18.9 Environnement Canada 02OA030
Agricole droite / présence d’herbes, quelques arbustes et arbres sur les rives
(Mirabel)
/ présence de ponts / seuil en aval / site dans un bief rectiligne
Talus anthropiques agricole et résidentiel sur toute la longueur /
Dauphine Hydrométrie actuelle CEHQ
25.0 120201
Agricole berges fortement artificialisées / seuil en aval, pont en amont /
(L’Île d’Orléans)
site dans un bief rectiligne
Site naturel, lit non rectifié / présence importante d’herbes,
Belle Hydrométrie ancienne Agricole /
28.0 Environnement Canada 02OA025
arbustes et arbres / pont en aval / site soumis à des courbures du
(Mirabel) village
bief
Lit rectifié / Talus agricole rive gauche / rive droite habitée /
Boyer-Sud Hydrométrie actuelle CEHQ présence d’une petite plaine d’inondation naturelle / herbes,
61.9 023002
Agricole
(Bellechasse) arbustes et quelques arbres / pont et rapides en aval / site dans un
bief principalement rectiligne
Lit non rectifié / rive gauche exhaussée (remplissage) / rive droite
Agricole /
(2) 93.0 Rapport PDCC 16-010 naturelle vaste plaine d’inondation / herbes, arbustes et arbres
village
Saint- nombreux / site dans un bief rectiligne
Jacques 93.0 Agricole / Lit non rectifié / vastes plaines d’inondation / herbes, arbustes et
(3) 101 Rapport PDCC 16-010
(Roussillon village arbres nombreux / pont en aval / site dans un bief courbé
/ Rive gauche vaste plaine d’inondation, degré d’artificialisation
Champlain) 183. Agricole / difficile à évaluer / rive droite artificialisée – parc urbain /
(1) Rapport PDCC 16-017
0 urbain quelques herbes, peu d’arbustes et d’arbres / site dans un bief
légèrement courbé / présence d’un pont
Une portion aval des rives très artificialisées / portion amont plus
Pommes 102. Hydrométrie actuelle CEHQ Forestier /
050812
naturelle / présence de pilier de vieux pont et viaduc /
(Portneuf) 0 agricole
rétrécissement en aval / site dans un bief relativement rectiligne
Lit non rectifié / rive gauche totalement naturelle / rive droite talus
Boyer 195. Hydrométrie actuelle CEHQ
023004
Agricole anthropique agricole / rapides relativement loin en aval / site sans
(Bellechasse) 0
un bief courbé
Tableau 3.1 Description des sites de l'étude
101
Ce deuxième site se trouve à près de 4 kilomètres en amont du premier. Pourtant, le rapport PDCC 16-010 juge que les apports en eau entre les deux sites sont
négligeables.
3.1.3. Structure du chapitre
La mise en œuvre de l’approche mixte proposée implique une large part de mesures terrain. De
telles mesures sont indispensables à l’application de l’approche botanique-morphologique-physique
et au volet hydraulique de l’approche hydrologique-hydraulique. Des manipulations préalables ont
d’abord été réalisées afin de déterminer les instruments, dispositifs et modes opératoires adéquats
lors du levé des paramètres hydrauliques et des indicateurs-terrain sur de petits cours d’eau à très
faible pente. Ces manipulations préalables sont :
Or, pour mener une analyse numérique, il faut connaître les erreurs instrumentales, donc avoir
choisi l’instrumentation, les dispositifs et les modes de levé. La détermination des procédures
terrain se révèle être un processus itératif; la structure du chapitre s’en trouve largement affectée.
présente les installations d’un levé typique. Deux parcours de nivellement de deuxième ordre102 sont
réalisés entre chacune des stations permettant de transférer une altitude aux stations de référence et
de sécurité à partir de la station principale, et ce, avec une cohérence inférieure à 0.003 mètre.
L’ensemble des analyses est d’abord réalisé dans ce système d’élévation arbitraire. Par contre, la
validation implique un rattachement au système altimétrique propre à la station hydrométrique ou à
l’étude hydrologique-hydraulique de référence. Ce rattachement est effectué par deux parcours de
nivellement de deuxième ordre sur les repères fournis par les organismes responsables. Pour tous
les sites instrumentés, la distance de rattachement est inférieure à 150 mètres. Ainsi, le rattachement
produit une incertitude inférieure à 0.0025 mètre. Pour les trois sites étudiés par le PDCC, le
rattachement est fait au réseau géodésique au moyen d’observations GPS statiques double-
fréquence produisant une incertitude de l’ordre de 0.02 mètre.
102
Voir : GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, Instructions relatives à la détermination de l’altitude de points
planimétriques par nivellement géométrique. Québec : Ministère des Ressources naturelles : Service de la
géodésie, 1999.
57
relevé est mesuré à l’aide d’une station totale103 Leica TC-1000 en mode direct/renversé. L’annexe
C traite des erreurs standards inhérentes au levé par station totale. On peut y observer que
l’instrument et le mode d’opération sélectionnés garantissent une erreur standard planimétrique
inférieure à 0.0042 mètre et une erreur standard altimétrique inférieure à 0.0074 mètre dans le
référentiel matérialisé par la station principale (en considérant que l’ensemble du levé est réalisé à
partir de la station principale). Dans un référentiel altimétrique établi à l’axe de la lunette, l’erreur
standard altimétrique ne dépasse pas 0.0055 mètre. Les sections 3.3.2 et 3.4.2 étudient
spécifiquement l’erreur inhérente à la méthode botanique et aux manipulations hydrauliques. La
justification de l’instrumentation et du mode opératoire sélectionnés y est présentée. Notons que
certaines mesures furent prises à partir des autres stations de travail, à l’aide de récepteurs GPS
double-fréquence en mode RTK ou de mesure de nivellement. Ces dernières ont pour objectif
d’examiner, lorsque possible, des lieux en amont ou en aval du tronçon d’étude. Par contre,
l’incertitude de ces mesures est différente et il faut en tenir compte dans les analyses.
Un dispositif simple et efficace permettant de mettre en correspondance la surface d’eau et une mire
de nivellement a d’abord été développé (Figure 3.3). Il s’agit d’une tige filetée biseautée à l’une de
ces extrémités enfoncée dans le lit du cours d’eau, près de la berge, de manière à ce que l’extrémité
supérieure se trouve tout juste sous la surface. Le boulon correspondant est ensuite installé à
l’extrémité et ajusté soigneusement à la surface grâce aux filets. La mire est installée à l’extrémité
supérieure du boulon et retenue par trépied et serre. Ce dispositif a été testé pour différentes pentes
de cours d’eau. À partir d’une même tige, trente ajustements sont réalisés en retirant complètement
le boulon entre chacun. Le Tableau 3.2 présente l’erreur standard en altitude trouvée pour chacune
des pentes ainsi que les erreurs provoquées par un nivellement aller-retour de deuxième ordre
réalisé entre deux surfaces d’eau pour des distances de 60 et 100 mètres. Plusieurs cheminements
permettent de réduire cette incertitude.
103
Une station totale est un instrument combinant télémètre électronique et théodolite électronique permettant
la mesure simultanée d’une direction et d’une distance, soit le levé par rayonnement. Voir : Roger
DUQUETTE et Ernert P. LAUZON, Topométrie générale, Troisième édition, Les Éditions de l’École
Polytechnique de Montréal, 1996.
58
Boulon
ajustable
0.30 m à 0.75 m
selon la nature Dispositif de
du substrat stabilisation
ajustable
Erreur Erreur
Erreur standard
Pente nivellement de nivellement de
(m)
60 m (m) 100 m (m)
0.0002 0.0005 0.0022 0.0028
0.0005 0.0006 0.0022 0.0028
0.001 0.001 0.0025 0.0030
0.002 0.002 0.0035 0.0039
0.004 0.005 0.0074 0.0076
Avec l’augmentation de la pente, la surface du cours d’eau devient moins lisse, le boulon plus
difficile à ajuster et l’erreur standard en élévation augmente. Par contre, la dénivelée augmente
également et l’erreur prend alors moins d’importance.
59
Les deux prochaines sections décrivent plus en détail les procédures liées à chacune des deux
approches testées.
Approche botanique-morphologique-
physique simplifiée
Observation d’indicateurs
botaniques, morphologiques et
physiques
Regroupements
Groupe d’indicateurs A
Groupe d’indicateurs B
Groupe d’indicateurs C
Levés
Altitude (h)
Position (x,y)
Ces éléments sont d’abord levés le long des transects, puis complétés par des mesures
ponctuelles afin de bonifier le levé.
Pour isoler ces erreurs, le levé a été effectué à l’aide d’un niveau Wild NA-2000 installé à proximité
du détail à observer (entre 10 et 30 mètres). La cible est un ruban invar gradué aux millimètres
apposé sur un jalon de levé traditionnel. Un tel dispositif implique une erreur instrumentale (de
l’ordre d’un à deux millimètres) plus que négligeable face à l’erreur d’appréciation recherchée.
Deux observateurs apprécient chaque détail et positionnent le jalon tel qu’il le serait dans le cas
d’un levé traditionnel. La différence d’altitude est calculée à partir des mesures effectuées sur le
ruban invar. Le Tableau 3.3 présente le sommaire de cette opération.
Moyenne Écart-
Nature n des écarts type
(cm) (cm)
Limite végétative Horiz 62 7.13 1.79
Limite supérieure mousses Vert 31 3.92 1.15
Limite inférieure lichens Vert 30 3.97 1.35
Limite usure structure Vert 18 3.06 0.75
Limite supérieure/inférieure
marques sur les arbres
Vert 34 3.96 1.35
Limite supérieure plage Horiz 31 4.35 1.42
Limite supérieure débris /
limite inférieure litière de Horiz 22 5.18 1.50
sous-bois
Haut échancrure Horiz 32 4.87 1.38
Bas échancrure Horiz 32 4.28 1.49
Changement de pente / haut
et bas de talus
Horiz 27 5.95 1.54
Total 319
Au total, 319 détails ont été mesurés sur trois rivières; 114 sont des marques sises le long de
surfaces verticales, 205 sont des détails au sol. Pour un détail en particulier, l’écart moyen
d’appréciation de ce détail en élévation entre deux observateurs distincts varie de 3.06 centimètres à
7.13 centimètres. Pour chacune des rivières, des biefs variant entre 50 et 200 mètres ont fourni
suffisamment d’indicateurs (entre 20 et 60) afin d’isoler deux à quatre niveaux significatifs.
rapport à l’erreur inhérente à l’appréciation du détail. Habituellement, on juge qu’une erreur relative
de l’ordre de 0 à 15% peut être jugée négligeable. Pour un levé mené à partir de la station principale
sur des distances inférieures à 150 mètres, l’incertitude instrumentale peut atteindre 0.0055 mètres
(voir Annexe C). Le Tableau 3.4 présente le rapport de l’erreur instrumentale maximale sur la
moyenne des écarts présentée au Tableau 3.3.
Erreur
Moyenne
instrumentale
des écarts Rapport
maximale
(cm)
(cm)
Limite végétative 7.1 0.55 0.08
Limite supérieure mousses 3.9 0.55 0.14
Limite inférieure lichens 4.0 0.55 0.14
Limite usure structure 3.1 0.55 0.18
Limite supérieure/inférieure
marques sur les arbres
4.0 0.55 0.14
Limite supérieure plage 4.4 0.55 0.13
Limite supérieure débris /
limite inférieure litière de 5.2 0.55 0.11
sous-bois
Haut échancrure 4.9 0.55 0.11
Bas échancrure 4.3 0.55 0.13
Changement de pente / haut et
bas de talus
6.0 0.55 0.09
Le rapport des erreurs est inférieur à 0.15 pour tous les types de détails sauf les « limites d’usure sur
les structures ». L’utilisation de la station totale TC-1000 en mode direct/renversé est jugée
adéquate au levé des indicateurs-terrain lors de la mise en œuvre de la méthode indicateurs-terrain.
Les détails du type « limite d’usure sur structure » sont levés en exécutant deux visées en mode
direct/renversé garantissant un rapport d’erreur se situant sous la barre du 0.15.
importante dans la mise en œuvre de la Politique. La Figure 3.5 illustre le rôle des équations de la
méthode pente-section au sein de l’approche mixte proposée.
Approche hydrologique-hydraulique
simplifiée
Aire du bassin
versant
A
Calculs Relation Q = f ( A) adaptée
aux petits bassins versants
Débit de la crue
moyenne B
Calculs Équations pente-section en
mode itératif
Cote de récurrence de
2 ans approximative
Pente
Levés Rugosité
Section transversale
[Link].Sections transversales
Les cours d’eau étudiés étant de petite envergure, la méthode de levé proposée pour les sections
transversales est le passage à gué. Il s’agit d’une méthode rapide et peu exigeante au niveau des
ressources et installations; la Figure 3.6 en témoigne.
104
GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, op. cit., note 41.
65
La section (Figure 3.7) est modélisée par une série de points correspondant aux changements de
pente et autres modifications morphologiques significatives. Ces points sont reliés par des
segments. Le nombre de points nécessaires à une représentation adéquate de chaque section varie
entre 10 et 25105.
À chacun des sites, un minimum de deux sections est levé afin de s’assurer de la constance du bief.
Pour les sites où des éléments perturbateurs sont présents (principalement Dauphine, Boyer-Sud et
Pommes), un plus grand nombre de sections sont levées en commençant à proximité de l’élément
perturbateur, puis en s’en éloignant. Cette opération a pour but de rechercher le lieu à partir duquel
l’hypothèse d’écoulement uniforme est adéquate. La Figure 3.8 illustre cette démarche; elle
présente six sections levées sur la rivière aux Pommes. La section 1 constitue le profil de vieux
piliers de ponts affectant l’écoulement du cours d’eau. À mesure que l’on s’éloigne de cet élément,
le profil des sections se réajuste jusqu’à ce qu’il devienne constant. La distance entre chacune des
sections est de l’ordre de dix à quinze mètres.
105
Ce nombre est principalement tiré de l’étude de rapports du PDCC et du Programme de Cartographie des
zones inondables.
66
Une première mesure de pente est effectuée lors des levés estivaux de 2005 où plusieurs cours d’eau
se trouvent en condition d’étiage relativement sévère. Pour obtenir un portrait du cours d’eau dans
des conditions plus « normales », une seconde mesure de pente est réalisée dans des conditions
automnales (octobre 2005).
D’autre part, le profil longitudinal de l’ensemble du cours d’eau est tracé à partir de la cartographie
fondamentale 1:20000 de la BDTQ. Deux pentes sont extraites de ce profil : une pente
cartographique pour la région du site d’étude et la pente moyenne de l’ensemble du cours d’eau. La
pente cartographique de la région du site est obtenue en ne considérant que les deux courbes de
niveau les plus rapprochées (une en aval et une en amont). La pente moyenne de l’ensemble du
67
cours d’eau est déterminée en respectant l’esprit D’Anctil et al106 : on recherche la pente de la droite
pour laquelle la somme des aires inférieures et supérieures est égale. La Figure 3.9 traite de cette
approche.
Profil longitudinal
80
75 A1+A2=A3
A2
70
65
Dénivelée (m)
Pour chacun des sites, les équations de Lacey et Manning sont utilisées avec les quatre pentes
présentées précédemment.
[Link].Coefficient de rugosité
Pour l’application de l’équation de Manning, le coefficient de rugosité est déterminé en utilisant les
valeurs proposées par Chow107 qui sont reprises dans la plupart des manuels d’hydraulique. La
section d’écoulement est partitionnée verticalement selon la rugosité du lit, des berges et des plaines
d’inondation comme le proposent Munson, Young et Okiishi108. Cette méthodologie fait l’objet de
la Figure 3.10.
106
F. ANCTIL et autres, note 35, pp. 45-46.
107
Ven T. CHOW, Open Channel Hydraulics, New York, McGraw-Hill, 1959.
108
Bruce R. MUNSON, Donald F. YOUNG, Theodore H. OKIISHI, Fundamentals of fluid mechanics, New
York, Jonh Wiley and Sons, 2003.
68
Qtot = Q1 + Q2 + Q3
Q2 Q3
Q1
Pour chacune de ces régions, un débit partiel est calculé; le débit total s’écoulant à travers la section
étant la somme des débits partiels.
[Link].Équations
Soit y = f ( x1 , x 2 ,...x n ) , l’incertitude sur y est fonction de l’incertitude sur x1 , x2 , …, xn. Le
théorème général de propagation d’erreur est alors :
∂f ∂f ∂f
σy = σ x1 + σ x 2 + ... + σx Équation 3-1
∂x1 ∂x 2 ∂xn n
La propagation d’erreur dans les équations pente-section est nécessaire afin de valider
l’instrumentation et le mode opératoire. Les équations de Lacey et Manning peuvent être exprimées
par un nombre restreint de paramètres :
En soumettant chacune des ces équations au théorème général de propagation d’erreur, les
contributions à l’erreur sur le débit est déterminé pour chacun des paramètres et compilé au Tableau
3.5.
69
∆H
s= Équation 3-4
D
2 2
⎛ σ ⎞ ⎛ − ∆Hσ D ⎞
σ s = ⎜ ∆H ⎟ + ⎜ 2
⎟ Équation 3-5
⎝ D ⎠ ⎝ D ⎠
L’incertitude sur la dénivelée mesurée inclut l’incertitude sur la mise en coïncidence à la surface
d’eau et l’incertitude propre au nivellement entre ces deux surfaces, elle dépend du nombre de
répétitions n :
En ce qui concerne l’incertitude sur la distance séparant les deux surfaces d’eau, elle varie selon que
le bief soit rectiligne ou affecté d’une certaine courbure. Pour un bief rectiligne, D est la distance
rectiligne entre les deux points de surface considérés et la précision associée à cette mesure est de
l’ordre d’un à cinq centimètres (deux points relevés grâce à une station totale). Pour un bief courbé,
70
la distance à considérer est celle suivant la courbe au centre du cours d’eau. Pour déterminer cette
distance, des points de levés sont pris de part et d’autre du plan d’eau. Deux courbes concentriques
sont ajustées aux deux séries de points. La courbe centrale est tracée et sa longueur mesurée. En
répétant cette procédure vingt fois sur un même bief, on estime σ D = 0.30 mètre.
• σ A est tiré d’une analyse numérique réalisée sur la section en considérant les erreurs
standards maximales trouvées à l’annexe C, soit l’erreur planimétrique maximale et
l’erreur planimétrique maximale lors d’un levé en mode direct/renversé par l’instrument
TC-1000;
• σ P est tiré du même type d’analyse que σ A ;
• σ s est calculé en utilisant l’équation 3-5 pour des distances de 60 et 100 mètres;
• σ n est fixée à 0.005, puis à 0.01.
Chacune des contributions à l’erreur sur le débit est calculée, puis transformée en hauteur d’eau à
l’aide des équations pente-section.
Le Tableau 3.6 présente l’incertitude en hauteur d’eau (en mètre) introduite par l’incertitude sur
l’aire de la section d’écoulement, et ce, pour les différents cours d’eau et différentes pentes
hypothétiques.
Tableau 3.6 Incertitudes (m) en hauteur d’eau produites par l’incertitude sur l’aire de la section
d’écoulement
Pentes Équation de Lacey Équation de Manning
Dauphine Boyer- Pommes Boyer Dauphine Boyer- Pommes Boyer
sud sud
0.0001 0.01 Imposs109 0.01 0.01 Nég Imposs Nég Nég
0.0002 0.01 0.01 0.01 0.01 Nég 0.01 Nég Nég
0.0005 0.01 Nég 0.01 0.01 0.01 0.01 0.01 Nég
0.0010 0.01 Nég 0.01 0.01 0.015 0.01 0.01 Nég
0.0020 0.01 Nég 0.01 0.01 0.015 0.01 0.01 0.01
0.0040 0.01 Nég 0.01 0.01 0.02 0.015 0.015 0.01
Ainsi, pour de petits cours d’eau, le levé des sections transversales en mode direct/renversé à l’aide
d’une station totale TC-1000 produit des erreurs en hauteurs inférieures à 0.02 mètre pour des
pentes comprises entre 0.0001 et 0.004. Cette procédure est donc jugée adéquate.
Tableau 3.7 Incertitudes (m) en hauteur d’eau produites par l’incertitude sur la pente; 4 nivellements
de 60 mètres
Pentes Équation de Lacey Équation de Manning
Dauphine Boyer- Pommes Boyer Dauphine Boyer- Pommes Boyer
sud sud
0.0001 0.025 Imposs 0.025 0.02 0.01 Imposs 0.02 0.02
0.0002 0.01 0.015 0.015 0.01 0.01 0.015 0.01 0.01
0.0005 Nég Nég Nég Nég Nég 0.01 Nég Nég
0.001 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
0.002 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
0.004 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
109
Une pente de 0.0001 conduit à une hauteur d’eau impossible dans le cas de la rivière Boyer-Sud.
72
Tableau 3.8 Incertitudes (m) en hauteur d’eau produites par l’incertitude sur la pente; 4 nivellements
de 100 mètres
Pentes Équation de Lacey Équation de Manning
Dauphine Boyer- Pommes Boyer Dauphine Boyer- Pommes Boyer
sud sud
0.0001 0.03 Imposs 0.025 0.02 0.02 Imposs 0.02 0.02
0.0002 0.01 0.02 0.015 0.01 0.015 0.02 0.01 0.01
0.0005 Nég 0.01 Nég Nég Nég Nég Nég Nég
0.001 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
0.002 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
0.004 Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég Nég
Dans tous les cas, quatre trajets aller-retour permettent de réduire la contribution à l’erreur
altimétrique à moins de 0.03 mètre. Par mesure de sécurité, huit trajets aller-retour sont menés à
l’ensemble des sites de l’étude.
Tableau 3.9 Incertitudes (m) en hauteur d’eau produites par une erreur de 0.005 pour le coefficient de
rugosité
Pentes Équation de Manning
Dauphine Boyer- Pommes Boyer
sud
0.0001 0.06 Imposs 0.08 0.08
0.0002 0.07 0.07 0.09 0.09
0.0005 0.07 0.09 0.10 0.10
0.001 0.08 0.11 0.11 0.12
0.002 0.09 0.12 0.13 0.14
0.004 0.10 0.13 0.15 0.16
Ces incertitudes passent environ au double pour une erreur de 0.01 dans le coefficient de Manning.
Il s’agit donc du paramètre influant le plus fortement sur l’erreur finale dans la méthodologie
proposée. En effet, l’estimation du coefficient est réalisée par un non-initié dans des conditions qui
peuvent différer des conditions réelles d’inondation. Ces constatations peuvent possiblement
73
expliquer pourquoi l’équation de Manning n’est pas retenue dans le Guide pour déterminer et
délimiter les zones inondables.
Ce dernier chapitre a présenté la méthodologie générale suivie afin de valider l’approche mixte
proposée soit la mise en œuvre en parallèle des approches botanique-morphologique-physique et
hydrologique-hydraulique à neuf sites réels pour lesquels on connaît le niveau de récurrence de 2
ans. On y a traité de l’instrumentation, des dispositifs et des modes opératoires de levé. Les
approches botanique-morphologique-physique et hydrologique-hydraulique retenues ont ensuite été
décrites en prenant soin de valider les méthodes de levé. On y a démontré que l’incertitude produite
par les méthodes de levé est négligeable pour les cours d’eau considérés dans la présente étude,
permettant donc des analyses significatives en ce qui concerne les résultats. Les résultats et leur
interprétation constituent d’ailleurs le chapitre qui suit, soit le chapitre 4.
4. Résultats, analyse et interprétation
Le quatrième et dernier chapitre traite des résultats découlant de l’application de l’approche
botanique-morphologique-physique et de l’approche hydrologique-hydraulique aux neuf sites du
Tableau 3.1. Ces résultats sont d’abord exposés et analysés séparément pour chacune des approches,
puis de façon jointe. Une telle démarche permet d’identifier les possibilités et les insuffisances de
chacune d’elles et d’évaluer la contribution d’une approche mixte. Dans l’éventualité où l’approche
mixte ne permettait pas de déterminer adéquatement la ligne des hautes eaux recherchée, une telle
démarche pourra cibler l’endroit où la procédure fait défaut. Les résultats sont d’abord analysés
pour ce qu’ils apportent à eux seuls, et ensuite en lien avec les caractéristiques des sites
préalablement identifiées au Tableau 3.1. Ainsi l’analyse peut être qualifiée de synthétique et
phénoménologique.
Approche botanique-morphologique-
physique simplifiée
Observation d’indicateurs
botaniques, morphologiques et
physiques
Regroupements
Groupe d’indicateurs A
Groupe d’indicateurs B
Groupe d’indicateurs C
Altitude (h)
Position (x,y) Levés
Les résultats détaillés concernant l’observation des indicateurs-terrain sont présentés en annexe D,
E et F. Les indicateurs-terrain ordonnés en fonction de leur élévation et leur regroupement font
l’objet de l’annexe D. Un extrait de l’annexe D est présenté en Figure 4.2.
La colonne (1) correspond au numéro de point assigné au détail lors du levé par angle et distance.
La colonne (2) est l’élévation de ce détail reportée à la section transversale de référence (section
transversale pour laquelle la cote de récurrence de 2 ans est connue) à l’aide de la mesure de pente.
La colonne (3) identifie le détail, alors que la colonne (4) en indique sont type : botanique (B),
morphologique (M) ou physique (P). La colonne (5) spécifie l’endroit où le détail se situe, c'est-à-
dire le numéro de section et le côté de la rive110. La colonne (6) indique les détails de type toujours
plus haut et toujours plus bas tel que décrit à la section 3.3.1. La référence aux images de l’annexe F
est réalisée à la colonne (7). Finalement, les statistiques sur les groupes d’indicateurs formés font
l’objet de la colonne (8). On y retrouve le nombre d’indicateurs (n), les altitudes minimales et
110
La rive droite corresponds à celle qui se situe à droite lorsqu’on observe le cours d’eau de l’amont vers
l’aval.
76
maximales du groupe, l’étendu (∆h) du groupe (différence en altitude entre min. et max.) ainsi que
la moyenne des altitudes. Pour former ces listes, les indicateurs sont placés en ordre croissant
d’altitude (l’altitude reportée à la section de référence), puis les groupes sont formés. Deux critères
sont utilisés pour former les groupes : la nature des indicateurs et l’écart en altitude entre les
indicateurs consécutifs. Ainsi, un changement végétatif A associé au point de levé 142 fera partie
du même groupe qu’un second changement végétatif A mesuré en aval à l’aide du GPS. D’autre
part, lorsque l’écart entre deux indicateurs consécutifs est significatif, deux groupes sont formés. Un
écart minimal de 0.15 mètre est utilisé en tant que seuil. À titre de référence, deux éléments
supplémentaires sont ajoutés à cette liste : le Niveau de récurrence de 2 ans et la Cote modélisée.
Le Niveau de récurrence de 2 ans est le niveau réel associé à une crue de récurrence de 2 ans tel
que déterminé par les observations hydrologiques et la relation niveau-débit fournie par l’organisme
responsable. La Cote modélisée est le niveau obtenu en utilisant l’approche hydrologique-
hydraulique constituant le côté gauche de la Figure 1.5.
L’annexe E illustre la position des indicateurs-terrain sur les sections transversales111 mesurées lors
des levés d’arpentage. La numérotation donnée aux indicateurs lors des levés terrain est utilisée
comme clé primaire, c’est-à-dire comme élément permettant de faire le lien avec l’annexe D. La
Figure 4.3 constitue un extrait de l’annexe E. Chacun des points formant la section transversale y
sont reliés par des lignes pleines. Les points du levé considérés comme des indicateurs-terrain sont
identifiés par des losanges. À l’intérieur de chacune des sections, le Niveau de récurrence de 2 ans
(y compris les intervalles de confiances calculés au chapitre 2 (voir section 2.3.1)) est tracé. En
marge des sections, la Cote modélisée est représentée au moyen d’un tireté différent. L’annexe F
regroupe, quant à elle, certains clichés représentatifs des levés terrain.
Par exemple, considérons la limite inférieure des lichens orangés trouvée sur un arbre de la rive
gauche de la section 3 et à laquelle le numéro 126 a été attribué. Ce numéro permet de retracer ce
détail au sein de l’annexe E. D’autre part, la liste de l’annexe D fait référence à la photographie
Mas3 (annexe F); la Figure 4.4 reprend cette photographie.
111
Les sections transversales constituent également des transects puisque les indicateurs-terrain sont d’abord
levés le long de ceux-ci, puis de façon ponctuelle en guise de complément.
77
Niveau de récurrence
de 2 ans (et intervalles
Cote modélisée de confiance)
Profil de la section
transversale
Indicateurs-terrain
Les résultats détaillés des annexes D, E et F sont abordés de manière synthétique dans les sections
qui suivent.
78
Pour l’ensemble des sites, la répartition des indicateurs en fonction de leur nature est de l’ordre de :
25% botanique, 55% morphologique, 20% physique. Les indicateurs liés à la morphologie des rives
sont ceux dont le nombre identifié par le non-expert est le plus considérable. Par contre, le nombre
d’indicateurs botaniques recensés n’est pas négligeable. Ceux-ci constituent plus de 20% des
indicateurs trouvés pour 7 des 9 sites de l’étude. Pour les rivières Boyer-Sud et Dauphine, la
proportion est respectivement réduite à 11% et 16%. Il s’agit des sites dont les rives sont le plus
artificialisées (tableau 3.1). Tel qu’il a été anticipé, en l’absence d’indices botaniques, les
indicateurs morphologiques et physiques prennent plus d’importance et permettent de former des
groupes d’indicateurs d’altitude similaire. Il s’agit d’un avantage non négligeable des méthodes
simplifiées sur la méthode botanique experte développée par le ministère du Développement
durable de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) difficilement applicable à de tels sites. En fait,
parmi l’ensemble des sites de l’étude, seulement trois (Belle, Saint-Jacques 2 et Saint-Jacques 3)
présentent un caractère quasi naturel. Cette réalité confirme les observations de Gilbert112
concernant le très haut niveau d’artificialisation des rives des cours d’eau méridionaux restreignant
le domaine d’application des identifications végétales absolues.
De l’ensemble des indicateurs de nature botanique, 30% sont des mousses ou lichens, 51% sont des
changements végétatifs pour lesquels les espèces ne sont pas identifiées et seulement 19% sont des
limites de distribution d’espèces identifiées. Parmi les espèces indicatrices proposées dans la
79
méthode botanique simplifiée du MDDEP, seulement 5 ont été identifiées aux neuf sites : vigne des
rivages (raisin sauvage), calamagrostide du Canada (foin bleu), populage des marais, mousses et
lichen gris.
Tel qu’il a été anticipé, l’introduction de la notion de « changement végétatif » permet d’augmenter
significativement le nombre d’indicateurs botaniques considérés par le non-expert. Cette adaptation
apportée à la méthode botanique simplifiée du MDDEP ne peut être réalisée que dans le cadre d’une
approche mixte où plusieurs niveaux significatifs peuvent être considérés. Elle s’appuie sur la
méthode botanique experte qui enseigne que la ligne des hautes eaux se situe inévitablement à la
disparition ou l’apparition d’une ou plusieurs espèces (voir chapitre 1).
Dans la majorité des cas, chaque site produit de 3 à 5 groupes distincts. Les trois sites de la rivière
Saint-Jacques font exception à cette règle. Il s’agit des trois seuls sites autour desquels de vastes
plaines d’inondation ont préalablement été identifiées (Tableau 3.1). Pour ces trois sites, des
indicateurs ont été observés en nombre suffisant sous et au niveau de débordement. Par contre, peu
d’indicateurs sont trouvés le long des plaines de débordement pour lesquelles les transitions sont
longues et difficilement identifiables par œil non avisé.
En général, des groupes comprenant entre 5 et 17 indicateurs sont formés. L’étendue des groupes
varie principalement entre 0.10 et 0.30 mètre en termes d’élévation. Il faut en déduire que
l’incertitude naturelle et intrinsèque liée aux groupes formés et donc à la méthode peut atteindre
0.30 mètre. Cette incertitude correspond d’ailleurs à celle évoquée par le frère Marie-Victorin dans
son rapport traitant de la détermination des crues printanières du lac Coulonge113. Ainsi, les niveaux
significatifs déterminés par observation d’indicateurs-terrain le long de cours d’eau
112
H. GILBERT, op. cit., note 16.
113
FRÈRE MARIE-VICTORIN, op. cit., note 34.
Tableau 4.2 Groupes d'indicateurs d'altitude similaire
La Figure 4.5 reprend une partie de la Figure 4.1 en y illustrant les relations existant entre deux
groupes d’indicateurs-terrain consécutifs typiques. L’écart en altitude entre les moyennes de
groupes consécutifs varie généralement entre 0.35 et 1.35 mètre (deuxième colonne du tableau 4.2).
Pour les sites de l’étude, il n’existe pas de relation entre l’amplitude de cet écart et la superficie du
bassin versant. En d’autres mots, l’écart en altitude entre les niveaux significatifs est indépendant de
la taille du cours d’eau. Par contre, la dimension restreinte de l’échantillon (n=9) fait en sorte
qu’aucune généralisation ne peut pas être posée.
Regroupements
Groupe d’indicateurs A
Groupe d’indicateurs B
De tels résultats confirment que l’observation d’indicateurs-terrain par un non-expert ne conduit pas
directement à la ligne des hautes eaux, mais permet plutôt d’identifier un certain nombre de niveaux
significatifs correspondant à des groupes d’indicateurs d’altitude similaire. Cette constatation est en
accord avec les observations préliminaires que j’ai effectuées en juin 2005 ainsi qu’avec les
82
connaissances diffusées par Cole114 et le Army Corps of Engineers115. L’approche mixte préconisée
est donc de mise pour les intervenants oeuvrant en aménagement du territoire tels les inspecteurs
municipaux, les aménagistes et les arpenteurs-géomètres.
Botanique
• Les mousses ne sont pas significatives (exemple, image Bel 7 en annexe F): la limite
supérieure des mousses sur les arbres (côté sud du tronc) telle qu’observée par un non-
expert peut aussi bien se trouver à une altitude supérieure où inférieur au niveau
recherché;
• La crue de deux ans se situe habituellement sous la limite inférieure des lichens gris
sur les arbres : deux exceptions (deux sites différents) ont été relevées; dans les deux cas,
l’erreur due à l’interprétation du détail (environ 0.04 mètre selon le tableau 3.3) et
l’intervalle de confiance associé à la crue de récurrence de 2 ans ne permettent pas
d’expliquer cet écart. Les lichens orangés (exemple, image Mas 4 en annexe F) sont
présents à des altitudes moindres que les lichens gris. Leur limite inférieure se trouve
généralement au-dessus du niveau de 2 ans, plus près que les lichens gris (exemple image
114
G.M. COLE, op. cit., note 32.
115
US ARMY CORPS OF ENGINEERS, op. cit., note 33.
Tableau 4.3 Relations élémentaires existant entre le niveau de récurrence de 2 ans et les indicateurs-terrains pris seuls et en groupes (1/2)
Mascouche Dauphine Belle Boyer-Sud
Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes
-Au cœur d’un groupe, intervalles -Au cœur d’un groupe, intervalles -Au cœur d’un groupe, intervalles -Au cœur d’un groupe, intervalles
de confiance inclus: de confiance inclus: de confiance inclus: de confiance inclus:
• Changement végétatif important • Indicateurs morphologiques • Changement végétatif; • Changement végétatif (populage
(2 identifications: vigne et foin (échancrures et changement de • Indicateurs morphologiques des marais);
bleu); pente); (limite supérieure de plaine • Indicateurs morphologiques;
• Indicateurs morphologiques; • Un changement végétatif mineur d’inondation / bas de talus);
détecté; • Indicateurs physiques (délaissé de
crue et dépôts de sédiments);
Niveau 2 ans vs indicateurs Niveau 2 ans vs indicateurs Niveau 2 ans vs indicateurs Niveau 2 ans vs indicateurs
Tableau 4.4 Relations élémentaires existants entre le niveau de récurrence de 2 ans et les indicateurs-terrains pris seuls et en groupes (2/2)
Pommes Boyer Saint-Jacques 2 Saint-Jacques 3 Saint-Jacques 1
Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes Niveau 2 ans vs groupes
-Au cœur d’un groupe, intervalles -Au cœur d’un groupe, -Majorité des indicateurs -Majorité des indicateurs -Au cœur du seul groupe
de confiance inclus: intervalles de confiance trouvés situés sous le trouvés situés sous le trouvé:
• Changement végétatif; inclus: niveau de 2 ans; niveau de 2 ans; • Limite supérieure
• Indicateurs morphologiques • Changement végétatif quenouille;
(changement de pente); (populage des marais); • Indicateurs
• Indicateurs physiques multiples; • Indicateurs morphologiques
morphologiques (changement de pente);
(changement de pente);
Niveau 2 ans vs indicateurs Niveau 2 ans vs Niveau 2 ans vs Niveau 2 ans vs Niveau 2 ans vs
indicateurs indicateurs indicateurs indicateurs
Botanique
• Mousses non significatives; Botanique Botanique Botanique Botanique
• Plus bas que minimum lichen • Plus bas que minimum • Une observation de • Au-dessus de la limite • Mousses non
gris; lichen gris; lichen gris sous le niveau supérieure de distribution significatives;
• Plus bas que limite de distribution de 2 ans; de la vigne de rivage;
de la vigne de rivage;
Physique Physique Physique Physique Physique
• Au-dessus de la limite supérieure • Au-dessus de la limite • Au-dessus de la limite • Au-dessus de la limite
de sol dénudé; supérieure de sol supérieure de sol dénudé; supérieure de sol dénudé;
• Situé entre le minimum et le dénudé; • Situé entre le minimum
maximum des marques des glaces et le maximum des
sur les arbres; marques des glaces sur
• Marques sur deux ponts les arbres;
différents, égales au niveau de 2
ans pour un et sous le niveau de 2
ans pour l’autre;
Morphologique Morphologique Morphologique Morphologique Morphologique
• Plus ou moins confiné au lit • Au-dessus de la limite • Au-dessus de la limite • Au-dessus de la limite • Au-dessus de la limite
principal; supérieure du lit supérieure du lit supérieure du lit supérieure du lit
principal; principal; principal; principal;
Bel 7 en annexe F). Par contre, il fut trouvé plus de cas où des lichens orangés se situent
sous la cote de récurrence de 2 ans, les rendant moins significatifs;
• Une identification végétale seule ne suffit pas : par exemple, la limite de distribution de
la vigne des rivages (exemple image 3SJ 5 en annexe F) fut trouvée trop basse (Saint-
Jacques 3), à la bonne altitude (Mascouche), et trop haute (Pommes);
Physique
• La crue de deux ans se situe au-dessus de la limite supérieure de sol dénudé (limite
de plage) : vrai dans tous les cas recensés (exemple, image Pom 3);
• La crue de deux ans se situe à l’intérieur de l’intervalle formé par le minimum et le
maximum des marques laissées par les glaces sur les arbres : il faut considérer tous les
arbres d’un secteur (tronçon de 100 mètres et plus), recenser pour chacun la marque la
plus haute et la plus basse, et finalement ne conserver que les valeurs minimale et
maximale parmi toutes celles relevées (exemple, images 3SJ 3 et 3SJ 7);
• Un indicateur physique seul ne suffit pas : par exemple, pour le site Pommes, des
marques sont trouvées sur deux structures. Pourtant les altitudes de ces éléments sont
différentes. Une d’elles correspond au niveau de crue de récurrence de deux ans (image
Pom 6 en annexe F) alors que la seconde se situe près de 50 centimètres plus bas (image
Pom 5 en annexe F).
Morphologique
Du côté morphologique, les tableaux 4.3 et 4.4 ne fournissent aucun isomorphisme général. Pour
certains sites, le niveau de crue de récurrence de deux ans se situe au-dessus des limites supérieures
du lit principal (assimilé à la limite foncière telle que représentée à la Figure 1.1), correspondant
donc à un état de débordement. Par contre, pour d’autres sites, ce même écoulement demeure
confiné au lit principal pour les deux rives ou une seule d’entre elles. À première vue, la définition
conceptuelle générale de la ligne des hautes eaux exposée à la Figure 1.1 peut s’en trouver
fragilisée. En effet, de tels constats laissent croire qu’en certaines occasions, cette limite
environnementale pourrait se trouver sous le niveau de débordement du cours d’eau. Par contre, une
analyse phénoménologique tenant compte du niveau d’artificialisation du cours d’eau permet d’y
poser un regard plus éclairé :
• Pour les rives identifiées comme naturelles116 au Tableau 3.1, la définition conceptuelle
générale est respectée; le niveau de crue de récurrence de 2 ans surpasse les limites
supérieures du lit principal du cours d’eau.
• Pour les rives ayant vu leur configuration modifiée par intervention humaine117, que les
modifications proviennent de travaux généraux de rectification du cours d’eau ou de
116
Mascouche : rive gauche; Belle : deux rives; Pommes : deux rives de la section 7; Boyer : rive gauche,
Saint-Jacques 2 : rive droite; Saint-Jacques 3 : deux rives.
117
Les images Bsu 10 et Bsu 11 illustre la rectification exécuté aur la rivière Boyer-Sud.
86
manipulations locales, les deux cas cités précédemment se présentent. Dans certains
cas118, les travaux réalisés ont eu pour effet de confiner la crue de récurrence de 2 ans sous
les limites supérieures du lit. Dans certains cas119, les travaux produisent une rive qui
respecte, par endroits, la définition conceptuelle générale. Il semble même exister des
cas120 où le cours d’eau s’est réajusté ou est en voie de l’être.
Profil modifié
Niveau de
récurrence de 2
ans
Ancien Profil
Les isomorphismes dégagés à la présente section respectent, pour la plupart, les indications de la
méthode botanique simplifiée diffusées par le MDDEP dans le guide Délimitation de la ligne des
hautes eaux : Méthode botanique simplifiée121 et celles proposées par le frère Marie-Victorin dans
son expertise sur le lac Coulonge122. Ces observations indiquent cependant qu’un indicateur seul n’a
aucune valeur peu importe sa nature. Plusieurs indicateurs de nature différente doivent être
considérés puisque certains d’entre eux sont associés à des récurrences différentes pour des sites
différents. Il fut également trouvé que l’observation des mousses sur les arbres par un non-expert
mène à des résultats non significatifs. Le frère Marie-Victorin considère les mousses aquatiques et
118
Dauphine : deux rives; Boyer-Sud : rive gauche à l’exception des section 6 et 7 qui semblent avoir échappé
aux travaux de rectification; Pommes : deux rives des sections 1 à 6.
119
Boyer-Sud : rive droite.
120
Mascouche : rive droite; Boyer.
121
L. GRATTON et autres, op. cit., note 18.
122
FRÈRE MARIE-VICTORIN, op. cit., note 34.
87
semi-aquatiques comme des indicateurs prépondérants afin de déterminer le niveau des crues
printanières. Cependant, il note que les mousses peuvent être confondantes pour un non-expert
puisqu’il en existe plusieurs types dont seulement quelques-unes sont réellement utiles lors de la
recherche du niveau printanier de crue. Finalement, ce chapitre nous enseigne que l’artificialisation
des rives du cours d’eau, ou plutôt la non-artificialisation, doit être prise en compte puisqu’elle
permet de prévoir si la crue de récurrence de 2 ans surpasse les limites supérieures du lit principal
(associées à la limite foncière).
Pour sept sites (Mascouche, Dauphine, Belle, Boyer-Sud, Pommes, Boyer, Saint-Jacques 1) sur
neuf, le niveau de récurrence de 2 ans se situe en plein cœur d’une des bandes d’altitude formées à
partir du regroupement d’indicateurs d’altitude similaire. Parmi ces sept sites, des intervalles de
confiances sont disponibles pour six d’entre eux123. Dans tous les cas, l’intervalle de confiance est
compatible avec les limites du regroupement d’indicateurs, éliminant ainsi toute ambiguïté. Le
groupe d’indicateurs « gagnant » contient toujours un changement végétatif (7/7) et se situe à
proximité d’accidents morphologiques significatifs (7/7). De plus, il contient parfois des indicateurs
physiques (2/7). Ainsi, en général, pour des cours d’eau drainants des bassins versants aussi petits
que 18.9 km2, l’observation d’indicateurs botaniques, morphologiques et physiques permet
d’identifier quelques groupes d’indicateurs formant des bandes d’altitude significative dont une
correspond au niveau atteint par la crue de récurrence de 2 ans. Malgré le fait que la crue de
récurrence de 2 ans des petits cours d’eau soit liée à une action érosive de plus courte durée que
pour les plus grand cours d’eau, elle produit néanmoins des traces bien identifiables sur le terrain.
De telles observations militent en faveur de l’extension de la corrélation vérifiée par Gilbert124 pour
des bassins versants drainant moins de 350 km2. Cette extensibilité s’explique en partie par le fait
123
Pour les trois sites situées sur la rivière Saint-Jacques, le niveau de récurrence de 2 ans est directement
tirée des études du PDCC qui y ont été réalisées. Les études du PDCC n’évaluent pas d’intervalles de
confiance pour les cotes fournies.
124
H. GILBERT, op. cit., note 16.
88
que, contrairement à la théorie classique, les crues journalières des petits cours d’eau québécois
semblent survenir majoritairement durant la fonte printanière des neiges125. Ainsi, les crues
journalières des petits cours d’eau se dérouleraient dans des conditions similaires à celles des plus
grands, notamment en ce qui a trait à la présence de glaces flottantes.
Par contre, pour les sites Saint-Jacques 2 et 3, le niveau de crue de récurrence de 2 ans se situe à une
élévation supérieure à celles de l’ensemble des groupes d’indicateurs-terrain formés. Il correspond à
un débordement dans de vastes plaines d’inondation à très faible pente. À l’intérieur de ces
plaines d’inondation, aucun accident morphologique significatif n’a été trouvé. Des transitions
végétatives y sont difficilement perceptibles par le non-expert. Dans de telles zones, les indicateurs
disponibles pour le non-expert se limitent aux mousses, lichens et indicateurs physiques. Or, la
section [Link] nous enseigne que :
• L’observation des mousses par un non-expert ne conduit pas à des résultats significatifs;
• Les lichens et la plupart des indicateurs physiques se situent rarement au niveau de crue de
récurrence de 2 ans. Par contre, ils fixent des limites minimales et maximales quant à
l’élévation de celui-ci.
Dans de telles conditions, l’approche mixte proposée fera défaut. En effet, les méthodes
hydrologiques et hydrauliques produiront une valeur approximative de la cote de récurrence de 2
ans qui ne pourra être reliée à aucun niveau significatif. Le non-expert doit y être très prudent, y
examiner l’artificialisation des rives, la limite supérieure du lit principal (limite foncière) et les
indices physiques liés à un débordement.
Pour les sites Saint-Jacques 2 et Saint-Jacques 3, des indicateurs physiques (usure sur les arbres,
dépôts de sédiments, marques laissées par les glaces) et mousses ont en effet été trouvés dans les
vastes plaines d’inondations. Jumelés au caractère naturel des rives (qui nous indique que le niveau
de récurrence de 2 ans correspond à un état de débordement, qu’il est situé au-dessus de la limite
foncière) et au fait que seulement deux niveaux significatifs y ont été trouvés, ces indices doivent
éveiller des soupçons chez le non-expert. Il s’agit ici de deux sites où les approches simplifiées ne
permettent pas de cibler un groupe d’indicateurs précis. Elles peuvent tout de même y identifier des
niveaux minimal et maximal probables pour la crue de récurrence de deux ans (par l’utilisation des
isomorphismes de la section [Link], par exemple la limite inférieure des lichens gris, la limite
supérieure des marques d’usure sur les arbres et la limite supérieure du lit principal).
125
À ce sujet, consulter le chapitre 2 et l’annexe B démontrant que la crue de récurrence de 2 ans (basée sur
des observations journalières) survient dans plus de 80% en période de fonte des neiges.
89
Approche hydrologique-hydraulique
simplifiée
Aire du bassin
versant
A
Incertitude Calculs Relation Q = f ( A) adaptée
aux petits bassins versants
partielle A
+ Débit de la crue
moyenne
B
Incertitude Calculs Équations pente-section en
mode itératif
partielle B
=
Cote de récurrence de
Incertitude combinée 2 ans approximative
Pente
Levés Rugosité
Section transversale
Chacune des manipulations A et B étant des méthodes approximatives, elles introduisent toutes
deux une incertitude dans le processus d’estimation de la crue de récurrence de 2 ans. L’amplitude
de ces incertitudes est examinée pour chacun des sites de l’étude en termes de hauteur d’eau.
de récurrence de 2 ans réel préalablement connu, on obtient l’incertitude produite par l’équation 2-6
(équation A, Figure 4.7) en termes de hauteur d’eau. Le Tableau 4.5 présente l’incertitude partielle
A aux sites de l’étude.
Tableau 4.5 Incertitudes (en hauteur d'eau) introduites lors de la prédiction du débit aux sites de
l’étude
Niveau de Niveau de
Station / Aire récurrence récurrence Incertitude
Rivière
Rapport (km2) de 2 ans de 2 ans (m)
réel (m) estimé (m)
02OA030 Mascouche* 18.9 67.88 67.73 -0.15
120201 Dauphine* 24.9 29.74 29.79 +0.05
02OA025 Belle* 28.0 67.55 67.56 +0.01
023002 Boyer-Sud* 61.9 49.06 49.18 +0.12
PDCC 16-010 Saint-Jacques2* 93.0 20.88 20.80 -0.08
PDCC 16-010 Saint-Jacques3* 93.0 24.11 24.03 -0.08
050812 Pommes 102 49.02 49.48 +0.46
PDCC 16-017 Saint-Jacques1 183 12.07 - -
023004 Boyer* 195 48.52 48.43 -0.09
Le bassin versant de la rivière aux Pommes étant majoritairement forestier, la relation 2-6 y produit
une erreur considérable. Tel qu’il a été anticipé, l’équation 2-6 produit une incertitude plus grande
sur les bassins versants non agricoles même si ceux-ci appartiennent à la région d’étude ciblée par
cette dernière. Pour ce qui est du site Saint-Jacques 1, la cote de récurrence de 2 ans y est
déterminée au rapport PDCC 16-017 par calibration d’une courbe de remous; la courbe de tarage
demeure donc inconnue rendant impossible le calcul de l’incertitude produite par l’équation 2-6. La
reproductivité des résultats trouvés au Tableau 4.5 est vérifiée en examinant l’incertitude produite
par l’équation 2-6 sur les stations hydrométriques du Tableau 2.4.
Tableau 4.6 Incertitudes (en hauteur d'eau) introduites lors de la prédiction du débit aux autres
stations hydrométriques
Aire Incertitude
Station Rivière
(km2) (m)
052229 Saint-Esprit* 208 +0.15
02OE018 Hall* 220 -0.08
024013 Bécancour* 227 -0.07
030262 Saint-Germain* 280 +0.25
030415 Huron* 309 -0.40
030316 David* 316 -0.17
050701 Portneuf* 331 +0.23
030421 Acadie 345 +0.11
023701 Petite riv. Chêne* 356 -0.20
91
Parmi les stations du Tableau 4.6, tous les bassins versants drainant moins de 230 km2 de territoire
exhibent une incertitude du même ordre de grandeur que pour les sites de l’étude (environ 20 km2 à
200 km2). Par contre, l’incertitude sur la prédiction dépasse 0.20 mètre pour trois sites appartenant à
l’intervalle 280-360 km2. Notons qu’il s’agit de sites pour lesquels une légère variation de débit
entraîne une variation importante de la hauteur d’eau. Il est probable que les groupes d’indicateurs
qui s’y trouvent soient plus distants les uns des autres en termes d’élévation. Cette théorie mériterait
d’être vérifiée au sein d’études subséquentes.
Aucune pente n’a été mesurée sur la rivière Mascouche lors des levés effectués à l’été 2005
puisqu’un barrage de castors situé en aval faussait le profil du cours d’eau (Annexe F image MAS
6). De plus, la pente estivale mesurée au site Saint-Jacques 1 est négative. Lors de cette mesure, il
fut d’ailleurs noté que le courant semblait étrangement être inversé (aval vers amont). L’étude des
niveaux d’eau mesurés sur la voie maritime du Saint-Laurent, démontre que ce plan d’eau d’ordre
supérieur influence l’hydraulique de la rivière Saint-Jacques au site 1 situé à 0.45 kilomètre de cette
92
Les pentes mesurées localement au moyen du dispositif présenté à la section 3.2.3 sont
significativement plus faibles que les pentes tirées de la cartographie fondamentale 1 :20000. Il ne
faut cependant pas s’en étonner. Les pentes cartographiques incluent les seuils et sections de rapides
alors que les pentes locales sont mesurées sur des tronçons pour lesquels l’écoulement est souhaité
uniforme, excluant donc ces variations brusques dans le profil du cours d’eau. La différence entre
les pentes estivales et automnales est faible. En général, la pente moyenne (BDTQ) est plus forte
que la pente de la région d’étude établie à partir des deux courbes de niveau les plus rapprochées du
site (BDTQ). Ceci s’explique par le fait que la portion du cours d’eau située le plus en amont
possède habituellement une pente forte influençant la mesure de la pente moyenne.
La première constatation face aux résultats de l’annexe G concerne la différence entre les altitudes
produites par les équations de Lacey et de Manning. L’équation de Lacey produit une altitude plus
près de la réalité dans tous les cas, sauf à une occasion où Lacey performe moins bien que Manning
d’une marge de seulement trois centimètres. Trois facteurs peuvent expliquer cette réalité :
93
Le Tableau 4.8 présente les résultats qui ne proviennent que de l’utilisation de l’équation de Lacey;
il s’agit donc d’un extrait de l’annexe G.
Notons que pour le débordement dans de vastes plaines d’inondation, l’utilisation de l’équation de
Lacey sans partition de la section tel que proposé par le Guide pour déterminer et délimiter les
zones inondables127 conduit à une surestimation importante du niveau de crue de récurrence de 2
ans128. Pour remédier à cette lacune, la section transversale est partitionnée en trois parties distinctes
(plaine d’inondation gauche, lit principal, plaine d’inondation droite) tel que réalisé lors de
l’utilisation de l’équation de Manning. La Figure 4.8 illustre cette opération. Les valeurs du Tableau
4.8 sont celles obtenues grâce à une telle partition.
126
L’équation de Manning est plus sensible aux erreurs sur la pente puisque l’exposant associé à la pente est
½ par rapport à 1/3 pour l’équation de Lacey.
127
GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, op. cit., note 41.
128
En effet, le débordement dans de vastes plaines d’inondation amène une augmentation rapide du périmètre
mouillé pour de petites variations dans l’aire de la section d’écoulement. L’utilisation de l’équation de Lacey
sans partition fait en sorte que des portions de la section transversale très éloignées contribuent au
ralentissement de la vitesse d’écoulement dans le lit principal. Il semble que la réalité physique soit autre et
qu’une partition à la manière de la figure 3.8 soit plus adéquate dans ces cas.
94
Écoulement de
Écoulement
estival / automnal
Profil du lit
Pentes BDTQ
129
Seul le site Saint-Jacques 2 ne présente pas un tel comportement pour l’équation de Lacey. Pourtant,
l’équation de Manning entraîne, quand à elle, une surestimation du niveau de récurrence de 2 ans. Ceci
s’explique possiblement par le fait que la rugosité du lit au site Saint-Jacques 2 est très importante par rapport
à tous les autres sites étudiés. L’équation de Lacey ne permet pas de tenir compte de cette rugosité. Ainsi, le
site Saint-Jacques 2 présente possiblement un comportement similaire aux autres sites eu égard à la pente.
Cependant, ce comportement est probablement masqué par l’erreur engendrée par Lacey quand à la rugosité
du fond. Voir images 2SJ 1 et 2SJ 2 en annexe F.
130
Notons que la figure 4.8 représente les seuils de façon simplifiée.
95
Les débits instantanés mesurés aux stations hydrométriques en activité lors des mesures de pentes
locales sont présentés au Tableau 4.9.
Débit de
Débit été 2005 Débit automne
Site récurrence de 2
(m3/s) 2005 (m3/s)
ans (m3/s)
Dauphine 0.38 1.23 9.68
Boyer-Sud 0.37 2.29 18.22
Pommes 0.69 2.38 19.13
Boyer 1.42 5.23 62.07
Ces données confirment que les mesures de pente ont été réalisées pour des débits fort différents de
ceux constituant la crue de récurrence de 2 ans. En effet, les débits instantanés mesurés par les
stations hydrométriques en activité au moment des mesures de pentes estivales et automnales ne
représentent, dans tous les cas, moins de 15% du débit de la crue de récurrence de 2 ans. Ainsi,
l’hypothèse de l’erreur sur la pente est retenue puisqu’elle explique la meilleure performance de
l’équation de Lacey, la surestimation reliée aux pentes locales estivales et automnales ainsi que la
sous-estimation reliée aux pentes issues de la BDTQ tout en étant confirmée par les mesures de
débits instantanés.
De tels résultats ne sont pas surprenants. Or, l’objet de cette étude est d’évaluer les possibilités
offertes par une approche mixte qui doit à la fois être simple d’utilisation et expéditive afin d’être
appliquée rapidement par les intervenants du milieu dans leurs fonctions régulières. Dans un tel
contexte, l’utilisation de l’équation de Lacey avec les pentes locales est plus performante que
l’utilisation des pentes issues de la BDTQ qui engendrent des erreurs d’amplitude plus grande. Les
incertitudes alors produites aux sites de l’étude sont celles tramées en gris au Tableau 4.8. Elles
varient entre 0.06 et 0.22 mètre pour les pentes automnales et entre 0.06 et 0.25 mètre pour les
pentes estivales.
récurrence de 2 ans estimé. Ce débit estimé est utilisé conjointement à l’équation de Lacey (une
des relations B, Figure 4.7), à la mesure de pente locale (estivale et automnale) et à la section
transversale appropriée pour produire le Niveau de récurrence de 2 ans modélisé ou Cote
modélisée. Ce niveau est comparé au niveau de récurrence de 2 ans réel préalablement connu pour
déterminer l’incertitude combinée de l’ensemble du processus (Tableau 4.10).
Automne
Site (sections) Été 2005
2005
Mascouche (moy. S3-S4) - -0.15
Dauphine (moy. S6-S7) +0.18 +0.16
Belle (moy. S1 à S3) +0.26 +0.23
Boyer-Sud (moy. S3-S5) +0.33 +0.28
Saint-Jacques 2 (moy. S1-S2) -0.18 -0.20
Saint-Jacques 3 (S4) -0.04 -0.05
Pommes (S7) +0.74 +0.70
Boyer (moy. S2-S3) +0.13 +0.12
L’amplitude des incertitudes du Tableau 4.10 est légèrement supérieure à celle obtenue de la
somme des tableaux 4.5 (incertitudes provenant des manipulations hydrologiques) et 4.8
(incertitudes provenant des manipulations hydrauliques). Cet excédant constitue l’incertitude
supplémentaire occasionnée par l’utilisation d’un débit erroné dans l’équation de Lacey. Un tel
excédant étant faible, les tableaux 4.5 et 4.8 fournissent une estimation fidèle de la contribution à
l’erreur de chacune des deux manipulations de l’approche hydrologique-hydraulique.
Pour les cours d’eau drainant les bassins versants de nature agricole étudiés, l’imprécision sur la
prédiction du niveau atteint par la crue de récurrence de 2 ans au moyen de l’approche
hydrologique-hydraulique peut atteindre 0.30 mètre pour les pentes automnales et 0.35 mètre pour
les pentes estivales. Tout comme pour l’approche botanique-morphologique-physique, la ligne des
hautes eaux déterminée par l’approche hydrologique-hydraulique seule possède un domaine
d’incertitude. La Figure 4.10 intègre ces résultats à la représentation conceptuelle de l’approche
hydrologique-hydraulique.
97
Manipulation hydrologiques et
hydrauliques (A et B figure 4.4)
± 0.30 m ± 0.35 m
(automne) (été)
Cote de récurrence
de 2 ans
approximative
Notons que la recherche de l’ordre de grandeur de cette incertitude constituait un des objectifs de la
présente recherche. En effet, aucune source documentaire traitant de celle-ci n’avait été trouvée lors
de la recension des écrits.
Groupe d’indicateurs A
Groupe d’indicateurs C
0.10 m
0.35 m (écart min. 0.30 m
entre la moyenne des 0.25 m (erreur hydrologique-
groupes) hydraulique maximale automne)
Niveau de récurrence
Groupe d’indicateurs B
de 2 ans réel
(groupe correspondant au niveau de
récurence de 2 ans réel)
131
Se référer à l’écart entre la moyenne de groupes consécutifs pour les différents sites de l’étude au tableau
4.2.
99
Parmi les rivières à bassin versant agricole de l’étude, l’application de l’approche mixte en utilisant
la sélection par proximité à la moyenne conduit à :
La sélection adéquate d’un groupe d’indicateurs unique (celui correspondant à la crue de récurrence
de 2 ans) nécessite une incertitude hydrologique-hydraulique plus faible que celle trouvée dans la
présente étude. L’imprécision liée aux manipulations hydrologiques est aléatoire. Elle est
intrinsèque au choix du modèle sélectionné pour estimer la crue moyenne (régression basée sur un
seul paramètre) et à la disponibilité des données hydrologiques (longueur restreinte des
enregistrements de débit). Elle pourrait possiblement être réduite en intégrant un plus grand nombre
de paramètres à l’équation (au détriment de la simplicité d’utilisation) et/ou en patientant quelques
années afin d’allonger les séries de débits disponibles. Cependant, il fut trouvé par le passé que
l’intégration de paramètres supplémentaires n’améliore pas signativement la prédiction du débit de
récurrence de 2 ans, autant pour les grands cours d’eau132 que les plus petits133. D’autre part, la
Politique est actuellement intégrée à plusieurs règlements municipaux. Est-il réaliste de retarder
tous les projets pour lesquels la connaissance de la ligne des hautes eaux est applicable jusqu’à ce
que la nature nous procure plus de mesure de débits?
L’imprécision liée aux manipulations hydrauliques est, quant à elle, systématique; la cause en a
d’ailleurs été déterminée. Ainsi, c’est d’abord à elle qu’il faudra s’attaquer dans le futur. La
réduction de cette imprécision passe inévitablement par l’observation du cours d’eau à des périodes
où l’écoulement est plus représentatif des conditions de crue (au détriment du caractère expéditif
débit d' observation
recherchée au départ). Il faudra donc déterminer, le rapport minimal
débit de récurence de 2 ans
permettant de réduire suffisamment l’imprécision hydraulique et/ou y intégrer d’autres méthodes de
transformation du débit en hauteur d’eau telle l’élaboration de courbes de tarage (partielles ou
complètes). Or de telles études nécessitent la participation d’équipe de jaugeage et une planification
132
F. ANCTIL et autres, loc. cit., note 42.
133
S. BOUCHER et autres, op. cit., note 60.
100
serrée des périodes d’observation. Elles dépassent donc le cadre du présent mémoire, mais devraient
être envisagées pour le futur.
À titre d’information, mentionnons que de telles modifications à l’approche mixte appliquée dans la
présente recherche réduiront significativement le caractère expéditif du processus. Le tableau 4.11
illustre cette réalité.
Tableau 4.11 Nombre d'occurrences pour certaines valeurs de débits journaliers à la station 023004 au
cours de l'année 2004
Occurrences Occurrences
Total
Débit (m3/s) crue crue autres
d’occurrences
printanière périodes
≥ 60 1 1 0
≥ 50 3 2 1
≥ 40 5 4 1
≥ 30 9 8 1
≥ 20 21 16 5
≥ 15 30 21 9
≥ 10 42 27 15
En examinant l’ensemble des débits journaliers annuels mesurés sur de petits cours d’eau, on
remarque qu’au cours d’une année, très peu d’événements se rapprochant de la crue moyenne se
produisent. Par exemple, pour l’année 2004, la station 023004 (rivière Boyer) a enregistré des
débits journaliers supérieurs à 30 m3/s à seulement 9 occasions dont une seule à l’extérieur de la
période de la crue printanière (le débit de la crue de récurrence de 2 ans est de 62.07 m3/s). Le
nombre d’occurrences diminue avec une augmentation du débit considéré.
La Figure 4.13 présente, le long de deux axes des élévations (h), les résultats de l’approche
botanique-morphologique-physique et ceux de l’approche hydrologique-hydraulique et ce, pour les
sites Mascouche, Dauphine, Belle, Boyer-Sud et Boyer. Les sites Saint-Jacques 2, Saint-Jacques 3,
Pommes et Saint-Jacques 1 constituent des cas particuliers d’application. L’axe de gauche soutient
les groupes d’indicateurs formés et l’axe de droite, la cote de récurrence approximative issue
l’approche hydrologique-hydraulique en incluant l’incertitude qui lui est associée (constante de
+ou- 0.30 mètre).
En ne conservant que les groupes dont une portion se trouve à l’intérieur du domaine d’incertitude
hydrologique-hydraulique, le nombre de groupes à considérer est réduit134. Le Tableau 4.12 traite de
cette opération.
134
En d’autres mots, les groupes d’indicateurs-terrain dont l’étendu n’intersecte pas de l’intervalle de
confiance associé à la cote modélisée sont rejetés. La notion de rejet est ici intimement liée à la théorie des
ensembles.
Figure 4.13 Résultats schématisés de l'approche mixte
L’utilisation des relations hydrologiques et hydrauliques permet de réduire considérablement le
nombre de groupes identifiés par les observations botaniques, morphologiques et physiques. Or,
l’utilisation des isomorphismes dégagés à la section [Link] permet aussi de réduire de nombre de
groupes. Pour procéder, il faut examiner la liste ordonnée des indicateurs (annexe D) et trouver
ceux fixant des limites minimales et maximale probables pour la ligne environnementale
recherchée. Le Tableau 4.13 traite de cette opération.
Groupes Justification
Site
rejetés
Situés sous ou au même niveau que la limite supérieure
Mascouche A-B
du lit principal (limite foncière), rive naturelle
Dauphine - -
Situés sous la plus basse marque laissée par les glaces
Belle A-B
sur les arbres
Situé sous la plus basse marque laissée par les glaces sur
Boyer-Sud A
les arbres
Boyer D Situé au-dessus de la limite inférieure des lichens gris
Groupe d’indicateurs A
Limites maximales des Rejet
marques des glaces
Groupe d’indicateurs B
Limites maximales du
Rejet Groupe d’indicateurs C Cote de récurrence de
lit principal
2 ans approximative et
domaine d’incertitude
Dans plusieurs cas, un seul groupe est isolé. Par contre, en d’autres circonstances, plus d’un groupe
devront être considérés. Dans ces cas, l’intervalle d’altitude rattachée à la ligne des hautes eaux,
c’est-à-dire son domaine d’incertitude, est plus grand. Il correspond alors à la différence entre la
limite maximale du groupe supérieur et la limite minimale du groupe inférieur. La Figure 4.15
illustre l’intervalle d’altitude associé à la ligne des hautes eaux dans le cas d’une sélection unique et
d’une sélection multiple.
Groupe d’indicateurs A
Domaine d’incertitude de
la LHE (limite
Domaine d’incertitude de environnementale)
la LHE (limite
environnementale) Groupe d’indicateurs B
Groupe d’indicateurs B
Notons que pour plusieurs cas d’application de la Politique, des domaines d’incertitude
relativement grands peuvent être tolérés. Par exemple, un inspecteur municipal constatant qu’un
bâtiment se situe à l’extérieur de la bande de protection riveraine lorsqu’il utilise la limite
supérieure du domaine d’incertitude de la ligne des hautes eaux issue d’une sélection multiple
(extrémité supérieure de la flèche située du côté gauche de la figure 4.13) sera pleinement satisfait.
105
Notons finalement qu’en certaines circonstances, le recours à l’approche mixte entraînera une
incertitude plus grande que l’utilisation de l’approche hydrologique-hydraulique seule (par exemple
pour le point b. de la liste précédente). Or, tel qu’il a été expliqué à la section 1.2.3, une telle
démarche ne correspond pas à la définition première de la ligne des hautes eaux exprimée par le
texte de la Politique. L’acceptation par les tribunaux demeure donc incertaine.
D’autre part, la mise en œuvre de la l’approche mixte sur de petits cours d’eau québécois a souligné
deux problématiques pratiques en relation avec l’application de la Politique que nous tenterons
d’éclaircir au moyen de discussions supplémentaires.
Profil modifié
Niveau de
récurrence de 2
ans
Ancien Profil
Une proportion considérable des petits cours d’eau situés dans la région d’étude ont vu leur profil
être modifié par intervention humaine dans le passé. Bien qu’elle touche tous les types de cours
d’eau, cette situation est critique chez les petits cours d’eau agricoles. En effet, on estime135 qu’au
tournant des années 2000, environ 30 000 km linéaires de cours d’eau agricoles avaient été
« améliorés » ou créés136 au Québec. Ces travaux ont été entrepris par les propriétaires, les
corporations municipales ou les divers ministères ayant comme responsabilité d’intervenir en
matière d’agriculture. Jusqu’en 1940, la plupart de ces travaux étaient réalisés manuellement, très
souvent par les propriétaires eux-mêmes. À partir de 1945, on note une forte recrudescence des
travaux mécaniques exécutés par le ministère de l’Agriculture. La Commission royale d’enquête sur
l’agriculture dont le rapport fut rendu public en 1967 encouragea fortement les travaux
« d’amélioration » des cours d’eau agricoles. On y évaluait que le drainage des terres était le facteur
le plus limitatif à l’expansion agricole au Québec. Parmi les recommandations de ce rapport,
certaines sont sans équivoque :
Qu’une impulsion énergique soit donnée aux travaux d’aménagement des cours d’eau.
Les travaux avaient comme objectif de faciliter l’agriculture en bordure des cours d’eau, réduire
l’érosion et augmenter la vitesse d’évacuation de l’eau au niveau des terres en culture. Pour ce faire,
on procédait à l’élimination des méandres, au remplissage des plaines d’inondation et au creusage
du lit principal. De nombreuses périodes d’aménagement intense des cours d’eau ont été recensées,
parmi celles-ci, certaines sont récentes : 1974-1978 et 1983-1986138. Par la suite, les travaux ont
progressivement été réduits; d’une part puisque l’ensemble du domaine cultivable fut jugé
adéquatement drainé et d’autre part à cause des préoccupations environnementales grandissantes au
sujet de ces travaux.
135
R. BEAULIEU, op. cit., note 29, p. 4.
136
En effet, les travaux d’aménagement de cours d’eau ne touchent pas seulement des cours d’eau naturels,
mais aussi un grand nombre de « fossés verbalisés », créé de main d’homme pour améliorer le drainage
agricole. Beaulieu estime qu’environ 10 000 km linéaires de cours d’eau sont dans cette catégorie.
137
Nolasque APRIL, L’évolution de l’agriculture et le développement économique du Québec, 1946 à 1976 :
rapport de la Commission royale d’enquête sur l’agruculture au Québec. Gouvernement du Québec, 1967.
138
R. BEAULIEU, op. cit., note 29, p. 3.
107
Depuis le 22 février 1989, la réalisation de travaux dans le lit d’un cours d’eau à débit régulier ou
intermittent est assujettie à l’obtention d’un certificat d’autorisation du MDDEP139 ou d’un permis
municipal140. Les travaux menés sans l’obtention de ces autorisations sont considérés illégaux, peu
importe leur auteur. Les autorités administratives possèdent le pouvoir de s’adresser aux tribunaux
pour faire respecter ces dispositions législatives et réglementaires141. Si une telle éventualité se
produisait, la ligne des hautes eaux à considérer pour l’application des normes de la Politique serait
celle qui existait sur le cours d’eau avant la réalisation des travaux. Pour reconstituer cette limite
maintenant disparue, il faut l’observer à des endroits non modifiés en amont et en aval et y
déterminer une cote qui sera ajustée au site d’intérêt en fonction de la pente du cours d’eau. Cette
cote ajustée pourra être reportée au sol par procédés photogrammétriques en utilisant des
photographies aériennes antérieures à la modification. Il faut cependant demeurer conscient que ces
manipulations peuvent engendrer une marge d’erreur considérable.
Pour les travaux antérieurs au 22 février 1989, il faut se référer à la réglementation municipale
d’urbanisme qui prévalait à l’époque de réalisation des travaux. Les travaux menés en contradiction
aux dispositions d’un règlement municipal doivent être traités selon la même procédure que ceux
exposés au paragraphe précédent. Par contre, la situation est différente pour les travaux menés à une
époque où aucun règlement municipal ne limitait les interventions dans le lit des cours d’eau. Les
règlements adoptés subséquemment à ces travaux ne peuvent avoir d’effet sur de tels travaux. En
effet, en vertu du principe de non-rétroactivité des lois, on ne doit pas interpréter une disposition
législative de façon à porter atteinte aux situations déjà constituées142, à moins que le législateur
n’ait manifesté une intention contraire, et ce, en autant qu’il soit autorisé à le faire143. Ainsi, la ligne
des hautes eaux à considérer pour l’application de la Politique est celle qui est trouvée sur le terrain
en considérant le lit modifié. Dans ces cas, les travaux auront eu pour effet de déplacer la ligne des
hautes eaux avant que toute disposition ne la crée officiellement.
Notons que pour des travaux réalisés sans certificat d’autorisation entre 21 décembre 1972 et le 22
février 1989, le MDDEP pourrait toujours tenter d’invoquer le premier alinéa de l’article 22 de la
Loi sur la qualité de l’environnement déjà en vigueur à l’époque :
139
Loi sur la qualité de l’environnement, L.R.Q., c. Q-2, art. 22, al. 2.
140
Règlement relatif à l’application de la Loi sur la qualité de l’environnement, R.R.Q., c. Q-2, r. 3.1, art.1.
141
Loi sur la qualité de l’environnement, L.R.Q., c. Q-2, art.109.1.1; Loi sur l’aménagement et l’urbanisme,
L,R.Q., c. A-19.1, art 227 et 227.1.
142
Pierre-André CÔTÉ, Interprétation des lois, Cowansville, Éditions Yvon Blais, 1982 pp. 193 à 196.
143
Berthier BEAULIEU, Yaïve FERLAND et Francis ROY, L’arpenteur-géomètre et les pouvoirs
municipaux en aménagement du territoire et en urbanisme, Cowansville, Les Éditions Yvon Blais, 1995,
p.296.
108
Nul ne peut ériger ou modifier une construction, entreprendre l’exploitation d’une industrie
quelconque, l’exercice d’une activité ou l’utilisation d’un procédé industriel ni augmenter
la production d’un bien ou d’un service s’il est susceptible d’en résulter une émission, un
dépôt, un dégagement, ou un rejet de contaminants dans l’environnement ou une
modification de la qualité de l’environnement, à moins d’obtenir préalablement du ministre
un certificat d’autorisation144.
Il s’agit ici d’une interdiction générale d’entreprendre toute activité qui serait susceptible de polluer
ou dégrader l’environnement, peu importe le milieu. Or, à cette époque, on ne considérait pas de
tels travaux comme nuisibles à la qualité de l’environnement. Un juge serait donc peu enclin à
sanctionner ces travaux et limiter le droit des propriétaires, surtout en considérant l’ampleur des
travaux du même genre menés par le MAPAQ durant la même période.
Domaine d’incertitude
lié à la ligne des
hautes eaux
Limite maximale
Limite minimale
Figure 4.17 Choix de la ligne des hautes eaux à l’intérieur de son domaine d’incertitude
144
Loi sur la qualité de l’environnement, L.R.Q., c. Q-2, art. 22, al. 1.
109
Le choix de l’une ou l’autre des options entraîne un déplacement planimétrique dont l’ampleur varie
en fonction de la topographie des lieux.
Pour des cours d’eau modifiés légalement (voir section 4.4) et dont le lit fut creusé profondément
et/ou les berges exhaussées de façon importante, les valeurs minimales, centrales ou maximales du
domaine d’incertitude produisent trois versions de la ligne des hautes eaux qui, à peu de détails
près, se confondent. Cette situation est manifeste sur la rive gauche de la section 6 de la rivière
Dauphine tel qu’en témoigne la Figure 4.18.
Domaine d’incertitude
lié à la ligne des
hautes eaux 0.30 m
Limite maximale
Limite minimale
0.30 m
0.15 m 0.15 m
Cette dernière est bordée par un talus agricole anthropique fortement escarpé. Un déplacement
altimétrique de 0.30 mètre de part et d’autre de la valeur centrale du domaine d’incertitude
occasionne un déplacement planimétrique faible de l’ordre de 0.15 mètre. À la limite, ce
déplacement sera nul pour les rives bordées par des murs de soutènement verticaux légaux.
Par contre, le déplacement prend de plus en plus d’ampleur avec une diminution de la pente des
berges ceinturant le cours d’eau, et ce, en raison de l’effet multiplicateur de celle-ci. La Figure 4.19
illustre différentes situations.
Lorsque la pente est de 50%, une variation de 0.30 m en élévation (de a vers a’) entraîne un
déplacement horizontal de 0.60 m (de b vers b’). Si la pente est de 25%, la même variation en
altitude se traduit par un déplacement horizontal de 1.2 m; pour des pentes de 10%, 5% et 2%, ce
déplacement est respectivement de 3.0, 6.0 et 15.0 m. De tels déplacements sont significatifs. En
effet, un terrain initialement jugé adéquat à la construction résidentielle peut devenir non
constructible suivant des déplacements de cette ampleur.
Tableau 4.15 Déplacement planimétrique de la bande de protection riveraine lié à un écart de 0.30
mètre en altimétrie
Déplacement
Site (sections) planimétrique
(m)
Mascouche 0.1 à 3.5
Dauphine 0.3 à 4.7
Belle 0.5 à 5.0
Boyer-Sud 0.0 à 3.0
Saint-Jacques 2 0.4 à 8.0
Saint-Jacques 3 0.0 à 7.3
Pommes 0.1 à 1.5
Boyer 0.3 à 0.9
Or, le texte de la Politique est muet quant à l’attitude à adopter face à cette problématique. D’autre
part, les tribunaux n’ont pas été amenés, à ce jour, à se prononcer sur cette question.
111
Ainsi, à l’heure actuelle, le professionnel ayant pour mandat d’émettre son avis sur la position de la
bande de protection riveraine devrait informer le client de cette problématique et lui communiquer
l’ampleur des déplacements horizontaux pour la parcelle de territoire sous étude.
Conclusion
Cette recherche avait pour objet l’examen de l’une des difficultés d’application de la Politique de
protection des rives, du littoral et des plaines inondables, c’est-à-dire la détermination de la ligne
des hautes eaux le long des petits cours d’eau non instrumentés. Sur la base de la dualité attribuée
par la Politique à cette limite environnementale, un examen des possibilités offertes par la
botanique et par l’hydrologie-hydraulique a été effectué. Parmi les méthodes existantes, celles les
mieux adaptées à la détermination de la ligne des hautes eaux par un non-expert y ont été dégagées :
i) méthode botanique simplifiée du MDDEP; ii) Méthode hydrologique-hydraulique approximative
du ministère de la Sécurité Publique. Or, l’étude des avantages et insuffisances de ces dernières ont
mis en relief : i) qu’elles devaient être adaptées pour les petits bassins versants; ii) que l’utilisation
seule de l’une ou l’autre ne mènerait probablement pas à une ligne des hautes eaux dont la
scientificité ne pourrait être remise en doute. En guise d’hypothèse, il a été proposé qu’une
approche mixte adaptée aux petits bassins versants permettrait de réduire l’incertitude rattachée au
positionnement de la ligne des hautes eaux. La schématisation conceptuelle de cette approche
mixte est reprise ci-dessous.
Groupe d’indicateurs A
Levés Levés
Pente
Altitude (h)
Rugosité
Position (x,y)
Section transversale
113
Pour discriminer parmi les lignes multiples que produit l’observation d’indicateurs-terrain par un
non-expert, une relation hydrologique adaptée aux petits cours d’eau de la plaine du Saint-Laurent a
été établie. Combinée aux équations hydrauliques existantes, elle forme l’approche hydrologique-
hydraulique approximative. Afin de valider l’hypothèse, neuf sites ont été choisis. Il s’agit de sites
pour lesquels la cote de récurrence de 2 ans est préalablement connue, permettant d’évaluer les
capacités de l’approche mixte, mais aussi l’amplitude des incertitudes de nature botanique et
hydrologique-hydraulique. La coexistence de disciplines aussi lointaines au sein d’une approche
mixte nécessitait une méthodologie générale basée sur l’intégration. Les sciences géomatiques
étaient toutes indiquées. Elles fournissent un cadre de comparaison unique : la mesure d’élévation.
Elles permettent un levé cohérent des divers intrants et une mise en œuvre adéquate des différentes
équations. Finalement, elles combinent la botanique, l’hydrologie et l’hydraulique à l’intérieur d’un
référentiel unique, permettant la systématisation des observations, mais surtout la vérification de la
cohérence des résultats.
Sur la base d’auteurs tels Cole, Army Corps of Engineer, Béique, Lafond et frère Marie-Victorin et
d’observations personnelles réalisées en juin 2005, la méthode botanique simplifiée du MDDEP a
été modifiée pour créer l’approche botanique-morphologique-physique. Tout comme la méthode
botanique simplifiée, cette dernière repose sur l’observation d’indicateurs-terrain. Cependant,
l’approche mixte en élargit la portée, permettant l’identification de tout « changement végétatif ».
Afin d’en garantir une mise en œuvre adéquate, l’incertitude en altitude inhérente à l’appréciation
des indicateurs-terrain a été évaluée. Cette évaluation a permis de déterminer l’instrumentation et le
mode opératoire nécessaire aux levés des indicateurs aux neuf sites sélectionnés. L’application de
l’approche botanique-morphologique-physique aux sites de l’étude a mené à l’identification de
quelques groupes d’indicateurs (entre 3 et 5 pour chaque site) dont l’étendu en altitude peut
atteindre 0.30 mètre. Cette mesure met l’accent sur l’imprécision inhérente à l’observation
d’indicateurs liés au niveau de la crue de récurrence de 2 ans; imprécision naturelle d’ailleurs
soulevée par le frère Marie-Victorin il y a 65 ans. Pour un même site, l’écart entre la moyenne de
deux groupes consécutifs peut être aussi faible que 0.35 mètre; cet écart joue un rôle prépondérant
dans la validation de l’approche mixte proposée. Parmi les groupes formés par l’application de
l’approche botanique-morphologique-physique, un correspond réellement au niveau de crue de
récurrence de 2 ans militant en faveur de la corrélation sur laquelle s’appuie la définition de la ligne
des hautes eaux. Notons également qu’au niveau des relations élémentaires entre les différents types
d’indicateurs-terrain et le niveau de récurrence de 2 ans, certains isomorphismes ont été dégagés.
Mis à part les mousses qui furent jugées non significatives, ces isomorphismes correspondent aux
114
théories classiques. Ils peuvent d’ailleurs être utilisés afin de réduire le nombre de groupes
d’indicateurs-terrain considérés. Finalement, des limitations à l’approche botanique-
morphologique-physique ont été trouvées, notamment en ce qui a trait à son application dans de
vastes plaines d’inondation où les transitions sont longues. Notons que l’utilisation des
isomorphismes dégagés dans cette recherche, surtout ceux reliés à la morphologie du cours d’eau
(dépassement des limites supérieures si le lit est naturel) et aux traces physiques, permet d’identifier
ces situations et de fixer des limites minimale et maximale probable pour la ligne des hautes eaux.
Tel qu’appréhendé :
Ces résultats justifient le recours à l’approche mixte proposée. Or il fut trouvé que, dans sa forme
testée (pentes locales estivales et automnales mesurées dans des conditions « normales »
d’écoulement), l’incertitude hydrologique-hydraulique est trop grande pour garantir une sélection
unique adéquate de la ligne des hautes eaux dans tous les cas. Parmi les sites de l’étude, l’approche
mixte conduit à une sélection inadéquate pour un seul site: Boyer-Sud. L’approche mixte possède
également certaines limitations, notamment lorsque de très vastes plaines d’inondation bordent le
115
Notons finalement que les observations et les résultats de cette recherche ont soulevé deux
problématiques d’ordre pratiques liées à l’application de la Politique. Sans les résoudre
complètement, les discussions plus approfondies ont permis d’y apporter un certain éclairage.
Ouverture
L’approche mixte a démontré de belles promesses. Par contre, la sélection d’un groupe unique dans
toutes les situations passe par la réduction de l’incertitude hydrologique-hydraulique. Or,
l’incertitude de nature hydrauliques étant systématique et la cause en étant connue, il a été
recommandé que les recherches subséquentes soient orientées dans cette direction. Il a été démontré
que de telles études nécessiteront une planification serrée puisque les crues importantes sont rares et
rapides sur les petits cours d’eau québécois.
Au-delà des conclusions liées à l’approche mixte proposée pour les petits cours d’eau non
instrumentés, ce qu’il faut aussi retenir de cette recherche, c’est l’existence d’une zone grise
générale, d’un flou entourant l’application de la Politique de protection des rives, du littoral et des
plaines inondables. Cette zone grise ne se limite pas au petits cours d’eau non instrumentés, mais
s’étend à l’ensemble des cours d’eau québécois et ce, à divers degrés. Mis à part les cas où un
règlement municipal fixe la ligne des hautes eaux à une cote d’altitude précise145, sa détermination
implique une part d’imprécision naturelle propre à la nature de la limite environnementale à établir,
c’est-à-dire une trace trouvée sur les berges des cours d’eau. Peu importe l’intervenant qui l’établit,
cette limite relève, en partie, des conditions d’observations et, dans une moindres mesure, de
l’appréciation de l’observateur. L’exercice paisible du droit de propriété s’accorde mal
d’incertitudes comme celle-ci. Si aucun leadership n’est exercé en la matière, une telle zone grise
provoquera inévitablement de nombreuses poursuites judiciaires entraînant des dépenses publiques
145
Le règlement municipal peut entre autre référer à une étude du Programme de détermination des cotes de
crues.
116
importantes. Or, avec l’adoption de la Politique nationale de l’eau146, l’État québécois a émis une
liste de 57 engagements gouvernementaux. Le premier engagement de la liste concerne le cadre
juridique de l’eau :
Entreprendre la révision du cadre juridique concernant l’eau et développer les outils légaux
nécessaires à la mise en œuvre de la Politique.147
Dans ce contexte de révision législative et réglementaire, il serait souhaitable que les autorités
évaluent la possibilité de développer des outils permettant de clarifier la situation.
Le meilleur d’entre tous serait une cartographie générale géoréférencée des bandes de protections
riveraines pour tous les cours d’eau assujettis aux dispositions de la Politique. Une telle
cartographie devrait être réalisée par des équipes multidisciplinaires intégrant des observations
botaniques, morphologiques et physiques ainsi que des manipulations hydrologiques et
hydrauliques. Au sein de telles équipes, le géomètre aurait un rôle prépondérant puisque son
expertise est indispensable à l’intégration cohérente de disciplines aussi éloignées. L’insertion d’une
telle cartographie à la réglementation municipale d’urbanisme en suivant les procédures édictées par
la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permettrait aux citoyens de se prononcer sur celle-ci. On
obtiendrait ainsi des bandes de protection certaines et établies de façon démocratique. Des révisions
périodiques pourraient également être envisagées afin de prendre en compte d’éventuels
changements au régime d’écoulement ou à l’hydrométéorologie de la région.
Or, une cartographie globale engendrerait probablement des coûts importants difficilement
justifiable sur certaines portions du territoire où seulement quelques cas ponctuels d’application
sont et/ou seront soulevés. Or, pour éliminer le flou pour chacun de ces cas ponctuels, une
procédure de reconnaissance administrative de la limite environnementale devrait être envisagée.
Par exemple, une conciliation concernant la position de cette dernière pourrait être menée entre
146
GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, Politique nationale de l’eau. Bibliothèque nationale du Québec,
2002. : La Politique nationale de l’eau constitue un document d’orientation gouvernementale à travers
laquelle le gouvernement québécois s’engage à gérer l’eau de manière responsable et équitable, tout en
assurant la pérennité de la ressource pour les générations actuelles et futures. Elle se base sur une approche
de gestion environnementale reconnue internationalement, soit la gestion intégrée par bassin versant. On y
propose un mode de gestion fondé sur la concertation et la conciliation des usages. À cet égard, des
organismes de bassin versant sont créés. Ils ont pour rôle de concilier les utilisateurs de l’eau et d’établir,
pour un bassin donné, un plan directeur de l’eau.
147
Id., p. 15. : Le terme Politique fait référence à la Politique nationale de l’eau et non à la Politique de
protection des rives, du littoral et des plaines inondables.
117
l’autorité administrative et le riverain sur la base d’un rapport d’observation réalisé par un
professionnel148.
Il pourrait être judicieux d’impliquer les organismes de bassins versants149 dans de tels processus.
Ces organismes, de par leurs fonctions, ont développé une expertise dans le domaine de l’eau qui
échappe à plusieurs municipalités. En regroupant des intervenants de différents milieux, ces
organismes possèdent une vision globale indispensable à la conciliation d’intérêts aussi éloignés
que sont le droit de propriété et la protection de l’environnement.
Surtout, peu importe la direction adoptée, le géomètre aura un rôle prépondérant à jouer. De par sa
formation à la fois légale et scientifique, c’est celui qui est le plus apte à percevoir les répercussions
de contraintes administratives environnementales sur le droit civil de propriété.
148
C’est d’ailleurs l’approche adoptée avec la Convention de délimitation. Le Ministre du Développement
durable, de l’Environnement et des Parcs est autorisé (Règlement sur le domaine hydrique de l’État, c. R-13,
r.1.1, art. 38) à convenir d’une délimitation du domaine hydrique avec un propriétaire riverain (établir la
limite de propriété, différente de la limite environnementale) qui en fait la demande. La convention est établie
sur la base d’opérations d’arpentage réalisées par un arpenteur-géomètre oeuvrant en pratique privée, lequel
suit les instructions administratives et les règles de l’art qui gouvernent sa profession.
149
Voir note 146.
Bibliographie
Rapports et publications gouvernementals
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ou phytoécologiques et mise au point d’une méthode d’identification de cette limite sur la côte de
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conservation et du patrimoine écologique et Direction du domaine hydrique, 13 p. et annexes.
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Québec: Ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction des politique du secteur municipal,
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GOUPIL, J.Y. (1996). Document de réflexion sur la ligne des hautes eaux. Québec :
Environnement et Faune Québec, Direction générale des politiques, Direction des politiques du
secteur municipal, 47 p.
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l’Environnement et des Parcs, Édition 2005, 168 p.
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des plaines inondables par les municipalités. Québec : Ministère de l’Environnement, Ministère des
Affaires municipales, du Sport et du Loisir, 32 p.
Décrets
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des plaines inondables, (1988) 120 G.O. II, pp. 365-371.
Décret 103-96 du 24 janvier 1996, Concernant la Politique de protection des rives, du littoral et des
plaines inondables, (1996) 128 G.O. II.
Décret 468-2005 du 18 mai 2005, Concernant la Politique de protection des rives, du littoral et des
plaines inondables, (2005) 123 G.O. II.
Législation citée
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Décisions
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la Cour d’appel du Québec, par les procureurs des Appelants et de l’Intimé, 1961, volume 4, pp.
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Articles
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Rapport de recherche
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régression pour l’estimation des débits de crue à partir des caractéristiques physiographiques des
bassins versants. École Polytechnique : département de génie civil : Groupe de recherche dur l’eau
en milieu urbain. Montréal : Éditions de l’École Polytechnique de Montréal, 106 p.
Annexe A : Définition des moments L1
Les moments L peuvent être décrits à partir d’échantillons. Leur description la plus simple fait
appel aux moments pondérés, les premiers étant des fonctions linéaires des seconds. L’estimation
repose alors sur les données placées en ordre croissant : x1:n ≤ x 2:n ≤ ... ≤ x n:n , où n est le nombre
1 n
b0 = ∑ x j:n ,
n j =1
1 n ( j − 1)
b1 = ∑
n j = 2 (n − 1)
x j:n ,
1 n ( j − 1)( j − 2)
b2 = ∑
n j =3 (n − 1)(n − 2)
x j:n et
1 n ( j − 1)( j − 2)( j − 3)
b3 = ∑
n j = 4 (n − 1)(n − 2)(n − 3)
x j:n .
Les quatre premiers moments L des échantillons, pour toutes distributions, s’écrivent alors :
λ1 = b0 ,
λ2 = 2b1 − b0 ,
λ3 = 6b2 − 6b1 + b0 et
Le premier moment λ1 est simplement la valeur moyenne de la série, soit, dans le cas qui nous
concerne, l’étiage 7-jours2. De manière semblable aux moments ordinaires, les rapports de
1
Cette annexe est tirée de : ANCTIL, F., LAROUCHE, W. et HOANG, V.D. (2000). Analyse régionale des
étiages 7-jours de la province de Québec. Water Qual. Res. J. Canada 35(1) : 125-146.
123
moments L ont été proposés : le coefficient de variation L (L-CV), le coefficient d’asymétrie L (L-
CS) et le coefficient d’aplatissement L (L-CK) :
λ2
L − CV = τ = ,
λ1
λ3
L − CS = τ 3 = et
λ2
λ4
L − CK = τ 4 = .
λ2
2
L’étude dont est tirée cette définition traitait des étiages. Dans le cas qui nous intéresse, λ1 correspond à la
crue moyenne.
ANNEXE B : Échelonnage de la crue journalière
moyenne pour des bassins versants de superficie
inférieure à 360 km2 au Québec
Frédéric Messier
François Anctil1
et
Berthier Beaulieu
Novembre 2006
Auteur correspondant :
François Anctil
Département de génie civil, Pavillon Adrien-Pouliot, Université Laval, Québec, Québec, Canada G1K 7P4
Tél. : 418-656-3653
Fax : 418-656-2928
[Link]@[Link]
125
Résumé
L’estimation de l’ampleur de la crue moyenne de petits cours d’eau, rarement instrumentés, prend
de plus en plus d’intérêt, notamment dans l’optique d’une gestion environnementale systémique
d’un bassin versant. À partir de 37 rivières naturelles drainant moins de 360 km2 et s’écoulant sur le
territoire de la province de Québec, la nature de l’échelonnage ainsi que la variabilité des séries de
maximums journaliers annuels sont étudiés. Sur la base des résultats obtenus, une relation
empirique de régression liant la crue moyenne à l’aire du bassin versant drainé est proposée.
Mots clés
crue moyenne, échelonnage, variabilité, régression, province de Québec
1. Introduction
Si l’estimation de l’ampleur et de la fréquence des crues a très souvent pour fins la satisfaction de
besoins issus de l’ingénierie, de nouvelles préoccupations environnementales élargissent la portée
de telles études. La protection de l’environnement passe, entre autre, par une gestion systémique du
territoire et des cours d’eau et ce, au niveau régional et local. Les cours d’eau locaux drainant de
petits bassins versants suscitent de plus en plus d’intérêt. La connaissance de leur comportement
hydrologique est souhaitée, notamment en ce qui concerne la crue moyenne, dont la récurrence est
de l’ordre de 2 ans. Étant donné la configuration des réseaux hydrographiques, les milliers de petits
cours d’eau qui sillonnent le territoire transportent des charges polluantes vers l’aval et influencent
donc directement la qualité de l’eau des lacs et des rivières. Pourtant, très peu d’observations de
débits y ont été réalisées par le passé. Au Québec, de récents efforts d’instrumentation fournissent
depuis peu une base de données permettant une étude sommaire du comportement de tels cours
d’eau.
La présente étude a pour principal objectif d’établir une équation empirique de régression, liant la
crue journalière moyenne ( Q ) et l’aire du bassin versant ( A ), destinée spécifiquement aux bassins
versants non décrits par la relation proposée par Anctil et al. (1998) :
[1] Q = 1.61A0.70
où la crue journalière moyenne est la valeur moyenne de la crue journalière maximale pour
chacune des années disponibles d’observations. L’équation 1 soutient un échelonnage simple des
séries de maximums annuels pour l’intervalle 100-96600 km2. La base de données utilisée alors ne
comportait que quatre stations sises à des sites drainant moins de 100 km2 de territoire. Il n’est donc
pas possible de généraliser les conclusions d’Anctil et al. (1998) sous 100 km2, voire 300 km2.
La simplicité de cette équation et de l’analyse régionale qui l’accompagne en ont tout de même fait
des outils populaires pour l’estimation de débits de crue dans le cadre de projets de petite et
moyenne envergure. Elles sont notamment utilisées au Centre d’expertise hydrique du Québec dans
le cadre du Programme de détermination des cotes de crues (Dubé, 2003). Elles occupent également
une place importante au sein de la méthodologie proposées aux municipalités afin de délimiter des
zones inondables approximatives dans le Guide pour déterminer et délimiter les zones inondables
(QUÉBEC 1998).
127
La présente étude traite spécifiquement des cours d’eau québécois drainant moins de 360 km2 de
territoire. Or, pour une gamme similaire de bassins versants localisés au cœur des Appalaches
américaines, une région située immédiatement au sud du Québec, Smith (1992) a observé que la
variabilité des crues différait selon la superficie. Ainsi, les bassins versants de superficie inférieure à
une centaine de km2 devraient être analysés distinctement de ceux supérieurs à ce seuil. Deux
relations empiriques de la forme de l’équation 1 seraient alors requises pour décrire l’ensemble des
comportements possibles. Les travaux d’Anctil et al. (1998) n’ont pas pu corroborer ou infirmer ce
phénomène au Québec, faute d’un nombre suffisant de sites de superficie avoisinant la valeur
critique évoquée par Smith (1992).
Ainsi, la production d’une équation semblable à l’équation 1, mais adaptée aux petits bassins
versants québécois (<360 km2) implique : (i) l’étude de la nature de l’échelonnage des séries de
maximums annuels; (ii) l’examen de la variabilité des crues permettant de corroborer ou d’infirmer
les conclusions de Smith (1992) dans le contexte des cours d’eau québécois.
Il est donc souhaité d’étudier le comportement hydrologique des petits cours d’eau québécois par
l’entremise des observations historiques de maximums annuels colligés aux stations sises sur des
cours d’eau de cette ampleur.
2. Méthodologie
Pour répondre aux objectifs fixés précédemment, les observations historiques de crues annuelles
maximales de petits bassins versants (0-360 km2) instrumentés de la province de Québec sont
étudiées. Les données sont d’abord inspectées au moyen du test de discordance proposé par
Hosking et Wallis (1993). Ensuite, l’homogénéité du groupe est vérifiée au moyen du critère
proposé par Gupta et al. (1994). Une fois ces vérifications effectuées, la base de données permet
d’examiner l’échelonnage des séries de débits ainsi que la variabilité des crues au sein du spectre de
bassins versants étudiés; elle permet aussi d’établir la relation de régression recherchée.
La nature de l’échelonnage des séries de débits constitue un champ de recherche majeur depuis le
début des années 1990. Ces recherches ont menées aux théories d’échelonnage simple et
d’échelonnage multiple. Selon Gupta et Dawdy (1995), les crues générées par des précipitations
liquides appartiendraient au domaine de l’échelonnage multiple alors que les crues issues de la fonte
des neiges afficheraient un échelonnage simple.
128
Par le passé, on a étudié la nature de l’échelonnage à travers la variation des moments ordinaires en
regard de la superficie du bassin versant. Or, l’estimation des moments ordinaires d’ordre supérieur
étant fortement affectée par la longueur des échantillons, elle mène possiblement à des résultats
biaisés. Pandey (1998) en s’appuyant sur Kumar et al. (1994) suggère plutôt l’utilisation des
moments pondérés (MP). Une telle théorie, porte sur l’exposant bi de la relation suivante liant les
moments pondérés à l’aire du bassin versant :
où i = 0, 1, 2, … est l’ordre des moments pondérés. Si l’exposant bi demeure constant pour les
différentes valeurs de i, alors l’échelonnage est simple et le recours à une relation de la forme de
l’équation 1 est valide. L’échelonnage est multiple si bi varie avec i.
Pour les ordres 0 à 3, les paramètres ai et bi de l’équation 2 sont déterminés par résolution non
linéaire par moindres carrés de type Gauss-Newton (e.g. Pandey et Nguyen 1999). En effet, la
régression linéaire appliquée au modèle logarithmique accorde un poids disproportionné aux
bassins versants de plus petites dimensions, faussant l’estimation de ai et bi dans le domaine réel.
Les estimateurs non biaisés de moments pondérés découlent de Landwehr et al. (1979) :
1 n
[3] MP0 = ∑ x j:n
n j =1
1 n ( j − 1)
[4] MP1 = ∑
n j = 2 (n − 1)
x j:n
1 n ( j − 1)( j − 2)
[5] MP2 = ∑
n j =3 (n − 1)(n − 2)
x j:n
1 n ( j − 1)( j − 2)( j − 3)
[6] MP3 = ∑
n j = 4 (n − 1)(n − 2)(n − 3)
x j:n
129
L’étude de la variabilité des crues a pour objectif de corroborer ou d’infirmer les conclusions de
Smith (1992) notamment en ce qui a trait à la présence d’une coupure franche au sein du spectre de
bassins versants étudiés. Par le passé, de telles études étaient basées sur le coefficient de variation
(CV). Pandey (1998) suggère plutôt le coefficient de variation linéaire (LCV) (Hosking, 1990) issu
des moments pondérés. Le coefficient de variation linéaire (LCV) est calculé pour chacune des 37
stations de l’échantillon puis reporté en graphique en fonction de l’aire du bassin versant.
L’équation de régression recherchée est équivalente à l’équation 2 pour i=0 puisque le moment
pondéré d’ordre 0 correspond à la crue moyenne. Les paramètres a0 et b0 sont ceux déterminés lors
de l’étude de l’échelonnage des débits.
3. Base de données
La qualité d’une équation empirique de régression dépend principalement de la base de données
disponible. Les séries de débits de petits bassins versants sont souvent courtes par rapport au
standard de 30 ans proposé notamment par l’Organisation météorologique mondiale (WMO, 1984).
Il faut donc poser un jugement concernant la longueur minimale des enregistrements de débits
journaliers à considérer. En fixant une limite trop élevée, la base de données ne renfermera pas
assez de sites pour effectuer une régression valable. Par contre, en fixant une limite insuffisante, la
régression reposera sur des valeurs moyennes calculées à partir de trop peu de données pour être
crédibles.
Pour la présente étude, toutes les stations de jaugeage actives ou non, sises sur le territoire de la
province de Québec et drainant des sites de moins de 360 km2 de territoire ont été considérées.
Parmi celles-ci, 42 stations ont été sélectionnées. Elles répondent aux critères suivants : (i) séries
qui contiennent minimalement 5 ans complètes d’observation de débits journaliers; (ii) le régime
d’écoulement est naturel pour les crues; (iii) les stations sises le long d’un même cours d’eau
couvrent des territoires de superficie fort différente.
Le test de discordance proposé par Hosking et Wallis (1993) est utilisé pour détecter les
enregistrements contaminés par des valeurs erronées ou encore dont le comportement des crues
130
diffèrent des autres sites. Hosking et Wallis proposent un seuil de 3 comme valeur maximale de la
mesure de discordance d’un site pour un échantillon supérieur à 15. Par contre, une mesure de
discordance supérieure à 3 ne signifie pas qu’il faut immédiatement retirer le site pris en défaut. Un
tel dépassement signifie plutôt qu’il faut prêter attention à ce site, examiner la série de débits en
cherchant une erreur ou une explication à la discordance. La série ne doit être corrigée ou retirée
que si une justification hydrologique valable est exposée.
Parmi les 42 sites de la base de données initiale, cinq échouent le test de discordance. Ce sont les
sites pour lesquels la période d’observation est la plus courte : 5 ou 6 ans. De si courts
enregistrements ont du mal à représenter fidèlement la variabilité interannuelle des crues. Sur la
base de cette justification, les cinq sites identifiés sont retirés de la base de données.
A Q
Station Rivière nk
(km2) (m3/s)
02PD018 Laflamme 15 0,69 0,12
051007 Aulnaies 27 3,57 1,64
051003 Eaux volée 37 9,17 3,52
02OA030 Mascouche* 18 18,9 11,2
120201 Dauphine* 28 24,9 9,7
02OA025 Belle* 17 28 11,2
040212 Ruis. St-Louis 36 39,9 13,4
070202 Cassette 10 40,7 3,9
02OA028 Chêne* 14 53,6 19,6
051006 Noire 16 58,8 25,4
020502 Renard 16 59,8 20,5
023002 Boyer-Sud* 9 61,9 18,2
02LH012 Meach 6 84,7 14,2
030238 Eaton* 13 86 27,7
02OG020 Delorme* 7 96,9 24,0
050812 Pommes 15 102 19,1
040129 Doncaster 24 109 22,8
023432 Bras d'Henry* 10 137 58,9
074702 Dany 9 151 38,5
131
La longueur des enregistrements (nk) varie entre 6 et 46 ans, avec une valeur moyenne de 18 ans et
une valeur médiane de 15 ans. Les superficies des bassins versants varient entre 0.6 et 356 km2; la
grande majorité de ceux-ci couvrent plus de 10 km2. La superficie moyenne est de 161 km2, tandis
que la superficie médiane couvre 151 km2. Parmi les 37 stations retenues, mentionnons que 21
appartiennent à une région géographique relativement restreinte qui correspond sommairement aux
basses terres du Saint-Laurent entre la frontière Ontarienne et la pointe est de l’Île d’Orléans. Il
s’agit majoritairement de stations sises sur des bassins versants agricoles où les pentes sont très
faibles. Ces derniers sont identifiés par un astérisque au tableau 1. Les 16 autres sites sont dispersés
sur l’ensemble du Québec. La figure 1 présente la distribution géographique des 37 sites retenus.
132
3.2. Homogénéité
L’homogénéité d’un groupe est vérifiée si la contribution de chacun des éléments n’entraîne pas un
écart supérieur à ce qui est raisonnablement attribuable au hasard (Dalrymple 1960). Gupta et al.
(1994) suggère qu’un groupe peut être considéré homogène s’il existe une relation de puissance
entre la crue moyenne et la superficie drainée (e.g. équation 1).
La figure 2 présente la crue moyenne en fonction de la superficie drainée selon une échelle
logarithmique et ce, pour l’ensemble des 37 sites.
La linéarité des ces deux quantités est bien visible graphiquement. Le coefficient de détermination
r2 est de 0.923 pour l’ensemble des 37 sites. Ce coefficient pourrait être trompeur puisqu’il est
133
fortement conditionné par le plus petit bassin du groupe identifié par un carré tireté à la figure 2. En
retirant ce bassin versant, le coefficient de détermination est de 0.892, une valeur toujours
acceptable.
4. Résultats
Les quatre premiers MP (ordres 0, 1, 2 et 3) ont été calculés à partir des séries de maximums
annuels. Leur valeur est portée en graphique en fonction de l’aire du bassin versant associé sous
échelle logarithmique à la figure 3.
Figure 3. Graphiques des moments pondérés en fonction de la superficie des bassins versants.
De plus, pour chacun des ordres de MP, une procédure de Jacknife est réalisée en considérant 37
sous-échantillons de 36 valeurs. Une telle procédure permet de porter un regard plus éclairé sur les
valeurs bi calculées. Les résultats de cette opération sont compilés au tableau 2, alors que la figure 4
illustre la distribution de l’exposant bi selon l’ordre des MP. On y observe une légère augmentation
de l’exposant bi en fonction de l’ordre des MP. Or, ces écarts sont petits lorsque mis en relation
avec les résultats de la procédure de Jacknife. À la lueur des résultats obtenus et dans la marge de
précision inhérente aux données utilisées, l’échantillon de la présente étude est considéré à
échelonnage simple. Suivant la théorie de Gupta et Dawdy (1995), de tels résultats seraient
134
possiblement expliqués par le fait que la majorité des crues répertoriées aux stations de l’échantillon
se sont déroulées en période printanière, donc en période de fonte des neiges pour le Québec. En
effet, plus de 80% des crues annuelles formant les séries de débits sont survenues au printemps, une
proportion constante pour tout l’intervalle 0-360 km2.
Tableau 2. Valeurs de l’exposant bi calculés par résolution non-linéaire par moindres carrés de type
Gauss-Newton
Ordre Intervalle
bi
des MP Jacknife
0 0.791 0.769-0.836
1 0.801 0.778-0.848
2 0.806 0.782-0.856
3 0.809 0.784-0.863
Figure 4. Variation de l’exposant bi selon l'ordre des moments pondérés. Les limites minimales et
maximales des boîtes sont les quartiles inférieurs et supérieurs de la distribution des résultats de la
procédure de Jacknife. La ligne interne est la valeur médiane. Les barres externes s’étendent de part et
d’autre jusqu’aux valeurs minimale et maximale de la distribution. Les triangles illustrent les valeurs
obtenues suite à un ajustement exploitant tous les 37 sites (tableau 2).
Les résultats ne démontrent aucune superficie critique liée à une coupure nette dans la variabilité
des crues de l’intervalle 0-360 km2, ce qui démontre que les basins versants à l’étude forment bien
un seul groupe, et non pas deux comme rapporté par Smith (1992) pour la région des Appalaches.
Ces résultats confirment le bien fondé d’une régression basée sur l’ensemble des 37 stations
retenues pour l’étude. La relation est établie par résolution non linéaire par moindres carrés de type
Gauss-Newton.
La figure 6 illustre l’équation 7, ses intervalles de confiance 5 et 95% ainsi que la situation de
l’équation 1 (Anctil et al. 1998) par rapport à ces derniers.
136
Figure 6. Crue moyenne en fonction de la superficie des bassins versants. Le trait plein décrit l'équation
7, les deux courbes pointillées illustrent les intervalles de 5 et 95% de cette relation, tandis que le trait
pointillé décrit l’équation 1.
Notons que l’équation 7 devrait être utilisée avec prudence pour des bassins versants de dimensions
inférieures à 10 km2, puisque la base de données ne compte que trois sites sous cette limite..Le gain
en terme d’ajustement de la nouvelle relation est appréciable entre 10 et 150 km2 où l’équation
d’Anctil et al. (1998) surestime systématiquement la crue moyenne à tous les sites. Ce gain
s’estompe progressivement à partir de 200 km2 pour devenir faible à 360 km2. Malgré cette
surestimation, l’intervalle de confiance démontre que les deux relations sont cohérentes entre elles.
Il semble néanmoins prudent de vérifier la pertinence des résultats tirés de [7] en les confrontant à
d’autres méthodes d’estimation de la crue moyenne, par exemple la méthode rationnelle.
5. Conclusion
À partir de 37 rivières naturelles drainant de petits bassins versants québécois (0-360 km2),
l’échelonnage et la variabilité des séries de maximums journaliers annuels sont examinés. D’une
part, l’étude des moments pondérés démontrent que ces séries peuvent être considérées à
échelonnage simple. D’autre part, l’étude du coefficient de variation linéaire (LCV) ne démontre
aucune coupure nette dans la variabilité des crues de l’intervalle 0-360 km2. En s’appuyant sur ces
constats, une relation de régression empirique liant la crue moyenne à l’aire du bassin versant est
établie. Celle-ci peut être utilisée pour évaluer approximativement l’ampleur d’une telle crue sur les
petits bassins versants non instrumentés québécois répondant notamment à une demande en gestion
environnementale du territoire.
137
6. Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier M. François Godin du Centre d’expertise hydrique du Québec et
M. Guy Morin d’Environnement Canada pour leur collaboration ainsi que le Fond québécois de la
recherche sur la nature et les technologies pour le soutien financier.
7. Références
Anctil, F., Martel, N., et Hoang, V.D. 1998. Analyse régionale des crues journalières de la province
de Québec. Revue canadienne de génie civil, 25: 360-369.
Dubé, S. 2003. Programme de détermination de cotes de crues de récurrence de 20 ans et 100 ans
(PDCC) : rivière Saint-Jacques, Municipalité de Saint-Philippe. Québec : Centre d’expertise
hydrique du Québec, Service de la connaissance et de l’expertise hydrique. 70p.
Gupta, V.K., et Dawdy, D.R. 1995. Physical interpretations of regional variations in the scaling
exponents of flood quantiles. Hydrol. Processes. 9(3/4): 347-361.
Gupta, V.K., Mesa, O.J., et Dawdy, D.R. 1994. Multiscaling theory of flood peaks : regional
quantile analysis. Water Resources Research, 30(12): 3405-3421.
Hosking, J.R.M. 1990. L-Moments: Analysis and estimation of distributions using linear
combinations of order statistics. Journal of the Royal Statistical Society, 52B: 105-124.
Hosking, J.R.M., et Wallis, J.R. 1993. Somes statistics useful in regional frequency analysis. Water
Resources Research, 29(2): 271-281.
Kumar, P., Guttarp, P., et Foufoula-Georgiou, E. 1994. A probability weighted moments test to
assess simple scaling. Stochastic Hydrology and Hydraulics. 8: 173-183.
Landwerh, J.M., Matalas, N.C., et Wallis, J.R. 1979. Probability-weighted moments compared with
some traditional techniques in estimating Gumbel parameters and quantiles. Water Resources
Research, 15: 1055-1064.
Pandey, G.R. 1998. Assesment of scaling behavior of regional floods. Journal of hydrologic
engineering. 3(3): 169-173.
Pandey, G.R., et Nguyen, V.T.V. 1999. A comparative study of regression based methods in
regional flood frequency analysis. Journal of Hydrology, 225: 92–101.
Smith, J.A. 1992. Representation of basin scale in flood peak distribution. Water Resources
138
World Meteorological Organization, 1984: Technical Regulations, Vol. I. WMO Publication No.
49. Geneva, Switzerland
ANNEXE C : Précision des instruments de mesure
La présente annexe traite des erreurs instrumentales liées au levé de détail à l’aide d’une station
totale. L’objectif principal de cet étude est la sélection de l’instrumentation et du mode opératoire
nécessaire aux opérations de levé nécessaire à la mise en œuvre des approches proposées dans la
présente étude. Les détails relevés pour la mise en œuvre des considérations hydraulique et
botaniques sont des objets naturels pour lesquels il existe une erreur d’appréciation. La présente
annexe ne traite pas de cette erreur d’appréciation plutôt présentée au chapitre 3 du présent
mémoire. L’erreur standard en planimétrie et en altimétrie seront abordées tour à tour.
∆X = D sin( Dir )
∆Y = D cos( Dir )
L’erreur standard sur chacune de ces quantités est obtenue de la théorie fondamentale de
propagation d’erreur :
2 2
⎛ ∂∆X ⎞ ⎛ ∂∆X ⎞
σ ∆X = ⎜ σD ⎟ +⎜ σ Dir ⎟
⎝ ∂D ⎠ ⎝ ∂Dir ⎠
2 2
⎛ ∂∆Y ⎞ ⎛ ∂∆Y ⎞
σ ∆Y = ⎜ σD ⎟ +⎜ σ Dir ⎟
⎝ ∂D ⎠ ⎝ ∂Dir ⎠
En dérivant :
σ H = σ ∆X 2 + σ ∆X 2
140
Déterminons maintenant l’erreur réalisée dans le mesure des angles horizontaux et des distances.
• Erreur de lecture;
• Erreur de pointé;
• Centrage de l’instrument;
• Nivellement de l’instrument;
• Non-verticalité de la lunette;
• Centrage et nivellement de la cible.
Parmi ces erreurs, la non-verticalité de la lunette est corrigée en réalisant une lecture en mode
direct-renversé pour chacun des points de détail.
Dans le cadre de la présente étude, les détails levés constituant des éléments naturels et non des
cibles précises telles des points géodésiques; l’erreur de centrage et de nivellement de la cible
(prisme et jalon) ne sont pas considérés. Cette erreur est comprise dans l’erreur d’appréciation du
détail.
Les erreurs de pointé et de lecture horizontales d’une station-totale sont regroupées et exprimées
sous la norme DIN18723. Selon cette norme, le manufacturier doit fournir l’erreur standard
combinée de pointé et de lecture pour une mesure réalisée en mode direct/renversé. Pour un seul
pointé, on a donc :
σ pl = 2σ DINH
Ainsi, l’erreur sur l’angle horizontal compris entre une visée arrière à 0º et une visée avant
quelconque est :
2σ DINH
σ αpl =
n
σ αpl est l’erreur combinée pointé/lecture sur la mesure d’un angle horizontal;
n est le nombre de répétition où un direct/renversé vaut pour n=2.
Chaque fois que l’instrument est installé, une erreur est réalisée par rapport à la position de la
station de référence (clou ou tige au sol). Pour chaque installation, cette erreur est constante.
La contribution de l’erreur de centrage à l’erreur sur l’angle horizontal est donné par Wolf et
Ghilani1 :
D3
σ αci = σ ci (secondes)
D1 D2 2
D3 = D1 + D2 − 2 D1 D2 cos(α )
2 2 2
2 2
D1 + D2
σ αci (max) = σ ci
D1 D2 2
La mise au niveau d’un instrument affecte l’angle horizontal mesuré. Wolf et Ghilani2 estiment la
contribution de la mise au niveau par :
σ ni (tan(var )) 2 + (tan(vav )) 2
σ αni =
n
1
WOLF, P.R., GHILANI, C.D. (1997). Ajustement computations:Statistics and least squares in surveying
and GIS. États-Unis: John Wiley and Son, 1997. p. 107.
2
Id., p. 107.
142
L’erreur sur chacun des angles horizontaux pris en référence à une direction 0 º de référence est
donc :
Encore ici, l’erreur de centrage de la cible n’est pas considérée puisqu’elle se rattache à l’évaluation
du détail.
σ D = σ ci2 + a 2 + (D p *b )2
p
Où :
D = D p cos(z )
σD = (cos( z)σ ) + (− D
Dp
2
p sin( z )σ z )
2
143
D 2
hcr = 0.0675 * ( )
1000
où hcr est l’erreur systématique occasionnée par la courbure terrestre et la réfraction et D est la
distance. Ces deux facteurs combinés occasionnent une erreur rendant la dénivelée toujours trop
petite. Ainsi, toutes les différences d’élévations mesurées dans la présente recherche l’ont été
ainsi :
∆h = hi + D p cos( z ) + hcr − hp
Où :
L’effet de l’erreur de collimation peut quand à elle être corrigée en exécutant chacune des mesures
en lunette directe et renversée. Une telle procédure, permet également de réduire l’influence des
autres erreurs par surdétermination.
3
Id., p. 143.
144
2 2
⎡ ∂∆h ⎤
2
⎡ ∂∆h ⎤ ⎡ ∂∆h ⎤ ⎡ ∂∆h ⎤
2
σ ∆h = ⎢ σ hi ⎥ + ⎢ σ hp ⎥ + ⎢ σ Dp ⎥ + ⎢ σz⎥
⎣ ∂hi ⎦ ⎣ ∂hp ⎦ ⎢⎣ ∂D p ⎦⎥ ⎣ ∂z ⎦
Qui devient :
2
⎡⎛ 0.0675* Dp *(sinz) ⎞ ⎤ ⎡⎛ 0.0675* Dp *sinz *cosz
2 2
⎞ ⎤
σ ∆h = σ hi +σ hp + ⎢⎜cosz +
2 2 ⎟σ ⎥ + ⎢⎜ − Dp sinz ⎟⎟σ z ⎥
⎢⎣⎜⎝ 500000 ⎟ Dp ⎥ ⎢⎜⎝ 500000 ⎠ ⎥⎦
⎠ ⎦ ⎣
σ D = σ ci2 + a 2 + (D p * b )2
p
L’erreur sur l’angle zénithal comprend l’erreur de pointé, l’erreur de lecture du cercle vertical faite
par l’instrument et l’erreur du compensateur vertical ou de la nivelle verticale :
σ z = σ l2 + σ p2 + σ n2
Où :
Pour les stations-totales modernes, l’erreur de lecture du cercle vertical et l’erreur de pointé sont
regroupés ensemble et diffusées pour une visée directe-renversée sous la norme DIN18723. Pour
une visée seule, on a donc :
σ z = 2 * σ DINZ
2
+ σ n2
Pour les points mesurés d’une même station de travail pour laquelle la hauteur d’instrument ne varie
pas, l’incertitude reliée à la hauteur d’instrument peut être retirée :
145
2
⎡⎛ 0.0675* Dp * (sinz) ⎞ ⎤ ⎡⎛ 0.0675* Dp *sinz * cosz
2 2
⎜ ⎟ ⎞ ⎤
σ ∆h = σ hp 2
+ ⎢ cosz + σ ⎥ + ⎜ − Dp sinz ⎟⎟σ z ⎥
⎢⎣⎜⎝ 500000 ⎟ Dp ⎥ ⎢⎢⎜⎝ 500000 ⎠ ⎥⎦
⎠ ⎦ ⎣
Dans ce cas, on fixe le système de référence altimétrique à l’axe optique de l’instrument et l’erreur
sur le centrage de l’instrument est donc nulle :
σ D = a 2 + (D p *b )2
p
3. Simulation
Avant d’entreprendre tout levé terrain, il faut choisir l’instrument et la méthodologie à appliquer
lors des mesures afin de s’assurer que l’erreur instrumentale est compatible avec les fins du levé.
Une simulation a donc été réalisée; les erreurs standards planimétriques et altimétriques ont été
déterminées pour les conditions extrêmes suivantes :
L’erreur instrumentale fut calculée à tous les cinq mètres et ce pour les deux modèles de stations
totales disponibles au laboratoire de métrologie de l’Université Laval :
• Leica TC-1000;
• Leica TC-500.
Pour chacun de ces modèles, l’erreur fut calculée pour une lecture en mode direct/renversé.
TC-500 TC-1000
a (m) 0.005 0.003
b (ppm) 5 2
σ DINH (sec) 5 3
σ DINZ (sec) 6 3
σ n (sec) 2 1
σ ci (m) 0.002
σ hi (m) 0.005
σ hp (m) 0.005
146
0.010 0.0100
0.006 0.0060
σ∆h (m)
σH (m)
0.004 0.0040
0.002 0.0020
0.000 0.0000
0 50 100 150 0 50 100 150
Distance (m) Distance (m)
La figure 2 présente les résultats détaillés de la simulation pour le cas de figure ou l’origine du
système de référence altimétrique est situé au point matérialisé au sol.
0.009 0.009
0.008
Min : 0.0072 m (30m) 0.008
Min : 0.0071 m (30m)
Max : 0.0083 m (150m) Max : 0.0074 m (150m)
σ∆h (m)
σ∆h (m)
0.007 0.007
0.006 0.006
0.005 0.005
0 50 100 150 0 50 100 150
Distance (m) Distance (m)
La figure 3 présente les résultats détaillés de la simulation pour le cas de figure ou l’origine du
système de référence altimétrique est situé à l’axe de l’instrument.
147
Erreur altimétrique TC-500 (axe instrument) Erreur altimétrique TC-1000 (axe instrument)
0.009 0.009
0.008
Min : 0.0051 m (25m) 0.008
Min : 0.0050 m (25m)
Max : 0.0067 m (150m) Max : 0.0055 m (150m)
σ∆h (m)
σ∆h (m)
0.007 0.007
0.006 0.006
0.005 0.005
0 50 100 150 0 50 100 150
Distance (m) Distance (m)
Tolérance = a + (D p * b )
Pour la vérification des angles zénithaux et horizontaux, 30 directs-renversé furent pris aux mêmes
distances, soit 30m, 50m, 100m, 150m et 180m. Une telle procédure permet d’abord de vérifier
l’erreur standard sur l’angle zénithal pour un direct-renversé. Cette erreur inclut l’erreur de pointé,
de mesure et du compensateur. Dans tous les cas, l’erreur standard était inférieure à 3’’. Cette
procédure permet également de vérifier l’erreur standard planimétrique. Dans tous les cas, même
pour une distance de 180m, cette dernière était inférieure à 0.0042 mètres.
ANNEXE D : Indicateurs-terrains et niveau de
récurrence de 2 ans
A) Rivière Mascouche
(6)
(2) ↑
(1) H (3) (4) (5) ou (7) (8)
Pt (m) Indicateurs Type Lieux ↓ Photo Stats
130 66.75 échancrure bas M S3-G GROUPE A
78 66.80 échancrure bas M S3-D n: 5
160 66.82 échancrure bas M S1-G min: 66.75
38 66.88 échancrure bas M S1-D max: 66.89
50 66.89 échancrure bas M S2-D ∆ h: 0.14
moy: 66.83
D) Rivière Boyer-Sud
↑
H ou
Pt (m) Détail Type Lieux ↓ Photo Stats
52 48.15 haut plage nue / début végé P S2-G
252 48.17 haut plage nue / début végé P S7-G GROUPE A
138 48.17 changement ton roche P S5-D
256 48.17 haut plage nue / début végé P S6-D n: 10
136 48.17 changement ton roche P S5-D min: 48.15
80 48.19 échancrure haut M S3-D max: 48.30
198 48.27 échancrure bas M S7-D ∆ h: 0.15
198 48.27 changement ton roche P S7-D moy: 48.21
184 48.27 haut plage nue / début végé P S7-G
184 48.30 échancrure bas M S7-G
↑
H ou
Pt (m) Détail Type Lieux ↓ Photo Stats
140 22.33 mousse verte et délaissée P Amont ↓
138 22.39 mousse verte et délaissée P Amont ↓ Indicateurs
134 22.41 changement pente M S4-G Isolés
146 22.74 plage nue P Amont
↑
H ou
Pt (m) Détail Type Lieux ↓ Photo Stats
GROUPE A
n: 3
min: 48.16
148 48.16 haut plage nue / début végé P S4-G max: 48.21
178 48.17 haut plage nue / début végé P S5-G ∆ h: 0.05
162 48.21 haut plage nue / début végé P S5-D moy: 48.18
GROUPE D
44 49.33 haut usure arbre P S2-D ↑ n: 4
114 49.36 changement végétatif (B) NI B S3-D min: 49.33
114 49.36 chgment pente M S3-D max: 49.42
186 49.42 changement végétatif (B) NI B S5-D ∆ h: 0.09
moy: 49.37
H) Rivière Boyer
↑
H ou
Pt (m) Détail Type Lieux ↓ Photo Stats
9 47.51 bas talus M S1-D Isolé
GROUPE A
318 47.77 haut plage nue / début végé P S4-G n: 5
324 47.83 échancrure haut M S4-G min: 47.77
320 47.83 haut plage nue / début végé P amont max: 47.89
292 47.85 échancrure bas M S3-D ∆ h: 0.12
45 47.89 échancrure haut M S2-G moy: 47.83
↑
H ou
Pt (m) Détail Type Lieux ↓ Photo Stats
18 11.85 échancrure haut M G isolé
Secteur
d’étude
Pom 2: Viaduc
201
Pom 7: Limite inférieure des marques laissées par les glaces sur les arbres
Pom 10: Limite supérieure des marques laissées par les glaces sur les arbres
205
3SJ 3: Limite supérieure du lit principal, plaine d'inondation et limite supérieure des
marques laissées par les glaces
3SJ 7: Limite supérieure du lit principal et limite inférieure des marques laissées par les
glaces
Boy 11: Limite inférieure lichen gris / limite supérieure mousse verte
Annexe G : Incertitude hydraulique (Lacey et Manning)
1
Pour le débordement dans de vastes plaines d’inondation, l’utilisation de l’équation de Lacey sans partition de la section tel que proposé par le Guide pour
déterminer et délimiter les zones inondables conduit à une surestimation importante du niveau de crue de récurence de 2 ans. Pour remédier à cette lacune, la
section transversale est partitionnée en trois parties distinctes (plaine d’inondation gauche, lit principal, plaine d’inondation droite) comme réalisé lors de
l’utilisation de l’équation de Manning (voir figure 4.8).
2
Idem