Communication non verbale en justice
Communication non verbale en justice
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
COMME EXIGENCE PARTIELLE
DE LA MAITRISE EN DROIT
PAR
VINCENT DENAULT
SEPTEMBRE 2015
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
Avertissement
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le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 - Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à
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intellectuelle. Sauf entente contraire, [l 'auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Je souhaite remercrer mon directeur, Jean-Pierre Villaggi, pour ses très précieux
conseils et son appui exceptionnel tout au long de la rédaction du présent mémoire. Je
souhaite également remercier François Cooren, Pierrich Plusquellec, Serge Larivée,
Samuel Demarchi, Michel St-Yves, Hugues Delmas, Nicolas Rachat et Benjamin
Elissalde pour leurs commentaires sur une version antérieure du présent mémoire.
Merci à Martin Gallié, Rachel Cox et Hugo Cyr qui, lors de la présentation du projet
de mémoire, m'ont transmis de précieux commentaires. Merci également à Daniel
Mockle, Annie Rochette et Chantal Francoeur qui, dans leurs cours respectifs, rn ' ont
permis de développer différentes idées utiles à la rédaction du présent mémoire .
Lors des séances, j'ai rencontré d'autres personnes qm, comme m01, étaient
passionnées par la communication non verbale. Toutefois, plus le temps passait, plus
je doutais des notions véhiculées, mais j'ai continué. Premièrement, ayant fait plus
d'une dizaine de séances et dépensé plus de 4000 $, aussi bien terminer le projet
entrepris quelques années plus tôt. Deuxièmement, le Barreau du Québec offrant des
formations sur la synergologie, la certification de synergologue devait bien avoir une
certaine valeur. Troisièmement, étant occupé par ma pratique professionnelle, je me
fiais aux formateurs.
Ainsi, en 2012, après la quinzième séance et la remise d'un rapport écrit nécessaire
pour finaliser la formation, j ' ai obtenu la certification de synergologue. Toutefois,
après la quinzième séance et avant la remise de mon rapport, j'ai eu le temps de lire
des ouvrages sur la communication non verbale écrits par des chercheurs
universitaires. Progressivement, mes doutes se sont confirmés . J'ai tout de même
décidé de remettre mon rapport pour confirmer la finalisation de la formation.
Environ douze mois plus tard, j'ai renoncé à toutes mes certifications en
synergologie, dont celle de synergologue.
- - - - - - - - -- - - - -- - - - - - - - - - - - - - - - -
Lorsque mes doutes se sont confirmés, j'étais troublé de vou à quel point la
synergologie était populaire dans le milieu juridique 1 et à quel point les ouvrages sur
la communication non verbale écrits par des chercheurs universitaires ne l'étaient pas.
1
Par exemple, des juges de la Cour du Québec, des procureurs de la Couronne et des policiers du
SPVM ont fait appel à des synergologues (voir Christine Gagnon, «Quelques uns de nos clients », en
ligne : <[Link] (consu lté le 19 février 2015); Institut québécois
de synergologie, «Formateurs », en ligne: <http ://www .[Link]/se-former-a-la-
[Link]> (consulté le 19 février 201 5).
2
La communication non verbale lors de procès peut avoir d' autres implications. Par exemple, un
avocat peut la mettre à profit pour être plus persuasif (voir David Matsumoto, Mark G Frank et Hyi
Sung Hwang, Nonverbal Communication : Science and Applications, Thousand Oaks, Sage
Publications, 2013; Jessica D Findley et Bruce D Sales, The Science of Attorney Advocacy : How
Courtroom Behavior Affects Jury Decision Making, Washington, American Psychological Association,
2012; Michael J Higdon, «Oral Argument and Impression Management : Harnessing the Power of
Non verbal Persuasion for a Judicial Audience» (2008) 57:3 Kansas L Rev 631 ; Walter Probert, «Law
and Persuasion : The Language Behavior of Lawyers » (1959) 108 U Pa L Rev 35) et mieux
comprendre les juges et les jurés (voir Jeffrey T Frederick, Mastering Voir Dire and Jury Selection:
Gain and Edge in Questioning and Selecting Your Jury, Washington , ABA Book Publishing, 2011;
Michael Searcy, Steve Duck et Peter Blanck, «Communication in the Courtroom and the Appearance
of Justice» dans Robert Feldman et Ron Riggio, dir, Nonverbal Behavior in the Courtroom , New
Work, Psychology Press, 2005, 41-61 [«Communication in the Courtroom »];Peter Blanck, « What
Empirical Research Tells Us: Studying Judges and Juries Behavior» (1991) 40 Am U L Rev 75 ;
Herald P Fahringer, « In the Valley of the Blind : A Primer on Jury Selection in a Criminal Case»
(1980) 43 Law & Contemp Probs 116).
TABLE DES MATIÈRES
A V ANT -PROPOS .................................. .... ...... ..... ... ... .... .. .. ... ...... .. .... .. .......... .. .... ....... iv
LISTE DES FIGURES ....................... .... ... .. ............................... ............. ....... ... ...... .. viii
RÉSUMÉ ... ...... .. .. ............................................. .. .. .. .. ........ .. .... ......... ..... ... .... .... .... ........ ix
INTRODUCTION ...... .... ....... .. ... .. .. ..... .... .... .. ............... .. .............. .. ............................. .1
CHAPITRE!
LA COUR SUPRÊME DU CANADA ET LA CRÉDIBILITÉ DES TÉMOINS .. .. . 16
1.1 Éléments méthodologiques ......................... .. .. .. .......... ........................... ........... 20
1.2 L' évaluation de la crédibilité et l'avantage du juge des faits ............ .. .. .... .. .. .. .. 22
1.2.1 Les principes de base et le rôle de l' expert .. ............................ .. .... .... ... 27
1.2.2 Les motifs de contestation de l' évaluation de la crédibilité .......... .... .... 33
1.3 La communication non verbale : l'affaireR c NS .................... .... ...... ........ .. .... 39
1.3.1 L'objet de la communication non verbale lors de procès .... .............. .. .. 39
1.3.2 Les limites de la communication non verbale : une opinion
dissidente .. ..... ....... .... ..... ......... ... ..... ...... .... ............ .. ...... ........ ........ ......... 43
1.4 Synthèse ..... .. ....... .. .. ... ......... ... .. ...... .. .. ... .... ... .... .. .............. .... .... ... .. ........... .. .. .. .. .46
CHAPITRE II
L'ÉTAT DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES ...... ........ .. .... .... .. .. .... .......... .. .48
2.1 Éléments méthodologiques ... .. .... ....... .... ..... .. .... .. ..... ... ... ... .. .. .. ............ ........ .... .. 56
2.2 Les distinctions entre la science et les pseudosciences .. ............................ .. .... .58
2.2.1 Le « fondement fiable» d'une nouvelle théorie ou technique
scientifique .. ... ........ .... .. ............... .. .................. .. ................... .. ....... ... ..... 59
2.2.2 Les indicateurs de pseudosciences et l'évaluation sommaire de la
synergologie ...................... .. ..... .. ....... .. .. ... .. ....... .. .... .. ..... .. ........ ............. 64
2.3 La communication non verbale lors d'interactions sociales .. ................ ........... 80
2.3.1 Les emblèmes, illustrateurs, régulateurs et adaptateurs .............. .. ........ 81
2.3.2 Les expressions faciales d'émotions et leur utilité au quotidien .......... .84
Vll
2.4 Le mensonge et sa détection à l'aide du comportement non verbal ... .... ..... .....90
2.4.1 Les indices liés à l'effort cognitif ............ ..... .. ..... ... .. .... ... .. .... ....... .... ..... 98
2.4.2 Les indices liés aux émotions ...... .... ..................................... .... .......... . 105
2.5 Synthèse ...... ............. .. ............................. .. ......... ........ .. ....... .... .. ...... ........... ..... 110
CHAPITRE III
LES TRIBUNAUX QUÉBÉCOIS ET LE COMPORTEMENT NON VERBAL .. .. 113
3.1 Éléments méthodologiques ........ .......... .. .. .. . .. ................ ...... .... ...... .......... ........ 115
3.2 Les tribunaux de première instance .. ......................... .. .... .... ....... .... ............ .. .. . 117
3 .2.1 La déférence quant à 1' évaluation de la crédibilité ............ .. ....... ...... ... 122
3.2.2 La règle imposée par la Cour d ' appel du Québec .... .. .... .... .. .............. .124
3.3 Le comportement lors du témoignage ............ .... .... .. .... .. .. .. .. .... ........ .. .. ........... 127
3.3.1 L'appréciation générale du comportement non verbal ...... ...... .. .. ...... .. 128
3.3.2 Les comportements non verbaux spécifiquement identifiés ..... .......... 134
3.4 Les personnes présentes alors qu'elles ne témoignent pas .. ............ ........ ........ 13 8
3.4.1 L'observation lors du procès en général ........ .. .. .... ........ ...... ....... .. .... .. 139
3.4.2 L'observation à un moment précis .. .... .. .. ........ .. .. .. .. .. ...... .. .... .............. 145
3.5 Synthèse ....... ... .................... .. ...... .. .......... .. .. .. ............ .... ..... ........... ..... ............ . 149
CONCLUSION .. .. ................. .. .............. .... ............... ........ .. ...... ........... ... .. ........ .... .. ... 152
ANNEXE A
EXPRESSIONS FACIALES D ' ÉMOTIONS UNIVERSELLES .......... ........ .... .. .. .. 163
BIBLIOGRAPHIE ...... .............. .. .... ..... .... .. ....... .. ...... .......... ..... ........ ..... .. .. ..... .. ...... ... 164
LISTE DES FIGURES
Figure Page
3.1 Le comportement lors du témoignage .......... ... ........... ... .. .... ................... ..... 127
3.2 Les personnes présentes alors qu'elles ne témoignent pas .. .... ........... ... .... .. 139
~~~~~~~--- - - -
RÉSUMÉ
3
Mark L Knapp et Judith A Hall, Nonverbal Communication in Human Interaction , 7e éd, New York,
Harcourt Brace, 1997 [Nonverbal Communication in Human Interaction].
4
Paul Ekman, «Communication Through Nonverbal Behavior : A Source Of Information About an
lnterpersonal Relationship » dans Silvan S Tomkins et Carroll E Izard, dir, Affect, Cognition and
Personality, New York, Springer, 1965, 389-442.
5
Recherche effectuée le 20 février 2015 avec les mots-clés « body language » OU « langage du
corps» OU« langage corporel» OU« non verbal» OU nonverbal.
6
Christine Gagnon, « La synergologie, ce que le cerveau pense, mais ne dit pas » (2006) Congrès
annuel du Barreau du Québec 949.
7
Michel St-Yves, Les entrevues d 'enquête-L'essentiel, Cowansville, Yvon Blais, 2014.
8
Recherche effectuée le 20 février avec les mots-clés « body language» OU« langage du corps» OU
«langage corporel» OU« non verbal» OU nonverba!.
2
15
Ainsi, en 1985 dans un des premiers articles sur le Demeanor evidence ,
9
Le moteur de recherche juridique Heinünline permet de retracer 14 001 résultats avec les mots-clés
«body language» OR «langage du corps>> OR «langage corporel>> OR «non verbal >> OR
nonverbal (recherché effectuée 21 février 2015).
10
Edward J Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment: Law and Tactics » (1985) 9 Am J Trial Advoc
183 [« Demeanor Impeachment »].
11
Olin Guy Wellbom III, « Deme anor» (1991) 76 Corne li L Rev l 075 [« Demeanor »].
12
Jeremy A Blumenthal, « A Wipe of the Hands, A Lick of the Lips : The Validity of Demeanor
Evidence in Assessing Witness Credibility » (1993) 72 Neb L Re v 1157 [«A Wipe ofthe Hands »].
13
James P Timony, « Demeanor Credibility » (1999) 49 Cath U L Rev 903 [« Demeanor
Credibility »].
14
Max Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context » (2008) 29 Cardozo L Rev
2557 [« Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context »].
15
Blumenthal, «A Wipe of the Hands »,supra note 12 à la p 1158 [notre traduction] : Le Demeanor
evidence fait référence à« l'observation de l'attitude d'un témoin afin d'évaluer sa crédibilité lors d 'un
procès»; Timony, « Demeanor Credibility »,supra note 13 à la p 907 [notre traduction] : L'attitude
d'un témoin inclue généralement « son habillement, sa conduite, son comportement, ses manières, le
ton de sa voix, ses grimaces, ses gestes et son apparence».
16
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », supra note 10 à la p 184 [notre traduction].
3
d'esprit » 17 . Toutefois, il était d'avis que la «recherche donne espoir que dans un
avenir rapproché, le comportement [des témoins] sera mieux compris et utilisé plus
efficacement» 18 . De plus, puisque « le comportement des témoins détermine
19
apparemment l'issue d'un grand pourcentage de procès » , il était d'avis que la
20
«lacune dans la littérature juridique moderne » sur l'incidence de la communication
non verbale lors de procès devait être comblée.
17
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 190 [notre traduction].
18
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 235 [notre traduction] .
19
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 234 [notre traduction] .
20
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », ibid à la p 187 [notre traduction].
21
Wellbom, « Demeanor »,supra note 11 à la p 1075 [notre traduction] .
22
Blumenthal, « A Wipe of the Rands», supra note 12 à la p 1188 [notre traduction].
4
En 2008, Minzner est revenu sur les articles de Wellbom et de Blumenthal. Comme
Wellbom et Blumenthal, Minzner était d' avis que l'observation passive du
23
Blumenthal, «A Wipe of the Bands », ibid à la p 1189 [notre traduction] .
24
Blumenthal, « A Wipe of the Bands», ibid à la p 1204 [notre traduction].
25
Blumenthal, « A Wipe of the Bands», ibid à la p 1201 [notre traduction].
26
Blumenthal, «A Wipe ofthe Bands », ibid à la p 1201 [notre traduction] .
27
Timony, « Demeanor Credibility »,supra note 13 à la p 934 [notre traduction] .
28
Timony, « Demeanor Credibility », ibid à la p 936 [notre traduction].
5
comportement non verbal d'un témoin lors d'un procès pour évaluer sa crédibilité
était inutile. Toutefois, en se basant sur des études scientifiques plus récentes,
Minzner était d'avis que l'utilisation stratégique de la preuve faciliterait la détection
29
du mensonge . De plus, il écrivait qu'il « reste beaucoup de choses que nous ne
savons pas sur la détection du mensonge qui devraient compter pour le système
juridique »30 .
29
Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context »,supra note 14; Maria Hartwig et al,
« Strategie Use of Evidence during Police Interviews: When Training to Detect Deception Works »
(2006) 30:5 Law Hum Behav 603; Maria Hartwig et al,« Detecting Deception via Strategie Disclosure
of Evidence» (2005) 29:4 Law Hum Beahv 469 ; Hee Sun Park et al, « How People Really Detect
Lies» (2002) 69:2 Commun Monog 144.
30
Minzner, « Detecting Lies Using Demeanor, Bias and Context », ibid à la p 2578.
31
R c NS, 2012 CSC 72, [2012] 3 RCS 726 [NS].
32
NS, ibid au para 24.
6
Compte tenu de ce qui précède, l'objectif du premier chapitre du présent mémoire est
de présenter la position du plus haut tribunal du pays sur l'évaluation de la crédibilité
et le rôle qu'il accorde au comportement non verbal. Cette présentation permettra de
constater que les présomptions de longue date de la common law sont toujours
d'actualité. D'un point de vue scientifique, la synergologie, dont le Barreau du
33
NS, ibid au para 22 .
34
NS, ibid au para 18.
35
NS, ibid au para 22.
36
NS, ibid au para 21.
37
NS, ibid au para 27 .
38
NS, ibid au para 24.
39
NS, ibid au para 25.
7
40
En vertu du Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats , chacun
des membres du Barreau du Québec, une organisation ayant pour fonction la
41
protection du public , doit« suivre des activités de formation liées à l'exercice de la
profession d'une durée d'au moins 30 heures par période de référence de deux
42
ans » . Les membres choisissent« parmi les activités de formation liées à l'exercice
de la profession reconnues conformément au présent règlement, celles qui répondent
43
le mieux à ses besoins » . Parmi la trentaine d'activités de formation offertes en
44
ligne par le Barreau du Québec , les formations Le langage corporell: Décoder ce
45
qu'on ne dit pas et Le langage corporel JI : Maîtriser l'art de l'interrogatoire46 font
la promotion de la synergologie. En introduction de la première formation,
l'animatrice affirme :
40
Règlement sur laformation continue obligatoire des avocats , RLRQ, c B-1 , r 12 [Règlement sur la
formation continue obligatoire des avocats] .
41
Code des professions, RLRQ, c C-26, art 23.
42
Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats, supra note 40, art 2.
43
Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats , ibid, art 4.
44
Barreau du Québec, « Web-pro », en ligne: <[Link] (consulté le 16 février
2015).
45
Barreau du Québec, « Le langage corporel 1 : Décoder ce qu 'on ne dit pas », en ligne :
<http ://[Link]/[Link]> (consulté le 10 juillet 20 13) [Le langage
corporel 1].
46
Barreau du Québec, « Le langage corporel II : Maîtriser l'art de 1' interrogatoire », en ligne :
<[Link] (consulté le 10 juillet 2013) [Le langage
corporel JI].
8
La synergologie est ensuite présentée comme une discipline qui s'appuie «sur une
48
démarche scientifique rigoureuse » . Toutefois, près de 20 ans après sa fondation,
hormis l'article Langue maternelle et langue seconde: Approche par l'observation
gestuelle 49 publié en 2013 par son fondateur 50 , les concepts propres à la synergologie
liés à l'évaluation de la crédibilité n'ont fait l'objet d'aucune validation publiée dans
des revues scientifiques 51 . L'Association française pour l'information scientifique
écrivait:
47
Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45.
48
Barreau du Québec, Le langage empare!!, ibid.
49
Philippe Turchet, «Langue maternelle et langue seconde: approche par l'observation gestuelle »
(2013) 4:192 Langages 29.
50
Les études scientifiques citées ainsi que la méthodologie, 1'analyse des résultats et la rhétorique de
l'article pourraient à eux seuls faire l'objet d'une vive critique, mais là n' est pas la visée du présent
mémoire. À tout événement, les conclusions de cet article ne valident d'aucune façon l'ensemble des
concepts véhiculés par les partisans de la synergologie et ne sont d ' aucune utilité pour évaluer la
crédibilité.
51
Recherche effectuée le 9 novembre 2014 à l'aide de différentes bases de données, notamment
JSTOR, PsycARTICLES , Sage Journal Online, Science Direct, SpringerLink, Taylor and Francis
Online, Wiley Online Library et Google Scholar avec les mots-clés synergologie OU synergology.
52
Brigitte Axelrad, «Quand le corps dit tout haut ce que 1'esprit pense tout bas» (avril 20 12), en
ligne: Sciences ... & pseudo-sciences <http: //[Link]> (consulté le 23 mars 2014).
53
Barreau du Québec, Le langage co1porel I, supra note 45.
54
Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46.
- -- - ---- ------- - - - - - - - - - -- ----
l'animatrice présente la« règle du 7 % - 38 % -55 %»qui laisse croire que langage
corporel est systématiquement l'élément le plus important lors d' un échange :
La synergologie s'appuie sur l'idée que le corps traduit des réactions émotives
que l'on n'exprime pas avec des mots. À ce sujet, les recherches du Dr Albert
Mehrabian, professeur émérite de psychologie à l'Université de Californie,
indiquent que les mots ne représentent que 7 % de la communication alors que
le ton, le timbre et l'intonation de la voix portent 38 % du message, ce qui
laisse 55% au langage corpore1 55 .
Je suis évidemment mal à l 'aise quant aux citations inexactes de mon travail.
Dès le début, j'ai essayé de donner aux gens les limites correctes de mes
conclusions. Malheureusement, le domaine des soi-disant « conseillers en
image d'entreprise » ou de « consultants en leadership » a de nombreux
57
praticiens ayant très peu d'expertise en psychologie.
55
Barreau du Québec, Le langage c01porel !, supra note 45.
56
Tim Harford, « More or Less », (aout 2009) en ligne : BBC Radio 4 <http: //[Link]. [Link]/radio/
player/ b00lyvz9> (consulté le 30 octobre 2014) .
57
Max Atkinson, Lend Me Your Ears : Al! You Need to Know About Making Speeches and
Presentations , Oxford, Oxford University Press, 2004 à la p 345 [notre traduction].
10
[E]n présence d'une source de lumière, d'une fenêtre, d'un grand espace et d'un
obstacle, où encore si la personne est de culture araméenne (Afrique du Nord et
Moyen-Orient), car elle aura appris à lire de droite à gauche. Tous ces facteurs
peuvent changer l'interprétation de l'orientation du regard.59
58
Ravi S Kudesia et Hillaty Anger Elfenbein, « Nonverbal Communication in the Workplace » dans
Mark L Knapp et Judith A Hall, dir, Non verbal Communication , Berlin, De Gruyter Mouton, 2013 ,
805-832; John Barkai, « Nonverbal Communication from the Other Si de : Speaking Body Language »
(1990) 27 San Diego L Rev 101; Albert Mehrabian et Susan R Ferris, «Inference of Attitudes From
Nonverbal Communication in Two Channels » (1967) 31 J Consult Psycho! 248 ; Albert Mehrabian et
Morton Wiener, « Decoding of Inconsistent Communications » ( 1967) 6 J Pers Soc Psycho! 109.
59
Barreau du Québec, Le langage corporel], supra note 45.
60
Samantha Mann et al, «The Direction of Deception: Neuro-Linguistic Programming as a Lie
Detection Tool » (2012) 27:2 J Pol Crim Psycho! 160; Aldeti Vrij et Shara K Lochun, « Neuro-
Linguistic Programming and the Police : Worthwhile or Not? » (1997) 12:1 J Pol Crim Psycho! 25.
61
Richard Wiseman et al, «The Eyes Don't Have It: Lie Detection and Neuro-Linguistic
Programming », en ligne: (2012) 7:7 PLoS ONE <http: //[Link]> [«The Eyes Don ' t Have
It »].
62
Barreau du Québec, Le langage corporel li, supra note 46.
11
En effet, au cours des quarante dernières années, la communication non verbale a fait
l' objet d'une multitude d'études scientifiques 66 . Il en est de même pour la détection
7
du mensongé . En 1969, Paul Ekman et Wallace V Friesen ont publié la première
réflexion théorique moderne et influente sur les signes comportementaux de
mensonge 68 . Leur hypothèse était alors basée directement sur les propos de Charles
63
Barreau du Québec, Le langage corporel I, supra note 45 .
64
Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46 .
65
Paul V Troville, « History of Lie Detection » (1939) 29 Am Inst Crim L & Criminology 848
[« History of Lie Detection »].
66
Judee K Burgoon, Laura K Guerrero et Kory Floyd, Nonverbal Communication, Upper Saddle
River, Pearson, 2010 [Nonverbal Communication]; Valérie Manusov et Miles L Patterson, The SAGE
Handbook of Nonverbal Communication, Thousand Oaks, Sage Publications, 2006 [The SAGE
Handbook ofNonverbal Communication]; Jinni A Harrigan, Robert Rosenthal et Klaus R Scherer, The
New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior Research, New York, Oxford University Press,
2005 [The New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior Research]; Marvin A Hecht et Nalini
Ambady, « Nonverbal Communication and Psychology : Past and Future » ( 1999) 7:2 NJJC 1
[« Nonverbal Communication and Psychology »].
67
Par Anders Granhag, Aldert Vrij et Bruno Verschuere, Detecting Deception : Current Challenges
and Cognitive Approaches, Chichester, Wiley, 2014 [Detecting Deception]; Aldert Vrij , Detecting Lies
and Deceit, 2e éd, Chichester, Wiley, 2008 [Detecting Lies and Deceit]; Mark L Knapp, Lying and
Deception in Hu man Interaction , Boston, Pearson, 2008 [Lying and Deception in Hu man Interaction];
Par Anders Granhag et Leif A Stromwall, The Detection of Deception in Forensic Contexts,
Cambridge, Cambridge University Press, 2004 [The Detection of Deception in Forensic Contexts].
68
Paul Ekman et Wallace V Friesen, « Nonverbal Leakage and Clues to Deception » (1969) 32
Psychiatry 88 [« Nonverbal Leakage »].
12
Darwin dans son livre L'expression des émotions chez l'homme et les animaux 69
initialement publié en 1872 :
Depuis, des études sont publiées dans une myriade de revues scientifiques, par
exemple le Journal of Nonverbal Behavior, Law and Human Behavior, Human
Communication Research, Journal of Applied Social Psycho/ogy, Psycho/ogy, Crime
& Law et Legal and Criminological Psycho/ogy. Toutefois, leur méconnaissance
71
laisse la place à des fausses croyances , par exemple celles liées à l'orientation du
regard, à l'hésitation, au détournement du regard 72 et au fait de se gratter sous le
73
nez , et à des méthodes de lecture du langage corporel douteuses. Les termes utilisés
pour en faire leur promotion sont loin d'être modestes : une méthode « reconnue
mondialement », enseignée par un « expert mondial », utilisée par des « enquêteurs
chevronnés», pour devenir un «détecteur de mensonges », pour avoir des
69
Charles Darwin, L 'expression des émotions chez 1'homme et les animaux, Paris, Rein wald, 1890
[L 'expression des émotions chez l 'homme et les animaux].
70
Darwin, L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, ibid à la p 80.
71
Stephen Porter et Leanne ten Brinke, « The Truth About Lies : What Works in Detecting High-
Stakes Deception » (20 10) 15 Legal Criminol Psych 57 [« The Tru th About Li es»]; Jamne M as ip et al,
« Is Behaviour Analysis Interview Just Common Sense?» (2010) 25 :4 Appl Cogn Psycho! 593 [« Is
B ehaviour Analysis Interview Just Common Sense?»]; Aldert Vrij , Par Anders Granh ag et Stephen
Porter, « Pitfalls and Opportunities in Non verbal and Verbal Li e Detection » (20 10) 11 :3 Psycho! Sei
Pub! Interest 89 [« Pitfalls and Opportunities »]; Aldert Vrij , « Wh y Professionals Fa il ta Catch Li ars
and How They Can Improve » (2004) 9 Legal Criminol Psych !59 [« Why Professionals Fail ta Catch
Li ars »].
72
Barreau du Québec, Le langage cmporelli, supra note 46 : « En présence du mensonge, on pourra
constater par exemple la dissimulation des mains, la fuite du regard, le visage incliné vers le bas ou
encore le corps qui se positionne le plus loin possible de l' interlocuteur » .
73
Barreau du Québec, Le langage corporel 1, supra note 45 : « Final ement, si on se gratte sous le nez
avec l' index, de gauche à droite, ça signifie que nos propos sont inexacts, soit parce qu ' on exagère ou
qu ' on ment » .
13
«certitudes »,pour que« plus rien n'échappe», à« ceux qui savent», etc.
À la recherche des meilleurs outils pouvant les aider dans la prise de décisions, les
avocats et les décideurs peu familiers avec l'univers de la communication non verbale
s'exposent au charme des fausses croyances et des méthodes de lecture du langage
74
corporel douteuses . En effet, la doctrine juridique québécoise sur l'incidence de la
communication non verbale lors de procès étant négligeable, les avocats et les
décideurs n'ont peu ou pas de repères pour apprécier les prétentions de soi-disant
experts en langage corporel et sont laissés à eux-mêmes.
74
Porter, « The Truth About Lies », supra note 71 ; Masip, « Is Behaviour Analysis Interview Just
Common Sense?», supra note 71; Vrij, « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71; Vrij, « Why
Professionals Fail to Catch Liars »,supra note 71.
75
HenryS Sahm, « Demeanor Evidence: Elusive and Intangible Imponderables» (1961) 47 ABA J
580 [« Elusive and Intangible Imponderables »].
14
Ainsi, l'attention accordée au comportement non verbal par les décideurs peut
affecter la liberté d'accusés dans un contexte criminel, la garde d'enfants dans un
contexte familial et l'indemnité de justiciables dans un contexte administratif.
Puisque « les raisons invoquées par le juge du procès au soutien de sa décision sont
présumées refléter le raisonnement l'ayant conduit à cette décision » 80 , les éléments
qu' il retient et les moments où il les observe représentent donc une source
d'information fondamentale pour saisir davantage le mécanisme sous-jacent à
l'évaluation de la crédibilité d'un témoin.
76
Faryna c Charny, [1952] 2 DLR 354 au para 10 [notre traduction].
77
Sahm, « Elusive and Intangible Imponderables », supra note 75 à la p 582 [notre traduction].
78
Timony, « Demeanor Credibility »,supra note 13.
79
Wellborn, « Demeanor »,supra note 11 à la p 1078 [notre traduction].
80
R c Teskey, 2007 CSC 25, [2007] 2 RCS 267 au para 19 [Teskey].
1 1
15
Préambule
Ainsi, l' ethos renvoie à« l'image persuasive, vertueuse, que l'orateur doit constmire
83
dans son discours pour emporter l'adhésion de ses auditeurs » :
L'orateur prouve par les mœurs, lorsqu ' il parle de manière a mspirer de la
confiance dans son caractère personnel; car l'homme honnête nous persuade
81
Soo Young Riech et David R Danielson, « Credibility : A Multidisciplinary Framework » (2007)
41:1 Annu Rev Inform Sei 307; Teamin Kim Park, «The Nature of Relevance in Information Retrieval
:An Empirical Study » (1993) 63 Libr Q 318; Timothy J Meyer, « Media Credibility: The State of the
Research (1974) 19:4 Public Commun Rev 48; Carl Iver Hovland et Walter Weiss, « The Influence of
Source Credibility on Communication Effectiveness » (!951) 15 Public Op in Q 635.
82
Manuel Maria Carrilho, «Les racines de la rhétorique: L ' antiquité grecque et romaine» dans
Michel Meyer, dir, Histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, Paris, Le Livre de poche, 1999, 20-
55àlap51.
83
Laurence Chapuis, Argumentation dans le discours judiciaire: Analyse linguistique des arrêts de la
Cour de cassation, thèse de doctorat, Département des langues modernes, Université de Rey Juan
Carlos, 2012, à la p 29 [non publiée] .
17
mieux et plus vite dans toutes les circonstances en général, mais surtout et
d'une manière absolue, quand la vérité n'est pas facile à saisir et qu'elle reste
dans le doute. 84
La crédibilité d'un individu, autrement dit l' ethos d'Aristote, est un construit
multidimensionne1 85 . Au quotidien, l'évaluation de la crédibilité, par exemple d'un
politicien, d'un lecteur de nouvelles ou d'un collègue de travail, détermine le crédit
qui sera ou ne sera pas accordé aux messages transmis. La crédibilité d'un individu
joue un rôle central dans la persuasion 86 . De plus, la crédibilité d'un individu a un
impact plus important que son honnêteté sur le fait qu'il soit cru ou non. Un menteur
ayant une grande crédibilité a donc plus de chance d'être cru qu'un individu qui dit la
vérité ayant une faible crédibilité 87 .
L'évaluation de la crédibilité d'un témoin peut être faussée par des facteurs
extralégaux, c'est-à-dire des facteurs extérieurs à ceux prévus par la loi. Par exemple,
un témoin qui se montre nerveux ou contrarié peut être considéré moins crédible
comparé à celui qui ne se montre pas nerveux ou contrarié 88 . À cause des stéréotypes,
une victime de viol qui se montre émotive peut être jugée plus prudente et moins
84
Norbert Alexandre Bonafous, La rh étorique d 'Aristote, Paris, A Durand, 1956 à la p 15.
85
James C McCroskey et Jason J Teven, « Goodwill : A Reexamination of the Construct and its
Measurement » (1999) 66:1 Commun Mono gr 90 [« Goodwill » ]; James C McCroskey et Thomas J
Young, «Eth os and Credibility : The Construct and its Measurement After Three Decades» (1981) 32
Cent States Speech J 24; Kim Giffin, « The Contribution of Studies of Source Credibi lity to a Theory
of Interpersonal Trust in the Communication Process » (1967) 68:2 Psycho! Bull 104; James C
McCroskey, « Scales for the Measurement ofEthos » (1966) 33 Speech Monogr 65.
86
McCorskey, « Goodwill » ibid; Charles C Self, « Credibility » dans Don W Stacks et Michael B
Salwen, dir, lntegrated Approach to Communication The01y and Research, Mahwah, Lawrence
Erlbaum, 1996, 421-441 ; Daniel J O'Keefe, Persuasion : Theo1y and Research, Newbury Park, Sage,
1990; Kenneth Andersen et Theodore Clevenger, « A Summary of Experimental Research in Ethos »
(1963) 30:2 Speech Monogr 59.
87
Charles F Bond et Bella M DePaulo, « Individual Differences in Judging Deception : Accuracy and
Bias» (2008) 134:4 Psycho! Bull477.
88
Robert K Bothwell et Mehri Jalil, « The Credibility of Nervous Witness » (1992) 7:4 J Soc Behav
Pers 581.
18
responsable du viol comparée à celle qui ne se montre pas émotive 89 . Autrement dit,
l'évaluation de la crédibilité est affectée consciemment et inconsciemment par des
stéréotypes 90 . Elle est aussi affectée par 1'absence de comportement semblable à
l'allongement du nez de Pinocchio. En effet, aucun comportement verbal, non verbal
ou physiologique n'est apparent chez tous les menteurs et absent chez toutes les
personnes qui disent la vérité 91 . Ainsi, seule la connaissance de la vérité objective
permet de détecter le mensonge sur-le-champ (ex : un individu nie être présent lors
d'un crime mais une bande vidéo confirme sa présence, le mensonge est détecté sur-
le-champ).
89
Geir Kaufmann et al, « The Importance of Being Earnest : Displayed Emotions and Witness
Credibility » (2003) 17 Appl Cogn Psycho! 21.
90
D Eric Anderson et al, « Beliefs About Cues to Deception : Mindless Stereotypes of Untapped
Wisdom? » (1999) 23 J Nonverbal Behav 67.
91
John Yarbrough, Hugues Hervé et Robert Harms, «The Sins of Interviewing: En·ors Made by
Investigative Interviewers and Suggestions for Redress » dans Barry S Cooper, Dorothee Griesel et
Marguerite Ternes, dir, Applied Issues in Investigative Interviewing, Eyewitness Memory, and
Credibility Assessment, New York, Springer, 2013 , 59-98; Vrij, Detecting Lies and Deceit, supra
note 67; Mark G Frank, « Research Methods in Detecting Deception Research » dans Jinni A
Harrigan, Robert Rosenthal et Klaus R Scherer, dir, The New Handbook of Methods in Nonverbal
Behavior Research, New York, Oxford University Press, 2005 , 341-367; Bella M DePaulo et Wendy L
Morris, « Discerning Lies from Tmths : Behavioral Cues to Deception and the Indirect Pathway of
Intuition » dans Par Anders Granhag et Leif A Stromwall, dir, The Detection of Deception in Foresic
Contexts, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, 15-40.
92
Hubert Reid, Dictionnaire de droit québécois et canadien, Montréal, Wilson & Lafleur, 2010, sub
verbo «crédibilité ».
93
John L Kane, « Judging Credibility » (2007) 33:3 Litig Mag 1 à la p 1 [notre traduction].
94
Barry R Morrison et Warren Comeau, « Judging Credibility of Witnesses » (2002) 25:4 Advocates'
Q 411.
19
menteurs des personnes qui disent la vérité, à maitriser ces multiples habiletés, est
telle que l'issue de nombreux dossiers qui se rendent à procès en dépendent
entièremenë 5 . Lors d'un procès, l'évaluation de la crédibilité d'un témoin joue un
important rôle dans l'évaluation de la fiabilité de son témoignage:
La fiabilité se réfère plutôt à la valeur du récit relaté par le témoin. L'on parlera
de la fiabilité de son témoignage, autrement dit d'un témoignage digne de
confiance.
Ainsi, il est bien connu que le témoin crédible peut honnêtement croire que sa
version des faits est véridique, alors qu'il n'en est rien et ce, tout simplement
parce qu'il se trompe; la crédibilité du témoin ne rend donc pas nécessairement
son récit fiable. 96
D'ailleurs, l'idée que l'honnêteté se manifeste dans le comportement non verbal d ' un
97
témoin lors d'un procès n'est pas propre au Canada et remonte au moins jusqu'aux
années 900 avant Jésus-Christ. Dans un des Védas, les plus anciens textes sacrés de
l'hindouisme 98 , des instructions précises pour reconnaître un empoisonneur étaient
décrites:
La persom1e qui donne du poison peut être reconnue. Elle ne répond pas aux
questions, ou elles sont des réponses évasives; elle dit n ' importe quoi , se frotte
le gros orteil sur le sol, et frissonne; son visage est décoloré; elle se frotte les
racines des cheveux avec ses doigts; et elle essaie par tous les moyens de quitter
la maison.99
95
Lynn Smith, « The Ring of Truth, The Clang of Lies : Assessing Credibility in the Courtroom »
(2012) 63 UNBLJ 10 [«The Ring ofTruth, The Clang of Lies »].
96
François Doyon, « L'évaluation de la crédibilité des témoins » ( 1999) 4 RevCan DP 331 à la p 331.
97
United States v Scheffer, 523 US 303 , 313 (1998); Coy v Iowa , 487 U S 1012, 1032 (1988);
Anderson v Bessemer City, 470 US 564, 575 (1985) ; California v Green, 399 US 149, 158 ( 1970).
98
Stephanie W Jamison et Michael Witzel, « Vedic Hinduism » dans Arvind Sharma, dir, The Study of
Hinduism, Columbia, University of South Caro lina Press, 2003 , 65-113 .
99
Troville, « History of Lie Detection », supra note 65 à la p 849 [notre traduction].
20
100
Blumenthal, «A Wipe of the Hands », supra note 12.
101
William H Fortune, Richard H Underwood et Edward J Imwinkelried, Modern Litigation and
Professional Responsibility Handbook: The Limits ofZealous Advocacy, Second Edition, New York,
Aspen Law & Business, 2000; Saul M Kassin, «The American Jury : Handicapped in the Pursuit of
Justice» (1990) 51 Ohio St L J 687; Richard H Underwood, « Adversary Ethics: More Dirty Tricks »
(1982) 6 J Am Trial Advoc 265; James W McElhaney, « Dealing with Dirty Tricks » (1980) 7 Litig
45.
102
Le 20 avril 2015, une mise à jour de la recherche du 20 janvier 2015 a permis de retracer 960
jugements entre le 2 février 1877 et le 11 décembre 2014 inclusivement. Ainsi, 32 nouveaux jugements
ont été ajoutés au moteur de recherche jurisprudentielle CanLII depuis la recherche initiale.
21
L'analyse des jugements a été faite en ne retenant que les propos sur l'évaluation de
la crédibilité des témoins et des parties. Ainsi, au fur et à mesure que nous avons pris
connaissances des jugements retracés à l'aide des mots-clés, nous avons construit les
sections et sous-sections de ce chapitre. Les sections et sous-sections n'ont pas été
déterminées d'avance afin de ne pas imposer un cadre ou une structure à cette analyse
ce qui, autrement, aurait« forcé» une interprétation des jugements. L'objectif était de
laisser émerger des jugements le discours sur l'évaluation de la crédibilité des
témoins et des parties, et ce afin de déterminer dans quelle mesure le comportement
non verbal des témoins et des parties peut l'affecter, ce qui nous apparaissait comme
la première étape afin de comprendre l'incidence de la communication non verbale
104
lors de procès . Cette analyse des données se rapproche donc, sur plusieurs aspects,
de la méthodologie de la théorisation enracinée 105 .
103
Le 20 avril 2015, une mise à jour de la recherche du 20 janvier 2015 a permis de retracer 379
jugements entre le 9 février 1880 et le 11 décembre 2014 inclusivement. Ainsi, 8 nouveaux jugements
ont été ajoutés au moteur de recherche jurisprudentielle CanUT depuis la recherche initiale.
104
En conséquence, au fur et à mesure que les sections et sous-sections ont été créées, les propos ont
été classés et au fur et à mesure que les propos ont été classés, les sections et sous-sections ont été
créées, dans un mouvement circulaire entre les propos et les sections et sous-sections. Nous avons
cessé notre analyse au moment où les propos identifiés constituaient une synthèse qui nous apparaissait
suffisamment complète des approches identifiées, c'est-à-dire lorsque les jugements retracés
permettaient d'avoir, à notre avis, une compréhension suffisamment riche et complète de l'objet
étudié. L'objectif était de laisser aux jugements l'autonomie qui leur est propre afin de mieux
comprendre le raisonnement des tribunaux.
105
François Guillemette et Jason Luckerhoff, « L'induction en méthodologie de la théorisation
enracinée (MTE) » (2009) 28:2 Rech Quai 4 [« L'induction en méthodologie de la théorisation
enracinée » ]; Jason Luckerhoff et François Guillemette, Méthodologie de la théorisation enracinée,
Québec, Presses de l'Université du Québec, 2012 [Méthodologie de la théorisation enracinée];
François Guillemette et Jason Luckerhoff, « Induction : Les multiples voies de la méthodologie de la
théorisation enracinée (MTE) » (2015) 2:1 Appr Induct 1 [«Induction »]; Barney Glaser et Anselm
Strauss, The Disco very of Grounded Theo1y : Strategies for Qualitative Research, Chicago, Aldine,
1967 [The Disco very of Grounded Theory ].
22
Des lecteurs pourraient nous reprocher une certaine redondance. Toutefois, les
citations retenues l'ont été avec l'objectif de former un corpus aussi complet que
possible. Autrement dit, les citations retenues exposent, à notre avis, diverses
106
subtilités qu'un œil averti percevra . Enfin, il est à noter que l'évaluation de la
crédibilité des témoins et des parties sera également abordée au Chapitre 3, mais dans
un contexte différent, celui de procès québécois avec les propos tenus par les juges
ayant observé les témoins et les parties. Le présent chapitre n'est consacré qu'à la
jurisprudence de la Cour suprême du Canada et aux règles de base que les tribunaux
inférieurs devraient appliquer.
Selon la Cour suprême du Canada, 1' évaluation de la crédibilité est « une question
omniprésente dans la plupart des procès, qui, dans sa portée la plus étendue, peut
équivaloir à une décision sur la culpabilité ou l'innocence » 108 . De façon générale,
106
Par exemple, même si deux mots ont une même signification dans le dictionnaire et que des lecteurs
pourrait y voir de la redondance, leur sens n'est pas nécessairement le même, notamment à cause du
contexte de leur utilisation (ex : les mots utilisés avant et après sont différents). Ainsi , afin de mieux
comprendre 1'incidence de la communication non verbale lors de procès, il nous est apparu nécessaire
de conserver des propos similaires lorsque leur sens pouvait être différent. Les lecteurs à l'affut de ces
subtiles différences, mais non-moins importantes, y verront une contribution à la littérature juridique
qui parfois, par souci d'efficacité, simplifie des notions complexes. Or, l'évaluation de la crédibilité
des témoins et des parties ne se prête pas à ce genre d'exercice .
107
Bertrand Russell, Our Know!edge of the Externat World as a Field For Scientific Method in
Philosophy, London, George Allen & Unwin Ltd, 1914 à la p 237 [notre traduction].
108
R c Randy, 2002 CSC 56, [2002] 2 RCS 908 au para 115 [Randy].
- -- - -------- 1
23
l'évaluation de la crédibilité d'un témoin, y compris celle d'un témoin expert 109 , est
une question réservée «à l'appréciation souveraine du juge des faits » 110 qui
« examinera le comportement du témoin et sa façon de répondre aux questions » 111 •
Autrement dit, les « questions de la crédibilité et du poids qu'il faut accorder à un
112
témoignage relèvent exclusivement de [sa] compétence » et il «appartient
113
uniquement au juge des faits de [les] trancher » :
109
Delgamuukw c Colombie-Britannique, 1997 CSC 302, [1997] 3 RCS 1010 aux para 78 , 91
[Delgamuukw].
Il Aubry c Éditions Vice-Versa inc, 1998 esc 817 ' [ 1998] 1 RCS 591 au para 71 .
0
111
R c DAI, 2012 CSC 5, [2012]1 RCS 149 au para 72 [DAI] .
11 2
Mezzo c La Reine, 1986 CSC 16, [1986] 1 RCS 802 au para 61 (voir auss i R c Hibbert, 2002 CSC
39, [2002]2 RCS 445 au para 78 ; R c Charemski , 1998 CSC 819, [1998] 1 RCS 679 au para 23 ; R c
Bulmer, 1987 CSC 56, [ 1987] 1 RCS 782 au para 23).
11 3
R c Oickle, 2000 CSC 38, [2000] 2 RCS 3 au para 13 8 [Oick!e].
114
DAI, supra note Ill au para 18.
115
R c Marquard, 1993 CSC 37, [1993] 4 RCS 223 à la p 248 [Marquard] .
11 6
R c Khelawon, 2006 CSC 57, [2006]2 RCS 787 au para 35 (voir aussi R c Baldree, 2013 CSC 35,
[2013] 2 RCS 520 aux para 30-31).
117
Stoneham et Tewkesbury c Ouellet, 1979 CSC 15, [1979] 2 RCS 172 à la p 194 [Tewkesbury ];
Guay c La Reine, 1978 CSC 148, [1979] 1 RCS 18 à la p 28 ; Fonds d ' indemnisation des victimes
d' accidents d'automobile et autre c Martineau, 1977 CSC 154, [ 1978] 1 RCS 24 7 à la p 251 ; Mac Neill
et al c Briau, 1976 CSC 184, [1977]2 RCS 205 à la p 205 [MacNeil[j ; Métivier c Cadorette, 1975 CSC
2, [1977] 1 RCS 371 aux pp 382-383 [Cadorette]; Auld et al c Wallace's Moving Storage Ltd et al,
1974 CSC 195, [1975] 2 RCS 820 à la p 827; Maryland Casualty Co c Roland Roy Fourrures Inc,
1973 CSC 141 , [1974] RCS 52 à la p 54; R c Graham, 1972 CSC 172, [1974] RCS 206 à la p 214;
24
avantage. Il « a l'avantage, que n'a pas la cour d'appel, de voir et d'entendre les
témoins »118, d'examiner leur comportement non verbal:
Westerlund c Ayer, 1970 CSC 150, [1971] RCS 131 à la p 140; Guertin (Antoine) Ltée c Chamberland
Co Ltd, 1970 CSC 168, [1971] RCS 385 à la p 398; Hofer et al c Hofer et al, 1970 CSC 161 , [1970]
RCS 958 aux pp 965-966; Dorval c Bouvier, 1968 SCC 3, [1968] RCS 288 aux pp 295-296; Vana v
Tosta et al, 1967 SCC 21 , [1968] SCR 71 aux pp 74-75; Traver lnvestments Inc et al v Union Carbide
Corporation et al, 1967 CSC 106, [ 1967] SCR 196 à la p 208; La treille c Lamontagne et Carrière, 1966
CSC 38, [1967] RCS 95 à la p 103; Ratté v Provencher, 1964 SCC 87 , [1964] SCR 606 à la p 608 ;
Ranes v Wawanesa Mutual Insurance Co, 1963 CSC 1, [1963] SCR 154 à la p 164; Prudential Trust
Co et al v Forseth, 1959 CSC 48, [1960] SCR 210 aux pp 217-218; Union Marine & General Insurance
Company Limited v Bodnorchuk et al, 1958 CSC 50, [1958] SCR 399 à la p 413 ; Little and McDonald
v Little, 1958 SCC 27, [1958] SCR 566 aux pp 571, 575, 576; R v Coffin, 1956 SCC 94, [1956] SCR
191 à la p 231; Fuller v Nickel, 1949 SCC 40, [1949] SCR 60 1 à la p 606; Nykolyn v The King, 1949
SCC 29, [1949] SCR 392 à la p 397; Northey v The King, 1948 SCC 16, [1948] SCR 135 à la p 142;
MacDonald v The King, 1946 SCC 3, [1947] SCR 90 aux pp 98-99; Latour v Grenier, 1945 SCC 39,
[1945] SCR 749 à la p 761; American Automobile Ins Co v Dickson, 1943 SCC 34, [1943] SCR 143 à
la p 148; Hinkson v Harmes, 1943 SCC 48, [1943] SCR 61 à la p 66; McKay v Clow, 1941 SCC 36,
[ 1941] SCR 643 aux pp 653-654; Cox v Hourigan, 1941 SCC 4, [ 1941] SCR 251 à la p 256 ; Day v
Toronto Transportation Commission, 1940 SCC 7, [1940] SCR 433 aux pp 438-439 ; Mantha v City of
Montreal, 1939 SCC 47, [1939] SCR 458 à la p 468; Sershall v Toronto Transportation Commission,
1939 SCC 6, [1939] SCR 287 à la p 307 [Sershall]; Southern Canada Power Co Ltd v The King, 1936
SCC 34, [1936] SCR 4 à la p 17; Siscoe Gold Mines Ltd v Bijakowski, 1934 SCC 68 , [1935] SCR 193
à la p 196; B v B, 1934 SCC 41, [1935] SCR 231 à la p 237; Charlebois v Baril, 1927 CSS 56, [1928]
SCR 88 à la p 90; Nanoose Wellington Collieries Ltd v Jack, 1926 SCC 26, [1926] SCR 495 à la p
498; Ship M F Whalen v Pointe Anne Quarries Ltd, 1921 SCC 57, 63 SCR 109 à la p 136; Ogilvie v
Davie, 1921 SCC 44, 61 SCR 363 à la p 397; Canadian Northern Railway Co v Homer, 1921 SCC 24,
61 SCR 547 à la p 549; Raymond v Township ofBosanquet, 1919 SCC Il , 59 SCR 452 aux pp 455,
460; Adolph Lumber Co v Meadow Creek Lumber Co, 1919 SCC 27, 58 SCR 306 à la p 312; Morrow
Cereal Co v Ogilvie Flour Mills Co, 1918 SCC 10, 57 SCR 403 aux pp 411-412 ; Compagnie Générale
d'Entreprises Publiques v The King, 1917 SCC 91, 57 SCR 527 à la p 533; Allen v The King, 1911
SCC 52, 44 SCR 331 à la p 340; Syndicat Lyonnais du Klondyke v Barrett, 1905 SCC 22, 36 SCR 279
à la p 307; Dunsmuir v Loewenberg, Harris & Co, 1903 SCC 30, 34 SCR 228 à la p 239; Village of
Granby v Ménard, 1900 SCC 74, 31 SCR 14 aux pp 22-24; N01th British Ins Co v Tourville, 1895
SCC 68, 25 SCR 177 à la p 192; The Ship "Minnie" v The Queen , 1894 SCC 89, 23 SCR 478 à la p
484; North Perth Election Case (Campbell v Grieve), 1892 SCC 88, 20 SCR 331 aux pp 336, 359;
Welland Election Case (German v Rothery), 1892 SCC 89, 20 SCR 376 aux pp 386-387; McKercher v
Sanderson, 1887 SCC 12; 15 SCR 296 à la p 302; Berthier Election Case, 1884 SCC 37, 9 SCR 102 au
pp 169, 155; Russell v Lefrançois, 1883 SCC 34, 8 SCR 335 à la p 367; Larue v Deslauriers, 1881
SCC 2, 5 SCR 91 à la p 102; Mc Ka y v Glen, 1880 SCC 27, 3 SCR 641 à la p 666.
11 8
R c W(R), 1992 CSC 56, [1992] 2 RCS 122 [WR] à la p 131 (voir aussi R c R(D), 1996 CSC 207,
[1996]2 RCS 291 au para 84 [RD]; R c Burke, 1996 CSC 229, [1996] 1 RCS 474 au para 5 [Burke]; R
c François, 1994 CSC 52, [ 1994] 2 RCS 827 à la p 836 [François]).
25
peut tenir compte des pauses importantes dans les réponses, des modifications
de la physionomie, des regards de colère, de la confusion et de l'inquiétude. 119
Il est le mieux placé « pour apprécier la conduite et la crédibilité des témoins »120 si
bien que « lorsqu'une question importante de crédibilité est en cause, la justice
fondamentale exige que cette question soit tranchée par voie d'audition »121 :
Je ferai cependant remarquer que, même si les auditions fondées sur des
observations écrites sont compatibles avec les principes de justice fondamentale
pour certaines fins, elles ne donnent pas satisfaction dans tous les cas. Je pense
en particulier que, lorsqu'une question importante de crédibilité est en cause, la
justice fondamentale exige que cette question soit tranchée par voie d'audition.
Les cours d'appel sont bien conscientes de la faiblesse inhérente des
transcriptions lorsque des questions de crédibilité sont en jeu et elles sont donc
très peu disposées à réviser les conclusions des tribunaux qui ont eu l'avantage
d'entendre les témoins en personne. [... ] Je puis difficilement concevoir une
situation où un tribunal peut se conformer à la justice fondamentale en tirant,
uniquement à partir d'observations écrites, des conclusions importantes en
matière de crédibilité.122
11 9
P(D) c S(C), 1993 CSC 35, [1993] 4 RCS 141 à la p 192 [SC] .
120
P(S) c R(M), 1996 CSC 162, [1996] 2 RCS 842 au para 32 (voir aussi Alberta Union of Provincial
Employees c Lethbridge Community College, 2004 CSC 28, [2004] 1 RCS 727 au para 22 ; Fletcher c
Société d'assurance publique du manitoba, 1990 CSC 59, [1990] 3 RCS 191 à la p 204 [Fletcher]).
121
Singh c Ministre de l'Emploi et de l'Immigration , 1985 CSC 65 , [1985] 1 RCS 177 au para 59
[Singh] (voir aussi Dehghani c Canada (Ministre de l'Emploi et de l'Immigration), 1993 CSC 128 ,
[1993] 1 RCS 1053 à la p 1078).
12 2
Singh, ibid au para 59.
123
Léo Ducharme,« De l' admissibilité des déclarations antérieures d' un témoin à titre d ' exception à la
règle du ouï-dire » (2012) 71 R du B 175 : « En droit québécois, la jurisprudence n' a pas comme tel
abordé la question de la fiabilité d ' une déclaration incompatible sous l' angle des substituts aux
formalités prescrites dans le cas d ' un témoignage. Toutefois, il nous semble ressortir de l'arrêt Brès c.
Compagnie d'assurance générale Cumis de la Cour d ' appel que l' interrogatoire ou le contre-
interrogatoire du témoin au sujet de la déclaration incompatible soit à la fois une formalité essentielle
et suffisante ».
26
enregistrée intégralement sur bande vidéo pour que le juge des faits puisse examiner
le comportement de l'auteur de la déclaration 124 :
Quand le témoin est à la barre, le juge des faits peut observer ses réactions aux
questions, ses hésitations, il peut voir s'il est catégorique, etc. Fait plus
important, qui subsume tous ces facteurs, le juge peut évaluer la relation entre
celui qui pose les questions et le témoin, et mesurer dans quelle mesure le
témoignage est le produit de l'interrogatoire. Ces observations et indications
subtiles ne ressortent pas d'une transcription lue à l'audience par un avocat sur
un ton monocorde et faisant totalement abstraction du climat de l'échange.
Le juge des faits dispose de tous ces indices de crédibilité, et donc de fiabilité,
quand la déclaration antérieure des témoins a été enregistrée sur bande vidéo.
[... ] L'audiovisuel permet de remarquer d'autres aspects de la déclaration qu'une
transcription ne peut rendre, tels que les actions et les gestes caractéristiques du
témoin (comme dans le cas présent), ou les réponses données par des signes de
tête (dénégation ou acquiescement). Autrement dit, l'emegistrement donne
l'impression au spectateur, autant que faire se peut, d'être dans la pièce avec le
témoin et le policier qui l'interroge. Non seulement le juge des faits peut
constater tous les indices non verbaux de fiabilité, mais encore il peut assister à
la reproduction fidèle de la déclaration, ce qui élimine le danger de relation
inexacte qui est à la base de la règle interdisant le ouï-dire. 125
Dans l' ordre, nous discuterons des principes de base et du rôle de l'expert ainsi que
des motifs de contestation de l'évaluation de la crédibilité selon la Cour suprême du
Canada.
124
R c Youvarajah, 2013 CSC 41 , [2013] 2 RCS 720 aux para 54, 70; R c Mapara, 2005 CSC 23 ,
[2005] 1 RCS 358 au para 46; R c Starr, 2000 CSC 40, [2000] 2 RCS 144 au para 160; R c Hawkins,
1996 CSC 154, [1996] 3 RCS 1043 au para 76; R c U(FJ), 1995 CSC 74, [1995] 3 RCS 764 au para
34; Mclnroy et autre c La Reine, 1978 CSC 175, [1979] 1 RCS 588 .
125
R c B(KG), 1993 CSC 116, [1993] 1 RCS 740 aux pp 792-793 (voir aussi R c DD, 2000 CSC 43,
[2000] 2 RCS 275 au para 160 [DD]).
- -- - · · --
27
Selon la Cour suprême du Canada, la crédibilité « ne peut pas être déterminée selon
126
des règles fixes » car elle « varie en fonction des faits de chaque affaire » 127 :
En effet, « [l]a question de la crédibilité en est une de fait qui ne peut être déterminée
par l'application d'un ensemble de règles qui, à ce qui est suggéré, devraient avoir
129
force de loi » :
Des juges éminents ont parfois indiqué certains guides qui se sont révélés être
d'une grande utilité, mais mes recherches m ' indiquent qu'on a jamais tenté
d'indiquer tous les facteurs susceptibles d'entrer en jeu. C'est une question où
trop de caractéristiques humaines tant positives que négatives doivent être
prises en considération. L'intégrité générale de l'intelligence du témoin, ses
facultés d'observation, la capacité de sa mémoire et l'exactitude de sa
déposition sont des facteurs importants. Il est également important de
déterminer s' il essaie de bonne foi de dire la vérité, s'il est sincère et franc ou
s'il a des préjugés ou s'il est réticent ou évasif. Toutes ces questions entre
autres peuvent recevoir une réponse d'après l' observation de la conduite et du
130
comportement général du témoin en détemünant la crédibilité.
126
François , supra note 118 à la p 839 (voir aussi R c WH, 2013 CSC 22 , [20 13] 2 RCS 180 au para
31 [WH] ; R c S(RD) , 1997 CSC 324, [1997] 3 RCS 484 au para 128 [SRD] ; R c C(R), 1993 CSC 142,
[1993] 2 RCS 226 aux pp 226-227 ; R c Chevrier (1992), 49 QAC 37 à la p 42) .
127
Vetrovec c La Reine, 1982 CSC 20 , [ 1982] 1 RCS 811 à la p 822 [ Vetrovec ].
128
WR , supra note 118 à la p 134 (voir aussi R c B(G), 1990 CSC 114, [1990] 2 RCS 30 aux pp 54-
55).
129
White v The King, 1947 SCC 1, [1947] SCR 268 à la p 272 [White] [notre traduction] .
130
White, ibid à la p 272 .
28
Ainsi, l'évaluation de la crédibilité doit «être laissée au bon sens du juge des
faits » 131 :
Cette décision repose non pas seulement sur des facteurs comme l'évaluation de
l'importance de quelque prétendue incohérence ou raison d'inventer susceptible
de faire l'objet d'un examen raisonné par une cour d'appel, mais sur le
comportement du témoin et le bon sens des jurés, qui ne peuvent pas être
évalués par la cour d'appel. Il s'agit, dans ce dernier cas, de 1' « avantage » que
possède le juge des faits, que ce soit un juge ou un jury, mais que la cour
d'appel ne possède pas et qu'elle doit prendre en considération au moment de
décider si le verdict est déraisonnable. 132
Il «doit s'appuyer sur ses acqms antérieurs pour exercer ses fonctions
juridictionnelles »133 :
L'on s'attend à ce que les jurés mettent à contribution tout leur bagage
d'expériences dans l'accomplissement de leur tâche. C'est à partir de leurs
connaissances sur le comportement humain, connaissances qu'ils ont
évidemment acquises à 1' extérieur de la salle d'audience, gu' on leur demande
d'apprécier la crédibilité des témoins et de tirer des inférences des faits
' 134
prouves.
Le juge des faits, que ce soit un JUge ou un JUry, doit utiliser son «bagage
135
d'expériences » . Autrement dit, l'évaluation de la crédibilité« doit toujours être le
résultat de l'opinion du Ouge des faits] sur les divers éléments perçus au procès, de
son expérience, de sa logique et de son intuition à l'égard de l'affaire» 136. Elle «varie
13 1
François, supra note 118 à la p 839 (voir aussi WR , supra note 118 aux pp 836-837).
132
François, ibid à la p 837 (voir aussi HL c Canada (Procureur général), 2005 CSC 25, [2005] 1 RCS
401 au para 56; WH, supra note 126 aux para 32, 41).
133
SRD, supra note 126 au para 38.
134
R c Pan; R c Sawyer, 2001 CSC 42, [200 1] 2 RCS 344 au para 61 [Pan].
13 5
Pan, ibid au para 61.
136
Mm-qum-d, supra note 115 à la p 248 (voir aussi RD, supra note 118 au para 74).
29
137
en fonction des faits de chaque affaire » , elle est davantage « un art qu'une
138
science» :
Par exemple, il peut y avoir quelque chose dans l'attitude d'une personne à la
barre des témoins qui amènera un juré à conclure que le témoin n 'est pas
crédible. Il est possible que le juré soit incapable d'indiquer l'aspect précis de
l'attitude du témoin qu'il a jugé suspect, et qu'il ne puisse, par conséquent,
s'expliquer à lui-même ou expliquer aux autres exactement pourquoi il ne
faudrait pas croire le témoin. Les jurés ne devraient pas avoir le sentiment que
l'impression générale, peut-être intangible, qui se dégage de l'attitude d'un
témoin ne peut pas être prise en considération dans l'appréciation de sa
crédibilité.
Il s'ensuit qu'il n'est certainement pas essentiel de dire aux jurés qu'un doute
raisonnable est un doute qu'il est possible de motiver. Cela pourrait compliquer
inutilement la tâche du jury. Il suffira de lui dire qu'un doute raisonnable est un
doute fondé sur la raison et le bon sens, et qui doit reposer logiquement sur la
preuve ou 1' absence de preuve. 139
En effet, « il est souvent difficile, voire impossible, de dire avec précision ce qui a
influé sur la conclusion finale tirée relativement à la crédibilité d'un témoignage» 140 .
Il peut être compliqué de montrer «l'enchevêtrement complexe des impressions qui
141
se dégagent de l'observation et de l'audition des témoins » :
137
Vetrovec, supra note 127 à la p 822.
13 8
SRD, supra note 126 au para 128.
139
R c Lifchus, 1997 CSC 319, [1997] 3 RCS 320 a para 29.
140
WH, supra note 126 au para 39.
141
R c Gagnon, 2006 CSC 17, [2006]1 RCS 621 au para 20 [Gagno n] (voir aussi WH, ibid au para 39;
R c Griffin, 2009 CSC 28, [2009] 2 RCS 42 au para 86 [Griffin]; FH c McDougall , 2008 CSC 53,
[2008] 3 RCS 41 au para 72 [McDougall]; R c REM, 2008 CSC 51, [2008] 3 RCS 3 au para 28
[REM]; R c Dinardo, 2008 CSC 24, [2008] 1 RCS 788 au para 26 [Dinardo]).
30
Comme nous l'avons déjà noté, il est indubitable que dans une société bilingue,
multiraciale et multiculturelle, chaque juge aborde l'exercice de la justice dans
une perspective qui lui est propre. Il aura certainement été conditionné et formé
par ses expériences personnelles, et on ne peut s'attendre à ce qu ' il s'en
départisse dès qu'il est nommé juge. En fait, pareille transfonnation priverait la
société du bénéfice des précieuses connaissances acquises alors qu'il était
encore avocat. De même, elle empêcherait la réunion d'une diversité
d'expériences au sein de la magistrature. La personne raisonnable ne s'attend
pas à ce que le juge joue le rôle d'un figurant neutre; elle exige cependant qu ' il
fasse preuve d'impartialité lorsqu'il rend justice. 145
Étant donné qu'un «des principes fondamentaux de notre système juridique pmie que
les juges et les jurys sont compétents pour détem1iner la crédibilité et la fiabilité d'une
preuve» 146 , un expert ne peut exprimer une opinion sur la question de savoir si un
témoin ment ou dit la vérité. Autrement dit, l'évaluation de la crédibilité est une
« question qui relève clairement de l'expérience de juges et de jurys et à l'égard de
laquelle aucune preuve d'expert n'est nécessaire » 147 . Le «juge ou jury qui se contente
142
Gagnon, ibid au para 20 (voir aussi Grifjin, ibid au para 86; McDouga/1, ibid au para 72; REM, ibid
au para 48 ; Dinardo, ibid au para 26).
143
SRD, supra note 126 au para 29.
144
SRD, ibid au para 29.
145
SRD, ibid au para 38.
146
R c Bé1and, 1987 CSC 27, [1987] 2 RCS 398 au para 17 [B éland] (voir aussi Oickle, supra note 113
au para 138).
147
Béland, ibid au para 17 (voir aussi Oick/e, ibid au para 138).
- - - - -- -- - - -
31
d'accepter une opinion d'expert sur la crédibilité d'un témoin ne respecterait pas son
148
devoir d'établir lui-même la crédibilité du témoin » :
14 8
Marquard, supra note 115 à la p 248.
149
Marquard, ibid à la p 248 (voir aussi RD, supra note 118 au para 74).
150
Béland, supra note 146 à la p 248 (voir aussi Marquard, ibid à la p 248).
151
R c Burns, 1994 CSC 127, [1994]1 RCS 656 à la p 667 [Burns].
152
DD, supra note 125 au para 20.
-l
32
La preuve d'expert ne serait pas pertinente si elle ne rendait pas une version des
événements plus probable qu'une autre, de sorte qu'elle touche presque
toujours la crédibilité d'un ou de plusieurs témoins. Il s'ensuit qu'une question
de fait peut presque toujours être tournée en question de crédibilité. Cela
n'empêche pas nécessairement l'admission de la preuve d'expett. Pourvu que la
preuve ne porte pas directement sur la simple question de la crédibilité, elle
peut être jugée pertinente même si le témoignage de l'expert risque de rehausser
ou de diminuer la crédibilité d'un témoin. 153
Ainsi, lorsque « certains aspects du comportement humain, qui sont importants dans
l'appréciation de la crédibilité d'un témoin par le juge ou le jury, risquent de ne pas
être compris par le profane» 154 , le témoignage d'expert sur le comportement humain
peut être nécessaire «pour donner à la cour des renseignements scientifiques qui,
selon toute vraisemblance, dépassent l'expérience et la connaissance d'un juge ou d'un
jury » 155 • En effet, «dans certaines circonstances, la personne moyenne peut ne pas
avoir une connaissance ou une expérience suffisante du comportement humain pour
pouvoir tirer des faits qui lui ont été présentés une conclusion appropriée » 156 :
Pour cette raison, il est de plus en plus largement reconnu que, si le témoignage
d'expeti sur la crédibilité d'un témoin n'est pas admissible, le témoignage
d'expert sur le comportement humain et les facteurs psychologiques et
physiques qui peuvent provoquer un certain comportement pertinent quant à la
crédibilité, est admissible, pourvu qu'il aille au-delà de l'expérience ordinaire du
juge des faits. 157
153
DD, ibid au para 20.
154
Marquard, supra note 115 à la p 250 .
155
Burns, supra note 151 à la p 666.
156
R c La vallee, 1990 CSC 95, [ 1990] 1 RCS 852 aux pp 870-871 (voir aussi DD, supra note 125 au
para 28).
157
Marquard, supra note 115 à la p 249 (voir aussi DD, ibid au para 19; RD, supra note 118 au para
38).
33
Par contre, quand il s'agit de savoir quelle règle de droit il faut appliquer aux
conclusions de faits, ce sont les principes juridiques qui s'imposent et non les
croyances personnelles du juge qui peuvent aller à l' encontre de ces principes.
Qui plus est, bien que sa compréhension de la nature humaine influe
légitimement sur ses conclusions concernant la crédibilité ou les faits , le juge ne
doit les tirer qu'après avoir fait preuve d'ouverture d'esprit à l'égard de toutes
161
les parties au litige et après avoir examiné leurs prétentions.
Le juge des faits doit « décider de la crédibilité du témoin après avoir entendu la
162
preuve»
Le juge des faits tiendra compte de tous les éléments de preuve avant d'évaluer
la crédibilité générale des témoins, y compris celle de l'accusé. Un juge
siégeant seul ou un jury a la possibilité d'observer l'attitude des témoins,
d'entendre les témoignages et d'évaluer tous les éléments de preuve qui sont
soumis. Tous ces facteurs entreront en ligne de compte pour évaluer la
crédibilité de l'accusé ou d'un autre témoin. 163
158
WH, supra note 126 au para 32 (voir aussi WR, supra note 118 aux pp 836-837).
159
SRD, supra note 126 au para 20 .
160
SRD, ibid au para 38 .
16 1
SRD, ibid au para 38.
162
R c Stinchcombe, 1991 CSC 45 , [1991] 3 RCS 326 à la p 346.
163
R c G(SG), 1997 CSC 311 , [1997] 2 RCS 716 au para 72.
- - - - - - -
34
164
procès » • Par exemple, advenant que « les facteurs en faveur ou en défaveur de la
crédibilité ressortent clairement du dossier »165 , les motifs du juge des faits « ne
peuvent être jugés déficients simplement parce qu'il ne les a pas énumérés» 166 :
Bien qu'il soit utile que le juge tente d'exposer clairement les motifs qui l'ont
amené à croire un témoin plutôt qu'un autre, en général ou sur un point en
particulier, il demeure que cet exercice n'est pas nécessairement purement
intellectuel et peut impliquer des facteurs difficiles à énoncer. De plus, pour
expliquer en détail pourquoi un témoignage a été écarté, il se peut que le juge
doive tenir des propos peu flatteurs sur le témoin. Or, le juge voudra peut-être
épargner à l'accusé, qui a témoigné pour nier le crime, la honte de subir des
commentaires négatifs sur son comportement, en plus de celle de voir son
témoignage écarté et d'être déclaré coupable. Bref, l' appréciation de la
crédibilité est un exercice difficile et délicat qui ne se prête pas toujours à une
énonciation complète et précise. 167
Notre Cour a sans cesse exhorté les juges de première instance à expliquer leurs
conclusions sur la crédibilité et le doute raisonnable de manière à permettre un
examen convenable par un tribunal d'appel. Après avoir encouragé la rédaction
de motifs détaillés, il serait contraire au but recherché de scruter ceux-ci à la
loupe en sapant le rôle du juge du procès dans l'appréciation de l'ensemble de
164
REM, supra note 141 au para 51.
165
REM, ibid au para 51.
166
REM, ibid au para 51.
167
REM, ibid au para 49 (voir aussi WH, supra note 126 au para 39; R c HSB, 2008 CSC 52, [2008] 3
RCS 32 aux para 7-8 [HSB]).
168
Gagnon , supra note 141 au para 23 (voir aussi WR , supra note 118).
169
REM, supra note 141 au para 17 (voir aussi R c Wilcox, 2014 CSC 75 au para 1; R c
Szczerbaniwicz, 2010 CSC 15 , [2010]1 RCS 455 au para 37; HSB , supra note 167 aux para 2, 13).
170
REM, ibid au para 17.
35
la preuve. Les propos du juge de première instance doivent être examinés non
seulement avec soin, mais aussi dans le contexte. Les termes employés se
prêtent la plupart du temps à de multiples interprétations et qualifications.
Cependant, l'examen en appel ne commande pas l'analyse de chaque mot, mais
bien que l'on détermine si une erreur justifiant l'annulation se dégage des
motifs dans leur ensemble. Il s'agit de déterminer le sens général et ordinaire de
ceux-ci, et non de se livrer à l'analyse de leurs composantes linguistiques
individuelles. 171
Ainsi, un tribunal d'appel ne peut intervenir uniquement parce qu'il a une opinion
différente 172 . L'évaluation de la crédibilité est de nature très personnelle:
Un tribunal d'appel doit «tenir compte de la position privilégiée du juge des faits
174
relativement à des questions de crédibilité » et « devrait, sauf dans les situations
175
exceptionnelles, s'abstenir d'intervenir dans ces décisions » :
17 1
Gagnon, supra note 141 au para 19.
172
REM, supra note 141 au para 56; Dinardo, supra note 141 aux para 32-35 ; HSB , supra note 167 au
para 15; Gagnon, ibid au para 10; Schwartz c Canada, 1996 CSC 217, [1996] 1 RCS 254 au para 33
[Schwartz]; Beaudouin-Daigneault c Richard, 1984 CSC 15 [1984]1 RCS 2 aux pp 8-9; Tewkesbury,
supra note 117 à la p 195.
173
SRD, supra note 126 aux para 128-129.
174
WR , supra note 118 (voir aussi R c CLY, [2008] 1 RCS 5, 2008 CSC 2 au para 21 [CL Y] ; Hamilton
c Open Window Bakery Ltd, 2004 CSC 9, [2004] 1 RCS 303 au para 27; Housen c Nikolaisen , 2002
36
Les cours d'appel devraient faire preuve d'un grand respect envers les conclusions
tirées au procès quant à la crédibilité des témoins et se rappeler combien il est
important de tenir compte de la situation particulière dans laquelle se trouve le
juge des faits lorsqu'il évalue la crédibilité, et du fait qu'il a l'avantage, que n'a
pas la cour d'appel, d'observer les témoins qui déposent. 176
Néanmoins, un tribunal d'appel peut intervenir lorsqu'il est« en présence d'un de ces
cas peu communs où l'appréciation de la crédibilité par [le juge des faits] ne peut pas
s'appuyer sur quelque interprétation raisonnable que ce soit de la preuve » 177 . Ainsi ,
l'intervention peut notamment être justifiée par« [1 ']absence de motifs ou leur
178
insuffisance en ce qui concerne la crédibilité » :
Dans un litige dont l'issue est en grande partie liée à la crédibilité, on tiendra
compte de la déférence due aux conclusions sur la crédibilité tirées par le juge
de première instance pour détemüner s'il a suffisamment motivé sa décision.
Les lacunes dans l'analyse de la crédibilité effectuée par le juge du procès, telle
qu'il l'expose dans ses motifs, ne justifieront que rarement l'intervention de la
cour d'appel. Néanmoins, le défaut d'expliquer adéquatement comment il a
résolu les questions de crédibilité peut constituer une erreur justifiant
179
1' annulation de la décision.
Toutefois, à moins qu'une erreur manifeste et dominante ressorte des motifs du juge
181
des faits 180, un tribunal d'appel doit faire preuve de déférence . Autrement dit, un
CSC 33 , [2002] 2 RCS 235 au para 25 [Hm1sen]; RD, supra note 118 au para 84; Burke, supra note
118 au para 5; François, supra note 118; R c M(SH), 1989 CSC 31 , [1989] 2 RCS 446).
175
SC, supra note 119 à la p 192.
176
R c Brooks, 2000 CSC Il, [2000]1 RCS 237 au para 6.
177
Burke, supra note 118 au para 7 (voir aussi WH, supra note 126 au para 33; R c RP, 2012 CSC 22,
[2012] 1 RCS 746 aux para 10, 12; R c Beaudry, 2007 CSC 5, [2007] 1 RCS 190 au para 63 ; R c
Sheppard, 2002 CSC 26, [2002] 1 RCS 869 au para 38).
178
R c Braich, 2002 CSC 27, [2002]1 RCS 903 au para 23 .
179
Dinardo, supra note 141 au para 26 (voir aussi R c Vuradin, 2013 CSC 38, [2013] 2 RCS 639 au
para Il [Vuradin]; REM, supra note 141 au para 32).
180
Gagnon , supra note 141 au para 10 (voir aussi Canada (Citoyenneté et Immigration) c Harkat, 2014
CSC 37 au para 109; Payette c Guay inc, 2013 CSC 45 , [2013] 3 RCS 95 au para 66; R c JAA, 2011
CSC 17, [2011] 1 RCS 628 au para 67; R c Mann, 2004 CSC 52 , [2004] 3 RCS 59 au para 49; Housen,
supra note 174 au para 10; Fletcher, supra note 120 aux pp 204-205 ; MacNeill, supra note 117 aux pp
205-206).
- --- -- - ~ -----
37
182
tribunal d'appel doit faire preuve d'une retenue considérable et, de façon générale,
il n'interviendra pas dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire du juge des faits 183 ,
184
dans l'évaluation de la crédibilité :
Lorsqu'un juge entend et voit les témoins et qu'il tire une conclusion ou fait
une déduction sur la base du poids qu'il attribue à leurs témoignages, ce
jugement doit être traité avec grand respect, même si le juge n'a fait aucune
observation à l'égard de la crédibilité. Naturellement, je comprends très bien
une cour d'appel qui décide de ne pas intervenir dans le cas où le juge affirme
dans ses motifs qu'il croit certains témoins plutôt que d'autres, après les avoir
vus et entendus. Mais ce n'est pas ce qui se produit ordinairement devant une
cour de justice. Ordinairement, devant une cour de justice, les choses sont
partagées beaucoup plus également; des témoins sans parti pris conscient
peuvent, par leur attitude, leur tenue, leur hésitation, la nuance de leurs
expressions, voire par leurs cillements, avoir donné à celui qui les a vus et
entendus une impression que le dossier imprimé ne peut pas reproduire.
Psychologiquement parlant, quelle est donc alors l'obligation d'une cour
d'appel? À mon avis, les juges d'une cour d'appel doivent, dans ces
circonstances, se poser la question que je me pose présentement: moi qui ne
puis profiter de ces avantages, parfois marqués, parfois subtils, dont bénéficie
le juge qui entend la preuve et qui préside le procès, suis-je en mesure de
conclure avec certitude, en l'absence de ces avantages, que le juge qui en a
bénéficié a commis une erreur manifeste? Si je ne puis me convaincre que le
juge qui en bénéficié a commis une erreur manifeste, il est alors de mon
185
devoir de déférer à son jugement.
181
Gagnon, ibid au para 10 (voir aussi Vuradin , supra note 179 au para Il; WH, supra note 126 aux
para 30, 33; R c Côté, 2011 CSC 46, [2011] 3 RCS 215 au para 52; McDougall, supra note 141 au
para 72; HSB, supra note 167 au para 15; R c Boucher, 2005 CSC 72, [2005] 3 RCS 499 au para 41).
182
R c Burke, 2002 CSC 55, [2002] 2 RCS 857 au para 14; R c Regan, 2002 CSC 12, [2002] 1 RCS
297 au para 141; Delgamuukw, supra note 109 aux para 78 , 91; R c Van der Peet, 1996 CSC 216,
[1 996] 2 RCS 507; R c E(A W), 1993 CSC 65 , [1993] 3 RCS 155.
183
Botiuk c Toronto Free Press Publications Ltd, 1995 CSC 60, [1995] 3 RCS 3 au para 125.
184
Housen, supra note 174 au para 13.
185
Ciarke v Edinburgh Tramways Co, [1919] SC(HL) 35 aux pp 35-36 (voir aussi Schwartz, supra
note 172 au para 32; Dickason c Université de l'Alberta, 1992 CSC 30, [1 992] 2 RCS 1103 à la p 1149;
Fletcher, supra note 120 aux pp 202-203 ; Cadorette, supra note 117 à la p 383; Radclyffe v Rennie
and McBeath, 1965 SCC 96, [ 1965] SCR 703 à la p 71 2; Sers hall, supra note 1 17 à la p 307).
----- ~ - -
38
Un tribunal d'appel ne peut donc «faire fi de l'avantage dont jouit le juge du procès
du fait qu'il observe et entend les témoins et [ ... ] substituer [sa] propre appréciation
186
de la crédibilité à celle du juge du procès » :
L'évaluation de la crédibilité d'un témoin oblige donc le juge des faits à apprécier
l'ensemble de la situation sous étude et à porter à cet égard le jugement approprié. En
outre, ce n'est que dans le cas d'une erreur manifeste et dominante que le juge des
faits ne pourra jouir de la déférence qui lui est habituellement accordée. Quel est le
rôle du comportement non verbal à cet égard? L'affaireR c NS traite cette question.
186
REM, supra note 141 au para 48; Schwartz, supra note 172 au para 32: «D'autres préoccupations
liées à la politique judiciaire ont par ailleurs été invoquées pour justifier la règle. Une intervention
illimitée des cours d'appel ferait augmenter considérablement le nombre et la durée des appels en
général. D ' importantes ressources sont mises à la disposition des tribunaux de première instance pour
qu ' ils puissent évaluer les faits . Il faut préserver l'autonomie et l'intégrité du procès en faisant preuve
de retenue à l'égard des conclusions de fait des tribunaux de première instance» (voir aussi Housen,
supra note 174 aux para 12, 24).
187
R c Buhay, 2003 CSC 30, [2003] 1 RCS 631 au para 46 (voir aussi R c Belnavis, 1997 CSC 320,
[1997] 3 RCS 341 au para 76).
39
L'affaire remonte à 2008, elle a été évoquée en introduction. NS a été assignée par le
ministère public devant la Cour de justice de l'Ontario pour témoigner à l'enquête
préliminaire des intimés accusés d'agression sexuelle à son endroit. Pour des motifs
religieux, malgré l'ordonnance du juge présidant l'enquête préliminaire, NS a alors
refusé de retirer son niqab et ensuite demandé à la Cour supérieure de l'Ontario
d'annuler l'ordonnance. Le jugement a subséquemment été porté en appel devant la
Cour d'appel de l'Ontario, puis devant la Cour suprême du Canada.
Selon la Cour suprême du Canada, l'impossibilité de voir le visage d'un témoin peut
« faire obstacle au contre-interrogatoire » 189 effectué par un avocat. En effet, la tenue
d'un procès équitable, « un pilier essentiel sans lequel l'institution de la primauté du
190
droit s'effondrerait » , est étroitement liée à la possibilité de voir le visage d'un
188
Victor Hugo , Les misérables, Se partie, Paris, Gallimard, 1951 à a p 440.
189
NS, supra note 31 au para 24.
190
NS, ibid au para 36.
40
191
témoin • Toutefois, advenant qu'un témoignage ne soit pas contesté,
«l'appréciation de sa crédibilité ainsi que l'efficacité du contre-interrogatoire ne
192
seront pas en cause» et« l'impossibilité de voir le visage du témoin ne portera pas
193
atteinte au droit de 1' accusé à un procès équitable » . Autrement dit, « la question de
savoir si la possibilité d'observer le visage d'un témoin a une incidence sur l' équité
du procès dans chaque cas en particulier dépendra de la déposition que doit faire le
194
témoin » •
191
NS, ibid au para 27 .
192
NS, ibid au para 28 .
193
NS, ibid au para 28.
194
NS, ibid au para 28.
195
NS, ibid au para 22.
196
NS, ibid au para 22.
197
NS, ibid au para 22.
41
Toujours au paragraphe 54, la Cour d'appel de l'Ontario s'est référé à l'affaire Police
c Razamjoo 199 de 2005 de Nouvelle-Zélande où le mécanisme instinctif d' évaluation
continue du comportement non verbal d'un témoin était décrit :
Selon la Cour suprême du Canada, l'impossibilité de voir le visage d'un témoin peut
également« empêcher le juge des faits, qu'il s' agisse du juge ou du jury, d' apprécier
la crédibilité du témoin »201 :
198
R v NS , 2010 ONCA 670 au para 54 [NS] [notre traduction] .
199
Police c Razamjoo, [2005] DCR 408 (NZ Dist Ct) [Razany'oo].
200
Razany'oo, ibid au para 81 ; NS , supra note 198 au para 54 [notre traduction].
20 1
NS, supra note 31 au para 25 .
42
témoignages ne peut pas offrir. [... ] On affirme que cet avantage découle de la
possibilité d'évaluer le comportement du témoin, c'est-à-dire de voir la façon
dont il témoigne et réagit au contre-interrogatoire. 202
Toutefois, la Cour suprême du Canada soutenait que « les études scientifiques sur
l'importance de voir le visage du témoin en contre-interrogatoire et pour
l'appréciation de sa crédibilité peuvent accroître ou diminuer la solidité des
arguments présentés en l'espèce » 205 . En effet, «aucun expert n'a témoigné au sujet
de l'importance de voir le visage du témoin pour la contre-interroger efficacement et
apprécier exactement sa crédibilité » 206 . Le présent mémoire vise notamment à
évaluer le bien fondé de ces arguments à partir des connaissances validées et
reconnues scientifiquement. À la lumière de la preuve alors au dossier, la juge Abella
202
NS, ibid au para 25.
203
NS, ibid au para 26.
204
Razamjoo , supra note 199 au para 78; NS, ibid au para 26.
205
NS, ibid au para 44.
206
NS, ibid au para 17.
43
avait toutefois émis des réserves sur la portée du comportement non verbal. Quelles
sont-elles ?
Alors que la juge en chef McLachlin et les juges Deschamps, Fish et Cromwell ont
formulé une règle autorisant un témoin à porter son niqab dans certaines
circonstances207 et que les juges LeBel et Rothstein ont proposé une interdiction de
208
porter le niqab à tous les stades d'une instance criminelle , la juge Abella était
plutôt d'avis «qu'il soit permis à N.S. de porter le niqab au cours de l'enquête
209
préliminaire et de tout procès qui pourrait être intenté par la suite » . À propos de la
possibilité de voir le visage d'un témoin pour apprécier sa crédibilité, la juge Abella a
cependant admis « sans réserve gu 'il est préférable de voir plus que moins les
210
expressions faciales des témoins » :
Il ne fait aucun doute qu'on peut évaluer plus facilement le comportement d'un
témoin lorsqu'on est à même d'en examiner l'ensemble des éléments : le
visage, le langage corporel, la voix, etc. Il ne fait aucun doute non plus
qu'idéalement, nous nous attendons, et ce depuis longtemps, à voir le visage du
témoin durant sa déposition. Cela ne revient cependant pas à conclure qu'il est
207
NS, ibid au para 8 : «La première étape de l'analyse fondée sur les arrêts Dagenais et Mentuck
consiste à déterminer s'il est nécessaire en l'espèce d'autoriser le témoin à déposer en portant un niqab
pour protéger sa liberté de religion. La deuxième étape consiste à déterminer s' il est nécessaire
d'exiger du témoin qu'elle dépose sans porter le niqab pour assurer l'équité du procès. Il faut pour cela
se demander s'il existe d ' autres moyens d 'assurer l'équité du procès tout en permettant au témoin
d'exercer sa pratique religieuse. Enfin, en présence d' un véritable conflit qui ne peut être évité, il est
nécessaire d'examiner les préjudices et de déterminer si les effets bénéfiques de l'obligation faite au
témoin de retirer son niqab (par exemple, atténuer le risque de déclaration de culpabilité injustifiée)
sont plus importants que ses effets préjudiciables (par exemple, porter atteinte à la croyance religieuse
sincère du témoin)».
208
NS, ibid au para 78.
209
NS, ibid au para 11 O.
2 10
NS, ibid au para 82.
44
Toutefois, la juge Abella a soutenu que le juge des faits «s'appuie fréquemment sur
de nombreux indices autres que les signaux faciaux pour juger crédible un
212
témoin » :
Je juge qu'un témoin n'est pas fiable si son témoignage est incompatible avec
les faits non contestés ou incontestables à des égards importants, ou si, bien
21 1
NS, ibid au para 91 .
212
NS, ibid au para 98 .
213
NS, ibid au para 99 .
214
R c Pelletier (1995), 1995 ABCA 128, 165 AR 138 au para 18 [Pelletier] ; NS, ibid au para 100.
21 5
NS, ibid au para 101.
45
entendu, il se contredit sur des points importants. Je me fonde aussi peu que
possible sur des éléments aussi trompeurs que son comportement. 216
Elle a rappelé que « les tribunaux acceptent régulièrement les dépositions des témoins
2 17
dont ils ne peuvent observer le comportement que partiellement » , notamment
lorsque « la déficience physique ou les restrictions médicales du témoin influent sur
la capacité du juge ou des avocats d'évaluer son comportement » 218. Elle a aussi
rappelé qu'il «y a d'autres situations où les tribunaux acceptent la déposition d 'un
2 19
témoin sans être aucunement en mesure d'évaluer son comportement » , notamment
les exceptions à la règle du ouï-dire 22 0. En outre, « le comportement n'est qu ' un des
facteurs qui entrent dans l'appréciation de la crédibilité d'un témoin »22 1 et« [l]e port
du niqab ne fait que partiellement obstacle à l'évaluation du comportement » 222 :
Le témoin portant un niqab peut néanmoins s'exprimer par son regard, son
langage corporel et ses gestes. De plus, le niqab n'a aucune incidence sur la
déposition orale du témoin, y compris le ton et 1'inflexion de sa voix, le rythme
de ses propos ou, plus important encore, la teneur de ses réponses.
Contrairement au cas des déclarations faites à l'extérieur de la salle d'audience,
il est toujours loisible à l' avocat de la défense de contre-interroger
.
ngoureusement N . S . durant son temOignage.
, . 223
Ainsi, étant donné que« l'impossibilité d'observer tout le visage d ' un témoin ne nuit
que partiellement à ce qui constitue, de toute façon , un simple élément d 'un outil
224
imprécis d'appréciation de la crédibilité » et que l'exigence voulant « que tout le
comportement puisse être observé dans les cas où une croyance religieuse s'y
oppose » est questionnable, la juge A bella contestait la position voulant que de moins
2 16
Pelletier, supra note 214 au para 18; NS, ibid au para 101.
217
NS, ibid au para 102.
218
NS, ibidaupara 103 .
219
NS , ibid au para 104.
22 0
NS, ibid au para 105.
22 1
NS, ibid au para 107.
222
NS , ibid au para 106.
223
NS, ibid au para 106.
224
NS, ibid au para 108 .
46
voir« les expressions faciales du témoin empêche un juge ou un accusé d ' apprécier
sa crédibilité au point qu'il faille contraindre une plaignante à choisir entre ses droits
225
religieux et sa faculté de témoigner contre une personne qui l' aurait agressée » :
1.4 Synthèse
En effet, dans un premier temps, selon la Cour suprême du Canada, le juge des faits
«occupe une position privilégiée » 22 7 . Il « a l'avantage, que n'a pas la cour d'appel, de
22 8
voir et d'entendre les témoins » , d'examiner leur comportement non verbal. Ainsi ,
l' évaluation de la crédibilité «doit toujours être le résultat de l'opinion du [juge des
faits] sur les divers éléments perçus au procès, de son expérience, de sa logique et de
229 23 0
son intuition à l'égard de l'affaire » . Elle est davantage « un art qu'une science » ,
23 1
elle« relève de la compétence des profanes » .
225
NS, ibid au para 82.
226
NS, ibid au para 11 O.
227
CLY, supra note 174 au para 21.
228
WR, supra note 118 à la p 131 (voir aussi RD, supra note 118 au para 84 ; Burke, supra note 118 au
para 5; François, supra note 118 à la p 836).
229
Marquard, supra note 115 à la p 248 (voir aussi RD, ibid au para 74) .
230
SRD, supra note 126 au para 128.
23 1
Marquard, supra note 115 à la p 248 (voir aussi RD, supra note 118 au para 74).
47
Dans un deuxième temps, l'impossibilité de voir le visage peut, d'une part, «faire
obstacle au contre-interrogatoire » 232 effectué par un avocat et, d'autre part,
«empêcher le juge des faits, qu'il s'agisse du juge ou du jury, d'apprécier la
233
crédibilité du témoin » . Bref, comme l'écrivait Jerome Frank dans son livre Courts
234
on Tria/ publié en 1949 :
Nous savons tous que, dans la vie quotidienne, la façon dont un homme se
comporte quand il raconte une histoire - ses intonations, son agitation ou sa
contenance, ses bâillements, l'usage de ses yeux, son air de candeur ou de
tergiversation -peut fournir de précieux indices sur sa fiabilité. Ces indices ne
sont nullement des guides impeccables, mais ils sont souvent extrêmement
235
utiles. Ainsi ont conclu les tribunaux.
232
NS, supra note 31 au para 24.
233
NS, ibid au para 25.
234
Jerome Frank, Courts on Trial: Myth and Reality in American Justice, Princeton , Princeton
University Press, 1949 [Courts on Trial].
23 5
Frank, Courts on Trial, ibid à la p 21 [notre traduction].
CHAPITRE II
Préambule
Selon la Cour suprême du Canada, l'évaluation de la crédibilité doit être« être laissée
236
au bon sens du juge des faits » . Toutefois, cette position apparaît antinomique :
Cet argument de bons sens préconisé par le plus haut tribunal du Canada peut
être interprété comme le premier signe de « danger » dans ce contexte; il est
incompatible avec la conclusion empiriquement fondée à l'effet que
l'évaluation de la crédibilité est une tâche très complexe et souvent peu fiable,
237
avec des erreurs se produisant dans environ 45 % des évaluations.
236
François, supra note 118 à la p 839 (voir aussi WR, supra note 118 aux pp 836-837).
237
Stephen Porter et Leanne Ten Brinke, « Dangerous Decisions : A Theoretical Framework for
Understanding How Judges Assess Credibility in the Courtroom » (2009) 14 Legal Criminol Psych
119 à la p 121 [« Dangerous Decisions »] [notre traduction].
238
Charles F Bond et Bella M DePaulo, « Accuracy of Deception Judgments » (2006) 10:3 Pers Soc
Psycho] Rev 214 [« Accuracy of Deception Judgments »].
239
Christian A Meissner et Saul M Kassin, « He's Guilty! : Investigator Bias in Judgments of Truth
and Deception » (2002) 26:5 Law Hum Behav 469 [« He 's Guilty! »]; Paul Ekman, Maureen
O'Sullivan et Mark G Frank, «A Few Can Catch a Liar » (1 999) 10:3 Psycho! Sei 263 [«A Few Can
Catch a Liar »]; Aldert Vrij , « Credibility Judgements of Detectives : The Impact of Nonverbal
49
Can Catch a Liar? 240 publié en 1991, Paul Ekman faisait état des résultats d 'une
évaluation effectuée auprès de 509 participants, incluant des membres des services
secrets américains, de la CIA, de la NSA et du DEA, des policiers et des juges de la
Californie, des psychiatres et des étudiants. À l'exception des membres des services
secrets américains dont la performance se situait légèrement au-dessus de celle qu'on
peut attribuer hasard (64.12 %), le taux moyen de réussite à détecter le mensonge
variait de 52.82 % à 57.61 %. D'ailleurs, rien n'indique que les avocats et les
décideurs auraient une meilleure capacité à détecter le mensonge. En effet, les
conclusions d'un sondage réalisé en 2003 auprès de 104 policiers, 158 procureurs et
261 juges suédois ont confirmé leur manque de connaissances scientifiques et la
popularité des fausses croyances sur la détection du mensonge et la communication
241 242
non verbale . Les fausses croyances peuvent influencer consciemment et
243
inconsciemment l'évaluation de la crédibilité d'un témoin.
Behavior, Social Skills, and Physical Characteristics on Impression Formation» (1993) 133:5 J Soc
Psycho! 601; Günter Kéihnken, « Training Police Officers to Detect Deceptive Eyewitness Statements :
Does it Work? (1987) 2:1 Soc Behav 1.
240
Paul Ekman et Maureen O'Sullivan, « Who Can Catch a Li ar? » ( 1991) 46 Am Psycho! 9 13 [« Who
Can Catch a Li ar? »].
24 1
Leif A Stromwall et Par Anders Granhag, « How to Detect Deception? Arresting the Beliefs of
Police Officers, Prosecutors and Judges » (2003) 9 Psycho! Crim & L 19 [« How to Detect
Deception »].
242
Par exemple, si un décideur croit à tort que le détournement du regard est un signe de mensonge, il
pourrait de plein gré considérer mensongère l'affirmation véridique d ' un témoin qui détourne le
regard.
243
Toutefois, il n'est pas déraisonnable de croire que l' influence inconsciente des fausses croyances ne
ress011ira pas systémiquement des motifs d'un jugement, d' où son caractère sournois et difficile à
évaluer.
50
Le biais de vérité est la tendance des personnes à juger comme vraie une information
qui leur est présentée à moins d'avoir une raison de la croire fausse. Le biais de vérité
peut faciliter la détection de la vérité mais entraver la détection du mensonge. En
effet, le biais de vérité peut augmenter le risque de classer quelqu'un de coupable
245
comme innocent (faux-négatif) . Les théories qui expliquent le biais de vérité sont
multiples. Premièrement, pour communiquer efficacement, chacun doit pouvoir tenir
pour acquis que l'autre dit la vérité et lui faire confiance. Le biais de vérité pourrait
246
être l'effet collatéral de cet accord social implicite . Deuxièmement, d'un point de
vue cognitif, croire vraie une information nécessiterait moins d'effort mental que de
la croire fausse. Le biais de vérité pourrait être le raisonnement le plus facile, le
244
Gerd Gigerenzer et Wolfgang Gaissnaier, « Heuristic Decision Making » (2011) 62 Annu Rev
Psycho! 451; M V Rajeev Gowda, « Heuristics, Biases, and the Regulation of Risks » (1999) 32:1
Policy Sei 59; Colin Camerer, « lndividual Decision Making » dans John H Kagel et Alvin E Roth, dir,
The Handbook of Experimental Economies, Princeton, Princeton University Press, 1995, 587-703;
Amos Tversky et Daniel Kahneman, « Judgment under Uncertainty : Heuristics and Biases » (1 974)
185:4157 Science 1124.
245
Judee K Burgoon, J Pete Blair et Renee E Strom, «Cognitive Biases and Nonverbal Cue
Availability in Detecting Deception » (2008) 34 Hum Comm Res 572; Timothy R Levine et al,
«Deception Detection Accuracy is a Predictable Linear Function of Message Veracity Base-Rate : A
Formai Test of Park and Levine 's Probability Mode!» (2006) 73:3 Commun Monogr 243; Timothy R
Levine, Hee Sun Park et Steven A McCornack, « Accuracy in Detecting Truths and Lies :
Documenting the Veracity Effect » (1999) 66:2 Commun Monogr 125 ; Steven A McCornack et
Malcolm R Parks, « Detection Deception and Relational Development : The Other Si de of Trust» dans
Margaret L McLaughlin, dir, Communication Yearbook 9, Beverly Hills, Sage, 1986, 377-389 [« The
Other Si de of Trust»] .
246
Paul Grice, Studies in the Way of Words, Cambridge, Harvard University Press, 1989; Erving
Goffman, The Presentation of Self in Everyday Life, Garden City, Double Day, 1959.
51
247
raisonnement par défaut . Troisièmement, puisqu'elles sont quotidiennement
exposées à plus d'affirmations véridiques que mensongères, les personnes tiendraient
pour acquis qu'elles ont davantage de chances d'être confrontées à la vérité qu'au
mensonge. Le biais de vérité pourrait donc être le résultat de ce qui est autrement
248
appelé l'heuristique de la disponibilité .
247
Daniel T Gilbert,« How Mental Systems Believe » (1991) 46:2 Am Psycho! 107.
248
Maureen O'Sullivan, «The Fundamental Attribution Error in Detecting Deception: The Boy-Who-
Cried-WolfEffect » (2003) 29:10 Pers Soc Psycho! Bull 1316.
249
Bella M DePaulo et al, « The Accuracy-Confidence Correlation in the Detection of Deception »
(1997) 1:4 Pers Soc Psycho! Rev 346; Murray Millar et Karen Millar, «Detection of Deception in
Familiar and Unfamiliar Persons: The Effects of Information Restriction» ( 1995) 19 :2 J Nonverbal
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Mccomack and Parks Mode! of Deception Detection » (1992) 9:1 J of Soc and Pers Relationships 143 ;
McCornack, «The Other Side of Trust », supra note 245.
250
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Detection Skill : A Longitudinal Study of Same-Sex Friends » (2002) 28:4 Pers Soc Psycho! Bull 536;
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Between Suspicion and Accuracy in Detection Deception» (1990) 57:3 Commun Monogr 219; James
B Stiff, Hyun J Kim et Closepet N Ramesh, « Truth Biases and Aroused Suspicion in Relational
Deception» (1992) 19:3 Comm Res 326; David B Buller, Krystyna D Strzyzewski et Jamie Comstock,
« Interpersonal Deception : I. Deceivers' Reactions to Receivers' Suspicions and Probing » ( 1991)
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251
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52
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Distinctiveness in Distinctiveness-Based Illusory Correlation in Stereotyping » (1994) 20:1 Pers Soc
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53
255
cliniques, de discrimination, d'injustices et de décisions erronées .
255
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Illusion ofValidity » (1978) 85:5 Psycho! Rev 395.
256
Raymond S Nickerson, « Confirmation Bias : A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises » ( 1998)
2:2 Rev Gen Psycho! 175 [«Confirmation Bias»]; Asher Koriat, Sarah Lichtenstein et Baruch
Fischhoff, « Reas ons for Confidence » ( 1980) 6:2 J Exp Psycho! 107 [« Reas ons for Confidence »]; P
C Wason, « Reasoning About a Rule » (1968) 20 Q J Exp Psycho! A 273 [« Reasoning About a
Rule »]; P C Wason , « On the Failure to Eliminate Hypotheses in a Conceptual Task » (1960) 12 Q J
Exp Psycho] A 129 [«On the Failure to Eliminate Hypotheses in a Conceptual Task »].
257
Birte Englich, Thomas Mussweiler et Fritz Strack, « The Last Word in Court - A Hidden
Disadvantage for the Defense » (2005) 29:6 Law Hum Behav 705; Robert G Lawson, « Order of
Presentations as a Factor in Jury Persuasion» (1968) 56 Ky LJ 523; Norman Miller et Donald T
Campbell, « Recency and Primacy in Persuasion as a Function of the Timing of Speeches and
Measurements » (1959) 59:1 J Abnom1 Soc Psycho! 1; Salomon E Ash, « Forming Impression of
Personality » (1946) 41:3 J Abnorm Soc Psycho! 258.
~~~~~~~~~~~~~~~~~- - - · -~~~~~ ------ - -~~~~-
54
son impression initiale (inexacte). Les intuitions, les convictions et les attentes du
décideur peuvent également le conduire à poser des questions qui s'orienteront dans
la direction qu'il croit être la bonne.
258
Christopher Y Olivola et Alexander Todorov, « Fooled by First Impression? Reexamining the
Diagnostic Value of Appearance-Based Inferences» (2010) 46:2 J Exp Soc Psycho! 315; Chri stopher
Y Olivola et Al exander Todorov, « Elected in 100 Milliseconds: Appearance-Based Trait Inferences
and Voting » (2010) 34 J Nonverbal Behav 83; Janine Willis et Alexander Todorov, « First
Impressions: Making Up Y our Mind After a 100-Ms Esposure to a Face » (2006) 17:7 Psycho! Sei
592; Moshe Bar, Maital Neta et Heather Linz,« Very First Impression » (2006) 6:2 Emotion 269.
259
Nalini Ambady, « The Perils of Pondering : Intuition and Thin Slice Judgments » (20 10) 21
Psycho! Inq 271 ; Mark A Williams et Jason B Mattingley, « Do Angry Men Get Noticed? » (2006)
16:11 Curr Biol 402 ; James R Roney et al, « Reading Men' s faces : Women 's Mate Attractiveness
Judgments Track Men's Testosterone and Interest in Infants» (2006) 273:1598 Proc Biol Sei 2169;
Nalini Ambady, Brett Canner et Mark Hallahan, « Accuracy of Judgments of Sexual Orientation From
Thin Slices ofBehavior » (1999) 77:3 J Pers Soc Psycho! 538.
260
Sheila M Seelau et Eric P Seelau, « Gender-Role Stereotypes and Perceptions of Heterosexual, Gay
and Lesbian Domestic Violence » (2005) 20:6 J Fam Violence 363.
26 1
Valena Elizabeth Beety, « Criminality and Corpu lence : Weight Bias in the Courtroom » (2013)
Il :2 Seattle J Soc Just 523.
262
Jennifer L Eberhardt, « Looking Deathworthy : Perceived Stereotypicality of Black Defendants
Predicts Capital-Sentencing Outcomes » (2006) 17 Psycho! Sei 383.
263
Leslie A Zebrowitz, Luminita Voinescu et Mary Ann Collins, « Wide-Eyed and Crooked-Faced :
Determinants of Perceived and Real Honesty Across the Li fe Span » (1996) 22:12 PersSoc Psycho!
Bull 1258.
264
Leslie A Zebrowitz et Susan M McDonald, « The Impact of Litigants ' Babyfaceness and
Attractiveness on Adjudications in Small Claims Com1s » (1991) 15:6 Law Hum Behav 603.
265
Rafaële Dumas et Benoît Testé, « The Influence of Criminal Facial Stereotypes on Juridic
Judgments » (2006) 65:4 Swiss J Psycho! 237.
55
Finalement, selon le Tunnel vision, les convictions ou les attentes d'un professionnel
du droit peuvent l'inciter à se concentrer sur un individu en particulier ou une
267
catégorie de suspects . Présent dans presque chaque cas d'eneur judiciaire 268, le
Tunnel vision est « plus souvent un produit de la condition humaine ainsi que des
presswns institutionnelles et culturelles, que de la malveillance et de
l'indifférence »269 . Il peut affecter les policiers, les avocats et les juges 270 . L'ancien
juge de la Cour suprême du Canada Peter Cory le rappelait dans son rapport sur le cas
Thomas Sophonow271 , repris en 2004 dans le Rapport sur la prévention des erreurs
judiciaires272 . Ainsi, puisque les intuitions, les convictions, les attentes et les fausses
croyances peuvent fausser la prise de décisions, les professionnels du droit doivent se
référer à des com1aissances scientifiques validées et reconnues sur la communication
266
Ian R Coyle & Donald M Thomson, « Opening Up a Can of Worms : How Do Decision-Makers
Decide Wh en Witnesses Are Telling the Tru th? » (20 14) 2 1:4 Psychiatry Psycho] & L 4 75 [« Opening
Up a Can of Worms»]; Natasha Korva et al.« Dangerous Deci sions: Influence of Juror Attitudes and
Defendant Appearance on Legal Decision-Making » (2013) 20:3 Psychiatry Psycho! & L 384
[« Influence of Juror Attitudes and Defendant Appearance »]; Porter, « Dangerous Decisions », supra
note 237; Stephen Porter et al. « Is The Face a Window to the Soul? Investigation of the Accuracy of
Intuitive Judgments of the Trustw01thyness of Hum an Faces » (2008) 40 Can J Be ha v Sei 171 [« Is
The Face a Window to the Soul? »].
267
Richard A Leo et Deborah Davis, «From False Confession to Wrongful Conviction : Seven
Psychological Processes » (2010) 38 J Psychiatry & L 9 [«From False Confession to Wrongful
Conviction »]; Kent Roach, « Wrongful Convictions : Adversarial and Inquisitorial Them es» (20 10)
35 NCJ Int'l L & Com Reg 387 [« Adversarial and Inquisitorial Themes »]; Alafair Burke,
« Neutralizing Cognitive Bias : An Invitation to Prosecutors » (2006) 2 NYU JL & Liberty 512
[« Neutralizing Cognitive Bias»]; Donald J Sorochan, « Wrongful Convictions: Preventing
Miscarriages of Justice, Some Case Studies » (2008) 41 Tex Tech L Rev 93 [« Wrongful
Convictions»].
268
Keith A Findley, «Tunnel Vision» dans Brian L Cutler, dir, Conviction of the Inno cent,
Washington, American Psychological Association, 2010,303-323.
269
Keith A Findley et Michael S Scott, «The Multiple Dimensions of Tunnel Vision in Criminal
Cases» (2006) 2 Wis L Rev 291 à la p 292 [notre traduction].
270
Jon B Gould et al, « Predicting Erroneous Convictions» (20 13) 99 Iowa L Rev. 471 .
271
Commission of Inquiry Regarding Thomas Sophonow, Peter Cory, The Inquiry Regarding Thomas
Sophonow : The Investigation, Prosecution and Consideration of Entitlement to Compensation (200 1),
en ligne : <http: //[Link]/awweb/pdfopener?smd= 1&did= 12713&md= 1>.
272
Groupe de travail sur la prévention des erreurs, Comité FPT des Chefs des Poursuites pénales,
judiciaires, Rapport sur la prevention des erreurs judiciaires (2004), en ligne
<http: //[Link]/collections/Collection/[Link]>.
56
273
non verbale et la détection du mensonge . Que disent ces connmssances
scientifiques validées et reconnues?
Pour la première section, dans un premier temps, les critères jurisprudentiels pour
évaluer le « fondement fiable » d'une nouvelle théorie ou technique scientifique
seront décrits. Dans un deuxième temps, pour illustrer ces critères, une revue de la
littérature sur les indicateurs de pseudosciences et une évaluation sommaire de la
synergologie seront effectuées. À cette fin , pour la revue de la littérature, les bases de
données scientifiques JSTOR, PsycARTICLES, Sage Journal Online, Science Direct,
SpringerLink, Taylor and Francis Online, Wiley Online Library et Google Scholar
ont été utilisées. Nous avons cessé notre revue lorsque que les articles retenus
permettaient d'avoir, à notre avis, une compréhension suffisamment riche et complète
de l'objet étudié. Pour l'évaluation sommaire de la synergologie, à l'aide du moteur
de recherche Google, une recherche a été effectuée pour répertorier les interventions
médiatiques de synergologues. Le site officiel de la synergologie et Je matériel
pédagogique de différentes formations sur la synergologie facilement accessibles en
273
Lori H Colwell et al, «US Police Officers ' Knowl edge Regarding Behaviors Indicative of
Deception : Implications for Eradicating Erroneous Beliefs Through Training » (2006) 12:5 Psycho]
Crim & L 489 [«US Police Officers ' Knowledge »]; Stromwall, « How to Detect Deception», supra
note 241; Par Anders Granhag, Leif A Stromwall et Anna-Carin Jonnsson, « Partners in Crime : How
Li ars in Collusion Betray Themselves » (2003) J Appl Soc Psycho] 848 [« Partners in Crime »];
Stephen Porter, Mike Woodworth et Angela R Birt, « Truth , Lies, and Videotape: An Investigation of
the Ability of Federal Parole Officers to Detect Deception » (2000) 24:6 Law Hum Behav 643
[« Truth, Lies, and Videotape »].
57
ligne ont également été consultés. En effet, étant donné que les concepts propres à la
synergologie liés à l'évaluation de la crédibilité n'ont fait l'objet d'aucune validation
274
publiée dans des revues scientifiques , l'évaluation sommaire est basée sur des
concepts véhiculés par des partisans de la synergologie. Il est à noter que des lecteurs
pourraient questionner la pertinence de cette deuxième sous-section. Toutefois, après
avoir été informé que des juges de la Cour du Québec, des procureurs de la Couronne
et des policiers du SPVM ont fait appel à des synergologues 275 , la compréhension de
l'incidence de la communication non verbale lors de procès ne peut être complète
sans documenter les fom1ations qu'ils ont reçu, qu'ils reçoivent ou qu'ils pourraient
recevoir, et qui pourraient influencer leur évaluation de la crédibilité d'un témoin ou
d'une partie.
Pour la deuxième et la troisième section, une revue des études scientifiques sur la
communication non verbale et la détection du mensonge sera effectuée. À cette fin,
les bases de données scientifiques JSTOR, PsycARTICLES, Sage Journal Online,
Science Direct, SpringerLink, Taylor and Francis Online, Wiley Online Library et
Google Scholar ont été utilisées. En effet, pour comprendre l'incidence de la
communication non verbale lors de procès, il nous est apparu pertinent de dresser un
portrait de ce qu'est la communication non verbale, la deuxième section, et de ce
qu'est la détection du mensonge, la troisième section. Les lectures préparatoires à la
rédaction du présent mémoire nous ont permis d'identifier les éléments à préciser
dans chacune de ces sections. Nous avons cessé notre revue lorsque que les articles
retenus permettaient d'avoir, à notre avis, une compréhension suffisamment riche et
complète de l'objet étudié, ce qui nous apparaissait comme la deuxième étape afin de
comprendre l'incidence de la communication non verbale lors de procès.
274
Supra note 51.
275
Supra note 1.
58
Au cours des quarante dernières années, la communication non verbale a fait l'objet
d'une multitude d'études scientifiques277 . Il en est de même pour la détection du
278
mensonge . Toutefois, leur méconnaissance laisse la place à des fausses
croyances 279 et à des méthodes de lecture du langage corporel douteuses. Les
professionnels du droit ne sont pas à l'abri des pseudosciences: elles peuvent tromper
des personnes très intelligentes. La faible intelligence et l'insuffisance de l'éducation
280
n'ont généralement rien à y voir . Dans son article De Mohan à JL. J, de Daubert
à Khumo : qu'en est-il de la preuve scientifique ou technique innovatrice? publié en
2002, Pierre Patenaude écrivait :
276
Michael Shermer, Why People Be/ieve Weird Things, New Work, Freeman, 1997, à la p XXVI
[Why People Believe Weird Things] [notre traduction].
277
Burgoon, Nonverbal Communication, supra note 66; Manusov, The SAGE Handbook of Nonverbal
Communication , supra note 66; Harrigan, The New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior
Research, supra note 66; Recht, « Nonverbal Communication and Psychology »,supra note 66.
278
Granhag, Detecting Deception, supra note 67; Vrij , Detecting Lies and Deceit, supra note 67;
Knapp, Lying and Deception in Human Interaction, supra note 67; Granhag, The Detection of
Deception in Forensic Contexts, supra note 67 .
279
Porter, « The Tru th About Lies », supra note 71 ; Masip, « Is Behaviour Analysis Interview Just
Common Sense?», supra note 71; Vrij, « Pitfalls and Opportunities », supra note 71 ; Vrij , « Why
Professionals Pail to Catch Liars »,supra note 71.
280
Scott 0 Lilienfeld, Rachel Ammirati et Kristin Landfield, « Giving Debiasing Away : Can
Psycho1ogical Research on Correcting Cognitive Errors Promote Human Welfare? » (2009) 4:4
Perspect Psycho! Sei 390; Keith E Stanovich, What Intelligence Tests Miss : The Psycho/ogy of
Rational Thought , New Haven, Yale University Press, 2009; James D Herbert, « Is the Pseudoscience
Concept Useful for Clinical Psychology : The Concept of Pseudoscience as a Pedagogical Heuristic »
(2003) 2:2 Sei Rev Mental Health Practice 102; Ray Hyman, « Why and When Are Smart People
Stupid? » dans Robert J Stemberg, dir, Why Smart People Can Be So Stupid, New Haven, Yale
University Press, 200 1, 1-23.
59
À la recherche des meilleurs outils pouvant les aider dans la prise de décisions, les
avocats et les décideurs peu familiers avec 1'univers de la communication non verbale
s'exposent au charme des fausses croyances et des méthodes de lecture du langage
corporel douteuses 282 . Évidemment, les professionnels du droit ont le devoir, envers
eux-mêmes et envers le public, d'utiliser les meilleurs outils pouvant les aider dans la
prise de décisions. Toutefois, ils ont aussi le devoir de s'abstenir d'utiliser ceux
pouvant leur nuire, de se garder de recourir à des méthodes de lecture du langage
corporel qui ne passeraient pas le test du « fondement fiable » et qui présentent un
nombre important d'indicateurs de pseudosciences.
Dans l'ordre, nous verrons le «fondement fiable» d' une nouvelle théorie ou
technique scientifique ainsi que les indicateurs de pseudosciences et l'évaluation
sommaire de la synergologie.
En 1994 dans l'affaireR c Mohan 283, la Cour suprême du Canada a énoncé les quatre
critères traditionnels d'admissibilité de la preuve d'expert: sa pertinence, sa nécessité
28 1
Pierre Patenaude, « De Mohan à J.L. J., de Daubert à Khumo: qu 'en est-il de la preuve scientifique
ou technique innovatrice?», dans Service de la formation permanente du Barreau du Québec,
Développements récents en droit administratif et constitutionnel , Cowansville, Éditions Yvon Blais,
2002, 109-138 à la p 138 .
282
Porter, « The Truth About Lies », supra note 71; Masip, « Is Behaviour Analysis Interview Just
Common Sense? », supra note 71; Vrij, « Pitfalls and Opportunities », supra note 71; Vrij, « Wh y
Professiona1s Fail to Catch Liars », supra note 71.
283
R c Mohan, 1994 CSC 80, [1994]2 RCS 9 [Mohan] .
60
En résumé, il ressort donc de ce qui précède que la preuve d'expert qui avance
une nouvelle théorie ou technique scientifique est soigneusement examinée
pour déterminer si elle satisfait à la norme de fiabilité et si elle est essentielle en
ce sens que le juge des faits sera incapable de tirer une conclusion satisfaisante
sans l'aide de l'expert. Plus la preuve se rapproche de l'opinion sur une question
fondamentale, plus l'application de ce principe est stricte.285
En première instance, la preuve d ' expert a été exclue mais en appel, la tenue d 'un
nouveau procès a été ordonnée au motif qu'elle avait été exclue à tort. La Cour
suprême du Canada a non seulement rétabli la déclaration de culpabilité, mais elle a
également abordé la problématique des témoignages d'experts à propos de nouvelles
284
Mohan , ibid à la p 21.
285
Mohan , ibid à la p 25.
286
R c J-L J, 2000 CSC 51 , [2000] 2 RCS 600 [JLJ].
61
Dans Mohan et d'autres arrêts, la Cour a souligné que le juge du procès devrait
prendre au sérieux son rôle de« gardien». La question de l'admissibilité d'une
preuve d'expert devrait être examinée minutieusement au moment où elle est
soulevée, et cette preuve ne devrait pas être admise trop facilement pour le
motif que toutes ses faiblesses peuvent en fin de compte avoir une incidence sur
son poids plutôt que sur son admissibilité. 288
La Cour suprême du Canada a ensuite établi une liste de huit principes généraux à
prendre en considération pour évaluer l' admissibilité de la preuve du psychiatre :
l'objet de l'analyse, la solidité de la nouvelle théorie ou technique scientifique, le
rapprochement de la question fondamentale, l'absence de toute règle d' exclusion, la
compétence de l'expert, la pertinence du témoignage proposé, la nécessité d' aider le
juge des faits et le pouvoir discrétionnaire du juge du procès. Pour le deuxième
principe, celui de la solidité de la nouvelle théorie ou technique scientifique, la Cour
suprême du Canada s'est référée à l'affaire Daubert c Merrell Dow
89
Pharmaceuticali de 1993 de la Cour suprême des États-Unis où la problématique
des témoignages d'experts à propos de nouvelles théories ou techniques scientifiques
avait été examinée.
Dans cette affaire, Merrell Dow Pharmaceuticals avait été poursuivie après que deux
enfants soient nés avec des anomalies congénitales à la suite de la prise d'un
médicament qu'elle avait commercialisé. La question était alors de savoir si un lien
287
Mohan , supra note 283.
288
JLJ, supra note 286 au para 28.
289
Daubert c Merrell Dow Pharrnaceuticals, Inc, 509 US 579 (1993) [Daubert].
62
29
291
°Frye v United States, 293 F 1013 (DC Cir 1923).
Daubert, supra note 289.
292
JLJ, supra note 286.
293
Daubert, supra note 289.
63
(2) la théorie ou la technique a-t-elle fait l'objet d'un contrôle par des
pairs et d'une publication?
En conséquence, aux États-Unis comme ici, l' «acceptation générale» n' est
qu'un des divers facteurs dont il faut tenir compte. La pléthysmographie
pénienne n'est peut-être pas encore généralement acceptée en tant qu ' outil
médicolégal, mais elle peut le devenir. Une évaluation dans chaque cas des
nouvelles théories ou techniques scientifiques est nécessaire compte tenu de la
nature changeante de notre connaissance scientifique: les plus hautes autorités
du monde occidental ont déjà accepté que la terre était plate. 294
294
JLJ, supra note 286 aux para 33, 34.
295
R c Trochym, 2007 CSC 6, [2007] 1 RCS 239 [Trochy m] .
296
Trochym, ibid au para 33.
64
pour écarter la preuve d'expert si elle« risque d'être utilisée à mauvais escient et de
fausser le processus de recherche des faits » 297 , pour écarter la « science de
pacotille »298 .
297
Mohan, supra note 283.
298
JLJ, supra note 286 au para 25.
299
Daubert, supra note 289.
300
George R Baran, Mohammad F Kiani et Salomon Praveen Samuel, « Science, Pseudoscience, and
Not Science : How Do They Differ? » dans George R Baran, Mohammad F Kiani et Salomon Praveen
Samuel, dir, Healthcare and Biomedical Technology in the 2lst Century: An introduction for Non-
Science Majors, New York, Springer, 2014, 19-57 [« Pseudoscience, and Not Science: How Do They
Differ? »]; Scott 0 Lilienfeld, Rachel Ammirati et Michal David, « Distinguishing Science from
Pseudoscience in School Psychology: Science and Scientific Thinking as Safeguards Against Humain
Error » (2012) 50 J Educ Psycho! 7 [« Distinguishing Science from Pseudoscience in School
Psychology » ]; Mario Bunge, « Knowledge : Genuine and Bogus » (20 11) 20 Sei & Educ 411
[« Knowledge »]; William T O'Donohue, Scott 0 Lilienfeld et Katherine A Fowler, «Science is an
Essential Safeguard Against Human Error » dans Scott 0 Lilienfeld et William T O'Donohue, dir, The
Great Ideas of Clinical Science: 17 Princip/es that Every Mental Health Professional Should
Understand, New York, Routledge, 2007, 3-28 [«Science is an Essential Safeguard Against Human
Error »].
301
Richard M McFall, « Making Psychology Incorruptible » (1996) 5:1 Appl Prev Psycho! 9.
65
Les pseudosciences, quant à elles, peuvent être décrites comme des ensembles de
« connaissances » qui, en apparence, semblent scientifiques mais qui, en réalité, ne le
sont pas 302 . Les pseudosciences peuvent être difficiles à identifier, mais elles peuvent
néanmoins être démasquées par la présence de différents indicateurs. Évidemment,
aucun indicateur de pseudosciences ne permet à lui seul de reconnaître
catégoriquement et sans réserve une pseudoscience303 . Toutefois, plus un nombre
important de ces indicateurs est présent, plus les professionnels du droit devraient
304
faire preuve de vigilance . Les indicateurs de pseudosciences incluent la non-
réfutabilité, le manque d'autocorrections, l'absence de révision par les pairs, le défaut
de connectivité, les résultats extravagants, le renversement du fardeau de la preuve, la
popularisation avant l'expérimentation et les débats, ainsi que l' utilisation d' un
jargon impressionnant.
Selon Karl Popper 305 , la réfutabilité est une caractéristique centrale de la science.
Essentiellement, pour qu 'une affirmation soit réfutable, il ne faut pas prouver sa
fausseté mais uniquement démontrer que si elle était fausse, il serait logiquement
302
Scott 0 Lilienfeld et Kristin Landfield, « Science and Pseudoscience in Law Enforcement : A User-
Friendly Primer » (2008) 35 Crim Justice Behav 1215 [«Science and Pseudoscience in Law
Enforcement »);Anthony M Grant et Michael J Cavanagh, « Evidence-Based Coaching : Flourishing
or Languishing » (2007) 42:4 Aust Psycho! 239; John Ruscio, Clear Thinking with Psycho/ogy :
Separating Sense from Nonsense, Pacifie Grove, Wadsworth, 2001 [Clear Thinking with P;,ychology];
Scott 0 Lilienfeld, « Projective Measures of Personality and Psychopathology : How Weil do they
Work? » (1999) 23 Skept Inq 32.
303
Lilienfeld, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », supra note 300;
Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law Enforcement », ibid; Michael Martin, «
Pseudoscience, the Paranormal, and Science Education» (1994) 3 Sei & Educ 357; Mario Bunge,
« Demarcating Science from Pseudoscience » (1983) 3 Fundam Sei 369.
304
Grant J Devilly et Jeffrey M Lohr, « Science and Pseudoscience in Victims' Services» (2008) 15
Int Rev Victimol 105 [«Science and Pseudoscience in Victims' Services»]; Scott 0 Lilienfeld, « The
10 Commandments of Helping Students Distinguish Science from Pseudoscience in Psychology »
(2005) 18:9 APS Observer 15 [«The 10 Commandments »]; James D Herbert et al, «Science and
Pseudoscience in the Development of Eye Movement Desensitization and Reprocessing : Implications
of Clinical Psychology » (2000) 20:8 Clin Psycho! Rev 945 [«Science and Pseudoscience in the
Development of EMDR »]; Scott 0 Lilienfeld, « Pseudoscience in Contemporary Clinical Psychology
: Wh at it is and What we Can do About it » ( 1998) 51 :4 Clin Psycho! 3 [« Pseudoscience m
Contemporary Clinical Psychology »].
305
Karl Popper, The Logic ofScientific Discovery, New York, Basic Books, 1959.
66
La révision par les pairs, quant à elle, pem1et notamment d'identifier les erreurs de
311
raismmement, de méthodologie et d'analyse . Même si elle n'est pas parfaite 312 ,
306
Lilienfeld, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », supra note 300;
Devilly, « Science and Pseudoscience in Victims' Services», supra note 304; Daman A Muller,
« Criminal Profiling : Real Science of Just Wishful Thinking » (2000) 4:3 Homicide Stud 234 ; Imre
Lakatos, « Introduction : Science and Pseudoscience » dan s John Worrall et Gregory Currie, dir, The
Methodology of Scientific Research Programmes : Philosophical Papers, Cambridge, Cambridge
University Press, 1978, 1-7 .
307
Shermer, Why People Believe Weird Things, supra note 276.
308
Lilienfeld, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », supra note 300;
Scott 0 Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M Lohr, « Science and Pseudoscience in Clinical
Psychology: Initial Thoughts, Reflections, and Considerations» dans Scott 0 Lilienfeld, Steven Jay
Lynn et Jeffrey M Lohr, dir, Science and Pseudoscience in Clinial Psycho/ogy, New York, Guilford
Press, 2004, l-14 [«Science and Pseudoscience in Clinical Psychology »];Richard J McNally, «The
Demise of Pseudoscience » (2003) 2:2 Sei Rev Mental Health Practice 97 [« The Dem ise of
Pseudoscience »]; Lilienfeld, « Pseudoscience in Contemporary Clinical Psychology »,supra note 304.
309
Devilly, « Science and Pseudoscience in Victims' Services», supra note 304; Katherine M
Newbold, Jeffrey M Lohr et Richard Gist, « Apprehended Without Warrant : Issues of Evidentiary
Warrant for Critical Incident Services and Related Trauma Interventions in a Federal Law
Enforcement Agency » (2008) 35 Crim Justice Behav 1337 [« Apprehended Without a Warrant»];
Anthony R Pratkanis, «How to Sel! Pseudoscience » (1995) 19:4 Skept Inq 19; Andrew Lugg,
« Bunkum, Flim-Flam and Quackery: Pseudoscience as a Philosophical Problem » (1987) 14 :3
Dialectica 221.
310
Newbold, « Apprehended Without Warrant », ibid; Lilienfeld, «Science and Pseudoscience in Law
Enforcement », supra note 302; Lilienfeld, « The 10 Commandments », supra note 304; Herbert,
«Science and Pseudoscience in the Development ofEMDR »,supra note 304.
311
Baran, « Pseudoscience, and Not Science : How Do They Differ? », supra note 300; Lilienfeld,
« Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », supra note 300; Bunge,
67
cette révision offre une première ligne de défense contre les études de mauvaise
qualité. Ainsi, avant d'être publiée, une étude fait l'objet de vérifications critiques par
des chercheurs indépendants qui doivent se prononcer sur sa valeur. Si elle est
approuvée, l'étude est ensuite publiée dans une revue scientifique et d'autres
chercheurs peuvent tenter de reproduire ses données et ses conclusions. Si les
données et les conclusions ne peuvent être reproduites, le débat qui en résulte peut
également faire l'objet de publications dans des revues scientifiques. Ainsi, même
après avoir été acceptées comme scientifiques, les théories peuvent continuer à faire
l'objet d'expérimentations et de débats.
À 1' opposé, plutôt que de faire vérifier leurs concepts par des experts du domaine
concerné, les promoteurs de pseudosciences ont tendance à les valider à l'interne
entre eux et à les publier dans des revues qu'ils contrôlent313 . À la différence de la
science qui a un caractère cumulatif en ce que les nouvelles théories scientifiques sont
généralement liées aux précédentes, les pseudosciences ont tendance à présenter un
défaut de connectivité. En effet, les promoteurs de pseudosciences créent souvent
leurs nouveaux concepts en vase clos, sans rendre de compte à personne, sans les
bâtir sur les théories acceptées comme scientifiques 3 14 . Certes, rien n'empêche qu\me
nouvelle théorie soit scientifique, elle ne doit pas systématiquement être rejetée du
« Knowledge », supra note 300; O'Donohue, «Science is an Essential Safeguard Against Human
Error », supra note 300.
312
Lilienfeld, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », ibid; Tom
Jefferson et Fiona Godlee, Peer Review in Health Sciences, 2e éd, London , BMJ Books, 2003;
Dominic V Cicchetti, «The Reliability of Peer Review for Manuscript and Grant Submissions: A
Cross Disciplinary Investigation» (1991) 14 Be ha v Brain Sei 119; Stephen J Ceci et Douglas Peters,
«A Naturalistic Study of the Peer Review Process in Psychology : The Fate of Published Articles,
Resubmitted » (1982) 5 Behav Brain Sei 4.
313
Tomislav Bracanovic, «From Integrative Bioethics to Pseudoscience » (2012) 12:3 Dev Wor1d
Bioeth 148 [«From Integrative Bioethics to Pseudoscience »]; Lilienfeld, «Science and Pseudoscience
in Clinical Psycho1ogy », supra note 308; Ruscio, Clear Thinking with Psycho/ogy, supra note 302;
Martin Gardner, Fads and Fallacies in the Na me of Science, New York, Do ver Publications, 1957.
314
Lilienfe1d, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology », supra note 300;
Bunge, « Know1edge », supra note 300; Herbert, « Science and Pseudoscience in the Development of
EMDR », supra note 304; Keith E Stanovich, How to Think Straight About Psycho/ogy, 4e éd, New
York, HarperCollins, 1997 [How to Think Straight About Psycho/ogy].
68
315
revers de la main . Toutefois, si elle est extravagante, elle doit avoir des arguments
316
à la hauteur de son extravagance . De plus, si elle contredit celles acceptées comme
scientifiques, le fardeau de preuve est alors encore plus important3 17 .
3 15
Bunge, « Knowledge », supra note 300.
31 6
Serge Larivée, Quand le paranormal manipule la science, Montréal , Multimondes, 2014 ; Carl
Sagan, The Demon Haunted World: Science as a Candie in the Dark, New York, Random House,
1995; Carl Sagan, «Wonder and Skepticism » (1995) 19 Skept Inq 24; Marcello Truzzi , «On the
Extraordinary: An Attempt at Clarification » (1978) 1:1 Zetetic Schol Il [« On the Extraordinary »].
3 17
Devilly, «Science and Pseudoscience in Victims' Services », supra note 304; Lilienfeld, « Science
and Pseudoscience in Law Enforcement », supra note 302; Stanovich, Ho w to Think Stra ight About
Psychology, supra note 314; Mario Bunge, « What is Pseudoscience ? » (1984) 9 Skept Inq 36.
3 18
Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Clinica1 Psychology »,supra note 308; Terence Hines,
Pseudoscience and the Paranormal, 2e éd, Amherst, Prometheus, 2003 ; Terrence Hines, « The
Doman-Delacato Patterning Treatment for Brain Damage » (2001) 5:2 Sei Rev Alternative Med 80;
Roger J Callahan, « Thought Field Therapy : Response to Our Critics and a Scrutiny of Some Old
Ideas of Social Science » (200 1) 57: 10 J Clin Psycho! 1251.
3 19
Baran, « Pseudoscience, and Not Science : How Do They Differ? », supra note 300; Madison
Pilato,« Pseudoscience » dans Fred R Volkmar, dir, Encyclopedia ofAutism Spectrum Disorders, New
York, Springer, 2013, 2425-2426 [« Pseudosciences »]; Lilienfeld, « Distingui shing Science from
Pseudoscience in School Psychology », supra note 300; Paul A Offit, Autism's Fa/se Prophets: Bad
Science, Ris ky Medicine, and the Search for a Cure, New York, Columbia University Press, 2008.
320
Pilato, « Pseudoscience », ibid; Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law En forcement »,
supra note 302; Lilienfeld, « Pseudoscience in Contemporary Clinical Psychology », supra note 304;
Truzzi, « On the Extraordinary », supra note 316.
321
Serge Larivée, «Science contre pseudo-sciences : un combat inégal » (Conférence d'ouverture du
35e Congrès de l'Association de professeurs de sciences du Québec, Montréal, 12 octobre 2000), [non
publiée].
69
prouve pas qu'il est faux, c'est qu'il doit bien être vrai! Il s'agit de l'erreur ad
ignorantiam, autrement dit l'erreur de l'ignorance 322 .
322
Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law Enforcement », supra note 302; Richard
Monvoisin, Pour une didactique de l 'esprit critiq ue : Zététique et utilisation des interstices
pseudoscientifiques dans les médias, thèse de doctorat, Didactique des disciplines scientifiques,
Université Grenoble 11 -Joseph Fourier, 2007 [non publiée); Lilienfeld, «Science and Pseudoscience
in Clinical Psychology »,supra note 308; Shermer, Why People Believe Weird Things , supra note 276.
323
Bracanovic, «From Integrative Bioethics to Pseudoscience », supra note 313; Lilienfeld, « Science
and Pseudoscience in Law Enforcement », ibid; New bold, « Apprehended Without a Warrant», supra
note 309; Nona Wilson, « Commercializing Mental Health Issues : Entertainment, Advertising, a nd
Psychological Advice » dans Scott 0 Lilienfeld, Steven Jay Lynn et Jeffrey M Lohr, dir, Sc ience and
Pseudoscience in Clinial Psycho/ogy, New York, Guilford Press, 2004,425-460 .
324
Newbold, « Apprehended Without a Warrant», ibid; Devilly, «Science and Pseudoscience in
Victims' Services », supra note 304; Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law En forcement»,
ibid; Patrick Finn, Anne K Bothe et Robin E Bramlett, « Science and Pseudoscience in
Communication Disorders : Criteria and Applications » (2005) 14:3 Am J Speech Lang Pathol 172.
325
Jacques Van Rillaer, « Strategies of Dissimulation in Pseudosciences » (1991) 9:2 New Ideas
Psycho! 235.
326
Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law En forcement », supra note 302; Carol Tavris,
Psychobabble and Biobunk: Using Psycho/ogy to Think Critically about Issues in the News, Upper
Saddle, Prentice Hall, 2000; Alan D Sokal, « Transgressing the Boundaries : Toward a Transformative
Hermeneutics of Quantum Gravity » (1996) 46/47 Social Text 217; Richard Dean Rosen,
Psychobabble: Fast Talk and Quick Cure in the Era of Feeling, New Work, Avon, 1977 .
70
327
Fondée en 1996 , la synergologie est présentée comme une «discipline
scientifique» 328 , une discipline qui s'appuie «sur une démarche scientifique
rigoureuse »329 . Selon le site Internet officiel de la synergologie, le grand public peut
suivre un total de 15 séances au coût de 450,00$ chacune, lesquelles sont offertes
notamment à Montréal, Amsterdam, Lausanne, Bruxelles et Paris 330 . Selon la
synergologue Annabelle Boyer, la synergologie « attise de plus en plus l' intérêt au
Québec, notamment chez des avocats, des juges et des policiers »33 1 et selon la
synergologue Christine Gagnon, les professionnels ayant recours à la synergologie
sont nombreux :
Qui sont les participants, les clients qui utilisent la synergologie ? Des
médecins, des neuropsychologues, des psychologues, des pharmaciens, des
enquêteurs, des experts en fraude économique, des agents spéciaux en haute
sécurité, des avocats, des intervenants sociaux, des aidants, des chefs
d'entreprises, des directeurs, des intervieweurs. D'autres usagers ? Des juges,
des avocats, des relationnistes de divers milieux et j'en passé. 332
327
Synergologie, « La Synergologie, discipline d' observation du langage corporel », en ligne :
Synergologie <http: //[Link]> (consulté le 29 octobre 2014).
328
Synergologie, « Synergologie, une discipline scientifique de lecture du langage corporel », en
ligne: Synergologie <http ://[Link]> (consulté le 29 octobre 2014) [« Synergologie,
une discipline scientifique de lecture du langage corporel » ].
329
Barreau du Québec, Le langage corporel!, supra note 45 .
330
Synergologie, «S' inscrire à une formation» , en ligne: Synergologie <http: //[Link]>
(consulté le 28 aout 20 15)
33 1
Patricia Blackburn,« Elle publie un livre sur la lecture des gestes» (novembre 2013), en ligne: Le
Soleil de Chateauguay <http: //[Link]> (consulté le 6 novembre 2013).
332
Christine Gagnon, «Observé, vu et prouvé » (juin 2015), en ligne : Le B1ogue de Christine
Gagnon: La synergo1ogie au quotidien <http: //[Link]> (consulté le 28 aout
2015).
71
Selon des partisans, la synergologie serait «fiable à hauteur de 80% »336 et le « non-
verbal n'a jamais été creusé, si bien que toutes les interprétations circulent sans jamais
avoir été validées »337 :
Nous n'hésitons d'ailleurs pas à dire qu 'il existe dans le domaine de la lecture
de la communication non verbale des charlatans, simplement parce que leurs
propositions, le plus souvent exprimées dans des ouvrages, n'ont pas passé la
barre du contrôle. Ils affirment des vérités qu ' ils seraient bien incapables de
démontrer formellement. Le gong qui les sauve, c'est la crédulité du public.338
333
Barreau du Québec, Le langage corporel!, supra note 45.
334
Synergologie, « Synergologie, une discipline scientifique de lecture du langage corporel », supra
note 328 .
335
Synergologie, « Décrypter le langage corporel avec la discipline Synergologie », en ligne : <http: //
http: //[Link]> (consulté le 29 octobre 2014).
336
Azia El Affas, « Comment identifier les incohérences entre le verbal et le non-verbal » (janvier
2013), en ligne: L'Économiste <http: //[Link]> (consulté le 30 octobre 2014).
337
Caroline Castets, « Synergologie, les gestes pour le dire » (mai 201 0), en ligne : Le nouvel
Économiste <http ://www .[Link]> (consulté le 30 octobre 2014) [« Synergologie, les
gestes pour le dire »].
338
ABC Solution, « Synergologie : Aide-mémoire », en ligne : Collège Lionel-Groulx
<http ://www .[Link] .ca> (consulté le 9 avril2014) .
339
Synergologie, «Enjeux scientifiques et Synergo1ogie », en ligne : Synergologie
<[Link] (consulté le 30 octobre 2014) .
72
L'objet de la synergologie est de remonter le chemin vers les corcepts [une idée
est dans le corps avant de devenir un concept] à partir de chaînes logiques
d'items corporels qui coalisés les uns aux autres permettent de retrouver
l'attitude mentale par la voie rationnelle, refaire les liens que le cerveau fait
naturellement à l'insu même de l'être. 340
Nous sommes très rigoureux sur la manière dont on valide les gestes, car il y a
environ de 1800 à 2000 gestes validés jusqu'à présent. Nous utilisons une
technique scientifique de Carl (sic) Popper, dont la falsifiabilité en matière de la
validation des gestes, c'est pourquoi nous pouvons dire qu'un geste signifie
telle chose jusqu'à la preuve du contraire.344
340
Synergologie, « Apprendre à décoder le langage du corps et traduire nos pensées », en ligne :
Synergologie <http:// http ://[Link]> (consulté le 30 octobre 2014) .
341
Synergologie, «Comment et pourquoi classer 1' information non-verbale? », en ligne : Synergologie
<[Link] (consulté le 30 octobre 2014).
342
Barreau du Québec, Le langage corporel!, supra note 45 .
343
Caroline Mireault, « Comprendre le non verbal dans la communication », ( 18 mai 2014) en ligne :
Hebdo Rive Nord <http: //[Link]> (consulté le 29 mai 2014) [«Comprendre le non
verbal dans la communication »].
344
Mireault, «Comprendre le non verbal dans la communication », ibid.
345
Anne Caroline Desplanques, «Bernard Trépanier sous pression » (avril 20 13), en ligne : Journal de
Montréal <http ://[Link]éal> (consulté le 31 juillet 2014) [«Bernard Trépanier sous
pression »].
346
Cynthia Laflamme, «Luka Rocco Magnotta : Que dit son non-verbal?» Uuin 2012), en ligne : TV A
Nouvelles <[Link] (consu lté le 30 octobre 2014) [«Luka Rocco Magnotta »].
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - --- - ------- ---
73
347
questions: qu'est-ce que je vais dire, comment je vais dire ça » . Lino Zambito, le
premier témoin vedette de la Commission Charbonneau, serait« d'une façon générale
348
[... ] authentique [ ... ] certainement à 85 % » . À d'autres occasions, des
combinaisons de gestes propres à la synergologie sont enseignées. Par exemple, un
témoin menteur pourrait être repéré parce qu 'il ponctue une affirmation de la main
droite en regardant à gauche, fait des gestes bas près de son corps, se tourne vers le
349
juge et le regarde en face ou parce qu'il baisse la tête, met la main droite dans sa
poche, ferme la bouche après avoir parlé et se gratte sous le nez du côté gauche en
parlant350 .
En outre, selon des partisans, la synergologie « est une méthode de lecture des
351
multiples gestes que nous effectuons sans en avoir conscience » , « 95% du langage
352
corporel ne peut pas faire l'objet d'un contrôle conscient » et dès« qu 'on maitrise
cette science, les gens qui nous entourent n'ont plus aucun secret pour nous »353 .
Pourtant, près de 20 ans après sa fondation, les concepts propres à la synergologie liés
à l'évaluation de la crédibilité n 'ont fait l'objet d'aucune validation publiée dans des
revues scientifiques 354 . La liste de gestes et leur signification n 'ont fait 1' objet
d'aucune révision par les pairs, elles «s'apparentent à des lapins que l'on sortirait de
347
Jean Houle,« Cathie Gauthier» (novembre 2013), en ligne: JE <http: //[Link]/em issions/je>
(consulté le 30 octobre 2014) [«Cathie Gauthier»] .
348
Anne Caroline Desplanques, «Trahis par leur gestes» (octobre 2012), en ligne: en ligne: Journal
de Montréal <http ://[Link]éal> (consulté le 3 avril2013).
349
Barreau du Québec, Le langage corporel II, supra note 46.
350
Barreau du Québec, Le langage corporel II, ibid.
351
Martine Betti-Cusso, «Ce que nos gestes disent de nous» (aout 2010), en ligne : Le Figaro
<[Link] (consulté le 30 octobre 20 14) [«Ce que nos gestes disent de nous»].
352
Damien Arnault,« Quand on fabrique des gestes, on fabrique du mensonge» Uuin 2012), en ligne:
Le blog du réseau des Jeunes Communicateurs Publics <http: //[Link]>
(consulté le 14 aout 2014).
353
Marie-Claude Pilon, « Gagner sa vie grâce aux non-dits » (novembre 20 13), en ligne : Châteauguay
Express <http ://[Link] .ca> (consulté le 30 octobre 2014).
354
Supra note 51.
74
chapeaux: on ne voit pas d'où elles sortent, et elles apparaissent comme par
magie »355 :
La «validation »357 des concepts propres à la synergologie est effectuée par des
partisans de la synergologie 358 à l'aide de séquences télévisuelles de différentes
natures 359 , par exemple d'entrevues politiques et de téléréalités 360 . Toutefois, les
méthodes de sélection et d'analyse des séquences, incluant les mécanismes pour
355
Pascal Lardellier, « Pour en finir avec la « synergologie » : Une analyse critique d'une
pseudoscience du « décodage du non-verbal » » (2008) 26:2 Commun 197 au para 57 [« Pour en finir
avec la« synergologie » ].
356
Lardellier, «Pour en finir avec la« synergologie », ibid au para 48.
357
Mireault, «Comprendre le non verbal dans la communication », supra note 343 : «Il y a trois
paliers de validation. Il faut d'abord vérifier le geste dans son contexte. Par exemple, on tient pour
acquis que si une personne se gratte la joue droite avec la main droite c'est qu 'elle est énervée. Nous
devons donc accumuler une centaine de vidéos afin d' étudier notre théorie. Au bout d'un an, on
visionne tout cela afin de s'assurer que c' est une bonne piste. Si on en a environ 80, qui nous porte à
croire que la personne est énervée quand elle se gratte la joue droite avec la main droite, notre première
couche de validité est vérifiée, mais ce n 'est pas assez. Ensuite, on regarde l'environnement. Il se peut
que la personne se gratte à cause d'un événement extérieur, simplement parce que ça lui pique, un
cheveu dans le visage, peau sèche, etc. En l'absence de facteur environnemental, notre deuxième
couche est validée. La dernière couche de validité est en fait les autres indicateurs sur le corps. Si on se
rend compte que la personne a les sourcils froncés, la bouche en extension, les épaules surélevées, le
poing fermé et se gratte la joue, nous avons une bonne piste. Un seul geste n'est pas valide, c'est
exactement comme en psychologie, on ne dira pas qu ' un jeune a un déficit d'attention parce qu 'i l a
regardé dehors une fois pendant son cours de mathématique. Nous avons donc besoin de plusieurs
éléments en synergologie avant de pouvoir émettre nos hypothèses».
358
Castets, « Synergologie, les gestes pour le dire», supra note 337 .
359
Betti-Cusso, « Ce que nos gestes disent de nous », supra note 351.
360
Synergologie, « Quelques exemples d'observations synergologiques », en ligne: Synergologie
<http: [Link]> (consulté le 30 octobre 2014).
75
éviter les biais de confirmation 361 , n'ont fait l'objet d'aucune validation publiée dans
des revues scientifiques 362 . À tout évènement, la «validation» est équivalente à une
tautologie, c'est-à-dire un raisonnement circulaire 363 .
361
Nickerson, «Confirmation Bias »,supra note 256; Kori at, « Reasons for Confidence », supra note
256; Wason, « Reasoning About a Rule», supra note 256 ; Wason, «On the Failure to Eliminate
Hypotheses in a Conceptual Task »,supra note 256.
362
Supra note 5 1.
363
Par exemple, on tient pour acquis qu'une personne qui se gratte la joue droite avec la main droite
est énervée. On trouve ensuite des vidéos où une personne énervée se gratte la joue droite avec la main
droite. Par conséquent, une personne qui se gratte la joue droite avec la main droite est énervée parce
qu'on a trouvé des vidéos où une personne énervée se gratte la joue droite avec la main droite. Un
raisonnement circulaire ne crée pas de la science, il est un indicateur de pseudosciences (voir Shermer,
Why People Believe Weird Things, supra note 276).
364
Barreau du Québec, Le langage corporel !, supra note 45.
365
Barreau du Québec, Le langage corporel!!, supra note 46 .
366
Barreau du Québec, Le langage corporel!, supra note 45.
367
Barreau du Québec, Le langage corporel li, supra note 46 .
368
Wiseman,« The Eyes Don't Have lt »,supra note 61.
76
Enfin, selon la description affichée sur le site Internet officiel de la synergologie, les
concepts propres à la synergologie seraient scientifiques, notamment parce que
falsifiables 369 . Cette prétention pourrait à elle seule faire l'objet d'une vive critique,
mais là n' est pas la visée du présent mémoire. Par exemple, la falsifiabilité d'une
hypothèse à elle seule ne la rend pas scientifique ou vraie pour autant370 . Elle ne
permet pas d'affirmer «qu'un geste signifie telle chose jusqu'à la preuve du
contraire »371 . Une telle affirmation s'apparente davantage à l'erreur ad ignorantiam,
v01re au renversement du fardeau de la preuve. Peu importe, la synergologue
Christine Gagnon a admis que des concepts propres à la synergologie ont été
commercialisés avant d'avoir été acceptés comme scientifiques :
Nous avons écrit ce livre-là pour les gens en sécurité, surtout pour les forces
armées parce que ces gens-là ne voulaient pas attendre que ce soit valide
scientifiquement dans dix ans pour pouvoir utiliser la synergologie. 372
Pour leur défense, malgré leurs interventions médiatiques où ils associent un geste à
une interprétation373 , des partisans de la synergologie affim1ent qu'un «seul geste
n'est pas valide »374 , qu'il« ne faut pas se fier sur un seul signe »375, qu ' il faut poser
des questions pour confirmer ses observations 376 . Les synergologues distingueraient
369
Synergologie, « La synergologie est une discipline de méthodes d'interprétation du non verbal », en
ligne: Synergologie <http ://www .synergologie .org> (consulté le 30 octobre 2014) [« La synergologie
est une discipline de méthodes d'interprétation du non verbal »].
370
McNally, «The Demise ofPseudoscience »,supra note 308 .
37 1
Mireault, «Comprendre le non verbal dans la communication », supra note 343 .
372
Romain Col lignon , « Synergologie : interview de Christine Gagnon , experte du domaine», (Il juin
2012) en ligne: Décodeur du non-verbal <http: //[Link]> (consulté le 25 novembre
2012).
373
Desplanques, «Bernard Trépanier sous pression », supra note 345 ; Laflamme, « Luka Rocco
Magnotta »,supra note 346, Houle, « Cathie Gauthier », supra note 347.
374
Mireault, «Comprendre le non verbal dans la communication », s upra note 343 .
375
Émilie Laperrière, «Métier: synergologue » (avril 2013), en ligne: La Presse
<http: //www .[Link]> (consulté le 30 octobre 2014) .
376
Synergologie, « Détecter le mensonge par 1'observation et le questionnement », en ligne :
Synergologie <http: //[Link]> (consulté le 10 mars 2015): «L'intérêt du
questionnement est double: D'abord il va permettre de se rendre compte tout de suite que l'idée qu 'il
s' était faite de l' attitude mentale de son interlocuteur par rapport à son attitude corporelle était juste ou
77
«normalement entre 15 et 20 items différents sur une personne observée en pieds par
377
seconde » . Toutefois, les combinaisons de gestes et les techniques de
questionnement propres à la synergologie, comme la liste de gestes et leur
signification à partir de laquelle les questions sont posées, n'ont également fait l'objet
d'aucune révision par les pairs.
fausse. Et puis, il va montrer à son interlocuteur par la qualité de son qu'il est intéressé, par ce qu ' illui
dit ou ce qu'il est. Il va donc renforcer de manière naturelle le lien. Il ne travaille pas à renforcer le lien
mais le lien se trouve renforcé ».
377
Synergologie, « La synergologie est une discipline de méthodes d'interprétation du non verbal »,
supra note 369.
378
Daubert, supra note 289.
379
Daubert, ibid aux pp 590-591 [notre traduction].
380
JLJ, supra note 286.
38 1
Béland, supra note 146 au para 17.
382
Vincent Denault, « Le polygraphe devant les tribunaux civils québécois : croyances, science et
jurisprudence >> (20 14) 73 R du B 3 3.
78
383
Baran, « Pseudoscience, and Not Science : How Do They Differ? »supra note 300 à la p 32 [notre
traduction].
384
Michael G Aamodt, « Reducing Mi sconceptions and False Beliefs in Police and Criminal
Psychology » (2008) 35 Crim Justice Behav 1231 [« Reducing Misconceptions and False Beliefs in
Police and Crimina1 Psychology »]; Lilienfeld, «Science and Pseudoscience in Law Enforcement »,
supra note 302; E Michael Co les, « The Emperor in the Courtroom : Psychology and Pseudoscience »
(2000) 11:1 J Forensic Psychiatr 1 [« The Emperor in the Courtroom »]; Peter W Hu ber, Galileo 's
Revenge: Junk Science in the Courtroom, New York, Basic Books, 1991 [Gali/eo 's Revenge].
385
Saul M Kassin et al,« I' d Know a False Confession ifl Saw One: A Comparative Study of Colle ge
Students and Police Investigators » (2005) 29:2 Law Hum Behav 211; Saul M Kassin et Christian T
Fang, « I'm Innocent ! : Effects of Training on Judgments of Tru th and Deception in the Interrogation
Room » (1999) 23:5 Law Hum Behav 499; Garrido, «Police Officers ' Credibility Judgments »,supra
note 251 ; Samantha Mann et al, « Detecting True Lies : Police Officers' Ability to Detect Suspects'
Lies » (2004) 89: 1 J Appl Psycho! 13 7 [« Detecting True Lies »].
------ - - - - -- - - -- - - - - - - -- - -- - -
79
386
Vrij , Detecting Lies and Deceit, supra note 67.
387
Bella M DePaulo, Julie 1 Stone et G Daniel Lassiter, « Deceiving and Detecting Deceit » dans Barry
Royce Schlenker, dir, The Self and Social Life, Boston, McGraw-Hill, 1985, 323-370.
388
Vrij , « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71.
80
Nous verrons donc les emblèmes, illustrateurs, régulateurs et adapteurs ainsi que les
expressions faciales d'émotions et leur utilité au quotidien.
389
William Shakespeare, Troilus et Cressida, Paris, Didier et Co, 1861 à la p 503.
390
Wing Chee So, «Cross-Cultural Transfer in Gesture Frequency in Chinese-English Bilinguals »
(2010) 25:10 Lang Cogn Proc 1335 [«Cross-Cultural Transfer in Gesture Frequency in Chinese-
English Bilinguals »]; Sotaro Kita, «Cross-cultural Variation of Speech-Accompanying Gesture: A
Review » (2009) 24:2 Lang Cogn Proc 145 [«Cross-cultural Variation of Speech-Accompanying
Gesture »]; Jinni A Harrigan, « Proxemics, Kinesics, and Gaze » dans Jinni A Harrigan, Robert
Rosenthal et Klaus R Scherer, dir, The New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior Research,
New York, Oxford University Press, 2005, 137-198 [« Proxemics, Kinesics, and Gaze»]; Dane
Archer, «Uns po ken Diversity : Cultural Differences in Gestures » ( 1997) 20:1 Quai Sociol 79
[« U nspoken Diversity »].
81
Les gestes peuvent être classés à l'aide de différents systèmes de codages ayant
391
chacun leurs propres catégories . Un des plus répandus mis en place par Ekman et
Friesen distingue cinq catégories de gestes : les emblèmes, les illustrateurs, les
régulateurs, les adaptateurs et les manifestations d'affect. Sauf pour la dernière qui
fait principalement référence aux expressions faciales d'émotions, ces catégories
392
permettent de comprendre les mouvements de mains .
Les emblèmes, autrement appelés gestes symboliques, sont des gestes délibérés et
volontaires, sauf exception, utilisés par un individu qui parle ou qui écoute. Un
emblème remplace un mot ou une phrase et sa signification. Le mot ou la phrase
remplacé est connu par les personnes d'un même groupe ou d'une même culture.
Ainsi, d'un groupe ou d'une culture à l'autre, un même geste peut avoir différentes
393
significations . Par exemple, pour les Nord-Américains, l'emblème du poing levé et
pouce vers le haut est généralement un signe d'approbation alors que dans certains
pays du Moyen-Orient, le même geste est l'équivalent du doigt d'honneur 394 .
391
Ray Birdwhistell, Kinesics and Context, Philadelphia, University of Pennsylvania, 1970; Illan
Golani, The Golden Jackal, TeiAviv, Movement Notation Society, 1969; AlbertE Scheflen, «Quasi-
courtship behavior in psychotherapy » (1965) 28:3 Psychiatry 245 ; Rudolf Laban, La ba notation, New
York, New Directions, 1961.
392
Harrigan, « Proxemics, Kinesics, and Gaze», supra note 390; Robert M Krauss, Yihsiu Chen et
Pumima Chawla, « Nonverbal Behavior and Nonverbal Communication : What do Conversational
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393
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Friesen,« Hand Movements » (1972) 22:4 J Comm 353 [« Hand Movements »] .
394
Heather Brooks, « What Gestures Do : Some Communicative Functions of Quota ble Gestures in
Conversations Among Black Urban South Africans » (2005) 37:12 J Pragmat 2044; Adam Kendon,
82
Les illustrateurs sont des gestes moins délibérés et volontaires que les emblèmes. Ils
sont utilisés par un individu qui parle pour illustrer son discours et peuvent être
divisés en six sous-catégories ouvertes 395 : les bâtons mettent l'accent ou l'emphase
sur un mot particulier ou une phrase, les idéographes représentent un chemin ou une
direction de la pensée, les pictographes dessinent une image, les kinétographes
décrivent une action physique, les déictiques pointent un objet présent et les
mouvements spatiaux décrivent une relation spatiale. Comme les emblèmes, les
illustrateurs sont généralement des gestes des mains 396 .
Les adaptateurs sont des gestes plutôt spontanés utilisés pour satisfaire un besoin
physique ou psychologique. En privé, ces gestes sont couramment exécutés dans leur
entièreté alors qu'en public, leur exécution est généralement fragmentaire et il n'est
alors pas autant évident de savoir quels besoins ils satisfont. Ils peuvent être divisés
en trois sous-catégories. Les auto-adaptateurs, autrement appelés auto-contacts, sont
des gestes d'ordinaire réalisés par les mains d'un individu sur une partie de son corps,
par exemple se gratter ou se placer les cheveux. Ils peuvent être déclenchés par une
interaction sociale. Les alter-adaptateurs sont des gestes et des mouvements du corps
effectués spécifiquement pour s'ajuster à une interaction sociale. Ils sont utiles pour
prendre ou donner, attaquer ou se défendre et s'approcher ou s'éloigner. Les objets-
adaptateurs sont des gestes où un objet est manipulé sans que l'objectif de la
« Some Recent Work from Italy on Quotable Gestures » (1992) 2:1 J Linguist Anthropol 92; Harold G
Johnson, Paul Ekman et Wallace V Friesen, «Communicative Body Movements : American
Emblems » (1975) 15:4 Semiotica 335; Robert A Barakat, «Arabie Gestures » ( 1973) 6:4 JPC 749.
395
Efron, Gestures and Environment, supra note 392.
396
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Receivers' Evaluations» (2009) 24:2 Lang Cogn Proc 239; Pi erre Feyereisen et Jacques-Dominique de
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Harrison, dir, Nonverbal Interaction, Thousand Oaks, Sage Publications, 1983, 13-46; Ekman, « The
Repertoire ofNonverbal Behavior »,supra note 392.
83
manipulation soit l'accomplissement d'une tâche. Par exemple, jouer avec un crayon
est un objet-adaptateur alors qu'écrire n'en est pas un 397 .
Les régulateurs sont des gestes plus spontanés que les illustrateurs. Ils sont utilisés
par un individu qui parle ou qui écoute pour rythmer les interactions sociales. Ils
peuvent informer d'attendre avant de parler, de commencer à parler, de continuer à
parler ou d'arrêter de parler. Par exemple, hocher la tête peut inviter l'autre à
continuer de parler et avancer sur sa chaise peut lui signifier d'arrêter de parler.
L'utilisation des régulateurs, des illustrateurs et des adaptateurs peut varier d'un
individu à l'autre, d'un groupe ou d'une culture à l'autre. Les illustrateurs, les
adaptateurs et les emblèmes peuvent également rythmer les interactions sociales, les
régulateurs sont les gestes qui ne sont pas des illustrateurs, des adaptateurs ou des
emblèmes 398 .
397
Letizia Caso et al, «The Impact of Deception and Suspicion on Different Hand Movements »
(2006) 30: IJ Nonverbal Behav 1 [«The Impact of Deception »]; Jinni A Harrigan, Katie Wilson and
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Repertoire ofNonverbal Behavior »,ibid.
398
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Res Lang Soc Interac 201; Starkey Duncan Jr et Donald W Fiske, Face-ta-Face Interaction :
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Mary R Key, dir, Organization of Behavior in Face-ta-Face Interaction, The Hague, Mouton, 1975,
175-187; Ekman, « The Repertoire ofNonverbal Behavior », ibid.
84
Malgré que la définition d'une émotion ne fasse pas l'objet d'un consensus, elle peut
être définie comme une réaction éphémère éprouvée par un individu en réponse à un
élément pouvant avoir des conséquences sur son bien-être et pouvant nécessiter une
action immédiate de sa part (ci-après « élément déclencheur ») 399 . Essentiellement,
les personnes scrutent constamment leur environnement à la recherche d'éléments
déclencheurs. Lorsqu'un élément déclencheur est repéré, une émotion est déclenchée
automatiquement et orchestre notamment différentes réactions physiologiques et
comportementales400 . Par exemple, certains muscles du visage peuvent réagir de
façon spontanée401 .
399
David Matsumoto et Hyi Sung Hwang, « Culture and Emotion : The Integration of Biological and
Cultural Contributions » (20 12) 43:1 J Cross-Cult Psyc ho! 92.
400
John Tooby et Leda Cosmides, «The Evolutionary Psychology of the Emotions and Their
Relationship to Internai Regulatory Variables » dans Michael Lewis, Jeannette M Haviland-Jones et
Lisa Feldman Barrett, dir, Handbook of Emotions, New York, Guilford, 2008, 114-137 ; Paul Ekm an,
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401
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Psychological Mechanisms for Producing Facial Expressions» (1984) 95:1 Psycho! Bull 52 [«The
Neuropsychology ofFacial Expression»].
402
Kristine Erickson et Jay Schulkin, « Facial Expressions of Emotion : A Cognitive Neuroscience
Perspective » (2003) 52 Brain Cogn 52.
85
En effet, les expressions faciales de sept catégories d'émotions ont des significations
universelles, elles sont exprimées et reconnues par les personnes de différentes
cultures406 . Ainsi, les muscles du visage réagissent essentiellement de la même façon
lorsque la colère, le dégout, la peur, la surprise, la tristesse, la joie ou le mépris est
éprouvé (voir Annexe A), sous réserve des Display rules. En effet, d'une culture à
l'autre, les personnes peuvent apprendre à accentuer, atténuer, neutraliser ou masquer
certaines expressions faciales d'émotions selon le contexte social où elles se trouvent,
ce sont les Display rules407 . Leur apprentissage se fait lorsqu'un individu, encore
403
Joshua M Susskind et al, « Expressing Fear Enhance Sensory Acqui sition » (2008) Il :7 Nat
Neurosci 843.
404
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Thousand Oaks, Sage Publications, 2006, 299-321 ; Karen L Schmidt et Jeffrey F Cohn, « Human
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405
Ekman, Emotions Revealed, supra note 400.
406
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David Matsumoto, « Culture and Nonverbal Behavior »dans Valérie Manusov et Miles L Patterson,
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Argument and Evidence about Universals in Facial Expressions of Emotion » dans Hugh L Wagner et
Antony S R Manstead, dir, Handbook in Social Psychophysiology, Hoboken, John Wiley & Sons,
1989, 143-164 [«The Argument and Evidence about Universals in Facial Expressions of Emotion»].
407
Dans une des premières études ayant documenté les Display rules, un film générateur de stress-
des scènes de chirurgies où un patient souffre - a été présenté à des participants américains et
japonais. Dans la première condition, les participants étaient seuls chacun dans leur pièce et leurs
expressions faciales d 'émotions étaient alors similaires. Toutefois, dans la deuxième condition, au lieu
d'être seuls, les participants étaient en présence d' un chercheur et les japonais ont alors masqué
davantage leurs expressions faciales d'émotions négatives que les américains. Les japonais auraient
appris à ne pas exprimer leurs émotions négatives en présence d'un individu de statut supérieur (Paul
Ekman, « Uni versai and Cultural Differences in Facial Expressions of Emotion » dans James Cole, dir,
------ - - - -- -- -- -- - - - - - - -- - -- - - - -- - -- - - - - -- -
86
enfant, commence à établir des liens avec les autres et à apprendre à vivre en société.
Il apprend alors ce que sa culture considère comme acceptable ou inacceptable au
408
sujet de l'expression des émotions . Différentes Display ru/es ont été documentées,
40 9
par exemple en Russie, en Italie, aux États-Unis, au Canada et au Japon . Elles
permettraient d'expliquer quelques critiques au sujet de l'universalité des expressions
410
faciales de ces sept catégories d'émotions .
Étant donné que les émotions jouent un rôle essentiel dans la régu lation d'une
interaction sociale411 , une meilleure habileté à reconnaitre les expressions faciales
d ' émotions représente un atout pour la vie personnelle et professionnelle. Par
41 2
exemple, une négociation peut provoquer des émotions positives et négatives .
stratégique et d'aider à anticiper les réactions de l'autre 413 . Elles peuvent inciter les
personnes qui sont parties prenantes à une interaction sociale (ex : négociation) à
s'adapter en fonction de leurs observations414 . L'absence de communication face à
face peut donc nuire à une interaction sociale415 . Ainsi, bien que le succès d'une
416
négociation dépend souvent de l'habilité à communiquer des négociateurs , la
communication face à face représente un atout lors de la négociation 417 . Elle
418
représente aussi un atout pour favoriser la coopération mutuelle .
4 13
Nikolaas N Oosterhof et Alexander Todorov, «The Functional Basis of Face Evaluation » (2008)
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4 14
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419
Hyman Hillenbrand, « Ru les for Effective Cross-Examination » ( 1984) 14 Brief 46 à la p 49 [notre
traduction] : « Soyez gentil et sympathique. Une attitude hostile mettra un témoin sur ses gardes. Bien
qu'une attitude hostile peut secouer ou ébranler un témoin , dans la plupart des cas être amical vous
permettra d'obtenir plus d'informations d'un témoin qui essaie de vous aider avec de « bonnes »
réponses». Lors d' un procès, l'absence de communication face à face peut donc nuire à la création du
climat de confiance recommandé entre un contre-interrogateur et un témoin (voir Jay E Grenig et
Rocco M Scanza, Case Preparation and Presentation : A Guide for Arbitration Advocates and
Arbitrators, New York, JurisNet, 2013 ; Tom Riley,« The ABC's of Cross-Examination » (1992) 41
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Outcomes » ( 1998) 34 J Econ Behav Organ 211.
90
La définition d'une émotion ne fait pas l'objet d'un consensus, celle d'un mensonge
non plus 427 . Toutefois, un mensonge peut être défini comme une tentative
intentionnelle, réussie ou non, de créer, chez un individu qui n'en est pas averti (ci-
après « cible du mensonge »), une croyance que le menteur sait être fausse 428 . Les
mensonges peuvent être à propos d'éléments factuels ou émotifs, ils peuvent
notamment donner ou éviter quelque chose au menteur ou à la cible du mensonge 429 .
Les mensonges sont une réalité sociale de tous les jours430 et la plupart sont anodins,
426
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427
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42 8
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Impact of Direct Questions on Lies and Omissions » ( 1999) 10:3 Inti Confl Manage 225.
430
Le mensonge n'est pas une caractéristique propre à l'être humain. Les techniques de camouflage et
d'imitation ont conféré un avantage évolutif à différentes d'espèces animales et végétales. Bien que
l'absence d'intention pourrait empêcher de qualifier certaines de ces techniques de mensonges, la
présence d'intention a néanmoins été constatée chez d'autres espèces, par exemple chez les
chimpanzés et les gorilles (voir Emilie Genty et Jean-Jacques Roeder, « Can Lemurs Learn to
Deceive? A Study in the Black Lemur » (2006) 32:2 J Exp Psychol-Anim Behav Process 196; Charles
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Brain Sei 233; Euclid 0 Smith,« Deception and Evo lutionary Biology » (1987) 2 Cult Anthropol 50).
91
Les stratagèmes d'un menteur sont nombreux, trois des principaux sont la
falsification, la dissimulation et 1' équivocation433 . La falsification a lieu lorsqu 'il
mentionne de fausses informations et la dissimulation lorsqu' il omet des informations
pertinentes, par exemple par la réduction des détails anticipés dans sa réponse ou par
431
Kim B Serota, Timothy R Levine, & Franklin J Boster, «The Prevalence of Lying in America:
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432
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433
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Always the Best Policy » (1975) Il Kansas J Soc 69 [« Information Control in Conversations»].
92
La conduite d'un individu lorsqu'il ment peut être subtilement distincte de celle
lorsqu'il dit la vérité 437 . En effet, différents comportements stratégiques et non
stratégiques liés au mensonge peuvent être repérés, par exemple des contradictions
entre les messages verbaux et non verbaux, ainsi que des modifications dans le
comportement verbal ou non verbal438 pouvant être accentuées lorsque les enjeux du
mensonge sont élevés439 et lorsque le menteur est motivé à ne pas être découvert440 .
434
Maria Hartwig, Par Anders Granhag et Leif A Stromwall , « Guilty and Innocent Su spects'
Strategies During Police Interrogations » (2007) 13:2 Psycho! Crim & L 213 [« Guilty and Innocent
Suspects' Strategies During Police Interrogations »]; Leif A Stromwall, Par Anders Granhag et Sara
Landstrom, « Children's Prepared and Unprepared Lies : Can Adults See Through Their Strategies? »
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435
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Deception in the Workplace » (2011) 15 :1 J Organ Cult Commun Confl 55; Ekman, Te/ling Lies,
supra note 427; Steven A McCornack, « Infonnation Manipulation Theory » (1992) 59:1 Commun
Monogr 1.
437
Vrij , « Pitfalls and Opportunities », supra note 71.
438
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and Truthful Interaction» (2000) 64:3 Western J Comm 243 [« Testing for the Motivation Impairment
Effect » ]; Buller, « Interpersonal Deception Theory », supra note 432 ; Buller «Deception : Strategie
and Nonstrategic Communication », supra note 427; Miron Zuckerman, Bella M DePaulo et Robert
Rosenthal, « Verbal and Nonverbal Communication of Deception » dans Leonard Berkowitz, dir,
93
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Nonverbal Communication of Deception»].
439
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33:6 Law Hum Behav 530; Aldert Vrij et al, «The Influence of Persona! Characteristics, Stakes and
Lie Complexity on the Accuracy and Confidence to Detect Deceit » dans Ronald Ro esh, Raymond R
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dir, New Trends in Criminal Investigation and Evidence: Volume II, Antwerp, Intersentia, 2000, 699-
709; Bella M DePaulo, Carol Steele LeMay et Jennifer A Epstein, « Effects of Importance of Success
and Expectations for Success on Effectiveness at Deceiving » (1991) 17: 14 Pers Soc Psycho! Bull 14
[ « Effects oflmportance of Success >>].
440
Bella M DePaulo et al, « Expressiveness and Expressive Control » (1992) 70 J Pers Soc Psycho!
Bull 979 .
441
Paul Ekman et Maureen O' Sullivan, «From Flawed Self-Assessment to Blatant Whoppers : The
Utility of Voluntary and Involuntary Behavior in Detecting Deception » (2006) 24 Behav Sei Law 673
[«From Flawed Self-Assessment to Bi atant Who pp ers »].
442
Leif A Stromwall, Maria Hartwig et Par Anders Granhag, « To Act Truthfully : Nonverbal
Beaviour and Strategies During Police Interrogation» (2006) 12:2 Psycho! Crim & L 207.
443
Sarah Ewens et al, «Drop the Small Talk When Establishing Baseline Behavior in Interviews »
(2014) 11 :3 J Investig Psycho! Offen der Profiling 244 [«Drop the Small Talk » ].
444
Dans la tragédie de Shakespeare du même nom, Othello est victime d' un coup monté et croit que sa
femme Desdémone est infidèle. Confrontée par Othello, Desdémone nie 1'adu ltère, apprend que son
soi-disant amant a été tué et éclate en sanglots. Othello la tue après y avoir vu la confirmation de
l'infidélité: Desdémone pleurait la mort de son amant! Or, les sanglots étaient plutôt une manifestation
de sa détresse vu le meurtre d'un innocent et sa mort imminente (voir Ekman, Tel!ing Lies, supra note
427).
94
445
supplémentaire pourrait être justifiée , notamment en posant des questions ouvertes,
446
neutres et objectives . À elles seules, les contradictions et les modifications ne
permettent pas de savoir si un témoin ment ou dit la vérité.
445
Leanne ten Brinke, Stephen Porter et Alysha Baker, «Darw in the Detective : Observable Facial
Muscle Contraction Reveal Emotional High-Stakes Lies» (2012) 33:4 Law Hum Behav 411
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Truthfulness : Detecting Truth and Lies in Forensic Contexts » dans Ray Bull, Tim Valentine et Dr
Tom Williamson, dir, Handbook of Psycho/ogy of lnvestigative Interviewing: Current Developments
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446
Christian A Meissner et al, « Accusatorial and Information-G athering Interro gation Methods and
Their Effects on True and False Confessions: A Meta-Analytic Review » (2014) 10:4 J Exp Criminol
459; Jacqueline R Evans, « Obtaining Guilty Knowledge in Human Intelligence Interrogations :
Comparing Accusatorial and Information-Gathering Approaches with a Novel Experim ental
Paradigm » (2013) 2:2 J Appl Res Mem Cogn 83; Aldert Vrij et Par Anders Granhag, « Eliciting Cues
to Deception and Tru th : What Matters are the Questions Asked » (20 12) 1 J Appl Res Mem Cogn 110
[« Eliciting Cues to Deception and Tru th»] ; Aldert Vrij, Samantha Mann et Ronald P Fisher,
« Information-Gathering vs Accusatory Interview Style : Individual Differences in Respondents'
Experiences » (2006) 41 :4 Pers Individ Dif 589 [« Information-G athering »].
447
Aldert Vrij et Samantha Mann,« Detecting Deception: The Benefit ofLooking at a Comb ination of
Behavioral, Auditory and Speech Content Re1ated Cues in a Systematic Manner » (2004) 13 Group
Decis Negot 61 [« Detecting Deception »]; Vrij, « Why Professionals Fail to Catch Liars »,supra note
71; Bella M DePaulo et Howard S Friedman, « Nonverbal Communication » dans Daniel T Gilbert,
Susan T Fiske et Gardner Lindzey, dir, The Handbook of Social P~ychology, Boston, McGraw-Hill ,
1998, 3-40; Paul Ekman, Wallace V Friesen et Maureen O'Sullivan, « Smiles When Lying » (1988) 54
J Pers Soc Psychol414 [« Smiles When Lying »].
448
Maria Hartwig et Charles F Bond, « Why Do Lie-Catchers Fail? A Lens Mode! Meta-Analysis of
Human Lie Judgments » (2011) 137:4 Psycho! Bull 643; Porter« The Truth About Lies», supra note
71; Vrij , « Detecting Deception », ibid; Mann, « Detecting True Lies», supra note 385; Paul Ekman et
95
variant selon le contexte et l'individu observé, car chaque situation a ses propres
449
particularités .
Troisièmement, plutôt que d'avoir une approche statique basée sur l'observation, la
450
détection du mensonge est favorisée par différentes approches dynamiques . Les
professionnels du droit devraient utiliser différentes stratégies pour mettre en
évidence les indices, par exemple en posant des questions inconnues du menteur à
45 1
propos de sujets avec lesquels il n'est pas familier et en utilisant stratégiquement
452 453
les informations foumies et la preuve .
al,« Face, Voice, and Body in Detecting Deceit » (1991) 15 J Nonverbal Behav 125 [«Face, Voice,
and Body in Detecting Deceit »].
449
Vrij , « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71 ; Ekman, «A Few Can Catch a Li ar», supra note
239; Ekman, «Who Can Catch a Liar »,supra note 240
450
Timothy R Levine, «Active Deception Detection » (2014) 1:1 Po licy Jnsights Behav Brain Sei 122
[«Active Deception Detection»]; Timothy R Levine et al , «Expertise in Deception Detection
Involves Actively Prompting Diagnostic Information Rather Than Passive Behavioral Observation »
(2014) 40 Hum Comm Res 442 [«Expertise in Deception Detection Involves Actively Prompting
Diagnostic Information»] ; Timothy R Levine, «Detection Truth-Default Theory (TDT): A Them·y of
Human Deception and Deception» (2014) 33:4 J Lang Soc Psycho! 378 [« Detection Truth-Default
Theory »]; Timothy R Levine, J Pete Blair et David D Clare, « Diagnostic Utility: Experimental
Demonstrations and Replications of Powerful Question Effects in Hi gh-Stakes Deception Detection »
(2014) 40 Hum Comm Res 262 [«Diagnostic Utility »].
451
Dominic J Shaw et al, « Expect the Unexpected? Variations in Question Type Elicit Cues to
Deception in Joint Interviewer Contexts » (2013) 27 Appl Cogn Psycho! 336 [« Expect the
Unexpected? »]; Lara Warmelink et al, « Spatial and Temporal Details in Intentions : A Cue to
Detecting Deception» (2013) 27 Appl Cogn Psycho! 101 [«Spatial and Temporal Details in
Intentions»] ; Gary L Lancaster et al, « Sorting the Liars from the Truth Tellers : The Benefits of
Asking Unanticipated Questions on Lie Detection » (2013) 27 Appl Cogn Psycho! 107 [« Sorting the
Liars from the Truth Tellers »]; Vrij, « Eliciting Cues to Deception and Truth »,supra note 446.
452
Galit Naharia et Aldert Vrij , « Can I Barrow Y our Alibi? The Applicability of the Verifiability
Approach to the Case of an Alibi Witness » (2014) 3:2 J Appl Res Mem Cogn 89 [« Can I Barrow
Y our Alibi? »]; Galit Naharia, Aldert Vrij et Ronald P Fisher, « The Verifiability Approach :
Countermeasures Facilitate its Ability to Discrimina te Between Truths and Lies » (20 14) 28 A pp!
Cogn Psycho! 122 [«The Verifiability Approach »]; Gali Nahari et al, « Did Somebody See It?
Applying the Verifiability Approach to In surance Claim Interviews » (20 14) J Investig Psych Offender
Profil 237 [« Did Somebody See It? »]; Aldert Vrij et Giorgio Ganis, « Theories in Deception and Lie
Detection» dans David C Raskin, Charles R Honts et John C Kircher, dir, Credibility Assessment:
Scientific Research and Applications, San Diego, Academie Press, 2014, 303-375 [«Theories in
Deception and Lie Detection »].
453
Lors de sa rencontre avec des policiers, le suspect ignore souvent la preuve que les policiers
possèdent à son sujet. Si la preuve est dévoilée au début de l' interrogatoire, le menteur sait ce qu ' il ne
doit pas dire pour éviter d 'être contredit et ses réponses pourraient être sensiblement les mêmes que
celles de l'individu qui dit la vérité. Toutefois, si la preuve est dévoilée à la fin de l' interrogatoire,
-- - · - - -- - - -- - - -
96
Afin de repérer les indices pouvant indiquer une zone où une investigation
supplémentaire pourrait être justifiée454 , une base de référence est essentielle. Une
base de référence peut être définie comme la conduite usuelle de l'individu
observé455 . Ainsi, avant les questions sensibles, il est généralement proposé d'avoir
une conversation d'usage où l'individu observé dira la vérité ou n'aura aucune raison
de mentir. Lors de cette conversation, son comportement verbal et non verbal
constituera la base de référence 456 . Lors des questions sensibles, les changements par
rapport à cette base de référence constitueront les indices. Toutefois, puisque la
conversation d'usage et les questions sensibles sont deux contextes distincts, cette
différence à elle seule peut être à 1'origine des changements. Par exemple, si
l'individu observé est questionné d'abord à propos de son occupation et ensuite à
propos d'un délit pour lequel il est le suspect, la conduite d'un menteur et celle d'un
individu qui dit la vérité peuvent changer lors des questions sensibles. Ainsi, une base
de référence dite comparable devrait idéalement être établie457 .
contrairement à l'individu qui dit à la vérité, non seulement le menteur ne sait pas ce qu'il ne doit pas
dire pour éviter d'être contredit, mais il pourrait donner moins de détails et être plus évasif, imprécis et
impersonnel. Ainsi, la capacité à détecter le mensonge peut être améliorée par le dévoilement de la
preuve à la fin de l'interrogatoire (voir Maria Sorochinski et al, « Interviewing to Detect Deception:
When to Disclose the Evidence?» (2013) 1 J Police Crim Psych 1 [« Interviewing to Detect
Deception»]; Franziska Clemens, Par Anders Granhag et Leif A Stromwall, « Eliciting Cues to False
Intent: A New Application of Strategie Interviewing » (2011) 35:6 Law Hum Behav 512 [« Eliciting
Cu es to Fa ise Intent » ]; Par Anders Granhag et Maria Hartwig, « A New Theorical Perspective on
Deception Detection: On the Psychology oflnstrumental Mindreading » (2008) 14 Psycho! Crim & L
189 [« A New Theorical Perspective on Deception Detection » ]; Par Anders Granhag, Leif A
Stromwall et Maria Hartwig, « The SUE-Technique : The Way to Interview to Detect Deception »
(2007) 88 Foren J 25 [«The SUE-Technique»]).
454
Ten Brinke, «Darwin the Detective », supra note 445; Cooper, « Evaluating Truthfulness », supra
note 445; Frank, « Investigative Interviewing and the Detection of Deception», supra note 445;
Ekman, «Darwin, Deception, and Facial Expression», supra note 445.
455
Vrij, « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71; Thomas H Feeley, Mark D deTurck et Melissa J
Young,« Baseline Familiarity in Lie Detection» (1995) 12:2 Comm Res 160; Gerald R Miller, Paul A
Mongeau et Carra Sleight, « Fudging with Friends and Lying to Lovers : Deceptive Communication in
Persona! Relationships » (1986) 3:4 J of Soc and Pers Relationships 495; Paul Ekman et Wallace V
Friesen,« Detecting Deception from the Body or Face» (1974) 29:3 J Pers Soc Psycho! 288.
456
Fred E In bau et al, Criminal Interrogation and Confessions, Se éd, Burlington, Jones & Bartlett
Learning, 2013.
457
Ewens, «Drop the Small Talk »,supra note 443.
97
458
Aldert Vrij et Samantha Mann,« Telling and Detecting Lies in a High-Stake Situation: The Case of
a Convicted Murderer » (2001) 15 1 Appl Psycho! 187 [« Telling and Detecting Lies in a High-Stake
Situation »].
459
Ten Brinke, « Darwin the Detective », supra note 445; Cooper,« Evaluating Truthfulness », supra
note 445; Frank, « Investigative Interviewing and the Detection of Deception », supra note 445;
Ekman, «Darwin, Deception, and Facial Expression », supra note 445.
460
Dans la procédure du Guilty knowledge test, des questions à choix multiples liées à l' évènement
sous enquête sont posées. Par exemple, le polygraphiste exhibe une série de couteaux dont un est
l'arme du crime; il sait lequel est l'arme du crime et seul le sujet coupable peut également le savoir.
Pour chacun des couteaux, un après l'autre, le polygraphiste pose la même question : reconnaissez-
vous l'arme du crime? Lorsque la question sera posée pour le couteau que le polygraphiste sait être
l'arme du crime, le sujet niera reconnaitre l'arme du crime, s'il n'a pas commis le crime ou s'il l' a
commis mais ne veut pas l'admettre. À ce moment, si les réactions du sujet sont plus importantes, c'est
qu'il a menti en niant reconnaitre l' arme du crime. Contrairement à la procédure du CQT qu ' une
majorité de psychologues a considérée comme n'étant pas basée sur des principes scientifiquement
reconnus, une majorité d'entre eux a considéré que celle du GKT l'est (voir British Psychological
Society, A Review of the Current Scientific Status and Fields of Application of Polygraphic Deception
Detection. BPS Working Party, 6 octobre 2004, en ligne: <http ://[Link]>).
98
L'effort cognitif peut donner lieu à des contradictions entre les messages verbaux et
non verbaux d'un témoin ainsi qu'à des modifications dans son comportement non
463
verbal . En effet, lorsque la vérité est claire et à la portée du menteur, que les enjeux
du mensonge sont élevés, c'est-à-dire lorsque le menteur a quelque chose à perdre ou
à gagner s'il est découvert ou s'il ne l'est pas, et que le menteur est motivé à ne pas
être découvert, le mensonge peut nécessiter un effort cognitif plus important que celui
nécessaire pour dire la vérité 464 . En outre, 1' effort cognitif peut augmenter lorsque le
461
Porter, «The Truth About Lies», supra note 71; Vrij, « Pitfalls and Opportunities », supra note 71;
Aldert Vrij, « Telling and Detecting Lies » dans Nicky Brace et Helen L Westcott, dir, Applying
Psycho/ogy, Chichester, Wiley, 2002, 179-242 ; Vrij, « Telling and Detecting Lies in a High-Stake
Situation», supra note 458.
462
Hugues Hervé et al, « Assessing and Treating Sexual Offerders : The Importance of Effective
Interviewing and Evaluating Truthfulness » dans Barbara K Schwartz, dir, The Sex Offender, Volume
8, New York, Ci vic Research Institute, 2014 [« Assessing and Treating Sexual Offerders »].
463
Récemment, dans le milieu de la recherche académique, l'effort cognitif vécu a été décrit comme
étant plus utile que les émotions éprouvées pour distinguer le menteur de l'individu qui dit la vérité.
L'idée fait l'objet de débats (voir Vrij, « Eliciting Cues to Deception and Truth », supra note 446;
Mark G Frank et Elena Svetieva, « Lies Worth Catching Involve Both Emotion and Cognition » (20 12)
1:2 J Appl Res Mem Cogn Il 0; Sean M Lane, « Streering a New Course for Deception Detection
Research » (2012) 1:2 J Appl Mem Cogn 110; Bella M DePaulo et Charles F Bond, « Beyond
Accuracy : Bigger, Broader Ways to think About Deceit » (2012) l :2 A App! Res Mem Cogn Il 0).
464
Leanne ten Brinke et Stephen Porter, «Cry Me a River: Identifying the Behavioral Consequences
of Extremely High-Stakes Interpersonal Deception» (2012) 36:6 Law Hum Behav 469 [«Cry Me a
River»]; Aldert Vrij et al, « Increasing Cognitive Load to Facilitate Lie Detection : The Benefit of
Recalling an Event in Reverse Order » (2008) 32 Law Hum Behav 253 [« Increasing Cognitive
Load to Facilitate Lie Detection»]; Letizia Caso et al, « Processes Underlying Deception : An
99
Empirical Analysis of Truth and Lies When Manipulating the Stakes » (2005) 2:3 J Investig Psycho]
Offender Profiling 195; Mark G Frank et Paul Ekman, «The Ability to Detect Deceit Generalizes
Across Different Types of High-Stake Lies» (1997) 72:6 J Pers Soc Psycho] 1429 [« The Ability to
Detect Deceit Generalizes A cross Different Types of High-Stake Lies »].
465
Xiaoqing Hu, Hao Chen et Genyue Fu, « A Repeated Lie Becomes a Truth ? The Effect of
Intentional Control and Training on Deception » (20 12) 3:488 Front Psycho] 1; B Van Bockstaele et al,
« Learning to Lie : Effects of Practice on Cognitive Cost of Lying » (20 12) 3:526 Front Psycho! 1;
Bruno Verschuere et al, «The Ease of Lying » (2011) 20:3 Conscious Cogn 908; Aldert Vrij et al ,
« Outsmarting the Liars: The Benefits of Asking Unanticipated Questions » (2009) 33:2 Law Hum
Behav 159.
466
Steven A McCornack, «The Generation of Deceptive Messages : Laying the Goundwork for a
Viable Theory oflnterpersonal Deception » dans John 0 Greene, dir, Message Production: Advances
in Communication theory, Mahway, Lawrence Erlbaum, 1997, 91-126.
467
Sharon Leal et Aldert Vrij, « Blinking During and After Lying » (2008) 32:4 J Nonverbal Behav
187 [« Blinking During and After Lying »]; Vrij, « Increasing Cognitive Load to Facilitate Lie
Detection», supra note 464; Jeffrey J Walczyk et al,« Lying Person-to-Person About Life Events: A
Cognitive Framework for Lie Detection» (2005) 58:1 Pers Psycho! 141; Jeffrey J Walczyk et al,
«Cognitive Mechanism Underlying Lying to Questions : Response Time as a Cue to Deception »
(2003) 17:7 Appl Cogn Psycho! 755.
468
Vrij, « Information-Gathering », supra note 446; Roy F Baumeister, « The Self» dans Daniel T
Gilbert, Susan T Fiske et Gardner Lindzey, The Handbook of Social Psycho/ogy, 4e éd, Boston,
McGraw-Hill, 1998, 680-740; DePaulo, « Effects ofimportance of Success »,supra note 439; Bella M
DePaulo et al, « The Motivational Impairment Effect in the Communication of Deception :
Replications and Extensions» (1988) 12:3 J Nonverbal Behav 177 [«The Motivational Impairment
Effect in the Communication ofDeception: Replications and Extensions»].
100
l'impression que son innocence est visible, le menteur peut avoir l'impression que sa
culpabilité est visible, d'où sa tendance à moins tenir sa crédibilité pour acquise 469 .
Troisièmement, l'attention aux réactions de l'autre pour juger de l'efficacité de son
mensonge et s'adapter en conséquence peut également exiger un effort cognitif
4 70
supérieur .
En outre, les manifestations d'effort cognitif ne sont pas des preuves de tromperie,
leur absence n'est pas une preuve de vérité. Différentes hypothèses doivent être
471
envisagées pour les expliquer , le mensonge n'est qu'une des explications possibles .
Or, si des manifestations d'effort cognitif sont accompagnées d'autres indices, une
investigation supplémentaire pourrait être justifiée472 . Comme le détournement du
regard, une diminution des clignements des paupières et des illustrateurs peuvent être
des manifestations d'effort cognitif.
473
Alors que la nervosité peut causer une augmentation des clignements de paupières ,
474
autrement appelé l'Effet Nixon , le mensonge est associé à une diminution des
469
Hartwig,« Guilty and Innocent Suspects' Strategies During Police Interro gations», supra note 434;
Saul M Kassin et Rebecca J Norwick, « Why People Waive Their Miranda Rights : The Power of
Innocence » (2004) 28:2 Law Hum Behav 211 [« Why People Waive Their Miranda Rights »];
Thomas Gilovich et al, « The Illusion of Transparency : Biased Assessments of Others ' Ability to
Read One's Emotional States» (1998) 75:2 J Pers Soc Psychol332 [«The Illusion ofTransparency »];
Dale T Miller et Cathy McFarland, « Pluralistic Ignorance : When Similarity is Jnterpreted as
Dissimilarity » (1987) 53:2 J Pers Soc Psycho! 298 [ « Pluralistic Ignorance »].
470
Vrij , « Pitfalls and Opportunities », supra note 71; Bella M DePaulo et al, « Cues to Deception»
(2003) 129 Psycho! Bull 74 [« Cues to Deception]; Stephen Maurice E Schweitzer, Susan E Brodt et
Rachel TA Croson, « Seeing is Believing: Visual Access and the Strategie Use of Deception» (2002)
13 :3 J Confl Resolut 258 [« Seeing is Believing »];Buller,« Interpersonal Deception The01y »,supra
note 432.
471
Ten Brinke, « Darwin the Detective », supra note 445; Cooper, « Evaluating Truthfulness », supra
note 445; Frank, « Investigative Jnterviewing and the Detection of Deception », supra note 445 ;
Ekman, «Darwin, Deception, and Facial Expression», supra note 445 .
472
Ten Brinke, «Darwin the Detective », ibid; Cooper, « Evaluating Truthfulness », ibid; Frank, «
Jnvestigative Jnterviewing and the Detection of Deception », ibid; Ekman, « Darwin, Deception, and
Facial Expression», ibid.
473
Jinni A Harrigan et Dennis M O'Connell, « How Do Y ou Look When Feeling Anxious? Facial
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Facial Expression Wh en Experiencing Negative Affect on an Anatomical Basis » ( 1985) 21 J Hum
- -- - - - - - - - - - - - -
101
clignements des paupières lorsqu'il nécessite un effort cognitif plus important que
celui nécessaire pour dire la vérité 475 L'effort cognitif peut alors être suivi d'un effet
0
particulièrement des mains et des pieds, lorsqu'il nécessite un effort cognitif plus
477
important que celui nécessaire pour dire la vérité 0 En effet, le menteur peut négliger
478
son comportement non verbal vu la limitation des ressources mentales 0 De plus,
479
puisqu'il aurait tendance à moins tenir sa crédibilité pour acquise , le menteur peut
contrôler sa conduite pour minimiser les agissements non stratégiques, pour éliminer
ce qu'il croit être des indices de mensonge480 Le détournement du regard, quant à lui,
0
peut être expliqué par l'anxiété et l'embarras, comme par l'effort cognitif.
Dev 22; C Stanley Harris, Richard 1 Thackray et Richard W Shoenberger, « Blink Rate as a Function
of Induced Muscular Tension and Mani fest Anxiety » (1966) 22:1 Percept Motor Ski li 155; Eric
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474
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475
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476
Leal, « Blinking During and After Lying »,supra note 467 0
477
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478
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479
Hartwig,« Guilty and Innocent Suspects' Strategies During Police Interrogations », supra note 434;
Kassin, « Why People Waive Their Miranda Rights », supra note 469 ; Gilovich, « The Illusion of
Transparency »,supra note 469; Miller,« Pluralistic Ignorance», supra note 469 0
480
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(2010) 16:4 Psycho! Crim & L 327; Gwyneth Doherty-Sneddon et Fiona G Phelps, «Gaze Aversion:
A Response to Cognitive or Social Difficulty » (2005) 33:4 Mem Cogn 727; Gwyneth Doherty-
Sneddon et al, « Development of Gaze Aversion as Disengagement From Vi suai Information » (2002)
38:3 Dev Psychol438.
483
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Credibility » dans Amina A Memon, Aldert Vrij et Ray Bull , dir, Psycho/ogy and Law: Truthfulness,
Accuracy and Credibility, 2e éd, Cambridge, McGraw-Hill, 1998, 32-58 [«Non verbal Commun ication
and Credibility »];Chris L Kleinke, «Gaze and Eye Contact : A Research Review » (1986) 100:1
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484
Gwyneth Doherty-Sneddon, Deborah M Riby et and Lisa Whittle, «Gaze Aversion as a Cognitive
Load Magagement Strategy in Autism Spectrum Disorder and Williams Syndrome » (2012) 53:4 J
Child Psycho! Psychiatry 420; Anjanie McCarthy et al, « Cu ltural Display Rules Drive Eye Gaze
During Thinking » (2006) 37:6 J Cross Cult Psycho! 717; Han Z Li, «Culture and Gaze Direction in
Conversation» (2005) 20 RASK : Tnt J Lang Commun 3; Marianne LaFrance et Clara Maya, «Racia l
Differences in Gaze Behavior During Conversations : Two Systematic Observational Studies » (1976)
33:5 J Pers Soc Psycho! 547.
103
485
0 Michael Watson, Proxemic Behaviour : A Cross-Cultural Study, The Hague, Mouton, 1970.
486
The Global Deception Research Team, «A World of Lies» (2006) 37:1 J Cross-Cult Psycho] 60.
487
Vrij , « Stereotypical Verbal and Nonverbal Responses », supra note 477 ; Vrij , « In sight into
Behavior Displayed During Deception », supra note 480; Leary, « Impress ion Management », supra
note 480; Hocking « Nonverbal Indicators of Deception », supra note 480.
488
Samantha Mann et al, « Two Heads are Better th an One? How to Effectively use Two Interviewers
to Elicit Cues to Deception» (2013) 18:2 Legal Criminol Psych 324; Samantha Mann et al,« Lying
Eyes : Why Li ars Seek Deliberate Eye Contact>> (20 13) 20:3 Psychiatry Psycho\ & L 452 ; Samantha
Mann et al, « Windows to the Soul? Delibera te Eye Contact as a Cue to Deceit » (20 12) 36 J
Nonverbal Behav 205; Schweitzer, « Seeing is Believing »,supra note 470 .
489
Judee K Burgoon et al, « The Role of Conversational lnvolvement in Deceptive Interpersonal
Interactions » ( 1999) 25 :6 Pers Soc Psycho) Bull 669 [« The Raie of Conversa ti anal lnvolvement in
Deceptive Interpersonal Interactions »]; Buller, « Interpersonal Deception Theory », supra note 432 ;
Judee K Burgoon et al, « Deceptive Realities : Sender, Receiver, and Observer Perspectives in
Deceptive Conversations » (1996) 23:6 Co mm Res 724; Judee K Burgoon et David B Buller,
« Interpersonal Deception : III. Effects of Deceit on Perceived Communication and Nonverbal
Behavior Dynamics » (1994) 18:2 J Non verbal Behav 155 .
490
Burgoon, « The Raie of Conversational Involvement in Deceptive Interpersonal Interactions », ibid.
491
Bella M DePaulo et Susan E Kirkendol, « The Motivational Impairment Effect in the
Communication of Deception » dans John C Yuille, dir, Credibility Assessment, Dordrecht, Kluwer,
1989, 51-70 [« The Motivational Impairment Effect in the Communication of Deception »].
104
492
Siegfried L Sporer et Barbara Schwandt, « Para verbal Indicators of Deception : A Meta-Analytic
Synthesis » (2006) 20:4 Appl Cogn Psycho! 421 .
493
Vrij, « Insight into Behavior Displayed During Deception», supra note 480.
494
DePaulo, «The Motivational Impairment Effect in the Communication of Deception : Replications
and Extensions », supra note 468; Roy F Baumeister, James C Hamilton et Dianne M Tice, «Public
Versus Priva te Expectancy of Success : Confidence Booster or Performance Pressure?» ( 1985) 48:6 1
Pers Soc Psycho! 1447; Ellen Langer et Lois G Imber, « When Practice Makes Imperfect : Debilitating
Effects of Overlearning » (1979) 37:11 J Pers Soc Psycho] 2014; Gregory A Kimble et Lawrence C
Perlmuter, «The Problem of Volition » (1970) 77:5 Psycho] Rev 361.
495
Roy F Baumeister et Caro lin J Showers, « A Review of Paradoxical Performance Effects : Choking
Under Pressure in Sports and Mental Tests» (1986) 16:4 Eur 1 Soc Psycho] 361.
496
Mark Muraven et Roy F Baumeister, « Self-Regulation and Depletion of Limited Resources: Does
Self-Control Resemble a Muscle? » (2000) 126:2 Psycho! Bull 247; Roy F Baumeister et al , « Ego-
Depletion: Is the Active Self a Limited Resource ? » (1998) 74:5 J Pers Soc Psycho] 1252; Brian
Butterw01ih, «Maxim for Studying Conversations» (1978) 24:3 Semiotica 317; Ekman, « Nonverbal
Leakage )), supra note 68.
105
Les émotions peuvent donner lieu à des contradictions entre les messages verbaux et
non verbaux d'un témoin ainsi qu ' à des modifications dans son comportement non
verbal. Les émotions d'ordinaire associées au mensonge sont la peur d' être découvert,
la culpabilité de mentir et le plaisir de tromper497 . Par exemple, le menteur peut tenter
de neutraliser l'expression faciale de l'émotion éprouvée ou de simuler l'expression
faciale d'une émotion qu'il n'éprouve pas (ex: pour masquer l'expression faciale de
l'émotion éprouvée ou l'absence d'émotiont 98 . Les expressions faciales simulées
peuvent notamment être différenciées de celles spontanées par des imperfections
quant à leur timing, leur symétrie et leur morphologie 499 .
497
Vrij, « Nonverbal Communication and Credibility »,supra note 483 ; Paul Ekman et Mark G Frank,
«Lies that Fail » dans Michael Lewis et Carolyn Saarni , dir, Lying and Deception in Everyday Life,
New York, Guilford Press, 1993, 184-200; Ekman, Te/ling Lies, supra note 427 ; Paul Ekman, « Wh y
Lies Fail and What Behaviors Betray a Lie » dans John C Yuille, dir, Credibility Assessment,
Dordrecht, Kluwer, 1989, 71-81.
498
Paul Ekman et Wallace V Friesen, Unmasking the Face: A Guide ta Recognizing Emotions From
Facial Clues, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1975 .
499
Ekman, « From Flawed Self-Assessment to BI atant Whoppers », supra note 441.
500
Sarah D Gunnery, Judith A Hall et Mollie A Ruben, « The Deliberate Duchenne Smil e : Individual
Differences in Expressive Control » (2012) 37:1 J Nonverbal Behav 29 [« The Deliberate Duchenne
Smile »]; Lynden Miles et Lucy Johnston , « Detecting Happiness: Perceiver Sensitivity to Enjoyment
and Non-Enjoyment Sm iles» (2007) 31:4 J Non verbal Behav 259 [« Detecting Happiness »];Mark G
Frank et Paul Ekman, «Not ali Smiles are Created Equal : The Difference Between Enjoyment and
Nonenjoyment Smiles » (1993) 6:1 Humor 9 [« Not ali Smiles are Created Equal »]; Paul Ekman,
Richard J Davidson et Wallace V Friesen, « Duchenne Smile: Emotional Expression and Brain
Physiology II » (1990) 58:2 J Pers Soc Psychol342 [« Duchenne Smile »].
50 1
Ekman, « Darwin, Deception, and Facial Expression », supra note 445 ; Ursula Hess et Robert E
Kleck « Differentiating Emotion Elicited and Deliberate Emotional Facial Expressions» (1990) 20:5
Eur J Soc Psycho! 369; Ekman, « Duchenne Sm ile », supra note 500; Paul Ekman et Wallace V
106
symétrie soit beaucoup plus difficile à mesurer que la durée, le Sourire de Duchenne
est généralement plus symétrique qu'asymétrique 502. Troisièmement, la morphologie
fait référence aux muscles dits fiables, c'est-à-dire aux muscles du visage qui se
contractent involontairement lorsqu'une émotion est éprouvée et qui , pour la majorité
des personnes, peuvent difficilement être contractés volontairement. Autrement dit, la
contraction d'un muscle dit fiable suggère qu'une émotion est éprouvée 503 .
Par exemple, la tristesse est caractérisée par la contraction du muscle fiable Frontalis,
pars medialis qui soulève l'intérieur des sourcils 504 . La joie est caractérisée par la
contraction du muscle fiable Orbicularis oculi, pars lateralis qui soulève les joues et
plisse les yeux 505 . Déjà en 1862 dans son livre Mécanisme de la Physionomie
Humaine 506 , Guillaume-Benjamin Duchenne écrivait:
Friesen, « Felt, False and Miserable Smiles » ( 1982) 6:4 J Non verbal Behav 238 [« Felt, False and
Miserable Smiles »].
502
David Matsumoto et Mija Lee, « Consciousness, Volition, and the Neuropsychology of Facial
Expressions of Emotion» (1993) 2:3 Conscious Cogn 237 [« Consciousness, Volition , and the
Neuropsychology of Facial Expressions of Emotion »]; Martin Skinner et Brian M ull en, « Facial
Asymmetry in Emotional Expression : A Meta-Analysis of Research » ( 1991) 30:2 Brit J Soc Psycho!
113 ; Joseph C Hager et Paul Ekman, «The Asymmetry of Facial Actions is Incons istent with Models
of Hemispheric Specialization » (1985) 22:3 Psychophysiology 307; Paul Ekman, Joseph C Hagar et
Wallace V Friesen, «The Symmetry of Emotional and Deliberate Facial Actions» (198 1) 18:2
Psychophysiol 101.
503
Ekman, Tel/ing Lies, supra note 427.
504
Ten Brinke, « Darwin the Detective », supra note 445 ; Ten Brinke, «Cry Me a River», supra note
464 ; Ekman, Emotions Revealed, supra note 400; Ekman, « Da1win, Deception, and Facial
Expression», supra note 445 .
505
Gunnery, « The Deliberate Duchenne Smile », supra note 500; Miles, « Detecting Happiness »,
supra note 500; Frank, «Not ali Smiles are Created Equal », supra note 500; Ekman, « Duchenne
Smile »,supra note 500.
506
Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne, Mécanisme de la Physionomie Humaine, Paris, Jules
Renouard, 1862 [Mécanisme de fa Physionomie Humaine].
507
Duchenne de Boulogne, Mécanisme de la Physionomie Humain e, ibid à la p 63.
107
Ainsi, à défaut d'être capable de contracter le muscle fiable Orbicularis oculi, pars
lateralis, le menteur qui souhaite simuler la joie contractera le muscle Zygomatic
major qui soulève les extrémités de la bouche vers le haue 08 . Il exhibera un «faux »
509
sourire plutôt qu'un Sourire de Duchenne, c'est-à-dire un« vrai» sourire . À défaut
d'être capable de contracter uniquement le muscle fiable Frontalis, pars medialis, le
menteur qui souhaite simuler la tristesse le contractera en même temps que le
Frontalis, pars lateralis qui soulève l'extérieur des sourcils. La totalité de ses sourcils
sera alors soulevée, plutôt que l'intérieur uniquemene 10 .
508
Mark G Frank, Paul Ekman et Wallace V Friesen,« Behavioral Markers and Recognizability of the
Smile of Enjoyment » (1993) 64:1 J P ers Soc Psycho! 83; Mark G Frank, « Smiles, Lies and
Emotion» dans Millicent H Abel, dir, An Empirical Rejlection on the Sm ile, Lewinston, Edwin Mellen
Press, 2002, 15-43 ; Ekman, « Smiles When Lying », supra note 447; Ekman, « Felt, False and
Miserable Sm iles »,supra note 501.
509
Ekman, «The Argument and Evidence about Universals in Facial Expressions of Emotion », supra
note 406 .
510
Stephen Porter, Leanne ten Brinke et Brendan Wallace,« Secrets and Lies : In voluntary Leakage in
Deceptive Facial Expressions as a Function of Emotional Intensity » (2012) 36:1 J Non verbal Behav
23 [«Secrets and Lies»]; Ten Brinke, « Darwin the Detective», supra note 445; Leanne ten Brinke et
al, «Crocodile Tears : Facial, Verbal and Body Language Behaviours Associated with Genuine and
Fabricated Remorse » (2012) 36:1 Law Hum Behav 51 [«Crocodile Tears »]; Paul Ekman, Gowen
Roper et Joseph C Rager, « Deliberate Facial Movement » (1980) 51:3 Delibera te Facial Movement
886.
511
Wen-Jing Yan et al, « How Fast are the Leaked Facial Expressions : The Duration of Micro-
Expressions» (2013) 37:4 J Nonverbal Behav 217; David Matsumoto et Hyi Sung Hwang, «Evidence
for Training the Ability to Read Microexpressions of Emotion » (20 11) 35:2 Motiv Emot 181 ; Paul
Ekman, « Lie Catching and Micro Expressions » dans Clancy Martin, dir, The Philosophy of
Deception, Oxford, Oxford University Press, 2009, 118-138; David Matsumoto et al, «Facial
108
En 1966, les chercheurs Ernest Haggard et Kenneth Isaacs ont documenté pour la
première fois les micro-expressions qu'ils appelaient alors des expressions micro
momentanées. Ainsi, en regardant au sixième de la vitesse normale des vidéos de
psychothérapies, ils ont observé que les expressions faciales de patients changeaient
parfois considérablement et très rapidement, d'un sourire, à une grimace, à un sourire
sur une période de 1/8 à 1/5 de seconde 513 . L'étude des expressions n1icro
momentanées a été poursuivie par Ekman qui, en 1969, les a baptisées micro-
expressions514. Les micro-expressions complètes impliquant simultanément la partie
supérieure et inférieure du visage sont très rares. Les micro-expressions partielles
impliquant la partie supérieure ou inférieure du visage sont plus fréquentes, mais
beaucoup moins que les imperfections d'expressions faciales simulées. Ainsi, pour
les menteurs, les micro-expressions partielles peuvent communiquer les émotions
qu'ils tentent de cacher 515 . Toutefois, l'observation d 'une micro-expression ne permet
516
pas d'expliquer pourquoi l'émotion est éprouvée .
Expressions of Emotion» dans Michael Lewis, Jeannette M Haviland-Jones et Lisa Feldman Barrett,
dir, Handbook ofEmotions, New York, Guilford, 2008,211-234.
512
Carolyn M Hurley, «Do Y ou See What I See ? Leaning to Detect Micro Expressions of Emotion »
(2012) 36 Motiv Emot 371; Pamela J Marsh et al, « Remediation of Facial Emotion Recognition in
Schizophrenia: Functional Predictors, Generalizability, and Durability » (20 10) 13 :2 Am J Psychiatr
Rehabil 143 ; Gemma Warren, Elizabeth Schertler et Peter Bull,« Detecting Deception from Emotional
and Unemotional Cues » (2009) 33 J Nonverbal Behav 59; Frank, «The Ability to Detect Deceit
Generalizes Across Different Types ofHigh-Stake Lies», supra note 464.
513
Ernest A Haggard et Kenneth S Isaacs, « Micromomentary Facial Expressions as Indicators of Ego
Mechanisms in Psychotherapy » dans Louis A Gottschalk et Arthur H Auerbach, dir, Methods of
Research in Psychotherapy, New York, Springer, 1966, 154-165.
514
Ekman, « Nonverbal Leakage »,supra note 68.
515
Stephen Porter et Leanne ten Brinke, « Discovering Deceit : Applying Laboratory and Field
Research in the Search for Truthful and Deceptive Behavior » dans Barry S Cooper, Dorothee Griesel
et Marguerite Ternes, dir, Applied Issues in lnvestigative lnterviewing, Eyewitness Memory, and
Credibility Assessment, New York, Springer, 2013, 221-237; Ten Brinke, «Cry Me a River », supra
note 464 ; Ten Brinke, « Crocodile Tears », supra note 51 0; Stephen Porter et Leanne ten Brinke,
109
En outre, puisque les muscles du corps seraient plus facilement contrôlables, ceux du
visage seraient plus révélateurs. Les muscles de la partie supérieure du visage seraient
encore plus révélateurs car plus difficiles à contrôler que ceux de la partie
519
inférieure . Toutefois, à l'exception des muscles fiables, étant donné que le visage
d'un individu constitue la principale source visuelle de renseignements pennettant de
520
déduire une foule d'information et que beaucoup d'importance lui est accordée au
quotidien, les menteurs auraient davantage de facilité à le contrôler. Ainsi, le menteur
«Reading Between Lies : Identifying Concealed and Facial Emotions in Universal Facial
Expressions» (2008) 19:5 Psycho! Sei 508.
5 16
Ekman, Emotions Revealed, supra note 400.
517
Ten Brinke, «Darwin the Detective », supra note 445; Cooper, « Evaluating Truthfulness »,supra
note 445; Frank, « Investigative Interviewing and the Detection of Deception », supra note 445;
Ekman, «Darwin, Deception, and Facial Expression», supra note 445 .
518
Ten Brinke, «Darwin the Detective », ibid; Cooper, « Evaluating Truthfulness », ibid; Frank, «
Investigative Interviewing and the Detection of Deception », ibid; Ekman, « Darwin, Deception , and
Facial Expression », ibid.
519
Porter, « Secrets and Lies », supra note 510; Carolyn M Hurl ey et Mark G Frank, « Executing
Facial Control During Deception Situations » (20 Il) 35:2 J Non verbal Behav 119; Matsumoto,
« Consciousness, Volition, and the Neuropsychology of Facial Expressions of Emotion», supra note
502; Rinn, «The Neuropsychology of Facial Expression », supra note 401.
520
Knapp, Nonverbal Communication in Human Interaction, supra note 3 à la p 293 [notre
traduction] : « Le visage est riche en potentiel communicatif. Il est le site principal pour la
communication d'états émotionnels, il reflète les attitudes interpersonnelles; il fournit une rétroaction
non verbale sur les commentaires des autres; et certains chercheurs disent qu'il est la principale source
d'information à côté de la parole humaine. Pour ces raisons, et compte tenu de la visibilité du visage,
nous accordons beaucoup d'attention aux messages que nous recevons des visages des autres» (voir
aussi Alexander T Todorov, Christopher C Said et Sara C Verosky, « Personality Impressions from
Facial Appearance » dans Gillian Rhodes et al, dir, Oxford Handbook of Face Perception, Oxford,
Oxford University Press, 2011, 631-653; Frith, « Role of Facial Expressions in Social Interactions »,
supra note 411 ; Da cher Keltner et Ann M Kring, « Emotion, Social Function, and Psychopathy »
(1998) 2:3 Rev Gen Psycho! 320).
110
2.5 Synthèse
Ce deuxième chapitre a permis de dégager des repères que les professionnels du droit
pourront utiliser pour apprécier les prétentions de soi-disant experts en langage
corporel.
En effet, dans un premier temps, au cours des quarante derni ères années, la
communication non verbale a fait l'objet d 'une multitude d'études scientifiques 524 . Il
en est de même pour la détection du mensonge 525 . Toutefois, leur méconnaissance
laisse la place à des fausses croyances 526 et à des méthodes de lectures du langage
52 1
Vrij , « Stereotypical Verbal and Nonverbal Responses », supra note 477; DePaulo, «The
Motivational Impairment Effect in the Communication of Deception», supra note 491 ; Charles F
Bond, Karen Nelson Kahler et Lucia M Paolicelli, «The Miscommunication of Deception : An
Adaptive Perspective » (1985) 21:4 J Exp Soc Psycho! 331; Zuckerman, « Telling Lies», supra note
483 .
522
Ekman, «Face, Voice, and Body in Detecting Deceit »,supra note 448 .
523
Burgoon, « Testing for the Motivational Impairment Effect », supra note 438 .
524
Burgoon, Nonverbal Communication, supra note 66; Manusov, The SAGE Handbook ofNonverbal
Communication, supra note 66; Harrigan, The New Handbook of Methods in Nonverbal Behavior
Research, supra note 66; Hecht, « Nonverbal Communication and Psychology »,supra note 66.
525
Granhag, Detecting Deception, supra note 67; Vrij, Detecting Lies and Deceit, supra note 67;
Knapp, Lying and Deception in Human Interaction, supra note 67; Granhag, The Detection of
Deception in Forensic Contexts, supra note 67.
526
Porter, « The Tru th About Lies », supra note 71 ; Masip, « Is Behaviour Analysis Interv iew Just
Common Sense?», supra note 71; Vrij, « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71; Vrij, « Why
Professionals Fail to Catch Liars »,supra note 71.
111
Dans un troisième temps, la conduite d'un individu lorsqu'il ment peut être
subtilement distincte de celle lorsqu'il dit la vérité 528 . En effet, différents
comportements stratégiques et non stratégiques liés au mensonge peuvent être
529
repérés , par exemple des contradictions et des modifications provoquées par
l'effort cognitif et les émotions 530 . Les contradictions et les modifications ne sont que
des indices qui, au pire, n'ont aucune signification ou qui, au mieux, indiquent une
53 1
zone où une investigation supplémentaire pourrait être justifiée . Bref, comme
532
l'écrivait Aldeti Vrij dans son livre Detecting Lies and Deceit publié en 2008 :
527
Chee So, «Cross-Cultural Transfer in Gesture Frequency in Chinese-English Bilinguals », supra
note 390; Kita, «Cross-cultural Variation of Speech-Accompanying Gesture », supra note 390;
Harrigan, « Proxemics, Kinesics, and Gaze», supra note 390; Archer, « Unspoken Diversity », supra
note 390.
528
Vrij, « Pitfalls and Opportunities »,supra note 71.
529
Burgoon, « Testing for the Motivation Impairment Effect During Deceptive and Tmthful
Interaction », supra note 438; Buller, « Interpersonal Deception Theory », supra note 432; Buller
«Deception: Strategie and Nonstrategic Communication», supra note 427; Zuckerman, « Verbal and
Nonverbal Communication of Deception», supra note 438.
530
Hervé, « Assessing and Treating Sexual Offerders », supra note 462.
531
Ten Brinke, « Darwin the Detective», supra note 445 ; Cooper,« Evaluating Truthfulness »,supra
note 445; Frank, « Investigative Interviewing and the Detection of Deception» , supra note 445 ;
Ekman, «Darwin, Deception, and Facial Expression», supra note 445.
532
Vrij , Detecting Lies and Deceit, supra note 67
112
Juger si quelqu'un ment est rarement une tâche facile et simple, et il est donc
important d'évaluer toutes les informations disponibles. Cependant, une fois
que les gens ont pris leur décision quant à la véracité d'un message, ils ont
tendance à interpréter l'information additionnelle d'une telle façon qu'elle
supporte leur décision. En conséquence, après avoir pris leur décision, [les
avocats et les décideurs] risquent de ne pas remarquer d' autres informations
importantes ou de mal interpréter ces informations. Il est donc important de
garder un esprit ouvert jusqu'à ce que toutes les informations disponibles aient
été évaluées. 533
533
Vrij , Detecting Lies and Deceit, supra note 67 à la p 398 [notre traduction].
CHAPITRE III
Préambule
Un procès est une opération caractérisée par une asymétrie des forces et des
connaissances où les faits sont établis par des interactions entre les avocats et les
534
témoins . En effet, dans le système de type accusatoire, «l'initiative de rechercher
les éléments de preuve incombe aux parties et le rôle du tribunal consiste
principalement à apprécier la preuve qui lui est soumise »535 . Toutefois, lors d'un
procès, les interactions ne se limitent pas aux avocats et aux témoins. En effet, « [l]e
modèle du procès contradictoire repose sur 1'interaction entre la poursuite, le
plaignant, les avocats des parties, les témoins et, enfin, le juge et, s'il y a lieu, les
jurés »536 qui communiquent tous les uns avec les autres en intégrant une multitude de
modalités 537 . D'ailleurs, malgré qu'elle semble être strictement de type question-
534
June Luchjenbroers, « Discourse Dynamics in the CoUJ1room: Some Methodological Points of
Description » (1991) 4 La Trabe Work Pap Linguist 85; Anne Walker, « Linguistic Manipulation,
Power, and the Legal Setting » dans Leah Kedar, dir, Power Through Discourse, Norwood, Ablex,
1987, 57-80; William O'Barr, Linguistic Evidence: Language, Power and Strategy in the Courtroom ,
New York, Academie Press, 1982; Brenda Danet, «Language in the Legal Process » (1980) 14 L &
Soc Rev 445.
535
Léo Ducharme, Précis de la preuve, 6e éd, Montréal, Wilson & La fleur, 2005 au para 95.
536
NS, supra note 31 au para 67.
537
Laurie L Lev en son, « Courtroom Demeanor : The Thea ter of the Courtroom » (2007) 92 Min L Re v
573 [« Courtroom Demeanor »]; Searcy, «Communication in the Courtroom », supra note 2; Peter
David Blanck, Robert Rosenthal et La Doris Hazzard Cordell , « The Appearances of Justice: Judges'
Verbal and Nonverbal Behaviour in Criminal Jury Trials » (1 985) 38 Stan L Rev 89; Elizabeth A
Le Van, « Nonverbal Communication in the Courtroom: Attorney Beware » (1984) 8 Law & Psycho!
Rev 83 [« Nonverbal Communication in the Courtroom »].
114
Le même évènement peut être décrit de plusieurs manières, chacune vraie dans
le sens qu'elle décrit véritablement l'expérience du conteur, mais chaque
version peut être différemment organisée et donner une impression très
différente de «ce qui s'est passé». Et des conséquences juridiques différentes
peuvent découler du choix d'une histoire plutôt que d'une autre. 540
Par exemple, l'énonciation interrogative d'un avocat peut constituer une affirmation,
exprimer un accord ou un désaccord, signaler un reproche, manifester de l'hostilité ou
538
Gregory Matoesian, « Language in Courtroom Interaction » dans Carol A Chapelle, dir, The
Encyclopedia of Applied Linguistics, Oxford, Blackwell, 1-10 [« Language in Courtroom
Interaction »].
539
Jerome Bruner, Making Stories : Law, Literature, Life, New York : Farrar, Straus and Giroux,
2002; Peter Brooks et Paul Gewirtz, Law's Stories: Narrative and Rhetoric in the Law, NewHaven,
Yale University Press, 1996; BertrandS Jackson, Making Sense in Law: Linguistic, Psychological and
Semiotic Perspectives, Liverpool, Deborah Charles Publicaions, 1995 ; Yon Maley et Rhondda Fahey,
« Presenting the Evidence : Constructions of Reality in Cout1 » ( 1991) 4: 1 Int'l J for Semiotics L 3.
°
54
Kim Lane Scheppele, « Telling Stories » (1989) 87:8 Mich L Rev 2073 à la p 2085 [« Telling
Stories »][notre traduction].
54 1
Janett Cotterill, « Witness Examination » dans Keith Brown, dir, Encyclopedia of Language &
Linguistics, Amsterdam, Elsevier, 2006, 592-600.
542
Gregory Matoesian, Reproducing Rape : Domination Through Talk in the Courtroom , Chicago,
The University of Chicago Press, 1993; Guadalupe Valdés, « Analyzing the Demands that Courtroom
Interaction Makes Upon Speakers of Ordinary English : Toward the Development of a Coherent
Descriptive Framework » (1986) 9:3 Discourse Processes 269; Hanni Woodbury, « The Strategie Use
of Questions in Court» (1984) 48:3 Semiotica 197; Max Atkinson et Paul Drew, Order in Court: The
Organization of Verbal Interaction in Judicial Settings, London, Macmillan, 1979.
- - -- - - - - --- - --
115
chercher à exercer un contrôle 543 . Une objection peut être soulevée. Les avocats
s'adresseront à tour de rôle au décideur sur les motifs de l'objection et la pertinence
de la question 544 . Un témoin a « la possibilité de changer de sujet, d'initier d'autres
sujets, de commenter sur la preuve, de modifier la durée du tour de parole,
d'interrompre, et ainsi de suite »545 . De la même façon , le comportement non verbal
d'un témoin peut affecter les interactions lors d'un procès 546 . Que disent les tribunaux
québécois sur cette question?
543
Karen Tracy et Jessica Robles, « Questions, Questioning, and Institutional Prac tices : An
Introduction » (2009) Il :2 Discourse Stud 131.
544
Matoesian, « Language in Courtroom Interaction », supra note 538.
545
Augusto Gnisci et Clotilde Pontecorvo, « The Organiza ti on of Questions and Answers in the
Thematic Phases of Hostile Examination : Turn-by-Turn Manipulation ofMeaning » 36 J Prag mat 965
à la p 967 [notre traduction].
546
Levenson, « Courtroom Demeanor »,sup ra note 537.
547
La lecture de nombreux jugements perm et de déduire que les mots-clés demeanor OR demeanour
OR behavior OR behaviour OR comportement peuvent être associ és au comportement verbal , vocal et
non verbal d 'un témoin. Ainsi, les mots-clés « body language» OU « langage du corps» OU
« langage corporel » OU « non verbal >> OU nonverbal ont été retenus pour présenter le bilan de
l' impact du comportement non verbal lors de procès sur l' évaluation de la crédibilité, et ce, dans le
contexte de procès québécois. Évidemment, une recherche distincte aurait pu être effectuée avec des
mots-clés identifiant des comportements non verbaux spécifiques (ex : expressions faci ales,
mouvement des mains, détournement du regard). Toutefoi s, puisqu' à notre connaissance, aucun travail
académique similaire n'a été réalisé avant, des mots-clés génériques ont été préférés.
- - - - - - - -- - - -- - -- - - - - - -- - - - - - -- - -- - --
116
L'analyse des jugements a été faite en s'attardant exclusivement aux propos sur le
comportement non verbal des témoins et des parties lors de procès. Ainsi, au fur et à
mesure que nous avons pris connaissances des jugements retracés à 1' aide des mots-
clés, nous avons construit les différentes sections et sous-sections de ce chapitre. Les
sections et sous-sections n'ont pas été déterminées d'avance afin de ne pas imposer
un cadre ou une structure à cette analyse ce qui, autrement, aurait « forcé » une
interprétation des jugements. L'objectif était de laisser émerger des jugements le
discours sur le comportement non verbal des témoins et des parties lors de procès, et
ce afin de déterminer dans quelle mesure ce discours affecte 1'évaluation de la
crédibilité des témoins et des parties, ce qui nous apparaissait comme la troisième
étape afin de comprendre l'incidence de la communication non verbale lors de
549
procès . Tel que mentionné précédemment, cette façon de faire se rapproche donc,
dans une certaine mesure, de la méthodologie de la théorisation enracinée 55 0 .
Des lecteurs pourraient à nouveau nous reprocher une certaine redondance. Toutefois,
les citations retenues l'ont été avec l'objectif de brosser un tableau aussi représentatif
que possible des perspectives des tribunaux afin que les lecteurs puissent saisir le
mieux possible leurs approches. Des lecteurs pourraient également suggérer qu'une
catégorisation de l'impact du comportement non verbal sur l'évaluation de la
crédibilité selon le type de tribunal et la nature des questions en litiges aurait été plus
efficace. Nous avons initialement tenté cette catégorisation. Toutefois, contrairement
548
Le 20 avril 2015, une mise à jour de la recherche du 20 janvier 2015 a permis de retracer 1422
jugements entre le 10 octobre 1991 et le 13 janvier 2015 inclusivement. Ainsi, 17 nouveaux jugements
ont été ajoutés au moteur de recherche jurisprudentielle CanLII depuis la recherche initiale .
549
Supra note 104 .
55 0
Guillemette, « L ' induction en méthodologie de la théorisation enracinée », supra note 105;
Luckerhoff, Méthodologie de la théorisation enracinée, supra note 105 ; Guillemette, « Induction »,
supra note 105; Glaser, The Discovery ofGrounded Theory, supra note 105.
117
à celle que nous avons finalement retenu, cette catégorisation initiale donnait lieu à
encore plus de redondance. Les catégorisations décrites à la Figures 3.1 et à la Figure
3.2 nous ont donc apparues plus adhéquates afin de dresser le portrait global tel que
souhaité. Rappelons que l'évaluation de la crédibilité a été abordée au Chapitre I,
mais dans une autre perspective.
Le juge des faits a non seulement« la chance d'entendre les témoins, mais il peut les
voir, juger de leur attitude, de leur langage non-verbal » 552 et « d'autres détails
susceptibles de l'éclairer sur [leur] sincérité » 553 . Il a « le bénéfice de voir et
d'entendre les témoins, de noter des hésitations ou un langage non verbal
. 'fi1cat1'f »554 :
s1gm
Je note les réponses des témoins mais aussi je les vois répondre, je vois leur
attitude, leur regard, leurs hésitations et leurs certitudes. J'observe la forme des
questions, la forme des réponses, l'effet des questions chez le témoin, les
réactions avant les réponses. J'appellerais cela tout le témoignage non verbal,
. s1'1 ences, certams
certams . regards en d'1sent 1ongs. 555
55 1
Scheppele, « Telling Stories »,supra note 540 aux ppp 2082-2083 [notre traduction].
552
Hotte c Québec (Procureur général), 2004 QCCS 49169 au para 18 .
553
Dubé c Château des Petits Amis Inc, 2003 QCTT 28107 au para 1O.
554
Benoit c Dentistes (Ordre professionnel des), 2012 QCTP 141 au para 48 .
555
R c D(D), 2003 QCCQ 32980 au para 18 [DD] (voir aussi R cSS , 2008 QCCQ 264 au para 162).
118
Ainsi, le juge des faits peut observer le « langage corporel du témoin lorsque ce
dernier rapporte les faits »556 , par exemple « le non verbal, l'intonation, les hésitations
d'un témoin »557 , « sa gestuelle, son langage corporel, les non-dits, tout ce qui peut
558
[l'aider] à apprécier la force probante d'un témoignage » , «le ton de sa voix, son
559
attitude et toute sorte de subtilités » :
556
R c Gauthier, 2004 QCCM 58331 au para 76 (voir aussi R c Desrosiers, 2014 QCCM 70 au para 86
[Desrosiers]; R c Lefebvre, 2013 QCCM 271 au para 214; Montréal (Ville de) c Nasri , 2013 QCCM
143 au para 116; Laval (Ville de) c Abazis, 2012 QCCM 248 au para 38; Joliette (Ville de) c Dufour,
2012 QCCM 222 au para 69; Laval (Ville de) c Brunelle, 2012 QCCM 173 au para 94; R c Ricard,
2012 QCCM 46 au para 169; R c Deslongchamps, 2011 QCCM 159 au para 147; St-Charles-Borromée
(Municipalité de) c St-Onge, 2010 QCCM 261 au para 36; St-Ambroise-de-Kildare (Municipalité de) c
Ayotte, 2010 QCCM 225 au para 62; St-Charles-Borromée (Municipalité de) c Poirier, 2010 QCCM
106 au para 39; R c Maltais, 2010 QCCM 105 au para 4 7; R c Pelletier, 2010 QCCM 104 au para 104 ;
R c Martineau , 2006 QCCM 239 au para 22).
557
Association des policiers provinciaux du Québec c Sûreté du Québec, 2007 QCSA T 374 77 au para
154.
558
Caisse Desjardins de Sillery-St-Louis-de-France c 3437302 Canada inc, 2009 QCCS 1654 au para
11.
559
Bérubé-Dufour cR, 2011 QCCS 3549 au para 3 7.
560
R c Pelchat, 2007 QCCM 31 au para 73 (voir aussi R c Hamel , 2009 QCCM 399 au para 76; R c
Strano, 2007 QCCM 230 au para 114).
56 1
Lecompte c Condominiums La Bourgade B, 2011 QCCS 1735 au para 65.
562
Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec c Poor, 2014 QCOACIQ
36345 au para 264.
563
Association des courtiers et agents immobiliers du Québec c Dumoulin, 2007 QCOACIQ 86782 au
para 29; Association des courtiers et agents immobiliers du Québec c Viau, 2007 QCOACIQ 86816 au
para 43.
564
ZZ cR, 2013 QCCA 1498 [ZZ].
119
quoiqu'il doive axer son analyse sur le témoignage, plutôt que sur le
comportement général en salle de cour. Pour évaluer la crédibilité, le juge peut,
bien que de façon prudente, baser son analyse sur le comportement non verbal
d'un témoin. 565
Le juge des faits est « le mieux placé pour apprécier la conduite et le langage non
verbal des témoins entendus »566 , pour « apprécier [leur] crédibilité »567 et pour
« approfondir certaines observations de l'expert, au point de soupeser la crédibilité, la
plausibilité et la vraisemblance des témoignages, différemment de l'expert »568 . Il est
aussi le mieux placé pour « donner une portée à un témoignage puisqu'il est en
mesure de connaître aussi bien l'expression non verbale des témoins que leur façon de
s'exprimer devant lui »569 :
Il est toujours utile de rappeler que le juge qui entend les témoignages, qui
observe le langage non-verbal de ceux qui se présentent devant lui et qui a le
privilège de bénéficier d'une vue d'ensemble des faits pertinents au litige est le
mieux placé pour évaluer la crédibilité et la fiabilité des témoignages. 570
565
ZZ, ibid au para 69.
566
Chabot c Émard, 2011 QCCA 725 au para 105 .
567
Papakonstantinou c Lebel, 2007 QCCQ 6086 au para 79.
568
Droit de la famille- 08694, 2008 QCCS 1232 au para 17.
569
Labos c Commissaire à la déontologie policière (3 septembre 1999), Montréal, 500-02-064538-981
(CQ) (voir aussi Québec (Commissaire à la déontologie policière) c Roy, 2004 QCCS 32134 au para
287).
570
Société de transport de Trois-Rivières et Normandin, 2012 QCCLP 560 au para 4 7.
57 1
Médecins (Ordre professionnel des) c Khuon, 2002 QCCDM 53723 au para 65.
572
SEc TR, 2003 QCCS 45826 au para 105.
573
X, Re, 2004 QCCQ 11957 au para 3.
120
Il peut « se faire une idée à savOir si 1'un ou 1'autre d'entre eux dit ou non la
vérité »575 car « le langage du corps ou des attitudes qu'une personne prend sont
parfois plus révélateurs que la parole qui peut être conscientisée »576 :
574
Directeur des poursuites publiques c Lajeunesse, 2008 QCCQ 10101 au para 22 (voir aussi Soeurs
de Ste-Anne et Ducharme, 2014 QCCLP 6966 au para 173 [Soeurs de Ste-Anne]; Walmart Canada
(Commerce de détail) et Nadeau, 2014 QCCLP 6139 au para 32 [Wa/mart Canada]; Fourgons Leclair
inc et Lavigne, 2014 QCCLP 5835 au para 94 [Fourgons Leclerc]; Bell Canada et Zaccaro, 20 14
QCCLP 5022 au para 193 [Zaccaro ]; Gagné et Villa Belle Rive inc, 2014 QCCLP 3851 au para 103
[Villa Belle Rive]; Fréchette et Rénald Côté inc, 2014 QCCLP 2754 au para 22 [Fréchette]; Iordan idis
et Home Dépôt, 2014 QCCLP 1506 au para 46 [Iordanidis]; Produits d'entreposage Pedlex ltée et
Fullum, 2014 QCCLP 573 au para 101 [Pedlex]; Extra Multi-Ressources et Charland, 2013 QCCLP
7386 au para 62 [Extra Multi-Ressources] ; Munari et Alain Parent inc, 20 13 QCCLP 6740 au para 167
[Munari]; Labrie et Constructions Leader inc, 2013 QCCLP 5990 au para 56 [Labrie] ; Champoux et
St-Zénon (Municipalité de), 2013 QCCLP 3987 au para 554 [Champoux ]; Desjardins et Entreprises
Sylvain Charron inc, 2013 QCCLP 1088 au para 143 [Sylvain Charron]; Lanctôt et CSSS du Nord de
Lanaudière, 2012 QCCLP 688 au para 107 [Lanctôt]; DP c Québec (Procureur général), 2009 QCTAQ
75033 au para 66 [DP]).
575
Duguay et CSSS AB -Centre hospitalier La Sarre, 2008 QCCLP 954 au para 56 (voir aussi Frigault
et Bonduelle Canada inc, 2013 QCCLP 4958 au para 44; Ouellet et Leprohon inc, 2012 QCCLP 6575
au para 44 ; Gosselin Express ltée et Vallières, 2011 QCCLP 888 au para 41; Marquis et Techmire,
2011 QCCLP 452 au para 35; Labarre et Coffrage Bionique ltée, 2009 QCCLP 495 au para 43; Bédard
et Réseau de transport de la Capitale, 2008 QCCLP 6365 au para 30).
576
Sealrez Inc c Commission des Relations du Travail, 2003 QCCS 1025 au para 40.
--- - -- - - - -
121
sa tendance à faire parler d'autres personnes, son obstination à vouloir nier des
évidences, les contradictions et la fidélité de sa mémoire sont autant de facteurs
que le tribunal pourra retenir dans l'exercice de l'évaluation de la crédibilité.577
En outre, en 2014 dans l'affaire Ouellet c R 578 , la Cour d'appel du Québec a rappelé
la difficulté à distinguer le menteur de l'individu qui dit la vérité :
577
Québec (Procureur général) c Normand, 2003 QCCQ 20938 au para 14 (voir aussi So eurs de Ste-
Anne, supra note 574 para 172; CSSS de la Pointe-de-L'Île et Côté, 2014 QCCLP 5792 au para 57 ;
Walmart Canada, supra note 574 au para 31; Fourgons Leclerc, supra note 574 au para 93; Zaccaro ,
supra note 574 au para 192; Villa Belle Rive, supra note 574 au para 103; Fréchette, supra note 574 au
para 21; Jordanidis , supra note 574 au para 45 ; Pedlex, supra note 574 au para 101 ; Extra Mufti-
Ressources, supra note 574 au para 61; Munari, supra note 574 au para 166; Labrie, supra note 574 au
para 55; Champoux, supra note 574 au para 553; Sy lvain Charron, supra note 574 au para 142;
Lanctôt, supra note 574 au para 106; DP, supra note 574 au para 66).
578
Ouellet cR, 2014 QCCA 135 [Ouellet].
579
Oue/let, ibid au para 48 (voir aussi LG cR, 2005 QCCA 749 au para 69; R c Émond, 2009 QCCM
256 au para 48).
122
Peu de domaines offrent moins de prise à l'intervention d'une cour d'appel que
celui de l'appréciation de la crédibilité des témoins. Jouissant d'un point
d'observation direct et privilégié, le juge du procès est à même d'apprécier les
intonations de même que tous les aspects non verbaux qui entourent la
déposition d'un témoin, autant d'éléments que la simple traduction des
enregistrements est impuissante à reproduire. De là, notamment, la règle de
retenue que doivent observer les tribunaux d'appel. 58 1
Le langage non verbal d'un témoin, ses attitudes, ses hésitations, ses regards
dans l'assistance, à la recherche d'une réponse qu ' il ignore sont autant de
facteurs , connus des cours d'appel, qui incitent à juste titre les tribunaux
supérieurs à la prudence, à la réserve, à la retenue, à la circonspection dans la
révision des conclusions de faits d'un tribunal d' instance. 583
Le juge des faits est « le seul adjudicateur à percevoir le langage non verbal des
témoins et les autres échanges, qui ne peuvent ou ne sont pas captés par les appareils
580
Pouliot c Promutuelle de Montmagny, 2005 QCCA 318 [Promutuelle de Montmagny].
58 1
Promutuelle de Montmagny, ibid au para 33 (voir aussi KCL West inc (Équipement SMS inc) c
Immeubles Y Maheux ltée, 2013 QCCA 1429 au para 57 [KCL ]; Salomon c Québec (Procureur
général), 2008 QCCA 1832 au para 85; Maziade c Parent, 2007 QCCA 925 au para 103; Lussier c R,
2007 QCCA 747 au para 67; Assurances générales des Caisses Desjardins inc c ING Groupe
Commerce, 2007 QCCA 689 au para 22; Hétu c Castiglia, 2008 QCCQ 13471 au para 26 ; Lussier c
Perreault, 2008 QCTP 166 au para 53).
582
Pelletier c Processus programmation, actualisation, évaluation inc, 2001 QCTT 16452 au para 172
[Pelletier].
583
R c Chartrand, 2009 QCCM 362 au para 94 [Chartrand].
123
584
d'enregistrement » . Il «n'est pas limité à une simple lecture sans émotion et,
disons-le, aride des notes sténographiques. [Il] peut voir les émotions, les hésitations,
le langage non verbal, ce que le juge n'a pas devant lui en appel »585
Le juge de première instance est le mieux placé pour analyser la crédibilité des
témoignages. Il est facile dans les notes sténographiques de sortir des bouts de
phrases et de vouloir leur faire dire autre chose. Mais le juge d'appel n'est pas
584
Pelletier, supra note 582 au para 172.
585
Saeed c R, 2010 QCCS 2866 aux para 6, 7.
586
R c Dauphinais, 2004 QCCS 7344 au para 42.
587
ST (Syndic de), 2014 QCCS 3508 au para 47 ; Cavaleiro c R, 2011 QCCS 3896 au para 24;
Protection de la jeunesse - 095001 , 2009 QCCQ 17112 au para 40; Coseco, compagnie d'assurances c
Drapeau, 2007 QCCQ 13825 au para 13; X, Re, 2006 QCCQ 12069 au para 100 ; R c Lussier, 2005
QCCQ 2338 au para 681; X, Re, 2003 QCCQ 22958 au para 29; R c Côté, 2009 QCCM 87 au para 41;
R c Nguyen, 2007 QCCM 247 au para 26; Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du
Québec c Tan, 2011 QCOACIQ 99923 au para 399; Signalisation Pro-Secur inc (Re), 2005 QCCLP
66895 au para 24.
588
Raymond cR, 2009 QCCA 808 au para 128.
589
Dubé c Syndicat des copropriétaires du 14350-14360, Notre-Dame Est, 20 Il QCCS 2115 au para
69.
590
Protection de la jeunesse- 1086, 2010 QCCS 4263 au para 205.
124
devant un témoin, il ne peut voir les gestes, la position du témoin, ses yeux, son
langage corporel, son intonation. Il n'y a que des mots froids sur une page. 591
Il est acquis qu'une Cour d'appel doit faire preuve d'une grande déférence à
l'endroit du juge de première instance qui a eu le bénéfice de voir et d'entendre
les témoins et qui a pu apprécier la crédibilité se dégageant de leurs propos et
de leur langage non-verbal. Cependant, lorsqu'on lui soumet qu'un verdict est
déraisonnable, une Cour d'appel se doit de réexaminer la preuve. 593
Non seulement la déférence à l'endroit du juge de première instance n'est pas absolue,
mais ce juge doit également respecter la règle imposée par la Cour d'appel du Québec
quant au comportement non verbal d'une partie lors du témoignage d'une autre partie .
Quelle est cette règle ?
59 1
Dulac cR, 2014 QCCS 972 au para 59.
592
LSJPA -1228,2012 QCCA 1631 [LSJPA -1228] .
593
LSJPA - 1228, ibid au para 90.
594
Évangéliste cR, 2014 QCCS 1759 [Évangéliste].
595
Depuis R c Maceachern, 2005 QCCM 58898 aux para 34-42, la Cour municipale de la Ville de
Montréal décrit exhaustivement le poids à donner au comportement non verbal d'un témoin lors d ' un
procès : «De façon lapidaire, il est possible de résumer ainsi la jurisprudence en matière d'évaluation
des témoignages.D ' abord, premier coffre d' outils, le juge évalue le contenu du témoignage pour
vérifier essentiellement s'il est vraisemblable en soi et compte tenu de l' ensemble de la preuve,
notamment en vérifiant s'il contient des contradictions significatives par rapp01t à lui-même, par
rapport à d' autres témoignages et plus prosaïquement, par rapport au gros bon sens. Ensuite, deuxième
coffre d'outils, le juge évalue la façon de témoigner y compris le langage corporel et le langage non
verbal. Le juge, comme n'impo1te qui d'autres d'ailleurs dans le cours ordinaire de ses affaires, peut
déterminer un taux de fiabilité ou de crédibilité ou les deux. Bien sûr, il faut que le juge se mette en
125
ne pouvait tenir compte du comportement non verbal d'une partie lors du témoignage
d'une autre partie. Dans cette affaire, le juge des faits avait tenu compte du
comportement non verbal de l'accusé lors du témoignage d'un policier596 . La Cour
municipale de Montréal s'était exprimé ainsi :
Pour justifier sa position, la Cour supérieure du Québec a fait sien les propos de la
Cour d'appel du Québec dans l'affaire LSJPA- 121 598 de 2012, repris dans l'affaire
599
Parkinson-Makara c R de 2012 :
garde d'un certain nombre de choses. Ce n'est pas un acte naturel que de parler en public et encore
moins lorsqu 'il s'agit de raconter à des étrangers, à des personnes en autorité, des faits personnels
voire intimes. La plupart des gens sont inquiets, indisposés, nerveux; ils ont mal dormi la veille et se
verraient mieux ailleurs que dans une boîte à témoins. Le juge doit tenir compte également des
caractéristiques particulières de chaque témoin et des différences culturell es le cas échéant. Mais
même avec ces mises en garde, il est possible pour le juge de déterminer un taux de fiabilité ou de
crédibilité ou les deux par la façon dont le témoignage a été rendu à la Cour. C'est d'ailleurs pour cette
raison que les avocats prennent grand soin d'indiquer à leurs témoins de bien regarder le juge
lorsqu'ils témoignent et c' est pour cette même raison que le juge prend le même soin pour regarder les
témoins, non pas pour les intimider, mais pour évaluer la façon dont le témoignage est rendu. C'est un
outil utile et cette utilité a été reconnue dans maintes décisions en appel parce que l'on reconnaît que Je
juge du procès a un point d'observation privilégié par rapport aux tribunaux d'appel. Pourquoi? Parce
qu'une affirmation d'un témoin peut paraître, sur papier, raisonnable voire candide. Mais quand on
voit cette affirmation, Je juge du procès peut en déterminer plus préci sément la crédibi lité ou la fiabilité
que l'analyse de cette même affirmation sur papier ne permet pas . Ce sont là les principes de droit
applicables» (voir aussi R cEl Mir, 2014 QCCM 152 aux para 55-64; R c Lepage, 2014 QCCM 103
aux para 28-36; R c Valque, 2013 QCCM 105 aux para 57-60; Montréal (Ville de) c Desjardins, 2013
QCCM 23 aux para 52-55; R c Perez, 2011 QCCM 345 aux para 61-69; Kirkland (V ille de) c Frayne,
2010 QCCM 167 aux para 27-36 ; R c Lapierre, 2008 QCCM 231 aux para 37-45 ; R c Cianfagna, 2007
QCCM 279 aux para 38-46; R c Derivai, 2007 QCCM 104 aux para 34-42; R c Lawrence, 2006
QCCM 379 aux para 29-37; R c Boileau, 2006 QCCM 338 aux para 34-42; R c Sellato, 2006 QCCM
278 aux para 26-34; R c Ericson, 2006 QCCM 150 aux para 20-28 ; R c Lemire, 2006 QCCM 40 aux
para 37-45; R c Lachance, 2005 QCCM 58911 aux para 23-31).
596
Évangéliste, supra note 594 au para 13.
597
Évangéliste, ibid au para 12.
598
LSJPA- 121,2012 QCCA 30 [LSJPA - 121].
599
Parkinson-Makara cR, 2012 QCCA 2011 [Parkinson].
, - - - - - -- -
126
Le comportement d'un témoin peut donc av01r un impact sur l' évaluation de sa
crédibilité. Toutefois, à quel moment et comment affecte-t-il 1' évaluation de la
crédibilité des témoins et des parties ? Nous verrons que malgré la règle imposée par
la Cour d'appel du Québec, le comportement d'une personne présente alors qu 'elle ne
témoigne pas peut affecter 1' évaluation de sa crédibilité.
600
LSJPA - 121, supra note 598 au para 77 (voir aussi Parkinson, ibid au para 26).
601
ZZ, supra note 564.
602
ZZ, ibid au para 69.
127
Les tribunaux québécois tirent des conclusions de l'observation des témoins lors de
leur témoignage. D'une part, les conclusions peuvent être tirées de l'appréciation
générale du comportement non verbal. Dans ce cas, les tribunaux utilisent des termes
génériques pour appuyer leurs conclusions (ex : le non-verbal de 1'accusé exprime le
désaccord). D'autre part, les conclusions peuvent être tirées de comportements non
verbaux spécifiquement identifiés (ex: le regard de l'accusé exprime le désaccord).
Conclusions :
Lors du
témoignage
A
Comportements
Appréciation
non verbaux
générale
spécifiques
603
Smith,« The Ring ofTruth, The Clang of Lies», supra note 95 à la p 11 [notre traduction].
- - - - - - - -- - -
128
604
Lac-des-Plages (Municipalité de) c Jodoin, 2010 QCCS 3450 au para 71; Protection de la jeunesse -
142973 , 2014 QCCQ 14816 au para 17; Association des courtiers et agents immobiliers du Québec c
Chartier, 2008 QCOACIQ 90023 au para 81.
605
Pomerleau c Québec (Procureur général) , 2004 QCCS 23 852 au para 18 .
606
Protection de la jeunesse - 084102, 2008 QCCQ 16213 au para 16.
607
R c Lauzier, 2014 QCCQ 1193 7 au para 26.
608
Protection de la jeunesse - 125000, 2012 QCCQ 12805 au para 42; X (Dans la situation de), 2006
QCCQ 5311 au para 91; X, Re, 2005 QCCQ 49533 au para 91; X, Re, 2002 QCCQ 29134 au para 8.
609
R c Dumas, 2014 QCCQ 10861 au para 39.
610
Protection de la jeunesse - 077741 , 2007 QCCQ 21742 au para 66 [Protection de la jeunesse -
077741].
611
R c Guillen, 2009 QCCM 161 au para 201.
129
Ses propos sont fiables considérant leur spontanéité, le langage employé par X
qui est conforme à celui d'un enfant fréquentant la maternelle, les émotions que
cela lui cause et qu'il sait mettre en mots, son langage non verbal et la
corroboration de ceux-ci par la mère qui confirme que son fils X n'exagère
pas.616
617
Il peut « démontrer » la version du témoin ou celle d ' une autre partie 618 . Il peut
619
également ne trahir le témoin «d'aucune façon» et donner à croire à sa
620 621
sincérité et sa crédibilité :
6 12
Droit de la famille- 0684, 2006 QCCS 5809 au para 13.
613
Dompierre c Laniel, 20 11 QCCQ 7715 au para 120.
6 14
Droit de la famille- 143407, 2014 QCCS 6567 au para 82.
615
LSJPA- 0754,2007 QCCQ 13414 au para 33.
616
Protection de la jeunesse- 077741 , supra note 610 au para 112.
61 7
Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec c Siméon, 2011 QC OACIQ
99926 au para Il O.
6 18
Commission des normes du travail c Cyr, 2007 QCCQ 13824 au para 19; CSSS Jeanne-Mance c
STT du Centre d'accueil Émi lie-Gamelin, 2007 QCSAT 27343 au para 22.
619
Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec c Bortan, 2013 QCOACIQ
60116 au para 128 [Bortan].
620
R c Blou in, 2007 QCCM 288 au para 170; Protection de la jeunesse - 141180, 2014 QCCQ 10268
au para 20; Droit de la famille- 112292, 2011 QCCS 3954 au para 8 [Droit de la famille- 112292].
621
R c Boutin, 2006 QCCM 320 au para 77.
622
R c Drouin, 2004 QCCQ 39992 au para 22.
130
623
dangerosité » ou l'inciter à entretenir un doute raisonnable par rapport à sa
culpabilité parce qu'il «n'a pas constaté de contradiction significative,
d'invraisemblance, d'hésitation ou de comportement non verbal révélateur dans [son]
' . 624
temoignage » :
Le comité n'a aucune difficulté à retenir la version des faits présentée par
1'intimée. 625
'
d erangement 632 d' .
, un mcon1ort certam 633 et d' un ma 1aise
.Ç • . a' temoigner
' . 634
:
623
Centre de santé et de services sociaux de la Côte-de-Gaspé cCP, 2013 QCCQ 11 942 au para 37.
624
R c Goyette, 20 12 QCCQ 1438 au para 75.
625
Association des courtiers et agents immobiliers du Québec c Casgrain, 2009 QC OACIQ 92302 aux
para 131-132.
626
R c Gagné, 2007 QCCM 317 au para 46.
627
Droit de la famille- 143407, 2014 QCCS 6567 au para 83; Girouard c Du quet, 2007 QCCS 1876 au
para 45 ; X, Re, 2005 QCCQ 13530 au para 19; Leclerc c Résidence La Guadeloupe inc, 2014 QCCRT
524 au para 53; Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec c Castiglia, 2011
QCOACIQ 99869 au para 176; SB et CSSS A, 2014 QCTAQ 76034 au para 93.
628
Ahmed Abdi et Deuxième dimension international limitée, 2013 QCCRT 61 au para 71.
629
Droit de la famille- 141666,2014 QCCS 3352 au para 56 [Droit de la famille- 141666] .
630
GM, Re, 2005 QCCQ 20439 au para 5.
631
Desrosiers, supra note 556 au para 74.
632
Protection de la jeunesse - 131090, 2013 QCCQ 6299 au para 21.
633
Québec (Procureur général) c Lemery, 2007 QCCQ 11614; Protection de la jeunesse - 07224, 2007
QCCQ 3482 au para 44.
634
R c Boudreau, 2008 QCCQ 5811 au para 28.
131
La mère témoigne. Elle dépose une liasse de photos d'elle, des enfants, d'elle
avec les enfants, de vêtements sur un lit, etc. afin de faire la démonstration de
sa capacité à prendre soin de ses enfants. Le contenu de son témoignage et son
attitude au cours de l'audience sont éloquents quant à la fragilité de sa santé
mentale. Elle tient des propos très agressifs à l'égard de l'intervenante et tente
de l'intimider au cours de son témoignage non seulement en raison du langage
qu'elle utilise mais aussi par son non-verbal. 640
Il peut laisser croire qu'un évènement est banal alors qu'il ne devrait pas l'être 641 et
traduire la possibilité que le témoin ait « des réactions imprévisibles qui risquent de
642
lui être fatales » :
635
Gauthier c Québec (Corporation municipale de la Ville de), 2013 QCCS 4656 au para 160
[Gauthier].
636
Laliberté v Duncan, 2008 QCCS 5103 au para 67; Protection de la jeunesse - 10413 8, 2010 QCCQ
13902 au para 40 [Protection de lajeunesse - 104138]; IF c Québec (Emploi et Solidarité sociale),
2010 QCTAQ 35190 au para 34 [JF] .
637
Droit de la famille - 083655, 2008 QCCS 6868 au para 64; Droit de la famille - 073144, 2007
QCCS 5963 au para 31.
638
Protection de la jeunesse- 092437,2009 QCCQ 9249 au para 6.
639
Protection de la jeunesse- 104138, supra note 636 au para 40.
640
Protection de la jeunesse- 096683 , 2009 QCCQ 18726 au para 13.
641
Protection de la jeunesse- 08375, 2008 QCCQ 14965 au para 12.
642
MC c Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, 2004 QCT AQ 68872 au para 17.
132
644
Le comportement non verbal peut être perçu comme la manifestation d'hésitation ,
645
de « rigidité et de volonté de décider tout » , « [d ' ]impatience qui se rapproche de
646 64 7
l'agressivité » , de «beaucoup d'agressivité» et « d'agressivité à l'endroit de la
648
victime » . Il peut conduire le tribunal à déduire que le témoin « couve une colère
contre sa famille qu'il aura de la difficulté à contrôler si un évènement la
649
déclenche » , qu'il « ne tolère pas la contradiction[,] qu'il est peu enclin au
650 651
compromis » et qu'il est prudent « dans les mots utilisés » :
Son langage non verbal en dit long sur son état d'esprit. Il s'emporte, gesticule
et devient volubile lorsqu'il commente les lacunes et injustices sociales qu'il a
vécues . Cette attitude contraste avec la soudaine fermeture, le calme, frisant
l'indifférence, lorsqu'il est question de l'agression de la plaignante. 652
1' écarter parce que « 1' attitude fermée et le langage non verbal négatif [du témoin]
65 6
étaient au-delà du stress et de l'inconfort causés par un procès » :
Le Tribunal se doit de dire que le témoignage de X pèse très peu lourd dans la
balance, le Tribunal lui accordant très peu de foi. X a un langage corporel, un
regard qui démontre un inconfort évident, une inconstance avec ses propres
643
Droit de la famill e - 103481 , 2010 QCCS 6393 au para 62.
644
Desrosiers , supra note 556 au para 91 ; R c Quesnel, 2006 QCCM 96 au para 95 ; Lévesque et Bell
Canada, 2014 QCCLP 3120 au para 94 ; Champagne et CSSS de l'Énergie, 2012 QCCLP 6569 au para
110.
645
SC c FD, 2004 QCCS 46969 au para 31 .
646
Montréal (Ville de) c Abbes, 2011 QCCM 272 au para 14.
647
Protection de la jeunesse- 078129, 2007 QCCQ 1944 7 au para 20.
648
R c Rousseau, 2013 QCCQ 1721 au para 15.
649
PH c CSSS A, 2007 QCT AQ 59628 au para 15 .
650
Racicot c Contrôleur des armes à feu, 2005 QCCQ 22770 au para 43.
65 1
R cCP, 2006 QCCS 93 au para 30.
65 2
R c LM, 2005 QCCQ 24988 au para 113.
653
R c Diterville, 2010 QCCM 103 au para 58.
654
Gauthier, supra note 635 au para 161.
655
Kiss c Wawanesa lnsurance Company, 2011 QCCQ 3030 aux para 83-85 .
656
Charbonneau c Hayes, 2010 QCCQ 1559 au para 169.
133
propos et négations. Le Tribunal ira même jusqu'à dire que son témoignage
n'est pas sérieux, pas du tout crédible et ne vient en rien altérer la qualité du
témoignage présenté par Z, en particulier. 657
Pour sa part le témoignage [du défendeur] est cousu de fil blanc. Son
comportement dans la boîte des témoins, son non-verbal, ses mimiques et
exaspérations inutiles n'ont fait que contribuer à le discréditer. Il n'a présenté
aucune corroboration digne de ce nom à son histoire. 662
657
X, Re, 2005 QCCQ 54451 au para 18.
658
Protection de la jeunesse - 081315 , 2008 QCCQ 20629 au para 171 [Protection de la jeunesse-
081315]; Lacroix c Québec (Controleur des armes à feu), 2003 QCCQ 3101 au para 23.
659
R c X, 2005 QCCQ 16729 au para 10 [X] .
660
Droit de la famille - 071606, 2007 QCCS 3126 au para 4 7.
661
Borlon, supra note 619 au para 114.
662
Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec c Kanafani, 2012 QCCQ 5005
au para 22.
663
Assayag c Privé, 2013 QCCS 5276 au para 31.
664
R c JT, 2014 QCCQ 2605 au para 214; R c Bouchard, 2014 QCCQ 8118 au para 154.
665
Daviault c Boisvert, 2003 QCCQ 11932 au para 39.
666
Directeur des poursuites criminelles et pénales c Bedir, 2010 QCCQ 8072 au para 39.
667
Savoie c Savoie, 2002 QCCS 41797 au para 29; Châteauguay (Ville de) c Bergevin, 2010 QCCM
281 au para 50; R c Guénette, 2006 QCCM 138 au para 40; Labrie, supra note 574 au para 58.
668
Archambault c Richer, 2002 QCCS 208 au para 40 ; R c DP, 2010 QCCQ 5360 au para 45.
669
Song c New Asia Investment Corp, 2002 QCCS 41804 au para 105.
134
Il appert ici que la façon de témoigner de l'accusé est telle que sa version ne
peut être crue d'emblée; son langage non verbal de même que ses ex~ lications
confuses à certains égards font, pour le moins, douter de sa sincérité. 67
Ainsi, le témoin peut détourner le regard « comme s'il voulait fuir la réalité à laquelle
il fut exposée »672 . Des regards différents chez deux témoins peuvent exprimer «une
670
R c Pinard, 2014 QCCQ 5630 au para 56.
67 1
Bessette c Brisson, 2004 QCCQ 44897 au para 10.
672
X, Re, 2002 QCCQ 13009 au para 57 [X]; X, ibid aux para 57-61 : « Par ailleurs, lorsqu'il a
témoigné, l'enfant a exprimé davantage par son langage non verbal que verbal. Bien entendu, le
tribunal doit apprécier le langage non verbal d'un enfant en se rappelant qu'il peut être intimidé par le
cadre d'une salle d'audience . Le langage non verbal d'un enfant peut comporter de la crainte, de la
culpabilité, de la nervosité, de l'angoisse, du stress. Ce langage non verbal est donc un indicateur parmi
d'autres pour apprécier la crédibilité de ce témoignage. Lorsque X est interrogé par son avocat
concernant la danse nue, il cligne des yeux en affirmant qu'il n'aime pas cela. Il dit clairement qu'il
exprimait à son père de ne pas agir ainsi, puisqu'il ne trouvait pas cela drôle. Il dit avoir pris un bain
avec son père, la porte fermée, même s'il ne voulait pas puisque son père l'a forcé . Dans un premier
temps, interrogé quant au secret avec son père, il dira qu'il n'en a pas. Une fois rassuré que son père en
a lui-même parlé, il se sent autorisé à le dire et contredit son affirmation initiale. Interrogé à savoir s'i l
avait vu le pénis de son père, il répond non et se ferme les yeux. Tout cela confirme que X parle avec
difficulté de ce qui concerne la sexualité. Autant son langage verbal que non verbal indiquent son
135
673 674
même réalité » (ex : abus sexuels) et des « pleurs discrets et non simulés »
peuvent convaincre le tribunal de la sincérité du témoin :
En effet, le témoin peut laisser croire qu'il est désintéressé s'il est« appuyé/affaissé
678
sur le bureau » et qu'il ne comprend pas l'objet en litige s'il s'appuie« la tête sur la
désaccord concernant le comportement de son père à son égard. Pendant son témoi gnage, X évitait de
nous regarder et regardait ailleurs, cela corrobore ce qu'a constaté l'intervenante lorsqu'elle l'a interrogé
suite au signalement. Il agit ainsi comme s'il voulait fuir la réalité à laquelle il fut exposée».
673
Protection de la jeunesse - 06117 , 2006 QCCQ 16935 au para 25.
674
Droit de la famille- 112292, supra note 620 au para 8.
675
X, supra note 659 au para 33.
676
R c Dussault, 2008 QCCM 284 aux paras 94-95.
677
Chartrand, supra note 583 au para 96.
678
CG c Québec (Société de l'assurance automobile), 2013 .QCT AQ 58204 au para 41 .
136
table »679 . Le « visage [du témoin qui] indique le dégoût, la crainte et le mépris »680,
«son regard, ses gestes, son ton de voix, sa posture »681 peuvent également lui nuire :
Le langage non verbal du père lors de son témoignage quant à cette thérapie est
éloquent. Il se tourne sur le côté, baisse le ton et la tête et regarde ses doigts.
C'est pourquoi la soussignée se questionne sur le réel désir du père de
s'impliquer dans ce type de thérapie. 682
Les « regards fuyants, regardant toujours le requérant cherchant ainsi son approbation
ou sa désapprobation »683 peuvent indiquer le malaise. La « nervosité, pour ne pas
dire l'anxiété [du témoin peut être] visible et palpable, et se [traduire] par un discours
non verbal particulièrement significatif et révélateur de son état (rougeurs, l'eau
qu'elle buvait sans arrêt, gestes saccadés, etc.) » 684 :
Un témoin peut exprimer « ne plus avoir confiance en la requérante soit par son non
verbal (visage fermé, moue), son changement de ton et quelques propos lorsqu'il est
interrogé quant à son lien avec elle » 685 :
Autant la mère est capable, dans le cadre du suivi social, d'exprimer à l'occasion
certaines craintes, autant son témoignage à l'audience est superficiel. Madame a
le regard totalement fuyant, semble tout refouler, ne donne aucune information
pertinente. Madame dit vouloir le retour du père mais son expression, son
langage corporel, disent le contraire. 686
Un témoin peut trahir une de ses affirmations « en haussant les épaules »687 et « la
moue que fait le témoin en prononçant ces phrases, le haussement d'épaules qui
679
JS c Québec (Emploi et Solidarité sociale), 2010 QCT AQ 79085 au para 31.
68 0
SM c PEN, 2004 QCCS 283 au para 11.
681
Conexsys Systems Inc c Aime Star Marketing Inc, 2003 QCCS 33339 au para 36.
682
Protection de la jeunesse- 072075 , 2007 QCCQ 9399 au para 18 .
683
JF, supra note 636 au para 37.
684
MDc JC, 2006 QCCS 2574 au para 42.
685
Protection de la jeunesse- 133406, 2013 QCCQ 10555 au para 24.
686
Protection de la jeunesse- 075213 , 2007 QCCQ 18363 au para 4.
687
R c Miozzi, 2010 QCCM 360 au para 143.
137
accompagne ces affirmations et [son] langage non verbal »688 peut dénuer de toute
fiabilité un point précis de son témoignage :
Enfin, la crédibilité du témoin peut être compromise parce qu'il «affiche des pleurs
que le tribunal peut qualifier de« calculés» »690 , «des faciès ou positions démontrant
qu'[il] est en proie de douleurs alors, qu'à beaucoup d'autres moments, [il] ne
présente ni faciès exprimant la douleur, ni position antalgique ou nécessitant de
691
bouger fréquemment » et des regards :
Ce qui me porte à prendre son témoignage sous réserve, c'est le langage non-
verbal que j'ai constaté lors de son témoignage.
Elle peut aussi être compromise parce que « lors des différentes phases de son
témoignage, [il] affiche tantôt des réactions à de simples questions qui sont nettement
exagérées, voire démesurées et tantôt des attitudes invraisemblables »693 , « tantôt des
688
R c Kit, 2007 QCCM 417 au para 61.
689
R c Daher, 2006 QCCQ 11851 au para 145.
690
Zaccaro, supra note 574 au para 208.
691
Zaccaro, ibid au para 210 (voir aussi Sylvain Charron, supra note 574 au para 148).
692
Démolition et excavation L Piché & Fils inc c Consortium MR Canada ltée, 2013 QCCS 6735 aux
para 42-44.
693
Zaccaro, supra note 574 au para 207 (voir aussi Sylvain Charron, supra note 574 au para 146).
138
airs d'une personne qui se sent dépassée par les événements, tantôt (... ] une grande
694
précision dans ses propos et tantôt des airs à la limite de l'arrogance » :
Lors des différentes phases de son témoignage, le travailleur affiche tantôt des
réactions de malaises en se dandinant sur son fauteuil ainsi que des regards
fuyants ou encore affirme qu'il ne se souvient pas, affichant une attitude qui
n'est pas sincère pour, finalement, se souvenir de la réponse lorsque confronté
par le représentant de l'employeur ou lors de questions de la Commission des
lésions professionnelles.
Aussi, pour les motifs qui précèdent, le tribunal ne retient pas le témoignage du
695
travm'11 eur parce que non cre' d'bl
1 e.
Le comportement non verbal d'un témoin lors de son témoignage peut affecter
l'évaluation de sa crédibilité. Qu ' en est-il du comportement non verbal des personnes
présentes alors qu'elles ne témoignent pas?
Malgré la règle imposée par la Cour d'appel du Québec, les tribunaux québécois
tirent des conclusions de l'observation des personnes présentes lors d'un procès alors
694
Lanctôt, supra note 574 au para 108.
695
Extra Mufti-Ressources, supra note 574 aux para 64-66 (voir aussi Fourgo ns Leclerc, supra note
574 au para 97).
696
Blum en thal, « A Wipe of the Hands »,supra note 12 à la p 1201 [notre traduction].
139
qu'elles ne témoignent pas. D'une part, les conclusions peuvent être tirées de leur
observation lors du procès en général (ex : le non-verbal de l'accusé lors du procès
exprime le désaccord). D'autre part, les conclusions peuvent être tirées de leur
observation à un moment précis (ex: le non-verbal de l'accusé lors du témoignage du
policier exprime le désaccord).
Conclusions :
Alors qu'elles
ne témoignent pas
Procès en général
nIl Moment précis
/""'Comportements /""'Comportements
Appréciation Appréciation
non verbaux non verbaux
générale générale
spécifiques spécifiques
Figure 3.2 Les personnes présentes alors qu 'elles ne témoi gnent pas
Dans l'ordre, nous verrons l'observation du comportement non verbal des personnes
présentes lorsqu'elles ne témoignent pas, lors du procès en général et à un moment
précis.
697
Droit de la famille - 123684, 2012 QCCS 6672 au para 65; EP c MP, 2011 QCCS 1796 au para 106
[EP]; Protection de la jeunesse- 078075 , 2007 QCCQ 21208 au para Il ; X, Re, 2004 QCCQ 55518 au
140
En effet, le tribunal peut inférer du comportement non verbal l'état d'esprit d' une
partie 699, par exemple qu'elle est «extrêmement souffrante dans tout ce contexte[,]
qu'elle n' est pas capable de faire confiance[, qu'elle] a besoin de contrôler toutes les
actions de la vie liées à celle de ses enfants »700 , qu 'elle «a volontairement choisi de
s'aveugler »701 et qu'elle n'a aucune empathie ou compassion pour la victime :
Rien dans la preuve, dans le rapport présentenciel ou même dans le langage non
verbal de l'accusé tant au stade du procès que sur les représentations sur
sentence ne laisse entrevoir quelque préoccupation que ce soit de la part de
l' accusé à l'endroit de la victime face au drame qu'elle a vécu. 702
Le comportement non verbal peut conduire le tribunal à déduire qu'une partie est
« persuadé[e] d'avoir raison sur tous les points» 703 , ignore «la gravité de la
situation »704 , semble «être complètement sous l'emprise de son mari » 705 , apparaît
incapable «de suivre le déroulement de la procédure »706 , exerce sur l'autre une
para 9; C(G) (Re), 2001 QCCQ 16852 au para 13; Montréal (Ville de) c St-Jean, 2007 QCCM 106 au
para 34; Syndicat du personnel technique et professionnel de la SAQ c Société des alcool s du Québec -
Service Acquisitions, biens et services, 2013 QCSAT 28154 au para 92 .
69 8
Droit de la famille - 2111, 1995 QCCA 5103.
699
X (Dans la situation de), 2006 QCCQ 12090 au para 16.
700
DB-C, Re, 2005 QCCQ 15780 au para 172 (voir aussi EB-C, Re, 2005 QCCQ 15784 au para 172;
ÉB-C, Re, 2005 QCCQ 15782 au para 172).
701
Guimond c Agence du revenu du Québec, 2014 QCCQ 347 au para 25.
702
R c SB, 2006 QCCQ 12796 aux para 54-55.
703
KCL, supra note 581 au para 93 (voir aussi Immeubles Y Maheux ltée c Gestion KCL West inc,
2011 QCCS 815 au para 167).
704
Protection de la jeunesse - 08440, 2008 QCCQ 8804 au para 2; Protection de la jeunesse - 076390,
2007 QCCQ 18011 au para 7.
705
Croteau c Promutue1 Bois-Francs, 2005 QCCS 23659 au para 65.
706
R c JS, 2011 QCCQ 549 au para 38 (voir aussi ZZ, supra note 564 au para 66).
----------
141
influence « palpable et manifeste »707 , réagit comme si elle « perdait des points dans
son combat pour la garde des enfants »708 et laisse« transpirer ses exaspérations »709 :
Le Tribunal considère, après avoir entendu les parties, noté leur langage non-
verbal lors du procès et essayé de comprendre certaines de leurs explications,
que ni l'une ni l'autre n'apparaît crédible à plusieurs égards et qu'elles ont
toutes les deux tenté, soit par des affirmations inexactes ou carrément, sur
certains points, par des témoignages arrangés ou ajustés, d'influencer le
Tribunal ou de justifier des positions ou des gestes qu'elles ont posés. À
certains égards, quelques-unes de leurs affirmations apparaissent comme des
inventions pures et simples ou à tout le moins comme des affirmations ou des
commentaires carrément inexacts. 710
Le comportement non verbal peut traduire la fermeture 711 , la rancune 712 , la tension 713 ,
le malaise 714 , « [!']ennui et [le] désir de se retirer de l'audience »715 . Il peut aussi
716 717
traduire une « animosité importante » et une « attitude désinvolte » ,
707
Tac Tic Savoie Baril inc c Rondeau & Associés, services consei ls inc, 2009 QCCQ 4907 au para 42
[Tac Tic].
708
Droit de la famille - 141 887, 2014 QCCS 3683 au para 26.
709
Protection de la jeunesse - 141670, 2014 QCCQ 12023 au para 31 (voir aussi Protection de la
jeunesse- 141672, 2014 QCCQ 12025 au para 31 ; Protection de la jeunesse- 141671 , 2014 QCCQ
12024 au para 31 ).
710
Bertrand c La voie, 2014 QCCS 313 au para 50.
711
Protection de la jeunesse- 131875, 2013 QCCQ 8814 au para 33; Protection de la jeunesse-
102486, 2010 QCCQ 13323 au para 24; Protection de la jeunesse- 101135, 2010 QCCQ 13472 au
~ara 24.
12
EP, supra note 697 au para 266.
713
Droit de !a famille- 141666, supra note 629 au para 56.
714
Samson c Carrier, 2007 QCCS 4752 au para 55; Tac Tic , supra note 705 au para 65.
715
RA et Institut A, 2013 QCTAQ 96272 au para 13.
716
ÉB c AD, 2005 QCCS 20126 au para 7.
717
Protection de la jeunesse - 094163, 2009 QCCQ 16137 au para Il (voir aussi Protection de la
jeunesse- 113246, 2011 QCCQ 13496 au para 8).
718
Protection de la jeunesse- 08239, 2008 QCCQ 7923 au para 95 .
719
Protection de la jeunesse- 117577, 2011 QCCQ 18690 au para 14.
720
Droit de la famille- 092710,2009 QCCS 5054 au para 3.
142
Il nous a été donné de voir et d'entendre les témoins et de les remarquer pendant
deux jours et demi. Il nous revient en mémoire le verbal et le non-verbal. Les
témoins sont demeurés dans la salle pendant toute la durée du procès et on
pouvait facilement se rendre compte que l'atmosphère était tendue, et qu'il y
avait de la part du défendeur, à l'endroit du témoin Demers, une inimitié et une
.. 'hors du commun. 721
agressivite
Ainsi, le comportement non verbal peut confirmer «que le conflit qui anime [une
722
partie] est toujours présent et la blessure à vif» et que sa maladie mentale « est
723
plus qu'apparente » :
L'accusé est présent et toute tentative de l'interroger, tant par son procureur que
par les membres de cette Commission, s'avère veine (sic) . Il accrédite, tant par
son silence que par son attitude non verbale, le rapport du psychiatre traitant,
724
notamment en ce qui a trait à son inaptitude à subir son procès.
725
Le comportement non verbal peut démontrer la «très grande agressivité » d' une
partie,« l'impulsivité et l'agressivité [qu 'elle] a de la peine à contenir »726 , le « refus
727
de[ ... ] rester à l'audience pour la preuve de l'intimé » et le caractère« imprévisible
et incontrôlable de par ce qu'[ elle] dit, de par ce qu ' [elle] fait, et même de par son
langage non verbal »728 :
Il a tout fait pour se montrer calme, mais le message non verbal du requérant
reçu par les membres du Tribunal, lors de l'audience, était celui d'une personne
prête à exploser à la moindre contrariété. 729
721
Maçonnerie Demers Inc c Lanthier, 2002 QCCS 24364 au para 253.
722
Protection de lajeunesse - 135044, 2013 QCCQ 14429 au para 20.
723
BD c Centre hospitalier X, 2005 QCT AQ 70920 au para 17.
724
LL c CSSS A, 2012 QCTAQ 95205 au para 6.
725
B(L) c C(G), 2003 QCCS 33274 au para 86 [CG].
726
Protection de la jeunesse- 091543, 2009 QCCQ 11433 au para 22 .
727
Villeneuve c Québec (Emploi, Solidarité sociale et Famille), 2004 QCCFP 59880.
728
PB, Re, 2004 QCCQ 50544 au para 17.
729
HD c Centre hospitalier de l'Université de Montréal, 2002 QCTAQ 59857 au para 13.
143
En outre, le comportement non verbal peut démentir une des affirmations d'une
73 4
partie 733 et une des affirmations de son procureur . Il peut s 'opposer à une décision
35 736
du tribunat1 et acquiescer aux propos de son procureur :
Enfin, malgré le fait que souvent nous l'avisions d'adopter une conduite polie,
normale à la cour, il nous répondait par un sourire narquois et son langage non
verbal nous envoyait promener. Et les nombreux avertissements ne
73
°
Centre de santé et de services sociaux Champlain-Charles Le Moyne c FE, 2013 QCCQ 307 au para
90 (voir aussi Centre de santé et de services sociaux de Rimouski-Neigette c JB , 2013 QCCQ 16500 au
para 25).
73 1
SG c Hôpital A, 2011 QCTAQ 72247 au para 20 .
732
DN c Institut Philippe Pinel de Montréal , 2004 QCT AQ 64693 au para 7.
733
Protection de la j eunesse - 081315, supra note 658 .
73 4
R c JF, 2013 QCCQ 16127 au para 28 .
735
Protection de la jeunesse- 096095 , 2009 QCCQ 17802 au para 22.
736
Larrivée c Directeur des poursuites criminelles et pénales, 2014 QCCQ 12413 au para Il.
737
Droit de la famille- 131744, 2013 QCCS 2813 au para 55.
144
Elle peut aussi être minée parce que son « attitude non verbale (bras croisés, détourne
le regard, l' air hargneux) tout au long de l'audition ne démontre pas une volonté
d'interaction » 743. Une partie peut être très intimidante « par son langage corporel,
son regard et sa voix » 744 et extrêmement irritée et affectée par le témoignage d'une
autre partie parce qu'elle fait complètement dos au tribunal et regarde le mur pour
74 5
éviter de la voir et de perdre le contrôle :
738
R c Tremblay, 2009 QCCQ 14453 au para Il.
739
Droit de la famille- 103470, 2010 QCCS 6355 au para 75 [notre traduction].
740
DD, supra note 555 au para 18; Loubier c GreatWest co d'assurance-vi e, 2003 QCCQ 25182 au
para 27.
741
Munari , supra note 574 au para 170.
742
So eurs de Ste-Anne, supra note 574 para 175 .
743
Protection de la jeunesse - 14930, 2014 QCCQ 9643 au para 26.
744
Leblond c Québec (Régie de l'assurance maladie), 2005 QCCS 43839 au para 169 .
745
AML c RZ, 2006 QCCS 3062 au para 14.
145
En effet, tout au long du procès, tant par sa façon de répondre aux questions que
par son comportement général, le demandeur a fait montre d'une personnalité
peu banale. Son langage non verbal était pour le moins éloquent. C'est ainsi
qu'au cours du procès, à plusieurs reprises, sans raison, semblant exaspéré, il est
sorti de la salle d'audience. D'ailleurs, le procès s'est terminé sans lui; il est sorti
746
en milieu d'après-midi et n'est pas revenu.
746
Pacheco c AXA Assurances Inc, 2005 QCCQ 24166 au para 30.
747
X, Re, 2004 QCCQ 23241 au para 65.
748
Notaires (Ordre professionnel des) c Leduc, 2010 QCCDNQ 98820 au para 188.
749
Protection de la jeunesse - 105998, 2010 QCCQ 18085 au para 96 .
75 0
Protection de la jeunesse - 108107, 2010 QCCQ 20431 au para 12; Protection de la jeunesse -
095479, 2009 QCCQ 17995 au para 12.
751
Protection de la jeunesse- 076619, 2007 QCCQ 20103 au para 46.
752
Tremblay c Systèmes Techno-pompes Inc, 2005 QCCS 978 au para 141 .
146
Il en est de même pour une partie, par exemple car elle essaie « à plusieurs reprises
754
d'entrer en contact visuel» avec une autre partie et «fait des mimiques pour
souligner son désaccord ou son approbation avec ce qu'elle entendait et poussait des
soupirs » 755 . Ainsi, des comportements non verbaux spécifiques peuvent affecter
négativement la crédibilité d'une partie :
L'attitude non verbale du père, son rire pendant les éléments les plus difficiles
du témoignage de la mère, ses contradictions et son inconsistance au sein de
son propre témoignage ajoutent au fait que son témoignage n'est pas
756
crédible.
757
Par exemple, un «sourire plutôt narquois » , un sourire lors de la projection d'une
vidéo montrant une autre partie se faire blesser et un regard « généralement empreint
758
soit de mépris, de méchanceté ou d'arrogance » peuvent affecter négativement la
crédibilité d'une partie :
Ces témoignages ont surtout permis de saisir l'ampleur des désaccords entre ce
père et cette mère qui, malgré leur bonne volonté, ne peuvent s'empêcher de les
manifester, de façon non verbale même devant le Tribunal. En effet, alors que
la mère témoignait, le père a ri de façon dérisoire à quelques reprises provocant
(sic) alors chez [leur enfant] un malaise évident; alors que le père témoignait, la
physionomie de la mère s'est subitement transformée pour indiquer clairement
sont (sic) désaccord à ce qui était avancé ce qui, ici encore, n'a pas échappé à
753
JP cGT, 2006 QCCS 5372 au para 117.
75 4
Protection de la jeunesse- 108150, 2010 QCCQ 20596 aux para 9-10.
755
Pépin (Re), 2006 QCCLP 70588 au para 61.
756
Protection de la jeunesse- 081094, 2008 QCCQ 10618 au para 40 .
757
CG, supra note 725 au para 86.
758
PL c Lavigne, 2011 QCCS 3274 aux para 160-162.
147
Des comportements non verbaux spécifiques d'une partie peuvent être qualifiés
d'inappropriés :
Lorsque le tribunal intervient auprès d'une partie, des comportements non verbaux
spécifiques de cette partie peuvent le conduire à formuler des constats formels :
759
S-S C-P, Re, 2005 QCCQ 4869 au para 6 (voir aussi SC c Solloway, 2007 QCCQ 14983 au para
19).
760
Rossignol c Transamerica Vie Canada, 2009 QCCS 77 au para 14 7; RC c Lévesque, 2013 QCCQ
927 au para 118.
76 1
Rajeb et Solutions d'affaires Konica Minolta, 2010 QCCLP 5139 au para 52.
148
Lorsque le tribunal intervient auprès d'une partie, des comportements non verbaux
spécifiques d'une autre partie peuvent le conduire à formuler des constats formels :
762
R c Miruban, 2012 QCCM 195 aux para 126-130.
763
Protection de la jeunesse -12665, 2012 QCCQ 20367 au para 63 .
- !
149
3.5 Synthèse
En effet, dans un premier temps, un tribunal d'appel doit faire preuve de déférence
quant à l'évaluation de la crédibilité parce que le juge des faits peut «apprécier les
intonations de même que tous les aspects non verbaux qui entourent la déposition
d'un témoin, autant d'éléments que la simple traduction des enregistrements est
764
impuissante à reproduire » . Le juge des faits doit « axer son analyse sur le
765
témoignage, plutôt que sur le comportement général en salle de cour » .
Dans un troisième temps, malgré la règle imposée par la Cour d'appel du Québec, les
tribunaux québécois tirent des conclusions de l'observation des personnes présentes
lors d'un procès alors qu'elles ne témoignent pas. Les conclusions peuvent être tirées
de leur observation lors du procès en général ou à un moment précis. Bref, comme
l'écrivait Elizabeth A LeVan dans son article Nonverbal Communication in the
Courtroom :Attorney Beware766 publié en 1984 :
764
Promutuelle de Montmagny, supra note 580 au para 33.
765
ZZ, supra note 564 au para 69 .
766
Le Van,« Nonverbal Communication in the Courtroom »,supra note 537.
150
767
Le Van, « Nonverbal Communication in the Courtroom », supra note 537 à la p 83 [notre
traduction].
151
768
Alex Kozinski , « Criminal Law 2.0 » (20 15) 44 Geo L J Ann Rev Crim Proc iii.
CONCLUSION
Dans son article Demeanor Impeachment : Law and Tactics publié en 1985 ,
Imwinkelriedt était d'avis que la «recherche donne espoir que dans un avenir
rapproché, le comportement [des témoins] sera mieux compris et utilisé plus
efficacement » 769 . Trente ans plus tard, en continuité avec les articles de
Imwinkelriedt, Wellborn, Blumenthal, Timony et Minzner, le présent mémoire visait
à comprendre, à partir de connaissances validées et reconnues scientifiquement,
l'incidence de la communication non verbale lors de procès, particulièrement sur
l'évaluation de la crédibilité. À notre connaissance, aucun travail académique
similaire n'a été réalisé avant.
Le magazine National Geographie intitulait son édition de mars 2015 The War on
Science. Il était alors question de l'opposition de la population à la science et de la
popularité des idées contraires au consensus scientifique, par exemple celles voulant
que les changements climatiques n'existent pas, que 1' évolution n'ait jamais eu lieu et
que la vaccination cause l'autisme :
Douter de la science a également ses conséquences. Les gens qui croient que les
vaccins causent l'autisme - souvent éduquées et aisées, en passant - sapent
« l'immunité collective» pour des maladies telles que la coqueluche et la
rougeole. Le mouvement anti-vaccin n'a cessé de croire depuis que le
prestigieux journal médical britannique The Lancet a publié une étude en 1998
liant un vaccin commun à l'autisme. Le journal a ensuite rétracté l'étude qui a
été totalement discréditée. Mais la notion d'une connexion vaccin-autisme a été
770
approuvée par des célébrités et renforcée par les filtres internet habituels.
769
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », supra note 10 à la p 235 [notre traduction].
770
Joel Achenbach, « Why Do Many Reasonable People Doubt Science », en ligne : National
Geographie <http ://[Link]/20 15/03/science-doubters/achenbach-text> (consulté
le 10 mars 20 15) [notre traduction] .
153
77 1
JLJ, supra note 286 au para 25.
772
R c Mills, 1999 CSC 637, [1999] 3 RCS 668 au para 119.
773
Blumenthal, « A Wipe of the Hands », supra note 12 à la p 1201 [notre traduction].
774
Blumenthal, « A Wipe of the Hands », ibid.
775
Louise Vadnais, « Synergologie et droit: Bouge un peu que je t' entende ... ou que je te regarde
mentir » (décembre 2005), en ligne: Joumal du Barreau <http ://www .[Link] .ca/pdf/journal/vol37/
no 16/actualite [Link]>.
154
Les avocats et les décideurs n'échappent pas aux fausses croyances et aux méthodes
de lecture du langage corporel douteuses. Différentes institutions du système
judiciaire ont fait appel à des synergologues 777 . De plus, le bilan de l'impact du
comportement non verbal sur l'évaluation de la crédibilité, et ce, dans le contexte de
procès québécois, soulève des questions. D'une part, puisque les conclusions tirées de
l'appréciation générale du comportement non verbal semblent relever davantage
776
R c Chouaiby, 1994 QCCA 5910 aux pp 12-13 .
777
Supra note 1.
155
Ainsi, étant donné que « les raisons invoquées par le juge du procès au soutien de sa
décision sont présumées refléter le raisonnement 1' ayant conduit à cette décision »780
et que les intuitions, les convictions, les attentes et les fausses croyances peuvent
fausser la prise de décisions, les professionnels du droit doivent se référer à des
connaissances scientifiques validées et reconnues sur la communication non verbale
et la détection du mensonge 781 • À défaut, l'évaluation de la crédibilité par un décideur
pourrait être compromise.
778
Coyle, « Opening Up a Can of Worms», supra note 266; Korva, « Influence of Juror Attitudes and
Defendant Appearance », supra note 266; Porter, « Dangerous Decisions », supra note 237 ; Porter,
« Is The Face a Window to the Soul? »,supra note 266.
779
Leo, «From False Confession to Wrongful Conviction », supra note 267 ; Roach, « Wrongful
Convictions», supra note 267; Burke, « Neutralizing Cognitive Bias», supra note 267; Sorochan,
« Wrongful Convictions» , supra note 267.
78 0
Teskey, supra note 80 au para 19; Le bilan de l' impact du comportement non verbal lors de procès
sur l'évaluation de la crédibilité, et ce, dans le contexte de procès québéco is a permis d'identifier les
éléments ayant assez attiré l'attention des décideurs pour qu ' ils en fassent mention . Évidemment,
l'influence de ces éléments peut varier et il n' est pas exclu que d'autres éléments aient influencé les
décideurs sans qu ' ils en fassent mention ou sans qu'ils en soient conscients.
78 1
Colwell, «US Police Officers' Knowledge », supra note 273 ; Stromwall, « How to Detect
Deception », supra note 241; Granhag, « Partners in Crime», supra note 273; Porter, « Truth, Lies,
and Videotape », :;upra note 273.
782
Randy, supra note 108 au para 115 .
156
Autrement dit, l'observation passive du comportement non verbal d'un témoin lors
d'un procès, sans intervenir, sans poser d'autres questions, sans demander de
clarification, pour distinguer les menteurs des personnes qui disent la vérité est
injustifiée :
783
Michael Kagan, « Dubious Deference : Reassessing Appelate Standards of Review in Immi gration
Appeals » (2012) 5 Drexel L Rev 101 à la p 129 [notre traduction].
784
R c Cedras, 1994 QCCA 5843 (voir aussi R c Gagné, 1997 QCCA 9939; R c Beaupré, 2004 QCCA
25782 au para 112).
785
Richard J Pierce Jr, « District Court Review of Findings of Fact Proposed by Magistrates : Reality
Versus Fiction» (2013) 81 Geo Wash L Rev 1236 à la p 1246 [notre traduction] .
786
Levine, «Active Deception Detection », supra note 450 ; Levine, «Expertise in Deception
Detection Involves Actively Prompting Diagnostic Information »,supra note 450; Levine, « Detection
Truth-Default Theory »,supra note 450; Levine, « Diagnostic Utility »,supra note 450.
157
de sujets avec lesquels il n'est pas familier 787 et en utilisant stratégiquement les
informations fournies 788 et la preuve 789 :
Ainsi, plutôt que d'avoir une approche statique basée sur l'observation, le
comportement non verbal d'un témoin lors d'un procès devrait être utilisé comme
outil d'enquête par les tribunaux de première instance :
Les arguments qui sont basés sur les sciences sociales et conçus pour inspirer
des changements dans la loi devraient être soumis à une norme préliminaire
simple : est-ce que les changements recommandés aident à promouvoir les fins
de la procédure judiciaire? Ce critère engendra évidemment des problèmes plus
fondamentaux mais il est le point de référence auquel les nouvelles hypothèses
devraient être mesurées.79 1
En outre, le décideur «peut et doit intervenir pour que justice soit rendue [mais] il
doit quand même le faire de telle sorte que justice paraisse être rendue. Tout est dans
la façon »792 :
787
Shaw, « Expect the Unexpected? »,supra note 451; Warmelink, «Spatial and Temporal Details in
Intentions », supra note 451 ; Lancaster, « Sm·ting the Li ars from the Tru th Tell ers » supra note 451;
Vrij, « Eliciting Cues to Deception and Truth »,supra note 446.
788
Naharia, « Can I Barrow Y our Alibi? », supra note 452; Naharia, «The Verifiability Approach »,
supra note 452; Naharia, « Did Somebody See It? »,supra note 452 ; Vrij , « Theories in Deception and
Lie Detection », supra note 452.
789
Sorochinski, « Interviewing to Detect Deception », supra note 453 ; Clemens, « Eliciting Cues to
False Intent », supra note 453; Granhag, «A New Theorical Perspective on Deception Detection »,
supra note 453 ; Granhag, «The SUE-Technique», supra note 453.
790
Blumenthal, «A Wipe of the Bands», supra note 12 à la p 1204 [notre traduction].
791
Blumenthal, « A Wipe of the Bands », ibid à la p 1161 [notre traduction].
792
Brouillard Dit Chatel c La Reine, 1985 CSC 56, [ 1985] 1 RCS 39 au para 25 [Brouillard Dit
Chatel].
158
D'abord, il est clair que l'on n'exige plus du juge la passivité d'antan; d'être ce
que, moi, j'appelle un juge sphinx. Non seulement acceptons-nous aujourd'hui
que le juge intervienne dans le débat adversaire, mais croyons-nous aussi qu'il
est parfois essentiel qu'il le fasse pour que justice soit effectivement rendue.
Ainsi un juge peut et, parfois, doit poser des questions aux témoins, les
interrompre dans leur témoignage, et au besoin les rappeler à l'ordre. 793
À mon avis, dans la présente affaire comme dans d'autres mettant en cause des
témoins fragiles tels les enfants, il incombe au juge du procès de veiller à ce
que l'enfant comprenne les questions posées et à ce que son témoignage soit
clair et sans ambiguïté. À cette fin, il se peut qu'il soit obligé de clarifier ou de
refommler des questions posées par les avocats et de poser des questions
additionnelles pour clarifier les réponses de l'enfant. Pour assurer la bonne
marche du procès, le juge se doit de créer une atmosphère propice au calme et à
la détente de l'enfant. 795
Compte tenu de ce qui précède, l'avantage de voir et d'entendre les témoins procure
aux tribunaux de première instance le véritable privilège, celui d'être partie prenante
à l'interaction, d'être partie prenante au processus de recherche de la vérité, celui de
pouvoir intervenir, poser d'autres questions, demander des clarifications. Ainsi,
l'évaluation de la crédibilité par un décideur pourrait être compromise par une
793
Brouillard Dit Chatel, ibid au para 17.
794
Dans FA c MS, 2006 QCCA 216 au para 4, la Cour d'appel du Québec a soutenu que le rôle
proactif du décideur est souhaitable en matière familiale : «Le « juge sphinx » d'antan est disparu,
aujourd'hui le juge doit s'impliquer, poser des questions (art. 318 C.p.c.), souligner les lacunes dans la
preuve (art. 292 C.p.c.) se soucier des témoins, etc. En matière familiale son rôle proactif est encore
plus grand, il peut prendre l'initiative d'ordonner « la production de toute preuve additionnelle ou
l'assignation de toute personne dont il estime le témoignage utile » (art. 815.1 C.p.c.). Lorsque les
intérêts des enfants sont en jeu, il peut même remettre en question l'accord de séparation des parents
(art. 822.3 C.p.c.). des parents (art. 822.3 C.p.c.) ».
795
R c L(DO), 1993 CSC 46, [1993]4 RCS 419 à la p 471.
159
11. Les fausses croyances constituent une menace à 1'intégrité du système judiciaire
Dans son article Pour en finir avec la « synergologie » : une analyse critique d'une
797
pseudoscience du « décodage du non-verbal » publié en 2008, Pascal Lard ellier
décrit la synergologie comme « une imposture pseudoscientifique [ .. . ] jouant sur le
détournement des codes académiques et l'ignorance de ceux-ci par les publics visés
[... ] afin de capter une légitimité ensuite monnayable dans l'édition, la formation
professionnelle, le coaching, ou pire encore, le recrutement » 798 :
796
Le danger de l'appréciation inadhéquate du comportement non verbal lors de l'évaluation de la
crédibilité ne permet pas de conclure que la communication non verbale devrait être exclue lors d' un
procès. Au contraire, la communication non verbale est extrêmement importante, notamment dans le
cadre d'un contre-interrogatoire, et « [u]n contre-interrogatoire efficace constitue une composante
essentielle d'un procès équitable» (R c Henry, 2005 CSC 76, [2005] 3 RCS 609 au para 3).
797
Lardellier, «Pour en finir avec la« synergologie »,supra note 355.
798
Lardellier, « Pour en finir avec la « synergologie », ibid aux para 21, 78, 11.
799
Pascal Lardellier, «Un certain libéralisme relationnel... Des mésusages de la «communication»
dans les organisations» (2010) 1:35 Revue du MAUSS 571 au para 14.
160
800
Règlement sur la formation continue obligatoire des avocats, supra note 40, art 1 :Pour les avocats,
la fonnation continue a« pour objet de permettre aux membres d'acquérir, de maintenir, de mettre à
jour, d'améliorer et d' approfondir les compétences professionnelles liées à l'exercice de la
profession ».
80 1
Aamodt, « Reducing Misconceptions and False Beliefs in Police and Crimina l Psychology »,supra
note 384; Lilienfeld, « Science and Pseudoscience in Law Enforcement », supra note 302; Coles,
«The Emperor in the Courtroom »,supra note 384; Hu ber, Ga!ileo 's Revenge, supra note 384.
802
Vrij , Detecting Lies and Deceit, supra note 67; JaUine Masip et al, « The Detection of Deception
with the Reality Monitoring Approach : A Review of the Empirical Evidence » (2005) Il: 1 Psycho!
Crim & L 99; Aldert Vrij, « Criteria-Based Content Analysis: A Qualitative Review of the First 37
Studies » (2005) Il: 1 Psycho! Public Po licy Law 3; Siegfried L Sporer, « Reality Monitoring and
Detection of Deception » dans Par Anders Granhag et Leif A Stromwall , dir, The Detection of
Deception in Forensic Contexts, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, 64-1 02; DePaulo,
«Cu es to Deception», supra note 4 70.
803
Samantha Mann et al, « See No Lies, Hear No Lies : Differences in Discrimination Accuracy and
Response Bias When Watching or Listening to Police Suspect Interviews» (2008) 22:8 App l Cogn
Psycho! 1062; Torun Lindholm, « Who Can Judge the Accuracy of Eyewitness Statements? A
Comparison of Professionals and Lay-Persans » (2008) 22:9 Appl Cogn Psycho! 1301; Bond,
« Accuracy of Deception Judgments », supra note 238; Aldert Vrij et al, « Detecting Deceit via
Analyses of Verbal and Nonverbal Behavior in Children and Adults » (2004) 30:1 Hum Comm Res 8.
161
804
Colwell, «US Police Officers ' Knowledge »,supra note 273 à la p 501 [notre traduction].
805
Lilienfeld, « Distinguishing Science from Pseudoscience in School Psychology »,supra note 300.
806
Newbold, « Apprehended Without Warrant », supra note 309.
807
Imwinkelriedt, « Demeanor Impeachment », supra note 10 à la p 234 [notre traduction].
162
Compte tenu de ce qui précède, les institutions du système judiciaire (ex : Barreau du
Québec) devraient établir différents mécanismes, au minimum basés sur les quatre
critères de Daubert, pour écarter la « science de pacotille »808 des propositions de
formations visant le développement d'habiletés professionnelles. Puisque leurs
implications sont sérieuses, ces propositions doivent l'être autant. En effet, les
professionnels du droit ont le devoir, envers eux-mêmes et envers le public, d'utiliser
les meilleurs outils pouvant les aider dans la prise de décisions. Toutefois, ils ont
aussi le devoir de s'abstenir d'utiliser ceux pouvant leur nuire, de se garder de
recourir à des pseudosciences. Vu la popularité croissante des modes alternatifs de
règlement de conflits, l'établissement de ces mécanismes est plus que jamais
nécessaire pour protéger le public.
808
JLJ, supra note 286 au para 25 .
ANNEXE A
Tristesse
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Mezzo c La Reine, 1986 CSC 16, [1986] 1 RCS 802
166
Morrow Cereal Co v Ogilvie Flour Mills Co, 1918 SCC 10, 57 SCR 4030
Nanoose Wellington Collieries Ltd v Jack, 1926 SCC 26, [1926] SCR 4950
North British Ins Co v Tourville, 189 5 SCC 68, 25 SCR 177 0
North Perth Election Case (Campbell v Grieve), 1892 SCC 88,20 SCR 331.
Northey v The King, 1948 SCC 16, [1948] SCR 1350
Nykolyn v The King, 1949 SCC 29, [1949] SCR 3920
Ogilvie v Davie, 1921 SCC 44, 61 SCR 3630
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