0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
27 vues22 pages

Biotechnologies et durabilité en cosmétique

Ce chapitre traite des différents types de biotechnologies et de leurs applications possibles. Il définit la biotechnologie et présente cinq grands domaines d'application: la médecine, l'industrie, l'environnement, l'agriculture et l'alimentation, et la vie marine.

Transféré par

eyeeyey
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
27 vues22 pages

Biotechnologies et durabilité en cosmétique

Ce chapitre traite des différents types de biotechnologies et de leurs applications possibles. Il définit la biotechnologie et présente cinq grands domaines d'application: la médecine, l'industrie, l'environnement, l'agriculture et l'alimentation, et la vie marine.

Transféré par

eyeeyey
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

CHAPITRE 6

Ces biotechnologies
qui révolutionnent notre société
J. GERBORE, J.B. GUYON, A. DREUX-ZIGHA, F. TERRISSE,
E. RANOUILLE, J.Y. BERTHON, E. FILAIRE

1
Introduction

Entre urgence climatique et demande des consommateurs, les acteurs de la cosmé-


tique s’inscrivent de plus en plus dans une démarche de durabilité, l’une des méthodes
pour y parvenir consistant à avoir recours aux biotechnologies.
« La biotechnologie est définie comme l’application de la science et de la technologie à
des organismes vivants, de même qu’à ses composantes, produits et modélisations, pour
modifier des matériaux vivants ou non-vivants aux fins de la production de connaissances,
de biens et de services » (OCDE). Au cours de la dernière décennie, les progrès de la
biotechnologie se sont accélérés rapidement. Il s’agit d’une discipline scientifique complexe
et exigeante – une discipline qui est dominée par des entreprises innovantes et performantes.
Plus précisément, les modes de consommation évoluant plus que jamais, les
consommateurs sont en quête de produits éthiques, respectueux de l’environnement
et des hommes. Ceci est très présent au sein du marché de la cosmétique, marché
qui a une croissance annuelle de 6 % et qui devrait atteindre les 716 milliards d’euros
de chiffre d’affaires d’ici à 2025. Ce marché connaît à l’heure actuelle un engouement
important pour les produits biosourcés (De Vaugelas, 2019). Les biotechnologies
représentent près de 5 % du marché des cosmétiques. Elles offrent de nouvelles
perspectives pour le développement de nouveaux ingrédients ou actifs cosmétiques
et permettent de s’affranchir de certains solvants utilisés dans les méthodes classiques
d’extraction pouvant s’avérer toxiques notamment pour l’environnement. Pour le
Dr Berthon, président directeur général du Groupe Greentech, « la biotech est une
technologie propre, n’utilisant pas de solvants chimiques et toxiques. Elle permet la
substitution de produits de synthèse par des produits naturels ».
Dans ce chapitre sera réalisé un tour d’horizon des différents types de biotechnologies
avec les applications possibles.

350823CXJ_COMPOAA.indb 81 20/08/2020 12:12


82 Composition des produits Cosmétiques

2
Définition des biotechnologies

Le terme « Biotechnologie » est récent et a été utilisé par Karl Ereky en 1919 dans
un livre intitulé « La biotechnologie de la viande, la graisse et la production de lait
dans une agriculture à grande échelle ». Ce terme se compose du préfixe « bio » du
grec bios, vie, et de « technologie », dérivé du grec tekhnología, littéralement « traité
ou dissertation sur un art ». Il désigne ainsi les outils et les techniques qui ont prise
sur la vie, avec l’objectif de la modifier, de l’apprivoiser.
Le dictionnaire « The Oxford English Dictionary » définit la biotechnologie comme
« l’exploitation de processus biologiques à des fins industrielles et autres, i.e la manipulation
génétique de micro-organismes pour la production d’antibiotiques, d’hormones, etc. »
À côté de cette définition « large » il existe des définitions plus étroites selon les
pays et les continents en lien avec les réglementations associées.
L’OCDE définit la biotechnologie comme « l’application de la science et de la
technologie à des organismes vivants, de même qu’à ses composantes, produits et
modélisations, pour modifier des matériaux vivants ou non-vivants aux fins de la
production de connaissances, de biens et de services ».
En Europe, la fédération européenne des biotechnologies (EFB, [Link].
org), définit la biotechnologie comme l’utilisation intégrée de la biochimie, la micro-
biologie et les sciences de l’ingénieur pour développer des applications techniques (indus-
trielles) basées sur l’utilisation des microorganismes, tissus cellulaires, ou leurs dérivés.
Les biotechnologies trouvent des applications dans des secteurs variés et sont
regroupées au sein d’une classification identifiée par un système de couleur (Figure 6.1).

Applications Le végétal
médicales (agriculture,
alimentation,
OGM...)

La vie marine

Biotech.
industrielle
Environnement

Figure 6.1.
Les cinq couleurs des biotechnologies.

350823CXJ_COMPOAA.indb 82 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 83

Ainsi, on retrouve cinq groupes principaux identifiés de la manière suivante :


• Les biotechnologies rouges (Médecine)
Elles concernent les domaines de la santé, du médicament, du diagnostic, de l’ingé-
nierie tissulaire ainsi que le développement de procédés génétiques ou moléculaires
ayant une finalité thérapeutique. C’est dans cette catégorie que les efforts les plus
importants ont été entrepris. Il s’agit notamment de la production de vaccins et
d’antibiotiques, du diagnostic moléculaire, des thérapies régénératives/génétiques etc.
Parmi les principaux médicaments nous pouvons citer l’insuline humaine, les hormones
de croissance, les facteurs antihémophiliques ou les anticorps, ou encore les médicaments
relevant de la chimie de synthèse, mais dont la conception a fait appel aux biotechno-
logies, à travers par exemple l’identification d’une cible cellulaire nouvelle.
Les techniques de séquençage de l’ADN sont de ces biotechnologies rouges qui
sont à l’origine d’une véritable révolution dans le secteur de la médecine humaine.
En effet, mieux comprendre la manière dont s’organise l’information génétique a
permis de faire un lien avec de nombreuses pathologies. À tel point que les biomarqueurs
génétiques, ces signatures qui témoignent de l’activité d’une maladie au niveau des
gènes, semblent sur le point de devenir la clé d’une médecine personnalisée.

• Les biotechnologies blanches (Industrie)


Elles ont pour objet la fabrication de produits (polymères, édulcorants, acides
aminés, etc.), l’invention de procédés (bioraffinerie) ou la production de bioénergie
à l’échelle industrielle à partir de l’utilisation de la biomasse qui est considérée comme
une matière première renouvelable. Ces matières premières (maïs, paille, sucre,
betterave, bois, oléagineux, etc.) sont transformées en produits finis (acides aminés,
enzymes, produits pharmaceutiques, ingrédients, polymères, édulcorants tensioactifs,
bioplastique, bioéthanol, etc.), généralement grâce à des micro-organismes. Ces
méthodes illustrent la transition progressive de notre système industriel depuis les
matières premières primaires fossiles vers les matières biologiques renouvelables.
Ces biotechnologies s’inscrivent dans un objectif de développement durable via
l’utilisation de sources de carbone renouvelables autre que le carbone fossile, le recours
à des réactions à température normale (économie d’énergie), l’absence de solvants et
une consommation d’eau souvent très réduite et la valorisation des coproduits (économie
circulaire). Ces méthodes aboutissent au concept de « bioraffineries intégrées » où, à
partir de matières premières végétales (plantes entières, résidus, micro-organismes),
différents produits sont obtenus et utilisés pour divers domaines industriels (alimentaires,
biocarburants, biomatériaux, additifs, pharmacie, enzymologie, etc.). La transformation
de la plante entière par des procédés de bioconversion présente trois atouts : elle permet
d’optimiser le rendement énergétique à l’hectare ; elle limite les surfaces nécessaires et
génère moins de déchets. Ces avantages placent l’optimisation des procédés de
bioconversion au rang des priorités technologiques mondiales.

• Les biotechnologie Jaune (Environnement)


C’est le domaine des technologies directement liées à la préservation de l’environ-
nement et à la dépollution : traitement des eaux usées, revalorisation des déchets et
résidus solides, épuration des gaz résiduels et de l’air ou encore bioremédiation des
milieux pollués (sols, eaux et sédiments). Ces applications peuvent être divisées en deux
branches principales : l’élimination des polluants et/ou des contaminants et l’entretien
de la biodiversité. À titre d’exemple nous pouvons citer l’utilisation de microorganismes
et de plantes pour dépolluer les sols des métaux lourds ou hydrocarbures.

350823CXJ_COMPOAA.indb 83 20/08/2020 12:12


84 Composition des produits Cosmétiques

Les biotechnologies jaunes concernent également la production d’énergies. Nous


pouvons citer la production de biocarburants, une énergie plus propre du point de vue
écologique, en comparaison aux carburants fossiles. Le raffinage des graines oléagineuses,
par exemple, amène à la production d’huiles destinées à l’élaboration de biodiesel ou de
biolubrifiants. Cependant, dans une vision de développement durable, les biotechnologies
jaunes doivent concerner la production d’énergies renouvelables issues de la transforma-
tion de biomasses dont la régénération de la ressource utilisée est au moins égale à sa
consommation et n’entre pas en compétition avec les biomasses destinées à l’alimentation.

• Les biotechnologies Vertes (Agriculture)


Les biotechnologies vertes, appelées également végétales, permettent d’ouvrir des
pistes pour relever les défis posés à l’agriculture : assurer la production alimentaire
et énergétique tout en préservant l’environnement. L’évolution de la réglementation
et l’émergence de nouvelles attentes sociétales ont incité les agriculteurs à faire évoluer
leurs pratiques vers une production toujours plus durable, au service des populations,
de l’environnement et des territoires.
Les approches et les applications incluent la création de nouvelles variétés végétales
d’intérêt agricole, les produits de Biocontrôle alternatifs aux pesticides de synthèse
chimique ou encore les Biostimulants.

• Les biotechnologies Bleues (Marines)


Basées sur l’exploitation des ressources marines pour créer des produits et des appli-
cations d’intérêt industriel, les biotechnologies bleues sont encore à leurs balbutiements.
Contrairement aux biotechnologies rouges, vertes ou blanches (qui sont déterminées
par le marché visé), les biotechnologies bleues se définissent par leur matériau de base :
les ressources maritimes. En cela, elles peuvent avoir des usages dans la cosmétologie
(crèmes, soins du visage, thalassothérapie), l’industrie agroalimentaire (compléments
alimentaires, engrais issus du traitement des microalgues), l’énergie (biocarburants de
deuxième et troisième générations) ou encore pharmacologie. Considérant que la mer
représente la plus grande biodiversité, il y a un grand potentiel pour une large gamme
de secteurs à bénéficier de l’utilisation de ce type de biotechnologie.
Enfin il faut souligner l’émergence d’une nouvelle biotechnologie, celle des insectes.
Porté par Ynsect, entreprise pionnière de cette biotech, la jeune société développe des
technologies de production et de transformation des insectes pour fournir des produits
et services dans les secteurs de la chimie verte, de l’agroalimentaire et de l’agriculture.

3
Les biotechnologies au cours de l’histoire

Les biotechnologies ont un long passé et sont nées avec la culture et l’élevage,
lorsque l’Homme a commencé à intervenir sur la nature et à remodeler l’environne-
ment dans lequel il se développait. Il s’agit donc de techniques très anciennes mais
qui aujourd’hui possèdent une puissance transformatrice sans précédent. Cette période

350823CXJ_COMPOAA.indb 84 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 85

dite de « biotechnologie ancienne » avant 1800 a concerné l’histoire de la domesti-


cation et de l’agriculture, l’apparition des premiers aliments fermentés (Pain, yaourt,
fromage, alcools…)
La fin de cette période est marquée par la découverte par Louis Pasteur du lien
direct entre la levure et les sucres en fermentation en 1866 et en 1915 la production
industrielle de la levure boulangère. Cette nouvelle période des biotechnologies
classique (De 1800 au milieu du XXe siècle) correspond à une phase d’exploitation
industrielle du procédé de fermentation pour la production d’un grand nombre de
produits de différents types : (bière, vin, cidre…), Vinaigre, Glycérine, Acétone,
Butanol, Acide lactique, Acide citrique, Antibiotiques, Etc.
Enfin la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle des découvertes et
avancées scientifiques fortes ont été faites marque le début de l’aire « moderne » des
biotechnologies : elles ont ouvert la voie à la biotechnologie moderne et à son état
actuel.

4
Panorama du secteur industriel
des biotechnologies

L’industrie Européenne des biotechnologies représente 170 000 emplois directs


et 700 000 emplois indirects en 2016. Avec plus de 30 00 entreprises de biotechnologie
et 25 000 entreprises de technologies médicales, l’Europe est bien positionnée sur la
scène internationale. Une présentation du panorama des biotechnologies en France
réalisé par Business France indique que la France est le 3e pays d’Europe qui compte
le plus d’entreprises de biotech, après l’Allemagne et le Royaume-Uni (BiotechGate,
in La French Health Tech, 2017) et le 2e en nombre de produits de biotechnologie
en développement (source France Biotech)

Thérapeutique humaine
69 %
Dispositifs médicaux et diagnostic
45 %
Thérapeutique animale
23 %
Matériels et réactifs
21 %
Alimentation humaine et animale
18 %
Cosmétique
17 %
Bio-informatique
16 %
Environnement et bio-énergie
9%

0 10 20 30 40 50 60 70 80

Figure 6.2
principales activités des sociétés interrogées (source : France biotech, 364 sociétés, octobre 2018)

350823CXJ_COMPOAA.indb 85 20/08/2020 12:12


86 Composition des produits Cosmétiques

Aujourd’hui, le secteur des biotechnologies s’exprime fortement dans le domaine


de la santé (HealthTech) comme dit précédemment, mais d’autres secteurs progressent
fortement comme ceux liés aux problématiques environnementales regroupant des
domaines variés tels que les biocarburants, le biocontrôle, le traitement de l’air/eau,
le recyclage et la valorisation de déchets (Figure 3). En France ce secteur se nomme
« BioCleanTech »

AGRICULTURE ET ALIMENTATION

50 %
AUTRES
TRAITEMENT DE
L’EAU ET DE L’AIR
8% BIOMASSE
8% RECYCLAGE ET
4% VALORISATION
DES DÉCHETS
BIOCARBURANT 19 % 11 %

Figure 6.3
domaines d’applications de la biooCleAnteCh (source : France biotech, 12 sociétés, octobre 2017)

5
Les biotechnologies et l’approche
réglementaire

La biotechnologie s’est développée rapidement dans les années 1990, les découvertes
scientifiques ont ouvert de nouvelles applications dans les soins de santé, l’agriculture,
la production alimentaire et la protection de l’environnement. Dans le même temps,
la biotechnologie soulève d’importantes questions politiques et sociétales et a donné
lieu à un large débat public. Il existe une grande diversité entre les pays concernant
leur capacité à développer, appliquer et réglementer les nouveaux produits et services
biotechnologiques. Ces différences sont devenues une source de tension dans les
relations économiques internationales. Par conséquent, la biotechnologie représente
un nouveau défi pour le droit international.
Au niveau international, il n’existe pas d’instrument juridique complet unique
couvrant tous les aspects de la biotechnologie ou des produits biotechnologiques.
Cependant, un certain nombre d’accords internationaux existants sont directement
liés à la biotechnologie.
La biotechnologie a donné lieu à des débats publics mondiaux sur ses opportunités
et ses risques potentiels. La croissance de ce domaine soulève certains des problèmes

350823CXJ_COMPOAA.indb 86 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 87

les plus fondamentaux auxquels la communauté internationale est actuellement


confrontée et rend nécessaire une définition commune au niveau international pour
établir le cadre juridique et les règles de la biotechnologie. Selon l’article 2 de la
Convention des Nations unies sur la diversité biologique de 1992, la biotechnologie
est définie comme : « toute application technologique qui utilise des systèmes
biologiques, des organismes vivants ou leurs dérivés, pour fabriquer ou modifier des
produits ou des procédés à usage spécifique ». Le Protocole de Cartagena sur la
prévention des risques biotechnologiques définit la biotechnologie moderne comme
« l’application de : (a) des techniques et des techniques nucléiques in vitro, y compris
l’acide désoxyribonucléique (ADN) recombinant et l’injection directe d’acide
nucléique dans des cellules ou des organites, ou (b) la fusion de cellules au-delà de
la taxonomie famille, qui surmontent les barrières physiologiques reproductives ou
recombinantes naturelles et qui ne sont pas des techniques utilisées dans l’élevage et
la sélection traditionnels. » En l’absence d’une définition juridique plus spécifique
convenue au niveau international, la Convention sur la diversité biologique est une
référence importante.
La recherche sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) a commencé
dans les années 1970. La technologie a indiqué la possibilité de réaliser des avantages
significatifs, tels que l’augmentation de la production agricole, l’ajout de valeur
nutritive aux aliments, et certains avantages environnementaux tels que la réduction
de l’utilisation des pesticides. Le premier OGM a été créé en 1973, mais la première
usine d’OGM n’a été produite qu’en 1983. En termes de volume, les OGM de
première génération restent les plus courants. Les cultures tolérantes aux herbicides
représentent environ 73 % de la superficie commercialisée dans le monde, suivies de
la résistance aux insectes (18 %) et des gènes empilés (c’est-à-dire à la fois tolérants
aux herbicides et résistants aux insectes) 8 %. Les caractères résistants aux virus et
de qualité représentent moins de 1 % des cultures GM cultivées dans le monde.

6
Les Biotechnologies vertes

6.1. Historique
On peut faire remonter les origines de la biotechnologie verte ou (« végétale »),
technique consistant à manipuler les plantes génétiquement, à la fin du XIXe siècle,
grâce notamment aux travaux des botanistes von Sachs (qui a également établi les bases
de compréhension de l’héliotropisme et du géotropisme chez les végétaux), et Knop,
qui a démontré la possibilité de cultiver des plantes dans des solutions nutritives adap-
tées mettant ainsi en évidence l’hydroponie. Ces découvertes ont permis par la suite
de définir les éléments minéraux indispensables pour le développement des plantes et
poser les premières pierres de la culture in vitro végétale (biotechnologie majeure).

350823CXJ_COMPOAA.indb 87 20/08/2020 12:12


88 Composition des produits Cosmétiques

Des fragments de plantes, souvent tiges, racines ou feuilles sont déposés dans des
solutions adéquates à la croissance permettant l’obtention de plusieurs échantillons
d’une même plante identique. Cette technique aussi dénommée micropropagation
met en évidence la multiplication végétative, processus spécifique des plantes consis-
tant à la faculté des cellules végétales à se multiplier et s’organiser en tissus différen-
ciés permettant d’obtenir des plants d’un individu identique. Cette propriété des
plantes est également appelée totipotence des cellules végétales.
Au début des années 1900, le botaniste Haberlandt à supposer que l’ensemble des
plantes était capable de totipotence, sans jamais pouvoir le démontrer. En effet, à
cette époque des substances telle que les hormones végétales étaient inconnues. Son
hypothèse a été démontrée bien plus tard dans les années 1950, notamment grâce
aux travaux du botaniste Campion Steward (1958) qui isola des fragments de tissu
phloémien de racine de carotte (Daucus carota). Il déposa ces fragments dans un
milieu contenant des éléments inorganiques, comme exposé par Knop (1860), du
saccharose et du lait de coco qu’il savait riche en facteurs de croissances végétaux.
Il constata dans ces cultures liquides que des cellules individuelles restaient en suspen-
sion. De plus, ces cellules semblaient croître et se multiplier sans pouvoir se diffé-
rencier en racine. Transférer dans un milieu solide, composé d’agar, les cellules en
suspensions développa des organes comme les tiges et les feuilles. Une fois déposés
en terre, des fleurs et des graines étaient obtenues. Cette expérience, démontrée par
la suite par Haberlandt (1965) sur des tissus de Nicotiana tabaccum (tabac), a mis
en évidence que des cellules isolées d’un tissu spécifique avaient le potentiel génétique
de développer une plante complète. Dans la même veine, Morel et Martin, à
l’I.N.R.A. de Versailles, régénèrent des plantes entières saines de dahlia, variété
« le Rêve », indemnes de virus à partir de culture de méristèmes de plants infectés
par trois virus différents. De la même manière ils sauveront la variété de pomme de
terre « la Belle de Fontenay » en 1954.
Aujourd’hui ces découvertes sont très utiles pour l’agroalimentaire notamment,
par la multiplication d’individu à forte croissance/rendement et la sélection d’individu
dépourvu de pathogènes. En effet, cette biotechnologie se révèle très efficace pour
éliminer la présence de certains virus dans des cultures par la micropropagation de
méristèmes, tissu naturellement dépourvu de virus permettant de régénérer une plante
saine. De nombreuses autres techniques ont été développées à partir de ces découvertes
telles que l’embryogenèse somatique, le sauvetage d’embryon, l’haplodiploïdisation
ou l’obtention de protoplaste. Toutes permettent de régénérer des plantes entières.
Les protoplastes sont couramment utilisés afin d’obtenir de nouvelles variétés.
Ils sont obtenus par digestion enzymatique des parois pecto-cellulosiques des cellules
végétales. Les cellules simplement entourées de leur cytoplasme sont appelées proto-
plaste. Le principe est de fusionner deux protoplastes intégrant des caractères géné-
tiques bénéfiques pour développer une nouvelle variété. L’une des premières espèces
à avoir été sélectionnées et industrialisées grâce aux biotechnologies est le maïs
(Zea mays). Les variétés hybrides obtenues ont permis d’augmenter les rendements
par trois comparé à la variété ancestrale. En France, c’est en 1957 que l’INRA (Institut
Nationale de Recherche Agronomique) met à disposition des agriculteurs des souches
hybrides de maïs adaptées à nos climats.
Un des événements les plus marquants en biotechnologie verte a été la découverte
de la double hélice de l’ADN en 1953 puis du code génétique en 1960. Les enzymes
de restriction donnent également l’un des outils les plus utilisés pour la manipulation

350823CXJ_COMPOAA.indb 88 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 89

de l’ADN (Aber et al. 1965). La transformation des organismes est alors lancée
lorsque Van Montagu et Schell (1975) découvrent Agrobacterium tumefaciens et le
transfert d’information de ces bactéries grâce à des plasmides (ADN circulaire).

6.2.  ecœurdesbiotechnologiesvégétales :
L
la modification du génome
L’essentiel des biotechnologies végétales est orienté vers la manipulation du génome.
L’ADN recombinant des plantes ainsi mis en place a pour avantage d’incorporer des
gènes individuels dans des organismes de façon simple et précise et permet de s’affran-
chir des barrières intergénétiques empêchant à deux espèces bien distinctes de se
croiser naturellement. La bactérie du sol, Agrobacterium tumefaciens induit la forma-
tion de tumeur par l’insertion d’un ADN-T qu’il porte, aussi appelé plasmide au
niveau des racines des organismes angiospermes infectés. Les chercheurs ont pu
remplacer ce gène de tumeur du plasmide-T par un gène d’intérêt et l’insérer dans
les plantes qu’ils souhaitaient. Les organismes ainsi transformés ont été sélectionnés
en suivant les règles de la ségrégation mendélienne. Par la suite, de nouvelles tech-
niques ont été apportées afin d’améliorer l’incorporation des gènes tel que l’électro-
poration, consistant à induire un choc électrique de haut voltage ou la biolistique
projetant à grande vitesse des particules (souvent d’or ou de tungstène) sur un tissu
végétal, le blessant et permettant l’incorporation de l’ADN. L’ingénierie génétique
est un outil très efficace chez les dicotylédones et certaines monocotylédones. Malgré
cela, l’introduction d’un gène à lui seul ne suffit pas pour garantir la production
d’un organisme aux qualités agronomiques souhaitées. En effet, il est nécessaire de
l’améliorer pendant plusieurs années afin de s’assurer que la transmission des gènes
est stable de génération en génération.
De nombreuses études ont été lancées afin d’améliorer la qualité agronomique des
espèces. Le riz doré (Oryza sativa) est l’une des succès story de ces biotechnologies.
Imaginé par des équipes de recherche de Zurich, le riz a été transformé afin de produire
en quantité de la provitamine A (bêta-carotène) afin de répondre à des carences dans
la population. L’originalité de ce développement vient du fait qu’une voie de
biosynthèse entière a été incorporée. Néanmoins, le riz doré est un sujet à controverse
puisque son efficacité sur des populations en carence en vitamine A la consommant
n’a pas été clairement déterminée. L’opposition, menée par Greenpeace, soulève un
manque de connaissance et de réel bénéfice sur cet organisme modifié alors que les
compagnies telles que Monsanto ou Syngenta soutiennent un bienfait santé.
Plus récemment, l’apparition de la technologie du CRISPR-Cas9, applicable sur
tout type d’organisme vivant avec un effet immédiat, révolutionne les biotechnologies.
CRISPR signifie Clustered Regurlarly InterSpaced Palindromic Repeats, correspon-
dant à des séquences ADN répétées entre deux gènes découverts chez Escherichia
coli, Cas9 correspondant à une enzyme spécialisée dans la coupure de l’ADN double
brin. L’action de CRISPR-Cas9 a été démontrée par la résistance à des infections
virales chez Streptococcus thermophiles. CRISPR permet de détecter l’ADN viral et
Cas9 permet de le couper pour le lyser et ainsi détruire le virus. Détourné, ce système
peut couper de façon précise des sections de l’ADN par modification de la sonde
ARN attaché à l’enzyme Cas9. De cette manière, des gènes ont pu être inhibés,
stimulés ou remplacés.

350823CXJ_COMPOAA.indb 89 20/08/2020 12:12


90 Composition des produits Cosmétiques

Longtemps débattus, les organismes engendrés par cette technologie sont considérés
comme étant des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) et répondent donc
à la même réglementation. Cette technologie est en plein essor car facile à mettre en
place et peu onéreuse contrairement aux autres techniques de transformation déve-
loppées jusqu’à aujourd’hui.

6.3. Domaine d’Application

6.3.1. Biostimulant et biocontrôle


L’un des premiers leviers pour améliorer la gestion, la qualité et le rendement des
itinéraires culturaux est la sélection variétale et la modification génétique.
L’une des études de cas les plus connus est le maïs (Zea mays) ou le coton (Gossypium
herbaceum) transgénique dit bt pour Bacillus thuringiensis. Ces organismes génétique-
ment modifiés par l’intégration du gène de bt du microorganisme deviennent résistants
en ciblant et tuant certains de leurs pathogènes (lépidoptères et coléoptères), principa-
lement les larves. La tolérance de ces nouvelles plantes a eu un grand succès, leur culture
est devenue répandue en Inde ou encore en Chine, pour le coton notamment. Cepen-
dant, cette pression de sélection induite sur les pathogènes à grande échelle crée les
premiers cas de souche résistante au bt en 2009 en Inde et mettant en péril le modèle
économique.
Des plantes transgéniques résistantes aux herbicides à spectre large ont également
été développées, comme par exemple le Maïs grain, le soja ou encore le coton.
Ces plantes modifiées permettent l’utilisation d’herbicides comme le glyphosate sans
risque pour la santé. Développé par Monsanto, le glyphosate agit en bloquant une
enzyme capitale pour les plantes, l’EPSP synthase menant à la voie de biosynthèse
des acides aminés aromatiques. Seules les plantes modifiées pour être résistantes
peuvent survivre à son application.
Néanmoins, l’utilisation massive d’herbicides et d’une manière plus générale de
pesticides de synthèse chimique pour assurer la production végétale présente des
limites.
La protection des plantes contre les « mauvaises herbes », les ravageurs et les agents
phytopathogènes est un enjeu majeur en agriculture. Cette thématique reste essen-
tiellement basée sur l’utilisation de molécules chimiques, formulées dans des produits
phytopharmaceutiques et sur les biotechnologies végétales. Au cours du siècle dernier,
l’utilisation intensive de ces produits efficaces et peu coûteux a conduit à l’augmen-
tation significative des rendements, à la limitation des irrégularités de production
liées aux catastrophes parasitaires et à la protection durable des denrées alimentaires
(Oerke et Dehne, 2004). Bien que les traitements pesticides apportent des bénéfices
non négligeables, ils sont de plus en plus remis en cause pour trois raisons : leur
toxicité chimique sur les organismes non cibles (oiseaux, poissons, pollinisateurs,
voire Homme), l’apparition de résistances qui leur font perdre en efficacité et enfin
la contamination de l’environnement par les résidus. Face à l’accroissement de ces
préoccupations sociétales, et notamment les impacts possibles des pesticides sur la
santé des applicateurs et consommateurs, un arsenal législatif et réglementaire a été
mis en place à plusieurs niveaux. Il s’agit d’accompagner l’évolution des pratiques
agricoles pour assurer une meilleure sécurité et gestion des produits.

350823CXJ_COMPOAA.indb 90 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 91

Une des principales méthodes alternatives aux produits de synthèse chimique est
l’utilisation de produits de biocontrôle et de biostimulation.
Le biocontrôle peut être défini de manière très générale comme « toute méthode,
produit ou organisme fondé sur la gestion des équilibres des populations de bio
agresseurs et limitant leur éradication systémique » (IBMA, 2014). Il sert donc à
contrôler les populations de nuisibles (ravageurs et agents pathogènes), afin de main-
tenir les dégâts causés sur une espèce végétale cultivée en dessous du seuil de nuisi-
bilité économique supportable par le producteur. La définition Européenne des
biostimulants est la suivante : « Un biostimulant des végétaux est un produit qui
stimule les processus de nutrition des végétaux indépendamment des éléments nutri-
tifs qu’il contient, dans le seul but d’améliorer une ou plusieurs des caractéristiques
suivantes des végétaux ou de leur rhizosphère :
a) l’efficacité d’utilisation des éléments nutritifs ;
b) la tolérance aux stress abiotiques ;
c) les caractéristiques qualitatives ;
d) la disponibilité des éléments nutritifs confinés dans le sol ou la rhizosphère. »
De manières très intéressantes, ces biotechnologies de biocontrôle et de biostimulation
sont relativement récentes et basées sur l’utilisation de macroorganismes, et/ou de
microorganismes, et/ou de médiateurs chimiques et/ou de substances naturelles.
Par exemple la société M2i a développé toute une gamme de produit à base de
médiateurs chimiques pour lutter contre les principaux insectes des cultures. Il s’agit
de phéromones et de kairomones qui vont perturber et limiter le cycle de dévelop-
pement des insectes par confusion sexuelle.
Les produits à base de microorganismes se développent également très fortement.
La société BIOVITIS développe et commercialise une gamme de produits innovants à
base de microorganismes pour la biostimulation et le biocontrôle des végétaux.
Ces technologies s’appuient sur la sélection et la formulation de souches microbiennes
vivantes, fongiques ou bactériennes pour une application au sol ou sur la plante. Ainsi
certaines souches tels que Azotobacter spp ou Bacillus spp sont capables de solubiliser le
phosphore, ou d’assimiler l’azote atmosphérique puis de le restituer à la plante, ou encore
de capter le fer et les métaux. Ces microorganismes sont utilisés comme biostimulant
des plantes. Les microorganismes comme Pythium oligandrum ou Peanibnacillus spp
capables d’inhiber le développement des agents phytopathogènes.
Les biotechnologies végétales ont aussi permis l’obtention d’amélioration agrono-
mique majeure sur des plantes largement cultivées comme la maturation retardée de
la tomate et d’autres fruits charnus grâce à la modification d’enzyme amenant à la
synthèse de l’éthylène. L’éthylène est une hormone permettant d’accélérer la matu-
ration des fruits. La réduction de la synthèse d’éthylène entraîne un retard dans le
déclenchement de la maturation. Des processus liés à l’éthylène similaires ont été
appliqués à des plantes ornementales afin de retarder la sénescence des fleurs permet-
tant de conserver des fleurs coupées fraîches plus longtemps.
Parfois, la simple utilisation des propriétés naturelles des plantes, sans transforma-
tion structurale ou génomique, permet d’aboutir à une production industrielle via
les biotechnologies. C’est le cas des plantes stressées, ces plantes excrétant des subs-
tances utiles pour leur protection ou leur développement. Leur action consiste à
bloquer les possibles agresseurs d’une plante que ce soit des insectes, des champignons
ou même des animaux. La protection contre le broutage des herbivores est souvent
citée (Christensen et al., 2018). Suite à une première agression, la plante va émettre

350823CXJ_COMPOAA.indb 91 20/08/2020 12:12


92 Composition des produits Cosmétiques

un signal de stress systémique (se propageant sur l’ensemble de la plante) et induire


la synthèse de molécule et leur accumulation au niveau de tissus végétaux ciblés,
souvent les feuilles. Ces molécules provoquent un fort goût d’amertume, provoqué
par l’accumulation de tanins, et le brouteur cesse de consommer la plante.
Ces molécules sont appelées phytoalexines chez les plantes : on les retrouve dans une
trentaine de familles botaniques aussi bien chez les dicotylédones que les mono-
cotylédones (Yoshikawa et al., 1978). Ces substances sont accumulées dans les
vacuoles, les parois des cellules végétales ou encore dans les cires. Parmi ces familles
on retrouve des stilbènes, sous- famille de polyphénols, comme le trans-resvératrol,
des alcaloïdes, des flavonoïdes, des terpénoïdes ou encore des isoflavones. Nombreuses
de ces molécules peuvent être des cibles afin de développer un ingrédient cosmétique
ou pharmaceutique. Afin de les accumuler dans les organismes, des intermédiaires
appelés éliciteurs comme l’acide jasmonique, l’éthylène ou l’acide salicylique peuvent
être utilisés et constituent une méthode biotechnologique originale. Les molécules
de défenses induites chez le pin, l’épicéa ou la vigne par un champignon ou un
éliciteur, aboutiront à la synthèse de la pinosylvine de piceatannol ou de resvératrol
respectivement. Ces molécules élicitrices peuvent avoir une action spécifique en
34 fonction de l’espèce végétale étudiée (Thomma et al., 2001). Biostimulant lorsqu’elles
induisent une vitalité de la plante et une meilleure résistance à un pathogène ou
potentialiseur lorsque ces molécules permettent à l’organisme de répondre plus
rapidement à une future agression.
L’utilisation de ce type de molécule dans les processus industriels reste très confi-
dentielle car elle représente des enjeux stratégiques au sein des entreprises. La diver-
sité des plantes et le mode de sécrétion de substances phytoalexines aboutissent à
l’apparition d’entreprise très spécialisée et innovante comme Plantes Advanced
technologies (PAT). PAT a développé tout un système de production de molécule
végétale, souvent phytoalexines, à partir de l’excrétion de ces composés par les racines
dans l’air (aéroponie) ou milieux artificiels et s’affranchir ainsi de processus complexes
d’extraction. Cette technologie est dénommée « plantes à traire » et est optimisée par
l’utilisation d’éliciteur spécifique en environnement totalement contrôlé. L’aéroponie
suit les mêmes principes que l’hydroponie consistant à développer des plantes dans
une solution nutritive sous atmosphère contrôlée (température, luminosité, consom-
mation d’eau…) mais dans l’air. L’hydroponie est une biotechnologie utilisée
fréquemment pour la production de certains fruits tel que la tomate.

7
Biotechnologie jaune

Les prémices du traitement préventif des pollutions et de la bioremédiation pour


la préservation de l’environnement remontent à quelques millénaires avant J.C.
La découverte de vestiges de systèmes d’irrigation et d’évacuations des eaux usées et
des déchets organiques, dont ces derniers pouvaient être destinés au compostage, a
mis en évidence des technologies de gestion de ces pollutions dans d’anciennes cités

350823CXJ_COMPOAA.indb 92 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 93

du Proche et du Moyen-Orient (Harpet, 2012). Ces installations sont à l’origine des


réseaux de collecte et d’assainissement des eaux implantés dans les villes anciennes
d’Europe, ayant évolué vers les systèmes actuels. Cependant, les principes de
biodépollution et de bioremédiation concernent des technologies développées plus
récemment. Le « procédé de bioremédiation » a par ailleurs été officiellement inventé
dans les années 1960 par George Robinson avec des expérimentations de dégradation
de polluants par des microorganismes, en microcosmes.
Le développement des biotechnologies et de procédés biotechnologiques à desti-
nation de la prévention de pollution et du traitement des pollutions vise à utiliser
de façon volontaire les microorganismes et plus précisément leurs capacités métabo-
liques afin de dégrader des polluants, en composés moins toxiques et non-toxiques
pour limiter les impacts anthropiques sur l’environnement et la biodiversité.
Les avancées scientifiques en écologie microbienne mettent en évidence le rôle des
microorganismes dans les écosystèmes naturels, par leur diversité taxonomique et
fonctionnelle, leur implication dans les cycles biogéochimiques, leurs interactions au
sein de la biodiversité, leurs adaptabilités aux conditions et aux polluants, pour leur
dégradation. Ce sont ces caractéristiques qui en font des outils biologiques extra-
ordinaires et transposables pour la mise en œuvre de techniques de dépollution.
L’évolution des connaissances ou de méthodes d’investigations en microbiologie
environnementale est une source d’innovation pour le développement de ces
biotechnologies jaunes. Elles utilisent les capacités naturelles des microorganismes
(bactéries, levures ou champignons filamenteux) à mettre en place des voies méta-
boliques, en fonction des polluants et des conditions environnementales, intervenant
dans la biotransformation de composés toxiques en composés moins toxiques ou non
toxiques pour l’atténuation et l’élimination des pollutions (Agteren et al., 1998 ;
Prasad, 2017, 2018). Dans cet objectif, les mécanismes d’attaque microbienne des
polluants qui peuvent être mis en œuvre sont divers : la biotransformation et la
biodégradation par des interactions simples de consortium microbien, ou par des
interactions de type synthrophie, cométabolisme ou influencer le flux du polluant
dans le milieu en agissant sur sa biodisponibilité par des mécanismes de
bioaccumulation, bio-immobilisation ou biolixiviation. L’intervention de ces différents
mécanismes biologiques va dépendre de la nature du polluant et du biotope.
Les biotechnologies jaunes concernent différents domaines d’application qu’il est
possible de regrouper de la façon suivante : la qualité des eaux, la qualité de l’air et
la qualité des sols.
La qualité des eaux passe principalement par la prévention de la qualité des eaux
de rejets dans les eaux naturelles, dont l’enjeu majeur est la lutte contre l’eutrophisation
de ces milieux, par le traitement des pollutions organiques, en azote et en phosphore
principalement. Les techniques de traitement biologique des effluents aqueux sont
variées mais se regroupent autour de l’implication de cellules microbiennes actives
mises en œuvre en lagune naturelles ou dans des installations technologiques où elles
se structurent en biofilms ou flocs, systèmes à boues activées (Pell & Wörman, 2008).
En s’appuyant sur le lagunage et l’utilisation de micro-organismes pour la dépollution
des effluents rejetés dans l’étang de Thau, le Pr Pietrasanta (Université de Montpellier)
dans les années 1980 a créé un Écosite autour de ce bassin, axé donc sur ces
biotechnologies jaunes.
La qualité des sols présente deux aspects : la préservation de la qualité et de la
biodiversité des sols par l’utilisation de solutions agronomiques respectueuse de

350823CXJ_COMPOAA.indb 93 20/08/2020 12:12


94 Composition des produits Cosmétiques

l’environnement et la bioremédiation des sites et sols pollués. Le premier aspect inclut


la limitation des usages de produits phytochimiques, d’engrais, dans des pratiques
inappropriées pour favoriser l’usage de produits naturels et biologiques proposés par
les biotechnologies vertes. Le second aspect, concernant le traitement biologique de
matrices sols/sédiments contaminées, présente plusieurs techniques qui se distinguent
par leur mode de mise en œuvre : en ex situ ou in situ, principalement par
biostimulation (en utilisant les microorganismes autochtones), par bioaugmentation
et/ou phytoremédiation (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
[France] et al., 2015 ; Dueso.) La phytoremédiation, consiste à accumuler dans
certaines plantes les polluants avant de les arracher. C’est un atout majeur grâce à
un fort taux de croissance de certains organismes Néanmoins, l’efficience des systèmes
est encore à perfectionner. Des plantes telles que la moutarde (Brassica juncea ; Chen
et al., 2020), la fougère (Pteris vittata ; Ma et al., 2001) ou le tournesol (Helianthus
annuus) ont bien montré une suraccumulation de métaux lourds comme l’arsenic,
le plomb, le cadmium, le mercure ou le chrome permettant d’adsorber les contami-
nants dans l’eau ou les sols. Cependant, cette accumulation peut être améliorée grâce
à l’ajout d’éléments de croissance. Par exemple, Brassica juncea accumule jusqu’à
300 % de plus de cadmium et d’uranium par l’ajout d’hormone de croissance comme
l’acide acétique indolique (Chen et al., 2020), ce qui entrouvre la voie à des axes
d’amélioration.
La qualité de l’air devient une préoccupation actuelle majeure du fait de son enjeu
en santé publique. Un rapport d’étude de Santé Publique France, datant de 2016,
fait l’état de 48 000 décès prématurés en France qui seraient dus à la pollution de
l’air aux microparticules. Les biotechnologies développées pour le traitement d’ef-
fluents gazeux correspondent principalement à des biofiltres, c’est-à-dire où la
biomasse épuratrice constituée de microorganismes est fixée sur un support et l’air
entrant passe au travers de ce système pour son épuration. Parmi ces biofiltres, nous
pouvons distinguer les biofiltres conventionnels, les bioréacteurs pour lesquels le
biofiltre correspond à des colonnes où sont immobilisés les biofilms, les biolaveurs
où l’effluent gazeux pollué est mis en contact avec une phase aqueuse, pour y trans-
férer les polluants qui doivent donc être solubles dans l’eau, qui est ensuite traitée
par boues activées (Darracq et al., 2012 ; Wei et al., 2017). Pour le traitement de
l’air ambiant urbain ou d’intérieur, de nombreuses innovations biotechnologies sont
en développement et reposent sur des systèmes de phytoremédiation ou sur l’usage
de microalgues.
Les biotechnologies se basant sur la culture de microalgues se développent afin de
capter le CO2 et des microparticules volatiles, avec l’implication de start-up ainsi que
de nombreux acteurs mondiaux tels que Suez, Arcelor Mittal, Total, mais aussi
Algomed en Allemagne et Allmicoalgae au Portugal. Ces innovations technologiques
sont actuellement en optimisation technologique. Nous pouvons notamment citer
les essais d’une colonne dépolluante urbaine utilisant un process de culture de
microalgues avec un détournement d’usage d’une colonne de Morris, dans le cadre
d’un codéveloppement de la société Fermentalg avec Suez.
Ces dernières décennies, l’évolution des techniques analytiques a mis en lumière
de nouvelles pollutions des biotopes : des micropolluants dont de nombreuses
molécules pharmaceutiques, des nanoparticules notamment de plastiques.
Ces contaminants émergeants préoccupants traversent en partie les systèmes actuels
de traitements des eaux usées, qui apparaissent inefficaces, et contaminent les eaux

350823CXJ_COMPOAA.indb 94 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 95

naturelles. Des études mettent cependant en évidence la capacité de microorganismes


à attaquer les contaminants tels que les composés pharmaceutiques. La compré-
hension des mécanismes de dégradation liés à l’adaptation des communautés
microbiennes d’environnements contaminés est nécessaire pour l’innovation de
biotechnologies pouvant répondre à ces enjeux actuels dans la préservation de la
biosphère.

8
Biotechnologie rouge

Les premières cultures cellulaires végétales in vitro sont devenues des outils indus-
triels. Par l’absence de toute spécificité chez ces organismes mais par leur capacité
à produire une grande diversité de molécules, l’action d’élicitation de ces cellules
est primordiale pour leur faire synthétiser des molécules actives cibles. Plusieurs
étapes sont nécessaires afin d’aboutir à des processus d’industrialisation. Les cultures
cellulaires végétales in vitro sont mises au point sur des surfaces axéniques solides
afin de développer ce que l’on appelle les cals ou callus. Ce sont des amas de
cellules indifférenciées difficile à produire en grande quantité dans ces conditions.
Ces cellules sont habituellement transmises dans un milieu liquide où la croissance
est optimisée. Par la suite l’ajout d’éliciteurs qu’ils soient biotique ou abiotique
permet la synthèse accrue de molécules cibles. De taxol® ou paclitaxel, molécule
anticancéreuse, utilisée en chimiothérapie grâce à ses propriétés antimitotiques est
produit à l’origine à partir d’écorce d’If (Taxus baccata). Les rendements et l’exploi-
tation des arbres n’étant ni important, ni renouvelable, la production de taxol® a
pu être réalisée sur des cellules indifférenciées en suspension. C’est l’entreprise
allemande Python qui a mis au point des lignées cellulaires capables de produire
cette molécule d’intérêt. Parallèlement, la synthèse chimique de la molécule a pu
être réalisée par Holton and Nicolau (1994). L’optimisation des cellules de Taxus
baccata s’est poursuivie et des stratégies de dérivation de voie de biosynthèse pour
améliorer les rendements notamment l’application de stress ont été développées
(Sarmadi et al., 2018). Les anti-cancer, la vincristine et vinblastine des alcaloïdes
issus de la pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), le colorant la shikonine
isolée à partir de grémil pourpre (Lithospermum erythrorhizon), l’antioxydant l’acide
rosmarinique extrait du Coleus (Coleus blumeii) ou le psychotrope, la nicotine grâce
au tabac (Nicotiana tabaccum) et bien d’autres affichent des rendements moléculaires
supérieurs à l’extraction des plantes de façon conventionnelle. Ces systèmes de
production sont très coûteux et difficiles à monter en échelle. C’est pourquoi les
cellules indifférenciées végétales in vitro sont régulièrement utilisées brutes, simple-
ment lyophilisées. Le groupe Seppic, grâce à leur structure biotechMarine, les
commercialise sous forme lyophilisées avec leur gamme celtosomeTM. L’entreprise
Naolys a développé une gamme entière cosmétique à partir de cette technologie qui
reste perfectible afin d’augmenter les teneurs en molécules végétales actives tout en
baissant le prix de revient.

350823CXJ_COMPOAA.indb 95 20/08/2020 12:12


96 Composition des produits Cosmétiques

9
Biotechnologie bleue

La biotechnologie marine, ou biotechnologie bleue, exploite la diversité des environ-


nements et des organismes marins qui n’ont généralement pas d’équivalent sur terre.
Malgré la connaissance de nombreux écosystèmes marins, il reste de nombreuses ressources
non exploitées qui pourraient servir de base au développement de nouveaux produits et
de nouveaux procédés. Le développement rapide de la génomique (séquençage des
génomes) et du criblage métagénomique (expression de fragments d’ADN issus du milieu
marin) devraient permettre de tirer parti de la diversité métabolique des ressources marines.
Parmi les organismes marins, les microalgues présentent de nombreux avantages
pour un usage en biotechnologie : biomasse importante obtenue de façon économique
et purification de biomolécules aisée. Les applications envisagées couvrent un large
éventail : bioénergie, industrie alimentaire, produits de santé, cosmétique, énergie et
protection de l’environnement (consommation du CO2) (Figure 4).

Algae (Micro & Macro)

Environmental applications Commercial applications Bioenergy applications

Waste water Pigments Biodiesel


treatment
Polysaccharides Bioethanol
CO2
sequestration Polyphenols Biobutanol

Sorption of Animal feeds Biomethanol


heavy metals
Nanoparticles for Biogas
& synthetic
drug delivery
dyes
Biohydrogen
Fluorescence
markers Biochar/Biobriquettes
Food colorants Bio-oil
DHA, EPA Microbial Fuel Cell
Biofertilizers/
Biostimulent

Cosmetics/
Nutraceuticals

Figure 6.4
les différentes applications des microalgues (sudhakar et al., 2019)

Les microalgues sont des organismes photosynthétiques qui utilisent l’énergie


fourni par la lumière pour fixer le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère

350823CXJ_COMPOAA.indb 96 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 97

(Field et al., 1999). En fixant le CO2 pour leur croissance, elles vont contribuer à
diminuer l’impact de l’effet de serre. Des sociétés comme ALGOMED (Allemagne)
ou ALLMICROALGAE (Portugal) exploitent ce C02 rejeté par des cimenteries afin
de produire des microalgues en large quantité pour divers secteurs d’activité.
Ces microalgues ont une histoire évolutive complexe, qui est distincte de celle des
plantes et des autres organismes photosynthétiques, car elle résulte de deux évènements
endosymbiotiques (Figure 5).

Primary endosymbiosis
EGT Glaucophytes
Heterotrophic host cell 1 Red algae

Gene transfer

cyanobacterium Proto alga


Gene loss
Green algae, land plants

Secondary endosymbiosis
Autotrophic
green alga Autotrophic
red alga

EGT
Heterotrophic Gene Host cell with
host cell 2 green algal genes Gene Host cell with Diatoms
loss
and greeen plastid loss green algal genes
and red plastid

Figure 6.5
représentation schématique de l’hypothèse d’endosymbiose de l’évolution des microalgues
(moustafa et al., 2009) 24

Le réarrangement des génomes a donné naissance à une grande diversité parmi


les microalgues (microalgues vertes, rouges, diatomées, etc.). Plus de 400 000 espèces
sont répertoriées. Grâce à différentes combinaisons de gènes, les microalgues possèdent
une grande capacité d’adaptation aux conditions environnementales (forte intensité
lumineuse, pH et températures extrêmes, etc.). Les microalgues ont pu adapter leur
métabolisme aux écosystèmes les plus inhospitaliers : eaux de mines acides, croûtes
du désert et milieux glacés. En jouant sur la diversité des souches et les conditions
de culture, les microalgues peuvent être utilisées pour la dépollution et la production
industrielle de biocarburants et de composés à usage biomédical et paramédical.

9.1. Énergie renouvelable


Les microalgues sont particulièrement adaptées à la production d’énergie renouvelable
(biodiesel, bioéthanol, biométhane et biohydrogène) (Chen et al., 2018) en raison
d’une productivité lipidique élevée par rapport aux cultures oléagineuses et d’une
croissance rapide (génération < 24 heures) (Chen et al., 2015 ; Suganya et al., 2016).

350823CXJ_COMPOAA.indb 97 20/08/2020 12:12


98 Composition des produits Cosmétiques

Cette production ne rentre pas en concurrence avec la production alimentaire (sites


impropres à l’agriculture ; utilisation d’eau de mer, d’eau saumâtre et d’eaux usées).
Les microalgues peuvent accumuler d’importantes quantités de lipides (49 à 72 %
du poids sec) en situation de stress (nutritif, lumineux, etc.). Ainsi, des microalgues
Nannochloropsis oculata et Pavlova viridis carencées en azote accumulent principalement
des acides gras à chaîne moyenne qui sont favorables à la production de biodiesel.
Des microalgues ont également été utilisées dans des bioraffineries utilisant des
eaux usées pour la production d’oléfines légères, de gaz de synthèse, de charbon
biologique et de bioalcool. Les protéines obtenues comme sous-produits peuvent être
utilisées dans les aliments pour animaux (Phwan et al., 2018).

9.2. Compléments alimentaires


De nombreux produits à application nutritionnelle et pharmaceutique (nutra-
ceutique) sont dérivés des microalgues. Certains sont utilisés dans l’alimentation
humaine et l’alimentation animale (bétail et aquaculture). En effet, ces microalgues
contiennent des composés tels acides gras polyinsaturés, caroténoïdes, phycobili-
protéines, polysaccharides, vitamines et stérols (Bagchi et al., 2006 ; Hafting et al.,
2012), intéressants en food et feed. Des souches de microalgues telles que Dunaliella
salina et Haematococcus pluvialis peuvent accumuler environ 8 % de leur poids sec
sous forme de β-carotène (Borowitzka et al., 2013). Une autre source de caroténoïdes
est l’algue verte Haematococcus pluvialis, cultivée de façon industrielle dans plusieurs
pays (Chacon-Lee et al., 2010 ; Li et al., 2019)
Le contenu en protéines diffère considérablement d’un groupe d’algues à un autre.
La cyanobactérie filamenteuse Arthrospira platensis (Spirulina) et diverses espèces
commerciales de microalgue verte unicellulaire Chlorella contiennent jusqu’à 70 %
de leur poids sec en protéines. Ces microalgues ont une composition en acides aminés
intéressante car enrichie en acides aminés essentiels non synthétisés chez l’homme
(Li et al., 2019).
De même, certains lipides essentiels doivent être obtenus à partir d’huiles ou de
graisses alimentaires. Notamment, les acides gras polyinsaturés à longue chaîne ne
sont pas synthétisés chez les animaux et les plantes supérieures. Ces acides gras jouent
un rôle essentiel notamment dans les fonctions neurologiques, cardiovasculaires et
anti-inflammatoires (Pulz et al., 2004). La production de tels acides gras à partir de
microalgues représente un objectif primordial à atteindre.
D’une manière générale, les microalgues sont essentiellement exploitées dans le
secteur des compléments alimentaires (β-carotène) et des aliments fonctionnels.
Néanmoins, il est important de souligner que seules 4 microalgues sont autorisées
sur le marché, diminuant ainsi le potentiel économique. Néanmoins, la demande
est très forte en raison de leur composition en nutriments, très intéressante pour
la santé. Producteurs et nutritionnistes n’hésitent d’ailleurs pas à vanter leurs
allégations santé. Aussi, en plus d’être vendues comme complément alimentaire
en tablettes, poudres ou capsules, les chlorelles le sont également sous forme de
liqueur, de chocolat, de céréales, de fromage, de crackers, de bonbons… Idem pour
la spiruline, dont les trois quarts de la biomasse servent à produire des compléments
alimentaires en gélules, comprimés, poudres, microgranules, brindilles et paillettes,
le reste rentrant dans la composition d’aliments pour animaux en Europe et en

350823CXJ_COMPOAA.indb 98 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 99

Asie, de thé, café, jus de fruit et bière en Asie, de pâtes en France… Le colorant
bleu des célèbres Smarties de Nestlé en est également extrait.

9.3. Agriculture et dépollution


Les biostimulants et biofertilisants représentent des alternatives écologiques aux
produits synthétiques tels que les engrais. Les microalgues contiennent des facteurs
qui favorisent la croissance des plantes : phytohormones, acides aminés, vitamines
et polyamines (Strik et al., 2014).
Les phytohormones (auxines, cytokinines, gibbérellines et brassinostéroïdes) favo-
risent la croissance et le développement des plantes (Gebser et al., 2013). Des poly-
saccharides tels que le β-glucane pourraient également améliorer la croissance des
plantes (Elarroussia et al., 2017).
Les microalgues peuvent jouer un rôle essentiel dans l’assainissement des eaux
usées. Ainsi, Chlamydomonas sp. peut assurer une élimination complète des nitrates
et une élimination de 33 % du phosphore. Chlorella sp. permet d’éliminer de fortes
concentrations d’ammoniac et de phosphore. Euglena sp. a été utilisée avec succès
dans une station d’épuration (Ramachandra et al., 2013).

9.4. Santé
Les microalgues sont riches en métabolites qui ont montré leur potentiel dans le
traitement de pathologies. Des extraits, qui présentent une activité anticancéreuse,
contiennent notamment des caroténoïdes, des polysaccharides, des dérivés de phénol,
des polycétides, et des alcaloïdes (Abd El-Hack et al., 2019 ; Shanab et al., 2012). 30, 1
Les polysaccharides présentent, en plus de leur activité anticancéreuse, un éventail
d’activités biologiques comme des activités antioxydantes, anticoagulantes, antivirales,
antiallergiques, antiadhésives, anti-angiogéniques et anti-inflammatoires (Posocco
et al., 2015 ; Cardoso et al., 2016). 27, 6
La fucoxanthine, un caroténoïde présent dans les microalgues, les diatomées et les
algues brunes, possède également des propriétés anticancéreuses telles que la stimu-
lation de gènes suppresseurs et l’arrêt du cycle cellulaire (Talero et al., 2015). 33
La cryptophycine extraite de Nostoc sp présente une activité antitumorale chez des
7 lignées cellulaires tumorales humaines (Carmichael, 1992). La borophycine extraite
de Nostoc spongiaeforme var. tenue et N. linckia montre un effet anticancéreux (Banker
and Carmeli, 1998).
Ainsi si les microalgues sont utilisées depuis des millénaires, principalement pour
la nutrition humaine, le panel d’applications possibles à partir de ces organismes
photosynthétiques large.
Seule une dizaine de microalgues est aujourd’hui sur le marché : spirulines, chlo-
relles et algues des genres Crypthecodinium, Dunaliella, Haematococcus, Ulkenia.
Le nombre annuel d’articles scientifiques publiés sur les microalgues dans le monde
a été multiplié par six en dix ans. Soutenue par plus de 400 acteurs, la filière est
dynamique, adossée à de nombreux clusters de recherche. Avec plus du tiers des
entreprises dédiées aux microalgues, l’Europe en est un acteur clé. La France, bien
positionnée, compte plus de 70 acteurs.

350823CXJ_COMPOAA.indb 99 20/08/2020 12:12


100 Composition des produits Cosmétiques

9.5. Environnement
Le secteur de l’énergie et de l’habitat se tourne de plus en plus en plus vers les
microalgues. En effet, elles sont naturellement dépolluantes : elles aspirent et
capturent le CO2 pour ensuite rejeter de l’oxygène. La fermentation de ces micro-
algues permet de produire du biogaz utilisable comme carburant pour les véhicules
verts. Une fois séchées, les microalgues peuvent également être exploitées en
biomasse. En fait, tout au long de leur cycle de vie, les microalgues peuvent être
exploitées. Ainsi, plusieurs entreprises ont réussi à mettre au point des systèmes dans
lesquels les microalgues sont directement implantées dans les bâtiments afin d’amé-
liorer leur rendement énergétique. Avec les nouvelles normes environnementales
entrées en vigueur dans le cadre de la transition énergétique, plusieurs acteurs du
secteur de l’énergie voient là l’opportunité de développer des solutions complètes
et peu coûteuses qui pourraient facilement être déployées dans les grandes agglo-
mérations où la question écologique est tout aussi préoccupante que celle de l’appro-
visionnement énergétique.
En Suisse, des photo-bioréacteurs à base de microalgues sont couplés à des panneaux
solaires. Des tubes de plusieurs dizaines de mètres sont remplis d’eau et de microalgues
pour dépolluer l’air. L’installation sert aussi à produire de l’énergie. C’est une entre-
prise franco-néerlandaise, The Cloud Collective, qui est à l’origine de cette structure
hybride. Une fois les microalgues en fin de vie récupérées, elles sont exploitées pour
produire des biocarburants ainsi que de la biomasse.

10
Conclusion

L’engouement pour les biotechnologies industrielles fait écho, dans une large
mesure, aux grands défis mondiaux du changement climatique et de la sécurité
énergétique. Cependant, de nombreux obstacles freinent encore la croissance de ces
technologies et empêchent les différents secteurs de l’industrie d’en tirer le meilleur
profit. Grâce au développement rapide de la recherche biologique les obstacles tech-
niques ne sont pas aussi insurmontables qu’auparavant : les progrès du séquençage
de l’ADN, les avancées de la protéomique et l’émergence de la biologie de synthèse
contribuent au développement sans précédent des sciences biologiques.
Concernant les autres secteurs, les procédés biotechnologiques sont utilisés dans
la protection de l’environnement depuis très longtemps, bien avant l’invention du
terme biotechnologie, les micro-organismes et notamment les bactéries pouvant
posséder des capacités étonnantes de traitement. C’est notamment sur ce principe
que fonctionnent la plupart des stations d’épuration des eaux usées en France où des
colonies de bactéries digèrent les pollutions pour les réduire ou les supprimer.
Des effluents miniers sont également traités par ces techniques depuis quelques
années. C’est vrai également pour les déchets ménagers mis en décharge où l’activité
bactérienne permet une décomposition rapide et productrice de gaz comme le

350823CXJ_COMPOAA.indb 100 20/08/2020 12:12


Ces bioteChnologies qui révolutionnent notre soCiété 101

méthane. Ainsi, de nouvelles ressources énergétiques peuvent être produites à partir


de la décomposition de ces déchets.
D’une manière générale, devant les nombreuses applications possibles, les
biotechnologies suscitent un intérêt sans précédent et transforment les pratiques en
permettant de développer de nouvelles connaissances applicables à la santé, l’agri-
culture, l’industrie et le domaine de la beauté.

réFérenCes bibliogrAphiques

1. Abd El-Hack, M.E., Abdelnour, S., Alagawany, M., Abdo, M., Sakr, M.A., Khafaga, A.,
Elnesr, S.S., Gebriel, M.G. 2019. Microalgae in Modern Cancer Therapy: Current Knowledge.
Biomedicine & Pharmacotherapy 111: 42–50.
2. Agteren, M. H., Keuning, S., Janssen, D. B. (1998). Handbook on Biodegradation and Biological
Treatment of Hazardous Organic Compounds (Vol. 2). Springer Netherlands.
3. Bagchi, D. (2006). Nutraceuticals and Functional Foods Regulations in the United States and
around the World. Toxicology 221: 1–3.
4. Banker, R., Carmeli., S. (1998). Tenuecyclamides A−D, Cyclic Hexapeptides from the Cyano-
bacterium Nostocs Pongiaeforme. Journal of Natural Products 61: 1248–51.
5. Borowitzka, M. (2013). High-Value Products from Microalgae-Their Development and
Commercialisation. Journal of Applied Phycology 25: 743–56.
6. Cardoso, M., Costa, R., Mano. J. (2016). Marine Origin Polysaccharides in Drug Delivery
Systems. Marine Drugs 14: 34.
7. Carmichael, W.W. (1992). Cyanobacteria Secondary Metabolites-the Cyanotoxins.” Journal
of Applied Bacteriology 72: 445–59.
8. Chacón-Lee, T.L., González-Mariño G.E. (2010). Microalgae for ‘Healthy’ Foods-Possibilities
and Challenges. Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety 9: 655–75.
9. Chen, G., Zhao, L., Qi, Y. (2015). Enhancing the Productivity of Microalgae Cultivated
in Wastewater toward Biofuel Production: A Critical Review. Applied Energy 137:
282–91.
10. Chen., Y.E., Fischbach., M.A., Belkaid., Y. (2018). Skin Microbiota-Host Interactions. Nature.
553 (7689), 427-436.
11. Chen, L., Long, C., Wang, D., & Yang, J. (2020). Phytoremediation of cadmium (Cd) and
uranium (U) contaminated soils by Brassica juncea L. enhanced with exogenous application
of plant growth regulators. Chemosphere, 242.
12. Christensen, S. A., Huffaker, A., Sims, J., Hunter, C. T., Block, A., Vaughan, M. M.,…
Schmelz, E. A. (2018). Fungal and herbivore elicitation of the novel maize sesquiterpenoid,
zealexin A4, is attenuated by elevated CO2. Planta, 247: 863–873.
13. Darracq, G., Couvert, A., Couriol, C., Amrane, A., & Le Cloirec, P. (2012). Removal of
Hydrophobic Volatile Organic Compounds in an Integrated Process Coupling Absorption
and Biodegradation – Selection of an Organic Liquid Phase. Water, Air, & Soil Pollution,
223(8), 4969-4997.
14. De Vaugelas, F. (2019) Les biotechnologies pénètrent le marché de la beauté. Formule Verte,
41 : 16-20.
15. Dueso, N. (s. d.). Françoise STRASSER – Société Nationale d’Intelligence Stratégique – 2 rue Brûlée
– 67000 Strasbourg. 92.
16. Elarroussia, H., Elmernissia, N., Benhimaa, R., El Kadmiria, I.M., Bendaou, N., Smouni, A.,
Wahbya, I., (2016). « Microalgae Polysaccharides a Promising Plant Growth Biostimulant. »
J. Algal Biomass Utln., 2016, sec. 7.
17. Field, C. B. 1998. « Primary Production of the Biosphere: Integrating Terrestrial and Oceanic
Components. » Science 281 (5374): 237-40.
18. Gebser, B., Georg Pohnert, G. (2013). Synchronized Regulation of Different Zwitterionic
Metabolites in the Osmoadaption of Phytoplankton. Marine Drugs 11 (6): 2168–82.

350823CXJ_COMPOAA.indb 101 20/08/2020 12:12


102 Composition des produits Cosmétiques

19. Hafting, J. Alan T., Critchley, M., Cornish, L., Hubley, S., Archibald, F. (2012). « On-Land
Cultivation of Functional Seaweed Products for Human Usage. » Journal of Applied Phycology
24 (3): 385–92.
20. Harpet, C. (2012). Le système de collecte des eaux usées. Les Romains n’ont rien inventé. https://
[Link]/hal-01721299.
21. Li, Y., Lammi, C., Boschin, G., Arnoldi, A., Aiello, G. (2019). “Recent Advances in Microalgae
Peptides: Cardiovascular Health Benefits and Analysis.” Journal of Agricultural and Food
Chemistry 67 (43): 11825–38.
22. Li, Y, Chen, Y., Chen, P., Min, M., Zhou, W., Martinez, B., Zhu, J., Ruan, R. (2011).
Characterization of a Microalga Chlorella Sp. Well Adapted to Highly Concentrated Municipal
Wastewater for Nutrient Removal and Biodiesel Production. Bioresource Technology 102 (8):
5138–44.
23. Ma, L. Q., Komar, K. M., Tu, C., Zhang, W., Cai, Y., & Kennelley, E. D. (2001). A fern
that hyperaccumulates arsenic. Nature, 411(6836), 438–438.
24. Moustafa, A., B. Beszteri, U. G. Maier, C. Bowler, K. Valentin, and D. Bhattacharya. 2009.
« Genomic Footprints of a Cryptic Plastid Endosymbiosis in Diatoms. » Science 324 (5935):
1724–26.
25. Prasad, R. (Éd.). (2017). Mycoremediation and Environmental Sustainability : Volume 1. Springer
International Publishing.
26. Phwan, Chai Kee, Chew, K.T., Sebayang, A.H., Chyuan Ong, H., Ling, T.C., Malek, M.A.,
Ho, Y.C., Show, P.L. (2019). Effects of Acids Pre-Treatment on the Microbial Fermentation
Process for Bioethanol Production from Microalgae. Biotechnology for Biofuels 12: 191.
27. Posocco, B., Dreussi, E., de Santa, J., Toffoli, G., Abrami, M., Musiani, F., Grassi, M., et al.
(2015). Polysaccharides for the Delivery of Antitumor Drugs. Materials 8 : 2569–2615.
28. Pulz, O., Gross, W. (2004). Valuable Products from Biotechnology of Microalgae. Applied
Microbiology and Biotechnology 65: 635–48.
29. Ramachandra, T.V., Madhab, M.D., Shilpi, S., Joshi, N.V. (2013). Algal Biofuel from Urban
Wastewater in India: Scope and Challenges. Renewable and Sustainable Energy Reviews 21:
767–77.
30. Shanab, S., Soha S.M., Shalaby, E.M., Mahmoud, G.I. (2012). Aqueous Extracts of Microalgae
Exhibit Antioxidant and Anticancer Activities. Asian Pacific Journal of Tropical Biomedicine 2:
608–15.
31. Stirk, A., Ördög, V., Novák, O., Rol ík, J., Strnad, M., Bálint, P., van Staden, J. (2013).
« Auxin and Cytokinin Relationships in 24 Microalgal Strains. » Edited by R. Bassi. Journal
of Phycology 49: 459–67.
32. Sudhakar, M.P., B. Ramesh Kumar, Thangavel Mathimani, and Kulanthaiyesu Arunkumar.
(2019). A Review on Bioenergy and Bioactive Compounds from Microalgae and Macroalgae-
Sustainable Energy Perspective. Journal of Cleaner Production 228: 1320–33.
33. Talero, El., García-Mauriño, S., Ávila-Román, J., Rodríguez-Luna, A., Alcaide, A., Motilva,
V. (2015). « Bioactive Compounds Isolated from Microalgae in Chronic Inflammation and
Cancer. » Marine Drugs 13: 6152–6209.
34. Thomma, B. P. H. J., Tierens, K. F. M., Penninckx, I. A. M. A., Mauch-Mani, B., Broekaert,
W. F., & Cammue, B. P. A. (2001). Different micro-organisms differentially induce Arabidopsis
disease response pathways. Plant Physiology and Biochemistry, 39: 673–680.
35. Yoshikawa, M. Diverse modes of action of biotic and abiotic phytoalexin elicitors. Nature,
1978, 275, 546–547.
36. Wei, X., Lyu, S., Yu, Y., Wang, Z., Liu, H., Pan, D., Chen, J. (2017). Phylloremediation of
Air Pollutants : Exploiting the Potential of Plant Leaves and Leaf-Associated Microbes. Frontiers
in Plant Science, 8.

350823CXJ_COMPOAA.indb 102 20/08/2020 12:12

Vous aimerez peut-être aussi