Eléments de macroéconomie intermédiaires » (un des 5 tableaux qui constitue le TES), qui donne véritablement
« l’emploi » des ressources, la manière dont elles sont utilisées. En effet, il tient
compte de la « matrice des coefficients techniques », qui permet d’avoir une idée
I- La comptabilité nationale :
de la structure de l’économie dans la mesure où elle informe de la « part » de telle
A) Les agrégats de la comptabilité nationale : ou telle consommation intermédiaire dans la production totale de la branche.
1- Les 3 approches du PIB :
-Approche par la production :
C) La logique de répartition :
PIB=∑ VAB+ Impôts sur la production−Subventions 1- Les secteurs institutionnels :
Pour présenter les grands équilibres macroéconomiques, la comptabilité nationale
-Approche par la répartition :
se fonde sur des groupes d’agents économiques rassemblés dans des « secteurs
PIB=Rémunération salariés+ EBE +impôts sur Y et M −subventions
institutionnels ».
1) Les ménages, qui comprennent également les entreprises individuelles.
-Approche par les emplois :
Fonction principale : consommer et produire des biens et services marchands
PIB=FBCF + ( X−M ) + variationdes stocks+ consommation finale (pour les entreprises individuelles).
Ressources principales : revenus obtenus en offrant des facteurs de production
2- La critique du PIB : (capital et travail) sur les marchés, et revenus de transfert
Il ne prend pas en compte toute la richesse créée (économie informelle, travail 2) Les sociétés non-financières :
domestique,…). Le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi (2012) a mis en avant la nécessité Fonction : production de biens et de services marchands non financiers
de prendre en compte celui-ci. Ressource : vente de la production
Il ne prend pas en compte la dégradation des stocks (la pollution et la dépollution 3) Les sociétés financières (institutions financières, les conseils en placement et les
sont comptées deux fois). Le nec plus ultra pour booster le PIB, c’est la guerre. sociétés d’assurance)
Fonction : financement et garantie de la couverture des risques pour les assurances
B) La logique de produits : Ressources : ressources provenant de l’intermédiation, primes d’assurance,
-Les opérations sur biens et services permettent d’établir « l’équilibre emploi- cotisations volontaires
ressources » : 4) Administrations publiques (collectivités territoriales, Sécurité sociale,…) :
Y =C + FBCF +VS+(X−M ) Fonction : production de services non marchands et redistribution
Avec C la consommation finale des ménages, FBCF l’investissement, VS la Ressources : prélèvements obligatoires
variation des stocks (permet de savoir si l’entreprise a déstocké, ou au contraire 5) ISBLSM (institution sans but lucratif au service des ménages comme les
stocké), et X et M les productions exportées et importées (solde de la balance associations, les partis politiques, les syndicats, les églises,…)
commerciale) Fonction : production de services non marchands destinés aux ménages
-Le tableau des entrées-sorties (TES) décrit la manière dont se réalise l’équilibre Ressource : cotisations volontaires et dons privés
des ressources et des emplois de chaque produit au niveau macroéconomique. Il 6) Reste du monde (unités institutionnelles non résidentes qui ont été en contact
donne donc une vue d’ensemble du système productif de la nation, en donnant à un avec des unités institutionnelles résidentes)
instant t une « photographie » des relations d’interdépendance entre les entreprises Fonction : tous les types d’opérations économiques
qui échangent leurs ressources. Les premiers TES ont été mis en place dans les Ressource : tous les types de ressources
1930s par W. Leontief. Le cœur du TES est le « tableau des entrées 2- Les opérations sur biens et services, de répartition et financières :
-Les opérations sur biens et services permettent d’établir l’équilibre emploi- -La macroéconomie de la production fonctionne à partir de modèles
ressources et sont synthétisés dans le TES (représentations simplifiées de la réalité économique) et en particulier les
Les opérations de répartition décrivent la formation du revenu des agents. Elles fonctions de production. On en a principalement 2 :
comprennent donc la répartition primaire et secondaire. La fonction Cobb-Douglas (1928) : Y =c ¿ K a Lb avec a et b les
Les opérations financières permettent d’assurer l’équilibre entre l’investissement et coefficients d’élasticité du capital et du travail et c le résidu. Cette fonction
l’épargne. Le financement de l’économie fait intervenir les unités institutionnelles est homogène de degré 1, cad que lorsqu’on multiplie par λ chaque facteur
faisant partie des institutions financières qui mettent en rapport les capacités et les de production, le produit est multiplié par λ.
besoins de financement. La fonction CES (Constant Elasticity of Substitution, 1961) :
-La comptabilité nationale a mis en place une présentation de l’ensemble des Mathématiquement, il s’agit de fonction min. On a donc Y =min (K , L) .
opérations réalisées par les agents économiques de chaque secteur institutionnel.
Ces opérations sont réparties dans plusieurs compte, synthétisées dans le « tableau B) Approches macroéconomiques de la consommation :
économique d’ensemble » (TEE), qui se présentent dans la séquence
On a 3 types d’approches de la consommation.
« PERRUC » : Production, Exploitation, Répartition primaire, Répartition
1- L’approche microéconomique (cf chap) :
secondaire, Utilisation du revenu, et le compte de Capital. Les 4 premiers montrent
La fonction de demande dépend de la fonction d’utilité, du prix du bien et de la
comment se constituent et se distribuent les revenus entre les différents agents
contrainte budgétaire
économiques ; les deux derniers montrent à quels usages ils sont ensuite destinés.
En gros le schéma est : il y a production (1), il en résulte une distribution de la
2- L’approche macroéconomique:
valeur ajoutée entre les travailleurs, les possesseurs du capital et l’Etat sous forme
-Fisher est le premier à considérer que le consommateur est en mesure d’opérer
de salaires/cotisations sociales/impôts (2), on ajoute les revenus de la propriété
des arbitrages inter-temporels. Ainsi, lorsque le taux d’intérêt augmente, le
(intérêts, dividendes, loyers) (3), on ajoute la distribution secondaire (4), puis on
consommateur rationnel a tendance à remplacer de la consommation présente par
s’intéresse à comment ce revenu disponible a été utilisé, cad la proportion qui a été
de la consommation future. En d’autres termes, il préférera épargner : le
consommée et épargnée (5) et comment l’épargne brute qui est dégagée est utilisée
consommateur ayant une « préférence pour le présent », il faut que le taux d’intérêt
(6).
soit élevé pour qu’il diffère sa consommation.
-Keynes raisonne lui sur le revenu courant, du fait de l’incertitude sur le futur. La
II- Les approches macroéconomiques de la production et de la part de la consommation diminue lorsque le revenu augmente (propension
consommation : marginale à consommer1 c décroissante). C’est la « loi psychologique
A) Approches macroéconomiques de la production : fondamentale » : à mesure que le revenu croit, la propension marginale à
-On peut considérer qu’il existe trois facteurs de production : le travail, le capital, consommer diminue et la propension marginale à épargner augmente. D’où
et la terre. On peut donc écrire Y =f (K , L ,T ). Les néoclassiques raisonnent eux l’importance d’une politique de redistribution à destination des bas revenus, évitant
avec seulement 2 facteurs de production (on passe en effet d’une économie à ce faisant une trop forte « fuite » du circuit. Mais les ambiguïtés de la pensée de
dominante agricole à une économie à dominante industrielle). On a alors Keynes donnent lieu à des prolongements postkeynésiens.
Y =f (K , L). Les économistes de la branche neurocomportementale tels que G. Duesenberry (1948) développe la thèse de l’irréversibilité des décisions
Akerlof intégreront par la suite volontiers le capital humain et la confiance. de consommation (« l’effet de cliquet ») : la consommation croit avec le
1
Cela veut dire que si la propension marginale à consommer est de 0,8 et qu’un ménage
gagne 1€, alors il dépensera en moyenne 0,80€ et épargnera 0,20€.
revenu, mais lorsque ce dernier diminue, la consommation ne diminue pas 3- L’approche sociologique :
dans les mêmes proportions. On fait intervenir d’autres variables qu’économiques, en particulier la culture :
Dans un second temps, Duesenberry prend en compte la hiérarchie des Bourdieu, dans La Distinction (1979) met en avant l’existence de classes
revenus. La propension à consommer d’un ménage dépend alors à la fois sociales, déterminées à partir du volume du capital mais également de la
de son revenu et de celui des catégories sociales supérieures (c’est la composition du capital. Alors que la bourgeoisie a le « goût du luxe » en
notion de « revenu relatif »). Ainsi s’expliquerait une politique de termes de consommation, les classes populaires ont le « goût du
redistribution ratée : les catégories sociales calquent leur consommation nécessaire » : on n’achète rien de superflu. Là, on étudie la consommation
sur celle des catégories sociales supérieures, elles adoptent donc une sous le prisme du revenu. Mais pour comprendre la consommation, il faut
propension marginale à consommer supérieure à ce qu’elle devrait être ; si également passer par l’habitus de classe, déterminé par la socialisation
on augmente alors leur revenu, la consommation n’augmente pas car son primaire : cet habitus oriente à la fois notre pensée et nos pratiques.
niveau est déjà plus haut que ce qu’il devrait être. Pour Veblen (Théorie de la classe de loisir, 1899), les classes s’adonnent
T. Brand (1952) fait intervenir un effet de mémoire : la consommation en à la consommation ostentatoire. L’idée est de rejeter tout déterminant
t dépend de la propension marginale mais aussi de la consommation en t - économique ainsi que l’hypothèse de rationalité : très souvent, la
1. consommation se départit de la rationalité. En effet, la consommation n’est
-Modigliani et Brumberg (1954) développent la théorie du cycle de vie, jonglant pas une fonction décroissante du prix, mais plutôt croissante du prix ! On
entre les différentes phases de la vie du consommateur. Les étudiants épargnent raisonne sur un individu directement en société, qui va d’autant plus
peu et s’endettent (consommation supérieure au revenu). Arrivés à l’âge mûr, ils consommer que le bien est cher. Il s’agit en fait d’émettre des « signaux de
remboursent leurs dettes et épargnent pour se constituer un patrimoine. A la puissance ».
retraite, ils désépargnent pour maintenir leur niveau de vie.
-Friedman (Une théorie de la fonction de consommation, 1957) rejette l’approche C) L’approche macroéconomique de l’investissement :
de Keynes en termes de revenu courant seulement : ici au contraire, le 1- Les déterminants de l’investissement :
consommateur va procéder à une analyse intertemporelle de ses revenus. C’est la On parle ici d’investissement productif des entreprises. Il est déterminé par
notion de « revenu permanent » (cad escompté être reçu au cours de l’existence). plusieurs facteurs :
-Barro (1974) développe la théorie du consommateur altruiste. On prend en 1) Le taux d’intérêt : plus il est bas, plus les entreprises vont avoir
compte le remboursement de la dette publique sur le long terme, en se fondant sur tendance à investir. Chez Keynes comme chez les néoclassiques, la
la thèse de l’équivalence ricardienne : si l’Etat mène une politique de relance en demande de capital est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt.
pariant sur un déficit (hausse des dépenses publiques et/ou baisse des impôts), les 2) Le taux d’utilisation des capacités de production : l’investissement (de
consommateurs vont épargner ce surplus qu’ils touchent pour le transmettre à leurs capacité) dépend du stock de capital nécessaire pour assurer un certain
enfants, qui devront rembourser la dette induite par cette politique. niveau de produit, donc si celui-ci est inférieur au stock de capital que
-Des travaux plus récents, face à la montée des incertitudes (chômage, financement possèdent déjà les entreprises, elles n’ont aucun intérêt à investir.
des retraites,..), insistent sur la notion « d’épargne de précaution », comme Angus 3) Le prix des facteurs : si on considère que les facteurs sont substituables,
Deaton (1992). L’aversion au risque incite les individus à opter pour une épargne l’investissement (de productivité) va dépendre de leur prix. Par exemple,
protectrice vis-à-vis de l’avenir. la hausse du salaire minimum entraine la substitution du capital au travail.
L’investissement de productivité est donc la conséquence de la
substitution du capital au travail.
4) La situation financière des entreprises : le théorème de Schmidt (1974) D) Les multiplicateurs :
nous assure que « les profits d’aujourd’hui font les investissements de Il existe donc des chocs de demande positifs qui viennent augmenter le niveau de
demain et les emplois d’après-demain ». Ainsi, plus le taux de marge est production. Dans la lignée du multiplicateur d’investissement, Keynes a montré en
élevé, plus les entreprises seront incitées à investir 1936 qu’une dépense publique supplémentaire entrainait une augmentation plus
5) L’anticipation de la conjoncture (chez Keynes) : le niveau que proportionnelle du niveau du PIB. Ce multiplicateur s’écrit :
d’investissement est étroitement lié aux anticipations de l’entrepreneur sur 1
m=
la demande globale. 1−c
Dans une logique d’économie de l’offre, il existe le multiplicateur fiscal, qui
2- L’effet accélérateur et l’effet multiplicateur : montre qu’en diminuant ses recettes fiscales, l’Etat peut contribuer à relancer
-L’accélérateur consiste à dire qu’à une variation donnée de la demande l’activité économique. Ce multiplicateur s’écrit:
correspond une variation plus importante de l’investissement. Aftalion (Des crises −c
périodiques de surproduction, 1913) explique les crises périodes par les m=
1−c
mouvements de l’investissement, qui sont donc la conséquence de variations moins
importantes de la demande, cad qu’un simple ralentissement de la croissance de la
demande peut entrainer un effondrement de l’investissement. Ce modèle repose sur
3 hypothèses :
Le taux d’utilisation des capacités de production doit être proche de 100%
K
Il existe un « coefficient de capital » , constant dans le temps
L
Face à une hausse de la demande, l’entreprise répond par une
augmentation de la production et non des prix
-Le multiplicateur consiste à dire qu’à une variation donnée de l’investissement
correspond une variation plus forte du revenu. On écrit alors :
∆ Y =m ∆ I
Avec ∆ Y la variation du revenu, m le multiplicateur et ∆ I la variation de
l’investissement.
Le raisonnement est le suivant : l’investissement se traduit par une distribution de
revenus (salaires et bénéfices distribués par les entreprises de biens de
production) (1), ces revenus sont ensuite dépensés, en partie épargnés, selon la
propension marginale à consommer ; ces dépenses constituent pour d’autres agents
économiques un revenu qu’ils dépenseront à leur tour selon la propension
marginale à consommer (2). Ce processus se poursuit jusqu’à ce que le dernier
revenu induit tende vers 0.
-Samuelson (1939) va combiner les 2 mécanismes de l’accélérateur et du
multiplicateur dans une thèse connue sous le nom de « d’oscillateur de
Samuelson ».