Réparation du pont en arc à Maameltein
Réparation du pont en arc à Maameltein
service d'Études
techniques
des routes
et autoroutes n° 57 - mars 2008
Ouvrages d'art
SOMMAIRE Bulletin du Centre
des Techniques d'Ouvrages d'Art
Viaduc de Saint-Cloud
Réparation de la précontrainte à l’aide
d’absorbeurs – Première partie : réflexions
initiales et conception des absorbeurs
Pascal Charles, Evelyne Humbert
☛ P. 14
Stages ☛ P. 39
Erratum
Dans le bulletin ouvrages d’art n° 56.
Article - Viaduc de Pont-à-Mousson - Suivi par
courburemétrie lors des travaux de remplacement
de précontrainte extérieure. Page 15, chapitre
L’extensométrie, il faut lire : « Les courbures déduites
des déformations sont également de l’ordre de 30 % »
à la place de 0 %.
Ce bulletin en téléchargement sur les sites internet et
intranet du Sétra, tient compte de cette modification.
Directeur de la publication : Jean-Claude Pauc. Comité de rédaction : Thierr y Kretz, Emmanuel Bouchon, Angel-Luis Millan, Gilles
Lacoste (Sétra), Pierre Paillusseau (Cete du Sud-Ouest), Véronique Le Mestre (Cgcp/Migt05), Jean-Christophe Carles (Cete Méditerranée),
Bruno Godart (Lcpc). Rédacteur en chef : Nicole Cohen (Sétra) - tél : 01 46 11 31 97. Conception graphique et réalisation : Eric Rillardon (Sétra) -
tél : 01 46 11 33 42. Impression : Caractère. 2, rue Monge- BP 224-15002 Aurillac Cedex - ISSN : 1266-166X - ISBN : 978-2-11-094655-3 © Sétra - 2008
la réparation
du pont en arc à
Maameltein (Liban)
R a j a A s m a r, E m m a n u e l B o u c h o n , J e a n - P i e r r e
B u y s , D o m i n i q u e D e s c h a m p s , B é c h a r a K a s s i s ,
Antoine Salame, Wadih Salha, Philippe Vion
Photo 1 : vue du pont depuis l’aval – Source : Antoine Salamé (Gicome)
55 m, il est légèrement dissymétrique avec une pente de nervures. Sur une longueur de 8,20 m de part et
plus raide côté Tripoli. d’autre de la zone centrale, le tablier en dalle nervurée
est relié aux caissons par les nervures et des murettes
Chaque ouvrage comporte deux arcs en caisson qui les prolongent.
monocellulaire distants de 6,50 m entre axes
Dans la zone courante la dalle nervurée est reliée
(figures 4a et 4b). La hauteur du caisson est de 2,14 m
à l’arc par l’intermédiaire de pilettes distantes de
au droit des naissances et de 2,00 m sur le reste de
8,20 m entre axes. Les pilettes sont constituées de deux
l’ouvrage. Les âmes ont une épaisseur de 25 cm avec un
poteaux de 0,25 × 0,75 m réunis deux à deux par un
épaississement de 15 cm en partie supérieure sur une
voile 0,15 × 2,20 m.
hauteur de 75 cm. L’épaisseur du hourdis supérieur
est de 26 cm au droit des naissances et de 18 cm sur En dehors de l’arc, il y a trois pilettes côté Beyrouth
le reste de l’ouvrage. L’épaisseur du hourdis inférieur et deux coté Tripoli, la première pilette étant fondée
varie de 54 cm aux naissances à 18 cm à la clé. Les sur le massif de l’arc (figure 2). Toutes les pilettes sont
arcs ont été construits sur cintre. encastrées sur l’arc et le tablier sauf la dernière pilette
côté Tripoli qui est articulée en tête. Aux abouts le
Chaque arc comporte un nœud central d’une longueur
tablier est en appui simple sur les culées à mur de
de 33,45 m. Dans la zone de clé sur 17,05 m le hourdis
front.
supérieur du caisson des arcs est confondu avec la dalle
du tablier, les âmes et leur endossement font office
0
22.0
4.3
R6
94 m
d’épaisseur supportée par quatre nervures hautes, transversale, la hauteur des nervures, y compris le
une paire associée à chaque arc (figures 4a, 4b). hourdis, varie de 1,325 à 1,51 m. Les nervures sont
Des goussets d’une épaisseur de 15 cm assurent la reliées transversalement par des entretoises espacées
jonction avec les nervures. L’épaisseur des hourdis de 8,20 m entre axes. L’épaisseur des entretoises est
en encorbellement varie de 12 cm en rive à 33 cm de 65 cm. L’entretoise à la clé de l’ouvrage est notée
à l’enracinement sur les nervures. La largeur des e1, les entretoises côté Tripoli sont notées de e2 à e7,
nervures est de 40 cm et l’entraxe entre une paire celles côté Beyrouth de e’2 à e’7 (figure 2).
Arc 4
Arc 3
Arc 2
Arc 1
Photo 2 : désordres à la clé - vue depuis la chaussée aval Photo 3 : désordres à la clé - vue de dessous
Source : Antoine Salamé (Gicome) Source : Antoine Salamé (Gicome)
Photos 4a et 4b : désordres du hourdis supérieur de l’arc 3 côté Beyrouth (extérieur et intérieur) – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
sont encastrés aux naissances, les pilettes hors tablier formes et du coffrage, le bétonnage, le vérinage à la
sont encastrées en pied, les poutres longitudinales sont clé, le clavage.
en appui simple au droit des culées, les pilettes de la
dernière file avant la culée côté Tripoli (côté Nord) Conclusion du calcul de l’ouvrage aval
sont articulées en tête. L’ouvrage aval est plus abîmé que l’ouvrage amont.
Il n’a pas été pris en compte de redistribution d’effort La continuité à la clé est partielle, l’effort normal de
par fluage dans le modèle de flexion générale, car compression des arcs passe par une section réduite à
l’ouvrage a été construit sur cintre. une partie de l’âme aval et des hourdis de l’arc 4. Pour
figurer les parties d’ouvrage endommagées, les barres
Conclusion du calcul de l’ouvrage amont du modèle ont été retirées ou leurs caractéristiques
Les désordres sur l’ouvrage amont concernent l’arc 2 ont été modifiées.
sur une dizaine de mètres au voisinage de la clé (âme Les déplacements mesurés sur l’ouvrage aval après
aval et hourdis en encorbellement) et le hourdis bombardement, 5 cm transversalement et 1 cm
intermédiaire à la clé. La continuité de l’ouvrage verticalement, se sont révélés cohérents et dans le
à la clé est assurée quasiment par l’ensemble de la même sens que les résultats du calcul théorique, 3 cm
section, hormis une portion d’âme, ce qui permet transversalement et 1 cm verticalement.
de transmettre correctement l’effort normal de Les différentes étapes de la réparation ont été étudiées
compression des arcs. Pour figurer les parties d’ouvrage en comparant divers principes de sécurisation :
endommagées, les barres du modèle ont été retirées le premier par haubanage et pylônes provisoires
ou leurs caractéristiques ont été modifiées. appuyés sur les massifs de l’arc ; le deuxième par
Les différentes étapes de la réparation ont été étudiées haubanage, précontrainte extradossée et pylônes
en comparant divers principes de mise en sécurité : le provisoires ; le troisième par précontrainte extradossée
premier par haubanage et pylônes provisoires appuyés et précontrainte horizontale.
sur les massifs de l’arc ; le deuxième par haubanage, La mise en sécurité de l’ouvrage est indispensable
précontrainte extradossée et pylônes provisoires ; le pour supporter les deux demi-ouvrages pendant
troisième par précontrainte horizontale. la reconstruction du nœud central et limiter la
La mise en sécurité de l’ouvrage est nécessaire pour compression dans l’arc 4. Les résultats des calculs ont
pouvoir passer le trafic à deux voies de circulation sur conduit à retenir une mise en sécurité par précontrainte
l’ouvrage tout en respectant les contraintes admissibles extradossée et précontrainte horizontale (figure 11).
dans l’arc 1. Les résultats des calculs ont conduit Les phases de calcul prennent en compte l’état
à mettre en œuvre une précontrainte horizontale après bombardement et les différentes étapes de la
à l’extrados du tablier. Les deux familles de câbles, reconstitution : la mise en tension de la précontrainte
symétriques par rapport à la clé de l’arc 2, règnent du de sécurité, les charges des plates-formes et du coffrage,
nœud central jusqu’au culées (figure 10). le bétonnage du U inférieur, le vérinage à la clé, le
Les phases de calcul prennent en compte l’état bétonnage du hourdis supérieur. Le modèle prend en
après bombardement et les différentes étapes de la compte les différentes phases de la réparation, mais
reconstitution : la mise en tension de la précontrainte ne prend pas en compte la redistribution des efforts
de sécurité, les charges correspondant au trafic Vl par fluage.
avec deux voies de circulation, les charges des plates-
z
y x
Figure 9 : modèle 3D d’un ouvrage
avec le tablier ;
• mise en sécurité de l’ouvrage aval par une précontrainte
horizontale et une précontrainte extradossée, purge
Principe général du béton dégradé, puis reconstitution des parties
endommagées et injection des fissures ;
Le principe général de la réparation a été le suivant :
• mise en œuvre des équipements sur l’ouvrage
• mise en sécurité de l’ouvrage amont par une aval ;
précontrainte horizontale, puis reconstitution des
parties endommagées sous trafic Vl avec deux voies • basculement de la circulation sur l’ouvrage aval
de circulation ; et mise en œuvre des équipements sur l’ouvrage
amont.
• réparation de la partie inférieure de l’arc 3 côté sud
entre la naissance de l’arc et la limite du nœud central
Photo 5 : massif d’ancrage arrière et bloc déviateur Photo 7 : massif de liaison avec le tablier et barres de précontrainte
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) (côté Beyrouth) – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
La mise en sécurité de l’ouvrage amont Les travaux se poursuivent par la mise en place d’une
plate-forme (photo 8) pour la reconstitution du
L’ouvrage amont est sécurisé par 8 câbles 6T15 hourdis inférieur et de l’âme de l’arc 2 endommagés.
provisoires, 4 par côté (figure 10) situés dans l’axe de La plate-forme est suspendue par des barres ancrées
l’arc 2 et ancrés sur des massifs en béton armé. Chaque sur des traverses métalliques posées sur le tablier. Après
groupe de quatre câbles tient un demi-arc. La mise en purge du béton et reprise des armatures (photo 9), le
œuvre de cette précontrainte horizontale a nécessité hourdis et l’âme sont ferraillés, coffrés et bétonnés.
la réalisation de deux massifs d’ancrage et de deux
blocs déviateurs situés au delà des culées (photo 5), Une compensation de l’arc 2 à la clé a été réalisée avec
deux massifs de liaison avec le tablier sont situés dans un effort de vérinage de 250 t. Les vérins ont été mis
le nœud central de part et d’autre de la clé de l’arc 2 en œuvre dans le joint de clavage : trois au niveau du
(photos 6 et 7). Chaque massif de liaison est ancré à hourdis inférieur (photo 10) et un vérin dans chacune
l’aide de 10 barres de précontrainte. Chaque massif des âmes. Les âmes et le hourdis inférieur ont été
arrière est ancré à l’aide de 6 tirants 7T15 de 18 m épaissis pour disposer les vérins et faciliter la diffusion
prétendus à 130 t. des efforts concentrés. Enfin, le joint de clavage a été
bétonné (photo 11). Ensuite, les câbles provisoires ont
été détendus, ce qui a complété la poussée de l’arc.
La réparation de l’ouvrage amont
Après reconstruction de l’ouvrage amont, il a été réalisé
Après sa mise en sécurité, l’ouvrage amont a été ouvert des épreuves de chargement. Un contrôle visuel a été
au trafic Vl sur deux voies. Un portique a été disposé effectué à l’intérieur du caisson et sur les faces externes
avant l’ouvrage, côté Beyrouth, pour limiter le gabarit visibles, aucune fissuration n’a été observé.
de circulation à 2,30 m.
Photo 8 : mise en place des plates-formes Photo 9 : mise en place du ferraillage à la clé de l’arc 2 – Source : Jean-
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Pierre Buys (Freyssinet)
Photo 10 : vérins au niveau du hourdis inférieur Photo 11 : joint de clavage bétonné – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
Photo 12 : bétonnage du hourdis supérieur de l’arc 3 Photo 14 : démolition du hourdis inférieur
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
coulés sur la dalle du tablier et liaisonnés à la structure - reconstruction de l’âme aval avec épaississement
par six barres verticales de précontraintes. Les barres de 10 cm,
traversent le bloc et une entretoise de renfort, large - épaississement des âmes de l’arc 3 sur 4 m de
d’un mètre, qui est coulée au contact de la dalle, du longueur et 10 cm d’épaisseur à l’arrière des blocs,
hourdis supérieur de l’arc et des âmes. Les surfaces de - épaississement du hourdis inférieur de l’arc 4 sur
contact sont repiquées afin d’améliorer le coefficient 15 m de longueur et 10 cm d’épaisseur ;
de frottement. • Reconstitution de l’arc 3 entre les massifs de liaison
Les blocs d’ancrage de la précontrainte extradossée et l’entretoise e2 côté Tripoli :
sont situés à cheval sur les entretoises e’2 et e2. La - mise en place des plates-formes de travail,
dimension en plan des blocs est de 1 m par 1,5 m pour - injection des fissures sur les nervures de l’arc 3
une épaisseur de 50 cm. Ils sont coulés sur la dalle (photos 19a et 19b),
du tablier et liaisonnés à la structure par 4 barres de - coffrage du U inférieur, ferraillage et bétonnage du
précontraintes de 40 mm de diamètre. Les entretoises hourdis inférieur,
sont épaissies afin de pouvoir ancrer les barres qui sont - ferraillage et bétonnage des âmes,
tendues à 70 % de leur limite de rupture. - coffrage, ferraillage et bétonnage de l’entretoise e2
et du hourdis supérieur,
- ferraillage et bétonnage des encorbellements,
La réparation de l’ouvrage aval - ferraillage et bétonnage des blocs d’ancrage de la
Nous récapitulons ci-dessous les phases de réparation précontrainte extradossée.
de l’ouvrage aval.
Mise en sécurité
Phases préparatoires (avant la mise en sécurité) • Mise en tension de la précontrainte provisoire.
• Reconstitution des arcs 3 et 4 à l’arrière des massifs
de liaison de la précontrainte de sécurité : Reconstitution du caisson de l’arc 4
- démolition de l’âme aval de l’arc 3 sur 3 m de • Mise en place des plates-formes pour la reconstitution
longueur, de l’arc 4 ;
• Reconstitution du caisson avec épaississement des
âmes entre les entretoises e1 et e3.
Photo 15 : massifs de liaison et précontrainte de sécurité Photo 16 : pylône et précontrainte extradossée
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
• Démolition des zones fracturées et du béton dégradé encorbellement par plots successifs ;
de la dalle et de l’arc 3 (photo 17) ; • Démontage de la précontrainte de sécurité ;
• Mise en place des plates-formes pour la reconstruction • Renforcement de l’entretoise e1 par tissu en fibre
de l’arc 3 ; de carbone (Tfc).
• Coffrage du U inférieur, ferraillage et bétonnage du
hourdis inférieur ; Finitions
• Ferraillage et bétonnage des âmes de chaque côté • Traitement des fissures restantes par injection et/ou
du joint de clavage, 15 m côté Tripoli et 10 m côté mise en œuvre de Tfc ;
Beyrouth (photo 18) ; • Mise en œuvre de l’enrobé et des superstructures ;
• Compensation de l’arc 3 à la clé à l’aide de vérins • Essais de chargement.
(5 × 60 t) ;
Pour compenser une légère fissuration, les âmes et le
• Coffrage, ferraillage, bétonnage des joints de hourdis inférieur de l’arc 4 ont été épaissis sur une
vérinage ; vingtaine de mètres côté Tripoli.
• Coffrage, ferraillage, bétonnage du hourdis supérieur Une compensation de l’arc 3 à la clé a été réalisée
et de l’entretoise e1 au droit de l’arc. avec un effort de vérinage de 300 t. Les vérins ont été
mis en œuvre dans le joint de clavage : un au niveau
Reconstitution du tablier dans le nœud central
du hourdis inférieur, deux vérins dans chacune des
• Démolition du hourdis supérieur entre les arcs 3 âmes dont un situé à la base (figure 12). Les âmes et
et 4 ; le hourdis inférieur ont été épaissis pour faciliter leur
• Coffrage, ferraillage et bétonnage du hourdis mise en œuvre. Ensuite, les câbles provisoires ont été
supérieur et entretoises entre les arcs 3 et 4 par plots détendus, ce qui a complété la poussée de l’arc.
successifs ;
Figure 12 : principe de vérinage - ouvrage aval Photo 17 : démolition de l’arc 3 – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
Photo 18 : joint de clavage de l’arc 3 – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Photos 19a et 19b : injection des fissures – Source : Philippe Vion (Sétra)
Les travaux de réparation du pont de Maameltein se Maîtrise d’ouvrage : Casino du Liban, donateur ayant
sont achevés en juillet 2007 après une durée d’environ reçu de ce fait une délégation du Cdr.
huit mois. Le chantier s’est déroulé dans d’excellentes
conditions à la plus grande satisfaction de tous. Le Maîtrise d’œuvre : Dar Al Handasah Nazi Taleb &
montant total de la réparation s’élève à 3 millions Partners.
de dollars. Le coût de construction d’un ouvrage
Entreprise générale / Groupement : Freyssinet-Butec
neuf identique est évalué à 15 millions de dollars par
Joint Venture.
les consultants libanais, voire 17 millions de dollars
dans le contexte économique actuel, sans compter la Bureau d’études : Freyssinet - Sétra - Gicome.
démolition.
Cette réussite témoigne d’un partenariat Sous traitant : Société Profond pour la réalisation des
particulièrement réussi entre les Ingénieurs consultants tirants dans le sol.
du Liban, le Casino du Liban, les services centraux
de l’État Français représentés par le Sétra, et les
Entreprises Freyssinet et Butec ■
Quelques ruptures de câbles de précontrainte Le présent document est la première partie d’un article
extérieure protégés par du coulis de ciment au contact qui décrit l’ensemble des réflexions menées pour
des armatures ont été observées en France ces dernières réparer avec l’aide de dispositifs absorbeurs d’énergie
années. La note d’information n° 29 Sétra/Lcpc de la précontrainte additionnelle d’un autre ouvrage,
décembre 2007 présente l’état des connaissances sur le le viaduc de Saint-Cloud, suite à la découverte de la
sujet et fait des recommandations sur les investigations rupture d’un câble de précontrainte en mars 1998.
qui peuvent être réalisées pour évaluer l’état d’une Cette première partie présente le processus qui a
précontrainte extérieure, sur les consignes de sécurité conduit à l’idée de concevoir des dispositifs absorbeurs
à appliquer et sur la conduite à tenir en cas de doute d’énergie, et la conception de ces absorbeurs. La
sur un câble ou en cas de rupture constatée. seconde partie de l’article, présentera dans le prochain
Cette note est disponible sur le site internet du numéro du bulletin « Ouvrages d’art » les adaptations
Sétra : de ce système au viaduc de Saint-Cloud, ainsi que la
[Link] mise en œuvre et le retour d’expérience.
[Link]
Cet article est le fruit d’un travail collectif auquel ont
Le cas du viaduc de Pont-à-Mousson a fait l’objet participé également Pierre Brevet, Marwan Dannawi,
d’une présentation dans le précédent numéro du Thierry Kretz, Jean-Michel Lacombe, Pierre Peyrac,
bulletin « Ouvrages d’art » de novembre 2007. Christian Tessier.
Paris
Figure 2 : coupe longitudinale des deux ouvrages reliés par un appui cantilever
à trois alvéoles construite sur la base de voussoirs à Renforcement par précontrainte additionnelle
joints conjugués collés, posés par encorbellements
successifs à partir des piles. A la suite de la publication de la circulaire ministérielle
du 2 avril 1975 relative notamment aux redistributions
L’ouvrage a été réalisé par l’entreprise Campenon d’efforts par fluage et aux effets du gradient thermique
Bernard entre 1972 et 1974. La conception d’origine, dans les ponts en béton précontraint construits par
réalisée sur la base du règlement de précontrainte encorbellements successifs, un nouvel examen de la
« IP1 », ne prévoyait que de la précontrainte intérieure note de calcul des tabliers a été entrepris en vue de
au béton, constituée de câbles 12T13 tendus à déterminer l’incidence des phénomènes définis par
120 tonnes. Le béton est un B35. L’ouvrage est cette circulaire qui n’avaient pas été pris en compte
précontraint transversalement. lors de la conception de l’ouvrage.
Le hourdis inférieur est d’épaisseur variable le long de Cet examen a fait apparaître qu’en tenant compte des
l’ouvrage, les âmes étant d’épaisseur constante sauf sur dispositions de la circulaire susvisée, des contraintes
les grandes travées où elles sont plus épaisses. L’alvéole de traction relativement importantes devaient exister
centrale est de largeur constante alors que les alvéoles en certains points des hourdis inférieurs des travées
latérales sont de largeur variable dans la zone où le du pont sur la Seine et des travées les plus longues du
pont est de largeur variable. La figure 3 présente une viaduc d’accès. Ces contraintes ont été confirmées par
coupe transversale type de l’ouvrage. une inspection détaillée, des fissures ont été en effet
décelées dans certains joints entre voussoirs.
Photos 2 : intérieur du viaduc avec la précontrainte additionnelle – Source : Pascal Charles (Sétra)
Figure 4 : schéma de la précontrainte additionnelle dans le viaduc d’accès (C1 à P8 en haut) et le pont sur la Seine (P9 à C2 en bas)
Pour remédier à ces désordres un confortement La mise en place de cette précontrainte additionnelle a
général de l’ouvrage a été entrepris consistant en un nécessité d’une part de couler des déviateurs solidarisés
renforcement de la précontrainte existante au moyen aux voussoirs par l’intermédiaire de barres de clouage
de câbles extérieurs 12T15 mis en place à l’intérieur (barres Dywidag), et d’autre part d’aménager les
des caissons. Ces travaux ont été confiés à l’entreprise entretoises existantes pour disposer les ancrages. De
ayant réalisé l’ouvrage. plus, au niveau des culées, des blocs d’ancrage en
béton cloués aux âmes ont été réalisés car il n’était pas
Les travaux de confortement se sont déroulés de 1979 possible d’utiliser l’entretoise d’about.
à 1981 et ont consisté en l’ajout de 60 câbles 12T15
représentant 10 000 m avec des câbles pouvant aller On peut aussi noter une particularité au niveau du
jusqu’à 300 m et régnant sur 4 grandes travées au cantilever à la jonction entre les deux ouvrages. Les
maximum. câbles issus d’une entretoise font le tour du cantilever
et reviennent sur une autre entretoise proche de la
première (ou la même). Ceci permet d’avoir l’effet
de deux câbles avec seulement deux ancrages en
profitant du massif de béton important supportant
l’appareil d’appui du cantilever. L’inconvénient de
cette disposition est que le câble ne peut tourner tel
quel autour du cantilever. Les torons sortent de leur
gaine générale, s’épanouissent dans un bloc de béton
puis font le tour du cantilever après être sortis du bloc
de béton. Les torons à nu sont alors protégés dans une
gaine métallique.
Photos 4 : câble rompu dans le viaduc de Saint-Cloud ; épluchage de la gaine au passage du déviateur – Source : Rst
masse) ont été déterminées de la manière la plus se résumer à une succession de propagations d'onde et
réaliste possible (avec prise en compte du coulis de de réflexions de celle-ci aux extrémités du câble. Tant
ciment). qu'il ne flambe pas, le câble est successivement tendu,
détendu, comprimé, décomprimé, retendu un peu
Au vu des différents résultats, le phénomène comme un ressort auquel on applique un déplacement
rencontré après la rupture peut s'expliquer de la façon initial et que l'on lâche brutalement. L'ensemble des
suivante : propagations et réflexions successives de l'onde est
donné dans le tableau suivant, en notant x = 0 l'ancrage
Juste après rupture du câble, et en considérant
et x = L la zone de rupture :
Phase Dénomination État initial État final
Phase 0 Rupture du câble
Phase 1 : première Câble détendu et animé
Câble sans vitesse tendu
propagation de l’onde entre Détension du câble d’une vitesse d’ensemble
à-F
x = L et x = 0 uniforme
Phase 3 : seconde propagation Propagation d’une onde de Câble détendu et animé Câble sans vitesse et
de l’onde entre x = 0 et x = L compression d’une vitesse uniforme comprimé à + F.
Figure 5a : phases 0 et 1
Figure 5b : phases 2 et 3
3. Propagation de la compression
2. Réflexion
1. Propagation de la détension
Figure 6 : répartition de la force instantanée le long du câble (en MN, donc entre - 2,1 MN et + 2,1 MN) sans flambement à plusieurs
instants. Résultat numérique obtenu à partir des équations de la dynamique des poutres en traction-compression
s’amorce, la force de compression diminue dans le premières études (T15 de 50 m et 12T15 de 100 m)
câble. L’énergie de compression se transforme en mais pas pour la troisième (12T15 de 40 m).
énergie de flexion du câble et en énergie cinétique.
Cette diminution de force n’apparaît pas lorsque le Le phénomène de flambement traduit une instabilité
câble ne flambe pas. mais qui n’est pas instantanée. Le câble a tendance à
partir en flexion mais avec une vitesse finie, puisque le
Les courbes figure 8 issues cette fois du modèle câble a une inertie massique. Ainsi, sur le monotoron
numérique de calcul et représentant la répartition des T15 de 50 m, du fait de la faible masse du câble, le
efforts normaux le long du câble à chaque milliseconde, flambement s’initie très rapidement, et est visible
confirment cette analyse. Juste après rupture du câble, presque instantanément. Pour le câble 12T15, il
une phase de détension du câble se produit (illustrée faut attendre plus longtemps (il faut une longueur
dans la figure 8 par les courbes situées sous l’axe des comprimée plus importante et un temps pendant
abscisses), puis le câble se comprime après réflexion à lequel cette longueur est comprimée relativement
l’ancrage (phase illustrée sur la figure 8 par les courbes important aussi).
situées au dessus de l’axe des abscisses). Enfin, le
flambement dynamique se produit et se traduit par Pour le câble de 100 m le phénomène de flambement
une chute de l’effort de compression à 1MN. s’observe sur environ 25 m dès que l’onde de
Efforts normaux après rupture, elle intervient au point d’attache à l’abscisse 100 m
Flambement dynamique
Figure 8 : répartition de l’effort normal dans le câble de 100 m à différents instants, suivant le modèle de calcul dynamique réalisé
compression a parcouru 55 m alors que pour le câble sens. Néanmoins, l’expérience sur le viaduc de Saint-
de 40 m, il ne s’observe pas, puisque l’initiation Cloud a montré que ceci peut s’avérer partiellement
du flambement a tout juste commencé que l’onde inexact. Il faut donc étudier les deux phénomènes, avec
de décompression revient déjà annulant tout blocage et sans blocage. Dans cette dernière situation,
flambement. le démarrage est identique, mais quand l’onde atteint
l’ancrage, elle ne se réfléchit pas. À cet instant, tout
Cette expérience incite pour les analyses ultérieures à le câble est animé d’une vitesse V = 25 m/s et il n’y a
modéliser des 12T15 de grande longueur (100 - 150 plus rien pour le retenir (figure 9). Il poursuit donc
m) de façon à être le plus défavorable possible. On sa course à cette vitesse.
voit ainsi que la longueur du câble intervient dans
le sens où plus le câble est long, plus l’onde met de On a donc un projectile de masse ρSL et de
temps à atteindre l’extrémité et à se réfléchir : de vitesse V.
grandes boucles se forment et le phénomène devient
irréversible. Par contre si le câble est court, il est
décomprimé avant que le flambement ne se soit
développé suffisamment et celui-ci est stoppé. La
longueur critique au-dessous de laquelle le flambement
n’a pas le temps de se développer a été déterminée par
la modélisation numérique.
Il est aussi à noter que dans la réalité, un certain
nombre de frottements ont lieu (gaines-tubes
cintrés, ou bien coulis-gaine etc.), ce qui dissipe de
l’énergie. De même, la gaine en Pehd se détériore,
éventuellement se déchire ce qui consomme une
petite partie d’énergie. Malheureusement, cette part
d’énergie dissipée est impossible à chiffrer, si bien
qu’on la négligera dans la suite de l’étude.
Un autre effet probable, mais qui n’a pu être mis en
évidence par le modèle numérique et l’expérimentation
est le fouettement arrière du câble. En effet toute
l’extrémité arrière du câble, entre la zone de rupture
et le premier déviateur est animée d’une vitesse a
priori principalement longitudinale, mais qui peut
avoir une composante transversale du fait par exemple
de déviations en plan du câble, ou encore de défauts
initiaux ou d’une dissymétrie quelconque. L’arrière du
câble peut présenter ainsi un mouvement totalement
incontrôlé. Ce phénomène, lié à des incertitudes
géométriques initiales, n’a pu être reproduit.
Figure 9
Situation au bout de 80 ms après la rupture Situation au bout de 120 ms après la rupture Situation au bout de 160 ms
Photos 5 : comparaison modèle numérique - essais à différents instants après la rupture – Source : Setec (modèles numériques), Lcpc (photos)
après la rupture Situation au bout de 280 ms après la rupture Situation au bout de 400 ms après la rupture
Figure 10 : évolution du niveau de danger dans l’ouvrage pendant les différentes opérations réalisées, et temps d’exposition nécessaire pour
accomplir ces opérations
L’ordinateur est relié au réseau téléphonique et les Études des efforts sur un déviateur au moment de la
mesures transmises pour analyse des résultats. rupture d’un câble
La difficulté est de cerner dans l’ensemble des mesures L’objectif de cette étude confiée à Freyssinet était
celles qui sont dues à une rupture de fil. Dans les d’estimer à l’aide d’un calcul aux éléments finis la
premiers mois, il a fallu calibrer l’écoute pour éliminer charge longitudinale maximale à laquelle peut résister
les bruits de fond dus par exemple aux passages des un déviateur extérieur de l’ouvrage.
poids lourds et former les analystes.
En effet, lors de la rupture de 1998, le câble ayant
Le suivi de l’ouvrage effectué a montré que si le nombre cassé dans une zone horizontale, il a amené sur le
d’évènements qui sont vraisemblablement dus à des déviateur un effort perpendiculaire au plan de celui-
ruptures de fils sont assez limités par des températures ci. C’est le cas le plus favorable car il minimise les
normales, il y a une augmentation très forte en période frottements dans la traversée du déviateur et donc les
de froid durable. efforts transmis à celui-ci.
Ainsi en janvier 2003 alors que la température est Compte tenu que les déviateurs sont ici ajoutés et liés
restée plusieurs jours en dessous de - 5° C, il a été au tablier par des barres Dywidag, la question était
entendu 27 ruptures de fils alors que toute l’année de savoir s’ils risquaient d’être endommagés en cas
2002 n’avait connu que 6 ruptures. de rupture brutale, accidentelle ou provoquée par un
Cela a également montré que de nombreux câbles changement de câble.
présentent des ruptures de fils depuis que la surveillance Le déviateur calculé à l’aide du programme Cosmos
acoustique a débuté. (logiciel aux éléments finis volumiques prenant en
Ces constatations ont incité le comité technique à compte la loi de comportement élasto-plastique du
demander de rechercher des solutions pour se protéger béton) est un déviateur placé dans des conditions
de la rupture d’un câble et à envisager des scénarios défavorables en terme de sollicitation et comportant
de changement de l’ensemble de la précontrainte 3 câbles.
extérieure. La conclusion de l’étude est que la rupture du
déviateur se fait par excès de compression dans le
béton (lorsque la déformation du béton dépasse
Contraintes de compression selon 0x sur la face 0,35% à l’Elu accidentel) pour une valeur de l’effort
opposée à l’effort longitudinal (en MPa) longitudinal équivalent proche de 75 t. Cette rupture
se produit au niveau de l’arête du déviateur dans
la partie basse de la structure du côté opposé au
chargement (figure 11). Cet effort de 75 tonnes est
suffisamment important pour penser que lors de sa
détension et de son glissement dans le tube déviateur,
le câble n’endommagera pas le déviateur. S’il se bloque
partiellement dans le déviateur, la gaine et le coulis
de ciment cèderont et libèreront le câble avant que le
déviateur ne subisse des dommages.
précises ont été imposées. Pour pouvoir se placer glissement de l’ensemble coulis/câble dans la gaine et
sur plusieurs câbles parallèles espacés de Ø, il il fallait éviter d’appliquer un effort de serrage trop
fallait que l’encombrement latéral par rapport au important qui aurait pu entraîner des désordres dans
câble soit inférieur à ½ Ø. Comme les câbles sont le coulis et donc réduire à néant les efforts transmis.
proches du sol ou du hourdis supérieur dans certains
endroits, leur encombrement vertical devait aussi L’étude a donc comporté les étapes suivantes :
être limité. D’autre part les contraintes d’accès déjà • définition du marteau et de ses conditions de
citées précédemment militaient pour des éléments serrage ;
transportables manuellement. • définition expérimentale du seuil de frottement
entre la gaine du câble et le coulis en fonction de la
La conception de l’absorbeur proprement dit a
vitesse de choc ;
été rapide mais les contraintes géométriques et de
fonctionnement de l’ensemble câble/coulis/gaine/ • validation expérimentale de la fonctionnalité du
marteau en dynamique ont nécessité plusieurs essais nouveau marteau intégrant les enseignements de
pour calibrer le marteau. l'étape précédente.
Les schémas (figures 15 à 17, photos 7 et 8) illustrent
le travail de conception et de validation du dispositif
amortisseur.
Figure 16 : coefficient de glissement coulis-gaine en fonction de la vitesse de Photos 7 : dispositif expérimental pour tester l’amortisseur en
choc. Les valeurs sont extrêmement faibles : il est donc indispensable d’empêcher laboratoire – Source : École Centrale de Nantes
le glissement du coulis dans la gaine sous peine de ne plus dissiper suffisamment
d’énergie
Tous ces essais ont eu lieu au sein de la société Essais en vraie grandeur
Eurocrash pour tester le système et notamment
ajuster la force plastique du système absorbant. Une Les justifications du bon fonctionnement
force maximale de 10 tonnes, qui correspond pour le de l’amortisseur ont été réalisées sur le banc de
câble 12T15 à la force d’adhérence entre la gaine et précontrainte du Lcpc à Nantes à l’aide de 2 essais
le coulis, a été déduite des essais. La partie absorbante sur câble réel de 100 m de long, l’un sans blocage des
a donc été conçue pour avoir une force plastique de ancrages, et l’autre avec blocage.
10 tonnes. L’énergie absorbée par un amortisseur est
de 100 kJ par mètre de déplacement du câble. Il est Po u r l’ e s s a i s a n s b l o c a g e d u c â b l e , u n b o n
à noter que l’énergie d’un câble 12T15 est d’environ fonctionnement du système a été observé. Il a repris
7 kJ par mètre de câble. On voit donc tout l’intérêt de une grande partie de l’énergie du câble. Il n’y a pas
placer suffisamment d’amortisseurs, et de permettre eu de fouettement observé (ce qui était prévisible
un grand déplacement de ceux-ci. car l’ancrage n’était pas bloqué), pas de déplacement
longitudinal trop important : l’effet « projectile »
Les amortisseurs ont été brevetés dès leur conception car évoqué plus haut ne s’est pas manifesté.
ils représentent un travail de recherche important. Pour l’essai avec blocage, un bon fonctionnement de
l’amortisseur a été observé, mais aussi un flambement
du câble limité à environ 1 m. Ceci provient du fait que
l’énergie absorbée par l’amortisseur n’est pas suffisante
vis-à-vis de l’énergie totale du câble. Néanmoins,
sans amortisseur, la boucle formée peut provoquer
des déplacements de 3 à 4 m. Ici, les déplacements
sont donc limités. Il est aussi à noter que pour cet
essai, deux amortisseurs ont été mis en place pour un
câble de 100 m. Dans la seconde partie de l’article
qui paraîtra dans le bulletin ouvrages d’art n° 58, on
verra que pour le cas du viaduc de Saint-Cloud, la
disposition réelle est meilleure. Le déplacement de 1m
du câble observé près de l’ancrage représente donc un
grand maximum. Il est à noter aussi que pour l’essai,
on a faiblement injecté le câble près de l’ancrage,
réduisant ainsi fortement son inertie et augmentant
sa propension à flamber. Dans la réalité, il y a tout de
même la présence du coulis de ciment qui rigidifie et
amortit beaucoup, même si certains vides existent.
boucle est inévitable. Sur un câble réel de 100 m, tendu que son déplacement total est, du fait de l’absorption
à 7 pour mille avec 1 amortisseur tous les 30 m (donc d’énergie par l’amortisseur relativement faible, son
3 pour le câble de 100 m), si on ne prend en compte fouettement latéral sera aussi modéré et donc peu
que le déplacement dû à la détension du câble, les dangereux ■
amortisseurs reprennent respectivement :
Amortisseur 1 E = 100 kN x 0,007 x 30 m = 20 kJ,
Amortisseur 2 E = 100 kN x 0,007 x 60 m = 40 kJ,
Amortisseur 3 E = 100 kN x 0,007 x 90 m = 60 kJ,
soit une énergie totale de 120 kJ.
Si on ajoute le déplacement dû à la compression du
câble, cela double l’énergie et donne 240 kJ.
L’énergie du câble 12T15 est de ½ x 12 x 139 mm² x
190 000 MPa x 0,007² x 100 m = 776 kJ. On est donc
au-delà de l’énergie absorbée par les amortisseurs.
Par contre dès qu’une boucle se forme, même si son
amplitude est faible (50 cm à 1 m), le déplacement
longitudinal au niveau de l’amortisseur est plus élevé
(si le câble est de longueur constante) et permet
d’absorber toute l’énergie. Ainsi la taille de la boucle
ne peut pas diverger, alors que sans amortisseurs, la
limite de 3 ou 4 mètres évoquée précédemment est sans
doute due aux rebonds successifs sur la structure.
L’efficacité du dispositif est donc avérée, mais il
faut toutefois prendre certaines précautions et ne
pas considérer que l’on peut rester proche du câble.
Néanmoins, dans une zone éloignée de 50 cm à 1 m
du câble, on est parfaitement en sécurité ce qui est
suffisant. Par ailleurs, ce dispositif d’amortisseur a aussi
un effet favorable sur l’autre phénomène redouté, à
savoir le fouettement arrière du câble. En effet, comme
Photos 9 : état de l’absorbeur après déformation – Source : Rst Photo 10 : flambement résiduel du câble avec amortisseur – Source : Rst
ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN
et de la maintenance
préventive
Nathalie Odent
Photo n° 1 : extrémité du dispositif d’évacuation des eaux absente à Photo n° 2 : chute d’eau sur une passerelle de visite devenue
proximité d’une poutre métallique – Source : Rst dangereuse et inutilisable – Source : Rst
Photo n° 3 : bavette de récupération des eaux sous un Photo n° 4 : le joint n’est plus étanche Photo n° 5 : défaut d’étanchéité du joint de
joint de chaussée, décrochée de ses fixations, sous la par dégagement du caoutchouc + défaut chaussée ou de trottoir, provoquant des
surcharge des détritus accumulés par défaut d’entretien d’étanchéité à l’about du tablier coulures d’eau et le décollement du cachetage
Source : Rst Source : Rst de la précontrainte transversale d’un Vipp
Source : Rst
Photo n° 7 : amoncellement de corps flottants autour d’une pile Photo n° 8 : érosion des berges et désorganisation de la protection de
Source : Rst la pile avec mise à nu d’un encagement – Source : Rst
ancrages de câbles et des coulures d’eau peuvent du possible être signalées aux services gestionnaires
s’infiltrer par les têtes d’ancrage. La boue et l’humidité des ponts.
sont également préjudiciables à la bonne conservation
des appareils d’appui sur culées.
Élimination de la végétation
Systèmes parafouilles La végétation sur les parements d’ouvrages, notamment
les murs de soutènement, est parfois considérée
Les appuis en rivière sont protégés par des systèmes comme esthétique, notamment par les riverains. Mais,
parafouilles qui doivent être correctement entretenus. elle a deux inconvénients : d’une part, elle cache les
Les corps flottants autour des piles, souvent après une défauts des parements et gêne la surveillance de leur
crue importante, doivent être éliminés rapidement état, d’autre part, les racines de la végétation peuvent
pour éviter des phénomènes de tourbillon et des efforts créer une importante désorganisation de la structure.
latéraux risquant d’endommager la base des appuis. Il est d’ailleurs recommandé d’être très prudent quand
Les fondations anciennes avec des pieux en bois sont on enlève la végétation : la couper à ras du parement
à surveiller particulièrement, surtout si une baisse de et ne pas chercher à extraire les racines profondément
niveau d’eau les découvre. Le bois peut alors pourrir. ancrées, dont l’arrachement causerait la ruine des
Enfin, les modifications du lit des cours d’eau peuvent ouvrages.
avoir des incidences très fâcheuses sur les fondations
des appuis en rivière [2]. Elles devraient dans la mesure
Photo n° 6 : défaut d’étanchéité Photo n° 9 : végétation rampante sur le parement d’un Photo n° 10 : végétation enracinée dans
du joint de chaussée ou de trottoir, mur de soutènement – Source : Rst des lacunes, des cavités de la maçonnerie
provoquant des coulures d’eau en about d’un mur de soutènement – Source : Rst
de poutre de Vipp où se situent des
ancrages de précontrainte – Source : Rst
Photo n° 11 : défaut d’étanchéité au droit d’une réservation de Photo n° 12 : défaut d’étanchéité au voisinage de la fixation de la
gargouille mal réalisée – Source : Rst platine inférieure d’une glissière de sécurité. Coulures d’eau en sous-
face de la membrure supérieure d’une poutre de Vipp. La couleur
rougeâtre témoigne d’un processus de corrosion d’acier – Source : Rst
Photo n° 13 : stalactites actives provenant de la dissolution du Photo n° 14 : efflorescences et coulures d’eau de couleur rouille,
mortier des joints entre pierres d’un pont en maçonnerie, par défaut en extrémité d’une poutre de Vipp, le long de câbles relevés de
ou absence d’étanchéité favorisant le cheminement de l’eau à travers précontrainte, par défaut d’étanchéité – Source : Rst
l’ouvrage – Source : Rst
Photo n° 15 : écaillage et éclatement du béton d’une corniche de Photo n° 16 : éclatement de béton et armatures corrodées sur
tablier, sous l’action du gel-dégel, éventuellement complétée par le talon d’une poutre de Vipp, par défaut de positionnement du
l’attaque des sels de déverglaçage – Source : Rst coffrage et donc d’enrobage des aciers – Source : Rst
Photo n° 17 : dégradation des parements et attaque en profondeur Photo n° 18 : défaut d’enrobage des armatures d’un talon de poutre
du béton en pied de pile et sur le mur de front d’une culée, par de Vipp comprenant de nombreux conduits de précontrainte
défaut de protection contre un environnement particulièrement Source : Rst
agressif – Source : Rst
Il ne faut pas attendre pour intervenir sur un ouvrage [1] Instruction technique pour la surveillance et
qu’il se trouve dans l’état des illustrations incluses l’entretien des ouvrages d’art - Deuxième Partie
ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN
dans cet article. Consacrer une part du budget pour - Fascicule 02 : Généralités sur la surveillance -
entretenir les éléments de protection, dont le bon état Direction des Routes - Lcpc 2002
permet de garantir la durabilité des structures, est très
pertinent sur le plan économique. [2] Instruction technique pour la surveillance et
l’entretien des ouvrages d’art - Deuxième Partie
Rappelons ici qu’un guide sur l’entretien des ouvrages - Fascicule 20 : Zone d’influence - Accès - Abords
d’art [3] a été publié par le Sétra en 2000, pour aider - Direction des Routes - Lcpc 2003
les services en charge du réseau routier à mener à bien
cette mission. Le Lcpc a lui aussi publié en 2002 un [3] Entretien des ouvrages d’art - guide à l’usage des
guide concernant la protection des bétons [4] ■ subdivisions - Direction des Routes - Sétra 2000
[4] Protection des bétons par application de produits
à la surface du parement - Guide technique du Lcpc
- décembre 2002
Ponts Formation Édition : la formation continue de l’École des Ponts dans le domaine des ouvrages d’art
Ponts en maçonnerie 1re partie : surveiller et diagnostiquer 11, 12 mars 2008
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 1 : connaissances de base 2 partie e
18 au 20 mars 2008
Ponts métalliques et mixtes : de la conception à la réalisation 18 au 20 mars 2008
Cycle « Bétons et nouvelles performances » les Bap : les bétons autoplaçants 2, 3 avril 2008
Prévenir les risques de réaction sulfatique interne dans les bétons 14 et 15 1/2 journée 2008
INFORMATIONS BRÈVES
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 2 : grands ouvrages en béton 15 mai 2008
précontraint
Cycle « Formuler les bétons » module 1 : base et pratique de la formulation des bétons 20, 21 mai 2008
Pré-dimensionner et calculer les appareils d’appui structuraux pour ouvrages d’art 27 mai 2008
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 4 : ouvrages métalliques et ponts à 3 au 5 juin 2008
câbles stage 2 parties
Prescrire les bétons de structure selon les nouveaux référentiels (NF EN 206-1,
Eurocodes, EN 13670, fascicule 65) :
• mieux viser la durabilité des ouvrages 4, 5 juin 2008
Ponts en maçonnerie 2 partie : réparer et adapter
e
10, 11 juin 2008
Exigences techniques pour l’exécution des constructions métalliques (bâtiment et génie
civil) :
• la nouvelle norme EN 1090 17, 18 juin 2008
et structures similaires
Guide technique
Référence : 0734 – Novembre 2007 – 64 pages – Prix
de vente : 14 euros
Ce guide technique est destiné essentiellement aux
concepteurs de ponts. Les éléments qu’il contient
doivent permettre de dimensionner les appareils
d’appui à pot d’élastomère en vue d’une utilisation
sur les ponts et viaducs routiers, les passerelles et les
structures similaires.
Ce document comprend essentiellement :
• une description sommaire de ce type de produit et
des équipements particuliers qui lui sont liés ;
• les principaux textes réglementaires de base ;
• les critères de dimensionnement sur la base des textes
normatifs préparés par le Cen (Comité Européen de
Normalisation) ;
• une méthodologie de calcul, non pas du produit lui-
même, mais de son utilisation dans un projet de pont
avec un exemple pratique basé sur un cas réel.
Les avis techniques fournissent un avis officiel sur le Étanchéité des ponts-routes
comportement prévisible des produits, procédés et Produit Entreprise Date Validité Ref.
matériels pour éclairer les maîtres d’ouvrages et les Sopralène Flam AR
maîtres d’œuvre dans leurs décisions. Soprema 06-2007 06-2012 F AT ET 07.01
P Glacivap
Ces avis techniques sont rédigés sous la responsabilité Orthochape EIFFAGE TP 09-2007 09-2012 F AT ET 07.02
d’une commission mise en place par le Sétra, associant OF. DES
l’Administration et la profession représentée par les 8 + 22
ASPHALTES
11-2007 11-2012 F AT ET 07.03
syndicats.
Le secrétariat et la présidence de cette commission sont Ces avis techniques sont consultables sur les sites
respectivement assurés par le Sétra et la profession. internet et intranet du Sétra (rubrique « Productions ») :
L’élaboration d’un avis technique est soumise aux • internet : [Link]
étapes suivantes : • i2 (réseau intranet du ministère de l’Équipement) :
• dépôt de la demande ; [Link]
• enquête préalable (s’il s’agit d’une première demande
jugée recevable) ;
• examen du dossier technique et établissement du
programme d’essais ;
• établissement d’un avis technique.
(*) Les Eurocodes sont les normes françaises homologuées transposant À consulter sur :
les normes européennes pour la conception et la vérification des Internet : [Link]
ouvrages de bâtiment et de génie civil. Entamée il y a 30 ans, la [Link]
rédaction des Eurocodes est terminée. L’Europe dispose d’un corpus
unique, qui garantit la fiabilité et la sécurité des structures sur de Via le réseau intranet du Ministère : [Link]
mêmes bases. Les pays européens ont jusqu’à 2010 pour mettre en setra.i2
œuvre les Eurocodes.
Le catalogue des publications et logiciels du Sétra est consultable sur internet et le réseau i2 du ministère de
l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables.
Vous y trouverez :
• les dernières parutions,
• les ouvrages disponibles, avec résumé, référence, prix de vente…,
• les modalités de commande.
Retrouver également en téléchargement (au format PDF) les numéros précédents du Bulletin Ouvrages d’art.
sur i2 : [Link]
46 avenue
Aristide Briand
BP 100
92225 Bagneux Cedex
France
téléphone :
33 (0)1 46 11 31 31
télécopie :
33 (0)1 46 11 31 69
internet : [Link].
[Link]