0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues108 pages

Six Points

Ce document décrit la première croissance et vie hors du premier principe divin. Il explique que la volonté est l'instigateur des essences et que la volonté sans essence est muette et sans vie. La première volonté est décrite comme un miroir dans lequel on voit des images de vie, bien qu'il n'y ait rien de réel. Le document analyse la nature de la volonté et de la sagesse divine.

Transféré par

molotov bss
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues108 pages

Six Points

Ce document décrit la première croissance et vie hors du premier principe divin. Il explique que la volonté est l'instigateur des essences et que la volonté sans essence est muette et sans vie. La première volonté est décrite comme un miroir dans lequel on voit des images de vie, bien qu'il n'y ait rien de réel. Le document analyse la nature de la volonté et de la sagesse divine.

Transféré par

molotov bss
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

LA VOCATION DE L’ARBRE D’OR

est de partager ses intérêts avec les lecteurs, son admiration pour
les grands textes nourrissants du passé et celle aussi pour l’œuvre de
contemporains majeurs qui seront probablement davantag¡e appré-
ciés demain qu’aujourd’hui.
La belle littérature, les outils de développement personnel,
d’identité et de progrès, on les trouvera donc au catalogue de l’Arbre
d’Or à des prix résolument bas pour la qualité offerte.

LES DROITS DES AUTEURS

Cet e-book est sous la protection de la loi fédérale suisse sur le droit
d’auteur et les droits voisins (art. 2, al. 2 tit. a, lda). Il est également
protégé par les traités internationaux sur la propriété industrielle.
Comme un livre papier, le présent fichier et son image de
couverture sont sous copyright, vous ne devez en aucune façon les
modifier, les utiliser ou les diffuser sans l’accord des ayant-droits.
Obtenir ce fichier autrement que suite à un téléchargement après
paiement sur le site est un délit.
Transmettre ce fichier encodé sur un autre ordinateur que celui
avec lequel il a été payé et téléchargé peut occasionner des dommages
informatiques susceptibles d’engager votre responsabilité civile.
Ne diffusez pas votre copie mais, au contraire, quand un titre vous
a plu, encouragez-en l’achat : vous contribuerez à ce que les auteurs
vous réservent à l’avenir le meilleur de leur production, parce qu’ils
auront confiance en vous.
Jacob Bœhme

De la base sublime
et profonde des six
points théosophiques

© Arbre d’Or, Cortaillod (ne), Suisse, février 2004


[Link]
Tous droits réservés pour tous pays
Préface au lecteur

Nous n’avons point écrit cet ouvrage pour les animaux irraisonnables qui
à l’extérieur ont la forme d’homme ; mais qui dans leur image, en esprit sont
des bêtes méchantes et sauvages, ce qui se manifeste et se représente dans leurs
propriétés : mais pour les images d’hommes, pour ceux qui de l’image bestiale
sortent en une image d’homme, qui appartiennent au règne de Dieu et qui
voudraient sincèrement vivre et croître dans l’image de l’homme, dans le vrai
homme, qui sont souvent et fortement retenus pas la vie opposée, et sont ainsi
placés dans une vie mixte, et se tourmentent pour la génération de la vie sainte.
C’est pour ceux-là que nous avons fait cet écrit et nous leur disons de ne point
regarder comme impossible de reconnaître, et de savoir de semblables secrets ;
et nous le leur donnons à considérer dans une comparaison. S’il y avait une vie
qui eût poussé de toutes les vies, et qui fût mixte, mais que dans cette même vie
il y eût une seconde vie, elle (la seconde vie) serait libre de toutes les autres vies,
quoiqu’elle eût poussé de toutes les vies, et cependant elle résiderait aussi dans
toutes les essences de la vie.
Cette même seconde nouvelle vie serait éclairée par la lumière, et seulement
en soi, afin qu’elle pût contempler toutes les autres vies. Et voyez ; les autres vies
ne pourraient ni contempler la nouvelle vie, ni la saisir. Ainsi est chacun qui de
la vie mixte, du bien et du mal, est engendré de nouveau en, et de Dieu.
Cette nouvelle image engendrée dans la vie de Dieu contemple toutes les vies
naturelles, et pour elle il n’y a rien d’étranger ni de difficile, car elle n’a seule-
ment qu’à contempler sa racine d’où elle est poussée, comme cela nous est aisé à
reconnaître : de même qu’une belle fleur pousse de la terre sauvage, sans paraître
semblable à la terre, mais éclaire par sa beauté la puissance de la terre, et est ainsi
mêlée de bien et de mal : de même est aussi chaque homme qui est engendré de
nouveau de la propriété et qualité bestiale sauvage terrestre, en véritable image
de Dieu.
C’est pour ceux qui sont maintenant en croissance, et qui tendent au beau
lys dans le royaume de Dieu, et sont dans la génération, que nous avons écrit ce
livre, afin qu’ils puissent, par son moyen, fortifier leurs essences, reverdir dans la
vie de Dieu et croître dans l’arbre du paradis, et porter ce fruit. Puisque tous les

4
Préface

enfants de Dieu croissent ainsi dans cet arbre, et que chacun est une branche de
ce même arbre ; nous avons voulu partager notre suc, notre odeur et notre es-
sence avec nos co-rameaux, et nos co-branches dans notre arbre dans lequel nous
sommes tous, afin que notre arbre paradisiaque devînt grand, et que nous nous
réjouissions les uns et les autres ; afin que chaque branche et chaque rameau
protège l’autre contre la tempête ; nous donnons ceci amicalement à réfléchir à
tous les enfants de cette végétation dans cet arbre, et nous nous recommandons
à leur amour, à leur croissance.

5
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE
DES SIX POINTS THÉOSOPHIQUES
Le Ier point

Chapitre premier
De la première croissance et vie hors du premier principe. Ce qu ’il faut regarder et
considérer ainsi : savoir, au cas qu ’elle fût seule et non mêlée avec les autres, quelle
pourrait être sa puissance ; non qu’il faille l’envisager de telle manière qu’elle fût ainsi
seule en une figure ou en une créature, mais pour qu ’on apprenne à chercher et à sonder le
centre de la nature ; et qu ’on apprenne à distinguer l’essence divine d’avec la nature

1. Nous voyons et nous trouvons que chaque vie est essentielle ; et en-
suite nous trouvons qu’elle consiste en volonté ; car la volonté est l’instigateur
des essences.
2. Et ainsi nous pouvons considérer comme s’il y avait dans la volonté
un feu caché, où la volonté s’élevât toujours vers le feu, et voulût l’éveiller et
l’allumer.
3. En outre, nous devons comprendre que chaque volonté sans le ré-
veillement des essences ignées est une impuissance, comme muette sans vie,
n’ayant ni sensibilité, ni intelligence, ni substantialité ; car elle se compare à une
ombre sans essence, d’autant qu’elle n’a aucune sensibilité, mais elle tombe en
bas, et se laisse pousser et conduire, comme une chose morte, comme quelque
chose qui ne s’appuie que sur une ombre, laquelle est conduite sans essence.
4. Ainsi une volonté non essentielle est un être muet sans idée et sans
vie, et cependant c’est une figure dans un éternel rien insondable ; car elle est
suspendue à une chose corporelle.
5. Maintenant, puisque la volonté sans essence est muette et sans être,
elle est ainsi dans l’essence une chose et une image selon l’essence, et elle est for-
mée d’après l’essence, car la vie de la volonté est engendrée de l’essence.
6. Ainsi la vie est le fils de l’essence, et la volonté dans laquelle réside la
figure de la vie, est le père de l’essence, car aucune essence ne peut provenir sans
volonté, car dans la volonté le désir prend sa source ; et les essences prennent la
leur en lui.
7. Si donc la première volonté est un sans-fond que l’on doit considérer

7
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

comme un éternel rien, alors nous la regarderons comme un miroir, dans lequel
quelqu’un voit sa propre image semblable à une vie ; et cependant il n’y a aucune
vie, mais une figure de la vie, et de l’image dans la vie.
8. Ainsi nous regardons l’éternel sans-fond, hors de la nature, comme
un miroir. Car il est semblable à un œil qui voit là, et cependant ne conduit dans
le voir, rien dont il puisse voir, car le voir est sans essence, tandis qu’il est cepen-
dant engendré de l’essence, c’est-à-dire de la vie essentielle.
9. Ainsi il nous est évident que l’éternel sans-fond hors de la nature
est une volonté, semblable à un œil, où la nature est intérieurement cachée, tel
qu’un feu caché qui ne brûle pas, qui est là et aussi n’y est pas. Ce n’est pas un
esprit, mais une forme d’esprit, comme une lueur dans un miroir. Là toute la
forme de l’esprit se peut voir en lueur ou en miroir, et cependant il n’y a rien que
l’œil ou le miroir voie, mais son voir est en soi-même, car il n’y a rien devant lui
qui là soit plus profond. Cela semblable à un miroir qui est comme le réservoir
de la face de la nature, et ne touche cependant pas la nature, comme la nature ne
touche pas plus la lueur de l’image dans le miroir.
10. Ainsi l’un est affranchi de l’autre, et cependant le miroir est véritable-
ment le réservoir de l’image. Il embrasse l’image, et cependant il est impuissant
à l’égard de la lueur, car il ne peut retenir la lueur. Car si l’image s’éloigne du
miroir, alors le miroir n’est qu’un pur éclat, et son éclat n’est rien, et cependant
toutes les formes de la nature y demeurent cachées intérieurement, comme un
rien, et il est cependant véritable, mais non en essences.
11 Ainsi c’est là ce que nous devons reconnaître et comprendre de l’éter-
nelle sagesse cachée de Dieu, laquelle se compare ainsi à éternel sans essence ; elle
est le sans-fond, et cependant elle voit tout. Tout a été caché en elle dès l’éternité,
d’où elle a son voir. Mais elle n’est pas essentielle, de même que dans un miroir
l’éclat n’est pas essentiel, cependant il embrasse tout ce qui paraît devant lui.
12. Secondement, il nous faut entendre de l’éternelle volonté qui est
aussi sans essence, ce que nous entendons de l’esprit de Dieu. Car aucun voir
n’est sans esprit, comme aucun esprit n’est sans voir ; et ainsi nous devons com-
prendre que le voir brille de l’esprit, qu’il en est l’œil et le miroir, et qu’en lui la
volonté est manifestée, car le voir fait une volonté dans laquelle le sans-fond de
l’abîme sans nombre ne sait trouver ni fondement ni limite ; ainsi son miroir va
en soi, et fait en soi un fondement : cela est la volonté.
13. Ainsi le miroir de l’œil éternel brille en volonté, et s’engendre à soi-

8
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

même en soi-même un autre éternel fondement, lequel est son centre ou son
cœur, d’où le voir s’originise continuellement de l’éternité, et par là la volonté de-
vient mouvante et conductrice, particulièrement de ce que le centre engendre.
14. Car il est tout compris en volonté, et c’est une essence qui s’originise
soi-même éternellement en soi-même dans l’éternel sans-fond, qui entre en soi-
même, et fait un centre en soi-même, et se saisit soi-même en soi, mais sort de
soi avec ce qui est saisi et se manifeste dans l’éclat de l’œil, et brille ainsi en soi et
de soi hors de l’essence ; il est son propre propriétaire, et est cependant comme
un rien eu égard à la nature. Entendez, eu égard à l’être saisissable pour parler
ainsi, d’autant qu’il est cependant tout, et que tout en provient.
15. Et nous entendons ici l’éternelle essence de la Trinité de la Divinité
avec la sagesse insondable. Car l’éternelle volonté qui saisit l’œil ou le miroir
dans lequel se trouve le voir, ou sa sagesse, est le père ; et ce qui est saisi dans la
sagesse, où le saisi embrasse en principe hors du sans-fond une base ou un centre
en soi-même, est le fils ou le cœur, car il est la parole de la vie, ou son essentialité
dans laquelle la volonté brille avec éclat.
16. Et ce qui va en soi au centre de la base est l’esprit ; car il est le trou-
veur qui de toute éternité trouve toujours là où il n’y a rien. Ce même esprit
sort derechef du centre de la base et cherche dans la volonté. Alors le miroir de
l’œil, ou la sagesse du Père et du Fils est manifestée. Et ainsi la sagesse est devant
d’esprit de Dieu, qui en elle manifeste le sans-fond, car ses vertus dans lesquelles
brillent les couleurs des merveilles sont, par le moyen de l’esprit qui s’élève, ma-
nifestées du père de l’éternelle volonté par le centre de son cœur ou de la base.
17. Car elle est le prononcé que le père prononce du centre du cœur par
le Saint-Esprit, et elle reste en formation et en figuration divine en aspect de la
tri-unité de Dieu, mais comme une vierge sans engendrer ; elle n’engendre point
les couleurs et les figures qui brillent en elle et sont manifestes dans la base et en
essence ; mais le tout ensemble est une éternelle magie, et demeure en soi avec le
centre du cœur, et de soi sort du centre par l’esprit, et se manifeste à l’infini dans
l’œil de la sagesse virginale.
18. Car de même que l’essence de la Divinité n’a aucune base d’où elle
dérive, et d’où elle provienne ; de même aussi l’esprit de la volonté n’a aucune
base, lieu, ni limite qu’il puisse toucher ; mais il se nomme admirable, et sa
parole ou son cœur, par lequel il sort, se nomme l’éternelle puissance de la Divi-

9
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

nité, et la volonté qui engendre en soi le cœur et la puissance se nomme l’éternel


conseil.
19. Ainsi l’essence de la Divinité est dans tous les points et dans tous les
lieux de la profondeur du sans-fond, comme une roue, ou comme un œil, où le
commencement a toujours la fin, et on ne peut lui trouver aucun lieu, car elle
est elle-même le lieu de tous les êtres, et la plénitude de toutes choses ; cepen-
dant elle n’est vue ni saisie par rien, car c’est un œil en soi-même, comme ce que
Ézéchiel a vu en introduisant l’esprit de sa volonté en Dieu, lorsque sa figure
spirituelle a été introduite dans la sagesse de Dieu par l’esprit de Dieu, alors il a
atteint la contemplation ; et cela ne peut pas avoir lieu autrement.

Le second texte

20. Ainsi nous entendons que l’Être divin dans la triplicité dans le sans-
fond habite en soi-même, mais qu’il s’engendre une base en soi-même ; savoir,
l’éternelle parole ou l’éternel cœur qui est le centre et le terme du repos dans la
Divinité ; et cependant il ne faut point entendre ceci d’une substantialité, mais
d’un esprit triple, où chacun est la cause de l’autre dans la génération.
21. Et néanmoins cet esprit triple n’est pas mesurable, séparable, ou son-
dable, car on ne peut lui trouver aucun lieu ; et il est en même temps le sans-fond
de l’éternité, qui s’engendre fondamentalement en soi-même ; et on ne peut in-
venter ni trouver de lieu ni de place, où l’esprit de la tri-unité ne soit pas présent,
et ne soit pas dans toutes les substances, mais caché à la substance, demeurant en
soi-même, comme une essence qui, en même temps, remplit toutes choses à la
fois, et cependant ne demeure pas dans la substance, mais possède soi-même en
soi une essence, comme cela nous est indiqué par le fond et le sans-fond, en tant
qu’on conçoit les deux en présence l’un de l’autre.
22. Ainsi, nous concevons l’éternité : 1° comment il en a été depuis le
temps de la création de ce monde ; 2° en outre ce que l’être divin est en soi-même
sans un principe ; 3° l’éternel commencement dans le sans-fond ; et l’éternelle fin
en son particulier est une base engendrée en soi, savoir : un centre pour la parole,
laquelle parole est le centre même : 4° et néanmoins (comment) l’éternelle géné-
ration de la parole dans la volonté, dans le miroir de l’éternelle sagesse, ou dans
la vierge, arrive toujours de toute éternité sans engendreuse, ou sans engendrer.
23. Et dans cette même vierge de la sagesse de Dieu est l’éternel principe,

10
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

comme un feu caché qui se reconnaît ainsi à sa couleur, comme dans un miroir,
et a été reconnu de toute éternité dans la figure, et sera aussi reconnu ainsi dans
toute l’éternité en éternelle origine, dans la sagesse.
24. Dans ce même miroir où le principe est manifesté de l’éternel sans-
fond, l’essence des trois principes a été vue selon la ressemblance de la sainte
triplicité, avec leurs merveilles, comme dans une profondeur insondable, et cela
de toute éternité.
25. Et ainsi, il nous faut maintenant reconnaître que le premier principe
est magique en origine, car il est engendré en désir, en volonté. Car delà son
attrait et son opposition pour engendrer sont aussi magiques ; savoir : particuliè-
rement pour engendrer le second principe.
26. Et comme cependant on n’entend dans le premier et le second prin-
cipe qu’un seul esprit sans substance saisissable, alors l’attrait s’étend à engendrer
le troisième principe, où l’esprit des deux principes pût se reposer et se manifes-
ter en similitude.
27. Et quoique chaque principe ait son centre, cependant le premier
principe est dans la source magique, et son centre est le feu qui ne peut exister
sans substance ; c’est pourquoi sa faim et son désir se portent vers la substance.
28. Et il nous faut entendre du premier principe : 1° (si nous parlons
purement d’un, quoiqu’il ne soit pas seul) qu’il est désireux de la volonté in-
sondable dans le centre du sans-fond ; savoir, où l’éternelle parole est toujours
engendrée de toute éternité, car la volonté désire le centre ; savoir, la parole ou le
cœur.
29. Et secondairement il désire que le cœur puisse être manifesté ; car
dans le sans-fond il n’y a aucune manifestation, mais un éternel rien, un repos
sans substance, ou couleur, aussi aucune vertu. Mais dans ce désir sont les cou-
leurs, puissances et vertus, et cependant il est caché en soi, et serait éternellement
sans manifestation, car il n’y aurait aucune lumière, éclat ou majesté ; mais un
triple esprit en soi-même qui serait sans la source de consubstantialité.
30. C’est ainsi qu’il nous faut entendre l’essence de la plus profonde Di-
vinité, sans et hors de la nature.
31. Et en outre, comment l’éternelle volonté de la Divinité désire de se
manifester de sa propre base en lumière de majesté, là où nous reconnaissons
alors la première volonté du Père désirant le Fils et la lumière de la majesté ; et

11
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

cela en deux voies ; la première voie au centre de la parole ; la seconde à la lumiè-


re ou à la manifestation de la parole. Et nous trouvons que chacune est un désir
attirant, quoique dans le sans-fond il n’y ait rien qui puisse être attiré ; ainsi, le
désir s’attire lui-même, et imprègne la seconde volonté du Père qui imagine pour
la lumière de la majesté, hors du centre de sa parole ou de son cœur.
32. Maintenant le cœur est enceint de la lumière, et la première volonté
est enceinte de la nature, et cependant ainsi il n’y en aurait aucuns de manifestés,
si le principe n’était pas engendré.
33. Car il nous faut ainsi considérer que le Père engendre de la première
volonté, le premier principe, ou la nature qui dans le feu vient à la plus haute
perfection, et ensuite il engendre le second principe, dans et de la seconde vo-
lonté en la parole, dans laquelle il désire la manifestation de la parole en lumière
de la majesté ; là le feu du second principe dans la lumière de la majesté est un
complément de la seconde volonté ; savoir, la douceur, qui est posée vis-à-vis le
feu du premier principe, et éteint sa colère, et l’établit en une substance essen-
tielle ; savoir, en une éternelle vie, où le feu est caché dans la lumière, et donne à
la lumière sa puissance, sa force, et son pouvoir ; là, alors, il y a à la fois un éternel
lien, et l’un sans l’autre ne serait rien.

Du premier principe en soi-même ;ce qu’il est en soi-même particulièrement

34. Il faut faire attention au désir, car chaque désir est attirant de ce qu’il
y a dans la volonté désirante.
35. Or donc, Dieu ne désire que la lumière, c’est-à-dire l’éclat de son
cœur, pour qu’il brille dans sa sagesse, et qu’ainsi la Divinité entière soit mani-
festée en soi, dans la vierge de sa sagesse, et de soi par l’esprit s’élevant ; et qu’il y
ait en lui une éternelle parfaite joie, délices et satisfaction.
36. Or, ceci ne peut pas être engendré autrement que par le feu ; là où la
volonté est située dans le plus profond aigu de la toute-puissance, puisqu’elle est
consumante dans le feu ; en récompense, la lumière est une douceur de l’engen-
dreuse de la toute-substantialité.
37. Si donc maintenant le feu doit avoir aussi une engendreuse pour
son origine et pour sa vie ; dès lors il brille en une double vie, et une double
source. On a droit de les nommer deux principes, quoique cependant il n’y en

12
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

ait qu’un ; mais c’est une double source en un seul être, et à cause de la source,
on les considère comme deux êtres ; ce que l’on peut remarquer au feu et à la
lumière.
38. Si maintenant nous considérons le désir, nous trouvons que c’est un
fort attract, semblable à un élèvement, ou à un mouvement éternel ; car il s’attire
soi-même en soi, et s’engrosse, de façon qu’ainsi d’une liberté mince où il n’y a
rien, il résulte un ténèbre. Car la volonté désirante devient épaisse et remplie par
l’attirant, tandis que cependant il n’y a rien que le ténèbre.
39. Néanmoins la première volonté veut être libre du ténèbre, car elle en-
gendre la lumière, et cependant ne peut pas ainsi l’atteindre ; car plus s’accroît le
désir pour la liberté, plus s’accroissent (aussi) l’attirant et l’aiguillon des essences
qui s’originisent dans l’attrait et le désir.
40. Ainsi, plus la volonté tire en soi, et plus sa prégnation devient grande,
et cependant le ténèbre ne peut pas atteindre le centre de la parole, ou du cœur
du Trinaire ; car ce centre est d’un degré plus profond en soi, et est cependant
une alliance.
41. Mais la première volonté dans laquelle naît la prégnation de la natu-
re, est encore plus profonde que le centre de la parole, car elle dérive de l’éternel
sans-fond ou du rien, et ainsi le centre du cœur est enfermé dans le milieu, là où
la première volonté du Père travaille à la génération du feu.
42. Si maintenant nous reconnaissons que dans le fort attract, il arrive
une très forte substance ou essence ; là alors la substantialité dérive de l’éternité ;
car l’attrait donne l’aiguillon, et ce qui est attiré donne la dureté, la matière du
rien, une substance, une essentialité. Alors l’aiguillon de l’attrait demeure dans
cette même essentialité ; elle pique, elle brise, et le tout par la volonté désirante
qui attire.
43. Ainsi, nous avons ici à reconnaître deux formes de la nature savoir,
l’astringent qui est le désir, et ensuite l’aiguillon qui fait dans le désir un brisant
et un piquant, d’où il résulte le sentir qui est l’amer. La seconde forme de la na-
ture est une cause et une origine des essences dans la nature.
44. Pour lors la première volonté n’est point satisfaite ni mise en repos
par cette (forme). Au contraire, elle se trouve par-là dans une très grande angois-
se ; car elle désire la liberté dans la lumière, et cependant il ne se trouve encore
aucun éclat dans la liberté. Alors elle entre dans une effroyable angoisse ; et elle

13
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

élève tellement le désir pour la liberté, que l’angoisse fait passer comme une mort
et un tombement, sa volonté, du brisant, du piquant, et du puissant attirant, par
la mort dans la liberté.
45. Ainsi entendez ici la volonté en deux voies. Une qui s’élève dans la
sévérité pour l’engendrement du feu de la colère ; l’autre qui imagine après le
centre de la parole, et se précipite de l’angoisse comme par un mourir dans la vie
libre, et porte également ainsi une vie avec soi hors de l’angoisse dans la liberté,
en sorte que l’éternel sans-fond est reconnu pour une vie, et que du rien provient
une éternelle vie.
46. Puis donc que le premier élan de la volonté se porte vers la génération
du feu, dès lors nous le reconnaissons pour la première nature, c’est-à-dire pour
la nature du père dans la sévérité colérique ; et la seconde marche de la volonté
dans la liberté, dans le centre du cœur, nous la reconnaissons pour la nature di-
vine, pour la vie dans la lumière, dans la vertu de la Divinité.
47. Ainsi maintenant il nous est manifeste que la première volonté tra-
vaille et opère pour le feu, particulièrement, la forte, dure, amère et grande an-
goisse qui est la troisième forme de la nature ; car l’angoisse qui est comparable
au centre où la vie et la volonté s’originisent éternellement. Car la volonté veut
être libre de la grande angoisse, et ne le peut cependant pas. Elle veut fuir, et elle
est pourtant retenue par l’astringence ; et plus la volonté de s’enfuir s’augmente,
plus s’étend aussi l’aiguillon amer des essences et de la multiplicité.
48. Car comme elle ne peut pas s’envoler, ni s’élever non plus au-dessus
de soi, alors elle devient tournante comme une roue. Ainsi les essences devien-
nent mélangées, et la multiplicité des essences vient en une volonté mélangée qui
avec raison se nomme l’éternelle base affective, où la multiplicité se trouve dans
des essences innombrables en une (seule) affection, où d’une essence peut conti-
nuellement résulter de nouveau une volonté, pour la propriété de cette même
essence, ce dont dérivent les merveilles éternelles.
49. Puisque donc la grande et forte base affective de la forme d’angoisse
va ainsi en soi comme une roue, et brise toujours le fort attirant, et amène tou-
jours par l’aiguillon à la multiplicité des essences, mais cependant rassemble
toujours de nouveau dans l’angoisse, dans la roue, en unité, c’est-à-dire en une
affection, alors ainsi la vie d’angoisse est engendrée, savoir, la nature. Là il y
a un mouvement, une impulsion, un envolement, une rétention, en outre un
sentir, un goûter, un entendre ; et cependant ce n’est pas une véritable vie, mais

14
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

purement une vie de nature sans un principe. Car il n’y a aucun végètement,
mais cela est semblable à un sans-réflexion, ou une folie, où quelque chose est
tournant en soi comme une roue, où il y a bien une alliance de la vie, mais sans
entendement et sans connaissance ; car cela ne se connaît pas soi-même.
50. Ainsi, pour sonder plus avant au sujet de la seconde volonté de l’éter-
nel Père qui est appelé Dieu, qui désire la lumière dans le centre de son cœur,
et la manifestation de la Trinité dans la sagesse, cette même volonté est posée
ou dirigée vers le centre de la nature ; car de la nature doit résulter l’éclat de la
majesté.
51. Ainsi maintenant cette même seconde volonté a en soi la liberté dans
la parole de la vie ; et la volonté d’angoisse dans l’aigu de la nature désire la
liberté, pour que la liberté puisse être manifestée dans l’angoisse de l’affection
colérique.
52. Car delà aussi résulte l’angoisse, de ce que la première volonté veut
être libre de la ténébreuse astringence, et la liberté désire la manifestation ; car
elle ne peut pas se trouver en soi-même sans aigu ou sans tournant, car la volonté
de la liberté qui s’appelle le Père, désire de se manifester, et elle ne peut le faire
sans propriétés.
53. Ainsi elle est désireuse par les propriétés qui résultent dans l’angoisse,
dans les essences en feu, de manifester ses merveilles, vertus et couleurs par-là, ce
qui ne peut être sans la nature.
54. Ainsi la première volonté qui s’appelle le Père et est la liberté même,
désire la nature, et la nature désire avec grande ardeur la liberté pour être déli-
vrée de la source d’angoisse. Et elle reçoit la liberté dans sa sévérité aiguë, dans
l’imagination, ce dont elle s’effraye comme un éclair, car c’est une explosion de
la joie, de ce qu’elle est délivrée de la source d’angoisse.
55. Et dans l’explosion, il résulte deux essences ; savoir, une mortelle et
l’autre vivante, ce qu’il faut entendre ainsi.
56. La volonté s’appelle le Père, qui a la liberté en soi, qui s’engendre
ainsi dans la nature, en sorte qu’il est susceptible de la nature, et qu’il est le Tout-
puissant de la nature.
57. L’explosion de sa nature est un allumeur du feu ; car lorsque l’an-
goisse ténébreuse, ou la très importante et forte essence reçoit en soi la liberté,
alors dans l’explosion, dans la liberté elle se change en un éclair, et l’éclair saisit

15
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

la liberté ou la douceur ; alors l’aiguillon de la mort est brisé, et la seconde vo-


lonté du père s’élève dans la nature, car il l’a créée avant la nature dans le miroir
de la sagesse, c’est-à-dire de son cœur d’amour, qui est le désir de l’amour et du
royaume de joie.
58. Car le feu est ainsi engendré dans la volonté du Père ; la seconde
volonté lui donne la puissance de la douceur et de l’amour ; et le feu prend la
source d’amour dans son essence, cela est désormais sa nourriture, de façon qu’il
brûle, et que de la corruption, et de l’explosion il donne l’esprit du royaume de
joie.
59. Ici l’Esprit saint qui dans l’origine avant la nature est l’esprit de la vo-
lonté du Père, est manifesté, et il reçoit ici la puissance des merveilles, et il passe
ainsi du Père, ou de la première volonté pour la nature, de la seconde volonté,
dans la nature ; du feu, ou de l’explosion du royaume de joie en source d’amour,
dans l’essentialité de la douceur.
60. Car la douceur est maintenant aussi devenue désirante des propriétés
du feu, et le désir attire en soi la douceur du royaume de joie. Cela est alors l’eau
de l’éternelle vie, que le feu boit, et il donne par-là la lumière de la majesté.
61. Et maintenant dans la lumière demeure la volonté du Père et du
Fils, et le Saint-Esprit est la vie là-dedans. Il ouvre maintenant la puissance de
la douce essentialité dans la lumière ; ce sont là les couleurs, les merveilles et les
vertus.
62. Et ceci s’appelle la sagesse virginale, car elle n’est point engendreuse,
elle n’ouvre non plus rien d’elle-même ; le Saint-Esprit seul est l’ouvreur de ses
merveilles. Elle est son vêtement, et son bel ornement, et elle a en elle les mer-
veilles, couleurs et vertus du monde divin ; elle est la maison de la triplicité, et
l’ornement du monde divin et angélique.
63. Dans ses couleurs et vertus, le Saint-Esprit a contemplé le chœur des
anges, aussi bien que toutes les merveilles des choses créées qui de toute éternité
ont été aperçues dans la sagesse, à la vérité, sans être, mais cependant dans la
sagesse, comme un miroir, selon leurs figures, lesquelles figures sont, par le mou-
vement du Père, venues en essence et en création, le tout selon les merveilles de
la sagesse.
64. Ainsi entends-nous aussi maintenant de la seconde essence, là, où
dans l’explosion, la nature se partage en deux essences, comme cela a été dit ci-

16
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

dessus ; savoir, 1° en volonté du Père dans le feu, ou dans le monde de feu, et de


la seconde volonté créée du Père, et engendré en soi ; 2° en majestueux monde
lumineux.
65. Et la seconde volonté, ou la maison de l’explosion en soi, dans la
mort, dans les ténèbres de la source ennemie qui doit rester ainsi, afin que dans
cette même angoisse, il y ait un éternel désir d’être libre de la source. Car ce
même désir fait la première volonté pour la nature, soupirant toujours pour
venir au secours de son essence. Car delà aussi dans la volonté du Père, résulte
la miséricorde qui va avec la liberté dans l’angoisse ; mais elle ne peut pas rester
dans l’angoisse. Mais elle passe du feu dans la source d’amour.
66. Voici. Sa seconde volonté, ou son cœur sont en lui comme une fon-
taine d’amour et de miséricorde, ce dont la miséricorde prend son origine, en
sorte qu’il y a un miséricordieux et un compatissant sur les malheureux et les
souffrants ; c’est-à-dire que là-dedans la volonté du Père, qui cependant est libre,
se manifeste dans la colère de la nature pour que la colère soit apaisée.
67. Mais il n’en reste pas moins d’un côté la roue angoisseuse de la colère
devant soi. Car dans l’explosion il arrive un tuement, non pas une paisible mort,
mais une vie mortelle, qui se compare à la plus mauvaise essence, qui est comme
une eau-forte, ou un poison en soi. Car il faut qu’il y ait une chose semblable
pour que le centre de la nature subsiste éternellement.
68. Et d’un autre côté la vie sort de la mort, et ainsi la mort doit être
une cause de la vie. Autrement, s’il n’y avait aucune semblable source vénéneuse
colérique, le feu ne pourrait pas être engendré ; et s’il n’y avait aucune essence ni
aigu de feu, il n’y aurait aucune lumière, ni aucun trouver de la vie.
69. La première volonté qui s’appelle le Père, se trouve ainsi dans la mer-
veille, et la seconde volonté, qui s’appelle le fils, se trouve ainsi dans la puissance.
Delà ainsi résulte le royaume de joie ; car s’il n’y avait aucune douleur, il n’y
aurait aussi aucun royaume de joie. Mais cela est le royaume de joie que la vie
soit délivrée de l’angoisse, quoique la vie s’originise maintenant ainsi.
70. C’est pourquoi les créatures ont pour leur vie un poison ou un fiel.
Le fiel est la cause qu’il y a un mouvement d’où résulte la vie, car il occasionne
le feu dans le cœur, et la vraie vie est le feu, mais il n’est pas la figure de la vie.
71. De la vie de feu résulte d’abord le véritable esprit, qui passe du feu

17
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

dans la lumière ; il est libre du feu comme l’air est libre du feu, quoique cepen-
dant il provienne du feu.
72. Car le vrai esprit, ou l’esprit dans l’homme, lequel est engendré du
feu de l’âme, a sa propriété dans la lumière de la vie. Cette lumière brille du feu,
car il résulte de la mort, il sort de la mort, la source ennemie est demeurée de lui
en feu, et ensuite au-dessous du feu, dans la cause du feu ; savoir, dans la mort
colérique.
73. Ainsi la mort colérique est une racine de la vie. Et ici, vous hommes,
pensez à votre mort, et aussi à la mort du Christ, qui de nouveau nous a engen-
drés de la mort par le feu de Dieu. Car de la mort est engendrée la vraie vie. Ce
qui peut sortir de la mort, est délivré de la mort et de la source colérique. Cela
est maintenant son royaume de joie qu’il n’y ait plus en lui aucune source coléri-
que ; elle est restée de lui dans la mort (dans le monde ténébreux), et ainsi de la
mort la vie atteint l’éternelle liberté, où il n’y a plus aucune crainte ni effroi, car
dans la vie l’effroi est rompu.
74. La vraie vie est une puissance de joie, un perpétuel bien faire, car il
n’y a en elle aucun autre tourment, que seulement un désir, qui a toute la pro-
priété du tourment, et ne peut cependant pas élever la source en soi, de façon
que ses propriétés ne peuvent pas s’allumer là-dedans, car la lumière et la liberté
s’y opposent.

18
Chapitre II
De la propriété du principe ; ce qu’est le principe, ou ce que sont tous les trois

1. Lorsqu’il se trouve une vie et une mobilité où il n’y en aucune, cela


est un principe ; le feu est un principe avec sa propriété, et la lumière est aussi un
principe avec sa propriété, car elle est engendrée du feu, et n’est pas cependant
la propriété du feu ; elle a aussi en soi sa propre vie, mais le feu est la cause là-
dedans, et l’angoisse colérique est une cause des deux.
2. Mais on ne peut pas chercher la volonté pour l’angoisse qui occa-
sionne la nature de l’angoisse, qui s’appelle le Père. Nous cherchons seulement
comment elle s’introduit dans la plus haute perfection dans l’essence de la tri-
plicité, et comment elle se manifeste en trois principes, et comment s’originise
l’essence de chaque source ; ce que c’est qu’une essence d’où résulte la vie avec
les sens, et la merveille de tous les êtres.
3. Ainsi, nous connaissons le troisième principe, ou la source de ce
monde, avec les étoiles et les éléments pour une création provenue des merveilles
de l’éternelle sagesse.
4. Le troisième principe manifeste les deux premiers, quoique chacun
soit manifesté en soi. Mais l’éternelle essence a voulu dans ses merveilles qui ont
été contemplées dans la sagesse, se manifester d’une semblable propriété, c’est-
à-dire selon le fondement de l’éternité, selon la source de colère et d’amour, et
a tout créé dans une essence créaturelle et figurative, bonne et mauvaise selon
l’éternelle source, comme il est évident que dans ce monde il y a du mal et du
bien, ce en quoi cependant les démons sont une grande cause, lesquels dans
leur création ont dans leur chute remué ardemment dans la sévérité la colérique
matrice, dans laquelle Dieu s’est fortement remué selon la propriété de la colère,
pour les rejeter de la lumière dans la mort de la sévérité, ce dont aussi l’essen-
tialité céleste a été émue, de façon que dans l’essentialité terrestre il se trouve
renfermé beaucoup de choses qui ont été dans la liberté.
5. C’est ce que nous reconnaissons à l’or et à sa teinture, qui est libre de
l’essence terrestre ; car elle consiste dans le feu et dans toutes les sources ; aucune
source ne peut la lier, excepté la volonté divine, et cela doit arriver assez souvent
à cause de l’indignité du monde.
6. Et si nous considérons bien la création de ce monde, et que nous

19
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

contemplions l’esprit du troisième principe, ou l’esprit du grand monde avec


les étoiles et les éléments, alors nous trouvons les propriétés de l’éternel monde,
comme étant mêlées l’une dans l’autre, semblables à une grande merveille par la-
quelle Dieu, le suprême bien, a voulu manifester et amener en être les éternelles
merveilles qui étaient dans le secret.
7. Nous trouvons le bien et le mal, et nous trouvons dans toutes choses
le centre de la nature, ou la chambre d’angoisse ; mais nous trouvons particuliè-
rement l’esprit du grand monde en deux sources, en chaud et en froid. Là nous
reconnaissons au froid le centre de l’astringente aiguë sévérité ; et au chaud le
principe dans le feu, et ce n’est cependant qu’une origine l’un de l’autre.
8. Le feu vient de la sévérité du froid, et le froid vient du centre de la na-
ture, savoir de l’astringente aiguë angoisse, où l’astringence tire ainsi fortement
en soi, et fait la substantialité, comme nous reconnaissons que dans le mouve-
ment du père, dans la création, elle a fait la terre et les pierres. Là cependant il
n’y avait pour cela aucune substance que sa propre essence qui fût engendrée en
deux principes, en monde de lumière, et en monde de mort, en deux désirs.
9. Ce qui fut atteint par la sévérité lors du mouvement, cela fut formé
en globe ; c’est pour cela qu’on y trouve plusieurs espèces de bien et de mal ; et
il arrive souvent que de ce qu’il y a de plus mauvais on en peut faire ce qu’il y a
de meilleur, puisque le centre de la nature est là-dedans. Si on le porte dans le
feu, alors le pur enfant de l’éternelle essentialité peut être extrait de là quand il
est délivré de la mort comme on le voit à l’or.
10. Comme dans ce monde nous ne pouvions point atteindre le feu éter-
nel, c’est pourquoi aussi nous ne pouvons rien retirer de ce principe, faute du
feu éternel que nous n’atteignons point si ce n’est en imagination, par laquelle
un homme a la puissance de retirer la vie de la mort, et de la conduire dans la
divine substantialité. Cela ne peut avoir lieu que dans l’homme ; mais ce qui est
hors de l’homme appartient à la Divinité, et demeure pour le renouvellement, à
la fin de ce temps.
11. Nous donnons ainsi à entendre l’essence et la propriété des principes.
Le premier principe existe dans le feu de la volonté, et est une cause des deux
autres, aussi bien que de la vie et de l’intelligence, et une préservation de la na-
ture, aussi bien que dans toutes les propriétés du Père.
12. Et le second principe consiste dans la lumière, savoir dans le feu du
désir. Ce même désir fait une substance de la propriété du premier principe.

20
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

13. Le premier et le second principe sont père et fils dans l’éternité. L’un
demeure dans l’autre ; cependant chacun retient sa propriété. Il n’y a aucun mé-
lange dans les essences ; seulement l’un reçoit l’autre dans le désir, et la lumière
demeure dans le désir du feu, de façon qu’ainsi la propriété du feu donne son
désir dans la lumière, et la lumière dans le feu.
14. Ainsi c’est un seul être et non deux, mais deux propriétés, où l’une n’est
pas l’autre et ne peut pas non plus éternellement le devenir. Comme la propriété
de l’esprit ne peut pas être le feu et la lumière, et sort cependant du feu et de la
lumière, et il ne pourrait séparément subsister seulement du feu ou de la lumière.
Le feu ne pourrait pas seul le donner, ni la lumière non plus ; mais les deux le
donnent. Il est la vie des deux, et n’est cependant qu’un être, mais trois propriétés
où aucune n’est l’autre, comme cela se voit au feu, à la lumière et à l’air.
15. Ainsi concevez aussi le troisième principe qui est, et a même ces pro-
priétés ; il a aussi le feu, la lumière, et l’esprit, c’est-à-dire l’air ; et avec tous
ces accessoires il est semblable à l’être éternel. Mais il se commence et sort de
l’éternel ; il est une manifestation de l’éternel, un éveillement, une image, et une
similitude de l’éternel, il n’est pas l’éternel, mais il a été une essence dans l’éternel
désir. Le désir s’est manifesté, et s’est amené en être, en similitude de l’éternel.
16. La raison dit : que Dieu a créé ce monde de rien. Réponse. Il n’y avait
bien pour cela ni substance, ni matière qui fût saisissable extérieurement ; mais
il y avait une forme semblable dans l’éternelle puissance en volonté.
17. La création de ce monde est provenue par un éveillement de l’esprit
de volonté. La volonté intérieure qui d’ailleurs existe en soi en dedans, a atteint
sa propre nature, savoir le centre qui est désireux de soi, ou de la lumière, qui est
souriante du centre. Ainsi le centre a saisi hors de soi une essence en désir. C’est-
à-dire, il s’est saisi et fait une substance dans sa propre imagination, en désir, et
il a aussi saisi la substance de la lumière.
18. Il a saisi avec le commencement ce qui est éternel ; c’est pourquoi les
substances de ce monde doivent derechef retourner par la figure dans l’éternel,
car elles ont été saisies dans l’éternel. Mais ce qui a été fait et saisi du commence-
ment dans le désir, cela retourne dans son éther comme un rien, et simplement
derechef dans le miroir de l’imagination ; cela n’est pas de l’éternel, mais cela
est et appartient à l’éternelle magie dans le désir, de même qu’un feu engloutit
et consume une substance où il ne reste rien, mais est de nouveau tel qu’il était,
lorsque cependant il n’y avait aucun être.

21
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

19. Ainsi nous vous donnons à entendre ce qu’est l’essence de ce mon-


de. Pas autre chose qu’une fumée de l’éternel éther coagulée, qui a aussi un
consumement comme l’éternel. Il se renferme en un centre d’une substance,
et se consume de nouveau finalement, et il retourne dans l’éternelle magie, et
est seulement, pendant un temps, une merveille, comme une manifestation de
l’éternel, par laquelle l’éternel qui est manifeste en soi, se manifeste aussi hors
de soi, et répand son imagination, et ainsi renouvelle ce qui avait été fait et saisi
par le mouvement dans le désir, pour que la fin puisse derechef entrer dans le
commencement.
20. Car rien ne peut entrer dans la liberté de l’éternel, à moins que cela
ne soit semblable à l’éternel, qu’il ne subsiste dans le feu de la volonté, et soit
aussi subtile que l’essentialité de la lumière ; c’est-à-dire, comme une eau qui
peut demeurer dans une substance, dans qui la lumière peut habiter, et porter
son éclat au travers ; celle-là ne peut pas être saisie par le centre de la nature ; et
quoique cela soit une propriété de la nature, cependant cela est un éternel.
21. Ainsi nous vous donnons à entendre que tout ce qui est engendré
dans ce monde, qui a substance, ne dérive point de l’essence éternelle, et n’hérite
point de ce qui est éternel ; seulement, sa figure demeure magiquement dans
l’éternel mystère ; car elle est sortie de l’éternel dans l’origine par la création.
Mais son corps et toute la substance de la source passe ; elle se consume comme
une fumée, car elle est du commencement et va dans la fin.
22. Mais ce qui dérive de l’essence éternelle, de l’essentialité de l’éternelle
lumière, ne peut pas passer ; ce qui passe de cela, c’est seulement ce qui du com-
mencement est entré dans l’éternel, tel que la chair extérieure, qui par l’imagina-
tion dans l’homme a été introduite en éternel, cela doit se consumer comme une
fumée.
23. Mais ce qui de l’éternelle imagination est derechef introduit dans
l’éternel, et ce qui est engendré de l’éternel, ou de l’éternelle nature, comme est
l’âme dans l’homme, cela demeure éternellement, car cela a pris son origine de
l’éternel.
24. Mais si quelque chose est engendré de l’éternel centre de la colère,
cela peut entrer dans son renouvellement si cela veut. De même que l’éternelle
nature se renouvelle de la substance de l’externe nature, et qu’elle abandonne ce
qu’elle a fait dans le commencement, et ne retient que l’image magique qu’elle
a introduite de l’éternelle volonté dans l’extérieure par le verbe fiat dans la créa-

22
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

tion, de même l’homme peut aussi renouveler ce qu’il fait. S’il abandonne le
terrestre, alors il peut renouveler ce qu’il a enfanté de l’éternel ; mais si cela n’est
pas renouvelé, alors cela demeure dans la source.
25. Car tout ce qui ne devient ou n’est pas semblable au feu, à la lumière
et à l’eau, ne peut subsister dans la liberté ; mais cela demeure dans la source
dont il l’a éveillé ou opéré en soi, c’est-à-dire du centre de la nature. Ce qu’il a
introduit dans la volonté de la liberté lui deviendra ainsi un tourment, un ronge-
ment ou une volonté contraire qu’il a engendrée lui-même de sa propre nature,
par quoi il s’est rendu ténébreuse la lumière, en sorte que la lumière ne peut pas
outre-briller. Cela sera son ténèbre.
26. Car là où la volonté est ténébreuse, là aussi la substance de la volonté,
ou son corps, est ténébreux ; et là où la volonté est en tourment, là aussi le corps
est en tourment ; et c’est à cause de cela que les enfants de la lumière de la liberté
seront, dans la source angoisseuse, séparés des enfants de ténèbres ; chacun dans
son principe.
27. Ainsi maintenant nous vous donnons à entendre que chaque prin-
cipe engendre sa propre vie selon sa propriété. Mais le feu est le terme de sépara-
tion qui satisfait les deux principes ; savoir, les ténèbres et la lumière. Le ténèbre
lui donne son aiguillon et sa douleur ; et la lumière sa sensibilité et sa vie.
28. De même aussi le troisième principe a deux propriétés ; savoir, la
chaleur et le froid. La chaleur est le principe, et elle donne son aiguillon et sa
douleur au froid ; et elle donne à la lumière la vie et la sensibilité. La lumière à
son tour donne sa substantialité au feu, en sorte qu’elle s’unit amicalement avec
lui ; et le froid donne aussi sa propriété et sa substantialité au feu ; et le feu la
lui brise, et fait de sa substantialité la mort, et le mourir. C’est pourquoi il y a
toujours une inimitié entre le chaud et le froid, et ils ne deviennent jamais uns.
29. Mais ce qu’ils obtiennent dans leurs propriétés, c’est que la vie leur
doit croître au travers de la mort ; car du froid et du chaud provient la croissance
du troisième principe (dans lequel nous vivons extérieurement) ; du froid vient
le fruit hors de la terre, aussi bien que le corps de toutes les créatures, et dans les
éléments, l’être. Du chaud vient dans leur combat la vie dans le corps de toutes
les créatures et végétations ; de même que dans la profondeur des éléments il
donne l’esprit du grand monde en plusieurs figures ; c’est-à-dire, que où le froid
fait la substance, là la chaleur fait là-dedans un esprit.
30. Ainsi l’essence est toute en combat pour que les merveilles de l’éter-

23
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

nel monde soient manifestées dans le brisement et pour que l’éternel modèle
dans la sagesse de Dieu s’introduise en figures ; et pour ce même modèle, il reste
éternellement dans l’éternelle magie, en mystère, pour la glorification de Dieu,
et pour la joie des anges et des hommes ; non pas en substance, mais en mystère,
dans la magie, comme en une ombre de l’être, afin que ce que Dieu a opéré, et
ce qu’il connaît, et ce qu’il peut, soit éternellement connu.
31. Car après le brisement de ce monde, ce qui est éternel demeure seule-
ment en essence, comme d’éternels esprits, avec une éternelle essentialité de leur
corps, avec les merveilles qu’ils ont faites ici, qui restent dans la figure magique.
Là-dedans les esprits reconnaîtront les merveilles et les puissances de Dieu.
32. Ainsi maintenant nous avons à considérer les principes avec leurs
merveilles, lesquels tous les trois ne sont autre chose que le Dieu unique dans
ses œuvres merveilleuses qui par le moyen de ce monde, s’est manifesté selon les
propriétés de sa nature. Et ainsi nous devons entendre un triple être, ou trois
mondes l’un dans l’autre.
33. Le premier est le monde de feu, qui dérive du centre de la nature et la
nature (dérive) de la volonté désirante qui dans l’éternelle liberté s’originise dans
le sans-fond dont nous n’avons ni ne supportons aucune connaissance.
34. Et le second est le monde de lumière qui demeure dans la liberté,
dans le sans-fond, hors de la nature, mais qui dérive du monde de feu. Il reçoit
sa vie, et sa sensibilité du feu. Il demeure dans le feu, et le feu ne le saisit pas. Et
c’est là le monde mitoyen.
35. Le feu dans le centre de la nature avant son enflammement donne le
monde ténébreux ; mais il est dans son enflammement en soi-même le monde
de lumière, lorsqu’il se sépare lui-même dans la lumière, et laisse le centre être
dans les ténèbres ; ainsi donc il n’est en soi-même qu’une source, et une cause de
la vie.
36. Il a des créatures, mais elles sont de cette même essence colérique.
Elles ne sentent aucune douleur ; la lumière serait pour elles une douleur. Mais
quant aux démons déchus qui dans le principe furent créés dans le monde de
lumière, le ténèbre est une peine pour eux, et le feu est une puissance et une force,
car c’est leur vraie vie, quoique selon plusieurs propriétés, en raison du centre de
la nature, selon cette même essence.
37. Le troisième monde est l’extérieur, dans lequel nous demeurons se-

24
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

lon le corps extérieur, avec les œuvres et essences extérieures qui ont été créées
du ténèbre, et aussi du monde de lumière. C’est pourquoi il est bon et mauvais,
sévère et aimable. Adam ne devait point manger de cette propriété, ni imaginer
d’après elle ; mais les trois mondes devaient être en lui en ordre, en sorte que l’un
ne pût pas saisir l’autre, ainsi que dans Dieu même. Car Adam était créé de tous
les trois mondes, une entière image et similitude de Dieu.
38. Mais comme il a mangé du mal et du bien, et a introduit l’extérieur
dans le milieu, maintenant il faut que l’extérieur s’arrache du milieu ; et il arrive
une séparation lorsque l’extérieur doit retourner de nouveau dans son éther, et le
milieu reste.
39. Ainsi quand alors quelqu’un voit un homme juste, il peut dire : je
vois ici trois mondes exister, mais pas se mouvoir ; car le monde externe se meut
par le corps extérieur, mais c’est pour cela que le corps extérieur n’a aucune
puissance pour mouvoir le monde de lumière ; il s’est seulement introduit ainsi
dans le monde de lumière, ce qui a fait qu’elle est éteinte dans l’homme. Mais
seulement le monde ténébreux n’en est pas moins demeuré en soi ; et le monde
de lumière demeure en lui immobile, il est en lui comme caché.
40. Mais s’il est un homme juste par la régénération, alors elle demeure
en lui, comme la lumière pénètre l’eau, et rend l’essence mobile et désireuse, en
sorte qu’ainsi l’essence croît. De même aussi l’homme nouveau dans la lumière ;
et de même qu’on ne peut pas mouvoir la clarté du soleil, de même non plus la
lumière éternelle, ou le monde de la lumière. Elle demeure tranquille et brille
au travers de tout ce qui en est susceptible, et qui là est mince comme un rien ;
comme en effet le feu et l’eau sont ainsi ; là cependant tout est substantiel, mais
comme un rien par rapport à l’externe.
41. Ainsi chaque principe a sa croissance de soi-même, et cela doit être
ainsi ; autrement tout serait un rien.
42. C’est-à-dire que le premier principe est la racine du feu ; il croît dans
sa racine. Il a dans ses propriétés l’astringent, l’amer, le colérique et l’angoisse.
Cela croît dans ses propriétés en poison et en mort, dans la sévère vie angoisseuse
qui en soi donne le ténèbre à cause de l’attirement de la force. Ses propriétés font
soufre, mercure et sel, quoique la propriété du feu ne fasse pas sul dans sulphur ;
mais c’est la volonté de la liberté qui fait sul dans phur, tandis que le principe
procède devant soi.
43. Mais ce qui va dans ses propriétés, cela n’est que phur ; savoir, la sé-

25
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

vérité avec les autres formes dans le centre. Cela est la principale cause de la vie
et de l’être de toute chose. Quoique cela soit mauvais en soi, c’est cependant ce
qu’il y a de plus nécessaire pour la vie et la manifestation de la vie. Car sans cette
propriété, aucune vie ne pourrait être, et ce principe s’appuie sur le monde inté-
rieur ; dans l’intérieur, comme insaisissable ; et dans l’extérieur, saisissable par sa
colère.
44. Et le second principe a aussi sa croissance de soi ; car le feu, source en
lumière avec ses propriétés ; mais la lumière change les propriétés colériques en
un désir d’amour et un royaume de joie. C’est pourquoi l’essence et la propriété
du feu est aussi changée en lumière ; de façon que de l’angoisse et de la douleur
vient un aimable désir ; du piquant et du tempêtant, un entendement amical et
sensible.
45. Car la lumière enflamme les essences avec la source d’amour, en sorte
qu’elles donnent d’elles-mêmes en propriétés d’esprit une végétation ; savoir,
une volonté amicale, des mœurs, des vertus, de la piété, de la patience dans les
douleurs, l’espérance d’être délivré du mal ; de parler sans cesse des merveilles de
Dieu en soi en désir et en joie, de tinter, de chanter, et de se réjouir des œuvres
et des merveilles de Dieu, d’être toujours dans le vouloir de bien faire, de se dé-
tourner du mal et de la méchanceté, de vouloir toujours attirer son prochain par
l’amour dans le monde de lumière ; de fuir les méchants, d’étouffer perpétuel-
lement les mauvais penchants avec patience, dans l’espérance d’en être délivré,
de s’en réjouir en espérance, si les yeux ne voient point, et si la raison extérieure
ne connaît point ; de se retirer sans cesse du mal, et d’introduire les désirs dans
l’essence divine, de toujours vouloir manger du pain de Dieu.
46. Ce sont là les propriétés que porte le nouvel homme s’il est régénéré
du monde de lumière ; c’est là le fruit que le monde de lumière engendre tou-
jours ainsi en lui d’une manière cachée totalement au vieil Adam, et qui tue sans
cesse le vieil homme de ce monde, et est toujours en combat avec lui, lequel vieil
Adam doit toujours marcher après le nouvel homme, à la vérité comme un âne
nonchalant qui doit porter le sac, et son maître doit toujours le fouetter. C’est
ainsi qu’en agit le nouvel homme envers l’ancien ; il le serre jusqu’à le forcer à
faire ce qu’il ne fait pas volontiers. Ce qui tient à la joie de ce monde serait très
agréable au vieil âne, mais il doit être ainsi le serviteur.
47. Secondement le principe a sa végétation, et donne son fruit en com-
mun dans le troisième principe ; savoir, dans l’esprit du grand monde pour se
préserver de la turba extérieure et intérieure. Il pénètre et donne la fructifica-

26
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

tion ; il se défend de la colère des étoiles, et brise la constellation des esprits, ainsi
que du ciel firmamentique ; il s’oppose à la colère du démon, et à l’irruption
des hommes méchants, toutefois autant qu’il se trouve des saints qui en soient
dignes.
48. Le troisième principe a aussi sa végétation dans laquelle sont engen-
drées et créées de l’interne les étoiles et les éléments qui dans ce lieu se nomment
avec le soleil le troisième principe ; car les deux mondes extérieurs, savoir, le
monde de feu et le monde de lumière se sont manifestés par le troisième prin-
cipe, et tout est mêlé l’un avec l’autre, le bien et le mal, l’amour et l’inimitié, la
vie et la mort. Dans toute vie il y a la mort et le feu ; aussi d’un autre côté un
désir de l’amour, le tout selon les propriétés du monde intérieur, et il croît delà
un double fruit bon et mauvais, et aussi chaque fruit a une double propriété,
aussi elles se montrent dans toutes les vies de ce monde ; en sorte que la colère
et une source mauvaise combattent toujours avec l’amour ; là chaque propriété
cherche et porte du fruit. Ce que le bon fait, le mauvais le détruit ; et ce que le
mauvais fait, le bon le détruit. C’est une guerre et un combat continuels, car les
propriétés des deux principes internes sont extérieurement en mouvement, cha-
cun porte et opère du fruit dans le royaume interne, chacun veut être maître.
49. Le froid, ou l’extension du centre interne, de la colère de la mort veut
être maître, et s’introduire toujours dans la mort ; il éveille toujours l’aiguillon de
la mort ; et le chaud ou l’expansion du véritable feu veut aussi être le maître, il
veut tout soumettre et tout consumer, et veut toujours être nu sans corps. Il est
un esprit, et ne désire que la vie de l’esprit. Il donne au froid l’aiguillon, car il le
tue souvent, en sorte que son droit doit céder, et s’abandonner au chaud.
50. Le soleil ou la lumière veut aussi avoir droit et être le maître. Il sou-
met le chaud et le froid car il fait la lumière dans sa luisante douceur, et introduit
dans l’éclat de la lumière un esprit doux, ou l’air. Quoique le feu donne la force
du vent, et que le soleil donne un esprit doux qui s’appelle justement l’air, cela ne
fait toujours qu’un, mais qui a deux propriétés, la première selon le feu ; savoir,
un élèvement effrayant, et la seconde selon la lumière, ou une vie douce.
51. Ainsi le principe extérieur n’est qu’une guerre et un combat conti-
nuel, un bâtissant et un détruisant ; ce que le soleil ou la lumière bâtissent, le
froid le détruit, et le feu le consume entièrement.
52. Dans ce combat s’élève sa croissance dans une entière dispute, et une
désunité ; l’un tire de la terre sa fertilité, l’autre la brise de nouveau et l’engloutit.

27
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

53. Cela fait dans toutes les bêtes la méchanceté et le combat, car toutes
les bêtes et toutes les vies de ce monde, excepté l’homme, ne sont que le fruit du
troisième principe, et n’ont que la vie du troisième principe ; leur esprit et leur
corps à la fois ne sont qu’une même chose, et tout ce qui se remue et bouillonne
de ce monde, ainsi que l’homme dans son corps et dans son esprit visibles dans
la chair et dans le sang n’est aussi que le fruit de cette même essence, et rien autre
chose.
54. Si donc il a aussi en soi les deux mondes internes qui lui donnent le
vrai instinct, la pensée et la base affective qui aussi sont en combat l’une et l’autre
pendant le temps de ce corps terrestre et élémentaire, alors il peut même voir
lequel monde il rend maître en lui ; ce même monde sera éternellement maître
en lui. Il peut briser ce temps et rien au-delà. Lorsque l’extérieur se brise, tout
reste dans son éther. La base affective est libre, et est l’angle ; et elle a l’instinct,
elle peut se porter où elle veut ; et elle peut s’attacher à celui des principes qu’elle
veut ; dans quelque éther qu’elle entre, c’est éternel.
55. C’est ainsi que nous entendons le fondement des trois principes, ce
que Dieu et l’éternité sont et peuvent, et quelle végétation chacun donne de soi,
de sa propriété, et comment on doit chercher le fondement de la nature.
Ainsi la première partie ou le premier point est terminé.

28
Le IIe point

Chapitre III
De l’arbre mélangé de bien et de mal ; ou bien la vie des trois principes l’une dans l’autre ;
comment elles s’unissent et s’accordent

1. Dans le royaume de Dieu, ou dans le monde de lumière, il n’y a de


vraiment connu qu’un seul principe. Car la lumière a le régime, et les deux autres
sources et propriétés sont toutes secrètes, comme un mystère, car elles doivent
toutes servir à la lumière et donner leur volonté dans la lumière. C’est pourquoi
l’essence colérique est changée en un désir de la lumière, et de l’amour en dou-
ceur.
2. Quoique les propriétés ; savoir, l’astringent, l’amer, l’angoisseux, et la
douleur amère demeurent éternellement dans le feu, ainsi que dans le monde de
lumière, cependant ni l’un ni l’autre ne sont manifestés dans ses propriétés ; mais
ils ne sont ainsi ensemble que la cause de la vie, de la mobilité et de la joie.
3. Ce qui est une douleur dans le monde ténébreux, est dans le monde
de lumière un bien faire ; et ce qui dans le ténèbre est un piquant et un ennemi,
est dans la lumière une joie qui s’élève. Et ce qui dans le ténèbre est une crainte,
un effroi et un tremblement, est dans la lumière un cri d’allégresse, un retentis-
sement, et un chant ; et cela ne pourrait pas être si dans l’origine il n’y avait pas
une telle rigoureuse source.
4. C’est pourquoi le monde ténébreux est la base et l’origine du monde
de lumière, et le mal angoisseux doit être une cause du bien, et le tout est de
Dieu.
5. Mais il n’y a que le monde de lumière qui s’appelle Dieu ; et le prin-
cipe entre le monde de lumière et le monde ténébreux s’appelle colère et sévérité
de Dieu. Si quelques-uns l’éveillent, comme ont fait les démons et tous les mé-
chants hommes, ils seront alors abandonnés de la lumière et tomberont dans le
monde ténébreux.
6. Le monde ténébreux s’appelle la mort, l’enfer, l’abîme, et un aiguillon
de mort, un doute, une inimitié de soi-même, et une tristesse ; une vie de mé-

29
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

chanceté et de fausseté, ou on renie la vérité et la lumière, et où on ne les re-


connaît point. C’est là-dedans que demeurent les démons et les âmes damnées,
ainsi que les vers infernaux que le fiat de la mort a figurés dans le mouvement du
Souverain présent partout.
7. Car l’enfer a dans les ténèbres les plus grandes constellations de la
rigoureuse puissance. Avec elles tout est haut comme un gros ton. Ce qui tinte
dans la lumière, cela heurte dans le ténèbre, comme on le voit à une substance
sur laquelle on frappe, de façon que cela donne un retentissement ; car le reten-
tissement n’est pas la substance, comme une cloche que l’on sonne ; celle-ci n’est
pas elle-même aucun tintement, mais une dureté et une cause du tintement. La
cloche reçoit le coup, ou le heurtement, et de ce heurtement dur s’élève le tinte-
ment ; la cause en est que dans la matière de la cloche, il y a une substance qui
lors de la création dans le mouvement du Dieu présent partout, a été enfermée
dans la dureté, comme cela nous est donné à reconnaître dans la teinture métal-
lique, si l’on ne veut pas ainsi être fou et aveugle.
8. Ainsi nous reconnaissons que dans l’enfer, dans l’abîme, il y a quan-
tité de divers esprits, non pas seulement des démons, mais beaucoup de vers in-
fernaux selon les propriétés de leur constellation ; non avec intelligence, comme
dans ce monde il y a des animaux non intelligents, des crapauds et des serpents.
Ainsi l’abîme en a aussi de semblables dans le monde colérique ; car tout vou-
drait être créaturel, et est venu en substance pour qu’ainsi le miroir colérique
montrât aussi ses merveilles et se manifestât.
9. Il n’y a à la vérité aucun sentiment de douleur dans les vers infernaux,
car ils sont de cette même essence et propriété ; c’est là leur vie, et c’est une
substance qui est cachée au monde ténébreux ; l’esprit de Dieu qui dans les trois
principes est lui-même la source selon chaque propriété, est le seul qui le sache
et qui le manifeste à qui il lui plaît.
10. Si nous voulons donc maintenant dire comment les trois principes
se réunissent en un, alors nous devons placer dans le milieu le feu, ou la plus
haute force qui donne à chaque principe une vie gracieuse, et un esprit qu’il
engendre. C’est pourquoi il n’y a dans les principes aucun combat, car le feu est
la vie de tous les principes, entendez la cause de la vie, non pas la vie elle-même.
L’abîme lui donne son mal, ou l’aiguillon, en sorte que la mort se trouve en une
vie ; autrement l’abîme serait un repos. Il lui donne sa colère, car il est la vie de
l’abîme, son mouvement et son origine autrement il serait une éternité tranquille
et un rien.

30
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

11. Au monde de lumière le feu donne aussi son essence ; autrement il


n’y aurait dedans ni sensibilité ni lumière, et tout ne serait qu’un ; et cependant
hors du feu il n’y a rien qu’un œil de merveille qui ne se connoissait pas lui-
même, lorsqu’il n’y avait intérieurement aucune intelligence, mais une éternelle
cache ; là il ne pouvait y avoir aucun chercher ni consumement.
12. Au troisième principe, ou au royaume de ce monde le feu donne
aussi son essence et sa source, d’où toute vie et végétation est rendue mobile ;
toute sensibilisation, et tout ce qui doit arriver à quelque chose doit avoir le feu.
Il ne source rien de la terre sans l’essence du feu ; il est une cause de tous les trois
principes, et de tout ce qui peut être nommé.
13. Ainsi le feu fait une réunion de tous les trois principes, et dans cha-
cun il est la cause de l’être. Aucun principe ne combat contre l’autre, mais seu-
lement l’essence de chacun désire son propre, et est toujours en combat. Si cela
n’était pas, tout ne serait qu’un rien tranquille. Chaque principe donne à l’autre
sa force et sa forme, et il y a une joie continuelle entre eux.
14. Le monde ténébreux a la grande peine et l’angoisse qui occasionne le
feu en sorte que la volonté soupire après la liberté, et que la liberté soupire après
la manifestation, ou selon les essences, et se donne soi-même à la colère pour
qu’elle puisse aussi se manifester, et elle se donne aussi au feu, en sorte que de
la colère et de la liberté, il résulte un feu. Et elle se donne aussi à la colère pour
s’engloutir dans la mort ; mais elle passe de la mort avec les essences reçues, dans
un propre ou dans son propre monde ou source, et demeure en soi-même, insai-
sissable à la mort, et est une lumière en soi.
15. Ainsi la mort et la colère sont une mère du feu, aussi une cause du
monde de lumière, en outre une cause de toute l’essence du troisième principe,
une cause de toutes les essences dans toute vie ; comment donc un principe
pourrait-il combattre contre l’autre, si chacun désire l’autre ardemment ?
16. Car l’angélique monde de lumière, et aussi notre monde visible doi-
vent avoir l’essence de la mort ténébreuse pour leur vie et pour leur source.
D’après cela il y a une faim continuelle.
17. Il y a seulement ceci, que chaque principe fait la source selon ses pro-
priétés. Il donne au mauvais son bon, et s’unit avec lui, et de trois en fait un ; en
sorte qu’il n’y a aucun combat entre les trois principes. Mais dans l’essence il y a
combat, et cela doit être, ou bien tout ne serait qu’un rien.

31
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

18. Seulement il nous faut considérer d’où dérive l’inimitié. Dieu, dans
chaque principe, a créé des créatures, de l’essence et des propriétés du principe
pour y demeurer. Si elles n’y demeurent pas, mais qu’elles en introduisent une
autre en elles dans leurs propriétés par leur imagination, alors cela leur est une
inimitié et une peine, comme au démon et à l’homme déchu, qui tous les deux
sont passés du monde de lumière, le démon dans l’abîme de la forte puissance
colérique par orgueil ; et l’homme dans ce monde, dans le mystère de la multiple
science, ou dans les merveilles.
19. Maintenant, l’homme a des besoins et un combat, pour qu’il puisse
sortir de nouveau ; et ce monde, dans lequel il est entré, le retient, car il le veut
avoir ; et s’il en sort avec violence, il lui devient fâcheux, il le bat, et ne veut pas
le souffrir en soi.
20. Delà vient que les enfants de ce monde contredisent, molestent, frap-
pent, tuent, et rejettent d’eux les enfants de lumière ; car l’esprit du monde
les pousse à cela. Le démon les y aide aussi, car il sait que ce monde siège sur
l’abîme ; en sorte qu’il recevra dans son royaume les enfants de ce monde, lors du
brisement de ce mystère. C’est pourquoi il éloigne les enfants de ce monde, des
enfants de lumière, pour qu’ils n’introduisent pas aussi les enfants de ce monde
dans le monde de lumière.
21. Mais si l’homme avait été créé pour ce monde, il l’eût laissé bien en
paix ; mais il veut toujours ardemment posséder son siège royal qu’il a eu et dont
il a été rejeté ; et s’il ne peut pas, à la vérité, l’obtenir, il veut au moins que les
enfants qui doivent le posséder, n’en jouissent pas.
22. Or, c’est à l’homme à considérer grandement ceci, et à ne pas être
ainsi aveugle, d’autant que chaque homme est entré dans le mystère de ce mon-
de ; c’est pourquoi il ne doit pas, tel qu’un prisonnier, entrer ainsi dans l’attrait
terrestre de la clôture de la mort, mais il doit reconnaître et savoir le mystère, et
n’être pas le hibou et le fou du démon. Mais il doit constamment aller par l’ima-
gination dans le monde de lumière. En outre, il a été formé pour que la lumière
lui donnât de l’éclat, pour qu’il se reconnût, et qu’il vît le mystère extérieur. C’est
alors qu’il est un homme ; sinon, il est le fou du diable, et le singe du monde de
lumière. De même qu’un singe veut être subtil, et jouer avec toutes choses, et
imiter tout ; de même aussi l’homme terrestre, qui n’est qu’un singe, fait son jou-
jou du monde de lumière. S’il n’y pénètre pas réellement, mais qu’il ne fasse que
jouer avec, le démon s’en moque, et le regarde comme un fou. Et il l’est en effet ;
il est un homme bestial, tandis qu’il s’attache à l’extérieur par sa volonté, et qu’il

32
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

regarde ce monde comme son trésor ; il n’est alors qu’un homme de l’essence de
ce monde, et non point de l’essence du monde de lumière de Dieu, qui donne
son corps à ce monde ou à la terre, et son âme à l’abîme du monde ténébreux.
23. Ainsi, nous vous donnons à reconnaître et à comprendre que dans
l’arbre des trois principes, ils s’accordent très bien ensemble, mais non pas les
créatures, car les créatures de chaque principe ne désirent pas celles de l’autre,
et c’est pour cela aussi qu’il y a entre elles une forte barrière, pour que l’une ne
connaisse ni ne voie les autres.
24. Seulement l’envie du démon combat contre la famille humaine, car
elle s’est emparée de son siège. C’est pourquoi on lui crie : Homme, cherche-toi
toi-même, et vois ce que tu es, garde-toi du démon. Voilà pour le second Point,
comment les trois principes peuvent s’accorder l’un l’autre uniquement.

33
Le IIIe point

Chapitre IV
De l’origine de l’opposition des plantes, dans laquelle la vie est en combat en soi

1. Une chose qui est une, qui n’a qu’une volonté, ne combat pas contre
soi-même. Mais lorsqu’il y a plusieurs volontés dans une chose, alors elle devient
combattante, car chacune veut aller dans sa voie déterminée. Mais si l’une est
la maîtresse de l’autre, et a une entière puissance sur toutes les autres, en sorte
qu’elle puisse les briser, si elles ne lui sont pas soumises ; alors la multiplicité de
la chose consiste en une substance, car la pluralité des volontés se soumettent
toutes en obéissance à leur souveraine.
2. Ainsi, nous vous donnons à entendre l’opposition de la vie, car la
vie consiste en plusieurs volontés. Chaque essence peut amener une volonté, et
l’amène en effet. Car l’astringent, l’amer, l’angoisseux, et l’aigre est une source en
opposition, où chacun a sa propriété, et est entièrement opposé à l’autre. Ainsi
le feu est l’ennemi de tous les autres, car il met chaque source dans une grande
angoisse, de façon qu’il y a ainsi une grande opposition entre elles. Là, chacune
combat l’autre, comme on peut le voir au chaud et au froid, au feu et à l’eau, à
la vie et à la mort.
3. Pareillement la vie de l’homme se combat elle-même. Chaque forme
combat l’autre, et non seulement dans l’homme, mais dans toutes les créatures,
à moins que les formes de la vie ne reçoivent un souverain doux, aimable, sous la
contrainte duquel elles soient, et qui puisse briser leur puissance et leur volonté.
C’est la lumière de la vie qui est le souverain de toutes les formes, et qui peut les
contenir toutes ; elles doivent toutes donner leur volonté à la lumière, et elles
le font aussi volontiers, car la lumière leur donne la douceur et la puissance, de
façon que leurs formes d’astringentes, de fortes, d’amères, d’angoisseuses, sont
toutes chargées en amabilité. Elles donnent toutes à la lumière de la vie leur vo-
lonté, et la lumière leur donne la douceur.
4. Ainsi, la multiplicité est changée en unité, en une volonté qui s’ap-
pelle la base affective, et est la fontaine, source où chaque volonté peut puiser

34
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

le mal et le bien ; ce qui arrive par l’imagination, ou par la représentation d’une


chose qui est mauvaise ou bonne. Alors la propriété de cette chose est suscep-
tible de la même propriété dans la vie. La propriété de la vie saisit la propriété
représentée de la chose, soit que ce soit une parole, ou une œuvre, et s’enflamme
par-là en soi-même. Elle excite aussi les autres formes de la vie, en sorte qu’elles
s’élèvent pour inqualifier, et chaque forme brûle dans sa source, en amour ou en
colère, le tout selon la substance représentée. Elle introduit dans l’affectation ce
que l’imagination a saisi.
5. Et nous vous donnons aussi à comprendre que quand l’affection s’en-
flamme ainsi dans une forme, alors elle enflamme tout l’esprit et le corps, et elle
introduit aussitôt son imagination dans le feu le plus intérieur de l’âme, et éveille
le centre le plus intérieur de la nature, lequel, lorsqu’il est allumé, soit dans la
colère, soit dans l’amour, se sensibilise dans toutes les sept formes de la nature,
qui tendent après l’esprit de la volonté de l’âme, dans laquelle est la noble image
où Dieu se manifeste, et introduisent là-dedans leur feu allumé, comme on le
peut voir au feu ; il donne un éclat analogue à la même matière dans laquelle il
brûle ; ce qui est aisé à reconnaître au soufre à l’égard du bois, et dans plusieurs
autres choses.
6. Ainsi, on entend en ceci que quelle que soit la propriété et la source
qu’a le feu, la lumière et la puissance de la lumière reçoivent aussi cette pro-
priété.
7. Si donc notre noble image de Dieu réside dans la lumière de la vie,
dans le feu de l’âme, alors il nous est grandement donné à connaître, comment
l’esprit de la volonté de l’âme, ou la noble image s’altère, et s’enflamme dans la
source colérique, souvent aussi dans la source d’amour. Et nous voyons aussi en
ceci notre très grand danger, et notre misère, et nous comprenons clairement
pourquoi le Christ nous a enseigné la patience, l’amour et la douceur, savoir, afin
que le feu de l’âme ne s’enflamme point dans la colère, ni ne donne point occa-
sion aux autres d’enflammer leur feu d’âme dans la colère, pour que le royaume
de Dieu ne soit pas retardé.
8. Ici nous reconnaissons notre très dure chute, en ce que Adam a al-
lumé dans notre feu d’âme, une matière terrestre qui brûle, pour peu qu’une
source soit éveillée dans le centre de la propriété colérique. Et nous voyons ainsi
comment nous sommes prisonniers dans la colère de Dieu, entre la colère et
l’amour, dans un grand danger.

35
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

9. Et nous vous donnons ceci hautement à reconnaître. Vous savez, ain-


si qu’il est exposé ci-dessus, dans tous les livres, comment du feu sort la lumière,
comme un second principe, ayant cependant la propriété et la vertu du feu, car
le centre du feu les donne au centre de la lumière, et comment la lumière est
aussi désirante, et a une matrice d’attrait désirant qui s’engrosse dans le désir avec
la vertu de la lumière, ou avec la douceur de la lumière, et dans cet engrossement
se trouve l’essence de la lumière, dans le pur amour de l’essence divine.
10. On a aussi enseigné comment le feu tire en soi cette même essence,
l’emploi à la substance de sa lumière, et l’engloutit en soi, mais donne de l’es-
sence un autre esprit qui n’est pas le feu ; ainsi donc vous voyez que le feu donne
un double esprit. 1° L’un consommant, colérique, de la propriété de la première
matière ; 2° un esprit d’air qui est la propriété de la douceur de la lumière.
11. Il nous faut ici dévoiler dans quelle matière le feu brûle dans la pre-
mière essence ? Dans quoi il s’est enflammé ? Dans l’amour ou la méchanceté ?
C’est-à-dire dans le désir divin ou le terrestre ? Il y a un tel esprit, et il donne
aussi un tel feu de lumière et aussi un tel esprit du feu de lumière.
12. Or, la matière du premier feu dans laquelle le feu brûle est bonne, et
le second feu de lumière a aussi une bonne propriété, une bonne odeur, et une
bonne source ; il donne aussi une lumière bonne, virtuelle, aimable, et du centre
de la lumière aussi un esprit bon et puissant, qui est la similitude de Dieu, la
noble image.
13. Mais le premier feu est mauvais dans son essence, et il brûle dans une
mauvaise matière, et aussi la lumière de la vie est une fausse source, un brillant
sombre, comme on le voit à la lumière de soufre ; et le centre de cette même
lumière désirante conduit d’une telle propriété, une semblable matière dans son
feu, et le feu donne aussi de soi un semblable esprit.
14. Il nous est évident ici quel esprit peut obtenir, ou non, la liberté de
Dieu ; car cet esprit d’âme ou l’image qui a en soi une propriété obscure et téné-
breuse, n’est pas susceptible d’une claire lumière ; et s’il a aussi en soi une essence
et une propriété colérique, il ne peut pas se réunir avec la douceur de Dieu, et
inqualifier avec elle ; car la colère est une inimitié contre l’amour et la douceur ;
et l’amour ne supporte point en soi la colère. Ici ils sont séparés, et l’amour
chasse de soi la colère, et la colère ne désire pas non plus davantage la propriété
d’amour.
15. Car aussitôt que le feu donne de soi l’esprit, dès lors il est parfait, et

36
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

il se partage en ses propriétés, soit que ce soit un esprit de lumière, soit un esprit
ténébreux, colérique, sulfureux ; il désire de nouveau dans les mêmes essences
dont il est sorti ; car c’est sa propriété, soit dans l’amour, soit dans l’inimitié de
l’amour.
16. Ainsi, nous concevons ici quels sont les esprits ou les âmes qui vivent
dans la source de l’inimitié, et comment l’inimitié s’originise, en sorte qu’une
vie se combatte elle-même, comme particulièrement celle de la première matière
pour la lumière de la vie. La cause en est dans la roue de la nature, dans les sept
esprits ou formes, lesquelles ont chacune leur propriété : et la propriété dans
laquelle l’affection est allumée, est celle qui reçoit son feu d’âme avec l’esprit de
la volonté. Car celle aussi qui alors s’occupe après la substance et l’essence pour
savoir comment elle pourra tourner cela en œuvre, c’est de celle-là dont l’esprit
de la volonté est engrossé.
17. A présent il est nécessaire de rompre à la volonté terrestre sa puissan-
ce, et de tuer le méchant vieil Adam, et de détourner de la méchanceté son esprit
de volonté, par la contrainte et la puissance ; car ici, dans ce temps cela peut être,
puisque le troisième principe est suspendu au centre de la nature intérieure par
l’eau qui donne la douceur, et il est comme emprisonné dans sa source.
18. Mais lorsque l’esprit de la volonté de l’âme, ou le centre de la lumière
intérieure se brise au dehors, ou demeure seul, alors l’esprit de l’âme demeure
dans sa propriété ; car il y a peu de remède, à moins que dans le temps de la vie
extérieure, l’esprit de la volonté se soit tourné vers l’amour de Dieu, et qu’il l’ait
obtenu comme une étincelle dans le centre intérieur. Cependant il peut encore
arriver quelque chose. Mais dans la source, ou effort où cela arrive, l’étincelle
éprouve bien l’amour qui doit briser la ténébreuse mort colérique ; elle a là assez
d’ouvrage. L’espèce d’inimitié, d’effroi, et d’angoisse où se trouve la vie, jusqu’à
ce qu’elle puisse se plonger dans l’étincelle, dans la liberté de Dieu, est bien sen-
sible à celui qui sort de ce monde simplement, avec une faible lumière ; ce qui,
maintenant, paraîtra un badinage aux prudents de ce monde : mais ce qu’on leur
donne à connaître se prouvera par le fait.
19. C’est ainsi que nous concevons aussi la chute du démon qui était un
ange ; comment il a imaginé à rebours dans le centre de la première propriété, et
a cherché une grande force et puissance, comme ce monde cherche une grande
puissance et honneur ; et comment il a méprisé la lumière de l’amour, combien il
supposait que la lumière devait ainsi briller pour lui, ainsi que le monde suppose
que l’esprit de la lumière doit aussi briller dans son faste, et combien il voulait

37
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

encore plus fort s’enflammer, pour voir s’il pourrait dominer sur tous les trônes,
et sur l’essence de la Divinité dans la douceur ; ce qui a déterminé sa chute,
comme aussi cela arrive à ce monde actuel.
20. C’est pourquoi chaque homme doit apprendre ici à se préserver de
l’orgueil. Car la chûte du démon lui est arrivée par orgueil et envie ; en ce qu’il
a allumé en lui le centre du monde ténébreux ; c’est pourquoi il a été jeté du
monde de lumière dans le monde de ténèbres. Aussi en arrive-t-il de même à
tout homme qui passe de la douceur et de l’humilité dans la colère, l’orgueil,
la jalousie et l’envie ; qui imagine tout dans le centre de la ténébreuse nature,
savoir, dans l’origine de la nature, et se retire dans le feu ténébreux de la source
angoisseuse. C’est-là que la noble image a été introduite en une autre source, en
sorte qu’elle doit rester dans l’angoisse et l’inimitié. Là chaque forme de la vie
combat l’autre.
21. Et nous voyons aussi particulièrement de là comment le royaume de
Dieu ne consiste que dans la pure claire lumière, dans la liberté, dans l’amour et
la douceur ; car il est la claire blanche propriété de la lumière, comme on le voit
à la substance extérieure où il y a une matière aimable, douce et agréable dans le
feu extérieur, laquelle cependant n’est que la colère du feu intérieur, d’où aussi
résulte la lumière et l’odeur douces ; combien plus cela arrive-t-il dans le feu
d’esprit, auquel il n’appartient aucune substance saisissable ou externe, mais où
les sept esprits de nature font en eux-mêmes un feu, qui n’est qu’une propriété
et qu’une source du feu, tandis que cependant le monde ténébreux et lumineux
existe dans une telle spirituelle propriété.
22. En outre aussi l’homme intérieur, celui qui est de l’éternité et qui
marche dans l’éternité, celui-là a pleinement en soi les deux mondes ; celle des
propriétés dont il s’enveloppe, est celle dans laquelle il s’introduit aussi dans ce
monde ; et il sera éternellement de cette propriété de ce monde, soit que ce soit
la source d’amour provenant de la douceur du monde de lumière, soit que ce soit
une source ennemie provenant du monde ténébreux.
23. Ici il croît et pousse dans le milieu, entre le monde de lumière et le
monde de ténèbres. Il peut s’abandonner à celui des deux qu’il lui plaît l’essence
soit colérique, soit douce, qui dans lui obtient le régime, c’est celle qu’il saisit, c’est
celle qui s’attache à lui et qui le conduit ; elle lui donne les mœurs et la volonté, et
elle s’unit entièrement avec lui ; et là-dedans l’homme conduit l’homme spirituel,
savoir, l’image que Dieu a créée de son essence, de tous les trois principes.

38
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

24. C’est pourquoi il est dit : prends la croix sur toi, marche dans l’hu-
milité et dans la vie de la douceur. Ne fais pas ce à quoi le centre ténébreux de
la colère t’attire ; ni ce à quoi l’abondance et l’attrait de ce monde t’attire. Mais
brise la volonté de l’un et de l’autre ; n’excite non plus personne à la colère ; car
si tu te conduis mal, alors tu irrites ton frère, et tu arrêtes le royaume de Dieu.
25. Tu dois être un conducteur dans le royaume de Dieu, et enflammer
ton frère avec ton amour et ta douceur, pour qu’il contemple en toi l’essence de
Dieu, comme dans un miroir, et qu’il te saisisse aussi de cette sorte par son ima-
gination. Si tu agis ainsi, alors tu conduis ton âme, ton œuvre, et ton prochain
ou tes compagnons dans le royaume de Dieu, et tu étends le royaume de Dieu
par le moyen de ses merveilles. C’est là ce que le Christ nous a enseigné en di-
sant : si quelqu’un te frappe sur une joue, présente lui aussi l’autre. Si quelqu’un
te prend ton manteau, ne défends pas non plus ton habit, afin qu’il ait en toi un
exemple, qu’il rentre en soi, qu’il voie ta douceur, qu’il reconnaisse que tu es un
enfant de Dieu, et que tu es mené par l’esprit de Dieu ; afin qu’aussi il apprenne
de toi, qu’il entre en soi, et qu’il se cherche. Si tu t’opposes à lui avec taquinerie
et méchanceté, alors sa méchanceté sera encore plus enflammée, et se persua-
dera enfin qu’il agit bien ; mais il faut ainsi qu’il reconnaisse qu’il agit mal à ton
égard.
26. Et si donc l’amour de Dieu marche au-devant de tous les méchants
hommes, et détourne la conscience du mal, ainsi ta douceur et ta patience mar-
chent au-devant de sa mauvaise conscience ; et la conscience se lamente dans la
colère devant la lumière de Dieu, et ainsi plus d’un méchant homme sort de sa
méchanceté, pour qu’il entre en soi, et se cherche ; alors donc l’esprit de Dieu lui
rappelle ta douceur, et la lui remet sous les yeux ainsi par-là il est introduit dans
la pénitence et l’amendement.
27. Il ne faut pas ainsi entendre qu’on ne doive pas se défendre d’un meur-
trier et d’un voleur qui veut tuer ou dérober. Mais lorsqu’on voit que quelqu’un
est si porté à l’injustice, on doit souvent avec une bonne lumière lui mettre
évidemment sous les yeux sa fausseté, et lui recommander l’aimante affection
chrétienne, afin qu’il l’obtienne par la vertu de ses œuvres, pour qu’il devienne
jaloux de l’amour de Dieu, et pour qu’il se plaise plus à la volonté et à l’amour
de Dieu qu’aux choses terrestres, pour qu’il ne veuille pas de dessein prémédité,
que quelque chose arrive par fureur ou méchanceté ; mais pour qu’il voie que
les enfants de Dieu aiment plus l’amour de Dieu et lui sont plus attachés qu’à
tous les biens temporels, et que les enfants de Dieu ne sont pas chez eux dans

39
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

ce monde, mais seulement des pèlerins, qui abandonnent volontiers toutes les
choses de ce monde, pour qu’ils puissent seulement hériter du royaume du ciel.
28. L’esprit de Dieu dans la lumière de la vie représente tout ceci au mal-
faiteur, et l’avertit par-là de se convertir. Mais s’il ne le veut pas, alors la colère de
Dieu lui ouvre le feu infernal, et le dévore cependant. Enfin, si malgré cela il ne
veut pas se reconnaître et faire pénitence ; s’il persévère donc dans la méchanceté,
alors il devient entièrement un méchant arbre poussé dans la colère de Dieu, et il
appartient à l’abîme, au monde angoisseux, au ténébreux Dieu Lucifer ; là il lui
faut ronger sa douleur.
Assez pour le troisième point.

40
Le IVe point

Chapitre V
Comment l’arbre saint et bon de l’éternelle vie, croît de la végétation, et par la végétation
de tous les trois principes, et n ’est saisi d’aucun

1. Une chose qui demeure en soi ne peut être saisie par rien, car elle ne
demeure en rien. Il n’y a rien devant elle qui la puisse saisir, et elle est libre aussi
de la chose qui est hors d’elle.
2. C’est ce que nous vous donnons à entendre de la puissance et lumière
divine qui demeure en soi-même, et n’est saisie par rien ; rien ne la touche, si
ce n’est sa propriété. Elle est partout dans la nature, cependant la nature ne la
touche point, (entendez la nature extérieure de ce monde). Elle y brille comme
le soleil dans les éléments. Le soleil brille dans l’eau et dans le feu, et au travers
de l’air, et cependant n’est saisi ni retenu par aucun ; il donne à tous la puissance
et rend les esprits des essences joyeux et aimables. Il attire par sa puissance les
essences hors de la terre, et non seulement les essences, mais aussi la substance
des essences, laquelle donne un corps des essences.
3. Or, ce que fait le soleil dans le troisième principe, dans lequel il chan-
ge en douceur toutes les essences et sources ennemies, la lumière de Dieu le fait
dans les formes de l’éternelle nature.
4. Elle brille dans les formes et aussi hors des formes ; c’est-à-dire il
enflamme les formes de la nature, en sorte qu’elles reçoivent toutes la volonté
de la lumière, et qu’elles s’unissent et s’abandonnent entièrement à la lumière ;
c’est-à-dire qu’elles se précipitent hors de leurs propres essences, et qu’elles de-
viennent comme si elles n’avoient en elles aucune puissance, et qu’elles désirent
uniquement la puissance et la vertu de la lumière. Ainsi la lumière prend en soi
sa force et sa vertu, et brille hors de cette même vertu. Ainsi toutes les formes de
la nature arrivent à la lumière, et la lumière ne fait qu’une volonté avec la nature,
et la lumière demeure souveraine.
5. Autrement, là où les volontés veulent être souveraines dans les fortes
formes de la nature, là il y a une séparation et une éternelle inimitié. Car une

41
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

forme combat continuellement l’autre ; chacune s’élève, d’où résulte l’opposi-


tion, en sorte qu’ainsi une créature est mauvaise, colérique et ennemie, et que
souvent la vie est en inimitié en elle-même.
6. Et comme nous reconnaissons que la lumière vient au secours de la
forte vie de la nature, des propriétés des essences, en sorte qu’ainsi il résulte une
vie joyeuse qui se change ainsi en lumière, ainsi, nous reconnaissons aussi que la
vie de la sévérité ténébreuse est l’ennemie de la lumière, car elle ne peut pas saisir
la lumière. La lumière éternelle brille au travers des ténèbres, et les ténèbres ne
peuvent pas la saisir, car les multiplicités des volontés dans la nature ténébreuse,
sont toutes renfermées dans la mort, la lumière ne brille pas en elles, mais par
elles. Elles ne saisissent pas la lumière, quoique la lumière soit dans le monde
ténébreux, mais elle ne remplit point les ténèbres ; c’est pourquoi les essences du
monde ténébreux demeurent un poison ennemi et une mort ; là, les essences se
combattent elles-mêmes.
7. Ainsi, les trois principes sont l’un dans l’autre, aucun ne comprend
l’autre, et l’éternelle lumière ne peut être saisie par rien, à moins que ce rien ne
tombe dans la mort, et qu’il ne donne librement ses essences au feu de la nature,
et qu’avec ses volontés essentielles, il ne passe de lui-même dans la lumière, et
qu’il ne s’établisse entièrement dans la lumière, et qu’il ne désire rien à vouloir,
ni à faire ; mais qu’il donne sa volonté à la lumière, pour que la lumière soit sa
volonté.
8. Ainsi la lumière le saisit, et lui aussi la lumière ; et ainsi la volonté
mauvaise est abandonnée à la lumière, et la lumière donne sa vertu à la méchan-
ceté, et fait de la méchanceté une volonté amicale et bonne, qui n’est désireuse
que dans l’amour ; car la douceur de la lumière s’est entièrement incorporée à la
volonté ennemie.
9. Ainsi arrive ici la volonté de Dieu, et le mal est changé en bien, et
l’amour de Dieu brille de sa colère et de sa sévérité, et il n’y a aucune colère de
connue dans l’éternelle nature de Dieu ; car il nous faut l’entendre ainsi : de
même que l’éternelle lumière, ou l’arbre de l’éternelle vertu brille au travers des
trois principes sans en être saisi ; car aussi longtemps qu’une essence est hors de
la volonté de Dieu, (entendez la douce volonté de la lumière) aussi longtemps,
elle est une et demeure en soi, et ne conçoit rien de Dieu ; mais si elle se réunit
à Dieu, et laisse briser et précipiter sa volonté, alors elle est un seul esprit en et
avec Dieu, et Dieu brille par cette même essence.

42
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

10. Et nous concevons aussi pourquoi les âmes méchantes et les démons
ne voient ni ne reconnaissent Dieu, c’est-à-dire, qu’ils ne veulent pas réunir leur
volonté en Dieu, et veulent être souverains eux-mêmes. Ainsi ils demeurent hors
de Dieu, seulement en eux-mêmes, et Dieu demeure aussi en soi-même ; ainsi
l’un demeure dans l’autre, et ne connaît rien de l’autre, car l’un tourne le dos à
l’autre, et ne voit point la face de l’autre.
11. Ainsi le monde de lumière ne connaît rien des démons, et ceux-ci
rien du monde de lumière, si ce n’est seulement qu’ils y ont été autrefois ; ils se
le peignent comme fait quelqu’un qui voit en imagination, tandis que cependant
le monde de lumière ne se livre plus à son imagination, et aussi ils n’imaginent
plus là-dedans, car il les effraie, et ils en ont honte.
12. Ainsi il nous faut aussi entendre du monde externe ; la lumière de
Dieu brille par et au travers, mais elle n’est comprise que de ce qui s’y unit là-de-
dans ; comme donc le monde extérieur est comme muet et sans intelligence pour
Dieu, alors il reste dans sa propre volonté, et conduit en soi son propre esprit,
quoique Dieu lui ait donné un Dieu de nature ; savoir le soleil, dans lequel toute
essence qui est dans le monde, doit jeter sa volonté et son désir ; et celle qui ne
le fait pas, demeure en soi une grande méchanceté, et est en sa propre inimitié.
13. Et ce qui fait que ce monde est reconnu pour un principe particulier,
c’est qu’il a eu un particulier Dieu de nature. Ainsi nous comparons particulière-
ment le soleil, et vraiment la lumière de la divinité brille en effet par et au travers
de tout. La lumière du soleil prend l’essence du feu de Dieu, et le feu de Dieu
(le prend) de la lumière de Dieu. Ainsi la lumière du soleil donne cette même
vertu aux éléments, et ceux-ci la donnent aux créatures ainsi qu’aux végétations
de la terre ; et tout ce qui est d’une bonne propriété reçoit ainsi la vertu de Dieu
comme un coup d’œil au travers du miroir de la sagesse dont il reçoit sa végéta-
tion et sa vie.
14. Car Dieu est présent à tous les êtres, mais tous les êtres ne le reçoivent
pas dans leurs essences, mais comme en miroir du regard dans la vertu du soleil ;
car il touche le soleil par le huitième nombre ; sa racine, d’où il reçoit son éclat,
est le feu éternel, mais son corps est dans ce monde ; son désir est dirigé dans
ce monde, c’est pourquoi il brille dans le monde, mais sa première racine existe
dans le premier monde, dans le feu de Dieu. Ce monde donne à son désir l’es-
sence, et lui, il donne sa puissance à l’essence, et il remplit ainsi tous les êtres de
ce monde, de même que la lumière de Dieu remplit le monde divin lumineux ;
et si le feu de Dieu ne brillait plus, alors le soleil s’éteindrait, et aussi le monde

43
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

divin lumineux ; car le feu de Dieu donne l’essence à l’un et à l’autre, et en est
un principe à l’un et à l’autre ; et si le monde ténébreux n’était pas, ces deux ne
seraient pas non plus ; car le monde ténébreux donne lieu au feu de Dieu.
15. C’est pourquoi les trois mondes doivent être l’un dans l’autre ; car
rien ne peut subsister sans une base ; car le monde ténébreux est le fondement
de la nature, et l’éternelle volonté insondable, qui se nomme le Père, est le fon-
dement du monde ténébreux comme cela a été dit ci-dessus ; et le monde de
lumière est caché dans le ténébreux, et aussi celui-ci dans le monde de lumière.
16. Il faut l’entendre ainsi : savoir, que ce monde est renfermé dans la
colère de Dieu comme dans la mort ; car la colère croît dans l’essence de ce
monde ; si cela n’était pas, alors l’essence de ce monde pourrait saisir la lumière
de Dieu.
17. Ainsi ce monde ne reçoit qu’un reflet de Dieu par la vertu du so-
leil. Le soleil n’est pas la lumière de Dieu, car il ne brille pas entièrement dans
l’essence divine, mais dans l’essence élémentaire ; mais il a le feu de Dieu pour
racine, mais il est rempli par l’essence de ce monde ; car il est désirant comme un
attrait magique, et il reçoit dans son imagination et dans son attrait la vertu des
étoiles et des éléments, aussi c’est delà qu’il brille.
18. Quoique le feu de Dieu soit sa racine, cependant il n’appartient pas
au royaume de Dieu ; et en cela on comprend aussi comment le démon est la
plus misérable créature, car il ne peut pas toucher un feuillage à moins que la co-
lère ne soit dedans, alors il le remue selon la propriété de la colère ; car la lumière
et la vertu de ce monde lui est contraire ; il n’entre point par sa volonté dans la
propriété de la lumière ; car, en effet, il ne le peut pas. Il recule devant la lumière
du soleil, à sa figure et à sa propriété ; c’est pourquoi la lumière du soleil ne lui
est pas utile, et tout ce qui croît dans la vertu du soleil, tout ce qui s’unit au soleil,
il le combat ; sa volonté ne va pas volontiers là-dedans.

44
Chapitre VI

1. Si nous considérons tout ceci, et que nous allions du monde intérieur


dans ce monde extérieur, alors nous trouvons que l’essence du monde externe
est provenue de l’interne ; savoir, que l’imagination ou le désir est du monde
intérieur, et nous trouverons dans le monde extérieur toutes les propriétés des
deux mondes intérieurs ; en outre, comment les volontés des doubles propriétés
se remuent dans le monde externe, et s’y manifestent ; et en outre, comment le
bien ou l’essence qui est provenue du monde de lumière, est tout enfermé dans
la colère et la mort ; et comment la vertu divine peut tout mouvoir, en sorte que
tout pousse de, au travers, et par la colère de la mort.
2. Car la teinture terrestre n’a aucune participation avec la céleste dans
le monde de lumière ; mais nous trouvons dans la terre une autre teinture qui a
participation avec la céleste ; savoir, dans les métaux précieux, et est cependant
cachée en eux.
3. Entendez ainsi le mouvement et le fiat des deux mondes éternels, le
ténébreux et le lumineux. Chacun a tendu vers l’être, et dès que Dieu s’est mû
une fois, alors un monde ne pouvait pas se mouvoir sans l’autre.
4. Car le monde ténébreux retient intérieurement le premier centre de
la nature ; et le monde de lumière l’autre centre, ou le cœur de Dieu, ou la parole
de la puissance de la divinité, et un monde n’est pas séparé de l’autre.
5. Sur cela, nous devons reconnaître dans quel danger nous existons,
et nous concevons où nous devons nous élancer avec notre volonté ; car si nous
nous élançons dans l’attrait terrestre, alors il nous saisit, et la source de l’abîme
est notre dominateur, et le soleil est notre Dieu temporel.
6. Mais si nous nous élançons par notre désir dans le monde, hors de ce
monde, alors le monde de lumière saisit notre volonté, et Dieu devient notre do-
minateur, et nous laissons la vie terrestre de ce monde, et nous emportons avec
nous ce qui est venu du monde de lumière en nous, entendez en Adam ; cela est
emmené hors de ce monde avec la volonté qui n’est qu’un esprit avec Dieu.
7. La raison dit : où sont donc les trois mondes ? A peine ont-ils une
séparation, où l’un soit hors de l’autre, ou bien soit au-dessus de l’autre. Cela ce-
pendant ne peut pas être, autrement l’essence éternelle sans fond, ne pourrait pas
se subdiviser. Mais comment se peut séparer ce qui est en rien, qui n’a aucune
manière d’être, qui est le même tout ? Vraiment cela ne peut venir en particule,

45
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

qui n’a aucun fondement, qui ne se laisse point saisir, qui demeure en soi-même,
et se possède soi-même, mais cela sort de soi, et se manifeste hors de soi.
8. Une chose fait hors de soi, ce qui en soi n’est qu’une volonté ; elle
est en soi un esprit ; mais elle fait hors de soi une similitude de l’esprit, et la si-
militude fait un être selon la propriété de l’esprit ; ainsi donc ce monde est une
essence, et l’esprit intérieur la possède. Il est dans tous les lieux, et cependant le
lieu ne le possède point, mais il possède le lieu ; le lieu ne sait rien de lui, mais
il le sent, car il est la vertu et l’esprit dans le lieu ; sa volonté va au travers de
l’essence, et l’essence n’a aucuns yeux pour le voir, et il est lui-même le lieu et la
manière d’être insondable où il n’y a aucune mesure. Il est tout, et aussi cepen-
dant semblable à un rien, en comparaison de l’extérieur ; ce qu’il donne de soi,
il le possède aussi ; il ne le conduit pas dedans ; mais il est là-dedans, avant que
l’essence prenne la manière d’être. La manière d’être ne prend qu’un éclat de sa
volonté, comme quelqu’un qui voit sa forme dans un miroir, et cependant ce
miroir ne peut pas la saisir ; ou bien comme l’éclat du soleil n’est point saisi dans
l’eau, cependant l’eau le sent, en reçoit l’éclat, ou bien comme la terre reçoit la
puissance du soleil, en sorte qu’elle porte des fruits. Ainsi Dieu demeure dans
tous les êtres, et perce au travers de tous, et cependant n’est saisi par rien.
9. Et comme nous comprenons que la terre a une grande faim et un
grand désir de la vertu et de la lumière du soleil, ce qui fait qu’elle tire à soi la
vertu et la lumière du soleil, et en est susceptible, ce qui ne serait pas sans le
désir ; de même l’essence extérieure soupire après l’intérieure, car la forme ex-
térieure dérive de l’intérieure. Ainsi l’essence extérieure de la forme intérieure,
reçoit en soi comme un éclat ou une vertu ; car l’essence extérieure ne peut pas
saisir l’esprit intérieur, attendu qu’il ne demeure point dans l’extérieur ; mais il
se possède soi-même en soi dans l’intérieur.
10. Mais l’essence extérieure reçoit, par le miroir, la forme de l’esprit,
comme l’eau l’éclat du soleil. Nous ne devons pas penser que l’intérieur soit
loin de l’extérieur, comme le corps du soleil l’est de l’eau, quoiqu’il ne soit pas
vrai non plus que le soleil soit loin de l’eau, car l’eau a la propriété et l’essence
du soleil, autrement l’eau ne saisirait pas l’éclat du soleil. Quoique le soleil soit
bien un corps, cependant le soleil est aussi dans l’eau, mais non pas manifeste ; le
corps fait le soleil manifeste dans l’eau ; et il faut reconnaître que tout le monde
était un pur soleil, et que le lieu du soleil serait partout si Dieu voulait l’enflam-
mer et le manifester, car tous les êtres dans ce monde saisissent l’éclat du soleil ;
il est un miroir dans tous, afin que la vertu et la forme du soleil puissent être

46
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

saisies de tout ce qui est animé et inanimé ; de tous les quatre éléments, et de
leurs essences et substances.
11. Il en est de même aussi de l’intérieur monde de lumière, il demeure
dans l’extérieur, et celui-là en reçoit la vertu. Il croît dans la vertu extérieure, et
l’extérieur n’en connaît rien. Il sent seulement la vertu, et il ne peut pas contem-
pler la lumière intérieure ; seulement il en reçoit l’éclat dans son miroir de vie,
car la vertu intérieure fait une similitude selon soi dans la forme extérieure.
12. C’est ainsi qu’il nous faut reconnaître l’homme. Il est le monde in-
térieur et extérieur, en outre, la cause du monde intérieur en soi-même, ce qui
le concerne, et aussi le monde ténébreux ; il est tous les trois mondes, et s’il de-
meure dans un tel ordre, qu’il n’introduise pas un monde dans l’autre, alors il est
l’image de Dieu.
13. Il doit introduire la similitude ou le miroir du monde de lumière
dans le monde extérieur, et aussi dans le monde ténébreux le plus intérieur, et
conduire dans le miroir la vertu du monde médiane ou de lumière. Alors il est
susceptible de la lumière divine, car l’essence ne saisit pas la lumière, mais la
vertu de la lumière. Mais le miroir de la vertu saisit la lumière comme l’eau le
soleil ; car l’eau est comme un clair miroir en comparaison de la terre.
14. Si maintenant l’eau est mêlée avec la terre, alors elle ne saisit plus la
lumière du soleil ; de même aussi l’esprit de l’homme ou l’âme ne saisit point la
lumière de Dieu, à moins qu’il ne soit pur et qu’il ne mette son désir dans le pur,
ou dans la lumière ; car ce que la vie imagine, elle le saisit. La vie de l’homme
est la similitude des deux mondes intérieurs. Si la vie désire en soi le sulphur,
le soufre, alors le phur, hors du sul, est son obscurcissant. Mais si elle ne désire
que le sul, alors elle reçoit la vertu de la lumière, et dans la vertu, la lumière avec
ses propriétés. Car dans le phur ou dans la nature colérique, la vie ne peut pas
demeurer claire comme un miroir, mais bien dans le sul. Car la vie de l’homme
est un véritable miroir de la Divinité, où Dieu se contemple intérieurement, il
donne son éclat et sa vertu dans le miroir humain ; et se trouve dans l’homme,
aussi bien que dans l’ange et dans les formes du ciel.
15. L’essence du monde de lumière est son trouver ou sa manifestation,
et l’essence du monde ténébreux est sa perte. Il ne se voit point dans le monde
ténébreux. Car celui-ci n’a point de miroir qui soit susceptible de la lumière ;
tout ce qui imagine après l’essence et la propriété du monde ténébreux, cela saisit
la propriété du monde ténébreux, et perd le miroir de Dieu. Il se trouve rempli

47
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

de la ténébreuse colère, comme on mêle l’eau avec la terre, alors le soleil n’y peut
pas briller. Cette même eau perd le miroir du soleil, et l’eau doit de nouveau se
détacher de la terre, ou bien elle n’est jamais plus aucun miroir du soleil, mais
elle est prisonnière dans la colérique terre ténébreuse.
16. C’est ainsi qu’il en est de la vie de l’homme. Tant qu’elle imagine
après l’esprit de Dieu, alors elle reçoit la vertu et la lumière de Dieu, et elle re-
connaît Dieu. Mais si elle imagine après la terrestréité, ou après la propriété du
monde ténébreux ; alors elle reçoit l’essence de la terrestréité et du monde téné-
breux et se remplit avec. Alors le miroir de la vie est enfermé dans le ténèbre, et
perd le miroir de Dieu, et doit être engendré une seconde fois.
17. Comme donc nous reconnaissons qu’Adam a rendu terrestre le mi-
roir pur, et a perdu la vertu et la lumière de Dieu (que Christ de Dieu a rappor-
tée), et a dissipé le ténèbre terrestre, et a introduit avec violence le miroir de la
Divinité.
18. De même, nous reconnaissons comment l’arbre saint croît au travers,
et de tous les êtres, mais n’est saisi par aucun, que seulement dans le miroir de la
pureté, ou dans la vie pure de l’homme qui désire la vie de ce même arbre, et il
ne peut être saisi par aucune vie ténébreuse.
Tel est le quatrième Point.

48
Le Ve point

Chapitre VII
Comment une vie peut périr dans cet arbre. Comment elle passe d’une source d’a mour et de
joie dans une source de souffrance, qui est opposée à toutes les autres

1. Chaque vie est un clair éclat et un miroir, et se montre comme un


éclair ou une face effrayante. Mais si cet éclair saisit la lumière, alors il se change en
une douceur, et laisse tomber l’effroi ; car l’explosion s’unit à la lumière. Ainsi la
lumière brille hors de l’éclair ; car l’éclair est l’essence de la lumière : c’est son feu.
2. L’éclair contient intérieurement le centre de la nature, et aussi la qua-
trième forme de la nature est l’éclair. Là, s’originise la vie qui dans le feu fixe ou
dans le principe arrive à la perfection, mais est établi dans la lumière ou dans une
autre source.
3. Mais maintenant, si l’origine de l’imagination est dans la première
forme de la nature, ou dans l’astringence désirante, alors elle conduit sa forme au
travers du monde ténébreux, jusque dans le feu ; car le premier désir va au travers
de toutes les formes, il fait aussi toutes les formes, et se pousse jusque dans le feu,
jusque dans le principe. Là est la limite de séparation de l’esprit ; là il est engen-
dré. Seulement il est libre. Il peut derechef revenir en arrière de soi, entrer dans
sa mère le monde ténébreux par son imagination, ou se précipiter devant soi,
dans l’angoisse du feu, au travers de la mort, et fleurir dans la lumière, comme il
le veut. Cela est à son choix. Où il va, là il doit être, car son feu doit avoir de la
substance, pour qu’il puisse consumer.
4. Maintenant, si l’esprit veut manger de sa première mère l’astringence,
c’est-à-dire, s’il veut donner à son premier feu l’essence colérique dans le centre
pour nourriture, ou bien l’essence de la lumière dans le monde de la lumière, cela
est tout dans sa puissance ; ce que son feu reçoit, c’est dans cette propriété qu’il
brûle.
5. Dans la propriété ténébreuse, il brûle dans la source ténébreuse, as-
tringente, forte, et ne voit en soi qu’un éclair ; il n’a que le miroir du ténèbre,
et il voit dans le ténèbre ; et dans la propriété de la lumière, il saisit la douceur

49
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

de la lumière, dans laquelle brille le feu de lumière, et il voit dans le monde de


lumière. Il est tout près de l’esprit, et ne peut cependant voir dans aucun autre
monde, ni dans aucune autre propriété, que dans celle où brûle son feu ; l’esprit
n’est susceptible que de ce même monde, il ne voit rien dans un autre monde :
car il n’a aucuns yeux pour cela ; il lui reste éternellement caché, à moins qu’il
n’ait été dans un autre monde, et que delà il n’ait été et ne se soit abandonné à
un autre feu, ainsi qu’ont fait les démons qui, en effet, ont bien une connaissance
du monde de lumière, mais qui n’en ont ni la sensation, ni la vue ; le monde de
lumière est près d’eux, et cependant ils ne le savent pas.
6. C’est ainsi qu’il nous faut entendre le dépérissement de la vie, ce qui
arrive dans le principe, là où est l’angle où la volonté peut s’élancer où elle veut.
Veut-elle s’élancer dans la multiplicité et être elle-même souverain ? Alors elle ne
peut pas autrement saisir la multiplicité que dans la forte, ténébreuse astringen-
ce, dans le monde ténébreux. Mais veut-elle s’élancer dans le rien, dans la liberté,
alors elle doit s’abandonner au feu. Si elle se précipite dans la mort du principe,
alors elle croît de l’angoisse du feu dans la lumière ; car lorsqu’elle s’abandonne,
alors l’éternelle volonté la conduit en soi par le feu, à la nature (éternelle) qui est
Dieu le père. Car, par son abandon, elle tombe à la première volonté, pour la
nature qui la conduit hors de l’angoisse de la nature par la seconde volonté, qui
est son fils ou son cœur, et l’établit, par la volonté du fils, dans la liberté, hors de
la source du feu. Là elle reçoit, pour multiplicité, tout, non pour la gloire et la
puissance de Dieu. Dieu est en elle sa volonté et son faire.
7. Mais ce qui veut être lui-même le Seigneur dans le feu, cela va dans
son propre nombre, dans son essence qui est lui-même ; et ce que sa puissance
abandonne, son brûler de feu l’abandonne aussi, et cela tombe en propre à celui
qui est la cause du feu, savoir, à l’éternelle volonté de Dieu.
8. Aussi cela est tombé dans la liberté, hors de sa source de feu, et la
liberté allume son feu ; à présent cela lui est devenu une lumière et un miroir
plus clair ; car il s’est abandonné dans la liberté ou dans Dieu. Ainsi son feu est
un éclat et une lueur de la majesté de Dieu.
9. Mais celui qui ne veut pas, mais qui prétend dominer soi-même,
celui-là demeure son propre, il ne peut pas s’avancer plus haut dans sa propre
forme que dans le feu, de plus seulement en éclair ; car aucun feu clair ne peut
brûler en lui, car il n’a en soi aucune substance claire pour le feu. Le centre de la
nature n’a rien en soi, d’où une lueur claire puisse résulter. Mais la liberté hors
de la nature est une cause de l’éclat. Ce qui s’abandonne dans la nature, sans

50
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

désirer la propriété de la nature, mais celle de la liberté ; cela est enflammé dans
son éclair de la vie par la liberté, de la manière dont le second principe s’est en-
flammé de (toute) éternité.
10. Ainsi, nous comprenons comment une vie périt, comment elle s’in-
troduit dans l’angoisse et le tourment dans le ténèbre ; c’est-à-dire quand elle veut
être son maître, et qu’elle désire la multiplicité. Si elle ne veut pas s’abandonner
à la mort, alors elle ne peut atteindre aucun autre monde.
11. Car chaque vie naît dans la source d’angoisse, dans la nature, et n’a
en soi aucune lumière, à moins qu’elle n’entre dans celle qui occasionne la na-
ture ; là elle reçoit la lumière.
12. Car tout ce qui est dans la nature est ténébreux et dans l’angoisse,
comme on le reconnaît à ce monde. Si le soleil était ôté, il n’y aurait qu’une pure
angoisse et ténèbre. C’est pourquoi Dieu s’est mû lui-même, pour donner à ce
monde une lumière, afin que la vie extérieure soit dans la lumière.
13. Mais pour la vie intérieure de l’âme, elle a une autre forme ; la vie
extérieure ne peut atteindre l’intérieure. Le feu de l’âme n’a point la lumière de
Dieu ; ainsi la volonté de l’âme ne peut atteindre dans la lumière de Dieu, elle
doit rester dans le ténèbre de l’éternelle nature.
14. La raison extérieure pense que si l’œil extérieur voit, cela est bon, et
qu’il n’y a aucun autre voir. Oui, c’est assez mauvais que la pauvre âme s’appuie
sur le miroir extérieur, et ne doive recevoir de secours que de l’extérieur : mais où
demeure son voir, lorsque le miroir extérieur se brise ? D’où verra-t-elle alors ?
Avec l’angoisseux éclair de feu dans la souffrance, dans les ténèbres, autrement
elle ne peut rien voir ailleurs.
15. C’est pourquoi il arrive souvent que quand la pauvre âme prison-
nière se contemple dans la racine intérieure, et qu’elle pense à ce qui doit suivre
lorsque son miroir extérieur se brisera, elle s’effraie, et elle précipite le corps dans
l’angoisse et le doute.
16. Car elle ne peut percer là où était son éternel repos, mais elle trouve
qu’elle est en elle-même une pure inquiétude, et en outre un ténèbre, et elle n’a
le miroir extérieur que comme une vie apparente.
17. Car tant que l’âme est liée à ce corps externe, elle peut bien s’aider
du miroir du soleil, car le soleil a intérieurement dans sa racine, le feu intérieur
ou le principe du Père. Elle reçoit de ce même feu un éclat ou un miroir qui est

51
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

une cause de l’essence du corps, en sorte qu’elle peut ainsi, dans ce même corps
terrestre, corruptible, être dans la joie ; mais quand le miroir extérieur se brise,
alors elle est dehors, et le feu de l’âme va dans l’éternelle maison de tristesse, ou
dans le centre du ténèbre.
18. L’âme dans le temps du corps extérieur, a trois miroirs ou yeux de
tous les trois mondes. Celui de ces miroirs dans lequel elle se tourne est celui
dont elle voit ; mais elle n’en a qu’un par droit de nature ; savoir, l’éclair de feu
ou la quatrième forme du monde ténébreux, dans le lieu où le principe s’originise,
où les deux mondes intérieurs se séparent, l’un dans les ténèbres, et l’autre dans
la lumière. Là même est son éternelle origine. Celui de ces mondes où elle intro-
duit maintenant sa volonté, est celui où elle reçoit aussi la substance ou un corps
spirituel. Car cette même substance est une nourriture pour le feu de l’âme, ou
la matière de son brûlement.
19. C’est pourquoi Dieu a introduit l’âme dans la chair et le sang, afin
qu’elle ne pût pas si facilement être susceptible de l’essence colérique ; ainsi elle
a en conséquence sa joie dans le miroir du soleil, et elle se réjouit dans l’essence
sidérique. Et il lui reste : 1° le monde de lumière dans son vrai feu, ou dans le
premier principe, en opposition ; et 2° le monde ténébreux dans la racine de
feu ; et 3° le monde extérieur élémentaire, dans la source des étoiles. Là au milieu
couve le grand mystère du feu de l’âme.
20. Celui de ces mondes auquel elle s’unit et s’abandonne, est celui dont
elle reçoit l’essence dans son imagination. Mais comme en Adam elle s’est dé-
tournée dans l’esprit de ce monde, et qu’elle y a introduit son imagination, alors
son plus haut désir est encore dans la source du soleil et des étoiles, et elle attire
par ce moyen l’esprit du monde extérieur, avec son essence des quatre éléments ;
elle le fixe en soi ; et a sa plus grande joie là-dedans, en celui en qui elle est un
hôte dans une auberge étrangère ; car l’abîme existe là-dessous, et elle est dans
un grand danger.
21. Maintenant, dit la raison extérieure : si pourtant Dieu l’a créée dans
la chair et le sang dans le monde extérieur, quel dommage peut-elle en souffrir ?
Cette raison extérieure ne sait rien de plus de l’origine de l’âme, qu’une vache
d’une nouvelle porte d’étable, qu’elle regarde et qu’elle trouve étrangère ; ainsi la
raison extérieure pense aussi que le monde intérieur est étranger.
22. Elle se trouve dans le monde extérieur, et s’occupe de ce qu’a le mon-
de extérieur, et elle reçoit cependant en soi le monde intérieur, qui accuse for-

52
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

tement l’âme devant la colère de Dieu. De plus, elle trouve aussi le monde de
lumière, où les désirs intérieurs du principe de l’âme percent. Elle sent bien le
désir pour Dieu ; mais le monde extérieur détruit cela et couvre, de façon que le
désir pour le monde de Dieu ne peut pas allumer le feu en soi. Si cela arrivait,
alors le monde de lumière serait manifeste dans le premier principe, et la noble
image, selon Dieu, serait manifestée.
23. Cela est aussi empêché par le démon qui possède la racine de ce
monde dans le feu de l’âme. Il représente toujours à l’âme les mauvaises essences
terrestres, ou bien il remue la racine dans le centre de la nature dans la colère,
de façon que la pauvre âme, ou bien s’enflamme dans le feu de la colère, dans
la source du mauvais poison, ou bien s’enflamme dans l’angoisse et le doute
de l’amour de Dieu. Mais s’il l’emporte, et s’il représente à l’âme sa puissance
extérieure, son autorité, son honneur, ainsi que l’éclat et la pompe du monde
extérieur ; alors elle y mord, et elle se chatouille là-dedans par l’imagination, et
cependant ne peut pas jouir de cela, car ce n’est qu’un miroir emprunté.
24. Ainsi la pauvre âme est tirée hors de la lumière de Dieu, et se précipi-
te toujours dans la perdition, ou dans la maison ténébreuse de la souffrance, dans
le monde ténébreux. C’est là ce que Adam nous a préparé lorsqu’il a introduit
son attrait dans la terrestréité. Ainsi la pauvre âme nage dans la chair et le sang
terrestres, et mange continuellement de l’arbre de la tentation du bien et du mal,
et est attirée fortement par l’un et par l’autre, et le monstre de serpent est dans le
milieu, dans la source de la colère et souffle sans cesse la sévérité et la colère.
25. Là donc la noble branche de lys ne peut nulle part se rétablir, souvent
même il n’est pas reconnu ; il est souvent surmonté par la colère de la méchan-
ceté, de façon qu’il est comme s’il était entièrement perdu ; et en effet il serait
perdu, si le miroir de la divinité ne restait pas devant lui, où pourtant l’esprit
de la volonté de la pauvre âme prisonnière pût se refaire, et s’engendrer de nou-
veau.
26. Car dans le miroir du monde de lumière, l’humanification du Christ
est devant l’esprit de l’âme ; et la parole qui s’est faite homme est en son, et est
mouvante. L’esprit de l’âme peut se refaire là-dedans et s’y régénérer. Il en arrive
souvent bien autrement pour la pauvre âme, lorsqu’elle se baptise dans la colère,
et dans le poison du monde ténébreux.
27. C’est ainsi que nous entendons dans l’alliance, quelle est la perte du
noble arbre, ou de l’image de Dieu, particulièrement celle-ci.

53
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

28. L’homme entier dans son essence est les trois mondes. Le centre de
l’âme, ou la racine du feu de l’âme, contient intérieurement le monde ténébreux ;
et le feu de l’âme contient intérieurement le premier principe, ou le vrai monde
de feu. Et la noble image, ou l’arbre de la végétation divine qui est engendré du
feu de l’âme, et qui pousse au travers de la mort colérique, dans la liberté ou
dans le monde de lumière, contient intérieurement le monde de lumière ou le
second principe. Et le corps qui dans le commencement a été créé du monde de
ténèbre, et du monde de lumière, de la substance mixte qui était dans la création,
contient intérieurement le monde extérieur ou le troisième mixte principe.
29. La vraie âme est l’esprit de ce triple monde, comme l’esprit de Dieu
est l’esprit de tous les trois mondes : 1° dans le monde ténébreux il est la source
colérique, forte et sévère, et s’appelle la colère de Dieu ; 2° dans le monde de lu-
mière, il est le royaume de joie, aimable et doux, et il est l’esprit (provenant) du
cœur de Dieu, ou le Saint-Esprit ; 3° dans le monde extérieur, il est l’esprit d’air,
aussi bien que du feu et de l’eau, et se laisse employer comme l’homme le veut,
le tout en grandes merveilles.
30. Ainsi l’homme est, selon la personne, le grand mystère dans les trois
mondes. Celui dans lequel il s’établit, dans lequel il opère des fruits, ce même
monde est souverain en lui, et ce même monde est manifeste en lui ; les deux
autres demeurent cachés. De même que le feu est caché dans le bois, de même
aussi la lumière demeure cachée dans le sévère monde colérique, aussi bien que
dans la méchanceté, savoir dans l’ardeur du monde intérieur, dans le monde
extérieur.
31. Mais si le monde de lumière ne peut pas être manifesté dans l’hom-
me, de manière à y être souverain, alors l’âme, dans le brisement du monde
externe, demeure nue dans le monde ténébreux ; car alors il n’est plus possible
que le monde de lumière soit allumé ; il n’y a plus là-dedans de miroir pour la
lumière, qui puisse être mis devant l’âme. Le cœur de Dieu n’est pas manifeste
là-dedans, et ne peut l’être dans l’éternité ; car le monde ténébreux est de néces-
sité, autrement la lumière ne serait pas manifestée ; mais ici dans ce monde cela
peut être.
32. Et quand même une âme serait plongée dans le profond abîme, et
serait dans la colère de Dieu, cependant il lui reste devant elle, dans la lumière
extérieure du soleil, un miroir de lumière où la puissance divine se manifeste
intérieurement, aussi bien que le miroir de l’incarnation du Christ, qui dans le
monde intérieur ténébreux ne sera jamais connu dans l’éternité.

54
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

33. Et toute notre doctrine n’est autre chose que la manière dont l’hom-
me doit allumer en soi le monde de lumière. Car si celle-ci est allumée, en sorte
que la lumière de Dieu brille dans l’esprit de l’âme, dès lors tout le corps a la lu-
mière, comme dit le Christ : si l’œil est lumière, dès lors tout le corps est lumière.
Il entend l’œil de l’âme. Et si la colère du monde ténébreux est allumée, dès lors
le corps et l’âme sont ténébreux, et n’a qu’un reflet du soleil. Si la lumière divine
est allumée, alors elle brille dans l’amour et la douceur, et si la colère du monde
ténébreux est allumée, dès lors elle brille dans l’envie piquante, et dans la haine,
dans la sévérité colérique, et s’envole dans le miroir extérieur de la lumière du
soleil, en orgueil, et veut toujours s’élever au-dessus de la source de l’amour, et
suit le dédain et le mépris de la douceur et de tout ce qui est modeste.
34. Ici l’homme doit s’essayer, pour savoir quel monde dominera en lui ;
s’il trouve que son désir est la colère, la sévérité, l’envie, la fausseté, le mensonge
et la tromperie, et en outre, l’orgueil, la jalousie, et l’ardeur continuelle pour
l’honneur, et la volupté extérieure, en sorte qu’il n’ait d’attrait constant que pour
la vanité et la luxure ; alors il peut bien faire son compte, et savoir certainement
qu’il brûle avec la colère, la sévérité, l’envie, la fausseté, le mensonge et la trom-
perie, dans le ténèbre ou dans le feu du monde ténébreux. Car ce même feu
donne une semblable essence, désir et volonté.
35. Et l’autre désir ou la volupté extérieure, l’orgueil, l’ambition, la ja-
lousie, et le continuel désir lascif animal de l’impudicité, est le fruit qui croît du
monde ténébreux dans le monde extérieur.
36. De même que l’amour croît de la mort, là où l’esprit de la volonté se
livre au feu de Dieu, et se précipite comme dans la mort, mais croît dans le règne
de Dieu avec un désir animal de toujours faire du bien ; de même la volonté de la
méchanceté s’est abandonnée dans la perdition, ou dans la mort colérique, forte,
éternelle ; mais croît dans ce monde de perdition dans la nature extérieure, avec
ses branches, et porte de semblables fruits.
37. C’est pourquoi chacun doit apprendre à se connaître ; il faut seu-
lement qu’il cherche selon ses propriétés ; ce vers quoi sa volonté le pousse
constamment, c’est dans ce règne qu’il se trouve, et il n’y a pas un homme qui
soit tel qu’il s’annonce et ce pourquoi il se donne, mais une créature du monde
ténébreux ; savoir, un chien envieux, un oiseau orgueilleux, une bête impudique,
un serpent colérique, un crapaud jaloux plein de poison, etc. toutes ces pro-
priétés sourcent en lui, et sont le bois dont son feu brûle. Lors donc que le bois

55
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

extérieur, ou l’essence des quatre éléments l’abandonnent à sa mort, alors il ne


lui reste que la mauvaise source intérieure vénéneuse.
38. Mais qu’est-ce qui doit donc rester comme figure dans une semblable
propriété ? Aucune autre que celle qui, parmi de telles propriétés, a été la plus
forte ; c’est celle-là qui est figurée dans sa forme par le saint fiat, comme en un
serpent venimeux, en chien, et de semblables ou autres bêtes, etc. Celle des pro-
priétés où s’est adonné l’esprit de la volonté, est la même propriété qui ensuite
est l’image de l’âme, et celle-ci est une partie.
39. L’homme doit s’éprouver davantage dans son désir (car chaque hom-
me a en soi ces mauvaises propriétés) ; pour savoir s’il trouve en soi un constant
désir de tuer ce poison, ou cette méchanceté, ou s’il est ennemi de ce poison,
ou bien s’il met sa joie à amener fermement en œuvre les faux désirs, savoir, en
orgueil, jalousie, envie, impudicité, en mensonge et tromperie.
40. S’il trouve en soi qu’il ait là-dedans sa joie, et qu’il veut toujours vo-
lontiers opérer ceci en œuvre, alors il n’est nullement un homme, comme il se
regarde lui-même ; mais c’est le démon, qui sous une forme étrangère le trompe,
afin qu’il se persuade qu’il est un homme ; mais il porte l’image du serpent au
lieu de celle de Dieu, et dans ce règne extérieur, il n’est qu’une similitude de
l’image d’un homme, tant qu’il demeure dans cette propriété, en sorte que cette
propriété soit la dominante.
41. Mais s’il rencontre en soi le combat, en sorte que sa volonté inté-
rieure combatte toujours et à tout moment contre ces mauvaises propriétés, les
extermine, et ne les laisse pas venir en mauvaise substance ; en sorte qu’il veuille
toujours bien faire, et qu’il trouve cependant que ces mauvaises propriétés le re-
tiennent ; en sorte qu’il ne peut pas toujours amener en œuvre ce qu’il voudrait,
et qu’il trouve les désirs pour l’amendement et la pénitence ; en sorte qu’un désir
permanent de la miséricorde divine source en lui, de façon qu’il voudrait réelle-
ment bien faire si seulement il le pouvait.
42. Celui-là peut penser et être sûr que le feu de Dieu brille en lui, et
travaille continuellement pour la lumière, et voudrait volontiers brûler, et donne
toujours de l’essence pour la flamme ; mais il sera étuvé par les mauvais fruits de
ce monde, qu’Adam a introduits en nous.
43. Si maintenant le mauvais corps extérieur se brise avec ses épines, en
sorte que cette mèche fumante ne puisse plus l’arrêter, alors le feu divin s’en-
flamme dans son essence, et l’image divine est figurée de nouveau, selon la plus

56
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

forte source, ou celle qui ici a conduit l’homme dans son désir, selon sa plus forte
propriété. Mais s’il ne demeure pas dans cette chevalerie ci-dessus rapportée, et
qu’il laisse de nouveau le combat se reposer, il est dans de grands dangers de périr
de nouveau.
44. La troisième épreuve est que l’homme se reconnaisse, dans quelle
substance ou dans quelle figure il reste. S’il trouve qu’il a un constant désir pour
Dieu, et si dans son désir il est assez puissant pour briser de nouveau les mauvai-
ses essences que souvent une source lui allume, et pour les changer en douceur
et marcher en humilité, de façon qu’il soit maître de son être, et laisse tomber
tout ce qui, dans ce monde, brille ou reluit ; qu’il, fasse le bien pour le mal ; qu’il
domine toutes ses substances extérieures, soit argent, soit biens, pour en donner
à l’indigent, et abandonner le tout pour la vérité de Dieu, et se livrer volontiers
à la souffrance pour l’amour de Dieu, dans une ferme espérance de l’éternité ;
pour celui-là la vertu divine coule, en sorte qu’il peut en elle allumer la lumière
du royaume de joie ; c’est celui-là qui goûte ce qui est Dieu ; c’est celui-là qui est
le plus éclairé, et il porte en soi l’image divine avec l’essentialité céleste, même
pendant le temps de la vie extérieure.
45. Là, Jésus est engendré de la Vierge, et l’homme ne meurt point dans
l’éternité ; il laisse seulement se détacher de lui le règne extérieur, qui a été pour
lui, dans ce monde, une opposition et un empêchement, par le moyen duquel
Dieu lui a été caché. Car Dieu ne veut pas jeter les perles devant les pourceaux ;
elles sont cachées en lui.
46. Ce même nouvel homme ne demeure pas dans ce monde ; le démon
ne le connaît pas non plus. Seulement son essence, qui contient intérieurement
le centre intérieur lui est à charge ; car il s’oppose à ce que sa volonté s’exécute ;
c’est pour cela qu’il excite les mauvais hommes bêtes contre lui, pour qu’ils le
molestent et le poursuivent, afin que la vraie humanité lui demeure cachée.

57
Chapitre VIII
De la vraie essence humaine (provenant) de l’essence de Dieu

1. La vraie positive essence humaine n’est pas terrestre, ni du monde


ténébreux ; elle est simplement née dans le monde de lumière ; elle n’a aucune
communication avec les ténèbres, ni avec le monde extérieur ; il y a entre eux
une grande barrière, savoir, la mort.
2. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de la vraie essence dans l’homme
extérieur. Elle gît dedans, car elle a été donnée à Adam dans son image ; mais elle a
été enfermée, et elle gît dans la mort, et ne peut pas qualifier ; elle n’a aussi en soi
aucun mouvement, ni mobilité, à moins qu’elle ne soit mue dans la puissance de
la Divinité, lorsqu’elle devint mobile dans la Vierge Marie, par le mouvement et
l’entrée de la Divinité, alors la vraie essence humaine revint de nouveau à la vie.
3. De même aussi la vraie essence humaine ne devient point mobile en
nous, à moins que nous ne soyons nés de Dieu en Christ.
4. La parole de la Divinité se mêle dans le baptême des enfants, et en-
tre avec eux comme en alliance, et est le premier mouvement dans ce monde,
comme une étincelle dans un bois qui s’élève pour briller ; mais la petite mèche
est souvent obscurcie ensuite, et s’éteint. Aussi dans plusieurs, ce qui est entière-
ment engendré des essences impies, n’en est pas susceptible.
5. Car Christ dit : laissez ces enfants venir à moi, car le royaume de
Dieu est pour ceux qui leur ressemblent, et non pas les chiens, les loups, les
crapauds, ou les serpents, mais les enfants en qui l’essence n’est pas entièrement
démoniaque. Là plusieurs sont baptisés dans la colère de Dieu en cela les parents
sont responsables. Car un mauvais arbre porte de mauvais fruits, dit le Christ.
6. Et quoiqu’il soit venu en ce monde pour sauver ce qui est perdu,
cependant ce qui doit concourir avec lui, gît aussi dans les essences. Car un
homme bestial peut bien atteindre l’image s’il se convertit, et s’il se laisse attirer
par la parole qui s’est fait homme ; sans quoi il demeure une méchante bête dans
ses essences bestiales.
7. Cependant il ne faut pas penser non plus que le baptême pose le
premier fondement pour l’essence humaine, et soit entièrement la première étin-
celle, ou l’enflammeur du feu divin. Non, cela n’est pas ; car un enfant (prove-

58
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

nant) des essences des parents est un esprit ; delà chair et sang, avec le mélange
de la constellation de l’esprit du grand monde.
8. En même temps, quand un enfant a reçu la vie dans le corps de sa
mère, aussitôt l’essence divine ou sainte brille de la première source ou origine.
9. Et comme il y a seulement en mouvement une petite étincelle, ou
enflammeur de l’essence divine, dès lors l’enfant est susceptible du baptême ;
et quand même il mourrait, et ne serait pas baptisé, cependant l’étincelle ou
l’enflammeur est dans le mystère de Dieu, et brille dans le règne de Dieu, et sera
allumé dans le feu de Dieu, car il meurt dans le mystère du Père, et brille de là
dans le mystère du Fils qui a été homme.
10. Le baptême et l’alliance des parents, est son baptême et son alliance.
La délivrance est arrivée dans le sang de l’homme, dans la juste, véritable essence
humaine. La parole de Dieu, ou le cœur, s’est abandonné à l’essence humaine
emprisonnée (et) morte ; non pas dans la terrestre, point du tout dans la partie
terrestre, mais dans la partie céleste ; non pas dans la partie qu’Adam introduisit
par son imagination, c’est-à-dire la terre ; mais dans la partie qui fut donnée du
monde angélique à Adam, qu’il a perdue et empoisonnée par l’attrait terrestre,
lorsque dans l’attrait il devint chair terrestre, grossière, bestiale.
11. Cette partie a la vraie essence humaine, et dans cette même partie
Dieu est devenu homme ; cette même partie a la base du monde angélique, car
elle dérive du monde angélique.
12. Mais comme souvent des parents impies se précipitent entièrement
dans la colère de Dieu, et engendrent ainsi des enfants dans la colère, alors en
effet, leur semence est enfermée dans la mort, et n’a rien de la vraie essence hu-
maine qui se remue en soi, si ce n’est seulement ce que la constellation a en soi,
dans l’esprit du grand monde ; là en effet la vertu divine a quelque mouvement,
mais la vertu de la colère est en face, et est importune ; cependant il n’y a point
d’impossibilité, car l’humanification de Dieu est au contraire placée dans toutes
les âmes, dans la lumière de l’amour.
13. Mais le baptême en contient une autre. L’essence de Dieu, (ou l’eau
de l’éternelle vie engendrée de la douceur de Dieu, c’est-à-dire la vraie essence
humaine enfermée dans la mort avec Adam) doit se remuer, et se donner alors
comme une nouvelle vie (ou une essence vivante). L’eau de Dieu doit baptiser ;
l’Esprit-Saint doit être l’opérant.

59
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

14. Mais je dis, selon ma connaissance, que l’eau de l’éternelle vie, sur
laquelle l’Esprit-Saint couve, s’abandonnera difficilement dans un poison de la
colère de la mort ; là où il n’y a point intérieurement une essence de désir.
15. Je dis ainsi, tel que je le reconnais, qu’un enfant, dès qu’il a la vie dans
le sein de sa mère, (en tant que l’essence divine qui existe dans la partie céleste,
est en mouvement) est aussi dès lors baptisé par l’Esprit-Saint, et atteint l’incar-
nation du Christ. Car le baptême ne consiste pas dans la puissance du ministre,
en sorte que le Saint-Esprit doive s’appuyer sur lui ; car l’incarnation du Christ
ne se reposa point sur la puissance de l’homme, mais sur le terme que Dieu avait
fixé dans son alliance. Ce terme fut béni. C’est pourquoi l’ange dit à Marie : tu es
bénie entre toutes les femmes. Le terme qui avait été béni fut en elle, et la bénit
aussi, lorsque le cœur de Dieu fit mouvoir le terme.
16. Ce même terme atteignit derrière soi jusqu’à Adam, et devant soi
jusqu’au dernier homme ; et lorsque Dieu devint homme, alors le terme devint
mobile dans la partie céleste ; non seulement dans Marie, mais aussi dans Adam
et Ève, et dans tous leurs enfants qui se sont adonnés à Dieu ; ils furent tous
bénis dans le terme.
17. Car c’est l’alliance de la grâce que Dieu a faite avec Adam et Ève ;
cette même alliance est dans toutes les essences de l’homme, mais non pas dans
les essences diaboliques.
18. Mais le baptême est le sceau que Dieu a suspendu à l’alliance, comme
la circoncision dans l’ancien testament. Dans le baptême Dieu donne à la race
humaine l’eau divine comme un gage et un sceau. Mais l’alliance est déjà là avant
le baptême. Elle a été faite dans le paradis dès avant la fondation du monde.
Aussitôt qu’une âme est mobile dans le corps de la mère, de façon qu’un principe
et une âme humaine est engendrée, dès lors elle est dans l’alliance ; car le Christ
s’est livré dans le feu de Dieu, dans le principe, et a rempli l’alliance ; il est de-
venu le prix du testament.
19. Ce prix ne dépend d’aucun ordre extérieur, (ni) de l’opinion de
l’homme extérieur. Mais sitôt qu’une arme est née du principe, elle est aussitôt
dans le prix du testament, tant que la vie divine est mobile dans l’âme, mais non
pas dans les âmes impies. Là il faut d’abord que la vie divine soit engendrée ;
la colère divine engloutit plusieurs âmes, même encore dans les essences, avant
qu’elles atteignent le principe ; par la raison qu’elles sont d’une fausse essence, de
la mauvaise semence des parents.

60
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

20. La raison dit : que peut à cela un enfant de ce que ses parents sont
impies ? Même que peut aussi Dieu à cela ? Il dépend aussi des parents de faire
un enfant. Qu’est-ce que peut Dieu à cela, si des débauchés et des prostituées
frayent ensemble ? Quoique le faux arbre ne résulte pas même ainsi seulement
de cette ligne, mais aussi dans le mariage ; cependant l’homme est libre. S’il ne
réveille aucune vie, alors sa semence demeure une essence ; mais Dieu doit-il, à
cause de l’innocence de l’enfant, jeter des perles devant les pourceaux ? Néan-
moins le royaume de Dieu est devant lui (l’enfant) ; il peut y entrer, Dieu ne le
ferme à personne.
21. Mais si un mauvais homme est enfermé dans le corps et dans l’âme,
pourquoi pas aussi dans la semence ? La semence est réellement le fruit de sa vie ;
si l’on veut récolter de bon froment, il faut en effet semer du froment ; mais si
l’on sème de la semence de ronces, il en croîtra une végétation de ronces. Dieu
doit-il donc les changer en froment ? Le semeur n’a-t-il pas puissance sur son
champ pour y semer ce qu’il veut ? Ou bien veux-tu dire : que peut à cela la
ronce, de ce qu’elle est une ronce et de ce qu’elle pique ? Elle n’appartient cepen-
dant point au froment, mais elle croît elle-même avec.
22. Cependant Dieu serait bien joyeux qu’il ne crût aucune espèce de
ronce ; et ce n’est pas non plus son ordonnance. Mais le démon sème l’ivraie sur
le froment, c’est-à-dire dans l’affection de l’homme. Pourquoi le laisse-t-il faire,
et se perd-il, en sorte que son essence devient une semence d’épine, et porte de
l’ivraie pour le feu dans la colère de Dieu ? Cela ne dépend pas entièrement non
plus de la semence, mais aussi du champ. Il y a beaucoup de noble blé qui se
perd dans l’essence du mauvais champ. Le ciel par le soleil donne à toute végé-
tation la vie et la puissance. Le soleil ne fait aucune ivraie, et n’en désire aussi
aucune ; mais l’essence dans le champ en fait souvent une autre, et corrompt la
bonne.
23. Il en est de même dans les hommes. Il s’accumule plusieurs malé-
dictions que l’un souhaite à l’autre, quand l’autre a réveillé la malédiction, et
en est devenu susceptible, comme cela est commun parmi les époux impies ; là
l’un souhaite à l’autre le démon et le feu infernal. Si donc ils sont impies tous
les deux, leur volonté impie ne doit-elle donc pas aussi s’effectuer, en sorte qu’ils
engendrent des enfants impies ? S’il n’y a rien de bon en eux, quel bien peut-il
donc sortir d’eux ? Qu’est-ce que Dieu peut à cela ? Il leur représente cependant
sa parole et sa doctrine, et leur annonce leur perdition. S’ils ne le veulent pas,
alors ils poursuivent leur route là où ils veulent entrer. Ainsi telle est aussi leur

61
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

semence ; et ainsi plusieurs enfants sont engendrés une ronce et une mauvaise
bête, et seront baptisés dans la colère de Dieu.
24. Car selon l’essence dont est l’esprit de l’âme, dans une semblable
essence il prend aussi la substance divine dans l’alliance ; l’un dans la vertu de la
lumière, dans l’amour ; l’autre dans la vertu de la colère, dans les ténèbres.
25. L’alliance existe dans le baptême. Chaque enfant est baptisé dans l’al-
liance ; l’esprit de Dieu baptise chacun, (si l’on en maintient l’usage) mais selon
la propriété de l’enfant. Souvent le père, la mère, même le baptisant sont impies,
et ne sont que de mauvaises bêtes, et n’ont aucune ferveur. Ils ne s’occupent que
de la pompe extérieure et de l’argent ; ils ne font que mépriser le mystère, et aussi
l’enfant n’est-il que de l’essence de la colère : qu’est-ce donc qui doit baptiser ?
Personne autre que la colère de Dieu dans son alliance ; c’est pourquoi l’on ne
doit pas tourner ceci en plaisanterie.
26. Ainsi la source de la colère saisit le nouvel esprit, et opère puissam-
ment en lui ; elle porte du fruit dans la perdition. Comme Saint Paul le dit de la
cène, et du second testament, que l’impie le reçoit pour le jugement, en ce qu’il
ne distingue pas le corps du Seigneur. C’est-à-dire que dans lui la partie céleste
n’est pas séparée de la partie terrestre, et ne met pas sa volonté dans le céleste, et
ne l’immole pas à Dieu, mais embrasse le tout ensemble comme un bœuf mange
le pâturage.
27. C’est pourquoi la colère de Dieu le presse pour qu’il ne rompe pas sa
volonté du terrestre, et qu’il ne se repente pas de sa méchanceté ; c’est pourquoi
sa partie céleste ne peut pas devenir participante du corps de Dieu, s’il ne veut
pas rendre mobiles les essences de la partie céleste. Alors il n’a aucune bouche
pour recevoir le corps de Dieu ; car la bouche est enfermée dans la mort ; ce-
pendant la partie terrestre reçoit le corps du Christ, mais selon la propriété de la
colère, selon la propriété du monde ténébreux, car le testament doit subsister.
28. De même aussi dans le baptême en pareil cas. Selon que l’essence de
l’âme est en être, elle jouit ainsi de même de l’alliance de Dieu. Il vaudrait mieux
qu’un enfant tout à fait impie ne fût pas baptisé, et qu’un homme impie, non
converti dans son péché, ne touchât pas le testament de Dieu. Car il ne porte à
l’un et à l’autre que la puissance pour la perdition. Car dès que l’alliance de Dieu
est déclarée, elle ne s’en va jamais sans fruit. Dieu opère dans son alliance selon
sa parole.
29. Telle qu’est l’âme qui déclare l’alliance, telle aussi est la médecine

62
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

dans l’alliance ; et c’est dans une semblable puissance que l’esprit de Dieu opère
dans l’amour et la colère ; car il est l’esprit de toute vie, et s’accorde avec tou-
tes les vies. Il est dans chaque chose selon qu’est la volonté et la propriété de la
chose. Car une propriété saisit l’autre. Ce que l’âme veut, il le veut aussi ; là elle
se tourne en dedans.
30. C’est un magisme universel. Ce que veut la volonté d’une chose, il
la reçoit. Un crapaud ne prend en soi que le poison ; quand même il entrerait
dans les meilleures pharmacies ; de même aussi un serpent. Chaque chose ne
prend en soi que sa propriété, et quand elle mangerait la substance d’une bonne
propriété ; cependant elle convertit tout en soi en sa propriété. Quand même
un crapaud mangerait du miel, cela deviendrait cependant en lui du poison. De
même donc le démon était un ange. Mais comme il ne voulait rien de bon, son
essence céleste ne fut pourtant pour lui qu’un poison infernal ; et sa mauvaise
volonté demeurera mauvaise une fois comme l’autre.
31. Ainsi, il nous faut hautement considérer notre vie ; ce que nous vou-
lons faire et projeter. Nous avons en nous le mal et le bien. Celui dans lequel
nous voulons puiser notre volonté, c’est celui-là dont l’essence sera remuée en
nous. Nous tirons aussi de l’extérieur en nous de semblables propriétés. Nous
avons les deux mystères en nous, le divin et le démoniaque, d’après les deux éter-
nelles volontés, et aussi celui du monde extérieur. Ce que nous voulons faire de
nous, nous le sommes ; ce que nous éveillons en nous, cela est mobile en nous.
Nous portons-nous au bien, alors l’esprit de Dieu nous aide. Mais nous portons-
nous au mal, alors la colère et la sévérité de Dieu nous aident. Quelque chose
que nous voulions, nous obtenons un conducteur de sa même propriété, et nous
nous y conduisons. Ce n’est cependant pas de la volonté de Dieu que nous nous
perdions, mais de sa colère et de notre volonté. Ainsi, nous entendons le cin-
quième point, comment une vie se corrompt ; comment d’une bonne en vient
une mauvaise, et d’une mauvaise une bonne, quand la volonté se retourne.

63
Le VIe point

Chapitre IX
De la vie des ténèbres, dans laquelle les démons demeurent ; quelle génération ou quelle
source elle a

1. La vie des ténèbres est dans toutes les vies, l’opposé de la lumière. Car
les ténèbres donnent une essence colérique et ennemie ; et la vie de la lumière
donne l’essence de l’amour.
2. Dans les ténèbres, ce n’est dans les essences, qu’un continuel piquant
et brisant. Là, chaque forme des essences combat les autres (comme) une essence
opposée. Chaque forme se renie elle-même, et chacune dit à l’autre qu’elle est
mauvaise, et son opposée, qu’elle est une cause de son trouble, et de son état co-
lérique. Chacune pense : si seulement l’autre forme n’était pas, tu aurais le repos.
Cependant l’une et l’autre est mauvaise et fausse. Delà vient que tout ce qui est
engendré de la propriété colérique ténébreuse est menteur, et renie les autres for-
mes comme étant mauvaises, et cependant (chacune) est la cause là-dedans qui
les rend mauvaises par son inqualification empoisonnée.
3. Aussi le sont-elles toutes, et le mensonge est leur vérité ; lorsqu’elles
profèrent le mensonge, elles parlent de leurs propriétés et de leur propre forme,
et ainsi sont-elles aussi leurs créatures. C’est pourquoi le Christ dit : le démon est
un menteur et un meurtrier dès le commencement. Car chaque forme désire de
donner la mort à l’autre ; il n’y a cependant aucun meurtre ; mais plus le combat
est grand, plus grande est leur vie de mort.
4. C’est pourquoi on nomme cela éternelle mort et inimitié. Là, résulte
une pure contrariété ; car il n’y a rien qui puisse empêcher le combat. Il n’y a
rien que chaque forme puisse lier ; plus il y aurait d’opposition, plus la sévérité
serait grande ; comme un feu que l’on attise, de manière qu’il ne fait qu’en brûler
d’avantage.
5. Ainsi le royaume colérique ne peut être apaisé par rien, que par la
seule lumière de Dieu, ce dont il devient doux, aimable, et royaume de joie. Et
cela aussi ne peut pas être, car si le règne ténébreux devait être enflammé par la

64
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

lumière, alors la lumière n’aurait aucune racine pour sa nature et sa propriété.


Aucun feu ne pourrait être engendré, et il n’y aurait non plus aucune lumière ni
aucune toute-puissance ; mais tout serait un rien.
6. C’est pourquoi il faut que le royaume colérique soit ; car il est une
cause du monde de feu et de lumière ; et tout est de Dieu. Mais tout n’est pas
nommé ou reconnu Dieu ; puisque le monde ténébreux a une autre propriété,
et le monde de lumière est aussi une cause de la sévérité et de l’explosion de la
propriété ténébreuse, car le ténèbre s’effraie devant la lumière, et demeure dans
l’éternel effroi ; c’est pourquoi, afin que le monde de lumière demeure en lui, il
tremble continuellement devant la lumière, et ne peut cependant pas la saisir ;
mais ce n’est seulement qu’une cause de la vie et du mouvement. Et tout doit
ainsi servir à la glorification de Dieu.
7. La vie du ténèbre a plusieurs formes ; ce n’est pas une forme unique,
comme cela nous est reconnaissable aux créatures de ce monde, où l’une est plus
mauvaise que l’autre, et est aussi dans une autre source que l’autre, lesquelles
cependant vivent toutes dans la vertu et la lumière du soleil, ce dont elles sont
adoucies.
8. Si cela s’éteignait, alors la profondeur deviendrait colérique et pi-
quante. Alors on verrait bientôt la propriété du monde ténébreux, comment
toutes les créatures deviendraient aussi vénéneuses et mauvaises.
9. Car toute vie est en poison ; et la lumière ne fait seulement que s’op-
poser au poison, et cependant est aussi une cause que le poison vit, et ne s’affadit
point.
10. C’est pourquoi il nous faut reconnaître que la vie du ténèbre n’est
qu’un poison affadi, semblable à une source mourante ; et cependant là il n’y a
aucune mort, car le monde de lumière marche au-devant du miroir des ténèbres,
d’où le ténèbre est éternellement en explosion.
11. La vie de ténèbre est semblable à une explosion, où l’éclair et l’explo-
sion s’élève toujours, comme s’il voulait s’éloigner de la vie et s’échapper par-des-
sus ; et delà résulte l’orgueil, en sorte que le démon veut toujours être au-dessus
de Dieu ; c’est sa propriété. C’est aussi la figure de sa vie, et ne peut pas être
autrement, de même qu’un poison qui tempête et pique comme s’il voulait se
séparer des membres.
12. Ainsi la vie des ténèbres est en soi-même. Les essences empoisonnées

65
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

font une semblable affection, et de l’affection vient un semblable esprit de vo-


lonté. Il y a là-dedans une semblable propriété, et elle consiste en sept formes,
selon le centre de la nature avec son principe. De même que la vie de la joie
consiste en sept formes, selon les droits de la nature, de même aussi la vie de la
tristesse. Ce qui dans la lumière donne de la joie, cela dans les ténèbres donne de
la tristesse.
13. Et il ne nous faut pas cependant penser ainsi que la vie des ténèbres
se précipite ainsi dans la souffrance, lorsqu’elle (s’inquiète) comme si elle s’attris-
tait. Il n’y a aucune tristesse ; mais ce qui pour nous sur la terre est triste, selon
cette propriété, est dans le ténèbre, puissance et joie selon la propriété du ténèbre.
Car la tristesse est une chose qui là se précipite dans la mort. Mais si la mort
et le mourir est la vie du ténèbre, de même l’angoisse est la vie du poison. Plus
l’angoisse du poison est grande, plus la vie du poison est forte, ainsi qu’on peut
l’apercevoir à la vie extérieure du poison.
14. Nous ne pouvons pas, ainsi, dire du démon qu’il soit dans la tris-
tesse, comme s’il se décourageait. Il n’y a en lui aucun découragement, mais
une constante volonté d’allumer d’autant plus la source du poison, en sorte que
sa volonté s’accroisse, car c’est sa force, où il puise sa volonté de monter sur les
trônes, et de l’enflammer. Il veut être un puissant souverain dans la source du
poison, car elle est la vie forte et grande ; mais la lumière est sa souffrance et son
désespoir, elle lui apporte la splendeur d’où il s’effraie, car c’est son vrai poison
qui le supplicie, par la raison qu’il l’a abandonnée ; aussi lui est-elle en oppo-
sition, ce dont il rougit de ce qu’il est ainsi un ange difforme dans une image
étrangère. Il serait joyeux par la source colérique, si seulement la lumière n’était
pas si près de lui. C’est pourquoi la confusion est si grande en lui qu’il s’emporte,
et allume toujours plus sa source vénéneuse, en sorte que sa figure est toujours
plus effroyable, et que l’image divine ne peut seulement pas être reconnue en
lui. C’est pourquoi il ne se comporte là-dedans que comme s’il faisait rage et
tempêtait contre Dieu, comme s’il était quelque chose d’étranger, ou une puis-
sance étrangère, comme s’il avait un royaume étranger, tandis que cependant
le royaume pauvre et ténébreux n’est pas le sien, mais il n’est là-dedans qu’un
prisonnier. C’est l’abîme de Dieu, il n’est là-dedans qu’une créature. Il veut être
souverain là-dedans, et il n’est qu’un jongleur avec la sévérité, puisqu’il doit agir
selon qu’est la propriété de la qualité ; et c’est aussi une merveille devant la forte
puissance de l’éternité ; c’est comme un jeu où il a perdu la forte puissance par
laquelle aurait été distingué ce qu’il y avait de mauvais ou de bon, ce qu’était la
joie ou la souffrance, et de façon que les créatures dans le monde de lumière ont

66
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

raison de s’humilier ; et cela est l’inimitié dans Lucifer de ce qu’il a été un ange,
et de ce que la lumière est si près de lui, de ce qu’il est devenu un apostat.
15. Autrement il n’y aurait aucun tourment dans les créatures qui sont
créées dans le monde ténébreux, car elles sont la propriété de la colère, et ne
connaissent rien de la lumière. La sévérité est leur force et leur puissance, et l’ini-
mitié est leur vouloir et leur vie. Plus une créature est mauvaise et ennemie dans
le monde ténébreux, plus sa puissance est grande. De même que les puissants
tyrans de ce monde font souvent voir leur puissance dans la méchanceté, en
sorte qu’on doit les redouter ; ou de même que les animaux paisibles s’effraient
de ceux qui sont colériques et méchants, de même aussi cela est-il une propriété
dans le monde ténébreux.
16. Si nous voulons bien considérer la propriété du monde ténébreux,
nous ne voyons que la méchanceté et l’orgueil de ce monde qui est une image.
Car toute méchanceté, fausseté, orgueil et envie a sa racine du monde ténébreux.
C’est une propriété du monde ténébreux, soit que l’on le reconnaisse dans les
hommes ou les animaux.
17. Car ce monde repose sur la base du monde ténébreux. Le monde té-
nébreux donne à ce monde l’essence, le vouloir et la propriété. Et si le bon n’était
pas avec les propriétés, alors il n’y aurait dans ce monde aucune autre action ni
volonté que celle du monde ténébreux ; mais la puissance divine et la lumière du
soleil empêchent cela, comme on voit parmi les hommes et les animaux, com-
ment (il y a un penchant) à se mordre, à se haïr, à se battre, et à la propre volonté
orgueilleuse, où chacun veut dominer sur l’autre, égorger l’autre, le dévorer et
s’élever seul, ainsi qu’opprimer tout avec envie, colère, méchanceté et fausseté, et
se rendre souverain.
18. De même le monde ténébreux a cette propriété. Ce que dans ce
monde les méchants hommes font leur méchanceté et leur fausseté, le démon
le fait aussi dans le monde ténébreux. Et ce que les méchants vers vénéneux et
les animaux font dans leur méchanceté, les autres créatures le font aussi dans le
monde ténébreux. Quoiqu’elles soient sans un pareil corps, elles ont cependant
une pareille propriété dans leur corps spirituel. Et quoiqu’elles aient un corps,
c’est cependant à la manière de l’esprit, tel que les démons en ont.
19. La génération, l’être, l’essence et le régime du monde ténébreux
n’existe particulièrement que dans les quatre formes de la nature, savoir, dans
une source angoisseuse, dans un régime très fort et puissant, où tout dans l’es-

67
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

sence est comme exaspéré. Car la douceur est l’inimitié de la puissance colérique,
et chacun est contre l’autre.
20. Autrement, s’il n’y avait qu’une seule chose, il faudrait aussi qu’il n’y
eût qu’une seule source ; et s’il n’y avait aussi qu’une seule source ; et s’il n’y avait
aussi qu’une seule volonté, alors les éternelles merveilles ne pourraient pas être
manifestées. Mais la source multiple peut manifester les éternelles merveilles.
Car autrement l’éternité n’aurait pu être manifestée, ni venir en substance, si ce
n’est par l’enflammement, ou par le fort astringent attirant, dans lequel existe le
monde ténébreux ; et là-dedans s’originise le monde de feu, et aussi le monde
de lumière. Ce n’est tout qu’une seule substance ; mais elle se divise elle-même
en trois propriétés de la source. Aucune propriété n’est séparée de l’autre, mais
chacune donne l’autre, comme on le voit au feu et à la lumière, aussi bien qu’à
la matière dont le feu brûle.
21. Et il n’est pas nécessaire à l’homme de chercher plus loin ; car il est
lui-même l’essence de toutes des essences. C’est pourquoi, puisque dans sa créa-
tion il s’est détourné de son ordre originel, et a introduit et éveillé en soi une
autre source, il ne lui est nécessaire que de chercher comment il pourrait rentrer
dans son ordre et sa source originelle, et s’engendrer de nouveau ; et en outre
comment il pourrait éteindre la source colérique qui est remuée en lui, puisque
tout est remué en lui, et lui engendre le bien et le mal. Ainsi il doit apprendre
comment il pourrait résister à la colère, et marcher dans la douceur, dans la
source de la lumière et de l’amour.
22. Du reste, l’homme n’a pas d’autre loi, s’il ne s’enflamme pas dans la
propriété du monde ténébreux, et s’il ne marche pas selon ses mêmes proprié-
tés. Hors cela, tout est libre pour lui. Ce qu’il fait toujours dans la douceur et
l’amour, cela lui est permis et est sa propre substance, et ne dépend ni du nom,
ni de l’opinion de personne.
23. Tout ce qui est poussé d’une racine, cela est et appartient à un arbre ;
cela n’est qu’un seul fruit, à moins qu’il ne se corrompe, de sorte que cette même
essence se change.
24. Aussi longtemps qu’une chose demeure dans l’essence d’où elle est
provenue, elle n’a aucune loi ; mais si elle passe delà dans une autre source, alors
elle est suspendue à la première source, et reste en combat avec la seconde. Alors
la loi la poursuit pour qu’elle rentre dans ce qu’elle était dans l’origine, et qu’elle
soit une, et non pas deux ; car une chose ne doit mener qu’un régime et non

68
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

deux. L’homme a été créé dans le régime de l’amour et de la douceur, ou dans


l’essence de Dieu ; dans lequel (régime) il devait rester.
25. Mais puisqu’il a éveillé encore un régime, c’est-à-dire la colère, il
est à présent en combat, et a une loi pour qu’il tue et abandonne la colère, et
pour qu’il soit de nouveau en un régime. Si donc les deux régimes sont devenus
puissants en lui, et que le régime de la colère ait surmonté l’amour, alors il faut
qu’il se brise entièrement en substance, et qu’il soit engendré de nouveau de la
première racine. C’est pourquoi il a dans cette double essence une loi comment
il doit se conduire, et engendrer un esprit de volonté pour l’éternel régime.
26. Tout cela est dans sa puissance. Il peut engendrer l’esprit de colère,
ou l’esprit d’amour. Il sera séparé selon celui auquel il appartient dans ce monde,
car il se sépare lui-même.
27. Mais la loi subsiste sur lui aussi longtemps qu’il est dans ce champ.
Dès lors, quand l’ivraie se sépare de ce champ de la vie, il se trouve de nouveau
dans un régime où il doit rester éternellement ; car il n’y a plus rien ensuite qui
lui donne des lois, attendu qu’il est entièrement dans sa volonté de faire le bien
ou le mal.
28. Mais dans cette vie extérieure l’homme est en combat. Deux régimes
reposent en lui, ainsi que deux sources et deux lois. 1° La divine pour l’amour et
la justice ; 2° la colérique dans l’élèvement de l’orgueil, dans la puissance du feu,
dans l’envie forte, astringente, infernale, dans la cupidité, la colère et la méchan-
ceté ; celui des deux auquel il s’attache, il en tient le régime. L’autre est suspendu
sur lui, et l’inculpe à ses yeux comme un fantasque et un apostat, mais l’attire
cependant et veut l’avoir. Ainsi la vie demeure en presse entre les deux, et est en
division avec lui-même.
29. Mais s’il se dévoie, et qu’il donne entièrement accès à la colère, alors
la colère brise la première image, selon Dieu. Mais elle n’a pas l’entier pouvoir ;
en sorte que la puissance divine lui résiste. Alors la colère veut renverser entiè-
rement l’homme ; et plusieurs sont précipités dans cette même angoisse, sont
précipités dans le doute, jusqu’à se tuer eux-mêmes.
30. Ainsi l’âme avec l’image tombe en propriété au monde colérique té-
nébreux ; et l’image est transformée en une figure infernale, en une forme de
toutes les propriétés qu’elle a eues ici ; car c’est ainsi que se sont abandonnés au
démon ceux qui ont perdu leur première image.

69
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

31. Chaque démon a alors une image selon sa propriété, selon la figure
de la colère, selon sa source. Alors ce sont des vers effroyables, ou de méchantes
bêtes, et c’est là ce que les âmes perdues ont à attendre.
32. La raison extérieure présume que l’enfer est loin de nous. Mais il est
près de nous. Chacun le porte en soi, à moins qu’il ne tue le poison infernal par
la puissance de Dieu, et qu’il ne pousse delà comme une nouvelle branche, que
la source infernale ne peut atteindre ni toucher.
33. Quoique pourtant il soit vrai que la colère infernale soit plus connue
en un lieu que dans un autre, le tout selon le régime infernal, là où le régime
supérieur est puissant dans les divers endroits, dans le lieu de ce monde, le tout
selon le premier enflammement du roi Lucifer, comme en divers lieux de la terre,
aussi bien que dans l’abîme entre les étoiles et la terre, la propriété infernale ou
la colère intérieure atteint dans le principe extérieur, est sensible plutôt qu’en
d’autres lieux ; car là les divers régimes du démon aussi bien que des autres pro-
priétés infernales existent ; là ainsi la colère de Dieu s’est enflammée ardemment,
et brûle ainsi désormais jusqu’au jugement de Dieu.
34. Chaque homme en ce monde porte en soi le ciel et l’enfer. La pro-
priété qu’il éveille est celle qui brûle en lui. L’âme est susceptible de ce même
feu ; et si le corps meurt, l’âme n’a pas besoin d’aller nulle part, mais elle est pré-
cipitée dans le régime infernal dont elle est la propriété. Ces mêmes démons qui
sont sa propriété attendent après elle, et la reçoivent dans leur régime jusqu’au
jugement de Dieu ; et quoiqu’ils ne soient liés à aucun lieu, ils appartiennent
cependant à ce même régime ; car là où ils procèdent toujours, ils sont là dans
ce même régime et dans cette même source. Car l’abîme n’a ni lieu, ni temps, ni
espace. De même qu’avant le commencement du monde, il n’y avait là aucune
place, de même aussi cela est demeuré éternellement dans l’abîme.
35. Et quoique le lieu de ce monde ait été donné à Lucifer pour royaume,
puisqu’il avait été créé là, cependant maintenant il a été rejeté de ce lieu et de
cette place, et il demeure dans l’abîme, où il ne peut atteindre aucun lieu du
règne angélique, et est cependant enfermé dans son royaume, dans l’abîme, où il
doit subir un éternel mépris, comme un prisonnier ; comme l’on fait à un mal-
faiteur que l’on fait entrer dans un cachot ténébreux, (séparé) de tous les êtres de
ce monde, où il doit être privé de toutes les joies et les plaisirs de ce monde, et
porter le mépris de ces méfaits.
36. Il en est aussi de même du démon et de toutes les âmes damnées qui

70
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

restent prisonnières dans la prison terrestre. Ils ne désirent pas non plus de sortir
delà à cause des grandes ignominies de leur forme effroyable, et de leur image ;
et quoiqu’ils poursuivent toujours leur chemin, cependant ils ne jouissent jamais
d’aucun bien. Il n’est question pour eux d’aucun rafraîchissement, mais ils sont
dans l’enfer comme des morts, ou comme ayant toujours faim, étant toujours en
défaillance, et ayant toujours soif ; et ils ne sont qu’une mauvaise source empoi-
sonnée ; tout leur est en opposition. Ils n’ont qu’une faim pour l’angoisse et la
méchanceté ; ils manquent toujours cela en eux, et ils engendrent des blasphè-
mes de Dieu sur eux-mêmes. Plus ils peuvent rendre leur figure effroyable, plus
ils sont satisfaits, semblables à des hommes insensés qui veulent toujours être sur
la terre les plus grands fous, qui se mettent d’une manière hideuse, et trouvent
leur joie là-dedans. C’est ainsi qu’ils en agissent éternellement dans l’enfer, c’est
pourquoi ils jouent ce jeu-là ici sur la terre. De même que les tyrans mettent
leur joie à pouvoir tourmenter les hommes, à faire parade de leur sueur dans des
parures insensées et des ornements bizarres ; de même aussi font les démons dans
l’enfer ; et le faste de ce monde dans sa marche bizarre est une représentation du
monde infernal.
37. Toutes les choses bizarres et toutes les obscénités que l’homme or-
gueilleux invente, et dont il habille son homme insensé, (et) par où il veut être
distingué des vrais enfants de Dieu, ne sont que représentations du monde in-
fernal ; car toutes ses parures, ses pompes, et ses ostentations par lesquelles il
s’éloigne de l’humilité, ne sont qu’un miroir infernal ; car l’orgueil des démons
ne veut être pareil à personne ; ils se distinguent dans ce monde, et l’homme
aveugle ne comprend pas cela, comment le démon se joue de lui et l’abuse ; et ne
représente ainsi Dieu que pour servir de dérision à sa larve orgueilleuse ; de façon
que le malheureux agit, comme il agit, et croit cependant être plus beau par-là
et mieux que les autres hommes ; et là cependant nous naissons et dérivons tous
d’un seul corps et d’un seul esprit ; mais devant Dieu et ses anges il ne sera pris
que pour une larve du démon, et il est une abomination devant les cieux ; de
même qu’un fou est une abomination pour la sagesse, de même aussi son orgueil
hypocrite est une abomination devant Dieu et ses anges, à cause de la noble
image. Il est encore suspendu au monde, par où il montre l’image corrompue de
l’égarement.
38. Quand on voit un homme orgueilleux, on voit la terrible chute
d’Adam, et une représentation du monde infernal, une moitié de diable, et une
moitié d’homme, en qui le démon a un continuel accès ; car il est le valet du
diable dans ce monde ; car le démon avance par lui son œuvre, et le malheureux

71
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

homme ne le sait pas, et il marche ainsi au service du démon pour son éternelle
confusion ; il s’imagine par-là être beau et agréable, et il n’est par-là qu’un in-
sensé devant Dieu. L’habit étranger s’en va, et il prend à soi la forme bestiale.

72
Chapitre X
Des quatre éléments du démon, et du monde ténébreux ; comment on peut les reconnaître
dans ce monde extérieur

1. Le premier élément du monde ténébreux et du démon est l’orgueil ;


le second est la cupidité ; le troisième est l’envie ; le quatrième est la colère. Ces
quatre éléments engendrent toujours et éternellement un jeune fils qui s’appelle
la fausseté. Ce même fils est un véritable enfant de l’Adam perdu, qu’il a laissé
derrière soi pour souverain du monde, qui est devenu roi dans le monde, et a
possédé tout le monde, et gouverne dans tous les points dans le troisième prin-
cipe. Celui qui connaît bien ce roi, connaît les quatre éléments du démon ; car
dans le monde ténébreux, ces quatre éléments ont entièrement le régime, dans
l’esprit et dans le corps, et se nomment la substance dans tous.
2. Et nous voyons clairement en ceci, que ce monde extérieur pose sur
la base de ces mêmes quatre éléments, et reçoit d’eux le penchant, ainsi que la
source et la volonté ; car le fils de ces mêmes quatre éléments règne sur la terre,
et veut avoir tout sous son obéissance et a quatre familles pour ses sujets. 1° La
famille de l’orgueil qui veut être au-dessus de tous les autres, et ne veut point
avoir de pareil ; 2° de la cupidité qui veut seule posséder tout, et se soumettre
tout, et veut tout avoir. Cette seconde famille est du premier fils, car l’orgueil
veut aussi tout avoir pour être tout lui seul ; 3° la troisième famille est l’envie
qui est le fils de la cupidité ; si celui-là voit qu’il ne peut pas seul avoir tout, alors
il pique comme un poison et ne congratule en rien personne. Sa volonté dans
toutes choses est ou d’attirer à soi, et de posséder seul, ou de tempêter là-dedans
avec une volonté mauvaise ; 4° la quatrième famille est la colère qui est le fils de
l’envie ; ce qu’elle ne peut pas atteindre avec une volonté mauvaise, elle l’allume
dans le feu colérique, et le brise avec puissance ; elle excite les guerres et les meur-
tres, elle veut tout briser ; cette famille veut tout assujettir avec violence.
3. Ainsi ce sont là les quatre éléments du démon, qui tous les quatre sont
l’un dans l’autre comme un. L’un sort de l’autre, et l’un engendre l’autre. Ils déri-
vent de la nature ténébreuse ou de l’astringent, de l’amer, de l’angoisse et du feu.
4. Mais comme la puissance de Dieu leur est opposée pour qu’ils ne
puissent point avoir puissance dans ce monde, alors ils se sont engendrés un fils
subtil avec lequel ils gouvernent, qui se nomme la fausseté ; celui-là prend sur soi
le manteau de la couleur divine pour que personne ne le connaisse, et il veut être

73
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

appelé un fils de la vérité et de la vertu, mais c’est un fourbe. Il parle autrement


qu’il ne pense et qu’il n’agit ; il porte aux yeux l’éclat de Dieu, et dans le cœur, la
puissance et le poison du démon.
5. Celui-là est le roi sur la terre, et gouverne deux royaumes. Le premier
s’appelle la perdition ; le second, Babel, une confusion. Ce roi a revêtu de la
puissance et de la force le royaume de la perdition ; c’est là l’habit de ce même
royaume. Le second royaume ou Babel, il l’a revêtu d’un habit blanc, reluisant.
Cela tient pour lui la place de Dieu ; par-là, ce roi règne sur la terre comme s’il
était Dieu ; et les peuples adorent ce même habit, et sous cet habit est l’homme
de la fausseté et de la fourberie, et il a en soi sa mère, les quatre éléments, l’or-
gueil, la cupidité, l’envie et la colère.
6. Ainsi les quatre éléments du démon dominent sous un manteau lui-
sant, et les hommes se déchirent pour ce même manteau ; chacun veut le tirer à
soi, mais celui qui s’en revêt, se revêt de l’enfer et de la colère de Dieu. Ce man-
teau est honoré en place de Dieu, et c’est le manteau dont la colère de Dieu a
revêtu Adam et Ève, lorsque le démon les trompa, en sorte qu’ils s’écartèrent de
l’obéissance à Dieu. Et c’est ce même manteau dont Dieu depuis le commence-
ment du monde nous a avertis de ne pas nous revêtir, car le démon est là-dedans
pour hôte. Lorsque nous nous en revêtons, alors nous nous revêtons du démon
pour hôtellerie, et il nous faut faire ce qu’il veut, car il est l’hôte de cette même
maison, et repose dans ce même manteau.
7. Comme il est le prisonnier de Dieu, alors il nous revêt de son man-
teau, et nous range par-là à son service dans Babel ; là il nous faut tourner Dieu
en dérision. Car nous avons le manteau de Dieu, et par-dessous nous avons le
démon pour hôtellerie et pour hôte. Ainsi la langue donne à Dieu de bonnes
paroles, et le cœur a l’esprit des quatre éléments de la colère, et ainsi Dieu est
joué par le diable, de sorte cependant que Dieu doit voir que lui le démon est
seigneur et roi sur les hommes, et ne regarde la souveraineté de Dieu que comme
un manteau luisant, où lui le démon est intérieurement l’homme (le maître) et a
l’homme prisonnier dans ses bras. A la vérité, le manteau le couvre par-dessus, et
se fait nommer par les hommes le fils de Dieu ; mais sous ce manteau l’homme
n’est que l’agent de sa volonté, en sorte que tout ce que le démon ne peut ni n’ose
faire dans son royaume, l’homme le fait dans son service. Le démon ne peut tuer
personne ; l’homme le fait volontiers pour lui plaire. Le démon ne peut pas non
plus user de la création de Dieu, et l’homme en mésuse volontiers pour lui plaire,
afin de se jouer de Dieu ; il excite par-là l’orgueil, la cupidité, ainsi que la fausseté

74
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

et la méchanceté, et dispose par-là tout ce que le démon veut avoir ; il brille ainsi
par-là comme un Dieu.
8. C’est pourquoi le règne extérieur est devenu un continuel tombeau
de mort du démon, et de l’homme faussement prétendu qui s’appelle homme ;
mais cela n’est pas ; il suscite les meurtres et il étend la colère de Dieu, et il al-
lume le monde ténébreux dans ce (monde) externe. Ainsi la colère de Dieu brûle
continuellement dans ce monde.
9. Ainsi le royaume de Dieu est arrêté, et c’est la volonté du diable qui
se fait ; et le diable demeure un prince sur la terre ; autrement il n’aurait aucun
succès sur la terre. Or, l’homme prétendu lui sert de valet, et accomplit ses vo-
lontés. Ainsi les deux espèces d’hommes demeurent l’une près de l’autre sur la
terre. L’une est celle des hommes justes qui servent Dieu sous le manteau de
l’humilité et de la souffrance, desquels le démon se joue, et qu’il tourmente par
l’autre espèce, et accomplit sur eux toutes ses merveilles, par ceux-là même qui
font son service.
10. L’autre espèce s’appelle aussi homme ; ils marchent aussi sous la for-
me d’homme ; mais ils sont de mauvaises bêtes. Ils se revêtent de leur habit de
roi qui s’appelle fausseté, et ils vivent dans la vertu des quatre éléments de leur
roi ; savoir, dans l’orgueil, la cupidité, l’envie et la colère.
11. L’orgueil est la première vertu ; il arrache à l’homme juste le pain de
la bouche, et tourmente les malheureux pour qu’ils puissent le satisfaire. Il ne
veut pas que rien se compare à lui ; il veut seul être le plus bel enfant de la mai-
son. Il a revêtu l’habit luisant ; il veut passer pour pieux, il faut qu’on l’honore,
et qu’on se courbe devant lui ; aussi rien ne peut se comparer à lui ; il veut être
Seigneur et dit : Je suis décent dans mon maintien.
12. Mais sa souveraineté est la cupidité. Il est un loup et dévore aux
malheureux sa sueur et son travail. Il s’élève au-dessus de tout. Il sonde journel-
lement dans les merveilles de Dieu, pour voir comment il pourra briller. Il se
présente amicalement et décemment, comme s’il était une vierge pleine de chas-
teté ; cependant il est une archiprostituée, et hait dans le cœur toutes les vertus,
la chasteté, la justice, il est un perpétuel ennemi de l’amour et de l’humilité ; ce
qui est petit il le méprise, et il violente le petit sous son joug. Il dit à l’homme
juste : tu es mon chien de chasse ; je te chasse où je veux ; tu es fou, et je suis
sage ; et il est lui-même le plus grand fou. Il néglige Dieu et le royaume du ciel,
pour une joie des yeux d’un petit moment ; il se jette dans les ténèbres, et se revêt
de l’habit de l’angoisse.

75
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

13. La seconde vertu de ce roi de la fausseté est la cupidité qui attire


tout à soi, et obscurcit à l’orgueil son habit luisant. Il attire à soi le bien et le
mal l’un dans l’autre, et remplit continuellement l’orgueil. Et lorsqu’il l’a senti,
alors il prend son fils la cupidité, et tourmente par-là l’orgueil, de sorte qu’il n’a
aucun repos dans sa splendeur. L’envie pique toujours dans la désireuse cupidité,
comme s’il était fou et insensé, et il martyrise l’orgueil jour et nuit, en sorte
qu’il ne se repose jamais. La cupidité est la vraie grossière bête de porc ; il désire
plus qu’il ne peut manger. Sa gueule reste jour et nuit tout ouverte ; il ne laisse
pas l’homme en repos et le tourmente sans cesse dans une ordure, en sorte que
l’homme ne s’occupe que de la terre, et des choses que la terre donne sans l’ava-
rice de personne, et pour lesquelles il ne faut que du travail et aucune avarice.
14. L’avarice se moleste elle-même et est son propre ennemi ; car elle se
remplit avec la douleur et l’inquiétude ; elle obscurcit l’intelligence de l’homme
pour qu’il ne reconnaisse pas que tout vient de la main divine. Elle rend téné-
breuse la lumière de la vie de l’homme ; elle détruit son corps et elle lui dérobe la
pensée et la majesté divine. Elle le jette dans le tombeau de la mort, et l’entraîne
dans la mort temporelle et éternelle. Elle attire l’essence ténébreuse dans la noble
image de l’homme, et fait d’un ange un démon colérique ; elle crée la turba sur
le corps et l’âme, et elle est la bête effroyable dans l’abîme de l’enfer, car elle est
la cause du tourment et de la peine ; sans elle il ne pourrait y avoir aucun tour-
ment ; elle fait la guerre et les combats ; car elle ne peut jamais être satisfaite.
Possédât-elle tout le monde, elle voudrait aussi avoir l’abîme, car il n’y a aucun
lieu formé pour son repos ; elle constitue les pays et les souverainetés, et aussi
elle les brise derechef. Et elle pousse les hommes dans une pure fatigue, et dans
l’inquiétude. Elle est tout simplement le cœur et la volonté du démon.
15. Car l’orgueil est le bel-esprit qui croît de l’avarice. Il est le bel enfant
qui devait posséder le ciel ; mais l’avarice en a fait un fils de prostituée, et l’a in-
troduit dans Babel, dans la mère de la grande prostituée sur la terre. Là l’orgueil
se prostitue sans cesse avec l’avarice, et n’est devant Dieu qu’un fils de prostituée,
lequel ne peut pas posséder le ciel ; il a son royaume céleste sur la terre, et fait
l’amour avec le roi de la fausseté qui reçoit tout son travail et le donne aux quatre
éléments du démon dans le monde ténébreux ; là l’orgueil doit suivre aussi avec
l’avarice lorsque le sac de l’angoisseuse avarice se brise ; celui qui est équitable
et emporte cependant avec soi son avarice dans l’abîme, en sorte que l’orgueil
mette sa joie là-dedans comme la folie dans son habit de fou, celui-là se fatigue et
s’angoisse, pour qu’il engendre la folie, et plaise à ceux qui le regardent, en sorte
qu’il est un fou insensé. De même aussi l’orgueil et l’avarice est le fou de Dieu,

76
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

et le bateleur du démon qui met sa joie à faire de l’image de Dieu une image de
fou.
16. La troisième vertu est l’envie dans les quatre éléments du démon,
dans le royaume de la fausseté, qui est un aiguillon, un tapageant, un tempêtant
comme un mauvais poison. Il ne peut rester nulle part, et n’a aucun lieu pour
son repos. Sa mère l’avarice ne lui laisse aucun repos ; il faut toujours qu’il fasse
rage et tempête ; il faut qu’il entre dans ce en quoi il n’est pas né. Il est la bouche
de l’avarice, un perpétuel menteur et calomniateur. Il pique dans le cœur de son
voisin et le blesse. Il se dévore lui-même par sa faim envenimée, et cependant
n’est jamais rassasié ; il fait le mal être sans limite et sans mesure ; il est le plus
grand venin, et l’œil de l’enfer. Le démon voit par-là dans l’âme et le corps de
l’homme ; le sien n’est égal à rien. Il n’est aucun feu, mais l’aiguillon du feu.
Il dispose de tout ce qui est mal, et cependant ne trouve aucun repos ; plus il
poursuit, plus il est insensé. Il est un poison affaibli ; il n’a besoin d’aucune subs-
tance, et tempête cependant dans la substance ; il rend l’homme plus qu’insensé,
en sorte qu’il désire de faire rage et de tempêter contre Dieu ; il est l’essence de
l’enfer et de la colère ; il fait de l’amour la plus grande inimitié ; il n’applaudit à
rien dans personne, et est cependant lui-même un rien affamé.
17. Celui-là est l’esprit de la volonté du démon que l’homme reçoit en
soi pour hôte. Il reçoit le démon avec la colère de Dieu ; car il charrie le martyr
infernal et le malheur. Il est la perpétuelle affliction et inquiétude ; et il ravage la
noble image de Dieu ; car il est Dieu et l’ennemi de toutes les créatures.
18. La quatrième vertu dans les quatre éléments dans le royaume de la
fausseté du démon est la colère, la méchanceté ; c’est le vrai feu infernal car la
colère est engendrée entre l’avarice et l’envie. Il est le feu et la vie de l’envie. Ce
que l’envie ne peut pas accomplir, la colère l’accomplit. La colère prend le corps
et l’âme tout ensemble, et court comme un démon tempêtant ; il veut tout tuer
et tout briser, il court aux murs et aux prisons. Et quoiqu’il se crève lui-même,
il est cependant furieux comme un chien fou qui déchire et mord tout ; et il est
si vénéneux dans sa colère, que ce qu’il ne peut pas dominer, il l’empoisonne
cependant. Il est la véritable goutte du monde. Si l’orgueil ne peut pas, dans
son manteau luisant, recevoir la puissance par son adresse et sa fausseté, alors il
exerce ensuite la quatrième vertu qui frappe avec le poing là-dedans et suscite
la guerre. Oh combien est joyeux le démon, quand ses quatre éléments règnent
ainsi ! Il s’imagine encore être le maître sur la terre. Quoiqu’il soit prisonnier,
cependant les hommes bêtes exercent bien son emploi, et il se joue seulement

77
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

par-là des hommes pour qu’ils se scandalisent, et fassent comme il peut faire lui-
même.
19. Ce sont là les quatre éléments du monde ténébreux dans lesquels le
démon croit être un Dieu, par lesquels il règne sur la terre avec son fidèle fils
de la fausseté. Celui-là est premièrement le chat paré qui donne en apparence
de bonnes paroles et vise toujours à la souris. Si seulement il peut l’attraper,
oh comme il est joyeux quand il peut apporter le rôti au démon ! L’homme est
environné de ces quatre éléments, et est à l’auberge dans le pays du faux roi ; ils
le tirent à toute heure au cœur, ils veulent tuer sa noble image ; il faut qu’il soit
toujours en combat avec eux, car ils sont près de lui et en lui en logement. Ils
pointent toujours sur lui, et veulent massacrer son meilleur bijou.
20. Quand de ces quatre éléments un seul obtient dans l’homme la puis-
sance pour qualifier, alors ce même enflamme tous les autres, et dérobe aussitôt à
l’homme sa noble image, et font de lui une larve du démon. Et aucun homme ne
peut dire de lui, avec vérité, qu’il est un homme s’il laisse à ces quatre éléments
la puissance de qualifier ; car il qualifie dans la propriété du démon, et est un
ennemi de Dieu ; et quand même le démon le revêt d’un manteau brillant, en
sorte qu’il puisse donner de bonnes paroles, et qu’il sache si bien se composer,
qu’on le présume pour un enfant de Dieu, cependant il n’est pas un homme tant
que ces quatre éléments obtiennent sur lui le régime supérieur ; mais c’est un
homme diabolique, moitié diable, et moitié homme, jusqu’à ce qu’il ait rempli
sa mesure ; car il est entièrement un démon sous la forme d’homme.
21. C’est pourquoi que chacun apprenne à reconnaître quelles propriétés
dominent en lui. S’il trouve que ces quatre éléments, ou seulement un domine en
lui, alors il a le temps de se mettre en guerre contre eux, ou bien il s’en trouvera
mal. Ce n’est pas la peine qu’il se repose sur le royaume du ciel. Il faut seulement
qu’il ne se laisse pas environner par le manteau brillant du démon, comme cela
arrive à présent, que l’on vit dans ces quatre éléments, et qu’on se chatouille sim-
plement avec les souffrances du Christ. C’est là le couvercle de cette hypocrisie.
L’hypocrisie pourrait obtenir sa domination, quand même il ne se chatouillerait
pas avec les satisfactions du Christ.
22. Oh comme le luisant manteau de Christ te sera ôté ! Car on verra la
prostituée demeurer en Babel avec les quatre vertus. Cela ne s’appelle pas seu-
lement donner de la consolation, mais s’opposer à l’hypocrisie pour qu’elle ne
puisse pas dominer dans la maison. Elle ne doit pas avoir le régime, mais bien
la justice, l’amour, l’humilité et la chasteté, et de vouloir toujours bien faire,

78
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

non point dans l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, mais dans l’humilité, dans
la bienfaisance avec un bon cœur, non en hypocrisie et en donnant de bonnes
paroles, mais en œuvres ; cela doit être un acte. Renverser la volonté du démon,
se contenter de peu, se renfermer dans la patience, dans l’espérance en Dieu,
s’opposer aux quatre mauvais éléments, et prendre les quatre éléments de Dieu,
qui sont l’amour, la douceur, la miséricorde et la patience dans l’espérance ; ce
sont là les quatre éléments de Dieu ; ce sont ceux-là que l’homme doit éveiller en
lui, et constamment combattre par-là les quatre éléments du démon.
23. L’homme doit ici être en combat avec lui-même, s’il veut devenir un
citoyen du ciel ; il ne doit pas être un paresseux dormeur, manger et boire, et
seulement remplir son ventre, ce avec quoi les éléments commencent à qualifier ;
mais il doit être mesuré, jeûner et veiller, comme est un guerrier devant son en-
nemi ; car la colère de Dieu combat toujours contre lui ; il aura encore assez à
faire que de s’en préserver.
24. Car le démon est son ennemi, sa propre chair ; et son propre sang
corrompu sont ses ennemis. La colère de Dieu est son ennemi en lui, et le monde
entier est son ennemi ; quelque part où il regarde, là il voit ses ennemis qui veu-
lent tout lui dérober.
25. C’est pourquoi il est dit de combattre, non point avec la bouche et
l’épée, mais avec l’esprit et la base affective, et ne pas lâcher prise quand même
le corps et l’âme devraient se briser ; il doit néanmoins rester fidèle au cœur de
Dieu, comme dit le roi David : quand même mon corps et mon âme se brise-
raient, tu n’en es pas moins mon Dieu, et la confiance de mon cœur, et mon
assurance ; et quand même un homme verrait que tout le monde serait impie,
s’il pense à devenir un fils de Dieu, il doit cependant demeurer ferme.
26. Et quand il lui semblerait qu’il serait seul d’une semblable opinion, et
que tout le monde lui dirait : tu es un fou, et tu es un insensé, il doit cependant
être comme s’il était mort au monde : et quand il entendrait dire cela au démon
qui est son plus cruel ennemi, il ne doit se réfugier nulle part, mais penser que
dans son plan il est agréable à Dieu, et que dans lui, Dieu même est son plan ; de
façon qu’il veuille ainsi se séparer du démon, et entrer dans son règne. Amen.

79
Courte explication des six points suivants

I. Du sang et de l’eau de l’âme.


II. De la prédestination. Du bien et du mal.
III. Du péché. Ce que c’est que le péché ; et comment c’est un péché.
IV. Comment le Christ a livré son royaume à son père.
V. De la magie. Ce que c’est que la magie ; et ce que c’est que le fondement ma-
gique.
VI. Du mystère ; ce que c’est.

Le premier point
Du sang et de l’eau de l’â me

1. Tout ce qui est substantiel et saisissable, cela est dans le monde. Or


donc l’âme n’ayant dans ce monde aucune substance ni être, son sang et son eau
n’ont aussi aucune substance ni être dans ce monde.
2. A la vérité l’âme est avec son sang et son eau dans le sang et l’eau
externes ; mais sa substance est magique. Car l’âme est aussi un feu magique, et
son image ou sa forme est engendrée dans la lumière (dans la force de son feu et
de sa lumière), et est cependant une vraie image en chair et en sang, mais en le
comprenant de la même manière.
3. De même que la sagesse de Dieu a l’essence, et que cependant la
sagesse n’est pas l’essence, de même aussi l’âme avec son image a l’essence, et
cependant l’âme n’est qu’un feu magique, mais sa nourriture est de son essence.
4. De même qu’un feu doit avoir de l’essence pour qu’il brûle ; de même
aussi le feu magique de l’âme a de la chair, du sang, et de l’eau. Car il n’y aurait
aucun sang s’il n’y avait pas la teinture du feu et de la lumière dans l’eau, qui est
l’être ou la vie de la sagesse, laquelle a en soi toutes les formes de la nature, et est
le second feu magique.

80
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

5. Car elle donne à tout la couleur, et dans sa forme il passe de la vertu


divine dans la douce essence de la lumière ; entendez selon la propriété de la lu-
mière ; et elle est un aigu de la transmutation selon la propriété du feu ; elle peut
conduire toute chose dans son plus haut degré, quoiqu’elle ne soit pas un esprit
vivant, mais l’être le plus élevé.
6. Ainsi il y a un être semblable dans l’eau, et elle conduit là-dedans la
propriété du feu et de la lumière, avec toutes les vertus de la nature ; car là elle
change l’eau en sang ; elle en fait autant dans l’eau externe et interne, que dans
le feu externe et interne.
7. Le sang interne de la substantialité divine est aussi magique. Car la
magie la tourne en substance ; c’est un sang spirituel que l’être extérieur ne peut
pas toucher, si ce n’est par l’imagination. L’imagination intérieure introduit la
volonté extérieure dans le sang intérieur ; par-là le sang et la chair de la substanti-
alité divine disparaissent, et l’image noble de la similitude de Dieu s’obscurcit.
8. La chair et le sang de l’âme est dans le plus haut mystère, car (elle)
est la substantialité divine ; et si la chair et le sang extérieurs meurent, alors elle
tombe en propre au mystère extérieur, et le mystère extérieur tombe en propre à
l’intérieur.
9. Et chaque feu magique a en soi sa substantialité et son ténèbre, par
rapport auquel un jour final de séparation est établi, où passera et sera éprouvé
par un feu tout ce qui y est propre ou non. Alors chaque chose ira dans sa propre
magie, et sera ensuite comme elle était dès l’éternité.

II
De la prédestination. Du bien et du mal

1. Dieu de toute éternité est seul tout. Son essence se partage en trois
éternelles distinctions. L’une est le monde de feu ; la seconde est le monde de
ténèbre, et la troisième est le monde de lumière. Et cependant ce n’est qu’une
essence l’une dans l’autre ; mais aucune n’est l’autre.
2. Les trois distinctions sont éternellement semblables et incommensu-
rables, et enfermées dans aucun temps ni dans aucun lieu. Chaque distinction
se renferme en soi-même en un être ; et sa source est aussi selon sa propriété, et
dans sa source est aussi son désir, ou le centre de la nature.

81
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

3. Et son désir est son faire, car il fait l’être là où il n’y en a aucun et
cela dans l’essence du désir selon la propriété du désir. Et le tout ensemble n’est
qu’une magie, ou une faim après l’être.
4. Chaque forme fait son être dans son désir, et chaque forme prend
son extension [du sein] du miroir de sa splendeur, et a son voir dans son propre
miroir. Son voir est un ténèbre pour un autre miroir. Sa forme est cachée à un
autre œil ; mais dans le sentir il y a une différence.
5. Car chaque forme prend son sentir de l’origine des trois premières
formes dans la nature, ou de l’astringent, de l’amer et de l’angoisseux ; et cepen-
dant dans ces trois il n’y a rien en soi-même de douloureux ; mais le feu fait le
souffrant en elles, et la lumière le change de nouveau en douceur.
6. La vraie vie gît dans le feu ; là est l’angle pour la lumière, et les ténè-
bres. L’angle est le désir avec quoi il se remplit ; son feu est le désir, et sa lumière
brille du feu. Cette même lumière est la forme ou le voir de cette même vie, et la
substance introduite dans le désir est le bois du feu, d’où le feu brûle, soit qu’il
soit astringent ou doux ; et cela est aussi son royaume céleste ou infernal.
7. La vie humaine est l’angle entre la lumière et le ténèbre ; celui auquel
elle se donne, est celui dans lequel elle brûle. Si elle se donne dans le désir de
l’essence, alors elle brûle dans l’angoisse, dans le feu des ténèbres.
8. Mais si elle se donne dans un rien [ou l’abnégation absolue], alors elle
est dénuée de désir, et tombe en propriété au feu de la lumière, où elle ne peut
brûler dans aucune source ; car elle ne porte dans son feu aucune substance
d’où un feu puisse brûler ; car s’il n’y a aucune source en lui, alors la vie ne peut
prendre aucune source, car il n’y en a aucune en lui ; pour lors cela tombe en
propriété à la première magie, qui est Dieu dans sa Trinité.
9. Lorsque la vie est engendrée, alors elle a en elle trois mondes ; celui
auquel elle s’unit, est celui par lequel elle est retenue ; et elle s’enflamme dans ce
même feu.
10. Car quand la vie s’enflamme, alors elle est attirée par les trois mondes,
et ils sont en mouvement dans les essences ou dans le premier feu enflammé ;
l’espèce d’essence dont la vie se charge et qu’elle reçoit dans son désir, est celle
dont le feu brûle.
11. Si la première essence dans laquelle la vie s’enflamme, est bonne,
alors le feu aussi est aimable et bon. Mais si elle est mauvaise et ténébreuse, de la

82
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

propriété colérique, alors le feu aussi est colérique, et a de nouveau de tels désirs
selon la propriété du feu.
12. Car chaque imagination ne désire que l’essence semblable à elle dans
laquelle elle est originisée.
13. La vie de l’homme dans ce temps est semblable à une roue, où bien-
tôt le plus inférieur est au-dessus et s’enflamme à toutes les essences, et se souille
avec tous les êtres ; mais son bain est le mouvement du cœur de Dieu, une eau
de douceur, d’où il peut introduire la vie dans son feu de vie ; l’élection de Dieu
n’est pas dans la première essence.
14. Car la première essence n’est que le mystère pour la vie, et appartient
particulièrement à la première vie par l’enflammement dans son mystère, d’où
elle est provenue, soit qu’elle soit une essence entièrement colérique, ou mixte,
ou bien une essence de lumière selon le monde de lumière.
15. De quelque essence que la vie s’originise, de cette même essence brûle
la lumière de sa vie, et cette même vie n’a aucune option ; il ne va aucun juge-
ment sur elle, car elle est dans sa propre origine, et même son jugement en soi.
Elle se partage elle-même de toutes les autres sources ; car elle ne brûle que dans
sa propre source, dans son propre feu magique.
16. Le choix va sur ce qui a sa propre charge, soit que cela appartienne
à la lumière ou au ténèbre. Car selon qu’est la propriété dont cela est, telle aussi
est la volonté de sa vie ; et l’on reconnaît si c’est une essence colérique, ou une
essence d’amour ; et aussi longtemps qu’elle brûle dans un feu, elle est abandon-
née par l’autre. Et l’élection de ce même feu dans lequel elle brûle va sur la vie,
car elle veut l’avoir, c’est sa propriété.
17. Mais si la volonté de ce même feu (ou l’angle s’envolant), s’élance
dans un autre feu, et s’enflamme dedans, alors il peut enflammer la vie entière
par le même feu, et il demeure dans ce même feu.
18. Ici la vie est engendrée de nouveau, soit pour le monde des ténèbres,
soit pour le monde de lumière, (selon celui) dans lequel la volonté s’enflamme.
Et de là vient une autre élection, et c’est là la cause qui fait que Dieu enseigne et
le démon aussi. Chacun veut que la volonté de la vie s’élance dans son feu, et s’y
enflamme. Alors un mystère saisit l’autre.

83
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

III
Du péché. Ce qu’est le péché, et comment est le péché

1. Une chose qui est une n’a ni commandement ni loi. Mais si elle se
mêle avec une autre, alors il y a deux êtres en un, et il y a aussi deux volontés. Là
l’une court contre l’autre, et là il s’élève une inimitié.
2. Nous devons ainsi réfléchir sur l’inimitié contre Dieu. Dieu est seul
et bon, à part de toutes les sources ; et quoique toutes les sources soient en lui,
cependant elles ne sont pas manifestes ; car le bon a englouti en soi le mauvais
ou l’opposition, et le tient en violence dans le bon, comme prisonnier. Là le
mauvais doit être une cause de la vie et de la lumière, mais non pas manifeste.
Mais le bon étouffe le mauvais, afin qu’il puisse vivre en soi-même dans le mal,
sans tourment ou sensibilité.
3. L’amour et l’inimitié ne sont qu’une seule chose, mais chacune de-
meure en soi-même ; cela fait deux choses. La mort est entre elle la limite de
séparation, et cependant il n’y a aucune mort, excepté que le bon meurt au mau-
vais, comme la lumière est morte au tourment du feu, et ne sent plus le feu.
4. C’est ainsi maintenant que nous devons fonder le péché dans la vie
de l’homme. Car la vie est unique et bonne, mais si une autre source que la
bonne est dedans, alors il y a une inimitié contre Dieu, car Dieu demeure dans
la vie la plus haute de l’homme.
5. Or, maintenant rien de ce qui est sans fond ne peut demeurer dans
une chose qui a un fond, car aussitôt que la vraie vie éveille en soi le tourment,
dès lors elle n’est plus semblable au sans-fond, dans lequel il n’y a aucun tour-
ment ; dès lors aussitôt l’un se sépare de l’autre.
6. Car le bon ou la lumière est comme un rien. Mais si quelque chose
vient dedans, alors ce même quelque chose est autre chose que le rien. Car le
quelque chose demeure en soi, en source ; car là où il y a quelque chose, là il doit
y avoir une source qui fait le quelque chose et le retient.
7. C’est ainsi que nous devons réfléchir sur l’amour et l’inimitié. L’amour
n’a qu’une source et une volonté, il ne désire que son semblable et pas beaucoup,
car le bon n’est qu’un, et la source est multiple, et la volonté humaine qui désire
beaucoup, conduit en soi dans l’un (dans lequel Dieu demeure) la source de la
multiplicité.

84
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

8. Car quelque chose est ténébreux et obscurcit la lumière de la vie ; et


l’un est lumière. Car il s’aime soi-même, et il n’a aucun désir de s’augmenter.
9. Ainsi la volonté de la vie doit être dirigée dans l’un (ou dans le bien) ;
Alors elle demeure dans une source. Mais si elle imagine dans une autre source,
alors elle s’engrosse avec la chose après laquelle elle tend.
10. Et si donc cette même chose est sans un éternel fondement dans une
racine périssable, alors elle cherche une racine pour sa conservation, afin qu’elle
puisse subsister, car toute vie existe dans le feu magique. Ainsi chaque feu doit
avoir une substance dans laquelle il brûle.
Il. Actuellement cette même chose doit lui faire une substance selon son désir,
afin que son feu ait de quoi consommer. Or, maintenant aucune source de feu
ne peut subsister dans un feu libre, car il ne l’atteint pas non plus, attendu qu’il
n’est qu’un propre.
12. Tout ce qui doit subsister en Dieu, doit être dépouillé de sa propre
volonté. Il ne doit avoir en soi aucun feu brûlant ; mais le feu de Dieu doit être
son feu. Sa volonté doit être unie à celle de Dieu, en sorte que Dieu, la volonté
de l’homme et l’esprit ne soient qu’un.
13. Car ce qui est un ne se combat point, car il n’a qu’une volonté, car en
quelque lieu qu’il aille, ou quelque chose qu’il fasse, cela n’est qu’un avec lui.
14. Une volonté n’a qu’une imagination ; et pourtant l’imagination ne
fait ou ne désire que ce qui s’assimile avec elle. Aussi faut-il que nous l’enten-
dions ainsi de l’opposition.
15. Dieu demeure dans tout, et rien ne le saisit à moins que cela ne soit
un avec lui. Mais si cela sort de l’unité, alors cela sort de Dieu en soi-même et est
un autre que Dieu, qui se sépare soi-même. Alors résulte la loi, en sorte que cela
doit de nouveau passer de soi-même dans l’un, ou bien être séparé de l’un.
16. Ainsi on peut reconnaître ce qu’est le péché, ou bien comment est
le péché, lors particulièrement que la volonté humaine se porte de Dieu en un
propre, et éveille son propre feu, et brûle dans sa propre source ; alors ce même
propre feu n’est pas susceptible du feu divin.
17. Car tout ce dans quoi la volonté va, et qu’elle veut avoir en propre,
cela est un étranger dans la volonté une de Dieu, car Dieu est tout, et la propre
volonté de l’homme n’est rien. Mais si elle est en Dieu, alors tout est aussi sien.

85
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

18. Ainsi nous reconnaissons que les désirs sont des péchés, car ils ten-
dent de l’unité dans le multiple, et introduisent le multiple dans l’unité. Ils veu-
lent posséder, et doivent cependant être sans volonté. Par le désir la substance est
recherchée, et dans la substance le désir allume le feu.
19. Ainsi maintenant chaque feu brûle de la propriété de son essence.
Actuellement la séparation et l’opposition sont engendrées ; car le Christ dit :
Quiconque n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec
moi dissipe ; car il rassemble hors du Christ et quiconque n’est pas avec lui est
hors de Dieu.
20. Ainsi nous voyons que l’avarice est un péché car c’est un désir hors
de Dieu. Et nous voyons aussi que l’orgueil est un péché, car il veut être seul, et
se sépare de Dieu, ou de l’unité.
21. Car ce qui veut être en Dieu, cela doit marcher en lui dans sa vo-
lonté ; car si nous voulons uniquement être un en Dieu, en plusieurs membres,
alors cela est être contre Dieu, qu’un membre se sépare des autres, et de se rendre
souverain par soi-même, ou comme fait l’orgueil. Ils veulent être souverains, et
Dieu est seul souverain. Alors il y a deux souverains, et l’un se sépare de l’autre.
22. Ainsi tout est péché et opposition, ce que le désir possède comme
propre, soit que cela soit du boire ou du manger. Si la volonté imagine là-dedans,
alors elle se remplit par là, et enflamme ce même feu. Alors un second feu brille
dans le premier ; et c’est une opposition et un écart.
23. C’est pourquoi une volonté nouvelle doit naître de la volonté oppo-
sée ; laquelle (volonté nouvelle) s’abandonne de nouveau à l’unique union ; et la
volonté opposée doit devenir brisée et morte.
24. Et ici il nous faut considérer la parole de Dieu qui devint homme.
Si l’homme place là-dedans son désir, il sort du tourment de son propre feu, et
devient engendré de nouveau dans la parole. Ainsi la volonté s’élevant demeure
en Dieu ; et la première dans le désir, dans la terrestréité et la multiplicité.
25. Ainsi la multiplicité doit se briser avec le corps, et mourir à la volonté
s’élevant ; et la volonté s’élevant est reconnue pour une nouvelle génération ; car
elle reprend de nouveau en soi, tout, dans l’unité, mais non pas avec un désir
propre, mais avec un particulier amour qui est abandonné en Dieu, en sorte que
Dieu soit tout en tout, et que sa volonté soit la volonté de toutes choses ; car en
Dieu existe une unique volonté.

86
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

26. Ainsi nous trouvons que le mauvais doit servir à la vie du bon, pour-
vu seulement que la volonté passe de nouveau de soi, du mauvais dans le bon ;
car la colère doit être le feu de la vie.
27. Mais la volonté de la vie doit de nouveau être accomplie dans le com-
bat contre soi-même ; car elle doit fuir la colère et n’en pas vouloir. Elle ne doit
pas vouloir du désir, qui cependant veut et doit avoir son feu ; c’est pourquoi cela
s’appelle être engendré de nouveau en volonté.
28. Chaque esprit de volonté qui demeure dans le désir de son feu de
vie, (ou dans la sévérité du bois pour le feu), ou qui entre en cela, et possède le
terrestre, celui-là est aussi longtemps séparé de Dieu, qu’il possède l’étranger ou
le terrestre.
29. Ainsi on reconnaît comment l’excès du boire et du manger opère le
péché ; car la volonté pure qui sort du feu de vie, est noyée et prisonnière dans le
désir, en sorte que dans le combat elle est comme impuissante ; car la source du
feu ou le désir la retient prisonnière, et la remplit par l’attrait, en sorte que cette
même volonté imagine dans le désir.
30. La volonté dans le manger et le boire est, par ce même désir, terrestre
et séparée de Dieu ; mais la volonté qui se retire du feu terrestre, brûle dans le
feu intérieur, et est divine.
31. Cette même volonté qui s’enfuit du désir terrestre, ne résulte pas
du feu terrestre. Non ! elle est la volonté du feu de l’âme, qui est prisonnière et
couverte par le désir terrestre ; elle ne veut pas demeurer dans le désir terrestre,
mais elle veut (demeurer) dans son unité, dans Dieu, d’où elle est provenue au
commencement.
32. Mais si elle se laisse retenir prisonnière par les désirs terrestres, alors
elle est engloutie dans la mort, et elle souffre du tourment ; c’est ainsi qu’il faut
entendre le péché.

IV
Comment le Christ a livré le royaume à son père

1. Lors de la création du monde et de tous les êtres, le Père s’est mu


selon sa propriété, ou avec le centre de la nature, avec le ténèbre et le monde

87
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

de feu. La création resta dans le mouvement et le régime jusqu’à ce que le Père


se mût selon son cœur, (et le monde de lumière), et que Dieu devînt homme.
Alors l’amour de la lumière surmonta la propriété colérique du Père, et le Père
gouverna dans le Fils par l’amour.
2. Alors le Fils eut le régime dans ceux qui s’attachent à Dieu. Et le
Saint-Esprit, qui sort du Père et du Fils, attira les hommes dans la lumière de
l’amour, par le Fils, à Dieu le Père.
3. Mais à la fin le Saint-Esprit se remuera dans la propriété du Père, et
aussi du Fils, et les deux propriétés se remueront ensemble, et l’esprit du Père
s’ouvrira dans le feu et la lumière, aussi bien que dans la colère du monde téné-
breux ; alors le régime sera dévolu au Père ; car le Saint-Esprit doit régir éternel-
lement, et être un éternel ouvreur dans le monde de la lumière, et aussi dans le
monde de ténèbre.
4. Car les deux mondes resteront tranquilles ; et le Saint-Esprit, qui sort
du Père, mènera éternellement le régime dans les deux mondes, selon la source
et la propriété de chaque monde.
5. Il sera seulement l’ouvreur des merveilles ; et il est aussi pour le Père
(qui est tout) l’éternel régime qu’il conduit par l’Esprit, et qui est livré par le Fils.

V
De la M agie. Ce qu’est la M agie. Ce qu’est le fondement magique

1. La magie est la mère de l’éternité, de l’essence de toutes les essences,


car elle se fait elle-même, et est entendue dans le désir.
2. Elle n’est rien en elle-même qu’une volonté ; et cette même volonté
est le grand mystère de toutes les merveilles et de tous les secrets, et se porte en
substance par l’imagination de la faim désirante.
3. Elle est l’origine de la nature. Son désir fait une figuration. La figu-
ration n’est que la volonté du désir ; mais le désir fait, dans la volonté, un être
semblable à ce qu’est la volonté en soi-même.
4. La vraie magie n’est aucun être, mais l’esprit désirant l’être, elle est
une matrice insubstantielle, et elle se manifeste en être.

88
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

5. La magie est esprit, et l’être est son corps, et cependant les deux ne
sont qu’un ; de même que le corps et l’âme ne sont qu’une seule personne.
6. La magie est la chose la plus secrète, car elle est au-dessus de la natu-
re. Elle fait la nature selon la forme de sa volonté ; elle est le mystère du Trinaire :
entendez la volonté dans le désir pour le cœur de Dieu.
7. Elle est la formation dans la sagesse divine, ou un désir dans le Tri-
naire, en quoi l’éternelle merveille du Trinaire désire de se manifester par la
nature. Ainsi elle est le désir qui s’introduit dans la nature ténébreuse, et par la
nature dans le feu, et par le feu, par le mourir ou la colère, dans la lumière pour
la majesté.
8. Elle n’est pas la majesté, mais le désir pour la majesté. Elle est le
désir de la vertu divine, non pas la vertu même, mais la faim, ou le désir dans
la vertu. Elle n’est pas la toute-puissance, mais l’introductrice dans la vertu et la
puissance. Le cœur de Dieu est la vertu, et le Saint-Esprit est l’ouvrement de la
vertu.
9. Mais elle est le désir dans la vertu, et aussi dans l’esprit conduisant.
Car elle a en elle le fiat ; ce que l’esprit de la volonté ouvre en elle, elle le conduit
en une substance par l’astringence qui est le fiat, le tout selon le modèle de la
volonté ; tel qu’est ce que la volonté modèle dans la sagesse, tel le reçoit la magie
désirante, car elle a dans sa propriété l’imagination ou un attract.
10. L’imagination est douce et faible, et se compare à l’eau. Mais le désir
est rude et sec comme une faim ; il rend dur ce qui est faible, et se trouve dans
toutes choses ; car il est la plus grande substance dans la Divinité ; il transmue en
base et en fondement ce qui est sans fondement, et le rien en quelque chose.
11. Dans la magie sont toutes les formes de l’essence de toutes les es-
sences. Elle est une mère dans tous les trois mondes, et fait chaque chose selon
le modèle de sa volonté ; elle n’est pas l’intelligence ; mais elle est une opérante
selon l’intelligence, et elle se laisse employer soit pour le bien, soit pour le mal.
12. Tout ce que la volonté modèle dans sa sagacité, si la volonté de l’in-
telligence va aussi dedans, la magie l’opère en un être. Elle sert le Dieu aimant
dans l’essence de Dieu, car elle fait dans l’intelligence l’essence divine, et prend
cela de l’imagination, ou de la douceur de la lumière.
13. Elle est ce qui fait la chair divine, et l’intelligence dérive de la sagesse ;
car elle est une reconnaisseuse des couleurs, des puissances et des vertus. L’intel-

89
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

ligence mène avec des rênes le véritable effectif esprit ; car l’esprit est s’envolant,
et l’intelligence est son feu.
14. L’esprit n’est pas s’affaiblissant pour qu’il s’éloigne de l’intelligence.
Mais il est la volonté de l’intelligence ; mais les pensées dans l’intelligence sont
s’envolantes, et s’affaiblissantes.
15. Car les pensées sont les éclairs (sortant) de l’esprit de feu, et condui-
sent en soi, en lumière les flammes de la majesté ; et dans les ténèbres, elles
conduisent l’éclair de l’explosion, savoir, un éclair colérique du feu.
16. Les pensées sont un esprit si subtil qu’elles entrent dans toutes les
essences, et chargent en elles toutes les essences ; mais l’intelligence éprouve tout
dans son feu, elle rejette le mauvais, contient le bon ; alors la magie le prend dans
sa mère, et le porte en une substance.
17. La magie est la mère pour la nature, et l’intelligence est la mère (ve-
nant) de la nature. La magie conduit dans un feu colérique, et l’intelligence
conduit sa propre mère la magie, du feu colérique dans son propre feu.
18. Car l’intelligence est le feu de la puissance, et la magie (est) le brû-
lant. Et cependant il ne faut pas entendre le feu, mais la puissance ou la mère
pour le feu ; le feu se nomme principe, et la magie désir.
19. Par la magie, tout le bien et le mal est accompli ; son œuvre particu-
lière est la nécromancie, mais elle se partage dans toutes les propriétés. « Dans
le bon elle est bonne, et dans le mauvais elle est mauvaise ; elle sert aux enfants
pour le royaume de Dieu, et aux sorciers pour le royaume du démon ; car l’in-
telligence peut faire d’elle ce qu’elle veut. Elle est sans intelligence, et cependant
elle saisit tout, car elle est le comprenant de toutes choses. »
20. On ne peut exprimer sa profondeur, car elle est de toute éternité un
fondement et un contenant de toute chose ; elle est un maître de philosophie et
aussi une mère de cette philosophie.
21. Mais la philosophie conduit la magie sa mère selon sa volonté. De
même que la vertu divine, ou la parole (ou le cœur de Dieu) conduit le père
sévère dans la douceur ; de même aussi la philosophie (ou l’intelligence) conduit
sa mère dans une douce source divine.
22. La magie est le livre de toutes les écoles. Tout ce que nous voulons
apprendre doit d’abord s’apprendre dans la magie, soit que ce soit un art élevé

90
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

ou bas. Le paysan aussi dans le champ doit aller dans une école magique, s’il veut
mettre son champ en ordre.
23. La magie est la meilleure théologie ; car en elle est fondée et se trouve
la vraie foi ; et celui-là est un fou qui s’excuse sur ce qu’il ne la connaît pas, et il
calomnie à Dieu et à soi-même, et est encore plus imposteur qu’un théologien
intelligent.
24. Tel que quelqu’un qui se bat devant un miroir, et ne sait pas ce que
c’est qu’un combat, puisqu’il se bat de dehors ; de même un injuste théologien
voit la magie au travers d’une glace de miroir, et ne comprend rien à la puissance,
car elle est divine, et lui non divin, et même aussi diabolique selon la propriété
de chaque principe.

VI
Du Mystère. Ce que c’est

1. Le mystère n’est autre chose que la volonté magique, qui existe en-
core dans le désir, qui peut se représenter dans le miroir de la sagesse comme il le
veut. Et tel qu’il se modèle dans la teinture, tel aussi il est saisi dans la magie, et
est conduit en substance.
2. Car le grand mystère n’est rien que la chose cachée dans la divinité
par l’essence de toutes les essences, d’où sort un mystère l’un après l’autre, et la fi-
guration ; et c’est la grande merveille de l’éternité, dans laquelle tout est enfermé,
et a été vu de toute éternité dans le miroir de la sagesse ; et rien n’arrive qui n’ait
été connu de toute éternité dans le miroir de la sagesse.
3. Mais vous devez la comprendre selon les propriétés du miroir, selon
toutes les formes de la nature, ou selon la lumière et les ténèbres, selon la com-
préhensibilité ou l’incompréhensibilité, selon l’amour et la colère, ou selon le feu
et la lumière, comme cela a été exposé ailleurs.
4. Le mage a le pouvoir d’agir dans ce même mystère selon sa volonté,
et peut faire ce qu’il veut.
5. Mais il doit être armé dans cette même substance dans laquelle il veut
opérer, ou bien il sera rejeté comme un étranger, et livré au pouvoir des esprits,

91
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

de cette même substance, pour être ballotté avec elle selon son désir ; ce dont il
ne faut rien tracer de plus ici à cause de la turba.

fin

92
MYSTERIUM PANSOPHICUM
OU

INSTRUCTION FONDAMENTALE
SUR LE MYSTÈRE CÉLESTE
ET TERRESTRE
EN IX TEXTES
(1620)

Traduction de l’allemand par

LOUIS CLAUDE DE SAINT-MARTIN


(1807)
Premier Texte

1. Le sans-fond est un éternel rien, et fait cependant un éternel commencement,


c’est-à-dire un attract ; car le rien est un attract après quelque chose ; et cependant
là il n’y a rien qui donne le quelque chose ; mais l’attract est lui-même ce qui le
donne de cela ; cela aussi n’est rien qu’un attract nu et désirant. Et cela est l’éternel
entendement de la magie qui fait en soi là où il n’y a rien. Elle fait quelque chose
de rien, et cela seulement en soi-même ; et là cependant ce même attract n’est rien
que simplement une volonté. Il n’a rien, et il n’y a aussi rien qui lui donne quelque
chose, et il n’a non plus aucun lieu où il se trouve et où il soit.

Second Texte

1. Si donc ainsi il y a un attract en rien, alors elle fait en lui-même la


volonté pour quelque chose et cette même volonté est un esprit, ou une pensée
qui sort de l’attract, et est le chercheur de l’attract, car elle trouve sa mère ou
l’attract. Alors cette même volonté est un mage dans sa mère ; car elle a trouvé
quelque chose dans le rien, savoir sa mère, et si elle a ainsi trouvé sa mère, elle a
alors un lieu pour sa demeure.
2. Et comprenez ici comment la volonté est un esprit, et un autre que
l’attract désirant ; car la volonté est une vie imperceptible et inapercevable ; mais
l’attract est trouvé par la volonté et est une essence en volonté. Là il est reconnu
que l’attract est une magie, et la volonté un mage, et que la volonté est plus
grande que sa mère qui la donne. Car elle est un maître dans la mère, et la mère
est reconnue pour muette, et la volonté pour une vie sans origine ; et cependant
l’attract est une cause de la volonté, mais sans connaissance et intelligence, et la
volonté est l’intelligence de l’attract.
3. Ainsi nous vous donnons en bref à reconnaître la nature et l’esprit de
la nature, ce qui a été éternellement sans origine, et nous trouvons aussi que la
volonté ou l’esprit n’a aucun lieu pour son repos ; mais l’attract est son propre
lieu ; et la volonté est une alliance là-dedans, et n’est cependant pas saisie.

94
Troisième Texte

1. Si donc l’éternelle volonté est libre de l’attract, mais que l’attract ne


soit pas libre de la volonté, puisque la volonté domine au-dessus de l’attract ;
alors nous reconnaissons la volonté pour une éternelle toute-puissance ; car elle
n’a rien qui lui soit pareil, et à la vérité l’attract est un mouvement du tirer ou un
désir, mais sans intelligence, et a une vie, mais sans sagacité (industrie).
2. Ici la volonté régit la vie de l’attract, et fait avec elle ce qu’elle veut ; et
si elle fait quelque chose, cela n’est cependant pas connu, jusqu’à ce que ce même
être se manifeste par la volonté, en sorte qu’il devienne un être dans la vie de la
volonté. Alors ce que la volonté a fait est reconnu.
3. Et aussi nous reconnaissons pour Dieu l’esprit de l’éternelle volonté,
et pour la nature la vie mouvante de l’attract, car cela n’est rien auparavant, et
l’une et l’autre est sans commencement, et l’un est une cause de l’autre, et une
éternelle alliance.
4. Et ainsi l’esprit de la volonté est une éternelle connaissance du sans-
fond ; et la vie de l’attract une éternelle substance de la volonté.

Quatrième Texte

1. Si donc l’attract est un désir, et si ce même désir est une vie, alors
cette même vie désirante procède devant soi dans l’attrait, et est toujours en-
ceinte de l’attrait.
2. Et le désir est un fort attirant, et n’a cependant que soi-même, ou
l’éternité sans-fond, et attire magiquement, savoir son désir même comme une
substance.
3. Car la volonté prend alors là où il n’y a rien ; elle est un souverain,
et elle possède, et n’est elle-même aucun être ; et cependant elle domine dans
l’être, et l’être la rend désirante, savoir particulièrement de l’être ; et comme elle
est alors désirante en soi, elle est magiquement et s’engrosse elle-même, savoir
par l’esprit sans être ; car dans l’origine elle n’est qu’esprit. Ainsi elle n’opère dans
son imagination qu’en esprit, et devient enceinte de l’esprit, ou de l’éternelle
connaissance du sans-fond, dans toute la puissance de la vie, sans être.

95
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

4. Et comme donc elle est enceinte, alors le désir va en soi et demeure


en soi-même, car l’essence de la seconde vie ne peut pas saisir cet engrossement,
et être son contenant. Ainsi l’engrossement doit aller en soi, et être son propre
contenant, savoir un Fils dans l’éternel Esprit.
5. Et comme cet engrossement n’a aucune substance, alors cela est une
voix ou un son ; savoir, une parole de l’Esprit, et demeure dans l’origine de l’Es-
prit, car il n’a d’ailleurs aucun siège que dans l’intelligence de l’Esprit.
6. Et cependant il y a, dans cette parole, une volonté qui veut sortir en un
être, et cette même volonté est la vie de l’originelle volonté qui sort de l’engrosse-
ment ou de la bouche de la volonté, dans la vie de la magie, ou dans la nature, et
ouvre la vie non-intelligente de la magie, en sorte que cela est un mystère où une
intelligence essentielle existe intérieurement, et reçoit ainsi un esprit essentiel. Là
chaque essence est un arcane ou un mystère d’un être entier, et est ainsi saisissable,
comme une merveille sans fond de l’éternité, où plusieurs vies sans nombre sont
engendrées, et cependant le tout ensemble n’est qu’un seul être.
7. Et le triple Esprit sans substance est son maître et son possesseur, et
cependant ne possède pas l’essence de la nature, car il demeure en soi-même.
8. La parole est son centre ou son siège, et est, dans le milieu, comme
un souverain ; et l’esprit de la parole qui s’originise dans la première éternelle vo-
lonté, ouvre les merveilles de la vie essentielle, en sorte qu’il y a alors deux mys-
tères, l’un dans la vie spirituelle, l’autre dans la vie essentielle, et la vie de l’Esprit
est reconnue pour Dieu, et est ainsi justement nommé tel ; et la vie essentielle
[est reconnue] pour la vie de la nature. Elle n’avait aucune intelligence quand
l’Esprit, ou la vie de l’Esprit n’était pas désirante ; dans ce désir, l’essence divine,
ou la parole éternelle et le cœur de Dieu est toujours engendré de toute éternité,
et sort toujours de la volonté désirante, comme son Esprit dans la vie de la na-
ture, et ouvre, là intérieurement, le mystère des essences, et dans les essences ; en
sorte qu’il y a ainsi deux vies, et ainsi deux êtres, de et dans une unique, éternelle
insondable origine.
9. Et ainsi nous reconnaissons ce qu’est Dieu et la nature ; comment
l’un et l’autre est, de toute éternité, sans fondement propre et sans commence-
ment ; car c’est toujours un éternel continu commencement. Il se commence
toujours d’éternité en éternité ; là il n’y a aucun nombre, car c’est le sans-fond.

96
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

Cinquième Texte

1. Si donc il y a eu ainsi deux êtres de toute éternité, alors nous ne


pouvons pas dire que l’un soit près de l’autre, et qu’ils s’embrassent, en sorte que
l’un saisisse l’autre ; et nous ne pouvons pas dire non plus que l’un soit hors de
l’autre, et qu’il y ait une séparation. Non ; mais ainsi nous reconnaissons que la
vie de l’esprit est intérieurement retournée en soi, et que la vie de la nature est
hors de soi et devant soi.
2. Ici nous comparons le tout ensemble à la roue d’une sphère qui va de
tous côtés, comme la roue l’indique dans Ézéchiel.
3. Et la vie de l’esprit est une entière plénitude de l’esprit de la nature, et
cependant n’est pas saisie par la vie de la nature. Et ce sont deux principes dans
une éternelle origine, où chacun a son mystère et son opération. Car la vie de
la nature opère jusqu’au feu, et la vie de l’esprit jusqu’à la lumière de la gloire et
de la souveraineté ; car nous concevons dans le feu la colère de la consomption
de l’essentialité de la nature, et dans la lumière l’engendrement de l’eau qui ôte
au feu la puissance, comme cela a été exposé précédemment dans les Quarante
Questions sur l’Ame.
4. Et ainsi nous reconnaissons une éternelle substantialité de la nature,
semblable à l’eau et au feu, qui ainsi sont comme mêlés l’un dans l’autre. Là, cela
donne une couleur de lumière bleue, semblable à l’éclair du feu. Là, cela a en-
suite une forme comme un rubis mêlé avec le cristal en un seul être, ou comme
jaune, blanc, rouge, bleu mêlé dans une eau obscure. Là, cela est comme du bleu
dans du vert. Là cependant, chacune a son éclat, et brille ; et l’eau préserve ainsi
seulement son feu, en sorte qu’il n’y a alors aucune destruction, mais ainsi une
substance éternelle en deux mystères l’un dans l’autre, et cependant une sépara-
tion des deux principes ou une vie double.
5. Et ici, nous entendons ainsi l’essence de toutes les essences, et ensuite
qu’il y a une substance magique, où une volonté peut se créer elle-même en une
vie essentielle, et marcher ainsi en une génération, et éveiller une source dans
le grand mystère, particulièrement dans l’origine du feu qui auparavant n’était
pas manifestée, mais était cachée dans le mystère comme un éclat dans la mul-
tiplicité des couleurs, comme nous en avons un miroir dans le démon et dans
toute méchanceté. Et aussi nous reconnaissons d’où toutes les choses bonnes et

97
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

mauvaises s’originisent, savoir particulièrement de l’imagination dans le grand


mystère, là où une étonnante vie essentielle s’engendre elle-même.
6. Or, nous avons de ceci une suffisante connaissance par les créatures
de ce monde ; savoir, là où la vie divine a touché une fois et éveillé la vie de la
nature, ce qui a engendré du mystère essentiel tant de merveilleuses créatures ;
là ensuite on entend aussi comment chaque essence est venue en un mystère, ou
à une vie, et aussi en outre on entend comment il y a un attrait magique dans
le grand mystère ; en sorte que l’attrait de chaque essence fait de nouveau un
miroir, pour se voir et se reconnaître dans le miroir.
7. Et là alors l’attrait le saisit, entendez le miroir, et l’introduit dans son
imagination, et trouve que cela n’est pas de sa vie. De là ensuite résulte l’opposi-
tion et le dégoût, en sorte que l’attrait veut repousser le miroir, et cependant ne
le peut pas. Ainsi, alors l’attrait cherche la limite du commencement, et sort du
miroir ; alors le miroir est brisé, et le brisement est une tourbe ou un mourir de
la vie compactée.
8. Et il nous est hautement reconnaissable comment l’imagination de
l’éternelle nature a ainsi la tourbe avec l’attrait dans le mystère, mais d’une ma-
nière cachée, à moins que la créature, ou le miroir de l’éternité, n’éveille elle-mê-
me ceci, c’est-à-dire la colère qui de toute éternité est cachée dans le mystère.
9. Et nous voyons ici comment l’éternelle nature s’est une fois mue et
remuée par la création du monde, en sorte que la colère s’est remuée avec, et
s’est aussi manifestée en créature : ainsi qu’on trouve plusieurs mauvaises bêtes,
ainsi que des plantes et des arbres, aussi bien que des vers ou des crapauds, des
serpents et autres semblables. Alors l’éternelle nature porte là-dedans un dégoût ;
et la méchanceté et le poison ne sont nourris que dans son essence.
10. Et à cause de cela aussi l’éternelle nature cherche la limite de la mé-
chanceté, et veut l’abandonner ; là ensuite elle, la méchanceté, tombe dans la
tourbe ou dans le mourir ; et cependant il n’y a aucun mourir, mais un vomis-
sement dans le mystère ; la méchanceté avec sa vie doit rester séparément là, ou
dans un ténèbre. Car la nature l’abandonne, et l’ombrage, en sorte qu’elle reste
ainsi en soi-même comme un mystère mauvais, vénéneux et colérique, et est soi-
même sa propre magie ou un attrait de l’angoisse vénéneuse.

98
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

Sixième Texte

1. C’est ainsi que nous considérons et reconnaissons et trouvons ici


l’opposition de tous les êtres, où l’un est un dégoût de l’autre et combat l’autre.
2. Car chaque volonté désire une pureté sans tourbe dans les autres êtres,
et a cependant la tourbe en soi, et est aussi le dégoût de l’autre. Alors la puissance
du plus grand s’étend sur le plus petit, et le tient en violence, à moins qu’il ne
s’enfuie. Autrement, le fort domine sur le faible. Ainsi le faible court aussi, et
cherche la limite de l’excitateur, et veut être délivré de la violence ; et ainsi, toutes
les créatures cherchent la limite qui est cachée dans le mystère.
3. Et aussi de là dérive toute puissance de ce monde, en sorte que l’un
domine sur l’autre, et cela n’a pas été ainsi commandé ni ordonné au commen-
cement par le souverain bien. Mais cela est poussé de la tourbe ; ensuite la nature
l’a reconnue pour sa substance qui est engendrée ; et elle lui a donné la loi de
s’engendrer ainsi de plus en plus dans le régime embrassé. Alors cet engendre-
ment est monté ensuite jusqu’à l’ordre royal, et par suite a cherché ainsi l’abîme
ou le un jusqu’à ce que cela est devenu monarchie ou droit impérial, et là cela est
encore en combat, et veut être un et non pas plusieurs ; et quoique cela soit en
plusieurs, cela veut cependant être la première source d’où tous les autres pou-
voirs sont engendrés et veut dominer sur tous, et veut être le seul souverain sur
tous les régimes.
4. Et comme ce même attract a été un régime dans le commencement,
et s’est cependant par la suite partagé en plusieurs selon les essences, alors la mul-
tiplicité cherche de nouveau le un, et il sera sûrement engendré dans le sixième
nombre de la couronne, ou dans la six millième année dans la figure ; non pas à
la fin, mais à l’heure du jour où la création des merveilles a été accomplie.
5. C’est-à-dire : lorsque les merveilles de la tourbe seront à [leur] fin, il
naîtra un souverain qui gouvernera tout le monde, mais avec plusieurs agents.
6. Et alors la souveraineté qui s’est produite elle-même, sera visitée, ainsi
que l’excitateur. Car le plus petit qui est tenu dessous, a couru avec vers le terme.
Alors chaque [pouvoir] se sépare, car ils sont au terme, et il n’y a aucun délai ni
rappel.
7. Alors aussi la tourbe ou la colère de toute créature sera visitée, car elle
est allée aussi au terme avec le dégoût des créatures, et sera manifestée alors ou

99
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

dans le nombre, au milieu, dans le nombre de la couronne, dans la six millième


année un peu au delà, non en deçà.
8. Au jour et à l’heure où la création a été amenée en mystère, et a été
établie en merveilles dans le mystère (comme un miroir de l’éternité).
9. C’est-à-dire au neuvième jour au-delà de midi, là, le mystère est
ouvert dans les merveilles, et sera vu et reconnu. Car alors la pureté chassera la
tourbe pendant un temps, jusqu’à ce que le commencement marche dans la fin ;
alors le mystère est une merveille en figure.

Septième Texte

1. Si donc dans le mystère de l’éternelle nature il se trouve un tel arcane


d’où toutes les créatures bonnes et mauvaises sont engendrées et créées, alors
nous devons le reconnaître pour une substance magique. Là, une magie a éveillé
l’autre par l’attrait, et l’a amené en être, lorsqu’il a élevé lui-même toutes choses,
et les a conduites en la plus haute puissance. Car l’esprit de Dieu n’est point un
fabricateur dans la nature, mais un ouvreur et un chercheur de ce qui est bien.
2. Ainsi le mal s’est toujours cherché et trouvé lui-même dans le mys-
tère au travers de l’attrait magique, et il a été ouvert par-là sans le plan divin. Car
la colère est une contraction, et elle domine sur la simplicité.
3. Ainsi tout est poussé de son propre arbre sans projet. Car le premier
ouvreur ou Dieu n’a point établi la méchanceté au régime ; mais bien la raison
et la pénétration qui devait ouvrir les merveilles et être un conducteur de la vie.
Et ici vient au-devant de nous le plus grand secret qui ait été dans le mystère dès
l’éternité, ou le mystère avec ses couleurs qui sont quatre ; et la cinquième n’est
pas la propriété du mystère de la nature, mais du mystère de la divinité ; cette
couleur brille dans le mystère de la nature comme une lumière vivante.
4. Et les couleurs dans lesquelles tout gît intérieurement, sont : 1° le
bleu ; 2° le rouge ; 3° le vert ; et 4° le jaune. Et la cinquième ou le blanc ap-
partient à Dieu, et a cependant aussi son éclat dans la nature. Mais elle est la
cinquième essence, un enfant pur, sans tache, comme on le reconnaît à l’or et à
l’argent, aussi bien qu’à une claire pierre blanche, ou pierre de cristal qui subsiste
aussi dans le feu.

100
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

5. Car le feu est l’épreuve de toutes les couleurs. Dans lui aucune ne
subsiste que le blanc, puisqu’il est un éclat de la majesté de Dieu.
(La couleur noire n’appartient point au mystère, mais elle est le couvercle ou
le ténèbre où tout est en dedans.)
6. Nous trouvons en outre ici l’arbre des langues, ou les langages, aussi
avec quatre alphabets ; savoir, le premier est marqué par les caractères du mys-
tère. Là est le langage de la nature, qui est la racine dans toutes les langues, et qui
n’est cependant pas connu dans la génération de la multiplicité ou de la pluralité
des langues, c’est-à-dire de ses propres enfants auxquels le mystère lui-même
donne l’intelligence, car c’est une merveille de Dieu.
(Cet alphabet du langage de la nature reste caché dans la couleur noire parmi
toutes les autres, car la couleur noire n’appartient point au nombre des couleurs.
Elle est un mystère et non comprise, excepté de celui qui a le langage de la na-
ture, car elle s’ouvre par l’Esprit-Saint.)
7. Et le second alphabet est l’hébraïque, qui ouvre le mystère, et nomme
l’arbre avec les rameaux et les branches.
8. Le troisième est le grec, qui nomme l’arbre avec le fruit et tous les
ornements, et qui exprime juste la perspicacité.
9. Et le quatrième est le latin, dont s’aident plusieurs peuples et langues,
et qui prononce l’arbre avec son pouvoir et ses vertus.
10. Et la cinquième est l’esprit de Dieu, qui est l’ouvreur de tous les al-
phabets ; et cet alphabet, aucun homme ne peut l’apprendre, à moins qu’il ne
s’ouvre lui-même dans l’esprit de l’homme.
11. Ainsi ces alphabets dérivent des couleurs du grand mystère, et se
partagent ensuite dans la somme de 77 langages, où cependant nous n’en recon-
naissons que cinq comme principales langues, et 72 pour les merveilles, dans
lesquelles Babel est entendue, comme une bouche d’une substance égarée. Là,
la raison a abandonné son conducteur, et a voulu aller seule, et monter dans le
mystère.
12. Ainsi qu’on peut le reconnaître aux enfants de Nemrod, à la tour de
Babel, lorsqu’ils tombèrent de l’obéissance dans la propre raison ; ils perdirent
alors leur conducteur, et égarèrent leur raison, en sorte qu’ils ne comprennent
pas leur propre langue.

101
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

13. Ainsi poussèrent plusieurs langues, ou 72, de la Babel égarée, et elles


rentrèrent chacune en elles-mêmes, et cherchèrent l’entendement, ou l’intelli-
gence, chacune dans sa propre raison et méchanceté ; car elles ont abandonné
Dieu, et devinrent païennes, et il les laisse aller dans leurs merveilles. Car elles
ne voulaient pas s’attacher à lui, mais elles voulaient être dans une croissance
propre ; et leur propre raison, qui était cependant mêlée avec toutes les couleurs,
voulait gouverner.
14. Alors la turba fut engendrée, en sorte qu’elles n’avoient pas le même
centre, car chacun voulait vivre de sa couleur ; et ce n’était cependant pas les
vraies couleurs supérieures, mais seulement leurs mauvais enfants éclos qui se
sont éclos eux-mêmes dans la raison, et ont couru sans le vrai conducteur, qui
a tout créé dans une langue, et qui n’étant qu’un n’a ouvert qu’un arbre avec les
branches, et la propriété, ensemble avec le fruit.
15. Car les quatre alphabets sont dans un seul arbre, et sortent l’un de
l’autre ; mais la multiplicité des langues doit s’aider de leurs caractères, comme
domestiques, et veulent cependant être uniques, et s’élèvent toutes contre l’arbre.

Huitième Texte

1. Ainsi nous voyons ici l’origine de la double [espèce de] religion d’où
est née l’idolâtre Babel ; et ce sont les païens et les Juifs.
2. Car Babel est dans l’une et l’autre, et ce sont deux races en une.
L’une, qui de sa raison, [c’est-à-dire, de l’esprit et de la vie de la nature], procède
devant soi, et cherche à s’élever soi-même. Elle se fait une voie dans son essence ;
car sa volonté sort de son propre attrait, et cherche sa magie, ou un grand nom-
bre pour son régime, une multiplicité, et va simplement hors de soi, devant soi.
Sa volonté demeure dans sa multiplicité, et sa multiplicité est son Dieu et son
conducteur.
3. Et si la libre volonté de Dieu marche contre elle et la punit, alors
l’idolâtre ne fait qu’en imposer avec la bouche à la libre volonté, ou à l’esprit de
Dieu : et il honore sa propre volonté dans le nombre de la multiplicité ; car cette
même volonté est engendrée de son trésor et de sa magie, et ne saisit point la
libre volonté de Dieu, et c’est pour cela qu’il est engendré de la chair et du sang
de sa propre nature, et c’est un enfant de ce monde ; il regarde son trésor comme

102
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

son amour ; ainsi il est alors un hypocrite et une Babel égarée ; car les nombres de
la multiplicité où sa propre magie l’a égaré, en sorte qu’il passe d’un nombre en
plusieurs. Alors cette multiplicité est une Babel égarée, et son hypocrite bouche
avec laquelle il donne de bonnes paroles à l’Esprit de l’unité, et le loue beaucoup,
est un Antéchrist et une menteuse ; car il agit autrement qu’il ne parle ; son cœur
est un attract, et l’esprit de son cœur s’est tourné dans l’attrait.
4. Ainsi le mage de la multiplicité est un dévorateur insensé, orgueilleux
et cupide, et un esprit de la multiplicité désirante, et un idolâtre fourbe. Il ne
s’attache qu’à la libre volonté de la nature, qui a en son pouvoir la puissance des
merveilles, et n’a aucune intelligence dans le divin mystère, car il ne s’attache pas
à ce même esprit avec sa volonté ; autrement, si sa volonté était tournée dans la
liberté, alors l’esprit de Dieu ouvrirait son mystère magique ; et ses merveilles et
son œuvre resteraient en Dieu avec sa volonté.
5. Mais si maintenant il sort de soi, alors le commencement cherche
la fin, et le milieu est la tourbe. Car il n’est point dans la libre volonté de Dieu ;
mais il croît de soi-même, et il s’élève comme un arbre insensé.
6. Et comme donc Dieu n’est qu’un en volonté, et est un dans l’éternel
désir ou dans l’éternelle magie, en sorte que l’attrait de l’éternelle magie se donne
ainsi maintenant à l’éternelle volonté, et puise là-dedans sa vie ; alors la volonté
qui dérive de la génération est comme un proscrit, et une prostituée parjure ; car
elle est une engendreuse de la fausseté, et n’est point attachée à la volonté libre.
7. Et nous entendons ici une séparation de Dieu, comme Lucifer est
une cause de tout ceci, lui qui a rendu la magie de la nature un faux attract, et
ainsi dans elle sont engendrées deux éternelles vies ; savoir, l’une dans la volonté
de Dieu, et l’autre dans la volonté du démon et de la colère, et cela est Babel avec
l’Antéchrist sur la terre.
8. Tout ce qui passe de la volonté de Dieu dans sa propre volonté, ap-
partient à Babel, ce que l’on voit aux Juifs, aux païens, aussi bien qu’à tous les
peuples.
9. Les païens demeurent dans leur propre magie, laquelle a passé de
l’attrait de la corruption dans la lumière de la nature ; tant qu’ils ne connurent
point Dieu, et qu’ils vécurent dans la pureté, ces mêmes païens furent enfants de
la libre volonté ; et parmi eux l’esprit de la liberté a ouvert de grandes merveilles
dans son mystère, comme cela se reconnaît à sa sagesse qui le dépose.

103
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

10. Mais les autres qui n’ont vécu que dans leur propre magique volonté
d’esprit, de chair et de sang, leur volonté se noya dans la tourbe, et la tourbe
sourça dans leur volonté, et leur donna un esprit selon les essences de la cupidité
et de la colère, lesquelles ne cherchent que le nombre de la multiplicité ; savoir,
la domination et la royauté.
11. Et si la tourbe ne peut pas avancer, à cause de la puissance, alors elle
s’irrite, et commence des combats et des guerres ; et de là dérivent les guerres
d’orgueil et de cupidité pour la multiplicité, et qui appartiennent par le nombre
au mystère de la colère.
12. Tels étaient aussi les Juifs. Dieu se manifesta à eux, mais ils étaient
attachés à deux volontés ; savoir, une partie s’élevait dans la volonté de Dieu, et
dans ses ordonnances par leur volonté, comme les patriarches, et tous les saints
d’Israël par l’espérance ; les autres opéraient avec les mains l’œuvre de la loi, et
s’attachaient par leur volonté à leur magie empoisonnée ou à la cupidité, et ne
cherchaient que leur nombre de multiplicité ; leur bouche était juive, et leur
cœur une prostituée babilonique, un hypocrite, un Antéchrist, avec de bonnes
paroles, et un faux et cupide cœur.
13. Ainsi la prostituée babilonique s’est assise avec l’Antéchrist parmi la
chrétienté et parmi tous les peuples ; là dans un [même] peuple demeurent en-
semble deux règnes, et ils ne se mêlent point dans l’esprit intérieur, de manière à
ne devenir qu’un, comme l’argile et le fer ne se mêlent point ; ils se mêlent bien
selon le corps, mais leurs esprits sont deux familles, ainsi que dit le prophète
Daniel.
14. C’est pourquoi si vous voulez connaître l’Antéchrist, cherchez-le de
cette manière, vous le trouverez dans toutes les maisons. Mais le père est la pros-
tituée couronnée ; et ses parrains qui l’élèvent du baptême de la prostitution,
sont des hurleurs qui vont de la volonté une de Dieu dans les volontés multiples,
pour n’hériter que du nombre de la multiplicité, et pouvoir engraisser leur ventre
terrestre.
15. Et la seconde partie de la libre volonté de Dieu va de sa volonté magi-
que, hors de soi, dans la liberté, ou dans l’unique insaisissable volonté de Dieu ;
ils restent tournés en arrière dans la figure magique. Leur vie cherche le pain, et
marche devant soi, et leur volonté n’est pas dans le pain, mais elle sort de soi, de
l’attrait en Dieu. Et ils vivent avec la volonté en Dieu, dans un [seul] nombre. Ils
sont les enfants de l’éternelle vraie magie. Car l’esprit de Dieu demeure dans leur

104
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

volonté, et leur ouvre les éternelles merveilles de Dieu ; et l’esprit de leur vie, les
merveilles de ce monde.
16. Et ils sont affranchis libres de Babel et de l’Antéchrist, quand ils s’as-
soiraient dans son sein. Car la vraie image de Dieu est dans l’esprit de la volonté
qui est engendré de l’esprit de l’âme.

Neuvième Texte

1. Puisque donc il y a ainsi deux magies, l’une dans l’autre, il y a aussi


deux mages qui les conduisent, ou deux esprits. L’un est l’esprit de Dieu, et
l’autre est l’esprit de la raison dans lequel le démon se refait ; et dans l’esprit de
Dieu est l’amour de l’unité ; et l’homme ne peut mieux s’éprouver qu’en s’obser-
vant sérieusement ; où son désir et son attrait le poussent, c’est là ce qu’il a pour
conducteur, et ce dont il est aussi l’enfant. Ainsi donc il a ici puissance de briser
et de changer cette même volonté, car il est magique et il a pouvoir.
2. Mais il faut qu’il soit attentif ; car il doit réprimer l’esprit des étoiles
qui domine en lui. Pour cela, il lui convient de vivre toujours sobrement, et de se
jeter fermement dans la volonté de Dieu. Car pour réprimer l’esprit des étoiles,
il ne faut ni sagesse ni art, mais la sobriété de la vie, et sortir constamment des
influences. Les éléments lui jettent toujours dans la volonté l’attrait des étoiles.
C’est pourquoi ce n’est pas une chose si aisée que de devenir un enfant de Dieu ;
il faut pour cela un grand travail et supporter beaucoup de fatigues.
3. Ainsi donc l’Antéchrist ne doit pas oser se nommer un enfant de
Dieu. Mais Christ dit : ils ne viendront pas tous dans le royaume des cieux ceux
qui disent : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas chassé les démons en ton nom,
et fait des œuvres ? Mais il leur dit : retirez-vous de moi, boucs puants, je ne
vous connais point. Vous avez fait cela par la fausse magie, et vous n’êtes point
reconnus de mon esprit et de ma volonté. Dans votre figuration spirituelle vous
êtes des boucs, des tyrans, des cupides, des orgueilleux, et des voluptueux. Vous
avez porté mon nom sur votre langue, mais votre cœur a sacrifié à l’attrait de la
volupté de la chair, et vous êtes engendrés dans la tourbe. Il faut que vous soyiez
éprouvés par le feu ; alors chaque règne obtiendra son fruit.
4. C’est pourquoi, toi, beau monde, considère-toi dans cet écrit, qui t’a
représenté l’éternelle base ; et réfléchis-y aussi profondément, mais non pas plus

105
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

loin, ou bien tu seras attrapé dans ta tourbe. Alors il te faudra passer par le feu de
Dieu avec ta substance, et toute œuvre qui sera hors de la volonté de Dieu, devra
rester dans le feu.
5. Mais ce qui est engendré de la volonté de Dieu doit rester pour l’hon-
neur et la merveille de Dieu, et pour l’éternelle joie de l’image de Dieu.
6. Maintenant pense à ce que tu fais, car Babel est déjà en flamme, et
elle brûle ; il n’y a plus rien qui l’éteigne, ni aucun remède. Elle a été reconnue
mauvaise, son règne va à sa fin, etc.

alléluia

106
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

Table des matières

Préface au lecteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE


DES SIX POINTS THÉOSOPHIQUES
Le Ier point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Chapitre premier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Chapitre II . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Le IIe point. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Chapitre III . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Le IIIe point. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
Chapitre IV . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
Le IVe point. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Chapitre V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Chapitre VI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Le Ve point. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Chapitre VII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Chapitre VIII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
Le VIe point. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Chapitre IX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
Chapitre X . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Courte explication des six points suivants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Le premier point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
II . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
III . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
IV . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
VI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

MYSTERIUM PANSOPHICUM
Premier Texte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Second Texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
Troisième Texte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Quatrième Texte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Cinquième Texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

107
DE LA BASE SUBLIME ET PROFONDE DES SIX POINTS THéOSOPHIQUES

Sixième Texte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Septième Texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
Huitième Texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Neuvième Texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105

© Arbre d’Or, Cortaillod (ne), Suisse, février 2004


[Link]
Illustration de couverture : Aurora consurgens, début du XVIe siècle, D.R.
Composition et mise en page : © Athena Productions / ChD-PhC

108

Vous aimerez peut-être aussi