Tectonique et sismicité du Nord-Est tunisien
Tectonique et sismicité du Nord-Est tunisien
Résumé
Le recensement des différentes structures actives citées par la littérature dans la région du
Nord-Est de la Tunisie a mis en évidence les arguments morphologiques et les indices de
déformation qui attestent d’une activité tectonique très récente. La phase tectonique
compressive majeure post-villafranchienne, de direction NNW-SSE, est responsable de la
mise en place des reliefs récents au Nord-Est (exemple : pli d’Utique).
Des indices certains d’activité tectonique récente ont été découvert au niveau des failles
d’Utique, de Messeftine de Djebel Nahli et de Djebel Ammar. Ces indices permettent de
classer ces failles comme des sources sismogéniques à potentiel important.
L’étude pluridisciplinaire de la faille d’Utique (géologie de surface, géophysique,…), ainsi
que les données archéologiques ont permis d’affirmer que son activité la plus récente date
au plus de l’époque romaine (≈2000 ans B.P). Nous estimons la magnitude du séisme
d’Utique, mentionné par la littérature, à une magnitude de 6 sur l’échelle ouverte de
Richter et sa période de retour à 1300 ans. L’équilibrage de la coupe de la structure
d’Utique à permis d’estimer la quantité de raccourcissement post-Miocène supérieur
accomodée par la structure d’Utique à 275 mètres. En supposant que ce
raccourcissement a lieu depuis la phase compressive post-villafranchienne (1,8 Ma) ;
on propose une vitesse de raccourcissement d’environ ~0,15 mm/an.
Les caractéristiques topographique et lithologique de plusieurs régions de la ville de Tunis
sont très favorables aux effets de sites et au phénomène de liquéfaction. Pour faire face aux
risque du rejeu de la faille d’Utique, des précautions spéciales et des règles de construction
parasismique doivent être prises en comptes lors la réalisation de tous les ouvrages d’art
aux alentour de la source seismogénique d’Utique.
Abstract
The study of active structures mentioned in the literature in the region of the North-east of
Tunisia show the morphological evidence of deformation which attest to a very recent
tectonic activity. The late-villafranchian major compressive NNW-SSE tectonic phase is
responsible for the establishment of the recent reliefs in the North-east (example: Utique
fold).
3
Some indices of recent tectonic activity were discovered on active faults on the structures
of Utique, Messeftine, Djebel Nahli and Jebel Ammar. These indices allow classifying
these faults as sources with significant seismogenic potential.
Geologic, seismic, and neotectonic investigations in Utique fault area; as well as the
archaeological data shows that the most recent activity was during the Roman era (≈2000
years B.P). We attribute the magnitude of 6 to the destructive Utique earthquake,
Mentioned in the literature, and we evaluate its return period to 1300 years. Cross section
shows a total shortening of 275 m since the Upper Miocene. Compression may have begun
early in Pleistocene (1.8 My); this leads to a most likely value for shortening rate of 0,15
mm/yr.
The topographic and lithological characteristics of several regions of in Tunis City are very
propitious to the sites effects and to liquefaction phenomenon. This high seismic risk zone
deserves to be taken into account during the establishment of important regional
development programs and in the application of seismic building codes.
4
SOMMAIRE
INTRODUCTION ............................................................................................................. 7
5
B : Tectonqiue de la Région du Nord-Est de la Tunisie ................................................. 53
B-1 : Tectonique anté-néogène ................................................................................. 53
B-2 : Tectonique Néogène ........................................................................................ 56
B-3 : Tectonique Quaternaire .................................................................................... 56
Introduction.............................................................................................................. 5859
A : Les principaux séismes dans le Nord de la Tunisie (après JC) ............................. 5859
A-1 : Séisme historique d’Utique .......................................................................... 5859
A-2 : Séisme historique de Tunis .......................................................................... 5960
B : Sismicité instrumentale à effet de surface (depuis 1900 après JC) ...................... 5960
B-1 : Séisme du 1er décembre 1970 ....................................................................... 5960
B-2 : Séisme de Sidi Thabet (12/12/1970)............................................................. 6061
B-3 : Séisme de Ghar el Melh (9/04/1979) ............................................................ 6061
B-4 : Séisme de Chemtou (8/06/1985) .................................................................. 6162
C : Etude des Mécanismes aux foyers ....................................................................... 6263
C-1 : Le concept de mécanisme au foyer ............................................................... 6263
C-2 : Mécanismes aux foyers : champs de contraintes au Nord de la Tunisie ........ 6465
D : Aperçu sur les principales structures actives au NE de la Tunisie ........................ 7172
D-1 : Etat de connaissances des structures actives (exemples de littérature) .......... 7172
D-1-1 : L’accident NW du Djebel Nahli ............................................................ 7475
D-1-2 : La Faille d’El Alia ................................................................................ 7576
D-1-3 : Déformation tectonique Quaternaire récent de Ras Engla ...................... 7576
D-1-4 : La faille inverse d’El Fejja .................................................................... 7879
D-2 : Nouvelles observations de la Tectonique récente au Nord-Est de la Tunisie . 8081
D-2-1 : La faille active de Djebel Ammar .......................................................... 8081
D-2-3 : Tectonique Post-Tyrrhénienne affectant la falaise tyrrhénienne de Sounine
............................................................................................................................. 8889
D-3-2 : Tectonique Post-Tyrrhénienne affectant la Plage d’Errimel .................. 9091
D-4 : Anticlinal de Messeftine .............................................................................. 9293
D-4-1 : Géologie ............................................................................................... 9293
D-4-2 : La faille de Messeftine .......................................................................... 9495
6
D-4-3 : Indices de tectonique actives ................................................................. 9596
a/ indice de Oued El Meleh ............................................................................ 9596
b/ indice de Djebel El Assafir ........................................................................ 9596
c/ indice de la Ferme Lebray .......................................................................... 9798
D-4-4 : Cartographie du Quaternaire sur le versant Ouest de l’anticlinal ............ 9798
7
D-1 : Effet de site ................................................................................................. 154153
D-1-2 : Susceptibilité à la liquéfaction et profondeur de la ligne piézométrique :
..................................................................................................................... 158157
D-1-3 : Effets de site dus aux caractéristiques mécaniques des formations
superficielles et de la géométrie des interfaces entre les formations géologiques:
..................................................................................................................... 161160
D-2 : Récurence de la faille active d’Utique ......................................................... 163162
8
Liste des Figures
2
Figure 59: Extrait de la carte topographique (1/25000 ; équid. 5m) qui montre la structure
d'Utique au milieu de la plaine d'El Mabtouha
Figure 60: Les étapes de comblement de l’ancien golfe d’Utique (Jauzein,1971)
Figure 61: MNT de l’anticlinal d’Utique et des profils topographiques transversaux à la
structure
Figure 62 : Modèle schématiques de (a) plis de décollement et (b) plis de propagation de faille
Figure 63: Coupe des formations quaternaires sur le versant Sud de l'anticlinal d'Utique.
Figure 64: Profil L1 (mission MA83) passant la structure d’Utique
Figure 65: Exemple d’équilibrage d’une coupe géologique
Figure 66: Interprétation du profil L1 et estimation du rejet de la faille d'Utique
Figure 67: Faille inverse qui affecte le Plio-quaternaire au niveau du versant Sud du pli
d'Utique
Figure 68: Failles normales associées au plissement quaternaire de la série plio-quaternaire au
niveau de la crête de l'anticlinal d'Utique
Figure 69: Diagramme Concordia pour la résolution des âges de manière graphique en
calculant les rapports isotopiques (Kaufman et al., 1971)
Figure 70: Poupées calcaires dans la formation du silt rouge du quaternaire au niveau du
piémont du versant Sud de l'anticlinal d'Utique
Figure 71: Stéréogramme (projection de Wulf) de l’orientation des concrétions calcaires à 2
endroits sur le flanc sud-est du pli.
Figure 72: Localisation des sites d'indices d'activité de la faille d'Utique (S1....S6).
Figure 73: Affleurement du plan de la faille d'Utique
Figure 74: Jeu inverse de la faille d'Utique: contact tectonique des grès Pliocènes sur les silts
brunâtres du Quaternaire
Figure 75: Coupe géologique qui montre le plan de la faille inverse d'Utique.
Figure 76: La pièce de poterie imbriquée dans la zone de broyage de la faille d'Utique
Figure 77: Vue des deux facettes de la pièce de tesson trouvée dans la zone de broyage de la
faille inverse d'Utique
Figure 78: Coupe qui montre la zone de passage de la faille d'Utique
Figure 79: Le plan de la faille d'Utique séparant les bancs de grès Pliocène et les silts
rougeâtres du Quaternaire
Figure 80: Contact anormal entre la croûte calcaire Quaternaire et les bancs gréseux du
Pliocène
Figure 81: Les fragments de poterie de l'époque Romain encaissés dans les silts brunâtres du
Pléistocène supérieur
Figure 82: Le pendage élevé du quaternaire observé sur le flanc Sud de l'anticlinal d'Utique
3
Figure 83: Illustration schématique de la faille inverse d'Utique
Figure 84: Cartographie des facies Quaternaire sur le flanc Sud de l’anticlinal d’Utique
Figure 85: Caractérisation des sources seismogénique et propagations des ondes sismiques
Figure 86: Caractéristiques des différentes méthodes utilisées en sismotectonique (Philip et al.,
2007)
Figure 87: Etapes des évaluations de l'aléa sismique par l’approche probabilistique
Figure 88: Loi de récurrence de Gutenberg-Richter pour les séismes de magnitude supérieure
ou égale à 2
Figure 89: Loi d'atténuation, applicable pour le nord-est de la Tunisie, calculée pour des
profondeurs différentes de l’hypocentre (Z=2, Z=5, Z=10, Z=15)
Figure 90: Cartes d'iso-accélération maximale du sol (Peak Ground Acceleration) pour
une période retour de 100ans (A) et de 475 ans (B) (Kacem, 2004)
Figure 91: Carte des affleurements du grand Tunis et ses environs
Figure 92: Carte piézométrique de la nappe d'eau au niveau de la ville de Tunis (El May et al.,
2009)
Figure 93: Relation entre la distance épicentrale limite des sites où la liquéfaction a été
observée, et la magnitude des séismes superficiels
Figure 94: Effet du "Fault-Slip-Rate" et de la magnitude du séisme sur la période du retour
4
AVANT PROPOS
5
Mes gratifications s’adressent en particulier à Mohamed KHOUATMIA pour m’avoir
aidé à réaliser les analyses isotopiques au sein des laboratoires du CNSTN.
Je remercie énormément ma femme pour son soutien, ses sacrifices et ses motivations
incessantes. Je tiens à exprimer mes sentiments de gratitude à mes enfants pour avoir
supporté mon indisponibilité durant la période de thèse.
Enfin et bien sûr un grand merci à toute ma famille, mon père, ma mère, mes frères
et sœurs qui n’ont pas cessé de m’encourager tout au long de cette période.
6
INTRODUCTION
7
En Tunisie, la tectonique néogène est connue par une déformation compressive, dont
l’épisode le plus important, qualifié de phase atlasique, a eu lieu au Miocène supérieur.
Elle est responsable des plissements importants qui ont affecté l’ensemble du Nord de
la Tunisie et remis en mouvement le diapirisme triasique. Dans la région du Nord-est
de la Tunisie, le Néogène dans son ensemble est déformé en plis (anticlinal de
Messeftine, anticlinal d’Utique-Besbessia…).
Des études sismotectonique (Hfaiedh, 1983; Hfaiedh & Chadi, 1985; Ben Ayed, 1986;
Dlala, 1992; Gueddiche, 1992; Hfaiedh et al., 1992; Oueslati, 1993; Dlala & Rebai,
1994; Boutib et al., 1997; Kacem, 2004; Dlala & Kacem, 2008) montrent que la région
du Nord Est de la Tunisie est le siège d’activité tectonique récente. Cette tectonique est
également confirmée par plusieurs séismes (séisme de 1970 à Tunis, séisme de 1979 à
Ras Djebel).
Au niveau des régions intraplaque à faibles sismicité et taux de déformation lent,
l’identification des failles actives et leurs relations avec les séismes est un problème
majeur. En effet, la détermination des paramètres sismiques d’une faille (période de
retour des séismes de forte magnitude et l’évaluation de l’aléa sismique) ne peut
s’élaborer sans une analyse complète des déformations les plus récentes le long des
failles actives. Dans ce travail nous avons combinés les études en morohologie des
escarpements de faille, en géophysique, en datation et en investigation de terrain et de
tranchées, afin de
- montrer l’évidence des indices d’activité tectonique le long des failles
quaternaire.
- Quantifier la déformation au niveau des faille actives (exemple d’étude : la faille
d’Utique)
- Estimer le potentiel seismogénique des failles active et les éventuels risques sur
son environnement.
Les données géologiques, géophysiques, sismologiques disponibles sur une région
permettent d’effectuer des études probabilistiques d’alea sismique (Youngs et
Coppersmith, 1986 ; Mc Guir, 1976). Dans ce travail, nous avons utilisé la méthode
probabilistique pour estimer l’aléa sismique aux alentours de la région d’Utique. Cette
méthode est fondée sur la détermination des lieux d’occurrence des séismes, leurs tailles et
leur taux de récurrence. Puis, en un site donné, l’aléa est calculé en sommant les
8
contributions de tous les scénarios possibles (toutes les combinaisons de magnitudes et de
distances). Donc, trois étapes sont nécessaires :
- Identifier les zones sources dans la région d’étude.
- Modéliser dans chaque zone source une courbe de récurrence à partir du catalogue de
sismicité.
- Choisir une relation d’atténuation du mouvement du sol adaptée à la région d’étude.
Cependant, des travaux récents (Newman et al., 2001 ; Cramer, 2001) soulignent les
difficultés liées à cette méthode, principalement dans les régions intraplaques. Elles
concernent le manque de précision sur la récurrence des séismes majeurs, et sur les
modèles de failles utilisées (interaction des failles ou non). Enfin, cette méthodologie est
fondée sur la stationnarité de la sismicité et ne prend pas en compte l’hypothèse d’un
séisme intraplaque dans une zone non identifiée par un séisme passé instrumental ou
historique. Dans ce cadre, la compréhension de l’occurrence des séismes intraplaques
prend tout son sens.
9
période historique sont rares et ne suffisent pas à étudier l’aspect paléosismologique de
la région et déterminer le risque sismique que présentent les structures actives au Nord
Est de la Tunisie. Pour ce faire nous allons explorer l’aspect géologique et
morphostructural des structures les plus récentes (les structures associés au
Quaternaire) pour mettre en évidence les indices de séismes anciens. Cette approche a
pour but de déterminer les structures sismiques et les caractériser en matière d’activité
sismotectonique.
Ce travail s’intègre dans le cadre de l’éclaircissement du contexte sismotectonique des
régions à haute importance socio-économique du pays. Ici on s’intéresse à la région
d’Utique situé au Nord du Grand Tunis. En effet, le premier objectif est d’enrichir le
schéma de la tectonique active dans la région de Tunis (Dlala & Kacem, 2008), et
d’apporter une nouvelle interprétation basée sur l’étude des paléoséismes en exploitant
les nouvelles méthodes de datations des évènements sismiques.
La deuxième partie s’intéresse à l’impact des paléoséismes sur la zone de grand Tunis
par l’étude du potentiel de quelques failles actives susceptibles d’être des sources
seismogénique importantes : dans ce travail, nous discuterons l’activité de la faille
d’Utique et de Messeftine qui pourraient être les sources seismogénique les plus
importantes dans la zone. Cette approche se base à la fois sur l’aspect morphostructural
pour déterminer la géométrie des structures, la cinématique et la vitesse des failles
actives, et paléosismologique à fin de déduire les liens entre les séismes historiques et
les structures actives ainsi que l’estimation de la récurrence des séismes.
10
Figure 1: Carte de la Sismicité historique et instrumentale de la région d’étude
(« M » désigne la magnitude et « I » désigne l’Intensité)
11
CHAPITRE I
12
A : Tectonique et sismicité en Méditerranée
13
Dlala, 1995; Dlala & Kacem, 2008). Ainsi, dans l’Atlas tunisien, on observe des plis,
d’âge Plio-Quaternaire, résultant d’une direction de raccourcissement NW–SE.
Au nord de la Méditerranée plusieurs orogenèses sont liées à cette convergence : Les
Apennins, les Pyrénées, les Alpes et la Chaîne Ibérique (figure 2). Cette orogenèse
atlasique a été mise en place par le plan de subduction au niveau de la marge sud
européenne pendant l’Eocène-Oligocène. (Frizon De Lamotte et al., 2000;
Meulenkamp & Sissingh, 2003). Pendant cette période un nouveau bassin d’arrière arc
a été mis en place. Ce bassin qui constitue le Bassin Algéro-provençal actuel, a entrainé
avec lui des îlots détachés (AlKAPeca) de la plaque eurasiatique. Vers le Miocène
supérieur (début du Néogène) La fermeture océanique a entrainé la collision des blocs
ALKAPECA avec la plaque africaine (Tricart et al., 1994; Carminati et al., 1998;
Devoti et al., 2001; Mascle et al., 2001). Cette collision se poursuit jusqu’au
Quaternaire en entrainant la mise en place de la chaîne Atlasique par l’inversion des
principaux bassins sédimentaires nord africain (Figure 3 et 4). La vitesse de l’Afrique
vers le Nord a été estimée à 1 cm/an de l’Oligocène jusqu’au Miocène inférieur
(Carminati et al., 1998). Après la collision, au niveau de la marge tunisienne, le
mouvement de l’Afrique change de direction pour s’orienter vers le NW et ralentir pour
atteindre environ 0,6 cm/an (Carminati et al., 1998). Ce changement de trajectoire
depuis une translation vers une rotation a été mis en évidence au niveau du Golfe de
Cadiz à l’Est du détroit de Gibraltar sur la faille transformante qui délimite les plaques
Africaine et Ibérique (Jiménez et al., 1999).
Le résultat de cette convergence se matérialise par la mise en place de chaîne plissée
tout au long de l’Afrique du Nord : la Chaîne Atlasique.
14
15
Figure 2: cadre géodynamique de la méditerranée occidentale (Doglioni et al., 1999)
16
Figure 3: Reconstitution paléogéographique de l'extension d'arrière-arc au niveau de la Méditerranée Centrale (d'après (Facenna et al., 1997)
Figure 4 : Evolution de la marge nord africaine (Maury et al., 2000)
1: magmatisme calcoalcalin ; 2: matériaux crustaux déformés (échelle dilatée) ; 3: croûte
continentale européenne ; 4: croûte continentale kabyle ; 5: croûte continentale africaine ; 6:
manteau lithosphérique métasomatisé ; 7: manteau lithosphérique ; 8 : asthénosphère ; 9: flux
asthénosphérique.
17
A-2 : caractéristiques des Maghrébides
18
1/ Depuis le début du Cénozoïque jusqu’à l’Actuel, la déformation compressive est
dominante, et de direction NW-SE caractérisée par une distension locale au niveau des
structures distensives NW-SE(Dlala & Rebai, 1994; Chihi, 1995; Dlala, 1995).
2/ Pour d’autres auteurs ; elle est compressive depuis le Cénozoïque à l’actuel ; et
interrompu par des phases distensives (Bouaziz et al., 2002…)
Il existe deux phases de déformation majeure qui correspondent, à la Phase miocène
supérieur (Tortonien-Serravalien) et la Phase Villafranchienne, ou pour d’autres
auteurs, Post Villafranchienne. En effet, au Miocène supérieur, la phase de
compression du Tortonien inférieur est caractérisée par une direction de
raccourcissement orientée N120 à N140 et elle a engendré les plis « atlasiques » des
Atlas tunisiens central et septentrional et les plis en échelon de la Tunisie méridionale.
Lors de ce plissement, les accidents anciens proches de E-W et de N-S ont été réactivés
en décrochements N070 à N120 dextre et N140 à N-S sénestres (figure 6).
Figure 5: Les principaux domaines structuraux de l’Afrique du Nord (d’après De Lamotte et al., 2000)
19
Rôle des Maghrédides dans l’accommodation de la convergence Afrique-Eurasie:
20
21
Figure 6 : Coupes géologiques équilibrées montrant les déformations tectoniques dans le domaine atlasique tunisien. en haut à gauche : Coupes
schématiques simplifiées illustrant l’évolution des principaux niveaux de décollement et le rôle de l’héritage et la pré structuration tectonique
dans la déformation ; à droite : Carte de localisation de la coupe ;en bas : Coupe géologique Tabarka-Chott Fejaj montrant le rôle du Trias-Lias
dans le décollement et la dominance de la déformation pelliculaire dans l’avant-pays atlasique tunisien. (Ahmadi, 2006)
A-3 : tectonique récente et sismicité
Au niveau des régions Maghrébides, les déformations récentes et les zones tectoniques,
sont irrégulièrement distribuées. Elles sont concentrées essentiellement sur les chaînes
orogéniques Maghrébides (Atlas et Tell). L‘intensité de cette déformation récente
décroît considérablement en direction de l’Est. Cette déformation récente ne suit pas
toujours le style structural du socle (Skobelev et al., 1988; Trifonov, 2004). Plusieurs
types de structures actives caractérisent la déformation récente dans les régions
maghrébides. En effet, cette déformation récente se présente le plus souvent sous forme
de failles anciennes réactivées au Quaternaire. Ces failles sont généralement des failles
inverses accompagnées par des plissements de la couverture sédimentaire mésozoïque
et cénozoïque, et plongent généralement vers le Nord ou le NW. Ces failles sont
développées le long des flancs de jeunes anticlinaux, au cours du Pléistocène supérieur
et de l’Holocène. L’aspect structural des failles actives et des jeunes anticlinaux
indique une compression subhorizontale de direction NW-SE. Le taux de soulèvement
de ces jeunes anticlinaux dépasse la vitesse de déplacement des failles associées qui
varie entre 0,2 et 0,9 mm/an (Domzig et al., 2006).
22
comme repère). Hollenstein et al., (2003) ont étudié par GPS le mouvement des
plaques entre la Tunisie et l’Italie par rapport à l’Europe fixe (figure 7).
La majorité des stations indique des déplacements vers le Nord et vers l’Est. Des
stations sont proches de la Tunisie et l’encadrent au Nord et à l’Est. Les résultats de ces
stations sont présentés dans le tableau 1 :
Figure 7: Vitesses GPS mesurées par rapport à l'Eurasie. les flèches vertes représentent les mesures GPS
effectuées entre 1994 et 2001. les flèches bleus les mesures basées sur le GPS continue ; a) les stations IGS
(International Association of Geodesy) utilisées comme référence ((Hollenstein et al., 2003); modifié)
23
de l’île de Lampedusa, qui se trouve à l’Est de la Tunisie à 125 km de la côte orientale
tunisienne, montre que cette localité se déplace vers le NW (≈305°N) avec une vitesse
de ≈4,3 mm/an. La localité de Trapani (Nord-Ouest de la Sicile) qui se trouve à 160 km
au NE de la Tunisie se déplace vers le NW (≈315°N) avec une vitesse de ≈4,95 mm/an.
Une station GPS installé à Cagliari au sud de la Sardaigne, à 200 km du Nord de la
Tunisie indique que l’Ile de Sardaigne se déplace avec une vitesse de ≈0,9 mm/an vers
le WSW (≈264°N). Au niveau de l’île de Pantelleria qui se trouve à 70 km au Nord-Est
de la Tunisie le GPS continu montre que cette île se déplace vers le NW (≈320°) avec
une vitesse de ≈3,12 mm/an. D’autres études récentes ont été réalisées au niveau de la
Méditerranée Occidentale et centrale en utilisant le GPS continu pour estimer les
mouvements relatifs des plaques (Hollenstein et al., 2003). Ces résultats indiquent une
convergence de direction N45W +/-20° à la longitude de la Sicile, qui s’approche
progressivement vers une convergence E-W au niveau du Détroit du Gibraltar (figure
8). Les évaluations de taux de convergence sont entre 3 à 7 mm/an à la longitude de la
Sicile. Vers l’Ouest à la longitude du Détroit du Gibraltar le taux de convergence
décroit, et il est estimé de 2 à 5 mm/an.
Figure 8: Modèles de déplacement de l’Afrique par rapport à l’Eurasie (Nocquet & Calais, 2004).
24
et al., 1990) qui donnent une estimation de vitesses de convergence entre le nord de
l’Afrique et l’Eurasie proche de 7,3 mm/an, montrent une nette différence avec les
solutions géodésiques, qui donnent une moyenne de vitesse de convergence aux
alentours de 4mm/an selon une direction proche de NW-SE (figure 10). En effet, nous
remarquons que les solutions géodésiques indiquent clairement que le taux de
convergence entre l’Afrique et l’Europe Stable est plus lent que la prédiction des
modèles géologiques avec un facteur allant de 1,2 à 2. Cette différence est
probablement due aux lacunes de données et paramètres géologiques lors de
l’établissement des ces modèles géologiques.
25
méridionale résultent de l’accommodation de la convergence Afrique-Europe en
Méditerranée Occidentale.
Les données géodésiques et sismologiques suggèrent donc que la déformation résultant
de la convergence oblique Afrique-Eurasie est concentrée le long de l’Afrique du nord.
À l’Est de la longitude 2°W, la distribution spatiale de la sismicité montre que la
plupart des grands tremblements de terre sont concentrés autour d’une bande
relativement étroite le long de la côte Nord Africaine (figure 10). La convergence
oblique NW-SE entre l’Afrique et l’Eurasie en Méditerranée Occidentale est
compatible avec les mécanismes focaux des séismes qui montrent un mouvement en
faille inverse de direction NE-SW et de pendage généralement vers le NW combiné
avec un mouvement décrochant.
Figure 10: Carte de la cinématique des plaques africaine et eurasiatiques (Nocquet & Calais, 2004)
26
approximativement au pied de la pente du bassin profond au niveau de l’isobathe
2600m (Domzig et al., 2006).
Les valeurs de convergence estimées par les méthodes géodésiques(Nocquet & Calais,
2004), montrent une valeur moyenne de raccourcissement entre l’Afrique et l’Eurasie
de 5 mm/an. Cette valeur a été déduite à la longitude de la Sicile au NE de la Tunisie.
27
B : Tectonique récente et sismicité en Tunisie
En Tunisie, les déformations récentes d’âge quaternaire ont été signalées depuis le
début du XXème siècle; de nombreux auteurs (Vaufrey R, 1932; Laftine & Dupont,
1948; Castany, 1951) ont signalé l’importance de la tectonique compressive quaternaire
qu’ils considéraient comme responsable d’une orogenèse « post-villafranchienne ». Les
travaux ultérieurs confirmèrent l’existence de déformations dans le Quaternaire ancien
et récent (e.g. (Kamoun, 1981; Chihi, 1984; Dlala, 1984; Ben Ayed, 1986; Philip et al.,
1986).
De nombreux indices de déformation récente ont été mis en évidence à l’échelle de tout
le pays. On peut citer par exemple, la faille de Gafsa (Sud Ouest de la Tunisie) où les
dépôts d’âge Acheuléo-Moustérien sont plissés et tronqués tout le long de cet accident
actif (Vaufrey R, 1932; Zargouni & Ruhland, 1981; Dlala, 1992; Dlala & Hfaiedh,
1993; Dlala, 1995) ; la Tunisie centrale et dans le bassin du Sahel, des exemples de
déformation d’âge Pléistocène supérieur ont été décrits (Ben Ayed et al., 1978;
Kammoun, 1981; Dlala & Ben Ayed, 1988). De même, en Tunisie septentrionale, les
dépôts marins d’âge Tyrrhénien à Néotyrrhénien, qui affleurent dans les régions
côtières, sont souvent intensément déformés (Dlala, 1992; Dlala, 1995).
En Tunisie de nombreux indices de déformations très récentes ont été mis en évidence
à l’échelle de tout le pays. Ces indices de déformations récente se manifestent en
surface par :
- Des ruptures dans les formations les plus récentes, souvent au niveau des failles
préexistantes (réactivation de failles préexistantes).
- Des plis, ou torsion de couches qui affectent les niveaux géologiques superficiels, en
rapport avec les mouvements de failles dans la couverture sédimentaire ou dans le
socle.
- Soulèvement des terrasses, indiquant des mouvements verticaux ;
- Affaissement des bassins quaternaires ou escarpement des bordures des fossés
préexistants, indiquant aussi des mouvements verticaux ;
28
- Anomalies morphologiques, surtout celles qui modifient l’itinéraire d’un réseau
hydrographique.
- Sources hydrothermales qui traduisent les remontées d’eaux profondes
29
30
Figure 11: Séismicité du bassin de la Méditerranée (IPSN-BERSSIN)
L’observation du catalogue de la sismicité en Tunisie montre une sismicité caractérisée
par des magnitudes modérées. Toutefois, certains événements observés dans le
catalogue de la sismicité de la Tunisie sont considérés destructeurs, étant donné les
intensités (MSK) ou les magnitudes qui leurs ont été accordées.
Les enregistrements sismiques depuis l’installation du réseau sismologique national en
1976 jusqu’à 2005, et les données néotectoniques permettent d’identifier les principales
zones sismiques suivantes en Tunisie :
- le Nord Ouest du pays : la magnitude maximale observée a été de 5,7 et la
magnitude maximale probable serait de 6,5
- le nord et la région de Tunis : la magnitude maximale observée a été d 5.1 et la
magnitude maximale probable serait de 7.
- Le Sahel : la magnitude maximale observée a été en continent 4,6 et au large
5,1. La magnitude maximale probable serait de 6,5.
- La région de Gafsa : la magnitude maximale a été de 4,8. la magnitude probable
serait de 6,5.
Il est a noter que les magnitudes maximales probables pour toutes les régions du pays
ont été établies sur la base des investigations sismotectonique réalisées dans le cadre du
projet de cartographie quaternaire mené par l’Institut National de la Météorologie
(Arsovsky et al., 1991).
31
sismicité dépend de la densité de peuplement des régions, c’est ce qui explique que
Tunis (Carthage) et Kairouan présentent une sismicité historique relativement élevée
par rapport au reste des régions de la Tunisie.
Dans l’histoire récente (depuis le 19 ème siècle) la Tunisie, contrairement à ses voisins
Maghrébins (Maroc et Algérie), n’a pas connu de catastrophe sismique majeure. La
magnitude maximale observée a été de 5,7 lors du séisme de Bou Salem (haute vallée
de la Medjerda) en 1957. Les séismes ayant eu lieu en Tunisie, au cours de cette
période récente, ont en général laissé des dégâts matériels plus ou moins sévères allant
de fissures dans les bâtiments jusqu’à des dommages importants rendant certaines
constructions inutilisables. Cependant, en plus de ces dégâts matériels nous avons
enregistré des pertes de humaines à trois reprises (8 morts en 1887 à Jemmel ; 3 morts
en 1889 dans la région de Gafsa ; et 9 morts et 102 blessés en 1957 à Bou Salem). Le
tableau suivant (tableau 2) montre les principaux séismes destructeurs, dans un sens,
enregistré dans le territoire tunisien dont la magnitude est disponible dans le catalogue
de sismicité de l’INM.
32
Figure 12 : Carte de la Sismicité historique de la Tunisie (le Sud du pays ne montre pas de sismicité
historique ; données de l’INM)
33
B-2-2 : sismicité instrumentale
34
Figure 13: Configuration du réseau sismologique de la Tunisie
(donnée de l’Institut National de la Météorologie)
35
Figure 14: Carte de la sismicité instrumentale de la Tunisie
(données de l’Institut National de la Météorologie de 1975 à 2005)
36
Figure 15: Carte de Répartition des épicentres du Nord de la Tunisie (données
de l’Institut National de la Météorologie de 1975 à 2005)
Durant la période historique, des violents événements sismiques ont été signalés en
Tunisie. Ces événements sont d’une ampleur qui suggère des évènements sismiques
intenses dans le territoire tunisien.
D’autre part, rares sont les séismes tunisiens qui montrent de ruptures de surface qui
peuvent nous renseigner directement sur la cinématique des accidents actifs. Parmi ces
séismes on cite le séisme de Tunis de 1970 (données de l’INM), séisme de Ghardimaou
de 1985 (Gueddiche, 1992), séisme de Métlaoui de 1989 (Dlala & Hfaiedh, 1993).
Donc le recours au calcul des solutions focales de ces séismes est nécessaire pour avoir
une idée sur l’état de contraintes en profondeur et la cinématique des accidents actifs.
Cette répartition montre que la sismicité en Tunisie ne se concentre pas toujours autour
des alignements tectoniques actifs reconnus. Ceci serait expliqué par les erreurs de
localisation des épicentres et aussi par la nature des structures tectoniques qui peuvent
engendrer des tremblements de terre.
37
La caractérisation de cette sismicité consiste donc à analyser la déformation
néotectonique dans les structures relativement jeunes, c’est-à-dire celles formées après
la phase atlasique du miocène supérieur. Ceci nécessite donc à la fois des études
sismologiques mais également géologiques et géophysiques. Dans le cadre de ce
travail, nous allons discuter l’activité des importantes sources seismogénique du Nord-
Est de la Tunisie, et nous insisterons en particulier sur la faille d’Utique et son
implication sismotectonique.
38
CHAPITRE II
du Nord-Est de la Tunisie
39
A : Description lithostratigraphique
A-1 : Le Néogène
Le Miocène se présente comme un ensemble, souvent très épais (il atteint 2500m
d’épaisseur) formé par des termes argileux sablo-gréseux auquel s’ajoute du gypse. Ces
termes reposant en transgression sur les terrains précédents. Les intercalations
gypseuses au sein du Miocène supérieur constituent de véritables discontinuités
lithologiques qui permettent de subdiviser cette méga-séquence en 3 séquences d’ordre
inférieur :
une séquence continentale
une séquence intermédiaire de plate-forme interne
une séquence supérieure continentale
Le Miocène supérieur est constitué de couches bigarrés (formation Hakima ou
Mellaha), par les marnes grises de l’Oued El Melah, par la formation Kechabta, et est
recouverte par des facies de fin de cycle ou de régression : séries de l’Oued bel Khedim
(figure 16).
- Formation Hakima
Cette formation est caractérisée par une série bigarrée. Elle est formée par des sables,
grès, marnes, avec des intercalations de gypse vers le sommet de la série, et localement
40
des horizons de poudingues ou de brèches. Les éléments de ces niveaux sont grossiers
et appartiennent essentiellement à l’Eocène. La couleur est très variable (verdâtre,
blanc, rouge, bleu ou noir) d’où la nomination de série bigarrée. La proportion de
marnes s’accroît dans la partie supérieure de cet ensemble. On trouve aussi des passées
de grès jaune à « ripple marks ». Les microfaunes y sont toutes remaniées ; on trouve
d’abord celles de l’Eocène, ensuite celles du Crétacé au-dessus d’un horizon de marne
lie-de-vin qui apparaît au sommet de la formation.
La formation Hakima a une épaisseur de l’ordre de 500 mètres dans ce secteur ; la
teinte varicolore de cet ensemble détritique permet de l’individualiser sans difficulté du
reste de la série sus-jacente.
Au cœur du Djebel Messeftine on trouve des affleurements de la formation Hakima. En
effet, les couches bigarrées affleurent très largement dans les profonds ravins qui, de la
ferme Lebray au Sud, s’étendent dans tout le secteur du Djebel Melah jusqu’au Nord,
sur la pente Sud du Djebel Berna ; série très lagunaire, formée presque exclusivement
de marnes, parfois légèrement sableuses, rouges, grises ou noires avec beaucoup de
gypse et un peu de sel ; presque pas de grès francs.
Cette formation est attribuée au Serravalien (Burollet, 1951), et correspond à un
système côtier voire lagunaire, très peu profond affecté par des fluctuations importantes
de la ligne de rivage et déposé dans un contexte fortement subsident (El Euch, 2007).
Elle est composée surtout par des marnes et argilites grises qui se développent sur plus
de 500 mètres dans plusieurs localités du secteur d’étude. Les niveaux argileux de cette
formation contiennent du gypse en cristaux isolés ou en bancs. La série débute
localement par des marnes à lits de poudingues qui remanient essentiellement des
calcaires éocènes ; au sommet, elle admet des bancs de grès jaunes qui annoncent la
formation suivante à laquelle elle peut passer latéralement.
La microfaune dans cette formation est entièrement remaniée, riche vers la base et très
pauvre au sommet, elle provient du Campanien, du Paléocène, de l’Eocène supérieur et
de l’Oligocène inférieur. En plus des formes remaniées, la faune y est représentée par
41
des Ostracodes et Gastéropodes a test lisse et des Charophytes, indices de milieu
lacustre (Ammar, 1986).
Cette formation est attribuée au Tortonien inférieur ; et correspond à l’installation d’un
système transgressif de lagune ou de Sebkhas associé à un taux de subsidence
important (Dlala, 1994; Kacem, 2004; El Euch, 2007).
Formation Kechabta
42
supérieur. Elle correspond à une série Messinienne présentant à la base un intervalle
lagunaire suivi par un intervalle lacustre (El Euch, 2007). Les marnes et les calcaires de
cette formation marquent d’abord un retour à la sédimentation lagunaire fortement
influencée par la mer, suivie par des dépôts lacustres (Burrolet, 1951). La base de la
série est argileuse et elle contient des huîtres et des polypiers et admet de nombreux
bancs de gypse. Elle se développe dans ce secteur sur 150 mètres environ. Les faciès
lagunaires sont surmontés par des marnes noires et des niveaux de calcaires lacustres
blancs dont l’épaisseur est de l’ordre d’une centaine de mètres.
43
Figure 16: Log stratigraphique du puits Utique1 (Rapport ETAP)
44
A-1-2 : Pliocène
Formation Raf-Raf
Au niveau du Dj Merzaguine (Besbès et Lajmi, 1981), cet ensemble est formé par des
argiles gris-bleu à gris verdâtre, légèrement sableuse, débutant par un faciès de
transgression, souvent marqué par des conglomérats et passant à leur partie supérieure
aux grès jaune-ocre de Porto-Farina (figure 17).
Au niveau de djebel Messeftine les marnes de Raf-Raf affleurent largement. Elles sont
souvent épaisses (de 400m à l’Est à 650 m au Sud-ouest) et contiennent plusieurs bancs
de grès (3 sur la pente ouest du djebel Krerba et à l’Est du douar Messeftine).
Au niveau du plissement d’Utique –Besbessia, les affleurements des marnes de Raf-
Raf sont rares. Elles affleurent par endroits à la faveur de l’érosion des ravins sous la
carapace des grès de porto-Farina
Formation Porto-Farina
45
(Burrolet, 1951), ont montré que ces grès sont quartzeux à ciment calcaire, à nombreux
tests de lamellibranches ou plus rarement de gastéropodes et de très rares foraminifères
(figure 17).
Figure 17: Corrélation entre les forages pétroliers disponibles dans la région d’étude
46
A-2 : Le Quaternaire
Les dépôts attribués au Quaternaire ancien, occupent, principalement, les piémonts des
grands reliefs de bordures montagneuses. Ils sont constitués, généralement, de
formations détritiques avec des alternances de bancs de conglomérats plus ou moins
grossiers qui se distinguent par leur couleur rouge.
Le Villafranchien inférieur débute par des calcaires lacustres, des encroûtements
calcaires ou gypseux de nappe massifs et des brèches ou poudingues rosés surmontés
d’un sol rouge ou châtain-rouge (Nord tunisien) correspondant à la première phase
lagunaire à Cardium du Chott Djérid et à de petits lacs échelonnés dans les bassins du
Nord du pays. La faune à éléphant a donc pu vivre dans un environnement de type
savane. Cette faune s’est poursuivi, en déclinant, jusqu’à la fin de l’épisode qui a connu
la mise en place de sols calcimorphes localement intercalés de conglomérats provenant
du démantèlement des grands massifs mis en place au Pliocène. L’apparition du
Villafranchien supérieur traduit un changement par le développement d’un
environnement de steppe identifié, dans les plaines, par l’évolution de sols châtains.
Fournet (1971) a étudié le villafranchien situé sur la rive nord du Lac Ichkeul. Sa base
est représentée par des argiles brunes attribuées au Pliocène. Un conglomérat de galets
de calcaires cristallin vert ou noir plus au moins métamorphisés, épais de quelques
trente centimètres, les sépare d’une série argilo-sableuse d’à peu près 50 mètres
d’épaisseur qui leur succède. C’est dans les sables et graviers consolidés jaune-rouille
qui en forme la base que se situe un gisement de mammifères. Cette série est intercalée
de bancs d’argile dont les deux premiers ont fourni une flore riche et abondante, ainsi
que de rares mollusques d’eau douce. La suite de la série est essentiellement argileuse,
avec intercalation de quelques bancs de grès. (Fournet, 1971)
47
(Burollet, 1951) a montré que le Pléistocène inférieur est formé de limons et de sables
continentaux, des argiles et des sables rubéfiés, ensuite on trouve des argilites, et des
silts rouges avec de petites « poupées calcaires » blanches qui sont des bioturbations.
Il est constitué de deux parties principales : la base est formée de limons et de sables
continentaux alors que le sommet est constitué par des argiles et des limons rouges
avec souvent de petites « poupées » blanches, parfois amalgamées en « croutes ».
L’épaisseur de ces couches peut atteindre les 100 mètres en particulier autour de
Kechabta à l’Est de la route de Bizerte (Burrolet, 1951).
Nous avons levé une coupe géologique au niveau d’un vallon situé à quelques
centaines de mètres à l’Ouest de la ville d’Utique (figure 18). La base de la coupe est
dominée par les grès du Pliocène qui forment le cœur de l’anticlinal, et affleurent par
endroit au bas du relief. Les grès sont surmontés par une couche silteuse de couleur
verdâtre et à concrétion calcaire. Cette couche est attribuée au Pléistocène moyen.
Ensuite on rencontre une couche de limons rouges à abondance de concrétions
calcaires et qui montre des passages conglomératiques grossiers empruntés aux grès
pliocènes. A la fin de la coupe on rencontre une couche argilo-sableuse riche en Hélix,
de couleur rouge et d’âge attribué au quaternaire récent.
Au Djebel Menzel-Besbessia à Bir El Fejja, une coupe levée par Oueslati (1994), au
niveau d’une carrière (figure 19), montre une succession qui peut être subdivisée en
trois parties principales.
La partie inférieure est dominée par un matériel argilo-sableux de couleur variant entre
le rose, le beige et le vert pâle. Son sommet est caractérisé par d’importantes
concentrations calcaires reposant directement sur des argiles brunes caillouteuses.
Deux autres horizons d’enrichissement en calcaire existent encore plus bas et sont
développés sur des lits d’argiles rouges à verdâtre compactes.
La partie moyenne est aussi à dominance argilo-sableuse de couleur rose pâle, elle se
distingue toutefois par le fait qu’elle emballe plusieurs cailloux et blocs empruntés aux
grès pliocènes. A son sommet apparaît un encroutement pulvérulent ou à structure plus
ou moins feuilletée.
48
De même la partie supérieure est argilo-sableuse, mais de couleur rouge vif. A côté de
nombreuses concrétions calcaires, elle renferme des passées caillouteuses. Une croûte
calcaire scelle sa surface.
Les dépôts marins et éoliens du Quaternaire supérieur sont rencontrés sur les bordures
du Lac de Ichkeul et de Bizerte. Paskoff et Sanlaville (1983) ont choisi Ras el Korane
pour effectuer une coupe synthétique du Pléistocène supérieur, en effet, dans cette
coupe on distingue de bas en haut :
- Une plage de galets à macrofaune et Mélobésiées qui repose sur un substratum gréso-
marneux ;
- Des grès marins coquilliers grossiers riches en faunes ;
- Des marnes sableuses gris-vert à faune lagunaire ;
- Des grès coquilliers dunaires, passant latéralement à des grès de faciès marin attesté
par la macrofaune (Cette séquence est rapportée, selon (Oueslati, 1993), à la formation
Régiche qui correspond au Tyrrhénien et plus précisément à l’Eutyrrhénien) ;
- Une plage riche en macrofaune et en galets mal émoussés souvent lithophagé ( selon
Oueslati (Oueslati, 1993), Cette plage, est attribuée à la formation Chebba datée du
Néotyrrhénien).
- Des dépôts colluvial sablo-limoneux, rouge à jaunâtre.
- Des dépôts marins (Cérithium, Nassa) à lagunaires (Bittium, Théricium) passant
latéralement à des grès dunaires coquilliers à Hélix.
Ces dépôts sont rattachés à la formation Cap Blanc datée Wurmien.
- Des sables gris à gris-noir contenant des coquilles de Gastéropodes terrestre.
- Des sables quartzeux rouge-jaunâtre meubles.
- Des sables quartzeux actuels de couleur claire
49
Figure 18: Coupe à Djebel Menzel Ghoul au niveau de flanc Sud de l'anticlinal d'Utique,
50
A-2-4 : Le Tyrrhénien
51
Figure 20: les différentes subdivisions du Tyrrhénien en Tunisie (d’après Mahmoudi, 1998)
A-2-5 :L’Holocène
52
B : Tectonique de la Région du Nord-Est de la Tunisie
une carte isochrone du toit du Trias a été élaborée par Kacem (Kacem, 2004) en
compilant les données des profils sismiques et des puits pétroliers disponibles dans la
région (figure 21). Sur cette carte qui met en évidence la tectonique post-triasique, nous
remarquons que la disposition des structures hautes, des structures basses et les
directions des failles et des linéaments majeurs, plaident en faveur d’une tectonique
décrochante distensive. En effet, la carte montre un réseau de failles normales orientées
principalement NNE-SSW, NE-SW et E-W. ces failles délimitent plusieurs structures
en horsts et grabens.
Au Paléocène, les structures préexistantes : les failles, les structures hautes et basses
rattachées à la période Jurassique – Crétacé, persistent encore. Elles ont été réactivées
par un régime distensif à décrochant distensif, ceci est montré par les variations
importantes d’épaisseur qui se répartissent selon une disposition géométrique bien
guidée par les accidents majeurs les plus importants de la zone (figure 22).
53
54
Figure 21: Carte d'isochrone du toit du Trias (Equi. = 100 ms) (Kacem, 2004)
55
Figure 22: Carte d'isochrone du toit du Crétacé-Jurassique (Equi. = 100 ms) (Kacem, 2004)
B-2 : Tectonique Néogène
Dans la région du Nord-Est de la Tunisie, le Néogène dans son ensemble est déformé
en plis de grande amplitude dont la direction des axes varie du N-S à E-W.
La tectonique néogène est connue en Tunisie par une succession de déformations en
compression, dont la plus importante, qualifiée de phase atlasique, a eu lieu au
Miocène supérieur. Elle est responsable des plissements importants qui ont affecté
l’ensemble du Nord de la Tunisie et remis en mouvement le diapirisme triasique
(Perthuisot, 1978).
Au Miocène inférieur à moyen une subduction de la plaque Africaine sous la plaque
eurasiatique s’effectue au niveau de l’Afrique du Nord – Sicile (Reuther & Eisbacher,
1985; Bousquet & Philip, 1986; Oldow et al., 1990; Roure et al., 1990). Ce régime
compressif se traduit par la mise en place des nappes de charriages, au même moment
que l’ouverture du bassin marginal Algérien. A la même période s’ouvraient les fossés
d’effondrement d’avant-pays de la chaîne alpine en Tunisie et en Mer Pélagienne, en
régime décrochant distensif.
Au cours de la phase Miocène supérieur, les failles E-W à N120 sont réactivées en
décrochement à composante normale en associant souvent des plis en échelon ou
d’entrainement surtout en Tunisie centrale ou méridionale (Zargouni & Ruhland, 1981;
Boukadi, 1994; Chihi, 1995; Dlala, 1995; Zouari, 1995)
56
- L’existence de déformations affectant les dépôts tyrrhéniennes et les alluvions
récentes (Ben Ayed, 1980; Dlala, 1992; Dlala, 1995; Kacem, 2004) ;
- Le rejeu du décrochement de Skanes-Khniss, près de Monastir, décalant une
mosaïque romaine du II’ siècle après J.-C. (Kamoun et al., 1980) est un témoin de la
persistance de cette déformation compressive;
- Des études de mécanismes au foyer de plusieurs séismes récents survenus en Tunisie
septentrionale.
Cependant, l’observation de déformations extensives en quelques localité en Tunisie
témoigne de variations locales dans le champ de contraintes pendant cette période
(Dlala & Ben Ayed, 1988; Dlala & Rebai, 1994; Dlala, 1995).
57
Introduction
58
(Reyners, 1951; Jauzein, 1967); Jauzein, 1967). La ville d’Utique a connu un séisme
historique, particulièrement destructeur vers 412 après JC (Sieberg, 1932; Vogt, 1993).
En se reportant aux données de la littérature, des fissures dans le sol sont apparues suite
à ce séisme qui a été suivi par plusieurs répliques pendant une semaine.
Un violent tremblement de terre a secoué la ville de Tunis en l’an 857 (Sieberg, 1932;
Hfaiedh & Chadi, 1985; Vogt, 1993). L’intensité de ce séisme a été estimée de VIII
(Vogt, 1993). Les données de la littérature indiquent un millier de victimes sous les
déblais des bâtiments détruits, et des dégâts considérables dans le bâti de la ville de
Tunis.
Sur la route principale de Chaouat (GP7, km 27) : les poutres en béton d’un petit pont
qui porte la route sont affectées par des failles décrochantes inverses de direction N100
à 110. Le rejet horizontal de ces failles peut atteindre 5 cm tandis que le rejet vertical
est de quelques millimètres (Girardin et al., 1977; Hfaiedh et al., 1985; Ben Ayed,
1986).
59
direction de compression est proche des solutions focales proposées pour ce séisme
(Girardin et al., 1977; Hatzfeld, 1978; Hfaiedh, 1983; Hfaiedh et al., 1985).
Ce séisme de magnitude 5,7 a été le plus fort dans la région du Grand Tunis depuis au
moins l’installation du réseau sismologique de la Tunisie. Ce séisme a provoqué des
phénomènes de liquéfaction qui ont été observé dans la localité de Sidi Thabet au Nord
de Tunis (figure 24).
Figure 24: Cratère de sable observé à Sidi Thabet après le Séisme du 12/12/1970
(donnée l’Institut National de la Météorologie)
Ce séisme de magnitude 5,1 est situé à l’extrême nord-est dans la région de Ras Djebel
– Raf Raf (lat : 37,18°N ; long : 10,11°E). Ce séisme n’a pas fait de victimes, mais il a
causé des dégâts matériels. Une fissure d’une trentaine de mètres de direction voisine
d’E-W, a été repérée par les pêcheurs du vieux port Turc de Ghar el Melh (figure 25)
60
sur le quai du port. Cette fissure a affecté les pavements du quai, faits de blocs de grés
noyés dans un ciment de chaux.
Des observations d’effets de surface ont été décrites par Ben Ayed (1986) et qui n’ont
pas été confirmé par d’autres sources d’informations. En effet cet auteur a signalé qu’à
50m au Sud du port Turc, des fissures provoquées par ce séisme ont permis à l’eau de
la nappe phréatique de jaillir au milieu de la lagune, lors du séisme. Il a signalé aussi
que des glissements de terrain ont été observés sur les deux flancs de Djebel Ennadour
et Eddmina, de même que des chutes sporadiques de blocs de pierres sur les pentes
fortes du flanc Sud du Djebel Ennadour(Ben Ayed, 1986).
61
centimétrique à décamétrique, et des petites fentes orientées N080E à N120E (figure
26). Les fissures N010W qui sont disposées en échelon montrent un jeu senestre. Ce
séisme correspond probablement à la réactivation de la faille profonde de Hairech qui
met en contact anormal, les calcaires métamorphiques avec les formations gréso-
pelitiques de Hairech (Gueddiche, 1992).
La détermination des mécanismes aux foyers se base sur le sens du premier mouvement
sur le sismogramme ; il s’agit soit d’une compression (le signal est dirigé du foyer vers
la station), soit d’une dilatation (le signal est dirigé de la station vers le foyer).
En général, pour la détermination des mécanismes aux foyers, on suppose que les
forces mises en jeu se ramènent à un double couple, d’où la division de l’espace en
62
quatre quadrants séparés par deux plans perpendiculaires (plans nodaux) dont l’un est
le plan de la faille, l’autre fictif est le plan auxiliaire. Les axes de pression et de tension
maximale sont alors situés dans les plans bissecteurs des plans nodaux.
Les premiers mouvements enregistrés autour de l’épicentre se partagent en 4 quadrants,
2 de dilatations, 2 de compressions, qui définissent 2 plans orthogonaux appelés plans
nodaux. Ce partage (existant également pour les ondes S) est tout à fait cohérent avec
le modèle du double couples de deux forces appliquées au foyer, soit une combinaison
de tension et de compression.
Si l’on considère que le mouvement se fait dans un milieu homogène et isotrope, on
peut alors calculer l’amplitude théorique des ondes P dans une direction par rapport au
plan de faille (Brune, 1976) :
A = (M*sin (2i)*cos (2j) / (4(pi)*d*V3*R)
A : l’amplitude des ondes de compression ; M : le moment des couples ;( R, i, j) : les
coordonnées sphériques de la station ; d : la densité du milieu, V : la vitesse des ondes
P.
Ces hypothèses étant admises, on détermine donc 2 plans nodaux perpendiculaires,
suivant lesquels l’énergie des ondes P est nulle : l’un de ces deux plans est le plan de la
faille. Les axes Pression et Tension, responsables du double couple, sont situés sur les
plans bissecteurs de ces 2 plans nodaux. L’axe P est situé dans le quadrant des
dilatations, l’axe T dans celui des compressions.
La figure 27 résume les conventions adoptées dans les représentations stéréographiques
des mécanismes au foyer. La position des sens de premier mouvement observé en
chaque station sur le diagramme dépend de l’azimut de la station par rapport à
l’épicentre et de l’angle d’incidence de l’onde sous la station. La représentation de ces
informations sur le sphère focale permet de déterminer la position des plans nodaux.
L’identification du plan de la faille et celui de l’auxiliaire reste une tache aussi
complexe à accomplir à partir des données des mécanismes aux foyers. La
détermination du plan de la faille se fait par une étude géologique ou à partir de la
localisation des épicentres des répliques pour un séisme de magnitudes importante.
63
Figure 27: Représentation stéréographique des mécanismes au foyer (pour les séismes proches, la projection
de Schmidt sur la demi-sphère inférieure est le plus couramment utilisée) et signification tectonique de ces
mécanismes. Axe de Pression: l'étoile noire; axe de Tension: l'étoile blanche; quadrant de compressions en
noir
Nous avons eu recours aux mécanismes au foyer de quelques séismes pour caractériser
le champ de contrainte actuel du Nord du pays. Nous avons fait une synthèse des
solutions focales reportées à la littérature additionnée de quelques mécanismes que
nous avons calculés en appliquant un algorithme automatique (Focal Mecanism ;
IISEE) (figure 28). La construction géométrique de la projection pour un mécanisme au
foyer et les calculs d’erreurs sur l’azimut, l’angle d’incidence et la profondeur ont été
traités en utilisant les données de l’INM (Institut National de Météorologie). Pour
effectuer ces mécanismes au foyer nous avons cherché les sismogrammes dans
l’archive du service de sismologie de l’Institut National de Météorologie, et nous avons
64
refait le dépouillement pour s’assurer du premier arriver de l’onde Pg et de la durée du
mouvement. Les plans nodaux sont représentés par une direction et un pendage, les
axes P et T par leur direction et leur angle de plongement.
Les axes de pression de la majorité des mécanismes aux foyers sont compatibles avec
la direction de la compression quaternaire qui est orientée NNW-SSE. Ces résultats
sont compatibles avec celles prouvés par les méthodes néotectoniques définies par
plusieurs auteurs (Philip & Meghraoui, 1983; Ben Ayed, 1986; Dlala & Rebai, 1994)
(Philip & Meghraoui, 1983; Phlip & Meghraoui, 1983; Ben Ayed, 1986; Dlala, 1994) ,
et les méthodes sismologiques obtenues par Hfaiedh (1983) et (Hatzfeld & Bensari,
1977; Hatzfeld, 1978).
65
Séisme du 1er décembre 1970 :
Le calcul du mécanisme au foyer du séisme de Djdeida-Chaouat (lat. : 36,9°N ; long :
9,95°E) dont les effets de surface sont décrit ci-dessus a été réalisé par plusieurs auteurs
(Girardin et al., 1977; Hfaiedh, 1983). Ce mécanisme a montré qu’il s’agit d’un
mécanisme d’une faille décrochante inverse. L’axe de pression maximale (P) est
orienté N178 avec un plongement de 11° vers le Sud (figure 29). Le plan de faille est
vraisemblablement orienté N40, compatible avec une direction NE-SW jouant en
sénestre.
Il est situé dans la région de Ghardimaou connue pour son activité séismique
importante, sa magnitude est 4,6 (échelle de Richter) (36,58°N ; 8,49°E) (figure 28). Il
présente un mécanisme de faille inverse (figure 29). L’axe P est orienté N138 avec un
66
plongement de 16°S. Le plan orienté N27 serait vraisemblablement le plan de la faille,
car il est compatible avec le linéament Ghardimaou-Cap Serrat qui a un jeu senestre
(Hfaiedh, 1983).
La solution focale de ce séisme dont la description des effets de surface ont été décrits
ci-dessus, montre qu’il présente un mécanisme en faille normale. L’axe T est N50
(figure 29). Le plan N125, compatible avec l’existence de l’accident de Metline jouant
en dextre, peut être choisi comme étant le plan de la faille. En effet, les séismes dans
cette région se localisent suivant une direction à peu près E-W.
67
Figure 30: Mécanismes au foyer des séismes du 19/02/1993 et 26/01/1995
68
Séisme du 12 aout 2001 :
La magnitude de ce séisme qui a touché la région de Kairouan (lat. : 35,95°N ; long. :
9.92°E ; heure d’origine : 14h19’ 30,3’’) a été estimée à 4,3. La solution focale de ce
séisme a montré qu’il s’agit d’un mécanisme en faille décrochante et que la direction
de l’axe P est de 291N (figure 31) (données du site [Link]
Ce séisme dont l’épicentre est au Nord de Kairouan (lat. : 36,01 ; long. : 10,01), de
magnitude 4,6 et de profondeur 15 km, a montré un mécanisme en faille inverse avec
un axe P orienté 270N (figure 32) (données du site [Link]
69
Figure 32: Mécanisme au foyer du séisme du 24/06/2002
Composite Medjerda-Utique :
Ce mécanisme a été élaboré par Hfaiedh (1983), il regroupe tous les séismes de la
région de Ddjeida, Utique et le delta de la Medjerda. C’est un mécanisme en faille
inverse avec une forte composante de cisaillement (figure 29). Cette solution, comparée
à celle du séisme du 1/12/1970 dans la même région, ne parait pas très différente. L’axe
de pression est N15.
70
D : Aperçu sur les principales structures actives au NE de la Tunisie
La région du Grand Tunis est limitée à l’Est par le golfe de Tunis, au Nord par
la basse plaine de la Medjerda, à l’Ouest par la longitude de Jedeida-Borj el Amri et au
Sud par la plaine d’Oued Chafrou. La ville de Tunis est encadrée à l’Est par le lac de
Tunis, au SW par le Sebkhat Essijoumi, au Nord par les collines de l’Ariana (Djebel
Nahli, Djebel Ammar), au sud par Djebel Sidi Bel Hassen et Djebel Kharrouba (figure
33).
Figure 33: Modèle numérique de terrain avec les principaux reliefs de Tunis et du NE du pays
71
de la Tunisie (l’axe N-S, la faille de Zaghouan, l’atlas septentrional et le Sahel). Cette
convergence des structures principales du pays se traduit par un découpage du socle de
la région de Tunis par des failles majeures orientées NE–SW, N–S et NW–SE (Boutib
et al., 1997). Dans ce réseau, trois accidents actifs, subparallèles et orientés N60
(accidents de Djebel Ammar, Mornaguia-Tunis et Mohamedia), sont impliqués dans la
tectonique mio-plio-quaternaire de cette région. Les principales failles de cette région
se trouvent au pied des reliefs (figure 34), comme les failles du Djebel Ammar ou celle
du Djebel Nahli (Kacem, 2004; Dlala & Kacem, 2008).
72
73
Figure 34: Carte sismotectonique: 1: Trias; 2:Mio-pliocène; 3: bassin numedien; 4: anticlinal; 5: synclinal; 6: décrochement; 7: faille
inverse; 8: failles confirmée par les données géophysiques; 9: indices de déformations récentes; Z: zonage sismotectonique(Z1, Z2 et
Z3); 10: sismicité instrumentale; 11: sismicité historique (Dlala & Kacem, 2008)
D-1-1 : L’accident NW du Djebel Nahli
Le Djebel Nahli est une structure anticlinale de direction N20. Sa structure est
compliquée par des petits sous-anticlinaux hectométriques à décamétriques.
Stratigraphiquement, cette structure englobe des faciès allant de l’Aptien au
Quaternaire (carte géologique de l’Ariana, 1971). Des accidents verticaux et
subverticaux découpent la série du Djebel Nahli ; un des accidents majeurs s’étend sur
une dizaine de kilomètres de direction N140 et de pendage 72NE (figure 35). Cet
accident décale la structure du Djebel Nahli en décrochement sénestre. Il affecte, à la
bifurcation de la route de Bizerte vers l’Ariana et Bardo. Les derniers encroûtements
calcaires et les silts rouges d’âges pléistocène supérieur.
74
Indices de néotectonique au niveau de Djebel Nahli
El alia est une ville montagneuse, située au Nord à 40 km de Tunis. Le secteur d’El
Alia-Metline montre un accident rectiligne de direction N40. Il est jalonné de Trias en
faisant un contact anormal entre le Cénomanien et l’Eocène. Il est long de 25km et
profond de 4 à 5km (Kacem, 2004). Cette faille NE-SW est réactivée au Quaternaire en
décrochement senestre, avec une composante inverse.
Pour Rouvier (1977) l’évolution de cet accident est polyphasée et il s’est intéressé
uniquement à la phase post-Miocène. En effet, avec le dépôt du Miocène laguno-
continental discordant, prend naissance une suite de déformations le plus souvent peu
accentuées, et qui ont pu évoluer en plis coffrés et en plis failles avec injection de Trias
(Rouvier, 1977). Cette suite de déformation tardives, qui affecte le Miocène discordant
s’est poursuivie jusqu’à l’époque actuelle puisque localement du tyrrhénien est affecté
de failles inverses (Paskoff & Sanlaville, 1983).
Les reliefs côtiers de Ras Engla sont séparés de la mer par une plate-forme d’abrasion
tyrrhénienne (Crampon, 1971; Miosec, 1977). Une étude antérieure (Oueslati, 1993) a
75
montré que cette plate-forme d’abrasion correspond à deux niveaux de plate-forme
étagées par une falaise morte.
Oueslati (1993) a mentionné que la plate-forme supérieure serait anté-tyrrhénienne, et
que celle inférieure est tyrrhénienne mais polygénique puisqu’elle porte deux
générations de dépôts marins fort probablement de l’Eutyrrhénien et du Néotyrrhénien.
En plus de ces dépôts marins, ces plates-formes portent différentes formations, liées à
des agents continentaux (ruissellement et vent).
à l’Est du phare de Ras Engla, les plages tyrrhéniennes ainsi que les dépôts
continentaux qui les séparent dessinent avec les séries du substratum triasique, un
anticlinal décamétrique déversé vers le Nord (Ben Ayed, 1993). A la charnière de ce
dernier, on remarque des fentes de tension et des microfailles normales d’extrados de
rejet décimétrique et de direction N80 à N100 sur le flanc Sud de ce pli une
discordance intra-tyrrhénienne existe, ce qui montre que le plissement est contemporain
de ces dépôts (figure 36).
Dans une falaise à environ 200 m à l’Est du Phare, une faille inverse de direction N70-
80 fait chevaucher les conglomérats de la plage néotyrrhénienne sur les dépôts
continentaux de la formation Aïn Oktor wurmienne (Ben Ayed, 1986; Oueslati, 1993;
Dlala, 1995).
A l’Est du phare et au droit d’un îlot on voit, dans la falaise, une faille inverse N100-
120 pentée de 70° vers le Sud. Elle fait reposer les dépôts tyrrhéniens sur une couche
d’âge historique. Ceux-ci sont formés de sables limoneux gris à lits de graviers. En plus
de débris de poterie et d’ossements, elle a livré une pièce de monnaie ce qui permet de
bien dater la faille car elle date du bas empire romain (II à IVème siècle A J.-C)
(Oueslati, 1993).
L’état des affleurements de la faille inverse de direction N70-80 citée plus haut n’a pas
permis d’observer des stries, mais les déplacements visibles sur des galets sectionnés
par le plan de rupture confirment le mouvement inverse de la faille et indiquent un
raccourcissement vraisemblablement proche de N-S (Oueslati, 1993).
76
77
Figure 36: Coupe de la falaise à l’Est du Phare de Ras Engla (Ben Ayed et Oueslati, 1988)
D-1-4 : La faille inverse d’El Fejja
Le pli d’Utique de direction proche d’E-W s’étend sur environ 15km, depuis la ville
d’Utique à l’Est jusqu’à la région de Besbessia à l’Ouest. Ce pli est moulé sur un
accident proche d’E-W. les sections sismique montrent que cette faille s’étend sur
environ 25 km et elle est profonde de 5 km (Kacem, 2004). Cette faille préexistante a
été réactivée en décrochement dextre inverse au Quaternaire (Dlala & Kacem, 2008)
(cf. article).
A l’extrémité Ouest de l’anticlinal d’Utique et au niveau du village d’El Fejja (figure
37), nous avons observé sur le flanc Sud de l’anticlinal une faille inverse visible depuis
la route qui mène vers Menzel Bourguiba (37.0366°N ; 9.98009°E); cette faille de
direction N173, 30W, 25S (figure 38), affecte la série Pliocène et la base du
Quaternaire et le décale d’environ 30cm. Cette faille proche de N-S constitue le réseau
conjugué de la faille d’Utique. l’analyse microtectonique affectant les dépôts
Quaternaires dans la localité d’El Fejja, a montré une direction de raccourcissement
NW-SE ((Dlala, 1995)
78
Figure 38: Faille Pliocène inverse au niveau d’El Fejja (Ouest de l’anticlinal d’Utique).
Elle touche la base du Quaternaire
79
D-2 : Nouvelles observations de la Tectonique récente au Nord-Est de la
Tunisie
Outre les failles actives signalées dans la littérature et décrites ci-dessus, nous avons
cherché d’autres indices d’activité tectonique quaternaire dans la région d’étude. Nous
avons mis en évidence plusieurs indices de cette activité dans la région de Tunis au
niveau des structures plissées du bassin de Kechabta-Messeftine.
Le Djebel Ammar est une structure anticlinale de direction SW-NE (N60) dont le cœur
est coupé par une faille jalonnée par du Trias (Pini et al., 1971; Devolve et al., 1981).
Or, l’analyse structurale des flancs de ce djebel (Ben Ayed et al., 1983) de part et
d’autre de la dépression triasique, montre que le flanc Sud-est correspond plutôt à un
anticlinal de direction N25 qui s’amortit au SSW par une terminaison périclinale très
régulière (Ben Ayed et al., 1983).
Le flanc Nord-Ouest de cette structure est bordée par une faille normale à composante
dextre de direction proche d’Est-Ouest qui sépare la structure anticlinale du Djebel
Ammar de la plaine d’El Mabtouha. Ce dernier accident correspond en réalité à une
faille profonde majeure reconnue en subsurface. Elle s’étend de la région du Jedeida à
l’Ouest jusqu’au massif de Djebel Nahli à l’Est (Dlala et al., 2008) (Kacem, 2004). Cet
accident a joué un rôle tectono-sédimentaire au moins depuis le Jurassique d’après les
travaux de Kacem (2004).
Cet accident reconnue en subsurface à affecté les dépôts du Pléistocène supérieur en
failles normales ; au bord de la route de Sidi Thabet (Dlala & Kacem, 2008)
80
effet, cette tranchée de direction N-S, profonde d’à peu près 5m et qui s’allonge sur
environ 40mà révélé l’existence de failles normales affectant les formations
quaternaires. Les plans de ces failles de direction proche d’E-W montrent souvent des
remplissages conglomératiques.
Les dépôts affectés sont les dépôts des lits d’un chenal. Il semble que le jeu quaternaire
de cet accident a engendré la création d’un grand parcours d’eau.
81
82
Figure 39: failles normales au sein des dépôts Quaternaires sur le pied du versant Nord de l'anticlinal de Djebel
Ammar
Figure 40: Failles Pléistocène supérieur révélées par une tranchée sur le flanc Nord de djebel Ammar
83
Figure 41: Faille normale au Pléistocène sup. avec le réseau de failles secondaires associé.
84
D-2-2 : La faille d’El Menzeh 9 (Ennasr)
Les collines d’el Menzeh et Ennasr bordent la ville du côté Nord-Ouest et sont
allongées selon la direction NW-SE. Ces collines culminent à des hauteurs de 85 et
75m NGT. Les formes et les dépôts quaternaires qu’elles portent sont relativement peu
développés par rapport à d’autres structures au NE du pays (Anticlinal d’Utique,…). Ils
se limitent la plupart du temps à des colluvions à dominance d’argile et de sables
rouges encroûtées, parfois même très fortement encroûtés.
Les combes marneuses d’âge pliocène du secteur d’El Menzeh 9 et El Manar sont
séparées des dépôts quaternaires de la zone d’El Mnihla par un escarpement
morphologique de direction N-S. A ce niveau nous avons observé un accident qui
apparaît par endroit. Il s’agit d’un décrochement senestre de direction N-S (figure 42),
affectant l’encroûtement feuilleté du Pléistocène supérieur (Dlala, 1994).
Figure 42: La faille N-S d’el Menzeh9 et de la colline de Sidi Bel Hassen
85
l’ordre de quelques dizaines de centimètres. Ces failles décalent les grès pliocènes par
un jeu inverse.
L’indice le plus spectaculaire que nous avons observé est une faille inverse affectant les
dépôts pliocènes et les argiles quaternaires. Cette faille est de direction N117°, 27°S,
16°N (figure 43). C’est une faille secondaire probablement associée à la faille N-S d’El
Menzeh9.
Les localités d’El Manar, Ennasr et Menzeh 9 sont aussi le siège d’une importante
activité de glissement de terrain qui est attesté par les fractures au niveau de la plupart
des murs et de construction et par le mouvement de terrains avoisinants les fondations.
La faille de direction N117, située au niveau du replat de l’anticlinal de Menzeh 9, est
différenciée d’un glissement de terrain car la surface ne montre pas de dénivellement et
la fracture n’atteint pas la surface.
Vue la densité importante de l’urbanisation au niveau des localités d’El Menzeh9, El
Manar, et Ennasr, il est difficile de trouver l’affleurement de la faille majeure de
direction N-S qui a été évoquée par Dlala (1994) et Dlala et al., (2008). Toutefois, les
failles inverses qui touchent le Pliocène et la base du Quaternaire que nous avons
observées peuvent représenter un potentiel seismogénique important dans ces localités.
Ce risque sismique est accentué par les conditions morphologiques de cette région
(effet de la topographie) qui seront détaillées dans le chapitre IV.
86
Figure 43: Faille quaternaire affectant le Pliocène et la base du quaternaire. Cette
faille est visibles au niveau des fondations des bâtiments à cité Ennasr
87
D-2-3 : Tectonique Post-Tyrrhénienne affectant la falaise tyrrhénienne de
Sounine
Figure 44: Localisation des indices de tectonique active au niveau de la corniche tyrrhénienne
(image de Google Earth)
88
Figure 45: Une faille inverse affectant les dépôts Tyrrhénien de la plage de Sounine.
Le Tyrrhénien atteint une altitude de 8m dans cette localité
Figure 46: Décrochement sénestre dans les dépôts tyrrhéniennes de la falaise de Sounine;
1: Tyrrhénien; 2: Dépôts calcaire sur le plan de décrochement
89
D-3-2 : Tectonique Post-Tyrrhénienne affectant la Plage d’Errimel
Sur la côte de la zone de camping Errimel, une corniche tyrrhénienne longe par endroit
la côte et est parfois submergée (figure 47). Ces vestiges du Tyrrhénien ont un faciès
gréseux fortement cimenté par un ciment calcaire et ont un aspect spongieux. La
présence de Strombus Bubonus est un marqueur de l’âge Tyrrhénien de ces
affleurements (Jedoui et al., 2002; Jedoui et al., 2003).
Ces affleurements forment un anticlinal de direction E-W, qui a le cœur érodé, et qui
est haché par une famille de fracture de direction proche d’E-W (figure 48).
Figure 47: Photo de la corniche Tyrrhénienne du Plage Errimel. On voit le flanc sud
d’un anticlinal Tyrrhénien à large rayon de courbure
Du point de vue stratigraphique la plage d’Errimel renferme des dépôts peu épais du
Tyrrhénien qui reposent en discordance sur des grès à Pectinidés du Pliocène supérieur
et à faune abondante (Piementa, 1959; Ben Ayed et al., 1978).
Les flancs de cette structure, ont des pendages de l’ordre de 15 à 20°. Sur le flanc nord,
des failles de directions E-W sont visibles (figure 49). Une étude antérieur (Ben Ayed
et al., 1978) a montré que ces failles ont des pendages variant entre 10° à 40°, et portent
90
des stries plongeant d’environ 70° vers le SE et montrant un mouvement inverse. Le
jeu total est de 0,6m (Ben Ayed et al., 1978)
Figure 48: Coupe simplifié de l’anticlinal d'Errimel. Elle montre le plissement des dépôts marins du
Quaternaire récent (Ben Ayed et al., 1978)
Figure 49: Photo montrant des failles E-W qui jalonne les couches tyrrhéniennes plissées
de la corniche d'Errimel
91
D-4 : Anticlinal de Messeftine
D-4-1 : Géologie
92
Le cœur de la structure de Messeftine, occupé par des marnes grises, rouges ou noires
riches en gypses d’au moins 400m d’épaisseur, correspondrait au Miocène inférieur
bigarré (Formation Hakima). Le reste de la série miocène, correspond à des marnes
grises riches en bancs de gypses et en niveaux bréchiques, est attribué à la formation
Oued Bel Khedim (Burrolet, 1951) (figure 51). La série de marnes à l’intercalations de
bancs de gypses correspond à la formation Oued El Melah (Burrolet, 1951). Le cœur de
la structure anticlinal du Djebel Messeftine est occupé par au moins 250m d’argiles
gris-sombre, gypseuses, avec des intercalations de couches centimétriques de grès fins
à la base. La série se poursuit par plus de 100m d’une alternance d’argiles grises et de
bancs gypseux d’épaisseur métrique. Des niveaux centimétriques de calcaires lacustres
blancs existent dans les argiles entre les bancs de gypse.
Les secteurs NE et Sud de l’anticlinal sont occupés par les marnes du Pliocènes
(formation Raf-Raf). Sur le flanc Est, les grès pliocènes dessinent une auréole régulière
marquant une fermeture sans accident
93
D-4-2 : La faille de Messeftine
Sur les sections sismiques cette faille est visible comme un accident de direction N-S
qui s’étend de la région de Menzel Bourguiba au Nord jusqu’à la région de Lansarine
vers le Sud (Kacem, 2004) (figure 23). Elle montre une rupture topographique entre
l’anticlinal de Messeftine et la plaine de Mateur. La géométrie de cet accident montre
qu’il correspond à une structure en fleur caractérisée par la présence de plusieurs
ramifications qui témoignent d’un jeu décrochant.
Cette faille, de direction N-S, s’étend de la région de Menzel Bourguiba au Nord
jusqu’à la région de Lansarine vers le Sud. Elle représente la séparation entre
l’anticlinal de Messeftine et la plaine de Mateur. Les plis d’entrainement au niveau du
quaternaire ancien témoignent d’un jeu décrochant sénestre de cette faille (Dlala,
1994).
Les brèches tectoniques connues au sud de Djebel Assafir, comme la source qui s’y
trouve (Aïn Baddad) sont les indications d’une cassure importante. Les stries sub-
horizontales observées au niveau des sites microtectoniques témoignent d’un jeu
sénestre de cet accident, ce mouvement se déduit également de la répartition de plis en
échelon quaternaires, que l’on peut observer facilement dans ce secteur (Dlala, 1994)
94
D-4-3 : Indices de tectonique actives
Figure 52: Discordance des silts Quaternaires sur les argiles verdâtre du
Miocène (vue vers le NE) (Mejri, 2004)
95
et se perd lorsqu’elle entame les silts quaternaires (figure 53). Il est difficile de trouver
des stries préservées dans les grès. Cette faille qui peut être associée à la grande faille
de Messeftine ce qui donne la conviction de sa grande ampleur.
96
c/ indice de la Ferme Lebray
Figure 54:Contact tectonique entre la croute calcaire Quaternaire et les formations Miocène
Nous avons essayé de faire une cartographie détaillée des faciès quaternaires sur le
piémont du versant Ouest de l’Anticlinal de Messeftine (figure 55). Nous avons
pris comme repère la barre encroutée du quaternaire récent et qui affleure dans la
majorité du secteur balayé. Nous avons observé les encroûtements calcaires du
Quaternaire moyens et récents affleurent à des altitudes variables sur le piémont se
la rive Ouest de l’anticlinal. Au niveau de l’Oued El Melah, cette faille met en
contact les argilites noirâtres de la formation miocène Oued Melah avec les
alluvions récents du Quaternaire. Le contact est souligné par un passage net de
97
faciès sans rupture mécanique qui pourrait renseigner sur la composante latérale
du mouvement.
Au niveau d’une ancienne carrière, maintenant délaissée, les couches bigarrées de
la formation Hakima du Miocène supérieur sont redressées à la verticale. Les
excavations de la carrière ont enlevé la croute calcaire qui n’en reste que quelques
vestiges, légèrement incliné vers l’Ouest.
Les silts et limons quaternaires généralement de couleur grisâtre caractéristique des
silts du Pléistocène supérieur, dominent les piémonts du versant Ouest à jusqu’à
des altitudes peu élevées et qui ne dépassent guère les 50mètres. En bas de ces
silts gris, on rencontre, par endroits des silts de couleur plus claire (beige) riches en
concrétions calcaires. Nous attribuons ce faciès au quaternaire récent. Le pied du
versant est rattaché aux alluvions récentes de la plaine de Mateur.
98
Figure 55: Cartographie de Djebel Messeftine et de la faille de Messeftine
99
E : Interprétation et conclusion
100
L’importance d’indices de déformation cités ci-dessus et leurs relations avec les
accidents tectoniques majeurs, permettent de classer les failles actives selon leurs
potentiels seismogénique (figure 57). En effet, les failles au niveau des structures
d’Utique, de Messeftine de Djebel Nahli, de Djebel Ammar, et de Ras Djebel
représentent des sources seismogénique à potentiel à prendre en considération.
L’activité des formations tyrrhéniennes au niveau des côtes Nord-Orientales
témoignent d’une activité tectonique récente qui justifie un raccourcissement actuel.
Dans la cadre de ce travail, nous discuteront le cas du pli-faille d’Utique, afin d’évaluer
sa capacité seismogénique, à travers une approche basée sur la recherche des données
tectoniques récentes, ainsi que des données paléosismologiques et de sismicité
historique. L’outil géophysique sera aussi utilisé pour estimer le taux de
raccourcissement sur cette faille.
101
Figure 56: Schéma des répartitions des indices de la déformation récente et les mécanismes
dont ils sont associés en Tunisie Nord-orientale
102
Figure 57: Les indices de déformation récente au niveau de la région de Tunis et du
NE de la Tunisie
103
CHAPITRE IV
D’UTIQUE
104
A : Cadre géomorphologique, paléogéographique et géologique de la basse
Medjerda et la région d’Utique
La plaine de la basse Medjerda est encadrée par une topographie de Djebels et collines
qui, malgré leurs altitudes plutôt modestes puisqu’elles ne dépassent que rarement les
400m, sont toujours très marqués dans le paysage. Ils doivent ceci surtout à leurs
pentes, parfois fortes et contrastant avec la remarquable platitude de la plaine qu’ils
dominent directement, parfois sur plus de 200 m d'un seul trait (figure 58). L’anticlinal
de Messeftine et celui d’Utique illustrent bien ce contraste morphologique avec les
plaines de Mateur et de Garâat El Mabtouha.
La plaine de la basse vallée de la Medjerda et la plupart des reliefs qui l'encadrent ou
qui la ponctuent, ont une géologie jeune (figure 59). Elle est occupée par des alluvions
quaternaires le plus souvent argilo-sableuses à argilo-sablo-limoneuses. Dans sa partie
la plus proche de la mer on a surtout affaire, sur une bande parfois large de plus d'une
dizaine de kilomètres, à des formations alluviales accumulées, toujours par l’Oued
Medjerda, au cours des deux derniers millénaires. Quant aux reliefs des bordures Nord
et Sud, ils correspondent à des structures anticlinales mais montrent des différences
sensibles d'un secteur à l'autre. Du côté septentrional, on a affaire à un alignement de
plis (Djebel Ennadour, Djebel Messeftine,…) à ossature dominée par des formations
mio-pliocènes. Les versants donnant directement sur le delta sont le plus souvent des
revers de monoclinaux du type crêts façonnés dans une alternance de grès et de marnes
pliocènes.
Les reliefs méridionaux ont une géologie plus ancienne et des structures plus
complexes. Les plus importants sont Djebel Ammar et Djebel Nahli qui le prolonge
vers le Nord-Est. Ces Djebels correspondent à des dômes à structure anticlinale plus ou
moins complète et à lithologie parfois très variée mais assez marquée par des
formations calcaires ou argilo-calcaires crétacés. Le Djebel Ammar se distingue par son
diapirisme et une importante faille de direction NE-SW injectée de matériaux argilo-
gypseux et accompagnée par une lame de calcaires jurassiques.
105
Enfin, les collines septentrionales qui ponctuent la plaine appartiennent à deux types de
géologies. Les unes correspondent à des structures plissées (collines de Menzel Ghoul-
Utique) ou à des blocs soulevés du type horst (la colline qui porte la ville de Kalaat
Landlouss) et ont une ossature de grès et d'argiles pliocènes. Les autres, plus
nombreuses comme celles de Pont de Bizerte (traversées par l'autoroute Tunis-Bizerte)
ou de Koudiat El Mabtouha correspondent à d'anciennes dunes d'argile du type lunettes
d’âge pléistocène supérieur.
106
107
Figure 59: Extrait de la carte topographique (1/25000 ; équid. 5m) qui montre la
structure d'Utique au milieu de la plaine d'El Mabtouha
A-2 : Cadre paléogéographique
108
Viguier, 1981; Ben Ayed, 1986) comme l’une des structures d’âge miocène
supérieur.
Les travaux récents (Dlala 1994 ,95 ; Kacem 2004; Dlala, 2008 ; Mejri, 2004)
montre qu’il s’agit plutôt d’une structure plicative d’âge quaternaire, moulée sur
une faille préexistante de direction E-W bien identifiée en subsurface. Cette
interprétation a été fondée sur la mise en évidence d’une tectonique distensive
d’âge pliocène affectant tout le bassin moi-pliocène du Kechabta-Messeftine.
Cette interprétation montre également (un problème de permutation régionale des
contraintes (Dlala 94 et 95). La variation d’épaisseur dans la série du Miocène
supérieur et le Pliocène est bien identifiée également par les forages pétroliers
(Kacem, 2004). Pour essayer de prouver l’activité quaternaire de cette structure,
nous allons étendre l’étude sur les aspects morphologiques, de subsurface, et de
l’évolution et indice d’activité récente.
109
A-3 : Géomorphologie de l’anticlinal d’Utique
110
111
Figure 61: MNT de l’anticlinal d’Utique et des profils topographiques transversaux à la structure
Figure 62: Modèle schématiques de (a) plis de décollement et (b) plis de propagation
de faille (Suppe & Medwedeff, 1990)
112
A-4 : Géologie de l’anticlinal d’Utique
La plaine d’El Mabtouha, est occupée par des alluvions Quaternaires le plus
souvent argilo-sableuses à argilo-sablo-limoneuses. L’anticlinal d’Utique
proprement dit, montre une ossature dominée par des faciès gréseux du Pliocène
marin (formation Porto-Farina). Les versants Nord et Sud donnant directement
sur les plaines bordières, montrent des affleurements quaternaires visibles jusqu’à
des altitudes importantes sur les rives.
Le Pliocène est un ensemble à dominance sablo-gréseuse de teint jaunâtre à ocre
et elle est riche en fossiles (Pectinidés et Ostréidés). Ils sont assez épais, parfois
assez grossiers. Dans certains secteurs de la région étudiée, des études en lames
minces (Burrolet, 1951), ont montré que ces grès sont quartzeux à ciment
calcaire, à nombreux tests de lamellibranches ou plus rarement de gastéropodes et
de très rares foraminifères.
Nous avons réalisé une coupe au niveau d’un vallon sur le flanc Sud de Djebel
Menzel Ghoul. Cette coupe montre, de haut en bas du relief, la succession
suivante (selon la nomenclature sur la figure 63):
- (1) Une couche gréseuse du Pliocène qui représente le cœur de l’anticlinal.
- (6) Une couche de limons rouges riche en Hélix (escargot). Elle est de
couleur rouge vif et d’âge Holocène à Actuel.
113
Figure 63: Coupe des formations quaternaires sur le versant Sud de l'anticlinal d'Utique
114
Melah, atteint la surface du versant Sud de l’anticlinal et s’exprime en faille
inverse qui touche les niveaux quaternaires. Nous avons trouvé des indices de
cette activité quaternaire dans plusieurs localités d’affleurement de cet accident.
115
- Transformation en section et construction de la coupe équilibrée (figure
65)
116
La section sismique a été analysé en s’appuyant sur des concepts
d’analyse tectonique (Dahlstrom, 1969 ; Dahlstrom, 1990 ; De Sitter, 1964 ;
Jamison, 1987) pour pouvoir proposer une coupe équilibrée de la structure
d’Utique. Cette coupe montre que l’anticlinal d’Utique est formé suite à la
réactivation d’une structure plissé anté-Miocène. En effet, la phase de
raccourcissement responsable de la formation du pli d’Utique est une phase
compressive post-Miocène supérieur. Cependant, il est difficile de déterminer
exactement le début de cette phase de compression.
Durant cette dernière phase de raccourcissement post-Miocène supérieur
le niveau de décollement que nous avons observé au niveau de la formation
évaporitique « Mellaha » a permis l’accommodation de la déformation
compressive. Ce système tectonique basé sur l’accommodation de la compression
par le glissement des formations sur un niveau de décollement montre l’aspect
du système en « fault propagation fold » (Mejri et al., 2010).
Ce scénario nous permet de calculer un raccourcissement total, depuis le
Mio-Pliocène, estimé à 275 m. étant donné que cette déformation est post
Miocène-supérieur (il y a 5 Ma), les valeurs proposées permettent de calculer une
vitesse de raccourcissement d’environ 0,055 mm/an (275m/5000000ans) depuis
le Pliocène à l’Actuel. Or, au niveau de la Tunisie Nord-orientale, la dernière
phase de raccourcissement importante après la phase compressive tortonienne est
la phase post-villafranchienne (depuis le Pléistocène moyen à l’Actuel, soit 1,8
Ma) (données et analyses proposés au niveau du chapitre I de cette thèse), ce qui
suggère fortement que la totalité de raccourcissement s’est effectuée durant cette
dernière phase. Ceci nous permet de déduire que la vitesse de raccourcissement
au niveau de la structure d’Utique est d’environ 0,15 mm/an (275m/1800000ans)
(Mejri et al., 2010). (la figure 5 de cet article présente une erreur au niveau de
l’échelle. Cette erreur est corrigée sur la figure 66 de ce document)
Ce taux de raccourcissement est relativement important (3 %) par rapport
au raccourcissement total au niveau de la Tunisie d’environ 4,5 mm/an selon une
direction N145° entre l’Afrique stable et le Sardaigne (Hollenstein et al., 2003;
D’Agostino & Selvaggi, 2004; Nocquet & Calais, 2004), et permet de classer la
structure d’Utique comme une structure à potentiel séismogénique important.
117
Figure 66: Interprétation du profil L1 et estimation du rejet de la faille d'Utique
(Mejri et al., 2010)
118
C : Les données de la tectonique quaternaire au niveau de la structure
d’Utique
Site d’observation
d4oservation
119
Vers la partie ouest de l’anticlinal, des carrières de sable ont été ouvertes au
sommet du pli dans les formations gréseuses pliocènes lors de la construction
de l’autoroute Tunis-Bizerte. Dans ces carrières nous avons observé des
failles presque verticales et parfois présentant une composante normale
(figure 68). Ces failles de petite ampleur sont localisées au niveau de la
charnière de l’anticlinal. Elles décalent les grès pliocènes et la base du
Quaternaire. La présence de ces failles normales dans un contexte compressif
est due à la localisation de ces failles sur la charnière du pli et à la courbure
assez importante de l’anticlinal. Les failles normales résulteraient donc d’une
distension locale limitée à l’extrados du pli.
S N
120
D : Application d’une approche radiochronologique
121
Cette équation suppose que le système est clos. En réalité, et dans un milieu
humide et suffisamment perméable pour faciliter l’écoulement des eaux, il se
produit une mobilisation de l’Uranium après incorporation diagénétique
d’uranium après la mort de l’individu. Or, dans notre cas la couche
encaissante des mollusques est argileuse et imperméable à l’écoulement des
eaux, ce qui ne permet pas un apport d’uranium externe.
5 analyses de l’uranium 238 ont été réalisées sur le même échantillon. Ces
analyses ont montré que la quantité de l’uranium 238 est presque la même
dans les coquilles récoltés dans la même formation argileuse. La moyenne de
ces analyses est donnée dans le tableau ci-haut.
Ces deux conditions permettent de considérer que le système est un système
fermé et que l’équation de Kaufman est applicable est permet de donner des
âges suffisamment précis.
Après le processus radiochimique de séparation des différents isotopes de
l’Uranium et du Thorium, le comptage des isotopes présents dans
l’échantillon à été réalisé par une chaîne de comptage de radioactivité Alpha.
Les résultats sont présentés dans le tableau suivant :
122
En utilisant l’équation ci-dessus et le digramme de Concordia nous avons
conclu à un âge de notre échantillon qui est de l’ordre de 220 ka ans ± 12 ka.
Donc nous avons attribué cette formation de silts rouge au Pléistocène moyen.
Ce géochronologie absolu permet d’affirmer avec une bonne précision l’âge
de cette formation qui a été attribué par d’autres auteurs au Pléistocène
supérieur (Oueslati, 1993; Dlala & Kacem, 2008).
Les indices de déformations récentes observés au niveau de cette formation
sont le résultat d’une phase de compression qui se poursuit après le
Pléistocène supérieur et qui est probablement active jusqu’à l’actuel.
Figure 69: Diagramme Concordia pour la résolution des âges de manière graphique
123
E : Mesure de l’inclinaison du niveau de silts à poupées calcaires
124
Figure 71: Stéréogramme (projection de Wulf) de l’orientation des concrétions calcaires à
2 endroits sur le flanc sud-est du pli.
125
F : description des différents sites d’observation au niveau de la faille
d’Utique
Dans cette partie nous allons décrire les observations de la tectonique récente
attribuées à l’activité de la faille d’Utique au niveau du flanc Sud de l’anticlinal
d’Utique. Les localisations des sites d’observations sont représentées sur la figure
72.
Figure 72: Localisation des sites d'indices d'activité de la faille d'Utique (S1....S6); (Image de
Google Earth, et courbes topographiques de la carte topographique de Ghar El Melh 1/25000,
équi. 5m)
Site1 :
Dans ce site (37,032°N ; 10,023°E) nous avons observé une faille à pendage
presque verticale qui met en contact anormal le Pliocène avec les argiles brunes
du quaternaire ancien. Cette faille montre une direction presque E-W et présente
un plan de faille presque vertical (figure 73). La zone faillée présente une zone
broyée où se mélangent les débris de grès avec les concrétions calcaires et les
argiles brunes du Quaternaire.
126
Figure 73: Affleurement du plan de la faille d'Utique
Site 2 :
Au niveau d’un petit vallon profond d’à peu près 1,5 mètre (37,029°N ;
10,001°E), nous avons observé une faille inverse de direction E-W à
l’affleurement. En effet, nous avons observé un plan de faille de direction N70 et
de pendage 39° vers le Nord qui décale les grès pliocène pour les mettre en
contact avec les silts rouge du Quaternaire récent. Nous avons localisé cet
affleurement à une altitude de 40 mètres sur le flanc Sud de l’Anticlinal d’Utique
(figure 74).
127
Figure 74: Jeu inverse de la faille d'Utique: contact
tectonique des grès Pliocènes sur les silts brunâtres du
Quaternaire
Site 3 :
Sur le flanc Sud de l’anticlinal d’Utique, au niveau d’un vallon profond
d’environs 3 mètres (37,029°N ; 10,002°E), nous avons trouvé un affleurement
de la faille d’Utique (figure 75). Ce vallon représente une tranchée
paléosismologique naturelle au niveau de laquelle nous avons pu mettre en
évidence le jeu quaternaire de la faille d’Utique. En effet sur la rive droite de ce
vallon nous avons observé les grès du Pliocène décalés en faille inverse par
rapport aux silts rouges du Quaternaire moyen. Le plan de la faille est marqué par
des blocs du grès Pliocène imbriqués dans les silts du Quaternaire. Un morceau
128
de pièce de céramique a été trouvé emboité dans les silts au niveau du plan de la
faille (figure 76). L’analyse de cette céramique a été réalisée avec des
archéologues tunisiens (Mr Slim Khosref de l’Institut National du Patrimoine, et
Mme Boutheina Maraoui du Département d’Histoire de la Faculté des Sciences
Humaines et Sociales de Tunis). Ils ont indiqué qu’il s’agit d’un Tesson d’une
poterie tournée à cuisson peu poussée et qui correspond à un fragment d’une
panse d’amphore antique. Son âge doit se situer entre l’époque punique (10 ème-
9ème siècles au 2ème siècle av. J.-C. (soit en moyenne autour de 2500 ans avant nos
jours) et l’époque romaine (2ème-1er siècle jusqu’au V ème -VI ème siècle ap. J.-C.
(soit en moyenne autour de 2000 ans avant nos jours).
Le morceau de tesson de poterie (figure 77) imbriqué dans le plan de la faille
inverse d’Utique révèle que le dernier violent séisme attaché a cette faille a
secoué la région d’Utique il y a au plus 3000 ans. Il pourrait s’agir d’un violent
séisme dans la ville antique d’Utique mentionné par le catalogue de sismicité
historique de la Tunisie. Ce séisme a fait l’objet de plusieurs études depuis le
début du siècle dernier (Solignac 1927, Sieberg 1930, Voght 1992). Ces études
antérieures indiquent que ce séisme a provoqué la ruine de la ville d’Utique.
Nous avons trouvé aussi d’autres fragments de céramiques emboités dans les
couches silteuses attribués à l’Holocène. Ces données témoignent de
l’occupation de cette zone par les civilisations anciennes.
129
Figure 75: Coupe géologique qui montre le plan de la faille inverse d'Utique.
130
Figure 76: La pièce de poterie imbriquée
dans la zone de broyage de la faille
d'Utique
Figure 77: Vue des deux facettes de la pièce de tesson trouvée dans la zone
de broyage de la faille inverse d'Utique
131
Site 4 :
A l’Ouest de l’anticlinal, près de l’autoroute Tunis-Bizerte (37,031°N ; 9,998°E),
de nouvelles excavations de remblais ont mis à l’affleurement la zone affectée
par la faille d’Utique. En effet, nous avons observé dans une petite vallée haute
de 5 m environ que des silts rougeâtres sont affectés par deux branches de failles
entre lesquels sont coincés les grès pliocène. Le plan de la faille est NNW-SSE.
Au niveau du couloir d’une branche de faille, nous avons observé des argiles
verdâtres (figure 78).
Les silts rougeâtres et les argiles verdâtres sont attribués au Quaternaire.
132
Site 5 :
Une vallée d’excavation récente (37,0309°N ; 9,999°E) a mis au jour un contact
anormal entre le Pliocène et les silts rougeâtres du quaternaire. Les coordonnées
GPS de se site sont 37° 1'53,48"N et 9°59'55,08"E. Ce contact montre une
faille da direction N045 et qui montre deux branches de pendages différents. En
bas le pendage de la faille est de 30°NE, ensuite la partie sommitale montre un
pendage de 85°NE. Malgré l’allure franche de l’incision, le plan de la faille ne
montre pas de strie claire qui indique le sens du mouvement (figure 79).
133
Site 6 :
A 1km à l’Ouest de la vile d’Utique (37,0356°N ; 10.028°E), nous avons fouillé
le trajet d’un vallon sur lequel est construit un petit barrage pour limiter l’effet de
l’érosion, pour rechercher des indices de tectonique récente à d’Utique. A une
altitude de presque 65m (coordonnées : 37,0337N ; 10,027E) nous avons observé
les niveaux gréseux du Pliocène surmontant une croute calcaire du pléistocène
moyen à supérieur et montrant un pendage opposé de 40° respectivement vers le
NE et le SW (figure 80). Il est difficile d’observer le plan du mouvement et les
stries associées, mais disposition géométrique indique un jeu inverse.
134
G : Description de la faille d’Utique :
135
Des affleurements du Villafranchien sous forme de conglomérats encaissant des
débris de grès Pliocènes et de faciès plus ancien dans une matrice calcaire, sont
rencontrés à des altitudes importantes (plus que 65 mètres) et toujours au dessus
des sites d’affleurement de la faille.
Le quaternaire dans cette région montre l’existence d’une croute calcaire
observable à des altitudes variables et qui ne dépassent pas les 70 mètres sur le
flanc Sud de l’anticlinal. Le pendage de la croute suit généralement l’allure
générale de l’anticlinal en considérant le caractère pédogénique des croutes
calcaires sur les reliefs. Mais par endroit, cette croute montre des pendages forts
relativement à la courbure du pli (figure 82). Nous expliquons ces pendages par
un mouvement tectonique lié à la faille d’Utique.
1 mètre
136
longueur du pli nous permettent de conclure que le pli d’Utique est un « pli de
propagation de rampe » (fault propagation fold).
Figure 83: Illustration schématique de la faille inverse d'Utique (le fond géologique
est celui de la carte géologique 1/50000 de Porto Farina)
137
138
Figure 84: Cartographie des facies Quaternaire sur le flanc Sud de l’anticlinal d’Utique
1 : Alluvions récents ; 2 : Silts rougeâtres (Pléistocène moyen) ; 3 : silts grisâtre riche en concrétion calcaire (Pléistocène
supérieur) ; 4 : croute calcaire feuilleté ; 5 : croute calcaire dur, 6 : niveau conglomératique (Villafranchien) ; 7 : grès
(Pliocène) ; 8 : Faille Quaternaire; 9 : site d’affleurement de la faille Quaternaire
H : Conclusion
L’anticlinal d’Utique et la faille qui borde son versant sud n’ont pas fait l‘objet d’étude
détaillée auparavant. Des observations de sections sismiques ont prouvé l’existence de
la faille E-W d’Utique. L’activité de cette faille a été suggérée par la rupture
topographique qui marque la plaine d’El Mabtouha qui limite au sud l’anticlinal
d’Utique et par le séisme destructeur d’Utique (412). Notre étude morphostructural,
paléosismologique et géophysique montre que l’anticlinal d’Utique est plis du type
« Fault-Propagation-Fold » et que la faille d’Utique est active. Les indices de
néotectoniques observés à plusieurs reprises sur le versant Sud de l’anticlinal
témoignent du jeu quaternaire de la faille d’Utique. Dans une tranchée naturelle où
affleure le plan de la faille, nous avons trouvé de morceaux de poteries, désignées par
les archéologues comme un « fragment d’une panse d’amphore antique » dont l’âge
est situé entre l’époque romaine et punique. Ces fragments de poterie sont imbriqués
dans le plan de la faille par l’effet du jeu de la faille lors d’un séisme. Ces données
semblent confirmer les données de la littérature concernant le violent séisme de 412
Après JC qui a secoué la ville antique d’Utique et a provoqué sa ruine totale. La mesure
du taux de raccourcissement sur la faille inverse d’Utique évaluée à 0,4 mm/an,
représente le dixième du taux moyen de déplacement vers le NW (N135) de l’Afrique
par rapport à l’Europe stable au niveau du nord de la Tunisie (4 mm/an).
Cette quantité de mouvement absorbée par la faille d’Utique est relativement
importante vue la complexité des structures géologique au Nord de la Tunisie et en
méditerranée au niveau du fossé de Sardaigne.
139
CHAPITRE V
IMPLICATION SISMOTECTONIQUE
DE LA FAILLE D’UTIQUE SUR SES
ENVIRONS
140
A : Introduction: Sismotectonique et sismicité intraplaque
141
Figure 86: Caractéristiques des différentes méthodes utilisées en sismotectonique (Philip et al., 2007)
142
B : Etudes sismotectonique en Tunisie : historique
Plusieurs auteurs ont compilé les données de sismicité avec les observations de
néotectonique pour élaborer un zonage sismotectonique de la Tunisie (Hatzfeld, 1978;
Hfaiedh, 1983; Gueddiche, 1992; Hfaiedh et al., 1992; Hfaiedh, 1997; Kacem, 2004).
La première carte de zonage sismotectonique, basé surtout sur la répartition de la
sismicité en Tunisie a permis à Hfaiedh (Hfaiedh, 1997) de proposer plusieurs zones
seismogénique capables d’engendrer des séismes de fortes magnitudes jusqu’à 6,5 à 7
degrés Richter. Pour ces auteurs ces différentes zones se résument comme suit :
- La vallée de Medjerda et le Nord Ouest du Pays : la magnitude maximale observée a
été de 5,7 et la magnitude maximale probable serait de 6,5.
- Le Nord Est et la région de Tunis : la magnitude maximale observée a été de 5,1 et la
magnitude maximale probable serait de 7,0.
- Le Sahel (Sousse, Monastir et Mahdia) : la magnitude maximale observée a été sur le
continent 4,6 et au large 5,1, la magnitude maximale probable serait de 6,5.
- La région de Gafsa : la magnitude maximale observée a été de 4,8, la magnitude
maximale probable serait de 6,5.
La magnitude maximale observée est celle enregistrée par les réseaux sismologiques,
ou bien celle indiquée par la littérature, ou bien obtenue par la conversion entre les
intensités maximales observées (Mercalli modifié) et la magnitude (formule de
Hfaiedh : M=0,6I+0,78 ; (Hfaiedh, 1983). La magnitude maximale probable a été
établie sur la base des investigations néotectoniques dans le cadre de l’élaboration de la
carte sismotectonique du pays par l’équipe de l’institut national de Météorologie
(Arsovsky et al., 1991). Dans le cadre de ce projet, Arsovski et son équipe ont fait
l’investigation des accidents néotectoniques dans le territoire du pays, et ensuite ils ont
établi un zonage sismotectonique en rattachant les épicentres aux failles recensées.
Pour l’élaboration de ce modèle sismotectonique une approche déterministe a été
adoptée:
- La quantification de la sismicité est basée essentiellement sur les intensités. La
base de données montre quelques lacunes, ce qui entrave l’élaboration d’un
modèle probabiliste cohérent, avec estimation de la magnitude maximale
probable et des périodes de retour.
143
- La distribution spatiale des épicentres est très diffuse. En effet, certaines régions
possèdent une base de données importante alors que d’autres montrent des
hiatus assez exprimés.
144
Figure 87: Etapes des évaluations de l'aléa sismique par
l’approche probabilistique (D'après Reiter, 1990)
145
C-1 : Loi de récurrence de Gutenberg-Richter : log N = a – bm
Les études de paléosismicité indiquent que des points individuels sur les failles et les
segments de failles tendent à se déplacer de la même distance approximativement à
chaque séisme. Ceci laisse suggérer que les failles individuelles génèrent à chaque fois
un séisme de même ordre de grandeur (à une demi-unité de magnitude près). Ces
séismes sont « les séismes caractéristiques de la source » (Philip et al., 2007).
La datation des séismes permet de donner un ordre de grandeur pour le temps de
récurrence. En effet, les tranchées paléosismologiques permettent une analyse fine de la
stratigraphie, et grâce à des datations par les méthodes isotopiques adéquates (14C,
U/Th, 36Cl, thermoluminescence,…), nous pouvons mieux contraindre les intervalles
de temps entre deux ruptures de surface.
Pour les magnitudes faibles, les données géologiques indiquent que la période de retour
du séisme caractéristique d’une source sismique donnée est généralement inférieure à
celle estimé par l’extrapolation de Gutenberg-Richter (Philip et al., 2007). La relation
proposée par Gutenberg et Richter, log N = a – bM, est la relation de base de la
séismologie statistique (Karnik, 1969). Les coefficients a et b ont fait l’objet de
plusieurs déterminations. Pour les séismes superficiels, Gutenberg et Richter ont trouvé
que la valeur « b » est de 0.9 ± 0.2.
Les valeurs « a » et « b » sont obtenus à l’aide des régressions appliquées sur les bases
de données de sismicité de la zone d’étude. Pour établir cette relation, nous avons
représenté le logarithme décimal du nombre cumulé de séismes en fonction de la
magnitude à partir de laquelle le catalogue est complet. Vu le nombre important des
séismes de faibles magnitudes (inférieur à 2) et qui sont parfois causé par des sources
de vibrations artificiels, nous avons choisi de prendre la magnitude 2 comme limite
146
inférieur pour homogénéiser le catalogue de sismicité instrumentale (figure 88)
(données sismologiques de l’Institut National de Météorologie). Cette courbe permet de
conclure que le catalogue de la sismicité pourrait être complet à partir du seuil de
magnitude 3. Cette valeur correspond aussi à la magnitude à partir de laquelle les
séismes superficiels sont habituellement ressentis. La magnitude maximale est de 6.
Cette courbe montre une pente avec un coefficient « b = 0,6543 ». L’erreur sur la
valeur b pour un coefficient de confiance de 95% est de 0.024. (Voir tableau ci-
dessous).
Coefficients Erreur-type
147
log N = 3,915 – 0,654M
148
est courte, alors que les mouvements du sol de moyenne à longue période (1.0s, 2.0s,
etc.) auront les plus grands effets sur les structures de longue période de vibration.
Le mouvement du sol en un site donné, par exemple l’accélération maximale du sol,
dépend de la source sismique, de la propagation des ondes sismiques et du spectre de
réponse du site.
- f4(Pi) sont des fonctions qui représentent les effets de site s’ils existent.
149
Ces fonctions sont spécifiques pour des types de sites (milieu rocheux, milieu élastique,
etc.). Les valeurs calculées de l’aléa sismique pour un milieu rocheux sont nettement
inférieures à celles calculées pour les sols.
Dans quelques pays de la zone Ibéro-Maghrébine, des lois d'atténuation était employée
pour obtenir des cartes sismotectoniques nationales.
Les paramètres sur lesquels sont basées les différentes lois d'atténuation présentent
également quelques différences. Certaines de ces lois donnent le PGA en fonction de la
magnitude M et de la distance R, (l'Algérie, le Maroc, la Tunisie). Alors que dans
d’autres cas les paramètres du mouvement du sol pris en considération sont l'intensité I,
en termes de magnitude et distance (Portugal), ou l’intensité épicentrale I0, et la
distance (Espagne).
Une carte d’accélération maximale a été calculée par (Jiménez et al., 1999). Afin de
garder un minimum d’homogénéité dans le calcul de cette carte, et en l’absence d’une
loi régionale basée sur assez de bonnes données d'accélération, seulement une loi
d'atténuation a été considérée. Cette carte montre que les régions de Tunis-Bizerte et
Ghardimaou-Bousalem ont des valeurs d’accélération entre 2.5 et 3.0 m/s2 (0.32 g)
pour une période de retour qui n’excède pas 50ans.
Dans le tableau n°3 nous montrons des lois d’atténuations utilisés dans les pays de la
région Ibéro-Maghrébine (in (Jiménez et al., 1999)) :
150
Application de la loi d’atténuation de Jiménez au Nord-est de la Tunisie :
0,8
0,7
0,6
0,5 Z = 2km
PGA (g)
Z = 5km
0,4 Z = 10km
Z = 15km
0,3
0,2
0,1
0
1 10 100 1000
Distance (km)
Figure 89: Loi d'atténuation applicable pour le nord-est de la Tunisie calculé pour des profondeurs différents
de l’hypocentre (Z=2, Z=5, Z=10, Z=15) (d'après Jimenez, 1999)
151
Sur cette courbe, on remarque que pour une distance de 25 Km de la source sismique,
ce qui est le cas pour la ville de Tunis par rapport à la faille seismogénique d’Utique,
l’accélération du sol serait de 0,28g pour la profondeur 2km, 0.3g pour la profondeur
de 5km et 0.31g pour les profondeurs de 10 et 15km. Ces valeurs d’accélération du sol
ne tiennent pas compte des possibles amplifications des ondes sismiques dues aux
effets de site. D’autre part, ces valeurs assez élevées sont capables de provoquer des
dégâts importants, surtout lorsque les ondes sismiques sont amplifiés par les effets de
sites topographique et lithologique propres à la région Tunis.
Une carte d’iso-accélération a été établie par Kacem (2004). Elle montre un niveau de
PGA qui dépasse 0.28g aux alentours de la région de Tunis pour une période de retour
de 475 ans (figure 90).
152
Figure 90: Cartes d'iso-accélération maximale du sol (Peak
Ground Acceleration) pour une période retour de 100ans (A) et
de 475 ans (B) (Kacem, 2004)
153
D : Implication d’un éventuel séisme de la faille d’Utique sur la zone du grand
Tunis :
L’effet de site est le terme utilisé pour décrire la modification de la secousse sismique
induite par la géologie locale. Les effets de site se traduisent fréquemment par une
amplification de l’amplitude des enregistrements de la secousse sismique et de sa
durée. Ce phénomène peut être illustré en comparant les secousses sismiques
enregistrées sur un sol dur (rocher) et sur un sol mou (alluvions) à proximité.
Dans des milieux géologiques à géométrie complexe (vallée glaciaire), les ondes
sismiques se réverbèrent sur les interfaces géologiques du fait de l’existence d’un fort
contraste entre les propriétés mécaniques des couches situées au centre de la vallée
(remplissage sédimentaire) et la roche encaissante. Les ondes sismiques sont piégées :
la durée et l’amplitude de la secousse sont fortement accrues. Les dégâts provoqués par
les tremblements de terre sont fréquemment la conséquence d’effets de site locaux
(concentration des dommages dans les vallées).
154
956). Les valeurs d’accélération maximale du sol, calculées à partir de ce séisme,
varient entre 0,2 et 0,3g pour des périodes de retour de 200 à 500 ans (Kacem, 2004)
(figure 90). Ces résultats ont été estimés sur un affleurement rocheux (en sismologie on
parle de « rocher horizontal affleurant »). Lors de ce même séisme pourtant modéré, de
magnitude Ms = 5.1, les dégâts recensés aussi bien au niveau du bâti ancien que
moderne au niveau de la région de Sidi Thabet et ses environs, furent importants et
impliquent une amplification locale du mouvement sismique lors de sa traversée du
sous-sol tunisois.
Le site de Tunis occupe une position surélevée entre les zones déprimées et occupées
par Sebkhet (ou lagune) Essijoumi à l’ouest et le lac de Tunis à l’est. Le lac de Tunis
communique avec la mer Méditerranée à l’est par un canal étroit, le goulet. La cuvette
ou vallée de Tunis s’étend entre ces reliefs et le lac de Tunis et constitue la principale
localisation de la capitale (centre ville). Le tissu urbain et résidentiel récent gagne les
abords immédiats du lac. Au sud on trouve des collines de direction subméridionale
(Sidi Belhassen, 88 m, et Essaîda Manoubia, 60 m). Les collines de Montfleury (60 m),
El kasbah (40 m) et Errabta (50 m) à l’ouest, et la colline du Belvédère (75 m) au Nord,
sont orientées NW–SE.
155
En effet, la lithologie de la région de Tunis est en étroite liaison avec les
caractéristiques morphologiques de la zone. Les plateaux subsidents sont généralement
occupés par des formations Quaternaires (figure 91):
- Les alluvions (sables, argiles et débris de roches), et les dépôts du Quaternaire marin
et les Sebkhas (silts, vases et évaporites).
- Les formations holocènes sont composées essentiellement de sables riche en débris de
coquilles et de silts.
Les bas de reliefs sont occupés par des formations Pléistocènes, constituées par :
- Argiles, sables et silts d’âge Pléistocène moyen à supérieur.
- Sable et argiles du Pléistocène inférieur
- Argiles et sable fin du Pléistocène
- Des éolianites d’âge Holocène
Les reliefs sont occupés par :
- Des formations Oligocène et Pliocène composées par des sables, argiles, grès et
des conglomérats.
- Des formations Jurassique à Eocène composées de dépôts dolomitique et
calcaire.
Les dépôts du Jurassique à Eocène sont considérés comme homogènes et compacts.
Les dépôts Oligocène et Pliocène sont considérés comme hétérogènes et compact et
sont favorables pour la construction. Les formations sableuses du Pléistocène et
l’Holocène sont favorables à la liquéfaction. Les formations triassique, les sols vaseux
et les alluvions récents sont les sites les moins favorables à la construction.
156
Figure 91: Carte des affleurements du grand Tunis et ses environs
157
D-1-2 : Susceptibilité à la liquéfaction et profondeur de la ligne
piézométrique :
La liquéfaction est l’un des plus importants, intéressants, complexes phénomènes dans
le domaine de la sismologie. Ses effets dévastateurs ont été observés clairement par les
sismologues lors des grands séismes de l’Alaska (Mw=9.2) et de Niigata (Mw=7.5).
Le terme de liquéfaction, inventé par (Mogami & Kubo, 1953), a été utilisé en liaison
avec une variété de phénomènes qui provoquent la déformation du sol. Cette
déformation peut être causée par la monotonie, et l’effet cyclique de l’onde sismique
sur les sols saturés et non cohésifs, sous des conditions de non drainage. Ce phénomène
se produit par l’effet de l’augmentation de la pression de pore sous des conditions de
non drainage.
Les conditions géologiques des faciès susceptibles de provoquer la liquéfaction sont
restreintes. En effet les couches sableuses, non cohésives, à granulométrie uniforme, et
qui ne sont pas profondes, sont les plus capables de provoquer la liquéfaction. Par
conséquence, les dépôts fluviatiles, les colluvions et les dépôts éoliens saturés, sont
susceptibles de produire la liquéfaction. Ce phénomène a été aussi observé d’une façon
moins fréquente dans les lits des rivières, les plaines alluviales, les plages et les
terrasses. En général la susceptibilité de liquéfaction diminue avec l’âge de la couche
géologique. Les couches de l’holocène sont plus favorables que les couches
pléistocènes.
La liquéfaction se produit seulement dans les couches sableuses saturées, d’où
l’influence de la surface piézométrique des aquifères. Le risque de liquéfaction diminue
avec la profondeur de la surface piézométrique, et il est généralement observable
lorsque l’aquifère est à quelques mètres de profondeur.
Concernant la partie de la ville de Tunis qui d’étend depuis les berges du lac jusqu’à la
colline d’Errabta, les données lithologiques mentionnées précédemment, et la
corrélation des données de sondages (SRPT1, SRPT2 et MEH) selon une coupe N-S,
montrent bien l’existence de niveaux sableux, plus ou moins épais. Les données
hydrologiques montrent que dans la plupart du territoire de la ville de Tunis (au nord
du lac de Tunis) et de l’Ariana, le niveau piézométrique de l’aquifère libre ne dépasse
généralement pas les 10 mètres. Etant donné aussi les grandes dépressions vaseuses
158
(Sebkhet Essijoumi, Sebkhet Ariana), on peut conclure que cette région de la ville de
Tunis et de l’Ariana est très susceptible pour le risque de liquéfaction.
Pour évaluer le risque de liquéfaction dans une région donnée, le sismologue doit
répondre à ses questions :
- Est-ce que le type du sol est susceptible à la liquéfaction ?
159
alentours de 3 m au niveau de la plaine de l’Ariana et de 5m au bas du relief de Djebel
Nahli (figure 92).
Cet état de la ligne piézométrique, ainsi que les caractéristiques du remplissage
sédimentaire de la région de l’Ariana sont des meilleures conditions pour le risque de la
liquéfaction lors d’un séisme possible. Un cas de liquéfaction a été observé dans la
localité de sidi Thabet à 10 Km de la Ville de Tunis lors du séisme de 12/12/1970de
magnitude 5.6. Pour des magnitudes de séismes plus grandes (aux alentours de 6,5) le
risque de liquéfaction est plus élevé dans cette région.
Ambraseys (Ambraseys, 1988) a compilé des données mondiales des séismes pour
évaluer une distance épicentrale limite au-delà de laquelle la liquéfaction n'a pas été
observée pour des séismes de diverses magnitudes. La distance de la source sismique
160
au site où la liquéfaction est probable, augmente rapidement avec la magnitude. Cette
relation est représentée par la courbe sur la figure 93.
Si on admet que le sous sol de la majorité du territoire de la ville de Tunis est favorable
au risque de liquéfaction, la source seismogénique d’Utique qui pourra déclencher un
séisme de magnitude pouvant atteindre 6, est capable de produire le phénomène de
liquéfaction jusqu’à une distance d’à peu près 60 Km de l’anticlinal d’Utique.
Figure 93: Relation entre la distance épicentrale limite des sites où la liquéfaction a été observé, et la
magnitude des séismes superficiels (d'après (Ambraseys, 1988) )
161
comme des oscillateurs dont la réponse dépend essentiellement des caractères du signal
sismique incident, de la géométrie des couches sédimentaires en profondeur et de leurs
propriétés mécaniques intrinsèques. Vis-à-vis du signal sismique incident, les
formations superficielles jouent le rôle de filtre, notamment avec un écrêtage dans les
hautes fréquences (périodes autour de 0,2-0,5 s), et par contre avec une amplification
dans les fréquences plus basses.
D’autre part les formations superficielles sont à l’origine de nombreux phénomènes de
réflexion et de réfraction et peuvent servir de guide d’ondes avec la création fréquente
d’ondes de surface. Ces phénomènes donnent lieu à des mouvements sismiques en
surface dont l’amplitude et la durée sont nettement supérieures à celles enregistrées à
faible distance sur un substratum rocheux. Au niveau d’un remplissage alluvionnaire,
les phénomènes de résonance dominent largement dans les modifications que subit le
signal sismique incident, en particulier dans les fréquences qui correspondent à la
période fondamentale de la couche d’alluvions.
Si on considère le cas le plus simple d’un site (sans faire intervenir ici un rapport de
forme du bassin ou de la vallée) correspondant à un milieu rocheux caractérisé par une
masse volumique ρ1 et une vitesse des ondes transversales V1 recouvert par une
formation superficielle monocouche d’épaisseur h, de masse volumique ρ 2 et avec une
vitesse des ondes transversales V2, l’amplification à la résonance sera donnée par:
ρ1 * V1/ ρ2*V2
Et la fréquence de résonance fondamentale f0 sera donnée par la relation :
f0 = V2/4h
Ainsi, pour une couche d’alluvions d’épaisseur h=100m, avec ρ2=1.7 g/cm3 et
V2=600m/s reposant sur un substrat caractérisé par ρ1=2.5 g/cm3 et V1=2100m/s,
l’amplification à la résonance est de 5.15 pour la fréquence fondamentale de 1.5 Hz.
On remarque que l’on se trouve dans une gamme de fréquence où les ondes sont les
plus destructrices.
Cette évaluation ne tient pas compte de la géométrie du bassin sédimentaire ou de la
vallée, aussi il sera nécessaire de réaliser une modélisation 2d qui prend en compte
notamment le rapport de forme h/L, où h est la profondeur et L demi-largeur du bassin.
Au centre du bassin, où l’amplification maximale correspond à la fréquence de
résonance fondamentale, celle-ci deviens :
162
F0 = V2/4h * √1+h2/L2
L’effet du rapport h/L sera d’autant plus important si le bassin est étroit et profond.
Ainsi, à partir de l’aléa déterminé sur les roches du substratum (au rocher) obtenues à
partir des données sismologiques fournies à l’échelle régionale pour chacune des
sources sismiques, on peut, au moyen de simulations numériques 2D, calculer
l’amplification le long de profils. On propose des spectres de réponses pour chacune
des zones et des différents types de sol (au rocher, bord ou centre de bassins ou de
vallée), qui seront pris en compte pour le dimensionnement du bâti dans les projets de
constructions parasismiques (in (Philip et al., 2007)).
163
précautions spéciales et des règles de construction parasismique doivent être prises en
comptes lors la réalisation de tous les ouvrages d’art aux alentours de la source
seismogénique d’Utique.
164
Conclusion et Perspectives
Le recensement des différentes structures actives citées par la littérature dans la région
du Nord-Est de la Tunisie a mis en évidence les arguments morphologiques et les
indices de déformation qui attestent d’une activité tectonique très récente. Ces indices
démontrent que la phase tectonique post-villafranchienne est la phase compressive
majeure au niveau du Nord-Est, et elle est responsable de la mise en place des reliefs
récents (exemple : pli d’Utique).
Les mécanismes au foyer réalisés sur les séismes les plus importants enregistrés au
Nord de la Tunisie, plaident en faveur d’une compression actuelle orientée NNW-SSE.
Les séismes enregistrés dans le territoire tunisien sont superficiels et ne dépassent
guère la profondeur de 15 km. Les ruptures de surface qui peuvent nous renseigner
directement sur la cinématique des accidents actifs sont rarement observées suite aux
séismes tunisiens.
Des indices certains d’activité tectonique récente ont été découvert au niveau des failles
d’Utique, de Messeftine de Djebel Nahli et de Djebel Ammar. Ces indices permettent
de classer ces failles comme des sources seismogénique à potentiel important.
L’étude pluridisciplinaire de la faille d’Utique (géologie de surface, géophysique,…),
ainsi que les données archéologiques ont permis d’affirmer que son activité la plus
récente date au plus de l’époque romaine (≈2000 ans B.P). D’autre part, en se basant
sur les caractéristiques géologiques et géophysique de la faille, et en utilisant des
équations empiriques nous avons pu estimer la magnitude du séisme d’Utique à une
magnitude de 6 sur l’échelle ouverte de Richter. L’équilibrage de la coupe de la
structure d’Utique à permis d’estimer la quantité de raccourcissement post-Miocène
supérieur accomodée par la structure d’Utique à 275 mètres. En supposant que ce
raccourcissement a eu lieu depuis le villafranchien (1,8 Ma), on propose une vitesse de
raccourcissement d’environ ~0,15 mm/an.
Les caractéristiques topographique et lithologique de la ville de Tunis sont très
favorables aux amplifications de l’onde sismique causée par les effets de sites.
Plusieurs régions (telques les alentours du Lac de Tunis) sont susceptibles au
phénomène de liquéfaction.
165
Nous avons évalué la période de retour du séisme d’Utique évalué à presque 1300 ans,
et le dernier mouvement important de la faille active déduit essentiellement par le biais
des données de l’archéologie, affirment que le risque du rejeu de la faille d’Utique est
grand de nos jours. Donc des précautions spéciales et des règles de construction
parasismique doivent être prises en comptes lors la réalisation de tous les ouvrages
d’art aux alentour de la source seismogénique d’Utique.
L’étude en détail de la structure d’Utique pourra être appliquée sur d’autres structures
de la région Nord orientale du pays dans le but de préciser la quantité de mouvement
accommodée par ces structures et leurs potentiels seismogénique sur les importantes
agglomérations socio-économiques dans cette région.
Une étude plus accentuée sur l’aléa sismique local au niveau de la ville de Tunis pourra
aboutir à l’élaboration des cartes de microzonage sismiques. Ces cartes seront de
grande utilité pour les services du ministère de l’équipement pour l’implantation de
nouveau projet. En effet, pour mieux détailler l’effet de site lithologique, des mesures
du rapport H/V doit être fait dans les différentes parties de la cuvette de Tunis. Ainsi
qu’une carte géotechnique qui pourra nous renseigner sur les caractéristiques
mécaniques des formations géologiques de subsurface.
166
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