Valorisation des coques d’anacarde au Bénin
Valorisation des coques d’anacarde au Bénin
Bénin
Thierry Godjo, Jean-Philippe Tagutchou, Pascale Naquin, Rémy Gourdon
RÉSUMÉ ABSTRACT
Face aux difficultés d’accès à l’énergie et de gestion Faced to difficulties to energy access and manage-
des déchets issus de la transformation des noix d’ana- ment of waste from the processing of cashew nuts
carde au Bénin, les coques stockées dans les usines in Benin, the shells stored in cashew nuts processing
de transformation sont directement utilisées comme plants are directly used as fuel. They are therefore
combustibles. Elles sont ainsi brûlées dans des fours burned in kilns to provide the energy required to pro-
pour fournir l’énergie nécessaire à la fragilisation des duce the heat for embrittlement of nuts, steaming and
noix, l’étuvage et le séchage des amandes. Cette com- drying almonds. This non controlled combustion gene-
bustion non contrôlée génère d’importantes nuisances rates significant pollution because CNSL, substance
car l’huile qui imbibe ces coques produit des fumées contained in the shells, produces abundant and acrid
âcres et irritantes pour les yeux. Pour pallier ce pro- smoke irritating to eyes. To overcome this problem, we
blème, nous avons construit au Bénin deux installa- have constructed in Benin two pyrolysis plants on the
tions de pyrolyse sur la base d’un modèle de réacteur basis of a reactor designed by CEFREPADE and RON-
conçu par CEFREPADE et RONGEAD. Ces pyrolyseurs GEAD. Those reactors have been used in Benin for en-
ont été utilisés au Bénin pour permettre la valorisation ergy recovery from cashew nut shells. This experiment
des coques de noix d’anacarde en gaz et charbon. of promotion of cashew nuts showed that the pyrolysis
Les études réalisées ont montré que le réacteur de reactor used can be able to produce gaseous energy
pyrolyse utilisé permet de valoriser sous forme de gaz of approximately 82% of the hull mass processed and
environ 82 % de la masse de coque traitées et produit produces about 18% of charcoal. Furthermore, on the
environ 18 % de charbon. Par ailleurs, du point de vue energy point of view, the recovered gas corresponds
énergétique, les gaz valorisés correspondent à 74 % to 74% of the energy of the raw material, while the
de l’énergie des coques traitées, tandis que les 18 % obtained charcoal (18% of raw material) corresponds
de charbon obtenu correspondent à 26 % de l’énergie to 26% of total energy of fed raw material.
totale.
KEYWORDS : cashew nut, Anacardium occidentale,
MOTS-CLÉS : coque d’anacarde, cajou, Anacardium pyrolysis, Benin, energy recovery
occidentale, valorisation, pyrolyse, Bénin
1. Matériel et méthode
1.1 Cadre de l’étude
La capacité de transformation de l’unité est de 1 000 tonnes • un brûleur monté au-dessus du réacteur de pyrolyse
par an soit 3 tonnes par jour. L’usine transforme en moyenne permettant la combustion des gaz générés par la
de 2 à 3 tonnes par jour. pyrolyse ;
Figure 2 : Pyrolyseur fabriqué et installé à Nad & Co (a) Vue avant, (b) Vue arrière
• une trémie de chargement facilement accessible o les artisans associés qui ont participé
pour l’alimentation en coques ; à la fabrication et à l’installation de la
technologie : un potier rural et un technicien
• des trappes qui servent à isoler de façon étanche génie civil et structure ;
la trémie et le brûleur du réacteur de pyrolyse. Les
trappes de la trémie (sous forme de sas) permettent • les industriels, bénéficiaires de la technologie, PME
notamment l’alimentation aisée du réacteur même en KaKé 5 à Savalou et PME Nad & Co à Tchatchou.
cours de procédé.
Les objets sont des objets intermédiaires (OI) de type Alain
1.3 Matériels et méthodes Jeantet (1997). Il s’agit d’une part des objets créés, manipu-
lés et transformés au cours du processus (Boujut et Blanco,
1.3.1 Démarche de transfert de la technologie 2003 ; Godjo et al., 2003) et d’autre part, les objets produits
finaux du transfert de la technologie. La première catégorie
La Figure 3 décrit la démarche menée dans le cadre du d’objets est constituée du document de projet (rédigé par
transfert de la technologie. Nous distinguons 1) des acteurs l’IUT Lokossa et le CEFREPADE et transmis au bailleur PRO-
(en rectangle), 2) des objets (en ovale) et 3) les rôles joués CAD), des plans proposés par RONGEAD (qui n’avaient pas
par des acteurs ayant participé à la mise au point de la tech- prise sur les fabricants pendant la reproduction) et enfin des
nologie. plans améliorés ont permis la reproduction. La deuxième ca-
tégorie constitue le produit final du transfert de la technolo-
Les acteurs sont constitués de quatre catégories : gie : le pyrolyseur.
tocoles internes à la plateforme PROVADEMSE basés sur des transférée dans les fumées sous forme de chaleur, c’est-à-dire
normes européennes relatives à la caractérisation des biocom- l’énergie des gaz de pyrolyse (condensables et incondensables).
bustibles solides et retranscrites en France par l’AFNOR. Ainsi,
la mesure du taux d’humidité a été réalisée sur la base de la En toute rigueur nous pensons que par la suite, il faudrait
norme NF EN 14774-3, l’indice de matières volatiles selon la prendre en compte aussi la quantité d’énergie utilisée dans
norme NF EN 15148, le taux de cendres selon la norme NF EN la chaudière (puissance de la vapeur d’eau produite) ainsi
14775 et le taux de carbone fixe obtenu par calcul. Le pouvoir que celle des fumées (débit + température des fumées)
calorifique quant à lui est obtenu selon la norme NF EN 14918. pour estimer réellement l’énergie des flammes. Malheu-
reusement, le défaut d’instrumentation des installations ac-
1.3.3 Estimation de l’énergie de la flamme de tuelles ne nous permet pas de mieux affiner les données à
combustion ce stade d’étude.
MOT ( %) MV ( %) Cf ( %) Ce ( %) PCI
Char de pyrolyse
10,4 88,7 9,2 79,5 11,3 27,6
(Burkina-Faso)
Char de pyrolyse
52,7 89,7 10,7 79,0 10,3 28,5
(Bénin)
Note : MOT = Matières organique totales ; MV = matières volatiles ; Cf = Carbone fixe ; Ce = Cendres
Les résultats montrent que les coques brutes sont consti- Concernant la pollution atmosphérique, la figure 6 illustre
tuées de près de 82 % de matières volatiles, 16 % de car- les rejets observables visuellement du procédé classique
bone fixe et moins de 3 % de cendres. Cette composition de combustion directe d’une part et d’autre part du pro-
avoisine celle des plaquettes forestières issues de pin ma- cédé de pyrolyseur installé à Savalou dans la PME Kake-5.
ritime, évaluée respectivement à 82,6 %, 17,2 % et 0,2 %
(Tagutchou, 2008 ; Van de Steene & al., 2011). Les coques
d’anacarde ont cependant une teneur en cendres beau-
coup plus élevée (Tagutchou, 2008 ; Tagutchou & Naquin, Fumées
2012). Les charbons produits dans les pyrolyseurs du Bur-
kina-Faso et du Bénin respectivement sont assez similaires,
combuson
notamment en ce qui concerne les analyses immédiates. Le directe
taux d’humidité très élevé sur les charbons du Bénin est
simplement lié au fait que ce produit a été trempé dans
l’eau lors du déchargement afin d’assurer son refroidisse-
ment brutal et éviter qu’il ne se consume au contact de Fumées
l’air. Dans tous les cas, ramené sur la même base sèche, combuson gaz
ces produits ont des caractéristiques similaires. Ils ont un de pyrolyse
indice de matières volatiles avoisinant 10 % et un taux de
carbone fixe d’environ 79 %, ce qui est caractéristique d’un
bon charbon. Ceci se confirme lorsqu’on regarde la va-
leur énergétique, notamment le PCI qui est respectivement
de 27, 6 MJ/kg et 28,5 MJ/kg pour les charbons provenant
du Burkina-Faso et du Bénin. Nous remarquons ainsi que
le charbon provenant des nouvelles installations du Bénin
a une qualité énergétique supérieure. Ces charbons sont Figure 6 : Illustration de la qualité comparée des
ainsi tous de qualité énergétique supérieure, si nous les fumée de la flamme produite par le réacteur de
comparons au charbon de bois. pyrolyse et celles issue de la combustion directe
des coques
Sur la base des résultats des premiers essais réalisés à Nad
& Co au Bénin, on peut estimer que le procédé permet Les fumées issues de l’ancien four traditionnel à combustion
de valoriser sous forme de gaz environ 82 % de la masse directe, sont épaisses et de couleur grisâtre, suggérant une
de coque traitées en produisant environ 18 % de charbon. combustion incomplète avec émissions de particules imbrû-
Ces chiffres sont en parfaite adéquation avec ceux de la lées. Au niveau de la flamme de combustion des gaz issus du
littérature (Sanger, Mohod & al., 2011) et ceux obtenus sur pyrolyseur, les fumées sont invisibles, suggérant une meilleure
les équipements mis en place au Burkina-Faso, ou encore combustion des gaz issus de la pyrolyse des coques. Les ana-
ceux issus des essais réalisés en France sur des équipe- lyses des fumées permettront de vérifier dans quelle mesure
ments plus performants (Tagutchou & Naquin, 2012). Par l’utilisation du pyrolyseur permet de réduire les émissions at-
ailleurs, du point de vue énergétique, les gaz valorisés cor- mosphériques liées à la combustion directe des coques d’ana-
respondent à 74 % de l’énergie des coques traitées, tandis carde dans les usines.
que les 18 % de charbon obtenu correspondent à 26 % de
l’énergie totale. 3. Conclusion
2.3 Estimation des émissions Les travaux présentés dans cet ar ticle montrent que le
environnementales potentielles réacteur de pyrolyse développé par le CEFREPADE et le
RONGEAD, déjà utilisé au Burkina Faso, est aussi adapté
Au-delà des performances techniques, les premières observa- aux coques d’anacarde béninoises. L’équipement permet
tions réalisées suggèrent une réduction des émissions atmos- de valoriser sous forme de gaz environ 82 % de la masse de
phériques, bien qu’aucune conclusion formelle ne puisse être coque traitées et produit environ 18 % de charbon. Grâce à
encore faite car les analyses des fumées n’ont pas encore été cette valorisation, le gisement des coques produites à Nad
réalisées. & Co Industry a pu être réduit de 10 %. L’énergie dégagée
par la flamme permet de chauffer la chaudière et d’alimen-
Dans un premier temps, on observe que l’utilisation du py- ter en vapeur l’autoclave de fragilisation des coques. Des
rolyseur permet d’éliminer les odeurs âcres et irritantes qui essais complémentaires sont en cours en vue de l’optimisa-
étaient émises avec la pratique ancienne de combustion di- tion de la technologie et pour l’exploitation en production
recte des coques. Les opérateurs travaillent ainsi dans des d’électricité du potentiel énergétique du reste de la pro-
conditions nettement améliorées. duction de coques et du gisement stocké.
Bogdan, R. et Taylor, S. J. (1975). Introduction to Qualitative Research Methods, Tagutchou J.P., P. Naquin (2013) : « Etude de la faisabilité technique et
New York, John Wiley. environnementale de la valorisation énergétique des coques d’anacarde » ;
Rapport biannuel du projet CAJOUVALOR (piloté par le RONGEAD et le
Boujut, J. F., & Blanco, E. (2003). Intermediary objects as a means to foster CEFREPADE) ; 120p, Lyon (France), Mars 2013
co-operation in engineering design. Computer Supported Cooperative Work
(CSCW), 12(2), 205-219. Van de steene L.,Tagutchou J.P., Escudero Sanz F.J., Salvador S. (2011) “Experimental
and numerical study of char-H2O, char-CO2 and char-O2 reactions”; Chemical
Godjo, T., Marouze, C. et al. (2003). Analysis of the use of intermediary objects Engineering Science; vol. 66, Issue 20, oct. 2011, P. 4499-4509 (10p.)
involved in the design of food processing equipment in developing countries.
The case of a peanut processing plant in Benin. In 2003 International CIRP
Design Seminar, May 12-14, Grenoble. 2003.