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Resurection

Le document présente une critique d'un ouvrage collectif traitant de la résurrection du Christ et de la résurrection humaine. Il résume brièvement les chapitres de l'ouvrage et soulève des questions quant à la prise en compte de certaines publications importantes sur le sujet ainsi que sur la reconnaissance de l'originalité absolue de la résurrection du Christ.

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Le document présente une critique d'un ouvrage collectif traitant de la résurrection du Christ et de la résurrection humaine. Il résume brièvement les chapitres de l'ouvrage et soulève des questions quant à la prise en compte de certaines publications importantes sur le sujet ainsi que sur la reconnaissance de l'originalité absolue de la résurrection du Christ.

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2023 07:47

Laval théologique et philosophique

Résurrection. Espérance humaine et don de Dieu


Note critique sur un ouvrage collectif
Paul Hitz

Volume 30, numéro 2, 1974

URI : [Link]
DOI : [Link]

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Éditeur(s)
Laval théologique et philosophique, Université Laval

ISSN
0023-9054 (imprimé)
1703-8804 (numérique)

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Citer cette note


Hitz, P. (1974). Résurrection. Espérance humaine et don de Dieu : note critique
sur un ouvrage collectif. Laval théologique et philosophique, 30(2), 197–203.
[Link]

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RÉSURRECTION.
ESPÉRANCE H U M A IN E ET DON DE DIEU

Note critique sur un ouvrage collectif


Paul H it z

L
E présent article emprunte son titre à un ouvrage paru en 1971, que j ’aimerais
J analyser1. Il s’agit d’un recueil groupant des études présentées au congrès des
exégètes canadiens tenu à Rimouski en juin 1971. À titre d’information, le recueil vaut
encore la peine d’être lu aujourd’hui.
Un premier chapitre présente une revue des recherches exégétiques récentes sur la
résurrection du Christ et la nôtre (pp. 7-26, par J. Harvey).
Le deuxième chapitre analyse le texte de 1 Cor 15,44 : « Avec quel corps lesjustes
ressusciteront-ils?» (pp. 27-47, par L. Audet).
Le troisième chapitre étudie le mystère de notre résurrection, notamment par
rapport «au sort des impies» et à «la résurrection des justes» (pp. 49-68, par R.
Lapointe).
Le quatrième chapitre revient sur la résurrection du Christ : « Phénomène observé
ou mystère révélé»? (pp. 69-79, par D. Fraikin).
Le cinquième chapitre analyse la question discutée de « la résurrection au
moment de la mort» (pp. 81-111, par M. Dumais).
On voit aussitôt que ce recueil aborde une foule de questions particulières et
difficiles, dont quelques-unes sont vitales pour une réflexion chrétienne actuelle. Il est
impossible de les reprendre ici en détail. Je me limite, dans cet exposé, à quelques
aspects fondamentaux qui concernent la résurrection de Jésus-Christ et qui traversent
l’ensemble de ces études.

I. L’IN F O R M A T IO N D E S A U T E U R S

À première vue, l’information des auteurs semble vaste et sérieuse. Le premier


chapitre signale une liste imposante de publications récentes, soit sur les anthropolo­
gies sous-jacentes à la notion de résurrection (pp. 8-18), soit sur la résurrection du

I. R ésurrection, Espérance humaine et don de Dieu, par L. A udet, M. D u m a is, D. F r a i k i n , J.


H arvey, R. La p o in t e , co llectio n « H ier, a u j o u r d ’h u i » , n° 8, D esclée et C ie, P aris-T ou rn ai;
B e lla r m in , M o n tr é a l, 1971, 14x21 cm , 114 pp.

19 7
P. HITZ

Christ et la nôtre, regroupées selon les principales lignes d’interprétation (pp. 19-26).
Le cinquième chapitre regroupe les principales études sur la question du « moment de
la résurrection » des hommes (p. 82).
A bon droit J. Harvey signale et résume comme « l’essai le plus impressionnant »
la brochure de H. Schlier, Ueber die Auferstehung Jesu Christi, Einsiedeln, 1968 (pp.
23-24; trad. La Résurrection de Jésus-Christ, Mulhouse-Paris-Tournai, 1969). Mais
il ne paraît pas que les chapitres ultérieurs aient mis à profit les conclusions sérieuses
et éclairantes de ce livre de H. Schlier.
En fait, quelques références exceptées, les publications considérables sur la
résurrection du Christ par W. Künneth, H. F. von Campenhausen, H. Grass, K. H.
Rengstorff, G. Koch, B. Klappert, J. Schmitt, J. Kremer, K. Lehmann, E. Lohse, Ph.
Seidensticker, D. M. Stanley, ne semblent guère prises en considération2.
De même le livre important de P.-E. Langevin, Jésus Seigneur et l ’eschatologie,
Bruges-Paris, 1967, est cité une fois seulement (p. 23), en passant.
L’ouvrage de F. X. Durwell, La Résurrection de Jésus m ystère de salut, Le Puy-
Lyon-Paris, 1950; 9e éd. en 1968, qui présente un essai dense et remarquable sur la
théologie de Pâques, reste totalement ignoré dans ce recueil, même si le nom de
l’auteur est mentionné parmi d’autres (p. 19). Il faut le regretter. Le livre de F. X.
Durrwell apporte des éléments éclairants sur les principales questions qui sont
étudiées par nos auteurs.
Par ailleurs, même s’ils en critiquent quelques thèses, les auteurs semblent fort
impressionnés par « l’ouvrage-choc » de Willi Marxsen, Die Auferstehung Jesu als
historisches und als theologisches Problem, Gütersloh, 1964; et Die Auferstehung
Jesu von Nazareth, ibid. 1968. (Cf. pp. 7 et 20; avec les nombreuses références, pp. 46,
51, 55, 59, 61, 73-75).

II. LA R É S U R R E C T IO N DU C H R IST

Les études qui nous sont proposées dans ce recueil concernent d'abord et surtout
la résurrection de Jésus-Christ lui-même.
À quelques reprises cette résurrection du Christ est désignée à bon droit comme « le
mystère eschatologique » par excellence (Cf. pp. 24 ; 38 ; 76-78 ; 67). Mais les auteurs
sont-ils conséquents avec cette affirmation quand, par ailleurs, ils parlent d’une « vie
posthume » (p. 59), ou d'une résurrection de type héllénique ou hébraïque (p. 62), du
contexte culturel, de l’horizon noétique et des présupposés anthropologiques de notre
foi en cette résurrection de Jésus (pp. 25-26, 47, 60-61, 62-63, 67, 78, 57-59)? À lire
tous ces développements, je ne puis me défendre de l’impression que, dans ce recueil,
l’originalité absolue et nouvelle de la résurrection du Christ (et de la nôtre) n’est pas
vraiment reconnue.

2. À dessein j ’utilise dans cet exposé seulement des ouvrages qui ont paru avant 1970. Pour une
information plus récente on peut voir m aintenant X. L ê o n - D u f o u r , Résurrection de Jésus et m essage
pascal, Paris, 1971 ; G. M a r t e l e t , R ésurrection, eucharistie et genèse de l ’hom m e. Tournai, 1972 : H.
U . v o n B a l t h a s a r , L e M ystère pascal, dans M ysterium salutis, vol. 12, Paris 1972 : B. R i ü a u x , Dieu
l'a ressuscité, exégèse et théologie, Gem bloux, 1973.

19 8
R É S U R R E C T IO N . E S P É R A N C E H U M A I N E ET D O N DE D I E U

Certes, ce mystère absolument unique du Christ peut et doit être énoncé et visé en
des formes catégoriales et des paroles humaines. Il l’est dans la foi et la prédication de
l’Église primitive, quand les textes les plus anciens nous parlent de « la mort et de la
résurrection du Christ, de l’abaissement et de l’exaltation, de la vie nouvelle, du
jugement justifiant, de l’élévation et de la glorification, de l’assomption par ascension,
du passage et de la montée vers le Père » (Cf. les premières formules de la foi
chrétienne et les nombreuses proclamations des Actes rapportées dans le recueil,
pp. 23-24).
Mais, déjà dans les couches les plus anciennes de ces textes, ces différents
schèmes sont juxtaposés, utilisés simultanément; ils restent toujours fragmentaires,
s’accomplissent et se brisent à la fois pour renvoyer à un tout transcendant, à ce
mystère absolument unique et total (« eschatologique ») qui est la résurrection-
exaltation de Jésus crucifié dans l’éternelle vie de Dieu.
À relire ces textes qui insistent toujours sur l’action de Dieu lui-même (‫ ״‬Dieu l’a
ressuscité, glorifié, exalté, établi Fils de Dieu puissant, Seigneur, Christ»; etc.), on
reconnaît aisément qu’il s’agit là du mystère trinitaire-eschatologique de Dieu en
Jésus crucifié, de l’Incarnation pleinement réalisée du Fils fait homme dans la gloire
du Père par son Esprit Saint, de cet événement qui, en Jésus-Christ, dépasse d'une
manière unique et absolue tout notre monde de vie et de mort, mais pour nous ouvrir,
par cette « création nouvelle », une voie vers la vie éternelle de Dieu. C’est pourquoi des
exégètes et théologiens (comme W. Künneth, B. Klappert, J. Kremer, G. Koch, H.
Schlier) affirment avec insistance que « cet événement est sans analogie » ou encore que
« ce que les disciples proclamaient dépassait les limites du pensable » (G. Koch).
Il est donc aberrant de comparer cette résurrection du Christ avec d'autres
résurrections des morts ou avec d’autres réalités humaines de notre monde ou encore
de la concevoir en fonction d’une anthropologie particulière, qu’elle soit hébraïque ou
grecque, ancienne ou moderne.
Aussi bien je ne vois pas pourquoi et comment cette foi en la résurrection du
Christ (et la nôtre) devrait s’inspirer davantage des sciences humaines, notamment
d’une anthropologie qui correspond à l’expérience de la sécularisation (Cf. pp. 25, 26,
47, 60, 62s., 67, 78, etc.). À vrai dire, la foi en la résurrection du Christ (et la nôtre) ne
peut rien emprunter aux sciences humaines, ces sciences qui concernent toujours
l’homme en notre devenir terrestre et ne peuvent rien dire de son avenir eschatologi­
que. D ’autre part, les sciences humaines n’ont pas d’information à recevoir de la
théologie sur cet avenir eschatologique de l’homme et du monde en Dieu, car la
théologie elle-même n’en sait rien, sinon sa réalité salvifique et décisive dans le Christ.
L’espérance chrétienne est fondée uniquement sur Dieu qui se révèle en Jésus crucifié
et ressuscité.
En d’autres termes, l’eschatologie chrétienne ne dépend pas des réalités premières
et ne peut pas être expliquée par elles. Si le mystère du Christ ressuscité peut être
reconnu dans la foi et, en un certain sens, transparaître à travers des réalités de
surface, c’est toujours parce que le Christ lui-même se révèle et s’explicite en paroles
humaines. Ainsi les disciples ont compris Jésus et ses paroles à partir de sa
glorification. Selon l’expression de F. X. Durrwell, « c’est dans la maison même qu'il
faut chercher la clé ».

1 99
P. HITZ

III. LES C H R IS T O P H A N iE S P A SC A L E S

A plusieurs reprises il est question, dans ces études, des « apparitions » par
lesquelles le Christ ressuscité s’est manifesté et fait reconnaître par les disciples (Cf.
pp. 51-60, 70-79).
Avec J. Kremer on rappelle qu’« il faut supposer un voir authentique pour rendre
compte de la foi absolue qu’accordèrent quelques hommes à la personne d’un crucifié
maudit ; la foi ne saurait expliquer le voir » (p. 55). Mais quelles explications nous sont
fournies à ce sujet?
R. Lapointe estime que ce « voir » s’explique, d’une part, à partir du tombeau vide
qui aurait fait induire aux disciples « que Jésus est peut-être ressuscité » : il s'agirait
alors de « la revivification du corps » (p. 53) ; et d’autre part, à partir de leur attente
messianique, dans le contexte apocalyptique de leur temps: « Ils étaient outillés pour
croire en la résurrection de Jésus. Ils croiraient en la résurrection parce que leur
attente apocalyptique préalable appartenait elle-même à la foi » (p. 59). Et de conclure
avec R. Bultmann : «Jésus est vraiment ressuscité!... cela est réel et historique à
travers la foi exprimée dans le kérygme. Si personne n’avait jamais cru au Christ
ressuscité, le vide du tombeau aurait reçu une explication triviale, les apparitions
n’auraient pas eu lieu ( ! ), l’attente apocalyptique n’aurait pas été réalisée », (pp.
59-60).
D. Fraikin, en analysant les textes et les faits des « apparitions », conclut qu’il
s’agit de « visions faisant connaître la résurrection de Jésus ou Jésus ressuscité comme
réalité eschatologique» (p. 76; «des visions ou apparitions de Jésus comme
“ révélation” , au sens technique: apocalypses» (p. 77); «la résurrection de Jésus
comme acte eschatologique de Dieu révélé sous forme de vision serait l'objet de foi
théologale » (p. 78). Ce qui correspond bien au témoignage apostolique (cf. notam­
ment 1 Cor 15, 5-8 et 9,1 ; Gai 1, 12.16). Mais il estime, par ailleurs:
1) que les termes utilisés par l’apôtre Paul sont ambigus et ambivalents (p. 72) :
2) qu’il n’y a pas de témoignage direct de quelqu’un qui aurait vu ou touché Jésus
après sa mort (p. 73);
3) que la conception paulinienne de la vision du Seigneur ressuscité s’oppose à celle
des évangiles et de la tradition chrétienne qui serait celle d’un phénomène
physique, miraculeux, observable et observé (pp. 70-72, 78);
4) que « la foi en la résurrection n’est pas l’acceptation d’un fait extraordinaire,
miraculeux..., mais l’acceptation de Jésus comme présence de Dieu dans le
monde » (p. 78).
Il y a, en tous ces essais d’explication, quelques bonnes remarques, mais aussi
beaucoup de confusions, voire certaines « explications » qui me semblent contraires au
témoignage apostolique du N.T. À relire les textes dans leur ensemble, je relève les
points suivants:
1. Les disciples n’étaient nullement préparés et «outillés pour croire en la
résurrection de Jésus ». Au contraire. Ils ont été « subjugués » par les rencontres
avec le Christ ressuscité (l’expression est de W. Künneth, H. Schlier, L. Goppelt,
e.a.). Ils ne s’y attendaient nullement. « Ainsi, dès les débuts, le témoignage rendu
au Christ ressuscité est signe d’une résistance vaincue » (H. Schlier, op. cit. p. 50).

200
R É S U R R E C T IO N . E S P É R A N C E H U M A I N E ET DO N DE DIEU

2. Les christophanies pascales ne sont pas des rencontres humaines terrestres


ordinaires (par la vue, l’ouïe, le toucher: «Je l’ai vu comme je te vois»: cf. la
remarque simpliste à la p. 72). Ce sont des visions-révélations par lesquelles « en
dévoilant le mystère de Jésus-Christ, Dieu révèle son Fils à des témoins choisis »
(H. Schlier, op. cit. p. 48). Mais ces visions révélations constituent un fait
miraculeux, extraordinaire, et « historique » en ce sens que le Seigneur ressuscité,
désormais suprahistorique, se manifeste à des hommes déterminés, situés dans le
temps et l’espace.
3. Il s’agit, selon les textes pauliniens et selon les récits des évangiles, de rencontres
avec le Christ vivant qui « est manifesté par Dieu, qui se manifeste et se donne à
voir, et qui a été vu »par de nombreux témoins et qui donna aux apôtres de
« nombreuses preuves qu’il était vivant » (Act 1,3 ; avec 1 Cor 15, 5-7 : Act 9,17 :
10, 41-42 ; 13, 31 ; 26,16 ; Le 24,34.37.39 ; Jn 20, 18.20.29 ; Me 16,7 ; Mt 28,7.10).
Il s’agit de « preuves », non pas au sens d’une démonstration scientifique ou d'une
approche anthropologique terrestre, mais au sens d’une évidence objective
insurpassable qui fait reconnaître à ces témoins ce Jésus qui a été crucifié et qui
est maintenant ressuscité des morts et exalté dans la gloire de Dieu et qui les
envoie en mission dans le monde. Mais il est sans doute impossible et inutile de
vouloir préciser davantage la nature et le mode de ces « apparitions-révélations »
pascales. Elles sont et restent totalement singulières, mystérieuses, uniques,
comme est unique le Christ ressuscité qui se communique lui-même dans ces
rencontres, par la parole et le signe. (Voir notamment H. Schlier, op. cit., pp.
3 5-52; avec J. Kremer, Das älteste Zeugnis von der Auferstehung Christi,
Stuttgart, 1966).
4. Certes, le Christ ressuscité « se fait voir » en suscitant la foi. Il a été manifesté, de
fait, « non pas au peuple en général, mais bien à des témoins nommés d’avance
par Dieu, à nous qui avons mangé avec lui et bu avec lui après sa résurrection
d’entre les morts» (Act 10,41). Mais cela ne signifie pas qu’il vient et qu’il est
présent en vertu de la foi et de l’attente de ses disciples, que les « apparitions »
résultent de « leur attente apocalyptique préalable », etc. (selon une interprétation
psychologique qui a fait fortune au début de ce siècle et qui résurgit de nos jours
comme une « nouveauté » !). La foi des disciples perçoit la présence du Seigneur,
mais elle ne la suscite pas. D’abord il y a la présence du Christ ressuscité qui
existe et se manifeste par lui-même, quand et comme il veut. Cette venue-
présence du Christ est « objective » (je ne dis pas : « chosiste et terrestre », comme
D. Fraikin l’interprète, pp. 70 ss.), réaliste et souverainement personnelle, et les
disciples en font l’expérience. Cette présence du Seigneur et cette expérience des
disciples sont marquées de différentes façons, comme le montrent les différents
récits des évangiles. Ces récits de Pâques restent incomplets, fragmentaires,
partiellement irréductibles et énigmatiques. Il n’est pas nécessaire de les
harmoniser à tout prix. Il faut plutôt en saisir le sens christologique et
missionnaire. Il s’agit d’expériences et d’images particulières qui, par leurs
ressemblances et leurs oppositions, par leurs lumières et leurs obscurités,
attestent et expriment cet événement unique et incomparable dont elles
découlent; elles témoignent de ces rencontres mystérieuses avec le Seigneur

201
P. HITZ

ressuscité qui s’est manifesté aux disciples qu’il a choisis, qui a renouvelé toute
leur vie et leur vision de l’histoire et qui les a envoyés dans le monde « pour être
ses témoins de Jérusalem jusqu’aux extrémités du monde» (Cf. Act 1,8: Mt 28,
18-20; Le 24, 4 7 -4 9 ; Jn 20,21). Malgré de nombreuses difficultés particulières
d’interprétation et malgré la diversité des discours culturels dans l’histoire, ces
évangiles de Pâques gardent donc leur valeur de témoignage apostolique, même
et surtout pour nous, dans notre monde sécularisé.
Voilà pourquoi, malgré leurs bonnes intentions et quelques indications utiles, les
explications et interprétations aussi bien de R. Lapointe (pp. 52-60) que de D. Fraikin
(pp. 70-78) me semblent déficientes par rapport à ce témoignage apostolique du N.T.

IV. LA D É C ISIO N F O N D A M E N T A L E

Chacun sait que « la résurrection est un problème-limite de l’éxégèse (et de la


théologie). On comprend qu’elle soit périodiquement contestée et périodiquement
approfondie» (J. Harvey, pp. 24-25). Ce recueil Résurrection peut-il contribuer à cet
approfondissement de la foi? Après une quatrième lecture de ces études il me reste
plutôt l’impression contraire.
Comme tant d’autres publications exégétiques et théologiques, ce volume
Résurrection manifeste le paradoxe douloureux dont souffrent l’exégèse et la théologie
de notre temps : d’une part les méthodes d’analyse historiques et critiques se
développent et s’affermissent en des progrès remarquables; d’autre part les résultats
positifs et sûrs de ces recherches semblent de plus en plus rares, problématiques et
déficients. On en reste finalement avec de nombreux éléments particuliers, quelquefois
intéressants, souvent variés et même contradictoires, et surtout avec beaucoup de
négations et « toutes sortes d’hypothèses ayant toutes le droit de présenter leurs lettres
de créance » (p. 71). Mais le « tout », la réalité profonde et décisive de la Parole de Dieu
en Jésus-Christ semble nous échapper de plus en plus. Inutile de se fermer les yeux : la
dislocation interne de l’exégèse et de la théologie chrétienne s’étale désormais au
grand jour. C ’est, selon l’expression du Professeur Ratzinger, « la décadence
lamentable de la théologie postconciliaire ».
Pourquoi? Est-ce parce que les analyses ne sont pas encore assez développées?
Est-ce parce que chaque science, de plus en plus spécialisée, s’enferme davantage dans
ses éléments formels? Est-ce parce que les études interdisciplinaires (par les exégètes,
les historiens, les philosophes, les linguistes, les anthropologues, les théologiens) ne
sont pas encore suffisamment pratiquées?... Ou n’est-ce pas plutôt parce que, en
exégèse et en théologie, la raison critique se heurte sans cesse à un événement qui la
dépasse, parce que l’exégète et le théologien se voient constamment confrontés
mystérieusement à une décision fondamentale, à la foi en cette Parole de Dieu qui
s’est manifestée en Jésus crucifié et ressuscité? Devant le témoignage des apôtres,
devant le kérygme ecclésial de la résurrection du Christ et de ses apparitions aux
disciples, les esprits se divisent.
Comment puis-je décider que « la foi en la résurrection n’est pas l’acceptation
d’un fait extraordinaire, miraculeux, contredisant les lois de la nature telle que nous la
connaissons » (p. 78), « que la conception “ physique” de la résurrection de Jésus ne

202
R É S U R R E C T IO N . E S P É R A N C E H U M A I N E ET D O N DE DIEU

s’imposait pas» (p. 78)? Est-ce parce que « l’homme moderne a du mal à accepter
cela » (p. 78)? Est-ce parce que « la science est elle-même un don de Dieu » (p. 78)? Est-
ce parce que, «au fond, l’image de l’homme, portée par les différentes cultures, ...
conditionne toute la représentation de la résurrection...» (p. 7)? Mais alors, en
exégèse et en théologie, la raison critique est-elle considérée, oui ou non, comme
l’instance suprême de décision? Est-ce la peur du «miracle» qui en'vient à dissocier
« l’acte eschatologique de Dieu révélé sous forme de vision » et « le fait extraordinaire,
miraculeux » de la résurrection du Christ et de sa manifestation aux hommes (pp.
77-79? M ais à quoi se réduit alors cette résurrection de Jésus « comme présence de
Dieu dans le monde» (p. 78)?
Pourquoi ne pas reconnaître, selon l’ensemble du témoignage apostolique dans le
N .T. et « la conception traditionnelle » de l’Église, qu’en Jésus crucifié l’amour de Dieu
trinitaire s’est manifesté dans sa réalité eschatologique-corporelle et historique jusque
dans la résurrection réelle du Christ, jusque dans ses apparitions réelles de Pâques,
jusque dans sa présence réelle dans l’Eucharistie?...
Cette foi au Christ de Pâques était-elle plus facile ou plus normale pour les
hommes de l’antiquité, pour les gens d’Athènes et de Corinthe, qui avaient en horreur
« un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 Cor 1,23), et qui
se moquaient de la résurrection de Jésus et des hommes (cf. 1 Cor 15,12 : Act 17,32).
Ou bien cette foi au Christ peut-elle dépendre à tel point des prismes culturels et
linguistiques que les exégètes en seraient les interprètes autorisés et pourraient
proposer «des solutions de rechange» (p. 78)? Mais le désir de prévenir le rire des
Athéniens d’aujourd’hui et d’offrir à nos contemporains une « foi plus crédible » ne
peut jamais être une raison de dissocier le témoignage apostolique et de méconnaître
le don de Dieu en Jésus-Christ.

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