PARTIE II : L’INTERNATIONALISATION BANCAIRE
L’internationalisation bancaire fait référence au processus de pénétration des
marchés internationaux par les banques étrangères. Ce concept se rapproche de celui d’une
entreprise multinationale. Sans avoir plusieurs nationalités, entreprise multinationale est une
entreprise qui fabrique et vend ses produits et services à l’étranger. Andref (1996) définit
la banque internationale comme une banque qui : «mobilise le capital sous forme
monétaire et le transforme en capital productif sur une échelle internationale ». En
d’autres termes, une banque multinationale est une banque qui collecte des dépôts et
accordent des crédits ainsi que d’autres services, dans un grand nombre de pays grâce aux
entités qu’elle détient ou contrôle. Dans cette partie nous
aborderons en premier lieu les démarches de
l’internationalisation bancaire (chapitre 3) et en second lieu l’attractivité des pays d'accueil et
l’avantages compétitifs des Banques Multinationales (chapitre 4).
Chapitre 3 : Les démarches de l’internationalisation bancaire
Ce chapitre subdivisé en deux sections. La première section (I) a pour objectif d’étudier la
stratégie d’internationalisation des banques. La seconde section quant à elle (II) expose les
conditions d’internationalisation.
I. STRATEGIE D’INTERNATIONALISATION DES BANQUES
Le mouvement d'expansion des banques à l'étranger remonte au XIX ème siècle où plusieurs
groupes bancaires ont choisi l'internationalisation comme stratégie d’extension. Dans la
première section de ce chapitre, nous essaierons de comprendre l’évolution du processus
d’internationalisation des banques depuis la fin des années 1980 ; puis d’analyser les motifs
de leur internationalisation et les métiers exercés par ces dernières.
I.1. Les vagues d’internationalisation
La banque, au cours de l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, a subi les effets de la mutation de la
sphère financière mondiale et la montée de la pression concurrentielle. En conséquence, elle a
connu de multiples transformations entrainant une redéfinition de son rôle et de ses activités.
Les spécialistes ont divisé l’évènement de l’internationalisation bancaire en trois grandes
périodes qu’ils ont appelées : les vagues d’internationalisation bancaire. Chacune d’elles a ses
caractéristiques et ses spécificités.
La première vague d’internationalisation
Elle a été lancée par les banques européennes au cours du XIX ème siècle et plus précisément
vers les années 1830. Cette période caractérisée par la révolution industrielle a vu encourager
les flux commerciaux interrégionaux puis internationaux, grâce à l’invention des différents
moyens de transport, réduisant ainsi les coûts de transport.
La deuxième vague
Après les deux guerres mondiales, l’Europe est sortie affaiblie économiquement et
financièrement. C’est aussi la période de l’émergence des Etats-Unis comme la première
puissance mondiale. C’est pour cela que la deuxième vague d’internationalisation bancaire
qui se situe dans les années 1960 a été lancée par les banques américaines qui exportaient le
métier d’une banque de détail à cause de la forte réglementation financière qui empêchait la
constitution des conglomérats financiers.
La troisième vague
L’internationalisation bancaire s’est, ainsi, effectuée dans un cadre de globalisation financière
qui repose sur trois facteurs principaux appelés « la règle de 3D :
déréglementation, désintermédiation et décloisonnement. La déréglementation est
la libéralisation et l’élargissement des activités bancaires tel que la
suppression de la politique d’encadrement de
crédit. La désintermédiation : la définition du métier de la banque selon laquelle il répond à la
demande de fonds dont les agents non financiers ont besoin pour régler des dettes et/ou pour
réaliser des dépenses, immédiates ou futures. Le décloisonnement traduit l’ouverture des
marchés autrefois séparés et ce, d’un point de vu externe (annulation du contrôle de change) et
d’un point de vu interne par l’intégration des compartiments existants entre les marchés
(marché monétaire à court terme, marché financier à long terme, marché de change…). Les
marchés deviennent alors interconnectés grâce aux réseaux modernes de communication et à
l’innovation de nouveaux produits financiers comme, par exemple, le Swap de devise . Ces 1
facteurs de globalisation financière ont rendu le marché domestique saturé plus que jamais.
Dans ces circonstances, la banque se voit obligée de mettre en œuvre de nouvelles stratégies de
développement afin de s’adapter aux modifications du secteur.
Représentation schématique des vagues / phases d’internationalisation des banques
I.2. Les motifs d’implantation à l’étranger
En plus des raisons citées précédemment de l’internationalisation des banques, il existe
d’autres raisons d’ordre interne spécifique à la banque :
Réalisation des profits
La réalisation des profits est un des motifs majeurs pour expliquer l’expansion internationale
des banques. Ces dernières recherchent une meilleure efficacité par la réalisation d’économies
d’échelle.
Accompagner la clientèle
Le premier motif qui a incité les banques à s’internationaliser est d’accompagner leurs «
entreprises clientes », elles-mêmes déjà présentes ou en phase d’implantation à l’étranger. En
effet, le suivi des clients à l’international permet à la banque de fournir des services bancaires à
ces clients, d’exploiter la connaissance qu’elle détient au mieux et d’éviter en même temps à
ceque des banques concurrentes locales ou internationales ne saisissent cette connaissance (un
client international qui ne trouve pas de réponse auprès de sa banque, est conduit à l’échanger
au profit d’une autre banque ayant des agences locales).
1
Le Swap est un produit financier destiné à faciliter la circulation des capitaux. Par exemple : deux entreprises
de nationalités différentes mais qui ont chacune une filiale dans l'autre pays et qui ont besoin de financement de
monnaie étrangère. Elles concluent un swap de devises qui consiste en un échange du montant entre les deux
entreprises pendant une durée précise en tenant compte du cours de change de devise. Ces différentes
transactions s’effectuent par la banque.
Acquérir de nouveaux clients et/ou pénétrer de nouveaux marchés
C’est une stratégie offensive, plus ambitieuse que la précédente, bien qu’elle soit conditionnée
par des barrières à l’entrée. L’objectif des banques est d’élargir leur part de marché grâce aux
avantages concurrentiels qu’elles détiennent; maîtrisée par leur appartenance à de grands
groupes mondiaux. Leur pénétration dans les pays d’accueil s’affine à l’aide d’une meilleure
connaissance des points faibles des banques locales et d’un positionnement sur les métiers à
forte rentabilité. La localisation à l’étranger peut également être motivée par un désir de se
rapprocher des clients (ou consommateur) qu’elles ne peuvent pas atteindre dans leur pays
(leur activité n’étant pas exportable). Ainsi, ces banques -plus proches- pourront mieux
répondre aux besoins de leurs clients.
L’accès au capital et la liquidité
La diversification géographique peut aussi être vue comme un moyen de diminuer les coûts
de régulation liés à l’exigence en capital. En effet les régulateurs des banques imposent un
niveau plus élevé des fonds propres pour avoir une plus grande capacité à absorber les chocs
liés aux risques d’actif. Cela représente des coûts supplémentaires pour la banque qui peut
s’installer à l’étranger dans des pays ayant un coût de capital moins élevé. Après avoir
présenté les principaux motifs de l’internationalisation des banques, il convient maintenant
d’analyser les stratégies employées par celles-ci afin d’atteindre leurs objectifs.
I.3. Stratégies des banques multinationales
Les travaux portant spécifiquement sur les stratégies des banques multinationales demeurent
peu nombreux. Les modèles utilisés sont principalement empruntés aux théories relatives aux
firmes multinationales. Dans cette dimension, nous allons recourir à la typologie
des stratégies adoptées par les FMN pour essayer de les transposer sur le cas des
banques multinationales.
Création d’un bureau de représentation
Un bureau de représentation est un organisme chargé de représenter la banque mais n'effectue
pas d'opérations de banque. Sa mission consiste à recueillir des informations, à établir des
contacts, voire à assurer la publicité de la banque-mère avant son implantation effective dans le
pays d'accueil. cette forme d’implantation permet à la banque-mère de mener des études
approfondies sur le pays visé et de développer des relations d’affaires avec les clients locaux.
Cependant, la petite taille de ce bureau ne lui permet pas de traiter beaucoup d’affaires et
limite rapidement la clientèle potentielle de la banque dans le pays considéré.
Stratégie de marché
Apparue au XXème siècle, cette stratégie est connue, aussi, sous le nom de « stratégie
horizontale ». La stratégie de marché vise à reproduire intégralement (pour le marché local via
l’implantation de filiales relais) une gamme des produits et services de la maison mère. Elle
concerne, des pays dont le niveau de développement est équivalent (flux d’investissement de
type Nord-Nord croisés et intra-branches). Dans ce cas, les BMN à stratégie de marché offrent
les mêmes services dans plusieurs pays, l’objectif étant de suivre et/ou conquérir de nouveaux
clients et parts de marchés.
Stratégie globale
Les stratégies globales ont été adoptées à la fin des années quatre-vingt par un nombre
croissant de multinationales. Globale parce que les BMN intègrent dans leurs stratégies
l’ensemble des paramètres de localisation. Elles ont une vision plus mondiale, globalisant leur
stratégie à l’échelle de la planète. Aujourd'hui, c’est la stratégie qui tend à prédominer le plus.
Stratégie techno-financière
Dans cette perspective, les établissements bancaires ont pour principale préoccupation de
profiter des caractéristiques économiques (du pays d’accueil) mais surtout réglementaires afin
d’optimiser leur profit. En conséquence, la stratégie d’internationalisation est essentiellement
tournée vers les pays considérés comme des paradis fiscaux. Cette stratégie est suivie plus ou
moins par l’ensemble des établissements bancaires. En effet, l’immense majorité (voire la
totalité) des grandes banques possèdent des implantations off-shore. Les firmes achetées ne
produisent plus le même produit que la maison-mère et peuvent se trouver dans d’autres
secteurs d’activités.
Il n'existe pas de définition universellement admise de la place financière off-shore (PFO),
Toutefois, on s'accorde à considérer que l’off-shore est une opération triangulaire entre
prêteurs et emprunteurs tous les deux non résidents. Après avoir revu l’ensemble
des stratégies d’internationalisation des banques multinationales, nous allons maintenant
nous intéresser au processus de
l’internationalisation puis sur les activités des banques
multinationales.
I.4. Le processus d’internationalisation
En général, les auteurs se sont mis d’accord sur un processus d’internationalisation composé de
trois phases distinctes :
La première phase (phase d’apprentissage)
Au début de leur internationalisation, les banques sont obligées de faire face aux barrières
d’entrée sur un marché étranger et de supporter différents coûts d’installation. Il peut s’agir
des coûts de connaissances du nouveau marché. Connaissances générales liées
aux caractéristiques des clients internationaux et connaissances spécifiques aux particularités
du marché local (tel que : l’apprentissage de la culture, des habitudes de la société et
de l’environnement économique).
La deuxième phase
Dans cette phase, l’ensemble des bénéfices réalisés par la banque dépassent largement les
coûts dus à leur internationalisation. Dans cette phase, la banque continue son
internationalisation en accumulant de plus en plus d’expériences qui permettent de réaliser
des bénéfices d’internationalisation tels que : les économies d’échelle, l’exploitation et le
développement des ressources. D’un autre coté, tous les coûts fixes et les charges générales
liées aux opérations de filiales peuvent à ce stade être divisés dans un nombre plus grand de
pays grâce à une présence plus large et plus profonde sur les marchés. Même si les coûts
initiaux sont plus grands que les premiers bénéfices, ils ne sont pas pour autant trop élevés
dans la mesure où la banque décide tout de même de s’installer à l’étranger.
La troisième phase
Il est déconseillé pour la banque d’atteindre cette phase qui correspond aux forts degrés
d’internationalisation pendant lesquels, la performance de la banque diminue. Lorsque le
réseau international des filiales devient de plus en plus extensif et intensif, les coûts de
coordination managériale, de gouvernance et de transaction internationale peuvent à nouveau
dépasser tous les bénéfices de la diversification. En conséquence, la pente de la courbe
redevient négative. Les banques multinationales par leur grande taille et leur
longue expérience- offrent une multitude de produits et services bancaire internationaux.
II. Les déterminants de l’internationalisation des banques multinationales
Quand est-ce-que certaines banques décident-elles de s'implanter à l'étranger ? C’est à cette
question que cette section est consacrée. Les réponses apportées sont sous formes de théories
de l’internationalisation, qui sont aujourd’hui, largement acceptées et utilisées par
les économistes.
II. 1 La théorie de l’avantage spécifique
La première réponse est donnée par la théorie de l'avantage spécifique, développée par Hymer
en 1970 et est reprise ensuite par d’autres auteurs.
Cette théorie permet de mettre en évidence les conditions nécessaires à une
multinationalisation réussie. Elle explique que dès lors qu’une firme possède un avantage
"spécifique" (qui lui est propre) et transférable, elle peut surmonter les multiples coûts
d’implantation et réussir sa localisation étrangère.
o L’apport de Hymer (1970)
Au départ, Hymer indique que les firmes étrangères sont désavantageuses par rapport aux
firmes nationales. Cela peut se manifester à plusieurs niveaux à savoir les
barrières économiques et juridiques, goûts et demandes des consommateurs différents,
possibilités de discrimination à l'égard des firmes étrangères,...
Barney (1991) a développé une vision sur les stratégies basées sur les ressources (resource-
based strategy). Il stipule que la possession, par une firme, d’un avantage est
nécessaire mais non pas suffisante pour être concurrentiel, sauf si elle détient les quatre
conditions suivantes :
1. Avoir une forte valeur ajoutée ;
2. Etre rare ;
3. Non imitable ;
4. Non substituable.
Cela veut dire, selon l’auteur, que parmi l’ensemble des avantages, seul quelques un sont
considérés comme stratégiques.
o L’apport de Kindleberger (1969)
En général, il existe deux sources principales d’imperfection des marchés des pays d’accueil.
Les barrières d’entrée naturelle, telles que la langue. Ainsi que les barrières créées par
l’homme intentionnellement afin de décourager les nouveaux entrants (tel que : les politiques
protectionnistes). Une firme ne peut, donc, raisonnablement opter pour une
stratégie multinationale que si elle détient des avantages spécifiques qui lui permettent de
surpasser les coûts générés par le marché. En d’autres termes, l’existence d’avantages
spécifiques et la recherche de leur utilisation optimale expliquent l’engagement des firmes
à l’international (Prim et Usunier, 2012).
II.2. Le paradigme de Dunning : la théorie éclectique
L'une des premières tentatives de recensement des diverses combinaisons d'avantages qui
conduisent une firme à s'implanter à l'étranger et, donc, à choisir une nation particulière
comme lieu d'implantation est l'œuvre de Dunning (1981 ; 1988 ; 1995 ; 1998 ; 2000) connue
sous le nom de la théorie éclectique. Cette théorie, connue également sous le nom de «
paradigme OLI », consiste à combiner les différents éléments que peuvent constituer divers
avantages (géographiques, technologiques et organisationnels) pour fonder le choix de la
multinationalisation, en intégrant le pays, l’industrie et la firme. Ce paradigme est présenté
sous forme de synthèse qui établit un cadre théorique général pour comprendre
les phénomènes d'internationalisation des firmes. Cela, en s'appuyant sur trois
ensembles théoriques.
Le premier est la « Location approach », il s’explique en fonction des caractéristiques et des
avantages qu’offrent les pays. Le deuxième, l’«Industrial organization », affirme que c’est la
recherche de positions oligopolistiques ou monopolistiques qui motive les firmes à devenir
multinationales. La dernière théorie, l’ «Internalization approach», démontre que
les entreprises ont intérêt à opter pour l’internalisation comme mode d’organisation de
leur production pour éviter les coûts de transactions élevés du marché.
Application du modèle OLI aux banques multinationales
Parmi les auteurs qui ont essayé d’appliquer le modèle OLI au secteur bancaire, on retrouve
Gray & Gray (1981). Ces deux derniers ont étudié les motivations qui poussent une banque à
entrer sur un marché étranger en s'insérant dans le cadre du modèle de Dunning. D’abord, ils
avancent l’hypothèse de l’existence des trois avantages « OLI ». Ils laissent les facteurs
spécifiques à la firme de côté sans les modifier et se concentrent sur la spécificité du I et
du L dans le secteur bancaire.
Pour les avantages d'internalisation I, Gray et Gray (1981) ont présenté plusieurs spécificités.
D'abord, ils avancent que les banques multinationales tirent profit de l’internalisation par sa
grande potentialité de différenciation des produits. Cependant, La différenciation des produits
dans le secteur bancaire reste faible à cause de la facilité d’imitation par la concurrence
internationale et locale. Deuxièmement, ils stipulent que l’internalisation permet un plus
grand accès aux capitaux pour les BMN contrairement aux banques non multinationales.
Toutefois, l’avantage d’accès aux capitaux peut être acquis par toutes les BMN et non pas par
une seule d’entre-elles. Ce qui rend l’ampleur de cet avantage limitée. Troisièmement et selon
Gray et Gray (1981), l’aspect primordial dans la décision d'internationalisation des banques
est : l'exploitation de la connaissance.
Chapitre 4: Attractivité des pays d’accueil des Banques Multinationales
Dans le chapitre précédente, nous avons vu qu’une banque multinationale ne pouvait réussir
une implantation à l’étranger que si elle possédait et exploitait avec succès un avantage
spécifique. Mais où la banque va-t-elle décider de s’implanter ? Dans quel pays, quelle
région ? Et enfin, quel mode d’entrée va-t-elle adopter ? Cette section est consacrée à
l’étude des choix de localisations des BMN en tenant compte de l’attractivité des pays
d’accueil au regard de l’IDE étranger l’attractivité est la capacité pour un territoire d’offrir aux
investisseurs des conditions d’accueil suffisamment intéressantes pour les inciter à y localiser
leurs projets de préférence à un autre territoire ».
En effet, on peut dire que pour figurer dans la liste des pays attractifs des IDE, les pays
d’accueil doivent réunir plusieurs critères
I. Les déterminant de l’attractivité
La stabilité macroéconomique a un impact décisif sur la localisation des BMN. Elle indique un
environnement favorable aux affaires, limitant les risques et augmentant la rentabilité des
investissements. Elle renvoie à plusieurs caractéristiques économiques :
o La taille du marché domestique
La taille du marché du pays d’accueil (appréhendée, notamment, par le PIB nominal et le PIB
par habitant) et son éventuelle croissance mesurée (par le taux d’évolution du PIB) sont les
facteurs explicatifs les plus importants et les plus répandus des déterminants des IDE.
Dans les pays en développement, lorsqu’un marché est de taille considérable et possède des
perspectives de croissance, cela est perçu par les BMN comme un avantage à long terme. Au
contraire, une faible croissance ou décroissance de l’investissement intérieur est perçue
comme une évaluation indirecte des entreprises locales, de l’état et du climat
de l’investissement d’un pays.
o Le taux d’inflation et risque de change
Le terme inflation signifie la dépréciation de l’argent ou une hausse du niveau général des
prix. Le maintien d’une faible inflation est un objectif important des gouvernements et des
banques centrales, en raison des effets économiques positifs. En cas de forte inflation, la
confiance de la population dans sa propre devise peut s’affaiblir et il peut devenir moins
intéressant pour les investisseurs étrangers d’investir dans le pays en question.
Une inflation importante va aussi à l’encontre de la croissance économique. Si l’inflation est
trop forte, la banque centrale d’un pays intervient souvent (par sa politique monétaire) en
augmentant ses taux d’intérêts et en décourageant ainsi la création d’argent. Pareillement, la
stabilité du taux de change représente un déterminant important de l’implantation d’une
banque. En effet, la stabilité du taux de change permet aux investisseurs de faire des
anticipations plus sûres en éliminant les incertitudes lors de leurs échanges avec l’extérieur.
o Développement du secteur bancaire et financier
Plusieurs études ont été menées sur le lien entre le développement du secteur bancaire du pays
d’accueil et la décision d’une banque de s’installer à l’étranger. Le choix des BMN est lié à la
taille du secteur bancaire du pays hôte. Elles sont intéressées davantage (dans les années
1990) par les pays où les pratiques bancaires étaient bien développées.
o Les conditions politiques et règlementaires
Les variations dans les conditions politiques et règlementaires régissant l’investissement
direct étranger, dans les pays d’accueil, placent les BMN dans des situations d’incertitudes.
Le cas contraire représente une forme de garantie pour les banquiers. En effet, le contexte
institutionnel peut améliorer le climat des affaires et le potentiel d’attractivité d’un territoire
en agissant comme un facteur de facilitation de l’investissement (en diminuant l’incertitude et
les coûts non prévisibles qui lui sont associés pour les investisseurs étrangers). Il s’agit des
différentes dimensions de l’instabilité et du risque politique, de la corruption et de la qualité
des systèmes juridiques et judiciaires mais également de
l’environnement administratif et bureaucratique (Alaya et al., 2007).
o Le risque politique, juridique et le risque pays
La stabilité politique est un élément de taille dans le processus du choix d’un
pays d’implantation. le risque politique : « réside à la fois dans les actions du gouvernement
d’un
pays hôte, susceptibles d’être défavorable aux entreprises étrangères implantées dans les
pays. Une banque étrangère qui envisage de s’implanter sur un marché étranger le fera
d’autant plus volontiers que ce marché est important. Il lui sera en effet plus facile de
bénéficier ainsi d’économies d’échelle et, par conséquent, d’amortir les coûts
fixes d’implantation.
o La transparence
La transparence représente : « la disponibilité d’informations permettant aux investisseurs de
bien évaluer les risques et les rendements de leurs placements dans un pays ». Selon le
rapport de l’OCDE (2002) sur la transparence, il existerait certains seuils de transparence en
dessous desquels les conditions d’exploitation des firmes deviennent si difficiles
que pratiquement aucun investisseur ne souhaite entrer sur le marché (quelles que soient les
incitations qui puissent leur être offertes).
o La réglementation fiscale
La politique fiscale et son administration sont des piliers du système
législatif et règlementaire. Elle est importante pour les investisseurs domestiques comme
internationaux (Stone, 2008). L’un des points faibles des pays en développement réside dans
la législation qui reste souvent ambiguë aux yeux des investisseurs étrangers. Il appartient,
donc, à l’Etat d’instaurer une réglementation moins défaillante. D’après les investisseurs,
les incitations fiscales ne figurent jamais parmi les trois principaux facteurs motivant
leurs décisions d’investissement en Afrique occidentale et centrale.
o Autres critères
Les aspects culturel et géographique sont un facteur secondaire, et peuvent parfois être
importants dans un choix d’implantation.
-Les contraintes linguistiques et culturelles
-Les infrastructures de base
Les pays d’accueil qui bénéficient d’une infrastructure de transport et d’une présence
d’équipements et de réseaux de télécommunication modernes sont privilégiés.
II. LES FORMES D’IMPLANTATION DES BANQUES MULTINATIONALES.
Pour Nekhili et Karyotis (2008), ces formes d’implantation peuvent être regroupées en deux
grands groupes :
II. 1. Les formes d’implantation juridiquement autonomes de la banque-mère
La banque affiliée et la filiale sont les deux types d’implantation autonome d’une banque-
mère.
La banque affiliée
Elle est un établissement avec une dénomination locale dans lequel la banque-mère détient
une participation inférieure à 50%. Cette participation financière au capital peut être réalisée de
trois façons (Boubacar, 2008) :
1. Par l'ouverture du capital social de la banque-mère en prenant de nouvelles parts dans le
capital de la banque affiliée ;
2. Par le rachat des titres détenus par d'autres actionnaires tout en maintenant intact son
capital social ;
3. Par l’engagement dans de nouvelles activités dans le pays d'accueil et l'invitation d'autres
établissements bancaires (pouvant être eux-mêmes étrangers) à la joindre. Elle se contente
ainsi d'une participation minoritaire dans la nouvelle banque. C'est une forme d'implantation à
l'étranger dans laquelle la maison-mère est en partenariat avec d'autres parties. Juridiquement,
la banque affiliée est régie par la loi locale et exerce ses activités en conformité avec cette
législation. Elle a le gros avantage d’offrir une image de marque « nationale » à la clientèle du
pays considéré.
Deux inconvénients à cette formule (Marois, 1979) : ce sont, d’une part, les possibilités de
conflits entre la direction locale et la direction de la banque-mère ; et d’autre part, les autorités
locales voient d’un mauvais œil le rachat de certaines banques locales par des banques
étrangères.
La filiale
La filiale bancaire est une entité localement constituée en société par actions et légalement
séparée de la banque-mère qui y détient plus de 50 % du capital. La filiale est donc une
société de nationalité locale, juridiquement indépendante de la banque-mère et contrôlée
majoritairement par celle-ci. Le choix d’une telle implantation est lié au désir d’intégrer de
manière importante le marché bancaire local.
La filiale bancaire peut être créée de trois façons (Boubacar, 2008) : la création d'une banque
ex nihilo (à partir de rien), le rachat d'une banque existante ou la création d'une banque en
partenariat avec d'autres banques.
II.2. Les formes d’implantation juridiquement dépendantes de la banque-mère
La succursale et le bureau de représentation sont les deux types d’implantation dépendant de la
banque-mère.
La succursale
La succursale n’est pas une banque autonome, elle reste dépendante de la banque-mère qui
détient 100% du capital et est installée à l’étranger avec le propre nom de celle-ci. Cette forme
d’implantation n’est pas évidente et comporte de nombreux inconvénients. Les démarches
administratives sont conséquentes et l’entité est soumise à une contrainte de
demande d’autorisation du gouvernement local (Troudart, 2010). En plus, avec l’absence d'un
réseau
d'agence, la création d'une succursale devient plus coûteuse que l'acquisition d'une banque
locale (dans le cas d'une filiale).
Néanmoins, cette forme d’implantation a aussi des avantages:
- Un contrôle maximum sur la gestion de l’établissement à l’étranger ;
- Une sécurité accrue pour les déposants et autres clients ; dans la mesure où, tout le poids de
la banque-mère sert en quelque sorte de garantie aux activités de l’agence ;
- Une possibilité de mobiliser des fonds plus importants en faveur des emprunteurs locaux,
grâce aux disponibilités de la banque-mère, dans lesquelles la succursale peut puiser.
II. 3 Le choix du mode d’implantation
La question du choix des modes d’implantation a été traitée par plusieurs auteurs. La plupart
de ces derniers insistent sur la nécessité de prendre en compte les caractéristiques du pays
d’accueil. Ils démontrent ainsi qu’il faut prendre en considération les différences
de réglementation, les règles fiscales, les risques macroéconomique et politique, et enfin l’état
de développement du marché bancaire du pays d’accueil.
[Link] compétitifs des Banques Multinationales
Les banques étrangères doivent s’attendre à une réaction offensive de la part des banques
locales. Ces dernières possèdent plusieurs avantages. D’abord, elles sont localisées dans
plusieurs régions du pays (à travers leurs agences commerciales) et jouissent -de ce fait- de
l’avantage de proximité. A long terme, cette relation de proximité peut rendre le choix de
changement de la banque très difficile par un client devenu fidèle. De plus, avoir des clients
fidèles procure aux banques locales l’avantage de l’information (information sur les clients
potentiels, solvables…). Les banques locales peuvent, également, être des banques publiques
(surtout dans les pays en transition) ayant le monopole du marché (financement des marchés
publics, virement des salaires des fonctionnaires ou des entreprises publiques…
etc.). Toutefois, ces avantages ne sont pas une condition suffisante à l’existence d’un
pouvoir de marché durable pour les banques locales. Les clients bancaires n’ont pas,
seulement, besoin que la banque soit prête de chez eux ou quelle soit publique pour lui
faire confiance et lui rester fidèle. Plusieurs autres déterminants entrent dans le choix des
clients dont le plus important est la qualité du service.
L’avantage compétitif (appelé aussi avantage concurrentiel ou facteur clé du succès) est un
avantage temporaire ou durable qui peut être défini comme un ensemble d’attributs ou de
caractéristiques qui donnent à la banque une supériorité sur ses concurrents. En d’autres
termes, l’avantage concurrentiel est tout ce qui permet à une organisation de surpasser la
concurrence. En effet, toute banque doit tenter d’acquérir une position de force qui lui permet
de se démarquer de ses concurrents. Ainsi, il s’agit d’acquérir une position exceptionnelle
grâce à une particularité qui lui donne supériorité sur toute autre banque.
De plus, le fait d'être en tête dans la compétition (leader) permet à cette banque de bénéficier
d'un gain de situation : ses bénéfices sont supérieurs à ceux des autres banques. A quoi
ressemblent, donc, ces éléments distinctifs ?
• A une particularité du produit ;
• A une nouvelle méthode de vente ;
• A un savoir faire particulier bien maîtrisé dans la banque ;
• A un brevet donnant l'exclusivité sur l'utilisation d'une technique particulière ;
• A une nouvelle forme d’organisation et de management ;
• A une marque connue et inspirant confiance ;
• A un accès privilégié à un réseau de distribution particulièrement efficace ;
• A une politique de prix avantageuse… etc.
On remarque, d’après ces exemples, qu’il existe deux types d’avantages concurrentiels :
performances de la banque) qui permet d’obtenir des coûts plus petits en comparaison
avec les concurrents. Cet avantage peut être obtenu comme un résultat d’une
gestion efficiente des ressources (humaines, matérielles, financières… etc.) utilisées dans le
processus de fabrication des produits ou prestation de services.
ou prestation de services qui créent la valeur pour les clients en comparaison avec les
concurrents. Cet avantage est externe lorsqu'il s'appuie sur des qualités distinctives du produit.
Il permet à la banque d’offrir des produits diversifiés de qualité supérieure. Aussi, il donne
à la banque un pouvoir de marché et lui permet, même, d’exiger des prix de vente plus
onéreux.
Pour nous résumer, l’internationalisation bancaire a pour principal but de générer une
rentabilité plus élevée pour la banque à travers son avantage compétitif. Selon les auteurs
défenseurs de la diversité géographique, la banque qui opte pour une internationalisation peut
bénéficier de plusieurs avantages :
croissance ;
Cependant l’obtention d’un ou de plusieurs de ces profits et de ces avantages n’est pas
toujours aisée et garantie. L’installation d’une banque dans un autre pays
demande, également, de supporter de nombreux risques (risques liés à l’entrée sur un nouveau
marché : risques financiers, risques commerciaux…) et de nombreux coûts (coûts
initiaux ou de connaissance, coût d’investissements, coûts non récupérables…).
De plus, la banque étrangère doit faire face à une concurrence locale intense par les banques
publiques et les banques privées. Ces dernières sont en avance par rapport aux banques
étrangères sur le niveau de la connaissance du marché et des clients.
Toutefois, les nouvelles banques installées peuvent, toujours, attirer des clients et saisir des
parts de marché ; si elles développent un avantage concurrentiel (surtout en ce qui concerne la
qualité d’offre des services bancaires).
Conclusion générale
Le présent cours organisé en deux parties s’est employé à la présentation de la bancarisation et
de l’internationalisation bancaire. Chaque partie est organisée en deux chapitres. Dans la
première partie, nous avons présenté les généralités sur la bancarisation d’une part, les
éléments de mesure et les facteurs d’extension de la bancarisation d’autre part. Dans la
deuxième partie, nous avons abordé en premier lieu les démarches de l’internationalisation
bancaire et en second lieu l’attractivité des pays d'accueil et l’avantages compétitifs des
Banques Multinationales. Il en ressort que dans la plupart des pays en développement, le
système bancaire occupe une place prépondérante dans le financement de l’économie et
constitue de ce fait, l’élément essentiel dans le système financier des pays. Les banques
multinationales apparaissent dans cette situation comme étant des vecteurs de transfert de
richesse et de connaissance d'un pays à un autre et comme un stimulant de la croissance dans
les pays d'accueil. Autrefois, la présence des banques étrangères dans les pays
en développement était vue du mauvais œil parce qu’elle était considérée comme une forme de
domination étrangère sur leur économie. Aujourd'hui, plusieurs de ces pays en développement
sont conscients de l’intérêt des banques multinationales et se sont lancés dans
une concurrence en vue d'attirer le plus de banques étrangères et de bénéficier de leurs
avantages. En effet, les groupes bancaires internationaux peuvent procurer plusieurs avantages.
D’abord, ils augmentent les capitaux disponibles dans les pays d’accueil et incitent la
concurrence sur le marché intérieur. Aussi, ils servent, de canal au transfert
des technologies, des compétences, des capacités d’innovation et des pratiques
d’organisation et de gestion. Étant donné le rôle que les banques étrangères peuvent jouer
pour accélérer la croissance et la transformation économiques, il serait de bon ton que les
autorités monétaires et les Etats améliorent le climat des affaires, facilitent la migration du
secteur informel vers le secteur formel et procèdent à l’éducation financière de la
population. Ce qui devrait in fine réduire l’exclusion financière tout en améliorer le taux de
bancarisation.
secteur bancaire algérien ?