Dialogue sur l'islam en Europe
Dialogue sur l'islam en Europe
Au nom de l’Islam…
Quel dialogue avec les minorités
musulmanes en Europe ? Au nom de l’Islam…
Depuis la vague d’attentats terroristes perpétrés par Al-Qaida, les
populations musulmanes, longtemps négligées par les politiques publiques,
Quel dialogue avec les minorités
sont au centre des préoccupations des gouvernements occidentaux.
Une volonté nouvelle d’institutionnalisation de l’Islam a débouché,
musulmanes en Europe ?
dans nombre de grands pays européens, sur la création d’« organismes »
de représentation des musulmans pratiquants destinés à devenir les Antonella CARUSO
interlocuteurs uniques des gouvernements. Mais, partout, ces structures
demeurent imparfaites, souffrant en particulier d’un déficit de légitimité
aux yeux des pratiquants. Pourquoi ?
Institut Montaigne 10 €
38, rue Jean Mermoz - 75008 Paris ISSN 1771-6756
Tél. +33 (0)1 58 18 39 29 - Fax +33 (0)1 58 18 39 28 Septembre 2007
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L’Institut Montaigne est un laboratoire d’idées - think tank - indépendant créé
fin 2000 par Claude Bébéar. Il est dépourvu de toute attache partisane et ses
financements, exclusivement privés, sont très diversifiés, aucune contribution
n’excédant 2 % du budget. Il réunit des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires, COMITÉ DIRECTEUR
des universitaires et des représentants de la société civile issus des horizons et
des expériences les plus variés. Il concentre ses travaux sur trois axes de recherche. Claude Bébéar Président
Henri Lachmann Vice-président et trésorier
Cohésion sociale : Philippe Manière Directeur général
mobilité sociale, intégration des minorités, légitimité des élites...
Nicolas Baverez Économiste, avocat
Modernisation de la sphère publique : Jacques Bentz Président de Tecnet Participations
réforme de l’État, éducation, système de santé... Guy Carcassonne Professeur de droit public à l’Université Paris X-Nanterre
Christian Forestier Membre du Haut conseil de l’éducation
Stratégie économique et européenne : Marie-Anne Frison-Roche Professeur de droit à l’Institut d’Études Politiques de Paris
compétitivité, spécialisation industrielle, régulation... Ana Palacio Ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères
Ezra Suleiman Professeur de science politique à l’Université de Princeton
Grâce à ses chercheurs associés et à ses groupes de travail, l’Institut Montaigne Jean-Paul Tran Thiet Avocat associé chez White & Case
élabore des propositions concrètes de long terme sur les grands enjeux auxquels Philippe Wahl Directeur Général de la Royal Bank of Scotland France
nos sociétés sont confrontées. Ces recommandations résultent d’une méthode
d’analyse et de recherche rigoureuse et critique. Elles font ensuite l’objet d’un PRÉSIDENT D’HONNEUR
Bernard de La Rochefoucauld Fondateur de l’Institut La Boétie
lobbying actif auprès des décideurs publics.
think tank pionnier en France, souhaite jouer pleinement son rôle d’acteur
Olivier Blanchard Professeur d’économie au MIT
du débat démocratique.
Jean-Pierre Boisivon Délégué général de l’Institut de l’Entreprise
Introduction .............................................................................................5
Remerciements ......................................................................................89
3
INTRODUCTION
Les questions de sécurité et de cohésion sociale ont sans aucun doute accéléré la
mise en place par les gouvernements européens de politiques visant les commu-
nautés musulmanes. Leur recherche d’un interlocuteur musulman s’est d’ailleurs
accompagnée d’une volonté de promouvoir l’intégration et la modération chez les
musulmans, cela dans un climat national et international dominé par les guerres
au Moyen-Orient et la crainte de nouveaux attentats terroristes en Europe. Mais si
l’enthousiasme nouveau des gouvernements pour l’institutionnalisation de l’islam a
conduit les individus et organisations musulmans à rivaliser pour obtenir influence
et prestige au sein des organismes récemment constitués, il n’a abouti ni à la créa-
tion d’une « autorité », ni même à l’émergence d’une référence religieuse faisant
autorité chez les musulmans. Conçus pour organiser le culte musulman, ces orga-
nismes manquent en fait généralement à la fois d’un leadership religieux efficace
et d’une légitimité religieuse aux yeux des musulmans européens. Pourquoi ?
5
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Sans apporter de réponses simples à des questions aussi difficiles, nous proposons
tout d’abord que les gouvernements européens fassent le départ entre leurs légi-
times préoccupations sécuritaires et le processus d’institutionnalisation du culte
musulman. L’association systématique entre islam et terrorisme fausse l’analyse et
risque de nuire à l’intégration de millions de citoyens de foi musulmane nés et for-
més en Europe. Nous proposons également que ces mêmes gouvernements tirent
certains enseignements du Moyen-Orient, une région où la tentative d’apprivoiser
la religion a non seulement échoué à la contrôler mais a contribué à la radicaliser.
En outre, la promotion d’un « islam officiel » par des régimes autoritaires et répres-
sifs a donné du souffle à une dissidence de plus en plus radicale au sein comme
en dehors des cercles religieux. En Europe, au contraire, la laïcité a sans doute
contribué à minimiser le rôle de la religion dans l’espace public mais elle a, dans
le même temps, garanti son autonomie et sa liberté. La distinction entre la
religion et l’État en Europe pourrait en réalité aider les savants et intellectuels
musulmans à redonner à l’islam son indépendance à l’égard des manipulations
politiques qui ont cours dans le monde arabe et musulman, qu’elles soient le fait
du gouvernement ou de l’opposition. La liberté et le pluralisme dans l’expression et
l’organisation de leur croyance est précisément ce que l’Europe devrait garantir à
ses citoyens musulmans.
6
PARTIE I
À LA RECHERCHE D’UNE
DÉFINITION DE
« L’ AU T O R I T É R E L I G I E U S E
MUSULMANE »
7
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
La volonté des États européens de faire émerger sur leur sol des autorités reli-
gieuses musulmanes est interprétée par nombre d’interlocuteurs sunnites que
nous avons eus dans la préparation de ce travail, savants religieux ou experts en
religion en Egypte, en Arabie Saoudite, au Royaume-Uni, en Autriche et en
France, comme une tentative d’application du « modèle catholique » à l’organisa-
tion du culte musulman qui, lui, ne reconnaît aucun clergé et refuse de créditer
les savants religieux et les dévots musulmans d’autre chose que leurs propres réa-
lisations intellectuelles et spirituelles. Cette position reflète cependant principale-
ment la haute tradition de l’islam sunnite. On ne peut en dire autant de l’islam
chiite et encore moins de certains courants islamiques qui suivent, eux, des lea-
ders charismatiques dans la pratique de leur foi et l’exécution de leurs obligations
cultuelles (de même que des ordres soufis et d’autres formes du culte plus popu-
laires reconnaissent des saints et leur baraka qui demeurent des intermédiaires
entre le ciel et la terre1).
Le mot chiisme provient de l’arabe « chi’a », qui signifie « faction ». Les chiites
sont les disciples d’Ali, le quatrième Calife, cousin et gendre du Prophète
Mahomet. Ils reconnaissent la sunna du Prophète mais pas le consensus de la
communauté, car ils suivent l’interprétation du Texte telle que transmise par les
Imams, les héritiers du Prophète par la lignée d’Ali. Avec l’occultation du dou-
zième imam Mohammed al-Mahdi en 874 et 941, la transmission de leur savoir
passe par le travail d’interprétation (idjtihad) des savants religieux chiites. Les
chiites constituent le principal schisme de l’islam, et se sont scindés à leur tour
en plusieurs courants éparpillés à travers le monde.
1
La baraka est la bénédiction du saint provenant directement de Dieu.
9
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Cette question de l’autorité est une véritable boîte de Pandore. Elle révèle la com-
plexité d’un sujet qui est au cœur de la communauté des croyants (oumma), elle-
même en son sein très diverse, autant que l’évolution du statut et des fonctions
des autorités religieuses dans les sociétés musulmanes contemporaines.
Pour exercer de l’autorité, une figure religieuse doit en fait d’abord et avant tout pos-
séder l’ilm, littéralement la connaissance, la science, qui est un acte de dévotion à
Dieu dans l’affirmation de Sa vérité et de Sa Loi (charia). La charia, la Loi divine, est
elle-même le résultat de trois siècles au moins (VIIe - Xe s.) d’analyse par les hommes
des versets du Coran qui traitent des obligations religieuses et des questions juri-
diques. Cela est également vrai des volumineux recueils de jurisprudence islamique
(fiqh) qui ont représenté dans un passé lointain l’effort de créativité des hommes pour
comprendre cette Loi dans les contextes évolutifs de la vie des musulmans.
2
Patrick Gaffney, The Prophet’s Pulpit, Islamic preaching in contemporary Egypt, University of California Press,
1994, p. 33.
10
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
Dotés d’un grand prestige social, ainsi que, pour certains d’entre eux tout au
moins, d’une richesse et d’une influence bien établies, les oulémas étaient depuis
dix siècles au moins les gardiens incontestés de la tradition islamique, les garants
moraux de la cohésion de la communauté musulmane. Membres des échelons
supérieurs des sociétés musulmanes, ils représentaient idéalement « ceux qui lient
et délient », surveillant la conduite morale du gouvernant et contenant sa force
coercitive. Napoléon, lors de sa conquête d’Egypte en 1798, les a reconnus
comme « leaders naturels » du pays3.
En ces temps de crise dominés par la décadence générale des institutions et socié-
tés arabes et musulmanes et par la guerre internationale contre le terrorisme, les
savants religieux musulmans agissent comme leaders charismatiques ou pieux
savants, propagandistes radicaux ou fonctionnaires conservateurs, imams réac-
tionnaires ou encore des prédicateurs vedettes de télévision à l’image des télé-
vangélistes. Leur autorité a certainement été rognée et contestée, mais le poids
important de la tradition islamique, sur laquelle ils ont construit leur identité et
continuent d’exercer leur autorité, s’est maintenue et n’est pas près de disparaître.
3
Ed. Nikkie Keddie, Scholars, Saints and Sufis. Muslim religious institutions in the Middle East since 1500;
University of California Press, 1972, p. 161.
11
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
C’est autour de cette tradition que le débat sur la réforme du discours religieux
évolue encore, et du résultat de ce débat dépendra le rôle de l’islam dans l’espace
public ainsi que les « lectures » de l’islam qui prévaudront.
4
Entretien privé, Londres, novembre 2006. Khu’i est une très prestigieuse famille religieuse chiite irakienne d’origine
iranienne très ancienne.
12
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
CHAPITRE I
L E S AV O I R
« L’autorité religieuse appartient exclusivement aux oulémas reconnus par les ins-
titutions religieuses établies. » (’Ali Jum’a, Grand Mufti d’Egypte7).
Les savants poursuivent donc leur formation religieuse dans des écoles religieuses
primaires et secondaires, et ils l’achèvent avec un diplôme universitaire dans l’une
des branches des sciences religieuses. La grande majorité des oulémas sont ainsi
diplômés d’institutions de formation religieuse réputées. Les Universités d’Azhar
en Egypte, de Zaïtouna en Tunisie, de Qaraouiyine et de Youssoufia au Maroc,
l’Université islamique Imam Mohammed ben Saoud en Arabie Saoudite,
5
Entretien privé, Londres, novembre 2006.
6
Entretien privé, Paris, novembre 2006.
7
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
13
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Le parcours d’étude d’un savant religieux a évolué au cours du dernier siècle dans
certaines universités islamiques et, à côté des sciences islamiques traditionnelles,
il intégre des disciplines modernes. Mais quelles que soient les matières contem-
poraines qu’ils ont étudiées, les savants religieux doivent être familiers de toutes
les disciplines liées aux Coran telles que l’exégèse du Coran, les hadith (paroles
et actes du Prophète) et la science des hadith, la grammaire arabe, la philologie,
la logique, la rhétorique, etc. Ils pourraient également avoir étudié les différentes
branches confessionnelles de l’islam ainsi que ses différentes écoles juridiques. Ils
peuvent ensuite se spécialiser au sein de la même université ou demander une
bourse d’études à l’étranger, en Europe, en Amérique ou dans les pays arabes,
essentiellement l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Tunisie ou la Syrie.
14
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
CHAPITRE II
L’ E F F O R T P E R S O N N E L
8
Entretien privé, Paris juin 2006. Al-Buti a suivi une formation islamique traditionnelle à l’Université Azhar.
Professeur et doyen de la Faculté de Charia à l’Université islamique de Damas, ses cours ont influencé des géné-
rations de musulmans en Syrie et ailleurs.
9
Entretien privé, Paris, novembre 2006.
10
N.J. Coulson, A History of Islamic Law, Edinburgh University Press, 2005, 77-80, 6-7; Muhammad Qasim Zaman,
The Ulama in Contemporary Islam: custodians of change, Princeton University Press, 2002, pp. 7-11.
15
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
« Dans l’islam sunnite l’autorité religieuse est soit soutenue par le gouvernement
– c’est le cas en Egypte – soit entièrement chaotique et non hiérarchique –
comme en Inde et au Pakistan. En revanche, le chiisme a des imams soutenus
par leurs mardja’ (références religieuses faisant autorité), capables également
d’assumer un rôle de leader social. » (Fondation Khu’i.)11
11
Entretien privé, Londres, novembre 2006.
12
Moojan Momen, An Introduction to Shi’i Islam, Yale University Press, 1985, pp. 197-206 ; 298-299.
16
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
« Il n’existe pas d’autorité centrale dans l’islam sunnite capable de contrôler les
opinions et sentiments religieux. Dans ce scénario positivement chaotique, la
connaissance progresse et la créativité est stimulée à travers la participation au
débat d’autorités religieuses informelles. Du point de vue de la sécurité, cela est
dangereux à cause de l’imprévisibilité des fatawa. » (Dilwar Hussein, expert de
l’islam dans l’Union européenne, Fondation islamique, Leicester.)14
13
Muhammad Salim al-’Awwa, Azmat al-mu’assasat al-diniya (La crise de l’institution religieuse), Dar al-Shuruq, Le
Caire 2003, pp. 13-14.
14
Entretien privé, Londres, juin 2006.
17
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Les savants religieux désireux d’acquérir un statut religieux et social plus élevé se spé-
cialisent en théologie, dans les principes de la jurisprudence, dans l’exégèse du Coran
et la science des hadith, ou en droit chariatique, etc. Ils exerceront ensuite leurs fonc-
tions en qualité de juge dans un tribunal chariatique – là où ceux-ci existent encore
– ou en tant que mufti (celui qui délivre la fatwa), comme jurisconsulte ou théolo-
gien. Parmi ces spécialisations, la délivrance de la fatwa a toujours été la plus diffi-
cile, celle qui nécessite la plus grande créativité et le plus de sagesse, car la fatwa
représente la synthèse entre l’idéal de la loi et la nécessité du moment.
« Le mufti, parmi les oulémas, est le plus souvent sollicité pour lire le texte mais
aussi le contexte dans lequel il opère. C’est pourquoi la fatwa est la dimension la
15
Formé à l’Azhar, al-Qaradaoui a été emprisonné plusieurs fois à cause de son affiliation aux Frères Musulmans sous
le régime de Gamal Abdel Nasser. Il est considéré par ses nombreux disciples comme un conservateur modéré,
alors que pour d’autres c’est un dangereux islamiste. Il a acquis une notoriété mondiale du fait de l’émission de
télévision sur Al-Jazira « La Charia et la Vie ».
16
Formé à l’Azhar, Ghazali a été membre des Frères Musulmans au cours des années 40, avant d’embrasser les idées
socialistes dans les années 50 et de revenir à une approche plus traditionaliste mais toujours militante de l’islam
dans les années 70. Il est par la suite, au cours des années 80, devenu une star de la télévision tout en exerçant
les fonctions de recteur de l’Université islamique Emir Abdelkader de Constantine en Algérie.
17
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
18
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
plus dynamique de la charia. Je suis contre l’idée d’un savant religieux qui se
limiterait à la connaissance des textes de la tradition islamique. Il devrait égale-
ment être bien informé et attentif au contexte national et international, géopoli-
tique, économique et social. Un savant détaché de son propre contexte n’est pas
utile à sa communauté. » (Tarek Oubrou, recteur de la Mosquée de Bordeaux.)18
Quelle que soit la spécialisation qu’ils poursuivent, les oulémas peuvent toujours déli-
vrer le sermon à la mosquée le vendredi et donner des conférences et des cours dans
les mosquées ainsi que dans les séminaires et universités théologiques.
18
Entretien privé, Bordeaux, novembre 2006.
19
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
CHAPITRE III
L’ É L O Q U E N C E À L’ I N T É R I E U R E T
À L’ E X T É R I E U R D E S L I E U X D E P R I È R E
L’éloquence d’un savant religieux est davantage mise à profit dans les mosquées
où il peut délivrer, en qualité de cheikh, le sermon du vendredi ou une simple
leçon particulière.
19
L’Imam Abu Hamid al-Ghazali (1058-1111) est l’un des penseurs médiévaux et savants religieux les plus influents
de l’histoire de l’islam. Ses œuvres polémiques contre les philosophes, chiites et rationalistes visent à consolider
le sunnisme comme religion de la « voie moyenne » entre la foi et la raison. Sa lutte idéologique et théologique
contre les extrémistes chiites est fondée sur l’affirmation que le sunnisme est l’islam véritable, car il plonge ses
racines dans les paroles et les actes des premiers Compagnons du Prophète. Après une crise spirituelle, Ghazali
est parvenu à opérer la synthèse entre le soufisme et la religion. Il reste une référence très importante pour le sala-
fisme contemporain.
20
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
Hanafisme
Cette école s’est constituée autour des enseignements et des études de Numan
Abu Hanifa (698-767). D’origine perse, il est né à Kufa en Irak. Le hanafisme
s’est répandu tout au long de l’Empire Ottoman (XVIe-XXe s.) et est désormais
suivi par près de 50 % des musulmans. Il a fait preuve d’une approche juri-
dique relativement souple dans l’interprétation de la Loi.
Malékisme
Il doit son nom à Malik bin Anas (715-795). D’origine yéménite, Anas est né à
Médine. Il a consacré sa vie à l’élaboration de la jurisprudence islamique et à l’étude
et à la collecte des hadith. Le malékisme s’est répandu de la péninsule arabique à
l’Afrique du Nord, où il a été officiellement adopté en Algérie, au Maroc et en Tunisie.
Chaféisme
Mohammed Ibn Idris al-Shafi’i (767-820), issu d’une famille noble de la Mecque,
a été le juriste le plus influent de l’histoire de l’islam. Il a établi les principes fon-
damentaux de jurisprudence qu’il a identifiés dans le Coran, la sunna, le consen-
sus et le raisonnement par analogie. Le consensus est devenu le critère fonda-
mental de l’autorité juridique alors que l’idjtihad (effort personnel du juriste) devait,
lui, être définitivement abandonné. Le chaféisme est la doctrine juridique suivie en
Indonésie, en Arabie du Sud, en Afrique de l’Est et en Egypte.
Hanbalisme
Il s’est formé autour des enseignements d’Ibn Hanbal (780-855), qui a beau-
coup voyagé afin de collecter les traditions (hadith) du Prophète. Il s’est vive-
ment opposé à l’innovation dans la loi islamique. Le hanbalisme est l’école juri-
dique la plus traditionaliste et littéraliste de l’islam. On retrouve ses disciples
dans le Golfe Persique et en particulier en Arabie Saoudite.
21
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
L’Imam et l’imamat constituent les piliers du chiisme et ont une importance capi-
tale puisque l’imam était – et reste en théorie – le chef religieux et politique de la
communauté chiite. Les imams chiites sont considérés comme les héritiers du
Prophète Mahomet et les propagateurs de son message spirituel, à travers lequel
ils continuent à guider les hommes vers Dieu. Investis par la grâce de Dieu,
ils sont par conséquent infaillibles. L’occultation du dernier Imam entre le IXe et
le Xe siècle – qui continue de guider l’humanité – prendra fin selon le comman-
dement divin avant le jour du Jugement dernier.
Si les Imams occupent une place si importante dans le chiisme, dans les sociétés
sunnites arabes contemporaines le terme « imam » désigne plutôt un chef de prière
et un prédicateur à la mosquée, généralement formé dans une institution religieuse
et nommé par le Ministère des œuvres religieuses. Le prêche, et en particulier le
sermon du vendredi dans les mosquées congrégationelles, n’est pas laissée à
l’initiative de l’imam de la mosquée, mais est au contraire un office religieux dont
le déroulé, préétabli et officiellement agréé, est contrôlé par le ministère sus-
mentionné. Il existe également des prédicateurs indépendants ; mais même leur
fonction – qui suppose une prédication spontanée et plus émotionnelle – est désor-
mais largement contrôlée par une administration religieuse perfectionnée.
Le dawa, littéralement « appel à Dieu », est en revanche une obligation religieuse qui
peut être accomplie par tout musulman qui se consacre à la compréhension de la
foi et à sa transmission aux autres. Le fait que les universités et ministères religieux
ont leurs propres départements consacrés aux œuvres missionnaires n’empêche pas
les musulmans pieux de remplir en toute indépendance leur devoir dans la société.
Les prédicateurs activistes indépendants peuvent également atteindre une audience
mondiale et chercher à obtenir un plus large consensus parmi les musulmans sur
les questions affectant leur statut et leur croyances religieuses. C’est le cas de cheikh
Yousuf al-Qaradaoui, un savant religieux prosélyte né en Egypte, qui, avec l’aide de
la Fédération des organisations islamiques en Europe transnationale, a fondé en
1997 le Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR). Ce dernier vise à
représenter à la fois une référence religieuse pour les musulmans européens et un
interlocuteur pour les gouvernements et la société civile au sujet de l’organisation du
culte musulman en Europe.
22
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
Jama’at al-Tabligh
Afin de contenir et contrer une opposition islamiste très active dans les mosquées
et échappant à tout contrôle du gouvernement, l’Egypte (1996) puis l’Algérie
(2000) ont promulgué des lois limitant la liberté de prêche et placé les mosquées
et leurs personnels religieux sous une étroite surveillance. Le devoir missionnaire
20
Entretien privé, Paris, juin 2006. Djaballah est un théologien d’origine tunisienne titulaire d’un doctorat en philo-
sophie de l’Université de la Sorbonne. Il estime hautement les liens transnationaux entre oulémas et est un membre
enthousiaste du Conseil d’al-Qaradaoui. Sur l’UOIF, Union des organisations islamique de France, voir p. 38.
23
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
21
C’est le prédicateur qui délivre le sermon du vendredi (koutba).
22
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
24
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
CHAPITRE IV
L’ I N D É P E N DA N C E D U J U G E M E N T
Si un bon gouvernant ne peut être qu’un bon musulman, les oulémas ont néan-
moins protégé le statu quo politique en vertu du principe selon lequel la rébellion
civile et le chaos sont bien plus dangereux pour la cohésion religieuse et idéolo-
gique de la communauté (oumma) que l’injustice d’un gouvernant, l’injustice
étant par ailleurs généralement comprise comme « l’absence d’adhésion à la loi
divine ou son défaut d’application ». Les oulémas ont donc dans leur majorité
admis la nécessité d’un pouvoir coercitif pour protéger la communauté de la désin-
tégration, mais leur position apolitique n’a pas empêché le renversement de
« régimes impies » par des révoltes politico-religieuses, en réponse au puissant
appel à suivre l’exemple du Prophète et restaurer la Loi de Dieu24.
23
[Link]/GIF/18-10-2002/[Link].
24
Le Prophète a victorieusement attaqué la puissante oligarchie de la Mecque dans le but de purifier et de restaurer
le monothéisme originel et ses pratiques.
25
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
« L’actuel Grand Mufti d’Arabie Saoudite est extrêmement faible par rapport à ses
prédécesseurs Bin Baz, al-Uthaymin et d’autres. Il n’a aucune légitimité car ses
positions reflètent celles de la famille régnante. Mais les oulémas (proches du
pouvoir) sont généralement bien plus forts maintenant que sous le roi Fahd, ils
ont un contrôle très poussé sur toute la société. Personne n’ose les contredire, de
25
An Introduction to Shi’i Islam, (Op. Cit), pp. 195-196
26
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
26
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
D’autre part, chez les oulémas, des éléments remarquables se sont dressés
contre les pouvoirs tyranniques et ont subi des persécutions, le payant parfois
de leur vie. Dans un passé lointain, les fondateurs des écoles de droit sunnites
ont tous été torturés par la police du Calife. Le martyre est ainsi très rapidement
devenu le thème central du chiisme, leurs Imams ayant tous subis persécutions
et assassinats. Dans un passé plus récent, l’ayatollah Ali Montazeri – l’une des
grandes figures de la révolution iranienne et possible successeur de Khomeyni a
été placé en résidence surveillée au cours des années 1990 pour avoir contesté
la politique du gouvernement en Iran.
« Yousuf al-Qaradaoui est crédible. Il peut critiquer les régimes arabes aussi bien
que les États-Unis. Il est considéré par de nombreux musulmans en Europe et
au Moyen-Orient comme quelqu’un d’indépendant et de modéré. Il est partisan
d’une jurisprudence créative, pour laquelle il est très qualifié. Mais le plus
important parmi tout ceci est qu’il croit en ce qu’il prêche. Muhammed al-
Ghazali et Yousuf al-Qaradaoui sont incontestablement les shuyukh28 qui exer-
cent actuellement la plus grande influence sur les musulmans. » (Nabil Abd al-
Fattah, expert en courants religieux contemporains, Centre al-Ahram d’études
politiques et stratégiques.)29
27
Entretien privé, Djeddah, février 2004.
28
Pluriel de cheikh.
29
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
27
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Les oulémas ne recherchent généralement pas le pouvoir politique mais ils ont
l’obligation religieuse de donner des conseils (nasiha) aux gouvernants dans l’ad-
ministration du pays. Cette tâche peut revêtir différentes formes. Elle peut se tra-
duire par leur participation directe ou indirecte aux conseils consultatifs (parle-
ments ou conseils de la choura) ou sous forme de conseils plus personnels aux
élites dirigeantes. Un exemple actuel de nasiha nous est donné par l’ayatollah
chiite Ali Sistani qui conseille les personnalités politiques et les membres du gou-
vernement qui lui rendent visite dans son humble demeure de Nadjaf (Irak) ; ce
sont eux qui lui rendent hommage. Dans les pays arabes conservateurs alentours,
les oulémas parmi les plus éminents restent rattachés au premier cercle des élites
dirigeantes, alors que les rois ne manquent pas de conseillers personnels en
matière religieuse qui généralement passent inaperçus dans la complexité du pro-
tocole royal ainsi qu’à la cour. De façon plus générale, des commissions des
affaires religieuses ont cependant été mises en place au sein des parlements. Elles
font référence en dernière instance aux institutions religieuses supérieures. Ici, les
conseils dispensés par les oulémas ne sont souvent rien de plus qu’une approba-
tion formelle des politiques déjà mises en œuvre par le gouvernement.
30
’Ali Jum’a, entretien privé, Le Caire, mai 2006.
28
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
CHAPITRE V
U N E B O N N E R É P U TAT I O N …
E T D E N O U V E AU X M OY E N S
D E L’ A C Q U É R I R
« Les oulémas bénéficient d’une position respectée dans les sociétés musul-
manes en Europe ainsi qu’au Moyen-Orient. » (Muhammad Salim
al-’Awwa.) 31
Les savants religieux ne sont certes pas infaillibles mais demeurent néanmoins un
modèle de moralité pour leurs disciples. Ils peuvent acquérir une reconnaissance
et une estime mondiales. La diffusion de leurs paroles et du récit de leur vie se
fait directement par oral ou à travers des livres, des pamphlets, des cassettes et
des vidéos. Leur gloire peut leur survivre et leur influence se faire sentir pendant
des siècles.
31
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
32
Ancien comptable, prédicateur autodidacte, Khalid a acquis une audience incroyable parmi les musulmans du
monde arabe par son charisme personnel et sa transmission simple et équilibrée des normes islamiques, délivrée
au cours de ses émissions de grande audience sur la chaîne de télévision religieuse Iqra’ à financement saoudien.
Khalid est actuellement passé d’une activité d’enseignement et de prédication à des projets de développement
social en Egypte et dans le monde musulman. Entretien privé avec Khalid, le Caire, mai 2006.
29
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
musulmans à consulter son site internet tous les jours. » (Sahil Yassin, prédi-
cateur d’une mosquée familiale privée.)33
Enfin, les sites de chat relient entre eux des jeunes musulmans du monde entier
et les blogueurs partagent des renseignements de première main sur leurs expé-
riences mais également au sujet de leurs enseignants et de séminaires religieux.
Sur [Link], par exemple, des étudiants en religion ont mis
en cause en juin 2004 la qualité de leurs enseignants et séminaires, et se sont
demandés si un savant autodidacte tel qu’Abu l-A’la Mawdudi ne proposerait pas
une meilleure méthodologie de lecture des textes religieux que le corps spécialisé
des oulémas35.
33
Entretien privé, Djeddah, février 2004.
34
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
35
Abu l-A’la Mawdudi (1903-1979) est né en Inde et était un savant religieux autodidacte, journaliste et écrivain. Il
a fondé dans les années 40 le mouvement islamiste Jama’at-e Islami, avec le but d’établir un état et une société
réellement islamiques au Pakistan où il a finalement émigré en 1947. Les écrits et activités politiques de Mawdudi
ont exercé une influence importante sur les mouvements islamistes du monde arabe également.
30
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
CHAPITRE VI
L A P I É T É E T L A V O C AT I O N
« L’autorité religieuse est une personne ou institution vers laquelle les croyants se
tournent pour être orientés sans erreur dans les différents aspects de la vie. » (Larbi
Kechat, recteur de la mosquée Al-Da’wa.)36
Le fait que le savant voue son existence à l’analyse des commandements divins
témoigne de sa vocation à une vie au service de la communauté. Il dispense ses
conseils sur les questions religieuses et sociales et préserve les pratiques reli-
gieuses islamiques – telles que les prières quotidiennes, la lecture du Coran, etc. –
en y adhérant lui-même constamment. Son vêtement peut attester de sa réussite
36
Entretien privé, Paris, décembre 2006.
31
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
en tant que savant – le fez rouge avec un turban blanc symbolise ceux d’Azhar depuis
le XIXe siècle –, mais c’est principalement sa conduite qui indique le modèle à suivre.
« Communiquer le dogme sans humanité et sans éthique est non seulement mau-
vais mais également dangereux. » (Fouad Nahdi, Q-News.)37
37
Entretien privé, Londres, juin 2006.
32
À LA RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
D E « L’ A U T O R I T É R E L I G I E U S E M U S U L M A N E »
*
* *
C’est sur la base de ce constat, qui est trop rarement fait dans les différents
pays européens, ou incomplètement, qu’il convient de bâtir et d’organiser les
structures de dialogue entre les communautés musulmanes locales et les auto-
rités publiques. Rien ne sert en effet de mettre en place de telles structures si
elles négligent soit la fragmentation de l’autorité religieuse dans le monde musul-
man, soit le ressort profond de la légitimité de cette autorité aux yeux des croyants
dans la tradition islamique, qui est avant tout la connaissance et non l’onction du
pouvoir politique.
À ce stade, il est intéressant d’examiner comment trois pays européens, la France,
le Royaume-Uni et l’Autriche, ont organisé les structures de représentation de leurs
populations musulmanes respectives et dans quelle mesure ils ont tenu compte de
cette réalité.
33
PARTIE II
LE CONTEXTE EUROPÉEN
35
LE CONTEXTE EUROPÉEN
La France est à la fois le pays d’Europe qui à la plus forte population musulmane
et dont l’attitude envers leurs droits et besoins religieux est la moins « bien-
veillante ». Le Royaume-Uni, bien que n’ayant qu’un peu plus d’un million de
musulmans, mène une politique plus ouverte à l’égard de leurs exigences reli-
gieuses. L’Autriche, enfin, bien qu’ayant une population musulmane relativement
faible par rapport aux autres pays européens, a l’histoire de reconnaissance de
l’islam la plus longue et c’est sur elle que reposent encore aujourd’hui les relations
avec la communauté musulmane.
Dans toute l’Europe, mis à part les droits religieux, les politiques d’intégration
n’ont pas atteint tous leurs objectifs et les stéréotypes négatifs sur les musul-
mans, renforcés par la violence et le terrorisme perpétrés indument au nom de
l’islam, sont devenus aussi forts que l’attachement des citoyens de foi musul-
mane à leur identité musulmane. Si les politiques d’assimilation sont par consé-
quent vouées à l’échec, l’intégration au contraire est un processus en cours qui,
en dépit des difficultés, commence à déboucher sur des résultats tangibles, mais
à petite plutôt qu’à grande échelle. Au niveau local, aidées par la relative homo-
généité ethnique, culturelle et sociale des communautés musulmanes, les asso-
ciations et mosquées musulmanes parviennent à mobiliser ces communautés et à
faire pression pour la reconnaissance de leurs droits et besoins religieux. Mais au
niveau national, où l’État exige généralement une organisation et un contrôle, les
dirigeants musulmans sont au contraire, quel que soit le pays concerné, moins
efficaces38. Les différences ethniques, linguistiques, confessionnelles et idéolo-
giques deviennent souvent un obstacle non seulement à la création d’un orga-
nisme musulman institutionnel unifié, mais aussi au choix d’interlocuteurs
fiables capables de parler au nom de la majorité des musulmans pratiquants.
38
J.S. Fetzer-J.C. Soper, Muslims and the State in Britain, France and Germany, Cambridge University Press, 2006,
pp. 50-51.
37
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Cette question de l’autorité et de ses sources est aussi controversée parmi les
musulmans qu’elle l’a été chez les chrétiens et les juifs. Mais ce que nous vou-
lons souligner ici est la nécessité de vérifier si les qualités d’érudition religieuse
auxquelles fait allusion al-’Awwa ont trouvé leur juste place au sein des organisa-
tions institutionnalisées du culte musulman en Europe. À cet égard, les trois expé-
riences européennes d’institutionnalisation de l’islam semblent avoir pris trois
directions différentes.
39
Entretien privé, Le Caire, mai 2006.
38
LE CONTEXTE EUROPÉEN
CHAPITRE I
LE CAS DE LA FRANCE
Tunisie
8,5 %
Maroc
19 % Algérie
35 %
40
[Link]/information/actualites_20/islam_france_loi_1905_51738.
39
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Les mosquées et écoles religieuses privées se sont multipliées depuis lors, grâce à la
mobilisation locale et/ou à l’activisme d’associations musulmanes dans les États du
Golfe. Le financement étranger de la construction des mosquées, au même titre que la
formation étrangère et l’origine ethnique de leurs personnels religieux (imams), ont en
effet commencé à inquiéter les autorités publiques françaises dès les années 1980,
lorsque la révolution ira-
nienne, puis la guerre
civile algérienne et enfin
« Les gouvernements français les attaques terroristes aux
États-Unis et en Europe
successifs ont soutenu ont fait des mosquées des
l’établissement d’organisations maillons potentiels de la
chaîne du terrorisme aux
nationales musulmanes qui yeux des services de sécu-
rité. Dans la recherche
sont demeurées sous la coupe de l’organisation et du
d’États d’Afrique du nord » contrôle du culte musul-
man, les gouvernements
français successifs ont
néanmoins, et non sans
quelque paradoxe, soutenu au milieu des années 1980 l’établissement d’organisations
nationales musulmanes qui sont demeurées sous la coupe, voire le contrôle, d’États
d’Afrique du Nord. L’Algérie continue ainsi de contrôler et de financer la Grande
Mosquée de Paris (GMP) et ses 250 mosquées affiliées, 150 imams et, selon la GMP
elle-même, 5 muftis régionaux. Le Maroc joue de son influence sur la Fédération natio-
nale des musulmans de France (FNMF), qui contrôle plus de 100 mosquées et imams
et 500 associations ; alors que la Turquie finance officiellement des mosquées et que
leurs personnels sont affiliés au Comité de coordination des musulmans turcs de
France (CCMTF). Enfin, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), orga-
nisation musulmane supra-ethnique inspirée par le plus large mouvement transnatio-
nal des Frères musulmans, s’est en revanche rapprochée du gouvernement français. Il
contrôle presque autant de mosquées que la GMP et englobe 250 associations42.
41
A. Caruso, Il Fascino di Barbès (La Fascination de Barbès) in Limes 3 (2004), pp. 205-6.
42
J. Laurence - J. Vaisse, Integrating Islam: Political and Religious Challenges in Contemporary France, Brookings
Institution Press, 2006, pp. 99-111.
40
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Les mosquées sont des lieux de culte polyvalents. Leurs activités culturelles sont prin-
cipalement réglementées et financées en France par la loi de 1901 sur les associa-
tions. Selon les termes de celle-ci, les associations culturelles musulmanes prennent
en charge l’organisation et les frais du culte ainsi que l’entretien des bâtiments. Elles
désignent également les imams des mosquées et versent leur salaire. Plus de
1 100 mosquées sur un total de 1 685 enregistrées en France ont bénéficié des dis-
positions de la loi de 1901. En revanche, seules 46 mosquées sont enregistrées sous
la loi de 1905 car celle-ci, qui accorde aux associations cultuelles une exonération
fiscale des donations, reconnaît la responsabilité de l’État pour l’entretien des lieux de
culte construits avant 190544. Alors ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a
essayé sans succès de réviser ce texte avec l’objectif d’accorder aux musulmans
43
Aumôniers aux armées et dans les prisons.
44
J. Laurence - J. Vaisse (Op. Cit.), p. 85.
41
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Les mosquées, enfin, sont devenues les véritables protagonistes du CFCM car leur
taille et le poids politique de leurs associations déterminent les résultats électo-
raux en son sein.
La structure du CFCM
Le CFCM a été élu pour la première fois en 2003 après consultation entre le ministère
de l’Intérieur, les recteurs des mosquées du vendredi et les quatre principales organisa-
tions musulmanes nationales. Le Conseil, enregistré sous la loi de 1901, est un orga-
nisme indépendant. C’est l’interlocuteur exclusif de l’État sur les questions concernant
l’organisation du culte musulman, mais ce n’est pas le représentant des musulmans.
45
Audition de Nicolas Sarkozy devant la Commission Stasi, islamlaicité.org/article.php3 ?id_article=90.
46
O. Marongiu, Le financement des mosquées en France : état des lieux, colloque du 14 février 2005, [Link]-
[Link]/Le-financement-des-mosquees-en-France-etat-des-lieux_. Les grandes mosquées d’Ivry et de
Lyon ont en revanche été construites grâce au financement saoudien.
42
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Bien que les imams, comme nous l’avons vu, ne constituent généralement pas
une « autorité religieuse », ce sont néanmoins eux qui ont attiré l’attention de
47
Organisé initialement par Napoléon en 1806 avec des rabbins et notables juifs, le Consistoire établit les principes
de doctrine morale et religieuse qui ont depuis servi de base constante au judaïsme français. Le consistoire cen-
tral est composé du Grand Rabbin, nommé par un collège électoral, et par des membres laïcs de la communauté
élus par une assemblée d’électeurs. Il sert d’intermédiaire entre le ministère de l’Intérieur et les consistoires régio-
naux. Il ratifie la nomination de rabbins et personnels religieux, et administre le Séminaire israélite pour la forma-
tion de rabbins français.
48
J. Laurence - J. Vaisse (Op. Cit.), pp. 161-162.
43
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Ils sont en France parce que « les Algériens en France préfèrent des imams algé-
riens qui peuvent mieux traduire leurs sentiments religieux. Les musulmans ici
sont libres de décider qui doit intervenir dans l’organisation de leur foi et de leur
rituel. Les musulmans s’intéressent aux fatawa50 et si les imams salafistes attirent
plus d’adeptes, c’est parce qu’ils sont considérés comme théologiquement et reli-
gieusement purs. » (Bernard Godard, chargé de mission – Bureau central des
cultes, ministère de l’Intérieur.)51
Dans la société française laïcisée, les imams peuvent donc perpétuer l’environne-
ment religieux de leur pays d’origine ou chercher à reproduire la société musul-
mane idéale des « pieux ancêtres » (al-salaf al-salih), dans laquelle l’islam cultu-
rel et populaire est banni en faveur d’un retour au « vrai islam », supposé avoir
été pratiqué par le Prophète et ses Compagnons.
49
Bernard Godard, Quelle formation des imams : état des lieux, [Link]/Quelle-Formation
des-imams-etat-des-lieux_a63.html.
50
Pluriel de fatwa.
51
Entretien privé, Paris, avril 2006.
44
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Salafisme
Il existe deux types de salafisme, wahhabite et rationaliste, le seul lien entre les
deux étant leur référence commune aux pieux ancêtres (al-salaf al-salih) de la
communauté musulmane. Le wahhabisme s’est lui-même cantonné au concept
d’islam comme religion, purifié de la diversité confessionnelle, des superstitions
et des pratiques populaires non orthodoxes. La tendance rationaliste, au
contraire, conçoit l’islam en tant que foi et civilisation. Muhammad Abduh, l’un
de ses principaux promoteurs, a entendu libérer la pensée islamique des
chaînes de l’imitation et poursuivre les réformes intellectuelles et éducatives en
Egypte. Cette tendance rationaliste appelle à l’édification d’une société nouvelle
qui ne serait ni européenne ni médiévale.
Les imams sont généralement considérés par les musulmans de France comme des
guides pour la prière et, parfois, des prédicateurs du vendredi. En réalité, ils sont de
plus en plus sollicités pour fournir de multiples services tels que médiateurs socio-
culturels, psychologues, experts en droit et en éthique. Ce rôle polyvalent révèle sans
doute un certain penchant des musulmans pour des imams traditionnels de type
« prédicateur de village »53. Mais on peut aussi – à l’instar de nombreux sociologues
– le considérer comme le signe d’une certaine « cléricalisation » à l’occidentale.
52
Théologien formé à l’Université Zaïtouna de Tunis et l’Université Imam de Riyad, Meskine a été arrêté en juin 2006
à la surprise générale pour financement et soutien d’activités terroristes. Les observateurs musulmans ont consi-
déré que cette arrestation avait une motivation politique.
53
Voir le cas du prédicateur de village jordanien Luqman in. R.T. Antoun, Muslim preacher in the modern world,
Princeton University Press, 1989, pp. 82-89.
45
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
L’incapacité des imams étrangers à répondre aux défis de la vie quotidienne dans
un contexte non musulman a bel et bien été perçue par les organisations musul-
manes. Au cours des quinze dernières années, quatre instituts différents ont ainsi
ouvert leurs portes à des étudiants cherchant soit à approfondir leur connaissance
de l’islam par des cours du soir, soit à poursuivre une carrière religieuse en qua-
lité d’imams de mosquée ou d’aumôniers.
46
LE CONTEXTE EUROPÉEN
47
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Des solutions innovantes ont également été proposées par des universitaires fran-
çais reconnus, non seulement pour améliorer le statut social et culturel des imams
mais également pour apporter aux musulmans français des références religieuses
plus qualifiées et autochtones. L’ambition est de ne plus se cantonner à la seule
formation du personnel des mosquées mais d’inclure la formation et la promo-
tion d’oulémas nés en France, futurs promoteurs de l’Islam de France, sinon
d’Europe. Ce projet universitaire a le mérite incontesté d’anticiper sur la nécessité
d’une nouvelle réflexion théologique parmi les savants musulmans en France mais
risque toutefois d’être trop « gaulois » si les musulmans eux-mêmes ne l’avalisent
pas, dans le cadre du CFCM ou d’autres grandes organisations.
Pour leur part, les initiatives venant des musulmans eux-mêmes sont jugées trop
dépendantes financièrement de l’étranger et d’orientation trop traditionnelle, sans
compter qu’elles ne sont pas officiellement reconnues. C’est le cas de tous les ins-
tituts musulmans privés54.
54
Le projet a été présenté en 1996 à l’Université de sciences humaines Marc-Bloch de Strasbourg, la seule univer-
sité française habilitée à délivrer des diplômes d’Etat en théologie catholique et protestante. Frank Fregosi,
Reconnaissance et formation des cadres religieux musulmans : le cas de la France ; in « Imams d’Europe : Les
expressions de l’autoritat religiosa islamica », IMED, Monografies Mediterrànies, n°2, Barcelona 2005, pp. 25-31.
48
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Certains savants se tournent vers les oulémas du monde arabe et musulman pour
en obtenir une forme de reconnaissance. D’autres, en revanche, n’acceptent pas
la contrainte intellectuelle du consensus des oulémas, qu’ils regardent comme en
grande partie responsable de la stagnation du raisonnement théologique depuis
des siècles. Dans l’espace public islamique transnational, tous communiquent en
arabe, et l’arabe reste généralement la langue dominante de leurs sermons
quand bien même ils prêchent dans des mosquées françaises.
« Nationaliser » l’islam est donc une tâche difficile pour les savants religieux
musulmans en France qui trouvent leur raison d’être dans l’oumma et le message
universel de l’islam. Cela est encore plus difficile dans le contexte républicain
français où, selon les termes de l’anthropologue américain John Bowen qui a réa-
lisé une étude approfondie de l’Islam en France, « Les musulmans sont confron-
tés à de graves conflits du fait de la double puissance de la laïcité française et
de l’universalisme musulman »55.
55
Entretien privé, Paris, mai 2006.
49
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
CHAPITRE II
L E C A S D U R OYAU M E - U N I
Inde
8%
Pakistan
44 %
Source: D. Hussein, Muslims in British cities,
[Link]/PDFs/Final_ICDEI_Symposium.pdf.
50
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Les alévis
L’alévisme est une doctrine syncrétique culturelle, philosophique et mystique
dans laquelle des éléments sunnites (acceptation du Prophète Mahomet et du
Coran) se mêlent à des concepts chiites et ismaéliens (vénération des imams,
interprétation ésotérique supérieure du Coran) ainsi que des croyances et pra-
tiques pré-islamiques et chrétiennes (maisons liturgiques des çems, confession
des péchés). Elle ne fait pas de discrimination envers les femmes et rejette le
djihad. Les alévis utilisent le turc pour leur liturgie.
51
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
56
Mouvement pan-islamiste politique lancé par Abu l-A’la Mawdudi, il est parvenu à unifier les partis islamiques au
Pakistan dans la Muttahida Majlis-e Amal. Le chef charismatique pan-islamiste égyptien Hassan al-Banna a fondé
l’Association des Frères Musulmans en Egypte au début des années 1920. Assassiné en 1949, il demeure la prin-
cipale référence idéologique du mouvement, qui reste interdit en Egypte et subit occasionnellement une répression
en dépit de sa présence au Parlement.
52
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Comme ailleurs en Europe, les musulmans pratiquants ont placé leurs croyances
religieuses au cœur de leur identité et ils font souvent un effort intense pour trans-
mettre leur foi à la génération suivante. L’enseignement islamique a donc pris
une importance primordiale au Royaume-Uni et le financement public des
écoles musulmanes privées est devenu une requête pressante des musulmans
auprès des pouvoirs publics. Le gouvernement britannique reconnaît, depuis la fin
des années 1990, la nécessité de développer la diversité des écoles religieuses à
financement public, mais seules quatre écoles musulmanes ont pu obtenir ce sta-
tut (contre 7 000 écoles chrétiennes et 35 juives57).
53
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
À la fin des années 1980, la publication par l’écrivain britannique d’origine indienne
Salman Rushdie de ses Versets sataniques a montré l’importance du fossé existant
entre les musulmans pratiquants vivant au Royaume-Uni et le reste de la société
britannique. La réaction de colère des musulmans dans tout le pays a révélé non
seulement combien les valeurs pouvaient rassembler des communautés musulmanes
par ailleurs fragmentées, mais aussi combien les islamistes et les forces islamiques
pouvaient se dresser comme un seul homme lorsqu’il s’agissait de mener le combat
pour la reconnaissance de ce qu’ils regardaient comme les droits et les besoins
musulmans. L’affaire Rushdie a, en fait, donné un grand élan aux
militants musulmans pour s’organiser et constituer de plus grandes organisations
nationales.
58
Engaging with the Islamic World Group, Foreign Office, entretien privé, novembre 2006.
59
Jytte Klausen, The Islamic challenge, Oxford University Press, 2005, pp. 33-36; [Link]-J.C. Soper (2006),
pp. 49-52.
54
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Du côté du gouverne-
ment, la concertation
officielle avec les organi-
« Le gouvernement britannique sations et dirigeants
soutiendra financièrement les musulmans a également
débuté sous le vocable
mosquées et organisations politiquement correct de
musulmanes qui travaillent à « Prévenir l’extrémisme
ensemble » (PET), qui –
lutter contre l’extrémisme. avec moins de détours –
vise à pousser les musul-
Il retirera tout soutien financier mans à mieux gérer leurs
à celles qui ne le font pas. » affaires et à prendre leur
part de responsabilité
dans l’éradication de
l’extrémisme dans les
mosquées et écoles religieuses de leur communauté. Le ministère de l’Intérieur
britannique (Home Office) indique clairement que « le gouvernement britannique
soutiendra financièrement les mosquées et organisations musulmanes qui tra-
vaillent activement et pro-activement à lutter contre l’extrémisme. Il retirera tout
soutien financier à celles qui ne le font pas »60.
60
PET team-Home Office, entretien privé, Londres, novembre 2006.
55
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
des mosquées des « plaques tournantes pour la communauté ». Les institutions reli-
gieuses islamiques et leur personnel devraient, enfin, jouer à l’avenir un rôle central
dans l’intégration des musulmans dans la société britannique61. Dans
le cadre de cette politique endossée par les deux parties, les participants musulmans
au PET se sont engagés à constituer un organisme autogéré – le Conseil consultatif
national des mosquées et imams (MINAB) – afin d’exercer une surveillance sur les
mosquées et empêcher qu’elles ne soient instrumentalisées par des extrémistes.
LES MOSQUÉES
Les études sociales et politiques ont en fait mis en lumière combien les hommes
politiques deviennent sensibles aux questions affectant les pratiques religieuses
musulmanes – telles que la nourriture halal – et leurs préoccupations politiques
– telles que les guerres au Moyen-Orient, par exemple – dans des zones à forte
population musulmane, Birmingham, Londres, Bradford et Oldham. Les comi-
tés et conseils des mosquées peuvent, dans ces zones, opérer de façon efficace
en qualité de groupes de pression, notamment en période électorale65.
61
[Link]
62
Quelques mosquées ont également conservé une certaine indépendance par rapport aux organisations nationales,
leurs comités assurant une médiation efficace entre les croyants et les pouvoirs publics locaux.
63
Engaging with the Islamic World Group- FCO, entretien privé, Londres, novembre 2006.
64
Ibid.
65
Fetzer-Soper (2006), pp. 53-55.
56
LE CONTEXTE EUROPÉEN
66
Le même phénomène tablighi s’est répandu en France parmi les musulmans français d’origine nord-africaine de
deuxième et troisième générations. Voir M. Khedimellah, Jeunes prédicateurs du mouvement Tabligh, Socio-
Anthropologie, N° 10 Religiosités contemporaines.
67
D. Garbin, Bangladeshi Diaspora in the UK: some observations on socio-cultural dynamics, religious trends and
transnational politics, Conference on Human Rights and Bangladesh, SOAS, University of London, 17.06.2005,
pp. 5-6.
68
Directeur du Collège musulman et président du Conseil des imams et mosquées au Royaume-Uni, Badawi a été
très actif dans la promotion du dialogue interconfessionnel à partir de la fin des années 1970.
69
Entretien privé, Londres, novembre 2006.
57
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
La tradition sunnite est donc très diversifiée. Mais la tradition chiite ne l’est pas
moins. Les chiites ont fondé environ 100 mosquées au Royaume-Uni. Les chiites
duodécimains sont répartis en deux grandes organisations : la Fondation Khu’i, à
Londres, est considérée comme largement arabe et moyen-orientale alors que la
Fédération mondiale de communautés musulmanes chiites Khodja Ithna-ashari
représente les chiites d’Afrique de l’Est et a ses centres communautaires dans le
sud de Londres, ainsi qu’à Leicester et à Birmingham. Les khodja font partie du
MCB, contrairement à la Fondation Khu’i.
70
Établie en qualité d’organisation nationale en 1975, elle rejette toutes les écoles de droit sunnites et le soufisme,
et soutient une interprétation littéraliste du Coran.
71
D. Garbin (Op. Cit.), p. 7.
58
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Du côté des chiites septimains, les principales branches des ismaéliens sont éga-
lement représentées au Royaume-Uni. Les alévis entretiennent plusieurs çemevis,
le nom de leurs lieux de prière.
Les conseils des mosquées sont devenus actifs dans la promotion des droits reli-
gieux des musulmans et les plus efficaces d’entre eux, à l’instar du Conseil des
mosquées et imams de Londres, Birmingham, Leicester et Bradford, sont consti-
tués des guides de la prière et des savants religieux fortement engagés au côté des
puissants membres des comités de mosquée.
Une étude du MCB identifie clairement les imams comme étant les leaders religieux
de la communauté musulmane, mais aussi ses conseillers, guides spirituels, tra-
vailleurs sociaux et médiateurs. Mais comme l’ont confirmé les conclusions de cette
étude, les imams de Grande-Bretagne sont en règle générale mal préparés à remplir
leurs multiples tâches. Soit ils sont ignorants de la culture occidentale, soit ils ont une
conception conservatrice de leur rôle, limité à la conduite des cinq prières quotidiennes
et la délivrance du sermon du vendredi dans les mosquées. Leur incapacité à satisfaire
les exigences des jeunes musulmans britanniques fait qu’ils ne sont plus les références
religieuses uniques de la communauté72. Les imams ne sont cependant ni des figures
religieuses indépendantes, ni les seuls responsables des services des mosquées !
Rejetant l’idée que la responsabilité des manquements de certaines mosquées incom-
bent aux imams mal formés, un ancien officiel musulman de la Police de Londres et
participant au PET critique au contraire des comités de mosquée qu’il qualifie carré-
ment de « largement dépourvus d’érudition, fonctionnant mal et manquant même
d’honnêteté »73. Il apparaît donc que les comités de mosquée et la qualification des
imams eux-mêmes ne peuvent être traités séparément dans les discussions en cours
sur la réorganisation du culte musulman en Grande-Bretagne.
Il faut noter que les imams sont généralement jeunes par rapport aux membres
des comités de mosquée qui sont, eux, des sexagénaires. La plupart (64 %) ont
un passeport britannique mais ne sont pas nés au Royaume-Uni (85 %) ; ils par-
lent l’anglais, l’arabe et l’ourdou lors des offices à la mosquée. L’étude du MCB
72
Voices from the minaret, MCB, mai 2005.
73
[Link]/[Link]?nws=bmf_balance.
59
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
suggère en outre que les imams devraient à nouveau jouer un rôle social et reli-
gieux positif au sein de la communauté et, pour cela, être plus qualifiés. Si l’hy-
pothèse généralement admise est que les musulmans britanniques devraient pou-
voir compter de plus en plus sur des imams nés au Royaume-Uni, le rapport du
MCB conclut néanmoins que les imams continueront d’être formés dans les sémi-
naires musulmans britanniques existants (dar al-’ulum).
60
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Quant aux autorités religieuses au sein des organisations nationales, le MCB est
la seule à avoir mis en place un Comité centralisé des imams et des mosquées
et à avoir un Conseil d’oulémas parmi ses adhérents. Si des oulémas se sont
impliqués discrètement dans la création du MCB depuis les années 1990, le
jeune cheikh Ibrahim Mogra – président du Comité des relations interconfes-
77
Entretien privé, Londres, juin 2006.
61
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Les autorités religieuses se retrouvent également parmi les divers conseils de mos-
quées et d’imams, où ils jouent un rôle plus indépendant si les comités de mos-
quée les y autorisent. « Les comités de mosquée peuvent être très manipulateurs.
Seul un leader religieux puissant peut résister à une telle manipulation », déclare
cheikh Mogra79.
62
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Le caractère transnational
de toutes les traditions reli-
gieuses de l’Islam au
« Le caractère transnational Royaume-Uni – du réfor-
de toutes les traditions misme deobandi et barelvi
au modernisme azhari ou
religieuses de l’Islam au au salafisme saoudien, en
Royaume-Uni s’accompagne passant par le chiisme et le
soufisme – s’accompagne
en outre d’une multiplicité en outre d’une multiplicité
d’autorités religieuses. Les
d’autorités religieuses. » vertus religieuses et quali-
tés intellectuelles de ces
autorités, leur production
écrite et orale ainsi que leurs liens personnels et les débats théoriques continuent de
transcender les frontières géographiques. Aucun de nos interlocuteurs ne semble dou-
ter de l’importance du maintien de ces liens. Le jeune cheikh Mogra a même été très
explicite à cet égard : « Les politiciens ont montré du doigt des imams radicaux
étrangers tels qu’Abu Hamza. En réalité, trois imams sur mille seulement sont
des radicaux bien qu’ils viennent en grande majorité de l’étranger. Il est faux de
dire qu’il y a un problème parce que les imams sont étrangers. Ce n’est pas non
plus une question de langues; nous nous appauvririons en définitive si nous
n’avions pas un tel partenariat avec des oulémas de l’étranger »81.
L’initiative de la Voie moyenne radicale, soutenue par le PET, est fondée sur les
mêmes prémisses que celles de Mogra et favorise les rencontres entre des oulé-
81
Entretien privé, Leicester, novembre 2006.
63
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Quant aux communautés chiites, leurs références religieuses se situent soit à Nadjaf
en Irak, soit à Qom en Iran, voire en Inde ou au Pakistan. Parmi les chiites duodéci-
mains, l’ayatollah Ali Sistani, de Nadjaf, est sans doute l’autorité religieuse la plus
vénérée mais il faut également compter avec l’ayatollah Ali Khamenei – le puissant
guide spirituel et politique de la République islamique d’Iran – ainsi que l’ayatollah
Wahid al-Khorasani basé à Qom. Les ismaélites nizarites plus séculiers considèrent
plutôt Karim Aga Khan – basé à Paris – comme leur source de référence religieuse,
alors que les bohras, plus pieux, se fient à Saydna Buran Din. Les ordres soufis, pour
leur part, entretiennent des liens étroits avec des guides spirituels et religieux en
Afrique mais également au Moyen-Orient et dans le sous-continent indien. Il en est
de même des sunnites deobandis comme barelvis. Le cheikh sunnite militant Yousuf
al-Qaradaoui et certains des membres de son ECFR tels que le juge mauritanien
Abdallah Bin Bayya83 et le Bosniaque Mustafa Ceric84 sont également des personna-
lités religieuses très respectées. Parmi la jeune génération de musulmans sunnites, la
vedette incontestée est le cheikh américain Hamza Yusuf, né Mark Hanson, converti
à l’islam à l’âge de dix-sept ans85. On trouve également au Royaume-Uni ainsi qu’en
France des disciples du savant et soufi yéménite Habib ’Ali al-Jifri et du cheikh syrien
Muhammad Ramadan al-Bouti86.
On ne peut exclure que ces éminents savants religieux et leaders spirituels soient
un jour remplacés par des personnalités religieuses formées localement. Ce qui
82
Entretien privé, Londres, juin 2006.
83
Parlant couramment le français, Bin Bayya est une autorité éminente de la jurisprudence islamique des minorités et
bien informé des affaires européennes. Il est membre du Conseil européen d’al-Qaradaoui.
84
Grand Mufti de Bosnie et président de sa communauté musulmane. Formé traditionnellement à Sarajevo et à
l’Université Azhar du Caire, il a obtenu un doctorat en théologie islamique de l’Université de Chicago. Membre de l’ECFR
d’al-Qaradaoui, il est bien connu en Europe et dans le monde arabe.
85
Fondateur de l’Institut Zaïtouna en Californie pour le renouveau des sciences islamiques et la préservation de la métho-
dologie traditionnelle pour approcher leur étude et leur compréhension. Il est devenu l’une des références religieuses les
plus influentes parmi les musulmans d’Europe et des États-Unis.
86
Al-Jifri est un jeune maître soufi charismatique et savant chaféite yéménite qui se rend souvent en Europe.
64
LE CONTEXTE EUROPÉEN
semble toutefois inévitable et normal est que, même si cela se produit, ces per-
sonnalités continueront à être formées dans les séminaires théologiques tradition-
nels et à entretenir des liens avec les institutions religieuses du monde islamique.
87
Entretien privé, Home Office, Londres, novembre 2006.
65
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
88
Preventing Extremism together working group report, Aug-Oct 2005-id15020, chapter 5, pp. 62-70.
66
LE CONTEXTE EUROPÉEN
CHAPITRE III
L E C A S D E L’ AU T R I C H E
Bosnie et Kosovo
21 %
Autres
42 %
Turquie
37 %
Source: : [Link]/politis-europe.
67
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
sans heurts. Les comités de mosquée ont parfois été confrontés à des conseils
municipaux réticents à accorder des permis de construire. Le premier cimetière
musulman, en cours de négociation avec la ville de Vienne depuis plus de quinze
ans, est en effet seulement sur le point d’être inauguré. Les demandes particu-
lières de musulmans pour autoriser la séparation d’étudiantes ou les remarques
provocantes des prédicateurs musulmans radicaux isolés peuvent parfois créer
des tensions et susciter des réactions négatives de la part de l’actuel gouverne-
ment conservateur.
L’IGGIÖ
68
LE CONTEXTE EUROPÉEN
La loi de 1912 a en outre placé la recherche par l’État autrichien d’un interlocu-
teur unique au centre du processus d’institutionnalisation, et aidé les représen-
tants musulmans à trouver le moyen de s’organiser. L’IGGIÖ a donc évolué autour
du concept de responsabilité personnelle des musulmans pour l’élection de
leurs représentants, afin d’affirmer tout d’abord leur indépendance par rapport
aux réseaux musulmans transnationaux et leur liberté par rapport à leurs
différents pays d’origine. Ce faisant, l’IGGIÖ entend souligner son caractère
autrichien – principalement par l’adoption de la langue allemande et sa loyauté
envers la constitution autrichienne – tout en maintenant ses titres et son identité
musulmans90.
Au niveau local, les membres de l’IGGIÖ élisent leurs autorités officielles qui sont,
pour chacune des quatre communautés religieuses, l’assemblée communautaire,
le conseil communautaire et l’imam. L’assemblée communautaire élit à la majo-
89
L’Acte de reconnaissance visait initialement l’Église catholique en 1877 et a été étendu, au cours du XXe siècle, à
douze autres communautés religieuses. La loi a garanti l’égalité et la tolérance religieuse.
90
Conférence des imams d’Autriche, Vienne, 24 avril 2005.
69
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
rité absolue les huit membres du conseil pour quatre ans, et ceux-ci élisent à leur
tour le président de la communauté, le secrétaire général, le trésorier et le premier
imam.
La nationalité de Ramadan Yildiz n’est cependant pas son seul lien avec la
Turquie. Il y a commencé son éducation religieuse à l’école secondaire imam hatip
et y a obtenu ses diplômes universitaires. À Vienne, Yildiz a ensuite acquis une
connaissance courante de l’allemand et obtenu un doctorat en études islamiques.
91
[Link]/diversity/religions_islam1.shtml : entretiens privés avec l’IGGIÖ.
70
LE CONTEXTE EUROPÉEN
était devenu nécessaire. Même à cette époque, cet objectif ne fut pas entièrement
atteint, car des muftis indépendants continuaient à délivrer leurs fatawa contredi-
sant parfois les avis juridiques des muftis officiels92 !
Ramadan Yildiz est en outre mufti de l’école hanafite, l’école juridique officielle de
l’Empire Ottoman, qui reste aujourd’hui encore la doctrine officielle de la
République turque. Le hanafisme a également été adopté par l’IGGIÖ, bien que
celle-ci ait formellement inclus depuis 1989 le chiisme et les autres écoles sun-
nites. En dépit de ces liens, l’IGGIÖ n’est clairement pas une institution tournée
vers la Turquie ou dominée par elle. Loin d’accepter un quelconque « diktat » de
l’extérieur – en particulier de la Diyanet turque – le représentant officiel des musul-
mans en Autriche a élaboré un système électoral fondé sur le principe d’une voix
par personne, avec un seuil de vote ethnique de 33 %, ce qui permet d’éviter
qu’un groupe ethnique en particulier le domine.
Directement liée au cabinet du Premier ministre, elle a été établie par le gou-
vernement turc en 1985 avec pour principal objectif de contrecarrer les mou-
vements islamistes à l’étranger, principalement en Europe. Paradoxalement, les
fonctionnaires de la Diyanet soutiennent la séparation de l’Église et de l’État.
Elle met l’accent sur les aspects culturels de l’Islam afin de favoriser le dialogue
avec l’Occident et l’intégration des musulmans dans leurs pays d’adoption.
92
S.J. Shaw, History of the Ottoman Empire and Modern Turkey, Cambridge University Press, 1991, vol. I, pp. 132-39.
71
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
L’Union des centres culturels islamiques (IKZ) a été la première de ces organisa-
tions à émerger en 1980. Elle traduit le développement politique et idéologique des
süleymançis, un mouvement religieux conservateur qui a prêché à la fin du XIXe
siècle un retour au Coran comme source fondamentale d’un renouveau islamique et
poursuivi l’ouverture de plusieurs écoles coraniques en Turquie. De nombreux süley-
mançis ont également commencé à être actifs en Europe et particulièrement en
Allemagne, où ils dirigent actuellement un impressionnant réseau de pensionnats.
En Autriche, les süleymançis ont également pu fonder 23 associations dont des
mosquées et des écoles, tout en maintenant des liens étroits avec le réseau d’orga-
nisations basé en Allemagne et leur siège central à Istanbul, qui contrôle le recrute-
ment des imams devant être envoyés à l’étranger. Ils ont en outre amélioré leurs rela-
tions avec la Diyanet, car le climat politique et religieux en Turquie est depuis
récemment plus favorable aux mouvements politico-religieux93.
Les membres de l’IKZ participent à l’IGGIÖ et ont accepté son autorité sur l’ac-
créditation de leurs imams et l’agrément de leurs mosquées et écoles. Les autres
organisations nationales musulmanes sont la Fondation islamique (IF) à Vienne,
dite également Milli Görüs ou la Vision nationale et l’ATIB. L’IF est la deuxième
organisation par la taille en Autriche – où elle contrôle 44 associations – et de loin
la plus grande de Vienne. La Fondation islamique a pris forme en 1988 et rapide-
ment, elle a pu organiser un réseau étendu de mosquées et d’associations culturelles.
Celles-ci sont strictement coordonnées avec son quartier général européen, basé en
Allemagne, et avec ses organisations et son parti politique en Turquie, le parti islamiste
Saadet94. L’idéologie islamiste et les activités politiques de l’IF, ainsi que son réseau
transnational étendu, ont souvent été une source de préoccupation pour les gouverne-
ments, notamment en Allemagne. La Milli Görüs y était encore en 2004 considérée
comme une menace pour la sécurité tant des musulmans que des non-musulmans,
étant regardée comme « anti-occidentale et anti-démocratique ». En Autriche, en
93
K. Sohler, Turkish and Kurdish Migrant Associations in the Austrian and Viennese Context, Conférence sur l’inté-
gration des immigrants en provenance de Turquie en Autriche, en Allemagne et aux Pays-Bas, Université Bogaziçi,
27-28 février 2004; [Link]/[Link]; Mehmet Tansel Demir, Tarikats as a base for
politization in Islam, IRL 533 Social and Political Movements in Turkey, Eylul University, Izmir, 28 janvier 2005.
94
Le parti Saadet a fait scission du parti Fazilet de Necmettin Erbakan et prend une position politique religieuse plus
modérée que son prédécesseur. La Cour constitutionnelle l’a interdit en 2001 à cause de sa forte identité religieuse,
contraire à la laïcité turque.
72
LE CONTEXTE EUROPÉEN
L’évolution future des rapports entre l’ATIB et l’IGGIÖ dépendra donc de l’étendue
de l’influence sur les musulmans turcs que la première sera prête à abandonner
au profit de la seconde, dont le contrôle centralisé transcende – tout au moins for-
mellement – les différences ethniques et confessionnelles des communautés
musulmanes en Autriche.
73
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
ne remplit pas tout à fait les critères islamiques orthodoxes d’admission fixés par
l’IGGIÖ. La Fédération des communautés alévies en Autriche (AABF) représente
un réseau cohérent d’associations culturelles pour les alévis, qui se sont établis
principalement à Vienne. Ils ne participent pas à l’IGGIÖ mais ont commencé à
réclamer la reconnaissance de leurs spécificités religieuses et culturelles au sein
de son cadre institutionnel. Ni l’IGGIÖ ni les alévis ne semblent avoir trouvé pour
le moment un terrain d’entente mutuel.
« Les alévis représentent un cas particulier. L’État autrichien voudrait les voir par-
ticiper à l’IGGIÖ mais cela ne s’est pas encore produit. Le çem auquel j’ai assisté
n’avait rien de la liturgie musulmane que nous connaissons tous », dit sans détour
Muddar Khuja97.
Les alévis sont en fait aux marges de l’orthodoxie sunnite et chiite et ont été pério-
diquement interdits et dissous dans la Turquie ottomane aussi bien que kémaliste. La
Turquie contemporaine refuse de leur accorder le statut de minorité culturelle et/ou
religieuse. L’Autriche en revanche, et l’Europe en général, leur permettent de jouir
pleinement de la liberté de culte et de plaider leur cause en Autriche comme dans
leurs pays d’origine. La Fédération alévie entretient des contacts étroits avec les com-
munautés alévies de Turquie, où demeure leur autorité spirituelle la plus élevée.
97
Entretien privé, Vienne.
98
S. Kroissenbrunner, [Link]/up-media/2393_muslims_it_at.pdf. Le pourcentage d’alévis est vivement contesté
par l’AABF. Selon ses propres estimations, les alévis sont près de 60.000, soit 12-15% de la population musulmane.
Entretien privé avec l’AABF, mars 2007.
74
LE CONTEXTE EUROPÉEN
99
Entretien privé, Vienne, octobre 2006.
75
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
100
Entretien privé, Vienne, octobre 2006.
76
LE CONTEXTE EUROPÉEN
De leur côté, les alévis, qui adaptent actuellement leur stratégie aux contextes juri-
diques particuliers des pays européens, ont tout juste engagé les consultations
visant à faire reconnaître leurs différences par l’IGGIÖ. Kemal Soylu, vice-prési-
dent de l’AABF, décrit cette possibilité dans les termes suivants : « Les alévis ne
font pas partie intégrante de l’IGGIÖ, qui est composée d’organisations islamistes
arabes et turques. Nous avons engagé des contacts avec elle en mars 2006 seu-
lement. Nous avons également rencontré le ministre de l’Éducation autrichien,
qui a donc proposé que nous poursuivions notre reconnaissance en qualité de
branche différente de l’islam au sein de l’IGGIÖ »101.
Que cette transformation ait lieu ou non, l’IGGIÖ semble toutefois se concentrer
plus sur l’intégration des musulmans dans la société autrichienne que sur les alé-
vis. À cet égard, elle propose la création d’une « commission de savants et d’in-
tellectuels, multiethnique et représentative des diverses écoles juridiques, sous la
présidence d’un mufti, qui soumettrait des déclarations et des points de vue aux
comités compétents de la Communauté religieuse islamique en Autriche »102.
*
* *
Dans la plupart des grands pays du Vieux continent, un effort sérieux a donc été
fait pour aider à la création d’organismes institutionnels susceptibles de représen-
ter les musulmans pratiquants et de devenir l’interlocuteur des gouvernements en
ce qui concerne l’organisation de leur foi. La France, le Royaume-Uni et l’Autriche
101
Entretien privé par écrit, mars 2006.
102
Conférence des imams autrichiens, 24 avril 2005, Déclaration finale.
77
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Il est vrai que la tâche est ardue pour les pouvoirs publics. D’abord, la définition
des « autorités religieuses musulmanes » est complexe et évolutive dans le temps
et dans l’espace. Les musulmans préfèrent d’ailleurs eux-mêmes utiliser la notion
plus large de « référence religieuse faisant autorité », qui exclut à la fois le concept
d’autorité au sens de pouvoir lié aux institutions islamiques contrôlées par l’État
et le principe hiérarchique que connaît, par exemple, l’autorité catholique. Le pro-
fil académique et spirituel des autorités religieuses diffère d’ailleurs selon les
diverses tendances idéologiques et confessionnelles. Sunnites et chiites ortho-
doxes se fient généralement à des savants formés dans des universités et sémi-
naires religieux établis. Les versions hétérodoxes de l’islam et les ordres soufis en
revanche font preuve, sous la direction de leaders religieux charismatiques, d’une
relation plus émotionnelle avec la divinité. Les activistes politico-religieux musul-
mans, enfin, attribuent généralement « l’autorité » religieuse à des savants reli-
gieux engagés socialement et « politiquement » et qui sont indépendants des pou-
voirs constitués.
78
LE CONTEXTE EUROPÉEN
Enfin, les efforts de « centralisation » que déploient les États, et qui visent à faire
émerger un interlocuteur unique parlant au nom de tous les musulmans prati-
quants, se heurtent nécessairement à une tradition islamique dans laquelle
aucune personne ni institution n’a jamais eu une telle prérogative depuis la mort
du Prophète.
Comment, dans un tel cadre, améliorer les politiques publiques des États
européens en matière de structures de représentation et de dialogue de leurs
minorités musulmanes ? Les cinq propositions qui suivent ont pour vocation d’y
contribuer.
79
PARTIE III
PROPOSITIONS
81
PROPOSITIONS
Il serait souhaitable que ces savants religieux soient élus par les communautés
musulmanes ou, subsidiairement, par des représentants de ces communautés,
eux-mêmes élus préalablement de manière transparente. Une élection démocra-
tique est le premier critère de légitimité des organismes de représentation des
musulmans européens. Ce critère s’applique évidemment aussi au choix des per-
sonnalités religieuses qui y participent. Il repose d’ailleurs sur le principe isla-
mique selon lequel la communauté des croyants connaît et choisit ses propres
autorités religieuses.
Le système électoral de l’IGGIÖ autrichienne est le meilleur exemple actuellement
en vigueur103. Elle élit, au niveau du district, les premiers imams des quatre dis-
tricts et au niveau national, la plus haute autorité religieuse de la communauté,
le Grand Mufti. Cette procédure électorale est préférable à celle qui prévaut en
France car elle prend en considération les musulmans pratiquants individuelle-
ment – et non via des délégués désignés en fonction de la surface des mosquées
103
Voir pp. 67-68.
83
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
Il faut enfin admettre que l’islam officieux continuera d’exister au côté des
structures de représentation institutionnalisées. Il y aura toujours des autorités
religieuses respectées par un groupe de disciples en dépit – ou à cause – de leur
caractère non institutionnalisé. Ces autorités parallèles ne parleront certes pas au
nom de tous les musulmans – comme les organismes institutionnalisés ambition-
nent de le faire. Pour autant, ce serait une erreur de les marginaliser.
Eu égard au pluralisme, aucune des expériences que nous avons analysées n’est
totalement satisfaisante.
• L’IGGIÖ autrichien reste un organe centralisé dominé par les sunnites avec une
forte inclination pour les aspects légalistes de la tradition islamique plutôt que
vers son riche patrimoine humaniste et spirituel. Pour le moment, le Grand
Mufti est certainement une autorité religieuse pour de nombreux musulmans
pratiquants autrichiens, mais ce n’est pas une autorité pour eux tous. La
consultation sur l’éventuelle intégration de l’alévisme dans l’IGGIÖ a toutefois à
peine commencé. On pourra y juger de la capacité des deux parties à sur-
monter leurs différences.
84
PROPOSITIONS
104
Voir pp. 63-64.
85
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
favoriser les échanges avec les oulémas de l’oumma étendue et faciliter les débats
parmi les savants religieux et les intellectuels. La reconnaissance officielle des
diplômes universitaires qu’elles délivreront contribuera à donner à l’islam la
même place dans les cultures et les sociétés européennes qu’au judaïsme et au
christianisme.
Nous ne pensons pas, par contre, que ces facultés poseront les bases d’un
islam européen car – comme les trois exemples nationaux l’ont clairement
démontré – les personnalités et institutions religieuses musulmanes continuent
généralement de se référer – en théologie – au consensus sans frontières des oulé-
mas de la communauté étendue des croyants (oumma) et à la tradition islamique
comme principale source incontestable de légitimité de l’autorité des oulémas. En
outre, depuis la mort du Prophète, il n’y a jamais eu de toute la longue histoire de
l’Islam d’autorité religieuse unique – personnalité ou institution – capable de par-
ler au nom de tous les musulmans. On peut présumer que cela ne se produira pas
non plus en Europe.
105
Voir pp. 22 ; 28.
106
Pp. 13, 15 ; [Link]/English/EuropeanMuslims/PoliticsCitizenship/2006/09/[Link]
86
PROPOSITIONS
Les liens transnationaux des musulmans pieux avec les institutions et savants reli-
gieux hors des frontières européennes ont démontré leur vitalité et leur utilité dans
les trois pays examinés. Chercher à réduire leur importance serait inefficace et
contre-productif.
Des initiatives telles que la Voie Moyenne Radicale britannique et les conférences
de la mosquée al-Da’wa en France visent actuellement les jeunes musulmans
éduqués, mais peuvent préfigurer des rencontres plus « populaires » entre des
musulmans jeunes ou moins éduqués et un panel plus large de figures reli-
gieuses faisant autorité107.
En ce qui concerne les institutions musulmanes officielles, l’IGGIÖ insiste sur son
indépendance financière par rapport à l’État autrichien, alors que le gouverne-
ment britannique a récemment annoncé sa détermination à accorder des fonds
publics aux seules organisations musulmanes qui promeuvent l’intégration et lut-
tent contre l’extrémisme.
De son côté, le gouvernement français a reconnu la nécessité pour le CFCM de
trouver également des sources de financements à l’étranger qui puissent être
acheminés et contrôlés de façon transparente. Il a ainsi mis en place, avec le
CFCM, La Fondation pour les œuvres de l’islam de France qui vise à débloquer
107
Voir pp.61-62.
87
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
les financements étrangers pour répondre aux besoins et aux aspirations religieux
des musulmans en excluant tout financement de l’État français108.
Cette fondation, qui ne fonctionne pas encore, devrait être indépendante en ce
qui concerne le contrôle et la gestion. Nous suggérons que, si le CFCM s’avère
un interlocuteur fiable en évoluant vers une institution indépendante capable de
porter la voix d’autant de musulmans pratiquants en France que possible, il
devrait avoir aussi la responsabilité directe du financement des œuvres musul-
manes. Tout contrôle exercé par l’État sur cette fondation ne serait pas seulement
en contradiction avec ses principes de neutralité. Il confirmerait également la dif-
ficulté pour l’islam d’acquérir son indépendance même par rapport à l’État le plus
laïc d’Europe.
108
Voir p. 40.
88
REMERCIEMENTS
L’auteur souhaite remercier les nombreuses personnes qui l’ont aidée à dévelop-
per le sujet complexe de l’autorité religieuse dans le monde musulman et qui ont
consacré leur temps et leur énergie à répondre à ses questions avec une grande
responsabilité et une grande générosité. Une mention spéciale revient aux experts
religieux, spécialistes de sciences politiques et savants religieux qui ne sont pas
mentionnés dans la note mais dont l’apport a néanmoins été important. Un remer-
ciement particulier s’adresse à Michel Kilo, journaliste et écrivain, actuellement
emprisonné à Damas ; Ra’id Qusti, correspondant d’Arab News à Riyad ; cheikh
’Ali al-Nashwan du premier cercle de savants religieux de feu le cheikh Bin Baz-
Riyadh ; ’Abd al-’Aziz al-’Askar, imam et khatib de la mosquée Imam Sa’ud de
Dar’iya, Riyad ; Turki al-Hamad, spécialiste de sciences politiques et écrivain,
Riyad ; Sami al-Anjawi, savant soufi, Djeddah ; Abu l-A’la Madi, directeur du
Centre international d’études politiques, le Caire ; Heba Ra’uf, spécialiste de
sciences politiques de l’Université du Caire; Dhi’a Rashwan, rédacteur en chef du
Directory of World Islamic Movements; et Amr al-Shubaki, journaliste, au Centre
al-Ahram d’études politiques et stratégiques au Caire ; Denis Unal, Secrétaire
général de la FUAF, Paris.
Ce travail n’aurait pas été enrichi de tant de voix sans la généreuse hospitalité de
la famille Abd al-Latif Jamil à Djeddah et de Kingdom Holding et Total à Riyad.
L’auteur remercie enfin son époux, John Rossant, pour son aide ponctuelle dans
la révision du texte.
89
LES PUBLICATIONS
DE L’INSTITUT MONTAIGNE
91
A U N O M D E L’ I S L A M :
QUEL DIALOGUE AVEC LES MINORITÉS MUSULMANES EN EUROPE
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L E S P U B L I C AT I O N S D E L’ I N S T I T U T M O N TA I G N E
• Compétitivité et vieillissement
(septembre 2003)
• De « la formation tout au long de la vie » à l’employabilité
(septembre 2003)
• Mieux gouverner l’entreprise
(mars 2003)
• L’Europe présence (tomes 1 & 2)
(janvier 2003)
• 25 propositions pour développer les fondations en France
(novembre 2002)
• Vers une assurance maladie universelle ?
(octobre 2002)
• Comment améliorer le travail parlementaire
(octobre 2002 – épuisé)
• L’articulation recherche-innovation
(septembre 2002 – épuisé)
• Le modèle sportif français : mutation ou crise ?
(juillet 2002 – épuisé)
• La sécurité extérieure de la France face aux nouveaux risques stratégiques
(mai 2002)
• L’Homme et le climat
(mars 2002)
• Management public & tolérance zéro
(novembre 2001)
• Enseignement supérieur :
aborder la compétition mondiale à armes égales ?
(novembre 2001 – épuisé)
• Vers des établissements scolaires autonomes
(novembre 2001 – épuisé)
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Suez
Dexia
bioMérieux
The Boston Consulting Group
Axa
H. de Clermont-Tonnerre – ERSA
Carrefour
Areva
Renault sas
Rallye – Casino
AGF
AIR FRANCE KLM
Servier Monde
Groupama
Bouygues
BNP Paribas
Urbania & Adyal
Ernst & Young
Bolloré
Ineum Consulting
SNCF Groupe
Aegis Media France
McKinsey & Company
Lazard Frères
J Walter Thompson
A.T. Kearney
Groupe TFN
Accenture
Michel Tudel & Associés
EADS
Pierre & Vacances
LVMH – Moët-Hennessy – Louis Vuitton
Schneider Electric
Experian
Caisse des Dépôts
APC – Affaires Publiques Consultants
Groupe Dassault
Amgen
IDI
Eurazeo
Pfizer
RTE Réseau de Transport d’Electricité
S O U T I E N N E N T L ’I N S T I T U T M O N T A I G N E
HSBC France
Tecnet Participations
CNP Assurances
HDF
Neuf Cegetel
GL Trade
PricewaterhouseCoopers
Rothschild & Cie
Sodexho
VINCI
abertis
JeantetAssociés
The Royal Bank of Scotland France
BearingPoint
Veolia Environnement
Janssen-Cilag, groupe Johnson & Johnson
Capgemini
GE Money Bank
Adom
Microsoft
Vivendi
TowerBrook Capital Partners
Média-Participations
Viel & Cie
NYSE Euronext
KPMG S.A.
sia conseil
Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie
Tilder
M6
Wendel Investissement
Total
Hameur
3i France
august & debouzy avocats
JT International
Facom
Mercer
WordAppeal
Ricol, Lasteyrie et Associés
S O U T I E N N E N T L ’I N S T I T U T M O N T A I G N E
Imprimé en France
Dépôt légal : septembre 2007
ISSN : 1771-6756
Achevé d’imprimer en septembre 2007
L’Institut Montaigne est un laboratoire d’idées - think tank - indépendant créé
fin 2000 par Claude Bébéar. Il est dépourvu de toute attache partisane et ses
financements, exclusivement privés, sont très diversifiés, aucune contribution
n’excédant 2 % du budget. Il réunit des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires, COMITÉ DIRECTEUR
des universitaires et des représentants de la société civile issus des horizons et
des expériences les plus variés. Il concentre ses travaux sur trois axes de recherche. Claude Bébéar Président
Henri Lachmann Vice-président et trésorier
Cohésion sociale : Philippe Manière Directeur général
mobilité sociale, intégration des minorités, légitimité des élites...
Nicolas Baverez Économiste, avocat
Modernisation de la sphère publique : Jacques Bentz Président de Tecnet Participations
réforme de l’État, éducation, système de santé... Guy Carcassonne Professeur de droit public à l’Université Paris X-Nanterre
Christian Forestier Membre du Haut conseil de l’éducation
Stratégie économique et européenne : Marie-Anne Frison-Roche Professeur de droit à l’Institut d’Études Politiques de Paris
compétitivité, spécialisation industrielle, régulation... Ana Palacio Ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères
Ezra Suleiman Professeur de science politique à l’Université de Princeton
Grâce à ses chercheurs associés et à ses groupes de travail, l’Institut Montaigne Jean-Paul Tran Thiet Avocat associé chez White & Case
élabore des propositions concrètes de long terme sur les grands enjeux auxquels Philippe Wahl Directeur Général de la Royal Bank of Scotland France
nos sociétés sont confrontées. Ces recommandations résultent d’une méthode
d’analyse et de recherche rigoureuse et critique. Elles font ensuite l’objet d’un PRÉSIDENT D’HONNEUR
Bernard de La Rochefoucauld Fondateur de l’Institut La Boétie
lobbying actif auprès des décideurs publics.
think tank pionnier en France, souhaite jouer pleinement son rôle d’acteur
Olivier Blanchard Professeur d’économie au MIT
du débat démocratique.
Jean-Pierre Boisivon Délégué général de l’Institut de l’Entreprise
Au nom de l’Islam…
Quel dialogue avec les minorités
musulmanes en Europe ? Au nom de l’Islam…
Depuis la vague d’attentats terroristes perpétrés par Al-Qaida, les
populations musulmanes, longtemps négligées par les politiques publiques,
Quel dialogue avec les minorités
sont au centre des préoccupations des gouvernements occidentaux.
Une volonté nouvelle d’institutionnalisation de l’Islam a débouché,
musulmanes en Europe ?
dans nombre de grands pays européens, sur la création d’« organismes »
de représentation des musulmans pratiquants destinés à devenir les Antonella CARUSO
interlocuteurs uniques des gouvernements. Mais, partout, ces structures
demeurent imparfaites, souffrant en particulier d’un déficit de légitimité
aux yeux des pratiquants. Pourquoi ?
Institut Montaigne 10 €
38, rue Jean Mermoz - 75008 Paris ISSN 1771-6756
Tél. +33 (0)1 58 18 39 29 - Fax +33 (0)1 58 18 39 28 Septembre 2007
[Link] - [Link] NOTE SEPTEMBRE 2007