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Histoire politique du Congo-Brazzaville

Ce document décrit le contexte géopolitique de la République du Congo, notamment sa situation géographique par rapport à l'Afrique et aux autres territoires de l'ancienne AEF. Il analyse également les divisions internes du pays sur les plans ethnique, démographique et économique.

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Histoire politique du Congo-Brazzaville

Ce document décrit le contexte géopolitique de la République du Congo, notamment sa situation géographique par rapport à l'Afrique et aux autres territoires de l'ancienne AEF. Il analyse également les divisions internes du pays sur les plans ethnique, démographique et économique.

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HISTOIRE ET SOCIOLOGIE POLITIQUES


DE LA RÉPUBLIQUE DU CONGO
(BRAZZAVILLE)
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BIBLIOTHÈQUE CONSTITUTIONNELLE ET DE SCIENCE POLITIQUE


sous la direction de
GEORGES BURDEAU
- Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiquesde Paris
TOME III

HISTOIRE ETSOCO
I LOGE
I POLITIQUES
DELARÉPUBLQIUEDUCONGO
(BRAZZAVILLE)

PAR

JEAN-MICHEL WAGRET
Docteur en Science Politique
Breveté de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-mer

Ouvrage honoré d'une subvention


du Ministère de l'Éducation Nationale

P A R ! S
LIBRAIRIE GÉNÉRALE DE DROIT ET DE JURISPRUDENCE
� R. PICHON ET R. DURAND-AUZIAS
20, Rue Soufflot, 20

1963
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Dans la même collection :

TOME I. —AMPHOUX (Jean) : Le Chancelier fédéral dans le régime constitu-


tionnel de la république fédérale d'allemagne.
TOME II. —FERRETJANS (Jean-Pierre) : Essai sur la notion de propriété sociale.
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INTRODUCTION

I. — Le cadre géopolitique du Congo.


Le territoire de la jeune République du Congo se présente gros-
sièrement comme une longue bande de terrain de forme coudée, à
cheval sur l'équateur et longeant sur sa rive droite l'axe fluvial Congo-
Oubangui. Ce territoire couvre, nous enseignent les manuels de géo-
graphie, 342.000 km2, soit les quatre cinquièmes de la France.
Par rapport à l'ensemble africain, le Congo se situe à la pointe Sud
de l'ancienne fédération d'A.E.F. Il est délimité à l'Ouest par la mer,
sur laquelle il bénéficie d'une ouverture de quelques 100 kms et par
la République du Gabon,, au Nord par les républiques du Cameroun
et Centrafricaine, à l'Est et au Sud par son homonyme à l'histoire
récente et déjà combien troublée, la République du Congo (Léopold-
ville) et par l'enclave portugaise du Cabinda.
Nous attarder à définir la situation géographique du Congo dans
cette étude n'est pas inopportun ; le cadre géographique se présente
en effet comme la donnée première et fondamentale du contexte
politique (rappelons ici le mot de Michelet : «l'Angleterre est une
île... Vous en savez autant que moi sur son histoire »).
Géographiquement situé au cœur du continent africain, le Congo
apparaissait encore il y a quelques années isolé des grands courants
politiques qui agitent l'Afrique depuis la dernière guerre ; la situa-
tion géographique du Congo conditionnait son isolement politique.
PAR RAPPORT A L'ENSEMBLE AFRICAIN FRANÇAIS.
Par rapport au groupe des territoires francophones d'Afrique
noire, le Congo occupe une position nettement périphérique. Tous
les grands congrès politiques et syndicaux, qui se sont tenus nom-
breux en Afrique française pendant la decennie qui va de la Consti-
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tution de 1946 à la loi-cadre et pendant les trois années qui séparent


la loi-cadre de l'accession des Républiques membres de la Commu-
nauté à l'indépendance, ont élu leurs sièges dans les chefs-lieux ou
capitales d'Afrique occidentale.
Il faut attendre 1959 pour voir Brazzaville sortir de l'oubli et
héberger un grand congrès africain : la conférence des syndicats
chrétiens qui devait devenir le congrès constitutif de l'Union panafri-
caine des travailleurs croyants (ce choix s'explique par la vigueur du
syndicalisme chrétien en A.E.F. et particulièrement au Congo et par
la personnalité de GilbertCPongault, dirigeant brazzavillois de la cen-
trale C.A.T.C. et secrétaire général de la nouvelle Union panafricaine
des travailleurs croyants née au congrès de Brazzaville.
Un an plus tard, en décembre 1960. Brazzaville voit se réunir
les chefs d'Etat africains d'expression française.
Mais jusqu'à son indépendance le Congo n'a que très peu parti-
cipé aux travaux politiques poursuivis en Afrique française. Au con-
grès de Bamako (1957), qui constitue une grande date dans l'histoire
politique de l'Afrique, le Congo n'est représenté que par deux obser-
vateurs délégués par l'U.D.D.I.A. nouvelle section du R.D.A.
Si Opangault, leader socialiste congolais, devait suivre personnelle-
ment les travaux de la conférence de Conakry (janvier 1957) qui
décida la création du Mouvement Socialiste Africain, transformation
des anciennes sections territoriales S.F.I.O., par contre le Congo fut
totalement absent l'année suivante à Cotonou (juillet 1958) où fut
décidée la fusion du Mouvement Socialiste Africain et de la Conven-
tion Africaine et la création du P.R.A. (Parti du Regroupement Afri-
cain) . En fait cette fusion devait rester sans écho au Congo où la
Convention n'était d'ailleurs pas représentée et où le M.S.A. devait
poursuivre sa carrière désormais solitaire.
Si l'U.D.D.I.A., rivale du M.S.A. au Congo, est rattachée dès sa
naissance au R.D.A. dont il constitue la section locale, en fait, les
liens entre ce parti congolais et le Rassemblement restait des plus
vagues ; le jeune U.D.D.I.A. constitue bien un parti indépendant que
seules des raisons de prestige ont conduit à solliciter l'investiture du
R.D.A. ; Houphouët-Boigny devait si peu reconnaître le visage du
R.D.A. dans l'U.D.D.I.A. congolaise qu'il se décommanda successive-
ment quatre fois en 1958 et 1959 pour le premier congrès de
l'U.D.D.I.A., qui fut chaque fois remis.
PAR RAPPORT AUX TERRITOIRES ÉTRANGERS.
La carte nous montre que l'ancien Moyen-Congo n'avait de fron-
tières communes et de contact extérieur qu'avec le Congo (Léopold-
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ville) et le territoire portugais du Cabinda, enclave prolongeant vers


le Nord le territoire voisin de l'Angola «province » portugaise. Or,
aucun des deux territoires belge et portugais ne possédait de vie poli-
tique, même embryonnaire en 1958, date à laquelle la jeune Répu-
blique du Congo a déjà acquis l'autonomie la plus large au sein de la
Communauté française et où son évolution qui le conduira à la sou-
veraineté internationale est près d'être achevée.

MOtE
' NS DE COMMUNICATION
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Ce n'est pas de ses voisins que le Congo a pu recevoir une inspira-


tion politique : bien au contraire les liens entre l'U.D.D.I.A. et l'Abako
(parti de Kasavubu groupant les Kongo, ou Bakongo de la province
de Léopoldville) montreront que c'est de la rive française du Congo
que sont venus l'inspiration et le génie politique.
PAR RAPPORT AUXTERRITOIRES VOISINS DE LA ' NCIENNE A.E.F.
Au sein de l'ancienne fédération d'A.E.F. le Congo n'eut que peu
de contacts politiques avec les territoires voisins.
Economiquement, comme politiquement, l'A.E.F. n'a jamais été
qu'une création artificielle, que ne justifiaient que bien mal les com-
modités administratives.
Aussi dès la loi-cadre, chaque territoire prit son chemin sans souci
de la voie suivie par son voisin :
Le Tchad, géographiquement isolé, économiquement tourné vers
le Cameroun, et assez fortement islamisé se révéla jaloux de conser-
ver son particularisme.
Le Gabon, réputé territoire riche et peu soucieux (comme la Côte
d'Ivoire au sein de l'ancienne A.O.F.) de jouer les «vaches à lait » de
la fédération affirma d'emblée une volonté séparatiste dont il ne
devait plus se départir.
L'Oubangui sera le seul territoire dont la vie politique aura quel-
que influence sur celle du Congo, par l'existence d'une antenne du
M.E.S.A.N., Mouvement d'Emancipation Sociale d'Afrique Noire,
parti de Boganda, spécifiquement oubanguien au Congo ; en fait
cependant le M.E.S.A.N., allié du M.S.A., n'atteindra au Congo que
les originaires de l'Oubangui et les populations frontalières du dis-
trict de Do^gou ; on peut encore rappeler ici les velleités séparatistes
des régions du Nord, qui regarderont ou affecteront de regarder avec
le M.S.A. vers la République centrafricaine voisine.

La géographie intérieure du Congo nous intéresse également dans


la mesure où elle traduit l'absence d'unité du pays. La carte des
moyens de communication confirme clairement l'existence de deux
régions possédant leur réseau de communication autonome et tous
deux articulés sur Brazzaville.
Cette dualité (Nord et Sud) se retrouve sur le plan ethnique, les v
Kongos du Sud étant traditionnement hostiles aux Batèkes et aux
M'Bochis du Nord ; démographiquement le Sud relativement dense
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s'oppose au Nord en grande partie dépeuplé (à l'exception des rives


de l'Alima habitées par les prolifiques M'Bochis).
Sur le plan économique et social enfin le Sud a bénéficié de la
plus grande partie des crédits de développement attribué par le
F.I.D.E.S. au territoire et peut se vanter des plus belles réalisations :
chemin de fer Congo-Océan, port de Pointe-Noire, aérodrome de
Brazzaville, hôpital général de Brazzaville, tandis que le Nord a du
se contenter de la portion congrue ; les deux essais d'envergure tentés
dans le Nord : station rizicole de Botouali et ferme-pilote d'Inoni, se
sont soldés par des échecs. La réalisation du barrage du Kouilou
aggravera ce déséquilibre. Cette opposition du Nord et du Sud donne
tout son sens et sa valeur à la rivalité U.D.D.I.A./M.S.A. des années
1958-1959.
On peut reconnaître grossièrement cinq zones géographiques :
—la plaine côtière, mince bande de 50 kms de large, basse et
sablonneuse ;
—les plateaux du Mayombé de 500 à 800 mètres d'altitude, cou-
verts de forêts et pénétrés par les vallées du Kouilou-Niari et ses
affluents ;
—les plateaux (plateaux Babembé, plateaux Batéké), larges zones
recouvertes de dépôts gréseux, latéritiques et sablonneux d'origine
alluviale ; ils représentent la plus grande surface du pays en son
centre, la végétation y est courte (et quasi désertique sur les plateaux
Batéké), ailleurs c'est le domaine de la savanne et de la forêt-galerie ;
— les hauteurs du Nord-Ouest, dans les districts de Kellé, Souanké,
et la partie occidentale du district de Ouesso, plus élevées que les
plateaux centraux, ces hauteurs sont couvertes par la forêt équato-
riale ;
—la cuvette congolaise : complexe de savanne boisée maréca-
geuse et de terres périodiquement immergées, cette zone recouvre
la rive droite du Congo au Nord de M'Pouya.
Bien qu'à cheval sur l'équateur, le Congo possède un climat plus
tropical qu'équatorial, en raison du report au Nord de l'équateur ther-
mique ; presque partout on ne connaît que deux saisons, la saison
sèche et la saison des pluies ; la première d'avril à octobre.
II. —Organisation administrative.
La République du Congo est divisée en 12 préfectures et 33 sous-
préfectures, qui correspondent sensiblement aux anciennes régions et
districts.
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RÉPUBLIQUE DUGONCO
ORGANISATION ADMINISTRATIVE
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Le nombre des circonscriptions s'est multiplié depuis cinq ans,


afin de remédier à la sous-administration des populations ; dans cer-
taines régions isolées il n'était pas rare que des administrations dus-
sent pour recenser une fraction de population éloignée, s'absenter une
ou deux semaines ; parfois les recensements successifs restaient espa-
cés dans le temps de plusieurs dizaines d'années.
L'africanisation des cadres poursuivie de façon accélérée depuis la
loi-cadre a permis de fournir un nouvel état de jeunes administrateurs
africains formés par la vieille Ecole nationale de la France d'outre-
mer ; dès janvier 1959, sept chefs de district sur vingt-six étaient
africains ; le mouvement s'est poursuivi et la plupart des préfectures
et sous-préfectures sont aujourd'hui tenues en mains par des préfets
et sous-préfets congolais.
Cette africanisation accélérée ne fut d'ailleurs pas sans poser
parfois de graves problèmes jusqu'à ce que les passions tribales se
soient apaisées ; si le sous-préfet est nommé dans son pays d'origine,
il sera fêté mais prisonnier de son clan, il lui sera impossible d'être
sévère si le besoin s'en fait sentir ; et si le jeune administrateur doit
exercer son commandement dans une sous-préfecture d'une ethnie
différente de la sienne, il se heurtera peut-être à une sourde mal-
veillance des populations.
Pour faciliter le dialogue et la confiance mutuelle entre les popu-
lations administrées et les cadres administratifs (soit européens, soit
africains), furent institués, en août 1959, des « délégués du Premier
ministre » dans les différentes préfectures ; ces délégués, dépourvus
de tout rôle administratif, mais percevant une indemnité de
40.000 frs CFA par mois et pourvus d'un logement au chef-lieu de
la région, d'un véhicule avec chauffeur, ont pour mission de « suivre
l'évolution politique et sociale de certaines régions et de renseigner
le premier ministre sur les aspirations, les besoins et les réactions
des populations ».
Judiciairement, la République du Congo est partagée entre les
trois tribunaux de Pointe-Noire, Dolisie et Brazzaville et les quatre
justices de paix à compétence étendue de Djambala, Fort-Rousset,
Ouesso et Ipfondo. Le Congo possède actuellement sa propre Cour
d'appel ainsi que sa Cour de cassation et son Conseil d'Etat (sections
de la Cour Suprême).
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III. —Les données économiques.


1° Ressources et Production.
L'activité économique du Congo est essentiellement axée sur la
production agricole et forestière, alors que les productions minières
sont en régression constante et semblent actuellement arrêtées.

ECONOMIE DE LA RÉPUBLIQUE DU CONGO


Chiffres e n Milliards de FR CFA
Sources. Chiffres 7956 ¡'n Données de Base sur FEconomie du CONGO" couRC/ER 1959.
La venN/aHon des exportat/ons a été rnodjf/ée en fonction des résultats de 1959
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La répartition de la population active montre que si le secteur


agricole occupe les trois quarts de la population active, sa partici-
pation à la formation du produit national n'atteint pas la moitié,
ce qui dénote une assez faible productivité du travail agricole. La
production d'une journée de travail d'un paysan est évaluée à
160 frs CFA (1).
L'équipement économique du pays reste très rudimentaire.
M. Courcier (1) évalue l'ensemble de cet équipement, comprenant
les moyens de communication, les immeubles, le matériel et l'outillage,
à 125 milliards de frs CFA, soit 5 années de la production du pays,
ce qui est évidemment très faible.
2° Le Commerce extérieur.
La balance des comptes du Congo accuse un déficit permanent
comblé en large partie par l'aide économique et financière de la
France.
Pour 1959, les importations se sont élevées à Il milliards de frs
CFA (dont 60 % de biens de consommation) ; les exportations se sont
établies à 5,1 milliards de frs CFA dont près des 3/4 sont représentés
par des exportations de grumes. Les principaux clients du Congo sont
après la France : l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l'Afrique
du Nord et Israël.
30 Le Budget.
Le budget, pour 1962, s'équilibre en recettes et dépenses à la
somme de 7.232 millions de frs CFA, dans lesquels les différents
secteurs peuvent être ainsi ventilés :
—Dépenses sociales (santé, enseignement) .... 33 %
—Dépenses administratives .................. 34 0/0
—Aide à la production 18 %
— Equipement 2 0/0
—Divers .................................. 13 %
Les recettes sont assurées à concurrence de 18 % par les impôts
directs et de 66 % pour les impôts indirects.
La presque totalité des dépenses d'équipement est assurée hors
budget par l'aide française, par l'intermédiaire du Fonds d'Aide et
de Coopération (F.A.C.) ; cette aide s'élève, pour 1960, à 1,8 milliard
(1) COURCIER, Données de base sur l'économie du Congo. Multigraphié, Minis-
tère de la Coopération, Paris, 1959.
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de frs CFA, soit exactement la moitié du budget du Congo de la


même année.
Le Fonds Européen de Développement a décidé de financer cer-
tains projets d'équipement pour un montant total de 1.610 millions
de frs CFA.
40 Revenu national et revenu par tête.
Le produit national brut, calculé aux prix du marché pour l'année
1956 s'établit à 23,5 milliards de frs CFA, ce qui donne un revenu
par tête (sur la base d'une population de 750.000 âmes) de 30.000 frs
CFA ; ce chiffre correspond aux estimations courantes (2).
Cependant, deux corrections apparaissent nécessaires :
1° La consommation des ménages ne correspond pas au produit
national ; de ce dernier, il faut retrancher les dépenses des adminis-
trations et les investissements des entreprises ; le revenu consommé
par les ménages, pour 1956, est chiffré, par M. Courcier, à 19 milliards
de frs CFA.
2° Il importe, en second lieu, de ventiler dans la consommation
globale, la part revenant à la population européenne avant d'obtenir
le revenu par tête de la population africaine. Cette consommation
européenne peut être estimée à 3 milliards (les statistiques de l'Ins-
pection du Travail, rapport 1957, aboutissent à un chiffre de 2,7 mil-
liards représentant la masse des salaires distribués aux européens).
Le revenu annuel consommable de la population africaine s'établit
par tête à :

(2) Le Bulletin de l'Afrique Noire du 9-6-1959 donne un chiffre de


28.000 frs CFA.
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POPULATION ACTIVE

PRODUIT NATIONAL POPULATION ACTIVE


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LIVRE PREMIER

HISTOIRE POLITIQUE
DE LA RÉPUBLIQUE DU CONGO
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PREMIERE PARTIE

LE CONGO PRECOLONIAL
LA PENETRATION FRANÇAISE
ET LA COLONISATION
(1875-1930)
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CHAPITRE PREMIER

Le Congo précolonial.

Le Congo tire son nom du peuple Kongo qui a donné son nom
tant au fleuve qu'au pays qui borde ses rives ; l'histoire de ces
hommes avant la pénétration française ne nous est connue que de
façon fragmentaire.
I. — LES KONGO ET LE ROYAUME DE SAN SALVADOR.
Les Kongo proprement dits seraient d'origine berbère et vien-
draient du sud-est du Tchad qu'ils quittent vers le ve siècle de notre
ère ; après une lente migration à travers le Kassaï, qui dure plusieurs
siècles, ils s'installent vers le XIVe siècle au sud du fleuve Congo où
ils fondent un vaste empire s'étendant sur les deux rives du Congo
entre le Kwango, affluent de la rive droite du Congo et la mer. La
capitale de cet empire est San Salvador au nord de l'actuel Angola.
L'explorateur portuguais Diégo Cao entre en relations avec le roi
des Kongo ou Mani Kongo, qui envoie une délégation à la cour de
Jean II, roi du Portugal. Les Portuguais s'installent dans la capitale
du Mani Kongo ou roi des Kongo, qu'ils ont baptisé San Salvador et
y construisent des églises et des édifices en pierre, art encore ignoré
des Kongo ; ils introduisent le maïs et le manioc.
L'empire de San Salvador est alors divisé en plusieurs provinces,
correspondant aux différents sous-groupes ethniques formant les
Kongo.
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Mais un lent processus de désagrégation atteindra le royaume de


San Salvador dès le XVEsiècle ; les Portuguais désertent rapidement
San Salvador pour s'établir à Saint-Paul de Loanda et San Salvador
tombe en ruines ; le Mani Kongo voit échapper à son contrôle les
tribus vassales qui forment une multitude de chefferies ; le Mani
Kongo ne sera plus au milieu du XVIIE siècle qu'une petite chefferie '
parmi mille autres.
II. — LE ROYAUME DE LOANGO.
Autrefois, province du royaume de San Salvador, le Loango s'est
rapidement érigé en royaume vassal, puis seulement allié du Mani
Kongo. Lorsque les Portuguais arrivent sur cette côte, le royaume de
Loango s'est déjà affranchi de la tutelle du Mani Kongo. Le Ma Loango
tient sa capitale à Loango ; ses sujets sont les Fiotte ou Vili (groupés
aujourd'hui dans les districts de Pointe-Noire et de Madingo-Kayes)
et les tribus sœurs notamment les Bayombé, groupés dans la chefferie
vassale de Mayombé (district de M'Vouti).
L'étendue territoriale du royaume de Loango est assez diversement
appréciée, elle va de la frontière actuelle du Cabinda à la lagune
N'Gove, selon Soret ; pour Henri Labouret, le royaume s'étendait de
l'embouchure du Congo (ou Zaïre) au cap Lopez.
Le royaume de Loango se maintiendra jusqu'à la pénétration fran-
çaise. Il semble que la traite qui fut très active en cette partie de
l'Afrique ait longtemps soutenu la prospérité du royaume de Loango,
qui connaît une période d'essor au XVIIE siècle et étend ses frontières
au-delà du Mayombé à l'est, à l'Estuaire au nord et à l'embouchure
du Congo au sud.
La côte du royaume de Loango constituait un immense entrepôt
d'esclaves embarqués à partir de Fernand Vaz, Sette Kama, Loango,
Mayumba, Cabinda ; servant d'intermédiaires, les sujets du Ma Loango
ne souffrirent pas de la traite dont ils tirèrent le plus grand profit,
la marchandise venant très loin de l'intérieur, vraisemblablement
achetée aux Batéké.
Mais, dès le début du XIXE siècle et surtout après le Congrès de
Vienne, la surveillance des puissances européennes rend difficile le
trafic des esclaves. La France intervient activement dans cette région ;
une mission catholique française s'est installée à Loango en 1766. En
1839, Bouet-Willaumetz s'installera dans l'Estuaire.
La décadence du royaume de Loango se précipite et, en 1883,
le Ma Loango négociera avec le lieutenant Cordier la reconnaissance
de la souveraineté française sur son territoire.
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III. —LES SUNDI ET LES BATÉKÉ.


Le clan des Sundi ou Basundi, que l'on doit entendre comme
couvrant les tribus actuelles Basundi, Balali, Bacongo, et peut-être
Badondo et Babembé, échappent de leur côté dès le XVIe siècle à
l'obédience du Mani Loango pour former une chefferie vassale puis
indépendante. Ils remontent lentement vers le nord à partir du nord
de l'actuel Angola pour aboutir à leur actuelle aire de dispersion
sur la rive droite du Congo où ils se heurtent aux Batéké ou Anziki,
groupés sous l'autorité du Ma Koko. Les Batéké vaincus sont repous-
sés lentement vers le nord abandonnant aux mains des Basundi les
mines de cuivre de Mindouli.
Alors que les Sundi et les Vilis du royaume de Loango relèvent
du même groupe ethnique Kongo, les Batéké qui forment le royaume
d'Anziki, constituent un groupe totalement étranger ; leur origine
est mal connue ; sans doute formaient-ils un vaste empire occupant
les rives du Moyen et Bas-Congo avant l'arrivée des Kongo ; certains
auteurs voient dans le royaume d'Anziki une des multiples princi-
pautés vassales du Mani Kongo. Cette interprétation qui ne repose
que sur le seul souvenir qu'ont gardé les Kongo du temps où les
Anziki étaient sous leur domination est contestable dans un pays où
toute tribu se vante d'avoir réduit ses voisines en esclavage jusqu'à
l'arrivée des Blancs.
« Ton père était esclave du mien » est un propos particulièrement
répandu encore aujourd'hui en Afrique Centrale ; il est difficile de
lui attribuer une signification historique.
Vers la fin du XVIe siècle, les Batéké sont cependant effectivement
défait par les Basundi remontant vers le nord et sous leur poussée
le royaume Batéké, dont la capitale se tient à M'Bé au nord de
Brazzaville se rétrécit ; ce mouvement s'est d'ailleurs poursuivi depuis
la pacification française et les Balali qui, dans le clan Basundi, Balali,
Bacongo, occupent la région de Kinkala-Brazzaville et se trouvent en
contact avec les Batéké, alors que leur progression démographique
est supérieure à celle de ces derniers, continuent à absorber les villages
Batéké, repoussant vers le nord la limite d'influence de ces derniers.
L'histoire des populations du nord nous est moins bien connue.
La chronique garde le souvenir de l'arrivée récente sur le Bas-
Oubangui des Boubanguis, populations fluviales, venues de l'Oubangui
et de la boucle du Congo, qui correspondent aux actuelles tribus
Likouala et Likouba et peut-être M'Bochi, vers le début du XIXesiècle;
ces Boubangui se heurtent aux Batéké qui résistent à leur pression
et les défont. Les Boubangui s'installent dans la cuvette congolaise
et l'actuelle région de la Likouala Mossaka.
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LIBRAIRIE GÉNÉRALE
DE DROIT ET DE JURISPRUDENCE
PARIS -- 909
Dépôt légal : 3e Trimestre 1963

Printed in France

IMPRIMERIE R. VANÇON
77, rue du Cardinal-Lemoine
PARIS (5e)
N° 73 15-7-63
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