Biotechnologies et durabilité en cosmétique
Biotechnologies et durabilité en cosmétique
Ces biotechnologies
qui révolutionnent notre société
J. GERBORE, J.B. GUYON, A. DREUX-ZIGHA, F. TERRISSE,
E. RANOUILLE, J.Y. BERTHON, E. FILAIRE
1
Introduction
2
Définition des biotechnologies
Le terme « Biotechnologie » est récent et a été utilisé par Karl Ereky en 1919 dans
un livre intitulé « La biotechnologie de la viande, la graisse et la production de lait
dans une agriculture à grande échelle ». Ce terme se compose du préfixe « bio » du
grec bios, vie, et de « technologie », dérivé du grec tekhnología, littéralement « traité
ou dissertation sur un art ». Il désigne ainsi les outils et les techniques qui ont prise
sur la vie, avec l’objectif de la modifier, de l’apprivoiser.
Le dictionnaire « The Oxford English Dictionary » définit la biotechnologie comme
« l’exploitation de processus biologiques à des fins industrielles et autres, i.e la manipulation
génétique de micro-organismes pour la production d’antibiotiques, d’hormones, etc. »
À côté de cette définition « large » il existe des définitions plus étroites selon les
pays et les continents en lien avec les réglementations associées.
L’OCDE définit la biotechnologie comme « l’application de la science et de la
technologie à des organismes vivants, de même qu’à ses composantes, produits et
modélisations, pour modifier des matériaux vivants ou non-vivants aux fins de la
production de connaissances, de biens et de services ».
En Europe, la fédération européenne des biotechnologies (EFB, [Link].
org), définit la biotechnologie comme l’utilisation intégrée de la biochimie, la micro-
biologie et les sciences de l’ingénieur pour développer des applications techniques (indus-
trielles) basées sur l’utilisation des microorganismes, tissus cellulaires, ou leurs dérivés.
Les biotechnologies trouvent des applications dans des secteurs variés et sont
regroupées au sein d’une classification identifiée par un système de couleur (Figure 6.1).
Applications Le végétal
médicales (agriculture,
alimentation,
OGM...)
La vie marine
Biotech.
industrielle
Environnement
Figure 6.1.
Les cinq couleurs des biotechnologies.
3
Les biotechnologies au cours de l’histoire
Les biotechnologies ont un long passé et sont nées avec la culture et l’élevage,
lorsque l’Homme a commencé à intervenir sur la nature et à remodeler l’environne-
ment dans lequel il se développait. Il s’agit donc de techniques très anciennes mais
qui aujourd’hui possèdent une puissance transformatrice sans précédent. Cette période
4
Panorama du secteur industriel
des biotechnologies
Thérapeutique humaine
69 %
Dispositifs médicaux et diagnostic
45 %
Thérapeutique animale
23 %
Matériels et réactifs
21 %
Alimentation humaine et animale
18 %
Cosmétique
17 %
Bio-informatique
16 %
Environnement et bio-énergie
9%
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Figure 6.2
principales activités des sociétés interrogées (source : France biotech, 364 sociétés, octobre 2018)
AGRICULTURE ET ALIMENTATION
50 %
AUTRES
TRAITEMENT DE
L’EAU ET DE L’AIR
8% BIOMASSE
8% RECYCLAGE ET
4% VALORISATION
DES DÉCHETS
BIOCARBURANT 19 % 11 %
Figure 6.3
domaines d’applications de la biooCleAnteCh (source : France biotech, 12 sociétés, octobre 2017)
5
Les biotechnologies et l’approche
réglementaire
La biotechnologie s’est développée rapidement dans les années 1990, les découvertes
scientifiques ont ouvert de nouvelles applications dans les soins de santé, l’agriculture,
la production alimentaire et la protection de l’environnement. Dans le même temps,
la biotechnologie soulève d’importantes questions politiques et sociétales et a donné
lieu à un large débat public. Il existe une grande diversité entre les pays concernant
leur capacité à développer, appliquer et réglementer les nouveaux produits et services
biotechnologiques. Ces différences sont devenues une source de tension dans les
relations économiques internationales. Par conséquent, la biotechnologie représente
un nouveau défi pour le droit international.
Au niveau international, il n’existe pas d’instrument juridique complet unique
couvrant tous les aspects de la biotechnologie ou des produits biotechnologiques.
Cependant, un certain nombre d’accords internationaux existants sont directement
liés à la biotechnologie.
La biotechnologie a donné lieu à des débats publics mondiaux sur ses opportunités
et ses risques potentiels. La croissance de ce domaine soulève certains des problèmes
6
Les Biotechnologies vertes
6.1. Historique
On peut faire remonter les origines de la biotechnologie verte ou (« végétale »),
technique consistant à manipuler les plantes génétiquement, à la fin du XIXe siècle,
grâce notamment aux travaux des botanistes von Sachs (qui a également établi les bases
de compréhension de l’héliotropisme et du géotropisme chez les végétaux), et Knop,
qui a démontré la possibilité de cultiver des plantes dans des solutions nutritives adap-
tées mettant ainsi en évidence l’hydroponie. Ces découvertes ont permis par la suite
de définir les éléments minéraux indispensables pour le développement des plantes et
poser les premières pierres de la culture in vitro végétale (biotechnologie majeure).
Des fragments de plantes, souvent tiges, racines ou feuilles sont déposés dans des
solutions adéquates à la croissance permettant l’obtention de plusieurs échantillons
d’une même plante identique. Cette technique aussi dénommée micropropagation
met en évidence la multiplication végétative, processus spécifique des plantes consis-
tant à la faculté des cellules végétales à se multiplier et s’organiser en tissus différen-
ciés permettant d’obtenir des plants d’un individu identique. Cette propriété des
plantes est également appelée totipotence des cellules végétales.
Au début des années 1900, le botaniste Haberlandt à supposer que l’ensemble des
plantes était capable de totipotence, sans jamais pouvoir le démontrer. En effet, à
cette époque des substances telle que les hormones végétales étaient inconnues. Son
hypothèse a été démontrée bien plus tard dans les années 1950, notamment grâce
aux travaux du botaniste Campion Steward (1958) qui isola des fragments de tissu
phloémien de racine de carotte (Daucus carota). Il déposa ces fragments dans un
milieu contenant des éléments inorganiques, comme exposé par Knop (1860), du
saccharose et du lait de coco qu’il savait riche en facteurs de croissances végétaux.
Il constata dans ces cultures liquides que des cellules individuelles restaient en suspen-
sion. De plus, ces cellules semblaient croître et se multiplier sans pouvoir se diffé-
rencier en racine. Transférer dans un milieu solide, composé d’agar, les cellules en
suspensions développa des organes comme les tiges et les feuilles. Une fois déposés
en terre, des fleurs et des graines étaient obtenues. Cette expérience, démontrée par
la suite par Haberlandt (1965) sur des tissus de Nicotiana tabaccum (tabac), a mis
en évidence que des cellules isolées d’un tissu spécifique avaient le potentiel génétique
de développer une plante complète. Dans la même veine, Morel et Martin, à
l’I.N.R.A. de Versailles, régénèrent des plantes entières saines de dahlia, variété
« le Rêve », indemnes de virus à partir de culture de méristèmes de plants infectés
par trois virus différents. De la même manière ils sauveront la variété de pomme de
terre « la Belle de Fontenay » en 1954.
Aujourd’hui ces découvertes sont très utiles pour l’agroalimentaire notamment,
par la multiplication d’individu à forte croissance/rendement et la sélection d’individu
dépourvu de pathogènes. En effet, cette biotechnologie se révèle très efficace pour
éliminer la présence de certains virus dans des cultures par la micropropagation de
méristèmes, tissu naturellement dépourvu de virus permettant de régénérer une plante
saine. De nombreuses autres techniques ont été développées à partir de ces découvertes
telles que l’embryogenèse somatique, le sauvetage d’embryon, l’haplodiploïdisation
ou l’obtention de protoplaste. Toutes permettent de régénérer des plantes entières.
Les protoplastes sont couramment utilisés afin d’obtenir de nouvelles variétés.
Ils sont obtenus par digestion enzymatique des parois pecto-cellulosiques des cellules
végétales. Les cellules simplement entourées de leur cytoplasme sont appelées proto-
plaste. Le principe est de fusionner deux protoplastes intégrant des caractères géné-
tiques bénéfiques pour développer une nouvelle variété. L’une des premières espèces
à avoir été sélectionnées et industrialisées grâce aux biotechnologies est le maïs
(Zea mays). Les variétés hybrides obtenues ont permis d’augmenter les rendements
par trois comparé à la variété ancestrale. En France, c’est en 1957 que l’INRA (Institut
Nationale de Recherche Agronomique) met à disposition des agriculteurs des souches
hybrides de maïs adaptées à nos climats.
Un des événements les plus marquants en biotechnologie verte a été la découverte
de la double hélice de l’ADN en 1953 puis du code génétique en 1960. Les enzymes
de restriction donnent également l’un des outils les plus utilisés pour la manipulation
de l’ADN (Aber et al. 1965). La transformation des organismes est alors lancée
lorsque Van Montagu et Schell (1975) découvrent Agrobacterium tumefaciens et le
transfert d’information de ces bactéries grâce à des plasmides (ADN circulaire).
6.2. ecœurdesbiotechnologiesvégétales :
L
la modification du génome
L’essentiel des biotechnologies végétales est orienté vers la manipulation du génome.
L’ADN recombinant des plantes ainsi mis en place a pour avantage d’incorporer des
gènes individuels dans des organismes de façon simple et précise et permet de s’affran-
chir des barrières intergénétiques empêchant à deux espèces bien distinctes de se
croiser naturellement. La bactérie du sol, Agrobacterium tumefaciens induit la forma-
tion de tumeur par l’insertion d’un ADN-T qu’il porte, aussi appelé plasmide au
niveau des racines des organismes angiospermes infectés. Les chercheurs ont pu
remplacer ce gène de tumeur du plasmide-T par un gène d’intérêt et l’insérer dans
les plantes qu’ils souhaitaient. Les organismes ainsi transformés ont été sélectionnés
en suivant les règles de la ségrégation mendélienne. Par la suite, de nouvelles tech-
niques ont été apportées afin d’améliorer l’incorporation des gènes tel que l’électro-
poration, consistant à induire un choc électrique de haut voltage ou la biolistique
projetant à grande vitesse des particules (souvent d’or ou de tungstène) sur un tissu
végétal, le blessant et permettant l’incorporation de l’ADN. L’ingénierie génétique
est un outil très efficace chez les dicotylédones et certaines monocotylédones. Malgré
cela, l’introduction d’un gène à lui seul ne suffit pas pour garantir la production
d’un organisme aux qualités agronomiques souhaitées. En effet, il est nécessaire de
l’améliorer pendant plusieurs années afin de s’assurer que la transmission des gènes
est stable de génération en génération.
De nombreuses études ont été lancées afin d’améliorer la qualité agronomique des
espèces. Le riz doré (Oryza sativa) est l’une des succès story de ces biotechnologies.
Imaginé par des équipes de recherche de Zurich, le riz a été transformé afin de produire
en quantité de la provitamine A (bêta-carotène) afin de répondre à des carences dans
la population. L’originalité de ce développement vient du fait qu’une voie de
biosynthèse entière a été incorporée. Néanmoins, le riz doré est un sujet à controverse
puisque son efficacité sur des populations en carence en vitamine A la consommant
n’a pas été clairement déterminée. L’opposition, menée par Greenpeace, soulève un
manque de connaissance et de réel bénéfice sur cet organisme modifié alors que les
compagnies telles que Monsanto ou Syngenta soutiennent un bienfait santé.
Plus récemment, l’apparition de la technologie du CRISPR-Cas9, applicable sur
tout type d’organisme vivant avec un effet immédiat, révolutionne les biotechnologies.
CRISPR signifie Clustered Regurlarly InterSpaced Palindromic Repeats, correspon-
dant à des séquences ADN répétées entre deux gènes découverts chez Escherichia
coli, Cas9 correspondant à une enzyme spécialisée dans la coupure de l’ADN double
brin. L’action de CRISPR-Cas9 a été démontrée par la résistance à des infections
virales chez Streptococcus thermophiles. CRISPR permet de détecter l’ADN viral et
Cas9 permet de le couper pour le lyser et ainsi détruire le virus. Détourné, ce système
peut couper de façon précise des sections de l’ADN par modification de la sonde
ARN attaché à l’enzyme Cas9. De cette manière, des gènes ont pu être inhibés,
stimulés ou remplacés.
Longtemps débattus, les organismes engendrés par cette technologie sont considérés
comme étant des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et répondent donc
à la même réglementation. Cette technologie est en plein essor car facile à mettre en
place et peu onéreuse contrairement aux autres techniques de transformation déve-
loppées jusqu’à aujourd’hui.
Une des principales méthodes alternatives aux produits de synthèse chimique est
l’utilisation de produits de biocontrôle et de biostimulation.
Le biocontrôle peut être défini de manière très générale comme « toute méthode,
produit ou organisme fondé sur la gestion des équilibres des populations de bio
agresseurs et limitant leur éradication systémique » (IBMA, 2014). Il sert donc à
contrôler les populations de nuisibles (ravageurs et agents pathogènes), afin de main-
tenir les dégâts causés sur une espèce végétale cultivée en dessous du seuil de nuisi-
bilité économique supportable par le producteur. La définition Européenne des
biostimulants est la suivante : « Un biostimulant des végétaux est un produit qui
stimule les processus de nutrition des végétaux indépendamment des éléments nutri-
tifs qu’il contient, dans le seul but d’améliorer une ou plusieurs des caractéristiques
suivantes des végétaux ou de leur rhizosphère :
a) l’efficacité d’utilisation des éléments nutritifs ;
b) la tolérance aux stress abiotiques ;
c) les caractéristiques qualitatives ;
d) la disponibilité des éléments nutritifs confinés dans le sol ou la rhizosphère. »
De manières très intéressantes, ces biotechnologies de biocontrôle et de biostimulation
sont relativement récentes et basées sur l’utilisation de macroorganismes, et/ou de
microorganismes, et/ou de médiateurs chimiques et/ou de substances naturelles.
Par exemple la société M2i a développé toute une gamme de produit à base de
médiateurs chimiques pour lutter contre les principaux insectes des cultures. Il s’agit
de phéromones et de kairomones qui vont perturber et limiter le cycle de dévelop-
pement des insectes par confusion sexuelle.
Les produits à base de microorganismes se développent également très fortement.
La société BIOVITIS développe et commercialise une gamme de produits innovants à
base de microorganismes pour la biostimulation et le biocontrôle des végétaux.
Ces technologies s’appuient sur la sélection et la formulation de souches microbiennes
vivantes, fongiques ou bactériennes pour une application au sol ou sur la plante. Ainsi
certaines souches tels que Azotobacter spp ou Bacillus spp sont capables de solubiliser le
phosphore, ou d’assimiler l’azote atmosphérique puis de le restituer à la plante, ou encore
de capter le fer et les métaux. Ces microorganismes sont utilisés comme biostimulant
des plantes. Les microorganismes comme Pythium oligandrum ou Peanibnacillus spp
capables d’inhiber le développement des agents phytopathogènes.
Les biotechnologies végétales ont aussi permis l’obtention d’amélioration agrono-
mique majeure sur des plantes largement cultivées comme la maturation retardée de
la tomate et d’autres fruits charnus grâce à la modification d’enzyme amenant à la
synthèse de l’éthylène. L’éthylène est une hormone permettant d’accélérer la matu-
ration des fruits. La réduction de la synthèse d’éthylène entraîne un retard dans le
déclenchement de la maturation. Des processus liés à l’éthylène similaires ont été
appliqués à des plantes ornementales afin de retarder la sénescence des fleurs permet-
tant de conserver des fleurs coupées fraîches plus longtemps.
Parfois, la simple utilisation des propriétés naturelles des plantes, sans transforma-
tion structurale ou génomique, permet d’aboutir à une production industrielle via
les biotechnologies. C’est le cas des plantes stressées, ces plantes excrétant des subs-
tances utiles pour leur protection ou leur développement. Leur action consiste à
bloquer les possibles agresseurs d’une plante que ce soit des insectes, des champignons
ou même des animaux. La protection contre le broutage des herbivores est souvent
citée (Christensen et al., 2018). Suite à une première agression, la plante va émettre
7
Biotechnologie jaune
8
Biotechnologie rouge
Les premières cultures cellulaires végétales in vitro sont devenues des outils indus-
triels. Par l’absence de toute spécificité chez ces organismes mais par leur capacité
à produire une grande diversité de molécules, l’action d’élicitation de ces cellules
est primordiale pour leur faire synthétiser des molécules actives cibles. Plusieurs
étapes sont nécessaires afin d’aboutir à des processus d’industrialisation. Les cultures
cellulaires végétales in vitro sont mises au point sur des surfaces axéniques solides
afin de développer ce que l’on appelle les cals ou callus. Ce sont des amas de
cellules indifférenciées difficile à produire en grande quantité dans ces conditions.
Ces cellules sont habituellement transmises dans un milieu liquide où la croissance
est optimisée. Par la suite l’ajout d’éliciteurs qu’ils soient biotique ou abiotique
permet la synthèse accrue de molécules cibles. De taxol® ou paclitaxel, molécule
anticancéreuse, utilisée en chimiothérapie grâce à ses propriétés antimitotiques est
produit à l’origine à partir d’écorce d’If (Taxus baccata). Les rendements et l’exploi-
tation des arbres n’étant ni important, ni renouvelable, la production de taxol® a
pu être réalisée sur des cellules indifférenciées en suspension. C’est l’entreprise
allemande Python qui a mis au point des lignées cellulaires capables de produire
cette molécule d’intérêt. Parallèlement, la synthèse chimique de la molécule a pu
être réalisée par Holton and Nicolau (1994). L’optimisation des cellules de Taxus
baccata s’est poursuivie et des stratégies de dérivation de voie de biosynthèse pour
améliorer les rendements notamment l’application de stress ont été développées
(Sarmadi et al., 2018). Les anti-cancer, la vincristine et vinblastine des alcaloïdes
issus de la pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), le colorant la shikonine
isolée à partir de grémil pourpre (Lithospermum erythrorhizon), l’antioxydant l’acide
rosmarinique extrait du Coleus (Coleus blumeii) ou le psychotrope, la nicotine grâce
au tabac (Nicotiana tabaccum) et bien d’autres affichent des rendements moléculaires
supérieurs à l’extraction des plantes de façon conventionnelle. Ces systèmes de
production sont très coûteux et difficiles à monter en échelle. C’est pourquoi les
cellules indifférenciées végétales in vitro sont régulièrement utilisées brutes, simple-
ment lyophilisées. Le groupe Seppic, grâce à leur structure biotechMarine, les
commercialise sous forme lyophilisées avec leur gamme celtosomeTM. L’entreprise
Naolys a développé une gamme entière cosmétique à partir de cette technologie qui
reste perfectible afin d’augmenter les teneurs en molécules végétales actives tout en
baissant le prix de revient.
9
Biotechnologie bleue
Cosmetics/
Nutraceuticals
Figure 6.4
les différentes applications des microalgues (sudhakar et al., 2019)
(Field et al., 1999). En fixant le CO2 pour leur croissance, elles vont contribuer à
diminuer l’impact de l’effet de serre. Des sociétés comme ALGOMED (Allemagne)
ou ALLMICROALGAE (Portugal) exploitent ce C02 rejeté par des cimenteries afin
de produire des microalgues en large quantité pour divers secteurs d’activité.
Ces microalgues ont une histoire évolutive complexe, qui est distincte de celle des
plantes et des autres organismes photosynthétiques, car elle résulte de deux évènements
endosymbiotiques (Figure 5).
Primary endosymbiosis
EGT Glaucophytes
Heterotrophic host cell 1 Red algae
Gene transfer
Secondary endosymbiosis
Autotrophic
green alga Autotrophic
red alga
EGT
Heterotrophic Gene Host cell with
host cell 2 green algal genes Gene Host cell with Diatoms
loss
and greeen plastid loss green algal genes
and red plastid
Figure 6.5
représentation schématique de l’hypothèse d’endosymbiose de l’évolution des microalgues
(moustafa et al., 2009) 24
Asie, de thé, café, jus de fruit et bière en Asie, de pâtes en France… Le colorant
bleu des célèbres Smarties de Nestlé en est également extrait.
9.4. Santé
Les microalgues sont riches en métabolites qui ont montré leur potentiel dans le
traitement de pathologies. Des extraits, qui présentent une activité anticancéreuse,
contiennent notamment des caroténoïdes, des polysaccharides, des dérivés de phénol,
des polycétides, et des alcaloïdes (Abd El-Hack et al., 2019 ; Shanab et al., 2012). 30, 1
Les polysaccharides présentent, en plus de leur activité anticancéreuse, un éventail
d’activités biologiques comme des activités antioxydantes, anticoagulantes, antivirales,
antiallergiques, antiadhésives, anti-angiogéniques et anti-inflammatoires (Posocco
et al., 2015 ; Cardoso et al., 2016). 27, 6
La fucoxanthine, un caroténoïde présent dans les microalgues, les diatomées et les
algues brunes, possède également des propriétés anticancéreuses telles que la stimu-
lation de gènes suppresseurs et l’arrêt du cycle cellulaire (Talero et al., 2015). 33
La cryptophycine extraite de Nostoc sp présente une activité antitumorale chez des
7 lignées cellulaires tumorales humaines (Carmichael, 1992). La borophycine extraite
de Nostoc spongiaeforme var. tenue et N. linckia montre un effet anticancéreux (Banker
and Carmeli, 1998).
Ainsi si les microalgues sont utilisées depuis des millénaires, principalement pour
la nutrition humaine, le panel d’applications possibles à partir de ces organismes
photosynthétiques large.
Seule une dizaine de microalgues est aujourd’hui sur le marché : spirulines, chlo-
relles et algues des genres Crypthecodinium, Dunaliella, Haematococcus, Ulkenia.
Le nombre annuel d’articles scientifiques publiés sur les microalgues dans le monde
a été multiplié par six en dix ans. Soutenue par plus de 400 acteurs, la filière est
dynamique, adossée à de nombreux clusters de recherche. Avec plus du tiers des
entreprises dédiées aux microalgues, l’Europe en est un acteur clé. La France, bien
positionnée, compte plus de 70 acteurs.
9.5. Environnement
Le secteur de l’énergie et de l’habitat se tourne de plus en plus en plus vers les
microalgues. En effet, elles sont naturellement dépolluantes : elles aspirent et
capturent le CO2 pour ensuite rejeter de l’oxygène. La fermentation de ces micro-
algues permet de produire du biogaz utilisable comme carburant pour les véhicules
verts. Une fois séchées, les microalgues peuvent également être exploitées en
biomasse. En fait, tout au long de leur cycle de vie, les microalgues peuvent être
exploitées. Ainsi, plusieurs entreprises ont réussi à mettre au point des systèmes dans
lesquels les microalgues sont directement implantées dans les bâtiments afin d’amé-
liorer leur rendement énergétique. Avec les nouvelles normes environnementales
entrées en vigueur dans le cadre de la transition énergétique, plusieurs acteurs du
secteur de l’énergie voient là l’opportunité de développer des solutions complètes
et peu coûteuses qui pourraient facilement être déployées dans les grandes agglo-
mérations où la question écologique est tout aussi préoccupante que celle de l’appro-
visionnement énergétique.
En Suisse, des photo-bioréacteurs à base de microalgues sont couplés à des panneaux
solaires. Des tubes de plusieurs dizaines de mètres sont remplis d’eau et de microalgues
pour dépolluer l’air. L’installation sert aussi à produire de l’énergie. C’est une entre-
prise franco-néerlandaise, The Cloud Collective, qui est à l’origine de cette structure
hybride. Une fois les microalgues en fin de vie récupérées, elles sont exploitées pour
produire des biocarburants ainsi que de la biomasse.
10
Conclusion
L’engouement pour les biotechnologies industrielles fait écho, dans une large
mesure, aux grands défis mondiaux du changement climatique et de la sécurité
énergétique. Cependant, de nombreux obstacles freinent encore la croissance de ces
technologies et empêchent les différents secteurs de l’industrie d’en tirer le meilleur
profit. Grâce au développement rapide de la recherche biologique les obstacles tech-
niques ne sont pas aussi insurmontables qu’auparavant : les progrès du séquençage
de l’ADN, les avancées de la protéomique et l’émergence de la biologie de synthèse
contribuent au développement sans précédent des sciences biologiques.
Concernant les autres secteurs, les procédés biotechnologiques sont utilisés dans
la protection de l’environnement depuis très longtemps, bien avant l’invention du
terme biotechnologie, les micro-organismes et notamment les bactéries pouvant
posséder des capacités étonnantes de traitement. C’est notamment sur ce principe
que fonctionnent la plupart des stations d’épuration des eaux usées en France où des
colonies de bactéries digèrent les pollutions pour les réduire ou les supprimer.
Des effluents miniers sont également traités par ces techniques depuis quelques
années. C’est vrai également pour les déchets ménagers mis en décharge où l’activité
bactérienne permet une décomposition rapide et productrice de gaz comme le
réFérenCes bibliogrAphiques
1. Abd El-Hack, M.E., Abdelnour, S., Alagawany, M., Abdo, M., Sakr, M.A., Khafaga, A.,
Elnesr, S.S., Gebriel, M.G. 2019. Microalgae in Modern Cancer Therapy: Current Knowledge.
Biomedicine & Pharmacotherapy 111: 42–50.
2. Agteren, M. H., Keuning, S., Janssen, D. B. (1998). Handbook on Biodegradation and Biological
Treatment of Hazardous Organic Compounds (Vol. 2). Springer Netherlands.
3. Bagchi, D. (2006). Nutraceuticals and Functional Foods Regulations in the United States and
around the World. Toxicology 221: 1–3.
4. Banker, R., Carmeli., S. (1998). Tenuecyclamides A−D, Cyclic Hexapeptides from the Cyano-
bacterium Nostocs Pongiaeforme. Journal of Natural Products 61: 1248–51.
5. Borowitzka, M. (2013). High-Value Products from Microalgae-Their Development and
Commercialisation. Journal of Applied Phycology 25: 743–56.
6. Cardoso, M., Costa, R., Mano. J. (2016). Marine Origin Polysaccharides in Drug Delivery
Systems. Marine Drugs 14: 34.
7. Carmichael, W.W. (1992). Cyanobacteria Secondary Metabolites-the Cyanotoxins.” Journal
of Applied Bacteriology 72: 445–59.
8. Chacón-Lee, T.L., González-Mariño G.E. (2010). Microalgae for ‘Healthy’ Foods-Possibilities
and Challenges. Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety 9: 655–75.
9. Chen, G., Zhao, L., Qi, Y. (2015). Enhancing the Productivity of Microalgae Cultivated
in Wastewater toward Biofuel Production: A Critical Review. Applied Energy 137:
282–91.
10. Chen., Y.E., Fischbach., M.A., Belkaid., Y. (2018). Skin Microbiota-Host Interactions. Nature.
553 (7689), 427-436.
11. Chen, L., Long, C., Wang, D., & Yang, J. (2020). Phytoremediation of cadmium (Cd) and
uranium (U) contaminated soils by Brassica juncea L. enhanced with exogenous application
of plant growth regulators. Chemosphere, 242.
12. Christensen, S. A., Huffaker, A., Sims, J., Hunter, C. T., Block, A., Vaughan, M. M.,…
Schmelz, E. A. (2018). Fungal and herbivore elicitation of the novel maize sesquiterpenoid,
zealexin A4, is attenuated by elevated CO2. Planta, 247: 863–873.
13. Darracq, G., Couvert, A., Couriol, C., Amrane, A., & Le Cloirec, P. (2012). Removal of
Hydrophobic Volatile Organic Compounds in an Integrated Process Coupling Absorption
and Biodegradation – Selection of an Organic Liquid Phase. Water, Air, & Soil Pollution,
223(8), 4969-4997.
14. De Vaugelas, F. (2019) Les biotechnologies pénètrent le marché de la beauté. Formule Verte,
41 : 16-20.
15. Dueso, N. (s. d.). Françoise STRASSER – Société Nationale d’Intelligence Stratégique – 2 rue Brûlée
– 67000 Strasbourg. 92.
16. Elarroussia, H., Elmernissia, N., Benhimaa, R., El Kadmiria, I.M., Bendaou, N., Smouni, A.,
Wahbya, I., (2016). « Microalgae Polysaccharides a Promising Plant Growth Biostimulant. »
J. Algal Biomass Utln., 2016, sec. 7.
17. Field, C. B. 1998. « Primary Production of the Biosphere: Integrating Terrestrial and Oceanic
Components. » Science 281 (5374): 237-40.
18. Gebser, B., Georg Pohnert, G. (2013). Synchronized Regulation of Different Zwitterionic
Metabolites in the Osmoadaption of Phytoplankton. Marine Drugs 11 (6): 2168–82.
19. Hafting, J. Alan T., Critchley, M., Cornish, L., Hubley, S., Archibald, F. (2012). « On-Land
Cultivation of Functional Seaweed Products for Human Usage. » Journal of Applied Phycology
24 (3): 385–92.
20. Harpet, C. (2012). Le système de collecte des eaux usées. Les Romains n’ont rien inventé. https://
[Link]/hal-01721299.
21. Li, Y., Lammi, C., Boschin, G., Arnoldi, A., Aiello, G. (2019). “Recent Advances in Microalgae
Peptides: Cardiovascular Health Benefits and Analysis.” Journal of Agricultural and Food
Chemistry 67 (43): 11825–38.
22. Li, Y, Chen, Y., Chen, P., Min, M., Zhou, W., Martinez, B., Zhu, J., Ruan, R. (2011).
Characterization of a Microalga Chlorella Sp. Well Adapted to Highly Concentrated Municipal
Wastewater for Nutrient Removal and Biodiesel Production. Bioresource Technology 102 (8):
5138–44.
23. Ma, L. Q., Komar, K. M., Tu, C., Zhang, W., Cai, Y., & Kennelley, E. D. (2001). A fern
that hyperaccumulates arsenic. Nature, 411(6836), 438–438.
24. Moustafa, A., B. Beszteri, U. G. Maier, C. Bowler, K. Valentin, and D. Bhattacharya. 2009.
« Genomic Footprints of a Cryptic Plastid Endosymbiosis in Diatoms. » Science 324 (5935):
1724–26.
25. Prasad, R. (Éd.). (2017). Mycoremediation and Environmental Sustainability : Volume 1. Springer
International Publishing.
26. Phwan, Chai Kee, Chew, K.T., Sebayang, A.H., Chyuan Ong, H., Ling, T.C., Malek, M.A.,
Ho, Y.C., Show, P.L. (2019). Effects of Acids Pre-Treatment on the Microbial Fermentation
Process for Bioethanol Production from Microalgae. Biotechnology for Biofuels 12: 191.
27. Posocco, B., Dreussi, E., de Santa, J., Toffoli, G., Abrami, M., Musiani, F., Grassi, M., et al.
(2015). Polysaccharides for the Delivery of Antitumor Drugs. Materials 8 : 2569–2615.
28. Pulz, O., Gross, W. (2004). Valuable Products from Biotechnology of Microalgae. Applied
Microbiology and Biotechnology 65: 635–48.
29. Ramachandra, T.V., Madhab, M.D., Shilpi, S., Joshi, N.V. (2013). Algal Biofuel from Urban
Wastewater in India: Scope and Challenges. Renewable and Sustainable Energy Reviews 21:
767–77.
30. Shanab, S., Soha S.M., Shalaby, E.M., Mahmoud, G.I. (2012). Aqueous Extracts of Microalgae
Exhibit Antioxidant and Anticancer Activities. Asian Pacific Journal of Tropical Biomedicine 2:
608–15.
31. Stirk, A., Ördög, V., Novák, O., Rol ík, J., Strnad, M., Bálint, P., van Staden, J. (2013).
« Auxin and Cytokinin Relationships in 24 Microalgal Strains. » Edited by R. Bassi. Journal
of Phycology 49: 459–67.
32. Sudhakar, M.P., B. Ramesh Kumar, Thangavel Mathimani, and Kulanthaiyesu Arunkumar.
(2019). A Review on Bioenergy and Bioactive Compounds from Microalgae and Macroalgae-
Sustainable Energy Perspective. Journal of Cleaner Production 228: 1320–33.
33. Talero, El., García-Mauriño, S., Ávila-Román, J., Rodríguez-Luna, A., Alcaide, A., Motilva,
V. (2015). « Bioactive Compounds Isolated from Microalgae in Chronic Inflammation and
Cancer. » Marine Drugs 13: 6152–6209.
34. Thomma, B. P. H. J., Tierens, K. F. M., Penninckx, I. A. M. A., Mauch-Mani, B., Broekaert,
W. F., & Cammue, B. P. A. (2001). Different micro-organisms differentially induce Arabidopsis
disease response pathways. Plant Physiology and Biochemistry, 39: 673–680.
35. Yoshikawa, M. Diverse modes of action of biotic and abiotic phytoalexin elicitors. Nature,
1978, 275, 546–547.
36. Wei, X., Lyu, S., Yu, Y., Wang, Z., Liu, H., Pan, D., Chen, J. (2017). Phylloremediation of
Air Pollutants : Exploiting the Potential of Plant Leaves and Leaf-Associated Microbes. Frontiers
in Plant Science, 8.