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Recueil de textes classiques de l’antiquité sur la nature
des objets mathématiques et la place des
mathématiques dans la connaissance.
1) Scholie au livre XIII des £léments d’Euclide. (Anonyme. Proclus ?).
(sur Vorigine pythagoricienne plutét que platonicienne de la théorie des polyédres
réguliers).
Dans ce Livre, c'est-a-dire le 13e, sont décrites les 5 figures dites de Platon, lesquelies
ne sont pas de lui : trois des 5 figures susdites sont pythagoriciennes, savoir le cube
et la pyramide et le dodécaédre; de Théétate sont et l'octaédre et l'icosaédre. Elles ont
regu la désignation « de Platon » & cause de ia mention qu'il fait d'elles dans le Tinée.
Mais ce Livre-ci doit étre attribué & Euclide & cause de la mise en ordre élémentaire qu'il
a imposée aussi 8 cet élément-Ia »
2) Archimade de Syracuse, préface a la Quadrature de la Parabole (témoignage sur le fait
que les mathématiques étaient déja structurées démonstrativement bien avant Eudoxe).
« ... en admettant pour la démonstration le lemme que voici : I'excés de la plus grande
de deux aires inégales sur la plus Opetite peut dépasser, s'il est ajouté & lui-méme, toute
aire finie donnée. Or les géométres antérieurs [3 Eudoxe] ont fait appel eux aussi a ce
lemme : car c'est en se servant de ce lemme qu'ils ont démontré que les cercles ont
entre eux le rapport doublé de [celui] des diamatres. Et que les spheres ont entre elles
le rapport triplé de [celui] des diamétres [...] ».
Les Pythagoriciens
3) Les pythagoriciens disent que les choses existantes sont redevables de leur étre &
imitation (mimesis) des nombres.
Aristote, Métaphysique, livre A, 987b11
4) Puisque la nature de toute autre chose semble étre entiérement assimilée aux nombres,
et puisque les nombres semblent étre premiers au sein du monde de la nature, ils [les
pythagoriciens] admettaient que les éléments des nombres étaient les éléments de tout
ce qui existe, et que I'univers entier était une harmonie et un nombre.
Aristote, Métaphysique, livre A, 985b32
5) Les pythagoriciens, parce qu’lls voient beaucoup d’attributs des nombres appartenir aux
corps sensibles, admettent que les choses sensibles sont des nombres ; ces nombres
existent pas de maniére séparée [du monde sensible], mais plutét ils composent
véritablement les autres choses,
Aristote, Métaphysique, livre N, 10902206) Les pythagoriciens reconnaissent un seul type de nombre, les nombres mathématiques
} mais [...] ils ne les reconnaissent pas comme existant de maniére séparée des choses
sensibles ; ils en sont plutét des éléments. En effet, ils construisent I’univers & partir des
nombres ; mais il ne s‘agit pas d’authentiques nombres monadiques; puisque ils
supposent que les unités possédent une grandeur.
Aristote, Métaphysique, livre M, 1080b16
7) Mest évident que les étres mathématiques ne sont point séparés des objets sensibles ;
car siils en étaient séparés leurs propriétés ne pourraient point se rencontrer dans les
corps. Sous ce point de vue, il est vrai, les Pythagoriciens sont irréprochables; mais
quand ils disent que les objets naturels viennent des nombres, que ce qui est pesant ou
léger vient de ce qui n'a ni poids ni légérete, ils parlent, ce semble, d'un autre ciel et
d'autres corps que les corps sensibles [de notre monde].
Aristote, Traité du Ciel, 300216
8) [..] ceux quion nomme Pythagoriciens s'appliquérent d'abord aux mathématiques, et
firent avancer cette science. Nourris dans cette étude, ils pensérent que les principes des
mathématiques étaient les principes de tous les étres. Les nombres sont, de leur nature,
antérieurs aux choses; et les Pythagoriciens croyalent apercevoir dans les nombres plutot
que dans le feu, la terre et l'eau, une foule danalogies avec ce qui est et ce qui se produit.
Telle combinaison de nombres, par exemple, leur semblait étre la justice, telle autre
I'éme et l'intelligence, telle autre |'3-propos; et ainsi 4 peu prés de tout le reste. Enfin ils
voyaient dans les nombres, les combinaisons de la musique et ses accords, Toutes les
choses leur ayant done paru formées a la ressemblance des nombres, et les nombres
étant d'ailleurs antérieurs a toutes choses, ils pensérent que les éléments des nombres
sont les éléments de tous les étres, et que le ciel dans son ensemble est une harmonie
et un nombre.
Aristote, Métaphysique, livre A, 985b22
9) Toutes les concordances qu'lls pouvaii
avec les phénoménes du ciel et ses parties, et avec -I'ordonnance de I'univers, ils les
réunissaient, ils en composaient un systéme. Et si quelque chose manquait, ils
employaient tous les moyens pour que le systéme présentat un ensemble complet. Par
exemple, comme la décade semble étre un nombre parfait, et qu'elle embrasse tous les
nombres, ils prétendent que les corps en mouvement, dans le ciel sont au nombre de
dix, Or, n'y en ayant que neuf de visibles, ils en imaginent un dixiéme, 'Antiterre. Nous
avons expliqué tout cela avec plus de détail dans un autre ouvrage.
Aristote, Métaphysique, livre A, 985b31
nt découvrir dans les nombres et dans la musique,10)On n’a encore nullement défini en quel sens les nombres sont les causes des substances
et de l’étre; est-ce en tant que limites (comme les points sont les limites des grandeurs,
et au sens od l'entendait Eurytos, qui assignait & chaque chose un nombre, par exemple
tel nombre & I'homme, tel autre au cheval) ? Ainsi de méme que ceux qui raménent les
nombres a des figures — triangle ou carré —, de méme lui représentait avec des cailloux
la forme des (animaux et des) plantes. »
Aristote, Métaphysique, livre N 5, 1092b8
11)Le nombre est le principe des étres sous le point de vue de la matiére, et aussi la cause
de leurs modifications et de leurs propriétés ; les éléments du nombre sont le pair et
impair; impair est limité, le pair illimité; 'unité tient & la fois de ces deux éléments, car
elle est & la fois pair et impair ; le nombre vient de I'unité ; enfin le ciel dans son ensemble
se compose, comme déjé nous I'avons dit, de nombres. D'autres Pythagoriciens
admettent dix principes, qu'ils rangent deux & deux dans l'ordre suivant :
Limité Timité
Impair Pair
Unité Muttiplicité
Droite Gauche
Male Femelle
Repos Mouvement
Rectiligne Courbe
Lumiére Ténébres
Bien Mal
Carré Oblong
12) On ne nous explique pas davantage comment les nombres peuvent étre causes des
substances et de leur existence réelle. On ne dit pas si c'est a titre de limites, comme les
points, qui, en tant que limites, seraient les [10] causes des grandeurs ; ou bien, si le
nombre est la cause de quelque chose de déterming, celui-ci étant la cause de homme,
celui-Ia la cause du cheval, comme le prétendait un certain Eurytus, qui n'hésitait pas 2
représenter méme les figures des plantes par des calculs arithmétiques, ainsi que le font
ceux qui appliquent les nombres aux figures géométriques, telles que le triangle ou le
quadriatére. Ou bien, de méme que l'accord symphonique n'est qu'une proportion de
nombres, de méme I'homme [15] vient-il d'une proportion spéciale, ainsi que le reste
des étres ? Mais comment les modes et les qualités des choses, la blancheur, la douceur,
la chaleur, pourraient-elles @tre des nombres ? (Métaphysique, live N, chap. V, 109267-sq.)Platon
13) L'analogie de la ligne divisée (République, livre VI. 509d-sq., GF trad. G. Leroux)
Prends une ligne coupée en deux segments d'inégale longueur ; coupe de nouveau,
suivant la méme proportion que la ligne, chacun des deux segments -- celui du genre
visible et celui du genre intelligible -- et tu obtiendras ainsi, eu égard 4 un rapport
réciproque de clarté et d'obscurité dans le monde visible, le second segment, celui des
images, J'entends par images d'abord les ombres, ensuite les reflets et tous les
phénoménes de ce genre. [...] Pose alors l'autre segment auquel celui-ci ressemble, les
animaux qui nous entourent et tout ce qui est soumis Ia croissance, aussi bien que
ensemble du genre de ce qui est fabriqué. [...] La division a été effectuée sous le rapport
de la vérité et de la non-vérité de telle sorte que 'opinable est au connaissable ce que
objet ressemblant est ce 4 quoi il ressemble.
14)(suite du précédent). Les deux segments de la partie intelligible.
(510b) Examine aussi comment il faut couper la section de Vintelligible. Dans une partie
de cette section, l'Ame, traitant comme des images les objets qui, dans Ia section
précédente, étaient les objets imités, se voit contrainte dans sa recherche de procéder &
pa
Dans l'autre section toutefois, celle oi elle s'achemine vers un principe anhypothétique,
d'hypothéses ; elle ne chemine pas vers un principe mais vers une conclusion.
l'me procéde a partir de I'hypothase et, sans recourir 4 ces images, elle accomplit son
parcours a l'aide des seules formes prises en elles-mémes
15)(suite du précédent). Le raisonnement dialogué: mode d'accés a intelligible.
(511b) Le raisonnement a recours & la construction d'hypothéses sans les considérer
comme des principes, mais pour ce qu'elles sont, des hypotheses, c'est-8-dire des points
d'appui et des tremplins pour s’élancer vers ce qui est anhypothétique, jusqu'au principe
du tout. Quand il l'atteint, il s'attache & suivre les conséquences qui découlent de ce
principe et il redescend ainsi jusqu’a la conclusion, sans avoir recours d'aucune maniére
‘a quelque chose de sensible, mais uniquement & ces formes en soi, qui existent par elles
mémes et pour elles-mémes, et sa recherche s'achéve sur ces formes.
16)L’échelle ontologique de Platon appliquée a la « science de la nature ».(Timée, 27d-sa.)
Selon moi, il faut commencer par déterminer les deux choses suivantes : Qu'est-ce que
ce qui existe de tout temps sans avoir pris naissance, et qu'est-ce que ce qui nait et
renait sans cesse sans exister jamais? L'un, qui est toujours le méme, est compris parla
pensée et produit une connaissance raisonnable ; l'autre, qui nait et périt sans exister
jamais réellement, tombe sous la prise des sens et non de intelligence, et ne produit
qu'une opinion. Or, tout ce qui nait, proc&de nécessairement d'une cause; car rien de ce
qui est né ne peut étre né sans cause.Quand il s'agit d’exprimer une copie de ce qui est immuable, comme ce n'est qu'une
emblable. Ce que
existence est 8 la génération, la vérité I'est & opinion. Tu ne seras donc pas étonné,
copie, par analogie avec elle, l'expression aussi ne doit étre que vrais
Socrate, si, aprés que tant d'autres ont parlé diversement sur le méme sujet, j'essaye
de parler des dieux et de la formation du monde, sans pouvoir vous rendre mes pensées
dans un langage parfaitement exact et sans aucune contradiction. Et si nos paroles n'ont
pas plus d'invraisemblance que celles des autres, il faut s'en contenter et bien te rappeler
que moi qui parie et vous qui jugez, nous sommes tous des hommes, et qu'il n'est permis
d'exiger sur un pareil sujet que des récits vraisemblables.
17)Le cosmos platonicien, tout comme les figures géométriques, est inengendré (Aristote,
Traité du Ciel, 1. 10, 279b-280a).
[Les platoniciens] soutiennent que c'est par une voie analogue @ la construction des
figures géométriques quills procédent eux-mémes dans leurs considérations sur la
génération du monde ; ils ne prétendraient pas que le monde a été engendré @ un
moment déterminé, mais ils veulent simplement, dans I'intérét de leur exposition, rendre
les choses plus aisées & comprendre, en montrant l'objet, comme la figure géométrique,
en cours de génération.