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Spleen et angoisse chez Baudelaire

Le poème décrit la progression de la crise de spleen du poète en trois étapes: d'abord les angoisses montent, puis la crise éclate de manière soudaine et violente, avant que le poète ne sombre dans l'accablement, vaincu par l'angoisse.

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Spleen et angoisse chez Baudelaire

Le poème décrit la progression de la crise de spleen du poète en trois étapes: d'abord les angoisses montent, puis la crise éclate de manière soudaine et violente, avant que le poète ne sombre dans l'accablement, vaincu par l'angoisse.

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LL18 : « Spleen », « Quand le ciel bas et lourd...

» : Baudelaire, Section SI

1. Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle


Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
5. Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées


10.
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie


15. Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,


Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
20.
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Introduction :
 La fin de la première section « Spleen et Idéal » du recueil Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire
publié 1857 est axée sur le mal de vivre. Ce sont dans les poèmes intitulés « Spleen » que ce mal
être prend son visage le plus sombre.
 Le quatrième poème de cette série dont le premier vers est « Quand le ciel bas et lourd pèse
comme un couvercle » se compose en 5 quatrains de rimes croisées. Le rythme régulier de
l'alexandrin semble traduire l'enfermement, la douleur infinie et peut-être le sentiment que rien ne
peut changer. L'angoisse transforme peu à peu la réalité, provoquant même des sortes
d'hallucinations.

COMMENT S'EXPRIME LE SPLEEN DU POÈTE EN SUIVANT LA PROGRESSION DE LA CRISE ?

En effet, le poème décrit successivement trois étapes psychologiques


I) Les angoisses du poète et la montée de la crise (strophes, 1, 2 et 3) :
Strophe 1 :
- v.1: comparaison -› enfermement, étouffement ; le ciel qui évoque la liberté et ici lié à l'idée
d'enfermement

- Champ lexical de l'enfermement (« bas », « lourd », « pèse » ...)

- v.3 : adv tout = suggère qu'il n'y a pas d'échappatoire

-v.4 : « jour noir » -› oxymore + « plus triste que les nuits » -› comparatif de supériorité = ce qui devrait
apporter de l'apaisement (le jour) est finalement pire que les nuits; le jour noir semble apporter la
tempête, une tempête intérieure (-> symbolisme) = Le poète se sent oppressé (il s'agit d'un des symptômes
de l'angoisse).

-rimes riches entre ennui/nuits : le poète associe la nuit à un moment ennuyeux. Il se trouve bloqué dans
cette atmosphère pour laquelle il ne porte aucun intérêt. C'est dans la nuit que le spleen apparaît le plus.

Strophe 2 :
- V.5 « en un cachot humide » : comparaison -› l'angoisse du poète change sa perception du monde, idée
d’un enfermement, ajoute l’idée de l’eau, humidité => grotte

- v.6 : comparaison + allégorie de l'espérance -> connote négativement l'espérance en la comparant à une
chauve-souris; la chauve-souris vit dans des grottes, ce qui renvoie à l'idée d'enfermement.

-v.7-8 : allitération [d], [t], [b] -› évoque les bruits de la chauve-souris (battements d'ailes et cognements
contre la paroi de la grotte)

Strophe 3 :

-v.9-10: l'humidité évoquée au quatrain d’avant est réitérée avec cette pluie qui fait penser à une tempête |
les gouttes de pluies qui vont du ciel à la terre sont comparées aux barreaux d'une prison (-> pas
d'échappatoire)

-Vaste prison, oxymore : Une prison est souvent étriquée, ici sa taille au contraire importante rappelle le
fait que cette prison est faite de pluie, qui peut s’étendre sur plusieurs kilomètres.

- V.11 : les araignées (=angoisses du poète) s'installent silencieusement (« muet »), insectes nuisibles qui
comblent le vide par leurs toiles, donnent l’impression que le poète est soumis à bcp d’angoisses,
impuissant.

- V.12 : emprisonnement (« filets »); le cerveau est attaqué -› le poète bascule vers la folie
= On va de l'extérieur vers l'intérieur

II) L'éclatement de la crise (strophe 4) :


Cette strophe est l'aboutissement des trois premiers quatrains puisqu'il n'y a plus d'anaphore en « Quand »

- « tout à coup » -› marque la rupture soudaine (connecteur temporel).


= La phrase commencée au vers 1 se termine au vers 16 ; la strophe 4 est la proposition principale.

- “Des cloches…sautent...lancent” v16,17 : personnification des cloches, métaphore implicite du poète +


correspondances verticales, le poète prend l’apparence d’une cloche qui hurle vers le ciel, prières
désespérées, vers le seigneur (+ les cloches sont en hauteur)

- Champ lexical du bruit (« cloches », « hurlements », « geindre »)


-> antithèse avec le silence (« muet »), le bruit ici est assourdissant.
- allitération en [t] -› martèlement des cloches
Théorie des synesthésies, le bruit et la vision des cloches engendrent une hallucination au poète, terrible

- V 19,20 “Des esprits errants…qui se mettent à geindre” et “furie, affreux, hurlement, esprits errants,
geindre” : personnification des esprits + de la folie/horreur : le poète fait face à des peurs auxquelles il ne
peut échapper. + allitération en [r] -› grognement des esprits
Il ne peut sortir de cette crise sonore et brutale, il est coincé dans ce cauchemar

III) L'accablement (strophe 5) :


- V.17-18 : image de la mort, de l'enterrement (corbillards)
- négations v17 + termes associés à la musique : Le silence de la scène laisse supposer qu'il n'y a personne à
son enterrement, comme s'il n'était pas parvenu à devenir célèbre.

-V.18 : contre-rejet -› rupture avec « l'Espoir » + anacoluthe juste après font penser à une précipitation
dramatique.
- 2 allégories s'opposent -› antithèse
= La rupture peut montrer son échec à faire quelque chose d'harmonieux, à avoir une vie harmonieuse.
- personnification de l'espoir et de l'angoisse
- l'Angoisse remporte par la force sur l’Espoir qui « pleure », la douleur (« despotique ») « plante son
drapeau noir » -› prise de possession de l'Angoisse sur l'esprit du poète, drapeau noir = pirates= noir
- « crâne incliné » -› renoncement du poète qui croûle sous le poids de l'Angoisse, chaos, anarchie, image
violente de prise de possession

Conclusion:
 Les sensations de malaise qui génèrent l'angoisse, les hallucinations de plus en plus étranges, la
crise nerveuse qui éclate menant le poète aux portes de la folie et l'accablement qui suit montrent
la violence du spleen qui torture Baudelaire.
 Le mal-être a rarement été représenté avec une telle intensité, les images sombres et insolites
traduisant les sensations et sentiments du poète dans une sorte de cauchemar éveillé.(Symbolisme)
 Tout dit ici le renoncement : le spleen a vaincu l'idéal et le poème s'achève dans le silence de la
défaite. Cependant, B ne se laisse pas complétement anéantir, en théâtralisant son état d’âme, le
poète prend ses distances avec son mal-être et parvient à transformer le plomb du spleen en or
poétique.
 Ouverture : Spleen 2, Baudelaire y évoque aussi un mal-être profond mais dans ce poème celui de
se sentir appartenir à un passé oublié de tous, « J’ai plus de souvenir que si j’avais mille Ans »

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