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Réparation du pont en arc à Maameltein

Le document décrit l'expertise et la réparation d'un pont en arc endommagé au Liban. Le pont a subi des dommages importants suite à des bombardements en 2006. Le Sétra a participé à l'élaboration de l'avant-projet de réparation et au suivi des travaux. Le document présente les caractéristiques techniques de l'ouvrage existant et le déroulement du projet de réparation.

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Réparation du pont en arc à Maameltein

Le document décrit l'expertise et la réparation d'un pont en arc endommagé au Liban. Le pont a subi des dommages importants suite à des bombardements en 2006. Le Sétra a participé à l'élaboration de l'avant-projet de réparation et au suivi des travaux. Le document présente les caractéristiques techniques de l'ouvrage existant et le déroulement du projet de réparation.

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Sétra

service d'Études
techniques
des routes
et autoroutes n° 57 - mars 2008

Ouvrages d'art
SOMMAIRE Bulletin du Centre
des Techniques d'Ouvrages d'Art

L’expertise et la réparation du pont


en arc à Maameltein (Liban)
Raja Asmar, Emmanuel Bouchon, Jean-
Pierre Buys, Dominique Deschamps,
Béchara Kassis, Antoine Salame, Wadih
Salha, Philippe Vion ☛ P. 2

Viaduc de Saint-Cloud
Réparation de la précontrainte à l’aide
d’absorbeurs – Première partie : réflexions
initiales et conception des absorbeurs
Pascal Charles, Evelyne Humbert
☛ P. 14

Importance du contrôle annuel, de


l’entretien et de la maintenance
préventive
Nathalie Odent ☛ P. 33

Stages ☛ P. 39

Erratum
Dans le bulletin ouvrages d’art n° 56.
Article - Viaduc de Pont-à-Mousson - Suivi par
courburemétrie lors des travaux de remplacement
de précontrainte extérieure. Page 15, chapitre
L’extensométrie, il faut lire : « Les courbures déduites
des déformations sont également de l’ordre de 30 % »
à la place de 0 %.
Ce bulletin en téléchargement sur les sites internet et
intranet du Sétra, tient compte de cette modification.

Les dernières publications


Ouvrages d'art ☛ P. 40

Directeur de la publication : Jean-Claude Pauc. Comité de rédaction : Thierr y Kretz, Emmanuel Bouchon, Angel-Luis Millan, Gilles
Lacoste (Sétra), Pierre Paillusseau (Cete du Sud-Ouest), Véronique Le Mestre (Cgcp/Migt05), Jean-Christophe Carles (Cete Méditerranée),
Bruno Godart (Lcpc). Rédacteur en chef : Nicole Cohen (Sétra) - tél : 01 46 11 31 97. Conception graphique et réalisation : Eric Rillardon (Sétra) -
tél : 01 46 11 33 42. Impression : Caractère. 2, rue Monge- BP 224-15002 Aurillac Cedex - ISSN : 1266-166X - ISBN : 978-2-11-094655-3 © Sétra - 2008

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 


L’expertise et
INCIDENTS, RÉPARATIONS

la réparation
du pont en arc à
Maameltein (Liban)
R a j a A s m a r, E m m a n u e l B o u c h o n , J e a n - P i e r r e
B u y s , D o m i n i q u e D e s c h a m p s , B é c h a r a K a s s i s ,
Antoine Salame, Wadih Salha, Philippe Vion

Figure 1 : plan de situation

Introduction externe des études d’exécution et du phasage de


reconstitution. Le Casino du Liban a financé la
réparation du pont sous forme d’un don, et a reçu de
ce fait une délégation de maîtrise d’ouvrage du Cdr.
Le pont P3 assurant le franchissement d’un vallon
par l’autoroute Beyrouth-Tripoli a été construit entre Le présent article concerne la réparation de l’ouvrage
1964 et 1965, il est situé à 20 kilomètres au nord de depuis l’expertise jusqu’à la fin du chantier. Il présente
Beyrouth sur la commune de Maameltein dans la baie les différents choix techniques, analyse les dispositions
de Jounieh (figure 1). retenues et retrace les enseignements tirés de ce projet
singulier.
Le pont est constitué de deux ouvrages parallèles,
distants de deux centimètres, d’une longueur totale de
140 m. Chaque ouvrage comporte deux arcs de 94 m
d’ouverture, supportant un tablier à dalle nervurée
L’ouvrage existant
qui repose, en dehors du nœud central de 33 m, sur
des pilettes.
Le pont a subi des dommages importants suites à des Le pont est en alignement droit, orienté Nord-Sud.
bombardements le 4 août 2006, mais il ne s’est pas Le profil en long présente un point haut au niveau de
effondré. la clé de l’arc et des pentes constantes de 0,5 % vers
les abouts (figure 2). Le pont est constitué de deux
À cette occasion une mission de conseil a été confiée ouvrages indépendants, l’ouvrage amont supporte
au Sétra pour participer à l’élaboration de l’avant la chaussée de l’autoroute en direction de Tripoli et
projet de réparation du pont. L’avant-projet consistait l’ouvrage aval supporte la chaussée de l’autoroute en
à expertiser, recalculer et proposer des principes de direction de Beyrouth.
réparation. Le Sétra et le bureau d’études Libanais Pour chaque sens de circulation le profil en travers
Gicome ont remis leurs propositions en septembre est défini par : un trottoir de 1 m de largeur, une
2006. chaussée de 9 m, un terre plein central de 3 m, soit
une largeur totale de 13,00 m (figure 3). La plate-
Fin septembre, le marché de réparation a été confié par forme autoroutière est en toit, avec un raccordement
le Conseil de Développement et de Reconstruction du parabolique central de 6 m de largeur, deux pentes
Liban (Cdr) au groupement d’entreprises Freyssinet à 2 % vers l’extérieur de 9 m chacune, et deux
- Butec. À la demande de ce groupement une nouvelle horizontales de 1 m chacune. La couche de roulement
mission a été confiée au Sétra en accord avec Gicome a une épaisseur de 6 cm, et il n’y a pas de couche
pour participer à l’inspection de l’ouvrage, aux études d’étanchéité. Le vallon a une profondeur maximum de
définissant les principes de réparation, au contrôle

 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

Photo 1 : vue du pont depuis l’aval – Source : Antoine Salamé (Gicome)

55 m, il est légèrement dissymétrique avec une pente de nervures. Sur une longueur de 8,20 m de part et
plus raide côté Tripoli. d’autre de la zone centrale, le tablier en dalle nervurée
est relié aux caissons par les nervures et des murettes
Chaque ouvrage comporte deux arcs en caisson qui les prolongent.
monocellulaire distants de 6,50 m entre axes
Dans la zone courante la dalle nervurée est reliée
(figures 4a et 4b). La hauteur du caisson est de 2,14 m
à l’arc par l’intermédiaire de pilettes distantes de
au droit des naissances et de 2,00 m sur le reste de
8,20 m entre axes. Les pilettes sont constituées de deux
l’ouvrage. Les âmes ont une épaisseur de 25 cm avec un
poteaux de 0,25 × 0,75 m réunis deux à deux par un
épaississement de 15 cm en partie supérieure sur une
voile 0,15 × 2,20 m.
hauteur de 75 cm. L’épaisseur du hourdis supérieur
est de 26 cm au droit des naissances et de 18 cm sur En dehors de l’arc, il y a trois pilettes côté Beyrouth
le reste de l’ouvrage. L’épaisseur du hourdis inférieur et deux coté Tripoli, la première pilette étant fondée
varie de 54 cm aux naissances à 18 cm à la clé. Les sur le massif de l’arc (figure 2). Toutes les pilettes sont
arcs ont été construits sur cintre. encastrées sur l’arc et le tablier sauf la dernière pilette
côté Tripoli qui est articulée en tête. Aux abouts le
Chaque arc comporte un nœud central d’une longueur
tablier est en appui simple sur les culées à mur de
de 33,45 m. Dans la zone de clé sur 17,05 m le hourdis
front.
supérieur du caisson des arcs est confondu avec la dalle
du tablier, les âmes et leur endossement font office
0
22.0
4.3
R6

94 m

Figure 2 : coupe longitudinale

Figure 3 : Profil en travers fonctionnel pour les deux ouvrages

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 


Chaque tablier est constitué d’une dalle de 18 cm de nervures est de 2,45 m. Compte tenu de la pente
INCIDENTS, RÉPARATIONS

d’épaisseur supportée par quatre nervures hautes, transversale, la hauteur des nervures, y compris le
une paire associée à chaque arc (figures 4a, 4b). hourdis, varie de 1,325 à 1,51 m. Les nervures sont
Des goussets d’une épaisseur de 15 cm assurent la reliées transversalement par des entretoises espacées
jonction avec les nervures. L’épaisseur des hourdis de 8,20 m entre axes. L’épaisseur des entretoises est
en encorbellement varie de 12 cm en rive à 33 cm de 65 cm. L’entretoise à la clé de l’ouvrage est notée
à l’enracinement sur les nervures. La largeur des e1, les entretoises côté Tripoli sont notées de e2 à e7,
nervures est de 40 cm et l’entraxe entre une paire celles côté Beyrouth de e’2 à e’7 (figure 2).

Figure 4a : coupe transversale d’un ouvrage au droit d’une pilette

Figure 4b : coupe transversale d’un ouvrage à la clé

 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

L’expertise l’aval, c’est l’arc 3 le plus endommagé, puis les arcs


2 et 4, enfin l’arc 1 qui a reçu un éclat côté aval
(photos 2 et 3).
Au stade de l’avant-projet, les études ont été menées Les bombes utilisées sont vraisemblablement des
à partir des plans et d’extraits de la note de calculs bombes à fragmentation qui explosent à l’impact en
d’origine, des relevés topographiques, des photos prises libérant de nombreux éclats. Ces éclats ont provoqué
sur le site en août et septembre 2006. des dégâts sur les quatre arcs et la majorité des pilettes.
Les relevés réalisés lors de la visite d’inspection Le souffle de l’explosion a également entraîné des
du 25 septembre ont permis d’avoir un aperçu de désordres importants sur l’arc 3 (photos 4a et 4b) et
l’ensemble des désordres sur les ouvrages. La mise en sur le tablier des deux ouvrages. Sous l’effet du souffle
place de moyens d’accès a permis d’approcher la clé le hourdis supérieur de l’arc s’est soulevé entre pilettes
des arcs sous le tablier. le désolidarisant des âmes. Au droit des pilettes, le
hourdis supérieur étant bloqué, c’est la jonction entre
L’ouvrage amont est en service avec une seule voie de
le hourdis inférieur et les âmes qui s’est fissurée.
circulation et un trafic limité aux Vl. L’ouvrage aval
est fermé. Les désordres observés peuvent être classés en quatre
catégories :
Les désordres • des zones sectionnées où le béton est inexistant ;
• des zones très fissurées, voire fracturées, où le béton
Les photos réalisées en août et septembre 2006
ne contribue plus à la résistance structurelle ;
montrent que les points d’impacts principaux sont
localisés au voisinage de la clé des ouvrages. Le plus • des zones fissurées où les fissures sont de quelques
abîmé est l’ouvrage aval, son arc côté amont est dixièmes de millimètre ;
complètement sectionné. • des zones où le béton est dégradé, et comporte des
Si on numérote de 1 à 4 les arcs depuis l’amont vers trous, éclats, épaufrures.

Arc 4

Arc 3

Arc 2

Arc 1

Photo 2 : désordres à la clé - vue depuis la chaussée aval Photo 3 : désordres à la clé - vue de dessous
Source : Antoine Salamé (Gicome) Source : Antoine Salamé (Gicome)

Photos 4a et 4b : désordres du hourdis supérieur de l’arc 3 côté Beyrouth (extérieur et intérieur) – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 


La localisation des principaux désordres est récapitulée pour étudier la flexion générale d’un ouvrage avec prise
INCIDENTS, RÉPARATIONS

sur les figures 5 à 8. en compte des surcharges (figure 9) ;


• un modèle de l’ouvrage amont après bombardement
Les investigations avec prise en compte des différentes étapes de la
réparation et d’une circulation réduite ;
Dans le cadre de l’expertise et à la demande du • un modèle de l’ouvrage aval après bombardement
bureau d’études Gicome, la Société Assaco a réalisé avec prise en compte des différentes étapes de la
le 15 septembre 2006 des essais de résistance à la réparation.
compression du béton sur éprouvettes cylindriques,
Les axes du repère général sont notés X, Y et Z. La
à partir d’échantillons prélevés en différents
pente longitudinale de l’ouvrage, 0,5 % de part et
emplacements sur des blocs de béton sectionnés. Les
d’autre de la clé, a été négligée. La pente transversale
résultats des quatre éprouvettes testées donnent des
de l’ouvrage n’a pas été prise en compte pour des
valeurs de résistance comprises entre 26 et 29 MPa.
raisons de simplification, ainsi la hauteur des poutres
Pour la suite on a considéré que le béton avait une
longitudinales est identique et prise égale à la hauteur
résistance C25/30.
moyenne.
À la demande de l’entreprise la Société Touma
L’ensemble des nœuds du tablier est modélisé au niveau
Engineering a réalisé le 6 novembre 2006 des essais
de la fibre moyenne des sections située à 0,406 m de
de résistance à la compression du béton et des essais
l’intrados de l’ouvrage. Le tablier est modélisé par
non destructifs au marteau Schmidt (scléromètre).
4 poutres longitudinales. Le découpage longitudinal
Le but des essais non destructifs était de vérifier
positionne les nœuds au droit des entretoises et à
l’homogénéité du béton des arcs, des pilettes et du
mi-distance de ces dernières selon un espacement de
tablier. Les résultats des deux éprouvettes testées
4,10 m. L’espacement transversal est de 2,45 m entre
donnent des valeurs de résistance comprises entre 28
les nervures latérales et de 4,05 m entre les nervures
et 30 MPa. Les résultats des essais au marteau Schmidt
centrales. Des nœuds intermédiaires ont été rajoutés
donnent des valeurs homogènes sur l’ensemble des
entre les nervures latérales au droit des entretoises.
zones testées.
Ces nœuds situés à l’aplomb de la fibre moyenne des
sections de pilettes correspondent à l’encastrement
Les calculs pilettes/tablier.
Les arcs sont modélisés au niveau de la fibre moyenne
Modélisation des sections. Chaque arc est modélisé en deux
Les calculs de l’expertise ont été effectués à l’aide tronçons, les nœuds sont situés sur une parabole ayant
du programme à barres ST1 du Sétra en option un rayon de 65,39 m.
tridimensionnelle, conjointement par le Ctoa du Sétra Les pilettes sont modélisées au niveau de la fibre
et le département technique de l’entreprise Freyssinet. moyenne des sections par une seule barre reliant la
Compte tenu de la grande similitude entre les ouvrages base aux nœuds du tablier, avec des excentricités pour
amont et aval, la trame de modélisation est identique tenir compte de la longueur réelle de chaque barre. Les
pour les deux ouvrages. pilettes appuyées sur le massif de fondation ont pour
Trois modèles ont été utilisés : origine les nœuds situés aux naissances des arcs.
• un modèle complet de l’ouvrage avant bombardement Les conditions d’appuis sont les suivantes : les arcs

Âme Âme, hourdis supérieur


et inférieur

Figure 5 : élévation aval arc 1 Figure 6 : élévation aval arc 2

Âme, hourdis supérieur Âme, hourdis supérieur


et inférieur

Figure 7 : élévation aval arc 3 Figure 8 : élévation amont arc 4

 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

sont encastrés aux naissances, les pilettes hors tablier formes et du coffrage, le bétonnage, le vérinage à la
sont encastrées en pied, les poutres longitudinales sont clé, le clavage.
en appui simple au droit des culées, les pilettes de la
dernière file avant la culée côté Tripoli (côté Nord) Conclusion du calcul de l’ouvrage aval
sont articulées en tête. L’ouvrage aval est plus abîmé que l’ouvrage amont.
Il n’a pas été pris en compte de redistribution d’effort La continuité à la clé est partielle, l’effort normal de
par fluage dans le modèle de flexion générale, car compression des arcs passe par une section réduite à
l’ouvrage a été construit sur cintre. une partie de l’âme aval et des hourdis de l’arc 4. Pour
figurer les parties d’ouvrage endommagées, les barres
Conclusion du calcul de l’ouvrage amont du modèle ont été retirées ou leurs caractéristiques
Les désordres sur l’ouvrage amont concernent l’arc 2 ont été modifiées.
sur une dizaine de mètres au voisinage de la clé (âme Les déplacements mesurés sur l’ouvrage aval après
aval et hourdis en encorbellement) et le hourdis bombardement, 5 cm transversalement et 1 cm
intermédiaire à la clé. La continuité de l’ouvrage verticalement, se sont révélés cohérents et dans le
à la clé est assurée quasiment par l’ensemble de la même sens que les résultats du calcul théorique, 3 cm
section, hormis une portion d’âme, ce qui permet transversalement et 1 cm verticalement.
de transmettre correctement l’effort normal de Les différentes étapes de la réparation ont été étudiées
compression des arcs. Pour figurer les parties d’ouvrage en comparant divers principes de sécurisation :
endommagées, les barres du modèle ont été retirées le premier par haubanage et pylônes provisoires
ou leurs caractéristiques ont été modifiées. appuyés sur les massifs de l’arc ; le deuxième par
Les différentes étapes de la réparation ont été étudiées haubanage, précontrainte extradossée et pylônes
en comparant divers principes de mise en sécurité : le provisoires ; le troisième par précontrainte extradossée
premier par haubanage et pylônes provisoires appuyés et précontrainte horizontale.
sur les massifs de l’arc ; le deuxième par haubanage, La mise en sécurité de l’ouvrage est indispensable
précontrainte extradossée et pylônes provisoires ; le pour supporter les deux demi-ouvrages pendant
troisième par précontrainte horizontale. la reconstruction du nœud central et limiter la
La mise en sécurité de l’ouvrage est nécessaire pour compression dans l’arc 4. Les résultats des calculs ont
pouvoir passer le trafic à deux voies de circulation sur conduit à retenir une mise en sécurité par précontrainte
l’ouvrage tout en respectant les contraintes admissibles extradossée et précontrainte horizontale (figure 11).
dans l’arc 1. Les résultats des calculs ont conduit Les phases de calcul prennent en compte l’état
à mettre en œuvre une précontrainte horizontale après bombardement et les différentes étapes de la
à l’extrados du tablier. Les deux familles de câbles, reconstitution : la mise en tension de la précontrainte
symétriques par rapport à la clé de l’arc 2, règnent du de sécurité, les charges des plates-formes et du coffrage,
nœud central jusqu’au culées (figure 10). le bétonnage du U inférieur, le vérinage à la clé, le
Les phases de calcul prennent en compte l’état bétonnage du hourdis supérieur. Le modèle prend en
après bombardement et les différentes étapes de la compte les différentes phases de la réparation, mais
reconstitution : la mise en tension de la précontrainte ne prend pas en compte la redistribution des efforts
de sécurité, les charges correspondant au trafic Vl par fluage.
avec deux voies de circulation, les charges des plates-

z
y x
Figure 9 : modèle 3D d’un ouvrage

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 


Les travaux de réparation et reconstitution de l’arc 3 autour des massifs de liaison
INCIDENTS, RÉPARATIONS

avec le tablier ;
• mise en sécurité de l’ouvrage aval par une précontrainte
horizontale et une précontrainte extradossée, purge
Principe général du béton dégradé, puis reconstitution des parties
endommagées et injection des fissures ;
Le principe général de la réparation a été le suivant :
• mise en œuvre des équipements sur l’ouvrage
• mise en sécurité de l’ouvrage amont par une aval ;
précontrainte horizontale, puis reconstitution des
parties endommagées sous trafic Vl avec deux voies • basculement de la circulation sur l’ouvrage aval
de circulation ; et mise en œuvre des équipements sur l’ouvrage
amont.
• réparation de la partie inférieure de l’arc 3 côté sud
entre la naissance de l’arc et la limite du nœud central

Figure 10 : principe de précontrainte provisoire - ouvrage amont

Photo 6 : massif de liaison avec le tablier


Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Photo 5 : massif d’ancrage arrière et bloc déviateur Photo 7 : massif de liaison avec le tablier et barres de précontrainte
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) (côté Beyrouth) – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

La mise en sécurité de l’ouvrage amont Les travaux se poursuivent par la mise en place d’une
plate-forme (photo 8) pour la reconstitution du
L’ouvrage amont est sécurisé par 8 câbles 6T15 hourdis inférieur et de l’âme de l’arc 2 endommagés.
provisoires, 4 par côté (figure 10) situés dans l’axe de La plate-forme est suspendue par des barres ancrées
l’arc 2 et ancrés sur des massifs en béton armé. Chaque sur des traverses métalliques posées sur le tablier. Après
groupe de quatre câbles tient un demi-arc. La mise en purge du béton et reprise des armatures (photo 9), le
œuvre de cette précontrainte horizontale a nécessité hourdis et l’âme sont ferraillés, coffrés et bétonnés.
la réalisation de deux massifs d’ancrage et de deux
blocs déviateurs situés au delà des culées (photo 5), Une compensation de l’arc 2 à la clé a été réalisée avec
deux massifs de liaison avec le tablier sont situés dans un effort de vérinage de 250 t. Les vérins ont été mis
le nœud central de part et d’autre de la clé de l’arc 2 en œuvre dans le joint de clavage : trois au niveau du
(photos 6 et 7). Chaque massif de liaison est ancré à hourdis inférieur (photo 10) et un vérin dans chacune
l’aide de 10 barres de précontrainte. Chaque massif des âmes. Les âmes et le hourdis inférieur ont été
arrière est ancré à l’aide de 6 tirants 7T15 de 18 m épaissis pour disposer les vérins et faciliter la diffusion
prétendus à 130 t. des efforts concentrés. Enfin, le joint de clavage a été
bétonné (photo 11). Ensuite, les câbles provisoires ont
été détendus, ce qui a complété la poussée de l’arc.
La réparation de l’ouvrage amont
Après reconstruction de l’ouvrage amont, il a été réalisé
Après sa mise en sécurité, l’ouvrage amont a été ouvert des épreuves de chargement. Un contrôle visuel a été
au trafic Vl sur deux voies. Un portique a été disposé effectué à l’intérieur du caisson et sur les faces externes
avant l’ouvrage, côté Beyrouth, pour limiter le gabarit visibles, aucune fissuration n’a été observé.
de circulation à 2,30 m.

Photo 8 : mise en place des plates-formes Photo 9 : mise en place du ferraillage à la clé de l’arc 2 – Source : Jean-
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Pierre Buys (Freyssinet)

Photo 10 : vérins au niveau du hourdis inférieur Photo 11 : joint de clavage bétonné – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 


Les phases préparatoires à la reconstitution de l’ouvrage La mise en sécurité de l’ouvrage aval
INCIDENTS, RÉPARATIONS

aval Une fois achevée la réparation de la partie inférieure de


Pour pouvoir mettre en tension la précontrainte l’arc 3 et la reconstitution de l’arc 3 autour des massifs
de sécurité sur l’ouvrage aval, il est indispensable de liaison avec le tablier, l’entreprise a mis en tension
de restaurer l’arc et le tablier au-delà des ancrages. les 8 câbles provisoires (4 par côté) pour la mise en
L’entreprise a donc réparé les hourdis supérieur et sécurité de l’ouvrage aval. Les câbles positionnés au-
inférieur de l’arc 3 côté Beyrouth, entre la naissance dessus de l’arc 3 sont de deux types : une précontrainte
de l’arc et l’entretoise e’2 et les zones situées autour horizontale 10T15 et une précontrainte extradossée
des massifs de liaison avec le tablier. 12T15. Chaque groupe de quatre câbles supporte
un demi-arc (figure 11). Chaque câble horizontal est
L’entreprise a reconstitué dans une première phase
tendu à 75 t et chaque câble extradossé est tendu à
le hourdis supérieur entre e’7 et e’6, e’6 et e’5, e’5 et
123 t.
e’4 (figure 2). Après démolition du hourdis supérieur
entre pilettes, les armatures de jonction avec les âmes La mise en œuvre des câbles a nécessité la réalisation de
et les armatures du caisson de l’arc sont mises en place, deux massifs d’ancrage et deux blocs déviateurs situés
le hourdis est coffré et bétonné (photo 12). dans l’axe au delà des culées, deux pylônes provisoires
Dans une deuxième phase l’entreprise a réparé le et quatre massifs de liaison situés de part et d’autre
hourdis inférieur au droit de e’6, e’5 et e’4. Pour de la clé de l’arc 3 au droit des entretoises e2, e’2, e3
remplacer le hourdis inférieur, l’entreprise a mis et e’3 (photo 15). Chaque massif arrière est ancré à
en œuvre des plates-formes sous chaque pilettes l’aide de tirants.
(photo 13). Le béton est démoli au marteau-piqueur
(photo 14). La reconstruction se poursuit par la reprise Les pylônes provisoires sont constitués de quatre
des armatures, le coffrage et le bétonnage. tubes métalliques remplis de béton et contreventés
(photo 16).
Au cours de la troisième phase, l’entreprise a reconstitué
le hourdis supérieur entre e’4 et e’3, e’3 et e’2, pour Les blocs d’ancrage de la précontrainte horizontale
finir le hourdis inférieur au droit de e’3. sont situés à 3,5 m des entretoises e’3 et e3. Ils sont

Photo 13 : plate-forme sous e’4 – Source : Philippe Vion (Sétra)

Photo 12 : bétonnage du hourdis supérieur de l’arc 3 Photo 14 : démolition du hourdis inférieur
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

10 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

coulés sur la dalle du tablier et liaisonnés à la structure - reconstruction de l’âme aval avec épaississement
par six barres verticales de précontraintes. Les barres de 10 cm,
traversent le bloc et une entretoise de renfort, large - épaississement des âmes de l’arc 3 sur 4 m de
d’un mètre, qui est coulée au contact de la dalle, du longueur et 10 cm d’épaisseur à l’arrière des blocs,
hourdis supérieur de l’arc et des âmes. Les surfaces de - épaississement du hourdis inférieur de l’arc 4 sur
contact sont repiquées afin d’améliorer le coefficient 15 m de longueur et 10 cm d’épaisseur ;
de frottement. • Reconstitution de l’arc 3 entre les massifs de liaison
Les blocs d’ancrage de la précontrainte extradossée et l’entretoise e2 côté Tripoli :
sont situés à cheval sur les entretoises e’2 et e2. La - mise en place des plates-formes de travail,
dimension en plan des blocs est de 1 m par 1,5 m pour - injection des fissures sur les nervures de l’arc 3
une épaisseur de 50 cm. Ils sont coulés sur la dalle (photos 19a et 19b),
du tablier et liaisonnés à la structure par 4 barres de - coffrage du U inférieur, ferraillage et bétonnage du
précontraintes de 40 mm de diamètre. Les entretoises hourdis inférieur,
sont épaissies afin de pouvoir ancrer les barres qui sont - ferraillage et bétonnage des âmes,
tendues à 70 % de leur limite de rupture. - coffrage, ferraillage et bétonnage de l’entretoise e2
et du hourdis supérieur,
- ferraillage et bétonnage des encorbellements,
La réparation de l’ouvrage aval - ferraillage et bétonnage des blocs d’ancrage de la
Nous récapitulons ci-dessous les phases de réparation précontrainte extradossée.
de l’ouvrage aval.
Mise en sécurité
Phases préparatoires (avant la mise en sécurité) • Mise en tension de la précontrainte provisoire.
• Reconstitution des arcs 3 et 4 à l’arrière des massifs
de liaison de la précontrainte de sécurité : Reconstitution du caisson de l’arc 4
- démolition de l’âme aval de l’arc 3 sur 3 m de • Mise en place des plates-formes pour la reconstitution
longueur, de l’arc 4 ;
• Reconstitution du caisson avec épaississement des
âmes entre les entretoises e1 et e3.

Figure 11 : principe de précontrainte provisoire - ouvrage aval

Photo 15 : massifs de liaison et précontrainte de sécurité Photo 16 : pylône et précontrainte extradossée
Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 11


Reconstitution de l’arc 3 dans le nœud central • Coffrage, ferraillage et bétonnage des hourdis en
INCIDENTS, RÉPARATIONS

• Démolition des zones fracturées et du béton dégradé encorbellement par plots successifs ;
de la dalle et de l’arc 3 (photo 17) ; • Démontage de la précontrainte de sécurité ;
• Mise en place des plates-formes pour la reconstruction • Renforcement de l’entretoise e1 par tissu en fibre
de l’arc 3 ; de carbone (Tfc).
• Coffrage du U inférieur, ferraillage et bétonnage du
hourdis inférieur ; Finitions
• Ferraillage et bétonnage des âmes de chaque côté • Traitement des fissures restantes par injection et/ou
du joint de clavage, 15 m côté Tripoli et 10 m côté mise en œuvre de Tfc ;
Beyrouth (photo 18) ; • Mise en œuvre de l’enrobé et des superstructures ;
• Compensation de l’arc 3 à la clé à l’aide de vérins • Essais de chargement.
(5 × 60 t) ;
Pour compenser une légère fissuration, les âmes et le
• Coffrage, ferraillage, bétonnage des joints de hourdis inférieur de l’arc 4 ont été épaissis sur une
vérinage ; vingtaine de mètres côté Tripoli.
• Coffrage, ferraillage, bétonnage du hourdis supérieur Une compensation de l’arc 3 à la clé a été réalisée
et de l’entretoise e1 au droit de l’arc. avec un effort de vérinage de 300 t. Les vérins ont été
mis en œuvre dans le joint de clavage : un au niveau
Reconstitution du tablier dans le nœud central
du hourdis inférieur, deux vérins dans chacune des
• Démolition du hourdis supérieur entre les arcs 3 âmes dont un situé à la base (figure 12). Les âmes et
et 4 ; le hourdis inférieur ont été épaissis pour faciliter leur
• Coffrage, ferraillage et bétonnage du hourdis mise en œuvre. Ensuite, les câbles provisoires ont été
supérieur et entretoises entre les arcs 3 et 4 par plots détendus, ce qui a complété la poussée de l’arc.
successifs ;

Figure 12 : principe de vérinage - ouvrage aval Photo 17 : démolition de l’arc 3 – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Photo 18 : joint de clavage de l’arc 3 – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet) Photos 19a et 19b : injection des fissures – Source : Philippe Vion (Sétra)

12 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


L’expertise et la réparation du pont en arc à Maameltein (Liban)

Conclusions Les intervenants

Les travaux de réparation du pont de Maameltein se Maîtrise d’ouvrage : Casino du Liban, donateur ayant
sont achevés en juillet 2007 après une durée d’environ reçu de ce fait une délégation du Cdr.
huit mois. Le chantier s’est déroulé dans d’excellentes
conditions à la plus grande satisfaction de tous. Le Maîtrise d’œuvre : Dar Al Handasah Nazi Taleb &
montant total de la réparation s’élève à 3 millions Partners.
de dollars. Le coût de construction d’un ouvrage
Entreprise générale / Groupement : Freyssinet-Butec
neuf identique est évalué à 15 millions de dollars par
Joint Venture.
les consultants libanais, voire 17 millions de dollars
dans le contexte économique actuel, sans compter la Bureau d’études : Freyssinet - Sétra - Gicome.
démolition.
Cette réussite témoigne d’un partenariat Sous traitant : Société Profond pour la réalisation des
particulièrement réussi entre les Ingénieurs consultants tirants dans le sol.
du Liban, le Casino du Liban, les services centraux
de l’État Français représentés par le Sétra, et les
Entreprises Freyssinet et Butec ■

Photos 20, 21 et 22 : vues de l’ouvrage terminé – Source : Jean-Pierre Buys (Freyssinet)

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 13


Viaduc de Saint-Cloud
INCIDENTS, RÉPARATIONS

Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs


Première partie : réflexions initiales et conception des
absorbeurs
Pascal Charles, Evelyne Humbert

Quelques ruptures de câbles de précontrainte Le présent document est la première partie d’un article
extérieure protégés par du coulis de ciment au contact qui décrit l’ensemble des réflexions menées pour
des armatures ont été observées en France ces dernières réparer avec l’aide de dispositifs absorbeurs d’énergie
années. La note d’information n° 29 Sétra/Lcpc de la précontrainte additionnelle d’un autre ouvrage,
décembre 2007 présente l’état des connaissances sur le le viaduc de Saint-Cloud, suite à la découverte de la
sujet et fait des recommandations sur les investigations rupture d’un câble de précontrainte en mars 1998.
qui peuvent être réalisées pour évaluer l’état d’une Cette première partie présente le processus qui a
précontrainte extérieure, sur les consignes de sécurité conduit à l’idée de concevoir des dispositifs absorbeurs
à appliquer et sur la conduite à tenir en cas de doute d’énergie, et la conception de ces absorbeurs. La
sur un câble ou en cas de rupture constatée. seconde partie de l’article, présentera dans le prochain
Cette note est disponible sur le site internet du numéro du bulletin « Ouvrages d’art » les adaptations
Sétra : de ce système au viaduc de Saint-Cloud, ainsi que la
[Link] mise en œuvre et le retour d’expérience.
[Link]
Cet article est le fruit d’un travail collectif auquel ont
Le cas du viaduc de Pont-à-Mousson a fait l’objet participé également Pierre Brevet, Marwan Dannawi,
d’une présentation dans le précédent numéro du Thierry Kretz, Jean-Michel Lacombe, Pierre Peyrac,
bulletin « Ouvrages d’art » de novembre 2007. Christian Tessier.

Photo 1 : vue générale du viaduc – Source : Sétra

14 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

Paris

Figure 1 : plan de situation et vue aérienne

Description de l’ouvrage et des désordres parties mesurent respectivement 529 m et 574 m. Il


comprend 16 travées variant de 64,00 m à 101,75 m,
avec une travée de 42 m en rive gauche et une autre de
49 m en rive droite (figure 2). Les deux ouvrages sont
Situation reliés entre eux par un appui cantilever, la jonction se
faisant par l’intermédiaire de deux appareils d’appui
Le viaduc supporte l’autoroute A13 au niveau de la en caoutchouc fretté. On distingue donc le « viaduc
commune de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) à la sortie d’accès » en sortie de tunnel côté Saint-Cloud (culée
de Paris après la tranchée couverte Ambroise Paré et C1 jusqu’au cantilever), et le « pont sur Seine »
avant le tunnel de Saint-Cloud. Il est constitué de deux (cantilever jusqu’à la culée C2) côté Boulogne. La
ouvrages dont l’un franchit la Seine et l’autre porte première partie de l’ouvrage (de C1 à P5) est de largeur
l’autoroute au-dessus de la Route Départementale 7. variable (17 m à 20,40 m) et la seconde partie (de P5
à C2) de largeur constante égale à 20,40 m.
Conception d’origine
L’ouvrage est constitué d’un tablier en béton
L’ensemble de l’ouvrage, long de 1 103 m, comprend précontraint, d’un élancement de 1/28e, de hauteur
le pont sur la Seine et le viaduc d’accès. Ses deux constante de 3,60 m. La structure est une poutre caisson

Figure 2 : coupe longitudinale des deux ouvrages reliés par un appui cantilever

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 15


INCIDENTS, RÉPARATIONS

Figure 3 : coupe transversale type

à trois alvéoles construite sur la base de voussoirs à Renforcement par précontrainte additionnelle
joints conjugués collés, posés par encorbellements
successifs à partir des piles. A la suite de la publication de la circulaire ministérielle
du 2 avril 1975 relative notamment aux redistributions
L’ouvrage a été réalisé par l’entreprise Campenon d’efforts par fluage et aux effets du gradient thermique
Bernard entre 1972 et 1974. La conception d’origine, dans les ponts en béton précontraint construits par
réalisée sur la base du règlement de précontrainte encorbellements successifs, un nouvel examen de la
« IP1 », ne prévoyait que de la précontrainte intérieure note de calcul des tabliers a été entrepris en vue de
au béton, constituée de câbles 12T13 tendus à déterminer l’incidence des phénomènes définis par
120 tonnes. Le béton est un B35. L’ouvrage est cette circulaire qui n’avaient pas été pris en compte
précontraint transversalement. lors de la conception de l’ouvrage.
Le hourdis inférieur est d’épaisseur variable le long de Cet examen a fait apparaître qu’en tenant compte des
l’ouvrage, les âmes étant d’épaisseur constante sauf sur dispositions de la circulaire susvisée, des contraintes
les grandes travées où elles sont plus épaisses. L’alvéole de traction relativement importantes devaient exister
centrale est de largeur constante alors que les alvéoles en certains points des hourdis inférieurs des travées
latérales sont de largeur variable dans la zone où le du pont sur la Seine et des travées les plus longues du
pont est de largeur variable. La figure 3 présente une viaduc d’accès. Ces contraintes ont été confirmées par
coupe transversale type de l’ouvrage. une inspection détaillée, des fissures ont été en effet
décelées dans certains joints entre voussoirs.

Photos 2 : intérieur du viaduc avec la précontrainte additionnelle – Source : Pascal Charles (Sétra)

16 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

Figure 4 : schéma de la précontrainte additionnelle dans le viaduc d’accès (C1 à P8 en haut) et le pont sur la Seine (P9 à C2 en bas)

Pour remédier à ces désordres un confortement La mise en place de cette précontrainte additionnelle a
général de l’ouvrage a été entrepris consistant en un nécessité d’une part de couler des déviateurs solidarisés
renforcement de la précontrainte existante au moyen aux voussoirs par l’intermédiaire de barres de clouage
de câbles extérieurs 12T15 mis en place à l’intérieur (barres Dywidag), et d’autre part d’aménager les
des caissons. Ces travaux ont été confiés à l’entreprise entretoises existantes pour disposer les ancrages. De
ayant réalisé l’ouvrage. plus, au niveau des culées, des blocs d’ancrage en
béton cloués aux âmes ont été réalisés car il n’était pas
Les travaux de confortement se sont déroulés de 1979 possible d’utiliser l’entretoise d’about.
à 1981 et ont consisté en l’ajout de 60 câbles 12T15
représentant 10 000 m avec des câbles pouvant aller On peut aussi noter une particularité au niveau du
jusqu’à 300 m et régnant sur 4 grandes travées au cantilever à la jonction entre les deux ouvrages. Les
maximum. câbles issus d’une entretoise font le tour du cantilever
et reviennent sur une autre entretoise proche de la
première (ou la même). Ceci permet d’avoir l’effet
de deux câbles avec seulement deux ancrages en
profitant du massif de béton important supportant
l’appareil d’appui du cantilever. L’inconvénient de
cette disposition est que le câble ne peut tourner tel
quel autour du cantilever. Les torons sortent de leur
gaine générale, s’épanouissent dans un bloc de béton
puis font le tour du cantilever après être sortis du bloc
de béton. Les torons à nu sont alors protégés dans une
gaine métallique.

Photo 3 : détail du cantilever et du câblage – Source : Rst

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 17


Désordres rencontrés anormalement élevée et elle était en contact avec les
INCIDENTS, RÉPARATIONS

torons. C’est elle qui a contribué au développement


Le 19 mars 1998, lors d’une inspection du réseau de la corrosion.
électrique de l’ouvrage, un câble de précontrainte Les analyses effectuées ont confirmé la composition
extérieure rompu a été découvert dans le viaduc. du coulis avec un ciment de type CPA8CEM1 et 2
Comme il s’agit d’une précontrainte additionnelle, adjuvants le SIKA BV 40 et le SIKA AER. La pâte
cela n’avait pas d’incidence sur la résistance à court blanche avait une composition proche de celle des
terme de l’ouvrage mais la compréhension de ce coulis, mais elle présentait un enrichissement important
qui s’était passé n’était pas évidente. Une équipe en alcalins et en adjuvant. Une incompatibilité ciment-
pluridisciplinaire importante du Rst s’est tout de suite adjuvant explique le phénomène de ségrégation par
mobilisée. Elle comprenait des ingénieurs du Sétra densité entre la pâte de ciment en cours d’hydratation
(service d’Études techniques des routes et autoroutes), et certaines phases minérales telles que l’ettringite.
du Lcpc (Laboratoire Central des Ponts et Chaussées), Ceci se traduit par une forte basicité de la pâte
du Lrep (Laboratoire Régional de l’Est Parisien) et de blanche.
la Dreif (Direction Régionale de l’Equipement d’Ile
de France). Après analyse, la cause de la rupture a été déterminée.
Le câble a cédé vers son milieu dans une zone de tracé Il s’agit d’un phénomène de corrosion fissurante sous
horizontal parallèle au hourdis inférieur de l’ouvrage. tension, qui est un type de corrosion assez différent
L’effort a été brutalement libéré en une seule fois. Le de la corrosion classique (pour laquelle la formation
câble s’est déplacé vers ses ancrages. À proximité de continue de rouille réduit progressivement la section
ceux-ci il a fait des boucles d’environ 3 m de diamètre. résistante jusqu’à rupture). La corrosion fissurante
Il s’agissait d’un câble d’une alvéole latérale et il sous tension se manifeste par une rupture fragile et
n’avait pas posé de difficultés particulières à la mise brutale des torons sous tension, sans que rien ne l’ait
en œuvre. laissé prévoir. Ce phénomène est dû à la destruction
des liaisons intercristallines par certains agents
Divers échantillons de ce câble ont été analysés tant dilatants ou corrosifs. Cette corrosion sous contrainte
au niveau des aciers que du coulis d’injection. Les est liée au fait que le câble subit l’application d’une
analyses de l’acier ont montré qu’il n’y avait pas contrainte mécanique (statique ou lentement variable).
d’anomalie chimique. Les essais de fatigue de traction Lorsque les conditions d’environnement du câble sont
ondulée et les essais de traction déviée ont donné de susceptibles de provoquer une corrosion localisée sur
bons résultats. Les torons présentent cependant des sa surface (initialement recouverte d’un film passif ),
amorces de fissures et les essais de traction donnent la corrosion sous contrainte peut apparaître en
des résultats inférieurs à la normale. faisant intervenir principalement deux mécanismes :
L’examen visuel du coulis après ouverture des gaines la dissolution électrochimique sélective des zones
sur divers morceaux de câbles a montré une ségrégation anodiques du métal, et l’effet fragilisant de l’hydrogène
du coulis avec une couche blanchâtre pâteuse en partie issu de la réaction cathodique, qui se diffuse dans
haute. Cette pâte blanche présentait une teneur en eau le réseau. Elle se manifeste alors par la propagation

Photos 4 : câble rompu dans le viaduc de Saint-Cloud ; épluchage de la gaine au passage du déviateur – Source : Rst

18 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

de fissures (perpendiculairement à la plus grande Calculs théoriques


contrainte), qui peuvent être inter ou transgranulaires.
Ce phénomène de corrosion fissurante se déroule Le phénomène rencontré sur le viaduc de Saint-Cloud
suivant trois phases : peut se résumer simplement de la manière suivante :
• l’amorçage des fissures ; un câble de précontrainte extérieure s’est rompu dans
une section, s’est détendu puis a flambé en créant
• la fissuration lente et discontinue, par sauts une boucle de grande amplitude au niveau de l’un
successifs ; de ses ancrages. Par ailleurs, il est probable que ce
• la propagation brutale et la rupture fragile de la flambement au niveau de l’ancrage se soit accompagné
pièce. d’un fouettement dynamique de la partie arrière du
câble, qui n’était plus retenue latéralement.
Ce fut le cas pour le câble rompu du viaduc de Saint-
Cloud, mal protégé et cela risquait de se reproduire Ce phénomène est très complexe à analyser, puisqu’il
pour une grande partie des autres câbles. L’analyse fait appel à la fois à la théorie de la dynamique
de ce qui s’est passé au moment de la rupture est rapide des structures, aux grands déplacements
indispensable pour expliquer les déformées du pour introduire le flambement, ainsi qu’au couplage
câble constatées et surtout répondre à la question entre déplacements horizontaux et déplacements
suivante : la sécurité des personnes participant à des transversaux.
investigations dans l’ouvrage est-elle assurée ? Le phénomène suivant la rupture du câble et conduisant
au flambement dynamique de celui-ci, ainsi qu’à la
formation de boucles de grande amplitude (plusieurs
Compréhension de la cinématique de mètres), à des vitesses très élevées (plusieurs mètres
par seconde) peut être décomposé en plusieurs phases.
rupture L’hypothèse fondamentale est le blocage de l’ancrage
vers l’extérieur du câble, qui n’est a priori pas voulu,
mais a été observé pour le câble rompu. L’analyse
théorique présentée ci-après va donc considérer les 2
Un câble s’était donc rompu dans une section, s’était
hypothèses possibles, avec blocage à l’ancrage et sans
détendu et avait été retrouvé avec des boucles de
blocage (situation normale).
grande ampleur au niveau des ancrages.
Pour comprendre, il a été très vite décidé de chercher Description du phénomène avec blocage à
à reproduire une rupture pour analyser dans le détail l’ancrage
l’événement et chercher comment s’en protéger. L’étude théorique menée par la Setec consiste en
Une recherche sur des études de ce type au niveau la modélisation du câble par une poutre rectiligne,
international a montré que ce sujet n’avait pas été encastrée à une extrémité et discrétisée en petits
abordé. Les sociétés de précontrainte consultées éléments. Pour simplifier, le modèle utilisé est plan. Le
n’ont pas non plus amené d’éléments intéressants. Il calcul est réalisé à l’aide d’un logiciel en dynamique et
semblait vraisemblable que le flambement du câble en grands déplacements de façon à prendre en compte
lors de la rupture explique sa déformée mais il fallait des phénomènes de flambement probables. Ce calcul
le démontrer. est relativement complexe à mettre en œuvre puisque
Il a été décidé de mener 2 actions en parallèle : les grands déplacements induisent des non-linéarités,
• modéliser sur ordinateur la rupture à partir d’un qui, au niveau d’un calcul numérique, sont difficiles
logiciel permettant l’étude dynamique du flambement. à traiter. Il faut donc s’assurer de la convergence du
Ces études ont été confiées à la Setec ; schéma numérique en choisissant des pas de temps
• réaliser un essai en vraie grandeur sur le banc d’essai suffisamment petits mais pas trop pour ne pas dépasser
du Lcpc à Nantes. Compte tenu des caractéristiques les capacités de calcul.
géométriques du banc, l’essai a été mené sur un Après différents tâtonnements, il a été retenu un pas
monotoron pour limiter les risques vis-à-vis de de temps de l’ordre de 1/20 000e de seconde.
l’environnement.
Une bonne corrélation des résultats a été obtenue Plusieurs types d’études ont été réalisés :
permettant d’expliquer ce qui se passe lors du • monotoron T15 de 50 m de long,
flambement du câble.
• câble 12T15 de 100 m de long,
• câble 12T15 de 40 m de long.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 19


À chaque fois, les caractéristiques du câble (inertie, l'ancrage bloqué dans les deux sens, le phénomène peut
INCIDENTS, RÉPARATIONS

masse) ont été déterminées de la manière la plus se résumer à une succession de propagations d'onde et
réaliste possible (avec prise en compte du coulis de de réflexions de celle-ci aux extrémités du câble. Tant
ciment). qu'il ne flambe pas, le câble est successivement tendu,
détendu, comprimé, décomprimé, retendu un peu
Au vu des différents résultats, le phénomène comme un ressort auquel on applique un déplacement
rencontré après la rupture peut s'expliquer de la façon initial et que l'on lâche brutalement. L'ensemble des
suivante : propagations et réflexions successives de l'onde est
donné dans le tableau suivant, en notant x = 0 l'ancrage
Juste après rupture du câble, et en considérant
et x = L la zone de rupture :
Phase Dénomination État initial État final
Phase 0 Rupture du câble
Phase 1 : première Câble détendu et animé
Câble sans vitesse tendu
propagation de l’onde entre Détension du câble d’une vitesse d’ensemble
à-F
x = L et x = 0 uniforme

Phase 2 : première réflexion Réflexion à l’ancrage

Phase 3 : seconde propagation Propagation d’une onde de Câble détendu et animé Câble sans vitesse et
de l’onde entre x = 0 et x = L compression d’une vitesse uniforme comprimé à + F.

Phase 4 : seconde réflexion de


Réflexion à l’extrémité libre
l’onde
Phase 5 : troisième Câble sans effort et animé
Propagation d’une onde de Câble sans vitesse et
propagation de l’onde entre d’une vitesse d’ensemble
décompression. comprimé à + F.
x = L et x = 0 uniforme
Phase 6 : troisième réflexion
Réflexion à l’ancrage
de l’onde
Phase 7 : quatrième Câble sans effort et animé
Propagation d’une onde de Câble sans vitesse retendu
propagation de l’onde entre d’une vitesse d’ensemble
retension. à-F
x = 0 et x = L uniforme

Figure 5a : phases 0 et 1

Figure 5b : phases 2 et 3

20 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

On détaille ci-après les 4 premières phases du ρtorons = 7 850 kg/m3 ;


phénomène. Scoulis = 3 226 mm² ;
Phase 0 et 1 (figure 5a) : rupture et détension du Storons = 12 x 139 mm² = 1 668 mm².
câble.
Phase 2 et 3 (figure 5b) : Arrivée de l’onde de détension
Durant cette phase, on a propagation d’une onde de sur l’encastrement et réflexion de cette onde. C’est une
onde de compression (dont la force de compression est
détension à la célérité c = = 3 900 m/s. égale à la tension initiale du câble) qui repart toujours
1 à la même célérité c.
L’énergie de traction-compression ( ES ds e02 pour
2 Cette première partie du phénomène est confirmée
un élément de longueur ds) se transforme en énergie par l’analyse théorique d’une poutre en traction-
1 compression en dynamique (figure 6). L’approche
cinétique ( ρ S ds V2 pour un élément ds) ce qui théorique, en utilisant les 100 premiers modes propres
2 de la poutre, montre bien la présence de l’onde de
permet de déduire la vitesse du câble : , choc, et la discontinuité entre les zones à force nulle
et vitesse V, et les zones à force F et vitesse nulle.
sachant qu’il s’agit de la rigidité (ES) des torons seuls
et de la masse linéique (ρS) de la section complète, Une fois que cette compression était suffisamment
torons et coulis. importante, un phénomène d’instabilité du câble
est apparu. Dans les problèmes de flambement, on
Pour des câbles 12T15 (φ 15,2 mm) de 12 x 139 mm2 s’intéresse en général uniquement à l’effort critique
de section et de module 190 000 MPa, tendus à qui engendre cette instabilité.
environ 70 % de 1 770 MPa après toutes pertes, on
a : En dynamique, l’apparition d’une instabilité ne
F = 2,07 MN, ε0 = 0,65 %, et donc V = 25,3 m/s signifie pas immédiatement grands déplacements : il
La masse linéique de l’ensemble est obtenue en faut tenir compte de l’inertie massique de la structure
ajoutant celle du coulis et des torons, la gaine étant qui fait qu’il faut un certain temps avant que de
négligée : tels déplacements importants ne surviennent. Or
les phénomènes qui nous intéressent ici étant très
(ρS)eq = (ρS)coulis + (ρS)torons = 20,83 kg/ml, rapides, et l’onde de décompression (phase 5), qui
en prenant va nécessairement revenir, étant très rapide aussi, ce
ρcoulis = 2 400 kg/m3 ; temps de mise en mouvement n’est pas négligeable.

3. Propagation de la compression

2. Réflexion

1. Propagation de la détension

Figure 6 : répartition de la force instantanée le long du câble (en MN, donc entre - 2,1 MN et + 2,1 MN) sans flambement à plusieurs
instants. Résultat numérique obtenu à partir des équations de la dynamique des poutres en traction-compression

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 21


On peut voir sur la figure 7 que lorsque le flambement Ce flambement dynamique est observé pour les deux
INCIDENTS, RÉPARATIONS

s’amorce, la force de compression diminue dans le premières études (T15 de 50 m et 12T15 de 100 m)
câble. L’énergie de compression se transforme en mais pas pour la troisième (12T15 de 40 m).
énergie de flexion du câble et en énergie cinétique.
Cette diminution de force n’apparaît pas lorsque le Le phénomène de flambement traduit une instabilité
câble ne flambe pas. mais qui n’est pas instantanée. Le câble a tendance à
partir en flexion mais avec une vitesse finie, puisque le
Les courbes figure 8 issues cette fois du modèle câble a une inertie massique. Ainsi, sur le monotoron
numérique de calcul et représentant la répartition des T15 de 50 m, du fait de la faible masse du câble, le
efforts normaux le long du câble à chaque milliseconde, flambement s’initie très rapidement, et est visible
confirment cette analyse. Juste après rupture du câble, presque instantanément. Pour le câble 12T15, il
une phase de détension du câble se produit (illustrée faut attendre plus longtemps (il faut une longueur
dans la figure 8 par les courbes situées sous l’axe des comprimée plus importante et un temps pendant
abscisses), puis le câble se comprime après réflexion à lequel cette longueur est comprimée relativement
l’ancrage (phase illustrée sur la figure 8 par les courbes important aussi).
situées au dessus de l’axe des abscisses). Enfin, le
flambement dynamique se produit et se traduit par Pour le câble de 100 m le phénomène de flambement
une chute de l’effort de compression à 1MN. s’observe sur environ 25 m dès que l’onde de

Figure 7 : apparition du flambement dynamique lors de la phase 3

Efforts normaux après rupture, elle intervient au point d’attache à l’abscisse 100 m

Flambement dynamique

Phase de compression du câble

Phase de détension du câble

Figure 8 : répartition de l’effort normal dans le câble de 100 m à différents instants, suivant le modèle de calcul dynamique réalisé

22 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

compression a parcouru 55 m alors que pour le câble sens. Néanmoins, l’expérience sur le viaduc de Saint-
de 40 m, il ne s’observe pas, puisque l’initiation Cloud a montré que ceci peut s’avérer partiellement
du flambement a tout juste commencé que l’onde inexact. Il faut donc étudier les deux phénomènes, avec
de décompression revient déjà annulant tout blocage et sans blocage. Dans cette dernière situation,
flambement. le démarrage est identique, mais quand l’onde atteint
l’ancrage, elle ne se réfléchit pas. À cet instant, tout
Cette expérience incite pour les analyses ultérieures à le câble est animé d’une vitesse V = 25 m/s et il n’y a
modéliser des 12T15 de grande longueur (100 - 150 plus rien pour le retenir (figure 9). Il poursuit donc
m) de façon à être le plus défavorable possible. On sa course à cette vitesse.
voit ainsi que la longueur du câble intervient dans
le sens où plus le câble est long, plus l’onde met de On a donc un projectile de masse ρSL et de
temps à atteindre l’extrémité et à se réfléchir : de vitesse V.
grandes boucles se forment et le phénomène devient
irréversible. Par contre si le câble est court, il est
décomprimé avant que le flambement ne se soit
développé suffisamment et celui-ci est stoppé. La
longueur critique au-dessous de laquelle le flambement
n’a pas le temps de se développer a été déterminée par
la modélisation numérique.
Il est aussi à noter que dans la réalité, un certain
nombre de frottements ont lieu (gaines-tubes
cintrés, ou bien coulis-gaine etc.), ce qui dissipe de
l’énergie. De même, la gaine en Pehd se détériore,
éventuellement se déchire ce qui consomme une
petite partie d’énergie. Malheureusement, cette part
d’énergie dissipée est impossible à chiffrer, si bien
qu’on la négligera dans la suite de l’étude.
Un autre effet probable, mais qui n’a pu être mis en
évidence par le modèle numérique et l’expérimentation
est le fouettement arrière du câble. En effet toute
l’extrémité arrière du câble, entre la zone de rupture
et le premier déviateur est animée d’une vitesse a
priori principalement longitudinale, mais qui peut
avoir une composante transversale du fait par exemple
de déviations en plan du câble, ou encore de défauts
initiaux ou d’une dissymétrie quelconque. L’arrière du
câble peut présenter ainsi un mouvement totalement
incontrôlé. Ce phénomène, lié à des incertitudes
géométriques initiales, n’a pu être reproduit.

Description du phénomène sans blocage à


l’ancrage
On considère le même problème, mais sans blocage
à l’ancrage. Les ancrages de câbles de précontrainte
sont en effet censés fonctionner uniquement dans un

Figure 9

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 23


Essais grandeur nature et validation du modèle numérique Autres études générales menées
INCIDENTS, RÉPARATIONS

Pour cet essai de rupture de monotoron, une caméra


rapide a été installée afin de filmer la déformée du
toron et de la comparer aux déformées obtenues par Compte tenu du type de désordres rencontrés, le
le modèle numérique. Bien que le modèle de calcul Directeur des Routes a décidé début 2000 de mettre
soit très complexe et très sensible aux hypothèses, en place un comité technique pour le suivi de l’ouvrage
l’analyse a montré qu’il représentait relativement bien avec pour missions :
la réalité. • la conduite d’un diagnostic complet de l’état de
l’ouvrage ;
Les images suivantes (photos 5) représentent, à des
instants différents, la comparaison des déformées issues • la définition des mesures à prendre pour assurer la
à gauche du modèle numérique, et à droite de l’essai mise en sécurité de l’ouvrage et sa pérennité ;
réel. Sur les photos de l’essai, l’ancrage est au fond. • la définition et le pilotage de l’ensemble des études
nécessaires à cette fin.
Durant les 500 premières millisecondes, les déformées
coïncident relativement bien. Elles coïncident en Ce comité a été présidé de 2000 à 2006 par Pierre
termes de nombre de boucles, de taille approximative Farran, ingénieur général des ponts et chaussées,
de ces boucles, de temps au bout duquel elles chargé de mission d’inspection spécialisée routes puis
apparaissent. Bien sûr les deux modèles ne peuvent chargé de la coordination de la mission d’inspection
pas parfaitement coïncider puisque la façon dont pour la région Ile de France.
se produit le flambement dépend beaucoup des
conditions initiales, en particulier des défauts initiaux Il comprenait l’Igoa, des représentants de la Dreif, du
(en pratique, dans le module numérique, une déformée Sétra, du Lcpc, le gestionnaire de l’ouvrage (Dde 92
initiale correspondant à celle due au poids propre du à l’époque) et l’exploitant de l’autoroute (Dde78 à
câble a été introduite). Après cette première phase, le l’époque).
toron de l’essai vient rebondir sur les parois latérales
Outre la compréhension du phénomène déjà évoqué ci-
ce qui ne permet plus de faire la comparaison.
dessus, divers travaux ont été menés pour comprendre
Cette comparaison a donc permis de valider le modèle l’incidence des ruptures de câble sur l’ouvrage.
numérique du câble. Dès lors, il était envisageable de
tester ce modèle avec différentes solutions de mise en Étude de risque
sécurité.
Une fois établie la cause probable de la rupture, on se
trouvait dans la situation suivante :
• un autre câble de précontrainte pouvait casser à tout
moment d’une façon aujourd’hui considérée comme

Situation au bout de 80 ms après la rupture Situation au bout de 120 ms après la rupture Situation au bout de 160 ms

Photos 5 : comparaison modèle numérique - essais à différents instants après la rupture – Source : Setec (modèles numériques), Lcpc (photos)

24 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

aléatoire, en l’absence de connaissance relative à la disponible (c’est-à-dire le nombre de câbles de


loi d’évolution de la pathologie (en outre, même si précontrainte extérieure susceptibles de présenter cette
la pathologie en cours d’investigation était mieux pathologie dans le patrimoine de l’État) et compare
connue, il est fort probable qu’un caractère assez les 3 interventions prévues aux situations générales
fortement aléatoire subsisterait) ; connues par les agents du ministère et disponibles
• la rupture d’un câble entraînerait un fouettement à à travers les statistiques accidents du travail du
vitesse et énergie élevées constituant donc un danger ministère.
important pour le personnel qui se trouverait à
Sur la base de ces paramètres, l’étude a montré que les
proximité.
trois interventions dans l’ouvrage respectent le critère
Face à cette situation, la Dde 92 a mandaté la société Game (Globalement Au Moins Equivalent). C’est-à-
Sector afin de l’aider à analyser les risques pris lors dire que le risque moyen professionnel est inférieur à
d’interventions définies dans ces conditions et d’en celui d’une activité correspondant à la moyenne des
déduire les décisions à prendre quant au déclenchement statistiques « accident » du ministère.
ou non d’une intervention et aux éventuelles mesures
Elle préconise quelques principes de sécurisation
à prendre pour limiter aux mieux les risques.
supplémentaires :
Trois situations de risques ont été prises en compte • optimiser les interventions afin de réduire le temps
dans cette étude : d’exposition au risque de rupture ;
• la surveillance visuelle à l’intérieur de l’ouvrage • établir un circuit type à suivre, spécifique à chaque
pour vérifier si d’autres câbles présentent des signes intervention, qui limite l’exposition au risque de
anormaux ; rupture, à l’aide d’une procédure ;
• la maintenance du réseau électrique d’éclairage ; • équiper tout l’ouvrage de détecteurs afin d’une
• le changement d’un ou plusieurs câbles de part de sécuriser les interventions dans l’ouvrage et
précontrainte extérieure. d’autre part d’identifier les éventuelles dégradations
des câbles pouvant nécessiter un remplacement (un
Il faut ici souligner que les chemins d’accès sont test de surveillance acoustique était en cours).
assez difficiles à l’intérieur de l’ouvrage avec deux
entretoises dédoublées sur appui avec seulement Elle indique que lors des interventions, il peut être
un trou d’homme Ø 700. Cela pose un problème éventuellement envisagé de limiter la circulation
pour des approvisionnements de protection pour des véhicules sur l’ouvrage, ce qui représenterait
les intervenants et compliquerait l’intervention des un facteur favorable supplémentaire. Néanmoins,
secours. ceci n’a en pratique pas été réalisé compte-tenu de
l’importance stratégique du viaduc de Saint-Cloud
L’étude de Sector récapitule d’abord les données des pour la circulation routière au sortir de la capitale.
évènements redoutés, utilise le retour d’expérience

après la rupture Situation au bout de 280 ms après la rupture Situation au bout de 400 ms après la rupture

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 25


Ces différents principes ont été mis en pratique en On peut schématiquement et très qualitativement
INCIDENTS, RÉPARATIONS

élaborant un planning de mise en sécurité progressive représenter ce processus de sécurisations successives


de l’ouvrage. L’idée générale est que les mises en sécurité de la manière indiquée sur la figure 10. Chaque phase
progressives sont de plus en plus longues mais assurent de sécurisation de l'ouvrage diminue le niveau de
une sécurité de plus en plus importante. Le temps danger mais nécessite un temps d'exposition de plus
d’exposition est ainsi à chaque étape en proportion en plus élevé. Le risque pour le personnel, représenté
avec le niveau de sécurité obtenu du fait de l’étape par le produit du niveau de danger et du temps
précédente. Ainsi le niveau de risque global, produit d'exposition reste ainsi constant et maîtrisé tout le
du risque d’une rupture et du temps d’exposition, doit long du processus.
rester constant au cours du processus.
Les 4 grandes étapes du chantier de réparation sont : Surveillance acoustique de l’ouvrage
• la surveillance acoustique : elle est rapide à mettre Après un test sur 3 travées, la surveillance acoustique
en œuvre (temps d'exposition faible) mais présente les a été étendue à l’ensemble de l’ouvrage.
risques les plus importants ;
• la mise en place de système de protection : elle est Après l’appel d’offres, c’est le procédé de la société
plus longue que la phase précédente, mais relativement Advitam qui a été retenu et mis en œuvre.
rapide quand même, et on bénéficie de la sécurité
Le système est celui de la marque Soundprint qui a été
apportée par la surveillance acoustique ;
développé et breveté par la société canadienne Pure
• opération de détension des câbles endommagés : elle Technologies, pour l’écoute acoustique de structure.
est assez lourde à mettre en œuvre, mais on bénéficie
d'une bonne sécurité (surveillance acoustique + Il est basé sur l’identification et la localisation
système de protection) ; acoustique des ruptures de fils grâce à l’utilisation de
• mise en œuvre de nouveaux câbles : c'est l'opération micros passifs sur chaque câble, au voisinage de chaque
la plus longue à réaliser, mais elle s'effectue a priori déviateur, faciles à poser et connectés à un système
sans risque (ou presque car il n'est pas possible de d’écoute. Un multiplexage permet de connecter un
détendre tous les câbles avant de mettre en œuvre des grand nombre de capteurs avec un nombre réduit de
câbles neufs). voies d’analyse.

Figure 10 : évolution du niveau de danger dans l’ouvrage pendant les différentes opérations réalisées, et temps d’exposition nécessaire pour
accomplir ces opérations

26 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

L’ordinateur est relié au réseau téléphonique et les Études des efforts sur un déviateur au moment de la
mesures transmises pour analyse des résultats. rupture d’un câble
La difficulté est de cerner dans l’ensemble des mesures L’objectif de cette étude confiée à Freyssinet était
celles qui sont dues à une rupture de fil. Dans les d’estimer à l’aide d’un calcul aux éléments finis la
premiers mois, il a fallu calibrer l’écoute pour éliminer charge longitudinale maximale à laquelle peut résister
les bruits de fond dus par exemple aux passages des un déviateur extérieur de l’ouvrage.
poids lourds et former les analystes.
En effet, lors de la rupture de 1998, le câble ayant
Le suivi de l’ouvrage effectué a montré que si le nombre cassé dans une zone horizontale, il a amené sur le
d’évènements qui sont vraisemblablement dus à des déviateur un effort perpendiculaire au plan de celui-
ruptures de fils sont assez limités par des températures ci. C’est le cas le plus favorable car il minimise les
normales, il y a une augmentation très forte en période frottements dans la traversée du déviateur et donc les
de froid durable. efforts transmis à celui-ci.
Ainsi en janvier 2003 alors que la température est Compte tenu que les déviateurs sont ici ajoutés et liés
restée plusieurs jours en dessous de - 5° C, il a été au tablier par des barres Dywidag, la question était
entendu 27 ruptures de fils alors que toute l’année de savoir s’ils risquaient d’être endommagés en cas
2002 n’avait connu que 6 ruptures. de rupture brutale, accidentelle ou provoquée par un
Cela a également montré que de nombreux câbles changement de câble.
présentent des ruptures de fils depuis que la surveillance Le déviateur calculé à l’aide du programme Cosmos
acoustique a débuté. (logiciel aux éléments finis volumiques prenant en
Ces constatations ont incité le comité technique à compte la loi de comportement élasto-plastique du
demander de rechercher des solutions pour se protéger béton) est un déviateur placé dans des conditions
de la rupture d’un câble et à envisager des scénarios défavorables en terme de sollicitation et comportant
de changement de l’ensemble de la précontrainte 3 câbles.
extérieure. La conclusion de l’étude est que la rupture du
déviateur se fait par excès de compression dans le
béton (lorsque la déformation du béton dépasse
Contraintes de compression selon 0x sur la face 0,35% à l’Elu accidentel) pour une valeur de l’effort
opposée à l’effort longitudinal (en MPa) longitudinal équivalent proche de 75 t. Cette rupture
se produit au niveau de l’arête du déviateur dans
la partie basse de la structure du côté opposé au
chargement (figure 11). Cet effort de 75 tonnes est
suffisamment important pour penser que lors de sa
détension et de son glissement dans le tube déviateur,
le câble n’endommagera pas le déviateur. S’il se bloque
partiellement dans le déviateur, la gaine et le coulis
de ciment cèderont et libèreront le câble avant que le
déviateur ne subisse des dommages.

Barres Réflexions menées pour la réparation


Dywidag

Plusieurs pistes de réflexions ont été suivies pour la


mise en sécurité, en situation courante et lors du
démontage des câbles. Beaucoup de pistes ont été
Effort F appliqué : 75 t abandonnées, car extrêmement difficiles à valider (par
pour atteindre la rupture exemple liaisonnement des câbles entre eux). Au final,
du déviateur
les études se sont concentrées sur deux solutions, la
protection complète du personnel derrière une barrière
Figure 11 : modèle numérique sur déviateur – Source : Dde 92 de sécurité et la mise en place d’amortisseurs.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 27


Étude de la mise en sécurité par protection
INCIDENTS, RÉPARATIONS

La première idée pour mettre en sécurité l’ouvrage a


consisté à mettre en place un dispositif de protection
entre le câble et des cheminements pour le personnel.
Ce dispositif de protection devait ainsi empêcher les
effets du flambement et débattement latéral du câble
sur le personnel, donc résister à l’effort de choc apporté
par le câble. Or cet effort de choc dépend bien entendu
des rigidités relatives entre le câble et la protection. Figure 12 : modélisation numérique du système de protection
Pour pouvoir appréhender cet effort, 3 études ont Raideur Résultats : force maximale dans
été réalisées à partir du modèle numérique présenté des ressorts les ressorts
ci-avant, en prenant le même câble et en disposant K = 1,4 kN/mm 25 tonnes
une protection proche de celui-ci. Trois valeurs de la K = 13,6 kN/mm 50 tonnes
rigidité de la protection ont été testées. Le modèle est
K = 2330 kN/mm > 120 tonnes
présenté sur la figure 12.
Les dispositifs de protection sont placés à 30 cm du
câble. Les valeurs prises en compte pour la raideur du
dispositif de protection, ainsi que les forces de choc
maximales correspondantes et résultant du calcul sont
données dans le tableau ci-contre.
On s’aperçoit ainsi que l’effort maximal ressenti par
le dispositif de protection augmente significativement
quand la raideur de la protection augmente. Il est donc
souhaitable de ne pas avoir un système trop rigide.
Inversement, si le système est trop souple, l’effort est
certes réduit, mais les déplacements sont importants de
sorte que le cheminement de sécurité peut être engagé.
Il est donc nécessaire de trouver un compromis entre
force et déplacement.
Pour ne pas avoir un système trop volumineux,
la ruine progressive du système a été évaluée, en
créant progressivement des rotules plastiques dans le
système. Ces plastifications successives assouplissent
la protection et il faut donc corriger la valeur de choc
correspondante. Il a donc été effectué une étude
équivalente à une étude de type « push over » que l’on
fait dans la conception parasismique. Non seulement,
les raideurs « apparentes » du système partiellement
plastifié sont déterminées, mais aussi les fréquences
propres de ce système. En effet, la force de choc
déterminée par le calcul sur le câble et sa protection a
une certaine durée, qu’il faut mettre en parallèle de la
durée de la période propre du système de protection.
Autrement dit, il faut tenir compte de la masse non
négligeable du système de protection, ce qui n’avait
pas été fait dans le calcul du câble.
Pour éviter d’avoir à concevoir un système de
protection, il a été jugé opportun de partir de systèmes
de protection connus et de les tester. Il a donc été
décidé de tester d’une part un système composé de
barrières BN4 rehaussées (les câbles qui s’ancrent dans
les entretoises s’ancrent en partie haute du caisson) et
d’autre part de filets de protection.
Figure 13 : barrière BN4 rehaussée choisie comme dispositif de
retenue.

28 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

Les filets de protection ont vite été abandonnés car


trop souples. L’étude s’est donc portée sur un système
composé de barrières BN4 de conception connue et
de prix abordable. La seule différence avec un système
réel est bien sûr l’accroche dans le tablier. Pour ne
pas endommager le hourdis inférieur du tablier, il a
été décidé de coller les bases des poteaux de BN4 au
béton du tablier. Une résistance en cisaillement et
arrachement de 1 MPa a été prise en compte pour le
poteau ainsi collé sur le béton du hourdis inférieur.
C’est une valeur classique couramment utilisée
lorsque l’on met des renforts de types plats collés sur
les ouvrages pour augmenter leur capacité résistante.
Bien entendu, si lors du scénario de choc, la valeur est
dépassée, on considère que la liaison est rompue et le Énergie absorbée par un amortisseur = Fplastique x L
système de protection est alors différent. Figure 14 : principe de fonctionnement des amortisseurs avant
Dans les zones de déviation, il est nécessaire de détension (figure du haut) et après détension (figure du bas)
resserrer l’espacement des montants à 1m sur une
dizaine de mètres linéaires de part et d’autre du
déviateur. Le système est implanté à 30 cm du câble
dont on veut se protéger.
Marteau
Les calculs ont été réalisés à l’aide du logiciel César
du Lcpc.
Partie
Malgré les efforts importants, ce système apporte
déformable
satisfaction au vu de sa résistance (après plusieurs
plastifications successives et un montant de BN4
désolidarisé du béton) et des déplacements (de l’ordre
de 10 à 20 cm au maximum). Néanmoins un tel
système est extrêmement lourd à mettre en œuvre et
aussi très coûteux. Le premier point est très pénalisant
pour ce système, car comme cela a été dit plus haut,
le principe retenu est une mise en sécurité progressive Support fixe
avec des temps d’exposition de plus en plus élevés. Or (déviateur,
ici le temps d’exposition est très élevé avec une sécurité entretoise)
faible (surveillance acoustique uniquement). Il n’a
donc pas été choisi vu qu’un autre système présentant
des performances quasi équivalentes avec un temps
d’exposition beaucoup plus faible a été imaginé. Photos 6 : dispositif absorbeur

Étude des amortisseurs Le principe de conception est présenté sur la figure 14


et les photos 6.
Le dispositif de type amortisseur étudié est le fruit Le système est ainsi constitué d’une partie rigide
d’une collaboration entre le Lcpc et l’École Centrale solidaire du câble, d’une certaine masse, dénommée
de Nantes, et plus particulièrement la société marteau et d’une partie déformable, située entre le
« Eurocrash », spécialisée dans l’étude des chocs. marteau et le point fixe qui est l’amortisseur.
L’Ecole Centrale de Nantes intervenait pour les Lorsque le câble se détend le marteau se déplace avec
modèles numériques des amortisseurs et le matériel le câble et donc la partie déformable se raccourcit
pour les essais de conception, et le Lcpc pour son d’une longueur L, en encaissant une force plastique
expérience dans le domaine des câbles et la validation F. L’énergie consommée par le dispositif pendant cette
du dispositif sur des câbles réels. opération est donc F x L. Si F et L sont suffisamment
Le principe général du système est de profiter des élevés, et qu’un même câble est équipé de plusieurs
mouvements importants du câble lors de sa détension, de ces systèmes, une partie importante de l’énergie du
par rapport à des points fixes (entretoises, déviateurs) câble est ainsi consommée, et donc l’énergie résiduelle
pour consommer de l’énergie par un système n’est plus suffisante pour entraîner un flambement
amortisseur. important du câble.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 29


Pour les concepteurs, des conditions géométriques On manquait sérieusement d’éléments sur le
INCIDENTS, RÉPARATIONS

précises ont été imposées. Pour pouvoir se placer glissement de l’ensemble coulis/câble dans la gaine et
sur plusieurs câbles parallèles espacés de Ø, il il fallait éviter d’appliquer un effort de serrage trop
fallait que l’encombrement latéral par rapport au important qui aurait pu entraîner des désordres dans
câble soit inférieur à ½ Ø. Comme les câbles sont le coulis et donc réduire à néant les efforts transmis.
proches du sol ou du hourdis supérieur dans certains
endroits, leur encombrement vertical devait aussi L’étude a donc comporté les étapes suivantes :
être limité. D’autre part les contraintes d’accès déjà • définition du marteau et de ses conditions de
citées précédemment militaient pour des éléments serrage ;
transportables manuellement. • définition expérimentale du seuil de frottement
entre la gaine du câble et le coulis en fonction de la
La conception de l’absorbeur proprement dit a
vitesse de choc ;
été rapide mais les contraintes géométriques et de
fonctionnement de l’ensemble câble/coulis/gaine/ • validation expérimentale de la fonctionnalité du
marteau en dynamique ont nécessité plusieurs essais nouveau marteau intégrant les enseignements de
pour calibrer le marteau. l'étape précédente.
Les schémas (figures 15 à 17, photos 7 et 8) illustrent
le travail de conception et de validation du dispositif
amortisseur.

Figure 15 : évolution de la force dans l’amortisseur en fonction du temps : une


force plastique équivalente de l’amortisseur de 100 kN a été finalement déduite de
l’ensemble des essais. Elle est suffisamment faible pour ne pas entraîner de glissement
à l’interface coulis-gaine, et suffisamment élevée pour dissiper l’énergie

Figure 16 : coefficient de glissement coulis-gaine en fonction de la vitesse de Photos 7 : dispositif expérimental pour tester l’amortisseur en
choc. Les valeurs sont extrêmement faibles : il est donc indispensable d’empêcher laboratoire – Source : École Centrale de Nantes
le glissement du coulis dans la gaine sous peine de ne plus dissiper suffisamment
d’énergie

30 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Viaduc de Saint-Cloud - Réparation de la précontrainte à l’aide d’absorbeurs - Première partie

Tous ces essais ont eu lieu au sein de la société Essais en vraie grandeur
Eurocrash pour tester le système et notamment
ajuster la force plastique du système absorbant. Une Les justifications du bon fonctionnement
force maximale de 10 tonnes, qui correspond pour le de l’amortisseur ont été réalisées sur le banc de
câble 12T15 à la force d’adhérence entre la gaine et précontrainte du Lcpc à Nantes à l’aide de 2 essais
le coulis, a été déduite des essais. La partie absorbante sur câble réel de 100 m de long, l’un sans blocage des
a donc été conçue pour avoir une force plastique de ancrages, et l’autre avec blocage.
10 tonnes. L’énergie absorbée par un amortisseur est
de 100 kJ par mètre de déplacement du câble. Il est Po u r l’ e s s a i s a n s b l o c a g e d u c â b l e , u n b o n
à noter que l’énergie d’un câble 12T15 est d’environ fonctionnement du système a été observé. Il a repris
7 kJ par mètre de câble. On voit donc tout l’intérêt de une grande partie de l’énergie du câble. Il n’y a pas
placer suffisamment d’amortisseurs, et de permettre eu de fouettement observé (ce qui était prévisible
un grand déplacement de ceux-ci. car l’ancrage n’était pas bloqué), pas de déplacement
longitudinal trop important : l’effet « projectile »
Les amortisseurs ont été brevetés dès leur conception car évoqué plus haut ne s’est pas manifesté.
ils représentent un travail de recherche important. Pour l’essai avec blocage, un bon fonctionnement de
l’amortisseur a été observé, mais aussi un flambement
du câble limité à environ 1 m. Ceci provient du fait que
l’énergie absorbée par l’amortisseur n’est pas suffisante
vis-à-vis de l’énergie totale du câble. Néanmoins,
sans amortisseur, la boucle formée peut provoquer
des déplacements de 3 à 4 m. Ici, les déplacements
sont donc limités. Il est aussi à noter que pour cet
essai, deux amortisseurs ont été mis en place pour un
câble de 100 m. Dans la seconde partie de l’article
qui paraîtra dans le bulletin ouvrages d’art n° 58, on
verra que pour le cas du viaduc de Saint-Cloud, la
disposition réelle est meilleure. Le déplacement de 1m
du câble observé près de l’ancrage représente donc un
grand maximum. Il est à noter aussi que pour l’essai,
on a faiblement injecté le câble près de l’ancrage,
réduisant ainsi fortement son inertie et augmentant
sa propension à flamber. Dans la réalité, il y a tout de
même la présence du coulis de ciment qui rigidifie et
amortit beaucoup, même si certains vides existent.

Figure 17 : simulation numérique de la déformée de l’amortisseur

Photos 8 : déformées de l’amortisseur après essai – Source : École Centrale de Nantes

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 31


Compte-tenu de la limitation à 10 tonnes, une légère le câble est animé d’une vitesse plutôt longitudinale et
INCIDENTS, RÉPARATIONS

boucle est inévitable. Sur un câble réel de 100 m, tendu que son déplacement total est, du fait de l’absorption
à 7 pour mille avec 1 amortisseur tous les 30 m (donc d’énergie par l’amortisseur relativement faible, son
3 pour le câble de 100 m), si on ne prend en compte fouettement latéral sera aussi modéré et donc peu
que le déplacement dû à la détension du câble, les dangereux ■
amortisseurs reprennent respectivement :
Amortisseur 1 E = 100 kN x 0,007 x 30 m = 20 kJ,
Amortisseur 2 E = 100 kN x 0,007 x 60 m = 40 kJ,
Amortisseur 3 E = 100 kN x 0,007 x 90 m = 60 kJ,
soit une énergie totale de 120 kJ.
Si on ajoute le déplacement dû à la compression du
câble, cela double l’énergie et donne 240 kJ.
L’énergie du câble 12T15 est de ½ x 12 x 139 mm² x
190 000 MPa x 0,007² x 100 m = 776 kJ. On est donc
au-delà de l’énergie absorbée par les amortisseurs.
Par contre dès qu’une boucle se forme, même si son
amplitude est faible (50 cm à 1 m), le déplacement
longitudinal au niveau de l’amortisseur est plus élevé
(si le câble est de longueur constante) et permet
d’absorber toute l’énergie. Ainsi la taille de la boucle
ne peut pas diverger, alors que sans amortisseurs, la
limite de 3 ou 4 mètres évoquée précédemment est sans
doute due aux rebonds successifs sur la structure.
L’efficacité du dispositif est donc avérée, mais il
faut toutefois prendre certaines précautions et ne
pas considérer que l’on peut rester proche du câble.
Néanmoins, dans une zone éloignée de 50 cm à 1 m
du câble, on est parfaitement en sécurité ce qui est
suffisant. Par ailleurs, ce dispositif d’amortisseur a aussi
un effet favorable sur l’autre phénomène redouté, à
savoir le fouettement arrière du câble. En effet, comme

Photos 9 : état de l’absorbeur après déformation – Source : Rst Photo 10 : flambement résiduel du câble avec amortisseur – Source : Rst

32 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Importance du contrôle
annuel, de l’entretien

ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN
et de la maintenance
préventive
Nathalie Odent

Toutes les actions d’entretien à mener sont relativement


peu coûteuses par rapport aux réparations lourdes
Effets de la négligence d’entretien courant
nécessaires plus tard quand la structure est gravement des éléments de protection
altérée. Elles relèvent de l’entretien préventif et
présentent un intérêt économique indéniable.
Certaines actions de maintenance préventive relèvent
de l’entretien courant et peuvent être réalisées avec Des actions régulières de surveillance des ouvrages sont
les moyens propres des services. D’autres, comme préconisées dans l’Itseoa (Instruction Technique pour
les remises en peinture ou le changement de chape l’Entretien et la Surveillance des Ouvrages d’Art) [1].
d’étanchéité, nécessitent l’intervention d’entreprises Parmi elles, le contrôle annuel permet, notamment,
spécialisées. de définir les actions d’entretien courant à mener
dans l’année. Grâce à ces dernières, la durabilité des
Personne ne contredit le fait qu’il faut repeindre structures est garantie à moindre coût. Intervenir
régulièrement un pont métallique, sinon il se corrode avant que les dégâts ne soient trop importants et
et sa structure peut être rapidement altérée. Mais, nécessitent une intervention lourde sur les ponts est
la peinture est un élément de protection, parmi primordial et s’inscrit dans une bonne et rigoureuse
d’autres : gestion patrimoniale. Les ouvrages dont les éléments
• le dispositif d’évacuation des eaux, de protection montrent des défaillances doivent
être classés 2E, selon la méthodologie Iqoa, ce qui
• l’étanchéité, correspond à une défaillance évolutive. Ils nécessitent
• l’étanchéité des joints de chaussée ou la bavette de une attention toute particulière lors du contrôle
récupération des eaux sous les joints, annuel suivant leur classement.
• l’enrobage des aciers,
• les parafouilles,
• l’élimination régulière de la végétation.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 33


ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN

Photo n° 1 : extrémité du dispositif d’évacuation des eaux absente à Photo n° 2 : chute d’eau sur une passerelle de visite devenue
proximité d’une poutre métallique – Source : Rst dangereuse et inutilisable – Source : Rst

Dispositifs d’évacuation des eaux de l’état et un entretien des dispositifs de drainage


des ouvrages ne sont pas réalisés régulièrement. Cette
Les dispositifs d’évacuation des eaux doivent être bien précaution s’impose avec encore plus d’acuité pour
conçus et bien entretenus de façon à éviter que l’eau les ouvrages de soutènement, qui peuvent s’effondrer
puisse endommager les ouvrages. Car l’eau n’est pas plus ou moins brutalement par surcharge due au
seulement dangereuse sur le long terme pour les ponts dysfonctionnement du système de drainage.
en métal, elle l’est aussi pour les ouvrages en béton Il est d’autant plus judicieux de mener à bien ces
et en maçonnerie. Le béton, en effet, renferme des vérifications et cet entretien que ces opérations sont
éléments en acier (armatures passives pour le béton très peu coûteuses et peuvent être réalisées en régie
armé ou actives et passives pour le béton précontraint). par les services routiers gestionnaires.
Les joints de maçonnerie peuvent se déliter sous
l’action de l’eau. L’eau est un véhicule pour les
agents agressifs (chlorures, sulfates) ou à l’origine de Récupération de l’eau sous les joints de chaussée et de
certains phénomènes (cycles de gel-dégel) qui peuvent trottoirs
« attaquer » les éléments porteurs des ponts, après avoir
pénétré au cœur des structures. Les joints de chaussée et de trottoirs doivent être
Les enseignements du passé prouvent qu’une bonne étanches, soit par eux-mêmes, soit grâce à une bavette
conception, un bon choix de matériaux et une bonne de récupération des eaux située en dessous. C’est
exécution sur le chantier ne garantissent pas à long d’autant plus important pour les ponts en béton
terme la bonne tenue de l’ouvrage, si une vérification précontraint. En effet, à leurs abouts, se situent les

Photo n° 3 : bavette de récupération des eaux sous un Photo n° 4 : le joint n’est plus étanche Photo n° 5 : défaut d’étanchéité du joint de
joint de chaussée, décrochée de ses fixations, sous la par dégagement du caoutchouc + défaut chaussée ou de trottoir, provoquant des
surcharge des détritus accumulés par défaut d’entretien d’étanchéité à l’about du tablier coulures d’eau et le décollement du cachetage
Source : Rst Source : Rst de la précontrainte transversale d’un Vipp
Source : Rst

34 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Importance du contrôle annuel, de l’entretien et de la maintenance préventive

Photo n° 7 : amoncellement de corps flottants autour d’une pile Photo n° 8 : érosion des berges et désorganisation de la protection de
Source : Rst la pile avec mise à nu d’un encagement – Source : Rst

ancrages de câbles et des coulures d’eau peuvent du possible être signalées aux services gestionnaires
s’infiltrer par les têtes d’ancrage. La boue et l’humidité des ponts.
sont également préjudiciables à la bonne conservation
des appareils d’appui sur culées.
Élimination de la végétation
Systèmes parafouilles La végétation sur les parements d’ouvrages, notamment
les murs de soutènement, est parfois considérée
Les appuis en rivière sont protégés par des systèmes comme esthétique, notamment par les riverains. Mais,
parafouilles qui doivent être correctement entretenus. elle a deux inconvénients : d’une part, elle cache les
Les corps flottants autour des piles, souvent après une défauts des parements et gêne la surveillance de leur
crue importante, doivent être éliminés rapidement état, d’autre part, les racines de la végétation peuvent
pour éviter des phénomènes de tourbillon et des efforts créer une importante désorganisation de la structure.
latéraux risquant d’endommager la base des appuis. Il est d’ailleurs recommandé d’être très prudent quand
Les fondations anciennes avec des pieux en bois sont on enlève la végétation : la couper à ras du parement
à surveiller particulièrement, surtout si une baisse de et ne pas chercher à extraire les racines profondément
niveau d’eau les découvre. Le bois peut alors pourrir. ancrées, dont l’arrachement causerait la ruine des
Enfin, les modifications du lit des cours d’eau peuvent ouvrages.
avoir des incidences très fâcheuses sur les fondations
des appuis en rivière [2]. Elles devraient dans la mesure

Photo n° 6 : défaut d’étanchéité Photo n° 9 : végétation rampante sur le parement d’un Photo n° 10 : végétation enracinée dans
du joint de chaussée ou de trottoir, mur de soutènement – Source : Rst des lacunes, des cavités de la maçonnerie
provoquant des coulures d’eau en about d’un mur de soutènement – Source : Rst
de poutre de Vipp où se situent des
ancrages de précontrainte – Source : Rst

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 35


ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN

Photo n° 11 : défaut d’étanchéité au droit d’une réservation de Photo n° 12 : défaut d’étanchéité au voisinage de la fixation de la
gargouille mal réalisée – Source : Rst platine inférieure d’une glissière de sécurité. Coulures d’eau en sous-
face de la membrure supérieure d’une poutre de Vipp. La couleur
rougeâtre témoigne d’un processus de corrosion d’acier – Source : Rst

Effets de la négligence de maintenance Il est parfois difficile de localiser le défaut d’étanchéité


qui n’est pas toujours situé au droit de la fissure
préventive des éléments de protection témoignant de la présence du défaut, car l’eau peut
cheminer entre le défaut dans la chape et la fissure lui
permettant de s’écouler.
Des recherches sont en cours pour détecter les défauts
Chape d’étanchéité d’étanchéité par le dessus du tablier sur ouvrages en
La chape d’étanchéité, sous la chaussée et les éventuels service.
trottoirs, protège la structure de l’eau tombant sur la Il demeure néanmoins important de surveiller la
surface du tablier. Mais, des trous pratiqués pour fixer présence d’efflorescences ou de stalactites actives au
des équipements sont souvent à l’origine de défauts travers des fissures ou des joints pour intervenir le plus
de chape. La jonction entre les joints de chaussée et tôt possible afin d’éviter que l’eau et les agents agressifs
les joints de trottoirs sont aussi souvent des points qu’elle peut véhiculer ne causent d’importants dégâts
de faiblesse. structurels à un tablier ou une voûte.
Hélas, les visites ou inspections visuelles ne permettent
de déceler les défauts d’étanchéité que par les défauts
des tabliers en sous-face, une fois que l’eau a déjà
traversé les structures.

Photo n° 13 : stalactites actives provenant de la dissolution du Photo n° 14 : efflorescences et coulures d’eau de couleur rouille,
mortier des joints entre pierres d’un pont en maçonnerie, par défaut en extrémité d’une poutre de Vipp, le long de câbles relevés de
ou absence d’étanchéité favorisant le cheminement de l’eau à travers précontrainte, par défaut d’étanchéité – Source : Rst
l’ouvrage – Source : Rst

36 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Importance du contrôle annuel, de l’entretien et de la maintenance préventive

Photo n° 15 : écaillage et éclatement du béton d’une corniche de Photo n° 16 : éclatement de béton et armatures corrodées sur
tablier, sous l’action du gel-dégel, éventuellement complétée par le talon d’une poutre de Vipp, par défaut de positionnement du
l’attaque des sels de déverglaçage – Source : Rst coffrage et donc d’enrobage des aciers – Source : Rst

Enrobage des aciers La maintenance préventive des parements en béton


trop poreux consiste à appliquer des produits de
La pollution liée à un milieu industriel voisin ou à protection en surface. Pour être efficace, elle doit
la circulation routière, mais aussi l’épandage de sels être réalisée avant que les agents agressifs ou la
de déverglaçage, vont générer des éléments agressifs carbonatation n’aient atteint les armatures.
qui vont pénétrer à l’intérieur du béton s’il est trop Le sujet est actuellement une préoccupation
poreux ou dégradé. L’enrobage des aciers constitue internationale. La maintenance préventive est
un élément de protection essentiel, réduisant les efficace et beaucoup moins coûteuse que la réparation
risques liés à la porosité et la perméabilité du béton des parements endommagés. Celle-ci demande de
et aux imperfections que sont, entre autres, les supprimer les bétons d’enrobage pollués, de dégager les
inévitables fissures de fonctionnement ou de retrait. armatures corrodées, de les passiver et de reconstituer
Mais la carbonatation du béton en surface, due à le parement par des mortiers spéciaux. De plus, la
la pénétration du gaz carbonique ambiant réduit durée de vie d’une telle réparation n’excède en général
l’épaisseur efficace de l’enrobage. La protection pas 15 ans.
assurée par celui-ci risque même de disparaître au
bout de quelques décennies, sous certaines conditions Signalons aussi, entre la maintenance préventive et la
d’hygrométrie. Des techniques permettent d’évaluer la réparation, l’intérêt des traitements électrochimiques
protection résiduelle réelle des armatures et de prévoir ou de la protection cathodique des armatures, qui sont
quand les aciers vont commencer à se corroder si on plus utilisés à l’étranger qu’en France.
n’intervient pas.

Photo n° 17 : dégradation des parements et attaque en profondeur Photo n° 18 : défaut d’enrobage des armatures d’un talon de poutre
du béton en pied de pile et sur le mur de front d’une culée, par de Vipp comprenant de nombreux conduits de précontrainte
défaut de protection contre un environnement particulièrement Source : Rst
agressif – Source : Rst

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 37


Conclusion Références bibliographiques

Il ne faut pas attendre pour intervenir sur un ouvrage [1] Instruction technique pour la surveillance et
qu’il se trouve dans l’état des illustrations incluses l’entretien des ouvrages d’art - Deuxième Partie
ÉQUIPEMENTS, ENTRETIEN

dans cet article. Consacrer une part du budget pour - Fascicule 02 : Généralités sur la surveillance -
entretenir les éléments de protection, dont le bon état Direction des Routes - Lcpc 2002
permet de garantir la durabilité des structures, est très
pertinent sur le plan économique. [2] Instruction technique pour la surveillance et
l’entretien des ouvrages d’art - Deuxième Partie
Rappelons ici qu’un guide sur l’entretien des ouvrages - Fascicule 20 : Zone d’influence - Accès - Abords
d’art [3] a été publié par le Sétra en 2000, pour aider - Direction des Routes - Lcpc 2003
les services en charge du réseau routier à mener à bien
cette mission. Le Lcpc a lui aussi publié en 2002 un [3] Entretien des ouvrages d’art - guide à l’usage des
guide concernant la protection des bétons [4] ■ subdivisions - Direction des Routes - Sétra 2000
[4] Protection des bétons par application de produits
à la surface du parement - Guide technique du Lcpc
- décembre 2002

38 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Stages

Ponts Formation Édition : la formation continue de l’École des Ponts dans le domaine des ouvrages d’art
Ponts en maçonnerie 1re partie : surveiller et diagnostiquer 11, 12 mars 2008
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 1 : connaissances de base 2 partie e
18 au 20 mars 2008
Ponts métalliques et mixtes : de la conception à la réalisation 18 au 20 mars 2008
Cycle « Bétons et nouvelles performances » les Bap : les bétons autoplaçants 2, 3 avril 2008
Prévenir les risques de réaction sulfatique interne dans les bétons 14 et 15 1/2 journée 2008

INFORMATIONS BRÈVES
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 2 : grands ouvrages en béton 15 mai 2008
précontraint
Cycle « Formuler les bétons » module 1 : base et pratique de la formulation des bétons 20, 21 mai 2008
Pré-dimensionner et calculer les appareils d’appui structuraux pour ouvrages d’art 27 mai 2008
Cycle « Inspection des Ouvrages d’Art » module 4 : ouvrages métalliques et ponts à 3 au 5 juin 2008
câbles stage 2 parties
Prescrire les bétons de structure selon les nouveaux référentiels (NF EN 206-1,
Eurocodes, EN 13670, fascicule 65) :
• mieux viser la durabilité des ouvrages 4, 5 juin 2008
Ponts en maçonnerie 2 partie : réparer et adapter
e
10, 11 juin 2008
Exigences techniques pour l’exécution des constructions métalliques (bâtiment et génie
civil) :
• la nouvelle norme EN 1090 17, 18 juin 2008

Renseignements et programmes détaillés des stages Enpc : tél : 01 44 58 27 28 ou site : [Link]


Renseignements concernant les cycles internationaux : tél : 01 44 58 28 28 ou 28 27.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 39


Publications

• Appareils d’appui à pot - Utilisation sur les ponts, viaducs


LE KIOSQUE DU SÉTRA Techniques particulières

et structures similaires
Guide technique
Référence : 0734 – Novembre 2007 – 64 pages – Prix
de vente : 14 euros
Ce guide technique est destiné essentiellement aux
concepteurs de ponts. Les éléments qu’il contient
doivent permettre de dimensionner les appareils
d’appui à pot d’élastomère en vue d’une utilisation
sur les ponts et viaducs routiers, les passerelles et les
structures similaires.
Ce document comprend essentiellement :
• une description sommaire de ce type de produit et
des équipements particuliers qui lui sont liés ;
• les principaux textes réglementaires de base ;
• les critères de dimensionnement sur la base des textes
normatifs préparés par le Cen (Comité Européen de
Normalisation) ;
• une méthodologie de calcul, non pas du produit lui-
même, mais de son utilisation dans un projet de pont
avec un exemple pratique basé sur un cas réel.

• Avis techniques ouvrages d’art Avis techniques récents

Les avis techniques fournissent un avis officiel sur le Étanchéité des ponts-routes
comportement prévisible des produits, procédés et Produit Entreprise Date Validité Ref.
matériels pour éclairer les maîtres d’ouvrages et les Sopralène Flam AR
maîtres d’œuvre dans leurs décisions. Soprema 06-2007 06-2012 F AT ET 07.01
P Glacivap
Ces avis techniques sont rédigés sous la responsabilité Orthochape EIFFAGE TP 09-2007 09-2012 F AT ET 07.02
d’une commission mise en place par le Sétra, associant OF. DES
l’Administration et la profession représentée par les 8 + 22
ASPHALTES
11-2007 11-2012 F AT ET 07.03
syndicats.
Le secrétariat et la présidence de cette commission sont Ces avis techniques sont consultables sur les sites
respectivement assurés par le Sétra et la profession. internet et intranet du Sétra (rubrique « Productions ») :
L’élaboration d’un avis technique est soumise aux • internet : [Link]
étapes suivantes : • i2 (réseau intranet du ministère de l’Équipement) :
• dépôt de la demande ; [Link]
• enquête préalable (s’il s’agit d’une première demande
jugée recevable) ;
• examen du dossier technique et établissement du
programme d’essais ;
• établissement d’un avis technique.

40 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Note de sensibilisation sur les ouvrages existants à
précontrainte extérieure protégée par du coulis de ciment
au contact des armatures
Note d’information n° 29 - Ouvrages d’art - Décembre
2007

Quelques ruptures de câbles de précontrainte


extérieure protégés par du coulis de ciment au contact
des armatures ont été observées en France ces dernières
années. Il est à noter que depuis la publication de la
circulaire n°2001-16 du 28 février 2001, ce type de
protection est de fait abandonné pour les câbles de
précontrainte extérieure.
Les ouvrages potentiellement concernés sont ceux
de la période « début des années 1980 - début des
années 2000 ».
Le Sétra vient de publier une note d’information,
rédigée avec le Lcpc, qui vise à informer les différents
maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre sur ce phénomène
en présentant l’état des connaissances sur le sujet et en
faisant des recommandations :
• sur les investigations qui peuvent être réalisées pour
évaluer l’état d’une précontrainte extérieure,
• sur les consignes de sécurité à appliquer,
• sur la conduite à tenir en cas de doute sur un câble
ou en cas de rupture constatée.
Renseignements techniques : Centres d’Études
Techniques de l’Équipement (Cete).

Calcul des ponts aux Eurocodes - Utilisation du Fascicule 62


Titre V du Cctg
Note d’information n°30 - Ouvrages d’art - Janvier
2008

L’application de la norme NF EN 1997-1 (Eurocode 7 :


calcul géotechnique - Partie 1 : règles générales) au
calcul des fondations des ouvrages ne peut se faire
qu’en s’appuyant sur son Annexe Nationale et sur des
normes nationales complémentaires.
Ces dernières sont en cours d’élaboration et, dans
l’attente de leur parution, il est donc nécessaire pour
pouvoir appliquer l’Eurocode 7 au calcul des ponts, de
définir des règles complémentaires provisoires.
A cet égard, les règles du fascicule 62 Titre V du
Cctg sont dans leur ensemble assez bien adaptées.
L’objet de cette note est donc d’indiquer les conditions
dans lesquelles celles-ci peuvent être utilisées, en
complément de la norme NF EN 1997-1 et de son Ces documents sont disponibles en téléchargement sur
Annexe Nationale. les sites internet et intranet du Sétra :
Il est important de souligner qu’il ne s’agit là que • internet : [Link]
de dispositions provisoires pour l’application de • i2 (réseau du Ministère) : [Link]
cette norme pour le calcul des fondations des ponts,
dans l’attente de la parution des normes nationales
complémentaires.

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 41


• Mémoar - Mémento pour la mise en œuvre sur ouvrages d’art
Le site intranet et le cédérom Mémoar ont été mis
à jour pour tenir compte de la publication des
8 nouvelles fiches suivantes :
LE KIOSQUE DU SÉTRA Techniques particulières

Thème Intitulé de la fiche


Actions préparatoires Installations de chantier
Equipages mobiles des
Ouvrages provisoires
ponts mixtes
Traitement des non-
Bétonnage conformités et défauts
apparents des bétons
Ouvrages métalliques ou Les ouvrages métalliques
mixtes - Produits ou mixtes
Ouvrages métalliques ou Aciers de charpente
mixtes - Produits métallique
Ouvrages métalliques ou Le montage des ouvrages
mixtes - Montage métalliques ou mixtes
Ouvrages métalliques ou Accès au site intranet Mémoar : [Link]
Les assemblages soudés
mixtes - Montage
Pour commander le cédérom Mémoar d’octobre 2007
Ouvrages métalliques ou Protection contre la (Référence : 0757CD), s’adresser au bureau de vente
mixtes - Protection corrosion du Sétra

• Le site Eurocodes du Sétra est ouvert


Ce site est destiné à fournir, aux maîtres d’ouvrages,
aux maîtres d’œuvre et aux bureaux d’études, des
informations pour la conception d’ouvrages d’art en
s’appuyant sur les Eurocodes(*) :
• liste actualisée des documents techniques de
référence et des Eurocodes publiés ;
• fiches descriptives de logiciels de calcul et
de vérification d’ouvrages en conformité aux
Eurocodes ;
• foire aux questions (36 questions - réponses déjà
consultables) ;
Pont de Salomon (Ch. Lavigne, architecte)
• base de données d’ouvrages réalisés avec le référentiel
Eurocodes (en cours d’alimentation).

(*) Les Eurocodes sont les normes françaises homologuées transposant À consulter sur :
les normes européennes pour la conception et la vérification des Internet : [Link]
ouvrages de bâtiment et de génie civil. Entamée il y a 30 ans, la [Link]
rédaction des Eurocodes est terminée. L’Europe dispose d’un corpus
unique, qui garantit la fiabilité et la sécurité des structures sur de Via le réseau intranet du Ministère : [Link]
mêmes bases. Les pays européens ont jusqu’à 2010 pour mettre en setra.i2
œuvre les Eurocodes.

42 Ouvrages d'art N° 57 mars 2008


Coordonnées des rédacteurs

Raja Asmar Dominique Deschamps Antoine Salame


Freyssinet Freyssinet Gicome
Tél : 01 46 01 84 49 Tél : 01 46 01 84 83 Tél : 00 961 1 200 533
Emmanuel Bouchon Evelyne Humbert Wadih Salha
Sétra Ctoa Cgpc/S3 Gicome
Tél : 01 46 11 32 80 Tél : 01 40 81 23 06 Tél : 00 961 1 200 533
Jean pierre Buys Béchara Kassis Philippe Vion
Freyssinet Butec Sétra Ctoa
Tél : 01 46 01 84 84 Tél : 00 961 1 512 333 Tél : 01 46 11 32 68
Pascal Charles Nathalie Odent
Sétra Ctoa Sétra Ctoa
Tél : 01 46 11 32 79 Tél : 01 46 11 35 99

Le catalogue des publications et logiciels du Sétra est consultable sur internet et le réseau i2 du ministère de
l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables.
Vous y trouverez :
• les dernières parutions,
• les ouvrages disponibles, avec résumé, référence, prix de vente…,
• les modalités de commande.

Retrouver également en téléchargement (au format PDF) les numéros précédents du Bulletin Ouvrages d’art.

sur internet : [Link]

sur i2 : [Link]

Ouvrages d'art N° 57 mars 2008 43


Sétra
service d'Études
techniques
des routes
et autoroutes

46 avenue
Aristide Briand
BP 100
92225 Bagneux Cedex
France
téléphone :
33 (0)1 46 11 31 31
télécopie :
33 (0)1 46 11 31 69
internet : [Link].
[Link]

Ce bulletin est un périodique d’information à l’intention des


spécialistes d’ouvrages d’art. Il est destiné à décrire la construction
d’ouvrages marquants et à faire connaître des techniques particulières
ou innovantes.
Ce bulletin est consultable et téléchargeable :
• sur internet : [Link]
• sur i2 (réseau du Ministère) : [Link]

Document disponible au bureau de vente du Sétra


46 avenue Aristide Briand - BP 100 - 92225 Bagneux Cedex - France
téléphone : 33 (0)1 46 11 31 53 - télécopie : 33 (0)1 46 11 33 55 Le Sétra appartient
Référence : 0811 au Réseau Scientifique
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Impression : Caractère - 2, rue Monge - BP 224 - 15002 Aurillac Cedex de l'Équipement
L’autorisation du Sétra est indispensable pour la reproduction, même partielle, de ce document
© 2008 Sétra - Dépôt légal : 1 er trimestre 2008 - ISSN : 1266-166X - ISBN : 978-2-11-094655-3

Ce document participe à la protection de l’environnement.


Il est imprimé avec des encres à base végétale sur du papier écolabélisé PEFC.
CTBA/06-00743
PEFC/10-31-945

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