Discours de Mugabe sur la conservation au Zimbabwe
Discours de Mugabe sur la conservation au Zimbabwe
MUGABE,
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU ZIMBABWE
Au nom du Gouvernement et du peuple zimbabwéens et en du rhinocéros noir car nous atteignons des taux de croissance
mon nom personnel, j'ai le plaisir de vous souhaiter la bien- positifs pour cette espèce.
venue à Harare. Le peuple du Zimbabwe est honoré et heu-
Anticiper et empêcher les effets négatifs sur l'environnement
reux d'accueillir la 10e session de la Conférence des Parties
coûte moins cher et est plus efficace que de les corriger. Les
à la CITES, qui se tient pour la deuxième fois en Afrique.
pays de l'Afrique australe souffrent toujours des séquelles
Notre pays frère, le Botswana, a en effet accueilli la Confé-
de la colonisation et de la répartition des terres entre les
rence en 1983.
races, qui a eu pour effets dévastateurs la dégradation des
Mesdames, Messieurs, la 10e session se tient à un moment terres, la déforestation, l'érosion des sols, et l'éradication
où l’environnement est un des thèmes au centre de toutes presque complète d'espèces autrefois communes de
les réunions internationales. Nous savons tous que la réu- mammifères, d'oiseaux, de reptiles et de poissons. Nous
nion de l'Organisation mondiale du commerce, tenue à croyons aux évaluations d'impact sur l’environnement pour
Singapour, s'est attaquée à la question du commerce et de préserver le droit aux ressources des générations futures.
l'environnement et que dans deux semaines, des chefs
Depuis quelques années, aucun développement n'a été
d'Etats du monde entier se réuniront à New York pour éva-
autorisé sans une évaluation d'impact sur l’environnement.
luer les progrès accomplis depuis la Conférence de Rio,
Dans les aires protégées, qui abritent la plus grande partie
tenue il y a cinq ans. Depuis Rio, il importe en particulier de
des espèces de faune et de flore sauvages, tout nouveau
noter l'entrée en vigueur de conventions intéressant direc-
projet de développement doit être précédé par une évalua-
tement la CITES, notamment la Convention sur la diversité
tion d'impact. Nous nous sommes réunis avec nos voisins
biologique.
dans notre ville de Victoria Falls pour étudier les effets sur
Mesdames, Messieurs, dans le monde, certaines espèces l’environnement, des développements actuels et futurs dans
de plantes et d'animaux sont menacées d'extinction en cette région.
raison de l'absolu dénuement de certaines populations du
Mon gouvernement travaille avec des organismes tels que
tiers monde, qui les conduit à dépendre totalement des res-
la Banque mondiale et d'autres donateurs à replanifier tous
sources naturelles pour survivre, en particulier en milieu
nos parcs et les zones CAMPFIRE. L'évaluation d'impact
rural. Il y a d'autres causes d'extinction des espèces: la dis-
sur l’environnement est un élément fondamental des nou-
parition de l'habitat par la déforestation et la pression de la
veaux plans. Cette évaluation nous guide dans la gestion
population humaine et animale; la nécessité de rembourser
des différentes espèces.
la dette extérieure, qui pèse lourdement sur les pays en
développement dont les ressources naturelles contribuent En ce qui concerne les espèces, nous préparons périodi-
fortement au produit intérieur brut; enfin, le commerce inter- quement des plans de gestion spécifiques. Durant votre sé-
national illicite qui représente à présent un secteur se chif- jour, je vous invite à voir nos plans de gestion concernant le
frant en millions de dollars. crocodile, l'autruche, le rhinocéros noir, l'éléphant et d'autres
espèces. J'espère que vous pourrez également visiter
Depuis, au Zimbabwe, nous nous sommes engagés vis-à-
certaines régions où ces espèces sont présentes. Je suis
vis de la conservation des ressources naturelles, comme en
sûr que vous considérerez avec sympathie notre lutte pour
témoigne le fait que 15% du pays a le statut de parc national
préparer des évaluations d'impact sur l’environnement plus
ou de réserve forestière; si l'on compte les zones
prédictives lorsque vous aurez vu les différents types de
CAMPFIRE, environ 30% du pays on fait l'objet d'une ges-
ressources naturelles des terres communales, des régions
tion des espèces sauvages. De plus, ces cinq dernières an-
agricoles, des zones CAMPFIRE, des parcs, des forêts et des
nées, de vastes superficies de terres cultivées ont été trans-
conservatoires.
formées en aires de gestion des espèces sauvages – les
«conservancies» (conservatoires). Nul n'ignore que la participation est un élément essentiel d'un
processus efficace de gestion de l'environnement. Nous sa-
Un certain nombre de lois ont été adoptées pour garantir
vons que quand la population a intérêt à empêcher la dégra-
l'utilisation durable et la conservation de notre patrimoine
dation de l'environnement, les résultats s'en trouvent gran-
biologique: la loi sur les parcs et les espèces sauvages, la
dement améliorés.
loi sur la forêt, la loi sur les produits forestiers des terres
communales et la loi sur les ressources naturelles. Mon Mon gouvernement est à l'origine du concept de CAMPFIRE
gouvernement travaille actuellement à un inventaire, une – acronyme de Communal Areas Management Programme
stratégie et un plan d'action concernant la diversité biologi- for Indigenous Resources. Notre peuple, par ses représen-
que, financés dans le cadre du Fonds pour l'environnement tants et ses conseils élus démocratiquement, est à présent
mondial. Cette activité permettra au gouvernement de met- en mesure de participer à la gestion des espèces sauvages.
tre en oeuvre des programmes globaux de conservation et Il comprend maintenant l'intérêt d'appliquer de meilleurs
d'utilisation durable de nos ressources naturelles. Le principes de gestion de l'environnement car il associe les
Zimbabwe, qui est un partenaire actif dans le domaine de espèces sauvages et les autres ressources naturelles à son
l’environnement a, depuis Rio, défini sa participation en propre développement socio-économique.
adhérant à des principes familiers à bon nombre d'entre
nous. L'utilisation durable des ressources n'est pas un concept
nouveau dans notre pays. Il n'est guère surprenant que
Les principes de durabilité et d'équité entre générations sont notre peuple et son gouvernement doivent réapprendre leur
les pierres angulaires de notre gestion de l'environnement. passé pour rattraper le monde moderne. La conservation
Je suis conscient que des conventions telles que la CITES des ressources naturelles est étroitement liée aux totems
ont été adoptées pour préserver certaines espèces de familiaux. Quand le totem d'une famille se rapporte à un
l'extinction. Au Zimbabwe, la gestion de notre envi- éléphant – et nombreuses sont les familles dans ce cas –
ronnement et des ressources naturelles est conçue de ma- l'éléphant devient un animal sacré pour cette famille. Ainsi,
nière à répondre aux besoins de développement de la des totems sont liés aux poissons, aux oiseaux, aux croco-
génération actuelle sans compromettre les intérêts des diles, à d'autres animaux ou ressources naturelles.
générations à venir. Je suis heureux d'annoncer que les
générations futures de ce pays hériteront sans aucun doute
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Toutefois, en aucun cas il n'a été question de renoncer à la Nous avons bénéficié de contributions de pays donateurs,
possibilité de tirer un avantage économique, social et cultu- d'organisations non gouvernementales (ONG) d'ici et d'ail-
rel de ces espèces. leurs, et plus spécialement de pays voisins qui ont égale-
CAMPFIRE est un concept – une philosophie – qui permet ment versé des fonds pour protéger les espèces sauvages.
aux communautés de tirer les bénéfices d'une bonne ges- Notre Département de gestion des espèces sauvages a été
tion des ressources naturelles. Cette philosophie est enraci- renforcé par la création d'un fonds consacré au financement
née dans la stratégie que nous avons définie pour améliorer de la conservation et de la protection des espèces
le niveau de vie des populations rurales démunies. Les res- sauvages. Toutes les recettes résultant des activités réali-
sources naturelles constituent leur base économique. La sées dans les parcs et réserves iront à ce fonds. De plus, le
terre, le sol, l'eau, les espèces sauvages, la pêche, les forêts parlement vote des crédits à l'appui de l'action menée par le
et les autres ressources sont mieux gérées par les commu- Département dans le domaine de la conservation de la
nautés qui s'appuient sur la philosophie de CAMPFIRE. J'ai nature. Je suis sûr que ces changements structurels garan-
été, personnellement, réconforté par les lettres de soutien tiront un mécanisme de financement durable pour la
que nous avons reçues du monde entier lorsque certains conservation et la protection des espèces sauvages au
d'entre nous ont menacé les programmes réalisés dans le Zimbabwe.
cadre de CAMPFIRE, qui sont financés par de nombreux Nous sommes convaincus que des écosystèmes bien gérés
donateurs. Je salue les membres du Congrès américain qui et bien suivis peuvent supporter notre concept d'exploitation
ont constitué le Black Congressional Causus et qui ont signé durable. Et nous invitons la communauté internationale à
des pétitions en faveur des programmes de CAMPFIRE. Le coopérer avec nous et à nous prêter assistance là où c'est
fondement de cette philosophie est axé sur l’utilisation dura- possible afin que notre peuple puisse tirer profit de ses res-
ble des ressources naturelles, par l’homme, dans l’intérêt sources naturelles.
des générations présentes et à venir.
L'utilisation durable et le développement doivent être
Mon gouvernement continue de veiller à ce que nos lois encouragés chez ceux dont les politiques et l'action sont
reconnaissent et respectent le droit international reflété dans fondées sur des normes scientifiques acceptées, tandis que
les conventions relatives à l'environnement auxquelles notre ceux qui exploitent abusivement le milieu naturel devraient
pays est Partie. La CITES ne fait pas exception. C'est parce être pénalisés. Dénier le principe de responsabilités diffé-
que nous nous soucions de l'équité entre générations que renciées condamnerait le mouvement international en
nous avons inscrit sur notre propre liste d'espèces faveur de l'environnement et serait un désastre pour les
menacées, des espèces qui ne sont pas considérées ressources naturelles couvertes par la CITES.
comme telles par la CITES. Nous sommes convaincus que
la CITES devrait réactualiser sa philosophie dans le sens Alors que le monde devient un village, la division entre pays
des concepts des conventions de l'après-Rio. développés et non développés s'accentue. Les questions
d'environnement et de commerce sont véritablement cen-
Mon gouvernement est favorable au maintien de la position trales. Cette session de la CITES est importante parce qu'elle
prise récemment par l'Organisation de l'unité africaine sur la aborde la question de l'environnement dans ses liens avec le
question du développement durable et de la croissance commerce. Pour nous, pays en développement, nos
économique soutenue de l'après-Rio. Toute convention qui ressources naturelles sont un espoir de progrès. Nos
milite contre cela prive les Parties, notamment les pays en communautés appauvries sont tributaires de leur utilisation
développement, du droit et de l'accès à la propriété et à durable.
l'exploitation des ressources.
Mesdames et Messieurs, les participants à la 10e session vont
Je me hâterai cependant d'ajouter que nous entreprenons la être très occupés à étudier plus de 80 propositions d’amen-
tâche de protéger nos ressources naturelles – en particulier dement et plus de 60 projets de résolutions. Quoiqu'il en soit,
les espèces sauvages – au prix de grands sacrifices. La comme vous parlerez d'une faune et d'une flore que nous
mobilisation de l'armée, de la police et des gardes des parcs avons en abondance partout dans notre pays, je vous invite
nationaux pour empêcher les braconniers de sévir est coû- à visiter nos régions sauvages, ainsi que les chutes Victoria,
teuse. En Afrique australe, la faune vit dans des régions pour y trouver un soulagement, une détente et la joie.
arides et semi-désertiques. L'eau dont les animaux ont
besoin est pompée à grands frais de sources souterraines. Mesdames, Messieurs, je vous souhaite des délibérations
Les éléphants, en raison de leur grande taille, en consom- fructueuses et un séjour agréable et plaisant au Zimbabwe.
ment des quantités importantes et nous estimons que toutes J'ai maintenant le grand plaisir de déclarer officiellement
les espèces doivent assumer, au moins dans une certaine ouverte la 10e session de la Conférence des Parties à la
mesure, le coût de leur survie. Nous sommes persuadés Convention sur le commerce international des espèces de
que si l'on donne une chance aux stratégies de gestion que faune et de flore sauvages menacées d'extinction.
nous avons élaborées, elles permettront à la plupart des Merci.
espèces de survivre.
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REMARQUES LIMINAIRES DE MONSIEUR CHEN CHIMUTENGWENDE,
MINISTRE DE L'ENVIRONNEMENT ET DU TOURISME DU ZIMBABWE
Je voudrais vous souhaiter à tous la bienvenue au Zimbabwe, son premier discours après son élection récente à la prési-
qui est considéré dans le monde entier comme le paradis de dence de l'OUA, nous soit destiné.
l'Afrique, et en particulier à Harare qui est, comme vous avez
Cette session se déroule au Zimbabwe au nom de l'Afrique.
tous pu le constater, une ville ensoleillée. Il est encourageant
Les pays frères d'Afrique nous ont apporté un appui finan-
que son excellence le président de la République du
cier, technique et matériel qui témoigne que nous accueil-
Zimbabwe nous honore de sa présence en cette occasion.
lons tous ensemble la 10e session de la Conférence des
Malgré un emploi du temps chargé, son excellence a con-
Parties. En outre, les ONG de protection de l'environnement
sacré quelques moments de son temps précieux pour se
et le secteur privé de notre pays ont joué un rôle essentiel
joindre à nous aujourd'hui. Sa présence est également un
qui a consisté, notamment, à fournir un appui financier,
témoignage de son appui et de son respect des principes de
logistique et matériel. Je les recommande donc à l’attention
développement et d'utilisation durable des ressources
de votre excellence et à celle des délégués à la session.
naturelles, qui constituent la base de la stratégie du
Zimbabwe en matière de gestion des espèces sauvages. Plusieurs autres pays amis, aujourd'hui présents parmi nous,
Son excellence le président est également tout dévoué à la ainsi que des institutions internationales, ont accordé leur
cause de conservation. appui au Zimbabwe. Nous leur rendons hommage.
En sa qualité de président de l'OUA, son excellence est Mesdames et Messieurs, j'ai maintenant l'honneur et le pri-
appelée à se faire le champion du continent africain pour, vilège de donner la parole à son excellence le président de
entre autres causes, les questions environnementales. Nous la République du Zimbabwe, qui va prononcer son discours
savons que les problèmes de protection de l'environnement et déclarer cette session ouverte.
sont liés à la question du développement économique; sa Je vous remercie.
tâche est donc écrasante et nous sommes honorés que
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ALLOCUTION PRONONCEE PAR SON EXCELLENCE L'AMBASSADEUR NOBUTOSHI AKAO,
PRESIDENT DU COMITE PERMANENT
C'est pour moi un grand plaisir que de prendre la parole à la A cet égard, nous devons garder présent à l'esprit, comme
cérémonie inaugurale de la 10e session de la Conférence des le stipule l'un des paragraphes du préambule de la Conven-
Parties. Je voudrais tout d'abord, au nom du Comité per- tion, que les peuples et les Etats sont et devraient être les
manent, exprimer ma sincère gratitude au Gouvernement meilleurs protecteurs de leurs espèces de faune et de leur
zimbabwéen, pays hôte de cette importante Session. Nous flore sauvages. La protection intégrale peut, certes, con-
sommes particulièrement reconnaissants au Président tribuer à la conservation de certaines espèces mais l'utili-
Mugabe d'être parmi nous pour cette cérémonie. Sa pré- sation rationnelle d'autres ressources peut inciter les
sence témoigne de l'importance que son gouvernement peuples et les Etats à conserver ces ressources à mesure
accorde aux activités de la CITES. qu'ils perçoivent les avantages socio-économiques qu'ils
peuvent en retirer. D'où le principe de développement
Je voudrais également souhaiter la bienvenue à tous les
utilisation durable – le principe de base approuvé à l'una-
nouveaux Etats membres qui ont adhéré à la CITES depuis
nimité dans Action 21, lors du Sommet de la Terre, à Rio.
notre dernière session, tenue à Fort Lauderdale il y a deux
ans et demi. Depuis lors, 12 pays ont adhéré à la Conven- Tant que ce principe sera respecté, il n'y aura aucune perte
tion, portant à 136 le nombre total des Parties. Cette aug- pour qui que ce soit. Au contraire, l'ensemble de la commu-
mentation constante atteste de l'importance que les Etats nauté internationale y gagnera.
souverains attachent au potentiel de la CITES en tant
qu'institution de conservation mondiale. On a reproché à la CITES de ne pas toujours tenir ses
promesses: lorsque l'éléphant d'Afrique a été inscrit à
Je voudrais maintenant faire quelques remarques sur la l'Annexe I en 1989, ce qu'on a appelé «l'amendement de la
conservation des espèces sauvages couvertes par la CITES. Somalie» demandait qu'on procède à une réévaluation de
A mesure que le nombre de Parties augmente et que de certaines populations d'éléphants d'Afrique sur la base des
nouveaux pays en développement adhèrent à la Conven- recommandations d’un groupe d'experts. Depuis que cette
tion, il devient de plus en plus important de relever les défis décision a été prise, le Groupe d'experts a, à deux reprises,
qui se présentent à nous, par des moyens aussi novateurs fait des recommandations qui ont été rejetées ou même
et créatifs que possible. ignorées. Cette session est la troisième occasion qui se
La CITES n’est pas une convention internationale visant présente. Je suis convaincu que l'heure est venue d'exami-
seulement à interdire l'utilisation des espèces, elle sert à ner objectivement et consciencieusement la situation en
protéger les espèces menacées d'extinction, tout en s'appuyant sur le rapport du Groupe d'experts et de prendre
encourageant d'autres mécanismes de conservation – y une décision qui permettra à la CITES de ne pas perdre sa
compris l'utilisation durable – pour éviter que d'autres crédibilité. Notre Convention doit respecter ses enga-
espèces ne soient menacées d'extinction. Une approche gements.
équilibrée de tous les mécanismes de conservation Plusieurs propositions visant à inscrire de nouvelles espè-
constitue la clé du succès de la CITES. ces aux annexes ou à transférer d’une annexe à l’autre des
Cette approche repose sur le principe du développement/ espèces seront examinées lors de cette session. Nos déci-
utilisation durable. La poursuite émotionnelle et bornée sions sur ces questions importantes ne doivent pas tenir
d'une approche philosophique particulière de la conservation compte de nos émotions, mais se fonder sur des conclu-
ne devrait pas prévaloir ici. Nos décisions devraient être sions scientifiques crédibles, sur le respect de la culture et
dictées par la raison, par un jugement logique et réfléchi, des traditions, et sur la reconnaissances des valeurs qui
reposant sur des données scientifiques. A cet égard, il est guident les sociétés partout dans le monde.
extrêmement important que la communauté internationale, La conservation des ressources naturelles, si elle nécessite
tant les Etats Parties que les ONG, modifient la manière une certaine souplesse, doit toutefois s’appuyer sur des
dont ils abordent habituellement ces questions. Nous principes fondamentaux qui ne doivent pas dépendre des
devons avoir le courage de reconnaître nos erreurs et nos espèces, des pays et des cultures. Il ne peut pas y avoir
échecs passés et en tirer des enseignements positifs pour deux poids deux mesures.
l'avenir.
La 10e session de la Conférence des Parties se déroule en
Le problème que nous devons résoudre n'est pas la con- Afrique, un continent riche en espèces variées, cruciales
frontation Nord-Sud. Il ne devrait pas être question de con- tant pour la conservation que pour un développement
flits d'intérêts entre défenseurs de la conservation et utili- durable. Elle nous offre une bonne occasion de prouver que
sateurs légitimes et traditionnels des espèces sauvages. La la CITES est une convention multilatérale réellement
conservation représente l'intérêt commun de la commu- crédible, qui s’appuie sur une base solide de respect et de
nauté internationale toute entière, du Nord aussi bien que du tolérance.
Sud, et des personnes engagées dans la conservation aussi
bien que dans le développement. Merci.
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DISCOURS DE MONSIEUR JORGE ILLUECA,
REPRESENTANT DE LA DIRECTRICE EXECUTIVE DU PNUE
J'ai le plaisir de m'adresser à vous au nom de la Directrice La 38e session du Comité permanent de la CITES a eu lieu
exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environ- ce week-end, juste avant l'ouverture de la Conférence des
nement, Madame Elizabeth Dowdeswell, qui, en raison de la Parties. Sous la direction compétente de l'ambassadeur
commémoration de la Journée mondiale de l'environnement Nobutoshi Akao, président du Comité permanent, des assi-
à Séoul, République de Corée, n’est pas présente parmi ses solides ont été données à la session de la Conférence
nous. des Parties à la CITES afin que celle-ci soit un succès. Au
PNUE, nous sommes particulièrement satisfaits des grands
Je souhaite exprimer notre profonde satisfaction et notre
progrès accomplis durant le week-end en vue de formuler
gratitude à son excellence le Président Mugabe et au peuple
un nouvel accord entre le Comité permanent et la directrice
du Zimbabwe pour leur hospitalité et pour avoir
exécutive du PNUE sur l'amélioration du fonctionnement du
généreusement accepté d'accueillir cette 10e session de la
Secrétariat CITES qui, nous en sommes convaincus, con-
Conférence des Parties à la Convention sur le commerce
duira à une meilleure application de la Convention. La si-
international des espèces de faune et de flore sauvages
gnature de cet accord sera l'un des résultats fondamentaux
menacées d'extinction. Le PNUE, qui est l'une des deux
de la présente session. Plus encore, il signalera l'avènement
seules institutions spécialisées des Nations Unies à avoir
d'une ère nouvelle de coopération entre la CITES et le
son siège à Nairobi, au Kenya, dans un pays en dévelop-
Programme des Nations Unies pour l'environnement. Au-
pement, est particulièrement heureux que la présente
delà de la prestation de services administratifs au Secréta-
session ait lieu chez nous, sur le continent africain qui
riat, le PNUE envisage de soutenir le programme de travail
l’héberge, d'autant plus que c'est là que bien des questions
de la CITES, notamment en étudiant et en développant les
pressantes de la CITES se posent et doivent être traitées de
liens avec d'autres traités mondiaux tels que la Convention
toute urgence.
sur la diversité biologique, la Convention sur les espèces
La raison sous-jacente de la dégradation de l'environnement migratrices et les autres conventions régionales pertinentes.
est le manque de perception des liens catalytiques,
La signature d'un nouvel accord entre le PNUE et le Comité
symbiotiques et synergiques existant entre l'environnement
permanent, au cours de la présente session, est le couron-
et le développement dans les mesures prises au plan local
nement d'un processus engagé en février 1996. Au PNUE,
et/ou mondial dans les domaines de l'environnement et du
nous apprécions vivement les efforts déployés par tous les
développement.
membres du groupe de travail du Comité permanent créé en
Le Dialogue entre les Etats de l'aire de répartition de l'élé- vue de régler ce problème et nous souhaiterions remercier
phant d'Afrique entamé à Dakar, au Sénégal, en novembre tout particulièrement les représentants de l'Argentine, de la
1996 et terminé vendredi soir à Darwendale, au Zimbabwe, Namibie, du Sénégal, du Japon, de la Suisse et des Etats-
ainsi que le septième Forum sur la diversité biologique Unis d'Amérique, et ceux du Royaume-Uni qui nous ont
mondiale qui a eu lieu ici, à Harare, ont beaucoup aidé à rejoint durant le week-end.
déterminer et éclaircir ces liens et synergies critiques, no-
Avant de terminer, Monsieur le Président de séance, je veux
tamment en rapport avec la CITES et la Convention sur la
aussi adresser mes félicitations au secrétaire général et à
diversité biologique. Quelques échanges de vue intéres-
tout le personnel du Secrétariat CITES pour leur dé-
sants ont eu lieu durant ces deux réunions; ils ont été ma-
vouement indéfectible et l'énergie sans limite qu'ils ont con-
tière à réflexion et ont abouti à des conclusions et à des
sacrés à l'organisation de cette session qui, j'en suis con-
recommandations qui ont toutes pour but d'aider la présente
vaincu, sera couronnée de succès.
session de la Conférence des Parties à faire des progrès
significatifs vers la conception d'une utilisation équitable et Une fois encore, Monsieur le Président de séance, je sou-
durable de la flore et de la faune sauvages. haite renouveler la gratitude du PNUE au Président Mugabe
et au peuple du Zimbabwe pour leur hospitalité et je vous
La Conférence des Parties a l'occasion de tracer le chemin
souhaite, ainsi qu'à tous les délégués et représentants des
critique qui mène vers une éthique de conservation et d'uti-
ONG, une session fructueuse et réussie.
lisation durable garantissant que ses décisions n'ont pas
d'effets préjudiciables. Durant la session, les Parties con- Je vous remercie.
tractantes devraient trouver un consensus sur les procé-
dures et les principes d'équité.
21
ALLOCUTION DE MONSIEUR IZGREV TOPKOV,
SECRETAIRE GENERAL DE LA CITES
Permettez-moi, au nom du Secrétariat de la CITES qui, émotions pour en faire un dialogue constructif, caractérisé
conformément à l'Article XII 2 a) se charge d'organiser les par la force des arguments, l'ouverture et un esprit positif.
sessions de la Conférence des Parties et de fournir les Cela vaut pour:
services y afférents, de vous souhaiter la bienvenue à cette
10e session de la Conférence des Parties à la CITES. – l'ensemble du processus de retour sur nous-mêmes
que nous entamons aujourd'hui dans les dizaines de
Il y a environ 25 ans, des délégués de 80 pays négociaient à chapitres visant à rationaliser le droit non contraignant
Washington un nouvel accord multilatéral sur l'environne- et à renforcer tous les instruments d'une mise en oeu-
ment – la CITES – dans le but déterminé de protéger les vre efficace de la Convention et d'une lutte contre la
espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinc- fraude intransigeante, non entravées par des obstacles
tion contre les effets négatifs du commerce international, et bureaucratiques;
d'établir un système mondial garantissant qu'un tel com-
merce se déroulera à l'avenir sur des bases durables pour – l'ouverture d'une perspective illimitée, renforcée, ayant
les autres espèces. Ces deux objectifs sont indubitablement des buts ambitieux à moyen et à long terme, tirant parti
plus pertinents encore aujourd'hui qu'au début des années de l'expérience et fondée sur des traditions excellentes
1970. et stables, et sur les pierres angulaires reconnues et
confirmées de la Convention, tout en tenant compte
Aujourd'hui, pour la deuxième fois dans l'histoire de l'organe des bouleversements des dernières décennies, de l'in-
suprême de notre traité, la Conférence, forte de 138 Parties, terdépendance grandement accrue de tous les parte-
se réunit sur le sol africain. Je souhaite tout particulièrement naires, de nouvelles structures telles que l'OMC et le
la bienvenue aux derniers arrivés des membres de notre FEM, ainsi que de la révolution dans les moyens de
famille, dont l'adhésion deviendra effective en juillet – la communication;
Jamaïque et le Yémen.
– l'adoption de mesures réelles et efficaces qui raccour-
Bien que n'ayant pas encore commencé, cette réunion bat ciraient l'ordre du jour de nos sessions et diminueraient
déjà plusieurs records. Je suis très fier d'annoncer que, radicalement le volume de la documentation qui est
selon les données disponibles il y a une heure, et sous ré- devenu – notamment sur le plan financier – insup-
serve de modifications ultérieures, nous pouvons confirmer portable. C'est peut-être là que l'ère électronique sera
la participation de 96,3% de toutes les Parties – le pour- la plus utile.
centage le plus élevé de toute notre histoire. Autre record:
pour la première fois depuis longtemps, nous avons plus de En plus de tout cela, le dialogue constructif et l'esprit positif
délégués que d'observateurs – ce qui ne veut pas dire que sont particulièrement nécessaires pour les discussions sur
ces derniers se feront moins entendre. les propositions d'amendements. Le cas de 89 espèces sera
examiné. Certes, quelques-unes voleront encore la vedette
Pour ce qui est du troisième record, bien qu'il s'agisse d'un aux autres. Mais plus d'émotions ne devrait pas signifier
record absolu, digne du Guiness Book, je doute sérieuse- moins d'arguments solides et moins d'attention aux besoins
ment qu’il y ait de quoi se vanter: je pense aux quatre mil- à long terme des communautés locales, en particulier dans
lions de pages de documentation produites jusqu'à main- les Etats de l'aire de répartition des espèces concernées.
tenant. Plus de 3000 par jeu. Sans commentaire. Faisons de notre mieux pour garantir un équilibre des
C'est avec tout ces records que nous revenons, comme je le intérêts, pour continuer de construire les ponts reliant les
disais précédemment, dans la région la plus riche en faune Etats des aires de répartition et les pays de consommation,
sauvage – sur le vert continent africain, vers la beauté de la science et l'économie, et pour nous soucier du
Hwange et le rugissement de ses lions, le rugissement du développement de chaque ville et village, et de la beauté et
Zambèze à ses chutes et la beauté des hérons qui pataugent de l'abondance de la Nature, symbolisée par les superbes
dans le fleuve. animaux dont nos hôtes ont orné ce magnifique centre de
J'espère que vous trouverez le temps d'en profiter malgré un conférences.
agenda surchargé et l'importance des problèmes à débattre. Vous devez discuter d'espèces marines et d'arbres qui ont
Beaucoup, vous le savez, disent déjà que ce – dirons-nous une importance stratégique. Tout est là: les ours et les plan-
– jubilé, la 10e session, va probablement être la plus difficile. tes médicinales, les éléphants et des oiseaux minuscules.
Peut-être. Le monde d'aujourd'hui est plus diversifié, plus Tous méritent un traitement égal de votre part, et en parti-
complexe, et ses centres sont multiples. Et chaque accord culier des journalistes. C'est pourquoi je lance aujourd'hui
multilatéral touchant à l'environnement, comme la CITES, personnellement une distinction qui honorera le journaliste
reflète naturellement cette complexité croissante dans son d'un pays consommateur qui aura le courage d'écrire un
propre domaine. article de ou réaliser un film sur une espèce n'ayant jamais
été couverte par la presse, et qui fait l'objet d'une proposition.
Les chiffres en eux-mêmes posent des problèmes – partici-
pants, volumes, domaines intéressant le commerce interna- Le Secrétariat a, de bonne foi, tenté d'aider les délégués en
tional des espèces sauvages – et nécessitent plus d'efforts, leur fournissant des documents et des opinions fondés sur
d'argent, de coopération. les données disponibles et les critères énoncés dans la
résolution Conf. 9.24. Toutefois, chers délégués, cette ses-
C'est pour cela que nous sommes réunis à Harare: pour sion est la vôtre. C'est vous, votre volonté politique souverai-
rendre notre action plus efficace, pour chercher des fonds ne et votre action unie qui traceront l'avenir et détermineront
adéquats, pour améliorer les relations entre les partenaires les résultats finals.
dans tous les domaines, y compris les entités découlant de
l’Uruguay Round, non seulement pour identifier les problè- L'esprit de Kyoto et de Fort-Lauderdale prévaudra ici, j'en
mes mais aussi pour trouver des solutions. La tâche est suis convaincu, et la volonté sincère de réaliser ensemble un
difficile mais gratifiante: il s'agit d'assurer une bonne transi- front commun en tête des deux buts de la Convention – la con-
tion entre le passé et l'avenir, de l'adolescence et de la servation et l'utilisation durable – sera d'une aide considérable.
croissance – tant dans la couverture géographique que de L'hospitalité désarmante de nos hôtes, et le dévouement et
celle des espèces – à la maturité du partenariat de l'après- l'action extraordinaire du comité d'organisation des fonc-
Rio. Avec ses 25 ans d'âge, mûre et responsable, la famille tionnaires du Département des parcs nationaux et de la
de la CITES peut assurer cette transition en canalisant ses gestion des espèces sauvages, du Gouvernement et du
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peuple du Zimbabwe, pour fournir, avec l'assistance géné- «Que dirons-nous en 1997 pour répondre à la question
reuse d'Etats et d'organisations donateurs, les meilleures que nous posent les enfants? Serons-nous encore
conditions possibles pour tous les participants, faciliteront divisés, tentant de nous protéger des catastrophes
considérablement la tenue de la session, comme ils ont écologiques dans des Ego-systèmes exclusifs? Ou
contribué à sa préparation. ferons-nous le maximum pour faire de notre planète un
Permettez-moi, Monsieur le Président, d'exprimer en notre Eco-système agréable pour tous et bruissant de vie?»
nom à tous, qui sommes réunis aujourd'hui dans cette salle, Chers participants, faites de votre mieux pour leur répondre,
nos remerciements les plus sincères à vous personnelle- pour apporter moins de résolutions et plus de solutions. Les
ment, pour votre appui indéfectible, pour votre formidable enfants attendent. Le Secrétariat CITES est, comme
engagement dans la lutte pour la noble cause de notre toujours, à votre entière disposition et fera de son mieux pour
Convention, pour avoir trouvé le temps – temps d'un leader vous assister.
reconnu et très respecté non seulement en Afrique mais
dans le monde entier – de venir en personne déclarer la C'est maintenant à votre tour. Les projecteurs sont allumés
session ouverte. Tatenda Chaizvo. et la séance est ouverte.
Les mots par lesquels j'avais terminé mon discours à Fort Merci, et bonne chance.
Lauderdale étaient les suivants:
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ALLOCUTION DE MONSIEUR REUBEN J. OLEMBO,
DIRECTEUR EXECUTIF ADJOINT DU PNUE
Je suis très heureux de me trouver ici, à Harare, pour faire nouvelles stratégies et technologies viables, intégrant
une déclaration au nom de Madame Elizabeth Dowdeswell, l’éthique de la durabilité dans nos modes de production et
Directrice exécutive du PNUE, qui n’a pas pu venir en per- de consommation.
sonne, retenue par les derniers développements aux Nations
Aujourd’hui, la communauté mondiale – surtout les proprié-
Unies concernant les propositions de réforme émanant du
taires – les dépositaires et en fait, toutes les parties prenan-
Secrétaire général, qui nécessitent son attention. Je suis
tes à la conservation de la biodiversité, reconnaissent ce
très honoré de pouvoir renouer ici une amitié de longue
dilemme comme une réalité à affronter. Le doublement,
date avec de nombreux membres de la famille CITES en
voire le triplement de l’approvisionnement mondial en nour-
constante expansion.
riture, carburant, fibres, logements et produits pharmaceu-
Au nom de la Directrice exécutive, je tiens à exprimer la pro- tiques d’ici à l’an 2050 ne pourra se faire sans la contribution
fonde gratitude du PNUE envers le Gouvernement zimba- des ressources vivantes de la biosphère aux économies
bwéen, hôte de cette session, pour la chaleur et la générosité nationales.
de son accueil. Nous sommes particulièrement redevables à
Quoi qu’il en soit, les bénéfices obtenus en puisant dans
Monsieur Robert Mugabe, Président de la République du
cette richesse de la vie devront être durables, provenir d’un
Zimbabwe, qui a ouvert officiellement cette 10e session de la
environnement sain et être partagés équitablement entre
Conférence des Parties.
tous les êtres vivants et pas seulement entre les êtres
La Convention sur le commerce international des espèces humains. La Conférence des Parties à la CITES a le devoir
de faune et de flore sauvages menacées d’extinction et la responsabilité de tracer un chemin critique vers une
(CITES) est une convention unique et passionnante – la conservation durable et équitable et une ETHIQUE de
mère de toutes les conventions sur l’environnement l’utilisation durable GARANTISSANT que les résolutions et
mondial. Un passé commun de conservation des espèces les décisions de la Conférence n’auront pas d’effets négatifs
sauvages a conduit à la signature de la CITES il y a 22 ans, lourds de conséquences pour les écosystèmes. Ces résolu-
et l’engagement vis-à-vis d’un environnement sain et du tions et décisions devraient elles-mêmes être fondées sur
maintien de toutes les formes de vie sur la terre en maintient des procédures et des principes s’appuyant sur l’équité et la
la cohésion. justice pour toutes les Parties. Ce n’est qu’en adoptant et
en appliquant judicieusement des stratégies, programmes et
Il y a tout juste deux semaines, la communauté mondiale
plans d’action rationnels que la société obtiendra des
s’est réunie pour célébrer la Journée mondiale de l’environ-
bénéfices importants.
nement sur le thème de «La Vie sur la Terre». C’est un thè-
me commun à tous les gouvernements, tous les peuples, L’une des leçons à tirer de la 10e session de la Conférence
toutes les cultures, qui reflète les objectifs de cette conven- des Parties est que l’interprétation et l’application des
tion très particulière. C’est un message sur la sainteté de la dispositions de la CITES, des obligations qui en découlent,
Vie sur la Terre. Ce message devrait trouver son expression et des résolutions de la Conférence, doivent résulter du
dans toutes nos actions: en comprenant qu’en dernier débat EQUITE – DURABILITE sur l’utilisation destructive ou
ressort la richesse humaine et le développement économi- non et sur les effets du commerce. Si nous voulons vérita-
que émanent et dépendent des ressources de la Terre; en blement garantir l’intégrité et la santé des écosystèmes,
concevant le développement économique et le souci de compte tenu de nos connaissances scientifiques incomplè-
l’environnement comme compatibles, interdépendants et tes (en particulier sur les espèces marines) sur la résistance
nécessaires; en sachant que la clé du développement dura- des écosystèmes et le fonctionnement de la biosphère,
ble au plan social est dans la participation, l’organisation, la nous devrions évaluer la durabilité des interventions humai-
sensibilisation et le pouvoir des populations. nes NON de manière opportuniste mais en nous fondant sur
une cohérence logique, sur la plus grande compétence
Tout ce que nous faisons – ou ne faisons pas – a une influ-
technique possible et en fonction de l’urgence.
ence considérable sur la nature et l’avenir de la vie sur la
terre. En jetant tout notre poids du bon côté de la balance de La présente session de la Conférence des Parties a été con-
l’histoire, nous la faisons pencher en faveur d’un envi- frontée à un certain nombre de questions critiques: l’évolution
ronnement sain, d’une biosphère vibrante, capable de faire de la Convention et l’amélioration de son efficacité, les
vivre TOUTES les formes de Vie sur la Terre – la plupart espèces – tortues, esturgeons, tigres, ours, salanganes,
étant sans défense, sans voix, sans recours face à l’assaut vigogne, hybrides, requins, baleines, etc. – et enfin, les
puissant et hautain des hommes, de leurs épées, de leurs éternelles questions budgétaires. Déjà, des bilans sont
balles et autres gadgets. établis et vos résultats sont évalués; permettez-moi
cependant d’aborder rapidement une ou deux de ces
Je doute qu’il y ait eu une époque au cours de ces 30
questions.
dernières années (c’est-à-dire depuis la création du PNUE
et de la CITES) où l’activité humaine ait eu plus d’effets Comme stipulé aux Articles XI et XII de la Convention, le
intentionnels sur la biosphère – en particulier sa diversité. PNUE a eu d’emblée une relation très spéciale avec la
Pourtant, cette activité s’intensifiera. L’extrapolation des Convention. Pendant des années, les services que nous
tendances récentes de l’environnement mondial révèle une avons fournis en tant que prestataire d’un secrétariat et
escalade des effets de l’activité humaine en raison de la garant de la Convention l’ont été de manière pragmatique et
fragmentation croissante des habitats et des écosystèmes, ad hoc. Quoi qu’il en soit, à mesure que la Convention
de la croissance démographique rapide, des goûts et des grandissait et que les questions traitées devenaient plus
modes de consommation non durables et des modes de vie. complexes, l’on s’est employé à rendre cette relation plus
formelle. La Conférence des Parties vient d’avaliser l’accord
Quel type de pression l’homme exercera-t-il sur la biosphère
révisé entre le Comité permanent et le directeur du PNUE.
à l’horizon 2050? Il y aura alors 11 milliards d’êtres humains
Je suis convaincu que cet accord très complet est de bon
à nourrir, vêtir, loger, et auxquels il faudra assurer un
augure pour le développement rationnel et efficace de la
environnement sain. C’est le double du chiffre actuel de 5,5
Convention. En effet, la CITES doit évoluer de manière
milliards. Répondre aux besoins de ces six milliards d’habi-
dynamique. Pour cela, elle doit être dûment guidée à travers
tants supplémentaires est un défi d’une complexité phéno-
les questions émergentes par la sagesse collective de la
ménale. Ce défi ne pourra pas être relevé sans l’adoption de
Conférence des Parties et par la vision institutionnelle et les
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forces comparatives du PNUE dans le domaine de toujours plus au Secrétariat CITES, au Comité pour les
l’environnement. La CITES doit forger et cimenter des liens, plantes, au Comité pour les animaux, aux divers groupes de
des relations et des synergies avec toutes les grandes con- travail et par-dessus tout, aux Parties qui sont des pays en
ventions touchant à la diversité biologique et avec d’autres développement ou à économie de transition, alors que le
entités légales, mondiales et régionales, dont beaucoup sont budget est maintenu à un niveau de croissance zéro ou,
administrées par le PNUE – la Convention sur la diversité en termes réels, est en baisse? Le Secrétariat vous a
biologique, la Convention sur les espèces migratrices, la soumis un budget pratique, très réaliste, incluant un plan
Convention de Ramsar, la Commission baleinière inter- stratégique et un organigramme qui orienterait la Conven-
nationale, l’OIBT, l’OMC… pour ne nommer que celles-là. La tion dans la bonne direction vers le 21e siècle. Dans le
complémentarité et la synergie de ces conventions et entités contexte de la CITES, un financement prévisible, opportun et
devraient être pleinement explorées et exploitées pour durable sera la clé de la conservation efficace de la diversité
rendre la CITES plus efficace et faire en sorte qu’elle biologique.
réponde mieux aux attentes des Parties face aux défis du
Il y a quelques années, le Dispositif pour la conservation de
21e siècle. En application des tâches découlant d’Action 21
l’éléphant et du rhinocéros a été mis en place, à la demande
et de la Commission sur le développement durable, et dans
des pays donateurs et des Etats de l’aire de répartition de
le contexte du débat actuel sur la réforme des Nations
ces espèces, pour aider ces derniers à préparer des plans,
Unies, le PNUE a été prié de fournir aux gouvernements
mettre en œuvre des programmes et instituer des mesures
une analyse approfondie et une stratégie sur la manière de
d’incitation en faveur d’une protection efficace des éléphants
promouvoir une coordination efficace de toutes ces conven-
et des rhinocéros contre le braconnage. A ce jour, il n’y a
tions afin de créer une meilleure synergie et dans un souci
pas d’argent dans la caisse commune. Je prie instamment
d’efficience (durabilité et finances) et de plus grande efficacité.
les gouvernements de contribuer largement à ce fonds afin
La capacité de lutter contre la fraude est un élément qu’il puisse atteindre son objectif qui est d’apporter un
important de l’efficacité de la CITES. Au vu du volume accru soutien aux Etats de l’aire de répartition devant appliquer
du commerce et des techniques toujours plus sophistiquées des programmes de conservation et d’utilisation durable et
des trafiquants, le niveau élevé des infractions présumées affronter la menace toujours présente du braconnage et du
ou confirmées pourrait être le signe d’une vigilance accrue trafic de spécimens d’éléphants et de rhinocéros.
des Parties détectant et signalant les cas de fraude,
Je profite de l’occasion qui m’est offerte ici pour exhorter
lorsqu’elles contrôlent les spécimens d’espèces végétales
tous les gouvernements à remplir leurs obligations financiè-
rares ou menacées d’extinction transportés dans les baga-
res et prier ceux qui le peuvent, de contribuer généreuse-
ges des millions de personnes franchissant les frontières par
ment au fonds de la Convention afin que les priorités puis-
la route, l’air ou la mer, et pour dissuader les marchands
sent être appliquées.
sans scrupules. La question de la capacité de lutter contre la
fraude est prioritaire pour le PNUE, qui est au cœur de la En conclusion, la 10e session de la Conférence des Parties
surveillance des impacts environnementaux dans le monde. nous a donné une occasion inappréciable d’explorer les as-
C’est ce contexte qui nous a incité à nous féliciter de pects saillants de la conservation de la biodiversité et de son
l’invitation de quelques-unes des Parties à la CITES à utilisation durable grâce à un ordre du jour complet et
travailler à l’Accord de Lusaka. Nous offrons cet instrument systématique. J’ai été impressionné par la nature des ques-
en tant qu’outil puissant permettant de remplir un certain tions traitées et la manière civilisée dont vous en avez débattu
nombre d’objectifs de la CITES dans la région africaine. – en tenant compte des divers rôles, perspectives et res-
ponsabilités de toutes les parties prenantes au niveau des
Le monde est de plus en plus conscient de la nécessité de
pays, des zones et des continents dans un contexte mon-
mesures d’incitation en faveur du savoir et des pratiques
dial. Bien que certaines questions sensibles aient dû être
traditionnels dans le domaine de la conservation de la
décidées par scrutin – notamment celles relatives à l’élé-
biodiversité et de l’utilisation durable, promues par divers
phant et aux baleines – nous devrions, dans l’intérêt de la
plans de reconnaissance et de récompense. La CITES ne
vie sur la Terre, quitter cette session en sachant qu’il n’y a ni
doit pas être vue comme une entrave aux milieux, person-
gagnants, ni perdants car nous sommes tous dans le même
nes et institutions promouvant la pratique des médecines
bateau. Pour distinguer gagnants et perdants, il nous
traditionnelles fondées sur les spécimens animaux et végé-
faudrait chercher parmi les espèces, les écosystèmes et les
taux, mais elle a l’obligation légale de garantir que des mé-
habitats affectés par nos actions.
canismes efficaces sont mis en œuvre pour contrôler le
commerce international afin de faciliter l’utilisation tradi- J’espère que vos délibérations et vos actions déboucheront
tionnelle durable. sur des dispositifs efficaces, rapidement mis en place avant
la 11e session de la Conférence des Parties pour garantir
Le rôle des ONG dans le cadre de la CITES est une ques-
que tous les pays et les zones et régions où ils se trouvent
tion émergente et complexe, qui ne disparaîtra pas et devra
acquerront ou mettront en place les capacités nécessaires
être affrontée avant longtemps. Dans le débat actuel sur la
pour appliquer les résolutions et les décisions adoptées
réforme des Nations Unies, le rôle de la société civile dans
durant la session pour la conservation et l’utilisation durable
les structures et mécanismes de gestion mondiale fait l’objet
des espèces menacées couvertes par la Convention (et de
d’une grande attention. Alors que les gouvernements
leurs habitats et écosystèmes), ou en absorber les effets.
négocient et signent des accords, divers secteurs de la
société civile, notamment le secteur privé, les appliquent et Pour terminer, permettez-moi de remercier votre secrétaire
en bénéficient. Pour être viables et avoir leur place au 21e général et le personnel du Secrétariat pour avoir préparé
siècle, les instruments internationaux devront tenir compte une session aussi mémorable. Je prie instamment toutes les
de cette réalité en faisant appel à la société civile. Parties de continuer d’apporter leur soutien au Secrétariat,
qui s’emploie à les servir avec efficacité, professionnalisme,
Pour terminer, je voudrais revenir à la question cruciale du
diligence et impartialité. La santé du Secrétariat reflète la
financement. La question doit être posée: la CITES peut-elle
santé et les réalisations de votre Convention.
fonctionner sans argent? Peut-on continuer à demander
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