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Magritte : Réalité et Mystère Visuel

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Magritte met en évidence notre difficulté à faire coïncider la réalité du monde avec nos images mentales.

Il a
développé un véritable alphabet pictural en usant de motifs récurrents : la pomme, l’oiseau, l’homme au
chapeau melon, les corps morcelés… Ses images sont souvent cachées derrière ou dans d’autres images,
alliant deux niveaux de lecture possibles, le visible et l'invisible31.
Ses peintures jouent fréquemment sur le décalage entre un objet et sa représentation. Par exemple, un de ses
tableaux les plus célèbres est une image de pipe sous laquelle figure le texte : « Ceci n’est pas une pipe »
(série La Trahison des images, 1928-1929). Il s’agit en fait de considérer l’objet comme une réalité concrète et
non pas en fonction d’un terme à la fois abstrait et arbitraire. Pour expliquer ce qu’il a voulu représenter à travers
cette œuvre, Magritte a déclaré : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la
bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau
« Ceci est une pipe », j’aurais menti ! »
La peinture de Magritte s’interroge sur sa propre nature, et sur l’action du peintre sur l’image. La peinture n’est
jamais une représentation d’un objet réel, mais l’action de la pensée du peintre sur cet objet. Magritte réduisait
la réalité à une pensée abstraite rendue en des formules que lui dictait son penchant pour le mystère : « Je
veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et
l’enchantement nécessaire à la vie des idées », déclara-t-il. Son mode de représentation, qui apparaît
volontairement neutre, académique, voire scolaire, met en évidence un puissant travail de déconstruction des
rapports que les choses entretiennent dans la réalité.
Parmi les objets qui contribuent à faire de ses toiles d'impénétrables énigmes, un objet apparaît de façon
particulièrement récurrente : une sphère noire, lustrée, fendue en son milieu, qui apparaît dans de nombreuses
œuvres, dans des dispositions et des tailles extrêmement différentes. Souvent qualifié de « grelot », dont il n'a
pourtant pas la forme, il a été successivement interprété comme un œil noir, la représentation d'un sexe féminin,
ou une simple forme géométrique. L'artiste, avec un humour dont ses toiles portent souvent la trace, laisse
intact le mystère sur un objet qui concentre l'attention tout en résistant à l'interprétation.
Magritte excelle dans la représentation des images mentales. Pour Magritte, la réalité visible doit être approchée
de façon objectale. Il possède un talent décoratif qui se manifeste dans l’agencement géométrique de la
représentation. L’élément essentiel chez Magritte, c’est son dégoût inné de la peinture plastique, lyrique,
picturale. Magritte souhaitait liquider tout ce qui était conventionnel. « L’art de la peinture ne peut vraiment se
borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde »
déclara-t-il. Pour lui, la réalité ne doit certainement pas être approchée sous l’angle du symbole. Parmi les
tableaux les plus représentatifs de cette idée, La Clairvoyance (1936), nous montre un peintre dont le modèle
est un œuf posé sur une table. Sur la toile, le peintre dessine un oiseau aux ailes déployées.
Un autre tableau, La Reproduction interdite (1937), montre un homme de dos regardant un miroir, qui ne reflète
pas le visage de l’homme, mais son dos. De la même manière, la peinture n’est pas un miroir de la réalité.
Peintre de la métaphysique et du surréel, Magritte a traité les évidences avec un humour corrosif, façon de
saper le fondement des choses et l’esprit de sérieux. Il s’est glissé entre les choses et leur représentation, les
images et les mots. Au lieu d’inventer des techniques, il a préféré aller au fond des choses, user de la peinture
qui devient l’instrument d’une connaissance inséparable du mystère. « Magritte est un grand peintre, Magritte
n'est pas un peintre », écrivait dès 1947 Scutenaire32.
« Voici, je crois, une idée neuve pour tous : on demande parfois : « Que représente ce tableau? », un
« intellectuel » se garderait de la poser, de crainte de n’être pas « au courant »; cette question signifie une
exacte réception de l’image, mais une interprétation de ce que l’on ressent , qui est inexacte. Ce que l’on
ressent ou ce que l’on pense vraiment en regardant le tableau correspondrait à la question posée ainsi :
« Qu’est-ce qui représente ce tableau, et c’est celui qui regarde, qui représente le tableau, ses sentiments et ses
idées représentent le tableau. Nos idées et nos sentiments, fussent-ils extraordinaires, ne sauraient être
exprimés ou représentés par la peinture, à moins qu’une convention permette une vague expression d’idées ou
de sentiments : C’est à partir d’une image peinte que des idées ou des sentiments peuvent apparaître et
rencontrer cette image. Une image peinte ne représente pas d’idées ou de sentiments, mais des sentiments ou
des idées peuvent représenter une image peinte.
René Magritte33 »

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