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NYPL RESEARCH LIBRARIES
3 3433 07580355 5
NKI
Townsend Wition,
14 Oxial 01 .
Townsend Walst
1592
FABLES
DE
LA FONTAINE
い
い ?
NKI
LaFont
No m
Hachette's French Classics
FABLES
DE
LA FONTAINE
With Grammatical, Explanatory, and Etymological Notes
BY
FRANCIS TARVER , M.A. , Oxon .
FRENCH MASTER AT ETON COLLEGE.
/27
64
NEW EDITION.
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
LONDON : 18, KING WILLIAM STREET, CHARING CROSS.
PARIS : 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN.
BOSTON : CARL SCHOENHOF.
1890 .
All Rights Reserved.
EN
THE NEW YORK
HELIC LIBRARY
230600B
ASTOR, LENOX AND
TILKEN FREUNDATIONS
R 1943 L
London :
Printed by RANKEN & Co. , Drury House,
Drury Court, Strand.
LIFE AND WRITINGS
OF
JEAN DE LA FONTAINE.
JEAN DE LA FONTAINE was born July 8, 1621 , at Château- Birth, July 8,
Thierry. His father, Charles de la Fontaine, was Commissioner 1621.
of Waters and Forests, and his mother's maiden name was
Françoise Pidoux. The poet's family was an ancient one, and
had some pretensions to nobility. His early education was
conducted at a village school, and afterwards at Rheims, a
town for which he always entertained a great affection.
A certain Canon of Soissons, by name Héricart, fancying that
he saw in the young man an inclination for the clerical profes-
sion, endeavoured to develope this inclination, and young Jean
de la Fontaine was sent to the seminary of St. Magloire in 1641, Enters Seminary
where, however, he only remained for one year, not having (as at St. Mag'vire,
1641.
we learn from a subsequent letter to his wife) been either able
or willing to master sufficient theology to render him fit for holy
orders. The indolent life of pleasure which La Fontaine led
after leaving the seminary proved how little fitted he would have
been for the Church. Several anecdotes are related at this
period of his life of the carelessness and forgetfulness which
characterised him throughout. One will be sufficient to paint
the man. Returning one day from Paris to Château-Thierry on
horseback with some family papers of great importance attached
to his saddle, he let them fall. They were picked up soon after
bythe driver of the mails, and upon his overtaking and asking
La Fontaine if he had not lost anything, he replied that he was
perfectly sure that he had not ; but on seeing the packet ex-
claimed that his whole property depended upon it. La Fon- Taste for Poetry
taine seems to have reached his twenty-second year before he first 1643-developed in
showed any signs of a taste for poetry. His hearing an ode of
* La Fontaine thus speaks of Rheims in his " Contes," iii., 4 :—
Il n'est cité que je préfère à Reims ;
C'est l'ornement et l'honneur de la France ;
Car sans compter l'ampoule et les bons vins,
Charmants objets y sont en abondance.
vi LIFE AND WRITINGS OF
Malherbe read aloud first awakened the fire dormant within
him, and he set to work to learn the works of Malherbe by heart,
and used to declaim his verses aloud when alone. This led
to a study of Voiture, and to some attempts of his own in imi-
tation of this poet. Fortunately one of his relatives, by name
Pintrel, induced him to study better models, Horace, Virgil,
Homer ; and M. de Maucroix confirmed him in his admiration
of the ancient classics, and especially of Plato and Plutarch.
His new friends, however, did not make him forget his old
ones, and Rabelais, Marot, Voiture, were still his favourite
authors ; and amongst the Italians Ariosto, Boccaccio, Machia-
velli. The first work he ever published was a translation of the
" Eunuchus " of Terence in verse, in 1654. But we are
anticipating.
Marriage, 1646, At the age of twenty-six our poet's father, wishing to settle
him in life, handed over his business to him, and found him a
wife in the person of Marie Héricart, who was only fifteen years
old at the time of their marriage ; and as their married life was
none of the happiest (indeed they were separated by mutual
consent not long after), it would not be out of place here to
remark on the diversity of character which made their union so
ill-assorted. We learn that his wife, though beautiful and
clever, wanted exactly the only thing requisite to fix the easy-
going, careless character of La Fontaine. She had none of those
solid qualities, love of order and serious occupation, necessary
for this purpose. Whilst she was reading novels at home he
was seeking distraction abroad, or rapt in his verses and the
study of his favourite poets. Their joint income soon got em-
barrassed, and in 1659 we find that there was a séparation de
biens between La Fontaine and his wife.
Intimacy with We now come to speak of the best trait in the whole life of
Fouquet.
our poet—namely, his devoted attachment to his friend and pro-
tector, Fouquet, in his disgrace. It is not our province to
enlarge upon that Minister's career, nor to describe how from
a state of more than regal magnificence, and from being the pos-
sessor of a palace (Vaux) on which more treasures of art were
lavished than on any that his countrymen had yet seen (Ver-
sailles was not yet built), and where he had the honour of
receiving the king and his court-how from this height of pros-
perity he was suddenly plunged to the lowest depths of disgrace ,
and imprisoned for life in the fortress of Pignerol. Fouquet had
early taken up La Fontaine and afforded him the means of
leading an easy, indolent life in the midst of the luxuries of
vii
JEAN DE LA FONTAINE.
Vaux, thus free from all care of providing for his daily wants.
In return for these benefits, La Fontaine composed a poem, half " Le Songe de
Vaux."
prose, half verse, entitled, " Le Songe de Vaux." Fouquet gave
him an annual pension, and in return La Fontaine composed
sonnets, madrigals, and odes for his patron. And when after Fouquet's Dis
his patron's fall the courtiers whom he had enriched one and grace, 1661.
all abandoned him, his literary friends alone stood manfully by
him, especially La Fontaine, who by his " Elégie aux Nymphes "Elégie aux
Nymphes de
de Vaux," contributed more than any to allay the storm of in- Vaux."
dignation raised on all sides against the unfortunate fallen
Minister.
In 1658 La Fontaine's father died, and left him his small Death ofLa Fon
father,
fortune much incumbered. About this time he became in- taine's 1658.
timately acquainted with Racine, who was himself studying for Intimacy with
holy orders, with about as much inclination and taste for the Racine.
ecclesiastical profession as La Fontaine had exhibited before
him.
We now hear of a certain journey that he made to Limoges Journey Limoges,to1663
in the company of Jannart, exiled thither by Colbert's order.
This journey is only remarkable in that La Fontaine makes it
the subject of a series of letters to his wife, with whom he does
not seem to have had much other communication, and in these
he mentions their son, now aged ten, of whom he seldom, if
ever, speaks, being, as we shall see from several passages in his
Fables, * particularly averse to children. He also relates how,
after ordering his dinner at a village inn near Orléans, he went
out, and getting absorbed in his favourite author, Livy, he entirely
forgot the dinner-hour. He then made a pious pilgrimage to
Amboise to visit the room in which Fouquet had been first con-
fined.
On his return from Limoges to Château-Thierry he found the 1664. Duchesse
Bouillon.
Duchesse de Bouillon established there. This lady took such de
pleasure in his society, that she carried him off to Paris with her,
and introduced him to her circle, and in the same year he La Fontaine
accepted the post of gentilhomme servant to Marguerite de enters the service
of Marguerite
Lorraine, Duchess Dowager of Orléans. He published at this Duchess de Lorraine,
time the poem of "Joconde," and in the following year his first Dowager of
collection of " Contes et Nouvelles en Vers, " the subjects of Orleans.
which are mostly licentious, and for which an excuse can only " Jocondeet" and
befound in the writings and morals of the age inwhich La Fontaine velles en Vers,"
lived. In them he imitated Ariosto, the " Decamerone " of 1665.
* Cf. Book i., Fable 19, page 18, lines 12 et seqq.; and Book ix., Fable 2,
page 188, line 6.
viii LIFE AND WRITINGS OF
Boccaccio, and the " Heptaméron " of Marguerite de Navarre.
Society was so far from being scandalised by such productions,
that the " Contes " were eagerly read, and La Fontaine received
the appellation of Le Conteur par excellence.
Intimacy with It was about this time that there was formed a close inti-
Racine, Molière, macy between La Fontaine, Racine, Boileau, Molière, and
Boileau, and
Chapelle, 1666. Chapelle, who used to meet two or three times a week to sup
together at Boileau's lodging in the Rue du Vieux Colombier,
where La Fontaine's " absent " fits were among the chief sources
of amusement to the company, and where Molière seems first to
have given him the sobriquet of " Le Bon Homme, " by which
he will always be distinguished. These friends, anxious to bring
about a reconciliation between him and his wife, who had retired
to Château Thierry, at last prevailed upon him to go and meet
her there. He did go, but not finding her at home on his arrival,
he went to a friend's house, where he stayed two or three days,
entirely forgetting the object of his journey, and he returned to
Paris without even having seen his wife.
For some time now La Fontaine seems to have devoted him.
self to writing odes and sonnets on the principal events and per-
1667. Second sonages ofthe reign and Court of Louis XIV. In 1667 a new
Collection of
"Contes." collection of " Contes " appears, prefaced by a promise (destined
to be broken) , that this should be the last production of such a
1668. First nature. In 1668 appeared the first collection of " Fables Choisies
RECUEIL DE
FABLESCHOISIES Mises en Vers," dedicated to the Dauphin, consisting of the first
MISES ENVERS." Six Books of the Fables. It may not be out of place here to
enumerate the different authors of Fables from the earliest times
that La Fontaine has taken for his models.
Early Fabulists. The idea of imparting instruction by means of allegory seems
Æsop. to have originated with Æsop , who lived 620 years B.C. , at the
Court of Croesus, King of Lydia, and who, through the inter-
course of the Lydians with the Assyrians, may have been indebted
Pilpay. to the East for the idea, as the Fables of Bidpaï (or Pilpay) and
Lokman. of Lokman (considered by some persons to have been identical
with Æsop) are certainly of Eastern origin.
Babrias. The collections of Fables best known to the Romans were those
composed by Babrias, about the time of Alexander Severus, and
Phædrus. Phædrus, in the reign of Tiberius, wrote an edition of the Fables
of Æsop turned into Latin verse.
In the ninth century one Ignatius Magister, afterwards Bishop
of Nicæa, abridged the Fables of Babrias, reducing each to four
iambic verses. This abridgment has come down to us under the
name of " Fables of Gabrias, " which is a corruption of Babrias.
JEAN DE LA FONTAINE. 1X
In the thirteenth century Marie de France, who resided in Marie de France.
England, composed a selection of Fables inthe Langue Romaîne
or Old French, which she said she had translated from some
English Fables ; and in the fourteenth century Planude, a monk Planude
ofConstantinople, wrote a collection of Fables in Greek prose,
which he published under the name of Æsop, prefaced by a Life
ofthe Phrygian slave, full of anachronisms. To these composers
or compilers of Fables succeeded Ranutio d'Arezzo, Faerne, and
later on, Corrozet and Philibert Hegemon, " Les Fables
Héroiques " of Audin, " L'Esope Moralisé," by Pierre de
Boissat. Then came La Fontaine, who at first confined himself
to following in the footsteps of Phædrus, and afterwards bor-
rowed from the other writers whose names we have mentioned.
Several of the Fables in this first collection are dedicated to Dedication of
several of the
individual friends or protectors of the poet. The First Fable of Fables to
Book iii. is dedicated to M. de Maucroix, with the object of individuals.
helping him to make up his mind about the profession he should
embrace ; the Eleventh of the same Book to M. de la Roche-
foucauld, author of the Maxims ; the First of Book iv. to
Mdlle. de Sévigné, afterwards Madame de Grignan ; and the
First of Book v. to the Chevalier de Bouillon.
This first collection of Fables soon became very popular, and
one is at a loss to imagine how such a good judge as Boileau
(who had said that " the beauties of nature had never been
appreciated thoroughly till Molière and La Fontaine wrote "),
should have omitted all mention of Fables in his " Art Poétique, " eau
Silence ofBoil
on the sub
in which he speaks of idylls, eclogues, elegies, odes, sonnets, ject of Fables
epigrams, and even vaudevilles. This silence on the subject of
Fables can only be attributed to a coolness that had grown up of
late between La Fontaine and Boileau, at the time that the
latter wrote his " Art Poétique " (1674).
In the epilogue to the first collection of Fables, * La Fontaine
seems to imply that he intended them to end there, and he
announces his intention of returning to the composition of
"Psyché, " a poem, in prose and verse, of 500 pages (addressed 1669. “ Psych
to Fouquet, under the name of Damon), and in which La
Fontaine sets forth the wonders of the new palace and park of
Versailles, on which Louis XIV. was then lavishing millions of
Cf. page 120, lines 15, 16.--
Bornons ici cette carrière :
Les longs ouvrages me font peur.
And lines 25, 26.—
Retournons à Psyché. Damon, vous in'exhortez
A peindre ses malheurs et ses félicités.
X LIFE AND WRITINGS OF
66
money. Psyché" was followed by the " Adonis," a poem on
the loves of Venus and Adonis, which has been pronounced as
the best of its sort in the French language, till Boileau published
1671. New
lection of Col- his " Art Poétique " and " Lutrin. " In 1671 La Fontaine pub-
"Contes." lished his third collection of " Contes et Nouvelles en Vers,
which seems to have much pleased Madame de Sévigné ; and
1672. Death of in 1672 he lost his chief friend and protectress, Marguerite de
Marguerite de Lorraine, Duchesse douairière d'Orléans. Our poet, never able to
Lorraine .
provide himself with the necessaries of life (la vie matérielle),
La Fontainefinds was fortunate enough to find a new patroness in Madame de la
a new patroness
in DE Sablière, with whom he lived till her death, and who supported
LA SABLIERE. him for twenty years of his life, and enabled him to dispense
with the ordinary cares of providing for his every-day wants, and
to devote himself entirely to the cultivation of his Muse. Madame
de la Sablière was one of the most accomplished ladies of the
Court of Louis XIV. She was the intimate friend of Boileau
and Racine, was well versed in the Latin classics, mathematics,
physical science, and astronomy, and her husband, M. Ram-
bouillet de la Sablière,* was son of the financier Rambouillet.
Second Collec- In 1678-9 appeared the second collection of Fables (Books
tion of Fables,
1678-79. 7 to II inclusive), dedicated to Madame de Montespan, termi-
nated by an epilogue, in which La Fontaine alludes to the
pacification of Europe by Louis XIV. , the peace of Nimeguen,
and the name of Grand given to Louis XIV. in 1680, and which
probably procured for La Fontaine the honour of being allowed
to present the collection in person to the king. It appears,
however, that when he arrived at Versailles, he found that he
had forgotten to bring his book with him, and that he even
neglected to take away the purse of gold with which the king
presented him. Many of these Fables, though not published
till 1679, had been already circulated in MS ., and many of them
were inspired by actual events that had taken place. For
instance, Book vii. , Fable II , " Le Curé et le Mort " ; this occur-
rence is recorded by Madame de Sévigné as having actually
taken place at the interment of M. de Boufflers ; and the incident
remarked in Fable 18 of the same Book had actually occurred in
England some time before.
Five of the Fables in this collection were especially dedicated
The famous hotel de Rambouillet, the rendezvous of the wits ofthe
day, was constructed between 1610 and 1617 by Catherine de Vivonne,
daughter ofthe Marquis de Pisani, and married to the Marquis de Ram-
bouillet. The original hotel had been purchased by Richelieu, who built
onthe site the Palais Cardinal now known as the Palais Royal (?).
JEAN DE LA FONTAINE. xi
to individuals. Book viii. , Fable 4. , " Le Pouvoir des Fables,"
to M. de Barillon, French Ambassador to the court of Charles II.
Fable 13 of the same Book, " Tircis et Amarante, " to Mdlle. de
Sillery, niece of M. de la Rochefoucauld. Book x. , Fable 1,
" Les deux Rats, le Renard, et l'ŒŒuf, " to Madame de la Sablière,
then devoted to the study of the philosophy of Descartes.
Fable 15 of the same book, " Les Lapins," to M. de la Roche-
foucauld ; and Fable 2 of Book xi. , " Les Dieux voulant instruire
un fils de Jupiter, " to the Duc du Maine, son of Louis XIV. and
Madame de Montespan .
La Fontaine had never seriously given his attention to writing Lully.
for the stage till Lully, the famous musical composer, who had
been originally brought from Italy to enter the service of
Mademoiselle, induced him to try his hand at this sort of com-
position ; and at her instigation he wrote the opera of " Daphne, " "Daphne."
but Lully made so much difficulty about composing the music
for it, and treated La Fontaine so badly, that the latter vented
his humour in a comic satire, entitled " Le Florentin " (in " Le Florentin."
allusion to Lully's country) . It was hard , however, to quarrel
with such a good-humoured person, and they were soon after-
wards reconciled. La Fontaine was not so popular at court just
now, as Scarron's widow, Madame de Maintenon, was just
beginning to wean Louis XIV. from the influence of his former
favourites. Madame de Maintenon shunned the society of those
who had formerly known her in the obscure position of Scarron's
wife, and La Fontaine had had frequent opportunities of meeting
her under these circumstances at the house of Fouquet, who had
been a protector of Scarron. The king, too , himself, was begin-
ning to turn over a new leaf, and was easily induced to look with
disfavour upon the author of the licentious " Contes. "
A curious instance of the versatility of La Fontaine's genius
is the poem in two cantos which he wrote at the instigation of
(and dedicated to) the Duchesse de Bouillon, on the subject of
Quinine (" Le Quinquina") . This famous remedy, procured from "Le Quinquina.
the bark of a Peruvian tree, had remained for a century and a- 1682.
half unknown to the Spanish discoverers of America ; nor was it
till 1638 that a native had revealed the secret to the Spanish
governor of Loxa, in return for some service he had received
from him. The chief of the Jesuits in America had, in 1649,
carried it to Rome, and for a long time it was known as the
poudre des pères or poudre des Jésuites, and sold for its weight in
gold. In 1679 an Englishman, by name Talbot, invented a
method of infusing it in wine, and it was known in France as
xii LIFE AND WRITINGS OF
le remède Anglais. The famous minister Colbert was cured by it
and Louis XIV. gave Talbot 2000 louis d'or and an annual
pension of 2000 francs for the recipe. Though Colbert had been
the sworn enemy of our poet's friend and protector, Fouquet, he
took this opportunity of celebrating the encouragement which
he had given to letters.
Birth of the Duc This same year La Fontaine composed two ballads in honour
de Bourgogne .
ofthe birth of the Duc de Bourgogne, son of the Dauphin, that
young prince who was destined to have Fénélon for his instruc-
tor, and to become one day the protector of La Fontaine in his
old age.
Death ofColbert, In 1683 the death of Colbert caused a vacancy in the Acadé-
1683.
mie which La Fontaine was very anxious to fill. He had now
published nearly all his Fables and Tales, and Boileau had written
his " Art Poétique " and " Lutrin, " besides nine satires and as
many epistles, and yet neither of these two remarkable men had
a seat in the Académie. The discussion as to which should
have the honour of being elected first was very warmly carried on
-the supporters of Boileau endeavoured to throw obloquy upon
La Fontaine on account of the licentiousness of his " Contes, "
aud Rozé, in particular, who opposed his election strongly,
22
threw upon the table of the Academy a copy of the " Contes,
as ifto shame an assembly that could propose to take the author
of such a work into its number. He is reported to have said ,
" Je vois qu'il vous faut un Marot " ; to which Benserade replied,
" Et à vous une marotte." The influence of the king in the
election of members of the Academy made itself strongly felt in
those days, and—in spite of a ballad composed in honour of the
King's Flanders campaign, which Madame de Thianges read to the
king at a splendid fête which she gave him, in order to influence
him in favour of La Fontaine-he would not allow La Fontaine
to be elected till after Boileau, and upon that poet's succeeding to a
chair unexpectedly vacated by the death of one ofthe members, the
king said, " Le choix qu'on a fait de M. Déspréaux m'est très
agréable, et sera généralement approuvé ; vous pouvez incessam-
ment recevoir La Fontaine, il a promis d'être sage." La Fon-
Elected
ber of thea Mem- taine was accordingly instantly elected, and after the usual com-
Académie. plimentary speeches on taking his seat, terminated the sitting by
reading a poem addressed to Madame de la Sablière, in which
he seemed to regret the errors of his past life, and promise
amendment for the future. This promise, like many others of
the same sort, does not seem to have been very rigidly kept, for
upon Madame de la Sablière's withdrawing from the world of
JEAN DE LA FONTAINE. xiii
fashion to devote herself to visiting hospitals and other works of
charity, La Fontaine began to find her less accessible to him
than before, and allowed himself to be patronised by the Princes
of Conti and Vendôme, whose youth rendered them anything
but desirable patrons of a man so ready to be influenced by the
manners and lives of those who surrounded and protected him,
and he again fell to writing tales of the same nature, though
perhaps not quite so licentious as his former ones.
In 1683 he wrote " Philémon et Baucis " and " Les Filles de " Philemon et
Baucis," " Filles
Minée," both imitated from the Metamorphoses of Ovid. The de Minée.""
former he dedicated to the Duc de Vendôme ; and there is a
famous passage in it (see page 293, line 26, of this edition),
in which he seems to regret that his married life had not been all
it should be. La Fontaine was very nearly induced about this time
to come over to England, where Madame Harvey, sister to Lord Madame
Harvey.
Montague (who had been English Ambassador at the Court of
Louis XIV.), and who had made our poet's acquaintance in
Paris, had formed a coterie composed of several English literary
celebrities, with S. Evremond, herself, and the Duchesse de
Mazarin (Hortense de Mancini), whose hand had been actually
solicited in marriage by Charles II., and whose rivalry in that
monarch's affections with the Duchess of Portsmouth has
been celebrated by the English poet Waller. It was to this
Madame Harvey that La Fontaine dedicated his fable of " Le Renard
"Le Renard Anglais. " La Fontaine, however, could not Anglais. ”
be induced to desert his old friend and benefactress, Madame
de la Sablière, whose absorption in her works of charity,
and consequent neglect of our poet, only seems to have
strengthened the ties of affection and gratitude which bound him
to her. The last collection of his Fables is full of her name.
Fable xv. of the twelfth Book is addressed especially to her, and
at her instigation he addressed two volumes of his poems to M. M. de Harlay
de Harlay (Procureur Général au Parlement) , who as far back
as 1668 had taken charge of his son-for La Fontaine seems to
have been no better father than he was a husband . Curious
anecdotes are related of him in connection with this same son of
his how once meeting him on the stairs of a certain M.
Dupin, and being 66asked by M. Dupin if he did not recognise
him, he answered, Je croyais l'avoir vu quelque part " ; and
on another occasion, hearing him speak well on some subject
and expressing his approval of the young man's conversation,
he was informed that it was his own son whom he had heard
speak. " Ah ! " he answered, " j'en suis bien aise."
xiv LIFE AND WRITINGS OF
La Fontaine's From what our readers have already learnt of La Fontaine's
Religious Prin-
ciples. manner of living, it will be easily believed that he was not an
assiduous performer of religious duties, nor a constant attendant
at the services of the Church. It appears that the first approach
to anything like serious thoughts was attributed to an accidental
study of the Prophet Baruch, which had been placed in his
hands one day by Racine during a long service which he had in-
duced La Fontaine to attend with him, and for some time after
La Fontaine would constantly ask persons that he met, “ Have
you read Baruch ? He was a grandgenius ! ”
1686. Reconcilia- This awakening of new and more serious ideas may have led
tion with his
Wife. to a partial reconciliation with his wife, which seems to have
taken place about this time, as a document is in existence bearing
the joint signature of them both, dated April 19, 1686. Any-
how, she does not seem to have returned to Paris with her
husband, but remained at Château- Thierry. His principal oc-
cupation now was to attend the sittings at the Academy ; and,
continuing to see less and less of Madame de la Sablière,
absorbed in her charitable duties, he would probably have listened
to the pressing invitations of his friends across the Channel to join
their party in England, had not the Princes of Conti and
Vendôme and the young Duke of Burgundy (at the instigation
of his tutor, Fénélon) contributed to supply his wants and
furnish him with the means of providing that vie matérielle which
he could never procure for himself.
M. et Mme. About this time, too, he found protectors in the persons of
d'Hervart.
M. d'Hervart, son of a rich capitalist, and his wife, who became a
second Madame de la Sablière to him, and whom he actually cele-
brates under the same pseudonym of " Sylvie " that he had pre-
viously given to Madame de la Sablière ! And when his former
benefactress died in 1693, and the house which had been open
to him for twenty years ceased to be so, he met M. d'Hervart in
the street, who said to him, " My dear La Fontaine, I was just
coming to you to ask you to come and live with me, " to which
La Fontaine simply replied, " J'y allais ! " and lived with him
till his death.
1688. Marriage In 1688 the Prince de Conti married Mdlle. de Bourbon,
of Prince de
Conti. grand-daughter of the great Condé, and La Fontaine celebrated
the event by a Fable which he addressed to the Prince (Fabie
xii., Book 12) ; and in 1690 he composed and dedicated to the
16yo. young Duc de Bourgogne the Fable entitled " Les Compagnons
d'Ulysse " (Book xii. , Fable 1 ) , in which he extols the military
exploits of his father, the Dauphin, on the Rhine.
JEAN DE LA FONTAINE, XV
La Fontaine had, up to this time, enjoyed robust health, but 1692. First
serious illness
towards the end of the year 1692 he had an illness which gave
himself and his friends some cause for alarm, and he seems now
to have turned his thoughts seriously to religion. Madame de la
Sablière, too, who died in the following year, feeling her own
end approaching, joined her exhortations to those of Racine to
endeavour to induce La Fontaine to repent seriously of the errors
of his past life ; and a young curate of St. Roch, by name
Pouget, son of a friend of La Fontaine's, was his spiritual direc-
tor, and ultimately prevailed upon him to prepare himself to
receive the sacraments of the Church. The following story will
show the ingenuousness of La Fontaine on serious matters.
He said, " I have been reading the New Testament for some
time past. I assure you it is a very good book-yes, upon my
word, a very good book-but there is one article that passes my
comprehension : it is the question of the eternity of punishments.
I cannot conceive how this eternity can coincide with the good-
ness ofGod. " And the nurse who tended him in this illness is
reported to have said to M. Pouget, 66 Monsieur, Dieu n'aura
jamais le courage de le damner."
Pouget, before administering absolution and the sacraments to
La Fontaine, exacted as a condition that he should make the
sacrifice of his " Contes, " and a public disavowal of them in the
Academy. He, moreover, prevailed upon him to burn a comedy
which he had written and not yet published. La Fontaine was
very anxious that a deputation should attend from the Academy
to assist at his reception of the sacraments. This request was
readily granted him, and in their presence he expressed his
contrition at having been the author of the " Contes. "
From this illness La Fontaine recovered, but only to learn 1693. Death of
that his friend and benefactress, Madame de la Sablière, had Madame Sablière. de la
died in the month of January preceding, and, as we have before
stated, he now became the inmate of M. d'Hervart's house. The
Duc de Bourgogne had sent him a purse of fifty louis during his
illness, and in 1694 he gathered all his remaining energy to collect
and publish in one book all the fables which had been already cir- 1694. Publica-
culating in MS., and to which he added some new ; and he dedi . tion of last Book
of Fables.
cated this, his twelfth and last Book, to the young Duc de Bour-
gogne, who had himself inspired the poet with the subjects oftwo
out of the number-" Le Chat et la Souris " (Fable 5 and dedi
cation), and " Le Loup et le Renard (Fable 9).
After this he wrote a few epistles, and even attempted to versify
some of the hymns of the Church. But now the end was fast
xvi LIFE AND WRITINGS OF LA FONTAINE.
approaching, and on the 10th February, 1695, he thus writes to
his old friend, de Maucroix :-" I assure you that I have scarcely
a fortnight to live. I have hardly been out for the last two months,
except to go to the Academy. Yesterday, when returning from
there, I was seized with such an attack of prostration that I thought
my last hour was come. Oh ! my friend, to die is nothing, but
do you consider that I shall shortly appear in the presence of
God ! Before you receive this note perhaps the gates of eternity
will have been opened to me. "" M. de Maucroix answers, "If
you have not strength to write to me, beg M. Racine to do so.
Farewell, my good old friend, may God in His infinite mercy
Death of La take care of your bodily and soul's health." On the 13th
Fontaine,
13, 1695. April of April, 1695, La Fontaine died in the house of his friend
D'Hervart, at the age of seventy-three, and we cannot
conclude this memoir better than by the following tribute paid
to his memory by his constant friend Maucroix :-" We
have been friends for more than fifty years, and I thank
God for having allowed the extreme friendship I bore him to
continue up to a pretty good old age without interruption or
coolness, as I can say that I have ever loved him with affection
as much the last day as the first. May God, in His mercy, take
his soul into His holy rest ! His was the sincerest and most
candid heart I ever knew. Never any disguise. I do not know
if he ever told a lie in his life. His was, moreover, a great
genius, capable of everything that he undertook. His Fables,
in the opinion of the best judges, will never die, and will do him
honour to all posterity ."
A FEW WORDS
ON THE
SUBJECT MATTER OF THE FABLES
ANYONE who has taken the trouble to read the foregoing
sketch of the life of La Fontaine will be easily convinced that
if ever a poet's productions were the mirror of his life and
character this may be more truly predicated of La Fontaine than
of almost any other poet, especially as far as his Fables are
concerned ; and as this volume is a collection of the Fables only,
our remarks will be simply confined to considering La Fontaine's
character, and the influence of the age and society in which he
lived as bearing upon this portion of his works.
We have seen what an easygoing, simple, childlike nature was
his-how addicted to fits of absence-and how utterly incapabl
he was of coping with the usual difficulties that beset most mel
through life, even so far as providing himself with the common
necessaries of la vie matérielle, for which he was dependent
now upon this, now upon that, protector. Here was surely just
the sort of man to take pleasure in solitary rural walks, and in
contemplating and noting the ways and manners of dumb
animals-a study which must have inspired him with the idea
of giving to his countrymen and to the world at large a better
collection than any yet existing of fables in verse, in which the
principal actors should be dumb animals, and whose obje
should be to instruct and amuse whilst in a good-natured manne
satirising the vices and follies of mankind.
As a proof of how he would at times be totally absorbed in
his observation of the habits of his favourite objects of study, it
is related that he one day entirely forgot the dinner-hour at a
friend's house, and, upon being asked what he had been doing,
replied that he had been attending the funeral of an ant, which
he had accompanied to the grave, and then returned home with
the disconsolate family. We must not, however, suppose that
La Fontaine studied animals from a scientific point of
view-this would have demanded more labour and patience
2
xviii A FEW WORDS ON THE
than he was capable of ; and we much doubt whether a purely
scientific description of their habits would be as amusing or even
as instructive as the vulgarly received notions with which all
the world are acquainted, and which are, therefore, better
calculated to bring the lesson home which it is intended to
inculcate.
We find, indeed, some glaring errors of this kind in the
Fables. For instance, in Fable 10 of Book iv. he speaks of the
camel and dromedary as one and the same animal ; whereas
any tyro in natural history knows that they belong to two distinct
species-the camel having two humps, and the dromedary but
one. He constantly mixes up rats and mice (Book iii. , Fable
18), as if they were synonymous terms. But perhaps the most
glaring mistake of all, and the one that has been most com-
mented on, occurs in the eighth Fable of Book ii., where a
rabbit is represented as taking refuge in the hole of a beetle !
M. Henri Taine, a writer well known to English readers as
well by his Essays on English Literature as by his contributions
of articles on English social life to the columns of the Daily
News, has published a most interesting volume on " La
Fontaine et ses Fables, "* in which he shows what a complete
"picture they are of the different classes of society in the age in
which La Fontaine lived, from the king down to the labourer ;
and he very ably contrasts each member of this social ladder
with the animal supposed to represent him.
The Lion. First he draws a parallel between the Lion and the King (not
The King.
Louis XIV. especially-La Fontaine was too good a courtier for
that--but kings in general) . " Sa majesté lionne " is always
dignified, and with a proper notion of what is due to his
majesty and that of his consort. See how he speaks of his own
claws as too sacred to punish the stag who dared not to weep at
the death of the lioness ; how he calls on the wolves to come
and immolate the wretch to her " augustes mânes " (viii. , 14).
He is generally, if not always, magnanimous, as in
Fable II , Book ii. , when the rat comes out of the
ground between his paws, he-
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Sometimes he is rather plausible, as in the famous Fable I ofBook
vii. , " Les Animaux malades de la Peste, " when he offers to
sacrifice himself, if necessary, for the common good-
Car il faut souhaiter selon toute justice que le plus coupable périsse,
knowing perfectly well that such an act would be deprecated
"La Fontaine et ses Fables." Par H. Taine. Paris : Hachette.
SUBJECT MATTER OF THE FABLES. rix
unanimously. He certainly never neglects his own advan-
tage, and always has the lion's share of the booty. He
shows, perhaps, in the worst colours in Fable 12, Book
iv., "Le Tribut envoyé par les Animaux à Alexandre,"
where he certainly does not behave honourably to his fellow
deputies. He is consistent to the end, and dies in a manner
worthy of his high station (Book iii. , Fable 14) , not deigning to
utter any complaint till the insult offered him by the ass proves
more than he can bear.
The Tiger and the Bear (les autres puissances, as La Fontaine The Tizer
calls them) come next on the social scale, and represent the great The bear.
ones of the earth. The bear, as M. Taine tells us, is a sort of
rough country gentleman, hobereau solitaire et rustre, of whom
the monkey says (Book i., Fable 7)—
Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre .
When courteously invited (viii., 10) by the old gardener, the
bear, who is described as " très-mauvais complimenteur, "
answers gruffly-
Viens t'en me voh ,
and then afterwards smashes his friend's skull with a paving-
stone in his awkward endeavours to keep off the flies from him
when asleep . He shows his ill-breeding by addressing the
lioness as 66' ma commère," and when (xii. , 1 ) , Ulysses tries to
get him to express discontent with his personal appearance,
replies-
Comme me voilà fait ! comme doit être un ours.
II's bad manners, however, meet with condign punishment
when (vii. , 7) he presumes to turn up his nose at the bad
odour of the lion's den-
Sa grimace déplut : le monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
There is not much mention of the Elephant in the Fables, The Elephant
though a good parallel is drawn (xii., 21 ) between him and those
kings and princes of little dominions who imagine that the whole
world is occupied with their affairs, thus recalling the story of
the Khan of Tartary who, after his own dinner is over, causes a
proclamation to be made that now all the other kings and poten-
tates of the earth may have their dinners if they please.
La Fontaine must certainly have frequently intended to satirise The Court.
the ridiculous obsequiousness of the courtiers of his day. As an The Ape.
instance of this we have (vii. , 7) the ape declaring that the lion's
den smells sweeter than amber and flowers. This flattery met
with no better reward than that of the Abbé de Polignac, who,
XX A FEW WORDS ON THE
when walking with the king at Marly, during a heavy shower,
declared that the rain of Marly did not even wet you !
The Wolf The Wolf is a bad courtier. See (viii., 3) how his awkward
attempt to calumniate his absent friend, the fox, recoils upon
his own head. He is always a knave, and generally a fool. The
Fable ofthe wolf and the lamb (i. , 10) has become proverbial.
La Fontaine delights in making him suffer, and be " taken in "
on all occasions ; and we are delighted when (xi. , 6) the fox
leaves him at the bottom of the well, after having persuaded him
that the reflection of the moon there is a delicious cheese ; when
the young goat (iv. , 15) is too clever for him ; when the horse
breaks his jaw (v. , 8) ; and, lastly, when (iv. , 16) he is fool
enough to believe the mother who threatens to throw her child
out to the wolf if he is naughty, and is despatched by the farm
sei vants ; or when (viii. , 3) the old lion makes a dressing-gown
of his skin at the instigation of the fox.
The Fox. The Fox is a better courtier, and generally contrives to save
his own skin, though at the expense of his veracity. He is the
hero ofthe fables of the Middle Ages, and of course plays the
principal part in those of La Fontaine. The well-known Fable
(i. , 2) of the fox and the crow has become proverbial, and may
serve as a type of what he is throughout ; so that we are abso-
lutely relieved when we find him sometimes " too clever by
half," and meet the due reward of his villany, as when in
(i., 18) the stork is "too many " for him, (v. , 5) he loses his
brush, (iii. , 11 ) he cannot reach the grapes, (ix., 14) the
cat escapes up a tree, and he, after boasting of his bagful of
dodges, falls a victim to the pursuing pack. M. Taine thus sums
up his character as the perfect type of a courtier :-" Avide,
impudent, dur, railleur, perfide, sans pitié, mais spirituel, prompt,
inventif, persévérant, maître de soi, éloqueħt. ”
The Dog. The Dog is a good specimen of the lord-in-waiting, 66 aussi
puissant que beau, gras, poli " (i., 5) , whose trade is to please
his employers, drive away beggars, and ill-clad persons ; as M.
Taine calls him, " premier gentilhomme de la chambre, huissier
des entrées." He receives in return, " Os de poulets et de pigeons,
sans parler de mainte caresse "—that is to say, court favours
crosses, and pensions. For all that, he cannot hide from the
wolf the mark of the collar round his neck, which shows that he
is not free to go where he pleases.
Le Seigneur. Sometimes we have men themselves introduced into the
Fables. " Le Seigneur du village " (iv. , 4), who eats his tenant's
(cod, drinks his wine, caresses his daughter, and whose hounds
SUBJECT MATTER OF THE FABLES. xxi
and horses cause ten times as much damage in his garden as
the hare from which he comes to deliver him.
The Curé (vii. , 11 ) tripping gaily along in company of the The Curé.
the corpse he is going to bury, and calculating what his fees will
be.
The lazy Monk reading his breviary whilst the horses are Le Moine.
laboriously dragging the coach up the hill (vii., 9).
The Pedant (i., 19) letting the child almost drown whilst he Le Pédant.
delivers himself of a long harangue.
That perfect picture of the two " Médecins, Tant-pis et Tant- Les Médecins
mieux " (v., 12) , and, to come back to our friends the dumb
animals, the Hermit Rat (vii. , 3) , who, when Ratopolis is besieged, L'hermite.
Le Rat.
from the depths of the Dutch cheese in which he has gnawed
himself a retreat from the world, replies-
Mes amis, les choses d'ici bas ne me regardent plus,
and (viii. , 22) what better picture of a hypocrite than our friend
"Chat Grippe-fromage," whose pious exclamation of- The Hypocrite
Cat.
J'en rends grâce aux Dieux, j'allais leur faire ma prière !
recalls Molière's " Tartuffe, " whom-
Certain devoir pieux rappelle là-haut.
Lastly, in the social scale, comes the poor Labourer. Surely, The Labourer
we can nowhere find a more perfect picture than this (i ., 16) of
the abject state of misery to which the cultivator of the soil was
reduced in this age, and whose sufferings were soon destined to
drive him to wreak such a terrible vengeance on his oppressors.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée,
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
This Fable has often seemed to us one of the best, if not the
best, of the whole collection, though the generally received
opinion seems to hesitate between vii., 1, " Les Animaux
Malades de la Peste," or ix. , 2, " Les Deux Pigeons."
For our own part we are more inclined to say with Madame
de Sévigné-“ La Fontaine's Fables are like a basket of straw-
berries : you begin by taking out the largest and best, but little
by little you eat first one, then another, until at last the basket
is empty."
OBJECT OF THE NOTES
AND
METHOD OF USING THEM .
THE Notes appended to this edition of La Fontaine's Fables are
intended for both pupils and teachers-for the former to facilitate
the understanding of difficult passages and expressions peculiar
either to La Fontaine himself or the age in which he wrote, and to
which the ordinary dictionaries to which they have access would
not help them. It is not by any means intended to save pupils the
trouble of looking out the English of the words contained in any
ordinary school French-English Dictionary. For teachers it is
hoped that the notes may also prove useful in explaining such
peculiarities in the text of La Fontaine as may reasonably be
supposed to present difficulties to anyone who has not made a
special study of the subject.
The quotations from Latin classical authors, upon whom the
French writers of the seventeenth century drew so largely, are often
very short, but it is hoped will suffice to remind the teacher of
Dassages with which he must be familiar.
With regard to the etymology, these notes do not of course
profess to enter deeply into a subject having so wide a range. They
will be found to be mostly suggestive only, and their object is, by
giving the Romance or Teutonic roots from which many words are
derived, to supply materials for discovering the etymology of other
words constructed under similar rules. When the French word is
almost identical with its classical Latin parent, the letter L. alone
will be prefixed. The double L.L. means Low Latin, or the inter-
mediate form between the classical Latin root and the modern French
form . The Low Latin might be more properly called the vulgar
or spoken Latin of the Latter Empire, as opposed to the written or
classical Latin-
xxiv OBJECT OF THE NOTES.
A short list of a few words in their three different forms will
Suffice to show the connection between the Modern French and the
Latin as spoken by the people.
Classical Latin. Popular Latin. French.
Equus Caballus Cheval
Pugna Battalia Bataille
Vertere Tornare Tourner
Urbs Villa Ville
Felis Catus Chat
Edere Manducare Manger
We are indebted for the greater part of the etymological explana-
tions to the works of Diez and Littré, and especially to M. Brachet's
admirable Dictionnaire Etymologique. *
METHOD OF USING THE NOTES.
As the references are almost invariably made to a similar word or
idea occurring in some page and line (of page) previously annotated,
it will suffice to turn to the page and line in the Notes. For instance,
turn to Notes-
Page 77 line 33- Manant : See Book i., Fable 8, page 7, line 9—
and there will be found on referring in the Notes to—
Page 7 line 9 -Manant : A labourer, one who remains
(manentem) attached to the soil, as Angl. tenant, from tenentem.
"Dictionnaire Etymologique de la Langue Française," par A. Brachet.
!
FABLES CHOISIES
MISES EN VERS.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Je chante les héros dont Ésope est le père ;
Troupe de qui l'histoire , encor que mensongère ,
Contient des vérités qui servent de leçons .
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes ;
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes .
I Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux ,
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes ,
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes ,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois :
Je vais t'entretenir de moindres aventures,
Te tracer en ces vers de légères peintures ;
Et si de t'agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris .
LIVRE PREMIER .
FABLE I. - La Cigale et la Fourmi.
La cigale ayant chanté
Tout l'été ,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
2 FABLES .
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau .
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine ,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle .
• Je vous paierai , lui dit-elle ,
Avant l'oût , foi d'animal ,
Intérêt et principal . »
La fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
a Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse .
Nuit et jour à tout venant
Je chantois , ne vous déplaise .
Vous chantiez ! j'en suis fort aise .
Eh bien ! dansez maintenant . »
FABLE II. - Le Corbeau et le Renard.
Maître corbeau , sur un arbre perché ,
Tenoit en son bec un fromage .
Maître renard , par l'odeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage :
" Hé ! bonjour, monsieur du corbeau .
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau :
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage ,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois . »
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et , pour montrer sa belle voix ,
Il ouvre un large bec , laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit : « Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
LIVRE I. 3
Le corbeau , honteux et confus ,
Jura , mais un peu tard , qu'on ne l'y prendroit plus .
FABLE III. - La Grenouille qui veut se faire
aussi grosse que le Bœuf.
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n'étoit pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse , s'étend , et s'enfle , et se travaille'
Pour égaler l'animal en grosseur ;
Disant : Regardez bien , ma sœur,
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis -je point encore?
- Nenni . M'y voici donc ?. - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point. D La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva .
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ,
Tout petit prince a des ambassadeurs ;
Tout marquis veut avoir des pages .
FABLE IV . - Les deux Mulets.
Deux mulets cheminoient , l'un d'avoine chargé ,
L'autre portant l'argent de la gabelle ."
Celui-ci , glorieux d'une charge si belle ,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchoit d'un pas relevé ,
Et faisoit sonner sa sonnette ,
Quand l'ennemi se présentant ,
Comme il en vouloit à l'argent ,
Sur le mulét du fisc une troupe se jette ,
Le saisit au frein , et l'arrêts.
Le mulét , en se défendant ,
Se sent percé de coups ; il gémit , il soupire.
Est-ce donc là , dit-il , ce qu'on m'avoit promis ?
4 FABLES.
Ce mulet qui me suit du danger se retire ;
Et moi , j'y tombe , et je péris !
- Ami , lui dit son camarade ,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi •
Si tu n'avois servi qu'un meunier, comme moi ,
Tu ne serois pas si malade . ע
FABLE V. ― Le Loup et le Chien.
Un loup n'avoit que les os et la peau ,
Tant les chiens faisoient bonne garde :
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau ,
Gras , poli, qui s'étoit fourvoyé par mégarde.
L'attaquer , le mettre en quartiers ,
Sire loup l'eût fait volontiers :
Mais il falloit livrer bataille ;
Et le mâtin étoit de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos et lui fait compliment
Sur son embonpoint , qu'il admire .
« Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi , lui repartit le chien .
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables ,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim .
Car, quoi ! rien d'assuré ! point de franche lipée !
Tout à la pointe de l'épée !
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin . »>
Le loup reprit : « Que me faudra- t-il faire ?
Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens
Portant bâtons , et mendians ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons ,
Os de poulets , os de pigeons ;
LIVRE 1 . 5
Sans parler de mainte caresse. »
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse .
Chemin faisant, il vit le cou du chien pélé.
Qu'est-ce là? lui dit- il.— Rien . — Quoi ! rien ? - Peu de chose,
- Mais encor? ― Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut - être la cause.-
- Attaché ! dit le loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez? - Pas toujours ; mais qu'importe?
- Il importe si bien , que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte ,
Et ne voudrois pas même à ce prix un trésor . »
Cela dit, maître loup s'enfuit , et court encor .
FABLE VI. - La Genisse, la Chèvre, et la Brebis,
en société avec le Lion .
shel's
La génisse, la chèvre , et leur sœur la brebis,
Avec un fier lion, seigneur du voisinage ,
Firent société, dit - on , au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie .
Eux venus, le lion par ses ongles compta ;
Et dit : « Nous sommes quatre à partager la proic . D»
Puis en autant de parts le cerf il dépeça ;
Prit pour lui la première en qualité de sire :
Elle doit être à moi , dit-il ; et la raison,
C'est que je m'appelle lion :
A cela l'on n'a rien à dire .
La seconde, par droit, me doit échoir encor :
Ce droit, vous le savez , c'est le droit du plus fort.
Comme le plus vaillant , je prétends la troisième .
Si quelqu'une de vous touche à la quatrième,
Je l'étranglerai tout d'abord. »
6 FABLES .
FABLE VII. - La Besace.
im Jupiter dit
him un jour : « Que tout ce qui respire
S'en vienne comparoître aux pieds de ma grandeur :
Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
Il peut le déclarer sans peur ;
Je mettrai remède à la chose.
Venez , singe ; parlez le premier, et pour cause.
Voyez ces animaux , faites comparaison
De leurs beautés avec les vôtres .
Êtes-vous satisfait? - Moi , dit- il ; pourquoi non?
N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
The'sapretty
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché :
*สน
Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché ;
Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. >>
L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'alloit plaindre.
Tant s'en faut de sa forme il se loua très - fort ;
Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourroit encor
Ajouter à sa queue , ôter à ses oreilles ;
Que c'étoit une masse informe et sans beauté.
L'éléphant étant écouté,
Tout sage qu'il étoit , dit des choses pareilles :
Il jugea qu'à son appétit
Dame baleine était trop grosse.
Dame fourmi trouva le ciron trop petit,
Se croyant, pour elle, un colosse.
Jupin les renvoya s'étant censurés tous ,
Du reste, contens d'eux . Mais parmi les plus fous
r Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes ,
clea sir,
Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous ,
Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :
On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain .
Le fabricateur souverain
Nous créa besaciers tous de même manière ,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui ;
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui .
LIVRE I. 7
FABLE VIII. - L'Hirondelle et les petits Oiscaux.
Une hirondelle en ses voyages
Avoit beaucoup appris . Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu .
Celle-ci prévoyoit jusqu'aux moindres orages ,
Et, devant qu'ils fussent éclos ,
Les annonçoit aux matelots.
sied
Il arriva qu'au temps que la chanvre se sème ,
Elle vit un manant en couvrir maints sillons .
« Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons :
Je vous plains ; car, pour moi , dans ce péril extrême ,
Je saurai m'éloigner , ou vivre en quelque coin .
Voyez-vous cette main qui par les airs chemine ?
Un jour viendra , qui n'est pas loin,
Que ce qu'elle répand sera votre ruine.
De là naîtront engins à vous envelopper,
Et lacets pour vous attraper,
Enfin mainte et mainte machine
Qui causera dans la saison
Votre mort ou votre prison :
Gare la cage ou le chaudron !
C'est pourquoi, leur dit l'hirondellc ,
Mangez ce grain et croyez-moi . »
Les oiseaux se moquèrent d'elle :
Ils trouvoient aux champs trop de quoi .
Quand la chènevière fut verte ,
L'hirondelle leur dit : « Arrachez brin à brin
Ce qu'a produit ce maudit
M grain,
Ou soyez sûrs de votre perte .
-Prophète de malheur ! babillarde ! dit-on ,
Le bel emploi que tu nous donnes !
Il nous faudroit mille personnes
Pour éplucher tout ce canton . »*སྙན12|
La chanvre étant tout à fait crûe,
L'hirondelle ajouta : « Ceci ne va pas bien,
Mauvaise graine est tôt venue .
Mais, puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien ,
8 FABLES.
Dès que vous verrez que la terre
Sera couverte, et qu'à leurs blés
Les gens n'étant plus occupés
Feront aux oisillons la guerre ;
Quand reginglettes et réseaux
Attraperont petits oiseaux,
Ne volez plus de place en place,
Demeurez au logis , ou changez de climat :
Imitez le canard, la grue , et la bécasse .
Mais vous n'êtes pas en état
De passer, comme nous, les déserts et les ondes ,
Ni d'aller chercher d'autres mondes :
C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr ;
C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur. »
Les oisillons , las de l'entendre ,
Se mirent à jaser aussi confusément
Que faisoient les Troyens quand la pauvre Cassandre
Ouvroit la bouche seulement.
Il en prit aux uns comme aux autres :
Maint oisillon se vit esclave retenu .
Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtics,
Et ne croyons le mal que quand il est venu.
FABLE IX . ― Le Rat de ville et le Rat des champs.
Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs ,
D'une façon fort civile ,
A des reliefs d'ortolans.
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête ;
LIVRE I. 9
Rien ne manquoit au festin :
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étoient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
Le bruit cesse , on se retire :
Rats en campagne aussitôt;
Et le citadin de dire:
« Achevons tout notre rôt.
- C'est assez , dit le rustique :
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi :
Mais rien ne vient m'interromprc ;
Je mange tout à loisir.
Adieu donc . Fi du plaisir
déster.
Que la crainte peut corrompre ! »
FABLE X. - Le Loup et l'Agneau .
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure .
was oven!
Un agneau se désaltéroit
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchoit aventure,
Et que la faim en ces lieux attiroit.
a Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité .
Sire, répond l'agneau , que votre majesté
Ne se mette pas en colère ; 3
10 FABLES.
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant ,
Plus de vingt pas au-dessous d'elle ;
Et que par conséquent , en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson .
-Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé .
- Comment l'aurois-je fait si je n'étois pas né?
Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère .
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens ;
Car vous ne m'épargnez guère ,
Vous , vos bergers, et vos chiens .
On me l'a dit : il faut que je me venge. »
Là-dessus , au fond des forêts
Le loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
FABLE XI. - L'Homme et son Image.
POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD.
Un homme qui s'aimoit sans avoir de rivaux
Passoit dans son esprit pour le plus beau du monde :
Il accusoit toujours les miroirs d'être faux,
Vivant plus que content dans son erreur profonde .
Afin de le guérir le sort officieux,
Présentoit partout à ses yeux
Les conseillers muets dont se servent nos dames :
Miroirs dans les logis , miroirs chez les marchands,
Miroirs aux poches des galans,
Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse ? Il se va confiner
Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer,
N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure .
Mais un canal, formé par une source pure,
LIVRE I. 11
Se trouve en ces lieux écartés :
Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau :
Mais quoi ! le canal est si beau
Qu'il ne le quitte qu'avec peine.
On voit bien où je veux venir .
Je parle à tous ; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.
Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même :
Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui ,
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ;
Et quant au canal, c'est celui
Que chacun sait, le livre des Maximes.
FABLE XII. Le Dragon à plusieurs têtes, et le Dragon
à plusieurs queues .
Un envoyé du Grand - Seigneur
Préféroit, dit l'histoire, un jour chez l'empereur,
Les forces de son maître à celles de l'empire.
Un Allemand se mit à dire :
Notre prince a des dépendans
Qui, de leur chef, sont si puissans
Que chacun d'eux pourroit soudoyer une armée. »
Le chiaoux, homme de sens,
Lui dit : « Je sais par renommée
Ce que chaque électeur peut de monde fournir ;
Et cela me fait souvenir
D'une aventure étrange et qui pourtant est vraie.
J'étois en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie.
Mon sang commence à se glacer ;
Et je crois qu'à moins on s'effraie.
Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal :
12 FABLES.
Jamais le corps de l'animal
Ne put venir vers moi , ni trouver d'ouverture .
Je rêvois à cette aventure
Quand un autre dragon, qui n'avoit qu'un seul chef
Et bien plus d'une queue , à passer se présente.
Me voilà saisi derechef
D'étonnement et d'épouvante .
Ce chef passe, et le corps , et chaque queue aussi :
Rien ne les empêcha ; l'un fit chemin à l'autre .
Je soutiens qu'il en est ainsi
De votre empereur et du nôtre . »
FABLE XIII. - Les Voleurs et l'Ane .
Pour un âne enlevé deux voleurs se battoient :
L'un vouloit le garder , l'autre le vouloit vendre .
Tandis que coups de poing trottoient,
Et que nos champions songeoient à se défendre ,
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître aliboron .
L'âne, c'est quelquefois une pauvre province :
Les voleurs sont tel et tel prince,
Comme le Transilvain , le Turc, et le Hongrois .
Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois :
Il'est assez de cette marchandise .
De nul d'eux n'est souvent , la province conquise :
Un quart¹ voleur survient, qui les accorde net
En se saisissant du baudet.
-
FABLE XIV. - Simonide préservé par les dieux.
On ne peut trop louer trois sortes de personnes :
Les dieux, sa maîtresse , et son roi .
1. « Souvent ce n'est par aucun d'eux que la province est
prise ; il survient un quatrième voleur.... »
LIVRE I. 13
Malherbe le disoit : j'y souscris, quant à moi ;
Ce sont maximes toujours bonnes.
La louange chatouille et gagne les esprits :
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix .
Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée .
Simonide avoit entrepris
L'éloge d'un athlète ; et, la chose essayée,
Il trouva son sujet plein de récits tout nus.
Les parens de l'athlète étoient gens inconnus ;
Son père, un bon bourgeois ; lui, sans autre mérite :
Matière infertile et petite .
Le poëte d'abord parla de son héros.
Après en avoir dit ce qu'il en pouvoit dire,
Il se jette à côté , se met sur le propos
De Castor et Pollux ; ne manque pas d'écrire
Que leur exemple étoit aux lutteurs glorieux ;
Élève leurs combats, spécifiant les lieux
Où ces frères s'étoient signalés davantage :
Enfin, l'éloge de ces dieux
Faisoit les deux tiers de l'ouvrage.
L'athlète avoit promis d'en payer un talent :
Mais quand il le vit , le galant
N'en donna que le tiers ; et dit, fort franchement ,
Que Castor et Pollux acquittassent le reste :
«
Faites-vous contenter par ce couple céleste .
Je vous veux traiter cependant :
Venez souper chez moi ; nous ferons bonne vie :
Les conviés sont gens choisis ,
Mes parens, mes meilleurs amis ;
Soyez donc de la compagnie. »
Simonide promit . Peut-être qu'il eut peur
De perdre, outre son dû , le gré de sa louange.
Il vient l'on festine , l'on mange .
Chacun étant en belle humeur,
Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte
Deux hommes demandoient à le voir promptement .
Il sort de table ; et la cohorte
14 FABLES.
N'en perd pas un seul coup de dent.
Ces deux hommes étoient les gémeaux de l'éloge .
Tous deux lui rendent grâce ; et, pour prix de ses vers,
Ils l'avertissent qu'il déloge,
Et que cette maison va tomber à l'envers .
La prédiction en fut vraie.
Un pilier manque ; et le plafonds ,
Ne trouvant plus rien qui l'étaie ,
Tombe sur le festin, brise plats et flacons,
N'en fait pas moins aux échansons.
Ce ne fut pas le pis : car, pour rendre complète
La vengeance due au poète,
Une poutre cassa les jambes à l'athlète,
Et renvoya les conviés
Pour la plupart estropiés .
La Renommée eut soin de publier l'affaire :
Chacun cria, Miracle ! On doubla le salaire
Que méritoient les vers d'un homme aimé des dieux.
Il n'étoit fils de bonne mère
Qui, les payant à qui mieux mieux,
Pour ses ancêtres n'en fit faire.
Je reviens à mon texe : et dis premièrement
Qu'on ne sauroit manquer, de louer largement
Les dieux et leurs pareils ; de plus , que Melpomène,
Souvent sans déroger, trafique de sa peine ;
Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix.
Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce :
Jadis l'Olympe et le Parnasse
Étoient frères et bons amis ,
FABLE XV. - La Mort et le Malheureux.
Un malheureux appeloit tous les jours
La Mort à son secours.
« O Mort ! lui disoit-il , que tu me sembles belle !
Viens vite, viens finir ma fortune cruelle ! »
LIVRE I. 15
La Mort crut, en venant, l'obliger en effet.
Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre .
« Que vois-je ! cria-t-il : ôtez-moi cet objet!
Qu'il est hideux ! que sa rencontre
Me cause d'horreur et d'effroi !
N'approche pas, ô Mort ! ô Mort, retire-toi ! »
Mécénas fut un galant homme ;
Il a dit quelque part : « Qu'on me rende impotent,
Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme
Je vive, c'est assez, je suis plus que content. »
Ne viens jamais, ô Mort ! on t'en dit tout autant.
FABLE XVI . La Mort et le Bûcheron .
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé , marchoit à pas pesans ,
Et tâchoit de gagner sa chaumine enfumée .
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde?
Point de pain quelquefois , et jamais de repos :
Sa femme, ses enfans, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée ,
Lui font d'un malheureux la peinture achevée .
ll appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
« C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère . »
den'
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes .
16 FABLES.
FABLE XVII . L'Homme entre deux áges et ses deux
Maitresses.
Un homme de moyen âge,
En tirant sur le grison,
Jugea qu'il étoit saison
De songer au mariage .
Il avoit du comptant,
Et partant
De quoi choisir ; toutes vouloient lui plaire :
En quoi notre amoureux ne se pressoit pas tant ;
Bien adresser n'est pas petite affaire.
Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part :
L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre ,
Mais qui réparoit par son art
Ce qu'avoit détruit la nature .
Ces deux veuves , en badinant,
En riant, en lui faisant fête,
L'alloient quelquefois testonnant,
C'est-à-dire ajustant sa tête .
La vieille, à tout moment, de sa part emportoit
Un peu du poil noir qui restoit,
Afin que son amant en fût plus à sa guise.
La jeune saccageoit les poils blancs à son tour.
Toutes deux firent tant, que notre tête grise
Demeura sans cheveux et se douta du tour.
Je vous rends , leur dit-il, mille grâces , les belles ,
Qui m'avez si bien tondu :
J'ai plus gagné que perdu ;
Car d'hymen point de nouvelles.
Celle que je prendrois voudroit qu'à sa façon
Je vécusse, et non à la mienne .
Il n'est tête chauve qui tienne :
Je vous suis obligé, belles , de la leçon. »
LIVRE I. 17
l
ri
ar
FABLE XVIII . - Le Renard et la Cigogne.
Cunningbellow. went to some Explose
Compère le renard se mit un jour en frais ,
Et retint à dîner, commère la cigogne .
Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts
Le galant, pour toute besogne,
Avoit un brouet clair ; il vivoit chichementary,slingin .
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La cigogne au long bec n'en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la cigogne le prie .
« Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie . »
A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse ;
Loua très-fort sa politesse ; Time
Trouva le diner cuit à point.
Bon appétit surtout ; renards n'en manquent point.
Il se réjouissoit à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyoit friande .
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure.
Le bec de la cigogne y pouvoit bien passer ;
Mais le museau du sire étoit d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu'une poule auroit pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Attendez-vous à la pareille.
FABLE XIX . - L'Enfant et le Maître d'école.
Dans ce récit je prétends faire voir
D'un certain sot la remontrance vaine.
18 FABLES.
Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu'un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un maître d'école :
L'enfant lui crie : « Au secours ! je péris ! D
Le magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contre-temps s'avise
De le tancer. « Ah ! le petit babouin !
Voyez , dit-il , où l'a mis sa sottise !
Et puis , prenez de tels fripons le soin !
Que les parents sont malheureux, qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort ! >
Ayant tout dit , il mit l'enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant,
Se peut connoître au discours que j'avance .
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le Créateur en a béni l'engeance .
En toute affaire , ils ne font que songer
Au moyen d'exercer leur langue.
Eh , mon ami ! tire-moi de danger;
Tu feras , après , ta harangue.
FABLE XX. - Le Coq et la Perlc.
Un jour un coq détourna
Une perle , qu'il donna
Au beau premier lapidaire.
« Je la crois fine , dit-il ,
Mais le moindre grain de mil
Seroit bien mieux mon affaire . »
Un ignorant hérita
LIVRE I. 19
D'un manuscrit , qu'il porta
Chez son voisin le libraire .
« Je crois , dit-il , qu'il est bon ;
Mais le moindre ducaton
Seroit bien mieux mon affaire . »
FABLE XXI. - Les Frelons et les Mouches à miel.
A l'œuvre on connoît l'artisan .
Quelques rayons de miei sans maître se trouvèrent :
Des frelons les réclamèrent ;
Des abeilles s'opposant,
Devant certaine guêpe on traduisit la cause.
Il étoit malaisé de décider la chose :
Les témoins déposoient qu'autour de ces rayons
Des animaux ailés, bourdonnans , un peu longs,
De couleur fort tannée , et tels que les abeilles ,
Avoient longtemps paru . Mais quoi ! dans les frelons
Ces enseignes.étoient pareilles .
La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière,
Entendit une fourmilière .
Le point n'en put être éclairci.
< De grâce, à quoi bon tout ceci ?
Dit une abeille fort prudente.
Depuis tantôt six mois que la cause est pendantc,
Nous voici comme aux premiers jours .
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le juge se hâte :
N'a-t-il point assez léché l'ours ?
Sans tant de contredits, et d'interlocutoires,
Et de fatras, et de grimoires,
Travaillons, les frelons et nous :
On verra qui sait faire , avec un suc si doux ,
Des cellules si bien bâties . »
Le refus des frelons fit voir
20 FABLES .
Que cet art passoit leur savoir ;
Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.
Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès !
Que des Turcs en cela l'on suivît la méthode !
Le simple sens commun nous tiendroit lieu de code •
Il ne faudroit point tant de frais ;
Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge
On nous mine par des longueurs :
On fait tant , à la fin , que l'huître est pour le juge
Les écailles pour les plaideurs.
FABLE XXII . ― Le Chêne et le Roseau.
Le chêne un jour dit au roseau :
« Vous avez bien sujet d'accuser la nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :
Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau ,
Vous oblige à baisser la tête ;
Cependant que mon front, au Caucase pareil ,
Non content d'arrêter les rayons du soleil ,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon , tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage ,
Vous n'auriez pas tant à souffrir ;
Je vous défendrois de l'orage :
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste .
- Votre compassion, lui répondit l'arbuste .?
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables ;
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
LIVRE I. 21
Mais attendons la fin. Comme il disoit ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfans
Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au ciel étoit voisine ,
Et dont les pieds touchoient à l'empire des morts.
LIVRE DEUXIÈME .
FABLE I. Contre ceux qui ont le goût difficile.
Quand j'aurois en naissant reçu de Calliope
Les dons qu'à ses amans cette muse a promis,
Je les consacrerois aux mensonges d'Esope :
Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.
Mais je ne me crois pas si chéri du Parnasse
Que de savoir orner toutes ces fictions .
On peut donner du lustre à leurs inventions :
On le peut, je l'essaye ; un plus savant le fasse.
Cependant jusqu'ici d'un langage nouveau
J'ai fait parler le loup et répondre l'agneau :
J'ai passé plus avant ; les arbres et les plantes
Sont devenus chez moi créatures parlantes .
Qui ne prendroit ceci pour un enchantement ?
« Vraiment, me diront nos critiques ,
Vous parlez magnifiquement
De cinq ou six contes d'enfant. »
Censeurs, en voulez-vous qui soient plus authentiques
Et d'un style plus haut? En voici . Les Troyens,
Après dix ans de guerre autour de leurs murailles,
Avoient lassé les Grecs, qui, par mille moyens,
22 FABLES.
Par mille assauts , par cent batailles,
N'avoient pu mettre à bout cette fière cité ;
Quand un cheval de bois, par Minerve inventé ,
D'un rare et nouvel artifice ,
Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse ,
Le vaillant Diomède, Ajax l'impétueux ,
Que ce colosse monstrueux
Avec leurs escadrons devoit porter dans Troie,
Livrant à leur fureur ses dieux mêmes en proie :
Stratagème inouï, qui des fabricateurs
Paya la constance et la peine....
« C'est assez, me dira quelqu'un de nos auteurs :
La période est longue, il faut reprendre haleine ;
Et puis, votre cheval de bois,
Vos héros avec leurs phalanges,
Ce sont des contes plus étranges
Qu'un renard qui cajole un corbeau sur sa voix :
De plus, il vous sied mal d'écrire en si haut style. A
Eh bien ! baissons d'un ton. La jalouse Amarylle
Songeoit à son Alcippe , et croyoit de ses soins
N'avoir que ses moutons et son chien pour témoins.
Tircis, qui l'aperçut, se glisse entre des saules ;
Il entend la bergère adressant ces paroles
Au doux zéphyr , et le priant
De les porter à son amant....
<< Je vous arrête à cette rime,
Dira mon censeur à l'instant ;
Je ne la tiens pas légitime ,
Ni d'une assez grande vertu :
Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte. »
Maudit censeur ! te tairas-tu ?
Ne saurois-je achever mon conte?
C'est un dessein très-dangereux
Que d'entreprendre de te plaire.
Les délicats sont malheureux :
Rien ne sauroit les satisfaire .
LIVRE II. 23
FABLE II. - Conseil tenu par les Rats.
Un chat, nommé Rodilardus ,
Faisoit de rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyoit presque plus,
Tant il en avoit mis dedans la sépulture .
Le peu qu'il en restoit, n'osant quitter son trou,
Ne trouvoit à manger que le quart de son soûl ;
Et Rodilard passoit, chez la gent misérable ,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or, un jour qu'au haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente .
Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il falloit, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il iroit en guerre,
De sa marche avertis ils s'enfuiroient sous terre :
Qu'il n'y savoit que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de monsieur le doyen :
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot .
L'un dit : « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot ; »
L'autre « Je ne saurois. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints chapitres vus
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
Voire chapitres de chanoines .
Ne faut-il que délibérer ?
La cour en conseillers foisonne :
Est-il besoin d'exécuter?
L'on ne rencontre plus personne.
24 FABLES.
FABLE III. Le Loup plaidant contre le Renard
par-devant le Singe.
Un loup disoit que l'on l'avoit volé :
Un renard, son voisin, d'assez mauvaise vie,
Pour ce prétendu vol par lui fut appelé .
Devant le singe il fut plaidé ,
Non point par avocats, mais par chaque partie .
Thémis n'avoit point travaillé,
De mémoire de singe , à fait plus embrouillé.
Le magistrat suoit en son lit de justice.
Après qu'on eut bien contesté ,
Répliqué, crié, tempêté ,
Le juge, instruit de leur malice,
Leur dit : « Je vous connois de longtemps , mes amis ;
Et tous deux vous paîrez l'amende :
Car toi, loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris ;
Et toi, renard, as pris ce que l'on te demande . »
Le juge prétendoit qu'à tort et à travers
On ne sauroit manquer, condamnant un pervers.
FABLE IV. Les deux Taureaux et la Grenouille.
Deux taureaux combattoient à qui posséderoit
Une génisse avec l'empire.
Une grenouille en soupiroit.
« Qu'avez-vous ? se mit à lui dire
Quelqu'un du peuple coassant.
Eh ! ne voyez-vous pas, dit-elle ,
Que la fin de cette querelle
Sera l'exil de l'un ; que l'autre , le chassant,
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ,
Et, nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse
LIVRE II. 25
Du combat qu'a causé madame la génisse.
Cette crainte étoit de bon sens.
L'un des taureaux en leur demeure
S'alla cacher, à leurs dépens :
Il en écrasoit vingt par heure.
Hélas! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.
FABLE V. - La Chauve-Souris et les dexu Belettes.
Une chauve-souris donna tête baissée
Dans un nid de belette ; et, sitôt qu'elle y fut,
L'autre, envers les souris de longtemps courroucée ,
Pour la dévorer accourut.
• Quoi ! vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire
Après que votre race a tâché de me nuire !
N'êtes-vous pas souris? Parlez sans fiction .
Oui, vous l'êtes ; ou bien , je ne suis pas belette.
- Pardonnez-moi , dit la pauvrette,
Ce n'est pas ma profession.
Moi, souris ! des méchans vous ont dit ces nouvelles .
Grâce à l'auteur de l'univers ,
Je suis oiseau ; voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs ! »
Sa raison plut, et sembla bonne.
Elle fait si bien qu'on lui donne
Liberté de se retirer.
Deux jours après, notre étourdie
Aveuglément se va fourrer
Chez une autre belette aux oiseaux ennemie .
La voilà derechef en danger de sa vie .
La dame du logis avec son long museau
S'en alloit la croquer en qualité d'oiseau ,
Quand elle protesta qu'on lui faisoit outrage :
Moi, pour telle passer ! Vous n'y regardez pas.
Qui fait l'oiseau? c'est le piumage. 4
26 FABLES
Je suis souris ; vivent les rats !
Jupiter confonde les chats ! >
Par cette adroite repartie
Elle sauva deux fois sa vie.
Plusieurs se sont trouvés qui , d'écharpe changeans,
Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue.
Le sage dit, selon les gens :
« Vive le roi ! vive la Ligue ! »
FABLE VI. - L'Oiseau blessé d'une flèche.
Mortellement atteint d'une flèche empennée ,
Un oiseau déploroit sa triste destinée ,
Et disoit , en souffrant un surcroît de douleur :
« Faut-il contribuer à son propre malheur !
Cruels humains ! vous tirez de nos ailes
De quoi faire voler ces machines mortelles !
Mais ne vous moquez point , engeance sans pitié :
Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre .
Des enfans de Japet toujours une moitié
Fournira des armes à l'autre . »
FABLE VII.- La Lice et sa Compagne.
Une lice étant sur son terme ,
Et ne sachant où mettre un fardeau si pressant,
Fait si bien qu'à la fin sa compagne consent
De lui prêter sa hutte, où la lice s'enferme.
Au bout de quelque temps sa compagne revient.
La lice lui demande encore une quinzaine ;
Ses petits ne marchoient, disoit-elle, qu'à peine.
Pour faire court, elle l'obtient .
Ce second terme échu , l'autre lui redemande
Sa maison, sa chambre , son lit.
La lice cette fois montre les dents, et dit :
LIVRE II. 27
« Je suis prête à sortir avec toute ma bande
Si vous pouvez nous mettre hors . »
Ses enfans étoient déjà forts.
Ce qu'on donne aux méchans, toujours on le regrette :
Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête,
Il faut que l'on en vienne aux coups ;
Il faut plaider ; il faut combattre.
Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre .
FABLE VIII. ―― L'Aigle et l'Escarbot .
L'aigle donnoit la chasse à maître Jean lapin ,
Qui droit à son terrier s'enfuyoit au plus vite .
Le trou de l'escarbot se rencontre en chemin .
Je laisse à penser si ce gîte
Étoit sûr : mais où mieux? Jean lapin s'y blottit.
L'aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,
L'escarbot intercède et dit :
a Princesse des oiseaux, il vous est fort facile
D'enlever malgré moi ce pauvre malheureux :
Mais ne me faites pas cet affront, je vous prie ;
Et puisque Jean lapin vous demande la vie,
Donnez-la-lui , de grâce, ou l'ôtez à tous deux :
C'est mon voisin, c'est mon compère . »
L'oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot,
Choque de l'aile l'escarbot,
L'étourdit, l'oblige à se taire,
Enlève Jean lapin. L'escarbot indigné
Vole au nid de l'oiseau , fracasse en son absence
Ses œufs, ses tendres œufs, sa plus douce espérance :
Pas un seul ne fut épargné.
L'aigle étant de retour, et voyant ce ménage,
Remplit le ciel de cris ; et, pour comble de rage,
Ne sait sur qui venger le tort qu'elle a souffert .
Elle gémit en vain ; sa plainte au vent se perd.
28 FABLES.
Il fallut pour cet an vivre en mère affligée.
L'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut.
L'escarbot prend son temps, fait faire aux œufs le saut :
La mort de Jean lapin derechef est vengée .
Ce second deuil fut tel, que l'écho de ces bois
N'en dormit de plus de six mois .
L'oiseau qui porte Ganymède
Du monarque des dieux enfin implore l'aide ,
Dépose en son giron ses œufs, et croit qu'en paix
Ils seront dans ce lieu ; que, pour ses intérêts,
Jupiter se verra contraint de les défendre :
Hardi qui les iroit là prendre.
Aussi ne les y prit-on pas .
Leur ennemi changea de note,
Sur la robe du dieu fit tomber une crotte :
Le dieu la secouant jeta les œufs à bas.
Quand l'aigle sut l'inadvertance ,
Elle menaça Jupiter
D'abandonner sa cour, d'aller vivre au désert,
De quitter toute dépendance,
Avec mainte autre extravagance .
Le pauvre Jupiter se tut :
Devant son tribunal l'escarbot comparut,
Fit sa plainte, et conta l'affaire .
On fit entendre à l'aigle, enfin, qu'elle avoit tort.
Mais les deux ennemis ne voulant point d'accord ,
Le monarque des dieux s'avisa, pour bien faire,
De transporter le temps où l'aigle fait l'amour,
En une autre saison , quand la race escarbote
Est en quartier d'hiver, et, comme la marmotte,
Se cache et ne voit point le jour.
FABLE IX . - Le Lion et le Moucheron.
« Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre ! »
C'est en ces mots que le lion
Parloit un jour au moucheron.
LIVRE II. 29
L'autre lui déclara la guerre :
⚫« Penses-tu, lui dit-il , que ton titre de roi
Me fasse peur ni me soucie?
Un bœuf est plus puissant que toi
Je le mène à ma fantaisie. »
A peine il achevoit ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le trompette et le héros.
Dans l'abord il se met au large ;
Puis prend son temps , fond sur le cou
Du lion, qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit. On se cache , on tremble à l'environ ;
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un moucheron.
Un avorton de mouche en cent lieux le harcèle ;
Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau ,
Tantôt entre au fond du naseau .
La rage alors se trouve à son faîte montée .
L'invisible ennemi triomphe , et rit de voir
Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir .
Le malheureux lion se déchire lui-même ,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs ,
Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue , l'abat : le voilà sur les dents .
L'insecte, du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge , il sonne la victoire ,
Va partout l'annoncer , et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J'en vois deux , dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L'autre qu'aux grands périls tel a pu se soustraire ,
Qui périt pour la moindre affaire .
30 FABLES.
FABLE X. - L'Ane chargé d'éponges ,
et l'Ane chargé de sel.
Un ânier, son sceptre à la main,
Menoit, en empereur romain,
Deux coursiers à longues oreilles .
L'un d'éponges chargé , marchoit comme un courrier ;
Et l'autre, se faisant prier,
Portoit, comme on dit, les bouteilles ' :
Sa charge étoit de sel. Nos gaillards pèlerins,
Par monts, par vaux, et par chemins,
Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent .
L'ânier, qui tous les jours traversoit ce gué-là,
Sur l'âne à l'éponge monta,
Chassant devant lui l'autre bête,
Qui, voulant en faire à sa tête,
Dans un trou se précipita,
Revint sur l'eau, puis échappa :
Car au bout de quelques nagées,
Tout son sel se fondit si bien
Que le baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées .
Camarade épongier prit exemple sur lui,
Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui .
Voilà mon âne à l'eau ; jusqu'au col il se plonge,
Lui, le conducteur, et l'éponge .
Tous trois burent d'autant : l'ânier et le grison
Firent à l'éponge raison.
Celle-ci devint si pesante,
Et de tant d'eau s'emplit d'abord ,
Que l'âne succombant ne put gagner le bord.
L'ânier l'embrassoit, dans l'attente
D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe ;
C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
1. Marchait lentement, expression proverbiale.
LIVRE II. 31
Agir chacun de même sorte.
J'en voulois venir à ce point.
FABLE XI. - Le Lion et le Rat.
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi .
De cette vérité deux fables feront foi ;
Tant la chose en preuves abonde .
Entre les pattes d'un lion
Un rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il étoit, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un auroit-il jamais cru
Qu'un lion d'un rat eût affaire ?
Cependant il avint qu'au sortir des forêts
Ce lion fut pris dans des rets
Dont ses rugissemens ne le purent défaire.
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage .
FABLE XII. - La Colombe et la Fourmi.
L'autre exemple est tiré d'animaux plus petits .
Le long d'un clair ruisseau buvoit une colombe,
Quand sur l'eau se penchant une fourmis y tombe ;
Et dans cet océan on eût vu la fourmis
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La colombe aussitôt usa de charité :
Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté ,
Ce fut un promontoire où la fourmis arrive.
Elle se sauve. Et là-dessus
32 FABLES .
Passe un certain croquant qui marchoit les pieds nus :
Ce croquant, par hasard, avoit une arbalète.
Dès qu'il voit l'oiseau de Vénus,
Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête .
Tandis qu'à le tuer mon villageois s'apprête,
La fourmi le pique au talon.
Le vilain retourne la tête :
La colombe l'entend, part, et tire de long
Le souper du croquant avec elle s'envole :
Point de pigeon pour une obole.
FABLE XIII. L'Astrologue qui se laisse tomber
dans un puits.
Un astrologue un jour se laissa choir
Au fond d'un puits . On lui dit : « Pauvre bête,
Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? »
Cette aventure en soi , sans aller plus avant,
Peut servir de leçon à la plupart des hommes
Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes,
Il en est peu qui fort souvent
Ne se plaisent d'entendre dire
Qu'au livre du destin les mortels peuvent lire
Mais ce livre, qu'Homère et les siens ont chanté,
Qu'est-ce, que le hasard parmi l'antiquité,
Et parmi nous, la Providence?
Or, du hasard il n'est point de science :
S'il en étoit , on auroit tort
De l'appeler hasard , ni fortune , ni sort ;
Toutes choses très-incertaines .
Quant aux volontés souveraines
De Celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein,
Qui les sait, que lui seul ? Comment lire en son sein?
Auroit-il imprimé sur le front des étoiles
Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ?
LIVRE II. 33
A quelle utilité? Pour exercer l'esprit
De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit?
Pour nous faire éviter des maux inévitables ?
Nous rendre, dans les biens, de plaisirs incapables ?
Et, causant du dégoût pour ces biens prévenus,
Les convertir en maux devant qu'ils soient venus ?
C'est erreur, ou plutôt c'est crime de le croire .
Le firmament se meut, les astres font leur cours ,
Le soleil nous luit tous les jours ,
Tous les jours sa clarté succède à l'ombre noire,
Sans que nous en puissions autre chose inférer
Que la nécessité de luire et d'éclairer,
D'amener les saisons, de mûrir les semences,
De verser sur les corps certaines influences .
Du reste, en quoi répond au sort toujours divers
Ce train toujours égal dont marche l'univers?
Charlatans, faiseurs d'horoscope ,
Quittez les cours des princes de l'Europe :
1
Emmenez avec vous les souffleurs tout d'un temps ;
Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens .
Je m'emporte un peu trop : revenons à l'histoire
De ce spéculateur qui fut contraint de boire.
Outre la vanité de son art mensonger ,
C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.
FABLE XIV . - Le Lièvre et les Grenouilles.
Un lièvre en son gîte songeoit,
(Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?)
Dans un profond ennui ce lièvre se plongeoit :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
« Les gens de naturel peureux
Sont, disoit-il, bien malheureux !
1. Les alchimistes.
34 FABLES.
Ils ne sauroient manger morceau qui leur profite :
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers .
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle .
Eh ! la peur se corrige-t-elle?
Je crois même qu'en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi . »
Ainsi raisonnoit notre lièvre ,
Et cependant faisoit le guet.
Il étoit douteux, inquiet ;
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnoit la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s'enfuir devers sa tanière .
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
« Oh ! dit-il, j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait faire ! Ma présence
Effraye aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !
Et d'où me vient cette vaillance ?
Comment! des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n'est, je le vois bien , si poltron sur la terre,
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi . »
FABLE XV . - Le Coq et le Renard.
Sur la branche d'un arbre étoit en sentinelle
Un vieux coq adroit et matois.
a Frère, dit un renard, adoucissant sa voix,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.
Je viens te l'annoncer ; descends, que je t'embrasse:
Ne me retarde point, de grâce ;
LIVRE II. 35
Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte, à vos affaires.
Nous vous y servirons en frères.
Faites- en les feux¹ dès ce soir ;
Et cependant viens recevoir
Le baiser d'amour fraternelle .
- Ami, reprit le coq, je ne pouvois jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle
Que celle
De cette paix ;
Et ce m'est une double joie
De la tenir de toi . Je vois deux lévriers,
Qui , je m'assure , sont courriers
Que pour ce sujet on envoie :
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous .
- Adieu, dit le renard , ma traite est longue à faire :
Nous nous réjouirons du succès de l'affaire
Une autre fois . Le galant aussitôt
Tire ses grègues , gagne au haut,
Mal content de son stratagème .
Et notre vieux coq en soi- même
Se mit à rire de sa peur ;
Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.
FABLE XVI. ― Le Corbeau voulant imiter l'Aigle.
L'oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
Un corbeau, témoin de l'affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l'heure autant faire.
Il tourne à l'entour du troupeau,
Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau,
1. Faites des feux de joie. »
2. Ses chausses. Il se trousse pour mieux courir.
FABLES
336
.
Un vrai mouton de sacrifice :
On l'avait réservé pour la bouche des dieux .
Gaillard corbeau disoit, en le couvant des yeux :
« Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paroît en merveilleux état :
Tu me serviras de pâture . »
Sur l'animal bêlant à ces mots il s'abat.
La moutonnière créature
Pesoit plus qu'un fromage ; outre que sa toison
Étoit d'une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon
Que la barbe de Polyphême.
Elle empêtra si bien les serres du corbeau,
Que le pauvre animal ne put faire retraite :
Le berger vient, le prend, l'encage bien et beau,
Le donne à ses enfants pour servir d'amusette.
Il faut se mesurer ; la conséquence est nette :
Mal prend aux volereaux de faire les voleurs .
L'exemple est un dangereux leurre :
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs ;
Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.
FABLE XVII. - Le Paon se plaignant à Junon.
Le paon se plaignoit à Junon .
• Déesse, disoit-il, ce n'est, pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m'avez fait don
Déplaît à toute la nature ;
Au lieu qu'un rossignol, chétive créature ,
Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul l'honneur du printemps . D
Junon répondit en colère :
« Oiseau jaloux , et qui devrois te taire ,
Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol ;
Toi que l'on voit porter à l'entour de ton coi
LIVRE II. 37
Un arc-en- ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue et qui semble à nos yeux
La boutique d'un lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le faucon est léger, l'aigle plein de courage ;
Le corbeau sert pour le présage ;
La corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contens de leur ramage .
Cesse donc de te plaindre ; ou bien pour te punir,
Je t'ôterai ton plumage. >
FABLE XVIII .-La Chatte métamorphosée en femme.
Un homme chérissoit éperdument sa chatte ;
Il la trouvoit mignonne, et belle , et délicate ,
Qui miauloit d'un ton fort doux :
Il étoit plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prières, par larmes,
Par sortiléges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte, en un beau matin,
Devient femme ; et, le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d'amour extrême ,
De fou qu'il étoit d'amitié.
Jamais la dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.
Il l'amadoue ; elle le flatte :
Il n'y trouve plus rien de chatte ;
Et, poussant l'erreur jusqu'au bout,
38 FABLES.
La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques souris qui rongeoient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés .
Aussitôt la femme est sur pieds.
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, femme d'être en posture :
Pour cette fois elle accourut à point ;
Car, ayant changé de figure,
Les souris ne la craignoient point.
Ce lui fut toujours une amorce :
Tant le naturel a de force !
Il se moque de tout : certain âge accompli,
Le vase est imbibé , l'étoffe a pris son pli .
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer :
Quelque chose qu'on puisse faire.
On ne sauroit le réformer.
Coups de fourches ni d'étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés ,
Jamais vous n'en serez les maîtres.
Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.
FABLE XIX . ― Le Lion et l'Ane chassant.
Le roi des animaux se mit un jour en tête
De giboyer ; il célébroit sa fête.
Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux ,
Mais beaux et bons sangliers , daims et cerfs bons et beaux
Pour réussir dans cette affaire
Il se servit du ministère
De l'âne à la voix de Stentor.
L'âne à messer lion fit office de cor.
Le lion le posta, le couvrit de ramée ,
Lui commanda de braire, assuré qu'à ce son
Les moins intimidés fuiroient de leur maison.
LIVRE II. 39
Leur troupe n'étoit pas encore accoutumée
A la tempête de sa voix ;
L'air en retentissoit d'un bruit épouvantable :
La frayeur saisissoit les hôtes de ces bois ;
Tous fuyoient, tous tomboient au piége inévitable
Où les attendoit le lion.
« N'ai-je pas bien servi dans cette occasion ?
Dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse.
-Oui, reprit le lion, c'est bravement crié ;
Si je ne connoissois ta personne et ta race ,
J'en serois moi- même effrayé . »
L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère ,
Encor qu'on le raillât avec juste raison ;
Car qui pourroit souffrir un âne fanfaron ?
Ce n'est pas là leur caractère .
FABLE XX . - Testament expliqué par Èsope.
Si ce qu'on dit d'Ésope est vrai,
C'étoit l'oracle de la Grèce :
Lui seul avoit plus de sagesse
Que tout l'aréopage . En voici pour essai
Une histoire des plus gentilles,
Et qui pourra plaire au lecteur.
Un certain homme avoit trois filles ,
Toutes trois de contraire humeur :
Une buveuse ; une coquette ;
La troisième, avare parfaite.
Cet homme, par son testament,
Selon les lois municipales ,
Leur laissa tout son bien par portions égales,
En donnant à leur mère tant,
Payable quand chacune d'elles
Ne posséderoit plus sa contingente part.
Le père mort, les trois femelles
Courent au testament, sans attendre plus tard .
40 FABLES.
On le lit, on tâche d'entendre
La volonté du testateur ;
Mais en vain : car comment comprendre
Qu'aussitôt que chacune sœur
Ne possédera plus sa part héréditaire,
Il lui faudra payer sa mère?
Ce n'est pas un fort bon moyen
Pour payer, que d'être sans bien.
Que vouloit donc dire le père ?
L'affaire est consultée ; et tous les avocats,
Après avoir tourné le cas
En cent et cent mille manières,
Y jettent leur bonnet, se confessent vaincus,
Et conseillent aux héritières
De partager le bien sans songer au surplus.
« Quant à la somme de la veuve,
Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve.
Il faut que chaque sœur se charge par traité
Du tiers, payable à volonté ;
Si mieux n'aime la mère en créer une rente,
Dès le décès du mort courante. »
La chose ainsi réglée , on composa trois lots :
En l'un les maisons de bouteille,
Les buffets dressés sous la treille ,
La vaisselle d'argent , les cuvettes, les brocs ,
Les magasins de Malvoisie ,
Les esclaves de bouche, et, pour dire en deux mots,
L'attirail de la goinfrerie ;
Dans un autre , celui de la coquetterie,
La maison de la ville, et les meubles exquis ,
Les eunuques et les coiffeuses,
Et les brodeuses,
Les joyaux, les robes de prix ;
Dans le troisième lot, les fermes , le ménage ,
Les troupeaux et le pâturage ,
Valets et bêtes de labeur .
Ces lots faits, on jugea que le sort pourroit faire
Que peut-être pas une sœur
LIVRE II. 41
N'auroit ce qui lui pourroit plaire.
Ainsi chacune prit son inclination ;
Le tout à l'estimation.
Ce fut dans la ville d'Athènes
Que cette rencontre arriva.
Petits et grands, tout approuva
Le partage et le choix : Esope seul trouva
Qu'après bien du temps et des peines
Les gens avoient pris justement
Le contre-pied du testament .
« Si le défunt vivoit , disoit-il , que l'Attique
Auroit de reproches de lui !
Comment ce peuple, qui se pique
D'être le plus subtil des peuples d'aujourd'hui,
A si mal entendu la volonté suprême
D'un testateur? » Ayant ainsi parlé,
Il fait le partage lui- même,
Et donne à chaque sœur un lot contre son gré;
Rien qui pût être convenable ,
Partant rien aux sœurs d'agréable :
A la coquette l'attirail
Qui suit les personnes buveuses ;
La biberonne eut le bétail ;
La ménagère eut les coiffeuses .
Tel fut l'avis du Phrygien ,
Alléguant qu'il n'étoit moyen
Plus sûr pour obliger ces filles
A se défaire de leur bien ;
Qu'elles se marieroient dans les bonnes familles
Quand on leur verroit de l'argent ;
Paieroient leur mère tout comptant ;
Ne posséderoient plus les effets de leur père ;
Ce que disoit le testament .
Le peuple s'étonna comme il se pouvoit faire
Qu'un homme seul eût plus de sens
Qu'une multitude de gens.
5
ગ
LIVRE TROISIÈME .
FABLE I. - Le Meunier, son Fils et l'Anc.
L'invention des arts étant un droit d'aînesse,
Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce :
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.
La feinte est un pays plein de terres désertes ;
Tous les jours nos auteurs y font des découvertes.
Je t'en veux dire un trait assez bien inventé :
Autrefois à Racan Malherbe l'a conté.
Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre,
Disciples d'Apollon, nos maîtres, pour mieux dire ,
Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins
(Comme ils se confioient leurs pensers et leurs soins),
Racan commence ainsi : « Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous ses degrés avez déjà passé,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,
A quoi me résoudrai-je ? il est temps que j'y pense .
Vous connoissez mon bien, mon talent, ma naissance :
Dois-je dans la province établir mon séjour?
Prendre emploi dans l'armée, ou bien charge à la cour?
Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes :
La guerre a ses douceurs , l'hymen a ses alarmes.
Si je suivois mon goût, je saurois où buter ;
Mais j'ai les miens, la cour , le peuple à contenter. »
Malherbe là-dessus : « Contenter tout le monde !
Écoutez ce récit avant que je réponde .
«J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fils,
L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits ,
Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire ,
Alloient vendre leur âne, un certain jour de foire.
Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
LIVRE III. 43
< Pauvre gens ! idiots ! couple ignorant et rustre ! »
Le premier qui les vit de rire s'éclata :
« Quelle farce, dit -il, vont jouer ces gens-là ?
« Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense . »
Le meunier, à ces mots, connoît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L'âne, qui goûtoit fort l'autre façon d'aller,
Se plaint en son patois . Le meunier n'en a cure,
Il fait monter son fils, il suit : et, d'aventure,
Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put :
< Oh là ! oh ! descendez, que l'on ne vous le dise,
<< Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise !
« C'étoit à vous de suivre, au vieillard de monter.
« - Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. »
L'enfant met pied à terre , et puis le vieillard monte ;
Quand trois filles passant, l'une dit : « C'est grand'honte
« Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
<< Tandis que ce nigaud , comme un évêque assis,
« Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage .
-Il n'est , dit le meunier, plus de veaux à mon âge :
« Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez . »
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L'homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas , une troisième troupe
Trouve encore à gloser . L'un dit : « Ces gens sont fous !
<< Le baudet n'en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
<< Eh quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
« N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
< Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau .
- Parbleu! dit le meunier, est bien fou du cerveau
α Qui prétend contenter tout le monde et son père.
« Essayons toutefois si par quelque manière
« Nous en viendrons à bout . » Ils descendent tous deux.
L'âne se prélassant marche seul devant eux .
Un quidam les rencontre, et dit : « Est-ce la mode
« Que baudet aille à l'aise, et meunier s'incommode?
« Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser?
44 FABLES .
« Je conseille à ces gens de le faire enchâsser .
« Ils usent leurs souliers , et conservent leur âne !
Nicolas, au rebours : car, quand il va voir Jeanne,
<< Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
< Beau trio de baudets ! Le meunier repartit :
« Je suis âne, il est vrai , j'en conviens , je l'avoue ;
" Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,
« Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien ,
« J'en veux faire à ma tête . » Il le fit, et fit bien .
Quant à vous, suivez Mars, ou l'Amour ou le prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en province ;
Prenez femme , abbaye, emploi , gouvernement :
Les gens en parleront, n'en douteż nullement . »
FABLE II. - Les Membres et l'Estomac.
Je devois par la royauté
Avoir commencé mon ouvrage :
A la voir d'un certain côté,
Messer Gaster¹ en est l'image ;
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
« Il faudroit, disoient-ils , sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons comme bêtes de somme.
Et pour qui? pour lui seul : nous n'en profitons pas ;
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas .
Chômons ; c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait . Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher .
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent :
1. L'estomac.
LIVRE III. 45
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur,
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ;
Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent
Que celui qu'ils croyoient oisif et paresseux
A l'intérêt commun contribuoit plus qu'eux.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale .
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle , et réciproquement
Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit le marchand , gage le magistrat,
Maintient le laboureur, donne paye au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l'État.
Ménénius le sut bien dire.
La commune s'alloit séparer du sénat.
Les mécontens disoient qu'il avoit tout l'empire,
Le pouvoir, les trésors , l'honneur , la dignité ;
Au lieu que tout le mal étoit de leur côté,
Les tributs, les impôts , les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs étoit déjà posté,
La plupart s'en alloient chercher une autre terre,
Quand Ménénius leur fit voir
Qu'ils étoient aux membres semblables,
Et par cet apologue , insigne entre les fables ,
Les ramena dans leur devoir.
FABLE III. - Le Loup devenu berger.
Un loup qui commençoit d'avoir petite part
Aux brebis de son voisinage ,
Crut qu'il falloit s'aider de la peau du renard ,
Et faire un nouveau personnage .
Il s'habille en berger, endosse un hoqueton ;
46 FABLES .
Fait sa houlette d'un bâton,
Sans oublier la cornemuse .
Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
Il auroit volontiers écrit sur son chapeau :
« C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. »
Sa personne étant ainsi faite ,
Et ses pieds de devant posés sur sa houlette ,
Guillot le sycophante approche doucement.
Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette,
Dormoit alors profondément ;
Son chien dormoit aussi, comme aussi sa musette :
La plupart des brebis dormoient pareillement.
L'hypocrite les laissa faire ;
Et, pour pouvoir mener vers son fort les brebis,
Il voulut ajouter la parole aux habits,
Chose qu'il croyoit nécessaire ;
Mais cela gâta son affaire :
Il ne put du pasteur contrefaire la voix.
Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Et découvrit tout le mystère.
Chacun se réveille à ce son,
Les brebis, le chien , le garçon.
Le pauvre loup, dans cet esclandre,
Empêché par son hoqueton,
Ne put ni fuir ni se défendre .
Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre .
Quiconque est loup agisse en loup :
C'est le plus certain de beaucoup .
FABLE IV. - Les Grenouilles qui demandent un Roi.
Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique ,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique :
LIVRE III. 47
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux ,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyoient être un géant nouveau.
Or c'étoit un soliveau ,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit , une autre en fit autant :
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi .
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
• Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue ! »
Le monarque des dieux leur envoie une grue
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et grenouilles de se plaindre,
Et Jupin de leur dire : « Eh quoi ! votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement ;
Mais ne l'ayant pas fait , il vous devoit suffire
Que votre premier roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous ,
De peur d'en rencontrer un pire . D
FABLE V. -- Le Renard et le Bouc.
Capitaine renard alloit de compagnie
Avec son ami bouc des plus haut encornés :
48 FABLES .
Celui-ci ne voyoit pas plus loin que son nez;
L'autre étoit passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits :
Là, chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
Le renard dit au bouc : « Que ferons-nous, compère ?
Ce n'est pas tout de boire , il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut , et tes cornes aussi ;
Mets-les contre le mur : le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurois jamais , quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue. »
Le renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
<< Si le ciel t'eût , dit-il , donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n'aurois pas , à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu ; j'en suis hors :
Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts;
Car, pour moi, j'ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin . »
En toute chose il faut considérer la fin.
FABLE VI . - L'Aigle, la Laie et la Chatte.
L'aigle avoit ses petits au haut d'un arbre creux ,
La laie au pied, la chatte entre les deux ;
Et sans s'incommoder , moyennant ce partage ,
Mères et nourrissons faisoient leur tripotage .
LIVRE III. 43
La chatte détruisit par sa fourbe l'accord ;
Elle grimpa chez l'aigle, et lui dit : « Notre mort
(Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères)
Ne tardera possible guères .
Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment
Cette maudite laie, et creuser une mine ?
C'est pour déraciner le chêne assurément,
Et de nos nourrissons attirer la ruine :
L'arbre tombant, ils seront dévorés ;
Qu'ils s'en tiennent pour assurés.
S'il m'en restoit un seul, j'adoucirois ma plainte .
Au partir de ce lieu , qu'elle remplit de crainte,
La perfide descend tout droit
A l'endroit
Où la laie étoit en gésine.
« Ma bonne amie et ma voisine ,
Lui dit-elle tout bas, je vous donne un avis :
L'aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits.
Obligez-moi de n'en rien dire ;
Son courroux tomberoit sur moi . »
Dans cette autre famille ayant semé l'effroi,
La chatte en son trou se retire .
L'aigle n'ose sortir, ni pourvoir aux besoins
De ses petits ; la laie encore moins :
Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins
Ce doit être celui d'éviter la famine.
A demeurer chez soi l'une et l'autre s'obstine,
Pour secourir les siens dedans l'occasion :
L'oiseau royal, en cas de mine ;
La laie, en cas d'irruption.
La faim détruisit tout ; il ne resta personne
De la gent marcassine et de la gent aiglonne
Qui n'allât de vie à trépas :
Grand renfort pour messieurs les chats.
Que ne sait point ourdir une langue traîtresse
Par sa pernicieuse adresse !
Des malheurs qui sont sortis
50 FABLES.
De la boîte de Pandore,
Celui qu'à meilleur droit tout l'univers abhorre ,
C'est la fourbe, à mon avis.
FABLE VII. - L'Ivrogne et sa Femme.
Chacun a son défaut, où toujours il revient :
Honte ni peur n'y remédie.
Sur ce propos, d'un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n'appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altéroit sa santé, son esprit, et sa bourse :
Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course
Qu'ils sont au bout de leurs écus .
Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille ,
Avoit laissé ses sens au fond d'une bouteille ,
Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.
Là, les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. A son réveil il treuve
L'attirail de la mort à l'entour de son corps,
Un luminaire, un drap des morts .
a Oh ! dit-il, qu'est-ce ci ? Ma femme est-elle veuve? »
Là-dessus, son épouse, en habit d'Alecton,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de [Link]ère,
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L'époux alors ne doute en aucune manière
Qu'il ne soit citoyen d'enfer.
« Quelle personne es-tu? dit-il à ce fantôme.
La cellerière du royaume
De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
A ceux qu'enclôt la tombe noire. »
Le mari repart, sans songer :
« Tu ne leur portes point à boire ? »
LIVRE III. 51
FABLE VIII. -
— La Goutte et l'Araignée.
Quand l'enfer eut produit la goutte et l'araignée,
« Mes filles, leur dit-il , vous pouvez vous vanter
D'être pour l'humaine lignée
Également à redouter.
Or, avisons aux lieux qu'il vous faut habiter.
Voyez-vous ces cases étrètes,
Et ces palais si grands, si beaux, si bien dorés?
Je me suis proposé d'en faire vos retraites.
Tenez donc, voici deux bûchettes ;
Accommodez-vous, ou tirez.
- Il n'est rien, dit l'aragne, aux cases qui me plaise. »
L'autre, tout au rebours, voyant les palais pleins
De ces gens nommés médecins,
Ne crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
Elle prend l'autre lot, y plante le piquet,
S'étend à son plaisir sur l'orteil d'un pauvre homme,
Disant : « Je ne crois pas qu'en ce poste je chôme,
Ni que d'en déloger et faire mon paquet
Jamais Hippocrate me somme. »
L'aragne cependant se campe en un lambris,
Comme si de ces lieux elle eût fait bail à vie ,
Travaille à demeurer : voilà sa toile ourdie,
Voilà des moucherons de pris.
Une servante vient balayer tout l'ouvrage.
Autre toile tissue , autre coup de balai.
pauvre bestion tous les jours déménage .
Enfin, après un vain essai ,
Il va trouver la goutte . Elle étoit en campagne,
Plus malheureuse mille fois
Que la plus malheureuse aragne .
Son hôte la menoit tantôt fendre du bois,
Tantôt fouir, houer : goutte bien tracassée
Est, dit-on, à demi pansée .
Oh! je ne saurois plus, dit-elle , y résister.
Changeons ,
ma sœur l'aragne . » Et l'autre d'écouter :
Elle la prend au mot, se glisse en la cabane :
52 FABLES.
Point de coup de balai qui l'oblige à changer.
La goutte , d'autre part, va tout droit se loger
Chez un prélat, qu'elle condamne
A jamais du lit ne bouger..
Cataplasmes, Dieu sait ! Les gens n'ont point de honte
De faire aller le mal toujours de pis en pis.
L'une et l'autre trouva de la sorte son compte,
Et fit très-sagement de changer de logis .
FABLE IX. Le Loup et la Cigogne.
Les loups mangent gloutonnement.
Un loup donc étant de frairie
Se pressa, dit-on , tellement
Qu'il en pensa perdre la vie :
Un os lui demeura bien avant au gosier.
De bonheur pour ce loup, qui ne pouvoit crier,
Près de là passe une cigogne.
Il lui fait signe ; elle accourt.
Voilà l'opératrice aussitôt en besogne .
Elle retira l'os ; puis, pour un si bon tour,
Elle demanda son salaire.
« Votre salaire ! dit le loup :
Vous riez, ma bonne commère !
Quoi ! ce n'est pas encor beaucoup
D'avoir de mon gosier retiré votre cou !
Allez, vous êtes une ingrate :
Ne tombez jamais sous ma patte. >
FABLE X. — Le Lion abattu par l'Homme.
On exposoit une peinture
Où l'artisan avoit tracé
Un lion d'immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardans en tiroient gloire
LIVRE III. 53
Un lion en passant rabattit leur caquet.
Je vois bien, dit-il , qu'en effet
On vous donne ici la victoire :
Mais l'ouvrier vons a déçus ;
Il avoit liberté de feindre .
t Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes confrères savoient peindre . »
FABLE XI . - Le Renard et les Raisins.
Certain renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une tre lle
Des raisins, mûrs apparemment ,
Et couverts d'une peau vermeille .
Le galant en eût fait volontiers un repas;
Mais comme il n'y pouvoit atteindre :
« Ils sont trop verts, dit- il, et bons pour des goujats . >
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?
FABLE XII. - Le Cygne et le Cuisinier.
Dans une ménagerie
De volatiles remplie
Vivoient le cygne et l'oison :
Celui -là destiné pour les regards du maître;
Celui-ci, pour son goût : l'un qui se piquoit d'être
Commensal du jardin ; l'autre, de la maison.
Des fossés du château faisant leurs galeries,
Tantôt on les eût vus côte à côte nager,
Tantôt courir sur l'onde , et tantôt se plonger,
Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies.
Un jour le cuisinier, ayant trop bu d'un coup,
Prit pour oison le cygne ; et, le tenant au cou,
Il alloit l'égorger, puis le mettre en potage.
L'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.
54 FABLES.
Le cuisinier fut fort surpris,
Et vit bien qu'il s'étoit mépris .
« Quoi ! je mettrois, dit-il, un tel chanteur en soupe !
Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe
La gorge à qui s'en sert si bien ! »
Ainsi dans les dangers qui nous suivent en croupe
Le doux parler ne nuit de rien.
FABLE XIII . - Les Loups et les Brebis.
Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les loups firent la paix avecque les brebis .
C'étoit apparemment le bien des deux partis :
Car, si les loups mangeoient mainte bête égarée,
Les bergers de leur peau se faisoient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d'autre part pour les carnages :
Ils ne pouvoient jouir qu'en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les loups, leurs louveteaux ; et les brebis, leurs chiens .
L'échange en étant fait aux formes ordinaires,
Et réglé par des commissaires,
Au bout de quelque temps que messieurs les louvats
Se virent loups parfaits et friands de tuerie ,
Ils vous prennent le temps que dans la bergerie
Messieurs les bergers n'étoient pas,
Étranglent la moitié des agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent .
Ils avoient averti leurs gens secrètement.
Les chiens, qui, sur leur foi , reposoient sûrement ,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu'à peine ils le sentirent .
Tout fut mis en morceaux ; un seul n'en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu'il faut faire aux méchans guerre continuelle .
LIVRE III. 55
La paix est fort bonne de soi ;
J'en conviens : mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi?
FABLE XIV . - Le Lion devenu vieux.
Le lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse ,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa foiblesse.
Le cheval s'approchant lui donne un coup de pied ;
Le loup, un coup de dent ; le bœuf, un coup de corne.
Le malheureux lion, languissant, triste, et morne,
Peut à peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes,
Quand voyant l'âne même à son antre accourir :
« Ah ! c'est trop , lui dit-il : je voulois bien mourir ;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes . >
FABLE XV. - Philomèle et Progné.
Autrefois Progné l'hirondelle
De sa demeure s'écarta,
Et loin des villes s'emporta
Dans un bois où chantoit la pauvre Philomèle.
Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous ?
Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue :
Je ne me souviens point que vous soyez venue ,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
Dites-moi, que pensez-vous faire ?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire ?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? »
Progné lui repartit : « Eh quoi ! cette musique,
Pour ne chanter qu'aux animaux ,
Tout au plus à quelque rustique !
Le désert est-il fait pour des talens si beaux ?
56 FABLES .
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles :
Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas.
Eh ! c'est le souvenir d'un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas :
En voyant les hommes, hélas !
Il m'en souvient bien davantage . D
FABLE XVI . La Femme noyée.
Je ne suis pas de ceux qui disent : « Ce n'est rien,
C'est une femme qui se noie. »
Je dis que c'est beaucoup ; et ce sexe vaut bien
Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie
Ce que j'avance ici n'est point hors de propos
Puisqu'il s'agit , en cette fable,
D'une femme qui dans les flots
Avoit fini ses jours par un sort déplorable .
Son époux en cherchoit le corps
Pour lui rendre , en cette aventure ,
Les honneurs de la sépulture .
Il arriva que sur les bords
Du fleuve anteur de sa disgrâce,
Des gens se promenoient ignorant l'accident.
Ce mari douc leur demandant
S'ils n'avoient de sa femme aperçu nulle trace :
Nulle, reprit l'un d'eux ; mais cherchez-la plus bas
Suivez le fil de la rivière. »
Un autre repartit : « Non, ne le suivez pas ;
Rebroussez plutôt en arrière :
Quelle que soit la pente et l'inclination
Dont l'eau par sa course l'emporte,
L'esprit de contradiction
LIVRE III. 57
L'aura fait flotter d'autre sorte. »
Cet homme se railloit assez hors de saison.
Quant à l'humeur contredisante,
Je ne sais s'il avoit raison ;
Mais , que cette humeur soit ou non
Le défaut du sexe et sa pente ,
Quiconque avec elle naîtra
Sans faute avec elle mourra ,
Et jusqu'au bout contredira,
Et, s'il peut, encor par delà .
FABLE XVII. La Belette entrée dans un grenier.
Damoiselle belette , au corps long et fluet,
Entra dans un grenier par un trou fort étroit :
Elle sortoit de maladie.
Là, vivant à discrétion ,
La galante fit chère lie,
Mangea, rongea : Dieu sait la vie,
Et le lard qui périt en cette occasion !
La voilà, pour conclusion,
Grâce, maflue, et rebondie.
Au bout de la semaine, ayant diné son soûl,
Elle entend quelque bruit, veut sortir par le trou,
Ne peut plus repasser, et croit s'être méprise .
Après avoir fait quelques tours,
« C'est , dit- elle , l'endroit : me voilà bien surprise ;
J'ai passé par ici depuis cinq ou six jours . »
Un rat, qui la voyoit en peine ,
Lui dit : « Vous aviez lors la panse un peu moins pleine .
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir.
Ce que je vous dis là, l'on le dit à bien d'autres ;
Mais ne confondons point, par trop approfondir,
Leurs affaires avec les vôtres . »
6
58 FABLES .
FABLE XVIII . - Le Chat et le vieux Rat.
J'ai lu, chez un conteur de fables,
Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,
L'Attila, le fléau des rats,
Rendoit ces derniers misérables ;
J'ai lu, dis-je, en certain auteur,
Que ce chat exterminateur ,
Vrai Cerbère , étoit craint une lieue à la ronde :
Il vouloit de souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
La mort-aux-rats, les souricières ,
N'étoient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étoient prisonnières ,
Qu'elles n'osoient sortir , qu'il avoit beau chercher,
Le galant fait le mort, et du haut d'un plancher
Se pend la tête en bas : la bête scélérate
A de certains cordons se tenoit par la patte.
Le peuple des souris croit que c'est châtiment,
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage ;
Enfin qu'on a pendu le mauvais garnement.
Toutes, dis-je , unanimement,
Se promettent de rire à son enterrement ,
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête,
Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis enfin se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite , et, sur ses pieds tombant,
Attrape les plus paresseuses.
« Nous en savors plus d'un, dit-il en les gobant :
C'est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses
Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :
Vous viendrez toutes au logis . »
П prophétisoit vrai : notre maître Mitis ,
Pour la seconde fois, les trompe et les affine,
LIVRE III. 62
Blanchit sa robe et s'enfarine ;
Et, de la sorte déguisé,
Se niche et se blottit dans une huche ouverte.
Ce fut à lui bien avisé :
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte .
Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour :
C'étoit un vieux routier , il savoit plus d'un tour ;
Même il avoit perdu sa queue à la bataille.
Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S'écria-t-il de loin au général des chats :
Je soupçonne dessous encor quelque machine .
Rien ne te sert d'être farine ;
Car, quand tu serois sac, je n'approcherois pas. >
C'étoit bien dit à lui ; j'approuve sa prudence :
Il étoit expérimenté ,
Et savoit que la méfiance
Est mère de la sûreté.
LIVRE QUATRIÈME .
FABLE I. - Le Lion amoureux.
A MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ.
Sévigné, de qui les attraits
Servent aux grâces de modèle ,
Et qui naquites toute belle,
A votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocens d'une fable ,
Et voir sans vous épouvanter
Un lion qu'Amour sut dompter?
Amour est un étrange maître !
60 FABLES.
Heureux qui peut ne le connoître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La fable au moins se peut souffrir :
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnoissance .
Du temps que les bêtes parloient,
Les lions entre autres vouloient
Être admis dans notre alliance.
Pourquoi non? puisque leur engeance
Valoit la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure outre cela.
Voici comment il en alla :
Un lion de haut parentage ,
En passant par un certain pré,
Rencontra bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père auroit fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui sembloit bien dur ;
La refuser n'étoit pas sûr ;
Même un refus eût fait, possible ,
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin :
Car, outre qu'en toute manière
La belle étoit pour les gens fiers ,
Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le père donc ouvertement
N'osant renvoyer notre amant,
Lui dit : « Ma fille est délicate ;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
LIVRE IV. 61
On vous les rogne ; et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps :
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux ,
Étant sans ces inquiétudes . »
Le lion consent à cela,
Tant son âme étoit aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà ,
Comme place démantelée .
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.
Amour ! Amour ! quand tu nous tiens,
On peut bien dire : Adieu prudence !
FABLE II. Le Berger et la Mer.
Du rapport d'un troupeau, dont il vivoit sans soins ,
Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite .
Si sa fortune étoit petite,
Elle étoit sûre tout au moins.
A la fin, les trésors déchargés sur la plage
Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau,
Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau .
Cet argent périt par naufrage.
Son maître fut réduit à garder les brebis,
Non plus berger en chef comme il étoit jadis ,
Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage :
Celui qui s'étoit vu Coridon ou Tircis,
Fut Pierrot, et rien davantage.
Au bout de quelque temps il fit quelques profits,
Racheta des bêtes à laine ;
Et comme un jour les vents, retenant leur haleine ,
Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux :
Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux !
62 FABLES.
Dit-il ; adressez-vous, je vous prie , à quelque autre:
Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre . »
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer, par expérience ,
Qu'un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Qu'il se faut contenter de sa condition ;
Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition
Nous devons fermer les oreilles.
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
La mer promet monts et merveilles :
Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront.
FABLE III . - La Mouche et la Fourmi.
La mouche et la fourmi contestoient de leur prix .
<< O Jupiter ! dit la première,
Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits
D'une si terrible manière
Qu'un vil et rampant animal
A la fille de l'air ose se dire égal !
Je hante les palais , je m'assieds à ta table :
Si l'on t'immole un bœuf, j'en goûte devant toi ;
Pendant que celle-ci, chétive et misérable ,
Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.
Mais , ma mignonne , dites-moi ,
Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi,
D'un empereur , ou d'une belle ?
Je le fais ; et je baise un beau sein quand je veux :
Je me joue entre des cheveux ;
Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ;
Et la dernière main que met à sa beauté
Une femme allant en conquête,
C'est un ajustement des mouches emprunté.
Puis allez- moi rompre la tête
LIVRE IV. 63
De vos greniers ! - Avez-vous dit ?
Lui répliqua la ménagère .
Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.
Et quant à goûter la première
De ce qu'on sert devant les dieux ,
Croyez - vous qu'il en vaille mieux ?
Si vous entrez partout, aussi font les profanes.
Sur la tête des rois et sur celle des ânes
Vous allez vous planter, je n'en disconviens pas ;
Et je sais que d'un prompt trépas
Cette importunité bien souvent est punie.
Certain ajustement, dites-vous, rend jolie ;
J'en conviens : il est noir ainsi que vous et moi .
Je veux qu'il ait nom mouche : est-ce un sujet pourquoi
Vous fassiez sonner vos mérites ?
Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites ?
Cessez donc de tenir un langage si vain :
N'ayez plus ces hautes pensées .
Les mouches de cour sont chassées ;
Les mouchards sont pendus : et vous mourrez de faim,
De froid, de langueur , de misère ,
Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.
Alors je jouirai du fruit de mes travaux :
Je n'irai, par monts ni par vaux,
M'exposer au vent, à la pluie ;
Je vivrai sans mélancolie :
Le soin que j'aurai pris, de soins m'exemptera .
Je vous enseignerai par là
Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.
Adieu ; je perds le temps : laissez- moi travailler ;
Ni mon grenier, ni mon armoire,
Ne se remplit à babiller. »
FABLE IV . ― Le Jardinier et son Seigneur
Un amateur de jardinage,
Demi-bourgeois , demi- manant ,
64 FABLES .
Possédoit en certain viilage
Un jardin assez propre , et le clos attenant.
Il avoit de plant vif fermé cette étendue :
Là croissoient à plaisir l'oseille et la laitue,
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,
Peu de jasmin d'Espagne , et force serpolet.
Cette félicité par un lièvre troublée
Fit qu'au seigneur du bourg notre homme se plaignit.
« Ce maudit animal vient prendre sa goulée
Soir et matin, dit-il, et des piéges se rit ;
Les pierres, les bâtons, y perdent leur crédit :
Il est sorcier, je crois . - Sorcier ! je l'en défie ,
Repartit le seigneur : fût-il diable, Miraut,
En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt.
Je vous en déferai , bonhomme, sur ma vie.
- Et dès demain, sans tarder plus longtemps.
-Et quand?
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
« Çà, déjeunons, dit - il : vos poulets sont-ils tendres ?
La fille du logis, qu'on vous voie ; approchez :
Quand lamarîrons-nous ? quand aurons- nous des gendres?
Bonhomme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez ,
Qu'il faut fouiller à l'escarcelle . »
Disant ces mots , il fait connoissance avec elle ,
Auprès de lui la fait asseoir,
Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir ;
Toutes sottises dont la belle
Se défend avec grand respect :
Tant qu'au père à la fin cela devient suspect.
Cependant on fricasse, on se rue en cuisine .
« De quand sont vos jambons? ils ont fort bonne mine
-Monsieur, ils sont à vous. -Vraiment, dit le seigneur,
Je les reçois, et de bon cœur . »
Il déjeune très-bien ; aussi fait sa famille,
Chiens, chevaux , et valets, tous gens bien endentés :
Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,
Boit son vin, caresse sa fille .
L'embarras des chasseurs succède au déjeuné.
Chacun s'anime et se prépare ;
LIVRE IV. 65
Les trompes et les cors font un tel tintamarre
Que le bonhomme est étonné .
Le pis fut que l'on mit en piteux équipage
Le pauvre potager : adieu, planches, carreaux;
Adieu chicorée et poireaux ;
Adieu de quoi mettre au potage.
Le lièvre étoit gîté dessous un maître chou .
On le quête ; on le lance : il s'enfuit par un trou,
Non pas trou , mais trouée , horrible et large plaie
Que l'on fit à la pauvre haie
Par ordre du seigneur ; car il eût été mal
Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval.
Le bonhomme disoit : « Ce sont là jeux de prince . »
Mais on le laissoit dire : et les chiens et les gens
Firent plus de dégât en une heure de temps
Que n'en auroient fait en cent ans
Tous les lièvres de la province.
Petits princes , videz vos débats entre vous :
De recourir aux rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.
FABLE V. L'Ane et le petit Chien.
Ne forçons point notre talent ;
Nous ne ferions rien avec grâce :
Jamais un lourdaud , quoi qu'il fasse ,
Ne sauroit passer pour galant.
Peu de gens , que le ciel chérit et gratifie ,
Ont le don d'agréer infus avec la vie .
C'est un point qu'il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à l'âne de la fable ,
Qui , pour se rendre plus aimable
Et plus cher à son maître , alla le caresser .
« Comment ! disoit-il en son âme ,
Ce chien , parce qu'il est mignon
Vivra de pair à compagnon
66 FABLES .
Avec monsieur, avec madame ;
Et j'aurai des coups de bâton !
Que fait- il? il donne la patte ;
Puis aussitôt il est baisé :
S'il en faut faire autant afin que l'on me flatte ,
Cela n'est pas bien malaisé . »
Dans cette admirable pensée ,
Voyant son maître en joie , il s'en vient lourdement,
Lève une corne tout usée ,
La lui porte au menton fort amoureusement ,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement ,
De son chant gracieux cette action hardie.
« Oh ! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie !
Dit le maître aussitôt . Holà , Martin- bâton ! »
Martin-bâton accourt : l'âne change de ton.
Ainsi finit la comédie .
FABLE VI. - Le combat des Rats et des Belettes.
La nation des belettes ,
Non plus que celle des chats ,
Ne veut aucun bien aux rats ,
Et sans les portes étrètes
De leurs habitations ,
L'animal à longue échine
En feroit , je m'imagine ,
De grandes destructions .
Or, une certaine année
Qu'il en étoit à foison ,
Leur roi , nommé Ratapon ,
Mit en campagne une armée.
Les belettes , de leur part ,
Déployèrent l'étendard.
Si l'on croit la renommée ,
La victoire balança :
Plus d'un guéret s'engraissa
Du sang de plus d'une bande.
Mais la perte la plus grande
LIVRE IV . 67
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière ,
Quoi que pût faire Artapax ,
Psicarpax , Méridarpax ,
Qui , tout couverts de poussière ,
Soutinrent assez longtemps
Les efforts des combattans .
Leur résistance fut vaine ;
Il fallut céder au sort :
Chacun s'enfuit au plus fort,
Tant soldat que capitaine .
Les princes périrent tous.
La racaille , dans des trous
Trouvant sa retraite prête ,
Se sauva sans grand travail ;
Mais les seigneurs sur leur tête
Ayant chacun un plumail ,
Des cornes ou des aigrettes ,
Soit comme marques d'honneur,
Soit afin que les belettes
En conçussent plus de peur,
Cela causa leur malheur.
Trou , ni fente , ni crevasse ,
Ne fut large assez pour eux ;
Au lieu que la populace
Entroit dans les moindres creux.
La principale jonchée
Fut donc des principaux rats.
Une tête empanachée
N'est pas petit embarras.
Le trop superbe équipage
Peut souvent en un passage
Causer du retardement .
Les petits , en toute affaire ,
Esquivent fort aisément :
Les grands ne le peuvent faire.
68 FABLES .
FABLE VII. Le Singe et le Dauphin .
C'étoit chez les Grecs un usage
Que sur la mer tous voyageurs
Menoient avec eux en voyage
Singes et chiens de bateleurs .
Un navire en cet équipage
Non loin d'Athènes fit naufrage.
Sans les dauphins tout eût péri .
Cet animal est fort ami
De notre espèce : en son histoire
Pline le dit ; il le faut croire.
Il sauva donc tout ce qu'il put.
Même un singe en cette occurrence ,
Profitant de la ressemblance ,
Lui pensa devoir son salut :
Un dauphin le prit pour un homme ,
Et sur son dos le fit asseoir
Si gravement qu'on eût cru voir
Ce chanteur que tant on renomme.
Le dauphin l'alloit mettre à bord
Quand , par hasard , il lui demande :
« Etes-vous d'Athènes la grande?
- Oui , dit l'autre ; on m'y connoît fort :
S'il vous y survient quelque affaire ,
Employez-moi ; car mes parens
Y tiennent tous les premiers rangs :
Un mien cousin est juge -maire. "
Le dauphin dit : « Bien grand merci .
Et le Pirée a part aussi
A l'honneur de votre présence?
Vous le voyez souvent , je pense?
- Tous les jours il est mon ami ;
C'est une vieille connoissance . »
Notre magot prit , pour ce coup ,
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
De telles gens il est beaucoup
LIVRE IV. 69
Qui prendroient Vaugirard pour Rome ,
Et qui , caquetant au plus dru ,
Parlent de tout , et n'ont rien vu.
Le dauphin rit , tourne la tête ,
Et le magot considéré ,
Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
Du fond des eaux rien qu'une bête :
Il l'y replonge , et va trouver
Quelque homme afin de le sauver .
FABLE VIII . - L'Homme et l'Idole de bois.
Certain païen chez lui gardoit un dieu de bois ,
De ces dieux qui sont sourds , bien qu'ayant des oreilles :
Le païen cependant s'en promettoit merveilles.
Il lui coûtoit autant que trois ;
Ce n'étoit que vœux et qu'offrandes ,
Sacrifices de bœufs couronnés de guirlandes.
Jamais idole , quel qu'il fût ,
N'avoit eu cuisine si grasse ;
Sans que , pour tout ce culte , à son hôte il échût
Succession , trésor, gain au jeu , nulle grâce .
Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit
S'amassoit d'une ou d'autre sorte ,
L'homme en avoit sa part ; et sa bourse en souffroit :
La pitance du dieu n'en étoit pas moins forte.
A la fin , se fâchant de n'en obtenir rien,
Il vous prend un levier, met en pièces l'idole,
Le trouve rempli d'or. · Quand je t'ai fait du bien,
M'as-tu valu , dit-il , seulement une obole ?
Va, sors de mon logis, cherche d'autres autels .
Tu ressembles aux naturels
Malheureux, grossiers, et stupides :
On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton .
Plus je te remplissois, plus mes mains étoient vides :
J'ai bien fait de changer de ton . »
70 FABLES .
FABLE IX . - Le Geai paré des plumes du Paon.
Un paon muoit : un geai prit son plumage ;
Puis après se l'accommoda ;
Puis parmi d'autres paons tout fier se panada ,
Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,
Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte ;
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
Il fut par eux mis à la porte.
Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
Et que l'on nomme plagiaires .
Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui :
Ce ne sont pas là mes affaires.
FABLE X. - Le Chameau et les Bátons flottans.
Le premier qui vit un chameau
S'enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le dromadaire.
L'accoutumance ainsi nous rend tout familier ;
Ce qui nous paroissoit terrible et singulier
S'apprivoise avec notre vue
Quand ce vient à la continue.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet :
Ön avoit mis des gens au guet,
Qui, voyant sur les eaux de luin certain objet,
Ne purent s'empêcher de dire
Que c'étoit un puissant navire.
Quelques momens après, l'objet devint brûlot,
Et puis nacelle , et puis ballot ,
Enfin bâtons flottant sur l'onde.
J'en sais beaucoup de par le monde
LIVRE IV. 71
A qui ceci conviendroit bien :
De loin, c'est quelque chose ; et de près, ce n'est rien.
FABLE XI. - La Grenouille et le Rat.
Tel, comme dit Merlin ' , cuide engeigner ' autrui ,
Qui souvent s'engeigne soi-même.
J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui ;
Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.
Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris :
Un rat plein d'embonpoint, gras, et des mieux nourris ,
Et qui ne connoissoit l'avent ni le carême,
Sur le bord d'un marais égayoit ses esprits .
Une grenouille approche , et lui dit en sa langue :
< Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.
Messire rat promit soudain :
Il n'étoit pas besoin de plus longue harangue.
Elle allégua pourtant les délices du bain ,
La curiosité, le plaisir du voyage,
Cent raretés à voir le long du marécage :
Un jour il conteroit à ses petits-enfans
Les beautés de ces lieux , les mœurs des habitans ,
Et le gouvernement de la chose publique
Aquatique .
Un point sans plus tenoit le galant empêché :
Il nageoit quelque peu, mais il falloit de l'aide.
La grenouille à cela trouve un très-bon remède ;
Le rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'affaire.
Dans le marais entrés, notre bonne commère
S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau ,
Contre le droit des gens, contre la foi jurée ;
Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée :
C'étoit, à son avis, un excellent morceau .
1. Non pas l'enchanteur , mais l'auteur de l'Histoire maca-
ronique.
2. Cuide engeigner , » croit tromper.
72 FABLES.
Déjà dans son esprit la galande le croque .
Il atteste les dieux ; la perfide s'en moque :
Il résiste ; elle tire. En ce combat nouveau,
Un milan, qui dans l'air planoit, faisoit la ronde,
Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde.
Il fond dessus, l'enlève, et, par même moyen,
La grenouille et le lien.
Tout en fut, tant et si bien
Que de cette double proie
L'oiseau se donne au cœur joie,
Ayant, de cette façon,
A souper chair et poisson.
La ruse la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur ;
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur.
FABLE XII. - Tribut envoyé par les animaux
à Alexandre.
Une fable avoit cours parmi l'antiquité ;
Et la raison ne m'en est pas connue .
Que le lecteur en tire une moralité ;
Voici la fable toute nue :
La Renommée ayant dit en cent lieux
Qu'un fils de Jupiter, un certain Alexandre ,
Ne voulant rien laisser de libre sous les cieux ,
Commandoit que, sans plus attendre ,
Tout peuple à ses pieds s'allât rendre,
Quadrupèdes, humains, éléphans , vermisseaux ,
Les républiques des oiseaux ;
La déesse aux cent bouches, dis-je,
Ayant mis partout la terreur
En publiant l'édit du nouvel empereur,
Les animaux, et toute espèce lige
133
LIVRE IV . 73
De son seul appétit, crurent que cette fois
Il falloit subir d'autres lois.
On s'assemble au désert : tous quittent leur tanière.
Après divers avis , on résout, on conclut
D'envoyer hommage et tribut.
Pour l'hommage et pour la manière,
Le singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit
Ce que l'on vouloit qui fût dit.
Le seul tribut les tint en peine :
Car que donner ? il falloit de l'argent .
On en prit d'un prince obligeant,
Qui, possédant dans son domaine
Des mines d'or, fournit ce qu'on voulut.
Comme il fut question de porter ce tribut,
Le mulet et l'âne s'offrirent ,
Assistés du cheval ainsi que du chameau .
Tous quatre en chemin ils se mirent
Avec le singe, ambassadeur nouveau.
La caravane enfin rencontre en un passage
Monseigneur le lion : cela ne leur plut point.
« Nous nous rencontrons tout à point,
Dit-il ; et nous voici compagnons de voyage.
J'allois offrir mon fait à part ;
Mais bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrasse.
Obligez-moi de me faire la grâce
Que d'en porter chacun un quart :
Ce ne vous sera pas une charge trop grande ;
Et j'en serai plus libre et bien plus en état
En cas que les voleurs attaquent notre bande ,
Et que l'on en vienne au combat. »
Econduire un lion rarement se pratique.
Le voilà donc admis , soulagé, bien reçu ,
Et, malgré le héros de Jupiter issu ,
Faisant chère et vivant sur la bourse publique.
Ils arrivèrent dans un pré
Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,
Où maint mouton cherchoit sa vie ;
Séjour du frais , véritable patrie
7
74 FABLES.
Des zéphirs. Le lion n'y fut pas qu'à ces gens
Il se plaignit d'être malade .
< Continuez votre ambassade ,
Dit-il ; je sens un feu qui me brûle au dedans,
Et veux chercher ici quelque herbe salutaire .
Pour vous, ne perdez point de temps :
Rendez-moi mon argent ; j'en puis avoir affaire . »
On déballe ; et d'abord le lion s'écria ,
D'un ton qui témoignoit sa joie :
« Que de filles , ô dieux , mes pièces de monnoie
Ont produites ! Voyez la plupart sont déjà
Aussi grandes que leurs mères.
Le croît m'en appartient. » Il prit tout là-dessus ;
Ou bien, s'il ne prit tout, il n'en demeura guères .
Le singe et les sommiers confus ,
Sans oser répliquer, en chemin se remirent .
Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,
Et n'en eurent point de raison .
Qu'eût-il fait ? C'eût été lion contre lion ;
Et le proverbe dit : Corsaires à corsaires ,
L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.
FABLE XIII. ― Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf
De tous temps les chevaux ne sont nés pour les hommes.
Lorsque le genre humain de glands se contentoit,
Ane, cheval, et mule , aux forêts habitoit ,
Et l'on ne voyoit point, comme au siècle où nous sommes,
Tant de selles et tant de bâts ,
Tant de harnois pour les combats,
Tant de chaises, tant de carrosses ;
Comme aussi ne voyoit- on pas
Tant de festins et tant de noces.
Or, un cheval eut alors différend
Avec un cerf plein de vitesse ;
Et, ne pouvant l'attraper en courant,
Il eut recours à l'homme , implora son adresse.
LIVRE IV. 75
L'homme lui mit un frein , lui sauta sur le dos ,
Ne lui donna point de repos
Que le cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie.
Et cela fait, le cheval remercie
L'homme son bienfaiteur , disant « Je suis à vous ;
Adieu ; je m'en retourne en mon séjour sauvage .
-Non pas cela, dit l'homme ; il fait meilleur chez nous :
Je vois trop quel est votre usage.
Demeurez donc ; vous serez bien traité,
Et jusqu'au ventre en la litière. »
Hélas ! que sert la bonne chère
Quand on n'a pas la liberté !
Le cheval s'aperçut qu'il avoit fait folie ;
Mais il n'étoit plus temps ; déjà son écurie
Étoit prête et toute bâtie.
Il y mourut en traînant son lien :
Sage s'il eût remis une légère offense.
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher que l'acheter d'un bien
Sans qui les autres ne sont rien.
FABLE XIV . -· Le Renard et le Buste .
Les grands, pour la plupart, sont masques de théâtre ;
Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.
L'âne n'en sait juger que par ce qu'il en voit :
Le renard, au contraire, à fond les examine ,
Les tourne de tout sens ; et, quand il s'aperçoit
Que leur fait n'est que bonne mine ,
Il leur applique un mot qu'un buste de héros
Lui fit dire fort à propos .
C'étoit un buste creux, et plus grand que nature.
Le renard, en louant l'effort de la sculpture :
< Belle tête, dit-il ; mais de cervelle point . »
Combien de grands seigneurs sont bustes en ce point !
76 FABLES .
FABLE XV. - Le Loup , la Chèvre ,
et le Chevreau .
La bique, allant remplir sa traînante mamelle,
Et paître l'herbe nouvelle ,
Ferma sa porte au loquet,
Non sans dire à son biquet :
« Gardez-vous, sur votre vie,
D'ouvrir que l'on ne vous die,
Pour enseigne et mot du guet :
<< Foin du loup et de sa race ! »
Comme elle disoit ces mots ,
Le loup, de fortune, passe ;
Il les recueille à propos ,
Et les garde en sa mémoire .
La bique, comme on peut croire ,
N'avoit pas vu le glouton .
Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton,
Et, d'une voix papelarde ,
Il demande qu'on ouvre , en disant : « Foin du loup ! »
Et croyant entrer tout d'un coup .
Le biquet soupçonneux par la fente regarde :
« Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point ,
S'écria-t-il d'abord . Patte blanche est un point
Chez les loups, comme on sait, rarement en usage .
Celui-ci, fort surpris d'entendre ce langage,
Comme il étoit venu s'en retourna chez soi.
Où seroit le biquet s'il eût ajouté foi
Au mot du guet que, de fortune,
Notre loup avoit entendu?
Deux sûretés valent mieux qu'une;
Et le trop en cela ne fut jamais perdu .
LIVRE IV. 77
FABLE XVI. - Le Loup , la Mère ,
et l'Enfant.
Ce loup me remet en mémoire
Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris :
Ily périt. Voici l'histoire :
Un villageois avoit à l'écart son logis.
Messer loup attendoit chape-chute à la porte ;
Il avoit vu sortir gibier de toute sorte,
Veaux de lait, agneaux, et brebis,
Régiment de dindons, enfin bonne provende.
Le larron commençoit pourtant à s'ennuyer.
Il entend un enfant crier :
La mère aussitôt le gourmande ,
Le menace , s'il ne se tait,
De le donner au loup. L'animal se tient prêt ,
Remerciant les dieux d'une telle aventure ,
Quand la mère, apaisant sa chère géniture ,
Lui dit : « Ne criez point ; s'il vient, nous le tuerons.
Qu'est-ce ci ! s'écria le mangeur de moutons :
Dire d'un, puis d'un autre ! Est-ce ainsi que l'on traite
Les gens faits comme moi ? me prend- on pour un sot?
Que quelque jour ce beau marmot
Vienne au bois cueillir la noisette.... >
Comme il disoit ces mots , on sort de la maison :
Un chien de cour l'arrête ; épieux et fourches-fières
L'ajustent de toutes manières.
« Que veniez-vous chercher en ce lieu ? » lui dit-on
Aussitôt il conta l'affaire .
« Merci de moi ! lui dit la mère ;
Tu mangeras mon fils ! L'ai -je fait à dessein
Qu'il assouvisse un jour ta faim? »
On assomma la pauvre bête.
Un manant lui coupa le pied droit et la tête :
Le seigneur du village à sa porte les mit ;
Et ce dicton picard à l'entour fut écrit :
•
78 FABLES .
<< Biaux chires leups, n'écoutez mie
• Mère tenchent chen fieux qui crie. »
FABLE XVII . - Parole de Socrate.
Socrate un jour faisant bâtir,
Chacun censuroit son ouvrage :
L'un trouvoit les dedans , pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage ;
L'autre blâmoit la face , et tous étoient d'avis
Que les appartemens en étoient trop petits.
Quelle maison pour lui ! l'on y tournoit à peine.
« Plût au ciel que de vrais amis,
Telle qu'elle est , dit-il, elle pût être pleine ! »
Le bon Socrate avoit raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison .
Chacun se dit ami ; mais fou qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que ce nom,
Rien n'est plus rare que la chose.
FABLE XVIII. Le Vieillard et ses Enfans.
Toute puissance est foible, à moins que d'être unie
Écoutez là-dessus l'esclave de Phrygie.
Si j'ajoute du mien à son invention ,
C'est pour peindre nos mœurs , et non point par envie ;
Je suis trop au-dessous de cette ambition.
Phèdre enchérit souvent par un motif de gloire ;
Pour moi, de tels pensers me seroient mal séans.
Mais venons à la fable, ou plutôt à l'histoire
De celui qui tâcha d'unir tous ses enfans.
Un vieillard près d'aller où la mort l'appeloit,
« Mes chers enfans, dit-il (à ses fils il parloit),
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble ;
Je vous expliquerai le nœud qui les assemble. »
LIVRE IV. 79
L'aîné les ayant pris, et fait tous ses efforts,
Les rendit en disant : «་ Je le donne aux plus forts . »
Un second lui succède, et se met en posture,
Mais en vain . Un cadet tente aussi l'aventure.
Tous perdirent leur temps ; le faisceau résista :
De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata .
Foibles gens , dit le père, il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre . »
On crut qu'il se moquoit ; on sourit, mais à tort :
Il sépare les dards, et les rompt sans effort.
" Vous voyez, reprit-il , l'effet de la concorde :
Soyez joints, mes enfans ; que l'amour vous accorde . »
Tant que dura son mal , il n'eut autre discours.
Enfin se sentant près de terminer ses jours,
• Mes chers enfans, dit-il , je vais où sont nos pères ;
Adieu : promettez-moi de vivre comme frères ;
Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant . »
Chacun de ses trois fils l'en assure en pleurant.
Il prend à tous les mains ; il meurt. Et les trois frères
Trouvent un bien fort grand, mais fort mêlé d'affaires.
Un créancier saisit, un voisin fait procès :
D'abord notre trio s'en tire avec succès .
Leur amitié fut courte autant qu'elle étoit rare.
Le sang les avoit joints ; l'intérêt les sépare .
L'ambition, l'envie, avec les consultans,
Dans la succession entrent en même temps
On en vient au partage , on conteste , on chicane .
Le juge sur cent points tour à tour les condamne .
Créanciers et voisins reviennent aussitôt ,
Ceux-là sur une erreur, ceux-ci sur un défaut.
Les frères désunis sont tous d'avis contraire :
L'un veut s'accommoder, l'autre n'en veut rien faire.
Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard
Profiter de ces dards unis et pris à part.
80 FABLES.
FABLE XIX. -· L'Oracle et l'Impie.
Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre.
Le dédale des cœurs en ses détours n'enserre
Rien qui ne soit d'abord éclairé par les dieux :
Tout ce que l'homme fait, il le fait à leurs yeux ,
Même les actions que dans l'ombre il croit faire .
Un païen , qui sentoit quelque peu le fagot,
Et qui croyoit en Dieu, pour user de ce mot,
Par bénéfice d'inventaire ,
Alla consulter Apollon.
Dès qu'il fut en son sanctuaire :
« Ce que je tiens, dit-il, est-il en vie ou non ? »
Il tenoit un moineau, dit-on,
Prêt d'étouffer la pauvre bête,
Ou de la lâcher aussitôt,
Pour mettre Apollon en défaut.
Apollon reconnut ce qu'il avoit en tête :
Mort ou vif, lui dit-il, montre-moi ton moineau ,
Et ne me tends plus de panneau ;
Tu te trouverois mal d'un pareil stratagème .
Je vois de loin ; j'atteins de même. »
FABLE XX..- L'Avare qui a perdu son trésor.
L'usage seulement fait la possession .
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d'entasser toujours , mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu'eux ;
Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L'homme au trésor caché, qu'Esope nous propose,
Servira d'exemple à la chose.
Ce malheureux attendoit,
Pour jouir de son bien, une seconde vie ;
Ne possédoit pas l'or, mais l'or le possédoit.
LIVRE IV . 81
Il avoit dans la terre une somme enfouie ,
Son cœur avec, n'ayant autre déduit'
Que d'y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée .
Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât,
On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât
A l'endroit où gisoit cette somme enterrée .
Il y fit tant de tours qu'un fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt , l'enleva sans rien dire.
Notre avare un beau jour ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs : il gémit, il soupire ,
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
« C'est mon trésor que l'on m'a pris ,
- Votre trésor ! où pris ? -Tout joignant cette pierre.
- Eh ! sommes-nous en temps de guerre
Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure .
- A toute heure, bons dieux ! ne tient-il qu'à cela?
L'argent vient-il comme il s'en va?
Je n'y touchois jamais. - Dites-moi donc, de grâce,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant :
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant. »
FABLE XXI. -- L'OEil du Maître.
Un cerf s'étant sauvé dans une étable à bœufs
Fut d'abord averti par eux
Qu'il cherchât un meilleur asile.
Mes frères, leur dit-il , ne me décelez pas : :
Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;
1. Autre plaisir. 2. Son bien
82 FABLES .
Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n'en aurez point regret. »
Les bœufs , à toute fin, promirent le secret.
Il se cache en un coin, respire , et prend courage ;
Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage,
Comme l'on faisoit tous les jours :
L'on va, l'on vient, les valets font cent tours,
L'intendant même : et pas un d'aventure
N'aperçut ni cor, ni ramure ,
Ni cerf enfin. L'habitant des forêts
Rend déjà grâce aux bœufs , attend dans cette étable
Que , chacun retournant au travail de Cérès,
Il trouve pour sortir un moment favorable .
L'un des bœufs ruminant lui dit : « Cela va bien ;
Mais quoi ! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa revue :
Je crains fort pour toi sa venue ;
Jusque-là, pauvre cerf, ne te vante de rien. »
Là-dessus le maître entre et vient faire sa ronde.
« Qu'est-ce ci? dit-il à son monde ;
Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers.
Cette litière est vieille ; allez vite aux greniers.
Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées .
Que coûte-t-il d'ôter toutes ces araignées ?
Ne sauroit-on ranger ces jougs et ces colliers ? »
En regardant à tout il voit une autre tête
Que celles qu'il voyoit d'ordinaire en ce lieu.
Le cerf est reconnu chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la bête.
Ses larmes ne sauroient la sauver du trépas .
On l'emporte, on la sale , on en fait maint repas
Dont maint voisin s'éjouit d'être.
Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :
« Il n'est, pour voir que l'œil du maître. »
Quant à moi, j'y mettrois encor l'œil de l'amant.
LIVRE IV. 83
FABLE XXII . L'Alouette et ses Petits ,
avec le Maître d'un champ.
Ne t'attends qu'à toi seul ; c'est un commun proverbe.
Voici comme Ésope le mit
En crédit :
Les alouettes font leur nid
Dans les blés quand ils sont en herbe ,
C'est-à-dire environ le temps
Que tout aime et que tout pullule dans le monde ,
Monstres marins au fond de l'onde,
Tigres dans les forêts, alouettes aux champs.
Une pourtant de ces dernières
Avoit laissé passer la moitié d'un printemps
Sans goûter le plaisir des amours printanières .
A toute force enfin elle se résolut
D'imiter la nature et d'être mère encore .
Elle båtit un nid, pond, couve et fait éclore,
A la hâte le tout alla du mieux qu'il put.
Les blés d'alentour mûrs avant que la nitée
Se trouvât assez forte encor
Pour voler et prendre l'essor,
De mille soins divers l'alouette agitée
S'en va chercher pâture, avertit ses enfans
D'être toujours au guet et faire sentinelle.
Si le possesseur de ces champs
Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle,
Écoutez bien : selon ce qu'il dira,
Chacun de nous décampera. »
Sitôt que l'alouette eut quitté sa famille ,
Le possesseur du champ vient avecque son fils.
« Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis
Les prier que chacun, apportant sa faucille,
Nous vienne aider demain dès la pointe du jour. »
Notre alouette de retour
Trouve en alarme sa couvée .
L'un commence : « Il a dit que l'aurore levée ,
84 FABLES .
L'on fit venir demain ses amis pour l'aider.
-S'il n'a dit que cela, repartit l'alouette,
Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter
Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger. »
Eux repus , tout s'endort, les petits et la mère .
L'aube du jour arrive , et d'amis point du tout.
L'alouette à l'essor ¹ , le maître s'en vient faire
Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.
<< Ces blés ne devroient pas, dit-il, être debout.
Nos amis ont grand tort ; et tort qui se repose
Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents.
Mon fils, allez chez nos parens
Les prier de la même chose . >»
L'épouvante est au nid plus forte que jamais.
« Il a dit ses parens , mère ! c'est à cette heure.
- Non, mes enfants ; dormez en paix :
Ne bougeons de notre demeure. »
L'alouette eut raison ; car personne ne vint.
Pour la troisième fois, le maître se souvint
De visiter ses blés . « Notre erreur est extrême,
Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous ,
Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
Retenez bien cela , mon fils. Et savez-vous
1
Ce qu'il faut faire ? Il faut qu'avec notre famille
Nous prenions dès demain chacun une faucille :
C'est là notre plus court ; et nous achèverons
Notre moisson quand nous pourrons . »
Dès lors que ce dessein fut su de l'alouette :
« C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfans !
Et les petits, en même temps,
Voletans , se culebutans ,
Délogèrent tous sans trompette.
1. L'alouette ayant pris sa volée.
LIVRE CINQUIÈME .
FABLE I. - Le Bûcheron et Mercure.
A M. L. C. D. B. '.
Votre goût a servi de règle à mon ouvrage :
J'ai tenté les moyens d'acquérir son suffrage.
Vous voulez qu'on évite un soin trop curieux ,
Et des vains ornemens l'effort ambitieux ;
Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire.
Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire .
Non qu'il faille bannir certains traits délicats :
Vous les aimez , ces traits ; et je ne les hais pas .
Quant au principal but qu'Esope se propose,
J'y tombe au moins mal que je puis.
Enfin, si dans ces vers je ne plais et n'instruis ,
Il ne tient pas à moi ; c'est toujours quelque chose .
Comme la force est un point
Dont je ne me pique point,
Je tâche d'y tourner le vice en ridicule,
Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule.
C'est là tout mon talent ; je ne sais s'il suffit.
Tantôt je peins en un récit
La sotte vanité jointe avecque l'envie ,
Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre vie :
Tel est ce chétif animal
Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal.
J'oppose quelquefois par une double image
Le vice à la vertu , la sottise au bon sens ;
Les agneaux aux loups ravissans,
La mouche à la fourmi : faisant de cet ouvrage
Une ample comédie à cent actes divers,
Et dont la scène est l'univers.
Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle,
Jupiter comme un autre . Introduisons celui
1. Probablement à M. le chevalier de Bouillon.
86 FABLES .
Qui porte de sa part aux belles la parole :
Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.
Un bûcheron perdit son gagne-pain,
C'est sa cognée ; et la cherchant en vain,
Ce fut pitié là-dessus de l'entendre .
Il n'avoit pas des outils à revendre :
Sur celui-ci rouloit tout son avoir.
Ne sachant donc où mettre son espoir,
Sa face étoit de pleurs toute baignée :
« O ma cognée ! ô ma pauvre cognée !
S'écrioit-il ; Jupiter, rends-la-moi ;
Je tiendrai l'être encore un coup de toi . »
Sa plainte fut de l'Olympe entendue.
Mercure vient : « Elle n'est pas perdue,
Lui dit ce dieu ; la connoîtras -tu bien?
Je crois l'avoir près d'ici rencontrée . »
Lors une d'or à l'homme étant montrée ,
Il répondit : « Je n'y demande rien . »
Une d'argent succède à la première ;
Il la refuse. Enfin une de bois.
< Voilà, dit-il, la mienne cette fois :
Je suis content si j'ai cette dernière .
-
Tu les auras, dit le dieu , toutes trois :
Ta bonne foi sera récompensée .
-En ce cas-là je les prendrai, » dit-il .
L'histoire en est aussitôt dispersée ;
Et boquillons de perdre leur outil,
Et de crier pour se le faire rendre.
Le roi des dieux ne sait auquel entendre .
Son fils Mercure aux criards vient encor ;
A chacun d'eux il en montre une d'or.
Chacun eût cru passer pour une bête
De ne pas dire aussitôt : « La voilà ! »
Mercure , au lieu de donner celle-là,
Leur en décharge un grand coup sur la tête.
Ne point mentir, être content du sien,
LIVRE V. 87
C'est le plus sûr : cependant on s'occupe
A dire faux pour attraper du bien .
Que sert cela? Jupiter n'est pas dupe.
FABLE II. - Le Pot de terre et le Pot de fer.
Le pot de fer proposa
Au pot de terre un voyage .
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il feroit que sage¹
De garder le coin du feu :
Car il lui falloit si peu,
Si peu que la moindre chose
De son débris seroit cause :
Il n'en reviendroit morceau .
<< Pour vous , dit- il, dont la peau
Est plus dure que la mienne ,
Je ne vois rien qui vous tienne .
- Nous vous mettrons à couvert ,
Repartit le pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace d'aventure ,
Entre deux je passerai ,
Et du coup vous sauverai . »
Cette offre le persuade .
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés .
Mes gens s'en vont à trois pieds
Clopin clopant comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés
Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
Le pot de terre en souffre ; il n'eut
pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats ,
Sans qu'il eût lieu de se plaindre .
1. Qu'il feroit sagement, qu'il feroit ce que sage doit faire.
88 FABLES.
Ne nous associons qu'avecque nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces pots.
-
FABLE III. Le petit Poisson et le Pêcheur.
Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie :
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie :
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.
Un carpeau, qui n'étoit encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d'une riviere .
Tout fait nombre , dit l'homme , en voyant son butin;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière. »
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
• Que ferez-vous de moi ? je ne saurois fournir
Au plus qu'une demi-bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée ;
Quelque gros partisan m'achètera bien cher :
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat : quel plat ! croyez-moi, rien quivaille .
Rien qui vaille ! eh bien ! soit, repartit le pêcheur :
Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans la poêle ; et, vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire . »
Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras :
L'un est sûr ; l'autre ne l'est pas.
FABLE IV. ― Les Oreilles du Lièvre.
Un animal cornu blessa de quelques coups
LIVRE V. 89
Le lion qui, plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent ;
Daims et cerfs de climat changèrent :
Chacun à s'en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur
N'allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
« Adieu , voisin grillon, dit-il ; je pars d'ici :
Mes oreilles enfin seroient cornes aussi ;
Et quand je les aurois plus courtes qu'une autruche,
Je craindrois même encor. Le grillon repartit :
« Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !
Ce sont oreilles que Dieu fit.
- On les fera passer pour cornes ,
Dit l'animal craintif, et cornes de licornes .
J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites - Maisons . »
FABLE V. - Le Renard ayant la queue coupée .
Un vieux renard, mais des plus fins ,
Grand croqueur de poulets , grand preneur de lapins,
Sentant son renard d'une lieue,
Fut enfin au piége attrapé.
Par grand hasard en étant échappé ,
Non pas franc , car pour gage il y laissa sa queue ;
S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux ,
Pour avoir des pareils (comme il étoit habile),
Un jour que les renards tenoient conseil entre eux :
« Que faisons-nous, dit-il , de ce poids inutile ,
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux?
Que nous sert cette queue ? il faut qu'on se la coupe :
Si l'on me croit, chacun s'y résoudra . 8
90 FABLES .
-Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe :
Mais tournez-vous, de grâce ; et l'on vous répondra.
A ces mots il se fit une telle huée
Que le pauvre écourté ne put être entendu.
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu :
La mode en fut continuée .
FABLE VI . - La Vieille et les deux Servantes.
Il étoit une vieille ayant deux chambrières :
Elles filoient si bien que les sœurs filandières
Ne faisoient que brouiller au prix de celles - ci.
La vieille n'avoit point de plus pressant souci
Que de distribuer aux servantes leur tâche .
Dès que Thétis chassoit Phébus aux crins dorés,
Tourets entroient en jeu, fuseaux étoient tirés ;
Deçà, delà, vous en aurez :
Point de cesse, point de relâche.
Dès que l'Aurore , dis-je , en son char remontoit ,
Un misérable coq à point nommé chantoit ;
Aussitôt notre vieille, encor plus misérable ,
S'affubloit d'un jupon crasseux et détestable,
Allumoit une lampe, et couroit droit au lit
Où , de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,
Dormoient les deux pauvres servantes.
L'une entr'ouvroit un œil, l'autre étendoit un bras ;
Et toutes deux , très-mal contentes,
Disoient entre leurs dents : « Maudit coq ! tu mourras ! »
Comme elles l'avoient dit, la bête fut grippée :
Le réveille-matin eut la gorge coupée .
Ce meurtre n'amenda nullement leur marché :
Notre couple, au contraire, à peine étoit couché
Que la vieille, craignant de laisser passer l'heure,
Couroit comme un lutin par toute sa demeure .
C'est ainsi que, le plus souvent ,
Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
LIVRE V. 91
On s'enfonce encor plus avant :
Témoin ce couple et son salaire .
La vieille, au lieu du coq, les fit tomber par là
De Charybde en Scylla.
FABLE VII . - Le Satyre et le Passant.
Au fond d'un antre sauvage
Un satyre et ses enfans
Alloient manger leur potage,
Et prendre l'écuelle aux dents .
On les eût vus sur la mousse,
Lui, sa femme, et maint petit :
Ils n'avoient tapis ni housse,
Mais tous fort bon appétit.
Pour se sauver de la pluie
Entre un passant morfondu .
Au brouet on le convie ,
Il n'étoit pas attendu.
Son hôte n'eut pas la peine
De le semondre¹ deux fois.
D'abord avec son haleine
Il se réchauffe les doigts :
Puis sur le mets qu'on lui donne,
Délicat, il souffle aussi.
Le satyre s'en étonne :
Notre hôte ! à quoi bon ceci ?
L'un refroidit mon potage ;
L'autre réchauffe ma main.
- Vous pouvez, dit le sauvage ,
Reprendre votre chemin.
1. De l'inviter. »
92 FABLES .
Ne plaise aux dieux que je couche
Avec vous sous même toit !
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid ! »
FABLE VIII. - Le Cheval et le Loup.
Un certain loup , dans la saison
Que les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie ,
Et que les animaux quittent tous la maison
Pour s'en aller chercher leur vie ;
Un loup , dis-je , au sortir des rigueurs de l'hiver,
Aperçut un cheval qu'on avoit mis au vert.
Je laisse à penser quelle joie .
* Bonne chasse, dit-il, qui l'auroit à son croc !
Eh ! que n'es-tu mouton ! car tu me serois hoc ;
Au lieu qu'il faut ruser pour avoir cette proie .
Rusons donc. > Ainsi dit, il vient à pas comptés ,
Se dit écolier d'Hippocrate ;
Qu'il connoît les vertus et les propriétés
De tous les simples de ces prés ;
Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte,
Toutes sortes de maux. Si dom coursier vouloit
Ne point celer sa maladie,
Lui loup, gratis, le guériroit ;
Car le voir en cette prairie
Paître ainsi sans être lié ,
Témoignoit quelque mal , selon la médecine.
« J'ai, dit la bête chevaline ,
Une apostume sous le pied.
- Mon fils, dit le docteur, il n'est point de partie
Susceptible de tant de maux.
J'ai l'honneur de servir nosseigneurs les chevaux ,
Et fais aussi la chirurgie. >
Mon galant ne songeoit qu'à bien prendre son temps,
Afin de happer son malade.
L'autre, qui s'en doutoit, lui lâche une ruade
LIVRE V. 93
Qui vous lui met en marmelade
Les mandibules¹ et les dents.
. C'est bien fait, dit le loup en soi-même fort triste ;
Chacun à son métier doit toujours s'attacher :
Tu veux faire ici l'herboriste ,
Et ne fus jamais que boucher. >
FABLE IX . - Le Laboureur et ses Enfans.
Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfans, leur parla sans témoins.
a Gardez-vous, leur dit-il , de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parens :
Un trésor est caché dedans .
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage.
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût¹ :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse . »
Le père mort, les fils vous retournent le champ ,
Deçà , delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché . Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor .
FABLE X. - La Montagne qui accouche.
Une montagne en mal d'enfant
1. « Les mâchoires. >>
2. Loût , pour dire la moisson , parce que la moisson se fait
dans le mois d'août.
94 FABLES .
Jetoit une clameur si haute
Que chacun, au bruit accourant,
Crut qu'elle accoucheroit sans faute
D'une cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une souris.
Quand je songe à cette fable,
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable ,
Je me figure un auteur
Qui dit : « Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au maître du tonnerre. »
C'est promettre beaucoup ; mais qu'en sort-il souvent ?
Du vent.
FABLE XI. - La Fortune et le jeune Enfant.
Sur le bord d'un puits très-profond
Dormoit, étendu de son long,
Un enfant alors dans ses classes :
Tout est aux écoliers couchette et matelas.
Un honnête homme, en pareil cas ,
Auroit fait un saut de vingt brasses.
Près de là tout heureusement
La Fortune passa, l'éveilla doucement,
Lui disant : Mon mignon, je vous sauve la vie ;
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie .
Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi ;
Cependant c'étoit votre faute .
Je vous demande , en bonne foi ,
Si cette imprudence si haute
Provient de mon caprice. D Elle part à ces mots.
Pour moi, j'approuve son propos.
Il n'arrive rien dans le monde
Qu'il ne faille qu'elle en réponde :
Nous la faisons de tous écots ;
Elle est prise à garant de toutes aventures.
LIVRE V. 95
Est-on sot, étourdi , prend-on mal ses mesures;
On pense en être quitte en accusant son sort ;
Bref, la Fortune a toujours tort.
FABLE XII . - Les Médecins.
Le médecin Tant- pis alloit voir un malade
Que visitoit aussi son confrère Tant-mieux.
Ce dernier espéroit, quoique son camarade
Soutînt que le gisant iroit voir ses aïeux .
Tous deux s'étant trouvés différens pour la cure,
Leur malade paya le tribut à nature,
Après qu'en ses conseils Tant-pis eut été cru.
Ils triomphoient encor sur cette maladie .
L'un disoit : Il est mort ; je l'avois bien prévu .
S'il m'eût cru, disoit l'autre, il seroit plein de vie . »
FABLE XIII . - La Poule aux æœufs d'or.
L'avarice perd tout en voulant tout gagner .
Je ne veux , pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondoit tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avoit un trésor ;
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportoient rien ,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches !
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches !
FABLE XIV . L'Ane portant des Reliques.
Un baudet chargé de reliques
96 FABLES.
S'imagina qu'on l'adoroit :
Dans ce penser il se carroit,
Recevant comme siens l'encens et les cantiques.
Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :
Maître baudet, ôtez-vous de l'esprit
Une vanité si folle .
Ce n'est pas vous , c'est l'idole
A qui cet honneur se rend,
Et que la gloire en est due . »
D'un magistrat ignorant
C'est la robe qu'on salue.
FABLE XV. - Le Cerf et la Vigne.
Un cerf, à la faveur d'une vigne fort haute,
Et telle qu'on en voit en de certains climats,
S'étant mis à couvert et sauvé du trépas,
Les veneurs, pour ce coup, croyoient leurs chiens en faute
Ils les rappellent donc. Le cerf, hors de danger,
Broute sa bienfaitrice : ingratitude extrême !
On l'entend ; on retourne, on le fait déloger :
Il vient mourir en ce lieu même.
« J'ai mérité, dit-il , ce juste châtiment :
Profitez-en, ingrats . Il tombe en ce moment .
La meute en fait curée : il lui fut inutile
De pleurer aux veneurs à sa mort arrivés.
Vraie image de ceux qui profanent l'asile
Qui les a conservés.
FABLE XVI. - Le Serpent et la Lime.
On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger
(C'étoit pour l'horloger un mauvais voisinage) ,
Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger,
LIVRE V. 97
N'j rencontra pour tout potage
Qu'une lime d'acier qu'il se mit à ronger .
Cette lime lui dit, sans se mettre en colère :
« Pauvre ignorant , eh ! que prétends-tu faire ?
Tu te prends à plus dur que toi ,
Petit serpent à tête fulle :
Plutôt que d'emporter de moi
Seulement le quart d'une obole ,
Tu te romprois toutes les dents .
Je ne crains que celles du temps . >
Ceci s'adresse à vous , esprits du dernier ordre,
Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre.
Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.
FABLE XVII . ―― Le Lièvre et la Perdrix .
Il ne se faut jamais moquer des misérables ,
Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux ?
Le sage Ésope dans ses fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose ,
Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ ,
Vivoient dans un état, ce semble, assez tranquille ,
Quand une meute s'approchant
Oblige le premier à chercher un asile :
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut.
Enfin il se trahit lui-même
Par les esprits sortant de son corps échauffé .
Miraut, sur leur odeur ayant philosophé ,
Conclut que c'est son lièvre , et d'une ardeur extrême
98 FABLES.
Il le pousse ; et Rustaut, qui n'a jamais menti,
Dit que le lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.
La perdrix le raille et lui dit :
Tu te vantois d'être si vite !
Qu'as-tu fait de tes pieds ? » Au moment qu'elle rit,
Son tour vient ; on la trouve . Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité ;
Mais la pauvrette avoit compté
Sans l'autour aux serres cruelles.
FABLE XVIII. L'Aigle et le Hibou .
L'aigle et le chat- huant leurs querelles cessèrent ,
Et firent tant qu'ils s'embrassèrent .
L'un jura foi de roi , l'autre foi de hibou,
Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou.
« Connoissez-vous les miens ? dit l'oiseau de Minerve.
—- Non, dit l'aigle . - Tant pis, reprit le triste oiseau :
Je crains en ce cas pour leur peau ;
C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes roi , vous ne considérez
Qui ni quoi rois et dieux mettent, quoi qu'on leur die,
Tout en même catégorie .
Adieu mes nourrissons, si vous les rencontrez .
- Peignez-les- moi , dit l'aigle , ou bien me les montrez ;
Je n'y toucherai de ma vie. »
Le hibou repartit : « Mes petits sont mignons,
Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons :
Vous les reconnoîtrez sans peine à cette marquc.
N'allez pas l'oublier ; retenez -la si bien
Que chez moi la maudite Parque
N'entre point par votre moyen. »
Il avint qu'au hibou Dieu donna géniture ;
De façon qu'un beau soir qu'il étoit en pâture,
Notre aigle aperçut, d'aventure,
Dans les coins d'une roche dure,
LIVRE V. 99
Ou dans les trous d'une masure
(Je ne sais pas lequel des deux),
De petits monstres fort hideux,
Rechignés, un air triste, une voix de Mégère.
« Ces enfans ne sont pas , dit l'aigle , à notre ami :
Croquons-les. D Le galant n'en fit pas à demi :
Ses repas ne sont point repas à la légère .
Le hibou, de retour, ne trouve que les pieds
De ses chers nourrissons, hélas ! pour toute chose .
Il se plaint ; et les dieux sont par lui suppliés
De punir le brigand qui de son deuil est cause .
Quelqu'un lui dit alors : « N'en accuse que toi,
Ou plutôt la commune loi
Qui veut qu'on trouve son semblable
Beau, bien fait, et sur tous aimable.
Tu fis de tes enfans à l'aigle ce portrait :
En avoient-ils le moindre trait ? »
FABLE XIX . -- Le Lion s'en allant en guerre .
Le lion dans sa tête avoit une entreprise :
Il tint conseil de guerre , envoya ses prévôts,
Fit avertir les animaux .
Tous furent du dessein , chacun selon sa guise :
L'éléphant devoit sur son dos
Porter l'attirail nécessaire ,
Et combattre à son ordinaire ;
L'ours, s'apprêter pour les assauts ;
Le renard ménager de secrètes pratiques ;
Et le singe, amuser l'ennemi par ses tours.
« Renvoyez, dit quelqu'un , les ânes, qui sont lourds,
Et les lièvres, sujets à des terreurs paniques.
Point du tout, dit le roi , je les veux employer :
Notre troupe sans eux ne seroit pas complète .
L'âne effraiera les gens , nous servant de trompette ;
Et le lièvre pourra nous servir de courrier. »
230600B
100 FABLES.
Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
Et connoît les divers talens.
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
FABLE XX . - L'Ours et les deux Compagnons .
Deux compagnons, pressés d'argent,
A leur voisin fourreur vendirent
La peau d'un ours encor vivant,
Mais qu'ils tueroient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent.
C'étoit le roi des ours au compte de ces gens :
Le marchand à sa peau devoit faire fortune;
Elle garantiroit des froids les plus cuisans ;
On en pourroit fourrer plutôt deux robes qu'une.
Dindenau ' prisoit moins ses moutons qu'eux leur ours :
Leur, à leur compte, et non à celui de la bête .
S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours ,
Ils conviennent de prix, et se mettent en quête ,
Trouvent l'ours qui s'avance et vient vers eux au trot .
Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre.
Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre :
D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot .
L'un des deux compagnons grimpe au faite d'un arbre
L'autre, plus froid que n'est un marbre ,
Se couche sur le nez, fait le mort , tient son vent ,
Ayant quelque part ouï dire
Que l'ours s'acharne peu souvent
Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire.
Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau :
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie ;
Et, de peur de supercherie,
Le tourne, le retourne, approche son museau ,
Flaire aux passages de l'haleine.
· C'est, dit-il, un cadavre ; ôtons-nous, car il sent . »
1. Marchand de moutons dans Rabelais.
LIVRE V. 101
A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine.
L'un de nos deux marchands de son arbre descend ,
Court à son compagnon , lui dit que c'est merveille
Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Eh bien ! ajouta-t-il , la peau de l'animal ?
Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ?
Car il t'approchoit de bien près ,
Te retournant avec sa serre .
-Il m'a dit qu'il ne faut jamais
Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre . >>
FABLE XXI . L'Ane vêtu de la peau du Lion.
De la peau du lion l'âne s'étant vêtu
Étoit craint partout à la ronde ;
Et bien qu'animal sans vertu ,
Il faisoit trembler tout le monde.
Un petit bout d'oreille échappé par malheur
Découvrit la fourbe et l'erreur :
Martin fit alors son office.
Ceux qui ne savoient pas la ruse et la malice
S'étonnoient de voir que Martin
Chassât les lions au moulin.
Force gens font du bruit en France
Par qui cet apologue est rendu familier.
Un équipage cavalier
Fait les trois quarts de leur vaillance.
LIVRE SIXIÈME .
FABLE I. - Le Pátre et le Lion.
Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ;
Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.
Une morale nue apporte de l'ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire ;
Et conter pour conter me semble peu d'affaire .
C'est par cette raison qu'égayant leur esprit
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l'ornement et le trop d'étendue ;
On ne voit point chez eux de parole perdue .
Phèdre étoit si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé ;
Ésope en moins de mots s'est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit, et se pique
D'une élégance laconique ;
Il renferme toujours son conte en quatre vers :
Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts .
Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable.
L'un amène un chasseur, l'autre un pâtre, en sa fable.
J'ai suivi leur projet quant à l'événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme, à peu près , Ésope le raconte :
Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte,
Voulut à toute force attraper le larron .
Il s'en va près d'un antre, et tend à l'environ
Des lacs à prendre loups, soupçonnant cette engeance.
Avant que partir de ces lieux,
Si tu fais, disoit-il, ô monarque des dieux ,
Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence,
Et que je goûte ce plaisir,
Parmi vingt veaux je veux choisir
Le plus gras , et t'en faire offrande ! »
A ces mots sort de l'antre un lion grand et fort ;
LIVRE VI. 103
Le pâtre se tapit, et dit, à demi mort :
Que l'homme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande !
Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau,
Et le voir en ces lacs pris avant que je parte ,
O monarque des dieux , je t'ai promis un veau;
Je te promets un bœuf si tu fais qu'il s'écarte !
C'est ainsi que l'a dit le principal auteur :
Passons à son imitateur.
FABLE II. - Le Lion et le Chasseur.
Un fanfaron, amateur de la chasse ,
Venant de perdre un chien de bonne race
Qu'il soupçonnoit dans le corps d'un lion ,
Vit un berger. « Enseigne-moi, de grâce,
De mon voleur , lui dit-il , la maison ;
Que de ce pas je me fasse raison . »
Le berger dit : « C'est vers cette montagne .
En lui payant de tribut un mouton
Par chaque mois , j'erre dans la campagne
Comme il me plaît ; et je suis en repos. »
Dans le moment qu'ils tenoient ces propos
Le lion sort, et vient d'un pas agile.
Le fanfaron aussitôt d'esquiver ;
O Jupiter, montre-moi quelque asile,
S'écria-t-il, qui me puisse sauver ! >
La vraie épreuve de courage
N'est que dans le danger que l'on touche du doigt :
Tel le cherchoit, dit-il, qui , changeant de langage,
S'enfuit aussitôt qu'il le voit .
104 FABLES .
FABLE III. - Phetus et Borée.
Borée et le Soleil virent un voyageur
Qui s'étoit muni par bonheur
Contre le mauvais temps. On entroit dans l'automne,
Quand la précaution aux voyageurs est bonne :
Il pleut, le soleil luit ; et l'écharpe d'Iris
Rend ceux qui sortent avertis
Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire :
Les Latins les nommoient douteux, pour cette affaire.
Notre homme s'étoit donc à la pluie attendu :
Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte.
«་ Celui-ci , dit le Vent, prétend avoir pourvu
A tous les accidens ; mais il n'a pas prévu
Que je saurai souffler de sorte
Qu'il n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,
Que le manteau s'en aille au diable.
L'ébattement pourroit nous en être agréable :
Vous plaît-il de l'avoir? - Eh bien ! gageons nous deux ,
Dit Phébus, sans tant de paroles,
A qui plus tôt aura dégarni les épaules
Du cavalier que nous voyons.
Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. »
Il n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gage
Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,
Fait un vacarme de démon ,
Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage
Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau :
Le tout au sujet d'un manteau.
Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage
Ne se pût engouffrer dedans.
Cela le préserva. Le vent perdit son temps;
Plus il se tourmentoit, plus l'autre tenoit ferme :
Il eut beau faire agir le collet et les plis.
Sitôt qu'il fut au bout du terme
Qu'à la gageure on avoit mis,
Le Soleil dissipe la nue,
Récrée et puis pénètre enfin le cavalier,
LIVRE VI. 105
Sous son balandras fait qu'il sue,
Le contraint de s'en dépouiller :
Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance .
Plus fait douceur que violence.
FABLE IV . - Jupiter et le Métayer.
Jupiter eut jadis une ferme à donner .
Mercure en fit l'annonce, et gens se présentèrent ,
Firent des offres , écoutèrent :
Ce ne fut pas sans bien tourner ;
L'un alléguoit que l'héritage
Étoit frayant¹ et rude, et l'autre un autre si .
Pendant qu'ils marchandoient ainsi ,
Un d'eux, le plus hardi , mais non pas le plus sage,
Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter
Le laissât disposer de l'air,
Lui donnât saison à sa guise ,
Qu'il eût du chaud, du froid , du beau temps , de la bise,
Enfin du sec et du mouillé,
Aussitôt qu'il auroit bâillé .
Jupiter y consent. Contrat passé, notre homme
Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme
Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins
Ne s'en sentoient non plus que les Américains.
Ce fut leur avantage : ils eurent bonne année ,
Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le receveur fut très-mal partagé .
L'an suivant , voilà tout changé :
Il ajuste d'une autre sorte
La température des cieux .
Son champ ne s'en trouve pas mieux ;
Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
Que fait-il? il recourt au monarque des dieux ;
1. Occasionnait bien des frais.
106 FABLES .
Il confesse son imprudence .
Jupiter en usa comme un maître fort doux.
Concluons que la Providence
Sait ce qu'il nous faut mieux que nous .
FABLE V. Le Cochet, le Chat, et le Souriceau
Un souriceau tout jeune, et qui n'avoit rien vu ,
Fut presque pris au dépourvu.
Voici comme il conta l'aventure à sa mère :
« J'avois franchi les monts qui bornent cet État,
Et trottois comme un jeune rat
Qui cherche à se donner carrière ,
Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux :
L'un doux, benin, et gracieux,
Et l'autre turbulent, et plein d'inquiétude ;
Il a la voix perçante et rude,
Sur la tête un morceau de chair,
Une sorte de bras dont il s'élève en l'air
Comme pour prendre sa volée,
La queue en panache étalée . »
Or, c'étoit un cochet dont notre souriceau
Fit à sa mère le tableau
Comme d'un animal venu de l'Amérique.
« Il se battoit, dit-il, les flancs avec ses bras,
Faisant tel bruit et tel fracas,
Que moi, qui grâce aux dieux de courage me pique,
En ai pris la fuite de peur,
Le maudissant de très-bon cœur.
Sans lui j'aurois fait connoissance
Avec cet animal qui m'a semblé si doux :
Il est velouté comme nous ,
Marqueté, longue queue, une humble contenance ,
Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.
Je le crois fort sympathisant
LIVRE VI. 107
Avec messieurs les rats ; car il a des oreilles
En figure aux nôtres pareilles .
Je l'allois aborder, quand d'un son plein d'éclat
L'autre m'a fait prendre la fuite.
- Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat,
Qui, sous son minois hypocrite,
Contre toute ta parenté
D'un malin vouloir est porté.
L'autre animal , tout au contraire,
Bien éloigné de nous mal faire,
Servira quelque jour peut-être à nos repas.
Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.
Garde-toi, tant que tu vivras,
De juger des gens sur la mine. »
FABLE VI. ―― Le Renard, le Singe, et les Animaux.
Les animaux, au décès d'un lion ,
En son vivant prince de la contrée,
Pour faire un roi s'assemblèrent, dit-on.
De son étui la courenne est tirée :
Dans une chartre un dragon la gardoit.
Il se trouva que, sur tous essayée,
A pas un d'eux elle ne convenoit :
Plusieurs avoient la tête trop menue ,
Aucuns trop grosse , aucuns même cornue .
Le singe aussi fit l'épreuve en riant ;
Et, par plaisir, la tiare essayant,
Il fit autour force grimaceries,
Tours de souplesse , et mille singeries,
Passa dedans ainsi qu'en un cerceau.
Aux animaux cela sembla si beau,
Qu'il fut élu : chacun lui fit hommage.
Le renard seul regretta son suffrage ,
Sans toutefois montrer son sentiment.
Quand il eut fait son petit compliment,
108 FABLES .
Il dit au roi : « Je sais, sire, une cache,
Et ne crois pas qu'autre que moi la sache.
Or tout trésor, par droit de royauté,
Appartient , sire, à votre majesté. »
Le nouveau roi bâille après la finance ;
Lui-même y court pour n'être pas trompé .
C'étoit un piége : il y fut attrapé.
Le renard dit, au nom de l'assistance :
« Prétendrois -tu nous gouverner encor,
Ne sachant pas te conduire toi- même? »
Il fut démis ; et l'on tomba d'accord
Qu'à peu de gens convient le diadème .
FABLE VII. - Le Mulet se vantant de sa généalogie.
Le mulet d'un prélat se piquoit de noblesse ,
Et ne parloit incessamment
Que de sa mère la jument,
Dont il contoit mainte prouesse.
Elle avoit fait ceci ; puis avoit été là.
Son fils prétendoit pour cela
Qu'on le dût mettre dans l'histoire .
Il eût cru s'abaisser servant un médecin .
Étant devenu vieux, on le mit au moulin :
Son père l'âne alors lui revint en mémoire.
Quand le malheur ne seroit bon
Qu'à mettre un sot à la raison,
Toujours seroit-ce à juste cause
Qu'on le dit bon à quelque chose.
FABLE VIII . - Le Vieillard et l'Ane.
Un vieillard sur son âne aperçut en passant
Un pré plein d'herbe et fleurissant :
Il y lâche sa bête ; et le grison se rue
LIVRE VI. 109
Au travers de l'herbe menue,
Se vautrant, grattant, et frottant ,
Gambadant, chantant, et broutant,
Et faisant mainte place nette.
L'ennemi vient sur l'entrefaite .
« Fuyons, dit alors le vieillard.
- Pourquoi ? répondit le paillard ;
Me fera-t-on porter double bât, double charge ?
Non pas, dit le vieillard , qui prit d'abord le large.
- Eh ! que m'importe donc, dit l'âne, à qui je sois?
Sauvez-vous, et me laissez paître.
Notre ennemi, c'est notre maître :
Je vous le dis en bon françois. >
FABLE IX . - Le Cerf se voyant dans l'eau.
Dans le cristal d'une fontaine
Un cerf se mirant autrefois ,
Louoit la beauté de son bois,
Et ne pouvoit qu'avecque peine
Souffrir ses jambes de fuseaux,
Dont il voyoit l'objet se perdre dans les eaux .
Quelle proportion de mes pieds à ma tête !
Disoit-il en voyant leur ombre avec douleur :
Des taillis les plus hauts mon front atteint le faîte ;
Mes pieds ne me font point d'honneur. »
Tout en parlant de la sorte,
Un limier le fait partir.
Il tâche à se garantir ;
Dans les forêts il s'emporte :
Son bois, dommageable ornement,
L'arrêtant à chaque moment ,
Nuit à l'office que lui rendent
Ses pieds, de qui ses jours dépendent.
Il se dédit alors, et maudit les présens
Que le ciel lui fait tous les ans.
110 FABLES.
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile ;
Et le beau souvent nous détruit.
Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit.
FABLE X. ―― Le Lièvre et la Tortue.
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. Sitôt ! êtes-vous sage ?
Repartit l'animal léger :
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore. »
Ainsi fut fait, et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre lièvre n'avoit que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque , près d'être atteint,
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes ,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent , il laisse la tortue
Aller son train de sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire ,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute , il se repose ;
Il s'amuse à tout autre chose
Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit
Que l'autre touchoit presque au bout de la carrière,
LIVRE VI. 111
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
« Eh bien ! lui cria-t- elle, avois-je pas raison?
De quoi vous sert votre vitesse?
Moi l'emporter ! et que seroit -ce
Si vous portiez une maison? »
FABLE XI. - L'Ane et ses maîtres.
L'âne d'un jardinier se plaignoit au Destin
De ce qu'on le faisoit lever devant l'aurore.
Les coqs, lui disoit-il, ont beau chanter matin ,
Je suis plus matineux encore.
Et pourquoi ? pour porter des herbes au marché !
Belle nécessité d'interrompre mon somme ! »
Le Sort, de sa plainte touché,
Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme
Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur.
La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur
Eurent bientôt choqué l'impertinente bête .
<< J'ai regret, disoit-il, à mon premier seigneur :
Encor, quand il tournoit la tête,
J'attrapois, s'il m'en souvient bien,
Quelque morceau de chou qui ne me coûtoit rien :
Mais ici point d'aubaine , ou, si j'en ai quelqu'une ,
C'est de coups. » Il obtint changement de fortune ;
Et sur l'état d'un charbonnier
Il fut couché tout le dernier.
Autre plainte. « Quoi donc ! dit le Sort en colère.
Ce baudet- ci m'occupe autant
Que cent monarques pourroient faire !
Croit-il être le seul qui ne soit pas content?
N'ai-je en l'esprit que son affaire ? »
Le Sort avoit raison . Tous gens sont ainsi faits :
Notre condition jamais ne nous contente ;
112 FABLES.
La pire est toujours la présente.
Nous fatiguons le ciel à force de placets.
Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,
Nous lui romprons encor la tête.
FABLE XII . - Le Soleil et les Grenouilles.
Aux noces d'un tyran tout le peuple en liesse
Noyoit son souci dans les pots .
Ésope seul trouvoit que les gens étoient sots
De témoigner tant d'allégresse .
Le Soleil, disoit-il, eut dessein autrefois
De songer à l'hyménée.
Aussitôt on ouït, d'une commune voix ,
Se plaindre de leur destinée
Les citoyennes des étangs.
« Que ferons-nous s'il lui vient des enfans?
Dirent-elles au Sort : un seul Soleil à peine
Se peut souffrir ;' une demi-douzaine
Mettra la mer à sec et tous ses habitans.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite ;
Bientôt on la verra réduite
A l'eau du Styx. » Pour un pauvre animal ,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnoient pas mal.
FABLE XIII. - Le Villageois et le Serpent.
Ésope conte qu'un manant,
Charitable autant que peu sage,
Un jour d'hiver se promenant
A l'entour de son héritage ,
Aperçut un serpent sur la neige étendu ,
Transi, gelé, perclus , immobile, rendu ,
N'ayant pas à vivre un quart d'heure.
Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure ;
LIVRE VI. 113
Et, sans considérer quel sera le loyer
D'une action de ce mérite ,
Il l'étend le long du foyer ,
Le réchauffe, le ressuscite .
L'animal engourdi sent à peine le chaud ,
Que l'âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt ;
Puis fait un long repli , puis tâche à faire un sau.
Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père.
C Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire !
Tu mourras. » A ces mots , plein d'un juste courroux ,
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête ;
Il fait trois serpents de deux coups,
Un tronçon , la queue, et la tête.
L'insecte, sautillant, cherche à se réunir ;
Mais il ne put y parvenir.
Il est bon d'être charitable :
Mais envers qui ? c'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.
FABLE XIV . Le Lion malade et le Renard.
De par le roi des animaux,
Qui dans son antre étoit malade ,
Fut fait savoir à ses vassaux
Que chaque espèce en ambassade
Envoyât gens le visiter ;
Sous promesse de bien traiter
Les députés, eux et leur suite ,
Foi de lion, très- bien écrite :
Bon passe-port contre la dent ,
Contre la griffe tout autant .
L'édit du prince s'exécute :
De chaque espèce on lui députe.
Les renards gardant la maison ,
114 FABLES.
Un d'eux en dit cette raison :
« Les pas empreints sur la poussière
Par ceux qui s'en vont faire au malade leur cour,
Tous, sans exception, regardent sa tanière,
Pas un ne marque de retour :
Cela nous met en méfiance.
Que sa majesté nous dispense :
Grand merci de son passe-port .
Je le crois bon : mais dans cet antre
Je vois fort bien comme l'on entre,
Et ne vois pas comme on en sort. »
FABLE XV. · L'Oiseleur, l'Autour, et l'Alouette
Les injustices des pervers
Servent souvent d'excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l'univers :
Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres
Un manant au miroir prenoit des oisillons.
Le fantôme brillant attire une alouette :
Aussitôt un autour, planant sur les sillons,
Descend des airs , fond et se jette
Sur celle qui chantoit, quoique près du tombeau ,
Elle avoit évité la perfide machine,
Lorsque, se rencontrant sous la main de l'oiseau,
Elle sent son ongle maline.
Pendant qu'à la plumer l'autour est occupé ,
Lui-même sous les rets demeure enveloppé :
« Oiseleur, laisse-moi , dit-il en son langage ;
Je ne t'ai jamais fait de mal. »
L'oiseleur repartit : « Ce petit animal
T'en avoit-il fait davantage ? »
LIVRE VI. 115
FABLE XVI. - Le Cheval et l'Anc.
En ce monde il se faut l'un l'autre secourir :
Si ton voisin vient à mourir,
C'est sur toi que le fardeau tombe.
Un âne accompagnoit un cheval peu courtois ,
Celui-ci ne portant que son simple harnois,
Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe.
Il pria le cheval de l'aider quelque peu ;
Autrement il mourroit devant qu'être à la ville .
« La prière, dit- il, n'en est pas incivile :
Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. >
Le cheval refusa, fit une pétarade ;
Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade,
Et reconnut qu'il avoit tort .
Du baudet en cette aventure
On lui fit porter la voiture,
Et la peau par-dessus encor.
FABLE XVII . ― Le Chien qui lâche sa proie
pour l'ombre.
Chacun se trompe ici-bas :
On voit courir après l'ombre
Tant de fous qu'on n'en sait pas,
La plupart du temps, le nombre.
Au chien dont parle Esope il faut les renvoyer.
Ce chien voyant sa proie en l'eau représentée
La quitta pour l'image, et pensa se noyer :
La rivière devint tout d'un coup agitée ;
A toute peine il regagna les bords ,
Et n'eut ni l'ombre ni le corps.
116 FABLES .
FABLE XVIII . ― Le Chartier embourbė.
Le phaéton d'une voiture à foin
Vit son char embourbé . Le pauvre homme étoit loin
De tout humain secours : c'étoit à la campagne ,
Près d'un certain canton de la Basse- Bretagne
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le Destin
Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage .
Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux ,
Le voilà qui déteste et jure de son mieux ,
Pestant, en sa fureur extrême ,
Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,
Contre son char, contre lui-même .
Il invoque à la fin le dieu dont les travaux 1
Sont si célèbres dans le monde :
α Hercule, lui dit-il, aide moi ; si ton dos
A porté la machine ronde ,
Ton bras peut me tirer d'ici. »
Sa prière étant faite , il entend dans la nue
Une voix qui lui parle ainsi :
Hercule veut qu'on se remue ;
Puis il aide les gens. Regarde d'où provient
L'achoppement qui te retient ;
Ote d'autour de chaque roue
Ce malheureux mortier, cette maudite boue
Qui jusqu'à l'essieu les enduit ;
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ;
Comble -moi cette ornière . As-tu fait? —Oui , dit l'homme.
Or bien je vas t'aider, dit la voix ; prends ton fouet.
-Je l'ai pris.... Qu'est-ce ci? mon char marche à souhait !
Hercule en soit loué ! » Lors la voix : « Tu vois comme
Tes chevaux aisément se sont tirés de là .
Aide toi, le ciel t'aidera. »
LIVRE VI. 117
FABLE XIX . - Le Charlatan.
Le monde n'a jamais manqué de charlatans :
Cette science, de tout temps,
Fut en professeurs très-fertile .
Tantôt l'un en théâtre affronte l'Achéron,
Et l'autre affiche par la ville
Qu'il est un passe- Cicéron .
Un des derniers se vantoit d'être
En éloquence si grand maître ,
Qu'il rendroit disert un badaud ,
Un manant, un rustre, un lourdaud :
« Oui, messieurs , un lourdeau , un animal , un âue :
Que l'on m'amène un âne , un âne renforcé ,
Je le rendrai maître passé,
Et veux qu'il porte la soutane . »
Le prince sut la chose ; il manda le rhéteur :
α J'ai , dit-il , en mon écurie,
Un fort beau roussin d'Arcadie ;
J'en voudrois faire un orateur.
-Sire, vous pouvez tout, » reprit d'abord notre homme .
On lui donna certaine somme.
Il devoit au bout de dix ans
Mettre son âne sur les bancs ;
Sinon il consentoit d'être en place publique
Guindé la hart au col, étranglé court et net,
Ayant au dos sa rhétorique ,
Et les oreilles d'un baudet.
Quelqu'un des courtisans lui dit qu'à la potence
Il vouloit l'aller voir, et que, pour un pendu ,
Il auroit bonne grâce et beaucoup de prestance :
Surtout qu'il se souvînt de faire à l'assistance
Un discours où son art fût au long étendu ;
Un discours pathétique, et dont le formulaire
Servit à certains Cicérons
Vulgairement nommés larrons.
L'autre reprit : « Avant l'affaire ,
Le roi , l'âne , ou moi, nous mourrons
118 FABLES.
Il avoit raison. C'est folie
De compter sur dix ans de vie.
Soyons bien buvans, bien mangeans :
Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.
FABLE XX . - La Discorde.
La déesse Discorde ayant brouillé les dieux,
Et fait un grand procès là-haut pour une pomme ,
On la fit déloger des cieux .
Chez l'animal qu'on appelle homme
On la reçut à bras ouverts ,
Elle et Que-si -que-non son frère,
Avecque Tien-et-mien son père.
Elle nous fit l'honneur en ce bas univers
De préférer notre hémisphère
A celui des mortels qui nous sont opposés,
Gens grossiers, peu civilisés,
Et qui, se mariant sans prêtre et sans notaire,
De la Discorde n'ont que faire.
Pour la faire trouver aux lieux où le besoin
Demandoit qu'elle fût présente ,
La Renommée avoit le soin
De l'avertir ; et l'autre, diligente ,
Couroit vite aux débats, et prévenoit la Paix ;
Faisoit d'une étincelle un feu long à s'éteindre,
La Renommée enfin commença de se plaindre
Que l'on ne lui trouvoit jamais
De demeure fixe et certaine ;
Bien souvent l'on perdoit, à la chercher, sa peine :
Il falloit donc qu'elle eût un séjour affecté,
Un séjour d'où l'on pût en toutes les familles
L'envoyer à jour arrêté .
Comme il n'étoit alors aucun couvent de filles,
On y trouva difficulté.
L'auberge enfin de l'hyménée
Lui fut pour maison assinée .
LIVRE VI. 119
FABLE XXI . - La jeune Veuve.
La perte d'un époux ne va point sans soupirs :
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;
Le Temps ramène les plaisirs .
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande : on ne croiroit jamais
Que ce fût la même personne ;
L'une fait fuir les gens , et l'autre a mille attraits :
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ;
C'est toujours même note et pareil entretien.
On dit qu'on est inconsolable :
On le dit ; mais il n'en est rien ,
Comme on verra par cette fable ,
Ou plutôt par la vérité .
L'époux d'une jeune beauté
Partoit pour l'autre monde . A ses côtés sa femme
Lui crioit « Attends-moi, je te suis ; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler »
Le mari fait seul le voyage .
La belle avoit un père, homme prudent et sage :
Il laissa le torrent couler.
A la fin pour la consoler :
<< Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'il est des vivans, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports ;
Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose
Un époux, beau , bien fait, jeune, et tout autre chose
-
Que le défunt . Ah ! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l'époux qu'il me faut. »
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
Un mois de la sorte se passe ;
120 FABLES.
L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit , au linge, à la coiffure :
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours .
Toute la bande des Amours
Revient au colombier; les jeux , les ris , la danse,
Ont aussi leur tour à la fin :
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ;
Mais comme il ne parloit de rien à notre belle :
« Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? » dit - elle.
ÉPILOGUE.
Bornons ici cette carrière :
Les longs ouvrages me font peur.
Loin d'épuiser une matière ,
On n'en doit prendre que la fleur.
Il s'en va temps que je reprenne
Un peu de forces et d'haleine
Pour fournir à d'autres projets .
Amour, ce tyran de ma vie,
Veut que je change de sujets :
Il faut contenter son envie.
Retournons à Psyché . Damon, vous m'exhortez
A peindre ses malheurs et ses félicités :
J'y consens; peut-être ma veine
En sa faveur s'échauffera.
Heureux si ce travail est la dernière peine
Que son époux me causera !
LIVRE SEPTIÈME .
A MADAME DE MONTESPAN.
L'Apologue est un don qui vient des immortels ;
Ou, si c'est un présent des hommes,
Quiconque nous l'a fait mérite des autels :
Nous devons, tous tant que nous sommes,
Ériger en divinité
Le sage par qui fut ce bel art inventé .
C'est proprement un charme : il rend l'âme attentive ,
Ou plutôt il la tient captive,
Nous attachant à des récits
Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits.
O vous qui l'imitez, Olympe, si ma muse
A quelquefois pris place à la table des dieux,
Sur ces dons aujourd'hui daignez porter les yeux ;
Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse !
Le temps, qui détruit tout, respectant votre appui,
Me laissera franchir les ans dans c t ouvrage :
Tout auteur qui voudra vivre encore après lui
Doit s'acquérir votre suffrage.
C'est de vous que mes vers attendent tout leur prix :
Il n'est beauté dans nos écrits
Dont vous ne connoissiez jusques aux moindres traces.
Eh ! qui connoît que vous les beautés et les grâces !
Paroles et regards, tout est charme dans vous .
Ma muse, en un sujet si doux,
Voudroit s'étendre davantage :
Mais il faut réserver à d'autres cet emploi ;
Et d'un plus grand maitre que moi
Votre louange est le partage .
Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage
Votre nom serve un jour de rempart et d'abri;
Protégez désormais le livre favori
Par qui j'ose espérer une secoude vie :
Sous vos seuls auspices ces vers
10
122 FABLES .
Seront jugés, malgré l'envie ,
Dignes des yeux de l'univers .
Je ne mérite pas une faveur si grande ;
La fable en son nom la demande :
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous.
S'il procure à mes vers le bonheur de vous plaire,
Je croirai lui devoir un temple pour salaire :
Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous
FABLE I. Les Animaux malades
de la peste.
Un mal qui répand la terreur ,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron ,
Faisoit aux animaux la guerre .
Ils n'en mouroient pas tous, mais tous étoient frappés :
On n'en voyoit point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitoit leur envie ;
Ni loups ni renards n'épioient
La douce et l'innocente proie ;
Les tourterelles se fuyoient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune .
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune .
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidens
On fait de pareils dévouemens .
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience .
Pour moi , satisfaisant mes appétits gloutons,
LIVRE VII . 123
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avoient-ils fait ? nulle offense ;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ;
Car on doit souhaiter, selon toute justice ,
Que le plus coupable périsse .
-Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse .
Eh bien ! manger moutons , canaille , sotte espèce ,
Est-ce un péché ? Non , non. Vous leur fites , seigneur ,
En les croquant , beaucoup d'honneur ;
Et quant au berger l'on peut dire
Qu'il étoit digne de tous maux ,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire . »
Ainsi dit le renard ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre , ni de l'ours , ni des autres puissances ,
Les moins pardonnables offenses :
Tous les gens querelleurs , jusqu'aux simples mâtins ,
Au dire de chacun étoient de petits saints .
L'âne vint à son tour, et dit : « J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant ,
La faim , l'occasion , l'herbe tendre , et , je pense ,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ;
Je n'en avois nul droit , puisqu'il faut parler net . »
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup , quelque peu clerc , prouva par sa harangue
Qu'il falloit dévouer ce maudit animal ,
Ce pelé , ce galeux , d'où venoit tout leur mal .
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'étoit capable
D'expier son forfait . On le lui fit bien voir.
124 FABLES .
Selon que vous serez puissant ou misérable ,
Les jugemens de cour vous rendront blanc ou noir.
FABLE II. -Le mal Marié.
Que le bon soit toujours camarade du beau ,
Dès demain je chercherai femme ;
Mais comme le divorce entre eux n'est pas nouveau
Et que peu de beaux corps , hôtes d'une belle âme ,
Assemblent l'un et l'autre point,
Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
J'ai vu beaucoup d'hymens ; aucuns d'eux ne me tentent :
Cependant des humains presque les quatre parts
S'exposent hardiment au plus grands des hasards ;
Les quatre parts aussi des humains se repentent .
J'en vais alléguer un qui , s'étant repenti ,
Ne put trouver d'autre parti
Que de renvoyer son épouse ,
Querelleuse , avare et jalouse.
Rien ne la contentoit , rien n'étoit comme il faut :
On se levoit trop tard , on se couchoit trop tôt ;
Puis du blanc , puis du noir, puis encore autre chose.
Les valets enrageoient ; l'époux étoit à bout :
⚫ Monsieur ne songe à rien , monsieur dépense tout ,
Monsieur court , monsieur se repose. »
Elle en dit tant , que monsieur, à la fin ,
Lassé d'entendre un tel lutin ,
Vous la renvoie à la campagne
Chez ses parens. La voilà donc compagne
De certaines Philis qui gardent les dindons ,
Avec les gardeurs de cochons .
Au bout de quelque temps qu'on la crut adoucie ,
Le mari la reprend. « Eh bien ! qu'avez-vous fait !
Comment passiez-vous votre vie ?
L'innocence des champs est-elle votre fait?
- Assez , dit-elle : mais ma peine
Étoit de voir les gens plus paresseux qu'ici :
LIVRE VII. 125
Ils n'ont des troupeaux nul souci.
Je leur savois bien dire , et m'attirois la haine
De tous ces gens si peu soigneux .
Eh ! madame , reprit son époux tout à l'heure ,
Si votre esprit est si hargneux
Que le monde qui ne demeure
Qu'un moment avec vous , et ne revient qu'au soir,
Est déjà lassé de vous voir,
Que feront des valets qui , toute la journée ,
Vous verront contre eux déchaînée?
Et que pourra faire un époux
Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous ?
Retournez au village : adieu. Si de ma vie
Je vous rappelle , et qu'il m'en prenne envie ,
Puissé-je chez les morts avoir, pour mes péchés ,
Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés ! »
FABLE III. - Le Rat qui s'est retiré
du monde.
Les Levantins en leur iégende
Disent qu'un certain rat , las des soins d'ici -bas ,
Dans un fromage de Hollande
Se retira loin du tracas .
La solitude étoit profonde,
S'étendant partout à la ronde .
Notre ermite nouveau subsistoit là dedans.
Il fit tant , de pieds et de dents ,
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert : que faut-il davantage?
Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biens
A ceux qui font vœu d'être siens.
Un jour, au dévot personnage
Des députés du peuple rat
S'en vinrent demander quelque aumône légè: e :
Ils alloient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat :
126 FABLES .
Ratopolis¹ étoit bloquée :
On les avoit contraints de partir sans argent ,
Attendu l'état indigent
De la république attaquée .
Ils demandoient fort peu , certains que le secours
Seroit prêt dans quatre ou cinq jours.
<< Mes amis , dit le solitaire ,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :
En quoi peut un pauvre reclus
Vous assister? que peut-il faire
Que de prier le ciel qu'il vous aide en ceci?
J'espère qu'il aura de vous quelque souci.
Ayant parlé de cette sorte ,
Le nouveau saint ferma sa porte .
Qui désigné-je , à votre avis ,
Par ce rat si peu secourable?
Un moine ? Non , mais un dervis :
Je suppose qu'un moine est toujours charitable.
FABLE IV. -- Le Héron.
Un jour, sur ses longs pieds , alloit je ne sais où
Le héron au long bec emmanché d'un long cou :
Il côtoyoit une rivière.
L'onde étoit transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisoit mille tours
Avec le brochet son compère.
Le héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchoient du bord ; l'oiseau n'avoit qu'à prendre ,
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit :
Il vivoit de régime et mangeoit à ses heures.
Après quelques momens l'appétit vint : l'oiseau ,
1. Le mot polis , en grec, veut dire ville. Ratopolis , ville des
rats.
LIVRE VII. 127
S'approchant du bord , vit sur l'eau
Des tanches qui sortoient du fond de ces demeures .
Le mets ne lui plut pas ; il s'attendoit à mieux ,
Et montroit un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
« Moi , des tanches ! dit-il ; moi , héron , que je fasse
<<
Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on ! >
La tanche rebutée , il trouva du goujon .
• Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un héron !
J'ouvrirois pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise !
Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.
Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodans , ce sont les plus habiles ;
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons
Que je parle : écoutez , humains , un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons .
FABLE V. - La Fille.
Certaine fille , un peu trop fière ,
Prétendoit trouver un mari
Jeune , bien fait , et beau , d'agréable manière ,
Point froid et point jaloux : notez ces deux points - ci.
Cette fille vouloit aussi
Qu'il eût du bien , de la naissance ,
De l'esprit , enfin tout. Mais qui peut tout avoir?
Le Destin se montra soigneux de la pourvoir :
Il vint des partis d'importance.
La belle les trouva trop chétifs de moitié :
α Quoi ! moi! quoi ! ces gens-là ! l'on radote , je pense
128 FABLES .
A moi les proposer ! hélas ! ils font pitié :
Voyez un peu la belle espèce ! »
L'un n'avoit en l'esprit nulle délicatesse ;
L'autre avait le nez fait de cette façon-là ;
C'étoit ceci , c'étoit cela :
C'étoit tout, car les précieuses
Font dessus tout les dédaigneuses .
Après les bons partis, les médiocres gens
Vinrent se mettre sur les rangs.
Elle de se moquer. « Ah ! vraiment je suis bonne
De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis
Fort en peine de ma personne :
Grâce à Dieu , je passe les nuits
Sans chagrin, quoique en solitude. »
La belle se sut gré de tous ces sentimens.
L'âge la fit déchoir : adieu tous les amans.
Un an se passe, et deux, avec inquiétude :
Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour
Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour ;
Puis ses traits choquer et déplaire ;
Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire
Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron .
Les ruines d'une maison
Se peuvent réparer : que n'est cet avantage
Pour les ruines du visage !
Sa préciosité changea lors de langage.
Son miroir lui disoit : " Prenez vite un mari. »
Je ne sais quel désir le lui disoit aussi :
Le désir peut loger chez une précieuse.
Celle-ci fit un choix qu'on n'auroit jamais cru ,
Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse
De rencontrer un malotru.
FABLE VI . - Les Souhaits.
Il est au Mogol des follets
Qui font office de valets ,
LIVRE VII . 129
Tiennent la maison propre , ont soin de l'équipage ,
Et quelquefois du jardinage.
Si vous touchez à leur ouvrage ,
Vous gâtez tout. Un d'eux , près du Gange autrefois ,
Cultivoit le jardin d'un assez bon bourgeois.
Il travailloit sans bruit , avoit beaucoup d'adresse ,
Aimoit le maître et la maîtresse ,
Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs ,
Peuple ami du démon , l'assistoient dans sa tâche !
Le follet, de sa part , travaillant sans relâche ,
Combloit ses hôtes de plaisirs.
Pour plus de marques de son zèle ,
Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté ,
Nonobstant la légèreté
A ses pareils si naturelle ;
Mais ses confrères les esprits
Firent tant que le chef de cette république ,
Par caprice ou par politique ,
Le changea bientôt de logis.
Ordre lui vient d'aller au fond de la Norwege
Prendre le soin d'une maison
En tout temps couverte de neige :
F: d'Indou qu'il étoit on vous le fait Lapon.
Avant que de partir, l'esprit dit à ses hôtes :
On m'oblige de vous quitter ;
Je ne sais pas pour quelles fautes :
Mais enfin il le faut. Je ne puis arrêter
Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine ;
Employez-la ; formez trois souhaits : car je puis
Rendre trois souhaits accomplis ;
Trois , sans plus . » Souhaiter, ce n'est pas une peine
Étrange et nouvelle aux humains.
Ceux-ci , pour premier væu , demandent l'abondance ;
Et l'abondance à pleines mains
Verse en leurs coffres la finance ,
En leurs greniers le blé , dans leurs caves les vins :
Tout en crève. Comment ranger cette chevance?
Quels registres , quels soins, quel temps il leur fallut !
130 FABLES .
Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.
Les voleurs contre eux complotèrent ;
Les grands seigneurs leur empruntèrent :
Le prince les taxa. Voilà les pauvres gens
Malheureux par trop de fortune.
< Otez-nous de ces biens l'affluence importune ,
Dirent-ils l'un et l'autre heureux les indigens !
La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse.
Retirez-vous , trésors ; fuyez : et toi , déesse ,
Mère du bon esprit , compagne du repos ,
O Médiocrité , reviens vite ! » A ces mots
La Médiocrité revient. On lui fait place :
Avec elle ils rentrent en grâce ,
Au bout de deux souhaits , étant aussi chanceux
Qu'ils étoient , et que sont tous ceux
Qui souhaitent toujours et perdent en chimères
Le temps qu'ils feroient mieux de mettre à leurs affaires
Le follet en rit avec eux.
Pour profiter de sa largesse ,
Quand il voulut partir et qu'il fut sur le point ,
Ils demandèrent la sagesse :
C'est un trésor qui n'embarrasse point.
FABLE VII . - - La Cour du Lion.
Sa majesté lionne un jour voulut connoître
De quelles nations le ciel l'avoit fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture
Avec son sceau. L'écrit portoit
Qu'un mois durant le roi tiendroit
Cour plénière, dont l'ouverture
Devoit être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
LIVRE VII. 131
Le prince à ses sujets étaloit sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre un vrai charnier, dont l'odeur se port
D'abord au nez des gens . L'ours boucha sa narine :
Il se fût bien passé de faire cette mine ;
Sa grimace déplut : le monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le singe approuva fort cette sévérité ;
Et flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur :
Il n'étoit ambre , il n'étoit fleur
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie.
Eut un mauvais succès , et fut encor punie :
Ce monseigneur du lion-là
Fut parent de Caligula.
Le renard étant proche : Or ça, lui dit le sire,
Que sens-tu? dis-le-moi : parle sans déguiser . »
L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume : il ne pouvoit que dire
Sans odorat. Bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement :
Ne soyez à la cour , si vous voulez y plaire ,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère ,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.
FABLE VIII. Les Vautours et les Pigeons.
Mars autrefois mit tout l'air en émute.
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps
Mène à sa cour, et qui , sous la feuillée ,
Par leur exemple et leurs sons éclatans ,
Font que Vénus est en nous réveillée ,
Ni ceux encor que la mère d'Amour
Met à son char ; mais le peuple vautour,
Au bec retors , à la tranchante serre ,
Pour un chien mort se fit , dit- on , la guerre.
132 FABLES.
Il plut du sang : Je n'exagère point.
Si je voulois conter de point en point
Tout le détail , je manquerois d'haleine.
Maint chef périt , maint héros expira ;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine .
C'étoit plaisir d'observer leurs efforts ;
C'étoit pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse , et ruses , et surprises ,
Tout s'employa. Les deux troupes , éprises
D'ardent courroux , n'épargnoient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres ;
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres .
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au cou changeant , au cœur tendre et fidèle .
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle :
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis , et si bien travaillèrent
Que les vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve ; et la paix s'ensuivit.
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
A qui la leur auroit dû rendre grâce .
La gent maudite aussitôt poursuivit
Tous les pigeons , en fit ample carnage ,
En dépeupla les bourgades , les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens
D'[Link]" un peuple si sauvage .
Tenez toujours divisés les méchans :
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là . Semez entre eux la guerre ,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant : je mne taia .
LIVRE VII. 133
FABLE IX. - Le Coche et la Mouche.
Dans un chemin montant , sablonneux , malaisé ,
Et de tous les côtés au soleil exposé ,
Six forts chevaux tiroient un coche.
Femmes , moine , vieillards , tout étoit descendu :
L'attelage suoit , souffloit , étoit rendu .
Une mouche survient , et des chevaux s'approche ,
Prétend les animer par son bourdonnement ,
Pique l'un , pique l'autre , et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine ,
S'assied sur le timon , sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char chemine
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ,
Va , vient , fait l'empressée : il semble que ce soit
Un sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
La mouche , en ce commun besoin ,
Se plaint qu'elle agit seule , et qu'elle a tout le soin ;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire ;
Le moine disoit son bréviaire :
Il prenoit bien son temps ! une femme chantoit :
C'étoit bien de chansons qu'alors il s'agissoit !
Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles ,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail , le coche arrive au haut.
Respirons maintenant ! dit la mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ça , messieurs les chevaux , payez-moi de ma peine. »
Ainsi certaines gens , faisant les empressés ,
S'introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires ,
Et, partcut importuns , devroient être chassés .
134 FABLES .
FABLE X.- La Laitière et le Pot au lait.
Perrette , sur sa tête ayant un pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendoit arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue , elle alloit à grands pas ,
Ayant mis ce jour-là , pour être plus agile ,
Cotillon simple et souliers plats .
Notre laitière ainsi troussée
Comptoit déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait ; en employoit l'argent ;
Achetoit un cent d'œufs ; faisoit triple couvée :
La chose alloit à bien par son soin diligent
a Il m'est , disoit- elle , facile
D'élever des poulets autour de ma maison ;
Le renard sera bien habile
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon .
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ;
Il étoit , quand je l'eus , de grosseur raisonnable :
J'aurai , le revendant , de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable ,
Vu le prix dont il est ¹ , une vache et son veau ,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau? »
Perrette là-dessus saute aussi , transportée :
Le lait tombe ; adieu veau , vache , cochon , couvée.
La dame de ces biens , quittant d'un œil marri
Sa fortune ainsi répandue ,
Va s'excuser à son mari ,
En grand danger d'être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l'appela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole 2, Pyrrhus, la laitière , enfin tous,
Autant les sages que les fous.
1. Le prix dont est notre porc. - 2. Dans Rabelais.
LIVRE VII. 135
Chacun songe en veillant ; il n'est rien de plus doux
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
Tout le bien du monde est à nous ,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le sophi ;
On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ?
Je suis gros Jean comme devant.
FABLE XI. - Le Curé et le Mort.
Un mort s'en alloit tristement
S'emparer de son dernier gîte ;
Un curé s'en alloit gaiement
Enterrer ce mort au plus vite .
Notre défunt étoit en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté ,
Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière,
Robe d'hiver , robe d'été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le pasteur étoit à côté,
Et récitoit, à l'ordinaire,
Maintes dévotes oraisons ,
Et des psaumes et des leçons ,
Et des versets et des répons :
« Monsieur le mort, laissez-nous faire ,
On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s'agit que du salaire. »
Messire Jean Chouart couvoit des yeux son mort,
Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor ;
Et, des regards, sembloit lui dire :
Monsieur le mort, j'aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire ,
Et tant en autres menus coûts. D»
Il fondoit là-dessus l'achat d'une feuillette
1
136 FABLES .
Du meilleur vin des environs :
Certaine nièce assez proprette
Et sa chambrière Pâquette
Devoient avoir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient : adieu le char.
Voilà messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée :
Le paroissien en plomb entraîne son pasteur,
Notre curé suit son seigneur ;
Tous deux s'en vont de compagnie .
Proprement toute notre vie
Est le curé Chouart qui sur son mort comptoit,
Et la fable du Pot au lait.
FABLE XII . - L'Homme qui court après la Fortune,
et l'Homme qui l'attend dans son lit.
Qui ne court après la Fortune?
Je voudrois être en lieu d'où je pusse aisément
Contempler la foule importune
De ceux qui cherchent vainement
Cette fille du Sort de royaume en royaume,
Fidèles courtisans d'un volage fantôme .
Quand ils sont près du bon moment,
L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe .
Pauvres gens ! Je les plains ; car on a pour les fous
Plus de pitié que de courroux.
« Cet homme, disent- ils, étoit planteur de choux
Et le voilà devenu pape !
Ne le valons-nous pas ? · Vous valez cent fois micux :
Mais que vous sert votre mérite ?
La Fortune a-t- elle des yeux?
Et puis, la papauté vaut-elle ce qu'on quitte,
Le repus? le repos, trésor si précieux
Qu'on en faisoit jadis le partage des dieux !
Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.
LIVRE VII. 137
Ne cherchez point cette déesse ,
Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi .
Certain couple d'amis, en un bourg établi ,
Possédoit quelque bien . L'un soupiroit sans cesse
Pour la Fortune ; il dit à l'autre un jour :
« Si nous quittions notre séjour?
Vous savez que nul n'est prophète
En son pays : cherchons notre aventure ailleurs.
- Cherchez, dit l'autre ami : pour moi, je ne souhaite
Ni climats ni destins meilleurs .
Contentez-vous , suivez votre humeur inquiète :
Vous reviendrez bientôt . Je fais vœu cependant
De dormir en vous attendant. »
L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare,
S'en va par voie et par chemin.
Il arriva le lendemain
En un lieu que devoit la déesse bizarre
Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu , c'est la cour.
Là donc pour quelque temps il fixe son séjour ,
Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures
Que l'on sait être les meilleures ;
Bref, se trouvant à tout, et n'arrivant à rien.
« Qu'est- ce ci ? se dit -il : cherchons ailleurs du bien.
La Fortune pourtant habite ces demeures ;
Je la vois tous les jours entrer chez celui- ci ,
Chez celui-là d'où vient qu'aussi
Je ne puis héberger cette capricieuse?
On me l'avoit bien dit, que des gens de ce lieu
L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse.
Adieu , messieurs de cour ; messieurs de cour, adieu :
Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte.
La Fortune a, dit-on, des temples à Surate :
Allons là . » Ce fut un de dire et s'embarquer.
Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute
Armé de diamant qui tenta cette route,
Et le premier osa l'abîme défier !
Celui-ci, pendant son voyage ,
11
138 FABLES .
Tourna les yeux vers son village
Plus d'une fois , essuyant les dangers
Des pirates, des vents, du calme et des rochers,
Ministres de la Mort avec beaucoup de peines
On s'en va la chercher en des rives lointaines ,
La trouvant assez tôt sans quitter la maison .
L'homme arrive au Mogol ; on lui dit qu'au Japon
La Fortune pour lors distribuoit ses grâces .
Il y court. Les mers étoient lasses
De le porter ; et tout le fruit
Qu'il tira de ses longs voyages ,
Ce fut cette leçon que donnent les sauvages :
< Demeure en ton pays, par la nature instruit. »>
Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme
Que le Mongol l'avoit été :
Ce qui lui fit conclure en somme
Qu'il avoit à grand tort son village quitté.
Il renonce aux courses ingrates ,
Revient en son pays , voit de loin ses pénates ,
Pleure de joie, et dit : Heureux qui vit chez soi ,
De régler ses désirs faisant tout son emploi !
Il ne sait que par ouï- dire
Ce que c'est que la cour, la mer et ton empire,
Fortune, qui nous fais passer devant les yeux
Des dignités , des biens que jusqu'au bout du monde
On suit, sans que l'effet aux promesses réponde.
Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux. »
En raisonnant de cette sorte ,
Et contre la Fortune ayant pris ce conseil,
Il la trouve assise à la porte
De son ami, plongé dans un profond sommeil .
FABLE XIII. - Les deux Coqs.
Deux coqs vivoient en paix : une poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie ! et c'est de toi que vint
LIVRE VII. 139
Cette querelle envenimée
Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint !
Longtemps entre nos coqs le combat se maintint.
Le bruit s'en répandit par tout le voisinage :
La gent qui porte crête au spectacle accourut ;
Plus d'une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut ;
Il alla se cacher au fond de sa retraite,
Pleura sa gloire et ses amours ,
Ses amours qu'un rival, tout fier de sa défaite ,
Possédoit à ses yeux. Il voyoit tous les jours
Cet objet rallumer sa haine et son courage ;
Il aiguisoit son bec, battoit l'air et ses flancs,
Et s'exerçant contre les vents,
S'armoit d'une jalouse rage.
Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
S'alla percher, et chanter sa victoire.
Un vautour entendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire ;
Tout cet orgueil pèrit sous l'ongle du vautour.
Enfin, par un fatal retour,
Son rival autour de la poule
S'en revint faire le coquet.
Je laisse à penser quel caquet ;
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups :
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous
Après le gain d'une bataille .
FABLE XIV . - L'ingratitude et l'injustice des
Hommes envers la Fortune.
Un trafiquant sur mer, par bonheur, s'enrichit.
Il triompha des vents pendant plus d'un voyage :
Gouffre, blanc, ni rocher, n'exigea de péage
140 FABLES.
D'aucun de ses ballots ; le Sort l'en affranchit.
Sur tous ses compagnons Atropos et Neptune
Recueillirent leurs droits , tandis que la Fortune
Prenoit soin d'amener son marchand à bon port.
Facteurs, associés, chacun lui fut fidèle.
Il vendit son tabac, son sucre , sa cannelle
Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor :
Le luxe et la folie enflèrent son trésor ;
Bref, il plut dans son escarcelle .
On ne parloit chez lui que par doubles ducats ;
Et mon homme d'avoir chiens, chevaux et carrosses ;
Ses jours de jeûne étoient des noces .
Un sien ami , voyant ces somptueux repas,
Lui dit : « Et d'où vient donc un si bon ordinaire?
Et d'où me viendroit-il que de mon savoir-faire ?
Je n'en dois rien qu'à moi , qu'à mes soins, qu'au talent
De risquer à propos et bien placer l'argent.
Le profit lui semblant une fort douce chose,
Il risqua de nouveau le gain qu'il avoit fait.
Mais rien, pour cette fois , ne lui vint à souhait.
Son imprudence en fut la cause :
Un vaisseau mal frété périt au premier vent ;
Un autre, mal pourvu des armes nécessaires,
Fut enlevé par les corsaires ;
Un troisième au port arrivant,
Rien n'eut cours ni débit : le luxe et la folie
N'étoient plus tels qu'auparavant.
Enfin, ses facteurs le trompant,
Et lui-même ayant fait grand fracas , chère lie,
Mis beaucoup en plaisirs, en bâtimens beaucoup,
Il devint pauvre tout d'un coup.
Son ami, le voyant en mauvais équipage ,
Lui dit : « D'où vient cela? - De la Fortune , hélas !
- Consolez-vous , dit l'autre ; et , s'il ne lui plaît pas
Que vous soyez heureux, tout au moins soyez sage. »
Je ne sais s'il crut ce conseil :
Mais je sais que chacun impute, en cas pareil ,
LIVRE VII. 141
Son bonheur à son industrie ;
Et si de queique échec notre faute est suivie,
Nous disons injures au Sort :
Chose n'est ici plus commune.
Le bien, nous le faisons ; le mal , c'est la Fortune :
On a toujours raison , le Destin toujours tort.
FABLE XV. - Les Devineresses.
C'est souvent du hasard que naît l'opinion ;
Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.
Je pourrois fonder ce prologue
Sur gens de tous états : tout est prévention ,
Cabale, entêtement ; point ou peu de justice .
C'est un torrent : qu'y faire? il faut qu'il ait son cours :
Cela fut, et sera toujours.
Une femme, à Paris, faisoit la pythonisse :
On l'alloit consulter sur chaque événement .
Perdoit-on un chiffon, avoit-on un amant,
Un mari vivant trop au gré de son épouse,
Une mère fâcheuse, une femme jalouse ;
Chez la devineuse on couroit
Pour se faire annoncer ce que l'on désiroit .
Son fait consistoit en adresse :
Quelques termes de l'art , beaucoup de hardiesse,
Du hasard quelquefois, tout cela concouroit,
Tout cela bien souvent faisoit crier miracle .
Enfin, quoique ignorante à vingt et trois carats,
Elle passoit pour un oracle.
L'oracle étoit logé dedans un galetas :
Là, cette femme emplit sa bourse,
Et, sans avoir d'autre ressource ,
Gagne de quoi donner un rang à con mari,
Elle achète un office , une maison aussi .
Voilà le galetas rempli
D'une nouvelle hôtesse , à qui toute la villo.
142 FABLES .
Femmes, filles, valets, gros messieurs , tout enfin
Alloit, comme autrefois, demander son destin ;
Le galetas devint l'antre de la sibylle :
L'autre femelle avoit achalandé ce lieu.
Cette dernière femme eut beau faire, eut beau dire,
<< Moi devine ! on se moque : eh ! messieurs , sais-je lire?
« Je n'ai jamais appris que ma croix de par Dieu . »
Point de raisons : fallut deviner et prédire,
Mettre à part force bons ducats,
Et gagner malgré soi plus que deux avocats .
Le meuble et l'équipage aidoient fort à la chose :
Quatre siéges boiteux, un manche de balai ,
Tout sentoit son sabbat et sa métamorphose .
Quand cette femme auroit dit vrai
Dans une chambre tapissée ,
On s'en seroit moqué : la vogue étoit passée
Au galetas; il avoit le crédit.
L'autre femme se morfondit.
L'enseigne fait la chalandise.
J'ai vu dans le palais une robe mal mise
Gagner gros les gens l'avoient prise
Pour maître tel , qui traînoit après soi
Force écoutans. Demandez-moi pourquoi .
FABLE XVI. - Le Chat, la Belette, et le petit Lapin .
Du palais d'un jeune lapin
Dame belette, un beau matin,
S'empara : c'est une rusée .
Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée .
Elle porta chez lui ses pénates, un jour
Qu'il étoit allé faire à l'aurore sa cour
Parmi le thym et la rosée .
Après qu'il eut brouté, trotté , fait tous ses tours,
Jeannot lapin retourne aux souterrains séjours.
La belette avoit mis le nez à la fenêtre .
LIVRE VII. 143
« O dieux hospitaliers ! que vois-je ici paroître !
Dit l'animal chassé du paternel logis .
Holà ! madame la belette ,
Que l'on déloge sans trompette ,
Ou je vais avertir tous les rats du pays . »
La dame au nez pointu répondit que la terre
Étoit au premier occupant.
C'étoit un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entroit qu'en rampant !
« Et quand ce seroit un royaume,
Je voudrois bien savoir, dit-elle , quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi
A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu'à Paul , plutôt qu'à moi. »
Jean lapin allégua la coutume et l'usage :
« Ce sont, dit-il , leurs lois qui m'ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui , de père en fils,
L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant, est-ce une loi plus sage ?
-Or bien, sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis..
C'étoit un chat vivant comme un dévot ermite ,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean lapin pour juge l'agrée .
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : « Mes enfans, approchez ,
Approchez; je suis sourd , les ans en sont la cause. »
L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu'à portée il vit les contestans,
Grippeminaud le bon apôtre ,
Jetant des deux côtés la griffe en même temps ,
Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre .
Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux rois.
144 FABLES .
FABLE XVII . - La Têle et la Queue
du Serpent.
Le serpent a deux parties
Du genre humain ennemies,
Tête et queue ; et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles :
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survint de grands débats
Pour le pas.
La tête avoit toujours marché devant la queue.
La queue au ciel se plaignit
Et lui dit :
« Je fais mainte et mainte lieue
Comme il plaît à celle-ci :
Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi ?
Je suis son humble servante .
On m'a faite , Dieu merci,
Sa sœur, et non sa suivante .
Toutes deux de même sang,
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu'elle je porte
Un poison prompt et puissant.
Enfin, voilà ma requête :
C'est à vous de commander
Qu'on me laisse précéder,
A mon tour, ma sœur la tête .
Je la conduirai si bien
Qu'on ne se plaindra de rien . »
Le ciel eut pour ses vœux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchans effets.
Il devroit être sourd aux aveugles souhaits .
Il ne le fut pas lors ; et la guide nouvelle ,
Qui ne voyoit, au grand jour,
Pas plus clair que dans un four,
Donnoit tantôt contre un marbre,
Contre un passant, contre un arbre :
LIVRE VII. 145
Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.
Malheureux les États tombés dans son erreur !
FABLE XVIII . - Un Animal dans la Lune.
Pendant qu'un philosophe assure
Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés,
Un autre philosophe jure
Qu'ils ne nous ont jamais trompés .
Tous les deux ont raison ; et la philosophie
Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont
Tant que sur leur rapport les hommes jugeront ;
Mais aussi, si l'on rectifie
L'image de l'objet sur son éloignement,
Sur le milieu qui l'environne ,
Sur l'organe et sur l'instrument,
Les sens ne tromperont personne .
La nature ordonna ces choses sagement :
J'en dirai quelque jour les raisons amplement.
J'aperçois le soleil : quelle en est la figure ?
Ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour ;
Mais si je le voyois là-haut dans son séjour,
Que seroit-ce à mes yeux que l'œil de la nature?
Sa distance me fait juger de sa grandeur;
Sur l'angle et les côtés ma main la détermine.
L'ignorant le croit plat ; j'épaissis sa rondeur :
Je le rends immobile , et la terre chemine.
Bref, je démens mes yeux en toute sa machine :
Ce sens ne me nuit point par son illusion .
Mon âme, en toute occasion,
Développe le vrai caché sous l'apparence ;
Je ne suis point d'intelligence
Avecque mes regards peut-être un peu trop prompt ' ,
Ni mon oreille, lente à m'apporter les sons.
Quand l'eau courbe un bâton, ma raison le redresse :
La raison décide en maîtresse.
146 FABLES .
Mes yeux, moyennant ce secours,
Ne me trompent jamais en me mentant toujours.
Si je crois leur rapport, erreur assez commune,
Une tête de femme est au corps de la lune .
Y peut-elle être? Non. D'où vient donc cet objet ?
Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
La lune nulle part n'a sa surface unie :
Montueuse en des lieux , en d'autres aplanie,
L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent
Un homme, un bœuf, un éléphant.
Naguère l'Angleterre y vit chose pareille.
La lunette placée, un animal nouveau
Parut dans cet astre si beau ;
Et chacun de crier merveille .
Il étoit arrivé là-haut un changement
Qui présageoit sans doute un grand événement.
Savoit-on si la guerre entre tant de puissances
N'en étoit point l'effet? Le monarque accourut :
Il favorise en roi ces hautes connoissances.
Le monstre dans la lune à son tour lui parut.
C'étoit une souris cachée entre les verres :
Dans la lunette étoit la source de ces guerres.
On en rit. Peuple heureux ! quand pourront les François
Se donner, comme vous, entiers à ces emplois !
Mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire :
C'est à nos ennemis de craindre les combats,
A nous de les chercher, certains que la Victoire,
Amante de Louis, suivra partout ses pas.
Ses lauriers nous rendront célèbres dans l'histoire.
Même les Filles de Mémoire
Ne nous ont point quittés ; nous goûtons des plaisirs :
La paix fait nos souhaits, et non point nos soupirs.
Charles en sait jouir : il sauroit dans la guerre
Signaler sa valeur, et mener l'Angleterre
A ces jeux qu'en repos elle voit aujourd'hui.
Cependant s'il pouvoit apaiser la querelle,
Que d'encens ! Est-il rien de plus digne de lui ?
La carrière d'Auguste a-t-elle été moins belle
LIVRE VII. 147
Que les fameux exploits du premier des Césars?
O peuple trop heureux ! quand la paix viendra-t-elle
Nous rendre, comme vous , tout entiers aux beaux-arts ?
LIVRE HUITIÈME .
FABLE I. -· La Mort et le Mourant.
La mort ne surprend point le sage,
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage .
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu'on le partage en jours, en heures, en momens,
Il n'en est point qu'il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine,
Et le premier instant où les enfans des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur ;
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
La mort ravit tout sans pudeur ;
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré ;
Et, puisqu'il faut que je le die,
Rien où l'on soit moins préparé.
Un mourant qui comptoit plus de cent ans de vie,
Se plaignoit à la Mort que précipitamment
Elle le contraignoit de partir tout à l'heure,
Sans qu'il eût fait son testament,
Sans l'avertir au moins . « Est-il juste qu'on meure
Au pied levé? dit-il : attendez quelque peu ;
148 FABLES .
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
- Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience :
Eh ! n'as-tu pas cent ans? Trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux ; trouve-m'en dix en France.
Je devois, ce dis-tu , te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J'aurois trouvé ton testament tout fait ,
Ton petit-fils pourvu , ton bâtiment parfait.
Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause
Du marcher et du mouvement ,
Quand les esprits , le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût , plus d'ouïe ;
Toute chose pour toi semble être évanouie ;
Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
Je t'ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourans, ou malades :
Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement?
Allons , vieillard, et sans réplique.
Il n'importe à la république
Que tu fasses ton testament. »
La Mort avoit raison : je voudrois qu'à cet âge
On sortit de la vie ainsi que d'un banquet,
Remerciant son hôte ; et qu'on fit son paquet :
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ! vois ces jeunes mourir ;
Vois-les marcher, vois-les courir
A des morts , il est vrai , glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles .
J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.
LIVRE VIII. 149
FABLE II . - Le Savetier et le Financier.
Un savetier chantoit du matin jusqu'au soir :
C'étoit merveille de le voir,
Merveille de l'ouïr ; il faisoit des passages,
Plus content qu'aucun des sept sages.
Son voisin, au contraire, étant tout cousu d'or,
Chantoit peu, dormoit moins encor :
C'étoit un homme de finance.
Si sur le point du jour parfois il sommeilloit ,
Le savetier alors en chantant l'éveilloit ;
Et le financier se plaignoit
Que les soins de la Providence
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Comme le manger et le boire .
En son hôtel il fait venir
Le chanteur, et lui dit : « Or çà, sire Grégoire,
Que gagnez-vous par an? - Par an ! ma foi, monsieur,
Dit avec un ton de rieur
Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière
De compter de la sorte ; et je n'entasse guère
Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin
J'attrape le bout de l'année ;
Chaque jour amène son pain .
- Eh bien ! que gagnez-vous , dites-moi, par journée ?
-Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seroient assez honnêtes),
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes :
L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône . >
Le financier, riant de sa naïveté ,
Lui dit : « Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône
Prenez ces cent écus ; gardez-les avec soin ,
Pour vous en servir au besoin. »
Le savetier crut voir tout l'argent que la terre
Avoit, depuis plus de cent ans,
Produit pour l'usage des gens
150 FABLES.
Il retourne chez lui : dans sa cage il enserre
L'argent, et sa joie à la fois.
Plus de chant : il perdit la voix
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis ;
Il eut pour hôtes les soucis ,
Les soupçons, les alarmes vaines .
Tout le jour il avoit l'œil au guet ; et la nuit,
Si quelque chat faisoit du bruit,
Le chat prenoit l'argent. A la fin le pauvre homme
S'en courut chez celui qu'il ne réveilloit plus :
<< Rendez-moi, lui dit-il , mes chansons et mon somme ;
Et reprenez vos cent écus. »
FABLE III. -- Le Lion , le Loup, et le Renard.
Un lion, décrépit, goutteux , n'en pouvant plus,
Vouloit que l'on trouvât remède à la vieillesse.
Alléguer l'impossible aux rois , c'est un abus.
Celui -ci parmi chaque espèce
Manda des médecins : il en est de tous arts.
Médecins au lion viennent de toutes parts ;
De tous côtés lui vient des donneurs de recettes.
Dans les visites qui sont faites
Le renard se dispense, et se tient clos et coi.
Le loup en fait sa cour, daube , au coucher du roi ,
Son camarade absent. Le prince tout à l'heure
Veut qu'on aille enfumer renard dans sa demeure,
Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ;
Et sachant que le loup lui faisoit cette affaire :
< Je crains, sire, dit-il , qu'un rapport peu sincère
Ne m'ait à mépris imputé
D'avoir différé cet hommage ;
Mais j'étois en pèlerinage,
Et m'acquittois d'un vœu fait pour votre santé.
Même j'ai vu dans mon voyage
Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur
LIVRE VIII . 151
Dont votre majesté craint à bon droit la suite.
Vous ne manquez que de chaleur ;
Le long âge en vous l'a détruite :
D'un loup écorché vif appliquez-vous la peau
Toute chaude et toute fumante ;
Le secret sans doute en est beau
Pour la nature défaillante .
Messire loup vous servira,
S'il vous plaît, de robe de chambre. »
Le roi goûte cet avis- là .
On écorche, on taille , on démembre
Messire loup. Le monarque en soupa,
Et de sa peau s'enveloppa.
Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ;
Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire :
Le mal se rend chez vous au quadruple du bien .
Les daubeurs ont leur tour d'une ou d'autre manière :
Vous êtes dans une carrière
Où l'on ne se pardonne rien.
FABLE IV . Le Pouvoir des Fables.
A M. DE BARILLON.
La qualité d'ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères !
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du lapin et de la belette.
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
152 FABLES.
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouveroit las
De combattre cette hydre ? et faut-il qu'elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence et par adresse,
Peut adoucir les cours et détourner ce coup ,
Je vous sacrifierai cent moutons : c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites- moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens :
Prenez en gré mes vœux ardens,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie .
Son sujet vous convient ; je n'en dirai pas plus
Sur les éloges que l'envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.
Dans Athène autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune ; et, d'un art tyrannique,
Voulant forcer les cœurs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutoit pas . L'orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes ;
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put;
Le vent emporta tout ; personne ne s'émut.
L'animal aux têtes frivoles,
Étant fait à ces traits, ne daignoit l'écouter ;
Tous regardoient ailleurs : il en vit s'arrêter
A des combats d'enfans, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
« Cérès, commença - t-il , faisoit voyage un jour
LIVRE VIII. 153
Avec l'anguille et l'hirondelle :
Un fleuve les arrête ; et l'anguille en nageant ,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. » L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : « Et Cérès , que fit-elle?
- Ce
qu'elle fit ! un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ! de contes d'enfans son peuple s'embarrasse ;
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait? »
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur.
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'âne m'étoit conté,
J'y prendrois un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
FABLE V. - L'Homme et la Puce.
Par des vœux importuns nous fatiguons les dieux ,
Souvent pour des sujets même indignes des hommes :
Il semble que le ciel sur tous tant que nous sommes
Soit obligé d'avoir incessamment les yeux,
Et que le plus petit de la race mortelle ,
A chaque pas qu'il fait, à chaque bagatelle ,
Doive intriguer l'Olympe et tous ses citoyens,
Comme s'il s'agissoit des Grecs et des Troyens.
Un sot par une puce eut l'épaule mordue .
Dans les plis de ses draps elle alla se loger.
« Hercule, se dit-il, tu devois bien purger
La terre de cette hydre au printemps revenue !
12
154 FABLES.
Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nue
Tu n'en perdes la race afin de me venger? »
Pour tuer une puce, il vouloit obliger
Ces dieux à lui prêter leur foudre et leur massue.
FABLE VI. - Les Femmes et le Secret.
Rien ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames ;
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria,
La nuit, étant près d'elle : « O dieux ! qu'est-ce cela ?
Je n'en puis plus ! on me déchire !
Quoi ! j'accouche d'un œuf! -D'un œuf! -Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ;
On m'appelleroit poule. Enfin n'en parlez pas. »
La femme, neuve sur ce cas,
Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose , et promit ses grands dieux de se taire ;
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse, indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé ;
Et de courir chez sa voisine :
a Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé ;
«
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre :
Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre .
Au nom de Dieu, gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous? dit l'autre : ah ! vous ne savez guère
Quelle je suis . Allez, ne craignez rien. »
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits ,
LIVRE VIII. 155
Au lieu d'un œuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encor tout ; car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait :
Précaution peu nécessaire ,
Car ce n'étoit plus un secret.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée ,
De bouche en bouche alloit croissant,
Avant la fin de la journée
Ils se montoient à plus d'un cent.
FARLE VII.- Le Chien qui porte à son cou le dîner
de son Maître.
Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles,
Ni les mains à celle de l'or ;
Peu de gens gardent un trésor
Avec des soins assez fidèles .
Certain chien, qui portoit la pitance au logis,
S'étoit fait un collier du dîner de son maître.
Il étoit tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'être
Quand il voyoit un mets exquis ;
Mais enfin il l'étoit et, tous tant que nous sommes,
Nous nous laissons tenter à l'approche des biens.
Chose étrange ! on apprend la tempérance aux chiens,
Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes !
Ce chien-ci donc étant de la sorte atourné,
Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.
Il n'en eut pas toute la joie
Qu'il espéroit d'abord : le chien mit bas la proie
Pour la défendre mieux, n'en étant plus chargé.
Grand combat. D'autres chiens arrivent ;
Ils étoient de ceux-là qui vivent
Sur le public, et craignent peu les coups .
Notre chien, se voyant trop foible contre eux tous,
Et que la chair couroit un danger manifeste,
Voulut avoir sa part ; et, lui sage, il leur dit ·
156 FABLES .
« Point de courroux, messieurs ; mon lopin me suffit :
Faites votre profit du reste. »
A ces mots, le premier, il vous happe un morceau,
Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille,
A qui mieux mieux : ils firent tous ripaille ;
Chacun d'eux eut part au gâteau .
Je crois voir en ceci l'image d'une ville
Où l'on met les deniers à la merci des gens.
Échevins, prévôt des marchands ,
Tout fait sa main : le plus habile
Donne aux autres l'exemple , et c'est un passe-temps
De leur voir nettoyer un monceau de pistoles .
Si quelque scrupuleux, par des raisons frivoles,
Veut défendre l'argent, et dit le moindre mot,
On lui fait voir qu'il est un sot.
Il n'a pas de peine à se rendre :
C'est bientôt le premier à prendre .
FABLE VIII . - Le Rieur et les Poissons.
On cherche les rieurs ; et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite :
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchans diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une fable
Introduire un ; peut-être aussi
Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.
Un rieur étoit à la table
D'un financier, et n'avoit en son coin
Que de petits poissons : tous les gros étoient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille ;
Et puis il feint, à la pareille,
D'écouter leur réponse . On demeura surpris :
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d'un ton sage,
Dit qu'il craignoit qu'un sien ami,
LIVRE VIII. 157
Pour les grandes Indes parti,
N'eût depuis un an fait naufrage.
Il s'en informoit donc à ce menu fretin ;
Mais tous lui répondoient qu'ils n'étoient pas d'un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauroient davantage.
<< N'en puis-je donc, messieurs, un gros interroger? »
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie,
J'en doute ; mais enfin il les sut engager
A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n'en étoient pas revenus,
Et que depuis cent ans sous l'abîme avoient vus
Les anciens du vaste empire.
FABLE IX . ― Le Rat et l'Huître.
Un rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle ,
Des lares paternels un jour se trouva soûl.
Il laisse là le champ, le grain, et la javelle,
Va courir le pays, abandonne son trou.
Sitôt qu'il fut hors de la case :
« Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !
Voilà les Apennins, et voici le Caucase ! »
La moindre taupinée étoit mont à ses yeux.
Au bout de quelques jours le voyageur arrive
En un certain canton où Thétis sur la rive
Avoit laissé mainte huître ; et notre rat d'abord
Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.
«< Certes , dit-il, mon père étoit un pauvre sire !
Il n'osoit voyager, craintif au dernier point.
Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire :
J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point. »
D'un certain magister le rat tenoit ces choses,
Et les disoit à travers champs ;
N'étant pas de ces rats qui, les livres rongeans
158 FABLES .
Se font savans jusques aux dents.
Parmi tant d'huîtres toutes closes
Une s'étoit ouverte ; et, bâillant au soleil ,
Par un doux zéphyr réjouie,
Humoit l'air, respiroit , étoit épanouie,
Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nonpareil .
D'aussi loin que le rat voit cette huître qui bâille :
« Qu'aperçois-je, dit-il ; c'est quelque victuaille !
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais. D
Là-dessus maître rat, plein de belle espérance,
Approche de l'écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs ; car l'huître tout d'un coup
Se referme . Et voilà ce que fait l'ignorance .
Cette fable contient plus d'un enseignement :
Nous y voyons premièrement
Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience
Sont, aux moindres objets, frappés d'étonnement ;
Et puis nous y pouvons apprendre
Que tel est pris qui croyoit prendre.
FABLE X. - L'Ours et l'Amateur des jardins.
Certain ours montagnard, ours à demi léché,
Confiné par le Sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellerophon , vivoit seul et caché .
Il fût devenu fou la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés.
Il est bon de parler, et meilleur de se taire ;
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
Nul animal n'avoit affaire
Dans les lieux que l'ours habitoit ;
Si bien que, tout ours qu'il étoit,
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu'il se livroit à la mélancolie,
Non loin de là certain vieillard
LIVRE VIII . 159
S'ennuyoit aussi de sa part.
Il aimoit les jardins, étoit prêtre de Flore ;
Il l'étoit de Pomone encore .
Ces deux emplois sont beaux ; mais je voudrois parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre :
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets, notre homme , un beau matin ,
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L'ours, porté d'un même dessein ,
Venoit de quitter sa montagne .
Tous deux, par un cas surprenant,
Se rencontrent en un tournant.
L'homme eut peur : mais comment esquiver ? et que faire ?
Se tirer en Gascon d'une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L'ours, très-mauvais complimenteur,
Lui dit: «Viens-t'en me voir. L'autre reprit : « Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas,
J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas
De nos seigneurs les ours le manger ordinaire ;
Mais j'offre ce que j'ai . » L'ours l'accepte ; et d'aller.
Les voilà bons amis avant que d'arriver :
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble,
Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,
Comme l'ours en un jour ne disoit pas deux mots ,
L'homme pouvoit sans bruit vaquer à son ouvrage.
L'ours alloit à la chasse, apportoit du gibier ;
Faisoit son principal métier
D'être bon émoucheur ; écartoit du visage
De son ami dormant ce parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormoit d'un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
« Je t'attraperai bien, dit-il ; et voici comme. »
160 FABLES .
Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche ;
Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur,
Roide mort étendu sur la place il le couche .
+4
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
Mieux vaudroit un sage ennemi.
FABLE XI . - Les deux Amis.
Deux vrais amis vivoient au Monomotapa ;
E
L'un ne possédoit rien qui n'appartint à l'autre.
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on , ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s'occupoit au sommeil,
Et mettoit à profit l'absence du soleil,
Un de nos deux amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avoit touché le seuil de ce palais.
L'ami couché s'étonne ; il prend sa bourse, il s'arme,
Vient trouver l'autre, et dit : « Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paroissiez homme
A mieux user du temps destiné pour le somme :
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu?
En voici. S'il vous est venu quelque querelle,
J'ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? une esclave assez belle
Étoit à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle?
Non, dit l'ami , ce n'est ni l'un ni l'autre point :
Je vous rends grâce de ce zèle .
Vous m'êtes , en dormant, un peu triste apparu ;
J'ai craint qu'il ne fût vrai ; je suis vite accouru .
Ce maudit songe en est la cause. »
Qui d'eux aimoit le mieux ? Que t'en semble, lecteur ?
LIVRE VIII . 161
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien , tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime .
FABLE XII. -Le Cocnon , la Chèvre,
et le Mouton .
Une chèvre, un mouton, avec un cochon gras,
Montés sur même char, s'en alloient à la foire.
Leur divertissement ne les y portoit pas ;
On s'en alloit les vendre, à ce que dit l'histoire :
Le charton ' n'avoit pas dessein
De les mener voir Tabarin.
Dom pourceau crioit en chemin
Comme s'il avoit eu cent bouchers à ses trousses
C'étoit une clameur à rendre les gens sourds.
Les autres animaux , créatures plus douces,
Bonnes gens , s'étonnoient qu'il criât au secours ;
Ils ne voyoient nul mal à craindre.
Le charton dit au porc : « Qu'as-tu tant à te plaindre
Tu nous étourdis tous : que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes - ci , plus honnêtes que toi ,
Devroient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire :
Regarde ce mouton ; a-t-il dit un seul mot?
Il est sage . -- Il est un sot,
Repartit le cochon; s'il savoit son affaire,
Il crieroit, comme moi , du haut de son gosier ;
Et cette autre personne honnête
Crieroit tout du haut de sa tête .
Ils pensent qu'on les veut seulement décharger,
La chèvre de son lait , le mouton de sa laine :
1. Le charton , vieux mot pour charreticr.
162 FABLES.
Je ne sais pas s'ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu'à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison. >>
Dom pourceau raisonnoit en subtil personnage :
Mais que lui servoit- il ? Quand le mal est certain ,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
FABLE XIII . Tircis et Amarante.
FOUR MADEMOISELLE DE SILLERY.
J'avois Esope quitté,
Pour être tout à Boccace ;
Mais une divinité
Veut revoir sur le Parnasse
Des fables de ma façon.
Or, d'aller lui dire , Non ,
Sans quelque valable excuse ,
Ce n'est pas comme on en use
Avec des divinités ,
Surtout quand ce sont de celles
Que la qualité de Belles
Fait reines des volontés.
Car, afin que l'on le sache,
C'est Sillery qui s'attache
A vouloir que, de nouveau ,
Sire loup, sire corbeau,
Chez moi se parlent en rime.
Qui dit Sillery dit tout :
Peu de gens en leur estime
Lui refusent le haut bout;
Comment le pourroit-on faire?
Pour venir à notre affaire,
Mes contes, à son avis,
LIVRE VIII . 163
Sont obscurs : les beaux esprits
N'entendent pas toute chose.
Faisons donc quelques récits
Qu'elle déchiffre sans glose :
Amenons des bergers ; et puis nous rimerons
Ce que disent entre eux les loups et les moutons.
Tircis disoit un jour à la jeune Amarante :
« Ah ! si vous connoissiez comme moi certain mal
Qui nous plaît et qui nous enchante ,
Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal !
Souffrez qu'on vous le communique,
Croyez-moi , n'ayez point de peur :
Voudrois-je vous tromper, vous, pour qui je me pique
Des plus doux sentimens que puisse avoir un cœur? »
Amarante aussitôt réplique :
« Comment l'appelez-vous, ce mal ? quel est son nom?
- L'amour. - Ce mot est beau ! dites-moi quelques marques
A quoi je le pourrai connoître : que sent-on?
- Des peines près de qui le plaisir des monarques
Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît
Toute seule en une forêt.
Se mire-t-on près d'un rivage,
Ce n'est pas soi qu'on voit ; on ne voit qu'une image
Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :
Pour tout le reste on est sans yeux.
Il est un berger du village
Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir :
On soupire à son souvenir ;
On ne sait pas pourquoi , cependant on soupire ;
On a peur de le voir, encor qu'on le désire . »
Amarante dit à l'instant :
<< Oh ! oh ! c'est là ce mal que vous me prêchez tant !
Il ne m'est pas nouveau : je pense le connoître. »
Tircis à son but croyoit être ,
Quand la belle ajouta : « Voilà tout justement
Ce que je sens pour Clidamant. »
L'autre pensa inourir de dépit et de honte.
164 FABLES
Il est force gens comme lui,
Qui prétendent n'agir que pour leur propre compte,
Et qui font le marché d'autrui .
FABLE XIV. Les obsèques de la Lionne.
La femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince
De certains complimens de consolation,
Qui sont surcroît d'affliction .
Il fit avertir sa province
Que les obsèques se feroient
Un tel jour, en tel lieu ; ses prévôts y seroicnt
Pour régler la cérémonie ,
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le prince aux cris s'abandonna,
Et tout son antre en résonna :
Les lions n'ont point d'autre temple.
On entendit, à son exemple,
Rugir en leur patois messieurs les courtisans.
Je définis la cour, un pays où les gens ,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférens,
Sont ce qu'il plaît au prince, ou , s'ils ne peuvent l'être ,
Tâchent au moins de le paroître.
Peuple caméléon , peuple singe du maître ;
On diroit qu'un esprit anime mille corps :
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts .
Pour revenir à notre affaire,
Le cerf ne pleura point. Comment l'eût- il pu faire ?
Cette mort le vengeoit : la reine avoit jadis
Étranglé sa femme et son fils .
Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire ,
Et soutint qu'il l'avoit vu rire.
LIVRE VIII . 165
La colère du roi, comme dit Salomon ,
Est terrible, et surtout celle du roi lion ;
Mais ce cerf n'avoit pas accoutumé de lire.
Le monarque lui dit : « Chétif hôte des bois,
Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix !
Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles : venez, loups,
Vengez la reine ; immolez , tous,
Ce traître à ses augustes mânes. »
Le cerf reprit alors : « Sire, le temps des pleurs
Est passé; la douleur est ici superflue .
Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord reconnue.
« Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi ,
a Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes
<< Aux champs élysiens j'ai goûté mille charmes,
« Conversant avec ceux qui sont saints comme moi
« Laisse agir quelque temps le désespoir du roi .
" J'y prends plaisir. » A peine on eut ouï la chose,
Qu'on se mit à crier : Miracle ! Apothéose !
Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni.
Amusez les rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges :
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,
Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami .
FABLE XV. - Le Rat et l'Éléphant.
Se croire un personnage est fort commun en France :
On y fait l'homme d'importance ,
Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois.
C'est proprement le mal françois :
La sotte vanité nous est particulière .
Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière :
Leur orgueil me semble, en un mot,
166 FABLES .
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un rat des plus petits voyoit un éléphant
Des plus gros, et railloit le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchoit à gros équipage.
Sur l'animal à triple étage
Une sultane de renom ,
Son chien, son chat, et sa guenon ,
Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S'en alloit en pèlerinage .
Le rat s'étonnoit que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
<< Comme si d'occuper ou plus ou moins de place
Nous rendoit, disoit-il, plus ou moins importans !
Mais qu'admirez-vous tant en lui , vous autres hommes?
Seroit-ce ce grand corps qui fait peur aux enfans ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D'un grain moins que les éléphans. >
Il en auroit dit davantage ;
Mais le chat, sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d'un instant
Qu'un rat n'est pas un éléphant.
FABLE XVI . - L'Horoscope.
On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter .
Un père, eut pour toute lignée
Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter
Sur le sort de sa géniture
Les diseurs de bonne aventure .
Un de ces gens lui dit que des lions surtout
Il éloignât l'enfant jusques à certain âge ;
LIVRE VIII. 167
Jusqu'à vingt ans, point davantage.
Le père, pour venir à bout
D'une précaution sur qui rouloit la vie
De celui qu'il aimoit, défendit que jamais
On lui laissât passer le seuil de son palais.
Il pouvoit, sans sortir, contenter son envie,
Avec ses compagnons tout le jour badiner,
Sauter, courir, se promener.
Quand il fut en l'âge où la chasse
Plaît le plus aux jeunes esprits ,
Cet exercice avec mépris
Lui fut dépeint ; mais, quoi qu'on fasse,
Propos, conseil, enseignement,
Rien ne change un tempérament .
Le jeune homme, inquiet, ardent, plein de courage,
A peine se sentit des bouillons d'un tel âge
Qu'il soupira pour ce plaisir.
Plus l'obstacle étoit grand, plus fort fut le désir.
Il savoit le sujet des fatales défenses ;
Et comme ce logis , plein de magnificences,
Abondoit partout en tableaux,
Et que la laine et les pinceaux
Traçoient de tous côtés chasses et paysages,
En cet endroit des animaux,
En cet autre des personnages,
Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion :
« Ah ! monstre ! cria-t-il ; c'est toi qui me fais vivre
Dans l'ombre et dans les fers ! » A ces mots il se livre
Aux transports violens de l'indignation,
Porte le poing sur l'innocente bête .
Sous la tapisserie un clou se rencontra :
Ce clou le blesse, il pénétra
Jusqu'aux ressorts de l'âme ; et cette chère tête,
Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put,
Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut
Même précaution nuisit au poëte Eschyle .
Quelque devin le menaça, dit-on,
168 FABLES .
De la chute d'une maison .
Aussitôt il quitta la ville,
Mit son lit en plein champ, loin des toits , sous les cieux .
Un aigle, qui portoit en l'air une tortue ,
Passa par là, vit l'homme, et sur sa tête nue ,
Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,
Étant de cheveux dépourvue ,
Laissa tomber sa proie afin de la casser :
Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer .
De ces exemples il résulte
Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux
Que craint celui qui le consulte ;
Mais je l'en justifie , et maintiens qu'il est faux.
Je ne crois point que la Nature
Se soit lié les mains, et nous les lie encor
Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort :
Il dépend d'une conjoncture
De lieux, de personnes , de temps ;
Non des conjonctions de tous ces charlatans .
Ce berger et ce roi sont sous même planète ;
L'un d'eux porte le sceptre, et l'autre la houlette .
Jupiter le vouloit ainsi.
Qu'est-ce que Jupiter ? un corps sans connoissance.
D'où vient donc que son influence
Agit différemment sur ces deux hommes-ci?
Puis comment pénétrer jusques à notre monde ?
Comment percer des airs la campagne profonde?
Percer Mars, le Soleil, et des vides sans fin?
Un atome la peut détourner en chemin :
Où l'iront retrouver les faiseurs d'horoscope?
L'état où nous voyons l'Europe
Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu :
Que ne l'a-t-il donc dit ? Mais nul d'eux ne l'a su .
L'immense éloignement, le point, et sa vitesse
Celle aussi de nos passions ,
Permettent-ils à leur foiblesse
De suivre pas à pas toutes nos actions ?
LIVRE VIII: 169
Notre sort en dépend : sa course entresuivie
Ne va, non plus que nous, jamais d'un même pas ;
Et ces gens veulent au compas
Tracer le cours de notre vie !
Il ne se faut point arrêter
Aux deux faits ambigus que je viens de conter .
Ce fils par trop chéri, ni le bonhomme Eschyle
N'y font rien : tout aveugle et menteur qu'est cet art,
Il peut frapper au but une fois entre mille ;
Ce sont des effets du hasard.
FABLE XVII . - L'Ane et le Chien.
Il se faut entr'aider ; c'est la loi de nature .
L'âne un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua ,
Car il est bonne créature .
Il alloit par pays , accompagné du chien,
Gravement, sans songer à rien ;
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit . L'âne se mit à paître :
Il étoit alors dans un pré
Dont l'herbe étoit fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure :
Il ne faut pas toujours être si délicat ;
Et faute de servir ce plat,
Rarement un festin demeure.
Notre baudet s'en sut enfin
Passer pour cette fois. Le chien mourant de faim ,
Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie :
Je prendrai mon dîner dans le panier au pain. »
Point de réponse ; mot : le roussin d'Arcadie
Craignit qu'en perdant un moment
Il ne perdît un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille.
Enfin il répondit : « Ami, je te conseille
.3
170 FABLES.
D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ;
Car il te donnera sans faute à son réveil
Ta portion accoutumée :
Il ne sauroit tarder beaucoup. »
Sur ces entrefaites un loup
Sort du bois, et s'en vient : autre bête affamée .
L'âne appelle aussitôt le chien à son secours .
Le chien ne bouge , et dit : « Ami , je te conseille
De fuir en attendant que ton maître s'éveille ;
Il ne sauroit tarder : détale vite , et cours.
Que si ce loup t'atteint , casse-lui la mâchoire :
On t'a ferré de neuf; et, si tu me veux croire,
Tu l'étendras tout plat. » Pendant ce beau discours ,
Seigneur loup étrangla le baudet sans remède .
Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.
FABLE XVIII . Le Bassa et le Marchand.
Un marchand grec en certaine contrée
Faisoit trafic. Un bassa l'appuyoit ;
De quoi le Grec en bassa le payoit,
Non en marchand : tant c'est chère denrée
Qu'un protecteur ! Celui-ci coûtoit tant
Que notre Grec s'alloit partout plaignant .
Trois autres Turcs, d'un rang moindre en puissance ,
Lui vont offrir leur support en commun .
Eux trois vouloient moins de reconnoissance
Qu'à ce marchand il n'en coûtoit pour un.
Le Grec écoute ; avec eux il s'engage ,
Et le bassa du tout est averti :
Même on lui dit qu'il jouera, s'il est sage,
A ces gens-là quelque méchant parti,
Les prévenant, les chargeant d'un message
Pour Mahomet, droit en son paradis ,
Et sans tarder ; sinon ces gens unis
Le préviendront, bien certains qu'à la ronde
LIVRE VIII. 171
Il a des gens tout prêts pour le venger :
Quelque poison l'enverra protéger
Les trafiquans qui sont en l'autre monde.
Sur cet avis le Turc se comporta
Comme Alexandre ; et, plein de confiance ,
Chez le marchand tout droit il s'en alla ,
Se mit à table . On vit tant d'assurance
En ses discours et dans tout son maintien,
Qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien .
« Ami, dit-il, je sais que tu me quittes ;
Même l'on veut que j'en craigne les suites ;
Mais je te crois un trop homme de bien ;
Tu n'as point l'air d'un donneur de breuvage.
Je n'en dis pas là-dessus davantage ;
Quant à ces gens qui pensent t'appuyer,
Écoute-moi sans tant de dialogue
Et de raisons qui pourroient t'ennuyer,
Je ne te veux conter qu'un apologue.
Il étoit un berger, son chien, et son troupeau.
Quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendoit faire
D'un dogue de qui l'ordinaire
Étoit un pain entier. Il falloit bien et beau
Donner cet animal au seigneur du village.
Lui, berger, pour plus de ménage,
Auroit deux ou trois mâtineaux ,
Qui, lui dépensant moins, veilleroient aux troupeaux
Bien mieux que cette bête seule .
Il mangeoit plus que trois ; mais on ne disoit pas
Qu'il avoit aussi triple gueule ,
Quand les loups livroient des combats .
Le berger s'en défait ; il prend trois chiens de taille
A lui dépenser moins, mais à fuir la bataille.
Le troupeau s'en sentit ; et tu te sentiras
Du choix de semblable canaille .
Si tu fais bien, tu reviendras à moi. »
Le Grec le crut.
172 FABLES .
Ceci montre aux provinces
Que, tout compté, mieux vaut en bonne foi
S'abandonner à quelque puissant roi
Que s'appuyer de plusieurs petits princes.
FABLE XIX . L'avantage de la Science.
Entre deux bourgeois d'une ville
S'émut jadis un différend :
L'un étoit pauvre, mais habile;
L'autre, riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
Vouloit emporter l'avantage ;
Prétendoit que tout homme sage
Étoit tenu de l'honorer.
C'étoit tout homme sot : car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite ?
La raison m'en semble petite.
« Mon ami , disoit-il souvent
Au savant ,
Vous vous croyez considérable :
Mais, dites-moi , tenez-vous table?
Que sert à vos pareils de lire incessamment ?
Ils sont toujours logés à la troisième chambre ,
Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre,
Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
La république a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien !
Je ne sais d'homme nécessaire
Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien .
Nous en usons, Dieu sait ! Notre plaisir occupe
L'artisan, le vendeur , celui qui fait la jupe,
Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez
A messieurs les gens de finance
De méchans livres bien payés.
Ces mots remplis d'impertinence
Eurent le sort qu'ils méritoient.
LIVRE VIII . 173
L'homme lettré se tut, il avoit trop à dire.
La guerre le vengea bien mieux qu'une satire .
Mars détruisit le lieu que nos gens habitoient :
L'un et l'autre quitta sa ville.
L'ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.
Cela décida leur querelle .
Laissez dire les sots : le savoir a son prix.
FABLE XX . -Jupiter et les Tonnerres.
Jupiter, voyant nos fautes,
Dit un jour, du haut des airs :
« Remplissons de nouveaux hôtes
Les cantons de l'univers
Habités par cette race
Qui m'importune et me lasse.
Va-t'en , Mercure, aux enfers ;
Amène-moi la Furie
La plus cruelle des trois.
Race que j'ai trop chérie,
Tu périras cette fois ! >>
Jupiter ne tarda guère
A modérer son transport.
O vous, rois, qu'il voulut faire
Arbitres de notre sort,
Laissez, entre la colère
Et l'orage qui la suit,
L'intervalle d'une nuit.
Le dieu dont l'aile est légère
Et la langue a des douceurs ,
Alla voir les noires sœurs.
A Tisiphone et Mégère
Il préféra, ce dit-on,
174 FABLES.
L'impitoyable Alecton .
Ce choix la rendit si fière
Qu'elle jura par Pluton
Que toute l'engeance humaine
Seroit bientôt du domaine
Des déités de là-bas.
Jupiter n'approuva pas
Le serment de l'Euménide .
Il la renvoie ; et pourtant
Il lance un foudre à l'instant
Sur certain peuple perfide .
Le tonnerre, ayant pour guide
Le père même de ceux
Qu'il menaçoit de ses feux,
Se contenta de leur crainte ;
Il n'embrasa que l'enceinte
D'un désert inhabité ;
Tout père frappe à côté .
Qu'arriva-t-il ? Notre engeance
"
Prit pied sur cette indulgence .
Tout l'Olympe s'en plaignit ;
Et l'assembleur de nuages
Jura le Styx , et promit
De former d'autres orages :
Ils seroient sûrs. On sourit ;
On lui dit qu'il étoit père,
Et qu'il laissât, pour le mieux,
A quelqu'un des autres dieux
D'autres tonnerres à faire .
Vulcain entreprit l'affaire .
Ce dieu remplit ses fourneaux
De deux sortes de carreaux :
L'un jamais ne se fourvoie ;
Et c'est celui que toujours
L'Olympe en corps nous envoie .
L'autre s'écarte en son cours ;
Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte,
Bien souvent même il se perd ;
LIVRE VIII. 175
Et ce dernier en sa route
Nous vient du seul Jupiter.
FABLE XXI. - Le Faucon et le Chapon.
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'étoit pas un sot, non, non, et croyez- m'en,
Que le chien de Jean de Nivelle ' .
Un citoyen du Mans, chapon de son métier,
Étoit sommé de comparoître
Par-devant les lares du maître,
Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer.
Tous les gens lui crioient, pour déguiser la chose :
« Petit, petit, petit ! » mais, loin de s'y fier,
Le Normand et demi laissoit les gens crier.
« Serviteur, disoit-il ; votre appât est grossier :
On ne m'y tient pas ; et pour cause . »
Cependant un faucon sur sa perche voyoit
Notre Manseau qui s'enfuyoit ..
Les chapons ont en nous fort peu de confiance ,
Soit instinct, soit expérience .
Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé,
Devoit, le lendemain, être d'un grand soupé,
Fort à l'aise en un plat : honneur dont la volaille
Se seroit passée aisément.
L'oiseau chasseur lui dit : « Ton peu d'entendement
Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille,
Gens grossiers, sans esprit, à qui l'on n'apprend rien .
Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître .
1. « Qui s'en va quand on l'appelle. La Fontaine prend le pro-
verbe dans le sens qu'on lui donne ordinairement; mais en voici
l'origine : Dans la guerre entre Louis XI et le duc de Bourgogne,
le duc de Montmorency somma son fils Jean de Nivelle , qui était
alors en Flandre , de venir se battre pour le roi Louis ; et ce chien
de Jean de Nivelle ne vint pas.
176 FABLES.
Le vois-tu pas à la fenêtre?
Il t'attend : es-tu sourd?-Je n'entends que trop bien,
Repartit le chapon : mais que me veut-il dire ?
Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau?
Reviendrois-tu pour cet appeau?
Laisse-moi fuir ; cesse de rire
De l'indccilité qui me fait envoler
Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.
Si tu voyois mettre à la broche
Tous les jours autant de faucons
Que j'y vois mettre de chapons,
Tu ne me ferois pas un semblable reproche . »
FABLE XXII . - Le Chat et le Rat.
Quatre animaux divers, le chat grippe-fromage,
Triste oiseau le hibou , ronge-maille le rat,
Dame belette au long corsage ,
Toutes gens d'esprit scélérat ,
Hantoient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage.
Tant y furent qu'un soir à l'entour de ce pin
L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin ,
Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie
Le filet : il y tombe, en danger de mourir ;
Et mon chat de crier ; et le rat d'accourir :
L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie ;
Il voyoit dans les lacs son mortel ennemi .
Le pauvre chat dit : « Cher ami,
Les marques de ta bienveillance
Sont communes en mon endroit ;
Viens m'aider à sortir du piége où l'ignorance
M'a fait tomber. C'est à bon droit
Que seul entre les tiens, par amour singulière,
Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux.
Je n'en ai point regret, et j'en rends grâce aux dieux.
J'allois leur faire ma prière ,
LIVRE VIII. 177
Comme tout dévot chat en use les matins.
Ce réseau me retient ma vie est en tes mains ,
Viens dissoudre ces nœuds . - Et quelle récompense
En aurai-je? reprit le rat.
- Je jure éternelle alliance
Avec toi, repartit le chat.
Dispose de ma griffe, et sois en assurance :
Envers et contre tous je te protégerai ;
Et la belette mangerai
Avec l'époux de la chouette :
Ils t'en veulent tous deux. » Le rat dit : « Idiot !
Moi ton libérateur ! je ne suis pas si sot. »
Puis il s'en va vers sa retraite :
La belette étoit près du trou.
Le rat grimpe plus haut ; il y voit le hibou.
Dangers de toutes parts : le plus pressant l'emporte .
Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte
Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant
Qu'il dégage enfin l'hypocrite .
L'homme paroît en cet instant ;
Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite.
A quelque temps de là, notre chat vit de loin
Son rat qui se tenoit alerte et sur ses gardes :
« Ah ! mon frère, dit-il , viens m'embrasser ; ton soin
Me fait injure ; tu regardes
Comme ennemi ton allié .
Penses-tu que j'aie oublié
Qu'après Dieu je te dois la vie?
- Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie
Ton naturel ? Aucun traité
Peut-il forcer un chat à la reconnoissance ?
S'assure-t-on sur l'alliance
Qu'a faite la nécessité? »
FABLE XXIII. - Le Torrent et la Rivière.
Avec grand bruit et grand fracas
178 FABLES .
Un torrent tomboit des montagnes :
Tout fuyoit devant lui ; l'horreur suivoit ses pas ;
Il faisoit trembler les campagnes .
Nul voyageur n'osoit passer
Une barrière si puissante :
Un seul vit des voleurs ; et, se sentant presser,
Il mit entre eux et lui cette onde menaçante.
Ce n'étoit que menace et bruit sans profondeur :
Notre homme enfin n'eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage ,
Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,
Il rencontra sur son passage
Une rivière dont le cours ,
Image d'un sommeil doux, paisible et tranquille,
Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile :
Point de bords escarpés, un sable pur et net.
Il entre ; et son cheval le met
A couvert des voleurs, mais non de l'onde noire :
Tous deux au Styx allèrent boire ;
Tous deux, à nager malheureux,
Allèrent traverser, au séjour ténébreux,
Bien d'autres fleuves que les nôtres .
Les gens sans bruit sont dangereux ;
Il n'en est pas ainsi des autres.
FABLE XXIV . - L'Éducation.
Laridon et César, frères dont l'origine
Venoit de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
A deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantoient, l'un les forêts , et l'autre la cuisine.
Ils avoient eu d'abord chacun un autre nom ;
Mais la diverse nourriture
Fortifiant en l'un cette heureuse nature,
En l'autre l'altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon.
LIVRE VIII. 179
Son frère, ayant couru mainte haute aventure,
Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
On eut soin d'empêcher qu'une indigne maîtresse
Ne fît en ses enfans dégénérer son sang.
Laridon, négligé, témoignoit sa tendresse
A l'objet le premier passant.
Il peupla tout de son engeance :
Tourne-broches par lui rendus communs en Franco
Y font un corps à part, gens fuyant les hasards,
Peuple antipode des Césars.
On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :
Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère .
Faute de cultiver la nature et ses dons,
Oh ! combien de Césars deviendront Laridons !
FABLE XXV . - Les deux Chiens et l'Ane mort.
Les vertus devroient être sœurs ,
Ainsi que les vices sont frères .
Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos cœurs,
Tous viennent à la file ; il ne s'en manque guères :
J'entends de ceux qui, n'étant pas contraires,
Peuvent loger sous même toit .
A l'égard des vertus, rarement on les voit
Toutes en un sujet éminemment placées
Se tenir par la main sans être dispersées.
L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent , mais froid.
Parmi les animaux, le chien se pique d'être
Soigneux et fidèle à son maître ;
Mais il est sot, il est gourmand ;
Témoin ces deux mâtins qui, dans l'éloignement ,
Virent un âne mort qui flottoit sur les ondes .
Le vent de plus en plus l'éloignoit de nos chiens.
« Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens :
Porte un peu tes regar's sur ces plaines profondes ;
1
180 FABLES .
J'y crois voir quelque chose. Est-ce un bœuf? un cheval?
-Eh ! qu'importe quel animal ?
Dit l'un de ces mâtins ; voilà toujours curée .
Le point est de l'avoir : car le trajet est grand ;
Et de plus, il nous faut nager contre le vent.
Buvons toute cette eau ; notre gorge altérée
En viendra bien à bout : ce corps demeurera
Bientôt à sec, et ce sera
Provision pour la semaine . »
Voilà mes chiens à boire : ils perdirent l'haleine,
Et puis la vie ; ils firent tant
Qu'on les vit crever à l'instant.
L'homme est ainsi bâti : quand un sujet l'enflamme ,
L'impossibilité disparoît à son âme.
Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas,
S'outrant pour acquérir des biens ou de la gloire ?
« Si j'arrondissois mes États !
Si je pouvois remplir mes coffres de ducats !
Si j'apprenois l'hébreu, les sciences, l'histoire ! »
Tout cela, c'est la mer à boire ;
Mais rien à l'homme ne suffit.
Pour fournir aux projets que forme un seul esprit,
Il faudroit quatre corps ; encor, loin d'y suffire,
A mi-chemin je crois que tous demeureroient :
Quatre Mathusalem bout à bout ne pourroient
Mettre à fin ce qu'un seul désire.
FABLE XXVI . - Démocrite et les Abdéritains.
Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire !
Qu'il me semble profane, injuste et téméraire,
Mettant de faux milieux entre la chose et lui,
Et mesurant par soi ce qu'il voit en autrui !
Le maître d'Épicure en fit l'apprentissage.
Son pays le crut fou. Petits esprits ! mais quoi !
LIVRE VIII. 181
Aucun n'est prophète chez soi .
Ces gens étoient les fous, Démocrite , le sage.
L'erreur alla si loin qu'Abdère députa
Vers Hippocrate , et l'invita,
Par lettres et par ambassade,
A venir rétablir la raison du malade .
Notre concitoyen, disoient- ils en pleurant,
Perd l'esprit la lecture a gâté Démocrite.
Nous l'estimerions plus s'il étoit ignorant.
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :
Peut-être même ils sont remplis
De Démocrites infinis .
Non content de ce songe, il y joint les atomes ,
Enfans d'un cerveau creux, invisibles fantômes ;
Et, mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas ,
Il connoît l'univers, et ne se connoît pas.
Un temps fut qu'il savoit accorder les débats :
Maintenant il parle à lui-même.
Venez, divin mortel ; sa folie est extrême . »
Hippocrate n'eut pas trop de foi pour ces gens ;
Cependant il partit. Et voyez, je vous prie,
Quelles rencontres dans la vie
Le sort cause ! Hippocrate arriva dans le temps
Que celui qu'on disoit n'avoir raison ni sens
Cherchoit, dans l'homme et dans la bête,
Quel siége a la raison , soit le cœur , soit la tête .
Sous un ombrage épais, assis près d'un ruisseau ,
Les labyrinthes d'un cerveau
L'occupoient . Il avoit à ses pieds maint volume ,
Et ne vit presque pas son ami s'avancer,
Attaché selon sa coutume.
Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser :
Le sage est ménager du temps et des paroles .
Ayant donc mis à part les entretiens frivoles ,
Et beaucoup raisonné sur l'homme et sur l'esprit,
Ils tombèrent sur la morale .
Il n'est pas besoin que j'étale
Tout ce que l'un et l'autre dit.
182 FABLES .
Le récit précédent suffit
Pour montrer que le peuple est juge récusable.
En quel sens est donc véritable
Ce que j'ai lu dans certain lieu ,
Que sa voix est la voix de Dieu?
FABLE XXVII . Le Loup et le Chasseur.
Fureur d'accumuler, monstre de qui les yeux
Regardent comme un point tous les bienfaits des dieux,
Te combattrai-je en vain sans cesse en cet ouvrage !
Quel temps demandes-tu pour suivre mes leçons ?
L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage,
Ne dira-t-il jamais : « C'est assez, jouissons ?
- Hâte -toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre.
Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre :
Jouis. - Je le ferai . - Mais quand donc ? - Dès demain.
-Eh ! mon ami , la mort te peut prendre en chemin :
Jouis dès aujourd'hui ; redoute un sort semblable
A celui du chasseur et du loup de ma fable.
Le premier de son arc avoit mis bas un daim,
Un faon de biche passe , et le voilà soudain
Compagnon du défunt ; tous deux gisent sur l'herbe.
La proie étoit honnête : un daim avec un faon ;
Tout modeste chasseur en eût été content :
Cependant un sanglier, monstre énorme et superbe,
Tente encor notre archer, friand de tels morceaux.
Autre habitant du Styx : la Parque et ses ciseaux
Avec peine y mordoient ; la déesse infernale
Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale .
De la force du coup pourtant il s'abattit.
C'étoit assez de biens. Mais quoi ! rien ne remplit
Les vastes appétits d'un faiseur de conquêtes .
Dans le temps que le porc revient à soi, l'archer
Voit le long d'un sillon une perdrix marcher,
Surcroît chétif aux autres têtes :
LIVRE VIII. 183
De son arc toutefois il bande les ressorts.
Le sanglier, rappelant les restes de sa vie ,
Vient à lui , le découd, meurt vengé sur son corps ;
Et la perdrix le remercie.
Cette part du récit s'adresse au convoiteux :
L'avare aura pour lui le reste de l'exemple.
Un loup vit en passant ce spectacle piteux :
« O Fortune ! dit-il, je te promets un temple.
Quatre corps étendus ! que de biens ! mais pourtant
Il faut les ménager ; ces rencontres sont rares. »
(Ainsi s'excusent les avares.)
« J'en aurai, dit le loup, pour un mois, pour autant :
Un , deux, trois, quatre corps ; ce sont quatre semaines,
Si je sais compter , toutes pleines.
Commençons dans deux jours ; et mangeons cependant
La corde de cet arc : il faut que l'on l'ait faite
De vrai boyau ; l'odeur me le témoigne assez. »
En disant ces mots, il se jette
1
Sur l'arc qui se détend, et fait de la sagette
Un nouveau mort : mon loup a les boyaux percés.
Je reviens à mon texte. Il faut que l'on jouisse ;
Témoin ces deux gloutons punis d'un sort commun :
La convoitise perdit l'un ;
L'autre périt par l'avarice.
1. Vieux mot, pour flèche . du latin sagitta.
LIVRE NEUVIÈME .
FABLE I. - Le Dépositaire infidèle.
Grâce aux Filles de mémoire,
J'ai chanté des animaux ;
Peut-être d'autres héros
M'auroient acquis moins de gloire.
Le loup, en langue des dieux ,
Parle au chien dans mes ouvrages :
Les bêtes, à qui mieux mieux,
Y font divers personnages ,
Les uns fous, les autres sages ;
De telle sorte pourtant
Que les fous vont l'emportant :
La mesure en est plus pleine.
Je mets aussi sur la scène
Des trompeurs, des scélérats,
Des tyrans et des ingrats,
Mainte imprudente pécore ,
Force sots, force flatteurs ;
Je pourrois y joindre encore
Des légions de menteurs :
Tout homme ment, dit le sage.
S'il n'y mettoit seulement
Que les gens du bas étage,
On pourroit aucunement
Souffrir ce défaut aux hommes ;
Mais que tous, tant que nous sommes,
Nous mentions , grand et petit,
Si quelque autre l'avoit dit,
Je soutiendrois le contraire.
Et même qui mentiroit
Comme Ésope et comme Homère,
Un vrai menteur ne seroit :
Le doux charme de maint songe
Par leur bel art inventé
LIVRE IX . 185
Sous les habits du mensonge
Nous offre la vérité.
L'un et l'autre a fait un livre
Que je tiens digne de vivre
Sans fin, et plus, s'il se peut.
Comme eux ne ment pas qui veut :
Mais mentir comme sut faire
Un certain dépositaire ,
Payé par son propre mot,
Est d'un méchant et d'un sot.
Voici le fait :
Un trafiquant de Perse,
Chez son voisin , s'en allant en commerce ,
Mit en dépôt un cent de fer un jour.
Mon fer ? dit-il, quand il fut de retour.
Votre fer ! il n'est plus : j'ai regret de vous dire
Qu'un rat l'a mangé tout entier.
J'en ai grondé mes gens : mais qu'y faire ? un grenier
A toujours quelque trou . » Le trafiquant admire
Un tel prodige, et feint de le croire pourtant.
Au bout de quelques jours il détourne l'enfant
Du perfide voisin ; puis à souper convie
Le père, qui s'excuse, et lui dit en pleurant :
« Dispensez-moi, je vous supplie ;
Tous plaisirs pour moi sont perdus.
J'aimois un fils plus que ma vie :
Je n'ai que lui ; que dis-je ! hélas ! je ne l'ai plus !
On me l'a dérobé : plaignez mon infortune. D
Le marchand repartit : « Hier au soir, sur la brune,
Un chat-huant s'en vint votre fils enlever ;
Vers un vieux bâtiment je le lui vis porter. »
Le père dit : « Comment voulez-vous que je croie
Qu'un hibou pût jamais emporter cette proie ?
Mon fils en un besoin eût pris le chat-huant.
Je ne vous dirai point, reprit l'autre , comment :
Mais enfin je l'ai vu , vu de mes yeux, vous dis-je ;
Et ne vois rien qui vous oblige
D'en douter un moment après ce que je dis.
186 FABLES .
Faut-i que vous trouviez étrange
Que les chats-huans d'un pays
Où le quintal de fer par un seul rat se mange,
Enlèvent un garçon pesant un demi-cent ? »
L'autre vit où tendoit cette feinte aventure
Il rendit le fer au marchand,
Qui lui rendit sa géniture .
Même dispute avint entre deux voyageurs.
L'un d'eux étoit de ces conteurs
Qui n'ont jamais rien vu qu'avec un microscope ;
Tout est géant chez eux : écoutez-les, l'Europe ,
Comme l'Afrique , aura des monstres à foison.
Celui-ci se croyoit l'hyperbole permise :
« J'ai vu, dit-il, un chou plus grand qu'une maison .
-Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église . »
Le premier se moquant , l'autre reprit : « Tout doux ;
On le fit pour cuire vos choux.
L'homme au pot fut plaisant , l'homme au fer fut habile .
Quand l'absurde est outré , l'on lui fait trop d'honneur
De vouloir par raison combattre son erreur :
Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile .
FABLE II. - Les deux Pigeons.
Deux pigeons s'aimoient d'amour tendre :
L'un d'eux, s'ennuyant au logis,
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : « Qu'allez -vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux ;
Non pas pour vous, cruel ! Au moins , que les travaux ,
Les dangers, les soins du voyage ,
Changent un peu votre courage.
Encor, si la saison s'avançoit davantage !
Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau
LIVRE IX . 187
Tout à l'heure annonçoit malheur à quelque oiscau .
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que faucons, que réseaux . Hélas ! dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon souper, bon gîte, et le reste ? »
Ce discours ébranla le cœur
De notre imprudent voyageur :
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : « Ne pleurez point ;
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite :
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère ;
Je le désennuierai . Quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi . Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étois là ; telle chose m'avint :
Vous y croirez être vous- même. n
A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie ;
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu ,
Voit un pigeon auprès cela lui donne envie ;
Il y vole, il est pris : ce blé couvroit d'un lacs
Les menteurs et traîtres appâts.
Le lacs étoit usé ; si bien que , de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin :
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux , qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du lacs qui l'avoit attrapé,
Sembloit un forçat échappé.
Le vautour s'en alloit le lier¹ , quand des nues
1. Lier, terme de fauconnerie , se dit lorsque le faucon enlève
188 FABLES.
Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
Le pigeon profita du conflit des voleurs ,
S'envola , s'abattit auprès d'une masure ,
Crut pour ce coup que ses malheurs
Finiroient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié)
Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile , et tirant le pied,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna :
Que bien, que mal , elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amans, heureux amans, voulez-vous voyager?
Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste .
J'ai quelquefois aimé : je n'aurois pas alors,
Contre le Louvre et ses trésors ,
Contre le firmament et sa voûte céleste ,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers sermens.
Hélas ! Quand reviendront de semblables momens !
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmans
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète !
Ah ! si mon cœur osoit encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer?
en l'air sa proie dans ses serres , ou lorsque l'ayant assommée , il
la lie de ses serres et la tient à terre.
LIVRE IX . 189
FABLE III. - Le Singe et le Léopard.
Le singe avec le léopard
Gagnoient de l'argent à la foire.
Ils affichoient chacun à part.
L'un d'eux disoit : « Messieurs, mon mérite et ma gloire
Sont connus en bon lieu. Le roi n'a voulu voir ;
Et si je meurs, il veut avoir
Un manchon de ma peau : tant elle est bigarrée,
Pleine de taches , marquetée ,
Et vergetée, et mouchetée ! »
La bigarrure plaît : partant chacun le vit.
Mais ce fut bientôt fait ; bientôt chacun sortit.
Le singe de sa part disoit : « Venez, de grâce ;
Venez, messieurs : je fais cent tours de passe- passe .
Cette diversité dont on vous parle tant,
Mon voisin léopard l'a sur soi seulement :
Moi , je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gille,
Cousin et gendre de Bertrand,
Singe du pape en son vivant,
Tout fraîchement en cette ville
Arrive en trois bateaux , exprès pour vous parler ;
Car il parle, on l'entend : il sait danser, baller,
Faire des tours de toute sorte,
Passer en des cerceaux ; et le tout pour six blancs :
Non, messieurs, pour un sou ; si vous n'êtes contens,
Nous rendrons à chacun son argent à la porte. »
Le singe avoit raison. Ce n'est pas sur l'habit
Que la diversité me plaît ; c'est dans l'esprit :
L'une fournit toujours des choses agréables ;
L'autre, en moins d'un moment, lasse les regardans .
Oh! que de grands seigneurs, au léopard semblables,
N'ont que l'habit pour tous talens !
FABLE IV . - Le Gland et la Citrouille .
Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve
En tout cet univers, et l'aller parcourant,
190 FABLES .
Dans les citrouilles je la treuve.
Un villageois, considérant
Combien ce fruit est gros et sa tige menue :
« A quoi songeoit , dit-il, l'auteur de tout cela ?
Il a bien mal placé cette citrouille-là !
Eh parbleu ! je l'aurois pendue
A l'un des chênes que voilà ;
C'eût été justement l'affaire :
Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré
Au conseil de Celui que prêche ton curé ;.
Tout en eût été mieux : car pourquoi, par exemple,
Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,
Ne pend-il pas en cet endroit ?
Dieu s'est mépris : plus je contemple
Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo
Que l'on a fait un quiproquo . »
Cette réflexion embarrassant notre homme :
« On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit ; *
Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit .
Il s'éveille ; et, portant la main sur son visage,
Il trouve encor le gland pris au poil du menton.
Son nez meurtri le force à changer de langage .
« Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! Et que seroit-ce done
S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde ,
Et que ce gland eût été gourde ?
Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison ;
J'en vois bien à présent la cause . »
En louant Dieu de toute chose
Garo retourne à la maison .
FABLE V. - L'Écolier, le Pédant, et le Maître d'unjardin.
Certain enfant qui sentoit son collége ,
Doublement sot et doublement fripon
Par le jeune âge et par le privilége
LIVRE IX . 191
Qu'ont les pédans de gâter la raison ,
Chez un voisin déroboit , ce dit-on ,
Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
Des plus beaux dons que nous offre Pomone
Avoit la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportoit son tribut ;
Car au printemps il jouissoit encore
Des plus beaux dons que nous présente Flore .
Un jour dans son jardin il vit notre écolier,
Qui, grimpant sans égard, sur un arbre fruitier,
Gâtoit jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance,
Avant-coureurs des biens que promet l'abondance :
Même il ébranchoit l'arbre ; et fit tant à la fin
Que le possesseur du jardin
Envoya faire plainte au maître de la classe.
Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfans :
Voilà le verger plein de gens
Pires que le premier . Le pédant, de sa grâce,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite :
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment
Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite
Se souvînt à jamais comme d'une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron ,
Avec force traits de science .
Son discours dura tant que la maudite engeance
Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin .
Je hais les pièces d'éloquence
Hors de leur place, et qui n'ont point de fin ;
Et ne sais bête au monde pire
Que l'écolier, si ce n'est le pédant .
Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
Ne me plairoit aucunement.
FABLE VI . - Le Statuaire et la Statue de Jupiter .
Un bloc de marbre étoit si beau
192 FABLES .
Qu'un statuaire en fit l'emplette .
« Qu'en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il dieu , table, ou cuvette ?
Il sera dieu : même je veux
Qu'il ait en sa main un tonnerre .
Tremblez, humains ! faites des vœux :
Voilà le maître de la terre. »
L'artisan exprima si bien
Le caractère de l'idole
Qu'on trouva qu'il ne manquoit rien
A Jupiter que la parole :
Même l'on dit que l'ouvrier
Eut à peine achevé l'image ,
Qu'on le vit frémir le premier,
Et redouter son propre ouvrage.
A la foiblesse du sculpteur
Le poëte autrefois n'en dut guère ,
Des dieux dont il fut l'inventeur
Craignant la haine et la colère :
Il étoit enfant en ceci ;
Les enfans n'ont l'âme occupée
Que du continuel souci
Qu'on ne fâche point leur poupée.
Le cœur suit aisément l'esprit :
De cette source est descendue
L'erreur païenne , qui se vit
Chez tant de peuples répanduc .
Ils embrassoient violemment
Les intérêts de leur chimère :
Pygmalion devint amant
De la Vénus dont il fut père
LIVRE IX . 193
Chacun tourne en réalités ,
Autant qu'il peut, ses propres songes :
L'homme est de glace aux vérités ,
Il est de feu pour les mensonges .
FABLE VII . ― La Souris métamorphosée en Fille
Une souris tomba du bec d'un chat-huant :
Je ne l'eusse pas ramassée ;
Mais un bramin le fit : je le crois aisément ;
Chaque pays a sa pensée .
La souris étoit fort froissée.
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu ; mais le peuple bramin
Le traite en frère . Ils ont en tête
Que notre âme, au sortir d'un roi ,
Entre dans un ciron , ou dans telle autre bête
Qu'il plaît au Sort : c'est là l'un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement, le bramin crut bien faire
De prier un sorcier qu'il logeât la souris
Dans un corps qu'elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l'âge de quinze ans, et telle et si gentille
Que le fils de Priam pour elle auroit tenté
Plus encor qu'il ne fit pour la grecque beauté .
Le bramin fut surpris de chose si nouvelle .
Il dit à cet objet si doux :
« Vous n'avez qu'à choisir ; car chacun est jaloux
De l'honneur d'être votre époux.
- En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
Soleil, s'écria lors le bramin à genoux,
C'est toi qui seras notre gendre .
- Non, dit- il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi , puisqu'il cache mes traits ,
Je vous conseille de le prendre .
194 FABLES .
-Hé bien ! dit le bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille? - Hélas ! non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée :
Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée.
Le bramin fâché s'écria :
« O vent, donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle ! >>
Il accouroit ; un mont en chemin l'arrêta .
L'éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : « J'aurois une querelle
Avec le rat ; et l'offenser
Ce seroit être fou , lui qui peut me percer.
Au mot de rat, la demoiselle
Ouvrit l'oreille : il fut l'époux.
Un rat ! un rat : c'est de ces coups
Qu'Amour fait ; témoin telle et telle .
Mais ceci soit dit entre nous.
On tient toujours du lieu dont on vient. Cette fable
Prouve assez bien ce point : mais, à la voir de près
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n'est point au Soleil préférable
En s'y prenant ainsi ? Dirai-je qu'un géant
Est moins fort qu'une puce ? elle le mord pourtant .
Le rat devoit aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu'au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté .
Revenons, s'il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le bramin même ;
Car il faut, selon son système ,
Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
LIVRE IX. 195
Mais, agissant diversement
Selon l'organe seulement ,
L'une s'élève , et l'autre rampe.
D'où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s'unir au Soleil ? Un rat eut sa tendresse.
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris, et les âmes des belles
Sont très-différentes entre elles ;
Il en faut revenir toujours à son destin,
C'est-à-dire à la loi par le ciel établie :
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.
FABLE VIII. Le Fou qui vend la Sagesse.
Jamais auprès des fous ne te mets à portée :
Je ne te puis donner un plus sage conseil .
Il n'est enseignement pareil
A celui-là, de fuir une tête éventée .
On en voit souvent dans les cours :
Le prince y prend plaisir ; car ils donnent toujours
Quelque trait aux fripons, aux sots, aux ridicules .
Un fol alloit criant par tous les carrefours
Qu'il vendoit la sagesse , et les mortels crédules
De courir à l'achat : chacun fut diligent.
On essuyoit force grimaces ;
Puis on avoit pour son argent,
Avec un bon soufflet, un fil long de deux brasses.
La plupart s'en fâchoient ; mais que leur servoit-il?
C'étoient les plus moqués : le mieux étoit de rire,
Ou de s'en aller sans rien dire
Avec son soufflet et son fil.
De chercher du sens à la chose,
On se fût fait siffler ainsi qu'un ignorant.
196 FABLES .
La raison est-elle garant
De ce que fait un fou ? le hasard est la cause
De tout ce qui se passe en un cerveau blessé.
Du fil et du soufflet pourtant embarrassé,
Un des dupes un jour alla trouver un sage,
Qui, sans hésiter davantage,
Lui dit : « Ce sont ici hiéroglyphes tout purs.
Les gens bien conseillés, et qui voudront bien faire ,
Entre eux et les gens fous mettront, pour l'ordinaire,
La longueur de ce fil ; sinon je les tiens sûrs
De quelque semblable caresse .
Vous n'êtes point trompé ; ce fou vend la sagesse . »
FABLE IX . ―― L'Huître et les Plaideurs.
Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent
Une huître, que le flot y venoit d'apporter :
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
A l'égard de la dent, il fallut contester.
L'un se baissoit déjà pour ramasser la proie ;
L'autre le pousse , et dit : « Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l'apercevoir
En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.
- Si par là l'on juge l'affaire,
Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon, Dieu merci.
- Je ne l'ai pas mauvais aussi,
Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie .
Hé bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie. »
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
Perrin, fort gravement, ouvre l'huître, et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit , d'un ton de président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille, »
LIVRE IX . 197
Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ;
Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles
Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui ,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.
FABLE X. - Le Loup et le Chien maigre.
Autrefois carpillon fretin
Eut beau prêcher, il eut beau dire,
On le mit dans la poêle à frire .
Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main,
Sous espoir de grosse aventure,
Est imprudence toute pure.
Le pêcheur eut raison ; carpillon n'eut pas tort :
Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
Maintenant il faut que j'appuie
Ce que j'avançai lors, de quelque trait encor.
Certain loup, aussi sot que le pêcheur fut sage ,
Trouvant un chien hors du village,
S'en alloit l'emporter. Le chien représenta
Sa maigreur : « Jà ne plaise à votre seigneurie
De me prendre en cet état-là ;
Attendez : mon maître marie
Sa fille unique, et vous jugez
Qu'étant de noce il faut malgré moi que j'engraisse. »
Le loup le croit, le loup le laisse.
Le loup, quelques jours écoulés ,
Revient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre ,
Mais le drôle étoit au logis .
Il dit au loup par un treillis :
« Ami, je vais sortir ; et, si tu veux attendre,
Le portier du logis et moi
Nous serons tout à l'heure à toi. »
Ce portier du logis étoit un chien énorme ,
Expédiant les loups en forme.
Celui-ci s'en douta. « Serviteur au portier, D
198 FABLES.
Dit-il; et de courir. Il étoit fort agile ;
Mais il n'étoit pas fort habile :
Ce loup ne savoit pas encor bien son métier.
FABLE XI. - Rien de trop.
Je ne vois point de créature
Se comporter modérément.
Il est certain tempérament
Que le maître de la nature
Veut que l'on garde en tout . Le fait-on? nullement :
Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
Le blé, riche présent de la blonde Cérès ,
Trop touffu bien souvent épuise les guérets :
En superfluités s'épandant d'ordinaire,
Et poussant trop abondamment,
Il ôte à son fruit l'aliment.
L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire !
Pour corriger le blé , Dieu permit aux moutons
De retrancher l'excès des prodigues moissons .
Tout au travers ils se jetèrent,
Gâtèrent tout, et tout broutèrent ;
Tant que le ciel permit aux loups
D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ;
S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
Puis le ciel permit aux humains
De punir ces derniers : les humains abusèrent
A leur tour des ordres divins .
De tous les animaux, l'homme a le plus de pente
A se porter dedans l'excès.
Il faudroit faire le procès
Aux petits comme aux grands . Il n'est âme vivante
Qui ne pêche en ceci . Rien de trop est un point
Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point.
LIVRE IX. 199
FABLE XII. - Le Cierge.
C'est du séjour des dieux que les abeilles viennent.
Les premières, dit-on, s'en allèrent loger
Au mont Hymette, et se gorger
Des trésors qu'en ce lieu les zéphyrs entretiennent.
Quand on eut des palais de ces filles du ciel
Enlevé l'ambrosie en leurs chambres enclose,
Ou, pour dire en françois la chose,
Après que les ruches sans miel
N'eurent plus que la cire , on fit mainte bougie ;
Maint cierge aussi fut façonné .
Un d'eux voyant la terre en brique au feu durcie
Vaincre l'effort des ans, il eut la même envie ;
Et, nouvel Empédocle aux flammes condamné
Par sa propre et pure folie,
Il se lança dedans. Ce fut mal raisonné :
Ce cierge ne savoit grain de philosophie.
Tout en tout est divers : ôtez-vous de l'esprit
Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre.
L'Empedocle de cire au brasier se fondit :
Il n'étoit pas plus fou que l'autre.
FABLE XIII . ― Jupiter et le Passager.
Oh ! combien le péril enrichiroit les dieux,
Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait faire !
Mais, le péril passé , l'on ne se souvient guère
De ce qu'on a promis aux cieux ;
On compte seulement ce qu'on doit à la terre .
« Jupiter, dit l'impie , est un bon créancier ;
Il ne se sert jamais d'huissier. »
Eh ! qu'est-ce donc que le tonnerre ?
Comment appelez-vous ces avertissemens?
Un passager pendant l'orage
200 FABLES.
Avoit voué cent boeufs au vainqueur des Titans.
Il n'en avoit pas un : vouer cent éléphans
N'auroit pas coûté davantage.
Il brûla quelques os quand il fut au rivage :
Au nez de Jupiter la fumée en monta.
Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu ; le voilà :
C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire
La fumée est ta part : je ne te dois plus rien. »
Jupiter fit semblant de rire ;
Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien,
Envoyant un songe lui dire
Qu'un tel trésor étoit en tel lieu . L'homme au vœu
Courut au trésor comme au feu.
Il trouva des voleurs ; et, n'ayant dans sa bourse
Qu'un écu pour toute ressource,
Il leur promit cent talens d'or ,
Bien comptés , et d'un tel trésor :
On l'avoit enterré dedans telle bourgade.
L'endroit parut suspect aux voleurs ; de façon
Qu'à notre prometteur l'un dit : Mon camarade,
Tute moques de nous ; meurs, et va chez Pluton
Porter tes cent talens en don. »
FABLE XIV . - Le Chat et le Renard.
Le chat et le renard, comme beaux petits saints,
S'en alloient en pèlerinage.
C'étoient deux vrais tartufs, deux archipatelins,
Deux francs patte-pelus, qui, des frais du voyage,
Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,
S'indemnisoient à qui mieux mieux .
1.9 chemin étant long, et partant ennuyeux ,
Pour l'accourcir ils disputèrent.
La dispute est d'un grand secours :
Sans elle on dormiroit toujours.
Nos pèlerins s'égosillèrent.
Ayant bien disputé , l'on parla du prochain.
LIVRE IX . 201
Le renard au chat dit enfin :
« Tu prétends être fort habile ;
En sais-tu tant que moi ? J'ai cent ruses au sac.
-Non, dit l'autre je n'ai qu'un tour dans mon bissac ;
Mais je soutiens qu'il en vaut mille . »
Eux de recommencer la dispute à l'envi .
Sur le que si, que non, tous deux étant ainsi,
Une meute apaisa la noise.
Le chat dit au renard : « Fouille en ton sac, ami ;
Cherche en ta cervelle matoise
Un stratagème sûr : pour moi , voici le mien. »
A ces mots, sur un arbre il grimpa bel et bien.
L'autre fit cent tours inutiles ,
Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut
Tous les confrères de Brifaut.
Partout il tenta des asiles ;
Et ce fut partout sans succès :
La fumée y pourvut, ainsi que les bassets .
Au sortir d'un terrier deux chiens aux pieds agiles
L'étranglèrent du premier bond.
Le trop d'expédiens peut gâter une affaire :
On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire.
N'en ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.
FABLE XV . - Le Mari, la Femme et le Voleur
Un mari fort amoureux,
Fort amoureux de sa femme,
Bien qu'il fût jouissant, se croyoit malheureux.
Jamais ceillade de la dame,
Propos flatteur et gracieux ,
Mot d'amitié, ni doux sourire,
Déifiant le pauvre sire,
N'avoient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.
Je le crois : c'étoit un mari .
Il ne tint point à l'hyménée
15
202 FABLES.
Que, content de sa destinée ,
Il n'en remerciât les dieux .
Mais quoi, si l'amour n'assaisonne
Les plaisirs que l'hymen nous donne,
Je ne vois pas qu'on en soit mieux.
Notre épouse étant donc de la sorte bâtie,
Et n'ayant caressé son mari de sa vie,
Il en faisoit sa plainte une nuit . Un voleur
Interrompit la doléance .
La pauvre femme eut si grand'peur
Qu'elle chercha quelque assurance
Entre les bras de son époux.
<< Ami voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux
Me seroit inconnu ! Prends donc en récompense
Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance ;
Prends le logis aussi . » Les voleurs ne sont pas
Gens honteux , ni fort délicats :
Celui-ci fit sa main.
J'infère de ce conte
Que la plus forte passion
C'est la peur; elle fait vaincre l'aversion,
Et l'amour quelquefois : quelquefois il la dompte ;
J'en ai pour preuve cet amant
Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame,
L'emportant à travers la flamme.
J'aime assez cet emportement ;
Le conte m'en a plu toujours infiniment :
Il est bien d'une âme espagnole ,
Et plus grande encore que folle.
FABLE XVI . Le Trésor et les deux Hommes.
Un homme n'ayant plus ni crédit ni ressource,
Et logeant le diable en sa bourse,
C'est-à-dire n'y logeant rien,
S'imagina qu'il feroit bien
LIVRE IX . 203
De se pendre, et finir lui-même sa misère,
Puisque aussi bien sans iui la faim le viendroit faire :
Genre de mort qui ne duit pas
A gens peu curieux de goûter le trépas.
Dans cette intention, une vieille masure
Fut la scène où devoit se passer l'aventure :
Il y porte une corde , et veut avec un clou
Au haut d'un certain mur attacher le licou .
La muraille, vieille et peu forte ,
S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un trésor.
Notre désespéré le ramasse, et l'emporte ;
Laisse là le licou , s'en retourne avec l'or,
Sans compter ronde ou non , la somme plut au sire.
Tandis que le galant à grands pas se retire ,
L'homme au trésor arrive, et trouve son argent
Absent.
Quoi ! dit-il, sans mourir je perdrai cette somme !
Je ne me pendrai pas ! Et vraiment si ferai,
Ou de corde je manquerai. >>
Le lacs étoit tout prêt ; il n'y manquoit qu'un homme :
Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau.
Ce qui le consola, peut-être,
Fut qu'un autre eût, pour lui, fait les frais du cordeau.
Aussi bien que l'argent le licou trouva maître .
L'avare rarement finit ses jours sans pleurs ;
Il a le moins de part au trésor qu'il enserre ,
Thésaurisant pour les voleurs ,
Pour ses parens , ou pour la terre.
Mais que dire du troc que la Fortune fit ?
Ce sont là de ses traits ; elle s'en divertit :
Plus le tour est bizarre , et plus elle est contente.
Cette déesse inconstante
Se mit alors en l'esprit
De voir un homme se pendre ;
Et celui qui se pendit
S'y devoit le moins attendre .
204 FABLES .
FABLE XVII. - Le Singe et le Chat.
Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat,
Commensaux d'un logis, avoient un commun maître .
D'animaux malfaisans c'étoit un très -bon plat :
Ils n'y craignoient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
Trouvoit-on quelque chose au logis de gâté,
L'on ne s'en prenoit point aux gens du voisinage :
Bertrand déroboit tout ; Raton, de son côté,
Étoit moins attentif aux souris qu'au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardoient rôtir des marrons.
Les escroquer étoit une très-bonne affaire :
Nos galans y voyoient double profit à faire ;
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
Bertrand dit à Raton : « Frère, il faut aujourd'hui
Que tu fasses un coup de maître ;
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avoit fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes, marrons verroient beau jeu. »
Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte,
D'une manière délicate ,
Écarte un peu la cendre , et retire les doigts ;
Puis les reporte à plusieurs fois ,
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque ;
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens . Raton
N'étoit pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d'un pareil emploi,
Vont s'échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi .
FABLE XVIII . - Le Milan et le Rossignol
Après que le milan, manifeste voleur,
LIVRE IX . 205
Eut répandu l'alarme en tout le voisinage,
Et fait crier sur lui les enfans du village,
Un rossignol tomba dans ses mains par malheur.
Le héraut du printemps lui demande la vie.
« Aussi bien, que manger en qui n'a que le son?
Écoutez plutôt ma chanson :
Je vous raconterai Térée et son envie.
- Qui , Térée ? est-ce un mets propre pour les milans?
Non pas ; c'étoit un roi dont les feux violens
Me firent ressentir leur ardeur criminelle .
Je m'en vais vous en dire une chanson si belle
Qu'elle vous ravira : mon chant plaît à chacun. »
Le milan alors lui réplique :
< Vraiment, nous voici bien ! lorsque je suis à jeun,
Tu me viens parler de musique !
- J'en parle bien aux rois. Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles :
Pour un milan, il s'en rira . »
Ventre affamé n'a point d'oreilles.
FABLE XIX . - Le Berger et son Troupeau.
a Quoi! toujours il me manquera
«
Quelqu'un de ce peuple imbécile !
Toujours le loup m'en gobera !
J'aurai beau les compter ! ils étoient plus de mille,
Et m'ont laissé ravir notre pauvre Robin !
Robin mouton, qui par la ville
Me suivoit pour un peu de pain,
Et qui m'auroit suivi jusques au bout du monde !
Hélas ! de ma musette il entendoit le son ;
Il me sentoit venir de cent pas à la ronde .
Ah ! le pauvre Robin mouton ! »
Quand Guillot eut fini cette oraison funèbre,
Et rendu de Robin la mémoire célèbre,
Il harangua tout le troupeau,
206 FABLES .
Les chefs, la multitude , et jusqu'au moindre agneau,
Les conjurant de tenir ferme :
Cela seul suffiroit pour écarter les loups.
Foi de peuple d'honneur ils lui promirent tous
De ne bouger non plus qu'un terme .
« Nous voulons , dirent-ils, étouffer le glouton
Qui nous a pris Robin mouton . »
Chacun en répond sur sa tête .
Guillot les crut , et leur fit fête.
Cependant, devant qu'il fût nuit,
Il arriva nouvel encombre :
Un loup parut ; tout le troupeau s'enfuit.
Ce n'étoit pas un loup , ce n'en étoit que l'ombre.
Haranguez de méchants soldats ;
Ils promettront de faire rage :
Mais, au moindre danger, adieu tout leur courage ;
Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.
LIVRE DIXIÈME .
FABLE I. ― Les deux Rats, le Renard et l'Ouf.
DISCOURS A MADAME DE LA SABLIÈRE.
Iris, je vous louerois ; il n'est que trop aisé :
Mais vous avez cent fois notre encens refusé ;
En cela peu semblable au reste des mortelles,
Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles .
Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur.
Je ne les blâme point ; je souffre cette humeur :
Elle est commune aux dieux, aux monarques, aux belles
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,
Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre,
Et dont nous enivrons tous les dieux de la tere,
st la louange, Iris . Vous ne la goûtez point :
LIVRE X. 207
D'autre propos chez vous récompensent ce point.
Propos, agréables commerces,
Où le hasard fournit cent matières diverses ;
Jusque-là qu'en votre entretien
La bagatelle a part : le monde n'en croit rien.
Laissons le monde et sa croyance .
La bagatelle, la science,
Les chimères, le rien, tout est bon je soutiens
Qu'il faut de tout aux entretiens ;
C'est un parterre où Flore épand ses biens ;
Sur différentes fleurs l'abeille s'y repose,
Et fait du miel de toute chose .
Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais
Qu'en ces fables aussi j'entremêle des traits.
De certaine philosophie,
Subtile, engageante, et hardie.
On l'appelle nouvelle en avez-vous ou non
Ouï parler? Ils disent donc
Que la bête est une machine ;
Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts :
Nul sentiment, point d'âme ; en elle tout est corps.
Telle est la montre qui chemine
A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.
Ouvrez-la, lisez dans son sein :
Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde ;
La première y meut la seconde ;
Une troisième suit : elle sonne à la fin .
Au dire de ces gens, la bête est toute télle .
L'objet la frappe en un endroit ;
Ce lieu frappé s'en va tout droit,
Selon nous, au voisin en porter la nouvelle .
Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit .
L'impression se fait : mais comment se fait-elle?
Selon eux, par nécessité,
Sans passion, sans volonté :
L'animal se sent agité
De mouvemens que le vulgaire appelle
Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle,
208 FABLES .
Ou quelque autre de ces états .
Mais ce n'est point cela ne vous y trompez pas.
Qu'est-ce donc? Une montre . Et nous? C'est autre chose
Voici de la façon que Descartes l'expose :
Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu
Chez les païens, et qui tient le milieu
Entre l'homme et l'esprit; comme entre l'huître etl'homme
Le tient tel de nos gens , franche bête de somme ;
Voici , dis-je , comment raisonne cet auteur :
Sur tous les animaux, enfans du Créateur,
J'ai le don de penser ; et je sais que je pense ;
Or, vous savez, Iris, de certaine science,
Que, quand la bête penseroit,
La bête ne réfléchiroit
Sur l'objet ni sur sa pensée.
Descartes va plus loin , et soutient nettement
Qu'elle ne pense nullement.
Vous n'êtes point embarrassée
De le croire ; ni moi . Cependant, quand au bois
Le bruit des cors , celui des voix,
N'a donné nul relâche à la fuyante proie,
Qu'en vain elle a mis ses efforts
A confondre et brouiller la voie,
L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors,
En suppose un plus jeune , et l'oblige, par force,
A présenter aux chiens une nouvelle amorce .
Que de raisonnemens pour conserver ses jours !
Le retour sur ses pas, les malices, les tours ,
Et le change, et cent stratagèmes
Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort !
On le déchire après sa mort :
Ce sont tous ses honneurs suprêmes.
Quand la perdrix
Voit ses petits
En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle.
Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas ,
Elle fait la blessée , et va traînant de l'aile,
LIVRE X. 200
Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,
Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ;
Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille,
Elle lui dit adieu, prend sa volée , et rit
De l'homme qui , confus, des yeux en vain la suit.
Non loin du nord il est un monde
Où l'on sait que les habitans
Vivent, ainsi qu'aux premiers temps,
Dans une ignorance profonde :
Je parle des humains ; car, quant aux animaux,
Ils y construisent des travaux
Qui des torrens grossis arrêtent le ravage,
Et font communiquer l'un et l'autre rivage.
L'édifice résiste et dure en son entier :
Après un lit de bois est un lit de mortier.
Chaque castor agit : commune en est la tâche ;
Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche ;
Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton.
La république de Platon
Ne seroit rien que l'apprentie
De cette famille amphibie.
Ils savent en hiver élever leurs maisons,
Passent les étangs sur des ponts,
Fruit de leur art, savant ouvrage ;
Et nos pareils ont beau le voir,
Jusqu'à présent tout leur savoir
Est de passer l'onde à la nage.
Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit,
Jamais on ne pourra m'obliger à le croire :
Mais voici beaucoup plus ; écoutez ce récit,
Que je tiens d'un roi plein de gloire.
Le défenseur du nord vous sera mon garant :
Je vais citer un prince aimé de la Victoire ;
Son nom seul est un mur à l'empire ottoman :
C'est le roi polonois. Jamais un roi ne ment.
Il dit donc que, sur sa frontière,
210 FABLES.
Des animaux entre eux ont guerre de tout temps :
Le sang, qui se transmet des pères aux enfans,
En renouvelle la matière.
Ces animaux, dit -il , sont germains du renard .
Jamais la guerre avec tant d'art
Ne s'est faite parmi les hommes,
Non pas même au siècle où nous sommes,
Corps de garde avancé, vedettes, espions,
Embuscades , partis, et mille inventions
D'une pernicieuse et maudite science,
Fille du Styx, et mère des héros,
Exercent de ces animaux
Le bon sens et l'expérience.
Pour chanter leurs combats, l'Achéron nous devroit
Rendre Homère . Ah ! s'il le rendoit,
Et qu'il rendit aussi le rival d'Épicure,
Que diroit ce dernier sur ces exemples-ci ?
Ce que j'ai déjà dit ; qu'aux bêtes la nature
Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci ;
Que la mémoire est corporelle ;
Et que, pour en venir aux exemples divers
Que j'ai mis en jour dans ces vers,
L'animal n'a besoin que d'elle .
L'objet, lorsqu'il revient , va dans son magasin
Chercher, par le même chemin,
L'image auparavant tracée,
Qui sur les mêmes pas revient pareillement,
Sans le secours de la pensée,
Causer un même événement.
Nous agissons tout autrement :
La volonté nous détermine ,
Non l'objet, ni l'instinct. Je parle, je chemine :
Je sens en moi certain agent ;
Tout obéit dans ma machine
A ce principe intelligent ;
Il est distinct du corps, se conçoit nettement ,
Se conçoit mieux que le corps même :
De tous nos mouvemens c'est l'arbitre suprême.
LIVRE X. 211
Mais comment le corps l'entend-il ?
C'est là le point . Je vois l'outil
Obéir à la main : mais la main , qui la guide?
Eh ! qui guide les cieux et leur course rapide ?
Quelque ange est attaché peut-être à ces grands corps.
Un esprit vit en nous, et meut tous nos ressorts ;
L'impression se fait : le moyen, je l'ignore ;
On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité ;
Et, s'il faut en parler avec sincérité,
Descartes l'ignoroit encore .
Nous et lui là-dessus nous sommes tous égaux :
Ce que je sais, Iris , c'est qu'en ces animaux
Dont je viens de citer l'exemple ,
Cet esprit n'agit pas : l'homme seul est son temple .
Aussi faut-il donner à l'animal un point
Que la plante après tout n'a point :
Cependant la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire ?
Deux rats cherchoient leur vie ; ils trouvèrent un œuf
Le diner suffisoit à gens de cette espèce :
Il n'étoit pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse,
Ils alloient de leur œuf manger chacun sa part,
Quand un quidam parut : c'étoit maître renard ;
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter,
Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner,
C'étoit chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention .
Comme ils pouvoient gagner leur habitation ,
L'écornifleur étant à demi - quart de lieue,
L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras ;
Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas.
L'autre le traîna par la queue .
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
212 FABLES.
Que les bêtes n'ont point d'esprit !
Pour moi, si j'en étois le maître,
Je leur en donnerois aussi bien qu'aux enfans .
Ceux- ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans?
Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connoître.
Par un exemple tout égal,
J'attribuerois à l'animal ,
Non point une raison selon notre manière,
Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort :
Je subtiliserois un morceau de matière ,
Que l'on ne pourroit plus concevoir sans effort,
Quintessence d'atome , extrait de la lumière ,
Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encor
Que le feu ; car enfin , si le bois fait la flamme,
La flamme, en s'épurant, peut- elle pas de l'âme
Nous donner quelque idée ? et sort-il pas de l'or
Des entrailles du plomb ? Je rendrois mon ouvrage
Capable de sentir, juger, rien davantage,
Et juger imparfaitement,
Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument.
A l'égard de nous autres hommes ,
Je ferois notre lot infiniment plus fort;
Nous aurions un double trésor :
L'un, cette âme pareille en tous tant que nous sommes,
Sages, fous, enfans, idiots ,
Hôtes de l'univers sous le nom d'animaux ;
L'autre, encore une autre âme, entre nous et les anges
Commune en un certain degré ;
Et ce trésor à part créé
Suivroit parmi les airs les célestes phalanges,
Entreroit dans un point sans en être pressé,
Ne finiroit jamais quoique ayant commencé :
Choses réelles quoique étranges .
Tant que l'enfance dureroit,
Cette fille du ciel en nous ne paroîtroit
Qu'une tendre et foible lumière
L'organe étant plus fort, la raison percercit
LIVRE X. 213
Les ténèbres de la matière,
Qui toujours envelopperoit
L'autre âme imparfaite et grossière .
FABLE II. - L'Homme et la Couleuvre.
Un homme vit une couleuvre :
<< Ah ! méchante , dit-il, je m'en vais faire une œuvre
Agréable à tout l'univers ! >>
A ces mots l'animal pervers
(C'est le serpent que je veux dire,
Et non l'homme ; on pourroit aisément s'y tromper),
A ces mots le serpent, se laissant attraper,
Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire,
On résolut sa mort, fût-il coupable ou non.
Afin de le payer toutefois de raison ,
L'autre lui fit cette harangue :
« Symbole des ingrats ! être bon aux méchans ,
C'est être sot ; meurs donc ta colère et tes dents
Ne me nuiront jamais. » Le serpent, en sa langue,
Reprit du mieux qu'il put : « S'il falloit condamner
Tous les ingrats qui sont au monde ,
A qui pourroit-on pardonner?
Toi-même tu te fais ton procès : je me fonde
Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi .
Mes jours sont en tes mains, tranche- les ; ta justice ,
C'est ton utilité, ton plaisir, ton caprice :
Selon ces lois , condamne-moi ;
Mais trouve bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats
Ce n'est point le serpent, c'est l'homme. » Ces paroles
Firent arrêter l'autre ; il recula d'un pas.
Enfin il repartit : « Tes raisons sont frivoles.
Je pourrois décider, car ce droit m'appartient ;
Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile .
Une vache étoit là : l'on l'appelle ; elle vient :
214 FABLES .
Le cas est proposé . C'étoit chose facile :
« Falloit-il pour cela, dit- elle, m'appeler?
La couleuvre a raison : pourquoi dissimuler?
Je nourris celui- ci depuis longues années ;
Il n'a sans mes bienfaits passé nulles journées ;
Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfans
Le font à la maison revenir les mains pleines :
Même j'ai rétabli sa santé , que les ans
Avoient altérée ; et mes peines
Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin.
Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin
Sans herbe s'il vouloit encor me laisser paître !
Mais je suis attachée : et si j'eusse eu pour maître
Un serpent, eût- il su jamais pousser si loin
L'ingratitude ? Adieu : j'ai dit ce que je pense. »
L'homme, tout étonné d'une telle sentence ,
Dit au serpent : « Faut-il croire ce qu'elle dit !
C'est une radoteuse ; elle a perdu l'esprit.
Croyons ce bœuf. - Croyons, dit la rampante bête.
Ainsi dit, ainsi fait . Le bœuf vient à pas lents .
Quand il eut ruminé tout le cas en sa tête,
Il dit que du labeur des ans
Pour nous seuls il portoit les soins les plus pesans ,
Parcourant sans cesser ce long cercle de peines
Qui, revenant sur soi , ramenoit dans nos plaines
Ce que Cérès nous donne , et vend aux animaux ;
Que cette suite de travaux
Pour récompense avoit, de tous tant que nous sommes,
Force coups , peu de gré : puis , quand il étoit vieux ,
On croyoit l'honorer chaque fois que les hommes
Achetoient de son sang l'indulgence des dieux .
Ainsi parla le bœuf. L'homme dit : « Faisons taire
Cet ennuyeux déclamateur ;
Il cherche de grands mots, et vient ici se faire ,
Au lieu d'arbitre , accusateur.
Je le récuse aussi . » L'arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore . Il servoit de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
LIVRE X. 215
Pour nous seuls il ornoit les jardins et les champs :
L'ombrage n'étoit pas le seul bien qu'il sût faire ;
Il courboit sous les fruits. Cependant pour salaire
Un rustre l'abattoit : c'étoit là son loyer ;
Quoique, pendant tout l'an, libéral il nous donne
Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne,
L'ombre l'été , l'hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l'émondoit-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament, il eût encor vécu .
L'homme, trouvant mauvais que l'on l'eût convaincu,
Voulut à toute force avoir cause gagnée .
« Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là ! D
»
Du sac et du serpent aussitôt il donna
Contre les murs, tant qu'il tua la bête
On en use ainsi chez les grands :
La raison les offense, ils se mettent en tête
Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens ,
Et serpens.
Si quelqu'un desserre les dents,
C'est un sot. J'en conviens : mais que faut-il donc faire?
Parler de loin , ou bien se taire .
FABLE III. - La Tortue et les deux Canards.
Une tortue étoit, à la tête légère ,
Qui, lasse de son trou , voulut voir le pays .
Volontiers on fait cas d'une terre étrangère ;
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux canards, à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu'ils avoient de quoi la satisfaire.
< Voyez-vous ce large chemin?
Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique :
Vous verrez mainte république,
Maint royaume, maint peuple ; et vous profiterez
Des différentes mœurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s'attendoit guère
216 FABLES .
De voir Ulysse en cette affaire.
La tortue écouta la proposition .
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton .
« Serrez bien, dirent-ils , gardez de lâcher prise . »
Puis chaque canard prend ce bâton par un bout.
La tortue enlevée , on s'étonne partout
De voir aller en cette guise
L'animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l'un et l'autre oison.
« Miracle ! crioit-on : venez voir dans les nues
Passer la reine des tortues.
La reine ! vraiment oui : je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. » Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car, lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardans.
Son indiscrétion de sa perte fut cause .
Imprudence, babil et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage :
Ce sont enfans tous d'un lignage.
FABLE IV. -- Les Poissons et le Cormoran.
Il n'étoit point d'étang dans tout le voisinage
Qu'un cormoran n'eût mis à contribution :
Viviers et réservoirs lui payoient pension .
Sa cuisine alloit bien : mais , lorsque le long âge
Eut glacé le pauvre animal,
La même cuisine alla mal .
Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même .
Le nôtre , un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,
N'ayant ni filets ni réseaux ,
Souffroit une disette extrême .
Que fit-il ? Le besoin , docteur en stratagème,
LIVRE X. 217
Lui fournit celui- ci . Sur le bord d'un étang
Cormoran vit une écrevisse .
« Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
Porter un avis important
A ce peuple : il faut qu'il périsse ;
Le maître de ce lieu dans huit jours pêchera. D
L'écrevisse en hâte s'en va
Conter le cas. Grande est l'émute ;
On court, on s'assemble , on députe
A l'oiseau : « Seigneur Cormoran ,
D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garant ?
Êtes-vous sûr de cette affaire ?
N'y savez-vous remède ? Et qu'est-il bon de faire ?
-Changer de lieu, dit-il. - Comment le ferons-nous ?
- N'en soyez point en soin je vous porterai tous ,
L'un après l'autre , en ma retraite .
Nul que Dieu seul et moi n'en connoît les chemins :
Il n'est demeure plus secrète .
Un vivier que Nature y creusa de ses mains ,
Inconnu des traîtres humains ,
Sauvera votre république. »D
On le crut. Le peuple aquatique
L'un après l'autre fut porté
Sous ce rocher peu fréquenté .
Là, Cormoran le bon apôtre,
Les ayant mis en un endroit
Transparent, peu creux, fort étroit,
Vous les prenoit sans peine , un jour l'un , un jour l'autre ,
Il leur apprit à leurs dépens
Que l'on ne doit jamais avoir de confiance
En ceux qui sont mangeurs de gens .
Ils y perdirent peu , puisque l'humaine engeance
En auroit aussi bien croqué sa bonne part.
Qu'importe qui vous mange, homme ou loup ? toute panse
Me paroît une à cet égard :
Un jour plus tôt, un jour plus tard ,
Ce n'est pas grande différence.
16
218 FABLES .
FABLE V. - L'Enfouisseur et son Compère
Un pincemaille avoit tant amassé
Qu'il ne savoit où loger sa finance.
L'avarice, compagne et sœur de l'ignorance,
Le rendoit fort embarrassé
Dans le choix d'un dépositaire ;
Car il en vouloit un, et voici sa raison :
« L'objet tente ; il faudra que ce monceau s'altère
Si je le laisse à la maison :
Moi-même de mon bien je serai le larron . »
Le larron ! Quoi ! jouir, c'est se voler soi-même ?
Mon ami, j'ai pitié de ton erreur extrême .
Apprends de moi cette leçon :
Le bien n'est bien qu'en tant que l'on s'en peut défaire ;
Sans cela c'est un mal. Veux-tu le réserver
Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que faire?
La peine d'acquérir, le soin de conserver,
Otent le prix à l'or , qu'on croit si nécessaire .
Pour se décharger d'un tel soin ,
Notre homme eût pu trouver des gens sûrs au besoin :
Il aima mieux la terre ; et, prenant son compère,
Celui-ci l'aide. Ils vont enfouir le trésor.
Au bout de quelque temps l'homme va voir son or :
Il ne retrouva que le gîte.
Soupçonnant à bon droit le compère, il va vite
Lui dire : « Apprêtez -vous ; car il me reste encor
Quelques deniers : je veux les joindre à l'autre masse. »
Le compère aussitôt va remettre en sa place
L'argent volé, prétendant bien
Tout reprendre à la fois , sans qu'il y manquât rien.
Mais, pour ce coup , l'autre fut sage :
Il retint tout chez lui , résolu de jouir,
Plus n'entasser, plus n'enfouir ;
Et le pauvre voleur , ne trouvant plus son gage,
Pensa tomber de sa hauteur.
Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur.
LIVRE X. 219
FABLE VI. - Le Loup et les Bergers.
Un loup rempli d'humanité
(S'il en est de tels dans le monde)
Fit un jour sur sa cruauté ,
Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité ,
Une réflexion profonde .
I Je suis haï, dit-il ; et de qui ? de chacun.
Le loup est l'ennemi commun :
Chiens, chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perte ;
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris :
C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte ,
On y mit notre tête à prix .
Il n'est hobereau qui ne fasse
Contre nous tels bans publier ;
Il n'est marmot osant crier
Que du loup aussitôt sa mère ne menace.
Le tout pour un âne rogneux ,
Pour un mouton pourri , pour quelque chien hargneux,
Dont j'aurai passé mon envie.
Eh bien ! ne mangeons plus de chose ayant eu vie :
Paissons l'herbe, broutons , mourons de faim plutôt.
Est-ce une chose si cruelle ?
Vaut-il mieux s'attirer la haine universelle ? »
Disant ces mots, il vit des bergers , pour leur rôt,
Mangeant un agneau cuit en broche.
« Oh ! oh ! dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent : voilà ses gardiens
S'en repaissant eux et leurs chiens ;
Et moi, loup, j'en ferai scrupule !
Non, par tous les dieux , non ; je serois ridicule :
Thibaut l'agnelet passera ,
Sans qu'à la broche je le mette ;
Et non-seulement lui, mais la mère qu'il tette,
Et le père qui l'engendra ! »
Ce loup avoit raison . Est-il dit qu'on nous voie
Faire festin de toute proie ,
220 FABLES.
Manger les animaux ; et nous les réduirons
Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons !
Ils n'auront ni croc ni marmite !
Bergers, bergers ! le loup n'a tort
Que quand il n'est pas le plus fort :
Voulez-vous qu'il vive en ermite ?
FABLE VII . - L'Araignée et l'Hirondelle.
« O Jupiter, qui sus de ton cerveau ,
Par un secret d'accouchement nouveau,
Tirer Pallas , jadis mon ennemie ,
Entends ma plainte une fois en ta vie !
Progné me vient enlever les morceaux ;
Caracolant , frisant l'air et les eaux ,
Elle me prend mes mouches à ma porte :
Miennes je puis les dire ; et mon réseau
En seroit plein sans ce maudit oiseau :
Je l'ai tissu de matière assez forte . »
Ainsi , d'un discours insolent,
Se plaignoit l'araignée autrefois tapissière,
Et qui lors étant filandière
Prétendoit enlacer tout insecte volant.
La sœur de Philomèle , attentive à sa proie ,
Malgré le bestion happoit mouches dans l'air,
Pour ses petits , pour elle, impitoyable joie ,
Que ses enfans gloutons , d'un bec toujours ouvert,
D'un ton demi-formé, bégayante couvée ,
Demandoient par des cris encor mal entendus.
La pauvre aragne n'ayant plus
Que la tête et les pieds , artisans superflus ,
Se vit elle-même enlevée :
L'hirondelle, en passant, emporta toile, et tout ,
Et l'animal pendant au bout.
Jupin pour chaque état mit deux tables au monde :
L'adroit, le vigilant, et le fort sont assis
LIVRE X. 221
A la première ; et les petits
Mangent leur reste à la seconde.
FABLE VIII . - La Perdrix et les Coqs.
Parmi de certains coqs, incivils, peu galans ,
Toujours en noise , et turbulens,
Une perdrix étoit nourrie.
Son sexe, et l'hospitalité,
De la part de ces coqs , peuple à l'amour porté,
Lui faisoient espérer beaucoup d'honnêteté :
Ils feroient les honneurs de la ménagerie.
Ce peuple , cependant, fort souvent en furie,
Pour la dame étrangère ayant peu de respec,
Lui donnoit fort souvent d'horribles coups de bec.
D'abord elle en fut affligée ;
Mais , sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée
S'entre-battre elle-même et se percer les flancs,
Elle se consola . « Ce sont leurs mœurs, dit-elle ;
Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens :
Jupiter sur un seul modèle
N'a pas formé tous les esprits ;
Il est des naturels de coqs et de perdrix.
S'il dépendoit de moi , je passerois ma vie
En plus honnête compagnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autrement ;
Il nous prend avec des tonnelles ,
Nous loge avec des coqs , et nous coupe les ailes :
C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement. »
FABLE IX. -Le Chien à qui on a coupé les oreilles.
« Qu'ai-je fait, pour me voir ainsi
Mutilé par mon propre maître ?
Le bel état où me voici !
Devant les autres chiens oserai-je paroître ?
222 FABLES.
O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,
Qui vous feroit choses pareilles ! »
Ainsi crioit Mouflar , jeune dogue ; et les gens ,
Peu touchés de ses cris douloureux et perçans,
Venoient de lui couper sans pitié les oreilles .
Mouflar y croyoit perdre . Il vit avec le temps
Qu'il y gagnoit beaucoup ; car, étant de nature
A piller ses pareils, mainte mésaventure
L'auroit fait retourner chez lui
Avec cette partie en cent lieux altérée :
Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée .
Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui,
C'est le mieux. Quand on n'a qu'un endroit à défendre,
On le munit, de peur d'esclandre.
Témoin maître Mouflar armé d'un gorgerin ;
Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main ,
Un loup n'eût su par où le prendre.
FABLE X. - Le Berger et le Roi.
Deux démons à leur gré partagent notre vie,
Et de son patrimoine ont chassé la raison ;
Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie :
Si vous me demandez leur état et leur nom ,
J'appelle l'un , Amour ; et l'autre , Ambition .
Cette dernière étend le plus loin son empire ;
Car même elle entre dans l'amour.
Je le ferois bien voir ; mais mon but est de dire
Comme un roi fit venir un berger à sa cour.
Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes
Ce roi vit un troupeau qui couvroit tous les champs,
Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans,
Grâce aux soins du berger, de très-notables sommes.
Le berger plut au roi par ces soins diligens.
« Tu mérites, dit-il, d'être pasteur de gens :
Laisse là tes moutons , viens conduire des hommes :
LIVRE X. 223
Je te fais juge souverain. »
Voilà notre berger la balance à la main.
Quoiqu'il n'eût guère vu d'autres gens qu un ermite ,
Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout,
Il avoit du bon sens ; le reste vient ensuite :
Bref, il en vint fort bien à bout.
L'ermite son voisin accourut pour lui dire :
α Veillé-je ? et n'est-ce point un songe que je vois?
Vous, favori ! vous, grand ! Défiez - vous des rois ;
Leur faveur est glissante : on s'y trompe ; et le pire,
C'est qu'il en coûte cher : de pareilles erreurs
Ne produisent jamais que d'illustres malheurs .
Vous ne connoissez pas l'attrait qui vous engage :
Je vous parle en ami ; craignez tout. » L'autre rit ;
Et notre ermite poursuivit :
« Voyez combien déjà la cour vous rend peu sage.
Je crois voir cet aveugle à qui , dans un voyage ,
Un serpent engourdi de froid
Vint s'offrir sous la main : il le prit pour un fouct ;
Le sien s'étoit perdu , tombant de sa ceinture .
Il rendoit grâce au ciel de l'heureuse aventure ,
Quand un passant cria : « Que tenez-vous ! ô dieux !
« Jetez cet animal traître et pernicieux ,
« Ce serpent ! -C'est un fouet. - C'est un serpent ! vous dis -je
« A me tant tourmenter quel intérêt m'oblige ?
- Prétendez-vous garder ce trésor ? - Pourquoi non ?
« Mon fouet étoit usé ; j'en retrouve un fort bon :
« Vous n'en parlez que par envie . >>
L'aveugle enfin ne le crut pas :
Il en perdit bientôt la vie.
L'animal dégourdi piqua son homme au bras.
Quant à vous , j'ose vous prédire
Qu'il vous arrivera quelque chose de pire ,
Eh ! que me sauroit- il arriver que la mort?
Mille dégoûts viendront , » dit le prophète ermite.
Il en vint en effet l'ermite n'eut pas tort .
Mainte peste de cour fit tant , par maint ressort ,
Que la candeur du juge , ainsi que son mérite ,
224 FABLES.
Furent suspects au prince . On cabale , on suscite
Accusateurs , et gens grevés par ses arrêts.
De nos biens , dirent-ils , il s'est fait un palais. D
Le prince voulut voir ces richesses immenses .
Il ne trouva partout que médiocrité ,
Louange du désert et de la pauvreté :
C'étoient là ses magnificences .
« Son fait , dit-on , consiste en des pierres de prix :
Un grand coffre en est plein , fermé de dix serrures . ■
Lui-même ouvrit ce coffre , et rendit bien surpris
Tous les machineurs d'impostures .
Le coffre étant ouvert , on y vit des lambeaux ,
L'habit d'un gardeur de troupeaux ,
Petit chapeau , jupon , panetière , houlette ,
Et , je pense , aussi sa musette .
Doux trésors , ce dit -il , chers gages , qui jamais
N'attirâtes sur vous l'envie et le mensonge ,
Je vous reprends : sortons de ces riches palais
Comme l'on sortiroit d'un songe !
Sire , pardonnez-moi cette exclamation :
J'avois prévu ma chute en montant sur le faîte .
Je m'y suis trop complu : mais qui n'a dans la tête
Un petit grain d'ambition?
FABLE XI. - Les Poissons et le Berger qui joue
de la flûte .
Tircis , qui pour la seule Annette
Faisoit résonner les accords
D'une voix et d'une musette
Capables de toucher les morts ,
Chantoit un jour le long des bords
D'une onde arrosant des prairies
Dont Zéphyre habitoit les campagnes fleurics.
Annette cependant à la ligne pêchoit ;
Mais nul poisson ne s'approchoit :
La bergère perdoit ses peines .
LIVRE X. 225
Le berger, qui par ses chansons
Eût attiré des inhumaines
Crut , et crut mal , attirer des poissons .
Il leur chanta ceci : « Citoyens de cette onde,
Laissez votre naïade en sa grotte profonde ;
Venez voir un objet mille fois plus charmant .
Ne craignez point d'entrer aux prisons de la belle
Ce n'est qu'à nous qu'elle est cruelle .
Vous serez traités doucement ;
On n'en veut point à votre vie :
Un vivier vous attend , plus clair que fin cristal ;
Et quand à quelques-uns l'appât seroit fatal ,
Mourir des mains d'Annette est un sort que j'envie.
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet ;
L'auditoire étoit sourd aussi bien que muet :
Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées
S'en étant aux vents envolées ,
Il tendit un long rets . Voilà les poissons pris ;
Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère .
Ovous , pasteurs d'humains et non pas de brebis,
Rois , qui croyez gagner par raison les esprits
D'une multitude étrangère ,
Ce n'est jamais par là que l'on en vient à bout !
Il y faut une autre manière :
Servez-vous de vos rets ; la puissance fait tout.
FABLE XII . - Les deux Perroquets , le Roi ,
et son Fils.
Deux perroquets , l'un père et l'autre fils ,
Du rôt d'un roi faisoient leur ordinaire ;
Deux demi-dieux , l'un fils et l'autre père ,
De ces oiseaux faisoient leurs favoris.
L'âge lioit une amitié sincère
Entre ces gens : les deux pères s'aimoient ;
Les deux enfans , malgré leur cœur frivole ,
نانه FABLES .
L'un avec l'autre aussi s'accoutumoient ,
Nourris ensemble , et compagnons d'école .
C'étoit beaucoup d'honneur au jeune perroquet :
Car l'enfant étoit prince , et son père monarque .
Par le tempérament que lui donna la Parque
Il aimoit les oiseaux . Un moineau fort coquet ,
Et le plus amoureux de toute la province ,
Faisoit aussi sa part des délices du prince.
Ces deux rivaux un jour ensemble se jouans ,
Comme il arrive aux jeunes gens ,
Le jeu devint une querelle .
Le passereau , peu circonspec,
S'attira de tels coups de bec
Que , demi-mort et traînant l'aile ,
On crut qu'il n'en pourroit guérir.
Le prince indigné fit mourir
Son perroquet. Le bruit en vint au père.
L'infortuné vieillard crie et se désespère ,
Le tout en vain , ses cris sont superflus ;
L'oiseau parleur est déjà dans la barque :
Pour dire mieux , l'oiseau ne parlant plus
Fait qu'en fureur sur le fils du monarque
Son père s'en va fondre , et lui crève les yeux.
Il se sauve aussitôt , et choisit pour asile
Le haut d'un pin : là , dans le sein des dieux ,
Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille.
Le roi lui-même y court; et dit pour l'attirer :
« Ami , reviens chez moi ; que nous sert de pleurer?
Haine , vengeance , et deuil , laissons tout à la porte.
Je suis contraint de déclarer,
Encor que ma douleur soit forte ,
Que le tort vient de nous ; mon fils fut l'agresseur :
Mon fils ! non ; c'est le Sort qui du coup est l'auteur.
La Parque avoit écrit de tout temps en son livre
Que l'un de nos enfans devoit cesser de vivre ,
L'autre de voir, par ce malheur.
Consolons-nous tous deux , et reviens dans ta cage. »
Le perroquet dit : « Sire roi ,
LIVRE X. 227
Crois-tu qu'après un tel outrage
Je me doive fier à toi ?
Tu m'allègues le Sort : prétends-tu , par ta foi ,
Me leurrer de l'appât d'un profane langage ?
Mais que la Providence , ou bien que le Destin
Règle les affaires du monde ,
Il est écrit là-haut qu'au faîte de ce pin ,
Ou dans quelque forêt profonde ,
J'achèverai mes jours loin du fatal objet
Qui doit t'être un juste sujet
De haine et de fureur . Je sais que la vengeance
Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux .
Tu veux oublier cette offense ;
Je le crois cependant il me faut , pour le mieux ,
Éviter ta main et tes yeux.
Sire roi , mon ami , va-t'en ; tu perds ta peine :
Ne me parle point de retour ;
L'absence est aussi bien un remède à la haine
Qu'un appareil contre l'amour. »
FABLE XIII . La Lionne et l'Ourse.
Mère lionne avoit perdu son faon :
Un chasseur l'avoit pris. La pauvre infortunée
Poussoit un tel rugissement
Que toute la forêt étoit importunée.
La nuit ni son obscurité ,
Son silence , et ses autres charmes ,
De la reine des bois n'arrêtoient les vacarmes :
Nul animal n'étoit du sommeil visité.
L'ourse enfin lui dit : « Ma commère ,
Un mot sans plus ; tous les enfans
Qui sont passés entre vos dents
N'avoient-ils ni père ni mère?
Ils en avoient. - S'il est ainsi ,
Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues ,
Si tant de mères se sont tues ,
228 FABLES .
Que ne vous taisez-vous aussi?
Moi , me taire ! moi malheureuse !
Ah ! j'ai perdu mon fils ! il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse !
- Dites-moi , qui vous force à vous y condamner !
-Hélas ! c'est le Destin qui me hait. » Ces paroles
Ont été de tout temps de la bouche de tous .
Misérables humains , ceci s'adresse à vous !
Je n'entends résonner que des plaintes frivoles .
Quiconque , en pareil cas , se croit haï des cieux ,
Qu'il considère Hécube , il rendra grâce aux dieux.
FABLE XIV . ―― Les deux Aventuriers et le Talisman.
Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire .
Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux :
Ce dieu n'a guère de rivaux ;
J'en vois peu dans la fable , encor moins dans l'histoire.
En voici pourtant un , que de vieux talismans
Firent chercher fortune au pays des romans .
Il voyageoit de compagnie.
Son camarade et lui trouvèrent un poteau
Ayant au haut cet écriteau :
« Seigneur aventurier, s'il te prend quelque envie
« De voir ce que n'a vu nul chevalier errant ,
<< Tu n'as qu'à passer ce torrent ;
<< Puis , prenant dans tes bras un éléphant de pierre
« Que tu verras couché par terre ,
<< Le porter, d'une haleine , au sommet de ce mont
<<< Qui menace les cieux de son superbe front. >
L'un des deux chevaliers saigna du nez. « Si l'onde
Est rapide autant que profonde ,
Dit-il... , et supposé qu'on la puisse passer,
Pourquoi de l'éléphant s'aller embarrasser?
Quelle ridicule entreprise !
Le sage l'aura fait par tel art et de guise
LIVRE X. 229
Qu'on le pourra porter peut-être quatre pas :
Mais jusqu'au haut du mont ! d'une haleine ! il n'est pas
Au pouvoir d'un mortel : à moins que la figure
Ne soit d'un éléphant nain , pygmée , avorton ,
Propre à mettre au bout d'un bâton :
Auquel cas , où l'honneur d'une telle aventure?
On nous veut attraper dedans cette écriture ;
Ce sera quelque énigme à tromper un enfant :
C'est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant .
Le raisonneur parti , l'aventureux se lance ,
Les yeux clos , à travers cette eau.
Ni profondeur ni violence
Ne purent l'arrêter ; et , selon l'écriteau ,
Il vit son éléphant couché sur l'autre rive.
Il le prend , il l'emporte , au haut du mont arrive ,
Rencontre une esplanade , et puis une cité.
Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté :
Le peuple aussitôt sort en armes .
Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes ,
Auroit fui : celui-ci , loin de tourner le dos ,
Veut vendre au moins sa vie , et mourir en héros .
Il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte
Le proclamer monarque au lieu de son roi mort.
Il ne se fit prier que de la bonne sorte ;
« Encor que le fardeau fût , dit-il , un peu fort. »
Sixte en disoit autant quand on le fit saint-père :
Seroit-ce bien une misère
Que d'être pape ou d'être roi?
On reconnut bientôt son peu de bonne foi.
Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.
Le sage quelquefois fait bien d'exécuter
Avant que de donner le temps à la sagesse
D'envisager le fait , et sans la consulter.
230 FABLES .
FABLE XV. - Les Lapins.
DISCOURS A M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCauld.
Je me suis souvent dit , voyant de quelle sorte
L'homme agit , et qu'il se comporte
En mille occasions comme les animaux :
Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts
Que ses sujets ; et la Nature
A mis dans chaque créature
Quelque grain d'une masse où puisent les esprits :
J'entends les esprits-corps , et pétris de matière .
Je vais prouver ce que je dis.
A l'heure de l'affût , soit lorsque la lumière
Précipite ses traits dans l'humide séjour,
Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière ,
Et que n'étant plus nuit , il n'est pas encor jour,
Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe ,
Et , nouveau Jupiter , du haut de cet Olympe ,
Je foudroie à discrétion
Un lapin qui n'y pensoit guère.
Je vois fuir aussitôt toute la nation
Des lapins qui , sur la bruyère ,
L'œil éveillé , l'oreille au guet ,
S'égayoient , et de thym parfumoient leur banquet .
Le bruit du coup fait que la bande
S'en va chercher sa sûreté
Dans la souterraine cité :
Mais le danger s'oublie , et cette peur si grande
S'évanouit bientôt ; je revois les lapins ,
Plus gais qu'auparavant , revenir sous mes mains
Ne reconnoît-on pas en cela les humains?
Dispersés par quelque orage ,
A peine ils touchent le port
Qu'ils vont hasarder encor
Même vent , même naufrage .
LIVRE X. 231
Vrais lapins , on les revoit
Sous les mains de la Fortune .
Joignons à cet exemple une chose commune.
Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit
Qui n'est pas de leur détroit ,
Je laisse à penser quelle fête !
Les chiens du lieu , n'ayant en tête
Qu'un intérêt de gueule , à cris , à coups de dents
Vous accompagnent ces passans
Jusqu'aux confins du territoire.
Un intérêt de bien, de grandeur, et de gloire ,
Aux gouverneurs d'états , à certains courtisans ,
A gens de tous métiers , en fait tout autant faire .
On nous voit tous, pour l'ordinaire ,
Piller le survenant , nous jeter sur sa peau .
La coquette et l'auteur sont de ce caractère :
Malheur à l'écrivain nouveau !
Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gâteau ,
C'est le droit du jeu , c'est l'affaire .
Cent exemples pourroient appuyer mon discours ;
Mais les ouvrages les plus courts
Sont toujours les meilleurs . En cela j'ai pour guide
Tous les maîtres de l'art , et tiens qu'il faut laisser
Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser :
Ainsi ce discours doit cesser.
Vous qui m'avez donné ce qu'il a de solide ,
Et dont la modestie égale la grandeur,
Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur
La louange la plus permise ,
La plus juste et la mieux acquise ;
Vous enfin , dont à peine ai-je encore obtenu
Que votre nom reçût ici quelques hommages ,
Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages ,
Comme un nom qui , des ans et des peuples connu ,
Fait honneur à la France, en grands noms plus féconde
Qu'aucun climat de l'univers ,
232 FABLES .
Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le monde
Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.
FABLE XVI . Le Marchand , le Gentilhomme ,
le Pátre , et le Fils de Roi.
Quatre chercheurs de nouveaux mondes ,
Presque nus échappés à la fureur des ondes ,
Un trafiquant , un noble , un pâtre , un fils de roi ,
Réduits au sort de Bélisaire ,
Demandoient aux passans de quoi
Pouvoir soulager leur misère .
De raconter quei sort les avoit assemblés ,
Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés ,
C'est un récit de longue haleine.
Ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine :
Là , le conseil se tint entre les pauvres gens .
Le prince s'étendit sur le malheur des grands .
Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée
De leur aventure passée
Chacun fît de son mieux , et s'appliquât au soin
De pourvoir au commun besoin .
« La plainte , ajouta-t-il , guérit-elle son homme ?
Travaillons : c'est de quoi nous mener jusqu'à Rome. »
Un pâtre ainsi parler ! Ainsi parler? croit-on
Que le ciel n'ait donné qu'aux têtes couronnées
De l'esprit et de la raison ;
Et que de tout berger, comme de tout mouton ,
Les connoissances soient bornées?
L'avis de celui- ci fut d'abord trouvé bon
Par les trois échoués aux bords de l'Amérique .
L'un , c'étoit le marchand , savoit l'arithmétique :
« A tant par mois , dit-il , j'en donnerai leçon.
- J'enseignerai la politique , »
Reprit le fils de roi . Le noble poursuivit :
α Moi , je sais le blason ; j'en veux tenir école . »
Comme si , devers l'Inde , on eût eu dans l'esprit
LIVRE X. 233
La sotte vanité de ce jargon frivole !
Le pâtre dit : Amis, vous parlez bien ; mais quoi !
Le mois a trente jours : jusqu'à cette échéance
Jeûnerons-nous, par votre foi?
Vous me donnez une espérance
Belle, mais éloignée ; et cependant j'ai faim.
Qui pourvoira de nous au dîner de demain?
Ou plutôt sur quelle assurance
Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui ?
Avant tout autre, c'est celui
Dont il s'agit. Votre science
Est courte là-dessus : ma main y suppléera.
A ces mots le pâtre s'en va
Dans un bois : il y fit des fagots, dont la vente,
Pendant cette journée et pendant la suivante,
Empêcha qu'un long jeûne à la fin ne fit tant
Qu'ils allassent là-bas exercer leur talent.
Je conclus de cette aventure
Qu'il ne faut pas tant d'art pour conserver ses jours
Et, grâce aux dons de la nature,
La main est le plus sûr et le plus prompt secours.
LIVRE ONZIÈME.
FABLE I. -- Le Lion.
Sultan léopard autrefois
Eut, ce dit-on, par mainte aubaine,
Force bœufs dans ses prés, force cerfs dans ses bois,
Force moutons parmi la plaine.
Il naquit un lion dans la forêt prochaine.
Après les complimens et d'une et d'autre part,
Comme entre grands il se pratique,
234 FABLES.
Le sultan fit venir son vizir le renard,
Vieux routier, et bon politique.
Tu crains, ce lui dit-il, lionceau mon voisin :
Son père est mort ; que peut-il faire?
Plains plutôt le pauvre orphelin.
Il a chez lui plus d'une affaire ;
Et devra beaucoup au Destin
S'il garde ce qu'il a, sans tenter de conquête.
Le renard dit, branlant la tête :
« Tels orphelins, seigneur, ne me font point pitié ;
Il faut de celui-ci conserver l'amitié,
Ou s'efforcer de le détruire
Avant que la griffe et la dent
Lui soit crue, et qu'il soit en état de nous nuire.
N'y perdez pas un seul moment.
J'ai fait son horoscope : il croîtra par la guerre ;
Ce sera le meilleur lion
Pour ses amis, qui soit sur terre :
Tâchez donc d'en être ; sinon
Tâchez de l'affoiblir. » La harangue fut vaine.
Le sultan dormoit lors ; et dedans son domaine
Chacun dormoit aussi, bêtes, gens : tant qu'enfin
Le lionceau devint vrai lion. Le tocsin
Sonne aussitôt sur lui ; l'alarme se promène
De toutes parts ; et le vizir,
Consulté là-dessus, dit avec un soupir :
« Pourquoi l'irritez-vous? La chose est sans remède.
En vain nous appelons mille gens à notre aide :
Plus ils sont, plus il coûte ; et je ne les tiens bons
Qu'à manger leur part des moutons.
Apaisez le lion : seul il passe en puissance
Ce monde d'alliés vivant sur notre bien.
Le lion en a trois qui ne lui coûtent rien :
Son courage, sa force , avec sa vigilance.
Jetez-lui promptement sous la griffe un mouton ;
S'il n'en est pas content, jetez-en davantage :
Joignez-y quelque bœuf ; choisissez , pour ce don,
Tout le plus gras du pâturage.
LIVRE XI. 235
Sauvez le reste ainsi. » Ce conseil ne plut pas.
Il en prit mal ; et force États
Voisins du sultan en pâtirent :
Nul n'y gagna, tous y perdirent.
Quoi que fit ce monde ennemi,
Celui qu'ils craignoient fut le maître
Proposez-vous d'avoir le lion pour ami,
Si vous voulez le laisser craître.
FABLE II . - Les Dieux voulant instruire
un fils de Jupiter.
POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE.
Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu
Dont il tiroit son origine,
Avoit l'âme toute divine.
L'enfance n'aime rien : celle du jeune dieu
Faisoit sa principale affaire
Des doux soins d'aimer et de plaire.
En lui l'amour et la raison
Devancèrent le temps, dont les ailes légères
N'amènent que trop tôt, hélas ! chaque saison .
Flore aux regards rians, aux charmantes manières ,
Toucha d'abord le cœur du jeune Olympien.
Ce que la passion peut inspirer d'adresse,
Sentimens délicats et remplis de tendresse,
Pleurs, soupirs, tout en fut : bref, il n'oublia rien
Le fils de Jupiter devoit, par sa naissance,
Avoir un autre esprit, et d'autres dons des cieux,
Que les enfans des autres dieux :
Il sembloit qu'il n'agît que par réminiscence ,
Et qu'il eût autrefois fait le métier d'amant,
Tant il le fit parfaitement !
Jupiter cependant voulut le faire instruire .
Il assembla les dieux, et dit : « J'ai su conduire,
Seul et sans compagnon, jusqu'ici l'univers .
236 FABLES.
Mais il est des emplois divers
Qu'aux nouveaux dieux je distribue .
Sur cet enfant chéri j'ai donc jeté la vue :
C'est mon sang ; tout est plein déjà de ses autels.
Afin de mériter le rang des immortels ,
Il faut qu'il sache tout. » Le maître du tonnerre
Eut à peine achevé , que chacun applaudit.
Pour savoir tout, l'enfant n'avoit que trop d'esprit.
« Je veux, dit le dieu de la guerre ,
Lui montrer moi-même cet art
Par qui maints héros ont eu part
Aux honneurs de l'Olympe et grossi cet empire.
- Je serai son maître de lyre ,
Dit le blond et docte Apollon.
-Et moi, reprit Hercule à la peau de lion,
Son maître à surmonter les vices,
A dompter les transports, monstres empoisonneurs ,
Comme hydres renaissans sans cesse dans les cœurs :
Ennemi des molles délices ,
Il apprendra de moi les sentiers peu battus
Qui mènent aux honneurs sur les pas des vertus. »
Quand ce vint au dieu de Cythère,
Il dit qu'il lui montreroit tout.
L'Amour avoit raison. De quoi ne vient à bout
L'esprit joint au désir de plaire?
FABLE III. Le Fermier, le Chien, et le Renard
Le loup et le renard sont d'étranges voisins !
Je ne bâtirai point autour de leur demeure.
Ce dernier guettoit à toute heure
Les poules d'un fermier ; et, quoique des plus fins ,
Il n'avoit pu donner d'atteinte à la volaille.
D'une part l'appétit , de l'autre le danger,
N'étoient pas au compère un embarras léger.
« Hé quoi ! dit-il , cette canaille
Se moque impunément de moi
LIVRE XI. 237
Je vais, je viens, je me travaille,
J'imagine cent tours : le rustre, en paix chez soi,
Vous fait argent de tout, convertit en monnoie
Ses chapons , sa poulaille ; il en a même au croc ;
Et moi, maître passé, quand j'attrape un vieux coq,
Je suis au comble de la joie !
Pourquoi sire Jupin m'a-t-il donc appelé
Au métier de renard ? Je jure les puissances
De l'Olympe et du Styx, il en sera parlé. D
Roulant en son cœur ces vengeances,
Il choisit une nuit libérale en pavots :
Chacun étoit plongé dans un profond repos ;
Le maître du logis, les valets, le chien même,
Poules, poulets , chapons, tout dormoit. Le fermier,
Laissant ouvert son poulailler,
Commit une sottise extrême.
Le voleur tourne tant qu'il entre au lieu guetté ,
Le dépeuple, remplit de meurtres la cité .
Les marques de sa cruauté
Parurent avec l'aube on vit un étalage
De corps sanglans et de carnage.
Peu s'en fallut que le soleil
Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide .
Tel, et d'un spectacle pareil,
Apollon irrité contre le fier Atride
Joncha son camp de morts ; on vit presque détruit
L'ost des Grecs ; et ce fut l'ouvrage d'une nuit.
Tel encore autour de sa tente
Ajax, à l'âme impatiente,
De moutons et de boucs fit un vaste débris,
Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse
Et les auteurs de l'injustice
Par qui l'autre emporta le prix .
Le renard, autre Ajax aux volailles funeste,
Emporte ce qu'il peut, laisse étendu le reste.
Le maître ne trouva de recours qu'à crier
Contre ses gens, son chien : c'est l'ordinaire usage.
Ah ! maudit animal , qui n'es bon qu'à noyer,
238 FABLES .
Que n'avertissois-tu dès l'abord du carnage !
Que ne l'évitiez-vous? c'eût été plus tôt fait :
Si vous, maître et fermier, à qui touche le fait,
Dormez sans avoir soin que la porte soit close,
Voulez-vous que moi, chien , qui n'ai rien à la chose,
Sans aucun intérêt je perde le repos? »
Ce chien parloit très à propos :
Son raisonnement pouvoit être
Fort bon dans la bouche d'un maître ,
Mais n'étant que d'un simple chien,
On trouva qu'il ne valoit rien :
On vous sangla le pauvre drille.
Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille
(Et je ne t'ai jamais envié cet honneur),
T'attendre aux yeux d'autrui quand tu dors, c'est erreur !
Couche-toi le dernier, et vois fermer ta porte.
Que si quelque affaire t'importe ,
Ne la fais point par procureur.
FABLE IV. - Le Songe d'un habitant du Mogol.
Jadis certain Mogol vit en songe un vizir
Aux champs élysiens possesseur d'un plaisir
Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée :
Le même songeur vit en une autre contrée
Un ermite entouré de feux ,
Qui touchoit de pitié même les malheureux.
Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire :
Minos en ces deux morts sembloit s'être mépris .
Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris !
Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,
Il se fit expliquer l'affaire,
L'interprète lui dit : « Ne vous étonnez point ;
Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point
Acquis tant soit peu d'habitude,
C'est un avis des dieux. Pendant l'humain séjour,
LIVRE XI 239
Ce vizir quelquefois cherchoit la solitude ;
Cet ermite aux vizirs alloit faire sa cour. »
Si j'osois ajouter au mot de l'interprète,
J'inspirerois ici l'amour de la retraite :
Elle offre à ses amans des biens sans embarras,
Biens purs, présens du ciel , qui naissent sous les pas.
Solitude, où je trouve une douceur secrète ,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais !
Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles !
Quand pourront les neuf sœurs, loin des cours et des villes
M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux
Les divers mouvemens inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes !
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !
Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !
La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie,
Je ne dormirai point sous de riches lambris :
Mais voit-on que le somme en perde de son prix?
En est-il moins profond, et moins plein de délices?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.
Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.
FABLE V. - Le Lion, le Singe, et les deux Anes.
Le lion, pour bien gouverner,
Voulant apprendre la morale,
Se fit, un beau jour, amener
Le singe, maître ès-arts chez la gent animale.
La première leçon que donna le régent
Fut celle -ci : « Grand roi, pour régner sagement,
Il faut que tout prince préfère
Le zèle de l'État à certain mouvement
Qu'on appelle communément
240 FABLES .
Amour-propre ; car c'est le père ,
C'est l'auteur de tous les défauts
Que l'on remarque aux animaux .
Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitte
Ce n'est pas chose si petite
Qu'on en vienne à bout en un jour :
C'est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.
Par là, votre personne auguste
N'admettra jamais rien en soi
De ridicule ni d'injuste .
- Donne-moi, repartit le roi,
Des exemples de l'un et l'autre .
-Toute espèce , dit le docteur,
Et je commence par la nôtre,
Toute profession s'estime dans son cœur,
Traite les autres d'ignorantes ,
Les qualifie impertinentes ;
Et semblables discours qui ne nous coûtent rien.
L'amour-propre, au rebours, fait qu'au degré suprême
On porte ses pareils ; car c'est un bon moyen
De s'élever aussi soi-même.
De tout ce que dessus, j'argumente très- bien
Qu'ici-bas maint talent n'est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorans que des gens de savoir.
L'autre jour, suivant à la trace
Deux ânes qui, prenant tour à tour l'encensoir,
Se louoient tour à tour, comme c'est la manière,
J'ouïs que l'un des deux disoit à son confrère :
« Seigneur, trouvez -vous pas bien injuste et bien sot
α L'homme, cet animal si parfait ? Il profane
<< Notre auguste nom, traitant d'âne
Quiconque est ignorant, d'esprit lourd, idiot :
<< Il abuse encore d'un mot,
Et traite notre rire et nos discours de braire .
« Les humains sont plaisans de prétendre exceller
« Par-dessus nous ! Non, non ; c'est à vous de parler,
LIVRE XI. 241
« A leurs orateurs de se taire :
• Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :
« Vous m'entendez, je vous entends ;
« Il suffit. Et quant aux merveilles
« Dont votre divin chant vient frapper les oreilles,
« Philomèle est, au prix, novice dans cet art :
• Vous surpassez Lambert. > L'autre baudet repart :
« Seigneur, j'admire en vous des qualités pareilles. >
Ces ânes, non contens de s'être ainsi grattés,
S'en allèrent dans les cités
L'un l'autre se prôner ; chacun d'eux croyoit faire,
En prisant ses pareils, une fort bonne affaire,
Prétendant que l'honneur en reviendroit sur lui.
J'en connois beaucoup aujourd'hui,
Non parmi les baudets, mais parmi les puissances
Que le ciel voulut mettre en de plus hauts degrés ,
Qui changeroient entre eux les simples excellences,
S'ils osoient, en des majestés.
J'en dis peut-être plus qu'il ne faut, et suppose
Que votre majesté gardera le secret.
Elle avoit souhaité d'apprendre quelque trait
Qui lui fit voir, entre autre chose ,
L'amour-propre donnant du ridicule aux gens .
L'injuste aura son tour : il y faut plus de temps .
Ainsi parla ce singe. On ne m'a pas su dire
S'il traita l'autre point, car il est délicat ;
Et notre maître ès- arts, qui n'étoit pas un fat,
Regardoit ce lion comme un terrible sire
FABLE VI. ― Le Loup et le Renard.
Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde un point,
C'est d'exceller en tour plein de matoiseries?
J'en cherche la raison , et ne la trouve point.
Quand le loup a besoin de défendre sa vie ,
Ou d'attaquer celle d'autrui ,
N'en sait-il pas autant que lui?
242 FABLES .
Je crois qu'il en sait plus ; et j'oserois peut-être
Avec quelque raison contredire mon maître.
Voici pourtant un cas où tout l'honneur échut
A l'hôte des terriers. Un soir il aperçut
La lune au fond d'un puits : l'orbiculaire image
Lui parut un ample fromage.
Deux seaux alternativement
Puisoient le liquide élément :
Notre renard, pressé par une faim canine ,
S'accommode en celui qu'au haut de la machine
L'autre seau tenoit suspendu.
Voilà l'animal descendu,
Tiré d'erreur, mais fort en peine,
Et voyant sa perte prochaine :
Car comment remonter, si quelque autre affamé,
De la même image charmé ,
Et succédant à sa misère,
Par le même chemin ne le tiroit d'affaire?
Deux jours s'étoient passés sans qu'aucun vînt au puits.
Le temps, qui toujours marche, avoit pendant deux nuits
Échancré, selon l'ordinaire,
De l'astre au front d'argent la face circulaire.
Sire Renard étoit désespéré.
Compère loup, le gosier altéré,
Passe par là. L'autre dit : « Camarade ,
Je vous veux régaler : voyez-vous cet objet ?
C'est un fromage exquis. Le dieu Faune l'a fait :
La vache Io donna le lait.
Jupiter, s'il étoit malade,
Reprendroit l'appétit en tâtant d'un tel mets .
J'en ai mangé cette échancrure ;
Le reste vous sera suffisante pâture.
Descendez dans un seau que j'ai là mis exprès. »
Bien qu'au moins mal qu'il pût il ajustât l'histoire ,
Le loup fut un sot de le croire :
Il descend ; et son poids emportant l'autre part,
Reguinde en hant maître renard.
LIVRE XI. 243
Ne nous en moquons point : nous nous laissons séduire
Sur aussi peu de fondement ;
Et chacun croit fort aisément
Ce qu'il craint et ce qu'il désire.
FABLE VII. - Le Paysan du Danube.
Il ne faut point juger des gens sur l'apparence.
Le conseil en est bon ; mais il n'est pas nouveau .
Jadis l'erreur du souriceau
Me servit à prouver le discours que j'avance :
J'ai, pour le fonder à présent,
Le bon Socrate, Ésope, et certain paysan
Des rives du Danube, homme dont Marc-Aurèle
Nous fait un portrait fort fidèle.
On connoît les premiers : quant à l'autre, voici
Le personnage en raccourci.
Son menton nourrissoit une barbe touffue ;
Toute sa personne velue
Représentoit un ours, mais un ours mal léché :
Sous un sourcil épais il avoit l'œil caché,
Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre,
Portoit sayon de poil de chèvre,
Et ceinture de joncs marins.
Cet homme ainsi bâti fut député des villes
Que lave le Danube. Il n'étoit point d'asiles
Où l'avarice des Romains
Ne pénétrât alors et ne portât les mains.
Le député vint donc , et fit cette harangue :
<<Romains, et vous sénat assis pour m'écouter,
Je supplie avant tout les dieux de m'assister :
Veuillent les immortels, conducteurs de ma langue,
Que je ne dise rien qui doive être repris !
Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits
Que tout mal et toute injustice :
Faute d'y recourir, on viole leurs lois.
Témoin nous, que punit la romaine avarice ;
244 FABLES.
Rome est, par nos forfaits, plus que par ses exploits,
L'instrument de notre supplice.
Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour
Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ;
Et mettant en nos mains, par un juste retour,
Les armes dont se sert sa vengeance sévère,
Il ne vous fasse, en sa colère ,
Nos esclaves à votre tour.
Et pourquoi sommes-nous les vôtres? Qu'on me die
En quoi vous valez mieux que cent peuples divers.
Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers?
Pourquoi venir troubler une innocente vie?
Nous cultivions en paix d'heureux champs ; et nos mains
Étoient propres aux arts ainsi qu'au labourage.
Qu'avez-vous appris aux Germains?
Ils ont l'adresse et le courage :
S'ils avoient eu l'avidité,
Comme vous, et la violence ,
Peut-être en votre place ils auroient la puissance,
Et sauroient en user sans inhumanité.
Celle que vos préteurs ont sur nous exercée
N'entre qu'à peine en la pensée.
La majesté de vos autels
Elle-même en est offensée ;
Car sachez que les immortels
Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples ,
Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur,
De mépris d'eux et de leurs temples ,
D'avarice qui va jusques à la fureur.
Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome :
La terre et le travail de l'homme
Font pour les assouvir des efforts superflus.
Retirez-les on ne veut plus
Cultiver pour eux les campagnes ;
Nous quittons les cités, nons fuyons aux montagnes ;
Nous laissons nos chères compagnes ;
Nous ne conversons plus qu'avec des ours affreux,
Découragés de mettre au jour des malheureux ,
LIVRE XI. 245
Et de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime.
Quant à nos enfans déjà nés ,
Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés :
Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime.
Retirez-les : ils ne nous apprendront
Que la mollesse et que le vice ;
Les Germains comme eux deviendront
Gens de rapine et d'avarice.
C'est tout ce que j'ai vu dans Rome à mon abord.
N'a-t-on point de présent à faire,
Point de pourpre à donner? c'est en vain qu'on espère
Quelque refuge aux lois encor leur ministère
A-t-il mille longueurs . Ce discours un peu fort
Doit commencer à vous déplaire .
Je finis . Punissez de mort
Une plainte un peu trop sincère. »
A ces mots, il se couche ; et chacun étonné
Admire le grand cœur, le bon sens , l'éloquence ,
Du sauvage ainsi prosterné.
On le créa patrice ; et ce fut la vengeance
Qu'on crut qu'un tel discours méritoit . On choisit
D'autres préteurs ; et par écrit
Le sénat demanda ce qu'avoit dit cet homme,
Pour servir de modèle aux parleurs à venir .
On ne sut pas longtemps à Rome
Cette éloquence entretenir.
FABLE VIII.- Le Vieillard et les trois jeunes Hommes.
Un octogénaire plantoit.
<< Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! »
Disoient trois jouvenceaux , enfans du voisinage :
Assurément il radotoit.
« Car, au nom des dieux , je vous prie,
Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir?
Autant qu'un patriarche il vous faudroit vieillir.
246 FABLES.
A quoi bon charger votre vie
Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous?
Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées :
Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
- Il ne convient pas à vous-mêmes,
Repartit le vieillard . Tout établissement
Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes
De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leur courte durée.
Qui de nous des clartés de la voûte azurée
Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment
Qui vous puisse assurer d'un second seulement ?
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :
Eh bien ! défendez -vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui :
J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;
Je puis enfin compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux. »
Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux
Se noya dès le port, allant à l'Amérique ;
L'autre, afin de monter aux grandes dignités,
Dans les emplois de Mars servant la république, i
Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter ;
Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.
FABLE IX . - Les Souris et le Chat-Huant.
Il ne faut jamais dire aux gens :
« Écoutez un bon mot, oyez une merveille . »
Savez-vous si les écoutans
En feront une estime à la vôtre pareille ?
LIVRE XI. 247
Voici pourtant un cas qui peut être excepté :
Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable
Il a l'air et les traits, encor que véritable .
On abattit un pin pour son antiquité ,
Vieux palais d'un hibou, triste et sombre retraite
De l'oiseau qu'Atropos prend pour son interprète .
Dans son tronc caverneux , et miné par le temps,
Logeoient, entre autres habitans,
Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.
L'oiseau les nourrissoit parmi des tas de blé ,
Et de son bec avoit leur troupeau mutilé.
Cet oiseau raisonnoit : il faut qu'on le confesse.
En son temps, aux souris le compagnon chassa :
Les premières qu'il prit du logis échappées,
Pour y remédier, le drôle estropia
Tout ce qu'il prit ensuite ; et leurs jambes coupées
Firent qu'il les mangeoit à sa commodité,
Aujourd'hui l'une, et demain l'autre.
Tout manger à la fois , l'impossibilité
S'y trouvoit, joint aussi le soin de sa santé.
Sa prévoyance alloit aussi loin que la nôtre :
Elle alloit jusqu'à leur porter
Vivres et grains pour subsister.
Puis, qu'un cartésien s'obstine
A traiter ce hibou de montre et de machine !
Quel ressort lui pouvoit donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue !
Si ce n'est pas là raisonner,
La raison m'est chose inconnue .
Voyez que d'argumens il fit :
Quand ce peuple est pris, il s'enfuit;
Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe .
Tout ! il est impossible . Et puis pour le besoin
N'en dois-je point garder? Donc il faut avoir soin
De le nourrir sans qu'il échappe .
Mais comment? Otons-lui les pieds. » Or, trouvez-moi
Chose par les humains à sa fin mieux conduite !
248 FABLES .
Quel autre art de penser Aristote et sa suite
Enseignent-ils, par votre foi?
Ceci n'est point une fable ; et la chose , quoique merveil-
leuse et presque incroyable , est véritablement arrivée. J'ai
peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou ; car je
ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raison-
nement tel que celui- ci mais ces exagérations sont per-
mises à la poésie , surtout dans la manière d'écrire dont je
me sers.
ÉPILOGUE .
C'est ainsi que ma muse, aux bords d'une onde pure,
Traduisoit en langue des dieux
Tout ce que disent sous les cieux
Tant d'êtres empruntant la voix de la nature.
Truchement de peuples divers,
Je les faisois servir d'acteurs en mon ouvrage :
Car tout parle dans l'univers ;
Il n'est rien qui n'ait son langage .
Plus éloquens chez eux qu'ils ne sont dans mes vers,
Si ceux que j'introduis me trouvent peu fidèle,
Si mon œuvre n'est pas un assez bon modèle ,
J'ai du moins ouvert le chemin :
D'autres pourront y mettre une dernière main.
Favoris des neuf sœurs, achevez l'entreprise :
Donnez mainte leçon que j'ai sans doute omise ;
Sous ces inventions il faut l'envelopper.
Mais vous n'avez que trop de quoi vous occuper :
Pendant le doux emploi de ma muse innocente ,
Louis dompte l'Europe ; et, d'une main puissante
Il conduit à leur fin les plus nobles projets
Qu'ait jamais formés un monarque .
Favoris des neuf sœurs, ce sont là des sujets
Vainqueurs du Temps et de la Parque .
LIVRE DOUZIÈME .
FABLE I. -Les Compagnons d'Ulysse.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Prince , l'unique objet du soin des immortels ,
Souffrez que mon encens parfume vos autels .
Je vous offre un peu tard ces présents de ma muse :
Les ans et les travaux me serviront d'excuse.
Mon esprit diminue ; au lieu qu'à chaque instant
On aperçoit le vôtre aller en augmentant :
Il ne va pas, il court ; il semble avoir des ailes.
Le héros dont il tient des qualités si belles
Dans le métier de Mars brûle d'en faire autant :
Il ne tient pas à lui que, forçant la victoire,
Il ne marche à pas de géant
Dans la carrière de la gloire.
Quelque dieu le retient : c'est notre souverain ,
Lui qu'un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin.
Cette rapidité fut alors nécessaire ;
Peut-être elle seroit aujourd'hui téméraire.
Je m'en tais : aussi bien les Ris et les Amours
Ne sont pas soupçonnés d'aimer les longs discours.
De ces sortes de dieux votre cour se compose :
Ils ne vous quittent point. Ce n'est pas qu'après tout
D'autres divinités n'y tiennent le haut bout :
Le sens et la raison y règlent toute chose.
Consultez ces derniers sur un fait où les Grecs ,
Imprudens et peu circonspects ,
S'abandonnèrent à des charmes
Qui métamorphosoient en bêtes les humains .
Les compagnons d'Ulysse, après dix ans d'alarmes,
Erroient au gré du vent, de leur sort incertains.
Ils abordèrent un rivage
Où la fille du dieu du jour,
18
250 FABLES .
Circé, tenoit alors sa cour.
Elle leur fit prendre un breuvage
Délicieux, mais plein d'un funeste poison.
D'abord ils perdent la raison ;
Quelques momens après, leur corps et leur visage
Prennent l'air et les traits d'animaux différens :
Les voilà devenus ours, lions, éléphans ;
Les uns sous une masse énorme,
Les autres sous une autre forme :
Il s'en vit de petits ; EXEMPLUM , UT TALPA.
Le seul Ulysse en échappa ;
Il sut se défier de la liqueur traîtresse .
Comme il joignoit à la sagesse
La mine d'un héros et le doux entretien ,
Il fit tant que l'enchanteresse
Prit un autre poison peu différent du sien.
Une déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme :
Celle-ci déclara sa flamme .
Ulysse étoit trop fin pour ne pas profiter
D'une pareille conjoncture :
Il obtint qu'on rendroit à ses Grecs leur figure.
<< Mais la voudront -ils bien, dit la nymphe , accepter ?
Allez le proposer de ce pas à la troupe. »
Ulysse y court , et dit : «་་ L'empoisonneuse coupe
A son remède encore ; et je viens vous l'offrir :
Chers amis , voulez-vous hommes redevenir ?
On vous rend déjà la parole . D
Le lion dit, pensant rugir :
« Je n'ai pas la tête si folle ;
Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir !
J'ai griffe et dents, et mets en pièces qui m'attaque .
Je suis roi : deviendrai -je un citadin d'Ithaque !
Tu me rendras peut- être encor simple soldat :
Je ne veux point changer d'état. »
Ulysse du lion court à l'ours : « Eh ! mon frère ,
Comme te voilà fait ! je t'ai vu si joli !
- Ah ! vraiment nous y voici,
Reprit l'ours à sa manière :
LIVRE XII . 251
Comme me voilà fait ! comme doit être un ours.
Qui t'a dit qu'une forme est plus belle qu'une autre ?
Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ?
Je m'en rapporte aux yeux d'une ourse mes amours
Te déplais-je ? va-t'en ; suis ta route, et me laisse .
Je vis libre, content, sans nul soin qui me presse,
Et te dis tout net et tout plat :
Je ne veux point changer d'état . »
Le prince grec au loup va proposer l'affaire ;
Il lui dit, au hasard d'un semblable refus :
<< Camarade , je suis confus
Qu'une jeune et belle bergère
Conte aux échos les appétits gloutons
Qui t'ont fait manger ses moutons.
Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie :
Tu menois une honnête vie .
Quitte ces bois , et redevien ,
Au lieu de loup, homme de bien .
En est-il? dit le loup ; pour moi, je n'en vois guère.
Tu t'en viens me traiter de bête carnassière ;
Toi qui parles, qu'es -tu ? N'auriez-vous pas, sans moi,
Mangé ces animaux que plaint tout le village ?
Si j'étois homme, par ta foi ,
Aimerois-je moins le carnage?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous :
Ne vous êtes-vous pas l'un à l'autre des loups ?
Tout bien considéré, je te soutiens en somme
Que, scélérat pour scélérat ,
Il vaut mieux être un loup qu'un homme :
Je ne veux point changer d'état. »
Ulysse fit à tous une même semonce :
Chacun d'eux fit même réponce,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C'étoit leurs délices suprêmes :
Tous renonçoient au los des belles actions .
Ils croyoient s'affranchir, suivant leurs passions :
Ils étoient esclaves d'eux-mêmes.
252 FABLES.
Prince, j'aurois voulu vous choisir un sujet
Où je pusse mêler le plaisant à l'utile :
C'étoit sans doute un beau projet,
Si ce choix eût été facile .
Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts :
Ils ont force pareils en ce bas univers ,
Gens à qui j'impose pour peine
Votre censure et votre haine.
FABLE II. Le Chat et les deux Moineaux
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE.
Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau ,
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau :
La cage et le panier avoient mêmes pénates .
Le chat étoit souvent agacé par l'oiseau :
L'un s'escrimoit du bec ; l'autre jouoit des pattes.
Ce dernier toutefois épargnoit son ami,
Ne le corrigeant qu'à demi :
Il se fût fait un grand scrupule
D'armer de pointes sa férule .
Le passereau, moins circonspec,
Lui donnoit force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître chat excusoit ces jeux :
Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
Comme ils se connoissoient tous deux dès leur bas âge,
Une longue habitude en paix les maintenoit ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournoit :
Quand un moineau du voisinage
S'en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton ;
Entre les deux oiseaux il arriva querelle ,
Et Raton de prendre parti.
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,
D'insulter ainsi notre ami !
LIVRE XII . 253
Le moineau du voisin viendra manger le nôtre !
Non, de par tous les chats ! » Entrant lors au combat,
Il croque l'étranger. « Vraiment, dit maître chat,
Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! »
Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait.
J'en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m'abuse.
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous , et non point pour ma muse ;
Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.
FABLE III. - Le Thésauriseur et le Singe.
Un homme accumuloit. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu'à la fureur.
Celui-ci ne songeoit que ducats et pistoles.
Quand ces biens sont oisifs , je tiens qu'ils sont frivoles.
Pour sûreté de son trésor ,
Notre avare habitoit un lieu dont Amphitrite
Défendoit aux voleurs de toutes parts l'abord.
Là, d'une volupté selon moi fort petite,
Et selon lui fort grande, il entassoit toujours :
Il passoit les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche ,
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche ,
Car il trouvoit toujours du mécompte à son fait .
Un gros singe, plus sage, à mon sens, que son maître,
Jetoit quelques doublons toujours par la fenêtre ,
Et rendoit le compte imparfait :
La chambre, bien cadenassée,
Permettoit de laisser l'argent sur le comptoir.
Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée
D'en faire un sacrifice au liquide manoir.
Quant à moi, lorsque je compare
Les plaisirs de ce singe à ceux de cet avare ,
254 FABLES .
Je ne sais bonnement auquel donner le prix :
Dom Bertrand gagneroit près de certains esprits ;
Les raisons en seroient trop longues à déduire.
Un jour donc l'animal, qui ne songeoit qu'à nuire
Détachoit du monceau, tantôt quelque doublon ,
Un jacobus, un ducaton,
Et puis quelque noble à la rose ;
Éprouvoit son adresse et sa force à jeter
Ces morceaux de métal , qui se font souhaiter
Par les humains sur toute chose.
S'il n'avoit entendu son compteur à la fin
Mettre la clef dans la serrure ,
Les ducats auroient tous pris le même chemin,
Et couru la même aventure ;
Il les auroit fait tous voler jusqu'au dernier
Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint financier
Qui n'en fait pas meilleur usage !
FABLE IV . Les deux Chèvres.
Dès que les chèvres ont brouté ,
Certain esprit de liberté
Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains .
Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices ,
C'est où ces dames vont promener leurs caprices .
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Deux chèvres donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quittèrent les bas prés , chacune de sa part :
L'une vers l'autre alloit pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux belettes à peine auroient passé de front
LIVRE XII. 255
Sur ce pont :
D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond
Devoient faire trembler de peur ces amazones .
Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant.
Je m'imagine voir, avec Louis le Grand
Philippe Quatre qui s'avance
Dans l'île de la Conférence
Ainsi s'avançoient pas à pas,
Nez à nez, nos aventurières,
Qui, toutes deux étant fort fières,
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas
L'une à l'autre céder. Elles avoient la gloire
De compter dans leur race, à ce que dit l'histoire ,
L'une, certaine chèvre, au mérite sans pair,
Dont Polyphème fit présent à Galatée ;
Et l'autre, la chèvre Amalthée ,
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune :
Toutes deux tombèrent dans l'eau.
Cet accident n'est pas nouveau
Dans le chemin de la fortune .
A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE ,
QUI AVOIT DEMANDÉ A M. DE LA FONTAINE UNE FABLE
QUI FUT NOMMÉE le Chat et la Souris
Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée
Destine un temple en mes écrits ,
Comment composerai-je une fable nommée
Le chat et la souris?
Dois-je représenter dans ces vers une belle ,
256 FABLES .
Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle ,
Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris
Comme le chat de la souris?
Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune?
Rien ne lui convient mieux et c'est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu'on croit ses amis
Comme le chat fait la souris.
Introduirai-je un roi qu'entre ses favoris
Elle respecte seul , roi qui fixe sa roue,
Qui n'est point empêché d'un monde d'ennemis ,
Et qui des plus puissans, quand il lui plaît, se joue
Comme le chat de la souris ?
Mais insensiblement , dans le tour que j'ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et si je ne m'abuse,
Je pourrois tout gâter par de plus longs récits :
Le jeune prince alors se joueroit de ma muse
Comme le chat de la souris .
FABLE V. -Le vieux Chat et la jeune Souris.
Une jeune souris, de peu d'expérience ,
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis.
<< Laissez-moi vivre une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerois-je, à votre avis,
L'hôte , l'hôtesse , et tout leur monde?
D'un grain de blé je me nourris :
Une noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps :
Réservez ce repas à messieurs vos enfans . »
Ainsi parloit au chat la souris attrapée .
L'autre lui dit : « Tu t'es trompée ;
LIVRE XII. 257
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours?
Tu gagnerois autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner! cela n'arrive guères.
Selon ces lois , descends là-bas,
Meurs, et va-t'en, tout de ce pas ,
Haranguer les sœurs filandières :
Mes enfans trouveront assez d'autres repas. »
Il tint parole. Et pour ma fable
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte , et croit tout obtenir :
La vieillesse est impitoyable .
FABLE VI. - Le Cerf malade.
En pays plein de cerfs un cerf tomba malade.
Incontinent maint camarade
Accourt à son grabat le voir , le secourir,
Le consoler du moins : multitude importune.
« Eh! messieurs, laissez-moi mourir :
Permettez qu'en forme commune
La parque m'expédie , et finissez vos pleurs.
Point du tout ; les consolateurs
De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent,
Quand il plut à Dieu s'en allèrent :
Ce ne fut pas sans boire un coup,
C'est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.
La pitance du cerf en déchut de beaucoup.
Il ne trouva plus rien à frire :
D'un mal il tomba dans un pire,
Et se vit réduit à la fin
Ajeûner et mourir de faim .
Il en coûte à qui vous réclame,
Médecins du corps et de l'âme !
258 FABLES.
გ mœurs ! j'ai beau crier,
O temps ! ô
Tout le monde se fait payer.
FABLE VII.- La Chauve-Souris, le Buisson,
et le Canard.
Le buisson, le canard, et la chauve-souris,
Voyant tous trois qu'en leur pays
Ils faisoient petite fortune,
Vont trafiquer au loin, et font bourse commune.
Ils avoient des comptoirs, des facteurs , des agens
Non moins soigneux qu'intelligens,
Des registres exacts de mise et de recette.
Tout alloit bien ; quand leur emplette,
En passant par certains endroits
Remplis d'écueils et fort étroits,
Et de trajet très-difficile,
Alla tout emballée au fond des magasins
Qui du Tartare sunt voisins.
Notre trio poussa maint regret inutile ;
Ou plutôt il n'en poussa point :
Le plus petit marchand est savant sur ce point :
Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte .
Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte
Ne put se réparer le cas fut découvert.
Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource,
Prêts à porter le bonnet vert.
Aucun ne leur ouvrit sa bourse.
Et le sort principal, et les gros intérêts,
Et les sergens, et les procès,
Et le créancier à la porte
Dès devant la pointe du jour,
N'occupoient le trio qu'à chercher maint détour
Pour contenter cette cohorte.
Le buisson accrochoit les passans à tous coups .
« Messieurs, leur disoit-il, de grâce , apprenez-nous
En quel lieu sont les marchandises
LIVRE XII. 259
Que certains gouffres nous ont prises . »
Le plongeon sous les eaux s'en alloit les chercher .
L'oiseau chauve- souris n'osoit plus approcher
Pendant le jour nulle demeure :
Suivi de sergens à toute heure,
En des trous il s'alloit cacher.
Je connois maint detteur, qui n'est ni souris-chauve,
Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé,
Mais simple grand seigneur, qui tous les jours se sauve
Par un escalier dérobé .
FABLE VIII. - La Querelle des Chiens et des Chats,
et celle des Chats et des Souris.
La Discorde a toujours régné dans l'univers ;
Notre monde en fournit mille exemples divers :
Chez nous cette déesse a plus d'un tributaire.
Commençons par les élémens :
Vous serez étonnés de voir qu'à tous momens
Ils seront appointés contraire.
Outre ces quatre potentats ,
Combien d'êtres de tous états
Se font une guerre éternelle !
Autrefois un logis plein de chiens et de chats,
Par cent arrêts rendus en forme solennelle ,
Vit terminer tous leurs débats.
Le maître ayant réglé leurs emplois , leurs repas,
Et menacé du fouet quiconque auroit querelle,
Ces animaux vivoient entre eux comme cousins.
Cette union si douce, et presque fraternelle ,
Édifioit tous les voisins.
Enfin elle cessa. Quelque plat de potage,
Quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné,
Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
Représenter un tel outrage.
J'ai vu des chroniqueurs attribuer le cas
260 FABLES.
Aux passe-droits qu'avoit une chienne en gésine.
Quoi qu'il en soit, cet altercas
Mit en combustion la salle et la cuisine :
Chacun se déclara pour son chat, pour son chien.
On fit un règlement dont les chats se plaignirent,
Et tout le quartier étourdirent.
Leur avocat disoit qu'il falloit bel et bien
Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent
Dans un coin où d'abord leurs agens les cachèrent
Les souris enfin les mangèrent .
Autre procès nouveau . Le peuple souriquois
En pâtit maint vieux chat, fin, subtil et narquois ,
Et d'ailleurs en voulant à toute cette race,
Les guetta, les prit, fit main basse.
Le maître du logis ne s'en trouva que mieux.
J'en reviens à mon dire . On ne voit sous les cieux
Nul animal, nul être, aucune créature
Qui n'ait son opposé : c'est la loi de nature.
D'en chercher la raison, ce sont soins superflus.
Dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus .
Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles
On en vient, sur un rien, plus des trois quarts du temps.
Humains, il vous faudroit encore à soixante ans
Renvoyer chez les barbacoles .
FABLE IX . - Le Loup et le Renard.
D'où vient que personne en la vie
N'est satisfait de son état?
Tel voudroit bien être soldat
A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on,
Se faire loup . Eh ! qui peut dir.
Que pour le métier de mouton
Jamais aucun loup ne soupire?
LIVRE XII. 261
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans
Un prince en fable ait mis la chose,
Pendant que sous mes cheveux blancs
Je fabrique à force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l'ouvrage du poëte
Ni tous ni si bien exprimés :
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette,
C'est mon talent ; mais je m'attends
Que mon héros , dans peu de temps,
Me fera prendre la trompette .
Je ne suis pas un grand prophète,
Cependant je lis dans les cieux
Que bientôt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs Homères :
Et ce temps- ci n'en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères ,
Essayons de conter la fable avec succès .
Le renard dit au loup : « Notre cher, pour tout mets
J'ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets :
C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard :
J'approche des maisons ; tu te tiens à l'écart.
Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ;
Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque mouton gras :
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats .
- Je le veux, dit le loup : il m'est mort un mien
frère ;
Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras. »
Il vint ; et le loup dit : « Voici comme il faut faire,
Si tu veux écarter les mâtins du troupeau. »
Le renard, ayant mis la peau,
262 FABLES.
Répétoit les leçons que lui donnoit son maître.
D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvoit l'être,
Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court ,
Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
Tel, vêtu des armes d'Achille,
Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville :
Mères , brus et vieillards, au temple couroient tous .
L'ost du peuple bêlant crut voir cinquante loups :
Chien, berger, et troupeau , tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une brebis pour gage.
Le larron s'en saisit. A quelques pas de là
Il entendit chanter un coq du voisinage.
Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla,
Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les brebis , les leçons, le régent,
Et courant d'un pas diligent .
Que sert-il qu'on se contrefasse?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L'on reprend sa première trace
A la première occasion.
De votre esprit, que nul autre n'égale,
Prince, ma muse tient tout entier ce projet :
Vous m'avez donné le sujet,
Le dialogue et la morale.
FABLE X. - L'Écrevisse et sa Fille.
Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse,
Marchent à reculons, tournent le dos au port.
C'est l'art des matelots : c'est aussi l'artifice
De ceux qui , pour couvrir quelque puissant effort ,
Envisagent un point directement contraire,
Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire.
LIVRE XII . 263
Mon sujet est petit, cet accessoire est grand :
Je pourrois l'appliquer à certain conquérant
Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes .
Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend,
N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.
En vain l'on a les yeux sur ce qu'il veut cacher,
Ce sont arrêts du sort qu'on ne peut empêcher :
Le torrent à la fin devient insurmontable.
Cent dieux sont impuissans contre un seul Jupiter.
Louis et le Destin me semblent de concert
Entraîner l'univers . Venons à notre fable .
Mère écrevisse un jour à sa fille disoit :
<< Comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit?
- Et comme vous allez vous-même ! dit la fille :
Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ?
Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu ? »
Elle avoit raison : la vertu
De tout exemple domestique
Est universelle , et s'applique
En bien, en mal , en tout ; fait des sages, des sots ;
Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos
A son but, j'y reviens ; la méthode en est bonne,
Surtout au métier de Bellone :
Mais il faut le faire à propos.
FABLE XI . L'Aigle et la Pic.
L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie,
Différentes d'humeur, de langage, et d'esprit,
Et d'habit,
Traversoient un bout de prairie .
Le hasard les assemble en un coin détourné.
L'agace eut peur : mais l'aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure, et lui dit : « Allons de compagnie :
Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie,
264 FABLES.
Lui qui gouverne l'univers,
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie . »
Caquet-bon-bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci , sur cela, sur tout. L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal, à travers champs , n'eût su
Ce qu'en fait de babil y savoit notre agace.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant , allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
L'aigle lui dit tout en colère :
« Ne quittez point votre séjour,
Caquet-bon-bec, m'amie : adieu ; je n'ai que faire
D'une babillarde à ma cour :
C'est un fort méchant caractère. »
Margot ne demandoit pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux :
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses .
Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux ,
Au cœur tout différent, s'y rendent odieux :
Quoique ainsi que la pie il faille dans ces lieux
Porter habit de deux paroisses .
FABLE XII. - Le Roi, le Milan, et le Chasseur.
A S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONT!.
Comme les dieux sont bons , ils veulent que les rois
Le soient aussi : c'est l'indulgence
Qui fait le plus beau de leurs droits,
Non les douceurs de la vengeance .
Prince, c'est votre avis. On sait que le courroux
S'éteint en votre cœur sitôt qu'on l'y voit naître.
Achille, qui du sien ne put se rendre maître ,
Fut par là moins héros que vous.
Ce titre n'appartient qu'à ceux d'entre les hommes
LIVRE XII. 265
Qui, comme en l'âge d'or , font cent biens ici- bas.
Peu de grands sont nés tels en cet âge où nous sommes:
L'univers leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.
Loin que vous suiviez ces exemples ,
Mille actes généreux vous promettent des temples .
Apollon, citoyen de ces augustes lieux,
Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre.
Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux :
Un siècle de séjour doit ici vous suffire .
Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous.
Puissent ses plaisirs les plus doux
Vous composer des destinées
Par ce temps à peine bornées !
Et la princesse et vous n'en méritez pas moins.
J'en prends ses charmes pour témoins ;
Pour témoins j'en prends les merveilles
Par qui le ciel, pour vous prodigue en ses présens ,
De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles
Voulut orner vos jeunes ans.
Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne :
Le ciel joignit en sa personne
Ce qui sait se faire estimer
A ce qui sait se faire aimer :
Il ne m'appartient pas d'étaler votre joie :
Je me tais donc, et vais rimer
Ce que fit un oiseau de proie.
Un milan , de son nid antique possesseur,
Étant pris vif par un chasseur,
D'en faire au prince un don cet homme se propose.
La rareté du fait donnoit prix à la chose.
L'oiseau, par le chasseur humblement présenté,
Si ce conte n'est apocryphe,
Va tout droit imprimer sa griffe
Sur le nez de sa majesté.
-Quoi ! sur le nez du roi ? -Du roi même en personne.
- Il n'avoit donc alors ni sceptre ni couronne ?
- Quand il en auroit eu , ç'auroit été tout un :
19
266 FABLES .
Le nez royal fut pris comme un nez du commun.
Dire des courtisans les clameurs et la peine
Seroit se consumer en efforts impuissans.
Le roi n'éclata point : les cris sont indécens
A la majesté souveraine.
L'oiseau garda son poste : on ne put seulement
Hâter son départ d'un moment.
Son maître le rappelle , et crie, et se tourmente,
Lui présente le leurre , et le poing, mais en vain .
On crut que jusqu'au lendemain
Le maudit animal à la serre insolente
Nicheroit là malgré le bruit,
Et sur le nez sacré voudroit passer la nuit .
Tâcher de l'en tirer irritoit son caprice .
Il quitte enfin le roi , qui dit : « Laissez aller
Ce milan, et celui qui m'a cru régaler.
Ils se sont acquittés tous deux de leur office ,
L'un en milan, et l'autre en citoyen des bois :
Pour moi , qui sais comment doivent agir les rois,
Je les affranchis du supplice.
Et la cour d'admirer . Les courtisans ravis
Élèvent de tels faits, par eux si mal suivis :
Bien peu, même des rois, prendroient un tel modèle,
Et le veneur l'échappa belle ;
Coupables seulement, tant lui que l'animal ,
D'ignorer le danger d'approcher trop du maitre
Ils n'avoient appris à connoître
Que les hôtes des bois : étoit-ce un si grand mal?
Pilpay fait près du Gange arriver l'aventure .
Là, nulle humaine créature
Ne touche aux animaux pour leur sang épancher :
Le roi même feroit scrupule d'y toucher.
«་་ Savons-nous, disent- ils , si cet oiseau de proie
N'étoit point au siége de Troie?
Peut-être y tint-il lieu d'un prince ou d'un héros
Des plus huppés et des plus hauts :
Ce qu'il fut autrefois il pourra l'être encore .
LIVRE XII . 267
Nous croyons, après Pythagore,
Qu'avec les animaux de forme nous changeons ;
Tantôt milans, tantôt pigeons ,
Tantôt humains, puis volatilles
Ayan! dans les airs leurs familles . »
Comme l'on conte en deux façons
L'accident du chasseur, voici l'autre manière :
Un certain fauconnier ayant pris, ce dit-on ,
A la chasse un milan (ce qui n'arrive guèrc),
En voulut au roi faire un don,
Comme de chose singulière :
Ce cas n'arrive pas quelquefois en cent ans ;
C'est le non plus ultra de la fauconnerie.
Ce chasseur perce donc un gros de courtisans ,
Plein de zèle , échauffé , s'il le fut de sa vie.
Par ce parangon des présens
Il croyoit sa fortune faite :
Quand l'animal porte-sonnette ,
Sauvage encore et tout grossier,
Avec ses ongles tout d'acier,
Prend le nez du chasseur, happe le pauvre sire.
Lui de crier ; chacun de rire ,
Monarque et courtisans . Qui n'eût ri ? Quant à moi,
Je n'en eusse quitté ma part pour un empire .
Qu'un pape rie, en bonne foi
Je ne l'ose assurer ; mais je tiendrois un roi
Bien malheureux s'il n'osoit rire :
C'est le plaisir des dieux. Malgré son noir souci,
Jupiter et le peuple immortel rit aussi.
Il en fit des éclats, à ce que dit l'histoire ,
Quand Vulcain, clopinant, lui vint donner à boire.
Que le peuple immortel se montrât sage, ou non,
J'ai changé mon sujet avec juste raison ;
Car, puisqu'il s'agit de morale,
Que nous eût du chasseur l'aventure fatale
268 FABLES .
Enseigné de nouveau ? L'on a vu de tout temps
Plus de sots fauconniers que de rois indulgens .
FABLE XIII . - Le Renard, les Mouches, et le Hérisson
Aux traces de son sang un vieux hôte des bois ,
Renard fin , subtil , et matois ,
Blessé par des chasseurs, et tombé dans la fange
Autrefois attira ce parasite ailé
Que nous avons mouche appelé .
Il accusoit les dieux , et trouvoit fort étrange
Que le sort à tel point le voulût affliger,
Et le fit aux mouches manger.
Quoi ! se jeter sur moi , sur moi le plus habile
De tous les hôtes des forêts !
Depuis quand les renards sont-ils un si bon mets?
Et que me sert ma queue ? est -ce un poids inutile?
Va , le ciel te confonde , animal importun !
Que ne vis-tu sur le commun ! »
Un hérisson du voisinage,
Dans mes vers nouveau personnage,
Voulut le délivrer de l'importunité
Du peuple plein d'avidité :
« Je les vais de mes dards enfiler par centaines,
Voisin renard, dit-il, et terminer tes peines .
-Garde-t'en bien, dit l'autre ; ami, ne le fais pas :
Laisse-les, je te prie, achever leur repas .
Ces animaux sont soûls ; une troupe nouvelle
Viendroit fondre sur moi, plus âpre et plus cruelle. »
Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici- bas :
Ceux-ci sont courtisans , ceux-là sont magistrats.
Aristote appliquoit cet apologue aux hommes.
Les exemples en sont communs,
Surtout au pays où nous sommes.
Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns.
LIVRE XII. 269
FABLE XIV . - L'Amour et la Folie.
Tout est mystère dans l'Amour ,
Ses flèches, son carquois , son flambeau , son enfanc: :
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette science .
Je ne prétends donc point tout expliquer ici :
Mon but est seulement de dire à ma manière,
Comment l'aveugle que voici
(C'est un dieu) , comment, dis-je , il perdit la lumière,
Quelle suite eut ce mal , qui peut-être est un bien :
J'en fais juge un amant , et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouoient un jour ensemble :
Celui -ci n'étoit pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le conseil des dieux ;
L'autre n'eut pas la patience ;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des cieux .
Vénus en demande vengeance .
Femme et mère , il suffit pour juger de ses cris :
Les dieux en furent étourdis ,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les juges d'enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas ;
Son fils, sans un bâton , ne pouvoit faire un pas :
Nulle peine n'étoit pour ce crime assez grande :
Le dommage devoit être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du public , celui de la partie ,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.
270 FABLES .
FABLE XV. - Le Corbeau , la Gazelle ,
la Tortue , et le Rat.
A MADAME DE LA SABLIÈRE .
Je vous gardois un temple dans mes vers :
Il n'eût fini qu'avecque l'univers.
Déjà ma main en fondoit la durée
Sur ce bel art qu'ont les dieux inventé,
Et sur le nom de la divinité
Que dans ce temple on auroit adorée.
Sur le portail j'aurois ces mots écrits :
« Palais sacré de la déesse Iris : »
Non celle - là qu'a Junon à ses gages ;
Car Junon même et le maître des dieux
Serviroient l'autre , et seroient glorieux
Du seul honneur de porter ses messages .
L'apothéose à la voûte eût paru :
Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu
Plaçant Iris sous un dais de lumière.
Les murs auroient amplement contenu
Toute sa vie ; agréable matière,
Mais peu féconde en ces événemens
Qui des États font les renversemens .
Au fond du temple eût été son image,
Avec ses traits , son souris, ses appas,
Son art de plaire et de n'y penser pas,
Ses agrémens à qui tout rend hommage.
J'aurois fait voir à ses pieds des mortels
Et des héros , des demi-dieux encore ,
Même des dieux : ce que le monde adore
Vient quelquefois parfumer ses autels .
J'eusse en ses yeux fait briller de son âme
Tous les trésors , quoique imparfaitement :
Car ce cœur vif et tendre infiniment
Pour ses amis , et non point autrement ;
Car cet esprit, qui, né du firmament ,
A beauté d'homme avec grâce de femme,
Ne se peut pas, comme on veut, exprimer.
LIVRE XII . 271
O vous , Iris, qui savez tout charmer,
Qui savez plaire en un degré suprême,
Vous que l'on aime à l'égal de soi- même
(Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour,
Car c'est un mot banni de votre cour,
Laissons-le donc), agréez que ma muse
Achève un jour cette ébauche confuse.
J'en ai placé l'idée et le projet,
Pour plus de grâce, au-devant d'un sujet
Où l'amitié donne de telles marques,
Et d'un tel prix , que leur simple récit
Peut quelque temps amuser votre esprit ;
Non que ceci se passe entre monarque :
Ce que chez vous nous voyons estimer
N'est pas un roi qui ne sait point aimer;
C'est un mortel qui sait mettre sa vie
Pour son ami. J'en vois peu de si bons .
Quatre animaux, vivant de compagnie ,
Vont aux humains en donner des leçons.
La gazelle, le rat, le corbeau , la tortue,
Vivoient ensemble unis : douce société .
Le choix d'une demeure aux humains inconnue
Assuroit leur félicité .
Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites.
Soyez au milieu des déserts ,
Au fond des eaux, au haut des airs,
Vous n'éviterez point ses embûches secrètes .
La gazelle s'alloit ébattre innocemment ,
Quand un chien, maudit instrument
Du plaisir barbare des hommes,
Vint sur l'herbe éventer les traces de ses pas.
Elle fuit. Et le rat , à l'heure du repas,
Dit aux amis restans : « D'où vient que nous ne sommes
Aujourd'hui que trois conviés?
La gazelle déjà nous a-t-elle oubliés ? »
A ces paroles, la tortue
S'écrie , et dit : « Ah ! si j'étois
272 FABLES .
Comme un corbeau d'ailes pourvue,
Tout de ce pas je m'en irois
Apprendre au moins quelle contrée ,
Quel accident tient arrêtée
Notre compagne au pied léger :
Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger.
Le corbeau part à tire- d'aile :
Il aperçoit de loin l'imprudente gazelle
Prise au piége et se tourmentant .
Il retourne avertir les autres à l'instant ;
Car, de lui demander quand , pourquoi , ni comment
Ce malheur est tombé sur elle ,
Et perdre en vains discours cet utile moment ,
Comme eût fait un maître d'école ,
Il avoit trop de jugement.
Le corbeau donc vole et revole .
Sur son rapport les trois amis
Tiennent conseil. Deux sont d'avis
De se transporter sans remise
Aux lieux où la gazelle est prise .
« L'autre, dit le corbeau , gardera le logis :
Avec son marcher lent , quand arriveroit- elle ?
Après la mort de la gazelle . »
Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir
Leur chère et fidèle compagne ,
Pauvre chevrette de montagne .
La tortue y voulut courir :
La voilà comme eux en campagne ,
Maudissant ses pieds courts avec juste raison ,
Et la nécessité de porter sa maison .
Rongemaille (le rat eut à bon droit ce nom)
Coupe les nœuds du lacs on peut penser la joie.
Le chasseur vient, et dit : «་ Qui m'a ravi ma proie?
Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou,
Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle
Et le chasseur, à demi fou
De n'en avoir nulle nouvelle ,
Aperçoit la tortue , et retient son courroux .
LIVRE XII. 273
« D'où vient, dit -il, que je m'effraye?
Je veux qu'à mon souper celle - ci me défraye .
Il la mit dans son sac . Elle eût payé pour tous,
Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.
Celle-ci, quittant sa retraite ,
Contrefait la boiteuse et vient se présenter.
L'homme de suivre , et de jeter
Tout ce qui lui pesoit : si bien que Rongemaille
Autour des nœuds du sac tant opère et travaille ,
Qu'il délivre encor l'autre sœur,
Sur qui s'étoit fondé le souper du chasseur.
Pilpay conte qu'ainsi la chose s'est passée .
Pour peu que je voulusse invoquer Apollon ,
J'en ferois, pour vous plaire, un ouvrage aussi long
Que l'Iliade ou l'Odyssée .
Rongemaille feroit le principal héros,
Quoiqu'à vrai dire ici chacun soit nécessaire .
Porte-maison l'infante y tient de tels propos ,
Que monsieur du corbeau va faire
Office d'espion, et puis de messager.
La gazelle a d'ailleurs l'adresse d'engager
Le chasseur à donner du temps à Rongemaille .
Ainsi chacun dans son endroit
S'entremet , agit, et travaille.
A qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit.
Que n'ose et que ne peut l'amitié violente !
Cet autre sentiment que l'on appelle amour
Mérite moins d'honneur ; cependant chaque jour
Je le célèbre et je le chante.
Hélas ! il n'en rend pas mon âme plus contente !
Vous protégez sa sœur, il suffit ; et mes vers
Vont s'engager pour elle à des tons tout divers .
Mon maître étoit l'Amour ; j'en vais servir un autre,
Et porter par tout l'univers
Sa gloire aussi bien que la vôtre .
274 FABLES.
FABLE XVI . - La Forêt et le Bûcheron .
Un bûcheron venoit de rompre ou d'égarer
Le bois dont il avoit emmanché sa cognée .
Cette perte ne put sitôt se réparer
Que la forêt n'en fût quelque temps épargnée .
L'homme enfin la prie humblement
De lui laisser tout doucement
Emporter une unique branche,
Afin de faire un autre manche :
Il iroit employer ailleurs son gagne-pain ;
Il laisseroit debout maint chêne et maint sapin
Dont chacun respectoit la vieillesse et les charmes.
L'innocente forêt lui fournit d'autres armes.
Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :
Le misérable ne s'en sert
Qu'à dépouiller sa bienfaitrice.
De ses principaux ornemens.
Elle gémit à tous momens :
Son propre don fait son supplice.
Voilà le train du monde et de ses sectateurs :
On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombrages
Soient exposés à ces outrages ,
Qui ne se plaindroit là -dessus?
Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode ,
L'ingratitude et les abus
N'en seront pas moins à la mode.
FABLE XVII . - Le Renard, le Loup, et le Cheval.
Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés,
Vit le premier cheval qu'il eût vu de sa vie.
Il dit à certain loup, franc novice : « Accourez ,
Un animal paît dans nos prés ,
Beau, grand ; j'en ai la vue encor toute ravie.
LIVRE XII . 275
-Est-il plus fort que nous ? dit le loup en riant :
Fais-moi son portrait, je te prie.
-Si j'étois quelque peintre ou quelque étudiant ,
Repartit le renard, j'avancerois la joie
Que vous aurez en le voyant .
Mais venez . Que sait-on ? peut-être est-ce une proie
Que la fortune nous envoie. »
Ils vont ; et le cheval, qu'à l'herbe on avoit mis,
Assez peu curieux de semblables amis ,
Fut presque sur le point d'enfiler la venelle .
Seigneur, dit le renard, vos humbles serviteurs
Apprendroient volontiers comment on vous appelle . »
Le cheval, qui n'étoit dépourvu de cervelle ,
Leur dit : « Lisez mon nom, vous le pouvez , messieurs ;
Mon cordonnier l'a mis autour de ma semelle. »
Le renard s'excusa sur son peu de savoir.
« Mes parens, reprit-il, ne m'ont point fait instruire
Ils sont pauvres, et n'ont qu'un trou pour tout avoir :
Ceux du loup, gros messieurs, l'ont fait apprendre à lire .»
Le loup, par ce discours flatté,
S'approcha. Mais sa vanité
Lui coûta quatre dents : le cheval lui desserre
Un coup ; et haut le pied . Voilà mon loup par terre,
Mal en point, sanglant, et gâté .
α Frère, dit le renard, ceci nous justifie
Ce que m'ont dit des gens d'esprit :
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit
Que de tout inconnu le sage se méfie . »
FABLE XVIII . - Le Renard et les Poulets d'Inde.
Contre les assauts d'un renard
Un arbre à des dindons servoit de citadelle .
Le perfide ayant fait tout le tour du rempart,
Et vu chacun en sentinelle ,
S'écria : « Quoi ! ces gens se moqueront de moi !
Eux seuls seront exempts de la commune loi !
276 FABLES .
Non, par tous les dieux ! non . » Il accomplit son dire.
La lune, alors luisant, sembloit, contre le sire ,
Vouloir favoriser la dindonnière gent.
Lui, qui n'étoit novice au métier d'assiégeant,
Eut recours à son sac de ruses scélérates ,
Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes,
Puis contrefit le mort, puis le ressuscité.
Arlequin n'eût exécuté
Tant de différens personnages.
Il élevoit sa queue , il la faisoit briller,
Et cent mille autres badinages ,
Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller.
L'ennemi les lassoit en leur tenant la vue
Sur même objet toujours tendue .
Les pauvres gens étant à la longue éblouis ,
Toujours il en tomboit quelqu'un autant de pris,
Autant de mis à part : près de moitié succombe .
Le compagnon les porte en son garde-manger.
Le trop d'attention qu'on a pour le danger
Fait le plus souvent qu'on y tombe.
FABLE XIX . - Le Singe.
Il est un singe dans Paris
A qui l'on avoit donné femme :
Singe en effet d'aucuns maris,
Il la battoit. La pauvre dame
En a tant soupiré , qu'enfin elle n'est plus .
Leur fils se plaint d'étrange sorte ,
Il éclate en cris superflus.
Le père en rit sa femme est morte ,
Il a déjà d'autres amours ,
Que l'on croit qu'il battra toujours ;
Il hante la taverne, et souvent il s'enivre .
N'attendez rien de bon du peuple imitateur,
LIVRE XII . 277
Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre :
La pire espèce , c'est l'auteur .
FABLE XX. - Le Philosophe scythe.
Un philosophe austère , et né dans la Scythie ,
Se proposant de suivre une plus douce vie,
Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux
Un sage assez semblable au vieillard de Virgile ,
Homme égalant les rois, homme approchant des dieux,
Et comme ces derniers, satisfait et tranquille .
Son bonheur consistoit aux beautés d'un jardin.
Le Scythe l'y trouva qui , la serpe à la main,
De ses arbres à fruit retranchoit l'inutile,
Ébranchoit, émondoit, ôtoit ceci , cela,
Corrigeant partout la nature ,
Excessive à payer ses soins avec usure .
Le Scythe alors lui demanda
Pourquoi cette ruine : étoit-il d'homme sage
De mutiler ainsi ces pauvres habitants ?
< Quittez-moi votre serpe , instrument de dommage ;
Laissez agir la faux du temps :
Ils iront assez tôt border le noir rivage.
-J'ôte le superflu, dit l'autre ; et l'abattant,
Le reste en profite d'autant. »
Le Scythe, retourné dans sa triste demeure,
Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure ;
Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis.
Un universel abatis .
Il ôte de chez lui les branches les plus belles ,
Il tronque son verger contre toute raison ,
Sans observer temps ni saison ,
Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt .
Ce Scythe exprime bien
Un indiscret stoïcien :
278 FABLES .
Celui-ci retranche de l'âme
Désirs et passions , le bon et le mauvais ,
Jusqu'aux plus innocens souhaits .
Contre de telles gens, quant à moi, je réclame .
Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort ;
Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.
-L'Éléphant et le Singe de Jupiter.
FABLE XXI . —
Autrefois l'éléphant et le rhinocéros ,
En dispute du pas et des droits de l'empire ,
Voulurent terminer la querelle en champ clos .
Le jour en étoit pris, quand quelqu'un vint leur dire
Que le singe de Jupiter,
Portant un caducée, avoit paru dans l'air .
Ce singe avoit nom Gille, à ce que dit l'histoire.
Aussitôt l'éléphant de croire
Qu'en qualité d'ambassadeur
Il venoit trouver sa grandeur .
Tout fier de ce sujet de gloire ,
Il attend maître Gille, et le trouve un peu lent
A lui présenter sa créance .
Maître Gille enfin, en passant,
Va saluer son excellence .
L'autre étoit préparé sur la légation :
Mais pas un mot. L'attention
Qu'il croyoit que les dieux eussent à sa querelle
N'agitoit pas encor chez eux cette nouvelle.
Qu'importe à ceux du firmament
Qu'on soit mouche ou bien éléphant ?
Il se vit donc réduit à commencer lui-même.
<< Mon cousin Jupiter, dit- il, verra dans peu
Un assez beau combat, de son trône suprême ;
Toute sa cour verra beau jeu.
Quel combat ? dit le singe, avec un front sévère.
L'éléphant repartit : « Quoi ! vous ne savez pas
Que le rhinocéros me dispute le pas ;
LIVRE XII . 279
Qu'Éléphantide a guerre avecque Rhinocère ?
Vous connoissez ces lieux, ils ont quelque renom.
-Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom,
Repartit maître Gille on ne s'entretient guère
De semblables sujets dans nos vastes lambris . »
L'éléphant, honteux et surpris
Lui dit : «Eh ! parmi nous que venez-vous donc faire ?
-Partager un brin d'herbe entre quelques fourmis :
Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire,
On n'en dit rien encor dans le conseil des dieux .
Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux. »
FABLE XXII . - Un Fou et un Sage.
Certain fou poursuivoit à coups de pierre un sage.
Le sage se retourne, et lui dit : « Mon ami ,
C'est fort bien fait à toi, reçois cet écu-ci .
Tu fatigues assez pour gagner davantage ;
Toute peine, dit-on , est digne de loyer :
Vois cet homme qui passe, il a de quoi payer ;
Adresse-lui tes dons, ils auront leur salaire . »
Amorcé par le gain, notre fou s'en va faire
Même insulte à l'autre bourgeois .
On ne le paya pas en argent cette fois .
Maint estafier accourt : on vous happe notre homme,
On vous l'échine , on vous l'assomme.
Auprès des rois il est de pareils fous :
A vos dépens ils font rire le maître .
Pour réprimer leur babil, irez-vous
Les maltraiter ? vous n'êtes pas peut-être
Assez puissant . Il faut les engager
A s'adresser à qui peut se venger .
280 FABLES .
FABLE XXIII . - Le Renard anglois.
A MADAME HARVEY.
Le bon cœur est chez vous compagnon du bon seus ;
Avec cent qualités trop longues à déduire,
Une noblesse d'âme, un talent pour conduire
Et les affaires et les gens ,
Une humeur franche et libre , et le don d'être amie
Malgré Jupiter même et les temps orageux ,
Tout cela méritoit un éloge pompeux :
Il en eût été moins selon votre génie ;
La pompe vous déplaît , l'éloge vous ennuie .
J'ai donc fait celui-ci court et simple . Je veux
Y coudre encore un mot ou deux
En faveur de votre patrie :
Vous l'aimez . Les Anglois pensent profondément ;
Leur esprit, en cela, suit leur tempérament ;
Creusant dans les sujets, et forts d'expériences ,
Ils étendent partout l'empire des sciences .
Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour :
Vos gens, à pénétrer, l'emportent sur les autres ;
Même les chiens de leur séjour
Ont meilleur nez que n'ont les nôtres.
Vos renards sont plus fins : je m'en vais le prouver
Par un d'eux, qui , pour se sauver,
Mit en usage un stratagème
Non encor pratiqué, des mieux imaginés.
Le scélérat, réduit en un péril extrême,
Et presque mis à bout par ces chiens au bon nez,
Passa près d'un patibulaire .
Là, des animaux ravissans,
Blaireaux, renards, hiboux, race encline à mal faire,
Pour l'exemple pendus, instruisoient les passans .
Leur confrère aux abois, entre ces morts s'arrange.
Je crois voir Annibal, qui, pressé des Romains ,
Met leur chef en défaut, ou leur donne le change ,
LIVRE XII . 281
Et sait, en vieux renard , s'échapper de leurs mains .
Les clefs de meute , parvenues
A l'endroit où pour mort le traître se pendit,
Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit,
Bien que de leurs abois, ils perçassent les nues.
Il ne put soupçonner ce tour assez plaisant.
« Quelque terrier, dit-il , a sauvé mon galant :
Mes chiens n'appellent point au delà des colonnes
Où sont tant d'honnêtes personnes .
Il y viendra, le drôle ! D Il y vint , à son dam .
Voilà maint basset clabaudant ;
Voilà notre renard au charnier se guindant.
Maître pendu croyoit qu'il en iroit de même
Que le jour qu'il tendit de semblables panneaux ;
Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses houseaux.
Tant il est vrai qu'il faut changer de stratagème !
Le chasseur, pour trouver sa propre sûreté ,
N'auroit pas cependant un tel tour inventé ;
Non point par peu d'esprit : est- il quelqu'un qui nie
Que tout Anglois n'en ait bonne provision?
Mais le peu d'amour pour la vie
Leur nuit en mainte occasion.
Je reviens à vous, non pour dire
D'autres traits sur votre sujet ;
Tout long éloge est un projet
Peu favorable pour ma lyre :
Peu de nos chants , peu de nos vers ,
Par un encens flatteur amusent l'univers ,
Et se font écouter des nations étranges.
Votre prince vous dit un jour
Qu'il aimoit mieux un trait d'amour
Que quatre pages de louanges .
Agréez seulement le don que je vous fais
Des derniers efforts de ma muse.
C'est peu de chose ; elle est confuse
De ces ouvrages imparfaits.
Cependant ne pourriez-vous faire 20
282 FABLES .
Que le même hommage pût plaire
A celle qui remplit vos climats d'habitans
Tirés de l'île de Cythère ?
Vous voyez par là que j'entends
Mazarin, des Amours déesse tutélaire.
FABLE XXIV . - Le Soleil et les Grenouilles.
Les filles du limon tiroient du roi des astres
Assistance et protection :
Guerre ni pauvreté , ni semblables désastres ,
Ne pouvoient approcher de cette nation ;
Elle faisoit valoir en cent lieues son empire.
Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire,
(Car que coûte-t- il d'appeler
Les choses par noms honorables ?)
Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler ,
Et devinrent insupportables.
L'imprudence , l'orgueil , et l'oubli des bienfaits,
Enfans de la bonne fortune,
Firent bientôt crier cette troupe importune :
On ne pouvoit dormir en paix.
Si l'on eût cru leur murmure ,
Elles auroient par leurs cris
Soulevé grands et petits
Contre l'œil de la Nature.
Le soleil, à leur dire , alloit tout consumer ;
Il falloit promptement s'armer,
Et lever des troupes puissantes .
Aussitôt qu'il faisoit un pas,
Ambassades coassantes
Alloient dans tous les États :
A les ouïr, tout le monde ,
Toute la machine ronde
Rouloit sur les intérêts
De quatre méchans marais.
Cette plainte téméraire
LIVRE XII. 283
Dure toujours et pourtant
Grenouilles doivent se taire,
Et ne murmurer pas tant :
Car si le soleil se pique,
Il le leur fera sentir ;
La république aquatique
Pourroit bien s'en repentir.
FABLE XXV . - La Ligue des Rats.
Une souris craignoit un chat
Qui dès longtemps la guettoit au passage .
Que faire en cet état ? Elle, prudente et sage,
Consulte son voisin : c'étoit un maître rat,
Dont la rateuse seigneurie
S'étoit logée en bonne hôtellerie,
Et qui cent fois s'étoit vanté, dit-on,
De ne craindre ni chat, ni chatte,
Ni coup de dent, ni coup de patte.
Dame souris, lui dit ce fanfaron ,
Ma foi ! quoi que je fasse,
Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace :
Mais assemblons tous les rats d'alentour,
Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour. »
La souris fait une humble révérence ;
Et le rat court en diligence
A l'office, qu'on nomme autrement la dépense,
Où maints rats assemblés
Faisoient, aux frais de l'hôte, une entière bombance.
Il arrive, les sens troublés,
Et tous les poumons essoufflés .
Qu'avez-vous donc ? lui dit un de ces rats ; parlez .
-En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,
C'est qu'il faut promptement secourir la souris ;
Car Raminagrobis
Fait en tous lieux un étrange carnage .
Ce chat, le plus diable des chats,
284 FABLES .
S'il manque de souris, voudra manger des rats . »
Chacun dit : Il est vrai. Sus ! sus ! courons aux armes ! »
Quelques rates, dit- on , répandirent des larmes.
N'importe, rien n'arrête un si noble projet :
Chacun se met en équipage ;
Chacun met dans son sac un morceau de fromage ;
Chacun promet enfin de risquer le paquet.
Ils alloient tous comme à la fête ,
L'esprit content, le cœur joyeux .
Cependant, le chat, plus fiu qu'eux ,
Tenoit déjà la souris par la tête .
Ils s'avancèrent à grands pas
Pour secourir leur bonne amie :
Mais le chat , qui n'en démord pas ,
Gronde , et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit nos très-prudens rats ,
Craignant mauvaise destinée ,
Font , sans pousser plus loin leur prétendu fracas ,
Une retraite fortunée .
Chaque rat rentre dans son trou :
Et si quelqu'un en sort , gare encor le matou .
FABLE XXVI. - Daphnis et Alcimadure.
IMITATION DE THÉOCRITE .
A MADAME DE LA MÉSANGÈRE.
Aimable fille d'une mère
A qui seule aujourd'hui mille cœurs font la cour,
Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire ,
Et quelques-uns encor que vous garde l'amour,
Je ne puis qu'en cette préface
Je ne partage entre elle et vous
Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse ,
Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux .
Je vous dirai donc.... Mais tout dire ,
Ce seroit trop ; il faut choisir ,
LIVRE XII . 285
Ménageant ma voix et ma lyre
Qui bientôt vont manquer de force et de loisir .
Je louerai seulement un cœur plein de tendresse ,
Ces nobles sentiments , ces grâces , cet esprit :
Vous n'auriez en cela ni maître ni maîtresse ,
Sans celle dont sur vous l'éloge rejaillit .
Gardez d'environner ces roses
De trop d'épines , si jamais
L'amour vous dit les mêmes choses :
Il les dit mieux que ne fais ;
Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
A ses conseils . Vous l'allez voir.
Jadis une jeune merveille
Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir ;
On l'appeloit Alcimadure :
Fier et farouche objet , toujours courant aux bois ,
Toujours sautant aux prés , dansant sur la verdure ,
Et ne connoissant autres lois
Que son caprice ; au reste , égalant les plus belles ,
Et surpassant les plus cruelles ;
N'ayant trait qui ne plût , pas même en ses rigueurs :
Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs !
Le jeune et beau Daphnis , berger de noble race ,
L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce ,
Ni le moindre regard , le moindre mot enfin ,
Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain .
Las de continuer une poursuite vaine ,
Il ne songea plus qu'à mourir.
Le désespoir le fit courir
A la porte de l'inhumaine .
Hélas ! ce fut aux vents qu'il raconta sa peine ,
On ne daigna lui faire ouvrir
Cette maison fatale , où , parmi ses compagnes ,
L'ingrate , pour le jour de sa nativité ,
Joignoit aux fleurs de sa beauté
Les trésors des jardins et des vertes campagnes.
a J'espérois , cria-t- il , expirer à vos yeux ;
286 FABLES.
Mais je vous suis trop odieux ,
Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste
Vous me refusiez même un plaisir si funeste .
Mon père , après ma mort , et je l'en ai chargé ,
Doit mettre à vos pieds l'héritage
Que votre cœur a négligé.
Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage ,
Tous mes troupeaux , avec mon chien ;
Et que du reste de mon bien
Mes compagnons fondent un temple
Où votre image se contemple ,
Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment.
J'aurai près de ce temple un simple monument :
On gravera sur la bordure :
« Daphnis mourut d'amour. Passant , arrête- toi ;
« Pleure , et dis : Celui-ci succomba sous la loi
« De la cruelle Alcimadure . »
A ces mots , par la Parque il se sentit atteint :
Il auroit poursuivi ; la douleur le prévint.
Son ingrate sortit triomphante et parée.
On voulut , mais en vain , l'arrêter un moment
Pour donner quelques pleurs au sort de son amant :
Elle insulta toujours au fils de Cythérée ,
Menant dès ce soir même , au mépris de ses lois ,
Ses compagnes danser autour de sa statue.
Le dieu tomba sur elle , et l'accabla du poids :
Une voix sortit de la nue ,
Écho redit ces mots dans les airs épandus :
« Que tout aime à présent : l'insensible n'est plus. >
Cependant de Daphnis l'ombre au Styx descendue
Frémit et s'étonna la voyant accourir.
Tout l'Érèbe entendit cette belle homicide
S'excuser au berger qui ne daigna l'ouïr,
Non plus qu'Ajax Ulysse , et Didon son perfide .
LIVRE XII. 287
FABLE XXVII. - Le Juge arbitre , l'Hospitalier,
et le Solitaire.
Trois saints , également jaloux de leur salut ,
Portés d'un même esprit , tendoient à même but.
Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses :
Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrens
Crurent pouvoir choisir des sentiers différens .
L'un , touché des soucis , des longueurs , des traverses ,
Qu'en apanage on voit aux procès attachés ,
S'offrit de les juger sans récompense aucune ,
Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.
Depuis qu'il est des lois , l'homme , pour ses péchés ,
Se condamne à plaider la moitié de sa vie :
La moitié , les trois quarts , et bien souvent le tout.
Le conciliateur crut qu'il viendroit à bout
De guérir cette folle et détestable envie.
Le second de nos saints choisit les hôpitaux.
Je le loue ; et le soin de soulager les maux
Est une charité que je préfère aux autres .
Les malades d'alors , étant tels que les nôtres ,
Donnoient de l'exercice au pauvre hospitalier ;
Chagrins , impatiens , et se plaignant sans cesse :
« Il a pour tels et tels un soin particulier,
Ce sont ses amis ; il nous laisse. »
Ces plaintes n'étoient rien au prix de l'embarras
Où se trouva réduit l'appointeur de débats :
Aucun n'étoit content ; la sentence arbitrale
A nul des deux ne convenoit :
Jamais le juge ne tenoit
A leur gré la balance égale .
De semblables discours rebutoient l'appointeur.
Il court aux hôpitaux, va voir leur directeur.
Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure ,
Affligés , et contraints de quitter ces emplois ,
Vont confier leur peine au silence des bois .
Là , sous d'âpres rochers , près d'une source pure ,
Lieu respecté des vents , ignorés du soleil ,
288 FABLES .
Ils trouvent l'autre saint , lui demandent conseil .
« Il faut , dit leur ami , le prendre de soi- même .
Qui , mieux que vous , sait vos besoins ?
Apprendre à se connoître est le premier des soins .
Qu'impose à tout mortel la majesté suprême.
Vous êtes-vous connus dans le monde habité?
L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité :
Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez l'eau : vous y voyez-vous ?
Agitez celle-ci . - Comment nous verrions- nous?
La vase est un épais nuage
Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer.
-Mes frères , dit le saint , laissez- la reposer,
Vous verrez alors votre image.
Pour vous mieux contempler, demeurez au désert. >
Ainsi parla le solitaire .
Il fut cru; l'on suivit ce conseil salutaire .
Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert.
Puisqu'on plaide et qu'on meurt, et qu'on devient malade,
Il faut des médecins , il faut des avocats ;
Ces secours , grâce à Dieu , ne nous manqueront pas :
Les honneurs et le gain , tout me le persuade.
Cependant on s'oublie en ces communs besoins .
O vous , dont le public emporte tous les soins ,
Magistrats , princes et ministres ,
Vous que doivent troubler mille accidens sinistres ,
Que le malheur abat , que le bonheur corrompt ,
Vous ne vous voyez point , vous ne voyez personne.
Si quelque bon moment à ces pensers vous donne ,
Quelque flatteur vous interrompt.
Cette leçon sera la fin de ces ouvrages :
Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir !
Je la présente aux rois , je la propose aux sages :
Par où saurois-je mieux finir?
FIN DES FABLES.
PHILEMON ET BAUCIS .
SUJET TIRÉ DES MÉTAMORPHOSES D'OVIDE.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME '.
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux .
Ces deux divinités n'accordent à nos vœux
Que des biens peu certains , qu'un plaisir peu tranquilie :
Des soucis dévorans c'est l'éternel asile ;
Véritables vautours , que le fils de Japet
Représente , enchaîné sur son triste sommet .
L'humble toit est exempt d'un tribut si funeste.
Le sage y vit en paix , et méprise le reste :
Content de ses douceurs , errant parmi les bois ,
Il regarde à ses pieds les favoris des rois ;
Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne
Que la Fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne .
Approche-t-il du but , quitte-t-il ce séjour ;
Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'un beau jour.
Philémon et Baucis nous en offrent l'exemple :
Tous deux virent changer leur cabane en un temple .
Hyménée et l'Amour, par des désirs constans ,
Avoient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps :
Ni le temps ni l'hymen n'éteignirent leur flamme .
Clothon prenoit plaisir à filer cette trame .
Ils surent cultiver , sans se voir assistés ,
Leur enclos et leur champ par deux fois vingt étés .
Eux seuls ils composoient toute leur république :
Heureux de ne devoir à pas un domestique
Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendoient !
Tout vieillit sur leur front les rides s'étendoient ;
L'amitié modéra leurs feux sans les détruire ,
1. Le duc de Vendôme , arrière-petit- fils de Henri IV et de Ga-
brielle d'Estrées , et général célèbre .
2. Prométhée enchaîné sur le Caucase.
290 PHILEMON ET BAUCIS.
Et par des traits d'amour sut encor se produire .
Ils habitoient un bourg plein de gens dont le cœur
Joignoit aux duretés un sentiment moqueur .
Jupiter résolut d'abolir cette engeance .
Il part avec son fils , le dieu de l'éloquence ¹ ;
Tous deux en pèlerins vont visiter ces lieux.
Mille logis y sont , un seul ne s'ouvre aux dieux .
Prêts enfin à quitter un séjour si profane ,
Ils virent à l'écart une étroite cabane ,
Demeure hospitalière , humble et chaste maison.
Mercure frappe : on ouvre . Aussitôt Philémon
Vient au-devant des dieux , et leur tient ce langage :
« Vous me semblez tous deux fatigués du voyage :
Reposez-vous. Usez du peu que nous avons ;
L'aide des dieux a fait que nous le conservons :
Usez-en . Saluez ces pénates d'argile :
Jamais le ciel ne fut aux humains si facile ,
Que quand Jupiter même étoit de simple bois ;
Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix .
Baucis , ne tardez point : faites tiédir cette onde :
Encor que le pouvoir au désir ne réponde ,
Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus. »
Quelques restes de feu sous la cendre épandus
D'un souffle haletant par Baucis s'allumèrent :
Des branches de bois sec aussitôt s'enflammèrent :
L'onde tiède , on lava les pieds des voyageurs .
Philémon les pria d'excuser ces longueurs :
Et pour tromper l'ennui d'une attente importune ,
Il entretint les dieux , non point sur la fortune ,
Sur ses jeux , sur la pompe et la grandeur des rois ;
Mais sur ce que les champs , les vergers et les bois
Ont de plus innocent , de plus doux , de plus rare.
Cependant par Baucis le festin se prépare.
La table où l'on servit le champêtre repas
Fut d'ais non façonnés à l'aide du compas :
1. Mercure.
PHILÉMON ET BAUCIS . 291
Encore assure-t-on , si l'histoire en est crue ,
Qu'en un de ses supports le temps l'avoit rompue.
Baucis en égala les appuis chancelans
Du débris d'un vieux vase , autre injure des ans .
Un tapis tout usé couvrit deux escabelles :
Il ne servoit pourtant qu'aux fêtes solennelles .
Le linge orné de fleurs fut couvert , pour tout mets ,
D'un peu de lait , de fruits , et des dons de Cérès.
Les divins voyageurs , altérés de leur course ,
Mêloient au vin grossier le cristal d'une scurce .
Plus le vase versoit, moins il s'alloit vidant.
Philémon reconnut ce miracle évident ;
Baucis n'en fit pas moins : tous deux s'agenouillèrent;
A ce signe d'abord leurs yeux se dessillèrent.
Jupiter leur parut avec ces noirs sourcils
Qui font trembler les cieux sur leurs pôles assis.
« Grand dieu , dit Philémon, excusez notre faute .
Quels humains auroient cru recevoir un tel hôte ?
Ces mets, nous l'avouons, sont peu délicieux :
Mais, quand nous serions rois, que donner à des dieux?
C'est le cœur qui fait tout : que la terre et que l'onde
Apprêtent un repas pour les maîtres du monde ;
Ils lui préféreront les seuls présens du cœur . »
Baucis sort à ces mots pour réparer l'erreur.
Dans le verger couroit une perdrix privée ,
Et par de tendres soins dès l'enfance élevée ;
Elle en veut faire un mets, et la poursuit en vain :
La volatille échappe à sa tremblante main ;
Entre les pieds des dieux elle cherche un asile.
Ce recours à l'oiseau ne fut pas inutile :
Jupiter intercède. Et déjà les vallons
Voyoient l'ombre en croissant tomber du haut des monts.
Les dieux sortent enfin, et font sortir leurs hôtes .
<< De ce bourg, dit Jupin, je veux punir les fautes :
Suivez-nous. Toi, Mercure , appelle les vapeurs.
0 gens durs ! vous n'ouvrez vos logis ni vos cœurs ! »
Il dit : et les autans troublent déjà la plaine.
292 PHILEMON ET BAUCIS .
Nos deux époux suivoient, ne marchant qu'avec peine ;
Un appui de roseau soulageoit leurs vieux ans :
Moitié secours des dieux , moitié peur se hâtans,
Sur un mont assez proche enfin ils arrivèrent.
A leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent.
Des ministres du dieu les escadrons flottans
Entraînèrent, sans choix , animaux, habitans,
Arbres, maisons , vergers, toute cette demeure ;
Sans vestiges du bourg , tout disparut sur l'heure.
Les vieillards déploroient ces sévères destins .
Les animaux périr ! car encor les humains ,
Tous avoient dû tomber sous les célestes armes :
Baucis en répandit en secret quelques larmes.
Cependant l'humble toit devient temple, et ses murs
Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs.
De pilastres massifs les cloisons revêtues
En moins de deux instans s'élèvent jusqu'aux nues ;
Le chaume devient or, tout brille en ce pourpris.
Tous ces événemens sont peints sur le lambris.
Loin, bien loin les tableaux de Zeuxis et d'Apelle !
Ceux-ci furent tracés d'une main immortelle .
Nos deux époux , surpris, étonnés , confondus,
Se crurent, par miracle, en l'Olympe rendus.
« Vous comblez, dirent-ils, vos moindres créatures :
Aurions-nous bien le cœur et les mains assez pures
Pour présider ici sur les honneurs divins,
Et prêtres vous offrir les vœux des pèlerins? »
Jupiter exauça leur prière innocente.
Hélas ! dit Philémon, si votre main puissante
Vouloit favoriser jusqu'au bout deux mortels,
Ensemble nous mourrions en servant vos autels .
Clothon feroit d'un coup ce double sacrifice ;
D'autres mains nous rendroient un vain et triste office .
Je ne pleurerois point celle-ci , ni ses yeux
Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux. »
Jupiter à ce vœu fut encor favorable
Mais oserai-je dire un fait presque incroyable?
PHILÉMON ET BAUCIS . 293
Un jour qu'assis tous deux dans le sacré parvis
Ils contoient cette histoire aux pèlerins ravis,
La troupe à l'entour d'eux debout prêtoit l'oreille ;
Philémon leur disoit : « Ce lieu plein de merveille
N'a pas toujours servi de temple aux immortels :
Un bourg étoit autour, ennemi des autels,
Gens barbares, gens durs, habitacle d'impies ;
Du céleste courroux tous furent les hosties.
Il ne resta que nous d'un si triste débris :
Vous en verrez tantôt la suite en nos lambris ;
Jupiter l'y peignit. » En contant ces annales ,
Philémon regardoit Baucis par intervalles ;
Elle devenoit arbre, et lui tendoit les bras ;
Il veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pas .
Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée.
L'un et l'autre se dit adieu de la pensée :
Le corps n'est tantôt plus que feuillage et que bois .
D'étonnement la troupe , ainsi qu'eux, perd la voix.
Même instant, même sort à leur fin les entraîne ;
Baucis devient tilleul , Philémon devient chêne ,
On les va voir encore , afin de mériter
Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter .
Ils courbent sous le poids des offrandes sans nombre .
Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre,
Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort des ans .
Ah! si ... Mais autre part j'ai porté mes présens.
· Célébrons seulement cette métamorphose .
De fidèles témoins m'ayant conté la chose ,
Clio me conseilla de l'étendre en ces vers ,
Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers.
Quelque jour on verra chez les races futures ,
Sous l'appui d'un grand nom passer ces aventures .
Vendôme, consentez au los que j'en attends ;
Faites-moi triompher de l'Envie et du Temps :
Enchaînez ces démons, que sur nous ils n'attentent,
Ennerais des héros et de ceux qui les chantent .
Je voudrois pouvoir dire en un style assez haut
Qu'ayant mille vertus vous n'avez nul défaut.
294 PHILÉMON ET BAUCIS.
Toutes les célébrer seroit œuvre infinie ;
L'entreprise demande un plus vaste génie :
Car quel mérite enfin ne vous fait estimer?
Sans parler de celui qui force à vous aimer.
Vous joignez à ces dons l'amour des beaux ouvrages ;
Vous y joignez un goût plus sûr que nos suffrages ;
Don du ciel, qui peut seul tenir lieu des présens
Que nous font à regret le travail et les ans .
Peu de gens élevés , peu d'autres encor même ,
Font voir par ces faveurs que Jupiter les aime.
Si quelque enfant des dieux les possède, c'est vous ;
Je l'ose dans ces vers soutenir devant tous.
Clio, sur son giron, à l'exemple d'Homère ,
Vient de les retoucher , attentive à vous plaire :
On dit qu'elle et ses sœurs , par l'ordre d'Apollon ,
1
Transportent dans Anet tout le sacré vallon :
Je le crois. Puissions-nous chanter sous les ombrages
Des arbres dont ce lieu va border ses rivages !
Puissent-ils tout d'un coup élever leurs sourcils,
Comme on vit autrefois Philémon et Baucis !
1. Anet, près de Dreux, était alors la résidence du duc de Ven-
dôme. C'était un château bâti en 1552 pour Diane de Poitiers, par
les ordres de Henri II ; il est aujourd'hui détruit en partie, et l'on
en peut admirer la façade transportée pierre par pierre dans la
cour de l'école des Beaux-Arts à Paris. Le château était de Phi-
libert Delorme, les sculptures de Jean Goujon, les arabesques et
les peintures sur verre de Jean Cousin.
NOTES
Page 1 line 1- Monseigneur le Dauphin : Louis, Dauphin of
France, born in 1663, died in 1711, now five
years old. Bossuet was his tutor.
2 3-Encor que mensongère : Although fabulous.
I 16-Agréer : Usually means " to accept graciously "--
here, to make oneself agreeable to. Etym., Gré,
Lat. gratum, Gr. xapis.
I 17-Etiam tentâsse decorum. Virg.
BOOK I.
FABLE I.
1 19-Cigale : From cicala, Lat. cicadula ; fourm
from Lat. formica. Cf. amicus, ami.
I 22-Bise : The cold season ; properly the north wind
(Etym. unknown).
2 9-Avant l'oût : Oût for août, August. The form
août is even nowadays generally pronounced as
one syllable.
2 12-Son moindre défaut : The last fault you can
reproach her with ; i.e., the one she shares in the
slightest degree. Cf. Molière " Ecole des Maris,"
act i., sc. 6: "Je coquette fort peu, c'est mon
moindre talent. "
FABLE II .
2 20-Maître corbeau : Maître, a title given to barristers,
solicitors and attorneys.
2 23-Langage : The substance of the speech, as opposed
to langue, the language or tongue in which it is
spoken.
2 24-M. du corbeau : Observe the flattery conveyed
in the particle of nobility du.
2 26-Ramage : Song of birds, because sung amongst
the branches, ramée (Lat. ramus). The old
form was chant ramage.
2 29-Ne se sent pas de joie : Cannot contain himself
for joy.
3 --Qu'on ne l'y prendrait plus : That he would not
be taken in again.
296 NOTES - BOOK I.
FABLE III.
Cf. Horace, Sat. iii., Book ii., 314, seqq.
Page 3 line 8- Se travaille : Strives her utmost.
3 11-N'y suis-je point encore ? Am I not yet big
enough ?
3 12-Nenni : Nothing like it ! Lat. non illud, as out
is derived from hoc illud.
3 13- La chétive pécore : The silly creature ; chétif
(fem. ve. ), is derived from Ital . cattivo, Lat.
captivus, Eng, caitiff. Fécore is from Ital. pecora,
Lat. pecus.
FABLE IV .
3 21-Gabelle : Properly salt tax ; by extension, any
lax. Cf. Old English gabel, German geben, to
give.
33
27-Il en voulait à : He wished to get.
28-Du fisc : That carried the tax money. Lat. fiscus,
the basket in which it was collected.
5-Meunier : Formerly meulnier. Ital. molinaro,
4
Lat. molinarius. The Latin o into French u is
very common : focus, feu ; folium, feuille ;
colligere, ceuillir.
FABLE V.
4 10-Dogue : From the English dog, found in French
writings of the fifteenth century.
4 11-Fourvoyé : Strayed, originally spelt forvoyé—
foris (out), via (way). Cf. forfaire and forfait.
4 15-Mâtin : Mastiff. L.L. mansatinus- a dog who
guards the house, mansum. Cf. Angl. mansion,
Scot. manse.
18-Entre en propos : Opens the conversation.
20-Il ne tiendra qu'à vous : It is quite in you: own
power.
24-Cancres : Poor half-starved individuals (cancer).
4 24- Hères : Miserable wretches. Origin unknown ;
some derive it from Ger. herr or Lat. herus.
4 26-Franche lipée : Food easily come at. Lipée, that
which is taken into the lips. German lippe, lip.
Cf. bouchée, a mouthful.
45
33-Moyennant quoi : In return for which.
I-Mainte caresse : Many a caress. Maint, derived
from German mansch, cognate with English
many.
55
6-Mais encor : But still, it must be something.
13-Et court encor : And may be running yet (for all
we know).
FABLE VI .
5 16--La génisse : Lat. junicem. Chèvre, capra, by the
ordinary transition of p into v (ripa, rive). Brebis
NOTES-BOOK I. 297
is from berbecem, the more modern form of the
classical Latin vervecem.
Page 5 line 18-Jadis : Lat. jam-dies.
5 22-Eux venus : Like the Lat. abl. absol. —when they
had come.
5 29-Echoir : To fall due . Fut. écherra, subst.
échéance (said of a bill of exchange falling due).
Original verb (obsolete) choir, to fall. Lat.
cadere.
5 31-Je prétends : I lay claim to. Rem ark the pecu-
liarity of prétendre governing accusative case
without a preposition .
FABLE VII .
6 I-Besace : From the Italian (and L.L. ) bisaccia, sac
à double poche.
6 7-Et pour cause : And with good reason (as being
the cleverest and ugliest).
6 16-Tant s'en faut : " Far from it." Faut fromfaillir,
to be wanting.
6 17-Gloser : To comment. From glossa. G. ❤dworx,
(glossary).
6 27-Du reste : in other respects.
6 29-Taupe : From talpa, as chauve from calvus, chaud
from calidus, &c. , &c.
FABLE VIII .
7 6-Éclos : Fully formed, hatched (of an egg), of a
flower-blown. Lat. excludere.
7 8-Chanvre : Cannabis. The ch from Lat. ca is
common, canis, chien, &c. , &c.
7 9-Manant : A labourer, one who remains (manen-
tem) attached to the soil ; as Angl. tenant from
tenentem .
7 10-Oisillon : Dimin. of oiseau, as carpillon from
carpe, &c., &c.
21-Chaudron : Boiler ; Ang. cauldron.
? 25-Trop de quoi : Elliptical for de quoi manger, what
to eat.
26-Chènevière : Field sown with chanvre.
77 33- Éplucher : To clear ; properly to take of the
peluche. L.L. piluccium, dimin. ofpilum : Ang.
plush.
36-Mauvaise : Ill weeds grow apace.
8 5- Reginglettes : Traps. Reginguer, to kick
against ; gigue, leg.
९ 19 - Il en prit : It befell.
FABLE IX .
Cf. Horace, Sat. vi, Book ii.
8 27-Relief : Ce qu'on relève de la table. 21
208 NOTES- BOOK I.
Page 9 line 3-En train : In full swing.
9 9-Rats en campagne aussitôt : Immediately our rats
return to their business (i.e., the feast).
9 10-De dire : (Began) to say. The historic infinitive, so
common in Latin, is not unusual in French. Cf.
liv. ii., fable xiv. , page 34, lines 18, 19.
FABLE X.
23-Se désaltérait : Was slaking its thirst. Aitérer
9
properly means to change for some other (L. alter)
state. Cf. German ändern, from ander, another ;
66
thence by extension to thirst. "
9 25-Jeun : Lat. jejunus.
เง 2-Je me vas. For vais. The lamb is young and
uneducated.
IO 13- Guère : This word originally signified much, and
is derived from old German weigaro.
FABLE XI .
10 20-M. le duc de la Rochefoucauld, friend and pro-
tector of La Fontaine ; born 1613, died 1680.
63
21-Cf. Horace, Ars poet ., 444 : "Quin sine rivali teque
et tua solus amares.
10 27-Les conseillers muets : So in " Les Précieuses
Ridicules, " sc. 7., Madelon calls a looking-glass
" Le conseiller des grâces."
Xx 14-Les Maximes : La Rochefoucauld's famous work,
in which he attributes all the actions of men, gocd
or bad, to self-interest.
FABLE XII .
22-De leur chef : On their own account.
II 23-Soudoyer : Same origin as soldat, ie. , solda
(Ital.). The transition of into u is common
colpo, coup, mollis, mou, aλuov, psaume, &c.
1I 24-Chiaoux : Turkish word, envoy ; word often
occurring in Voltaire's " Charles XII."
II 32-Et je crois, etc. : And I think that one might be
ཡ
frightened at less.
222
4-Chef : Head.
12 6- Derechef : Again ; Ital. da capo.
12 10- il en est ainsi : It is just the same.
FABLE XIII .
22
15-Trottaient : Were being exchanged.
18-Maître aliboron : Master donkey. The opinions
are divided about the etymology of this word.
Some give " aliborum " a gentitive of aïïbi pro-
claimed in the speech of an ignorant barrister ;
NOTES- BOOK I. 299
others Ad elleoorum ! He is mad ! give him helle-
bore ! The must probable seems alt boran, the old
enemy.-Old German.
Page 12 line 23- Il est assez : There are plenty.
12 25-Un quart voleur : For un quatrième. Cf. le tiers
parti.
FABLE XIV .
13 I- Malherbe : The great reformer of French poetry,
born at Caen, 1555. See Boileau, " Art Poétique, "'
chant 1, line 131-
Enfin Malherbe vint, et le premier en France
Fit sortir dans les vers une juste cadence.
13 9-Gens inconnus : The adj. or part. following
gens is masculine ; if it precedes it, fem. ; de bonnes
gens. So that it is possible for gens to be coupled
with two adjectives of different genders- Les
vieilles gens sont soupçonneux.
334
14-Il se jette a côté : He leaves his main subject.
32-Le gré : The pleasure.
4- Ils l'avertissent qu'il déloge : They advise him to
decamp .
14 8-Etaie : Etymol. Flemish word, staye. Cf. Ang.
stay.
14 10-Échanson : Lat. , scantionem. German, schenken,
to give (to drink) .
14 19-Il n'était fils de bonne mère : Every mother's son
of them .
14 20-A qui mieux mieux : Vieing with each other who
should do it best.
14 23-On ne saurait : One cannot.
14 25-Trafique de sa peine : Turns her labours to
account. Cf. Boileau " Art Poét., " ch. iv. ~~
Je sais qu'un noble esprit peut sans honte et sans crime,
Tirer de son travail un tribut légitime.
14 27-Dès lors que : As soon as ever.
FABLE XV.
15 9-Cul de-jatte : A body without legs, and so like the
bottom of a jug. Manchot, mancus.
15 II-On t'en dit autant : That's all I've got to say to
you.
FABLE XVI.
This fable is imitated from Æsop. The former was La Fon-
taine's original idea, written (as he tells us) to introduce this fine
sentiment of Mecænas (!)
15 14-Le faix : Fascis (mas.). All French substan-
tives in x derived from Latin words in x, as pais
from pax, croix from crux, are fem.
300 NOTES-BOOK I.
Page 15 line 16- Chaumine : .e., chaumière ; deriv. chaume
calamus, because thatched with reeds.
15 17- N'en pouvant plus : Completely worn out.
15 23-La corvée : Forced labour. Low Lat., corvada,
corrogata opera.
15 28-" Tu ne tarderas guère " may either mean, it wil
not delay you much ; or, you will not be long
before you come back. Cf. Horace, Ode xxiii.,.
lib. I.-
Quanquam festinas, non est mora longa, licebit
Injecto ter pulvere curras.
15 29-Le trépas : From trans-passare. The Latin prefix
trans often becomes tré in French, thus trans-
salire gives tressaillir ; transtellum, tréteau, &c.
15 32-Devise : The motto, because it was originally in 1
one of the divisions of the coat of arms.
FABLE XVII.
16 7-Du comptant : Ready money (he was well off).
16 8-Partant : Consequently. Cf. Book vii, Fable 1 ,
" Plus d'amour partant plus de joie. " In com-
mercial language, " partant quitte'99 means all
square.
16 II-Bien adresser, for s'adresser : To make a good
choice.
16 16-Badinant : Badiner means to trifle. From a
Provençal word, bader, to chatter ; traceable to a
Low Latin origin, badare, to yawn.
16 22-Guise, from old German wisa ; Modern German,
weise: Manner, fashion.
16 25-Se douta du tour : Suspected what trick they
had been playing him.
16 29-Point de nouvelles : There is no question of
marriage any longer.
16 32-Qui tienne : That can stand that.
FABLE XVIII.
17 4- Régal : Makes in its plural régals. Etym.,
doubtful, probably same as gala, galant.
17 5-Pour toute besogne : For all purposes, i..., for the
whole feast ; Etym. , besogne is another form of
besoin, necessity ; Low Latin, bisonium ; probable
etym., bes, a prefix signifying ill, and soin, care.
17 6-Brouet : Angl. , broth ; Old French, breu ; Old
German, brod.
17 6-Chichement : Sparingly. From L. Latin, ciccum ;
Spanish, chico ; signifying diminutive.
די 14-Logis is from an old Latin word, laubia ; Old
Germ., laubja ; Mod. Germ. , laube, a leafy
bower. "
17 17-Cuit à point : Done to a turn.
NOTES-BOOK I. 301
Page 17 line 20-Menu : From minutus. Cf. Angl., minniver-
menu-vair-small, fine fur.
17 27-Serrant la queue : With his tail between his legs.
FABLE XIX .
18 -Choir : Obsolete from cadere ; as chien from
canis ; cheval, caballus, &c. , &c.
18 10-Tancer : Formally written tencer. From Lat. ,
tentiare-from a Middle Age contentiare.
48 10-Babouin : Little monkey ; Ital. , babuino ; Angl. ,
baboon.
18 14-Canaille : Ragamuffins. O. F., chienaille ; Ital.,
canaglia, from canis.
18 21-Engeance : Race, growth ; from enger, to plant.
Etym. unknown ; perhaps from ingignere.
FABLE X X.
#8 29-Au beau premier : To the very first.
A8 31 -Mil : Lat. milium.
FABLE XXI .
865
86
8-Rayons : Pieces of comb. Old French, rais, from
8
3
radius ; Angl., ray.
19 9-Frelons : Deriv. , frêle, from fragilis.
49 24-Depuis tantôt six mois : For six months now.
19 25-Nous voici : We are no better off than we were at
first.
$9 28-Lêcher l'ours : A proverbial expression (found in
Rabelais) signifying to waste time over anything.
19 29-Contredits : Pleas. (Leg.)
19 29-Interlocutoires : Interlocutory judgments. (Leg.)
19 30-Fatras : Rubbish ; confused mass. From fartus,
farciri.
19 30-Grimoires : Unintelligible stuff. Originally
"grimoire" meant a book of magic. The old form
of the word, " gramaire," would show it to be
derived from γράμμα.
.20 2-A leurs parties : Partie in legal language means
adversary.
20 3-Plût à Dieu : Would to heaven !
20 7--Gruger : Properly to munch, or crunch with the
teeth ; to consume one's own or another person's
property to no purpose.
.20 9, 10-See fable ix., book ix.
FABLE XXII.
20 15-D'aventure : By chance.
*20 18-Cependant que : For pendant que.
20 22--Encor si : If only.
20 30-Souci : Etym. , sollicitare, contracted first to
sol'ci'are, then soucier.
302 NOTES
BOOK II.
FABLE I.
Page 21 line 15-De tout temps : Time out of mind.
21 19-Un plus savant le fasse : (que omitted). Let a
better man than me do it (if he can).
22
21 20-Langage. Cf. Book i., Fable 2 .
2
2
2-Fière : from ferus. But the original idea of
"fierce " or " cruel " has entirely disappeared.
22 13-La période. This word has two genders. In the
masc. it means " the highest pitch attainable."
22 17-Cajole : From cageoler, to sing like a bird in a
cage, and so seduce and flatter.
22 19-Baissons d'un ton : Let us lower our style one-
degree (fam., come down a peg) .
22 30-Remettez. Cf. Horace, Ars Poet., 441.
Et male tornatos incudi reddere versus.
32-Ne saurais-je : Can I not ? Savoir, oser, pouvoir,
can be negatived by ne without pas.
FABLE II.
Compare with this Fable the story of Archibald Douglas (" Bell
the Cat" ), A.D. 1482.
23 2-Rodilardus : Ronge-lard, bacon-nibbler. A word
333
employed by Rabelais.
23 5-Dedans : For dans.
23 7-Son soûl : Its fill ; Lat. , satullus.
23 8-La gent : Obsolete French word for race. See
Book ii. , Fable v. , page 25 , line 21, and Book iii.,.
Fable iv., page 47, lines 2 and 3.
23 10- Or : Now; formerly written ore. From Lat. , hora.
The same root is found in the words désormais,
dorénavant, encore, lors, alors.
333
23 10-Au haut et au loin : Far and wide.
23 12-Sabbat : Witch's frolic. Sabbath (in Arabic schabat)
N NNN
properly means " rest, " and as the early Christians
were supposed to be sorcerers, their day of rest
came to mean a day given up to sorcery.
23 13-Le demeurant des rats : All that were left (i.e.
N
N
not eaten) of the rats.
23 13-Chapitre: Capitulum.
23 15-Doyen : The eldest member. Decanus.
23 16-Et plus tôt que plus tard : And the sooner the
better.
23 22-Chose ne leur parut : For aucune chose ne leur
parut.
23 23-Le grelot ; Bell. Etym., crotalum (Diez), orgraal,
a little pot. (Cf. Holy Grail).
23 24-Je n'y vas point : This rat was as uneducated as
the lamb in Book i., Fable 10.
NOTES- BOOK. II. 303
Page 23 line 26-Maints. Cf. Book i., Fable v., page 5, line 1.
23 29-Voire : Old word signifying " of a truth. " Etym . ,
verum.
23 31-Foisonne : Abounds. From fusionem. Cf. Ang.,
profusion.
FABLE III.
24 7-Par chaque partie : By the principals in the case.
Cf. Book i. , Fable 21 , page 20, line 2.
24 8-Thémis : Goddess of Justice.
24 10-Lit dejustice : Here simply "judgment-seat." The
Lit de justice meant an extraordinary session at
which the king presided in person.
FABLE IV.
225
24 23-Grenouille : Ranuncula.
24 25- Le peuple coassant : The croaking people, i.c.,
the frogs, from the Greek onomatop. Koaž. Cf.
La gent marécageuse, l'animal bêlant, &c., &c.
24 32-Foulant : This nom. agreeing with il (line 30),
is not here followed by any verb. The construction
is faulty.
24 33-Et puis : One would have expected here a second
tantôt ; but then the verse would not have
scanned.
25 7-Les petits, &c. : Cf. Horace, Ep. i. , 2, 14.
Quicquid delirant reges, plectuntur Achivi.
FABLE V.
25 7-Une chauve-souris : A bat, bald mouse. So called
because the wings are devoid of hair.
25 10-Belette : Properly the " pretty little animal, " from
belle. This diminutive is common in French :
fourchette, trompette, &c.
5555
2222
25 11- Souris : Soricem.
25 11-De longtemps ; Long since.
25 22-La gent. Cf. Book ii., Fable 2, page 23, line 8.
25 26-Etourdie : From extorpidire, to reduce to a state
oftorpor.
25 27-Aveuglément : Observe the accent found in the
adverb, and not in the subst. aveuglement.
25 29-Derechef : A second time. Da capo.
25 30-La dame, &c. : Book vii. , Fable 16, page 143,
line 6.
La dame au nez pointu.
26 5-Echarpe Scarf (of office). Cf. for the change of
é in French to s in English, échafaud, scaffold ;
état, state ; éperon, spur ; &c.
26 6--Faire la figue : To mock. A metaphor taken
from a Milanese story unfit for repetition.
304 NOTES- BOOK II.
Page 26 line 8-La Ligue : Of the Catholics under the Guise
against Henry III., dispersed by Henry IV. in
1594.
FABLE VI.
00860
26 15- De quoi : Wherewithal,
26 16-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, page 18, line 21.
26 18-Les enfans de Japet : The human race. Imitated
from Horace, Audax Japeti genus, who, however,
applies the expression to Prometheus alone.
FABLE VII .
26 21 -Une lice : Origin doubtful. Perhaps Low Lat.,
lycisca ; contracted into Provençal leissa―lisse--
lice.
26 21-Sur son terme : On the point of bringing forth her
N
ŏ
N
litter.
26 23-Fait si bien que : Uses such good arguments that.
26-Une quinzaine : A fortnight ; as une huitaine,
Angl . (sennight), a week.
26 29-Echu : Having expired. From échoir, to fall due
as a bill (of exchange) : subst. , échéance.
27 2-Hors : Lat. , foris.
FABLE VIII.
27 10-Escarbot : A sort ofbeetle. Scarabæus.
27 14- Gîte : A refuge ; home. From obsolete gésir,
jacere, found in the form ci git (here lies) on
tombstones.
27 15- S'y blottit : Gathered himself up there ; the
proper expression for a falcon on its perch. Blot.
27 22-Donnez-la- lui, &c.: Observe the position of the
pronoun before the second imperative, ou l'ôtez.
Cf. Boileau, " Art Poét. " " Polissez-le sans cesse,
et le repolissez. 66 state of the household, "
27 31 - Ménage Properly
from old French maisnage, derived from Low
0000
Latin mansionaticum .
28 1-En mère affligée : As a disconsolate mother.
28 3-Fait faire le saut : Pitches out. Lit., causes to
make a jump.
28 9-Giron : Lap. Giron originally signified the part
of the dress hanging between the waist and the
knee, which could be gathered up. L. L. giro.
2.8 13-Aussi, &c., &c. : And (you may be sure) that nc
one went and took them away from there.
FABLE IX .
28 33-Va-t'en, &c. : This line is almost word for word
the same as the beginning of an ode of Malherbe
to the Maréchal d'Ancre :
Va-t'en à la malheure, excrément de la terre.
NOTES -BOOK II. 305
Page 29 line 3-Me fasse peur ni me soucie : Ninot preceded by a
negative is unusual. Cf. same Book, Fable 11,
last line.
29 8-Le trompette : The trumpeter. La trompette, the
instrument. So le cornette and la cornette.
29 9-Dans l'abord : For d'abord. Se met au large:
goes to a little distance so as to pounce with more
force on the lion.
29 12-Écume : Foams. From German, schaum ; Eng ,
scum. Etincelle, scintilla.
29 16-Avorton : Abortion. From ab (male) ortus.
29 17-Echine : Old German skina, the spine. Cf.
Ang. chine.
29 19-Faîte : L., fastigium.
29 21-Qu'il n'est, &c. : That there is neither claw nor
tooth of the irritated beast but (Lat., quin) does
its duty in making his blood flow.
29 25-Qui n'en peut mais : Is at his wit's end. Mais is
from Lat. magis. A common French expression
is N'en pouvoirplus, to be thoroughly exhausted.
29 26-Sur les dents : Fatigued, reduced to extremities,
as a horse when tired leans with his teeth on
220
the bit.
29 30-Araignée : Lat. , aranea ; formerly araigne meant
a spider, and araignée the web.
29 35-Tel a pu : Many a man has been able, &c. Cf.
Racine, " Plaideurs," act i. , sc. I :
Tel qui rit Vendredi Dimanche pleurera.
FABLE X.
30 8-Portait les bouteilles : Went along slowly and
steadily, like a person carrying bottles. Pro-
333333
verbial.
30 9- Gaillards : Jovial. Derivation uncertain.
30 II- Gué : Lat., vadum.
30 12 -Empêchés : Here, puzzled. Empêchés is derived
from a L. Latin word impactare, derived from
impictus, impingere.
30 21 -Baudet : Donkey, from an obsolete French word,
baud, merry; cognate to German bald. In
modern French s'ébaudir means to enjoy oneself.
30 23-Camarade épongier : His sponge-laden comrade ; a
word invented by La Fontaine.
30 24-Comme un mouton : Alluding to les moutons de
wwww
Panurge, which jumped into the sea one after
another.-Rabelais. See note, Book v. , Fable 20,
page 100, line 14.
30 27-Burent d'autant : Drank their fill.
30 27-Grison : Angl. , " grizzle."
30 28-Firent à l'éponge raison : Held their own with the
sponge- i.e., drank as much.
2-J'en voulais, &c.: " This is what I wanted to
prove."
306 NOTES -BOOK II.
FABLE XI.
This fable had been related by Marot one hundred years earlier
with much greater spirit and detail.
Page 31 line 9-A l'étourdie : See Fable 5, page 25, line 25.
31 14-Eût affaire : Should have dealings with ; should
be indebted to for a service.
31 15-Il avint : For advint.
31 15-Au sortir : On going out. The French often use
the verb as a substantive. See Book viii.
Fable 2, page 149, lines 13 and 14.
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir
Comme le manger et le boire.
31 19- Maille : Latin, macula.
FABLE XII.
31 25-Fourmis : La Fontaine employs a poetical license
in writing fourmis with an s, though before his
time the nom. of substantives ended in s, which
disappeared in the other cases.
334
31 26-Océan : So in Book viii. , Fable 9, the young rat
makes " mountains of molehills," and"" says,
" Voici les Apennins et voici le Caucase !
ww
28-Usa de charité : Did an act of charity.
w
29-Brin d'herbe : A blade of grass ; brin means a
piece, a bit. Etym. unknown.
32 I-Croquant : A peasant. Deriv. unknown ; either
from the hard substances which they eat (croquer,
to crunch)-" O dura messorum ilia ! " -or from
a village called Croc (d'Aubigné).
ww
w
2-Arbalète : Arcubalista.
w
w
4-Lui fait fête : Welcomes her (thinks he has her
safe).
32 7-Vilain : Another word for peasant. From Lat.
villanus, a labourer ; villa, a farm .
32 8-Tire de long : Flies far away. Cf. tirer de l'aile;
à tire d'aile, as fast as a bird can fly.
32 10-Point de pigeon pour une obole : Not even a
farthing's worth of pigeon for him.
333
FABLE XIII.
32 15-Tandis que : Etym. , Lat, tam -dies, asjadis, from
jam-dies.
32 19-Parmi : Lat., per medium.
32 19- Ce que de gens sur la terre nous sommes : All us
inhabitants of the earth ; for ce que de gens. Cf.
Horace, Epod. v. , I :—
At, o Deorum quicquid in cœlo regit
Terras et humanum genus.
33333
32 20-Il en est peu : There are few ; peu, L. pauci.
1-A quelle utilité : Obsolete ; à quel usage is
modern.
NOTES- BOOK II. 307
Page 33 line 4- De plaisirs incapables : Transpose-incapables de
333 plaisirs.
33333333333
6-Devant que : For avant que.
7-C'est erreur, c'est crime : For c'est une erreur,
c'est un crime.
17-Charlatans : Quacks. From Italian, ciarlatano.
17-Horoscope. Faire, or tirer un horoscope, meant to
foretel the destiny of men from the position of the
stars at their birth.
19-Souffleurs : Alchemists ; because they blowtheis
forges.
19-Tout d'un temps : All at once.
22-De boire : To be drowned.
24-Bâiller aux chimères, means to gape at mysteries >
to lose one's time.
25-Cependant que : For pendant que. Cf. Book i.,
Fable 22, page 20, line 18.
FABLE XIV.
33 28-Lièvre : Lat. , lepus. The change from ỏ or pir
Latin to v in French, is very common : habeo,
333333
avoir; ripa, rive ; liber, livre; &c. , &c.
28-Gîte : A hare's form. See Fable 8, page 27,
line 14.
34 2-Toujours assauts divers : Always a succession of
struggles. Cf. Book i. , Fable 5, page 4, line 27.
Tout à la pointe de l'épée.
34 6-Eh ! la peur ..: La Rochefoucauld says : " La
faiblesse est le seul défaut qu'on ne puisse
corriger."
34 10-Guet (faire le) : To be on the watch. From Old
German, wahtan, to watch.
34 12 -Souffle : From sufflare.
34 16-Tanière : Originally taissonnière, the hole of the
badger. Taisson, Middle-Age Latin, taxus '
German, dachs.
14 18-Grenouilles aussitôt de sauter : Cf. , for this in-
finitive, imitated from the Latin, Book i., Fable
9, page 9, line 10.
Et le citadin de dire.
34 -J'en fais faire
20- : I make others do what I am
made to do myself.
C
34 25-Un foudre : Foudre, in its literal sense of light-
," " thunderbolt, " is fem.; used figuratively,
ning,"
it is masc.
34 26-Il n'est . . . : Cf. Boileau, " Art Poétique, ”
chant i.
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
FABLE XV.
34 30-Matois : Cunning. Etym. La Mate, a place in
308 NOTES - BOOK II.
Paris where thieves assembled . " Compagnon
de la matte," sixteenth century.
Page 35 line 5-Faites-en les feux, &c. : i.e., Feux dejoie. Light
up your bonfires this very evening ; en to cele-
brate it (the peace).
35 14-Je m'assure : For j'en suis sûr-expression often
found in writers of the seventeenth century.
35 18-Traite Journey ; from tirer (Lat. trahere). See
Fable xii. , near the end, tire de long.
35 21-Tire ses grègues : Draws off his breeches- to run
faster. Grègue is from grechesco, because the
Greeks wore them.
35 21-Gagne au haut : Is off like a shot.
FABLE XVI.
www
35 30-En Redundant .
ww
35 31-A l'entour de : Obsolete for autour de.
36 3- Couvant : From Lat. cubare ; literally to hatch,
here to gloat over.
36 7-L'animal bêlant : The bleating animal ; balans.
36 8-La moutonnière créature : Another of La Fon-
taine's favourite coinages. Compare camarade
épongier of Fable x.
36 9-Toison : From tonsionem. All feminine words in
son can be traced to Latin fem. origin : maison,
mansio, &c. , &c.
36 13- Empêtra : Entangled. Empêtrer and dépêtrer are
derived from pastorium, a shackle with which
horses were tethered at pasture.
36 18-Mal prend aux volereaux : It ill suits small thieves.
Volereaux, a coinage of La Fontaine.
36 19-Leurre : Angl. , lure, from old German, luodr.
FABLE XVII.
www
www
36 23-Paon : Pavo.
36 28-Rossignol, formerly written lossignol, from Latin
lusciniolus (Plautus) ; dim. of luscinia.
36 28 -Chétive. See Book i., Fable 3, page 3, line 13.
37 2-Qui te panades : Se panader is to spread the tail
like a peacock ; se pavaner, to strut like one ;
both are derived from pavo, the former following
the French form.
37 10-L'aigle Masc. when it means the bird ; fem. if
used figuratively, as les aigles impériales of Rome
(or France).
37 12- La corneille, &c.
Sæpe sinistra cavâ prædixit ab ilice cornix.
37 13- Ramage. See Book i. , Fable 2, page 2, line 26.
FABLE XVIII.
$7 18-Mignonne: A darling. From root mign, traceab.e
to old German minnia, love, (minnesinger).
NOTES- BOOK II. 309
Page 37 line 26-En fait sa moitié : Marries her ; makes her his
(better) half.
37
3337 27-Le voilà, &c., &c. : There you have him mad
with love who before was mad in his friendship.
31-Que fait : One would expect ; que nefait.
33-Amadoue : Fondles. From madouer (a word of
German origin, from old Scandinavian mata), to
attract with a bait.
38 5-Elle manque, &c. : She missed her object-i.e.,
did not catch the mouse.
3 8 6-Souris de revenir : Cf. for this infin. , Book i.,
Fable 9, page 9, line 10.
38 7-Elle accourut à point : She ran up in time, i.c, to
catch the mouse .
38 10-Amorce : A bait. Old French, amorse, from
amordre, to bite at ; ad-mordeo.
38 12-Il (i.e., le naturel) : Nature ; to which all the
subsequent masc. pronouns refer.
38 13- Le vase, & c. :
Quo semel est imbuta recens, servabit odorem
Testa diu.
Horace, Epist. 1., Lib. a
0000000
38 14-Train : Course (of action), manner of living.
38 18-Coups de fourches :
Naturam expellasfurca, tamen usque recurret.
Horace, Epist. Lib. 1., 10, 24
38 20--Embâtonnés : Armed with sticks (bâton).
FABLE XIX .
38 27-Gibier : Etymology uncertain ; perhaps from a
root, gib, whence gibe and gibet, a staff or hunting-
spear.
38 27-Moineau : Old form moisnel, contr. from moissone!,
dimin. of moisson, Lat. muscionem, from musca.
was
Cf. oiseau-mouche, the humming-bird.
ese
es
38
☺
es
28-Daim from dama, fallow-deer. The old French
☺
was dain, which gives the modern fem. daine.
38 28-Cerf: From cervus, red-deer.
38 32- Messer : Old French for monsieur. See Book iii.,
Fable 2, page 44, line 18.
38 33- Ramée : From ramus. Cf. Book i. , Fable 16,
page 15, line 13.
38 35- Les moins intimidés : The bravest.
39 4- Les hôtes de ces bois : Cf. Book i. , Fable 2,
page 2, line 28.
39 5-Piége : Pedica, as juger from judicare ; nanger,
manducare ; &c.
39 13- Encor que : Even though. Cf. Book i. , Dedica-
tion, line 2. In the seventeenth century encore
was written encor, encore, or encores, ad lib.
39 15-Fanfaron : A boaster ; one who sounds his own
fanfare-military music ; probably onomatop.
310 NOTES -BOOK II.
FABLE XX .
Page 39 line 21-Une histoire, etc.: One of the prettiest stories (on
record).
39 28- Selon : Secundum is the usual etym. given of this
word. M. Brachet suggests (from the old forms
of the word selonc, solone, sullunc) the Lat. sub-
longum ; Angl. along.
39 32-Sa contingente part : The share that was to accrue
to her.
40 4-Chacune sœur : The pron. for the adjective
chaque.
40 8-Que is here redundant, as " C'était un grand
homme que César " : Cæsar was a great man.
40 10-Consultée : Discussed.
40 13-Y jettent leur bonnet : Give it up. Idiomatic.
The modern locution is donner sa langue aux
chats.
40 17-Treuve : Trouver was so written in the sixteenth
century, but Molière, in the " Misanthrope,"
act 1, sc. I , has—
L'amour que je ressens pour cette jeune veuve,
Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuve.
40 20- S1 mieux, &c. : Unless the mother prefers levying
an annuity payable (courante) from the moment
of the death of deceased.
40 23-Les maisons de bouteille : Small country houses
for pleasure parties.
40 24-Treille : L. L. trichila, an arbour. Angl. trellis.
40 25-Vaisselle d'argent : Silver plate. L. vascellum—
vas.
10 27-Les esclaves de bouche : The slaves who wait at
table.
40 28-L'attirail de la goinferie : All that has to do with
eating and drinking, (Lit. stuffing) ; goinfre, a
glutton ; deriv. unknown.
40 29-Celui : i.e., l'attirail.
40 34-Le ménage : Cf. Book ii., Fable viii., page 27,
line 31.
45 36-De labeur : Used for ploughing. Modern word
labour, ploughed land. L. laborem ; Ital. lavoro,
terra di lavoro.
40 37-Ces lots faits, &c. : When the property had been
thus divided into three lots, people considered
that chance (i.e. , if the distribution was left to
chance) might bring about that perhaps no one
sister would get what would please her : and so
each took her choice, all (of course) according to
a fair estimate.
41 Ic-Le contre-pied du testament : The contrary to
what was intended by the will,
NOTES- BOOK III. 311
Page 41 line II—-Que l'Attique aurait de reproches de lui : How
he would make all Attica ring with reproaches.
4I 20-Partant. See Book i., Fable 17, page 16, line 8.
41 21-I 'attirail, &c.: All the paraphernalia of persons
given to free living.
4I 23-La biberonne : The lady who was fond of the
bottle. A word of La Fontaine's coining.
41 30-On leur verrait de l'argent : People saw that they
had money.
41 31- Tout comptant : Down on the nail.
41 34-Comme il se pouvait faire : How it could possibly
happen.
BOOK III .
FABLE I.
Pige 42 line 2-Un droit d'aînesse : A prescriptive right of primo-
geniture. Aîné (old French aisné) is from ante-
natus, as puîné, post-natus. Cf. Angl. puisne,
puny.
42 4- Ne se peut tellement moissonner : Cannot be so
well reaped .
42 5-Que...... ne : Quin.
42 6-La feinte : Fiction. Cf. Book vi. , Fable I,
page 102, line 5.
42 9-Malherbe : See Book i. , Fable 14.
42 14-Racan : Disciple of Malherbe, born 1589-
author of " Les Bergeries," a dramatic pastoral,
had been page to the Duc de Bellegarde. Boileau,
Sat. 9, says of him (with some exaggeration)—
Sur un ton si hardi, sans être téméraire,
Racar pourrait chanter au défaut d'un Homère.
42 17-Que rien ne doit fuir : Whom nothing escapes.
Quem nilfugit-i.e. , who know everything.
42 22-Amertume : From amaritudinem, as coutume, con-
suetudinem ; enclume, incudinem (old form).
42 24-Où buter : What to aim at. Quel but choisir.
42 26-Malherbe là-dessus : Subaud., dit.
42 28 -Meunier. Cf. Book i. , Fable 4, page 4, line 5.
42 29-Des plus petits. Cf. Book ii , Fable 20, page 39,
line 6.
42 31-Foire : Lat. feria (middle ages) feriæ.
42 32-De meilleur débit : In better condition for sale.
42 33- On vous le suspendit : The vous here is redun-
dant. Cf. Shakespeare-" Knock me at this
gate and rap me well. " " Taming of the Shrew, "
act I, Sc. I.
1323
43 6-Détaler : Walk on. Etaler means to display
one's goods on a stall ; détaler, to clear them off
and be gone .
312 NOTES- BOOK III.
❤❤
Page 43 line 7-Qui goûtait fort : Who appreciated immensely.
43 8- Patois : Provincial dialect. Old form of word,
patrois, from patrie, native country.
❤❤❤
43 8-Ñ'en a cure : Pays no attention.
43 9-D'aventure : Book i. , Fable 22, page 20, line 15.
43 12-Que l'on ne vous le dise : And don't wait to be
told.
❤
43 17-Passant : Observe that the pres. part. does not
change in gender or number.
43 17-Grand'honte : Observe the suppression of the e,
as in grand'mère, grand'rue, grand messe, &c.
1335
4 3 18-Clocher : To limp along ; from a Provençal form ,
clopchar, from L.L. cloppicare ; cloppus, from
Greek Χωλοίπους.
43 19-Nigau d : A booby ; deriv. unknown. Cf.
*
Angl. , niggard.
43 20-Fait le veau : Swaggers along.
**
43 22-Et m'en croyez : And take my advice. Pronouns
precede the second of two imperatives.
43 23-Quolibet : Chaff. A quolibet originally meant a
*
theme set at school in which one could write what
one liked ; L , quod libet.
***
43 26- Gloser : Cf. Book i., Fable 7, page 6, line 17.
43 27-N'en peut plus : Is thoroughly exhausted.
43 28-Bourrique : Donkey ; L.L., burricus, a wretched
little horse.
**
43 33-Toutefois : Anyhow.
43 34-Nous en viendrons à bout : We shall succeed (in
doing so).
*****
43 35-Se prélassant : Strutting along like a prelate.
43 36-Un quidam A certain man.
43 37-Baudet : See Book ii., Fable 10, page 30, line 22.
44 I-Enchâsser : Enshrined. From châsse-L. Capsa.
44 3-Au rebours : On the contrary. Rebours means
the wrong way of the stuff ; L.L. , reburrus.
*
44 3-Quand il va voir Jeanne : From an old song-
Adieu ! cruelle Jeanne,
Puisque tu n'aimes pas,
Je remonte mon âne.
44 7-Dorénavant : Formerly written d'ore en avant ;
from this time forward.
44 9-Faire à ma tête : Follow my own counsel.
44 10-
-Quant à vous . . .: Malherbe, having finished
his story, goes on to advise Racan.
44 12-Abbaye : From L. , abbatia. The suppression of
the Latin is very common-dévouer, devotare ¡
douer, dotare ; empereur, imperatorem ; poele,
patella ; &c. , &c.
FABLE II.
44 18-Messer Gaster : Master Belly ; for messer, see
Book ii., Fable 19, page 38, line 32.
NOTES -BOOK III. 313
Page 44 line 24- Bêtes de somme : Beasts of burden ; Italian,
sommaro. Somme is from It. , salma ; L.L.,
salma, corruption of sagma, pack, or burden.
44 27 Chômons : Let us take a rest. Chomer is from
chaume ; Kavua, the heat of the day, when one
cannot work. Cf. Book viii ., Fable 2, page 149,
line 28.
AA
44 27-Métier : Old form, mestier ; mistier, from L.
ministerium.
A
÷
44 30-Qu'il en allât chercher : To go and look out for
himself. En here means nourishment.
45 12-Gage : The active verb gager for " to pay a
stipend to " is unusual.
45 16-Ménénius : i.e., M. Agrippa, A.U.C. 492 .
45 16-Le sut bien dire : Knew how to put it to them
well.
45 17-S'allait séparer=allait se séparer.
45 18-11 : That is " the Senate.'
FABLE III.
4
45 29-D'avoir petite part : To have but small share-
i.e., he caught so few.
44
45 31-La peau du renard : "Cunning."
45 33-Hoqueton : Smock. The old form was hauque-
ton, from alqueton, a word of Eastern origin.
00
46 6- Faite : i.e., contrefaite.
46 8-Guillot le sycophante : The false, hypocritical
Guillot (as opposed to the real one in next line).
000 000
46 II-Musette : Same as cornemuse.
46 14-Son fort : His stronghold—i.e. , his den.
46 23-Esclandre : From scandalum ; as espérer from
spero ; esprit from spiritus ; &c. , &c.
46 24-Empêché : Hampered ; L.L., impactare.
46 26-Fourbes : From Italian furbo ; from L. , fur.
46 27-Quiconque . . . Let wolves be wolves.
FABLE IV.
47 2-La gent marécageuse : The people that inhabit
the marshes. Cf. Book ii., Fable 4, page 24,
line 25-lepeuple coassant.
47 4-S'alla cacher = Alla se cacher.
47 9- Or, now ; formerly written ore, from L. hora
at this hour. This word is found in lors, alors
encore, désormais, and dorénavant.
47 9-Soliveau : A log, from solive, a stay or support
L. sublevare.
47 12-Tanière. See Book ii. , Fable 14, page 34, line 16.
47 15-Fourmilière : A crowd, as of ants on an ant-hill.
47 18-Coi : Fem. coite. L. quietus.
47 23- Gober : To swallow-fam. bolt. Form a Celtic
word, gob, meaning mouth.
22
314 NOTES -BOOK III.
Page 47 line 24- Grenouilles, etc. For this infinitive see Book in,
Fable 14, page 34, lines 18, 19.
47 27-Vous avez dû (for vous auriez dû) : You ought to
have.
47 30-Débonnaire : Good natured. Old Fr. de bon
aire = air.
FABLE V.
47 33- Bouc : He-goat. This word is of similar form
in many languages ; Wallon bo, Provençal and
Gaelic, boc ; O. F. , li boug.
47 35-Des plus haut encornés : One of the longest--
horned of his kind. Cf. Book ii., Fable 20,.
page 39, line 22.
co00 0000 0000
48 2-Passé maître : Consummate master.
48 4-Se désaltère : See Book i., Fable 10, page 9,
line 23.
48 9-Echine : Cf. Book ii., Fable 9, page 29, line 17.
48 20- Et vous lui fait, etc.: The vous is redundant, as
Book iii., Fable 1, page 42, line 33, et passim.
48 22- Par excellence : Above all other animals.
48 24-A la légère : Inconsiderately. In this and simi
lar expressions the word mode, fashion, is under-
stood à l'Anglaise, à la Française, &c. 4
FABLE VI.
48
±±
30-Laie : The female of the wild boar, as truie is a
☆
☆
±
domestic sow. Origin unknown.
48 33-Moyennant : By means of. Moyen from L. L.
medianus.
48 34-Faisaient leur tripotage : Carried on their (respec
tive) business.
49 I-Fourbe means either a " cheat," or " cheating" ;
treachery.
49 3-Au moins de nos enfants : At all events that of
our children. The dem. pron. is omitted.
49 4- Ne tardera possible guères : Cannot possibly be
far off. Guère, Old German, weigaro, much.
49 5-Fouir, fodere.
49 10-Qu'ils s'en tiennent, &c. : Let them take my word
for it.
49 12-Au partir : Cf. Book ii. , Fable II, page 31,
line 15-
Au sortir des forêts.
49 15-En gésine : About to litter , from gésir (jacere),
ci git, here lies ; gîte, a refuge, hare's form.
49 28-Dedans : For dans.
49 32-De la gent marcassine et de la gent aiglonne :
Words coined by La Fontaine, meaning, "the
young of the wild sow," which are called mar-
cassins, and "the eaglets" (aiglon). Cf. for such
NOTES- BOOK III. 315
expressions-La gent marécageuse, le peuple coass-
ant, &c.
Page 49 line 33- Qui n'allât, &c. : But passed from life to death.
The qui-ne same as quin in Latin.
49 33-Trépas : Deriv. trans -passare, to pass from life
into death.
49 34- Grand renfort, &c.: Fine feeding for the cat and
her family !
49 35- Ourdir, ordiri.
FABLE VII.
5-Où: To which.
ྤཉྩ
50
50 6-Honte ni peur : For omission of first negative
ef. Book ii. , Fable II , page 31 , lines 20, 21.
50 7-Il me souvient : I recollect.
50 8-Que-ne = quin.
50 9- Un suppôt de Bacchus : A devotee of Bacchus-
i.e., a drunkard. Suppôt (L. suppositus) means
a subordinate attached to the service of some
person.
50 10-Altérait : Was undermining.
50 11-Telles gens : Before such people have run half
their course, they have got to the end of their
money.
50 17-Cuvèrent : Fermented; from cuve (L. cupa), a wine-
vat. The wine is said cuver (verb n.), when it
ferments in the vat ; and cuver son vin (verb trans. ),
means to sleep off the effects of wine.
50 17-Treuve. Cf. Book ii., Fable 20, page 40, line 17.
50 18-L'attirail : The paraphernalia.
50 19-Un luminaire : The collection of candles lighted
round a bier.
50 24-Un chaudeau : A basin of hot broth.
50 26-que-ne = quin.
50 26-Citoyen d'enfer : An inhabitant of Hades ; i.e. ,
defunct.
50 28-Cellerière : The keeper of the larder. Lat.,
cellarium, a larder.
50 30- Enclôt : From obsolete verb enclore, to enclose.
FABLE VIII.
4-L'humaine lignée : The human race. Lat. , linea
555
-Avisons : Let us think.
7-Etrètes, or étraites-the old form of writing and
pronouncing étroites, and which brings it nearer
the English strait; narrow, confined , from strictus.
Cf. droit, from directus.
535
51 10-Tenez donc : Look now.
10-Bûchettes : Small pieces of wood (to draw lots
with).
51 11-Tirez : Draw lots.
316 NOTES - BOOK III.
Page 51 line 12-Il n'est rien, &c.: There is nothing in the dwellings
of the poor (cases) that pleases me, said the spider.
55 Aragne is the obsolete form of araignée. Cf.
Book ii., Fable 9, page 29, line 30.
55
51 13-Au rebours : On the contrary. Cf. Book iii.,
Fable 1, page 44, line 3.
51 16-Plante le piquet : Pitches her tent, takes up her
abode.
51 18-Chôme : Cf. Book iii. , Fable 2, page 44, line 27.
51 19--Faire mon paquet : Pack up my traps (and be
off).
51 20-Sommer : To require. Angl. , summon.
SI 21-Lambris : Wainscot. Because formed some-
times of plates of metal-Lat. , laminæ.
AAAA
22-Elle eût fait bail à vie : She had a lease for life.
SI 23-A demeurer : With the intention of remaining.
23-Ourdie : Cf. Book iii. , Fable 6, page 49, line 35.
از 24-De pris : The de is redundant.
51 26-Tissue : Past part. of obsolete word, tistre, from
einen
Lat., texere. The modern word is tisser.
unen
51 27-Bestion petite bête.
51 27-Déménage : Shifts her quarters.
51 29-En campagne : A field ; ¿.e., obliged to go out
and about with her victim.
SI 33 -Houer : To hoe.
51 33-Goutte, &c. : A well-worried gout-i.e., obliged
to move about from place to place-is, they say,
(as good as) half cured.
51 34-Pansée : Old form penser, from Low Lat. pensare,
to think about, tend.
51 36-D'écouter : For this infin. , see Book ii. , Fable 14,
page 34, line 19.
52 4-A jamais, &c. (Transpose thus) A ne jamais
bouger du lit.
52 7-Trouva son compte : Got suited.
FABLE IX .
52 9-Cigogne : Lat. , ciconia. The change of the Latin
cinto French g is very common. Cf. acris,
aigre ; cicuta, cigüe ; pedica, piége : ficus,
fique, &c.
52 11-Un loup étant de frairie : Being at a feast.
Frairie réunion de plaisir. Gr. , parpia.
52 12--Se pressa : Eat so fast and greedily.
52 13--Il pensa perdre la vie : He was very nearly losing
his life (en) in consequence.
52 14-Bien avant au gosier : Far down in his throat.
52 15-Qui ne pouvait : Pouvoir, savoir, oser do not
necessarily require pas to negative them.
52 19-Bon tour : Angl., good turn.
52 22-Vous riez : You can't be serious.
NOTES- BOOK III. 317
FABLE X.
Page 52 line 31-Terrassé : Angl. (fam.) floored.
53 1-Rabattit leur caquet : Made them lower their
tone (took them down a peg).
53 6-Le dessus : The upper hand.
FABLE XI.
3333
53 10-Treille : Cf. Book ii . , Fable 20, page 40, line 24.
53 15-Goujats : Low, common fellows ; properly, soldiers'
drudges. Gouge and goujat are Gascon words,
signifying young boy or girl.
53 16-Fit-il pas mieux : Observe the suppression of ne,
a poetical license.
33333
FABLE XII.
53 20-L'oison : From oie. It. , oca ; Low Lat. , auca,
from avica. Cf. navita- nauta.
53 22--Se piquait, &c .: Was proud of having the run
of the garden. Commensal, of course, literally
means 66 one who shares the same table."
53 24-Galeries : Places to walk about and enjoy oneself
in. Same etym. as gala, régaler, &c.
53 28-Ayant trop bu d'un coup : Having drunk a drop
too much.
53 31 -Ramage. Cf. Book i. , Fable 2, page 2, line 26.
54 4-Ne plaise aux dieux : Heaven forbid !
54 5-A qui s'en sert si bien : Of one who makes such
good use of it.
54 6 Qui nous suivent en croupe : Cf. Horace, Od. iii,
I, 40 :-
Post equitem sedet atra cura.
54 7-Le doux parler : Another instance of the infinitive
mood used substantively. Cf. Book viii. , Fable 2,
page 149, lines 13, 14.
FABLE XIII.
555555
54 10-Avecque : Another form of avec, for convenience
in poetry. Cf. encor, encore.
54 11-Apparemment : Evidently (not apparently), the
original meaning of the word. Cf. Book iii.,
Fable xi. , page 53, line 11.
54 12-Mainte : Cf. Book i., Fable 5, page 5, line 1.
54 16-Ils ne, &c.: Join jouir to de leurs biens.
54 18-Louveteaux : Young wolves. Cf. lièvre, levraut;
carpe, carpeau ; lion, lionceau.
54 19-Aux formes : For dans lesformes.
54 20-Commissaires : Commissioners (appointed for any
temporary function ) .
54 21 -Louvats : Same as louvetaux above.
54 22--Friands de tuerie : Greedy for butchery.
318 NOTES-BOOK III.
Page 54 line 23-Vous : Redundant . Cf. Book iii. , Fable L,
page 42, line 33 : on vous le suspendit.
44 26-Aux dents : For dans leurs dents.
54 28-Sûrement : securely.
54 31-Un seul : For pas un seul.
FABLE XIV.
55 6-Prouesse : From prou, an old adverb signifying
much, inusit., peu ou prou, little or much, cognate
with preux (preux chevalier) ; perhaps from pro-
esse, to be forward, to the front.
55 10-Le loup. Cf. Horace : -
Dente lupus, cornu taurus petit.- Sat. ii., line 52.
55 12-Estropié : Worn out, crippled. Ital. stroppiare.
FABLE XV.
55 23-Voici tantôt, &c. : It is nearly a thousand years
since we have seen you.
55 25-Depuis le tems de Thrace : μɛтà Opáжny. Since
we were in Thrace. Translated literally from the
same fable by Babrias.
55 28-En est-il un plus doux ? Is there any sweeter
(habitation) ?
55 29-Cette musique : Is all this beautiful music to be
thrown away?
56 1-Leurs : i.e., Those of your musical talent.
56 2-Aussi bien : For of a certainty.
56 9-Il m'en souvient : I recollect it.
incretin
FABLE XVI .
56 15-Hors de propos : Out of place.
56 16-Il s'agit : The question (or matter) is-agitur.
56 23-Auteur de sa disgrâce : Cause of his misfortune.
56 30-Rebroussez : Try back. Rebrousser was originally
written rebrosser, to brush back the wrong way.
Brosse is from L. Latin brustia, a heather or
broom twig, of which brushes were made.
56 31-Inclination : More properly inclinaison dont, etc.—
in which the water carries her along in its course.
57 I-D'autre sorte : In the other direction.
57 2-Se raillait : Joked -se moquait.
5555
FABLE XVII.
57 12-Damoiselle : For demoiselle.
57 12-Belette : See Book ii. , Fable 5, page 25, line 10.
57 12-Fluet or flouet : Thin, spare, slim. From flou,
an obsolete word signifying soft-still employed,
by painters. Le flou d'un tableau. Cf. Molière
"Avare " i., 6—
Voilà de ces damoiseaux flouets!
NOTES- BOOK III. 319
Fage 57 line 13-Etroit : Pronounced étret. Cf. Book iii. ,
Fable 8, page 51, line 7.
57 14-Elle sortait . She was just recovering from
an illness .
57 16-Chère lie : Good cheer. From lie, lætus ; and
chère, which is from L.L., cara, the face. Faire
chère lie-faire bon visage.
55555555
57 17-Dieu sait la vie : Heaven only knows what a life
she led.
57 20- Maflue : Chubby-faced.
57 21-Son soûl : Her fill ; to her heart's content. Lat. ,
satullus.
57 27-En peine : Perplexed.
57 28-La panse : The belly ; Lat., panticem.
57 29-Vous êtes . . .: Cf. Horace, Epist. I., vii, 32 :-
Macra cavum repetes arctum, quem macra subisti.
57 30 -Bien d'autres : Many other persons.
57 31-Par trop approfondir : For en approfondisant
trop, by going too deep into the matter.
ius
FABLE XVIII.
wine
Cici
un
58 3-Rodilard : Cf. Book ii., Fable 2, page 23, line 2.
in
ca
58 4-Le fléau des rats : As Attila was Le fléau de
Dieu.
58 12-Aux prix de lui : Compared with him.
58 13-Tanières : Cf. Book ii. , Fable 14, page 34,
line 16.
58 15-Il avait beau chercher : It was no use his
hunting.
58 16-Fait le mort : Shams dead.
58 20- Larcin : Latrocinium.
58 22-Le mauvais garnement : The good-for-nothing
rascal.
58 28-Se mettent en quête : Begin to look about (for
food. )
58 29 Mais voici ... : But here's another game.
58 32-Nous en savons plus d'un : I think I know more
than one trick (i.e., a trick or two).
58 33-C'est tour de vieille guerre : It's an old stratagem
in war.
58 35-Au logis : To (my) home.
58 36-Mitis : Name given to a cat from an old story.
58 37-Les affine : Takes them in.
59 3-Se blottit : See Book ii. , Fable 8, page 27, line 6.
59 3-Huche : Angl., hutch ; L.L., hutica..
59 5-La gent trotte-menu : The small-footed race.
Another word of La Fontaine's coining.
59 6- Sans plus : One, and no more.
59 7-Un vieux routier : An old stager.
59 7-Il savait plus d'un tour : He knew a trick or
two.
320 NOTES- BOOK IV.
Page 59 line 9- Ne me dit rien qui vaille : Budes no good.
Nihil quod valeat.
59 13-Quand tu serais sac : Even if you were a sack.
BOOK IV.
FABLE I.
59 19-Mademoiselle de Sévigné : The daughter of Mme..
de Sévigné now ( 1688) 20 years old, afterwards-
married M. de Grignan, and it is to her that
most of the celebrated letters of Mme. de S. are
addressed.
59 21 -Servent, &c.: (Transpose thus) Servent de mode
aux grâces.
59 23-A votre, &c. : If we do not take into consideration
your indifference. (Ang. fam., barring you
indifference.)
59 26-Epouvanter : From Italian spaventare ; L.L.,
expaventare, ex-pavere.
59 28-Amour, &c.: Cf. old song :
Amour, tu as été mon maître,
888
Je t'ai servi sur tous les dieux, &c.
I-Qui peut ne : Transpose-qui nepeut.
12-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, page 18, line 2 .
15-Hure : Head of wild boar or other wild animal
888
Etym. , doubtful.
88
60 16-Comme il en alla : How it happened.
60 19-Bergère : For une bergère.
60 25-Possible = Peut -être. For possible, used adver-
bially, cf. Book iii., Fable 6, page 49, line 4.
60 29-Pour Inclined to ; fond of.
60 30-Fille se coiffe, &c.: A young lady is easily attracted
by a long-haired lover. Se coiffer, idiomatic. Se
coifferd'une idéé, to indulge an idea. There is a
play on the words se coiffer and crinière.
61 1 -Rogner, formerly roogner, meant to clip the hair
round, from roond—rond (rotundus).
61 10-Démanteleé : Because a place devoid of its
defences is as a man deprived of his cloak- E.L. ,
mantum.
FABLE II.
61 15-Berger : Vervecarius-berbecarius. See deriv. of
8
brebis, Book i., Fable 6, page 5, line 16.
61 16-Du rapport : With the profits.
17-Un voisin d'Amphitrite : An inhabitant of the
sea-shore.
61 20-Plage . From L. plaga, a tract of country
region.
NOTES- BOOK IV. 321
Page 61 line 25 -Jadis : Jam-dies.
61 27-Celui qui, &c. : He who had been a Corydon or
Thyrsis (shepherds celebrated by Virgil) became
a simple Pierrot, 66 country bumpkin." Cf.
Boileau, " Art Poét.," chant ii :
Sans respect de l'oreille et du son,
Lucidas en Pierrot et Philis en Toinon.
61 30-Bêtes à laine : Lanigeræ.
62 6-Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.--Prov.
A bird in the hand, &c.
FABLE III.
15-De leur prix : About their respective merits ;
ལྦ
62
value.
22-Devant for avant. See Book i., Fable 8, page 7,
8
line 6.
88
24-Chétive : Cf. Book i ., Fable 3, page 3, line 13.
24-Fétu : A wisp of straw. Etym., doubtful ;
probably from L.L., fistuca, fistula, fustis.
(Littré.)
88
25- Mais, &c.: The ant here replies.
31-La dernière main : The last touches, by the
application of mouches- i.e., beauty-spots, a
practice carried far on into the eighteenth century.
62 34-Puis, &c. And then go and split my head (i.e.,
worry me) with talking about your granaries
and such like.
63 2-La ménagère : Cf. Book ii ., Fable 8, page 27,
line 31.
63 6-Croyez-vous, &c .: Do you think it is any the
better for that ?
63 10-Trépas. Cf. Book i., Fable 16, page 15, line 29
63 16-Nomme-t-on pas : For ne nomme-t-on pas?
63 20-Mouchard : A spy. Etym. doubtful. Voltaire
inclines to adopt the following from Mézeray
(Francois II. ) A famous inquisitor was named
"De Mouchy," and his myrmidons mouchards.
63 24-Par monts ni par vaux : Over hill and dale.
63 32 -A babiller : For à force de babiller, by dint of
chattering.
FABLE IV.
63 35-Demi-manant : For manant. See Book i., Fable
8, page 7, line 9 .
04 2-Le clos attenant : The neighbouring enclosure ;
clos from clore, claudere.
64 3-De plant vif : With a quickset hedge.
64 5-Margot : Any country girl.
64 6-Force serpolet : Plenty of wild thyme.
64 8-Fit que, etc.: Caused our friend to make a com-
plaint to the Lord of the Manor.
322 NOTES- BOOK IV.
Page 64 line 9- Sa goulée : His fill. From gueule, as lippée from
lippe.
64 11-Y perdent leur crédit : Are not ofthe slightest use.
64 13-Fût-il diable ?: Were he the devil in person.
Miraut, a name for a hound, from mirer, à hunt-
ing term, meaning to seek, hunt carefully.
64 16-Et dès demain : No later than to-morrow. Et is
emphatic ; dès from de- ipso (i.e., tempore. )
64 18-Cà : Now then !
64 19-Qu'on vous voie : Let's have a look at you.
64 20-Des gendres - Un gendre.
64 21-Bonhomme, etc.: My good fellow, now's the
time to untie your purse strings. Escarcelle
AAAA
from LL. scarpa, scarpicella, a little purse.
64 26-Sottises : Liberties.
AA
64 29-Onse rue en cuisine : There is a great commotion
a
in the kitchen. Imit. from Rabelais.
64 34-Bien endentés : Well furnished with teeth.
65 i-Tintamarre : Row. Onomatop.
65 3-Equipage : State, condition.
65 4-Planches, carreaux : Beds and borders.
7-Gîté : Concealed. See gîte, Book ii., Fable 8,
p. 27, line 14.
65 9-Trou : Any hole. Trouée, a large gap or rent.
65 13-Jeux de prince : A proverb which complete runs as
follows-Ce sont jeux de prince, ils plaisent à ceux
qui lesfont-but probably to no one else.
65 18-Videz : Settle.
FABLE V.
65 25-Lourdaud : A lout.
65 28-Infus : Intuitive (infusus).
65 30-Et ne pas ressembler : This inf. depends on the
preceding il faut-" and they should not be like. "
65 35-De pair à compagnon : On intimate terms.
66 8-En joie : In a good humour.
66 8-S'en vient = vient.
66 10-La lui porte au menton : Lays it on his chin.
66 14-Martin-bâton : Martin (the farm servant-Angl.
" Giles ") with the stick.
FABLE VI.
66 18-Belette : See Book ii., Fable 5, page 25, line 10.
66 21 -Etrètes : See Book iii., Fable 8, page 51, line 7.
66 23-L'animal à longue échine- La belette.
66 27-Qu'il en étoit foison : That they were in great
abundance. For foison, see Book ii. , Fable 2,
page 23, line 31.
66 34- Guéret : Field : properly, fallow-land. Etym. ,
veractum, from L.L. vervactum.
NOTES - BOOK IV. 323
Page 67 line 2-Le peuple souriquois : The mousey tribe. So la
gent marécageuse, le peuple coassant, &c.
67 4, 5-Artapax, &c.: Names taken from Homer's (?)
" Batrachomyomachia." -Artapax, the pilferer
of bread, apros- Psicarpax, the pilferer of crumbs,
i ; Méridarpax, the pilferer of little bits,
μερίδιον.
67 II-Au plus fort : As fast as he could.
67 14-La racaille : The rank and file- " ignobile
vulgus "-from Old English, rack, a hound, as
canaille from canis. (Query, cognate with
ruck ?)
6656
67 18-Plumail : Inusitat. for plumet, a bunch of feathers
for ornament ; rank.
67 20-Soit- soit : Whether-or.
67 24-Trou ni fente : For suppression of first ni see
Book ii., Fable II, page 31 , line 21.
67 66
28-Jonchée : Properly strewing," as of leaves on
the ground. Here " slaughter." Etym., jonc,
because the original idea is that of strewing reeds
on the floor.
67 36-Esquivent : Inusit. for s'esquivent.
FABLE VII.
68 5-Bateleurs : Jugglers, conjurors. Etym. , doubt-
ful ; probably from O. F. basteau, a conjuror's
wand (?)
68 6-En cet équipage : Thus equipped ; with such a
freight.
68 15-Lui pensa devoir son salut : Was nearly owing
his safety to him.
68 19-Ce chanteur ; Arion.
68 24-S'il vous y survient, etc.: If you should happen
to have any business there.
68 27- Un mien cousin : A cousin of mine.
68 27-Juge-maire : Judge and mayor.
68 29-A part aussi, etc.: Also shares the honour.
68 34-Magot : Monkey. Etym. unknown.
69 I-Vaugirard : A suburb of Paris.
69 2-Caquetant au plus dru : Chattering to their heart's
content. Dru means thick, close ; a word of
Celtic origin.
69 8-Y : In the water.
FABLE VIII.
69 12-Bien que : Although.
69 17-11: Idole is now feminine.
69 18-Cuisine si grasse : Such a luxurious table (kept
for him).
69 19-Echût : Imperf. subj ., from échoir, to fall to the
lot of; from choir, cadere.
324 NOTES - BOOK IV.
Page 69 line 21 -Pour un sou d'orage : A halfpenny worth of
storm -i.e., ever so little storm . Cf. Book ii.,
Fable 12, " Point de pigeon pour une obole. "
69 24-Pitance : Properly the dole given out to a monk at
his meals-pietantia.
69 24-Forte : Considerable.
69 26- Il vous, &c. : Vous redundant. Cf. Shakespeare,
" Taming of The Shrew," act i. sc. 2, " Knock
me at this gate. "
69 32-Avecque (for avec). So encor—encore.
2000
RARA
FABLE IX.
RS
70 2- Muoit : From mutare (was moulting).
70 2-Geai : From gai.
70 3-Se l'accommoda : Put it on himself.
70 4-Se panada : Cf. Book ii. , Fable 17, page 37,
line 2.
70 6-Bafoué : Chaffed. Old French baffer, Dutch beffe.
72 7-Berné : Hustled ; properly " tossed in a blanket. "
From berne O. F. , a cloth mantle.
8-Plumé : " Furtivis nudata coloribus."-Horace.
70 11- Il est : There are.
70 12-Plagiaire : L. plagiarius (Martial).
70 14-Je m'en tais : I will say nothing about them.
FABLE X.
70 20-Licou : Formerly written licol ; from lier-cou.
70 21-L'accoutumance : Inusitat. for l'habitude.
70 23 -S'apprivoise avec : Transposition of ideas ; as it
is the sight that gets accustomed to an object—
and not vice versa.
70 24-A la continue : Inusitat. , in frequent repetition.
70 26-On avait mis, &c.: Certain people had been se
to watch.
70 31 -Nacelle : Navicella, dim. of navis.
70 33-De par le monde : in the world.
FABLE XI.
71 4-Many a one, says Merlin, thinks to deceive another
who often deceives himself. Tel, many a one. Cf.
Book ii., Fable ix. , page 29, line 35 Merlin : M.
Geruzez is of opinion that the enchanter Merlin
is here meant, and M. Walckenaer quotes the
passage from " Le Premier Volume de Merlin "
as follows : " tels cuident engigner ung autre,
qui s'engignent eulx-mêmes. " Cuider (O. F. for
croire; etym, cogitare ; as coquere gives cuire,
nocere, nuire, &c. , &c). Engeigner or engigner;
etym. engin, engine, trap, from ingenium.
NOTES - BOOK IV. 325
Page 71 line 9-Des mieux nourris : Cf. Book ii. , Fable xx., page
39, line 22 : 66 une histoire desplus gentilles."
71 10-Avent ni carêne : Neither Advent (Adventus) nor
Lent. Carême, It. Caresima (Lat. quadragesima)
40th day before Easter.
71 14-Soudain : For soudainement.
71 21-La chose publique-Respublica.
71 23- Un point sans plus : One objection, and only one.
Cf. Book iii. , Fable xvii. , page 59, line 6.
71 23-Le galant : Cf. Book iii , Fable 11 , page 53,
line 13.
71 24--Quelque peu : For un peu, much used by La
Fontaine.
71 31 - Prétend, etc. : Intends to banquet and feast on
him .
71 31-Gorge chaude : Properly, the warm meat given
to hawks (Hawking).
71 31 -Curee : (Quarry) . The dead game given to the
hounds to break-up ; from L.L., corata ; because
the entrails and heart (cor) were given to the
hounds.
22
72 I-La galande : Fem. of galant.
72 4- Faisait la ronde : Was wheeling round and
round.
22
72 6-Par même moyen : At the same time.
72 8-Tout en fut : Nothing escaped. Lit., everything
was of it.
22
72 10--L'oiseau se donne au cœur joie : The bird re-
joices in her heart. The more usual (modern)
expression for taking anything to one's heart's
content is S'en donner à cœur joie.
223
72 13-Ourdie : Cf. Book iii., Fable 6, page 49, line 35.
72 10- Retourneretombe.
FABLE XII.
72 19-Avait cours : Was current.
72 28-Vermisseaux : Cf. Book i. , Fable 1 , page 2,
line 2. Vermisseau was in the Old French vermicel;
from I..L., vermicellus, dim. of vermis.
72 30-La déesse aux cent bouches- La Renommée,
ἑκατόστομος.
72 33-Lige de son seul appétit : Recognising no other
master (liege lord ) than their appetites. " Ani-
malia ventri obedientia " (Sall.). The etym. of
lige is doubtful.
73 3-Tanière : See Book ii. , Fable 14, page 34, line 16.
73 8-Ce que l'on, etc.: What they wished should be
said.
73 9-Le seul tribut, etc. : The only thing that puzzled
them was, what sort of tribute to send.
73 21-Tout à point : Very opportunely.
326 NOTES - BOOK IV.
~~~~
Page 73 line 23- Mon fait : My contribution.
73 24-Fardeau Burden. Etym. unknown.
73 26-Que : (Redundant. )
73 30- Et que l'on en vienne au combat : And in ca-
we should come to blows.
~
73 31-Econduire : Properly to show to the door ; " dis-
miss "; here " to reject the offers of."
333
73 33-Issu : From an obsolete verb issir, Lat., exire.
73 34-Faisant chère : Making (good ) cheer.
73 36- Diapré : Enamelled ; variegated. The old form
was diaspré, from the Italian diaspro, jasper.
Cf. Ang., diaper.
33
73 37-Maint : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
73 37-Cherchait sa vie : Cf. Book vii. , Fable 1 , page
122 , line 19.
BELL2
73 38-Du frais : Of freshness. Ital., dei fresco.
74 I-N'y fut pas : Was no sooner there.
74 7-Affaire : Need.
74 10-Que de filles : How many daughters.
74 13-Le croît : The interest. Lit. , the growth ; what
has grown.
222
74 14-Guères : Cf. Book iii., Fable 6, page 49, line 4.
74 15-Sommiers : Beasts of burden. It., sommaro.
74 18-Et n'en eurent, &c.: And got no redress from
him.
2
74 20-Corsaires, &c .: When Greek meets Greek.
FABLE XIII.
Cf. Horace, Epist. , lib I., 40.
74 23-De tout tems, &c.: Horses have not always been
at the service of men.
74 25-Habitait : This singular verb after three substan-
tives is faulty, unless we consider ass, horse, and
mule as one idea.
74 27-Bâts : O.F. , bast ; L.L., bastum : a saddle (for
packages).
74 28-Harnais : Old form, harnas, armour, a word of
Celtic origin. Cf. Ang., harness.
74 32-Eut différend : Had a quarrel.
75 3-Que...ne= Quin.
75 5--Je suis à vous : I am your very humble servant.
75 16-En traînant son lien : Lit. dragging his halter; 1.
never again at liberty.
75 17-Remis Pardoned .
75 19- Que : (Redundant).
FABLE XIV.
75 27-Que leur fait n'est que bonne mine : That their
only merit is their good looks.
NOTES- BOOK IV. 327
Page 75 line 29-Lui fit dire : Suggested to him,
75 32-Belle tête, etc. : This line has become proverbial.
FABLE XV.
0000
76 3-Bique : She-goat. Etym. It. becco, he-goat.
76 6- Biquet : Kid.
76 8-Que l'on ne vous die : Unless one says to you.
Die for dise. So Molière, in the famous sonnet
of the " Femmes Savantes," " Quoiqu'on die. "
76 9-Mot de guet : Watchword, password.
76 10-Foin du loup : A fig for, a plague on the wolf!
Etym. doubtful ; some say from fouin (fouine),
to stink like a polecat. Cf. Angl. Pah !
76 12-De fortune : By chance.
76 18-Papelarde : Hypocritical . It. pappalardo. Pappa,
babies' food (pap), and lard.
76 23-Patte blanche, etc.: White feet are a commodity
not often met with in wolves.
76 31-Et le trop, etc.: Excess in such cases has never
been thrown away.
FABLE XVI.
77 6—A l'écart : In an out-of-the-way spot ; écarter,
formerly escarter (ex-carte), meant to throw out
cards, as in the game écarté, thence to put on one
side, out of the way.
77 7-Chape-chute : Some lucky windfall. From chape,
a cope (rich ecclesiastical vestment), and chute,
fall ; the idea being that of a thief picking up a
dress that has been let fall. Littré would suggest
that chute is past part. fem. from cheoir, to fall.
RR R
77 9-Veaux de lait : Sucking calves.
77 13-Gourmande : Scolds. From gourmer, to curb a
horse.
77 20-Dire d'un, puis d'un autre ! First say one thing.
then another !
77 22-Marmot : Brat. Etym. uncertain.
R R
77 2 -Epieux : Boar spears . Formerly spelt espieu,
espicil ; L. spiculum.
77 25-Fourches-fières : Pitch-forks, with which one strikes
a blow, ferio. Cf. "fier à bras."
FER
77 26-L'ajustent, etc. : Soon settle his account for him.
77 33-Manant. See Book i., Fable 8, page 7, line 9.
77 35-Dicton : Saying, saw.
78 I, 2-Biaux, etc. :-Beaux sires loups, n'écoutez jamais
mère tançant [grondant] son fils qui crie.
FABLE XVII.
78 -Socrate un jour faisant bâtir : As Socrates one day
was building a house.
328 NOTES - BOOK IV.
Page 78 line 10-L'on y tournait à peine : You could hardly turn
round in it.
78 II-Plût au ciel : Would to heaven, said he, (order),
que, telle qu'elle est, elle pût être pleine de vrais
amis !
78 15 -Fou qui s'y repose : Mad is he who trusts to it
(ie., the assertion ) . Cf. the dictum-
Souvent femme varie
Bien fou qui s'y fie !
FABLE XVIII.
∞ ∞ ∞∞∞∞ a
19-A moins que d'être : Unless it is.
78 20-L'esclave de Phrygie : Æsop.
21 -Du mien : Something of my own.
78 24-Enchérit : Improves upon him (or tries to do so).
78 25-De tels pensers : Such thoughts.
78 25-Mal séans : Ill becoming. From seoir.
79 I-L'aîné : Old form aisné (ante-natus, as puiné
(puisné) (post-natus).
A
79 4-Cadet : Younger brother. Etym. Provençal,
capdet, which is from L.L. capitettum, dim. of
caput, the eldest brother being considered the
chief of the family ; the younger brethren are
little chiefs.
AARA AAAA
79 5--Faisceau : Fascellus ; dim. of fascis .
79 6-Ne s'éclata : The modern form is n'éclata.
79 8-En semblable rencontre : In similar circumstances.
79 13-Tant que, etc. As long as his illness lasted he
preached no other sermon.
79 15-Où sont nos pères : Cf. Horace : Quo pater Æneas,
quo dives Tullus et Ancus ; Od . iv. , vi., 15.
79 21 -Procès : A law suit (processus) ; the development
of a case .
79 23-Leur amitié : Their union was as short as it was
uncommon.
79 25-Consultans : Fees for consultation ; literally,
barristers, etc. The person put for the fee
charged.
79 27- On en vient au partage : They proceed to the
division of the property.
79 27- On chicane : They cavil and dispute. Chicane is
a word of Byzantine origin, originally signifying a
game of mall. Thence disputes about the game.
79 32- S'accommoder : To come to terms.
$79 34-Profiter, etc.: To profit by (the lesson of) the
lances, etc.
FABLE XIX.
80 2-C'est folie à la terre : Is madness on the part of
(an inhabitant of) the earth.
NOTES- BOOK IV. 329
888
Page 80 line 3-Le dédale : The labyrinth of men's hearts can
conceal nothing within its windings which, etc.
80 7-Un païen : Etym. , L. Paganus.
80 7-Qui sentait le fagot : Who smelt of the stake
(ie. , at which heretics were burnt).
80 9-Par bénéfice d'inventaire : Under certain restric-
tions. A legal term thus rendered by Spiers,
88888
" Without liability to debts beyond assets
descended." Direct heirs are at liberty to accept
or refuse a legacy according as the inventory
(inventaire) of the effects of the deceased offers
advantages or not.
80 II-Dès que : Cf. Fable 4, page 64, line 16.
80 13-Moineau : Cf. Book ii. , Fable 19, page 38, line 21 .
80 19-Et ne me tends plus de panneau : Do not try any
more tricks upon me.
80 20 -Tu te trouverais mal, &c.: You would have reason
to repent.
80 21 -Je vois de loin, &c.: Cf. the epithet inßóλos
applied to Apollo.
FABLE XX.
80 27-La bas : Down below there ; i.e. , in Hades.
80 28-Ici-haut : Up here (on earth).
80 28- Gueux : Rascal. Old form queux, which is from
L. coquus.
81 I-Enfouie : L. fodio.
81 2-Déduit-plaisir : From déduire, to turn away
from other (more serious) pursuits. Cf. divertir.
81 4-Chevance property. M. Littré explains this term :
Ce donton est venu à chef-ce que l'on possède.
81 5-Qu'il allât, &c.: Whether he came or went, drank
or ate.
81 6-On l'eût pris, &c.: You would have had to look
sharp to catch him not thinking of the spot where
his money lay hidden. Prendre quelqu'un decours
to have but a short space of time in which to
catch a person. For gisait see Book ii. Fable
viii. , page 27, line 14.
81 8-Il y fit tant de tours : He went there so often.
81 9 -Se douta du dépôt : Suspected, &c.
81 II-Aux pleurs : In tears (inusit .)
81 15-Où pris ? Taken ! whence?
81 15-Tout joignant : Just close to.
81 20-Puiser : From puits. L. puteus.
81 21-Ne tient-il qu'à cela ? Do you think that is the
way to use one's hoardings ?
FABLE XXI.
888
81 30-D'abord Straightway.
81 33-Les pâtis - les pâturages (inusit.). 23
330 NOTES - BOOK IV.
N☹❀❀❀
Page 82 line 3-À toute fin : At last ; at the very end. This is
not the common signif. of à toute fin, which
NNN
means for all uses.
82 8-D'aventure. Cf. Book i., Fable 22, page 20,
N
line 15.
82 9-Ramure : Branching antlers (ramus).
82 15-Mais quoi. ! but wait a bit.
82 20-Râteliers : Rack. From rateau (rake) ; old form
ratel, rastel, Low Lat. , rastellum.
82 27-Epieu. Cf. Fable 16, page 77, line 25.
82 29-Trépas. Cf. Book i. , Fable 16, page 15, line 29
82 30-Maint. Cf. Book i., Fable 5, page 5, line 1.
82 31-S'éjouit se réjouit.
82 33-Il n'est, pour voir, &c. , &c. There is nothing
(like) the eye of the master for seeing things.
FABLE XXII.
mmmt
sat
att
mm
se
☹☹
83 3-Ne t'attends qu'à toi seul : Depend upon yoursel
st
t
☹
only.
83 14-Amours printanières : Spring-time loves. Amours
is generally fem. in the plural, masc. in singular.
83 15-A toute force : Anyhow ; in spite of herself.
83 17-Fait éclore : Hatches (her eggs). Cf. Book i.,
Fable 8, page 7, line 6.
83 19-Nitée : Inusit. for nichée, a brood.
83 21- L'essor : Flight. From essorer (Old French) , to
leap into the air. Ex-aura.
83 33-Dès. Cf. Fable 4, page 64, line 16.
83 34-De retour : On her return.
84 6-Eux repus : When they had taken their fill. Cf.
abl. abs. , Lat. , or gen. abs., Greek.
84 7-Aube : The old form of the word was albe, from
L., aiba.
84 8-L'alouette à l'essor : The lark having taken her
flight.
84 II- Et tort : Elliptic for et celui là a tort qui, etc.
84 14-Les prier de la même chose : To do the same.
84 18-Ne bougeons : Remark the omission of pas.
84 26-Dès : Cf. Fable 4, page 64, line 16.
84 28-Moisson : L.L., messionem.
84 29-Dès lors : As soon as ever. Lors like or, encore,
désormais, etc., derived from hora.
84 30-C'est ce coup qu'il faut partir : Now's the time to
be off !
84 32-Se culebutants : Tumbling one over the other.
La Fontaine has imitated Regnier and Marot in
inserting the e in culebutant, the verse requiring
four syllables.
NOTES. 331
BOOK V.
FABLE I.
Page 85 line 6-Horace, Ars Poet., 447-
Ambitiosa recidet
Ornamenta.
85 12-J'y tombe, etc. : I (endeavour to) attain it to the
best of my ability. Tomber au but, as M. Geruzez
says, is a locution suspecte.
85 15-Un point : Point meaning " object," to rhyme
with point, the negation, is of frequent occur-
rence in the poets of the seventeenth century.
85 21-Avecque. Cf. Book iii. , Fable 13, page 54, line 10.
85 23-Chétif. Cf. Book i. , Fable 3, page 3, line 13.
86 I-Qui porte, etc.: Who carries messages from him
to the fair sex ; i.e, Mercury.
86 2-De cela : i.e. , Carrying messages to the fair.
86 3-Bûcheron. From L. L. boscum, buscum, wood.
86 4-Cognée : Old French, coignée ; L.L. cuneata, coin.
86 6-A revendre : To spare.
86 12-Je tiendrai, etc.: Transpose je le tiendrai être ; I
shall consider it as being another favour from thee.
86 17—Lors, etc.: Then one of gold being shown to the
8888888
man. Lors, as alors, encore, désormais, &c. , derived
from hora.
86 18-Je n'y demande rien : I don't ask for that one.
86 26—Dispersée : i.e. , Répandue, circulated amongs the
other wood-cutters.
86 27-Et boquillons de perdre, etc. For this infinitive
see Book ii. , Fable 14, page 34, lines 18, 19.
Boquillons, O.F. from bosquillon, wood-cutters,
who work at the boquets (bosquets).
888888
86 35-En : With it. In Rabelais' version of this fable
Jupiter bids Mercury cut off the heads of the lying
wood-cutters.
FABLE II.
87 8-Que sage - Ce que sage doit faire.
87 12-Débris : Breaking.
87 13- Il n'en, etc. There would not be a bit of him
left to come back.
87 16 Qui vous tienne : To stop you.
87 20-D'aventure : With any misfortune.
87 27-Clopin clopant : Stumbling along. Etym .
cloppus, L.L., lame, from which the modern word,
80.000
écloppé, maimed, halt, is derived.
87 29-Hoquet : Obstacle (onomatop. ).
87 29-Treuvent. See Book ii. , Fable 20, page 40, line 17.
88 I-Avecque. Book iii. , Fable 13, page 54, line 10
(etpassim).
332 NOTES-BOOK V.
FABLE III.
88888888
Page 88 ne 10- Carpeau : Dim. of carpe, as louveteau of loup;
lionceau of lion, &c.
10-Fretin : Small-fry.
12-Butin : Word of German origin. Angl. booty.
13-Chère : Cheer, from L. L. cara, face, countenance ;
faire bonne chère meant originally faire bon accueil,
thence good cheer. Cf. Book iii., Fable 17,
8888888
page 57, line 16.
16-Je ne saurais : I cannot possibly ; pas is always
omitted with the condit. of savoir.
$8 20-Partisan : Capitalist ; formerly partisan meant
one who formed a parti or society to raise certain
8888888
taxes.
23-Rien qui vaille : Nothing worth speaking of.
25-Qui faites le prêcheur : Who play the preacher.
26-Poêle : fem. frying-pan, from L. patella ; poêle,
masc., stove, L. pensile. One finds in Pliny the
8888888888
expression, balneæ pensiles.
26-Vous avez beau dire : It's of no use your talking.
27-Dès ce soir : This very evening.
28-Un Tiens, etc. : One " Hold it " is better, they
say, than two " You shall have it." Angl. , A
bird in the hand is worth two in the bush.
FARLE IV.
89 2-Pour ne plus, etc. : So as not to be exposed to such
danger again.
89 5-Bélier Ram, from a word of Flemish origin,
signifying the bell (L. L. bella), which was hung
round the neck of the leading sheep ; bell-wether.
89 6-Daims et cerfs. Cf. Book ii. , Fable 19, page 38,
line 28.
89 10-Should go and ascribe their length to (the fact that
they were) horns.
89 II-And should maintain that they were in every point
(en tout) similar to horns.
89 12- Grillon. Lat. grillus.
89 14-Quand je les aurais : Even supposing I had them.
89 16-Cruche : A fool. Cruche properly means a jug ;
origin Celtic.
89 19-Licornes. It. licorno.
89 20- Mon dire : All that I can say. For infinitive used
as a substantive, cf. Book viii. , Fable 2, page
149, lines 13, 14.
89 21-Petites-Maisons : Formerly a famous mad- house
in Paris. Ang. Bedlam. Cf. tribus Anticyris
caput insanabile, Horace, Ars Foet., 300.
NOTES- BOOK V. 333
FABLE V.
Page 89 line 23- Des plus fins. Cf. Book ii., Fable 20, page 39
line 21.
89 25-Sentant son renard, etc.: Smelling of the fox :
league off. Cf. Book iv. , Fable 19, page 80
line 7-
Un païen qui sentait quelque peu le fagot.
89 28-Non pas franc : Not quite whole.
89 30-Des pareils : Some companions in his misfortune.
89 33- Fangeux : From fange. Etym. L. L. famicem.
90 2-This line has become proverbial.
3-Huée : Shout of derision (onomatop.).
4-Écourté : Curtailed one.
2228
FABLE VI.
2228
855
888
8-Il était : There was (once upon a time).
88
90
8
90 9- Les sœurs filandières : The spinning sisters, i.e.,
the three Fates- Atropos, Clotho, and Lachesis
90 10-Au prix de : Compared with.
90 11-Souci : Etym. solicitare.
90 13-Thétis : Query, should it not be Tethys, goddess
of the sea.
90 14-Tourets : Spinning-wheels, from tourner, tornare.
90 14-Entraient au jeu : Came into play, were set to work.
90 14-Fuseaux. L. L. fusellus, fusus.
15-Deçà, delà, etc. : Now this way, now that way—
here you go !
90 18-A point nommé : At a fixed time.
90 19-Encor for encore. See page 1, line 3.
90 20-S'affublait : Wrapped herself ; from L. affibulare,
fibula, a clasp.
90 22-Où, de tout leur pouvoir, etc. , etc.: La Fontaine
speaks feelingly, being himself a great sleeper.
90 28- Le réveille-matin : The alarum.
90 29-Leur marché : Their condition.
90 30-Couple :66Couple, masc. , means a pair "; fem
simply two."
90 32-Lutin : Goblin. Etym. unknown.
91 I- Plus avant : Deeper still.
91 4- De Charybde : From a verse of Gauthier de
Châtillon, twelfth century :-
Incidit in Scyllam cupiens vitare Charybdim.
FABLE VII.
9-Prendre l'écuelle aux dents : i.e., because they
គ
had no spoons. Ecuelle, O. F. escuelle ; L.I
scutella.
91 10-Mousse : Etym. Old German mos ; Ang. moss
91 11-Maint. Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
NOTES- BOOK V.
334
Page 91 line 15-Morfondu : Half perished with cold. This word
properly means glandered (as a horse) ; morve,
fondre.
91 16-Brouet. Cf. Book i. , Fable 18, page 17, line 6.
91 19-Semondre : To invite. Properly to warn, from
sub, monere. The word semonce, a scolding, is
still common.
91 22 - Mets. O.F. mes, It. messo, from L. missum,
བ
that which one sends, sent. Cf. ferculum, from
ferre.
91 23-Délicat délicatement.
92 I- Ne plaise aux Dieux : The Gods forbid !
92 2-Cf. Horace : " Sub isdem sit trabibus. "
FABLE VIII.
222
223
22
92 7-Que pendant làquelle.
92 7-Ont l'herbe rajeunie = Ont rajeuni l'herbe.
92 10-Au sortir. For this infinitive cf. Book ii., Fable
II, page 31 , line 15.
92 II-Au vert : Out to grass.
92 13-Bonne chasse, etc.: A fine chance for whoever
could get his teeth into him !
92 14-Que n'es-tu : Why are you not ?
92 14-Tu me serais hoc : You would fall to my share.
From a game called hoc, in which the gaining
cards were thrown down with this exclamation.
92 17-Hippocrate. Native of Cos. B.C. 460.
8888
92 19- Simples : Simple herbs.
21-Dom coursier. Dom dominus.
888
92
27-La bête chevaline : The horse. Cj. la mouton-
83
སྦྱཤྩ
92
nière créature, Book ii. , Fable 16, page 36, line 8,
ས8
སྐྱ
92 28-Apostume : Abscess. Corrup. of apostème, from
Greek , ἀπόστημα .
29-Il n'est point de partie : There is no part (ofthe
body).
92 31-Nosseigneurs : Their lordships.
92 34- Happer : Of German origin-happen, to seize,
devour.
92 35 -Lui lâche une ruade : Lets fly at him a kick.
93 I-Vous. Redundant. "" Cf. Shakespeare-" Knock
me at this gate. '
93 I-Marmelade. Spanish, marmelada.
93 2-Mandibules : Jaws. L. mandibula.
93 4- Métier. Cf. Book iii. , Fable 2, page 44, line 27.
93 5-Faire l'herboriste : To play the druggist ; pretend
to a knowledge of herbs.
333333
FABLE IX.
93 9-C'est le fonds, etc.: There is no surer fund to
draw upon.
12-Gardez-vous : Take good care not.
NOTES- BOOK V.
335
Page 93 line 16-Vous en viendrez à bout : You will succeed in
doing so.
8885
93 17-Dès = de ipso (tempore) ; passim.
93 17-L'oût : Faire l'oût means to gather in the harvest,
which generally takes place au mois d'août ; for
the form oût see Book i. , Fable 1 , page 2, line 9.
93 18- Bêchez : Bêche is from L. L. becca.
93 20-Vous. Redundant. Cf. Shakespeare-" Knock
me at this gate. "
'93 23-D'argent, etc. : As for money, there was none hid.
FABLE X.
93 27-En mal d'enfant : In the pangs of childbirth.
**
94 8-Et le sens : Supply dont. For this Fable cf.
Horace, Ars Poet., 136 et seqq.:
Nec sic incipies, ut scriptor cyclicus olim :
Fortunam Priami cantabo, et nobile bellum.
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatu !
Parturiunt montes ; nascetur ridiculus mus.
and Boileau-
La montagne en travail eníante une souris.
FABLE XI.
94 18-Matelas. In Old Fr. materas (cj. Ang. mattress),
derived through the Spanish aimadrague ; from
the Arabic al matrah.
* *
94 19-Un honnête homme, etc.: Any man now, ie ,
any other than a child.
94 20-Aurait fait, etc.: Would have had a fall oftwenty
fathoms (ie. , into the well).
**
94 23-Mignon. See Book ii. , Fable 18, page 37, line 18.
94 25-S'en fût pris à moi : Would have blamed me ;
s'en prendre à quelqu'un, to blame anyone.
** * *
94 30-Son propos : What she said.
94 32-Qu'il ne faille, etc. But she must be answerable
for it.
94 33-Nous la faisons : We make her pay for every.
thing.
94 33-Ecot : Share of expenses. O. F. escot (Angl.
scot, scot-free, and shot, paying shot) is of
German origin.
94 34-Elle est prise à garant : She is considered re-
sponsible .
55
95 I-Etourdi. See Book ii. , Fable II, page 31 , line 9.
*
95 2-En être quitte : To be quits ; to have done all that
is necessary.
95 3-Bref: In a word.
FABLE XII.
1555
95 7-Espérait : Still held out hopes (of saving him).
95 8-Le gisant : The patient ; jacentem, from obsolete
verb gésir (ci git) from jacere.
336 NOTES -BOOK V.
Page 95 line 8-Irait voir ses aïeux : ie., would die.
95 10 Paya le tribut à nature : i.e., died.
555555 FABLE XIII.
95 17-Témoigner : To prove.
95 18-Celui : (The example of) that man.
95 24-Chiches : Cf. Book i., Fable 18, page 17, line 6.
FABLE XIV.
295 29-Baudet : Cf. Book iii. , Fable 1, page 43, line 37.
2-Il se carrait : He strutted (fam., swaggered) ;
carrer, to square. L. quadrare, as car from
quare.
96 3-Comme siens : As if addressed to him personally.
96 9-Et que : Grammatical fault ; it should be et à qui.
FABLE XV.
96 15-Trépas : Death. A verbal subst. from trépasser.
Ital. trapassare, L.L. transpassare-to pass from
life into death. For trans becoming tré, cf.
888888
transalire, tressaillir ; transtellum, tréteau, etc.
96 16-Pour ce coup : This time (at least) .
96 16-En faute : At fault.
96 18-Broute : Angl. to browse on. From brout, O. F.
broust, a word of German origin, meaning the
young shoots oftrees.
96 22-Profitez-en, ingrats : Take warning by my fate, ye
ungrateful ones.
96 23-Meute : A pack of hounds, or any troop. From
mota, a troop put in motion.
96 23-Curée : Ang. quarry, L.L. corata ; the entrails,
cor, etc. , given to the hounds.
FABLE XVI.
96 30- Boutique : Corruption of L. apotheca, It. bottega.
97 I-Pour tout potage : Cf. the expression pour toute
besogne, Book i., Fable 18, page 17, line 5.
666666
97 2- Ronger : From L. rumigare.
97 5-Tu te prends à plus dur que toi : You are attack.
ing a substance harder than yourself.
97 16-Pour vous : As far as your attacks go.
FABLE XVII.
97 18-Il ne se faut, etc. : Transpose-il ne faut jamais
se moquer.
97 25-Ce semble : As it seems.
97 26-Meute : See Fable 15, same Book, page 96, line 23.
97 28-Son fort : Her form.
97 29-Brifaut : Name of a hound, from brifer, to eat
voraciously.
97 31-Les esprits : The exhalations.
NOTES-BOOK V. 337
Page 97 line 32- Miraut : See Book iv., Fable 4, page 64, line 13.
98 1- Rustaut : Another name for a hound-" Country
man,"," " Ploughboy."
98 I -Qui n'a jamais menti : Who never gave tongue
without good reason.
98 3-Gîte : See Book ii. , Fable 8, page 27, line 14.
98 5- Vite : Here an adjective. Inusitat. Yet Bossuet
uses it so :-" Aussi vite et impétueuse était
l'attaque."
000088
98 9-Avait compté : Had reckoned without.
98 10-L'autour : The kite. Provençal austor, Ital.
astore, L.L. astorius, asturius.
FABLE XVIII.
98 12-Chat-huan : " Owl." The old form was chahuan
and chouan (16th cent. ) , a diminutive of Old
French choue, from German chouch. The form
exists in the modern word chouette, a common
owl.
98 15-Goberaient : From Celtic word gob, meaning
" mouth." The word exists in the modern French
expression tout de gob, written and pronounced
tout de go- all at once ; without hesitation.
98 15- Peu ni prou : Little or much. For prou cf.
Book iii., Fable 14, page 55, line 6, at the word
prouesse.
98 19- C'est hasard : It will be great luck if.
98 21-Quoi qu'on leur die : Die for dise. Cf. Book iv.,
Fable 15, page 76, line 8.
98 24-Note the position of pronouns before the second
∞∞∞∞
imperat. Cf. Boileau :-" Polissez-le sans cesse,
et le repolissez."
98
0
25-Je n'y toucherai : Sub. pas.
0
2
98 26-Mignons : Book ii. , Fable 18, page 37, line 18.
98 27- Sur : Beyond and above.
98 32- Il avint : Cf. Book ii. , Fable II , page 31, line 15.
98 33-Il était en pâture : He was on the look-out for
food.
98 34-D'aventure: Cf. Book i., Fable 22, page 20, line 15.
99 4-Rechignés : Morose, cross-looking. From réck
German, resche.
99 6-N'en fit pas à demi : Took no half measures.
99 7-A la légère : Lightly made.
99 II-Deuil : From the old verb doloir, dolere. Cf.
Scotch dule.
99 15-Sur tous : Cf. supra, page 98, line 27.
FABLE XIX.
356
99 20-Prévôts : Officers. O.F. prévost, præpositus.
99 22-Selon sa guise : According to his ability. Ger
man, weise.
338 NOTES - BOOK V.
Page 99 line 24-L'attirail : See Book ii. , Fable 20, page 40, îine
28.
99 28-Tours : Tricks.
99 29-Lourds : From Ital. lordo, Lat. iuridus.
100 4-II n'est rien : There is nothing.
FABLE XX
Philippe de Commines puts this fable (Æsop's version of it) into the
mouth of the Emperor Frederick, in answer to the ambassadors sent
by the King of France to induce him to take forcible possession of
the estates which the Duke of Burgundy held of the Empire.
100 7-Fourreur : Furrier. The Etym. of fourrure,
"fur," isfourrer, to envelop as with a sheath.
100 10-Au compte de ces gens : By the account these
people gave of him.
100 II-A sa peau : With his skin ; ie , the money he
would get for it.
100 12-Cuisants : Biting. Lit., cooking, from cuire
(coquere).
100 14-Dindenau : The sheep-merchant in Rabelais,
who sold one of his sheep to Panurge on board
ship. He (Panurge) threw this one into the
water ; all the rest jumped after him. Hence
the proverb, " Comme les moutons de Panurge."
100 15-Leur, à leur compte, etc.: Their bear-that is to
say, as they reckoned, not as the bear
reckoned.
100 20-Le marché, etc.: The bargain no longer held
good ; they were obliged to break it off.
100 21-D'intérêts, etc.: As for getting costs out of the
bear, that was quite out of the question.
100 22-Faîte : L. fastigium.
100 24-Fait le mort : Shams dead.
100 25-Ouï : From old verb oir ; L. audire. The form
exists still in ouïe.
100 26- S'acharne : Attacks. Acharner properly means
to attack with ardour ; from L.L. acarnare,
to give flesh (carnem) to hawks and hounds, so
as to irritate them, make them keen.
100 28-Donna dans ce panneau : Was taken in by this
trick.
100 29-Gisant : See Fable 12, page 95, line 8.
100 30-Supercherie : From Ital. soperchieria.
100 4-Qu'il n'ait eu, etc.: That he got off with a
ZOO simple frightening.
8-Serre : Claw. This word and serrer, to close
(pack tight), comes from Ital. serrare, L.
serare, to lock in-sera, a bolt ; whence resero,
to open.
too 10--Qu'on ne l'ait mis par terre : Before one has
killed him.
NOTES - BOOK VI. 339
FABLE XXI.
Page 101 line 14-Bien que : Although he was.
101 14-Vertu : Virtus, bravery.
IOI 17-Fourbe : Ital. furbo, L. fur.
IOI 18-Martin : i.e. , Martin with the stick. See Book
iv. , Fable 5, at end. (Page 66, line 14.)
IOI 19-La malice : The trick.
IOI 21-Au moulin : Back to the mill (to work).
IOI 22-Force gens : Many people.
ΙΟΙ 24-Un équipage cavalier : A " smart turn- out,'
such as a horse-soldier would have.
BOOK VI .
FABLE I.
102 3-Nous tient lieu de maître : Gives us a lesson.
102 4-Nue Plain, unadorned.
102 6-Feinte : Fable. Cf. Book iii. , Fable 1, page 42,
line 6. Cf. Horace-
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
102 10-Le trop d'étendue : To be too diffuse.
102 12-Aucuns : Some. Phædrus says of his own
fables-
Brevitate quoniam nimia quosdam offendimus.
104 14-Certain Grec : La Fontaine says himself that
this certain Greek was Gabrias. This name is
a corruption from Babrius.
102 14-Renchérit : Improves upon.
102 18-Voyons-le : This elision of le after the imperative
mood is faulty. See Book v., Fable 3 ,
page 88, line 14.
102 21- Y cousant : Adding thereto. Lit. , sewing on
to it.
102 23-Quelque mécompte : A deficit.
102 24-Larron : L. latronem.
102 26-Engeance : Cf. Book i. , Fable 16, page 18, line
21.
102 27-Avant que partir : For avant de partir, or avant
que departir.
103 1-Se tapit : Hides himself.
103 2-Que l'homme ne sait guère : How little man
knows !
FABLE II.
103 10-Fanfaron : Cf. Book ii , Fable 19, page 39, line
15.
103 12-- Qu'il soupçonnait : Sub. être.
340 NOTES - BOOK VI.
Page 103 line 15-De ce pas : Immediately.
103 15-Je me fasse ràison : I may obtain satisfaction.
103 17-De tribut : As a tribute, peace-offering.
103 20--Qu'ils tenaient ces propos : That they were
engaged in this conversation.
103 22-D'esquiver : The more ordinary expression would
be de s'esquiver, to fly, decamp. From Old
German, skiuhan. For this infinitive cf.
Book ii. , Fable 14, page 34, lines 18, 19.
103 27-Tel : For this meaning of tel, see Book ii., Fable
9, at end. (Page 29, line 35. )
103 27-Dit-il : i.e. , Babrius.
FABLE III.
104 6-L'écharpe d'Iris : i.e., the rainbow.
104 9-Douteux : " Incertis mensibus. "-Virg. Georg.
I, 115.
104 10-S'était attendu à la pluie : Had expected rain.
104 14, 15- De sorte, etc. : In such a way that no button
shall hold fast.
104 17-L'ébattement : The struggle, contention.
104 20-A qui, etc. (To see) which of us two will
soonest strip, &c. , &c.
104 23-Il n'en fallut pas plus : This was quite enough.
104 23-Notre souffleur à gage : Our hireling bellows-
blower. A gage, because there was a gageure
at stake.
104 25-Vacarme : A word66 of German origin, wach-
armer, meaning woe betide you ! " It was
used as an exclamation in the Middle Ages.
104 27-Maint : Book i., Fable 5, page 5, line 1.
104 27-Qui n'en peut mais : Cf. Book ii., Fable 9,
page 29, line 25.
104 30- Ne se pût, etc.: Should not get inside, and so
swell out the cloak.
104 33-Il eut beau, etc. It was of no use, &c.
105 I-Balandras or balandran : A thick cloak. Regnier
(and Boileau quoting him) uses the expression.
105 3-Encor, etc.: And yet he did not employ all his
force.
FABLE IV.
105 5-Métayer : Farmer. From Lat. medietarius,
because he gave half (medietatem, moitié) the
produce to the landlord.
105 6--Jadis : Fam dies.
105 7-En fit l'annonce : Announced the sale.
205 9- Sans bien tourner : Without a good deal of
bargaining.
105 11-Frayant : Expensive. From frais (inusit).
NOTES- BOOK VI . 341
Page 105 line 11 - Un autre si : Some other objection. Cf.
Fable 20 of this Book, page 118, line 11, que-si-
que-non.
105 13-Hardi : From inus. verb, hardir ; Old German,
hartjan.
105 17-Bise Cf. Book i ., Fable I , page 1 , line 23.
105 19- Bâillé : " Opened his mouth. Some suppose
it to mean, "fait le bail," signed the lease.
105 20-Contrat passé : The contract being signed.
105 21-Tranche du roi des airs : Plays the part of
Jupiter. Cf. Dryden, assumes the God,
affects to nod ."
105 23-Les Américains : Syn. for the most distant
people.
105 25-Vinée : Inusit. for vendange.
105 26-M. le receveur : i.e. , the farmer.
106 2-En usa : Treated him .
FABLE V.
106 5-Le cochet ; Dim. of coq (L.L. coccum), as biquel,
from bique.
тоб 5-Souriceau : Dim. of souris, as lion, lionceau;
chèvre, chevreau, etc. , etc.
106 7-Pris au dépourvu : Deceived, taken in.
106 Io-Un jeune rat : La Fontaine often confounds the
rats and mice as of one family.
106 II-Qui cherche, etc. : Who is looking out to make
his way in the world.
IC6 19-En panache : Like a plume. It. pennachio,
Lat . penna.
106 19--Etalée : Cf. Book i. , Fable 9 , page 9 , line 6.
106 20-Or : Cf. Book iii. , Fable 4, page 47 , line 9.
106 24-Fracas : From It. fracassare.
106 30-Velouté : As soft as velvet. Velours was
formerly spelt velous. Lat. villosus, hairy.
107 5-Ce doucet : This soft-spoken gentleman.
107 6-Minois -Mine : appearance. It. , mina.
107 7, 8-Contre, etc. , etc. Is borne with malicious
intention against all your race.
107 12-Sur nous il fonde sa cuisine : We are the staple
of his consumption.
107 13-Garde-toi : Take good care not.
FABLE VI .
107 19-Etui : Case. Formerly estui, a word of German
origin, stüche.
107 20-Chartre : Place of safety, prison ; Lat. carcerem.
107 21-Il se trouva : Imperson. , it was found.
107 23-Menue : Lat. minutus.
107 24-Aucuns : Some. The use of aucuns employed
as a pronoun alone is uncommon.
342 NOTES- BOOK VI.
Page 107 line 26-La tiare : Properly the Papal crown. Lat.
tiara, a Persian crown.
107 27-Grimaceries- Grimaces. A word coined by La
Fontaine.
107 29- Cerceau : Formerly cercel. L.L. circellus, a
small circle.
108 I-Cache : A hiding-place. Cacher is from Lat.
coactare, to press together, pack close.
Ronsard used the word cacher for the action of
pressing the grapes with the feet to make
wine.
108 3- Or : See Book iii. , Fable 4, page 47, line 9.
108 5-Bâille après : Literally, gapes after ; i.e. , longs
for.
108 8-Assistance : The assembled company.
108 II-Démis : Inusit. for déposé.
FABLE VII.
108 14-Se piquait : Boasted. Cf. Book i. , Fable 9,
page 9, line 14.
108 17-Mainte : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, linė 1 .
108 17-Prouesse : Cf. Book iii., Fable 14, page 55, line 6.
108 24-Quand, etc., etc. : Even if misfortune were good
for nothing else, etc.
108 25-A mettre : To bring.
108 26-A juste cause : With good reason. The more
ordinary expression is àjuste titre.
FABLE VIII.
108 31-Lâcher : Formerly lascher. From Lat. laxare.
108 31- Grison : Cf. Book ii. , Fable 10, page 30, line 27.
109 1-Menue : See Fable 6, page 107, line 23.
109 2-Se vautrant : Rolling. Se vautrer-formerly
voutrer and voltrer-comes from L. L. voltulare,
from voltus, volutus, volvere.
109 3-Gambadant : Kicking about his heels. It.
gamba.
109 4-Mainte : Cf. Book i., Fable 5, page 5, line 1 .
109 4-Nette : Clear ; i.e., of grass.
109 5-Sur l'entrefaite : In the meanwhile.
109 7-Le paillard : The rascal. Properly, one who
lies on straw, paille. Lat. palea.
109 8-Bât : Cf. Book iv., Fable 13, page 74, line 27.
109 II- Me laissez. Observe the position of the pro-
noun before the verb (second of two imperatives).
109 13-En bon Français : In so many words.
FABLE IX .
109 17-Bois : " Branching " antlers.
109 18-Avecque: For avec. Cf. Book iv., Fable 22,
page 83 , line 30.
NOTES- BOOK VI. 343
Page 109 line 19-Jambes de fuseaux : " Spindle-shanks. " Fuseau,
fusel, L.L. fusellus, from fusus.
109 23-Taillis : Groves. From tailler, to cut. L.L.
taleare.
109 23- Le faîte : Fastigium.
109 25-Tout en parlant, etc : Grammatically incorrect,
as en parlant would refer to limier. Construe :
whilst he was speaking, etc.
109 26-Limier : From Old French, lim, a leash, L.
ligamen ; properly, a hound held in leash.
109 27-Tâche : Formerly tascher, from L.L. tasca.
109 31-L'office : The service.
110 I-Nous faisons cas : We esteem, make much of.
FABLE X.
110 6-A point : In time.
110 7-Tortue : From L.L. , tortuca, the animal with the
twisted feet (tortus, torqueo).
IIO 8-Gageons : Gager, to lay a wager, is derived from
a L.L. word, wadium of German origin, vach ;
Angl. , wager.
110 9-Etes-vous sage ? Are you in your right senses ?
IIC 12-Ellébore : A remedy against madness.
110 15-Les enjeux : The stakes.
110 16- L'affaire : Our business.
110 20-Aux calendes : i.e. , aux calendes Grecques, which
did not exist. Therefore used to mean 66 an
indefinite period."
110 21-Arpenter : To fly over. Literally, measure out
by acres. Arpent, from L.L. arepennis.
110 22-De reste : " And to spare."
110 25-Aller son train de sénateur : Go plodding on
slowly like a senator.
110 26-S'évertue : Strives her utmost ; her best (vertu).
110 27-Elle se hâte, etc.: Cf. " Festina lente," Horace,
and Boileau-
Hâtez-vous lentement quelque ordre qui vous presse.
IIO 29-Tient à peu de gloire : Considers of little con-
sequence.
110 30-Croit, etc. : Thinks that his honour is concerned
-i.e., that it would be more dignified.
III 3-Avais-je pas= n'avais-je pas.
III 5-Moi l'emporter : Fancy my winning the race !
FABLE XI.
III 9-Devant : For avant (passim).
III 10- Les coqs ont beau chanter : It's of no use the
cocks crowing so early.
III II-Matineux : Early riser. Not to be confounded
with matinal, of the morning (rosée matinale,
&c.).
344 NOTES- BOOK VI.
Page 111 line 13-Somme : Nap. La Fontaine, a sound sleeper
himself, seldom loses an opportunity of ex-
tolling the pleasure of a nap.
III 15-De somme : Of burden (sommaro).
III 19 J'ai regret à : I regret.
III 22-Chou : L. caulis ; so chaume from calamus ;
chaux from calx ; cheval, caballus, &c .
III 23-Aubaine : Windfall. Aubaine properly meant
the right of succession to the property of an
aubain (foreigner) . Deriv. unknown (ad-
vena ?)
III 24-C'est de coups : It is one of blows.
III 25, 26- Et sur l'état, etc. He was inscribed last on the
list of a coalheaver.
III 31-N'ai-je en l'esprit : Have I nothing else to think
of?
III 33-Notre condition, etc. : Cf. Horace-
Qui fit, Mæcenas ut nemo, quam sibi sortem.
Seu ratio dederit, seu fors objecerit, illâ
Contentus vivat?
112 2-A force de placets : By dint of supplications.
112 4-Nous lui romprons, etc. : We shall still go on
pestering him with demands .
112 6-En liesse : Rejoicing. From lætus. Cf. chère-
lie, Book iii. , Fable 17, page 57, line 16.
112 7- Souci : From L. solicitare.
112 9-Allégresse : Lat. alacris.
112 12-Ouït : From obsolete verb ouïr, to hear.
112 14-Les citoyennes des étangs : Cf. la gent maréca-
geuse, Book iii. , Fable 4, page 47, line 2.
112 17-Se peut souffrir : Is supportable.
112 19-Marais : From L. L. mariscus.
112 22-A mon sens : In my opinion.
FABLE XIII.
112 24—Un manant : Cf. Book i., Fable 8, page 7, line 9.
112 25-Peu sage : Foolish.
112 29 -Transi : Half dead with cold ; L.L. transire, to
perish.
II2 29-Perclus : Paralysed ; L. perclusus.
112 29- Rendu : Incapable of moving. Renda still
means worn out with fatigue.
113 1-Le loyer : The recompense ; L. locarium.
113 5-Engourdie : Petrified, stupefied . Cf. Spanish,
gordo ; from L.L. gurdus, heavy.
113 6-Que l'âme, etc.: A transposition of ideas ; for
the animal's fury returned with life.
113 6-Avecque : For avec (passim).
113 9-Et son père : i.e. , one who had been as a father
to him.
113 12-Vous: Redundant (passim).
NOTES-BOOK VI. 345
Page 113 line 12—-Cognée : Cf. Book v. , Fable 1 , page 86, line 4.
113 14-Tronçon : From tronc, L. truncus. The L. u
into French is very common. Cf. fundus,
fonds; annuntiare, annonce ; mundus, monde :
&c. , &c.
113 15-L'insecte : Another instance of La Fontaine's
inaccuracy as a zoologist. A serpent is not an
insect, but a reptile. Cf. the mistake of con-
fusing the camel with the dromedary, Book iv. ,
Fable 10. He often speaks indiscriminately of
rats and mice as being the same animal.
113 20-Qui ne : L. quin.
FABLE XIV.
Cf. Horace, Epist . i . , v. 73.
113 22-De par : By order of; the correct formula for
beginning proclamations.
113 24-Fut fait savoir- il fut fait savoir: It was made
known.
113 29-Foi de lion : Cf. Book i. , Fable 1 , page 2, line 9.
113 34- Les renards, etc.: As the foxes stayed at home.
114 4-Tanière: Cf. Book ii. , Fable 14, page 34, line 16.
114 8- Grand merci : A thousand thanks ! Merci is
from Lat. mercedem.
FABLE XV.
114 17-Manant : Cf. Book i. , Fable 8, page 7, line 9.
14 17- Oisillons : Cf. Book i. , Fable 8, page 7, line 10.
114 17-Au miroir : A plan still adopted for attracting
larks, by a small mirror fixed near the ground,
and made to turn by a string.
114 18-Fantôme : pávтaoua, a deceptive appearance.
114 19-Autour : Cf. Book v. , Fable 17, page 98, line 10.
114 19-Planant : Hovering, with wings stretched out
flat. L. planus.
114 24-Ongle maline : A double archaïsm. Ongle is
masculine ; and the fem. of malin is maligne,
not maline.
114 26- Rets Cf. Book ii. , Fable II, page 31, line 16.
FABLE XVI.
115 2-En ce monde, etc.: Cf. Book ii. , Fable 11 ,
page 31, line 4 :-" Il faut autant qu'on peut
obliger tout le monde."
115 5-Peu courtois : Disobliging.
115 6-Harnois : Cf. Book iv. , Fable 13, page 74, line 28.
115 8-Quelque peu : For un peu ( passim).
115 9-Devant qu'être avant d'être.
115 10-En : Redundant.
115 II-Moitié: L. medietas.
24
346 NOTES - BOOK VI.
Page 115 line 12-Fit une pétarade : Kicked up his heels (in
disdain).
115 13-Tant que : Until (inusit .).
115 13-Le faix : L. fascis.
115 17-Par-dessus : In addition. The modern expres.
sion is pardessus le marché.
FABLE XVII.
115 24-Les renvoyer : To refer them.
115 25-Proie : L. prada. For the suppression of the
Latin d in French, cf. alauda, alouette ; laudem,
louer ; and L.L. brodum, brouet, etc., etc.
115 26-Pensa se noyer : Went very near being drowned.
115 29-Le corps : i.e. , the reality.
FABLE XVIII.
116 2-Le phaéton : ie., the driver. For this bom-
bastic style, cf. Book ii ., Fable 10, page 30,
line 3 :-
Un ânier, son sceptre à la main, etc.
116 5-Renowned for the bad state of its roads.
116 8-Adresse là : Sends thither.
116 10 Chartier- charretier.
116 II-Déteste : Raves. Détester is no longer used as a
neuter verb.
116 II-De son mieux : To the best of his ability.
116 13-For tantôt followed by et puis (instead of another
tantôt, as we should expect) cf. Book ii.,
Fable 4, page 24, line 33.
116 18-La machine ronde : i.e., the world. Cf. Book i. ,
Fable 16, page 15, line 20.
116 22-Hercule, etc.: Hercules likes people to bestir
themselves.
116 24-Achoppement : Encumbrance. From chopper,
which is of German origin, schupfen, to stumble
against.
116 25-Roue : rota.
116 27-Essieu : This word is found in " Amyot❞ spelt
aissieu, and by Montaigne aixieu, which shows
the deriv. from L.L. axiculus. Cf. Angl.
axle.
116 28-Et me romps : Second of two imperatives pre-
ceded (instead of followed) by the pronoun.
116 29-Ornière : Furrow. The Picard word ordière
shows the deriv. from L.L. orbitaria.
1:5 30-Fouet : Etym. fou, a bunch of beech twigs, with
which a birch or whip was constructed . Old
form, fau, from L. fagus.
116 32-Lors la voix : Sub. dit.
NOTES -BOOK VI. 347
FABLE XIX.
Page 117 line 2- Charlatans : C. Book ii., Fable 13, page 33,
line 17.
117 5-Affronte l'Achéron : Defies death itself.
117 6-Affiche: Proclaims. Lit. , sticks up (a bill) .
Ficher is from L.L. figicare, figere.
117 7-Un passe-Cicéron : A greater than Cicero.
117 10-Badaud : Ignorant lout. From L.L. badare, to
gape, which becomes in French bayer or béer
(obsolete), from which remains the word béant,
gaping, " bouche béante."
117 II -Manant : Cf. Book i., Fable 8, page 7, line 9.
117 II-Lourdaud : A lubber. L. luridus, dirty, coarse.
117 13-Un âne renforcé : An out-and-out ass.
117 14-Maître passé : A perfect master (of rhetoric).
Cf. Book iii., Fable 5, page 48, line 2.
117 15- Soutane : Ital. sottana.
117 16- Le prince : The king.
117 18-Roussin : Donkey, from German ros, a horse.
417 18-Arcadie : Arcadia, renowned for its asses.
Juvenal-" Arcadico juveni. " Cf. Angl. (fam. )
" Jerusalem pony. "
117 23 -Sur les bancs : i.e. , a doctor of rhetoric.
117 25-Guindé la hart au col : Dragged with a rope
round his neck. Guinder is from Old German
windan, to hoist.
117 25-Hart, harde : A cord. Origin unknown.
417 28-Potence : Gallows. The original meaning of
potence was a crutch, support, from L. Lat.
potentia, used in this sense in the Middle Ages.
117 30-Prestance : Noble bearing, demeanour. Lat.
præstantia.
117 31-Assistance : The company present.
117 32 -Au long : At length.
118 4-De trois l'unun sur trois.
FABLE XX.
118 7-Là haut : Up there ; i.e., in Olympus.
118 II-Que-si-que-non : "I say, yes ! I say, no ! " the
personification of Dispute.
118 12-Tien-et-mien : Personification of Property.
118 15-A celui, etc. : ie. , our antipodes.
118 18-N'ont que faire : Have nothing to do with, no
dealing with.
118 19--Pour la faire trouver, etc.: So that she might
betake herself to those places where necessity
demanded her presence. (The goddess) Re-
nown took care to apprise her beforehand.
118 23-Prévenait la Paix : She got there before Peace
could arrive.
348 NOTES -BOOK VII.
Page 118 line 29-Un séjour affecté : A settled abode.
118 35-Assinée : Old French for assignée.
La Fontaine was evidently inspired by his own family difficulties
in writing this fable.
FABLE XXI.
119 2-Ne va point : Does not take place.
119 10-Fait fuir : Puts to flight.
119 12-C'est toujours, etc.: It is always the same song,
the same story .
119 14-Il n'en est rien : It is not the fact.
119 21-Fait le voyage : i.e. , dies.
119 26-Qu'a besoin le défunt : How is the departed one
benefited ?
119 27-Il est des vivants : There are living ones.
119 35-Sa disgrâce : Her loss.
120 3-Deuil : Cf. Book v., Fable 18, page 99, line 11.
120 3-Sert de parure : Is turned into a means of orna-
ment.
120 4-Atours : Dress, finery, etc.
120 9-La fontaine de Jouvence : A fountain supposed
to possess the quality of making old people
young.
EPILOGUE.
120 99
18-La fleur : Angl. , " the cream .
120 19-Il s'en va temps : It is high time.
120 25-Psyché : A long work of La Fontaine's, in prose
and verse.
120 25-Damon : Under this pseudonym La Fontaine
designates Fouquet, to whom he addressed
66
' Psyché."
BOOK VII.
121 I-Madame de Montespan : Françoise Athénaïs de
Rochechouart de Mortemart, Marquise de
Montespan, née en 1641 , morte en 1707.
121 5-Tous tant que nous sommes : All of us. Cf.
Book i. , Fable 7, page 6, line 28.
121 8-Charme : From L. carmen, enchantment. This
change from Latin c into French ch is very
common. Cf. campus, champ ; cardonem,
chardon ; castanea, châtaigne ; caulis, chou ;
etc., etc.
121 II-A son gré: Whithersoever it pleases.
121 15-Où : In which.
121 16-Appui : From pui, from L. podium, a word
used by Pliny for base, pedestal, support.
For Latin into French ui f. hodie,
aujourd'hui modium, muid, etc.
NOTES- BOOK VII. 349
Page 121 line 17- Franchir les ans : Pass over, live for many years
(without suffering from the ravages of time) .
121 18-Après lui : After his death.
121 21-Il n'est beauté : There is no beauty.
121 23-Que vous = si ce n'est vous : If you do not.
121 28-Un plus grand maître : ie. , Louis XIV.
121 32-Désormais : In Old French dés ore mais. L. de
ipsâ horâ magis.
122 5-Ce mensonge : Fiction.
FABLE I.
122 18-On n'en voyait point, etc.: None were seen (i.e.,
none gave themselves the trouble) to endeavour
to prolong a wretched existence.
122 20 - Mets : From missum, something ent. Cf.
ferculum, fromferre.
122 21 -Epiaient : Spied out, watched for. Epier
(formerly espier) is of German origin, spehen.
Ang. spy. Cf. éperon, spur ; épice, spice ;
étable, stable ; etc.
122 24-Plus d'amour, etc : There was no more love,
consequently no more joy. For partant cf.
Book i ., Fable 17, page 16, line 8.
122 28-Que Sign of the imperative-" let. "
(22 30- Guérison : Guérir (or guarir) originally meant
to protect, which would show its deriv. from
Old German warjan, to protect.
122 31-Accidents : Calamities.
122 35-Glouton : From L.L. glutonem (same meaning).
123 I-Force : Many.
123 7-Selon : Old form, selone, sullunc Etym ., L.
sub longum.
123 IO-Font voir ; Show.
123 II-Canaille : Cf. Book i., Fable 19, page 18, line 14.
123 13-Croquant : Cf. Book ii. , Fable 12, page 32,
line 2.
123 18-D'applaudir : For this infinit. cf. Book ii., Fable
14, page 34, lines 18, 19.
123 20-Puissances : Powerful animals.
123 22-Mâtin : Mastiff ; formerly mastin, from L.L.
mansatinus, house-dog ; mansum, house.
123 23-Au dire de chacun : According to what each one
said (of himself) .
123 25-Qu'en un pré, etc.: Transpose-que passant en
unpré.
123 26- L'occasion : The opportunity.
123 29-Net : The adj . for the adverb. Distinctly,
clearly.
123 30-On cria haro : They raised the hue-and-cry. A
Norman expression of which the origin is
doubtful.
350 NOTES- BOOK VII.
Page 123 line 31 -Quelque peu clerc : Who was somewhat of a
scholar. The clerc (clericus). All science
formerly was the exclusive prerogative of the
ecclesiastics.
123 33- Pelé : Mangy, from L. pilare.
123 33-Galeux : Scurvy fellow. From L. callus (Eng.
callous), hard skin with the hair rubbed off.
123 37-On le lui fit bien voir : They soon made him see
that.
FABLE II.
124 4-Que le bon, etc. , etc. If what is good always
accompanied what is beautiful, I would look
out for a wife to-morrow. (Curious exclama-
tion in the mouth of a married man !)
124 6-Entre eux : i.e., between " the good " and "the
beautiful."
124 7-Hôtes d'une belle âme : Which lodge a good
heart within them.
124 8-Assemblent l'un et l'autre point : Possess both
qualities.
124 15-Parti : Plan.
124 20-Puis du blanc, etc. First white, then black,
then something else (i.e. , never two minutes
together of the same mind).
124 21-A bout : Distracted ; at his wits' end.
124 22- Monsieur, etc : These words are spoken by the
wife.
124 25-Lutin : Plague. (Etym. unknown.)
124 26-Vous : Redundant (ut passim).
124 28-Philis Synonym for country lass.
124 33-Votre fait : To your mind.
124 34-Assez : Pretty well.
125 2-Je leur savais bien dire : I told them so pretty
clearly. Cf. Book iii. , Fable 2, page 45,
line 16 :-" Ménénius le sut bien dire.'
125 4-Tout à l'heure : At once.
125 5-Hargneux : Ang. (fam. ) cantankerous. The ob-
solete French verb hargner is derived from
Old German harmjan, to dispute.
125 6-Le monde : People.
125 12-
-Que vous voulez qui soit : Whom you wish to
remain. This construction, common in the
seventeenth century, is no longer used.
125 14-Et qu'il m'en prenne envie : And if I feel any
inclination to do so (ie. , recall you) .
125 15-Puissé-je : Heaven grant that I may.
FABLE III.
125 19-Les Levantins : The people of the East (the
Levant).
NOTES - BOOK VII. 351
Page 125 line 22-Tracas : Worry and troubles of the world. This
word is cognate with traquer, to surround a
wood so as to capture game, from Dutch
trekken, to draw.
125 26-Il fit tant : He managed so well, worked so
hard.
125 28-Le vivre : For the infinitive used substantively
cf. Book viii., Fable 2, page 149, line 13.
125 30-A ceux, etc.: To those who devote themselves to
this service.
125 32 -Peuple rat, and 35, Peuple chat : Locution pecu-
liar to La Fontaine.
125 33-Aumône : In the eleventh century almosne from
eleemosyne.
126 I-Ratopolis : The city of the rats.
126 9-Reclus : One shut out from the world. L. reclusus;
Ang. recluse.
126 15-Qui designé-je ?: Remark the accent on the final é
of désigne, always placed on the final syllable
of a word of the first conjugation, when pre-
ceding je in an interrogative sentence, for the
sake of euphony.
FABLE IV.
126 21-Le héron, etc.: The heron with the long beak
terminating a long neck. Emmanché (manche,
manica), lit. handled = having as a handle.
The etymology of héron is curious. The Old
German word was heigro, from which came in
L. L. aigronem-written aironem in the tenth
century-thence French hairon, and later on
heron. For the suppression of the g cf. niger,
noir; integer, entier, &c., &c.
126 23-Aussi que : Just as.
126 24-Ma commère, and (25) compère : Gossip.
126 26-En eût fait son profit : Might have made a meal
of them .
126 29-Qu'il eût : Until he should have.
126 30- Il vivait de régime : He lived by a strict rule (of
diet).
127 2-Tanche : From L. tinca ; for change of L. c. into
French ch, cf. campus, champ ; caput, chef;
caro, chair, &c. , &c.
127 3- Mets : Cf. Book vii. , Fable 1 , page 122, line 20.
127 5-Comme le rat, etc. :-
Tangentis male singula dente superbo.- Hor. Sat. ii.,
vi. 87.
127 7-Chère : Cheer. Chère originally meant " coun-
tenance"-faire bonne chère = bon acceuil.
127 8-La tanche rebutée : Cf. Lat. abl. abs. , or Greek
gen, abs.
352 NOTES- BOOK VII.
Fage 127 line 9-C'est bien là, etc.: A pretty dinner that for a
heron !
127 10-J'ouvrirais pour si peu le bec : Do you think I'm
going to open my beak for such a mouthful !
127 11 -Tout alla de façon : Matters " went " in such a
manner.
127 16- Ce : Redundant.
127 18-Gardez- vous : Take good care not.
127 19-Votre compte : What you want = require.
FABLE V.
127 24-Fière : Cf. Book ii., Fable 1 , page 22, line 2
127 25-Prétendait : Hoped, expected.
127 31-De la pourvoir : To furnish her with what she
required .
127 32-Il vint, etc. : Excellent matches offered them.
selves.
127 33 -Chétif: Cf. Book i. , Fable 3, page 3, line 13.
127 34-Quoi ! moi ! etc.: What ! I take such people as
that !
127 34-L'on radote : People don't know what they are
talking about. Öld form, re-doter ; doter is of
German origin, doten. Cf. Angl. dote, dotard
(Scot. dottle).
128 I-Ils font pitié : They excite my pity.
128 2-Voyez un peu, etc.: A pretty sort of people,
indeed !
128 6-Les précieuses : Fine ladies. The Précieuses were
a society of ladies who met at the Hotel de
Rambouillet to discuss matters of taste, and to
reform and purify the language. Voltaire tells
us that the name was formerly an honourable
one, till their extravagances were ridiculed by
Molière in his " Précieuses Ridicules," first
played Nov. 18, 1659.
128 7-Dessus tout = pardessus tout (inusit. )
128 10 - Elle de se moquer : For this infin. cf. Book ii.,
Fable 14, page 34, lines 18, 19.
128 12-Fort en peine, etc. Very much perplexed to
know what to do with myself.
128 15-Se sut gré : Congratulated herself. Cf. Gr. ,
εἶδεναι χάριν .
128 16-Déchoir : Fall off (in looks and attractions) .
128 19-Déloger quelques Ris, etc.: For these three
symbols of youth and happiness, often joined
together by La Fontaine, cf. Book vi. , Fable
21, page 120, lines 5, 6.
128 21-Puis cent sortes, etc.: Supply " she had to
employ."
128 21 , 22 -Faire qu'elle échappât : Enable her to escape.
128 22 -Larron : Lat. latronem.
NOTES-BOOK VII. 353
Page 128 line 24- Que n'est, etc. : Why cannot this same expedient
be applied to the ruins of a countenance ? Cf.
Racine-
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
128 26-Sa préciosité : Our fine lady ! A word coined
by La Fontaine, as son excellence ! sa majesté!
sa seigneurie!
128 32-Malotru : An awkward, ugly fellow. Old form,
malostru, from malestru ; in Provençal mai
astruc and benastruc, from L. L. astrutus, born
under the influence of a star (astrum) , good or
bad.
FABLE VI.
128 34-Au Mogol : i.e., in India. The mogol is properly
the Mogul, Emperor of India.
128 34-Follets : Sprites. Angl. " good people." Etym.
follis, from the idea of swelling out the cheeks
like a bellows, grimacing.
[29 12-Pour plus de marques, etc.: To give further
proof of his zeal.
129 13-Ilse fût arrêté : He would have remained.
129 17-Firent tant : Bestirred themselves so much. Cf.
Book ii., Fable II, page 31 , line 18.
129 17-Le chef de cette république : The head of this
republic (i.e. , of spirits).
129 19-Le changea, etc. : Soon made him change his
quarters.
129 23-Et d'Indou, etc. And from being a Hindoo they
made a Laplander of him (vous redundant).
Cf. Book ii. , Fable 18, page 37, lines 27, 28.
129 27-Arrêter - M'arrêter.
129 31 -Sans plus Cf. Book iii., Fable 18, page 59,
line 6.
129 35-Finance : Etym. Old French finer, mener àfin,
conclure-i e., payer.
129 37- Crève : L. crepare. For Latin por b into French
vef. ripa, rive ; lepus, lièvre, etc.
129 37-Chevance : Property. Cf. Book iv., Fable 20,
page 81 , line 4.
130 I-Tous deux : They are both as perplexed as ever
man was.
130 II-Médiocrité : " Aurea mediocritas. " Hor.,
Carm. ii. , 10, 5.
130 14-Chanceux : Unlucky. Cf. Molière's " Femmes
Sav.," Act ii. , sc. 5. :-
MARTINE.-Me voilà bien chanceuse.
130 19-Largesse : From L. L. largitia.
་ ༣༠ 20-Sur le point : On the point (of doing so) .
354 NOTES- BOOK VII.
FABLE VII.
Page 130 line 24-Sa majesté lionne : His Leonine Majesty.
130 29-Circulaire, formerly an adjective, has now
become a substantive, as in Engl. (a circular) .
130 30- Sceau : Old form, scel, from Ital. sigillo, Lat
sigillum.
130 31 -Un mois durant : Durant is the only prepo-
sition in French that can be put after its subst.
130 32-Cour plénière : A court held on grand occasions,
such as a festival or tournament.
130 34-Fagotin : Name of a well-known ape then in
Paris. Angl. Jacko.
131 2- Louvre : A palace. Etym. L.L. lupara .
lupera ; signification doubtful.
131 5-Il se fût, etc. He would have done wisely to
abstain from making such a face.
131 7-L'envoya, etc.: Sent him down to Hades, to be
fastidious there if he liked (i.e. , killed him) .
131 II-Il n'était ambre, etc.: No amber, no flower, but
was mere garlic compared to this perfume (ail,
L. allium).
131 14, 15- Ce monseigneur du lion-là, etc.: My Lord Lion
there was evidently a relation of Caligula.
131 16-Or ça : Look you now !
131 18-De s'excuser : For this infinitive cf. Book ii. ,
Fable 14, page 34, lines 16, 17.
131 19-Il ne pouvait que dire : He could not possibly
give an opinion.
131 20-Bref, il s'en tire : In short, he gets out of the
dilemma.
131 23-Fade : L. vapidus ; for Latin v into French f
cf. brevis, bref; bovem, bœuf ; ovum, œuf;
&c. , &c.
131 24-En Normand : TheNormans were remarkable for
their astuteness. Cf. Book iii. , Fable II , page
53, line 9.
FABLE VIII .
131 26-Emute, for émeute, for the sake of the rhyme-
as treuve is often found for trouve.
131 29-Mène à sa cour : Brings in its train (i.c. , the
swallows).
131 29-La feuillée : The leafy bowers.
131 32-Que la mère d'Amour, etc. : Which Venus
harnesses to her car (i.e. , the doves).
131 34- Retors : L. retortus.
131 34- Serre Cf. Book v. , Fable 20, page 101, line 8.
132 I-Il plut du sang : It (actually) rained blood.
132 4- Maint : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
132 6-Because there would be no more vultures left to
feed on his liver.
NOTES- BOOK VII. 355
Page 132 line 9-Ruses : The etym. of this word is Old French
reüser, to turn and twist about, as game does
to avoid capture . Provençal reusar ; L.
recusare.
132 12-De peupler, etc. : To fill the air which is
breathed by the shades below (i.e. , Hades).
132 13-Tout élément, etc. Every element contributed
its share of denizens of the infernal regions.
132 17-Au cou changeant : With necks painted in vary-
ing hues ; i.e., " shot, " like the colours on the
necks of pigeons.
132 20-Le peuple pigeon : Cf. page 131, line 33, le
peuple vautour.
132 22-Plus ne se chamaillèrent : No longer disputed.
Etym. uncertain. M. Littré suggests camail or
chamail, head armour ; to knock on the head-
quarrel (?)
132 23-Trêve : Old form trive, of German origin,
triggua, security.
132 28-Bourgades : Dim. of bourg, small towns, vil-
lages, hamlets.
132 31-Tenez toujours, etc.: " Divide ut imperes. "
FABLE IX.
133 2--Sablonneux : From Lat. sabulonem.
133 4-Coche : Properly a barge (L.L. concha, shell) ;
thence from meaning a water-carriage came the
idea of a land- carriage.
133 6-L'attelage : The horses ; from atteler, to harness.
The etym. of atteler is uncertain. M. Littré
suggests astellare, from astele, the horse-collar.
133 6- Etait rendu : Was worn out with fatigue.
133 7-Mouche : L. musca.
133 II-Timon : L. temonem.
133 15-Fait l'empressée : Plays the busybody.
133 20-A se tirer d'affaire : To get out of the mess.
133 23-C'était bien de chansons, etc.: A pretty time
that for singing songs.
133 28-Dans la plaine : On level ground.
133 32-Ils font partout, etc. They everywhere make
themselves out as being indispensable.
FABLE X.
134 2- Perrette : Name for a village girl.
134 3-Coussinet : Little cushion (to place on the
head) ; from coussin, L.L. culcitinum ; dim. of
culcita, a mattress.
134 4- Prétendait : Hoped, expected.
134 5-Court vêtue : The adj. court used adverbially
does not take the fem. termination.
356 NOTES -BOOK VII.
Page 134 line 7-Cotillon : Dim. of cotte ; from Old French cote,
a word of Old German origin, kott (Ang. coat,
petticoat).
134 7-Souliers plats : i.e. , with low (or no) heels.
134 8-Troussée ; " Tucked up " ; from Old French
torser, to make up into a bundle or packet ;
L.L. tortiare (torqueo).
134 II- Un cent : 66 A hundred " ; a collective numeral,
like une douzaine, une vingtaine.
134 II-Faisait triple couvée : Got her hens to hatch a
triple brood.
134 12-Allait à bien : Went well ; i.e., succeeded.
134 17-Son : Bran ; from Spanish soma ; Lat. sum•
mum ; i.e., that which comes to the top in
winnowing.
134 21 -Vu le prix dont il est ; Considering the price
that it (i.e., pork) fetches.
134 23-Transportée : (i.e. , with joy).
134 25-La dame de ces biens : The lady (who had con-
sidered herself possessor) of all these goods.
134 25-Marri : Sad, mournful ; participle of the obso-
lete word marrir, to make sad (Old German
marjan). Molière uses it - et mari très-
marri.
134 29- Le récit, etc. The story of it was told (en farce)
in a funny form.
134 31 - Ne bat la campagne : Does not sometimes go
astray.
134 32-Châteaux en Espagne : Angl. castles in the air.
The origin of this expression (found in the
" Roman de la Rose ") is unknown.
134 33-Picrochole : A character in Rabelais' 66 " Car
gantua. "
134 33-Pyrrhus : King of Epirus, who in his conversation
with Cyneas declared his intention of laying
siege to (and taking) Rome, Italy, Sicily, and
Carthage, one after the other.
135 I-Chacun songe en veillant : Everyone has waking
dreams.
135 6- Je m'écarte : I go astray from my path (in the
search of adventures) .
135 6-Le sophi : The Schah of Persia. Cf. Shakespeare,
" Merchant of Venice," act ii. , scene I : " By
this scimitar that slew the Sophy."
35 10-Gros Jean : Plain John ! An expression found
in Rabelais, particularly applicable to Jean de
de la Fontaine.
FABLE XI.
Madame de Sévigné tells us that when M. de Boufflers was being
buried, the carriage in which the corpse was being carried (and in
NOTES -BOOK VII. 357
which the curé was seated) upset, and the coffin actually fell upon
and killed the curé.
Page 135 line 13 - Gîte : Cf. Book ii. , Fable 8, page 27, line 14.
135 18-Bière : More properly the " bier" than the
" shroud." Etym. an old German word,
bara (bier):
135 23-Maintes : Cf. Book i , Fable 5, page 5 , line 1.
135 25- Répons : Responses. (Ecclesiast .)
135 27-On vous en donnera, etc.: You shall be served
to your heart's content.
135 29-Messire Jean Chouart : The " parson. " A name
given by Rabelais to a gold-beater, and mis-
applied by La Fontaine to a curé.
135 33-Cire : i.e. , wax candles to burn round the
coffin.
135 34- Menus : Cf. Book i. , Fable 18, page 17, line 20
135 35- Feuillette : Small cask of wine. Deriv. un-
certain. Du Cange suggests fialette or fiolette,
dim . offiole, L. phiala.
136 6-Un heurt : A collision. An obsolete word, from
which heurter is derived. La Fontaine
employs it again, Book x. , Fable 1 , page 211,
line 35.
136 9-En plomb : i.e. , in his leaden coffin.
FABLE XII.
136 26-Courroux : Anger. From Old French word,
corrot, Provençal corroptz ; It. corrotto
L.L. corruptum, ruin, 66 despair," sadness.
Thence " anger " (Brachet).
136 28-Cf. Sixtus V.
136 33-Le repos : La Fontaine never loses an oppor-
tunity of extolling the sweets of repose and
sleep.
137 2-En use ainsi : Always acts in that manner.
137 3-Couple, masc. , means a couple or pair ;
couple, fem. , simply " two. "
137 13 -De dormir : The height of happiness according
to La Fontaine.
137 17- Bizarre : Capricious. From Span. bizarro,
valiant, hasty, irritable. The construction
here is involved. Place devait after la déesse
bizarre, and the sense is clear.
137 20-Au coucher, au lever : At the king's going to
bed, and rising (when courtiers were admitted).
137 27-Héberger : To put up, lodge (verb trans.) .
The old form was herberger, from German
herbergen.
137 32- Surate : Surat, a town in India famous for its
riches.
358 NOTES - BOOK VII .
Page 137 line 34- Ames de bronze : Oh ! hearts of bronze ! Cf.
Horace, Odes I. , 3 , 9 :-
Illi robur et æs triplex
Circa pectus erat, qui fragilem truci
Commisit pelago ratem
Primus.
138 7-Au Mogol : i.e., India.
138 8- Pour lors : At that time.
138 15-L'avait été : The proper construction would be
ne l'avait été.
138 17—Qu'il avait, etc.: Place quitté before village.
138 22-Ouï-dire : Hearsay. From old verb, ouir.
FABLE XIII.
139 2-Même : Should be written with an s ; a gram-
matical fault, but with mêmes the verse would
not scan !
139 5-La gent qui porte crête : The crested tribe, i.e.,
cocks and hens.
139 10- Ses amours : i.e. , the object of his love.
139 10-Fier : Cf. Book ii. , Fable 1 , page 22, line 2.
139 14-S'exerçant contre les vents : Striving with the
winds as with an imaginary rival.
139 17- S'alla percher= alla se percher.
139 18- Vautour : L.L. vulturius, volturius.
139 20-Orgueil : Pride, haughty bearing. It. orgoglio;
Old German, orgel.
139 21-Par un fatal retour : Retribution brought about
byfate.
139 23- Faire le coquet : To play the gallant. Coquet
originally meant vain as a coq.
139 24-Je laisse à penser, etc. : I leave you to imagine
what a chattering (clucking) there was.
139 24-Caquet : Onomatop.
FABLE XIV.
139 34-For suppression of first ni cf. Book ii.,
Fable II, page 31 , line 21 .
139 34-Gouffre : Originally golfre ; It. golfo ; Gr.
κόλπος .
139 34-Péage : Toll, right of passage. From It.
pedaggio ; L.L. (tenth century) pedaticum,
from pedem, which gives the idea of passage.
140 2-Atropos : The fate which cuts the thread of life.
140 5-Facteurs : Agents.
140 6-Cannelle : Cinnamon. From canne.
140 8-Le luxe et la folie : i.e., of his customers.
140 9-Bref: In a word.
140 9 - Escarcelle : Cf. Book iv. , Fable 4, page 64,
line 22.
NOTES- BOOK VII. 359
Page 140 line 10-Ducats : It. ducato, because stamped with the
effigy ofthe reigning duke or prince.
140 II-D'avoir : Historic infinitive. Cf. Book ii.,
Fable 14, page 34, lines 18, 19.
140 12-Jeûne : Jejuno.
140 13-Un sien ami : A friend of his.
140 14-Ordinaire : Every-day fare.
140 17-A propos : At the right time.
140 20-Ne lui vint à souhait : Succeeded according to
his wishes.
140 22-Frété : From fret, which is from an Old German
word, freht, the hire of a ship.
140 24-Corsaire : From Provençal corsari, those who
run a corsa privateers.
140 26-Débit : Sale. L. debitum.
140 29-Chère-lie : Cf. Book iii., Fable 17, page 57,
line 16. Chère is from cara, a word used for
" face " by Corrippus in the sixth century-.
Postquam venere verendam
Cæsaris ante caram.
"De Laudibus Justini," lib. ii.
140 30-Mis : Expended.
140 32-Equipage : Plight. Equiper means to rig out a
ship, provide it with all that is necessary.
Etym., Gothic skip; Ang. ship (?)
140 35-Tout au moins : At least. (Inusit. )
141 4-Chose-aucune chose.
FABLE XV.
141 9- La vogue : From It. vogare, to float.
141 II--Prévention : Prejudice.
141 12 - Cabale : A word of Hebrew origin, kabala,
traditional doctrine, which came to mean in
the Middle Ages the mysterious science of
communicating with supernatural beings.
141 15-Faisait la pythonisse : Played the priestess of
Apollo.
141 17-Perdait-on : If anyone lost.
141 17-Chiffon : A rag. Etym . doubtful ; perhaps
from chiffer, same as chipper, to cut into small
pieces. Angl. chip.
141 20-Devineuse : Observe the three forms, devineresse,
devineuse, and devine, for the same word.
141 22-Son fait : Her trade.
141 25-Faisait crier miracle : Made people exclaim that
it was a miracle.
141 26-Ignorante à vingt et trois carats : As ignorant as
it was possible to be-excessively ; as gold of
23 carats is ofthe purest.
[41 28-Dedans dans (passim).
300 NOTES-BOOK VII.
Page 141 line 28-Galetas : Hovel. Deriv. uncertain ; some say
from Galata, a part of Constantinople, also a
tower in that city ; thence any room !
141 32-Un office : A place, officium. The fem. , une
office, a pantry, is from officina.
142 I- Gros messieurs : Fine gentlemen. Cf.
" Plaideurs ," act i., sc. I :-
Monsieur de Petit Jean, ah ! gros comme le bras.
142 4-Achalandé : Brought custom to. From chaland,
a flat boat (in which merchandise was carried) .
L.L. chelandium ; Gr. xeλávdiov.
142 5-Eut beau faire, etc. It was of no use what she
said or did.
142 6-Devine-devineuse, devineresse. Cf. supra.
142 7-Ma croix de par Dieu : My prayers.
142 8-Point de raisons : Reasons were useless.
142 8- Fallut- il fallut.
142 11-Equipage : Cf. preceding Fable, page 140,
line 32.
142 13-Tout sentait, etc.: Everything smacked of
witchery and the supernatural. For sabbat
cf. Book ii. , Fable 2, page 23, line 12.
142 14-Quand cette femme, etc. : Even supposing this
woman had spoken the truth.
142 16-La vogue était passée au galetas : The fashion
followed the hovel.
142 18-Se morfondit : Waited in vain for customers.
Lit., grew cold with waiting. The real mean-
ing of the word is morve -fondre (glanders).
142 19-Chalandise : Custom. Cf. supra, achalander.
142 20-Dans le palais : In the law courts.
142 21-Gagner gros : Get large fees.
FABLE XVI.
142 26 -Belette : Cf. Book ii. , Fable 5, Page 25, line 10.
142 27-Rusée : For etym. of ruse cf. Book vii. ,
Fable 8, page 132, line 9.
142 33—Jeannot lapin : Master Johnny Rabbit. Jean
Lapin (see line 26 next page) is a common name
for a rabbit. Angl. bunny.
143 4-Que l'on déloge sans trompette. Be off ! and be
quick about it too . Cf. Book iv. , Fable 22,
page 84, line 33.
143 10-Et quand ce serait : And even supposing it were.
143 12-Octroi : The right of possession. From L.L.
auctoricare, auctorare.
143 20-Or bien : Very well then.
143 21-Rapportons-nous : Let us refer the matter.
143 21 -Raminagrobis : Tabby ; a name for a cat found
in Rabelais. Etym. doubtful. In a bur-
lesque of the 16th century the councillors of
NOTES- BOOK VII. 361
the Parliament of Rouen are called " gros
raminas grobis." Ramina signifies cat; rominer,
to purr (Berry) ; grobis, self-important.
Page 143 line 23- Chattemite : Catta mitis.
143 26- L'agrée : Accept him as arbitrator.
143 28-Sa majesté fourrée : His Furry Majesty.
143 29- Grippeminaud : Master Tom. (Gripper, to seize. )
144 32-A portée : Within reach.
143 35-Mit d'accord : Brought to terms.
FABLE XVII.
144 5-Queue : A fallacy, repeated in line 12
144 10-Pour le pas : For precedence.
144 14-Mainte : Cf. Book i., Fable 5, page 5, line 1.
144 16-Croit-elle, etc.: Does she think that I will con-
sent to be treated (en user) always so !
144 32-Souhait is from an obsolete word, haiter, from
Scandinavian heit, a wish, desire.
144 33-La guide : Guide is no longer used in the fem.
to signify " a guide " ; it means 66 rein."
144 35-Four : Old form for, from Ital. forno, L. furnus.
144 36-Donnait : Ran up against.
FABLE XVIII.
This fable is founded upon fact. A certain Sir Paul Neal, member
ofthe Royal Society of London, had discovered an elephant in the
moon, which turned out to be a mouse that had got into the tele
scope.
145 4-Un philosophe : i.e., Democritus.
145 6-Un autre philosophe : Epicurus.
145 7-Ils = nos sens .
145 10--Tant que : So long as.
145 13-Le milieu : The atmosphere.
145 23-La refers to sa distance in the preceding line.
145 24-J'épaissis sa rondeur : I give thickness-solidity-
to its round form.
145 26-Bref, etc. In a word, I give the lie to my own
eyes in its entire composition.
145 32-Ni mon oreille - ni avec mon oreille.
146 I- Moyennant : By means of.
146 3-Leur rapport : Their testimony.
146 II-Naguère = il n'y a guère: It is not so very long
ago.
146 14-De crier : Hist. infinitive. Cf. Book ii., Fable
14, page 34, lines 18, 19.
146 19-Ces hautes connaissances : i. e., astronomy.
146 23- Peuple heureux : i.e., the English.
146 23-François : To rhyme with emplois. It was always
pronounced so up to the sixteenth century.
1996
30-Les Filles de Mémoire : The Muses.
33-Charles : Charles II.
25
362 NOTES- BOOK VIII.
Page 146 line 35-A ces jeux : The game of war.
146 37-Que d'encens : What incense would be burnt in
his honour !
147 2-0 peuple trop heureux : This was at the time
of the Peace of Nimeguen ( 1677), when Eng-
land, alone unharassed by war, was chosen
arbiter by the nations of the Continent.
BOOK VIII.
FABLE I.
This Fable is considered by M. Walchenaer, a famous commen-
tator of La Fontaine, to be among his best, if not his masterpiece.
The sentiments expressed in it are certainly of a higher moral nature
than in most of the fables.
147 8-S'étant su lui-même avertir : Having had the
good sense to foresee for himself.
147 9-Se doit résoudre : Transpose-doit se résoudre.
147 12-Il n'en est point, etc. : There are none (i.e., no
hours, days, or moments) that it (ie., ce tems,
line 10) does not include in the fatal tribute
which it levies on all.
147 14-Et le premier instant : Cf. Horace, Od. i., 4,
13-
Pallida mors æquo pulsat pede pauperum tabernas
Regumque turres.
And Malherbe : " La garde qui veille aux
barrières du Louvre n'en " (i.e. , from death)
" défend pas nos rois."
147 22-Il n'est rien, etc. There is nothing less ignored
=better known ; nothing of which we are so
certain.
147 23-Die for dise (ut passim).
147 27-Tout à l'heure : At once. In modern French it
means a little time ago, or by-and-by.
147 30-Au pied levé : Straight off ; without any warning.
Lever le pied (fam. ) means to depart, be off.
148 2-Arrière- neveu : Properly, grand-nephew. Line
12 (same page) , however, shows it to mean here
grandson.
148 9-Ce dis-tu : Ce is redundant. Cf. Book v. ,
Fable 3, page 88, line 28, ce dit-on.
148 10-Qui te disposât, etc.: To prepare you for the
event.
148 14-Du marcher, etc. Of walking and motion. For
the infin. used substantively see next Fable
(next page), line 14, le manger et le boire
148 16- Plus : No more
NOTES-BOOK VIII. 363
Page 148 line 19-Ne te touchent plus : Concern you no more.
148 24-Il n'importe, etc. : It is of no importance to the
state.
148 27-Ainsi que d'un banquet : Cf. Horace-
Ut conviva satur.
And Lucretius-
Cur non ut vitæ plenus conviva recedis !
148 28-Et qu'on fît son paquet : (fam. ) And that one
should pack up one's traps (and be off) .
148 30-Ces jeunes : The adj. used as a subst.
148 34-J'ai beau te le crier : It is of no use my dinning
it into your ears.
148 35- Le plus semblable, etc.: He who most resembles
the dead (from age) feels the greatest reluctance
to die.
FABLE II.
149 2-Savetier : Cobbler ; from savate, an old shoe.
It. ciabatta, ciavatta ; Basque zapata, a shoe
149 6-Tout cousu d'or : Lit., all sewn with gold ;
made of gold.
149 8-Finance : From an obsolete French word finer,
to bring to an end, terminate, and so, pay up.
149 13-Le dormir, le manger, le boire : This Greek in-
finitive used substantively is of constant occur-
rence in La Fontaine.
149 16- Or çà : Look you here !
149 19-Gaillard : Merry. Etym. doubtful. Diez
suggests the Celtic gall, force ; galach, courage.
149 20-Je n'entasse guère : I am not in the habit of
accumulating.
149 22-J'attrape, etc. I make both ends meet.
149 26-Honnêtes : Fair, decent, respectable.
149 28 -Chômer : To lie idle. Etym. chaume, Katµa,
heat of the day, when one ceases work.
149 30-Prône Sermon. Lat. , præconium, proclama-
tion.
149 31 -Naïveté : From nativus. The original sense of
naïf is native ; thence one born on the soil,
a serf, peasant ; and so, ignorant, coarse,
stupid.
149 32-Je vous veux mettre, etc : I wish to place you
this very day on the throne ; i.e. , elevate you
to the highest pinnacle of wealth and enjoy-
ment,
150 7-Soupçon : The original form of this word,
soupeçon or souspeçon, shows its deriv.
suspicari.
150 8-Il avait l'œil au guet : He was on the watch.
Guet, from Old German wahtan ; Modern,
wacht.
354 NOTES - BOOK VIII.
Page 150 line 11-S'en courut : Obsolete for courut.
150 12-Somme, masc. , somnus ; somme, fem., summa.
FABLE III .
150 15-N'en pouvant plus : Reduced to the last ex-
tremity.
150 17- Alléguer, etc : M. de Calonne, replying to
Marie Antoinette, who asked a service of him,
said " Madame, si c'est possible, c'est fait ; si
c'est impossible, ça se fera. "
150 19-De tous arts : With all sorts of (different)
systems.
150 21-Lui vient : For il lui vient, impersonal ; otherwise
the sense would have required viennent.
150 23-Coi : Quietus.
150 24-Daube ; Bespatters ; i.e., accuses. Dauber
originally meant to strike ; Old German,
dubban.
150 25-Tout à l'heure : At once (passim).
150 28-Lui faisait cette affaire : Was getting him into
this scrape.
150 30-Ne m'ait à mépris, etc.: Has made out that it
is from contempt (want of respect) that I have
put off paying you my homage.
150 32-Pèlerinage : Pelerin is from peregrinus. For r
Latin into French 1, cf. altare, autel ;
fragrare, flairer ; cribrum, crible.
151 I-A bon droit : With good reason.
151 2-Vous ne manquez, etc.: The only thing you
require is heat.
151 8-Messire : For monsieur. As Book iii. , Fable 2,
Messer Gaster.
151 10-Goûte : Highly approves of.
151 16-Le mal, etc.: You do each other four times
as much harm as good.
151 17-Daubeurs : See preceding page, line 24.
FABLE IV.
M. de Barillon, to whom La Fontaine dedicates this fable, was
the intimate friend of Mme. de Sévigné, Mme. de Grignan, and
Mme. de Coulanges. He had been chosen by Louis XIV. to be
sent as ambassador to Charles II . of England, at a time when he
(Charles) was in difficulties with his Parliament, and when all
Europe was alarmed at the growing power of France.
151 26-Seront-ils point : For ne seront-ils point. The
omission of the first negative is very common
in La Fontaine.
151 31-Qu on ne nous mette, etc.: Lest all Europe
should be thrown on our hands.
152 2-L'Angleterre : i.e. , the English Parliament, who
wished to create enmity between Louis XIV.
and Charles II.
NOTES- BOOK VIII. 365
Page 152 line 11-Ce coup : Namely, that Charles II. should join
the allies against France.
152 16-Prenez en gré : Accept graciously.
152 18-Pas plus : The pas is redundant.
152 19-L'envie : Even envy.
152 23-Un orateur : Demades. Demosthenes had re-
course to the same artifice.
152 32-L'animal aux têtes frivoles : The people. Cf.
Horace :-" Bellua multorum capitum."
152 33-Etant fait à ces traits : Being accustomed to these
sorts of effusions.
152 34-Il en vit s'arrêter : He even saw some who
stopped to take interest in.
152 37-Cérès, etc.: The story told by Demosthenes was
as follows :-A young man hired a donkey to
go from Athens to Megæra. The heat of the
sun forced him to get down and put himself in
the donkey's shadow. Whereupon the pro-
prietor of the said donkey objected that he had
hired the animal and not his shadow. Here
the orator stopped ; and when the people cla
morously demanded the end of the story, he
replied as in the fable.
153 8-Son peuple : As the Athenians might be con-
sidered as peculiarly the people of Ceres.
153 10-Lui seul : It alone ; i.e. , this people.
153 II-Que : Why?
153 18-Peau d'âne : Not the fairy tale known by that
name nowadays, and which was written twenty
years later, but a tale of Bonaventure des
Périers.
FABLE V.
153 25-Tous tant que nous sommes : Every single indivi-
dual among us. Cf. Book i. , Fable 7, page 6,
line 28.
153 28-Bagatelle : From Italian bagatella.
153 29-Citoyens : Inhabitants.
153 31- Puce : From Ital. pulce, Lat. pulicem.
153 32-Drap : From a Middle Age Lat. word, drappum,
found in writings of the time of Charlemagne.
154 I-Que du haut, etc. That from the height of thy
(seat in the) clouds thou dost not destroy the
whole race of them.
154 4-Massue : L.L. maxuca, a dimin. of massa.
FABLE VI.
154 8-Je sais Je connais is more usual.
154 10- La sienne = sa femme.
154 12-Je n'en puis plus : I can bear it no longer.
154 14-Gardez-bien == gardez-vous bien. (Inusit. )
366 NOTES -BOOK VIII.
Page 154 line 16- Neuve sur ce cas : Unaccustomed to accidents
of this nature.
154 17-Mainte : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
154 18-Promit ses grands dieux : Swore solemnly.
154 21-Peu fine : Not very clever.
154 23-De courir : For this historic infinitive cf. Book ii. ,
Fable 14, page 34, lines 18, 19.
154 24- Un cas : A wonderful circumstance.
154 29 -Vous moquez-vous ? Are you serious ? Do you
think it likely I should betray your secret ?
154 32-Grille : Burns, ardently desires.
FABLE VII.
155 12-A l'épreuve des belles : Proof against the seduc-
tions of the fair sex.
155 16 -La pitance : Properly a monk's dole of food .
It. pietanza ; L. L. pietantia.
155 17-S'était fait, etc.: Had passed his master's dinner
round his neck like a collar ; i.e., the handle of
the basket.
155 19- Mets : Cf. Book vii ., Fable 1 , page 123, line 20.
155 20-Tous tant que nous sommes : Cf. Book viii.,
Fable 5, page 153, line 25.
155 24- De la sorte atourné : Laden in this manner.
Lit., thus decked . Atour, Angl. turned out.
155 25-Un mâtin : Cf. Book vii. , Fable 1 , page 123,
line 22.
155 25-Le dîné : Old form of dîner, the etym. of which
word is doubtful. In the ninth century
Disnavi me is found, from the infinitive (dis-
nare) of which Diez suggests the [Link]-cœnare.
156 1-Courroux : See Book vii. , Fable 12, page 136,
line 26.
156 I-Mon lopin : My share. Deriv. doubtful.
Ducange suggests in L. L. loppare, with the
same signification as the English verb to lop,
cut off.
156 3-Vous : Redundant (utpassim).
156 3-Happer : To snatch. Dutch happen.
156 4-De tirer : Histor. infin. Cf. Book ii. , Fable 14,
page 34, lines 18, 19.
156 4-La canaille : Here used in its proper signification,
canaglia, troop of curs.
156 5-A qui mieux mieux : To the best of their ability.
156 5- Ripaille : Faire ripaille got its meaning of
feasting from Ripaille, the name of a castle on
the Lake of Geneva, where Amadeus, Duke of
Savoy, used to go and feast (?).
156 9-Echevins : Aldermen , common councillors .
From L. L. scabinus, a judge ; German schöffen.
156 10-Tout fait sa main : Everyone has a hand in the
plunder. Fam., a finger in the pie.
NOTES- BOOK VIII. 367
FABLE VIII.
Page 156 line 19-Les rieurs : Punsters, jokers, wags.
156 20-Veut Requires.
156 22-Méchants : Silly perpetrators of bad jokes.
156 27-En son coin : At his corner of the table.
156 29-Menus : Cf. Book i. , Fable 18, page 17, line 20.
156 30-A la pareille : In the same way.
156 32-Cela suspendit : That set people's minds a
thinking what he was about.
156 34-Un sien ami : A friend of his.
157 3-Fretin : Cf. Book v. , Fable 3 , page 88, line 10.
157 5-Au vrai : Of a certainty.
157 10-Il les sut engager : He knew how (managed) to
induce them .
157 II-A lui servir, etc.: To help him to a piece of
a monstrous fish, old enough, &c.
157 14-Et que depuis, etc. : And which for a hundred
years the old inhabitants of the vast empire
(ie. , of the dead) had seen engulphed under
the waves.
FABLE IX.
157 17-Hôte : Inhabitant : Cf. Book i., Fable 2, page 2,
line 28.
157 18-Soûl : Satur, satullus.
157 19-Javelle : Sheaf, bundle (of corn) or twigs. It.
gavela. Diez suggests as Etym. L. capulus, a
handful, whence capella.
157 20-Courir le pays : To traverse the country.
157 24-Taupinée : Inusit. The more common form is
taupinière.
157 26-Thétis : M. Geruzez, in his edition of La Fon-
taine, suggests Tethys, the sea goddess.
157 28-Vaisseaux de haut bord : Ships with one or more
decks.
157 32-Nous n'y bûmes point : We got nothing to drink
there. Allusion to a story in Rabelais.
157 34-A travers champs : Right and left ; to anyɔn
who would listen to him. A tout bout de
champ-d tout propos.
158 I-Jusques aux dents : Angl. up to the eyes.
158 5-Epanouie : Formerly espanouir, from Old French
espanir, L. expandere.
158 8-Victuaille : (Obsolete) . Something to eat.
158 10-Bonne chère : For chére see Book vii. , Fabie
14, page 140, line 29.
158 12-Ecaille : Old French escaille, formerly escale ;
Old German scalja, German schale.
158 13- Lacs Cf. Book i ., Fable 6, page 5, line 20.
158 20- Cj. Book iv. , Fable II , page 71 , lines 4, 5.
358 NOTES -BOOK VIII.
FABLE X.
Page 158 line 24- Bellerophon : Who, when hated by the gods,
wandered about :-Κὰπ' πεδίον τὸ ᾿Αλήιον.—
Il. vi. , 201.
158 25-Il fût devenu : He would have become.
158 26-Séquestrés : L.L. sequestrare.
158 27-Il66 est bon, etc.: Cf. the Oriental proverb,
'Speech is silver, silence is gold. "
159 4-Parmi without a complement is unusual
Etym. per medium.
159 9- Se met en campagne : Lit., sets himself a-field ;
i.e. , sets out on his search.
159 10-Porté d'un même dessein : Actuated by the same
impulse.
159 13-Un tournant : A turn (in a road).
159 14-Esquiver : Inusit. The modern form is
s'esquiver.
159 15-En Gascon : i.e. , with an 66 assumption o!
courage.
159 18-Viens t'en : ( Popular) Come along !
159 22-Le manger : For the infinitive used substantively
cf. same Book, Fable 2, page 149, lines 13, 14.
159 23 -D'aller : Historic infinitive (ut passim).
159 29-Sans bruit : Quietly, without interruption.
159 32-Emoucheur : Flycatcher. Rabelais used the
form émoucheteur.
159 36-Une used absolutely is uncommon. It is
generally preceded by en, or followed by its
complement.
159 37-Il eut beau la chasser : It was of no use his
driving it away (it always came back again) .
160 I-Aussitôt fait que dit : No sooner said than done.
160 2-Vous : Redundant (ut passim) .
160 2-Un pavé : L.L. pavare.
160 4-Bon archer : Angl , fam., a good shot.
160 5-Roide : The old form of raide, L. rigidus.
FABLE XI.
160 9-Au Monomotapa : On the eastern coast of
Africa.
160 17-Seuil : L. solium. For the change of Latin o
into French eu cf. focus, feu ; bovem, bœuf;
doleo, deuil ; novum, neuf; etc.
160 19- Peu : Seldom .
160 20-De courir: To run about (the house).
160 21 -Somme, masc., from L. somnus.
160 29-En dormant : In my sleep.
161 I--Cette difficulté : This is a difficulty which it is
worth while trying to solve.
NOTES-BOOK VIII. 369
FABLE XII.
Page 161 line 10-Cochon : Dim. of old word coche, meaning a
sow. Etym. unknown.
161 12-Leur divertissement : They were certainly not
going there for their own amusement.
161 14-Charton : Contr. for charreton, obsolete, " carter,"
driver.
161 15-Tabarin : The " merry Andrew " of a certain
quack doctor, by name Monclor, who fre-
quented the fairs, etc. , etc., of Paris in the
seventeenth century .
161 16-Dom : Dominus, a title generally given to Bene-
dictines and canons. Cf. Book v. , Fable 8, page
92, line 21.
161 17-A ses trousses : At his heels. Trousse is properly
a bundle, parcel ; from Old French trosser,
torser, from L.L. tortiare, to twist up.
161 23-Coi: Quietus. As fides, foi ; bibere, boire;
sitis, soif'; minus, moins ; etc., etc
161 25-A vivre : How to behave.
161 29- Gosier : From Old French gueuse, same mean.
ing.
161 31-Tout du haut de sa tête : At the top of his voice.
162 7-La plainte : For suppression of first ni, cf. Book
ii. , Fable II, page 31 , line 21.
FABLE XIII.
La Fontaine dedicates this fable to Gabrielle-Françoise Brulart de
Sillery, the favourite niece of the Duc de la Rochefoucauld, then
twenty-six years old, afterwards married to the Marquis de
Tiberzeau, a lady well known in society for her literary accom
plishments, and as a protector of literary people.
162 12-Tout à Boccace : Entirely given up to Boccaccio,
the Italian, author of the " Decamerone. "
162 13-Une divinité : i.e. , Mdlle. de Sillery.
162 18-On en use avec : One treats.
162 20-Surtout, etc .: Especially when they are of such
sort that their quality of " fair ones "' consti-
tutes them as sovereign disposers of our free
will.
162 24-Qui s'attache : Who insists.
162 30- Le haut bout : The upper end (of the table) ;
i.e., the highest place.
162 33- Mes contes : Alluding to his " Contes, " a series
of licentious tales in the style of those of
Boccaccio.
163 4-Glose : Cf. Book i. , Fable 7, page 6, line 17.
163 7-Tircis, Amarante : Fictitious names of a shep.
herd and shepherdess, as Phyllis and Corydon.
163 10-Il n'est, etc. There is no blessing under heaven
which can compare with it.
370 NOTES- BOOK VIII.
Page 163 line 18—A quoi=auxquelles.
163 19-De qui- desquelles.
163 22-Se mire-t-on : If one admires one's own image.
163 27-L'abord : The approach.
163 30-Encor que : Compare dedication of Book i.,
page 1, line 3.
163 34-A son but croyait être : Thought he had obtained
his object.
163 37-Pensa mourir : Was very near dying.
164 I-Il est force gens : There are plenty of people.
164 3-Qui font le marché d'autrui : Who do other
people a service. Faire le marché is obso-
lete; faire les affaires is the modern expres-
sion.
FABLE XIV.
164 9-Qui sont, etc. Which (generally) only add
to one's grief.
164 II-Obsèques : Lat. obsequia.
164 18-D'autre temple : i.e. , than their lair.
164 25-Singe : Imitating (like the monkey).
164 26-Un esprit un seul esprit.
164 27-De simples ressorts : Mere machines, and
nothing else.
164 30-Jadis : Cf. Book i., Fable 6, page 5, line 18.
165 3-Avait accoutumé : Was accustomed. Accoutumer
is only used as an active verb in the compound
tenses.
165 4-Chétif: Cf. Book i., Fable 3, page 3, line 13.
165 4- Hôte : Cf. Book i., Fable 2, page 2, line 28.
165 5-Tu ne suis pas, etc.: You do not join your voice
to these lamentations.
165 15-Garde : Take care not.
165 15-Convoi : Funeral. Convoi is from L.L. conviare,
to accompany on the road (via).
165 22-Un présent : A present. Cadeau is more usual.
165 25-Quelque, etc. : Whatever be the indignation
which they feel at heart.
165 26-Goberont : They will swallow. Gober is from
an Old French word gob, mouth.
FABLE XV.
165 31 -François For François (now pronounced
Français) rhyming with bourgeois, cf.
Book vii. , Fable 18, page 146, line 23.
166 2-Donnons, etc. : Let us give a picture of our own
invention.
166 4-Des plus petits : Cf. Book ii., Fable 20, page 39,
line 21.
166 6-Parage : Descent. extraction ; from L.L. para-
ticum p.r, equal).
NOTES-BOOK VIII. 371
Page 166 line 10-Guenon : Long-tailed monkey. Etym. doubtful.
Diez suggests Old German winja, mistress,
wife, supporting his suggestion by the Italian
monna, a monkey, derived from madonna.
166 22-Le chat : Remember that a cat formed part of
the Sultana's retinue.
166 23-Lui fit voir : Soon showed him. Cf. Book vii.,
Fable 1, page 123, line 37.
FABLE XVI.
166 28-Lignée : Progeny, descent.
166 30-Sa géniture : His offspring ; for progéniture.
166 31-Les diseurs, etc.: Fortune-tellers.
167 2-Pour venir à bout : To carry out.
167 3-Sur qui sur laquelle.
167 7-Badiner : Trifle, sport. Cf. Book i. , Fable 19,
page 18, line 2.
167 16-A peine, etc. No sooner felt the effervescence
(ie., excitement) of that time of life.
167 19-Il savait, etc.: He knew what was the object
prohibited by fate.
167 22-La laine : i.e., tapestry.
167 28-Dans les fers : In confinement.
167 33-Cette chère tête : This beloved person. Cf.
Horace :-" Tam cari capitis. "
168 3-En plein champ : In the open fields.
168 9-Ainsi sut ses jours avancer : Thus saw the (end
of) his days accelerated (hastened on).
168 II-Cet art ie. , of fortune-telling.
168 II-Fait tomber, etc.: Causes us to fall into the very
evils which he who consults (the art) dreads.
168 19-Conjonctions : The technical expression for the
apparent " meeting " of the planets.
168 21-La houlette : The shepherd's crook ; from L.L.
agoletta, dim. of agolum, same meaning. Cf.
for such contraction oncle from avunculus.
168 23-Jupiter : i.e., the planet.
168 27-Des airs la campagne : An obsolete expression
for the " realms of air." The more modern
expression would be les champs de l'air.
168 29-La: i.e., l'influence, five lines above.
168 30-Les faiseurs d'horoscope : Cf. Book ii., Fable 13,
page 33, line 17.
168 34-Le point : The diminutiveness of the object secn.
169 i -Entresuivie : Interrupted .
169 7-Observe the suppression of the first ni, very com-
mon with La Fontaine.
FABLE XVII.
6999
14-Ne sais =je ne sais.
16-Par pays : (Inusit. ) Somewhere along in the
country .
372 NOTES-BOOK VIII .
Page 169 line 22-Il s'en passa pour l'heure : He did without them
for this time.
169 24-Et faute, etc. And for want of such a dish as
this a banquet is not often delayed.
169 30-Mot : Abbreviation of motus. Fam., Not a word !
Hush ! Etym. unknown.
169 30-Le roussin d'Arcadie : Cf. Book vi. , Fable 19,
page 117, line 18.
169 32-Un coup de dent : A bite, a mouthful .
169 33-Il fit, etc.: He turned a deaf ear.
170 4- Il ne saurait, etc.: He can't be long.
170 6- S'en vient : Comes at them .
170 8-Ne bouge = ne bouge pas.
170 10-Détale : Be off. Etaler is to expose on a stall
(étal) ; détaler, to clear off.
170 II--Que si : But if.
170 12-On t'a ferré de neuf : You have just been newly
shod.
FABLE XVIII.
170 18-Un bassa = un pacha, governor of a province.
170 19-En bassa : Like a pacha ; i.e. , handsomely.
170 20-Tant c'est chère denrée, etc.: Such an expensive
commodity is a protector. Denrée is contr.
from denerée, the worth of a denier (denarius).
170 25-Reconnaissance : Fees, pay.
170 29-Même on lui dit, etc. They even tell him that
if he is wise, he will play these fellows a trick,
by forestalling them, and giving them a mes-
sage for Mahomet in paradise, straight off (i.e.,
by putting them to death) ; otherwise these fel-
lows will be beforehand with him (le préviend-
ront), feeling convinced that he has got some-
where or other (à la ronde) people quite ready
to avenge him, &c.
171 5-Comme Alexandre : Who drank the draught
handed him by his physician Philip, in spite of
the warning he had received of his intention of
poisoning him.
171 II-Même : People even tell me that I ought to fear
the consequences.
171 12-Un trop homme de bien : (Inusit. ) For un
trop honnête homme.
171 13-Un donneur de breuvage : A poisoner.
171 15-T'appuyer : To give you their support.
171 19-Il était : There was (once upon a time).
171 21-Dogue : Cf. Book i. , Fable 5, page 4, line 10.
171 21-L'ordinaire : Each day's allowance.
171 22-Bien et beau : (Inusit. ) For bel etbon.
171 24-Pour plus de ménage : For greater economy.
171 25-Mâtineaux : Dim. of mâtins. Cf. Book VII
Fable 1, page 123, line 22.
NOTES-BOOK VIII. 373
Page 171 line 26-Lui dépensant moins : Costing him less.
171 29-Gueule : L. gula.
171 34-Canaille : Cf. Book i. , Fable 19, page 18, line 14
FABLE XIX.
172 7-S'émut : Arose.
172 13-Etait tenu : Was bound.
172 14-C'était : He should have said.
172 16-La raison, etc. : There does not seem to me to
be much reason for doing so.
172 21-Incessamment : Constantly. The modern mean-
ing of this word is " immediately."
172 22-A la troisième chambre : On the third floor.
172 24-Pour tout laquais : No other lackey than. Cf.
Book i., Fable 18, page 17, line 5.
172 25-Affaire Cf. Book ii., Fable II , page 31, line 14.
172 28-Epand = répand.
172 30- La jupe : Alluding to the sort of petticoat worn
by dandies of those days.
172 33-Méchans : Wretched.
FABLE XX.
173 14-Les cantons : Divisions or portions of a country.
Etym . doubtful. Diez suggests O.F. cant,
meaning a corner.
173 22-Ne tarda guère : Was not long before, etc.
173 29-Le Dieu, etc.: i.e. , Mercury.
173 33-Ce dit-on. = dit-on. Cf. Book v. , Fable 3, page
88, line 28.
174 2-Fière : Cf. Book ii. , Fable 1 , page 22 , line 2.
174 4-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, page 18,
line 21.
174 16-Embrasa : Set on fire. Etym. Old German
bras, fire. Cf. Angl . brasier.
$74 18-A côté : On one side (so as to spare the victim).
174 20-Prit pied sur : Took courage from, presumed on.
174 22 -L'assembleur de nuages : Cf. Homer, veeλnyépera
Ζεῦς.
174 27-Et qu'il laissât, etc.: And that he would de
better to leave.
174 32-Carreaux : Square-headed bolts, such as are used
in cross-bows Old form, carrel, quarréel ,
L.L. quadratellum, quadratus.
174 33- Fourvoie Cf. Book i. , Fable 5, page 4, line 11.
174 35-L'Olympe en corps : All the gods of Olyapus in
a body.
174 37-Ce n'est, etc. It only hurts the mountains.
FABLE XXI.
175 7-
Le chien de Tean de Nivelle,
Qui s'en va quand on l'appelle. (Proverb.)
374 NOTES-BOOK VIII.
In the war between Louis XI. and the Duke
of Burgundy, the Duke of Montmorency sum
moned his son, Jean de Nivelle (then in Flanders)
to come and fight for the king, and he refused
to come ; whereupon his father called him, “ C
chien de Jean de Nivelle."
Page 175 line 8-Un citoyen du Mans : An inhabitant of Le Mans
-a town famous for its poultry, in the (then)
province of Maine, now the department of
Sarthe.
175 8-Métier : Trade (ministerium).
175 11-Foyer : From L.L. , focarium, focus.
175 14-Le Normand et demi : The Norman and a-half
-i.e., more than (sharper than) a Norman. Cf.
Book iii., Fable II .
175 15—Appât : Bait. L.L. adpastum.
175 16-Pour cause : With good reason.
175 18-Manseau : Inhabitant of Le Mans.
175 23-Fort à l'aise, etc : Dished up all alone in a large
dish.
175 24-Se serait passée : Would have done without.
175 26-Racaille : Low people ; dim. of rack, hound ; as
canaille, from canis. Query, cognate with
English rascal?
176 5-Appeau : Old form appel, a bird-call.
176 9-Broche : Spit ; from L.L. brocca, a point.
Plautus uses the word broccus in the same
sense.
FABLE XXII.
176 14-Grippe-fromage : Cheese-nibbler. Coinage of La
Fontaine.
176 15-Ronge-maille : An allusion to Book ii. , Fable
II, page 31 , line 19.
176 16-Belette : Cf. Book ii., Fable 5, rage 25, line 10.
176 18-Pourri : Etym. L. putridus.
176 19-Tant y furent : They lived there so long ; or,
there were so many of them there.
176 24-De crier, d'accourir : Historic infinit. Cf. Book
ii., Fable 14, page 34, lines 18, 19.
176 29-En mon endroit : Towards me ; in my behalf.
176 33-Choyé : Loved fondly ; from Provençal chouer,
chuer, to speak softly, kindly. Cf. Angl. sue.
177 I-En use : Is accustomed to do.
177 2 -Réseau ; Old form résel ; L.L. reticellum, dim.
of rete.
177 II-Ils t'en veulent : They have a spite against you.
177 16-L'emporte : Prevails, carries the day.
177 20-L'homme, etc. : (Their common enemy) Mar
appears.
377 23-Alerte : On the watch ; from It. all'erta, on an
elevated spot, erta, erto (L. erectus).
NOTES- BOOK VIII.
375
Page 177 line 24, 25-Ton soin me fait injure : The care you take
to keep out of my reach is an insult to me.
177 28-Après Dieu : Cf. Book i., Fable 19, page 18,
line 4.
177 32-S'assure-t-on ? Can one rely?
FABLE XXIII.
178 6-Un seul : i.e., voyageur.
178 9-Notre homme, etc. : Our friend was more
frightened than hurt.
178 16-Escarpés : Precipitous. From Ital. scarpa, a
bank cut sheer down.
178 17,18- Le met à couvert, etc. : Saves him from the
robbers, but not from death.
178 18-L'onde noire : The dark wave = Styx.
178 20-A nager malheureux : Bad swimmers ; or unable
to escape by swimming.
178 21-Au séjour ténébreux : In the dark regions
(of Hades).
178 23-Les gens, etc.: Cf. the proverb-Il n'y apireeau
que l'eau qui dort. Angl.-" Still waters run
deep. "
FABLE XXIV.
178 28-Echus : From échoir, to fall to the lot of; choir
(cadere).
178 28-Jadis - Fam dies.
178 31-Nourriture : Education, bringing up.
178 33-Altérant : Changing it for the worse. Lat. alter.
Cf. German ändern.
178 34- Laridon : From larron (latro), a thief.
179 i- Mainte : Cf. Book i. , Fable 5 , page 5, line 1.
179 2-Mis maint cerf aux abois : Brought many a stag
to bay ; aboi is from aboyer, to bark (or bay) , as
the hounds bay round the stag ; aboyer is from
L.L. ad-baubari (same meaning) .
179 2--Sanglier : This word is of two syllables.
179 3-La gent chienne : Cf. la gent marécageuse,
Book iii. , Fable 4, page 47, line 2, and la gent
marcassine and la gent aiglonne, Book iii.,
Fable 6, page 49, line 32.
179 8-Engeance : Cf. Book i., Fable 19, page 18,
line 21.
179 10-Gens fuyant les hasards : Gentlemen who avoid
running any risks (taking care of their skins) .
179 12-Aïeux : The old form of aïeul, viz. , aiol and
aviol, show it to be derived from aviolus, the
diminutive of avius and avus.
376 NOTES - BOOK VIII .
FABLE XXV:
Page 179 line 19- Dès que : Cf. Book iv., Fable 4, page 64, "
line 16.
179 20-Il ne s'en manque guères : There is never any
lack of them.
179 21-Contraires : Of opposite natures.
179 24-En un sujet : In one and the same subject.
179 25-Se tenir par la main : Hold together.
179 30- Témoin : For instance. Used adverbially, and
therefore not agreeing with ces deux mûtins.
180 3-Voilà toujours curée : Anyhow it will be a meal
for us. Curée, Angl. quarry, from cor, because
the heart and entrails of the dead game were
given to the dogs.
180 6-Altérée : Parched with thirst. For se désaltérer, to
slake one's thirst, cf. Book i ., Fable 10, page 9,
line 23.
180 10-Voilà mes chiens à boire : There you have the
dogs hard at work drinking.
180 14- L'impossibilité disparaît : As Napoleon had the
word " impossible" erased from the dictionary.
180 16-S'outrant : Overstepping all bounds. Angl.
outraging decency.
180 17-Si j'arrondissais, etc.: Cf. Horace, Sat. ii. , 6,
line 8 :-
O si angulus ille
Proximus accedat, qui nunc denormat agellum !
180 20-C'est la mer à boire : Is a great difficulty. The
expression ce n'est pas la mer à boire, for any-
thing that does not present a great difficulty, is
common.
180 25-Quatre Mathusalem bout à bout : Four Methu-
salehs, with their ages tacked on to one another
(Ang., fam., one a-top of the other).
180 26-Mettre à fin : To complete.
FABLE XXVI.
180 29-Il, ie., le vulgaire : The common people. Cf.
Horace :-" Odi profanum vulgus.'""
180 30- Mettant, etc. Drawing false comparisons
between the object and itself.
180 32-Le maître d'Epicure : Democritus, born B.C.
460.
181 3-Abdère : In Thrace, the birthplace of Demo-
critus.
181 10-Aucun nombre, etc. The quantity of the
worlds, says he, is limited by no number.
181 17-Un temps fut, etc.: There was a time when he
could settle disputes (philosophical).
181 22-Rencontres : Strange coincidences.
181 31--Attaché : Absorbed (in study).
NOTES- BOOK VIII. 377
Page 181 line 33-Ménager : Adject. " economical."
181 34- Mis à part : Set aside, dismissed as unworthy of
their attention.
181 37-Etale : Properly, to lay out for sale on an étal
(stall) .
182 2-Récusable : That may be refuted.
182 5-Vox populi vox Dei.
FABLE XXVII .
182 8-Comme un point : As an insignificant item.
182 10- Quel temps : How long.
182 14- Je te rebats : I repeat to you. Rebattre les oreilles
à quelqu'un is the more usual expression ; but
Molière and Mme. de Sévigné use it indepen-
dently.
182 15-Dès demain : Cf. Book iv. , Fable 4, page 64,
line 16.
182 17—Jouis dès aujourd'hui : Cf. Horace -" Carpe
diem."
182 19-Un daim: Cf. Book ii., Fable 19, page 38, line
28.
182 20-Faon de biche : A red-deer fawn. Faon (L.L.
fatonus, from fœtus) is now only applied to the
young of deer, but formerly to other ani-
mals ; so that it is necessary to specify.
182 21-Compagnon du défunt : Added as a companion
to the first slain.
182 21 -Gisent : From obsolete gésir (jacere). Cf.
Book ii. , Fable 8, page 27, line 14.
182 22-Honnête : Pretty good.
182 25-Friand de tels morceaux : Who had a liking for
" such game.
182 26-Autre habitant du Styx : Then you have another
slaughtered.
182 27-Avec peine y mordaient : Had some difficulty in
cutting his thread of life ; i.e., he dies hard.
182 28-Reprit, etc.: Took up again several times the
hour (that should be) fatal to the monster.
182 32-Dans le temps, etc. : Whilst the boar is recovering
himself.
182 34-Surcrôit chétif : A wretched addition to the
other heads (of game).
183 3-Découd : Rips him up. Lit., unsews him.
183 3-Meurt vengé sur son corps : And thus having
achieved his revenge, dies on the body of his
slayer.
183 9-Que de biens : How many good things (at
once) !
183 10-Les ménager : Economise, husband them.
183 12-Pour autant : Yes, just so much !
183 15-Cependant : In the meanwhile.
26
378 NOTES- BOOK IX.
Page 183 line 17-Boyau : Old form boyel and boel, Ital. budello,
L.L. botellus, used by Martial for the inside of
an animal, sausage (Angl. bowel) .
183 19-Qui se détend : Which goes off.
183 19-Sagette : Old French for " arrow, " L. sagitta.
183 22-Témoin : For instance, used adverbially, and so
not agreeing with gloutons. Cf. Fable 25, same
Book, page 179, line 30.
BOOK IX.
FABLE I.
184 2-Filles de mémoire : The Muses.
184 8-A qui mieux mieux : Vieing with each other to
see who will do it best.
184 9-Font : Play.
184 12-Vont l'emportant : Carry the day—prevail in the
long run.
184 17-Mainte : Cf. Book i., Fable 5, page 5, line 1 ,
184 17-Pécore : Cf. Book i. , Fable 3, page 3, line 13.
184 18-Force : Many.
184 23-Du bas étage : Of low rank.
184 24-Aucunement : To some extent ; possibly.
184 26-Tant que nous sommes : Cf. Book i. , Fable 7,
page 6, line 28.
184 30-Qui mentirait : Whosoever should lie.
184 33-Maint songe : Can I a Fontaine have meant to
make a pun on the words when he made them
rhyme with mensonge ? (Next page. )
185 4-Digne de vivre sans fin, etc. : "Monumentum
ære perennius. "
185 9-Payé par son propre mot : Who was paid in his
own coin.
185 10-Est d'un méchant, etc.: Is the act of a fool and
a knave.
185 14-Un cent : A hundred-weight.
185 18-Gronder : Etym. L.L. grundire, same meaning.
185 19-Admire : Is surprised at.
185 21 - Détourne : Kidnaps.
185 29-Sur la brune : In the gloaming (when things are
beginning to look brown and misty) .
185 30-Un chat-huant : Cf. Book v., Fable 18, page 98,
line 12.
185 34-En un besoin : If necessary.
185 36-Je l'ai vu, etc. : Cf. Molière, " Tartuffe, " act v.,
sc. 3, 66'Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres
yeux vu. ""
186 3-Le quintal : 100lb. weight. From Arab.
quintar.
NOTES- BOOK IX. 379
Page 186 line 7-Sa géniture : His son. Cf. Book viii. , Fable 16,
page 166, line 30.
186 12-L'Afrique : The country of marvellous stories
(par excellence). Cf. Horace :
Quale portentum
Nec Juba tellus generat, leonum
Arida nutrix.- Od., i., 22.
186 12-A foison : In abundance. L. fusionem. Cf.
Ang. profusion.
186 13-Hyperbole : Exaggeration.
186 16-Tout doux : Gently ! Wait a bit !
186 19-L'absurde : Absurdity.
186 21-Enchérir est plus court : It is more expeditious
to improve upon the story.
FABLE II.
This Fable is considered by many persons as La Fontaine's
masterpiece.
186 24-Au logis : At home.
186 30-Au moins, etc. At all events allow the labours,
dangers, and cares of the journey to shake
your determination a little. Courage is taken
""
in the sense of " intention ,' " what you have
at heart " (cor).
186 33-Encor si, etc. : If the season, too, were only a
little more advanced.
186 34-Qui vous presse ? What makes you in such a
hurry ?
186 34-Un corbeau, etc. :
Sinistra cavâ prædix it ab ilice cornix.- Virg.
187 2-Je ne songerai plus, etc. : I shall be thinking of
nothing but unlucky accidents.
187 3- Réseaux : Réseau ; Old French résel ; L. reticel
lum, dim. of rete.
187 5- Gîte Cf. Book ii. , Fable 8, page 27, line 14.
187 -L'humeur inquiète : His restless humour.
187 10-Au plus : At the utmost.
187 13-Quiconque : Cf. the counterpart of this idea,
Book i. , Fable 8, page 7, line 3-
Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
187 15-D'un plaisir : The de is redundant.
187 16-Telle chose : Such and such a thing.
187 21 -Tel encor : And such a (poor) tree, too.
187 23-Morfondu : Frozen with cold. Properly a term
of veterinary art ; morve, glanders, and fondre.
187 26-Un pigeon : i.e. , a decoy-bird.
187 27-Lacs : Laqueus.
187 31-Quelque plume : One or two feathers.
380 NOTES-BOOK IX.
Page 187 line 36-Le lier : To pounce upon him ; a hawking term.
The act of a hawk seizing its prey.
188 4-Pour ce coup : This time at least.
188 6-Fripon : Rascal. The original meaning of
fripon was greedy, from friper, to gobble
(Picard).
188 7-Fronde : L. funda. For the introduction of r
into derivatives from Latin words without r, cf.
pernicem, perdrix ; L.L. golphum, goufre ;
rusticus, rustre.
188 7-Plus d'à moitié : Inusit. for plus qu'à moitié.
188 13-Que bien, que mal : The more modern form
would be tant bien que mal, " as well as she
could. "
188 15 —Voilà nos gens rejoints : See our two pigeons re-
united.
188 16-Ils payèrent leures peines : They compensated
for their sorrows.
188 21 -Tenez-vous lieu de tout : Be all in all one to
another.
188 23-Louvre : See Book vii. , Fable 7, page 131,
line 2.
188 28-Fils de Cythère : i.e. , Cupid.
188 31-Faut-il, etc.: Must it be that so many sweet and
charming objects (of love) should leave me to
live (alone) with my restless [Link] ?
FABLE III.
189 3-Foire Cf. Book iii., Fable 1 , page 42, line 31.
189 8- Manchon : Muff ; from manche, L. manica.
189 8-Bigarrée : Variegated. The etym. of this word
is doubtful. Ménage derives it from bis-variare.
The Latin v sometimes becomes g, as in gaîne,
vagina.
189 10-Vergetée : Striped ; verge, virga.
189 10-Mouchetée : Spotted.
189 II-Partant : Consequently. Cf. Book i. , Fable 17,
page 16, line 8.
189 13-De sa part : On his side.
189 14-Tours de passe-passe : Conjuring tricks.
189 16-Sur soi : On his body, externally. To contrast
withdans l'esprit in the following line.
189 19-En son vivant : That is, in Bertrand's lifetime.
189 21- Arrive en trois bâteaux : Imitated from Rabelais'
account of the arrival of Gargantua's mare,
" En trois quaraques et un brigantin."
189 22-Baller: To dance, from It. ballare.
189 24-Cerceau : Old form cercel, from L.L. circellus.
189 24-Six blancs : The blanc was a small piece of
money worth eight deniers. (The sou was
worth twelve deniers.)
NOTES- BOOK IX. 381
Page 189 line 31 -Que de grands seigneurs : How many fine gentle.
men !
189 32 - Pour tous talens : Cf. Book i . , Fable 18, page 17,
line 5.
FABLE IV.
189 35 -Et l'aller parcourant : And without going wan-
dering over it (the universe).
190 I-Citrouilles : Dim. of Old French citre, a pump-
kin, from L. L. citrum, a citron, because of that
colour.
190 I- Treuve Cf. page 40, line 17.
190 3- Menue : Cf. Book i. , Fable 18, page 17, line 20.
190 10-Garo : A name for a country bumpkin- lout .
190 II-Au conseil, etc. Into the counsels of Him
about whom your pastor preaches. Alphonso
of Portugal had expressed a wish that the
Almighty had consulted him before the crea-
tion.
190 12-En : For it.
190 17--Un quiproquo : A mistake.
190 19-On ne dort point, etc. : Cf. the proverb, " On
ne vit pas longtems quand on a trop d'esprit."
190 20 -Somme Cf. Book viii. , Fable 2, page 150,
line 12.
190 24-Meurtri : From meurtre, L.L. mordrum, a word
of Old German origin, maurthr. Cf. Angl.
murther.
190 27-Et que : And if.
FABLE V.
190 33- Qui sentait son collége : Who smacked of the
college.
190 34- Fripon : Cf. same Book, Fable 2, page 188,
line 6.
191 2-Ce dit-on : The ce is redundant. Cf. Book v. ,
Fable 3, page 88, line 28.
191 5-La fleur : The best, the pick.
191 II- Boutons : buds.
191 13- Fit tant : Did so much (damage). Cf. Book ii. ,
Fable II, page 31 , line 18.
191 16-Cortége : From Italian corteggio, same meaning.
191 17-Verger : From L.L. viridarium .
191 18-De sa grâce : Gratuitously, officiously.
191 26-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, page 18,
line 21.
191 30 -Et ne sais, etc. And I know no more mis-
Ichievous animal.
382 NOTES - BOOK IX.
FABLE VI.
Page 192 line 1—Emplette : L.L. implicita, a purchase made by
commission.
192 3-Cuvette : L. cupa. For this idea cf. Horace :—
Olim truncus eram ficulnus, inutile lignum,
Quum faber, incertus scamnum faceretne Priapum,
Maluit esse Deum.
192 10-He could do everything but speak.
192 13-Achevé : Old form à-chef-er, to bring to a head.
192 17-N'en dut guère : Owed nothing ; i.e., was not
in any way second to = equalled.
192 20-Il était enfant, etc.: He was like a child, so far.
192 23 -Poupée : L.L. pupata, from pupa.
192 31-La Vénus : i.e., Galathea.
FABLE VII.
193 6-Chat-huant : Cf. Book v. , Fable 18, p. 98,
line 12.
193 10-Froissée : Rumpled. L.L. frictiare.
193 14-Au sortir : Cf. Book ii., Fable 2, page 31 , line 15.
193 15-Ciron : Cf. Book i. , Fable 7, page 6, line 24.
193 20-Dans un corps, etc. In some body which she
might have formerly inhabited.
193 23-Le fils de Priam : i.e. , Paris.
193 24-La grecque beauté : Helen. This inversion is
very unusual.
193 35-De le prendre : i.e., for your son-in-law.
194 2-Es-tu né pour ma fille ? Have you a mind for
my daughter ?
194 4-Je n'entreprendrai point : I will not infringe
upon.
194 6-Puisque vent y a : Since there is a wind (blow-
ing).
194 8-Il (the wind).
194 9-L'éteuf, etc , etc.: The ball passing to him (i.e.,
the mountain) , he returns it. A metaphor from
a game of out-door tennis, in which a ball,
éteuf, was driven from one player to another.
Eteuf is from L.L. stoffus, Angl. stuff, the
stuffing of the ball .
194 10 J'aurais une querelle, etc. : I should fall out with
the rat, and it would be madness to offend
him who can tear me open. An allusion to
Book v. , Fable 10, La montagne qui
accouche. "
194 15- C'est de ces coups, etc. : Just one of Cupid's
freaks.
194 16- Témoin, being taken adverbially, does not
agree with telle (fem. ) ; indeed témoin has no
fem. form.
NOTES- BOOK IX. 383
Page 194 line 19-A la voir de près : On looking closely into it.
194 32-La : i.e., la métempsycose.
194 33-Je prends droit : I join issue.
194 37-Trempe : Construction, material, temper (as of
steel). L. temperare.
195 5-Son hôtesse : Its inhabitant, i.e. , the soul.
195 6-Un rat eut sa tendresse : She bestowed her
affection on a rat.
195 7-Tout débattu : All things being considered.
FABLE VIII.
195 15-A portée : Within arm's length.
195 17-Il n'est, etc. I can give you no better advice
than that, to beware of an empty-headed fellow.
195 20-Le prince Louis XIII. had a court fool, one
L'Angely (mentioned by Boileau), whom the
Prince de Condé had given him.
195 20-Ils donnent toujours quelque trait : They are
always having a fling. Donner un trait is
inusit.
195 22-Carrefours : In Old French quarrefours, from
L.L. quadrifurcum .
195 24-De courir : Historic infin. (passim).
195 25-On essuyait force grimaces : One had to put up
with many grimaces.
195 32-De chercher : If you had tried to find any sense
in the thing you would have got yourself
laughed at (hissed) for a fool.
196 3-Cerveau blessé : A cracked pate.
196 5-Dupes : Dupe is properly feminine.
196 9-Entre eux, etc.: Will generally put the length
of the thread between themselves and the
jesters.
196 10-Je les tiens sûrs : I hold them as safe recipients
-i.e., sure to receive.
FABLE IX.
196 17-A l'égard de la dent : When it came to be a
question of who should eat it.
196 22-Gobeur : Swallower ; from Old Gaelic word gob,
a mouth ; whence the modern expression tout
de go (gob), quickly, without hesitation.
196 29-Perrin Dandin : A name first invented by Rabelais,
afterwards adopted by Racine (" Les Plai-
deurs ") and La Fontaine to signify a judge.
196 30 - La gruge : Swallows it. Etym. uncertain ;
probably from Low German grusen, to crush.
196 32-D'un ton de président : In a sententious manner.
196 34-Sans dépens : Free of costs.
197 I-The en is redundant.
197 4-Le sac et les quilles : The skittles and the bag in
which they are kept.
384 NOTES- BOOK IX.
FABLE X.
Page 197 line 6- For this introduction (as well as for the words)
compare Book v., Fable 8, page 88, lines 10,
and 26-27.
197 10-Grosse aventure : Some considerable piece of
luck.
197 11-Toute pure : Observe the fem. term. of the
adverb tout before the consonant.
197 15- Lors : For alors, inusit.
197 19-Jà : From Lat. jam. It adds emphasis. Heaven
forbid that your lordship should take me.
197 21-Marie : Marier said of the father who gives his
daughter in marriage. The man is said
66 épouser" the woman, and the woman
66 épouser" the man.
197 23-Etant de noce : Being in a house where nuptials
are being celebrated.
197 26-Son chien : He reckoned him already as his
own. Cf. Book v., Fable 20, page 100,
line 15.
197 33-Expédiant les loups en forme : Accustomed to
exterminate wolves in good form.
197 34-S'en douta : Suspected it.
198 i -Et de courir : Hist. infinit. (ut passim).
FABLE XI.
198 5-Je ne vois point : No creature that I know of
behaves himself with due moderation.
198 7-Tempérament : Moderation.
198 10-Soit...soit : Either...or.
198 11- Blé : Old form bled ; from L.L. bladum,
abladum, from Lat. ablatum, that which is
reaped.
198 12-Trop touffu : Too close.
198 12-Guérets : From L.L. veractum ; L. vervactum,
fallow land .
198 16-Tant le luxe sait plaire ! Such delight does one
take in profusion !
198 18-L'excès : Cf. Virg. , " Luxuries segetum . "
198 21- Tant que : So much so that.
198 22-Croquer : Onomatop.
198 28-Dedans -Dans. À l'excès is more usual.
198 31-Rien de trop : Cf. Terence, " Ne quid nimis. "
FABLE XII.
199 5-Viz. , honey.
199 8-En français : In plain language.
199 9-Ruches : Old form rusche, Provençal ruska, a
word of Celtic origin, rusken (same meaning).
100 10-Mainte : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1 .
NOTES- BOOK IX. 385
Page 199 line 10-Bougie : So called from the name of the town
where they were first fabricated .
199 II-Cierge : L. cereus, cera.
199 14-Empedocle : An allusion to the fate of Empe-
docles, who threw himself into the crater of
Mount Etna.
199 19-Sur le vôtre : On the model of your own.
FABLE XIII.
199 24-Il : i.e., le péril.
199 28-Créancier : From créance, L.L. credentia.
199 29-Huissier : Bailiff, tipstaff ; properly, doorkeeper ;
from huis, L. ostium. For Latin o into French
ui, cf. coquere, cuire ; ostrea, huître ; nocere,
nuire ; noctem, nuit, etc.
200 I-Vainqueur des Titans : i.e., Jupiter.
200 6-Jupin : A familiar name for Jupiter. Cf. Book i.,
Fable 7, page 6, line 26.
200 8-La fumée: The smoke (of sacrifices) is your due.
200 10-L'attrapa bien : Took him in famously.
200 12-L'homme au vou : The man who had made the
Vow.
200 15-Pour toute ressource : Cf. Book i . , Fable 18,
page 17, line 5 : pour toute besogne.
200 18-Dedans : For dans (ut passim).
FABLE XIV.
200 26-Tartufs : Hypocrites ; from Tartufe (Molière).
200 26-Archipatelins : Arch-deceivers. The etym. of
patelin is doubtful, perhaps from paterin, name
for a heretic in the eleventh century.
200 27-Deux francs patte-pelus : Two regular soft-
spoken fellows. Patte-pelu means with paws
covered with soft hair.
200 27-Des frais, etc.: This genitive depends upon
s'indemnisaient, two lines further on.
200 29—A qui mieux mieux : Cf. Book i. , Fable 14,
page 14, line 20.
200 30-Partant : Cf. Book i. , Fable 17, Page 16, line 8.
200 34-S'égosillèrent : Talked till they were hoarse.
From gosier, the throat. Etym. doubtful ;
perhaps Old French gueuse.
201 3-En sais-tu tant que moi : Do you know as much,
as I do ?
201 4-Bissac : Same as sac and the besace of Book i.,
Fable 7, Page 6 ; quod vide.
201 6-De recommencer : Historic infinit.
201 6-A l'envi : Vieing with each other.
201 7-Sur le que si, etc. Both being thus on the " I
tell you, yes ! I tell you, no ! " i.e., engaged in
dispute.
386 NOTES - BOOK IX.
Page 201 line 8- Meute : Cf. Book v., Fable 17, page 97, line 26.
201 8-Noise : Quarrel, dispute. Noise originally meant
disgust, from L. nausea.
201 10-Matoise : Cunning. From La Mate, in Paris,
where the thieves assembled.
201 15-Tous les confrèries de Brifaut : All Brifaut's
brotherhood-i.e. , the hounds. For Brifaut see
Book v., Fable 17, page 97, line 29.
201 18-La fumée y pourvut : Smoke helped to render
all his dodges of no avail ; they smoked him
out.
201 21 -Le trop : Cf. Anglicé-Too many cooks spoil
the broth.
FABLE XV.
201 27-Bien qu'il fût jouissant : Although he was in
reality very happy.
201 29-Propos : Speech.
201 31-Déifiant le pauvre sire : Making the poor man
beside himself with joy. Literally, making a
god of him.
201 32-N'avaient fait, etc.: Had ever given him reason
to suspect that he was really beloved.
201 34-Il ne tint point, etc. It was no fault of marriage
that, satisfied with his lot, he did not thank the
gods for it.
202 6-De la sorte bâtie : So constituted.
202 15--A ta bienséance : To your liking.
202 18-Celui-ci fit sa main : This one played his game
well, i.e., took everything he could lay hands
on. Cf. Book viii. , Fable 7 , page 156, line 10.
202 28-Il est bien, etc. It is very characteristic of a
Spanish heart.
FABLE XVI.
202 32-Logeant le diable en sa bourse : Thus explained
in an epigram by Melin de S. Gellais- C'est
le diable qu'ouvrir sa bourse et ne rien voir
dedans."
203 2-Sans lui : Without any assistance from him.
203 3- Duit From duire, an obsolete verb, meaning to
suit or please. Lat. ducere, as conduire and
séduire, from conducere and seducere.
203 4-Peu curieux : Not over anxious. Curieux pro-
perly means careful, from L. cura. Cf.
Molière, " Avare, " Act ii. , scene 6, when
Frosine says of Mariane-" Elle n'est curieuse
que d'une propreté fort simple."
203 4--Trépas : Cf. Book i. , Fable 16, page 15, line 29.
203 8- Licou : Cf. Book iv. , Fable 10, page 70, line 20.
NOTES- BOOK IX . 387
Page 203 line 10-Tombe avec un trésor : Falls, and, in falling,
discovers a treasure.
203 13-Sire : Cf. Book i., Fable 18, page 17, line 24.
203 15-L'homme au trésor : The proper owner of the
treasure.
203 18- Si ferai : Obsolete ; I will do it indeed. The
proper form would be si ferai-je. Si is for
ainsi, Lat. sic.
203 21-Bien et beau : Obsolete ; the modern expression
is bel et bien.
203 23-Qu'un autre, etc.: That another man had paid
for the rope.
203 29-Troc : Exchange. From Span. trocar, to barter.
203 30 -Ce sont là, etc. These are the freaks she
indulges in.
203 36-S'y devait, etc. : Must have expected it the least.
FABLE XVII.
204 3- Logis : Cf. Book i., Fable 18, page 17, line 14.
204 4-Un très-bon plat : A pretty pair. Lit. , a good
dish.
204 5--Ils n'y craignaient, etc.: Neither of them feared
any rival (y) in their power of doing mischief.
204 6-Trouvait-on : If one found.
204 13-Nos galans : Our friends (passim).
204 16-Un coup de maître : A master-stroke.
204 19-Verraient beau jeu : Would have a fine time ofit.
204 23-Puis les reporte, etc. Then put them back
again into the fire.
204 24-Et puis trois en escroque : And then filches
three ofthem. It. scrocco, a thief.
204 25-Cependant : In the meanwhile.
204 26-Adieu mes gens : Away scamper our friends.
204 30 -S'échauder : To scald themselves, i.e. , burn their
fingers.
FABLE XVIII.
204 33-Milan : A kite. L. milvus, miluanus.
205 3-Rossignol : Etym. lusciniolus, dim. of luscinia.
205 5-Aussi bien, etc. And in fact what is there to
eat in a bird which has nothing but its note (to
recommend it).
205 7- Son envie : His desire.
205 8- Mets : Cf. Book vii., Fable 4, page 127, line 3.
205 14-Nous voici bien : A pretty time this for such a
song.
205 14-Ajeun : Cf. Book i., Fable 18, page 17, line 25.
205 19-Ventre affamé, etc : This line has become pro-
verbial.
388 NOTES - BOOK X.
FABLE XIX .
Page 205 line 21--Quoi ! toujours, etc.: These first eleven lines forn,
Guillot's funeral harangue over Robin, the lost
sheep.
20% 23- Gobera : Will swallow. Gober from old word
gob, meaning a mouth, whence the expression
tout de go, all at once, at one mouthful.
205 24-J'aurai beau : It will be of no use.
205 25-Robin : Robin Mouton is a name given to a sheep
by Rabelais.
205 32-Guillot : The shepherd. Cf. Book iii., Fable 3,
page 46, line 5.
206 4-Foi de peuple, etc. : On their words as an
honourable people.
206 5-Un terme : A boundary-stone, terminus.
206 9-Leur fit fête : Thanked them.
206 10-Devant que = avant que.
206 15-De faire rage : To do wonders ; go through fire
and water.
BOOK X.
FABLE I.
This fable, or, rather, philosophical treatise, is addressed to
Madame de la Sablière, a lady who took La Fontaine under her
protection after the death of Marguerite de Lorraine in 1672, and sup-
ported him entirely for twenty years from that time. She was one
of the most remarkable ladies of the age of Louis XIV. , knowing
most of the chief beauties of Horace and Virgil by heart, and well
acquainted with mathematics, physical science, and astronomy. She
has been satirised by Boileau as a confirmed blue-stocking. She
was the daughter-in-law of M. Rambouillet.
206 21- Iris : The name by which La Fontaine addresses
Madame de la Sablière.
206 21-Je vous louerais : The word is to be pronounced
as a dissyllable.
206 26-Je souffre cette humeur : I can put up with this
weakness of theirs.
207 I-D'autre propos, etc. Other subjects (of conver-
sation) make up for (the want of) this matter
(i.e., praise).
207 4-Jusque-là, etc. So much so that even trifles
have a share in (are not excluded from) your
conversation.
207 8-Le rien : Mere nonentities.
207 15-Certaine philosophie : i.e , that of Descartes cor.
cerning the souls of animals, which was jus
then beginning to make a stir.
NOTES-BOOK X. 389
Fage 207 line 16- Engageante : Seductive, engrossing.
207 28-Au dire : Cf. Book vii. , Fable 1 , page 123,
line 23.
207 28-La bête est toute telle : Animals are just like
watches (similarly organised).
207 32-Le sens, etc. The feelings receive the impres
sion immediately from one to the other.
208 4-Voici de la façon, etc.: The order of the words
is involved ; they should run voici la façon dont
Descartes, etc. Descartes (René) was born in
the Touraine in 1596, and died in 1650. His
metaphysical views are embodied in this fable.
With regard to Physics he held that the
machinery by which celestial bodies moved in
space was an ethereal fluid continually revolving
round a centre, like water in a vortex.
208 7, 8- Comme entre l'huître, etc. : As certain indi-
viduals (who shall be nameless), regular
beasts of burden, hold a middle place between
the oyster and the man.
208 10 - Sur tous les animaux = audessus de tous, etc.;
more than all animals.
208 II -J'ai le don de penser : Alluding to Descartes'
dictum, " Cogito, ergo sum."
208 12-De certaine science : For a certainty ; as a
matter of certain knowledge.
208 13-Quand la bête penserait : Even suppose brute
beasts were capable of thinking.
208 23-Brouiller la voie : To mix its traces up with
those of other animals, so as to throw the
hounds off the scent.
208 25-En suppose un plus jeune : Put another and a
younger stag in his place.
208 28-Les malices, les tours : The dodges and
tricks.
208 36- Le trépas : Cf. Book i. , Fable 16, page 15,
line 29.
208 37- Elle fait la blessée : She pretends to be
wounded.
209 3-La pille : Has got her between his paws.
209 14-En son entier : In its entirety.
209 18-Maint maître d'oeuvre : Many a foreman is
there, and superintends the work with a stick
(to beat the idle).
209 25-Et nos pareils, etc. And our fellow-creatures
contemplate their work in vain.
209 35--C'est le roi Polonais : i.e., John Sobieski, who
defeated the Turks at Kotzem in 1673, and
afterwards saved Vienna in 1683.
210 3-En renouvelle la matière : Is ever renewing
their reasons for going to battle.
210 8-Vedettes : Outposts ; from Ital . vedetta.
390 NOTES-BOOK X.
Page 210 line 9-Partis : Small bodies of troops were formerly
called partis ; un parti bleu meant a body of
armed men acting on their own responsibility
without authority.
210 16-Et qu'il rendît aussi : And if he (Acheron) would
give us back also the rival of Epicurus (i.e.,
Descartes. )
210 18-Aux bêtes : With brute beasts.
210 22-Que j'ai mis en jour : What I have set forth.
211 2-Outil : Old form oustil or ustil, from L.L.
usitellum, the instrument used by workmen.
211 7-Le moyen, je l'ignore : By what means, I cannot
tell.
211 24-Un quidam : A certain gentleman.
211 32-Comme ils pouvaient, etc. As they still had
time to get home to their hole.
211 33-L'écornifleur : A thief, pilferer ; from écorner, to
clip off a corner of anything ; properly, to
break off a horn, corne.
211 35-Heurts : Collisions, bumps.
212 4-Ceux-ci pensent-ils pas : Observe here, as in
lines 15 and 16 of this page, the suppression of
ne, common in La Fontaine.
212 5- Quelqu'un peut donc : It is possible then for a
person to think without having any knowledge
of his organisation .
212 24-Tous tant que nous sommes : Cf. Book i.,
Fable 7, page 6, line 28.
FABLE II.
213 5-Couleuvre : From L. colubra, by the common
change of b into v (habeo, avoir, etc.) .
213 16 -Symbole des ingrats : Emblem of ingratitude,
i.e., the serpent.
213 19-Du mieux qu'il pût : To the best of his ability.
213 21-A qui : The dative after pardonner is unusual.
213 22-Toi-même, etc. : You convict yourself.
213 27-Mais trouve bon : But allow me, please, etc.
213 34-Rapportons-nous-en : Let us refer the matter to
someone else.
213 34-Soit fait : With all my heart.
214 4-Celui-ci : i.e., man, the human race.
214 9-Altérée : Undermined . Altérer always means to
change, alter, for the worse.
214 14-Eût-il su, etc. Would he ever have thought of
carrying ingratitude to such a pitch ?
214 18-Radoteuse : Dotard. The old form of radoter
was redoter, from doten, a word of German
origin. Cf. Angl. dote, Scot. dottled.
214 19-Croyons ce boeuf.-Croyons : " Let us hear what
this ox has got to say." " With all my beart. "
NOTES- BOOK X. 391
Fage 214 line 22- Labeur : This and honneur are the only two
French abstract words derived from Latin
masculines in or which remain masculine in
French.
214 25-Qui, revenant sur soi : Which, ever turning back
on itself (i.e., ever recurring), brought back to
our fields that which Ceres bestows freely on
man, but sells (dear) to animals.
214 28-Tous tant que nous sommes : Cf. preceding
Fable, page 212, line 24 (et passim).
214 29-Peu de gré : Little thanks.
214 36-Je le récuse : I object to him (as a witness).
Legal.
215 4-Loyer : Hire, recompense ; L. locarium. Cf.
line 7, foyer from focus.
215 5 —Libéral : In a free, open-handed manner.
215 8-Que ne l'émondait-on : Why did they not prune
him without cutting and slashing ? Emonder
from L. emundare.
215 8-Cognée : Cf. Book v., Fable 1 , page 86, line 4.
215 9-De son tempérament : Such was his constitu-
tion.
215 10-L'homme, etc.: Cf.-
A man convinced against bis will
Is of the same opinion still.
215 13-Du sac et du serpent, etc. He immediately
dashed the bag with the serpent in it against
the wall.
215 15-On en use ainsi, etc. : That is the way that justice
is dealt out by the great.
FABLE III.
215 23-Une tortue : There was once upon a time a light-
headed, silly tortoise. Tortue from L.L. tortuca
(tortus), the twisted beast.
215 25-Volontiers : One readily thinks much of foreign
countries.
215 26-Le logis : Their homes.
215 32-Mainte : Cf. Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
215 35- Ulysse, etc. : La Fontaine in introducing Ulysses
only imitates Horace in his introduction to the
Ars Poetica, " Dic mihi, Musa, virum, " etc.
etc.
216 3-Marché fait : A bargain is struck.
216 4-La pélerine : The traveller ; L. peregrinus.
216 6- Gardez Mind you do not.
216 II-Oison generally means " gosling," dimin. of
oie; but as La Fontaine mixes up rats and
mice indiscriminately, why not geese and
ducks ?
392 NOTES - BOOK X.
Page 216 line 16-De passer son chemin : To go on her way. Cf.
Book iii., Fable 1 , page 43, line 22.
216 20-Babil : Chatter (onomatop.) . Cf. Angl. babble.
216 23-Tous d'un lignage : All of one descent, family
FABLE IV.
216 25-Il n'était point, etc.: There was no pool in the
whole neighbourhood that a certain cormorant
had not laid under a contribution.
216 26 - Cormoran : The old form of the word, still pre-
served by fishermen, is cormaran, which shows
deriv. to be L. corvus marinus.
216 27-Viviers : L. vivarium.
216 33-Réseau : Old form résel, from L.L. reticellum,
dim . of rete.
216 34-Disette : Want, famine. Diez suggests as etym.
desecta, from desecare, to cut off.
217 2-Ecrevisse : Is the thirteenth century crevice, from
Old German krebiz ; cf. Modern German kreos.
217 8-Emute : For emeute. Cf. Book vii. , Fable 8,
page 131 , line 26.
217 15-N'en soyez point en soin : Don't put yourselves
out about it.
217 25—Le peuple aquatique : Cf. la gent marécageuse,
la gent aiglonne, marcassine, etc. , etc.
217 25-Le bon apôtre : The hypocrite.
217 28-Vous : Redundant (ut passim).
217 32-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, Page 18,
line 21.
217 34- Panse : L. panticem.
217 35-Une : Alike.
FABLE V.
218 2-Un pincemaille : A miser ; one who pinches,
keeps tight closed, the meshes of his purse (?).
218 3-Finance : Cf. Book viii. , Fable 2, page 149,
line 8.
218 8-Monceau : Old form, moncel; L. monticellum.
218 8 -S'altère : Will diminish.
218 11-Le iarron ! etc. Thief, indeed ! What, enjoy
one's wealth ! Why, it would be robbing one-
self !
218 14-Le bien, etc. , etc. : Wealth is only an advantage
in as far as one can get rid of it.
218 16 Qui n'en ont plus que faire : Which will no
longer know what to do with it.
218 22-Enfouir : L. fodere.
218 24-Le gîte Cf. Book ii. , Fable 8, page 27, line 14.
218 33-Plus n'entasser : For de ne plus enlasser, de ne
plus enfouir.
218 35-Pensa tomber : Was very near falling.
NOTES- BOCK X 393
FABLE VI.
-Étourdi : Cf. Book ii. , Fable II, page 31 , line 9.
Page 219 line 10-)
219 II-L'Angleterre, etc. : Alluding to the annual tax
of 300 wolves' heads imposed by Edgar, King
of England, in the tenth century.
219 13-Hobereau : Country squire ; properly a small
kite ; from Old French hobe (cf. Angl. hobby),
a small bird of prey.
219 14-Bans : Proclamation, order. From Old German
bannan, to ordain.
219 15-Il n'est marmot osant crier, etc. : If ever so small
a brat dares to cry, the mother immediately
threatens to throw him to the wolf. Cf. Book
iv., Fable 16, page 77, line 22.
219 17-Rogneux : Mangy.
219 18-Hargneux : Cross-tempered. Old German harm-
jan, to dispute.
219 19-Dont j'aurai passé mon envie : Of whom I may
have made a meal.
219 31-Thibaut l'agnelet : Little lambkin. This name
is given to a shepherd in the comedy of " Pa-
thelin."
219 31-Passera : Shall be devoured (by me). The more
usual form would be y passera.
219 35-Est-il dit, etc. Shall it be said that we (mortals)
are seen ? etc. , etc.
220 3-Ils n'auront, etc. Shall they have neither cook-
ing-pot nor hook (to hang it on) ?
FABLE VII.
The first ten lines are spoken by the spider.
220 10-Jadis mon ennemie : Arachne, wife of Colophon,
skilled in the art of embroidery, challenged and
vanquished Minerva, who struck her with her
shuttle, whereupon Arachne in despair hung
herself, and was changed into a spider.- Ovid,
Metamorph. i. , 6.
220 12-Progné : The swallow. See Book iii. , Fable 15.
220 15- Miennes : For this possessive pronoun used abso
lutely cf. page ioo, line 15. Leur, à leur
compte.
220 17-Tissu : Cf. Book iii., Fable 8, page 51 , line 26.
220 20-Filandière : Spinster.
220 22-La sœur de Philomèle : i.e., Progné l'hirondelle.
220 23--Le bestion : An inusit. , dimin. of bete.
220 26-Couvée : Brood ; L. cubare.
220 28 -Aragne : The original word for spider (araignie
meaning properly the web). Cf. Book iii.,
Fable 8, page 51 , line 12.
220 29-Artisans superflus : Because "wings " would
have been more to the purpose then
27
394 NOTES- BOOK X.
Page 220 line 33-Jupin : Fam. for Jupiter. Cf. Book i., Fable 7.
page 6, line 26.
221 2-Leur reste : Their leavings .
FABLE VIII.
221 5- Noise : Dispute, quarrelling ; L. nausea.
221 9-Honnêteté : Politeness, good treatment.
221 10-Ménagerie : Properly a place to keep domestic
animals ; from ménage, mesnage ; L.L. man-
sionaticum (household expenses).
221 12-Respec : For respect ; a poetical license.
221 16-Se percer les flancs : Tear each other to pieces.
221 21-Il est des naturels : There are (different) tempe-
raments, constitutions.
221 25-Tonnelles : Tunnel-net ; from tonne. Etym. un-
known.
FABLE IX.
The first six lines are spoken by the dog.
222 I-O rois des animaux, etc. : Oh, ye kings, or, rather,
tyrants, over other animals ! (He addresses
men.)
222 2-Que vous ferait, etc. : Who would do the same
to you !
222 3-Mouflar : Name of a dog ; from mufle, the
muzzle.
222 3-Dogue : Cf. Book i. , Fable 5, page 4, line 10.
222 6-Y croyait perdre : Thought that he would be a
loser byit. Cf. next line, il y gagnait.
222 8-A piller ses pareils : To worry his fellows. For
piller in this sense cf. same Book, Fable 1 ,
page 209, line 3.
222 10-Avec cette partie, etc. With this part of his
body (ie. , the ear) torn in a thousand places.
222 12-Le moins, etc. : Transpose, le moins de prise,
etc., etc.
222 14-Esclandre : Damage, injury. Unusual in this
sense.
222 15-Gorgerin : A spiked collar (to defend the neck) .
222 16-Ayant d'oreille, etc. : Having about as much ear
as I have on my hand-i.e. , none at all. A
form of comparison familiar to this day.
FABLE X.
222 19-Deux démons : Two deities, powers ; Gr,
Saíuwv, a deity to whom events beyond man's
power may be attributed.
222 28-Du bon tems : One of the good old times.
222 32-Par ces soins diligents : Cf. Book vii. , Fable 10,
page 134, line 12.
223 2-La balance : The scales (of justice).
NOTES- BOOK X. 395
Page 223 line 4-Ses mâtins : His dogs. Cf. Book i ., Fable 5,
page 4, line 15.
223 6-Il en vint, etc. He succeeded capitally.
223 8-Veillé-je : Remark the acute accent on the final
e of the first sing. pres. of the first conjugation,
interrogative.
223 12-D'illustres malheurs : Notable misfortunes.
223 17-Je crois voir : I think I see-i.e., you remind me
of.
223 19-Fouet : Properly a bunch of beech branches ;
from Old French fou and fau ([Link]).
223 25-A me tant, etc.: What interest compels me to
worry myself so much ? -- Why do I bother
myself about your remarks ?
223 31-Dégourdi : From Sp. gordo, L.L. gurdus, heavy.
223 34-Eh ! que me saurait-il, etc.: Why, what could
happen to me worse than to die ?
223 37-Mainte peste de cour : Many a court plague-
i.e., many of these pestilential fellows that fre-
quent courts.
224 I-On cabale : A word of Hebrew origin, kabala,
" traditional doctrine," thence mysterious
science.
224 2-Grevés : Oppressed ; L. gravari.
224 6-Louange : Things that spoke in praise of, etc.
224 8-Son fait : His stolen treasure.
224 II-Machineurs : Fabricators (inusit. )
224 12-Lambeaux : Rags, shreds. The old form is
lambel, a term still existing in heraldry. Etym.
uncertain.
224 14-Panetière : Wallet (to hold bread).
224 14-Houlette : Shepherd's crook ; from L.L. agolum,
agoletta.
224 21-Sur le faîte : To the highest pitch of honours.
Cf. Corneille-
Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
224 22-Je m'y suis trop complu : I took too much
pleasure in it (grandeur).
FABLE XI.
224 32-Dont Zéphyre, etc. : Whose flowery swards were
the abode of the Zephyrs.
225 3-Et crut mal : And was mistaken in thinking so.
225 10-On n'en veut point, etc.: No one wishes to take
your lives.
225 11-Un vivier : Cf. same Book, Fable 4, page 216,
line 27.
225 12-Quand Followed by the conditional, even sup.
posing.
225 16-Eut beau prêcher : Preached in vain.
225 23-Que l'on en vient à bout : That one succeeds.
396 NOTES - BOOK X.
FABLE XII.
In this Fable there is some confusion in the expressions applied te
the two parrots, i.e. , the young and the old one, and the king and
his son. We will endeavour to explain the ambiguity wherever it
occurs.
Page 225 line 29-Du rôt d'un roi, etc.: Fed daily at a king's
table.
225 30-Deux demi-dieux : Two demi-gods (ie. , great
ones of the earth) , father and son, etc.
225 33-Les deux pères : i.e., the king and the old
parrot.
225 34- Les deux enfans : i.e. , the prince and the
young parrot.
226 I-S'accoutumaient : Were firm friends.
226 5-Que lui donna la Parque : Which the Fates had
given him.
226 8-Faisait aussi sa part, etc.: Was also one of the
prince's favourites. Cf. Catullus, " Passer
deliciæ meæ puellæ.
226 9-Ces deux rivaux : i.e. , the young parrot and the
sparrow.
226 12-Circonspec, for circonspect : A poetical licence,
as above, page 221 , line 12, respec for respect.
226 17-Au père : i.e. , the old parrot.
226 18-L'infortuné vieillard : The old parrot.
226 20-L'oiseau parleur, etc. The speaking bird (i.e.,
the young parrot), is already in Charon's bark
(dead).
226 21-To make it plainer, the bird now dumb (dead)
causes his father to rush furiously upon the son
of the king and put out his eyes.
226 31-Encor que : Even though. Cf. page 1 , line 3.
226 35-Que l'un, etc. That through this misfortune
one of our children should perish, the other
lose his sight.
227 5-Mais que la Providence, etc. But whether it be
true that Providence or Destiny rules the affairs
of the world.
227 12-Un morceau de roi : A king's tit-bit, a royal
pleasure.
227 19-Un appareil : A cure for.
FABLE XIII.
227 21-Son faon : Her cub. The word faon (L.L.
fatonus, fromfatus), was originally applied to
the young of any animal. Later it came to
mean only the young of the stag (Angl. fawn) .
227 25-La nuit ni, etc.: The suppression of the first ni
is very common in La Fontaine.
227 27-Vacarmes : A word of German origin (Dutch
wacharmer, woe to thee).
NOTES- BOOK X. 397
Page 227 line 30 --Un mot sans plus : One word, and only one.
Cf. Book iii., Fable 18, page 59 , line 6.
227 34--Et qu'aucun, etc. And if none of them have
made our heads ache with howling for the
death of their young.
228 I-Que ne taisez-vous aussi ? Why cannot you be
silent also ? [mother.
228 II-Hécube : The model of an unfortunate wife and
FABLE XIV.
228 14-Je n'en veux, etc. I want no better example
than Hercules and his labours.
228 17-En voici pourtant un, etc. Here is one, how-
ever, whom some old talisman sent to seek his
fortune in the country of Romance.
228 19-De compagnie : In company (inusit. ).
228 27-D'une haleine : At one breath, without stopping
228 29-Saigna du nez : Refused to proceed ( fig. ). Cf.
Angl. , fam., funked. Some grammarians
endeavour to establish a distinction between
saigner du nez, to withdraw from fear (fig.),
and saigner au nez, to bleed at the nose. The
latter expression is ungrammatical .
228 31-Dit-il : An aposiopesis (we should be drowned).
228 34-Le sage l'aura fait, etc.: The necromancer will
have constructed him with such art and in such
a manner, etc.
229 6-Où l'honneur : Ellipt. for où serait l'honneur.
229 7-Dedans-par.
229 16-Esplanade : It. splanata.
229 24-Il ne se fit prier, etc. He required no more
pressing than was consistent with propriety.
229 25-Encor que : Although. [Sixte Quint.
229 26—Sixte : An allusion to66 the humble origin of
229 30-Fortune aveugle, etc. : Audaces fortunajuvat."
-Virg.
229 31-Le sage quelquefois, etc.: It is sometimes better
to " leap before you look."
FABLE XV.
230 6--Le roi de ces gens-là : i.e., man.
230 7-Que ses sujets : i.e. , the other animals.
230 9- Où puisent les esprits : Upon which these crea-
tures' minds draw.
230 10-J'entends, etc. : I mean those minds which are
embodied and bound up with matter (an allu-
sion to Fable 1 of this Book) .
230 10-Pétrir is to knead dough, from old form pestrir ;
L. L. pisturire, from pistura.
230 12-A l'heure de l'affût : At the hour when one
watches for game. Affût is from à fût = au
398 NOTES - BOOK X.
bois, leaning against a tree (to watch for game) ;
fût, L. fustis.
Fage 230 line 12-Soit, etc.: Either when the sun darts its rays
into the moist dwellings of eventide.
230 18-Je foudroie à discrétion : I slaughter at my ease.
230 19-Qui n'y pensait guère : Who was little expecting
such a fate.
230 26-La souterraine cité : A transposition of words
common to La Fontaine.
231 5-De leur détroit : In their own district.
231 6-Je laisse à penser, etc.: I leave you to imagine
what a commotion it causes.
231 7, 8- N'ayant en tête qu'un intérêt de gueule : Having
no other interest in their head than that of
greediness (ie., how to provide their own
food).
231 9-Vous : Redundant (ut passim).
231 13-En fait tout autant faire : Causes to act exactly
in the same manner.
231 15-Piller le survenant : Waylay and rob the new-
comer.
231 18-Le moins de gens, etc. : Let us have as few
people as possible around the cake (so as to
have more for ourselves).
231 23- Et tiens, etc. And I maintain that we ought to
leave something to the imagination on the best
subjects. Cf. Voltaire : " Le secret d'ennuyer
est celui de tout dire."
231 26-Ce qu'il a de solide : Il refers to discours in the
line above.
231 36-Climat = pays.
FABLE XVI.
232 8-Bélisaire : The famous general of Justinian, who
from enjoying the highest honours was reduced
to poverty. Born A.D. 505.
232 9-De quoi : Wherewithal.
232 II- De raconter : The de here is redundant : it was
commonly so employed in the seventeenth
century. Boileau has (Epistle i ., 87) :
Mais à l'ambition d'opposer la prudence, etc.
232 16- S'étendit : Was diffuse.
232 17-Eloignant la pensée : Setting aside the idea.
232 22-C'est de quoi nous mener jusqu'à Rome : That's
the way to get where we want to go. Prov.:
" Tout chemin mène à Rome."
232 29-Les trois échoués, etc. The three men who had
been thrown on the shores of America. The
etym. of échouer is doubtful. Diez suggests
L. cautes, a rock.
NOTES- BOOK XI. 399
Page 232 line 34-Je sais le blason : I know the art of heraldry.
Blason originally meant the shield on which
the arms were painted. Etym. uncertain.
35-Devers l'Inde : Towards India- in India.
233 3-Echéance : Date at which anything échoit falls
due. Echoir is from ex-cadere.
4-Jeûnerons-nous : Jejuno.
4- Par votre foi : In your opinion.
7-Qui pourvoira de nous : Transpose, qui de
nous, etc.
10-Avant tout autre, etc.: Before everything else,
that is the point to be considered.
17-Là-bas : i.e., down below, in Hades.
21-La main : Manual labour.
Ph
BOOK XI .
FABLE I.
233 25-Ce : Redundant (ut passim). See Book v.,
Fable 3, page 88, line 28.
233 25-Aubaine : Properly, right of succession to the
property of an alien (aubain). Etym . un-
known- advena ? Angl. windfall.
234 2-Vieux routier : Old stager.
234 3-Tu crains, etc. These words are spoken by the
leopard.
234 3-Ce is again redundant. (See preceding page,
line 25. )
234 6-Il a chez lui, etc. He has more than one
business to attend to at home-i.e., he has his
hands too full to think of us.
234 10-Ne me font point pitié : Do not excite my pity.
234 14-Lui soit crue : We should rather have expected
the plural after two nominatives.
234 16—J'ai fait son horoscope : Tirer un horoscope is the
more usual expression.
234 23-Tocsin Alarm-bell. In the seventeenth century
spelt toquesin, from toquer, to strike, and sin,
an old word for bell, derived from L.L. signum,
used in the same sense, i.e. , bell.
234 31- l passe = il surpasse.
234 38-Tout le plus gras : The very fattest (inusit. ) .
235 2-Il en prit mal : It was unfortunate for them.
235 5--Ce monde ennemi : That host of enemies.
235 8-Craître : For croître, for the sake of the rhyme.
This form is also used by Voltaire to rhyme
with être.
400 NOTES- BOOK XI:
FABLE II.
This Fable is addressed to the Duc de Maine, illegitimate son of
Louis XIV. and of Madame de Montespan, born in 1670, con-
sequently eight years old at the time.
Page 235 line 12-Se sentant du lieu : Bearing the impress of the
place.
235 21-Flore, etc.: His first study was botany.
235 25-Tout en fut : He experienced them all.
235 26-Devait : Was destined.
235 29-Il semblait, etc.: It seemed that he was guided
only by memory in all his actions.
236 I-Il est : There are.
236 24-De quoi ne vient à bout : What cannot be
accomplished by.
FABLE III.
236 30-Des plus fins : One ofthe cleverest. Cf. Book ii. ,
Fable 20, page 39, line 21.
236 31-Donner d'atteinte : Reach, get hold of (inusit. ).
236 33-Au compère : To our friend.
236 34-Canaille : Cf. Book i., Fable 19, page 18, line 14.
237 I-Je me travaille : I work hard. Cf. Book i. ,
Fable 3, page 3, line 8.
237 3-Vous : Redundant.
237 3-Monnoie : The old form of writing monnaie.
237 4-Au croc : On the jack (to roast) ; a word of
German origin.
237 5-Maître passé : A very master (in the art of
thieving).
237 8-Métier : Old form mestier ; L. ministerium.
237 9-Il en sera parlé : You have not heard the last
of it.
237 II-Libérale en pavots : Lavish of poppies-i.e. , a
good sleeping night.
237 20-Aube : L. alba.
237 22-Peu s'en fallut, etc. The sun was very nearly
turning back with horror towards his watery
home.
237 24-Tel: In the same manner.
237 25-Apollon irrité, etc. Because Agamemnon had
carried away Chryseis from her father Chryses,
priest of Apollo.
237 26-Joncha : Cf. Book iv. , Fable 6, page 67, line 28.
237 27-L'ost des Grecs : Ost (Anglicé host) is an old
word ; it is used by Ségur in his Life of Napo-
leon ; and again by La Fontaine, Book xii.,
Fable 9, page 262, line 10.
238 I-Que n'avertissais-tu, etc.: Why did you no
warn me at the very beginning of the slaughteri
238 3-Here the dog speaks.
NOTES-BOOK XI. 401
Page 238 line 3-A qui touche le fait : Who are personally con-
cerned in the deed-i.e., whose interests are at
stake.
238 5--Qui n'ai rien à la chose : Who have nothing to
do with the matter-i.e. , to lose or gain by it.
238 12-Vous : Redundant (ut passim).
238 12-Sangla : From sangle, a girth. L, cingula.
238 12-Drille : Drudge, properly a foot-soldier. From
Old German drigil. Cf. Ang. , to drill.
238 15-T'attendre aux yeux d'autrui : To depend upon
other people's eyes.
238 17-Que si : Moreover if.
FABLE IV .
238 20-Certain Mogol : A certain Indian. La Fontaine
uses the word Mogol indiscriminately for the
country and its inhabitants. Cf. Book vii. ,
Fable 6, page 128, line 34.
238 22--Tant en prix qu'en durée : As well in value as in
duration.
238 23-Vit : That is to say, in his dream.
238 27-Minos, etc.: The judge of the infernal regions
seemed to have made a mistake about these two
departed souls.
238 33-Tant soit peu : Ever so little.
238 34 -L'humain séjour : Their sojourn upon earth
among men.
239 4-La retraite : Retirement (from society).
239 9-Loin du monde, etc., etc. : This description of
the charms of solitude is one of La Fontaine's
masterpieces, and may fairly be compared
with the following passages from Virgil and
Horace :-
O qui me gelidis in vallibus Hæmi
Sistat, et ingenti ramorum protegat umbra !
-Virgil. Georg. ii.
And Horace :-
O rus ! quando ege te aspiciam, quandoque licebit
Nunc veterum libris, nunc somno et inertibus horis
Ducere solicitæ jucunda oblivia vitæ ?
239 14-Clartés errantes : Those wandering lights (the
planets).
239 16-Que si : But if.
239 19-La Parque, etc. , etc.: The Fates (perhaps) will
not weave the web of my life with golden
threads.
239 19-Ourdira : L. crdiri.
239 20-Lambris : Cf. Book iii. , Fable 8, page 51
line 21.
239 21-Mais voit-on, etc., etc. : But does one ever sec
that sleep loses any of its charms for want of
these ?
402 NOTES -BOOK XI.
FABLE V.
Page 239 line 30- Maître -ès-arts : A Master of Arts. Es is Old
French contr. from en les, enls, ens, only used
in this and similar examples .
239 30-La gent animale : Cf. lagent marécageuse, lagent
aiglonne, le peuple aquatique, etc.
240 6-Qu'on en vienne à bout, etc. , etc. That one
should accomplish in one day.
240 12-De l'un et l'autre : Inusit. for de l'un et de l'autre.
240 16- D'ignorantes : As being ignorant.
240 19-Au rebours : Cf. Book iii., Fable I , page 44,
line 3.
240 22-De tout ce que dessus : From all that has pre-
ceded.
240 24-De se faire valoir : To exalt one's own acqu ire-
ments and talents.
240 27-Prenant tour à tour l'encensoir : Taking it in
turns to praise each other ( literally, to carry the
incense- burner):
240 29-J'ouïs : From ouïr (inusit. ) ; L. audire.
240 30- Trouvez-vous pas : Remark the omission of ne
(common in La Fontaine).
240 34-Il abuse : He perverts, misapplies .
240 36-Les humains sont plaisants : I am amused at the
idea of men, etc.
241 2-Braillards : From braire ; as criailler from crier;
bataille from battre, etc.
241 6- Au prix : Compared with you .
241 7-Lambert : A famous musician of the Court of
Louis XIV. , brother- in-law to Lully.
241 II-Prôner : From L. preconium.
241 13-Prétendant : Supposing.
241 16—Que le ciel, etc. , etc.: Whom heaven has been
pleased to place in the higher ranks.
241 17-Les simples excellences, etc., etc.: The simple
title of excellency for that of majesty.
241 21-Elle : ie. , votre majesté.
241 27-Fat : A vain , conceited fellow. L. fatuus.
FABLE VI.
241 31-Matoiseries : Cunning. From La Mate in Paris,
where thieves assembled. 66
la Mate." Compagnon de
242 2-Mon maître : i.e. , Æsop.
242 4-A l'hôte des terriers : To the inhabitants ofholes
in the earth- i.e. , the fox.
242 7- Seau : From L.L. sitellum (Cicero uses sitella),
a vase, by the transition siel, séel, seau.
242 13-Tiré d'erreur, etc.: Cured of his mistake (with
regard to the cheese), but still in a terrible
strait.
NOTES-BOOK XI. 403
Page 242 line 17-Succédant à sa misère : And succeeding to his
ill-luck ; that is to say, taken in in the same
way as himself.
242 21-Échancré : Cut a slice out of. Echancrer pro-
perly means to cut into, as a chancre (L. canc-
rum), crab, eats into any substance.
242 24-Altéré : Parched with thirst.
242 30-En tâtant d'un tel mets : By taking such a dish.
242 34-Bien qu'au moins mal, etc. Although he told
his story as well as he could .
242 37-Reguinde : Winds up again. Guinder is of Old
German origin, windjan, to wind up.
FABLE VII.
243 8-L'erreur du souriceau : Cf. Book vi. , Fable 5,
L page 106, line 6.
243 12-Marc Aurèle : It appears that Marcus Aurelius
it in has not left any such a tale among his works.
y the 243 16-Touffue : Knotted, thick, from Old French
toffe, Low German topp.
243 17-Velue : L. villosus.
of ne 243 21-Sayon : L. sagum, a tunic.
243 23-Ainsi bâti : Thus dressed.
243 24-Asiles : Retreats.
it the 243 29-Je supplie, etc. Cf. the opening part of
Demosthenes' speech against Æschines.
rier; 243 33-Que tout mal, etc.: Nothing but wrong and
injustice. [the plural.
243 35-Témoin used adverbially does not take the s of
rt of 243 35-La romaine avarice : For l'avarice romaine, a
transposition not uncommon in La Fontaine.
244 I-Forfaits : Fromforis facere, to do anything out
of, contrary to, the laws.
een 244 5-Par un juste retour : In fair reprisal.
244 9-Qu'on me die : Die for dise, common in the
seventeenth century.
244 20-En user : To employ it.
244 21 -Celle : i.e. , l'inhumanité.
244 32-Assouvir : L. assopire, to calm, quiet.
244 38-Découragés : Disheartened (and tired) of bring-
ing wretches into the world.
245 9-A mon abord : On my approach.
245 10-N'a-t-on point, etc. : If one has no present t
make, no purple (robe of honour) to bestow, it
is in vain that one seeks redress from the
les laws ; and, more still, their very application is
impeded by a thousand delays.
a). 245 20- Patrice : More properly patricien, the former
honour not being then created.
245 22--Par écrit, etc.: i.e., the senate had his speech
taken down in writing.
404 NOTES- BOOK XI.
FABLE VIII.
Page 245 line 29- Passe encor de bâtir, etc. : One can understan 1 a
man of that age building a house ; but planting
trees !
245 30-Jouvenceau : A diminutive, as lionceau, sou i
ceau, etc.
245 31- Radotait : Cf. Book x. , Fable 2, page 214, line 18.
246 3-Désormais : Old French dès orè mais, L. de istâ
horâ magis.
246 4-Quittez le long espoir : Cf. Horace, Od. i., 11 :
Spem longam reseces. Dum loquimur, fugerit invida
Ætas.
246 8-Blêmes : Pale-faced. A word of Scandinavian
origin, blûmi.
246 14-Mes arrière-neveux : My grand-nephews. Cf.
Virgil : " Carpent tua poma nepotes. "
246 15-Défendez-vous au sage : Would you prohibit the
wise man, etc.
246 22—Dès le port : In the very harbour (before setting
sail).
246 22—A l'Amérique : Inusit. for en Amérique.
246 27-Enter: To ingraft. From L.L. impotare (impotus,
upuros), imp'tare, and so by regular transition
to enter.
246 28-Il : Observe the anacolouthon here.
FABLE IX.
246 32-Oyez : The second plural imperative of the
obsolete verb ouïr, to hear ; exists in Old
English form of proclamation, " Oh, yes ! oh,
yes ! oh, yes ! "
246 34-On feront une estime : Will think it as good as
you do.
247 3-Encor que : Cf. Book i., Prologue, page 1,
line 3.
247 5-Palais : Dwelling-place.
247 12-Il faut qu'on le confesse : We must allow.
247 13-Le compagnon : Our friend.
247 14-Echappées : Having escaped. Like the Latin
ablative absolute.
247 17-Firent qu'il les mangeoit : Enabled him to eat
them.
247 24-Puis qu'un cartésien : After that, let a disciple of
Descartes persist, etc. Cf. Book x. , Fable 1,
page 207, line 18, seqq.
247 27-Tronquer : To mutilate.
247 27-Un peuple mis en mue : A whole population
shut up in a cage like birds moulting, or for
the purposes of fattening. Voltaire also uses
the expression in this sense.
NOTES- BOOK XII. 405
Page 247 line 28 -Si ce n'est pas là raisonner : If you don't call
that reasoning.
247 30-Voyez, etc. Now observe his process of
reasoning .
247 32-Happe : From Dutch happen, to seize.
247 36-Or : Now. Old form ore, L. hora.
248 2- Par votre foi : If you please. Cf. Book x ,
Fable 16, page 233, line 4.
EPILOGUE.
248 8-Truchement : Interpreter ; spelt also trucheman,
from the Spanish trucheman.
248 16-D'autres pourront, etc.: Cf. Book ii., Fable 1 ,
page 21, line 19.
This epilogue for some time terminated the whole collection of
La Fontaine's Fables. It was not till in 1694, after an interval of
fifteen years, that he wrote the twelfth and last book.
BOOK XII.
FABLE I.
This Book, published in 1694, nearly fifteen years after Book xi. ,
is dedicated to the young Duc de Bourgogne, grandson of Louis
XIV. , then in his twelfth year, who had presented La Fontaine, on
his recovery from a severe illness, with a purse of fifty louis.
Nearly all the fables in this Book were composed for the amusement
of the young Prince.
249 6- Les ans : La Fontaine was now seventy-three
years old .
249 8-Aller en augmentant : Go on increasing.
249 10-Le héros : Louis de Bourbon, the first Dauphin,
and father of the young Duke of Burgundy.
249 II-Métier : Ministerium.
249 12-Il ne tient pas à lui que : It is no fault of his if,
&c. , &c.
249 16-Un mois : That is from the 25th October to the
13th November, 1688, in which the army com-
manded by the Dauphin took the principal
towns on the Rhine.
249 19-Les Ris et les Amours : Always coupled together
by La Fontaine. Cf. Book vi. , Fable 21, page
120, lines 5, 6.
249 20-Soupçonnés : Supposed.
249 23-N'y tiennent le haut bout : Have the place of
honour.
25-Ces derniers : i.e. , le sens et la raison.
406 NOTES - BOOK XII .
Page 249 line 26-Circonspects : To rhyme with grecs. La Fontaine
often suppresses the t altogether. See Book x.,
Fable 12, page 226, line 12.
250 10-Il s'en vit de petits : Even small ones were seen
amongst them.
250 10-EXEMPLUM, UT TALPA : There has been great
discussion as to the meaning of these words.
The easiest solution seems to be to set them
down to La Fontaine's ignorance of Latinity,
and to construe them-" for example, the mole.
150 12-Se défier : To mistrust, beware of.
250 14-Le doux entretien : Pleasant speech and man-
ners.
250 16-Prit un autre poison, etc.: Imbibed another
poison very similar to her own-i.e. , she fell in
love with him.
22
250 23-De ce pas : Now, at once.
250 24-L'empoisonneuse coupe : One of those inver-
sions so common to La Fontaine.
250 28-Pensant rugir : Supposing himself to be roaring.
250 36-Comme te voilà fait ! What a figure you are !
250 37-Ah ! vraiment, etc. Well, upon my word,
that's a nice remark to make !
251 4-Une ourse mes amours : A certain she-bear that
I dote upon (and who returns the affection) .
251 5-Remark the pronoun preceding the second of
two imperatives, me laisse. Cf. Boileau-
Polissez-le sans cesse, et le repolissez.
251 7-Tout net et tout plat : Clearly and once for all.
Cf. Angl. That's flat !
251 Io-Au hasard d'un semblable refus : At the risk of
meeting with a similar refusal.
251 II-Camarade, etc : My friend, I am quite grieved
that a beautiful young shepherdess should have
to make the echoes ring with her complaints
about all her sheep that have fallen victims to
your greediness.
251 17-Redevien : For redeviens. The s omitted to
rhyme with bien.
251 19-En est-il ? Are there such things (as good men) ?
251 20-Tu t'en viens me traiter : You go and treat me.
251 23-Par ta foi : On your word now, seriously.
Cf. Book x. , Fable 16, page 233, line 4.
251 31 - Semonce : From submonere, summonere, and, by
analogous transition, semondre.
251 32-Réponce réponse (old form).
251 36-Los (inusit. ): Praise ; L. laus. Cf. Philémon
et Baucis, page 293, line 33.
252 2—Mêler le plaisant à l'utile : Cf. Horace—
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
252 7--Pour peine : As their best punishment.
NOTES- BOOK XII 407
FABLE II.
Page 252 line 11-Moineau : Oldform moisnel, contr. from moissonel,
Old French moisson, L.L. muscionem, little
bird, musca ; cf. oiseau-mouche, humming-
bird.
252 13-La cage et le panier : The (bird's) cage and the
(cat's) basket were under the same roof.
252 14-Agacé : It. aggazzare ; Old German, hazjan, to
torment ; whence hacer, ahacer, agacer.
252 15-S'escrimait du bec : Fenced-i.e. , fought-with
his beak, escrime; It. scherma ; Old German
skirm, a shield, defence.
252 19- D'armer de pointes sa férule : To use his claws ;
literally, to put sharp points on to his stick,
férule (L. ferio).
252 20--Moins circonspec : Cf. Book x., Fable 12,
page 226, lines 12, 13.
252 25-Courroux : Etym. It. corrotto, L. corruptum (?)
252 26-Dès leur bas âge : From their earliest infancy.
252 33-De prendre parti : Historic infin. (passim).
252 34-Nous la vient donner belle ; Wishes to insult us
(idiom.)..
253 9-Incontinent : Immediately.
FABLE III.
253 15-Ducats : The ducat was a gold coin, worth some
ten or twelve francs. The name is from the
effigy of some Venetian, Florentine, or Genoese
duke.
253 15- Pistoles : A gold coin, worth about eleven
francs.
253 16-Oisif : Idle-that is, not invested.
253 18-Amphitrite : See Book iv. , Fable 2, page 61,
line 17.
253 23-Supputer : L. supputare.
253 24-Comme à la tâche : As if doing a lesson.
253 25-Du mécompte à son fait : Some deficit in his
reckoning.
253 27-Doublons : A Spanish coin, worth a little more
than twenty francs, so called because it was the
double of an écu of two piastres.
253 29-Cadenassée : The old form catenas, used by
Rabelais, and the Italian catenaccio, would
show the etym. to be catena.
253 31-Bertrand : The name commonly given by La
Fontaine to a monkey. Cf. Book ix. , Fable 17,
page 204, line 2.
253 32-Liquide manoir : The watery domain, i.e. , the
sea. Cf. Book xi., Fable 3, page 237, line 23
254 I-Bonnement : Honestly.
408 NOTES- BOOK XII.
Page 254 line 2-Près de : In the estimation of. For Dom cf.
Book v. , Fable 8, page 92, line 21.
254 5-Monceau : Old form moncel, L.L. monticellus,
monticulus.
254 6-Un jacobus : An English gold coin, bearing the
effigy of King James.
254 7-Un noble à la rose : A rose noble, an English
gold coin (temp. Edward III. ) marked with
the roses of York and Lancaster.
254 10- Sur - audessus de.
254 II-Son compteur : His master, who was so fond of
counting over his money.
FABLE IV.
254 20-Brouté : Angl. browse.
254 22-Leur fait chercher fortune : Sends them out on a
voyage of discovery. [is caprea.
254 27-Caprices : A well-chosen word, as its etymology
254 30-Ayant patte blanche : A sign of innocence. Cf.
Book iv., Fable 15, page 76, lines 22, 23.
254 32-Pour quelque bon hasard : By some good (!)
chance or other.
254 34- Belettes : Cf. Book ii., Fable 5, page 25, line 10.
255 8-L'île de la Conférence : i.e., L'ile des Faisans,
formed by the Bidasson on the French and
Spanish frontier, where the Treaty of the
Pyrenees was signed.
255 19-Faute de reculer : For want of retreating-i.e.,
because neither would give way.
FABLE IVA.
(Dédiée au Duc de Bourgogne.)
256 2-Se jouant des coeurs : Sporting, trifling with
men's hearts.
256 9-Elle : i.e. , Fortune.
256 10-Empêché d'un monde d'ennemis : Embarrassed
by a crowd of enemies.
FABLE V.
256 21-Et payant de raisons : Giving arguments in pay-
ment. For Raminagrobis see Book vii.,
Fable 16, page 143, line 21 .
256 24-A charge : A burden, an expense.
257 3-Chat, et vieux, pardonner ! What a cat, and an
old one into the bargain, grant indulgence !
257 4- Descends là-bas : Down with you (into the cat's
stomach, or to Hades). [the Fates.
257 6-Les sœurs filandières : The spinning sisters-i.e.,
257 II-La vieillesse est impitoyable : La Fontaine had
already said this of youth. Cf. Book ix.,
Fable 2, page 188, line 6.
NOTES- BOOK XII. 409
FABLE VI.
Page 257 line 15-Grabat : His bed. Gr. xpáßaros.
257 18-Permettez, etc. Please allow the Fates to
dispose of me in an ordinary way-i.e., let me
die a natural death.
257 23-Boire un coup : Take a draught.
257 26 - La pitance : Cf. Book iv. , Fable 8, page 69,
line 24.
257 27-Rien à frire : Nothing to eat. The word frire is
ill-chosen. How could a deer fry anything ?
257 31-Il en coûte, etc. : It costs dear to those who call
you in.
FABLE VII.
258 5-Le buisson : From buis. L. buxus ; Angl. bush.
The partnership is a strange one.
258 9-Facteurs : Correspondents.
258 11-Mise : The money embarked by each member of
the firm .
258 12-Leur emplette : Their purchases. From L.L.
implicita (same meaning. )
258 14-Ecueils : The old form escueil shows the etym.
to be the Lat. scopulus.
258 16-Alla tout emballé : Went all in a lump down to
the warehouses that border on Tartarus-i.c. ,
to the infernal regions.
258 25-Prêts à porter le bonnet vert : Ready to take the
benefit of the Act (Bankruptcy) ; an allusion to
the custom ofinsolvent debtors being freed from
their liabilities on condition of publicly wearing
a green cap. Cf. Boileau, Sat. 1. , 15-
Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront
Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.
258 27-Le sort principal : The loss of their capital.
258 30-Dès devant, etc. : From even before daybreak.
258 31-N'occupaient, etc. Only made our three friends
busy themselves to invent many a ruse.
259 2-Le plongeon : i.e. , le canard.
259 7- Detteur : An obsolete form of the modern
debiteur.
259 7-Souris-chauve : (Inusit. ) for chauve-souris.
FABLE VIII .
259 18-Appointés contraire : A legal term signifying
"called upon to appear in opposition.' Racin
uses the word appointer in the " Plaideurs "-
" On appointe la cause. "
259 19-Ces quatre potentats : i.e., the four elements.
259 23-Arrêts rendus : Verdicts given
28
410 NOTES- BOOK XII.
Page 259 line 26-Fouet : Old form fou, fau, from L. fagus,
because originally made of becch twigs.
259 32-Forcené : Foris, sensus.
260 I-Aux passe-droits, etc.: To the injustice that had
been done to a bitch about to litter.
260 I-En gésine : From gésir, jacere (to lie in).
260 2-Altercas = altercation. (Inusit. )
260 8-Aux arrêts : To the written decisions (of the
judges).
260 11-Le peuple souriquois : Cf. Book iv. , Fable 6,
page 67, line 2.
260 12-Narquois : Old form narguois, from narguer,
L.L. naricare, to turn the nose up at (naso sus-
pendereadunco !)
260 13- En voulant à : At enmity with.
260 16-Mon dire : The infinitive used substantively
(utpassim).
260 20-Dieu fit bien, etc.: Cf. Book ix., Fable 4,
page 189, line 34.
260 22-Aux grosses paroles on en vient, etc.: One comes
to (bandy) high words for a mere nothing more
often than not.
260 24-Les barbacoles : The schoolmasters. Qui barbam
colunt (?)
FABLE IX.
260 26-D'où vient, etc.: Cf. Horacé, Sat. 1., Lib. 1— -
Qui fit, Mæcenas, ut nemo, quam sibi sortem
Seu ratio dederit seu fors objecerit, illa
Contentus vivat, laudet diversa sequentes?
260 29-Porte envie : Is an object of envy.
261 2-Un prince : i.e., the young Duc de Bourgogne.
261 13-Me fera prendre la trompette : To celebrate his
warlike deeds.
261 21-Notre cher : My good friend.
261 21-Mets : From missum, that which is sent ; as L.
ferculum, from ferre.
261 23-Une viande : Any sort of food. L.L. vivanda.
261 26-Métier : Old form méstier or mistier. L. minis-
terium.
261 28-Qui fournisse, etc. , etc : Who shall hang a fat
sheep on his roasting-hook ?
261 30-Un mien frère : A brother of mine.
261 33-Mâtins : Cf. Book i. , Fable 5, page 4, line 15.
262 2- s'y prit mal : He set about it clumsily.
262 5--Qu'un troupeau s'approcha : When a flock came
up.
262 9- Brus : Daughter-in-law. Any young married
woman. Cf. Old German brut ; Modern Ger-
man braut.
262 10-L'ost du peuple : Cf. Book xi., Fable 3, page
237, line 27.
NOTES- BOOK XII. 411
Page 262 line 16-Le peuple bêlant : Cf. the expressions le peuple
coassant, le peuple souriquois, la gent maréca-
geuse, etc., etc.
262 15-Le disciple : The scholar. He was learning his
trade as a wolf.
262 17-Le régent : The schoolmaster.
262 19-Que sert-il, etc. For this and the following line
cf. conclusion of Fable 18, Book ii ., page 38,
line 10, et seqq.
262 24-Ma muse tient, etc.: My muse owes the idea
entirely to your wit.
FABLE X.
262 28-Ecrevisse : In the thirteenth century this word
was written crevice, from Old German krebis
(Modern krebs).
263 I-Cet accessoire : This application of the fable.
263 15-Ne : Redundant.
263 16-Quand on y va tortu : When they go all awry
(inusit.) . Tortu from torqueo.
263 20-Fait : Creates.
263 23- Métier de Bellone : i.e., warfare. Métier from
L. ministerium.
FABLE XI.
263 26-Margot la pie : Madge, the magpie.
263 30-Un coin détourné : An out-of- the-way corner.
263 31 -L'agace : An old-fashioned term for magpie,
still existing in Champagne. Synonym derived
from Old German agalstra.
264 2-Moi qu'on sait, etc., etc. : I, who am known to
wait upon him.
264 3-Entretenez-moi : Amuse me with conversation.
264 4-Caquet-bon-bec : Our chattering friend.
264 4-De jaser: Historic infinitive.
264 4-Au plus dru : Cf. Book iv. , Fable 7, page 69,
line 2.
26.1 5-N'eût su ce qu'en fait de babil, etc. , etc.: Could
not have held his own with our magpie in
loquaciousness.
254 13-M'amie : The old custom was to cut off the a of
ma before vowels. This form only exists in
m'amie, m'amour.
264 13-Je n'ai que faire : I have no need of the services
of.
264 17-Ce n'est pas, etc. , etc.: Taking service with the
great is not always as easy as one would think.
264 17-Que : Redundant.
264 19- Rediseurs : (inusit.) Tale-tellers. Molière uses
the word diseur.
412 NOTES- BOOK XII.
Page 264 line 21-Quoique ainsi, etc., etc. Although, like the
magpie, one must wear two sorts of coats in
these places (ie., at Court).
FABLE XII.
This Fable is addressed to Francois Louis, Prince de Conti (born
1664, died 1709) , from whom La Fontaine had received many
benefits, pecuniary as well as others.
264 32-Par là : In that respect.
265 3-Leur sait gré : Gives them credit for, is grateful
to them for.
265 7-Prétend : Intends (not pretends).
265 10-Hymen, etc. : An allusion to the marriage of the
Prince de Conti with Mdlle. de Bourbon,
grand-daughter of Condé. This union was not
so happy as the poet prophesied that it would
be.
265 13-Par ce temps, etc. : Hardly restricted to this
limit oftime (i.e. , un siècle, line 10).
265 18-De qualités : This genitive depends on voulut
orner vosjeunes ans.
265 20-Bourbon : The Princesse de Bourbon, married to
Conti.
265 24-Etaler : To make a display of. Etym. , Old
German stal, Angl. stall, to display goods.
222
265 25- Rimer : To put into rhyme.
265 30-Donnait prix : Enhanced.
265 37-Quand il en aurait eu, etc.: Even if he had had
them it would have been all one (all the
same).
266 9-Le leurre : The lure. A piece of red leather
shaped like a bird with which hawkers attract
their birds.
266 12-Nicherait là : Would take up his abode there.
L.L. nidicare, nidus.
266 16-Régaler : To pay me a compliment.
266 18—( 1 ) En milan ; (2) en citoyen : (1 ) As a kite is
wont to act ; (2) like a denizen of the woods, a
rustic.
266 21-D'admirer : Historic infinitive.
266 22-Elèvent : Extol.
266 24-L'échappa belle : Had a narrow escape (idiom.).
266 28-Les hôtes des bois : The inhabitants of the
woods. Cf. Book i. , Fable 2 , page 2, line 28.
266 31 -Epancher : L.L. expandicare, from expandere.
266 32 -Ferait scrupule : Would feel scruples about.
266 34-Au siége de Troie : An allusion to the doctrines
of Pythagoras, who himself claimed to have
been present at the siege of Troy, " Panthoïdes
Euphorbus eram. "
266 35-Y tirt-il lieu : He there filled the place.
NOTES - BOOK XII. 413
Page 266 line 36-Des plus huppés : One ofthe most distinguished.
Huppé properly means to have a huppe (tuft)
on the head, from upupa, the hoopoe.
267 4-Volatilles : The more common form is volatiles,
but La Fontaine wanted a rhyme to familles.
267 8-Ce dit-on : The ce is redundant (ut passim).
267 14-Un gros : A crowd.
267 15-S'il le fut de sa vie : If he ever was so in his
life.
267 16-Parangon : Model. Angl. paragon. The
Spanish form is also paragon. Diez suggests
as its etymology two Spanish prepositions, para
-con-in comparison with (?)
267 18-L'animal porte-sonnette : The hawk.
267 21-Happe : Snatches at. A word of Dutch origin,
happen. (Angl. to snap at. )
267 22-De crier de rire Historic infinitive.
267 28-Souci : Some editions have sourci, a form of
sourcil, supercilium .
267 30-Fit des éclats : Burst out laughing. The more
common expression is rire aux éclats.
267 31 -Clopinant : Limping ; from L.L. cloppus ; Gr.
χωλοίπους, lame.
267 34-Puisqu'il s'agit de morale : Since we are in
search of a moral.
FABLE XIII.
268 4-Aux traces : This dative is governed by attira,
three lines further on.
268 4-Hôte des bois : Cf. Book i ., Fable 2, page 2,
line 28.
268 5- Matois : Cunning ; from La Mate, where thieves
assembled in old Paris, " Compagnons de la
Mate."
268 6-Fange : from L.L. famicem, from which is
derived the adj . famicosus (muddy) .
268 II-Aux mouches : By the flies.
268 14- Mets : From L. missum , that which is sent ; as
L. ferculum fromferre.
268 17-Que ne vis-tu, etc : Why do you not feed on
common folk. Cf. page 266, line 1 , zame
Book, preceding Fable.
268 18-Hérisson: Old form hériçon, ériçon ; L.L. erici-
onem, dim. of ericius.
268 24-Garde-t-en bien : I beg you will do nothing of
the sort.
268 26--Soûls : Replete ; L. satur, satullus.
868 33-Plus telles gens, etc. : Observe the adj . preceding
gens in the feminine gender, that which follows
(pleins) in the masculine.
414 NOTES- BOOK XII.
FABLE XIV.
Page 269 line 3- Flèches : From Old German flitsch. Cf. Modern
German flitz-pfeil.
269 3-Carquois : The old form of this word, tarquois
or tarquais, shows it deriv. from L.L. tarcasia,
Greek Taрxáσov, a quiver. (Cf. Turkish,
turkash.)
269 -Que : Redundant.
269 8-L'aveugle que voici : The blind one about whom
I am writing.
269 18-La clarté des cieux : The light of day.
269 20-Femme et mère : A woman and, what's more, a
mother-that is quite enough to give you some
idea of the cries she uttered !
269 21-Etourdis : Cf. Book ii. , Fable 5, page 25, line 26.
269 29-La partie : The plaintiff. Cf. Book i. , Fable
21, page 20, line 2.
FABLE XV.
This Fable is addressed to Madame de la Sablière, from whom
La Fontaine was inseparable up to his old age. He spent twenty
years in her company. She writes thus :-"J'ai renvoyé tout mon
monde, je n'ai gardé que mon chien, mon chat, et La Fontaine."
Her husband was the son of the financier, Rambouillet, who built
the celebrated Hôtel de Rambouillet.
270 5—Il n'eût fini, etc.: It would have ended only with
the universe-i.e., lasted till the end of time.
Cf. Horace " Monumentum ære perennius."
270 II-Iris : i.e., Madame de la Sablière.
270 16-Eût paru : Would have appeared.
270 21 -Mais peu féconde, etc. But not prolific in those
events which cause the ruin of states - i.e., not
addicted to malicious acts.
271 4-Ceci soit dit : Here, as in line 31 et seqq. of
page 273, La Fontaine draws the distinction
between love and the feelings of gratitude and
friendship which he entertains towards his
benefactress.
271 6-Agréez : Allow.
271 7-Ebauche : Rough sketch. Cf. Book i. , Fable 7,
page 6, line 13. Etym. doubtful.
271 16-Mettre sa vie : Lay down his life.
271 20-Gazelle : From Arab. ghaza.
271 27-Embûcher : Old form embuscher, from Italian
imboscare,to drawbya feint into the boscum (bois).
271 28-S'allait ébattre : Was going to disport herself.
272 2-Tout de ce pas : Immediately.
272 6-Car à l'égard du cœur, etc. For with regard
to her heart we must have a better opinion
of her (than to think she would have forgotten
us). Cf. line 35, preceding page
NOTES- BOOK XII. 415
Page 272 line 7—A tire-d'aile : As fast as he can fly.
272 14-Comme eût fait, etc, Cf. Book i. , Fable 19.
272 22-Son marcher lent : Her slow pace. For this
infinitive used substantively cf. Book viii.,
Fable 2, page 149, lines 13, 14.
272 26-Chevrette : Properly, kid. La Fontaine is care-
less in his natural history again.
272 31-Rongemaille : Cf. Book ii. , Fable II, page 31,
line 19.
272 37-Nulle nouvelle : No traces, signs. Cf. Book i.,
Fable 17, page 16, line 29.
273 I-Que je m'effraye : That I am alarmed .
273 7-De suivre, de jeter : Historic infinitives.
273 8-Tout ce que lui pesait : i.e., the bag with the
tortoise in it.
273 12-Pilpay : The Indian fabulist.
273 13-Pour peu que je voulusse : If I only wished.
273 18-Porte-maison l'infante : The tortoise compared to
an Infanta, from the dignity of her slow pace.
273 19-Monsieur du corbeau : For this particle of
nobility cf. Book i. , Fable 2, page 2, line 24 ;
and Book vii. , Fable 7, page 131, line 14
" Ce monseigneur du lion-là."
273 23-En son endroit : In his or her vocation.
273 31-Sa sœur : i.e. , friendship.
FABLE XVI.
274 2, 3-Bûcheron cogneé : Cf. Book v. , Fable I,
page 86, lines 3, 4.
274 3-Emmanché : Cf. Book vii. , Fable 4, page 126,
line 21.
274 5-Que la forêt ne fût : But that the forest for a time
was spared.
274 6- La ie. , the forest.
274 10-Son gagne-pain : His bread-winner-i.e., his axe.
274 II-Maint : Cf. Book i., Fable 5 , page 5 , line 1.
274 20-Le train du monde, etc. The way of the world.
274 25-J'ai beau crier : It's of no use my crying out.
FABLE XVII.
274 29 -Des plus madrés : One of the most 66cunning of
his kind. Madré properly means spotted."
Old French mazdre, derived from Old Germar
maser, speckled wood. From the idea of spotted
variegated in colour, has been derived that of
cunning, tricky.
275 4--J'avancerais la joie, etc.: I would give you a
foretaste of the pleasure, you will have in seeing
him.
416 NOTES - BOOK XII .
Page 275 line 8- Qu'à l'herbe on avait mis : Who had been put
out to grass.
275 9-Assez peu curieux : Caring little for. Cf.
Molière's " Avare, " act ii. , sc. 7. Frosine,
speaking of Mariane, says :-" Elle n'est
curieuse que d'une propreté fort simple."
275 10-Enfiler la venelle : (fam ) To take oneself off
quickly. Cf. Angl., fam., cut one's stick ;
venelle for veinelle, dim. of veine, means a small
alley.
275 18-Pour tout avoir : For all their worldly goods.
275 19-Gros messieurs : Fine gentlemen. (Angl. , fam .,
swells ) Cf. Racine, " Plaideurs," sc. 1 , line 9-
" Tous les plus gros messieurs me parlaient
chapeau bas."
275 22-Desserre : Lets fly.
275 23-Et haut le pied : And with good will too.
275 24-Mal en point : In pitiful plight.
275 27-Cet animal, etc. Our friend has inscribed on
your jaw a warning to all wise folk to beware
of what is unknown to them.
FABLE XVIII.
276 1- Son dire : The infin. used substantively (ut
passim).
276 2-Contre le sire : To spite our friend.
276 3-La dindonnière gent : The turkey tribe. The
most remarkable, perhaps, of all La Fontaine's
coinages. Cf. la gent marécageuse, le peuple
coassant, la moutonnière créature.
276 4-Qui n'était novice : Supply pas.
276 5- Son sac de ruses : Cf. Book ix. , Fable 14, page
201, line 3.
276 6-Se guinda : Raised himself. Guinder is from
Old German windjan, to wind.
276 II-Badinages : Cf. Book i., Fable 17, page 16,
line 16.
276 15-A la longue : In the long run.
276 17-Près de moitié : Inusit. Près de la moitié would
be more common .
276 18-Le compagnon : The rascal.
FABLE XIX.
276 24-D'aucuns maris : i.e. , de certains or de plusieurs
maris.
276 33-Peuple imitateur : Cf. Horace-
O imitatores, servum pecus.
NOTES- BOOK XII. 417
FABLE XX.
Page 277 line 7-Au vieillard de Virgile :
Memini me
Corycium vidisse senem, cui pauca relicti
Jugera ruris erant ;
:
Regum æquabat opes animo, serâque revertens
Nocte domum dapibus mensas onerabat inemtis.
Georg, iv., 125.
277 II-Laserpe : L. sarpere.
277 13-Emondait : L. emundare.
277 15-Excessive : (Nature) lavish in repaying his case
with interest.
277 17-D'homme sage : The part of a wise man.
277 19-Quittez-moi : The moi is redundant. Cf. Shake-
speare, " Knock me here soundly."
277 21-Ils iront assez tôt, etc. They will die soon
enough. Literally, they will go soon enough
to the dark shore (of Tartarus).
277 22-Et l'abattant : And in consequence of my cutting
it down (anacolouthon).
277 27-Abatis : Hewing and lopping.
277 29- Verger : L.L. viridiarium, by contraction
vir'djarium, and so on.
277 33-Exprime bien : Exactly describes.
FABLE XXI.
278 9--Du pas : About precedence (at court).
278 II-Le jour en était pris : A day was fixed.
278 13-Portant un caducée : Like Mercury.
278 14- Avait nom Gille : Cf. Book ix., Fable 3, page
189, line 17.
278 15-De croire : Historic infinit.
278 20-Sa créance : His credentials (as ambassador).
278 21-En passant : Observe the slight suggested in
these words -taking the elephant on his way,
not as if sent on purpose.
278 23-Préparé sur la légation : Prepared to hear what
the ambassador had to say.
278 24-L'attention, etc. : Instead of the attention which
he thought occupied the gods on the subject of
his quarrel, they had not yet even heard of it.
278 32-Veria beau jeu : Will see a fine spectacle.
279 I-Eléphantide • · Rhinocère : Elephantida and
Rhinocera (the respective countries ofthe com-
batants).
379 5-Nos vastes lambris : Our mighty palaces. For
lambris cf. Book iii. , Fable 8, page 51, line 21.
418 NOTES - BOOK XII .
FABLE XXII.
Page 279 line 16-Tu fatigues-tu tefatigues (inusit. ).
279 17- Loyer : L. locarium. Cf. foyer, from L.L.
focarium ; noyer, L.L. nucarius ; voyelle, L.
vocalis.
279 20-Amorcé : Attracted. Old form amorse, from
inusit. amordre.
279 23-Maint : Book i. , Fable 5, page 5, line 1.
279 23-Estafier : Lackey. From It. staffiere.
279 23- Vous (in both lines 23 and 24) redundant.
279 23-Happer : To seize. Dutch happen. Cf. Angl.
snap .
279 24-Echiner : To thrash ; properly, rompre l'échine;
échine (Old German skina), the spine.
279 25-Auprès des rois, etc. : Alluding to a certain
abbé des Plessis, who took upon himself to
censure the clergy at court, till " put down'
by the Archbishop of Rheims.
FABLE XXIII.
This Fable is addressed to a sister of Lord Montague, the widow of
Harvey, Ambassador from Charles II. to Constantinople. She
came to Paris in 1683, and there made La Fontaine's acquaintance.
She and the Duchesse de Mazarin, now in England, had leagued
themselves with some Englishmen of literary accomplishments to
induce La Fontaine to join their party in London.
280 4-A déduire : To enumerate. Cf. same Book,
Fable 3, page 254, line 3.
280 6-Les affaires : M. Walchenaer tells us that Mrs.
Harvey took an active part in the different
changes of Ministry under Charles II.
280 10-Moins selon : A faulty cesura, as these two words
are too closely connected to allow of the neces-
sary rest in the middle of the line.
280 17-Creusant : From creux, L.L. crosum, contracted
from corrosum, corrupted, worn out.
280 20-A pénétrer pour la pénétration.
280 26- Des mieux imaginés : Cf. Book ii., Fable 20,
page 39, line 21.
280 28-Mis à bout : Brought to an end-i.e. , caught.
280 29-Patibulaire : Properly an adjective, signifying
66
66 worthy of the gallows," here put for the
'gallows " itself. L., patibulum.
280 30-Ravissants : Carnivorous, noxious.
280 31- Blaireau : This word was originally spelt
bléreau, and meant the animal that fed on bé,
wheat.
*80 33-Aux abois : Driven to the last extremities ;
literally, "at bay."
280 35-Leur donne le change : Angl., fam., gives them
the slip
NOTES- BOOK XII. 419
Page 281 line 2-Les clefs de meute : The leading hounds ; that
is to say, those on whose staunchness the
huntsman can most depend.
281 4-Rompit : Called them off.
281 7-Mon galant : My friend (the fox).
281 8-Mes chiens, etc.: My hounds do not acknow-
ledge the scent any further than these posts on
which hangso many honest fellows (the gallows).
281 Io-Il y viendra : He's sure to come back again.
281 10-A son dam : To his loss. Damnum.
281 II-Clabaudant : Giving tongue. (Dutch klappen.)
281 12-Se guindant : Winding his way. (O. German
windjan, to wind. )
281 13-Maître pendu, etc. Our friend who has hung
himself up thought that matters would go on
the same way as the day when he played them
the same trick before.
281 15-Le pauvret : The poor chap. Fam.
281 15-Ce coup : This time.
281 15- Y laissa ses houseaux : Lost his life. Ses
houseaux is literally his shoes, from Old French
housel, dim. of house. L.L. hosa. (German
hosen.)
281 29-Etranges = étrangères.
281 30-Votre prince : Charles II.
281 33-Agréez : Deign to accept.
281 35-Elle est confuse : She (i.e. , my muse) is quite
ashamed.
282 2-A celle qui remplit, etc. : Because all the votaries
of Venus flock around her.
282 5-Mazarin The Duchesse de Mazarin, Hortense
Mancini, born at Rome 1646, died at Chelsea
1699, niece of Cardinal Mazarin, married the
Duc de la Meillerais in 1661 , from whom she
was separated. She then came to England, and
was one of Charles the Second's " favourites. '
FABLE XXIV.
Cf. Book vi. , Fable 12.
282 7--Les filles du limon : The daughters of mud, i.e.,
the frogs.
This Fable has a political allusion to the dispute between the
Dutch (la République aquatique) and Louis XIV., represented by
the sun (his device) .
282 9- Guerre ni pauvreté : The first ni is omitted
(utpassim).
282 II-Elle faisait valoir : She caused to be respected .
283 18-Enfans de la bonne fortune : The ordinary con
sequence of good fortune.
282 24-L'œil de la nature : i.e., le soleil. Cf Book vii.,
Fable 18, page 145, line 21.
420 NOTES- BOOK XII.
Page 282 line 25-A leur dire : To hear them speak—i.e. , in their
opinion.
282 29-Ambassades coassantes : Cf. Book ii. , Fable 4,
page 24, line 25.
282 32-Toute la machine ronde : Cf. Book i., Fable 16,
page 15, lines 19, 20.
282 34-Méchants : Wretched.
283 4-Se pique: Gets angry.
283 6-La république aquatique : Cf. Book iv., Fable 2,
page 71, lines 21 , 22.
FABLE XXV:
283 10-Dès : See Book iv. , Fable 4, page 64, line 16.
283 12-Un maître rat : A rat of importance. Cf. Book
iv. , Fable 4, page 65, line 7.
283 13-La rateuse seigneurie : His ratty lordship.
283 18-Fanfaron : Cf. Book ii., Fable 19, page 39,
line 14.
283 22-De : Redundant.
283 25-A l'office : To the pantry.
283 27-Bombance : Fam. bombance, to eat and drink of
the best. Etym. doubtful. Diez suggests
L.L. bombus, noise.
283 33-Raminagrobis : Cf. Book vii. , Fable 16, page
143, line 21.
284 2-Sus : Up ! come along ! L. sursum.
284 3-Rates : Inusit. as fem. of rat.
284 6- Un morceau de fromage : This Fable being an
allusion to the war made on the Dutch by
Louis XIV. , the cheese is appropriate.
284 7-De risquer le paquet : To risk their lives.
284 14-Qui n'en démord pas : Who does not let go her
hold (of the mouse).
284 21 -Gare encore le matou : Look out for the cat !
Matou, a tom-cat. Origin doubtful. M. Littré
suggests mite. Cf. chatte-mite (catta-mitis).
FABLE XXVI.
Madame de la Mésangère, daughter of La Fontaine's especial
friend and protector, Mme. de la Sablière.
284 26-Seule : i.e. , for her own merits. Cf. the follow-
ing line.
284 29-Je ne puis que : (Inusit. ) I cannot help. Cf.
Lat. non possum quin.
285 I-Ménageant : Husbanding.
285 6- Sans celle : Barring her.
285 7-Gardez : Take care not.
285 10-Que ne fais = queje nefais.
285 13-Une jeune merveille : A young marvel of beauty.
285 21 -N'ayant trait qui ne plût : Having no feature but
what was pleasing.
NOTES-BOOK XII. 421
Page 285 line 22-Quelle l'eût-on, trouvée, etc.: What would she
not have been to those on whom she bestowed
her favours (if so charming to those to whom
she was hardhearted) !
285 34-Sa nativité : For sa naissance. Obsolete, but
not uncommon in the seventeenth century.
286 15- Passant, arrête-toi : Siste, viator !
286 24- Dès ce soir même : Cf. Book iv., Fable 4,
page 64, line 16.
286 29-N'est plus : Is no more : is dead.
286 34-Son perfide = Æneas.
FABLE XXVII.
287 I-L'hospitalier : Hospitaller ; one who visits hos-
pitals. The Knights of Malta were so called.
287 3-Jaloux de leur salut : Desirous of gaining their
salvation.
287 6-Tous chemins vont à Rome : Proverbial. You
may gain your object by many different ways.
287 9-Qu'en apanage : Which one always sees as the
necessary accompaniment of lawsuits. 66Apa-
nage; this word, now only used to signify ter-
ritory assigned to Princes of the Blood for their
maintenance, " formerly meant " pension ali-
mentaire," from the Old French verb apaner
(panis), to feed.
287 12-Depuis
. qu'il est des lois : Ever since laws have
been invented.
287 15-Qu'il viendrait à bout : That he would succeed.
287 20-D'alors : Of those days.
287 22-Chagrins : Cross ; dissatisfied.
287 25-Aux prix de : Compared with.
287 26-Où : To which.
287 26-L'appointeur : The referee (legal) .
287 28-Des deux : i.e., of the two parties concerned―
plaintiff and defendant.
287 31-Rebutaient : Disgusted.
288 4-Apprendre à se connaître : yowli ceαutov.
288- 10-Agitez celle-ci : Stir up this water here.
288 II-La vase, etc. The mud forms a thick cloud,
which counteracts the effects of the (otherwise
clear) crystal ; vase, f., mud, a word of Old
German origin ; vase, m. , a vessel ; L.L.
vasum, vas.
288 18—Ce n'est pas, etc. : I do not mean to say that no
occupation should be permitted.
422 NOTES -PHILÉMON ET BAUCIS :
PHILÉMON ET BAUCIS.
This story is an imitation of Ovid's " Metamorphoses,”
Lib. viii. , 611, et seqq.
Page 289 line 3-Msgr. le Duc de Vendôme was great-grand-
son of Henri IV . and Gabrielle d'Estrées,
born in 1654. A general of some celebrity,
and who with the Prince de Conti became a
great friend and protector of La Fontaine when
Madame de la Sablière withdrew from the
world.
289 4-Ni l'or ni la grandeur : Imitated from Terentius
Varro (B.C. 116).
Non fit thesauris non auro pectu' solutum,
289 7- C'est The reference is obscure. It must mean
that " Riches are the eternal abode of all-
consuming care. ""
289 8-Le fils de Japet : Prometheus.
289 16-Approche-t-il, etc. , etc. Is he getting near the
goal ; is he leaving this (earthly) abode ?
289 21-Dès leur plus doux printemps : Cf. Ovid-
Illa sunt annis juncti juvenilibus, illa
Consenuere casa.
289 23-Clothon : Clotho is more properly the Fate who
holds the spindle, while Lachesis spins the
thread.
289 24-Ils surent : They managed.
289 26-Eux seuls, etc.: Cf. Ovid-
Nec refert dominos illis famulosne requiras :
Tota domus duo sunt.
289 28-Le gré : The recompense. Cf. Book i., Fable 14,
page 13, line 32, " le gré de sa louange.'
290 I- Sut, etc.: Was able to prolong itself still
further.
290 4-Engeance : Cf. Book i. , Fable 19, page 18,
line 21.
290 7-Mille logis, etc.: Cf. Ovid-
Mille domos adiere, locum requiemque petentes ;
Mille domos clausere seræ.
290 7- Un seul : Pas un seul.
290 14- Usez : Make use of.
290 15-L'aide des dieux : By help of the gods we have
kept it such as it is.
290 18-Quand Jupiter, etc. Cf. Voltaire-
Leur Jupiter, au tems du lo1roi Tulle,
Etait de bois, et fut d'or seus Luculle.
NOTES- PHILEMON ET BAUCIS. 423
Page 290 line 21 - Encore que : Although our means are smaller
than our wishes. Cf. Page 1 , line 3.
290 22-Agréeront : Will be graciously pleased to accept.
290 23-Quelques restes, etc.: Cf. Ovid-
Inde foco tepidum cinerem dimovit, et ignes
Suscitat hesternos : foliisque et cortice sicco
Nutrit et ad flammas anima producit anili.
290 26-L'onde tiède : The water being now warm . (Lat.
abl. absolute.) Tiède is fromtepidus. For this
change of the Latin pd into d, cf. hideux from
hispidus ; fade, vapidus ; maussade, male sapi-
dus ; étourdir, extorpidire. Cf. Ovid-
Is (ie , the pot) tepidis impletur aquis, artusque fovendos
Accipit.
290 28-Et pour tromper : And in order to beguile the
wearisomeness of a long waiting. Cf. Ovid-
Interea medias fallunt sermonibus horas.
290 31-Verger : L. viridarium.
290 35-Fut d'ais : Was made of planks not fashioned by
the help of the compass (ie., roughly put
together). Ais, L. assis.
291 2-Qu'en un de ses supports, etc. : Cf. Ovid-
Mensæ sed erat pes tertius impar ;
Testa parem facit.
291 4-Autre injure des ans : Another effect of the wear
and tear of years.
291 5- Escabelles : Stools. L. scabellum.
291 9-Altérés de : Rendered thirsty by.
291 II-Moins il s'allait vidant : The less empty did it
get. Cf. Book i., Fable 10, page 10, line 2-
Queje mevas désaltérant. Cf. Ovid-
Interea, quoties haustum, cratera repleri
Sponte sua, per seque vident succrescere vina.
291 15-Avec ses noirs sourcils : Cf. Horace, where the
same attribute is given to the brow ofJove-
Clari giganteo triumpho
Cuncta supercilio moventis.
291 20-Quand nous serions rois : Even if we were kings.
291 23-Les seuls présents du cœur : A transposition for
"the offering of the heart alone."
291 25-Une perdrix privée : Tame. The most common
word is apprivoisée. Ovid has a goose, not a
partridge-
Unicus anser erat.
291 28-La volatille : Inusit. for volaille. Cf. Book xii. ,
Fable 12, page 267, line 4.
424 NOTES-PHILÉMON ET BAUCIS.
Page 291 line 31-Jupiter intercède : Cf. Ovid-
Superi vetuere necari.
291 32-Cf. Virgil-
Majoresque cadunt altis de montibus umbræ.
291 37-Les autans : The south winds. The original
form of this word, altan, shows it to be derived
from L. altanus, the S. W. wind. (Vitruvius. )
292 2-Un appui, etc. : Cf. Ovid-
Parent ambo, baculisque levati
Nituntur longo vestigia ponere clivo.
292 3-Moitié secours, etc.: Hastening along, half
helped by the gods, and half through fear.
292 6-Les escadrons flottants : i.e. , the clouds.
292 9-Tout disparut sur l'heure : Cf. Ovid-
Mersa palude
Cætera prospiciunt.
292 11-Car encor les humains : One could understand
the men perishing (they had deserved their
fate) ; but the poor beasts !
292 15-Changent, etc. : Change their frail covering for
the hardest marble. Cf. Ovid-
Illa vetus dominis etiam casa parva duobus
Vertitur in templum : furcas subiere columnæ.
Stramina flavescunt [le chaume devient or] :
adopertaque marmore tellus,
Cælatæque fores, aurataque testa videntur.
292 18-Pourpris : Habitation. Participial substantive
from pourprendre, to comprise within limits.
292 19—Lambris : L. lamina, metal plate, or wooden
plank .
292 24-Vous comblez : You overwhelm (with benefits) .
292 27- Prêtres : As priest and priestess.
292 31 -Ensemble nous mourrions, etc. : Cf. Ovid :
Auferat hora duos eadem, nec conjugis unquam
Busta meæ videam ; neu sim tumulandus ab illa.
293 I-Un jour, etc. Cf. Ovid-
Ante graduscausas.
Narrarent sacros quum starent forte locique
293 I-Parvis, properly a space before a church. The
old form of the word was parevis, from parais,
L. paradisus, used in this sense in the authors
of the Middle Ages.
293 7-Habitacle := séjours.
293 8- Hosties = victimes. Both uncommon in this
signification.
293 10-La suite : The order in which the events follow
each other ; = the consecutive history.
293 12-Philémon, etc. :
Frondere Philemona Baucis,
Baucida conspexit senior frondere Philemon
NOTES-PHILÉMON ET BAUCIS. 425
Page 293 line 15- Il veut parler, etc. Cf. Ovid-
Simul abdita texit
Ora frutex.
293 20-Tilleul : L.L. tiliolus, L. tilia.
293 20-Chêne : Old French chesne, L.L. casnus, from
quercinus. For qu becoming c, cf. Lat. quare,
F. car.
293 24-Pour peu que des époux, etc. If a married
couple do but sojourn under their shadow.
293 26-Ah ! si... : This aposiopesis expresses a tardy
regret of La Fontaine that his married life had
not been happier-who was to blame ?
293 28-De fidèles témoins, etc. : Cf. Ovid-
Hæc mihi non vani (neque erat cur fallere vellent)
Narravere senes.
293 33-Los = éloge ; old-fashioned. Cf. Book xii. , Fable
I, page 251, line 36.
294 8-A regret : Reluctantly.
294 16-Tout le sacré vallon : i.e. , of the Muses.
294 18-Des arbres, etc. Of the trees which this place
(Anet) is about to see planted on the banks of
its stream .
294 19-Puissent-ils : fe , these trees.
29
TABLE.
Les Abdéritains et Démocrite , livre VIII, fable xxv₁ .. 180
L'Agneau et le Loup , I , X ......
L'Aigle et l'Escarbot, II , VIII .. 27
L'Aigle et le Hibou , V, XVIII . 98
L'Aigle , la Laie , et la Chatte , III , VI.. 48
L'Aigle et la Pie, XII , XI ..... 263
Alcimadure et Daphnis, XII , XXVI .. 284
L'Alouette et ses Petits , avec le Maître d'un champ, IV, xxii . 83
L'Alouette , l'Autour , et l'Oiseleur , VI , xv .. 114
Amarante et Tircis , VIII , XIII . 162
L'Amateur des jardins et l'Ours , VIII , x. 158
Les deux Amis , VIII , xì .... 160
L'Amour et la Folie, XII, XIV .………. 269
L'Ane et le Cheval, VI , xvI.. 115
L'Ane et le Lion chassant, II , XIX.. 38
L'Ane , le Meunier , et son Fils , III , I.. 42
L'Ane et le Vieillard , VI, VIII.. 108
L'Ane et les Voleurs , I, XIII... 12
L'Ane chargé d'éponges , et l'Ane chargé de sel , II , x . 30
L'Ane et le Chien , III , XVII . 169
L'Ane et le petit Chien , IV, v.. 65
L'Ane et ses Maîtres, VI , XI .. 111
L'Ane portant des reliques, V, xiv. 95
L'Ane vêtu de la peau du Lion , V, xxI.... 101
Un Animal dans la Lune , VI , XVIII .. 145
Les Animaux malades de la peste, VII , I... 122
Les Animaux , le Singe , et le Renard , VI , vI... 107
Les Animaux (Tribut envoyé par) à Alexandre , VI, XII . 72
L'Araignée et l'Hirondelle , X , VII... 220
L'Astrologue qui se laisse tomber dans un puits , II , XII . 32
L'Autour, l'Alouette , et l'Oiseleur , VI, xv.. 114
L'Avantage de la Science , VIII , XIX .. 172
L'Avare qui a perdu son trésor, IV, xx .. 80
Aventuriers (Les deux) et le Talisman , X, XIV... 228
Le Bassa et le Marchand , VIII , XVIII……. 170
La Belette entrée dans un grenier, III, XVII ..... 57
La Belette , le Chat, et le petit Lapin , VII , xXVI ... 142
Felettes (Les deux) et la Chauve-Souris, II, v . 25
TABLE .
Belettes (Le combat des Rats et des) , IV , VI ..... 66
Le Berger et la Mer , IV, II... 61
Le Berger et le Roi, X , x. 222
Le Berger et son Troupeau , IX, xix .. 205
Le Berger qui joue de la flûte, et les Poissons , X, XI .. 224
La Besace , I, VII ..... 9
Borée et Phébus, VI, III . 104
Le Bouc et le Renard, III , v .. 47
Bourgogne (A Monseigneur le duc de).. 255
La Brebis, la Chèvre , et la Génisse , en société avec le Lion , I , vi . 5
Les Brebis et les Loups , III , XII . 54
Le Bûcheron et Mercure, V, I .. 85.
Le Bücheron et la Mort , I , XVI... 15
Le Buisson , la Chauve-Souris, et le Canard , XII , vII .. 258
Le Buste et le Renard , IV, XIV .... 75
Le Canard , le Buisson , et la Chauve-Souris , XII , VII .. 258
Canards (Les deux) et la Tortue , X, III .. 215
Le Cerf malade, XII , vI..... 257
Le Cerf se voyant dans l'eau , VI , ix . 109
Le Cerf et la Vigne, V, xv.... 96
Le Chameau et les Bâtons flottants , IV , x. 70
Le Chapon et le Faucon , VIII , XXI .. 175
Le Charlatan, VI , XIX ... 117
Le Chartier embourbé , VI , XVIII . 116
Le Chasseur et le Lion , VI, II .. 103
Le Chasseur et le Loup , VIII , XXVII .. 182
Le Chasseur , le Roi , et le Milan , XII , XII . 264
Le Chat et le Singe , IX , XVII.. 204
Le Chat, le Cochet , et le Souriceau , VI , v .. 106
Le Chat , la Belette , et le petit Lapin, VII , xvI . 142
Le Chat et les deux Moineaux , XII , II .. 252
Le Chat et le vieux Rat , III , XVIII... 58
Le Chat et le Rat , VIII, xxII . 176
Le Chat et le Renard , IX , XIV . 200
Chat (Le vieux) et la jeune Souris, XII, v . 256
Le Chat-huant et les Souris , XI , IX . 246
Chats (La querelle des) et des Chiens , et celle des Chats et
des Souris, XII , VIII ………. 259
La Chatte métamorphosée en Femme , II , XVIII . 37
La Chatte, la Laie , et l'Aigle , III , vI . 48
La Chauve-Souris et les deux Belettes , II , v …………. 25
La Chauve-Souris , le Buisson , et le Canard , XII , vii . 258
Le Chêne et le Roseau, I , XXII ... 20
Le Cheval s'étant voulu venger du Cerf, IV, XIII . 74
Le Cheval et l'Ane , VI , XVI ...... 115
Le Cheval et le Loup , V, VIII .... 92
Le Cheval , le Renard , et le Loup, XII , XVII . 274
TABLE .
La Chèvre, le Mouton , et le Cochon , VIII , XII .. 161
La Chèvre, la Génisse, et la Brebis, en société avec le Lion, I , vi . 5
La Chèvre , le Chevreau , et le Loup , IV , xv . 76
Chèvres (Les deux), XII , Iv .... 254
Le Chien à qui on a coupé les oreilles, X, IX . 221
Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre , VI , XVI .. 115
Le Chien qui porte à son cou le diner de son maître , VIII , vII . 155
Le Chien , le Renard , et le Fermier , XI , 1 . 236
Le Chien et l'Ane, VIII , xvII . 169
Chien (Le petit) et l'Ane , IV, v. 65
Le Chien et le Loup, I, v.. 4
Le Chien maigre et le Loup, IX, x... 197
Chiens (La querelle des) et des Chats , XII , VIII .. 259
Chiens (Les deux) et l'Ane mort, VIII , xxv... 179
La Cicogne et le Renard , I , xvIII .. 17
La Cicogne et le Loup, III , IX... 52
Le Cierge , IX, XII.... 199
La Cigale et la Fourmi, I , 1 .. 1
La Citrouille et le Gland , IX, IV . 189
Le Coche et la Mouche, VII, 1x .. 133
Le Cochet , le Chat , et le Souriceau , VI , v .. 106
Le Cochon , la Chèvre , et le Mouton , VIII , xii . 161
La Colombe et la Fourmi , II , XII ... 31
Le Combat des Rats et des Belettes, IV, VI .. 66
Les Compagnons d'Ulysse, XII , 1 ... 249
Compagnons (Les deux) et l'Ours , V, xx . 100
Conseil tenu par les Rats, II , II . 23
Le Coq et la Perle, I , xx .. 18
Le Coq et le Renard , II, xv . 34
Coqs (Les deux) , VII , XIII . 138
Les Coqs et la Perdrix, X, vIII.. 221
Le Corbeau , la Gazelle , la Tortue , et le Rat , XII , xv.. 270
Le Corbeau voulant imiter l'Aigle , II , xvI ... 35
Le Corbeau et le Renard , I , II . 2
Le Cormoran et les Poissons, X , iv . 216
La Couleuvre et l'Homme , X , II . 213
La Cour du Lion , VII , VII.... 130
Le Cuisinier et le Cygne , III , XII .. 53
Le Curé et le Mort, VII , XI . 135
Le Cygne et le Cuisinier , III , XII . 53
Daphnis et Alcimadure , XII , XXVI . 284
Dauphin (A Monseigneur le).. 1
Le Dauphin et le Singe , IV, VII .... 68
Démocrite et les Abdéritains, VIII , XXVI . 180
Le Dépositaire infidèle, IX , I. 184
Les Devineresses, VII , xv.. 141
Les Dieux voulant instruire un fils de Jupiter , XI , II . 235
TABLE .
La Discorde, VI , xx.. 118
Le Dragon à plusieurs têtes, et le Dragon à plusieurs queues,
I , XII.. 11
L'Ecolier , le Pédant, et le Maître d'un jardin, IX , v.. 190
L'Écrevisse et sa Fille , XII , x…………. 262
L'Education , VIII , XXIV .. 178
L'Eléphant et le Singe de Jupiter, XII , XXI.. 278
L'Éléphant et le Rat , VIII , xv .. 165
L'Enfant et le Maître d'école , I , XIX.. 17
L'Enfant, la Mère, et le Loup , IV, XVI . 77
Enfans (Le Vieillard et ses) , IV, XVIII.... 78
Enfans (Le Laboureur et ses) , V , Ix.. 93
L'Enfouisseur et son Compère, X, v.... 218
Epilogue du livre VI.. 120
Epilogue du livre XI . 248
L'Escarbot et l'Aigle , II , VIII ... 27
L'Estomac et les Membres . III , II. 44
Fables (Le pouvoir des) , VIII, IV.. 151
Le Faucon et le Chapon , VIII , XXI. 175
La Femme noyée , III , xvI... 56
La Femme , le Mari , et le Voleur , IX , XV. 201
Femme (L'Ivrogne et sa) , III, VII . 50
Les Femmes et le Secret, VIII , VI . 154
Le Fermier , le Chien, et le Renard , XI , III . 236
La Fille , VII , v …………. 127
Fille (La Souris métamorphosée en) , IX, vII .. 193
Le Fils de Roi , le Gentilhomme, le Pàtre , et le Marchand , X, xvI . 232
Le Financier et le Savetier , V¡II , II ………… 149
La Folie et l'Amour, XII , XIV .. 269
La Forêt et le Bûcheron , XII , XVI . 274
La Fortune et le jeune Enfant, V, XI... 94
Fortune (L'Homme qui court après la) , et l'Homme qui l'at-
tend dans son lit , VII , XII ... 136
Fortune ( Ingratitude et injustice des Hommes envers la ) ,
VII , XIV... 139
Le Fou qui vend la Sagesse , IX, VIII ... 195
Un Fou et un Sage, XII , XXII ..... 279
La Fourmi et la Cigale, I, 1 . 1
La Fourmi et la Colombe , II , XII .. 31
La Fourmi et la Mouche , IV , III.. 62
Les Frelons et les Mouches à miel, I , xxI .. 19
La Gazelle, la Tortue, le Rat, et le Corbeau, XII , xv . 270
Le Geai paré des plumes du Paon , IV , Ix .. 70
La Génisse , la Chèvre , et la Brebis, en société avec le Lion ,
I , VI. 5
Le Gentilhomme, le Pâtre, le Fils de Roi , et le Marchand , X , XVI . 232
Le Gland et la Citrouille , IX, IV.. 189
TABLE .
Goût difficile (Contre ceux qui ont le) , II, 1 . 21
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf, I , III . 3
La Grenouille et le Rat , IV , XI …………… . 71
La Grenouille et les deux Taureaux, II , IV ... 24
Les Grenouilles et le Lièvre , II, xiv . 33
112
Les Grenouilles et le Soleil , VI , XII .
XII , XXIV . 282
Les Grenouilles qui demandent un Roi , III , Iv... 46
Le Hérisson , le Renard , et les Mouches, XII , XIII .. 268
Le Héron, VII , Iv .. 126
Le Hibou et l'Aigle, V, XVIII. 98
L'Hirondelle et l'Araignée, X, vII .. 220
L'Hirondelle et les petits Oiseaux, I , VIII . 7
L'Homme et la Couleuvre, X, II . 213
L'Homme et la Puce, VIII, v .. 153
L'Homme et son Image, I , XI ... 10
L'Homme entre deux âges, et ses deux Maîtresses , I , XVII ... 16
L'Homme et l'Idole de bois, IV , VIII ..... 69
L'Homme qui court après la Fortune, et l'Homme qui l'attend
dans son lit, VII , XII …. …. 136
Hommes (Les deux) et le Trésor , IX , xvI .. 202
Hommes (Les trois jeunes) et le Vieillard , XI , VIII . 245
L'Horoscope , VIII , XVI ………. 166
L'Hospitalier, le Juge arbitre , et le Solitaire , XII , XXVII ... 287
L'Huître et le Rat , VIII , IX .. 157
L'Huître et les Plaideurs , IX , IX . 196
L'Impie et l'Oracle , IV , xIx .. 80
L'ingratitude et l'injustice des Hommes envers la Fortune ,
VII, XIV. ..... 139
L'Ivrogne et sa Femme , III , VII .. 50
Le Jardinier et son Seigneur, IV , iv .. 63
Le Juge arbitre , l'Hospitalier , et le Solitaire , XII , XXVII .. 287
Jupiter et le Métayer, VI , Iv ..... 105
Jupiter et le Passager, IX, XIII .. 199
Jupiter et les Tonnerres , VIII , xx. 173
Le Laboureur et ses Enfans , V , Ix . 93
La Laie , la Chatte , et l'Aigle , III , vi . 48
La Laitière et le Pot au lait , VII , x .... 134
Lapin (Le petit) , le Chat , et la Belette , VII , xvI ... 142
Les Lapins , X, xv. 230
Le Léopard et le Singe , IX, .. 189
La Lice et sa Compagne , II , VII . 26
Lièvre (Les Oreilles du) , V, IV... 88
Le Lièvre et les Grenouilles , II , XIV.. 33
Le Lièvre et la Perdrix , V, xvII. 97
Le Lièvre et la Tortue , VI , x.. 110
La Ligue des Rats , XII , xxv .. 283
TABLE.
La Lime et le Serpent , V , XVI . 96
Le Lion , XI , I ... 233
Le Lion et le Pâtre , VI , 1. 102
Le Lion en société avec la Génisse , la Chèvre et la Brebis , I , vi . 5
Le Lion abattu par l'Homme , III , x .. 52
Le Lion amoureux , IV , I. 59
Le Lion devenu vieux , III , XIV .. 55
Le Lion malade , et le Renard , VI , XIV .. 113
Le Lion s'en allant en guerre , V , XIX . 99
Le Lion et l'Ane chassant , II , XIX .. 38
Le Lion et le Chasseur , VI , II.. 103
Le Lion , le Loup , et le Renard , VIII , 1 .. 150
Le Lion et le Moucheron , II , IX .. 28
Le Lion et le Rat , II , XI .... 31
Le Lion , le Singe , et les deux Anes , XI , v . 239
La Lionne et l'Ourse , X, XIII .... 227
Le Loup et l'Agneau , I , x.. 9
Le Loup devenu Berger , III , III . 45
Le Loup et le Chasseur , VIII , XXVII . 182
Le Loup et le Chien , I , v . 4
Le Loup et la Cicogne , III , IX . 52
Le Loup , la Chèvre , et le Chevreau , IV , xv . 75
Le Loup et le Cheval, V, vIII .... 92
Le Loup, le Lion , et le Renard , Viil , .. 150
Le Loup , le Renard , et le Cheval , XII , xvII .. 274
Le Loup, la Mère , et l'Enfant , IV , xvI ... 77
Le Loup plaidant contre le Renard par-devant le Singe , II , III . 24
XI , VI ..... 241
Le Loup et le Renard , 260
XII , IX .
Les Loups et les Brebis , III , XIII . 54
Le Maitre d'école et l'Enfant , I , XIX . 17
Le Maître d'un champ , l'Alouette , et ses Petits , IV , XXII .. 83
Le Maître d'un jardin , l'Ecolier , et le Pédant , IX , v .. 190
Le Malheureux et la Mort , I , xv ... 14
Le Marchand et le Bassa , VIII , XVIII . 170
Le Marchand , le Gentilhomme , le Pâtre , et le Fils de Roi ,
X , XVI... 232
Le Mari , la Femme , et le Voleur , IX , xv ... 201
Marié (Le mal) , VII , II . 124
Les Médecins , V , XII . 95
Les Membres et l'Estomac , III , II . 44
La Mer et le Berger , IV , II . 61
Mercure et le Bûcheron , V, I .. 85
La Mère , l'Enfant , et le Loup , IV, xvI .. 77
Le Métayer at Jupiter , VI , IV . 105
Le Meunier , son Fils , et l'Ane , III , 1 .. 42
Le Milan et le Rossignol, IX, XVIII . 204
TABLE.
Le Milan, le Chasseur , et le Roi , XII , XII. 264
Moineaux (Les deux) et le Chat , XII , II ... 252
La Montagne qui accouche , V, x .. 93
Montespan (A Mme de ) .... 121
La Mort et le Bûcheron , I , XVI . 15
La Mort et le Malheureux , I , xv . 14
La Mort et le Mourant , VIII , 1 . 147
La Mouche et le Coche , VII , IX ... 133
La Mouche et la Fourmi , IV, ш ……. 62
Les Mouches à miel et les Frelons , I , xxi . 19
Les Mouches , le Hérisson , et le Renard , XII , XIII . 268
Le Moucheron et le Lion , II , IX . 28
Le Mourant et la Mort, VIII , 1 . 147
Le Mouton , la Chèvre , et le Cochon , VIII , XII .. 161
Le Mulet se vantant de sa généalogie , VI , VII . 108
Mulets (Les deux) , I , IV . 3
Les Obsèques de la Lionne , VIII , XIV.. 164
L'Œil du Maître , IV , XXI .. 81
L'Euf, les deux Rats , et le Renard , X , 1 . 206
L'Oiseau blessé d'une flèche , II , vI .. 26
Oiseaux (Les petits) et l'Hirondelle , I , vIII .. 7
L'Oiseleur , l'Autour , et l'Alouette , VI , xv . 114
L'Oracle et l'Impie , IV , XIX .. 80
Les Oreilles du Lièvre , V , IV . 88
L'Ours et l'Amateur des jardins , VIII , x .. 158
L'Ours et les deux Compagnons , V , xx . 100
L'Ourse et la Lionne , X , XIII ... 227
Le Paon se plaignant à Junon , II , XVII .. 36
Parole de Socrate , IV, XVII .. 78
Le Passager et Jupiter , IX , XIII . 199
Le Passant et le Satyre , V, VII .. 91
Le Pâtre , le Marchand , le Gentilhomme , et le Fils de Roi ,
X , XVI.... 232
Le Pâtre et le Lion , VI , I. 102
Le Paysan du Danube , XI , VII .. 243
Le Pêcheur et le petit Poisson , V , III . 88
Le Pédant , l'Écolier , et le Maître d'un jardin , IX , V .. 190
La Perdrix et le Lièvre , V, XVII ...... 97
La Perdrix et les Coqs , X , VIII . 221
Perroquets (Les deux) , le Roi , et son Fils , X , XII .. 225
Phébus et Borée , VI , III .. 104
Philomèle et Progné , III , xv .. 55
Le Philosophe scythe , XII , xx . 277
La Pie et l'Aigle , XII , XI .. 263
Les Pigeons et les Vautours , VII , VIII . 131
Pigeons (Les deux) , IX , II ..... 186
Les Plaideurs et l'Huître, IX, Ix .. 196
TABLE .
Poisson (Le petit) et le Pêcheur , V, III. 88
Les Poissons , et le Berger qui joue de la flûte , X , XI . 224
Les Poissons et le Cormoran , X , IV... 216
Les Poissons et le Rieur, VIII , VIII .. 156
Le Pot de terre et le Pot de fer, V, II. 87
La Poule aux œufs d'or, V , XIII .. 95
Les Poulets d'Inde et le Renard , XII , xvIII . 275
Le Pouvoir des Fables , VIII , IV .. 151
Progné et Philomèle , III , xv . 55
La Querelle des Chiens et des Chats , et celle des Chats et des
Souris , XII , VIII . 259
Le Rat qui s'est retiré du monde , VII , III .. 125
Le Rat et l'Eléphant, VIII , xv .. 165
Le Rat , le Corbeau , la Gazelle, et la Tortue , XII , xv . 270
Le Rat et la Grenouille , IV , XI .. 71
Le Rat et l'Huître , VIII , IX .. 157
Le Rat de ville et le Rat des champs , I , IX .. 8
Le Rat et le Chat , VIII , XXII .. 176
Rat (Le vieux) et le Chat , III , XVIII .. 58
Rats (Combat des Belettes et des) , IV , VI .. 66
Rats (Conseil tenu par les) , I , II .. 23
Rats ( Les deux ) , le Renard et l'Euf, X , 1 .. 206
Le Renard ayant la queue coupée , V, v . 89
Le Renard anglois , XII , XXIII . 280
Le Renard et le Bouc , III , v ... 47
Le Renard et le Buste , IV, XIV ... 75
Le Renard et la Cigogne , I , XVIII .. 17
Le Renard , le Loup , et le Cheval , XII , xvii . 274
Le Renard , les Mouches , et le Hérisson , XII , XIII . 268
Le Renard et les Poulets d'Inde , XII , XVIII ... 275
Le Renard et les Raisins , III , XI ... 53
Le Renard , le Singe , et les Animaux , VI , VI . 107
Le Renard et le Corbeau , I , II .. 2
Le Renard , le Chien et le Fermier , XI , III .. 236
Le Renard et le Lion malade , VI , xiv . 113
Le Renard plaidant contre le Loup par-devant le Singe, II, III . 24
Le Renard et le Loup , X] , VI... 241
XII , IX.. 260
Le Renard , le Lion et le Loup , VIII , 111. 150
Le Renard et le Chat , IX, XIV .. 200
Le Renard et le Coq , II , xv ... 34
Rien de trop , IX , XI ……
.. 198
Le Rieur et les Poissons , VIII, VIII . 156
La Rivière et le Torrent , VIII , XXIII .. 177
Le Roi , son Fils et les deux Perroquets, X , XII . 225
Le Roi , le Milan et le Chasseur, XII , XII .. 264
Le Roi ct le Berger , X , x.. 222
TABLE.
Le Roseau et le Chêne , I , XXII ..... 20
Le Rossignol et le Milan , IX , XVIII .. 204
Un Sage et un Fou, XII , XXII ...... 279
Le Satyre et le Passant , V, VII . 91
Le Savetier et le Financier, VIII , II. 149
Le Serpent et la Lime, V, xvI .. 96
Le Serpent et le Villageois , VI , XIII .. 112
Serpent (La tête et la queue du) , VII , xvn .. 144
Servantes (Les deux) et la Vieille , V, vi .. 90
Simonide préservé par les Dieux, I , XIV .. 12
Le Singe, XII , XIX .. 276
Le Singe de Jupiter et l'Eléphant, XII , XXI . 278
Le Singe et le Chat, IX, xvII ... 204
Le Singe et le Dauphin , IV, vII .. 68
Le Singe, le Renard , et les Animaux , VI , vi .. 107
Singe ( Le Loup plaidant contre le Renard par- devant le) ,
II , III ..... 24
Le Singe, le Lion, et les deux Anes , XI, v .. 239
Le Singe et le Léopard , IX , III .. 189
Le Singe et le Thésauriseur, XII , III .. 253
Socrate (Parole de) , IV, xvII .. 78
ན་ . XII .. 112
Le Soleil et les Grenouilles , 282
XII , XXIV ..
Le Solitaire, le Juge arbitre , et l'Hospitalier , XII , XXVII .. 287
Le Songe d'un Habitant du Mogol, XI , iv .. 238
Les Souhaits, VII, VI .. 128
Le Souriceau , le Cochet , et le Chat , VI , v . 106
Souris (La jeune) et le vieux Chat , XII , v . 256
La Souris métamorphosée en fille , IX, vii .. 193
Souris (La querelle des) et des Chats , XII, VIII . 259
Les Souris et le Chat-huant, XI, Ix ... 246
Le Statuaire et la Statue de Jupiter , IX, vi . 191
Testament expliqué par Ésope , II , xx .. 39
Taureaux (Les deux) et la Grenouille, II , Iv . 24
La Tête et la Queue du Serpent , VII , XVII . 144
Le Thésauriseur et le Singe, XII , III . 253
Tircis et Amarante, VIII, XIII ... 162
Le Torrent et la Rivière , VIII , x×¹ . 177
La Tortue et les deux Canards, X, .... 215
La Tortue , le Rat, le Corbeau , et la Gazelle, XII , xv . 270
La Tortue et le Lièvre , VI , x .. 110
Le Trésor et les deux Hommes , IX, XVI ... 202
Tribut envoyé par les Animaux à Alexandre, IV , XII . 72
Les Vautours et les Pigeons , VII , VIII.. 131
Veuve (La jeune) , VI , XXI .. 119
Le Vieillard et l'Ane , VI , VIII . 108
Le Vieillard et ses Enfans, IV, XVIII .. 78
TABLE .
Le Vieillard et les trois jeunes Hommes, XI , VIII .. 245
La Vieille et les deux Servantes , V, VI .. 90
Le Villageois et le Serpent, VI , xìì ...... 112
Ulysse (Les Compagnons d') , XII , I ……. 249
Le Voleur, le Mari , et la Femme , IX , xv . 201
Les Voleurs et l'Ane, I, XIII.. 12
PHILEMON ET BAUCIS ... • 289
FIN DE LA TABLE .
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JUN 2 9 1943
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