Transformée de Fourier et applications
Transformée de Fourier et applications
TRANSFORMÉE DE FOURIER ET
APPLICATIONS
2022 - 2023
Table des matières
1
2.5.1 La formule de synthèse des signaux 1D : décomposition sur la base des
harmoniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.5.2 Signification des coefficients de Fourier et spectre d’un signal 1D . . . . 42
2.5.3 Hautes et basses fréquences m dans la formule de synthèse . . . . . . . 43
2.5.4 Visualisation du spectre d’amplitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.5.5 Filtrage de signaux dans la représentation fréquentielle . . . . . . . . . . 48
2.5.6 L’opérateur de multiplication et sa représentation matricielle diagonale . 48
2.5.7 Le multiplicateur de Fourier et l’égalisateur graphique . . . . . . . . . . 49
2.6 Propriétés de la DFT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.6.1 DFT et translation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
2.6.2 DFT et conjugaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.6.3 DFT et convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.7 La DFT et les opérateurs stationnaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.7.1 La DFT et la diagonalisation des opérateurs stationnaires . . . . . . . . 61
2.7.2 Matrices circulantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
2.7.3 La caractérisation exhaustive des opérateurs stationnaires . . . . . . . . 64
2.7.4 Filtres passe-haut, passe-bas, passe-bande . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.7.5 Analyse fréquentielle des opérateurs de dérivation (discrète) première et
seconde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.8 La transformée de Fourier bidimensionnelle (DFT 2D) . . . . . . . . . . . . . . 72
2.8.1 Représentation matricielle de la DFT 2D : produit de Kronecker vs.
itération de deux DFT 1D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
2.8.2 Les propriétés de la DFT 2D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
2.8.3 La DFT 2D et les opérateurs stationnaires . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.8.4 Visualisation du spectre d’amplitude en 2D . . . . . . . . . . . . . . . . 80
2.8.5 Un exemple remarquable de filtrage d’une image numérique dans l’espace
de Fourier : le floutage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
2
4 La transformée de Fourier pour fonctions non-périodiques 112
4.1 Transformée de Fourier et transformée de Fourier inverse pour une fonction de
L1 pRq . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
4.2 Convolution et propriétés de la transformée de Fourier dans dans L1 pRq . . . . 113
4.3 Propriétés de la transformée de Fourier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
4.3.1 Propriétés élémentaires : dilatation, translation . . . . . . . . . . . . . . 115
4.3.2 Transformée de Fourier et convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.3.3 Transformée de Fourier et dérivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
4.3.4 TF et gaussienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
4.3.5 Tableau récapitulatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
4.3.6 La localisation des signaux et son effet sur le spectre . . . . . . . . . . . 118
4.4 Le théorème d’échantillonnage de Shannon, Nyquist et Whittaker . . . . . . . . 119
4.4.1 Notion d’échantillonnage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
4.4.2 La fréquence de Nyquist : ! aliasing " et ! oversampling " . . . . . . . . 121
4.5 Application de la transformée de Fourier à la résolution d’équations différentielles
en dérivées ordinaires et partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
4.5.1 Un exemple de EDO résolue avec la transformée de Fourier . . . . . . . 121
4.5.2 Transformée de Fourier et EDPs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
4.5.3 Un exemple physique : l’équation de la chaleur . . . . . . . . . . . . . . 123
4.5.4 Résolution de l’équation de la chaleur par la Transformée de Fourier . . 124
3
Une très brève introduction à
l’analyse de Fourier
4
Figure 2 – Gauche : Maison à Auxerres où Fourier est né (image : E. Provenzi). Droite :
Tombe de Fourier dans la Division 18 au cimetière du Père-Lachaise à Paris (Wikipedia).
Dans le mémoire, il formule l’hypothèse (très audacieuse pour cette époque) que la solution
de l’équation qui gouverne la diffusion de la chaleur peut s’écrire comme une série de sinp¨q et
cosp¨q ou des exponentielles complexes, comme ceci :
8 8
a0 ÿ ÿ
f pxq “ ` an cospnxq ` bn sinpnxq
2 n“1 n“1
ainsi que :
`8
ÿ
f pxq “ γn einx
n“´8
où x ÞÑ f pxq est une fonction périodique de période 2π. On verra que les coefficients an , bn ,
n P N, et γn , n P Z s’appellent coefficients de Fourier et ils peuvent s’écrire explicitement
comme des intégrales. Ces intégrales représentent des produits scalaires dans un espace
fonctionnel qu’on appellera espace de Hilbert.
Quand f est une fonction définie sur R et n’est pas périodique, alors la série de Fourier
doit être remplacée par une transformation intégrale appelée transformée de Fourier :
ż `8
1
f pxq ÞÝÑ fˆpωq “ ? f pxqe´iωx dx.
2π ´8
L’importance de la série et de la transformée de Fourier réside dans le fait que les nombres
entiers n (dans le cas de la série) et la quantité réelle ω (dans le cas de l’intégrale), représentent
les fréquences des ondes dont la superposition reproduit la fonction f (dans un sens qu’on
définira dans le cours).
La figure 3 montre l’approximation de la fonction qui représente un signal triangulaire
périodique avec un nombre croissant de termes de la série de Fourier.
L’analyse de la convergence des séries de Fourier et des classes de fonctions pour lesquelles
on peut correctement définir la transformée de Fourier, est un problème très compliqué. C’est
5
Figure 3 – Approximation d’un signal triangulaire périodique avec un nombre croissant de
termes de la série de Fourier.
pourquoi, Lagrange et Laplace ont critiqué très fortement les idées de Fourier et que, d’une
manière générale, la communauté mathématique est restée longtemps très sceptique devant
ses idées.
Néanmoins, en 1829, son doctorant, le grand mathématicien allemand Johann Peter
Gustav Lejeune Dirichlet (Düren 1805 – Göttingen 1859), arrive à démontrer un ensemble de
conditions pour la convergence de la série de Fourier. Le résultat de Dirichlet a ouvert la porte
à l’application de la théorie de Fourier à de nombreux domaines différents. Les applications
que nous verrons sont les suivantes :
— Analyse fréquentielle des signaux (1D : son, 2D : images). Un des champs d’ap-
plication où la théorie de Fourier est la plus utilisée, est le traitement des signaux.
On verra, parmi beaucoup d’autres applications, comment analyser une classe très
importante d’opérateurs linéaires (les opérateurs stationnaires) dans le cadre de la
théorie de Fourier et comment concevoir des filtres pour modifier le contenu fréquentiel
du son et des images numériques. Notamment, on verra le principe de fonctionnement
de l’égalisateur graphique utilisé par les DJ ;
6
— l’EDP du potentiel, ou de Laplace ;
— l’EDP du transport.
La référence principale pour les chapitres 2 et 3 de ces polycopiés est le livre de Michael
W. Frazier : ! An Introduction to Wavelets Through Linear Algebra ", Springer, 1999, un
complément à ce livre est l’ouvrage de M.W. Wong : ! Discrete Fourier Analysis ". Les
chapitres 4 et 5 sont, par contre, un mélange de résultats qui viennent de plusieurs livres.
Une référence pour ces chapitres peut être l’excellent livre de Andres Vretblad : ! Fourier
Analysis and Its Applications ", Springer, 2003.
7
Chapitre 1
La théorie de Fourier en dimension finie repose sur la construction d’une base orthonormale
dans un espace vectoriel adéquat. Cette base est constituée par des exponentielles complexes.
Ce chapitre est consacré à des rappels sur la notion d’espaces vectoriels complexes avec produit
scalaire. Pour passer le plus rapidement possible à l’analyse de la théorie de Fourier, on
reproduira seulement les preuves les plus simples des théorèmes qu’on verra dans ce chapitre.
8
L’exemple le plus important d’espace vectoriel avec produit scalaire réel est Rn , muni du
produit scalaire euclidien : pour tout v “ pv1 , v2 , . . . , vn qt , w “ pw1 , w2 , . . . , wn qt deux vecteurs
colonnes de Rn écrits dans la base canonique, le produit scalaire euclidien entre v et w est :
ÿn
xv, wy ” vi wi “ v t ¨ w “ wt ¨ v,
i“1
9
Ces observations justifient complètement la définition suivante.
Définition 1.3. Soit V un espace vectoriel complexe de dimension finie n ă `8. On dit que
le couple pV, x¨ , ¨yq est un espace hermitien, c’est-à-dire un espace vectoriel complexe avec
produit scalaire, si x¨ , ¨y est une application :
x¨ , ¨y : V ˆ V ÝÑ C
pv, wq ÞÝÑ xv, wy,
et
Anti-linéarité 2ème variable
ÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÝÑ xαv, βwy “ αxv, βwy “ β ˚ xαv, wy “ αβ ˚ xv, wy
Linéarité 1ère variable
n
ÿ n
ÿ
x αi vi , wy “ αi xvi , wy ; (1.1)
i“1 i“1
n
ÿ n
ÿ
xv , α i wi y “ αi˚ xv, wi y . (1.2)
i“1 i“1
Un exemple d’espace vectoriel hermitien est pCn , x, yq, où x¨ , ¨y est le produit scalaire
hermitien, qui est défini ainsi : étant donnés deux vecteurs colonnes de Cn , v “ pv1 , v2 , . . . , vn qt
et w “ pw1 , w2 , . . . , wn qt , alors :
n
ÿ
xv, wy ” vi wi˚ “ v t ¨ w˚ “ pw˚ qt ¨ v.
i“1
10
1.2 Norme et distance associées à un produit scalaire
Si pV, x¨, ¨yq est un espace vectoriel avec produit scalaire (réel ou complexe) alors on peut
définir une norme sur V de la façon suivante :
}¨} : V Ñ R` “ a
r0, `8r
v Ñ }v} “ xv, vy.
i“1 i“1
?
où, pour tout z P C, zz ˚ “ |z|2 , où, si z “ a ` ib, a, b P R, |z| “ a2 ` b2 est le module de z.
Donc, un espace vectoriel avec produit scalaire (réel ou complexe) est automatiquement aussi
un espace vectoriel normé et un espace métrique, avec la norme et la distance engendrées par
le produit scalaire lui même. Le contraire, en général, n’est pas vrai.
11
— On est donc ramené à prouver l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans le cas où xv , wy P R :
dans ce cas, notons la fonction P “ t P R ÞÑ xtv ` w , tv ` wy “ }tv ` w}2 . Ainsi P
est une fonction réelle positive. De plus, c’est un polynôme du second degré en t :
P ptq “ t2 }v}2 ` 2t< pxv , wyq ` }w}2 “ t2 }v}2 ` 2t xv , wy ` }w}2 (car xv , wy P R).
Son discriminant est donc nécessairement négatif (sinon le trinôme du second degré
P changerait de signe et ne pourrait donc pas être tout le temps positif). Ainsi
∆ “ 4 xv , wy2 ´ 4 }v}2 }w}2 ď 0, ce qui donne xv , wy2 ď }v}2 }w}2 , ce qui donne le
résultat.
Prouvons maintenant l’inégalité triangulaire : pour tout v, w P W , }v ` w}2 “ }v}2 `
2< pxv , wyq ` }w}2 ď }v}2 ` 2 |xv , wy| ` }w}2 ď }v}2 ` 2 }v} }w} ` }w}2 par inégalité de
Cauchy-Schwarz. Donc }v ` w}2 ď p}v} ` }w}q2 ce qui donne le résultat.
L’homogénéité est une conséquence immédiate de la sesquilinéarité du produit scalaire.
— F est une famille orthonormale si elle est orthogonale et, en plus, pour tout i “
1, . . . , p, }vi } “ 1.
Une famille orthonormale est, donc, une famille de vecteurs unitaires et orthogonaux entre
eux. Ces deux propriétés se résument en :
#
1 si i “ j
xvi , vj y “ δi,j :“ Famille orthonormale
0 si i ‰ j
δi,j est dit symbole de Kronecker (Leopold Kronecker (Liegnitz 1823 – Berlin 1891)).
Remarque 1.6. Chaque vecteur v P V non nul peut être normalisé pour devenir un
v
vecteur unitaire simplement via la division par sa norme : si on écrit v̂ “ }v} , alors
› › }v}
› v ›
}v̂} “ › }v} ›“ “ 1 On observe aussi que, en général
}v}
}u ` v}2 “ xu ` v, u ` vy
“ }u}2 ` xu, vy ` xv, uy ` }v}2
“ }u}2 ` 2<xu, vy ` }v}2 .
12
Il est donc clair que :
uKv ùñ }u ` v}2 “ }u}2 ` }v}2
qui est une généralisation du théorème de Pythagore. Attention dans le cas hermitien, la
réciproque est fausse puisque si l’égalité }u ` v}2 “ }u}2 ` }v}2 est satisfaite alors on obtient
seulement que <xu, vy “ 0. Par exemple u “ p1, 0, . . . , 0q et v “ pi, 0, . . . , 0q satisfont l’égalité
mais on a pas u K v puisque xu, vy “ =xu, vy “ i.
n
ÿ n
ÿ
x ai vi , vj y “ ai xvi , vj y “ aj xvj , vj y “ aj }vj }2 .
i“1 i“1
Corollaire 1.8. Une famille orthogonale de n vecteurs non nuls dans un espace pV, x¨ , ¨yq de
dimension n est une base de V .
Démonstration. C’est une famille libre de cardinal égal à la dimension, donc une base.
Définition 1.9. On appelle une famille de n vecteurs orthogonaux non nuls d’un espace
vectoriel pV, x¨ , ¨yq de dimension n, une base orthogonale de V . Si, en plus, la famille est
orthonormale, on l’appelle une base orthonormale de V .
On rappelle que, pour déterminer les composantes d’un vecteur par rapport à une base
quelconque on doit résoudre un système linéaire de n équations avec n inconnues. Par contre, si
on a une base orthogonale ou orthonormale, les composantes sont déterminées par des produits
scalaires, comme le montre le théorème suivant. Sachant que la résolution d’un système linéaire
de n équations avec n inconnues nécessite, en général, beaucoup plus d’opérations que le calcul
de produits scalaires, ceci montre déjà un des avantages de connaı̂tre une base orthogonale
d’un espace vectoriel.
Théorème 1.10. Soit B “ tu1 , . . . , un u une base orthogonale de pV, x¨ , ¨yq, alors pour tout
vPV
n
ÿ xv, ui y
v“ 2
ui
i“1
}ui }
13
En particulier, si B est une base orthonormale, alors :
n
ÿ
v“ xv, ui y ui .
i“1
n
ř
Démonstration. B est une base, donc il existe α1 , . . . , αn P C tels que v “ αj uj . On
j“1
considère le produit scalaire de cette expression de v avec un vecteur fixé ui , i P t1, . . . , nu :
n
ÿ n
ÿ
xv, ui y “ x αj uj , ui y “ αj xuj , ui y “ αi xui , ui y “ αi }ui }2
pui Kuj @i‰jq
j“1 j“1
n
xv,ui y ř xv,ui y
donc pour tout i “ 1, . . . , n, αi “ }ui }2
et donc v “ }ui }2 i
u. Si B est une base orthonormale,
i“1
alors }ui } “ 1 et donc on a la deuxième formule du théorème.
Interprétation géométrique du théorème : le théorème qu’on vient de démontrer est la
généralisation du théorème de décomposition d’un vecteur dans le plan R2 ou dans l’espace
R3 sur la base canonique des vecteurs unitaires des axes. Pour simplifier, on considère le cas
de R2 comme dans la figure 1.1.
v “ looomooon
}v} cos α ı̂ ` }v} cos β ̂ “ xv, ı̂y ı̂ ` xv, ̂y ̂,
looomooon
xv,ı̂y xv,̂y
qui est un cas particulier du théorème ci-dessus. L’importance de souligner ce résultat réside
dans le fait que la série de Fourier peut être vue comme une généralisation ultérieure
du théorème de décomposition sur une base orthogonale ou orthonormale.
14
1.3.3 Notion de projection orthogonale
Dans l’espace euclidien R2 , il est clair que le produit scalaire d’un vecteur v avec un vecteur
unitaire u réalise la projection orthogonale de v dans la direction donnée par u. De la même
manière, on peut définir la projection orthogonale p d’un vecteur de R3 sur le plan engendré
par deux vecteurs unitaires comme la somme des projections orthogonales p1 et p2 sur les
deux vecteurs unitaires considérés séparément, comme il est montré dans la figure 1.2.
Figure 1.2 – Projection orthogonale p d’un vecteur de R3 sur le plan engendré par deux
vecteurs unitaires.
Pour pouvoir utiliser cette propriété dans l’analyse de Fourier, on a besoin d’étudier, plus
en général, la projection orthogonale dans les espaces vectoriels avec un produit scalaire en
dimension finie.
On considère alors pV, x¨ , ¨yq, un espace vectoriel complexe de dimension n avec produit
scalaire, et une famille orthogonale F “ tu1 , . . . , um u, m ď n, de vecteurs non nuls : pour
tout i “ 1, . . . , m, ui ‰ 0.
On écrira le sous-espace vectoriel de V engendré par toutes les combinaisons linéaires des
vecteurs de F comme SpanpF q :
# +
m
ÿ
SpanpF q ” S “ s P V : Dα1 , . . . , αm P C tels que s “ αj uj .
j“1
m
ÿ xv, ui y
PS pvq “ ui ,
i“1
}ui }2
il faut noter que la présence de la norme au carré est due au fait qu’il faut normaliser deux
fois ui . On définit l’opérateur de projection orthogonale 3 sur S comme l’application
(évidemment) linéaire :
PS : V ÝÑ S Ď V
m
ř xv,ui y
v ÞÝÑ PS pvq “ }ui }2 i
u.
i“1
15
Le théorème suivant montre que la projection orthogonale définie ci-dessus a toutes les
propriétés de la projection orthogonale en R2 et R3 .
Théorème 1.11. Avec les notations ci-dessus :
1) Si s P S alors PS psq “ s, i.e. l’action de PS sur les vecteurs de S est l’identité ;
2) @v P V et s P S :
3) @v P V et s P S :
}v ´ PS pvq} ď }v ´ s}
et l’égalité vaut si et seulement si s “ PS pvq.
Avant de démontrer le théorème, on observe que la propriété 3) dit que, parmi tous les
vecteurs de S, le vecteur qui minimise la distance à v est la projection orthogonale
PS pvq. Par ailleurs, la propriété 2) est la généralisation d’un fait géométrique qu’on peut
visualiser très facilement en R2 , comme dans la figure 1.3.
m
ř
Preuve de 1) : Soit s P S, i.e. s “ αj uj , alors :
j“1
m
ř
m x αj uj , ui y m m
ÿ j“1 ÿ αi xui , ui y ÿ
PS psq “ ui “ ui “ αi ui “ s.
i“1
}ui }2 pui Kuj @i‰jq
i“1
}ui }2 i“1
Preuve de 2) : On commence par considérer encore le produit scalaire de PS pvq avec un vecteur
d’où
16
m
ř
Maintenant, si s P S, alors D α1 , . . . , αm tels que s “ αj uj , donc
j“1
m
ÿ m
ÿ
xv ´ PS pvq, sy “ xv ´ PS pvq, αj uj y “ αj˚ loooooooomoooooooon
xv ´ PS pvq, uj y “ 0,
formule p1.2q
j“1 j“1
“0
Démonstration. La preuve est constructive, dans le sens où elle donne la méthode pour
construire pu1 , . . . , up q à partir de pv1 , . . . , vp q.
— 1ère étape, normalisation de v1 :
v1
u1 “ .
}v1 }
— 2ème étape, comme montré dans la figure 1.4, on projette v2 en direction de u1 , i.e.
on considère xv2 , u1 yu1 . Grâce au théorème 1.11 on sait que la différence vectorielle
v2 ´ xv2 , u1 yu1 est orthogonale à u1 , enfin on normalise le résultat :
v2 ´ xv2 , u1 yu1
u2 “ .
}v2 ´ xv2 , u1 yu1 }
— n-ième étape, par itération :
4. Jørgen Pedersen Gram (Nustrup 1850 - Copenhagen 1916), Erhard Schmidt (Tatu 1876 - Berlin 1959).
17
Figure 1.4 – Représentation graphique de la deuxième étape de la procédure d’orthonormali-
sation de Gram-Schmidt.
2. Identité de Parseval 5 :
n
ÿ
xv, wy “ xv, ui yxui , wy ; (1.4)
i“1
3. Identité de Plancherel 6 :
n
ÿ
2
}v} “ |xv, ui y|2 . (1.5)
i“1
Preuve de 1q : c’est une conséquence immédiate du théorème 1.11. En fait, comme pu1 , . . . , un q
est une base, v P Spanpu1 , . . . , un q, en plus pu1 , . . . , un q est orthonormale, donc v “ PS pvq “
n
xv, ui yui . La division par }ui }2 dans la sommation n’est pas nécessaire car }ui } “ 1 @i.
ř
i“1
18
n
ř
Preuve de 2q : en utilisant 1q on peut écrire v “ xv, ui yui , et, si on calcule le produit scalaire
i“1
de v, écrit comme ceci, avec w, grâce à la formule (1.1), on a :
n
ÿ n
ÿ
xv, wy “ x xv, ui yui , wy “ xv, ui yxui , wy.
i“1 i“1
2. Si, au lieu d’être une base orthonormale, pu1 , . . . , un q est une base orthogonale, alors,
grâce à la formule du projecteur et au théorème 1.11, les résultats du théorème 1.13
peuvent être écrits comme ceci :
19
on considère aussi la structure donnée par la présence d’un produit scalaire, on peut définir une
classe très importante des opérateurs : ceux qui conservent le produit scalaire entre vecteurs.
La représentation matricielle de ces opérateurs joue un rôle fondamental dans les applications
de la théorie de Fourier.
Dans les sections suivantes, on va rappeler les notions essentielles relatives aux opérateurs
et matrices qui préservent le produit scalaire.
Comme E est une base de V , on peut écrire tout vecteur v P V comme une combinaison
linéaire des vecteurs de E :
n
ÿ
v“ aj vj .
j“1
Ainsi, v est représenté de façon univoque par le vecteur
¨ ˛
a1
˚ .. ‹
rvsE “ ˝ . ‚
an
dont les coordonnées
Si A pm ˆ nq est une matrice quelconque et v un vecteur colonne de taille n :
¨ ˛ ¨ ˛
a11 a12 ¨ ¨ ¨ a1n v1
˚ a21 a22 ¨ ¨ ¨ a1n ‹ ˚ v2 ‹
A“˚ . .. ‹ , v “ ˚ .. ‹ ,
˚ ‹ ˚ ‹
.. ..
˝ .. . . . ‚ ˝.‚
am1 am2 ¨ ¨ ¨ amn vn
alors Av est un vecteur colonne de taille m :
¨ř n ˛
a1j vj
˚ j“1 ‹
˚ n ‹
˚ř ‹
˚ j“1 a2j vj ‹
˚ ‹
Av “ ˚ ‹,
˚ .
. ‹
˚ n .
˚ ‹
‹
˝ř ‚
amj vj
j“1
20
On rappelle aussi que le produit matriciel entre une matrice pm ˆ nq, A “ paij q, et une
matrice pn ˆ pq, B “ pbjk q, i “ 1, . . . , m, j “ 1, . . . , n, k “ 1, . . . , p est une matrice pm ˆ pq,
C “ pcik q où
n
ÿ
cik “ aij bjk ,
j“1
qui correspond, au produit scalaire Euclidien réel de la ligne i de A avec la colonne k de B (même
quand les matrices sont complexes). Le produit matriciel est associatif, i.e. pABqC “ ApBCq
(quand le produit a du sens, bien sûr), mais en général il n’est pas commutatif : AB ‰ BA.
Quand AB “ BA on dit que les matrices commutent. On peut définir le commutateur entre
A et B comme la matrice suivante : rA, Bs “ AB ´ BA, bien évidemment A et B commutent
si et seulement si leur commutateur rA, Bs est la matrice nulle.
i.e.
m
ÿ
Lpej q “ aij fi @j P t1, . . . , nu. (1.10)
i“1
Pour cette raison A est dite matrice représentative de L dans les bases E et F. On
écrit A “ AE,F
L .
7. La colonne i de A a comme éléments les coefficients de la combinaison linéaire qui exprime Lpei q en
fonction des vecteurs de la base F.
21
Démonstration. Soit v un vecteur quelconque
¨ ˛ de V , avec une décomposition sur la base E
c1
n
ř ˚ .. ‹
donnée par v “ cj vj , donc rvsE “ ˝ . ‚ . On va appliquer L à v :
j“1
cn
˜ ¸
n
ÿ n
ÿ
Lpvq “ L cj ej “ cj Lpej q
linéarité de L
j“1 j“1
˜ ¸
n
ÿ m
ÿ m
ÿ n
ÿ
“ cj aij fi “ aij cj fi ,
eq. p1.10q
j“1 i“1 i“1 j“1
où dans le dernier cas on a utilisé le˜fait que ¸les sommes finies sont toujours interchangeables
m
ř n
ř
entre elles. Donc on a : Lpvq “ aij cj fi , et alors, par définition :
i“1 j“1
¨ř n ˛
a1j cj
˚ j“1 ‹
˚ ‹
.
.. ‹.
˚ ‹
rLpvqsF “ ˚
˚ n ‹
˝ř ‚
amj cj
j“1
n
ř
La ligne i de rLpvqsF est aij cj , mais grâce à l’eq. (1.9), cela est exactement la ligne i de
j“1
ArvsE , donc rLpvqsF “ ArvsE .
L’unicité de la matrice A est immédiate à démontrer : si, une autre matrice B satisfait
rLpvqsF “ BrvsE @v P V , alors, par différence, on a :
22
i.e. la matrice qui permet de passer de rvsE , la représentation de v par rapport à la base E, à
rvsF , la représentation de v par rapport à la base F.
Nous pouvons appliquer le formalisme vu au paragraphe précédent : on considère l’endo-
morphisme identité id: V Ñ V (i.e. idpvq “ v pour tout v P V ), où l’espace de départ V est
muni de la base E et l’espace d’arrivée (qui est aussi V ) est muni de la base F. L’équation
(1.12) du théorème 1.14 implique que la matrice A “ AE,F id associée à cet endomorphisme par
rapport aux bases E et F satisfait la relation rvsF “ ridpvqsF “ ArvsE , qui est exactement
(1.13). Par unicité, il vient donc
Q “ AE,F
id .
On peut expliciter les éléments de la matrice Q en se souvenant que les colonnes de Q sont les
images des éléments de la base de départ E exprimés selon la base d’arrivée F. Or ici L “ id
donc Lpej q “ ej . Donc
Proposition 1.16. Les colonnes de Q sont les vecteurs de l’ancienne base E
exprimés en fonction de la nouvelle F et on a
La matrice Q est inversible (car c’est la matrice représentative de l’application id qui est
bijective). Son inverse P “ Q´1 est l’unique matrice telle que
Encore une fois par unicité, P est la matrice représentative de id quand la base de départ est
F et celle d’arrivée est E. Ainsi
Proposition 1.17. Les colonnes de P sont les vecteurs de la nouvelle base F
exprimés en fonction de l’ancienne E et on a
23
— L : V Ñ V un endomorphisme
— E, F : deux bases de V
— A la matrice associée à L quand V (en tant qu’espace de départ et d’arrivée) est muni
de la base E.
— P la matrice de passage de la base E à la base F
Alors B “ P ´1 AP est la matrice associée à L quand V (en tant qu’espace de départ et
d’arrivée) est muni de la base F.
Bien évidement, on a P B “ P P ´1 AP ñ P BP ´1 “ AP P ´1 , i.e.
B “ P ´1 AP ðñ A “ P BP ´1 .
Deux matrices reliées par une telle relation sont dites semblables ou similaires. La
similarité est une relation d’équivalence, un des buts les plus importants de l’algèbre linéaire
consiste à trouver la représentation la plus ! simple " dans la classe d’équivalence par similarité
d’une matrice.
Théorème 1.20. On a l’équivalence suivante : L : pV, x¨ , ¨yq Ñ pV, x¨ , ¨yq conserve le produit
scalaire ðñ L transforme toute base orthonormale de V en une base orthonormale de V .
Démonstration. ùñ : on suppose que L conserve le produit scalaire. Si pui qni“1 est une base
orthonormale, alors xui , uj y “ δi,j et donc, comme L conserve x¨ , ¨y, xLui , Luj y “ xui , uj y “ δi,j .
Ceci montre que la famille pLui qni“1 est une famille orthonormale de V , de cardinal n, donc
une base.
ðù : on suppose que L transforme toute base orthonormales en une base orthonormale. Soit
pui qni“1 une base orthonormale de V (il en existe au moins une par procédé de Gram-Schmidt)
et v, w P V . Grâce à (1.3) on a :
n
ÿ n
ÿ
v“ xv, ui yui , w “ xw, ui yui .
i“1 i“1
De plus, ¨ ˛
n
ÿ n
ÿ
Lv “ L ˝ xlov, uoinyui ‚ “ xv, ui yLui
plinéarité de Lq
omo
i“1 i“1
PC
24
et de même,
n
ÿ
Lw “ xw, ui yLui .
i“1
Or, par hypothèse, L transforme toute base orthonormale en une base orthonormale, donc
pLui qni“1 est une base orthonormale. Donc on peut écrire une deuxième identité de Parseval :
n
ÿ
xLv, Lwy “ xv, ui yxui , wy. (1.18)
i“1
Si on compare les identités (1.17) et (1.18) on obtient que xLv, Lwy “ xv, wy @v, w P V , i.e. L
conserve le produit scalaire.
Il est clair que si L conserve le produit scalaire, alors, en particulier, L conserve la norme
(pour démontrer cela, ça suffit de considérer v “ w) :
25
Théorème 1.22. Si L P EndpV q conserve le produit scalaire d’un espace vectoriel complexe
V , alors les valeurs propres de L peuvent seulement être de la forme : λ “ eiθ , θ P R.
U ´1 “ pU ˚ qt ðñ U pU ˚ qt “ pU ˚ qt U “ I,
O´1 “ Ot ðñ OOt “ Ot O “ I,
26
1.7 Rappel sur la diagonalisation des endomorphismes et ma-
trices
La diagonalisation des matrices est une des plus importantes opérations de l’algèbre linéaire,
en fait, travailler avec une matrice diagonale est beaucoup plus simple et rapide qu’avec une
matrice quelconque.
Rappeler les plus importants concepts de la théorie de la diagonalisation est utile car une
des plus remarquables applications de la transformée de Fourier est la diagonalisation des
opérateurs stationnaires.
Définition 1.25. Un endomorphisme L : V Ñ V est dit diagonalisable (ou simple) s’il
existe une base de V donnée par des vecteurs propres de L.
Par conséquent, s’il existe pvi qni“1 , base de V de vecteurs propres de L avec valeurs propres
pλi qni“1 , alors : $
&Lv1 “ λ1 v1 “ λ1 v1 ` 0v2 ` . . . ` 0vn
’
’
..
’ .
’
%Lv “ λ v “ 0v ` 0v ` . . . ` λ v
n n n 1 2 n n
Donc, la matrice A associée à L via la base de vecteurs propres pvi qni“1 est :
¨ ˛
λ1 0 . . . 0
˚ .. ‹
˚ 0 λ2 . ‹
A“˚ ˚ .. .. . .
‹ “ diagpλ1 , λ2 , . . . , λn q.
‹
˝. . . 0‚
0 0 ... λn
27
Chapitre 2
Le contexte de ce chapitre est celui de l’analyse de signaux discrets (i.e. des suites)
périodiques, où nous allons appliquer dans un cadre simple le formalisme du chapitre précédent.
La Transformée de Fourier Discrète (ou Discrete Fourier Transform, DFT) a de nombreuses
applications, en particulier dans le cadre de la théorie des signaux, comme on verra dans la
section 2.5.
`N ÐÑ CN ¨ ˛
zp0q
˚ zp1q
‹
z ÐÑ pzp0q, zp1q, . . . , zpN ´ 1qq “ ˚ ‹,
˚ ‹
..
˝ ‚ .
zpN ´ 1q
On utilisera la représentation de z comme vecteur ligne ou vecteur comme colonne selon nos
besoins.
28
Définition 2.3. Grâce à l’isomorphisme ci-dessus, on peut définir la base canonique B de
`N : B “ pe0 , e1 , . . . , eN ´1 q avec pour tout j “ 0, . . . , N ´ 1, ej définie sur t0, . . . , N ´ 1u par
#
1 k“j
@k “ 0, . . . , N ´ 1, ej pkq “ δj,k “ ,
0 k‰j
˜ ¸ 12
Nÿ
´1
}z} “ |zpkq|2 ,
k“0
29
Base orthogonale de Fourier
Définition 2.6 (Base orthogonale de Fourier). Pour N ě 1, on définit la famille pE0 , E1 , . . . , EN ´1 q
de N éléments de `N de la façon suivante : pour tout m P t0, . . . , N ´ 1u, Em est donnée sur
t0, . . . , N ´ 1u par
2πikm
@k “ 0, . . . , N ´ 1, Em pkq “ e N “ pωm qk “ pω1 qmk , (2.2)
puis étendue par périodicité.
De façon plus explicite :
— pour m “ 0 :
pE0 p0q, E0 p1q, . . . , E0 pN ´ 1qq “ p1, 1, . . . , 1q;
— pour m “ 1 :
´ 2πi 4πi 2πipN ´1q
¯
pE1 p0q, E1 p1q, . . . , E1 pN ´ 1qq “ 1, e N , e N , . . . , e N
´ ¯
“ 1, ω1 , ω12 , ω13 , . . . , ω1N ´1 ;
— pour m “ 2 :
´ 4πi 8πi 4πipN ´1q
¯
pE2 p0q, E2 p1q, . . . , E2 pN ´ 1qq “ 1, e N , e N , . . . , e N
´ ¯
2pN ´1q
“ 1, ω12 , ω14 , ω16 , . . . , ω1 ;
— pour m quelconque :
´ 2πim 4πim 2πipN ´1qm
¯
pEm p0q, Em p1q, . . . , Em pN ´ 1qq “ 1, e N ,e N ,...,e N
´ ¯
pN ´1qm
“ 1, ω1m , ω12m , ω13m , . . . , ω1 ;
— pour m “ N ´ 1 :
ˆ ˙
2πipN ´1q 4πipN ´1q 2πipN ´1q2
pEN ´1 p0q, EN ´1 p1q, . . . , EN ´1 pN ´ 1qq “ 1, e N ,e N ,...,e N
´ ¯
2pN ´1q 3pN ´1q pN ´1q2
“ 1, ω1N ´1 , ω1 , ω1 , . . . , ω1 ;
On voit grâce à la formule z “ eiα “ rcos α ` i sin αs, que les valeurs successives de chaque suite
Em oscillent selon des fréquences différentes, (les arguments des fonctions cos et sin changent
avec les coefficients m et k). Comme on verra bientôt, la signification de ces fréquences a une
importance centrale dans l’analyse de Fourier.
Lemme 2.7. Pour tout j, k P t0, 1, . . . , N ´ 1u on a la formule :
#
Nÿ
´1 Nÿ ´1
j´k k´j N j“k
e2πin N “ e2πin N “ N δj,k “ (2.3)
n“0 n“0 0 j ‰ k.
Démonstration. On fait la preuve pour la première somme, (la seconde somme est la conjuguée
de la première). On a
Nÿ
´1 Nÿ
´1 ´
j´k n
¯
2πin j´k
e N “ e2πi N .
n“0 n“0
On a les deux cas suivants :
30
j´k
— Si j “ k, z :“ e2πi N “ 1 et donc
Nÿ
´1 Nÿ
´1
j´j
e2πin N “ 1 “ N.
n“0 n“0
j´k
— Si j ‰ k P t0, . . . , N ´ 1u, z :“ e2πi N ‰ 1, alors, grâce à la formule de la sommation
géométrique :
Nÿ
´1 ´ Nÿ
´1
j´k
¯n 1 ´ zN
e2πi N “ zn “
n“0 n“0
1´z
pj´kqN
1 ´ e2πi N 1 ´ e2πipj´kq
“ j´k “ j´k .
1 ´ e2πi N 1 ´ e2πi N
ř ´1 2πin j´k
Comme j ´ k P Z, e2πipj´kq “ 1, et donc N n“0 e
N “ 0.
Démonstration. La famille E est de cardinal N donc il suffit de montrer qu’elle est orthogonale.
On va donc calculer les produits scalaires xEj , Ek y, @j, k P t0, . . . , N ´ 1u :
Nÿ
´1 Nÿ
´1
jn kn
xEj , Ek y “ Ej pnqEk pnq˚ “ e2πi N e´2πi N
n“0 n“0
Nÿ
´1
pj´kqn
“ e2πi N “ N δj,k ,
n“0
où on a utilisé le Lemme 2.3 pour arriver à la dernière égalité, qui montre que
xEj , Ek y “ N δj,k ,
i.e. les éléments de la base sont orthogonaux entre eux. Par contre, la famille E n’est par
orthonormée :
?
}Em }2 “ N , }Em } “ N , @m P t0, 1, . . . , N ´ 1u.
Quelques exemples :
On considère ici les cas N “ 2, N “ 3 et N “ 4.
— Pour N “ 2, `2 est l’ensemble des suites z 2-périodiques, caractérisées par la donnée de
tz “ pzp0q, zp1qq P C2 u. Dans ce cas,
´ 1¨1
¯ `
E0 “ p1, 1q et E1 “ 1, e2πi 2 “ 1, eπi “ p1, ´1q.
˘
Et donc
E “ pp1, 1q, p1, ´1qq , (2.4)
est la base de Fourier des exponentielles complexes de `2 .
31
— Pour N “ 3, `3 est l’ensemble des suites z 3-périodiques, caractérisées par la donnée de
tz “ pzp0q, zp1q, zp2qq P C3 u. Alors (exercice) :
ˆ ? ? ? ? ˙
1 3 1 3 1 3 1 3
E “ p1, 1, 1q, p1, ´ ` i ,´ ´ i q, p1, ´ ´ i ,´ ` i q . (2.5)
2 2 2 2 2 2 2 2
2iπ
Pour se convaincre de ce calcul on se rappellera que dans ce cas, ω “ e 3 (parfois
appelé ω “ j) est une racine primitive 3ième de l’unité. Ainsi, ω 2 “ ω̄ et ω 4 “ ω.
— Pour N “ 4, `4 est l’ensemble des suites z 4-périodiques, caractérisées par la donnée de
tz “ pzp0q, zp1q, zp2q, zp3qq P C4 u. Alors (exercice) :
E “ pp1, 1, 1, 1q, p1, i, ´1, ´iq, p1, ´1, 1, ´1q, p1, ´i, ´1, iqq . (2.6)
Conséquences
On peut utiliser les résultats (1.6), (1.7), (1.8) de la section 1.3.5 pour écrire les formules
suivantes, qui sont valides pour deux éléments z, w P `N quelconques :
— Décomposition sur la base orthogonale E :
Nÿ
´1
xz, Em y
z“ Em (2.7)
m“0
N
E “ pE0 , E1 , E2 , . . . , EN ´1 q
définie par
Em
@m “ 0, . . . , N ´ 1, Em :“ ? ,
N
c’est-à-dire
1 mn 1
@m, n “ 0, . . . , N ´ 1, Em pnq “ ? e2πi N “ ? pωm qn . (2.10)
N N
Par construction, une telle famille est bien une base orthonormée de `N .
32
Revenons aux exemples vus plus haut : pour N “ 2,
1
E “ ? pp1, 1q, p1, ´1qq (2.11)
2
est la base orthonormale de Fourier de `2 et pour N “ 3
ˆ ? ? ? ? ˙
1 1 3 1 3 1 3 1 3
E“? p1, 1, 1q, p1, ´ ` i ,´ ´ i q, p1, ´ ´ i ,´ ` i q . (2.12)
3 2 2 2 2 2 2 2 2
2.2.2 Conséquences
La traduction du théorème 1.13 dans `N avec la base orthonormale de Fourier est la
suivante : étant donnés des éléments z, w P `N quelconques, on a
— Décomposition sur la base orthonormale de Fourier :
Nÿ
´1
z“ xz, Em yEm (2.14)
m“0
— Identité de Parseval :
Nÿ
´1
xz, wy “ xz, Em yxEm , wy (2.15)
m“0
— Identité de Plancherel :
Nÿ
´1
}z}2 “ |xz, Em y|2 . (2.16)
m“0
33
2.3 Les coefficients de Fourier et la transformée de Fourier
discrète (DFT)
2.3.1 Transformée de Fourier discrète
La définition de la transformée de Fourier discrète change selon les auteurs et les applications.
Les deux définitions les plus répandues utilisent la base orthonormale E et un mélange des
bases orthogonales E et F .
Les deux choix sont utiles pour des raisons différentes :
— Utiliser la base orthonormale E permet d’obtenir des opérateurs unitaires ;
— Utiliser un mélange des bases orthogonales E et F permet de simplifier beaucoup de
formules, notamment la formule de la convolution, que l’on verra plus tard dans ce
chapitre, qui est très utilisée dans les applications.
Pour éviter des complications de notations inutiles, on travaillera seulement dans ce cours avec
les bases orthogonales E et F . On laisse le lecteur effectuer les modifications nécessaires pour
une autre renormalisation.
On commence par reconsidérer la décomposition
Nÿ
´1 N ´1
xz, Em y 1 ÿ
z“ Em “ xz, Em yEm
m“0
N N m“0
Nÿ
´1
mn
ẑpmq “ zpnqe´2πi N Coefficients de Fourier de z. (2.18)
n“0
la transformée de Fourier discrète, que l’on écrira DFT (Discrete Fourier Transform),
à partir de maintenant.
34
Il faut observer que la variable de z est n, tandis que la variable de ẑ est m. Dans la
section 2.5 on donnera l’interprétation de n et m dans la théorie des signaux : n est la valeur
discrète d’un instant temporel (ou d’une position spatiale), où on mesure un signal z, par
contre m est proportionnel à la fréquence d’oscillation d’une onde (dite harmonique), multiple
d’une fréquence fondamentale. Donc, la DFT permet de passer d’une description en termes
d’échantillons temporels (ou spatiaux) d’un signal, à une description en terme de fréquences
du signal même. Dans la section 2.5 on formalisera cette affirmation.
Avec les définitions ci-dessus, on peut écrire la décomposition de z comme ceci :
N ´1
1 ÿ
z“ ẑpmqEm , (2.20)
N m“0
N ´1
1 ÿ mn
zpnq “ ẑpmqe2πi N @n “ 0, 1, . . . , N ´ 1 (2.21)
N m“0
— Identité de Parseval :
N ´1
1 ÿ 1
xz, wy “ ẑpmqŵpmq˚ “ xẑ, ŵy (2.22)
N m“0 N
— Identité de Plancherel :
N ´1
1 ÿ 1
}z}2 “ |ẑpmq|2 “ }ẑ}2 . (2.23)
N m“0 N
La première relation dit que, si on connait les valeurs zpnq, alors on peut reconstruire les
valeurs ẑpmq grâce à la formule (2.18). La deuxième relation dit que, si on connait les valeurs
ẑpmq, alors on peut reconstruire les valeurs zpnq grâce à la formule (2.21). Ceci montre une
! dualité " entre les deux formules : on peut passer de la suite z à la suite ẑ et vice-versa via
les relations (2.18) et (2.21). On va formaliser cette dualité avec la définition et le théorème
qui suivent.
35
Définition 2.11. On appelle l’opérateur linéaire :
IDFT ” ˇ : `N ÝÑ `N
u ÞÝÑ IDFTpuq ” ǔ,
N ´1
1 ÿ mn
ǔpnq “ upmqe2πi N @n P t0, 1, . . . , N ´ 1u,
N m“0
la transformée de Fourier discrète inverse, que l’on écrira IDFT (Inverse Discrete
Fourier Transform), à partir de maintenant.
Théorème 2.12. La IDFT est l’opérateur linéaire inverse de la DFT et vice-versa :
autrement dit :
ẑˇ “ z, žˆ “ z @z P `N .
Démonstration. On doit démontrer que la composition entre DFT et IDFT et entre IDFT et
DFT donne l’opérateur identité id : DFT˝IDFT“IDFT˝DFT“ id, idpzq “ z, @z P `N .
On commence par vérifier que, si on a une suite z P `N quelconque, et on applique la DFT
pour obtenir la suite des coefficients de Fourier ẑ P `N , alors on peut revenir à la suite initiale
via l’application de la IDFT :
`N ÝÑ `N ÝÑ `N
DFT IDFT
z ÞÝÑ ẑ ÞÝÑ ẑˇ “ z.
Avant d’écrire la composition, on souligne qu’il ne faut pas confondre l’index de sommation,
dont le symbole n’a aucune importance, avec les variables fixées n, m de žpnq et ẑpmq. Pour
éviter ce problème, on utilise j comme symbole de sommation de la première transformation,
qui est celle écrite à l’intérieur de l’expression composée. Pour tout n P t0, 1, . . . , N ´ 1u,
˜ ¸
Nÿ´1 Nÿ´1 Nÿ´1
1 mn 1 mj mn
ˇ
ẑpnq “ ẑpmqe2πi N “ zpjqe´2πi N e2πi N
N m“0 N m“0 j“0
N ´1 N ´1
1 ÿ ÿ n´j
“ zpjqe2πim N
N m“0 j“0
˜ ¸
N ´1 Nÿ
´1
1 ÿ n´j
“ zpjq e2πim N
N j“0 m“0
N ´1
1 ÿ
“ zpjqN δj,n “ zpnq.
pLemme 2.3q N j“0
`N ÝÑ `N ÝÑ `N
IDFT DFT
z ÞÝÑ ž ÞÝÑ žˆ “ z.
36
Pour tout m P t0, 1, . . . , N ´ 1u
˜ ¸
Nÿ
´1 Nÿ
´1 N ´1
´2πi mn 1 ÿ jn mn
žˆpmq “ žpnqe N “ zpjqe2πi N e´2πi N
n“0 n“0
N j“0
Nÿ
´1 Nÿ
´1
1 j´m
“ zpjqe2πin N
N n“0 j“0
˜ ¸
N ´1 Nÿ
´1
1 ÿ 2πin j´m
“ zpjq e N
N j“0 n“0
N ´1
1 ÿ
“ zpjqN δj,m “ zpmq.
pLemme 2.3q N j“0
ˇ
Donc pour tout n, m P t0, 1, . . . , N ´ 1u, ẑpnq “ zpnq et žˆpmq et le théorème est prouvé.
On note la grande similarité entre DFT et IDFT : seulement le coefficient 1{N et le signe
de l’exponentiel complexe changent. Il est utile de souligner les formules que l’on vient de
démontrer :
N ´1
1 ÿ mn
ˇ
@n P Z, ẑpnq “ ẑpmqe2πi N “ zpnq,
N m“0
Nÿ
´1
mn
@m P Z, žˆpmq “ žpnqe´2πi N “ zpmq.
n“0
Définition 2.13. On appelle le couple pz, ẑq P `N ˆ `N un couple de Fourier.
Remarque 2.14. Notons ici que ẑ et ž sont par construction périodiques : si a P Z, on
obtient que :
Nÿ
´1 Nÿ
´1 Nÿ
´1
pm`aN qn mn aN n mn
ẑpm ` aN q “ zpnqe´2πi N “ zpnqe´2πi N e´2πi N “ zpnqe´2πi N e´2πani “ ẑpmq,
n“0 n“0 n“0
car e´2πani “ 1. Avec le même calcul on montre que žpn ` aN q “ žpnq @a P Z. Donc, les
définitions de ẑ et ž se prolongent automatiquement à à Z tout entier.
37
Si N “ 2M ` 1 est impair, alors on définit encore c0 , cm et sm comme ci-dessus, mais bien sûr
le cas m “ N {2 ne doit pas être considéré car N {2 dans ce cas n’est pas un nombre entier.
Théorème 2.15. La collection tc0 , c1 , . . . , cM ´1 , cM , s1 , . . . , sM ´1 u quand N “ 2M ou la
collection tc0 , c1 , . . . , cM ´1 , s1 , . . . , sM ´1 u quand N “ 2M ` 1 est une base orthonormale de
`N . Donc, pour tout z P `N :
M
ÿ M
ÿ ´1 M
ÿ ´1 M
ÿ ´1
z“ xz, cm ycm ` xz, sm ysm pN “ 2M q, z“ xz, cm ycm ` xz, sm ysm pN “ 2M ` 1q
m“0 m“1 m“0 m“1
xz, c0 y “ ẑp0q
$
?
N
’
’
xz, cM y “ ẑpM
’
? q
’
’
’
’
’ N
’xz, cm y “ ?1 pẑpmq ` ẑpN ´ mqq, m “ 1, 2, . . . , M ´ 1
’
’
’
’
’ 2N
xz, sm y “ ?´i pẑpmq ´ ẑpN ´ mqq, m “ 1, 2, . . . , M ´ 1
&
? 2N
’
’ ẑp0q “ N xz, c0 y
’
’
’ ?
’
’
’ ẑpM q “ N xz, cM y
’
’ a
’
’
’ ẑpmq “ N {2pxz, cm y ´ ixz, sm yq, m “ 1, 2, . . . , M ´ 1
’
% a
ẑpmq “ N {2pxz, cN ´m y ` ixz, sN ´m yq, m “ M ` 1, M ` 2, . . . , N ´ 1.
38
Démonstration. Pour tout n, m P t0, . . . , N ´ 1u,
Nÿ
´1
2iπkm
eˆn pmq “ en pkqe´ N .
k“0
2iπmn
Or, par définition de la base canonique, en pkq “ δn,k et donc eˆn pmq “ e´ N “ αnm . D’où le
résultat. WN est clairement symétrique et le fait qu’elle soit inversible vient du fait que la
DFT est bijective.
1 2iπmn 1 nm
Or, en pkq “ δn,k et donc ěn pmq “ Ne
N “ N ᾱ , ce qui donne le résultat.
Exemples :
— N “ 2 : α “ e´2πi{2 “ ´1, donc
ˆ ˙
1 1
W2 “ ,
1 ´1
d’où : ˆ ˙
1 1 1
W2´1 “ .
2 1 ´1
?
3
— N “ 3 : α “ e´2πi{3 “ j 2 “ j̄ “ ´ 21 ´ i 2 , donc
¨ ˛ ¨ ˛
1 1 1 1 1 1
W3 “ ˝1 j 2 j 4 ‚ “ ˝1 j̄ j ‚,
1 j4 j8 1 j j̄
d’où : ¨ ˛
1 1 ? 1 ?
W3 “ ˝1 ´ 2 ´ i ?23
1
´ 21 ` i ?23 ‚ (2.26)
˚ ‹
1 ´ 12 ` i 23 ´ 21 ´ i 23
39
La matrice inverse est :
¨ ˛
1 1 ? 1 ?
1˚
W3´1 “ ˝1 ´ 2 ` i ?23
1
´ 21 ´ i ?23 ‚ (2.27)
‹
3
1 ´ 12 ´ i 23 ´ 21 ` i 23
40
2.5.1 La formule de synthèse des signaux 1D : décomposition sur la base
des harmoniques
Un signal discret 1D de dimension N peut être défini comme l’ensemble des N échantillons
d’une variable, qui peut être dépendant du temps, d’une dimension spatiale (x,y ou z), où
d’un autre paramètre avec un seul degré de liberté. Deux exemples remarquables de signaux
discret 1D qui dépendent du temps ou d’une dimension spatiale sont :
— l’ensemble de valeurs d’intensité d’un morceau de musique échantillonné pour N instants
différents ;
— l’ensemble de valeurs de niveau de gris d’une ligne ou d’une colonne d’une image
échantillonné pour N positions différentes.
On peut traiter un signal discret 1D dans le cadre de la théorie de Fourier avec les identifications
basiques suivantes :
— la représentation mathématique abstraite d’un signal discret 1D est donnée par une
suite z P `N ;
— n P ZN “ t0, 1, . . . , N ´ 1u représente les valeurs du paramètre (temps, dimension
spatiale, etc.) où est mesuré le signal ;
— l’énergie du signal z est associée à la norme carrée }z}2 .
Dans ce cadre, on interprète les formules (2.18) et (2.21) comme, respectivement, une formule
d’analyse et une formule de synthèse :
Nÿ
´1
mn
Formule d’analyse : @m P Z, ẑpmq “ zpnqe´2πi N ,
n“0
Nÿ´1
1 mn
Formule de synthèse : @n P Z, zpnq “ ẑpmqe2πi N .
N m“0
Ces formules se comprennent de la façon suivante : pour manipuler un signal audio (dont un
exemple est donné en 2.1), on peut avoir besoin de lui associer une expression analytique.
Pour ce faire, il est possible de calculer les coefficients de Fourier ẑpmq de ce signal (via la
formule d’analyse). La formule de synthèse dit alors qu’il est alors possible de reconstruire le
signal z au paramètre n grâce à la connaissance des coefficients de Fourier ẑpmq selon une
mn
combinaison linéaire d’ondes e2πi N dont les fréquences sont multiples de 1{N , modulées par
le coefficient de multiplication m : t0, 1{N, 2{N, . . . , pN ´ 1q{N u. Quand m “ 0 on n’a pas
41
m
d’oscillations, mais à partir de m “ 1 jusqu’à m “ N ´ 1 les fonctions e2πi N n oscillent avec
une certaine fréquence (voir section 2.5.3 pour plus de détails).
1
Définition 2.20 (Harmoniques). La fonction n ÞÑ e2πi N n est dite harmonique (discrète 2 )
m
fondamentale et les fonctions n ÞÑ e2πi N n pour m “ 1, 2, . . . , N ´ 1 sont dites harmoniques
(discrètes) d’ordre supérieur.
Nř
´1
1
où xzy “ N zpnq est la valeur moyenne du signal z. Si on introduit cette expression de
n“0
ẑp0q dans la formule de synthèse et on sépare le premier terme du reste de la sommation on
2. On spécifie le fait que les harmoniques sont discrètes, car les harmonique continues sont données par les
fonctions t ÞÑ e2πimνt “ eimωt , où ν est la fréquence et ω “ 2πν est la pulsation.
42
obtient :
N ´1 N ´1
1 1 ÿ mn 1 ÿ mn
zpnq “ N xzy ` ẑpmqe2πi N , i.e. zpnq “ xzy ` ẑpmqe2πi N .
N N m“1 N m“1
On dit que le coefficient de Fourier ẑp0q est la composante ! DC " de la formule de synthèse,
tandis que les autres termes constituent la composante ! AC ". Cette nomenclature vient
de l’électrotechnique, où on appelle le courant continue DC ! Direct Current " (courant de
fréquence nulle) et le courant alternatif AC ! Alternating Current ".
H0 “ t1, 1, . . . , 1u;
— m“1: " ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ˙*
1 2 N ´1
H1 “ 1, cos 2π , cos 2π , . . . , cos 2π ,
N N N
les valeurs de H1 représentent N échantillons d’une oscillation du cosinus. Le cycle
n’est
` pas ˘terminé car on ne considère pas la valeur n “ N , qui permettrait d’obtenir
N
cos 2π N “ cosp2πq “ 1. Dans la figure 2.2 on montre le graphe de Hm pour m “
1, N “ 16.
— m“2:
# ˜ ¸ ˙+
2 N2
ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ
2 4 2pN ´ 1q
H2 “ 1, cos 2π , cos 2π , . . . , cos 2π “ 1, . . . , cos 2π ,
N N N N
43
Figure 2.2 – Hm pour m “ 1, N “ 16.
44
Figure 2.4 – Hm pour m “ 7, N “ 16.
45
on a utilisé la périodicité et la parité du cosinus.
Par conséquent,
´ nm ¯ " * ˆ ˙ " *
N N nk N
cos 2π , mP ` 1, ` 2, . . . , N ´ 1 ô cos 2π , kP ´ 1, . . . , 1 ,
N 2 2 N 2
Figure 2.6 – Chirp obtenu via une ! scanline ", i.e. les valeurs d’intensité des pixels d’une
ligne d’une image numérique.
46
dans la figure 2.7 on montre trois différents chirps avec T “ 256, 512, 1024, tous échantillonnés
avec N “ 128. Les graphes des modules des coefficients de Fourier de ces chirps sont montrés
dans la figure 2.8. On voit que le coefficients de Fourier ẑpmq avec m proches à m “ 128{2 “ 64
ont un module non négligeable seulement pour le premier chirp, qui a des fréquence élevées.
Par contre, pour les deux dernier chirps, seulement les coefficients de Fourier ẑpmq avec m
proches à m “ 0 et m “ 128 ont un module non négligeable.
Figure 2.7 – De gauche à droite : chirps obtenus avec la formule (2.30), T “ 256, 512, 1024 et
N “ 128. Abscisses : n, ordonnees : zpnq.
Figure 2.8 – De gauche à droite : modules des coefficients de Fourier des chirps de la figure
2.7. Abscisses : m, ordonnees : |ẑpmq|.
On peut observer que le chirp avec des fréquences plus élevées a un spectre d’amplitude qui
s’étale loin de la fréquence centrale, par contre les deux chirps avec fréquences plus basses ont
leur spectres d’amplitude confinés à côté de la région centrale.
Dans les trois cas, on note que l’amplitude de ẑp0q est petite, cela est dû au fait que les
oscillations positives et négatives tendent à se balancer et donc que xzy tend vers 0.
Le code Matlab pour générer les graphes des spectres d’amplitude est disponible ci-dessous.
47
Figure 2.9 – De gauche à droite : modules des coefficients de Fourier des chirps de la figure
2.7 translatés pour avoir les basses fréquences dans le centre et les hautes aux côtés gauche
et droit. Abscisses : m, ordonnees : |ẑpmq|.
1 % samples
2 n=0:127;
3 % signals
4 z1=sin(pi*n.ˆ2/256); z2=sin(pi*n.ˆ2/512); z3=sin(pi*n.ˆ2/1024);
5 % non centered amplitude spectra
6 w1=abs( fft( z1 ) ); w2=abs( fft( z2 ) ); w3=abs( fft( z3 ) );
7 % centered amplitude spectra, fftshift implements the centering
8 v1=abs(fftshift( fft( z1 ) )); v2=abs(fftshift( fft( z2 ) )); ...
v3=abs(fftshift( fft( z3 ) ));
9 %graphs:
10 subplot(3,3,1); plot(n,z1); subplot(3,3,2); plot(n,z2); subplot(3,3,3); ...
plot(n,z3);
11 subplot(3,3,4); plot(n,w1); subplot(3,3,5); plot(n,w2); subplot(3,3,6); ...
plot(n,w3);
12 subplot(3,3,7); plot(n,v1); subplot(3,3,8); plot(n,v2); subplot(3,3,9); ...
plot(n,v3);
48
Figure 2.10 – Schéma d’un filtrage dans le domaine de Fourier.
Mw : `N ÝÑ `N
z ÞÝÑ Mw pzq “ w ¨ z,
où Mw pzq “ w ¨ z : ZN Ñ C est la suite définie par produit ponctuel entre w et z :
et donc
49
Définition 2.23. Donnée une suite w : ZN Ñ C, on appelle multiplicateur de Fourier
par la suite w, l’opérateur ci-dessous :
Tpwq : `N ÝÑ `N
z ÞÝÑ Tpwq pzq “ w
~ ¨ ẑ,
i.e.
`N ÝÑ `N ÝÑ `N ÝÑ `N
DFT Mw IDFT
z ÞÑ DFTpzq “ ẑ ÞÑ Mw pDFTpzqq “ w ¨ ẑ ÞÑ IDFTpMw pDFTpzqqq “ w
~ ¨ ẑ.
L’action de Tpmq sur les coefficients de Fourier de z est tout simplement la multiplication par
les composantes de la suite w (ce qui explique le nom de l’opérateur). Donc, on peut :
— Atténuer les basses fréquences du signal z en choisissant une suite wpmq avec
|wpmq| petit quand m » 0 et m » N ´ 1 ;
— Atténuer les hautes fréquences du signal z en choisissant une suite wpmq avec
|wpmq| petit quand m » N {2 ;
— Booster (amplifier) les basses fréquences du signal z en choisissant une suite
wpmq avec |wpmq| grand quand m » 0 et m » N ´ 1 ;
— Booster les hautes fréquences du signal z en choisissant une suite wpmq avec |wpmq|
grand quand m » N {2.
Ceci est utilisé dans l’égalisateur graphique représenté dans la figure 2.11 pour régler le niveau
des aigües et des basses dans un signal audio.
Bien évidemment, si on opère les translations de ZN définies par les formules (2.31) ou (2.32),
le cas échéant, alors il faut définir à nouveau les suites wpnq pour s’adapter au fait que, dans
ce cas, les basses fréquences sont seulement celles proches de m “ 0.
f pn ` aN q “ f pnq @a, n P Z.
50
Figure 2.11 – Un exemple d’égalisateur graphique. On dit graphique car les fréquences sont
ordonnées selon un graphe qui permet de comprendre d’une façon immédiate si la fréquence
que l’on change est haute ou basse.
grâce à la N -périodicité de f :
m`N
ÿ´1 Nÿ
´1 m´1
ÿ m´1
ÿ Nÿ
´1
f pnq “ f pnq ` f pnq ´ f pnq “ f pnq.
n“m n“0 n“0 n“0 n“0
51
2.6.1 DFT et translation
On veut examiner maintenant comment varie la DFT d’un signal z P `N si on fait une
translation de z avec une quantité différente de N . Pour formaliser ceci, on va introduire un
autre opérateur de `N .
Définition 2.25. Soit z P `N une suite étendue par N -périodicité sur tout sous-ensemble
de longueur N de Z. On appelle opérateur de translation à droite de la quantité k,
l’application linéaire ci-dessous :
Rk : `N ÝÑ `N
z ÞÝÑ Rk pzq,
où Rk pzq : ZN Ñ C est la suite définie par la formule :
Rk zpnq “ zpn ´ kq @n P ZN .
on obtient : R2 z “ p0, 1, 2, 3 ´ i, 2i, 4 ` iq, on voit que l’effet de R2 sur z est juste de déplacer
à droite de 2 positions les éléments de la suite (R pour Right en anglais). Rk est aussi appelé
opérateur de translation circulaire ou opérateur de rotation.
`N ÝÑ `N ÝÑ `N
Rk DFT
z ÞÝÑ Rk z ÞÝÑ pDFT ˝ Rk qz “ DFTpRk zq “ R
yk z.
Le théorème suivant montre que l’action de l’opérateur Rk est transformée par la DFT en la
multiplication par une exponentielle complexe.
Théorème 2.26. Soit z P `N une suite étendue par N -périodicité sur tout sous-ensemble de
longueur N de Z et soit k P Z. Alors :
´2πi mk
R
yk zpmq “ e N ẑpmq @m P Z, (2.34)
mk
k P ` , ω k pmq “ ω mk “ e´2πi
i.e. si on définit la suite ωN N @m P Z, alors :
N N N
52
Démonstration.
Nÿ
´1
mn
R
yk zpmq “ pRk zqpnqe´2πi N
n“0
Nÿ
´1
mn
“ zpn ´ kqe´2πi N
n“0
N ´k´1
ÿ mpn`kq
“ zpn ´ k ` kqe´2πi N
n“´k
N ´k´1
ÿ mn mk
“ zpnqe´2πi N e´2πi N .
n“´k
mk
Le facteur e´2πi N ne dépend pas de l’index n, donc on peut le sortir de la sommation :
N ´k´1
´2πi mk mn
ÿ
R
yk zpmq “ e N zpnqe´2πi N
n“´k
Nÿ
´1
mk mn mk
“ e´2πi N zpnqe´2πi N “ e´2πi N ẑpmq.
pLemme 2.24q
n“0
Ainsi, les modules des coefficients de Fourier de z et de toutes ses translations sont égaux. Par
conséquent, dans le module des coefficients de Fourier |ẑpmq|, on a l’information
sur l’importance de la fréquence m dans le signal z, mais pas de sa position dans
le signal même.
L’information sur la position des fréquences dans z est contenue dans la phase de ẑ, mais
il n’est pas évident de l’interpréter. Une alternative est donnée par deux transformations qui
localisent la transformée de Fourier : la transformée de Gabor et la transformée en ondelettes.
L’étude de ces opérateurs va au delà du but de ce cours.
Maintenant on analyse la composition entre l’opérateur de translation et la DFT : ẑpm ´ kq,
i.e.
`N ÝÑ `N ÝÑ `N
DF T Rk
z ÞÝÑ DFTpzq ÞÝÑ pRk ˝ DFTqz “ ẑpm ´ kq.
53
Théorème 2.29. Avec les hypothèses du théorème 2.26, on a :
ˆ ˙
nk
e2πi N z pmq ,
{
pRk ẑqpmq “ ẑpm ´ kq “ @m P Z, (2.36)
i.e.
Rk ˝ DFT “ DFT ˝ Mpωk q˚ . (2.37)
N
Démonstration.
Nÿ
´1 Nÿ
´1 ´ ¯ ˆ ˙
´2πi pm´kqn 2πi kn ´2πi mn 2πi kn
{
pRk ẑqpmq “ ẑpm ´ kq “ zpnqe N “ e N zpnq e N “ e N z pmq.
n“0 n“0
Pour terminer, une observation sur le rapport entre la formule (2.35) et la représentation
diagonale de l’opérateur Rk . Si on compose les membres de gauche et de droite de la formule
(2.35) avec la IDFT on obtient :
Si on écrit avec Ak et Dωk (diagonale, cfr. section 2.5.6) les matrices associées à l’opérateur
N
Rk et Mωk par rapport à la base canonique, alors on peut réécrire l’équation antérieure comme
N
ceci :
WN Ak WN´1 “ Dωk ,
N
54
qui montre que la matrice Ak associée à l’opérateur de translation Rk est semblable à la
matrice diagonale Dωk .
N
La matrice inversible qui réalise la conjugaison matricielle entre Ak et Dωk est la matrice
N
de Vandermonde-Fourier WN , donc on peut dire que l’action de l’opérateur de translation Rk
est diagonale dans l’espace de Fourier. On reviendra sur le concept de diagonalisation d’un
opérateur linéaire dans la sous-section 2.6.3 et, plus en profondeur, dans la section 2.7.
Démonstration.
˜ ¸˚ ˜ ¸˚
Nÿ
´1 Nÿ
´1 Nÿ
´1
´2πi mn 2πi mn ´2πi p´mqn
zp˚ pmq “ zpnq˚ e N “ zpnqe N “ zpnqe N “ pẑp´mqq˚ ,
n“0 n“0 n“0
les coefficients des puissances de la variable x vérifient la formule (2.39). On observe que, dans
les coefficients c` , on a une somme de produits des coefficients ai et bj , avec la particularité
que la somme des index i ` j est toujours égale à ` et que l’index d’une variable croı̂t tandis
que l’autre décroı̂t.
55
Définition 2.33. Soient z, w P `N deux suites étendues par N -périodicité sur tout sous-
ensemble de longueur N de Z. La convolution entre z et w, écrite z ˚ w, est la suite de `2 pZN q
avec composantes définies par :
Nÿ
´1 Nÿ
´1
pz ˚ wqpnq “ zpn ´ kqwpkq “ wpn ´ kqzpkq , @n P ZN .
k“0 k“0
4´1
ÿ 3
ÿ
pz ˚ wqp0q “ zp0 ´ kqwpkq “ zp´kqwpkq
k“0 k“0
“ zp0qwp0q ` zp´1qwp1q ` zp´2qwp2q ` zp´3qwp3q
“ zp0qwp0q ` zp4 ´ 1qwp1q ` zp4 ´ 2qwp2q ` zp4 ´ 3qwp3q
“ zp0qwp0q ` zp3qwp1q ` zp2qwp2q ` zp1qwp3q
“1¨i`2¨0`0¨1`1¨2“2`i
DFT pz ˚ wqpmq “ ẑpmq ¨ ŵpmq ðñ pz ˚ wqpnq “ IDFT pẑ ¨ ŵqpnq @n, m P Z (2.40)
IDFT pẑ ˚ ŵqpnq “ N zpnq ¨ wpnq ðñ pẑ ˚ ŵqpmq “ N DFTpz ¨ wqpmq @n, m P Z (2.41)
i.e. la transformée de Fourier de la convolution entre z et w est le produit ponctuel des
transformées de Fourier et, inversement, la transformée de Fourier inverse de la convolution
entre ẑ et ŵ est N fois le produit ponctuel de z et w. Autrement dit, on a les couples de Fourier
suivants :
56
Alors :
Nÿ
´1 Nÿ
´1
mpn´kq mk
pz
{ ˚ wqpmq “ zpn ´ kqwpkqe´2πi N e´2πi N
n“0 k“0
Nÿ
´1 Nÿ
´1
mk mpn´kq
“ wpkqe´2πi N zpn ´ kqe´2πi N
k“0 n“0
Nÿ
´1 N ´k´1
mk ÿ mpn´k`kq
“ wpkqe´2πi N zpn ´ k ` kqe´2πi N
k“0 n“´k
Nÿ
´1 N ´k´1
mk ÿ mn
“ wpkqe´2πi N zpnqe´2πi N
k“0 n“´k
Nÿ
´1 Nÿ
´1
mk mn
“ wpkqe´2πi N zpnqe´2πi N
pLemme 2.24q
k“0 n“0
“ ŵpmqẑpmq “ ẑpmqŵpmq,
on observe qu’on a pu appliquer le Lemme 2.24 car il est valide pour n’importe quel k P Z.
Alors :
pz{˚ wqpmq “ ẑpmqŵpmq, @m P Z.
La preuve du fait que IDFTpẑ ˚ ŵqpnq “ zpnq ¨ wpnq est très similaire. Par définition :
˜ ¸
N ´1 N ´1 Nÿ ´1
1 ÿ 2πi mn 1 ÿ mn
IDFTpẑ ˚ ŵqpnq “ pẑ ˚ ŵqpmqe N “ ẑpm ´ kqŵpkq e2πi N .
N m“0 N m“0 k“0
57
Observations :
— Comme conséquence immédiate du théorème on obtient :
pz
{ ˚ wqpmq “ ẑpmqŵpmq “ ŵpmqẑpmq “ pw
{ ˚ zqpmq @z, w P `2 pZN q, @m P Z,
i.e. DFTpz ˚ wq=DFTpw ˚ zq, mais alors, si on applique la IDFT aux deux côtés on
annule l’action de la DFT et alors on obtient que la convolution est symétrique :
Tw : `N ÝÑ `N
z ÞÝÑ Tw pzq “ z ˚ w.
Comme pour le cas de l’opérateur de translation, on peut donner une représentation diagonale
de l’opérateur de convolution. Pour cela, en utilisant la formule (2.40), on écrit :
58
On rappelle que, dans la base canonique, WN et WN´1 sont les matrices représentatives
de la DFT et IDFT respectivement, que l’opérateur de multiplication Mŵ à pour matrice
représentative la matrice diagonale Dŵ “diagpŵp0q, . . . , ŵpN ´ 1qq et, en notant Aw la matrice
représentative de l’opérateur Tw , l’expression matricielle de cette dernière égalité devient alors
WN Aw WN´1 “ Dŵ ,
ce qui montre que l’action de l’opérateur de convolution est diagonalisée dans la base de
Fourier.
Les cas des opérateurs de translation et de convolution ne sont pas spéciaux, en fait il
existe une catégorie spécifique d’opérateurs dont l’action est diagonale dans la base de Fourier.
Ces opérateurs s’appellent stationnaires et ils sont examinés en détail dans la section suivante.
Le fait d’avoir déjà examiné les opérateurs de convolution et les multiplicateurs de Fourier
nous permettra de montrer un résultat très important : l’opérateur de convolution et le
multiplicateur de Fourier sont les prototypes d’opérateurs stationnaires, dans le sens où
l’action de tout opérateur stationnaire peut être transformée en une convolution ou une
multiplication de Fourier.
T pRk zq “ Rk pT zq, @z P `N .
59
Définition 2.36. Un opérateur en T : `2 pZN q Ñ `2 pZN q est dit stationnaire (ou invariant
par translation) si
T pRk zq “ Rk pT zq, @z P `N , @k P Z, (2.42)
i.e. T est stationnaire s’il commute avec tout opérateur de translation Rk :
T ˝ Rk “ Rk ˝ T , @k P Z. (2.43)
Remarque 2.37. Pour fixer les idées, notons qu’une conséquence des résultats de la fin de
ce chapitre sera de démontrer qu’un opérateur linéaire T sur `2 pZN q est stationnaire si et
seulement si T a cette expression :
Nÿ
´1 Nÿ
´1
pT zqpnq “ ak zpn ´ kq “ ak Rk zpnq, @n P t0, .., N ´ 1u,
k“0 k“0
où ak P C. Comme Rk “ pR1 qk , i.e. Rk est obtenu via k compositions de R1 , T est stationnaire
Nř´1
si et seulement s’il est un polynôme en R1 : T “ ak pR1 qk .
k“0
La réciproque est moins évidente, mais il est facile de montrer que T ainsi défini est
stationnaire grâce à la linéarité de T et Rk . En fait, @n P t0, . . . , N ´ 1u :
Nÿ
´1 Nÿ
´1
pT Rm zqpnq “ T pRm zpnqq “ T pzpn ´ mqq “ ak zpn ´ k ´ mq “ ak Rm zpn ´ kq
k“0 k“0
˜ ¸
Nÿ
´1
“ Rm ak zpn ´ kq “ pRm T zqpnq,
(linéarité de Rm )
k“0
donc : T ˝ Rm “ Rm ˝ T @m P Z.
Exemple et non-exemple : pT zqpnq “ 3zpn ´ 2q ` izpnq ´ p2 ` iqzpn ` 1q est un opérateur
stationnaire de `2 pZN q. Pour avoir un opérateur non stationnaire, on doit définir une réponse
de T différente pour au moins une composante, comme par exemple : T : `2 pZ4 q Ñ `2 pZ4 q,
alors R1 T p1, 0, ´2, iq “ p0, 2, ´4, 0q. Par contre, R1 p1, 0, ´2, iq “ pi, 1, 0, ´2q “ z̃ “ pz̃p0q, z̃p1q, z̃p2q, z̃p3qq,
alors
T pR1 p1, 0, ´2, iqq “ T pz̃q “ p2z̃p0q´z̃p1q, iz̃p1q`2z̃p2q, z̃p1q, 0q “ p2¨i´1, i¨1`2¨0, 1, 0q “ p2i´1, i, 1, 0q.
En définitive, on a :
alors, il existe au moins un z P `2 pZ4 q pour lequel T ne commute pas avec un opérateur de
translation, et donc T ne peut pas être stationnaire.
60
2.7.1 La DFT et la diagonalisation des opérateurs stationnaires
On pourrait résumer dans un seul théorème les plus importantes propriétés de la DFT en
relation aux opérateurs stationnaires, mais on préfère souligner le fait que la transformée de
Fourier diagonalise les opérateurs stationnaires dans un énonce séparé.
Théorème 2.38. Soit T P Endp`N q un opérateur linéaire stationnaire. Alors, T est diago-
nalisable, en fait chaque élément de la base orthogonale de Fourier Fm de `N est un vecteur
propre de T .
Si on applique T à R1 Fm on obtient :
´ m
¯
T R1 Fm pnq “ T e´2πi N ¨ Fm pnq
m
“ e´2πi N pT Fm q pnq
Linéarité de T
Nÿ
´1
m
“ e´2πi N ak Fk pnq
éq. p2.44q
k“0
Nÿ
´1
m
“ ak e´2πi N Fk pnq.
k“0
R1 T Fm pnq “ T Fm pn ´ 1q
N ´1
1 ÿ kpn´1q
“ ak e2πi N
éq. p2.44q N k“0
N ´1
1 ÿ k kn
“ ak e´2πi N ¨ e2πi N
N k“0
Nÿ
´1
k
“ ak e´2πi N Fk pnq.
k“0
61
Mais T est stationnaire, donc T R1 Fm “ R1 T Fm , i.e.
Nÿ
´1 Nÿ
´1
m k
ak e´2πi N Fk pnq “ ak e´2πi N Fk pnq,
k“0 k“0
On analyse cette égalité : si k “ m, alors l’éq. (2.45) devient une identité et on a rien à discuter.
Pour examiner le cas k ‰ m il faut rappeler que m, k P t0, . . . , N ´ 1u), donc le cos et le sin
des exponentielles complexes prennent leurs valeurs dans un période seulement, car la période
suivante commence quand m, k “ N ! Donc :
m k
k‰m ùñ e´2πi N ‰ e´2πi N ,
T Fm pnq “ am Fm pnq, @n P ZN ,
c’est à dire, Fm est un vecteur propre de T avec une valeur propre am qui est donnée par
l’m-ième coefficient de la décomposition de T Fm sur la base orthogonale de Fourier. Bien sûr
am dépend de T (dans le théorème 2.40 on verra comment expliciter am avec la DFT).
On rappelle que l’on a fixé un index m arbitraire, donc tout élément de la base orthogonale
de Fourier est un vecteur propre de T , et, par conséquent, `N a une base de vecteurs propres
de T . Par définition, T est diagonalisable.
On peut donner une interprétation matricielle du théorème que l’on vient de voir : en fait,
on sait que l’action de la DFT est représentée par la matrice WN définie dans l’éq. (2.17) et
que WN est la matrice de passage de la base canonique B de `N à la base de Fourier F de `N ,
avec inverse WN´1 “ N1 WN˚ , qui représente la matrice de passage de base de F à B.
Si on applique le théorème 1.29 à notre cas 4 , on obtient que, si A est la matrice associée à
T par rapport à la base canonique de `N et D est la matrice diagonale des valeurs propres de
A, alors :
D “ WN AWN´1 , A “ WN´1 DWN . (2.46)
On peut vérifier directement ces équations. On rappelle qu’avec la notation rwsF on décrit un
vecteur quelconque w P `N avec ses composantes par rapport à la base de Fourier F , alors :
62
2.7.2 Matrices circulantes
Pour pouvoir énoncer et démontrer le théorème fondamental relatif au lien entre transformée
de Fourier et opérateurs stationnaires, on doit introduire un dernier objet : les matrices
circulantes.
On commence par généraliser la périodicité des suites de `N aux matrices : donnée une
matrice A “ pamn qN ´1
m,n“0 , on dit que A est une matrice N -périodique si :
on observe que, comme k P Z, on peut définir une matrice périodique circulante aussi avec
la propriété : am´k,n´k “ am,n , k P Z.
L’interprétation de la définition est la suivante : la ligne (colonne) m ` 1 (n ` 1) est obtenue
de la ligne (colonne) m (n) par translation à droite (en bas) d’une position, comme on peut le
voir dans la matrice suivante.
¨ ˛
a0 a1 a2 . . . aN ´1
˚aN ´1 a0 a1 . . . aN ´2 ‹
˚ ‹
˚aN ´2 aN ´1 a0 . . . aN ´3 ‹
˚ ‹.
˚ .. .. .. . . .. ‹
˝ . . . . . ‚
a1 a2 a3 . . . a0
Exemple de matrice circulante :
¨ ˛
3 2 ` i ´1 4i
˚ 4i 3 2 ` i ´1 ‹
A“˚ ‹.
˝ ´1 4i 3 2 ` i‚
2 ` i ´1 4i 3
Exemple de matrice non-circulante :
¨ ˛
2 i 3
B “ ˝3 2 i ‚.
i 2 3
63
2.7.3 La caractérisation exhaustive des opérateurs stationnaires
Le théorème suivant, le plus important du chapitre, permettra d’expliciter les valeurs propres
d’un opérateur stationnaire T d’une façon très simple et aussi de caractériser T comme
opérateur de convolution, dans la représentation originale de z, et comme un multiplicateur,
dans la représentation fréquentielle.
Théorème 2.40. Soit T : `2 pZN q Ñ `N un endomorphisme. Les propriétés suivantes sont
équivalentes.
(1) T est stationnaire ;
(2) La matrice A qui représente T dans la base canonique de `N est circulante ;
(3) T est un opérateur de convolution ;
(4) T est un multiplicateur de Fourier ;
(5) La matrice D qui représente T dans la base orthogonale de Fourier F est diagonale.
On note qu’on a déjà démontré l’implication (1) ñ (5). On démontre le théorème avec la
stratégie suivante :
La preuve du théorème a une importance fondamentale, car elle donne une technique explicite
pour trouver les valeurs propres de T et pour construire l’opérateur de convolution et le
multiplicateur de Fourier qui représentent T .
Démonstration. p1q ñ p2q : soit A la matrice associée à T via la base canonique 5 pen qN ´1
n“0
de `N :
¨ ˛
a0,0 a0,1 ¨¨¨ a0,N ´1
˚ a1,0 a1,1 ¨¨¨ a1,N ´1 ‹
A“˚ . ‹.
˚ ‹
. .
. . . ..
˝ . . . . ‚
aN ´1,0 aN ´1,1 ¨ ¨ ¨ aN ´1,N ´1
Par définition de matrice associée on a : am,n “ pT en qpmq, i.e. la n-ième colonne de A est
le vecteur T en . En utilisant le fait que T est stationnaire, on doit démontrer que :
On observe que :
#
1 si n “ m ´ 1 ðñ m“n`1
pR1 en qpmq “ en pm ´ 1q “ “ en`1 pmq @m P ZN ,
0 si n ‰ m ´ 1 ðñ m‰n`1
64
Comme am`1,n`1 “ am,n @m, n P ZN , alors A est circulante et l’implication p1q ñ p2q est
démontrée.
p2q ñ p3q : soit A une matrice périodique circulante, i.e. am,n “ am´k,n´k @n, m, k P Z,
on doit démontrer qu’il existe w P `2 pZN q tel que Az “ z ˚ w “ Tw pzq @z P `N . On va prouver
que la suite w que l’on cherche est la première colonne de A, i.e. :
¨ ˛
a0,0
h “ T e0 “ ˝ ... ‚, hpmq “ am,0 , @m P ZN .
˚ ‹
aN ´1,0
p3q ñ p1q : il faut prouver qu’un opérateur de convolution Tw est stationnaire, i.e. :
alors :
N ´1´k
ÿ Nÿ
´1
pTw Rk zqpmq “ wpm ´ k ´ `qzp`q “ wppm ´ kq ´ `qzp`q
Lemme 2.24
`“´k `“0
“ pz ˚ wqpm ´ kq “ Rk pz ˚ wqpmq “ pRk Tw zqpmq,
65
Si on fixe un élément w P `N , quelconque, on a :
où Mŵ est l’opérateur de multiplication par la suite ŵ. Cela montre que l’opérateur de
convolution avec w peut être interprété comme le multiplicateur de Fourier par
ŵ et vice-versa. Donc la double implication p3q ðñ p4q est démontrée.
Avant de passer à la dernière étape de la preuve, on résume ce que l’on a vu jusqu’à ce moment :
un opérateur stationnaire T : `N Ñ `N est représenté par une matrice circulante A relativement
à la base canonique pe0 , . . . , eN ´1 q de `N . La matrice A, à la fois, peut être représentée par
l’opérateur de convolution Th avec h “ T e0 , la première colonne de A ou, comme l’on vient de
le voir, par le multiplicateur de Fourier Tpĥq , où ĥ est la suite des coefficients de Fourier de h.
p4q ðñ p5q : On doit prouver que T est un multiplicateur de Fourier Tpwq , si et seulement
si la matrice associée à T par rapport à la base orthogonale de Fourier F est diagonale.
On commence par l’implication directe : soit T “ Tpwq un multiplicateur de Fourier, on doit
démontrer que Tpwq est diagonale dans la base F . Par définition, Tpwq z “ pIDFT˝Mw ˝DFTqpzq,
donc, si on applique la DFT on obtient : Tz pwq z “ pDFT ˝ IDFT ˝ Mw ˝ DFTqpzq “ Mw ẑ. Alors,
les composantes de Tpwq z dans la base F sont :
¨ ˛
wp0qẑp0q
rTpwq zsF “ ˝ ..
‚.
˚ ‹
.
wpN ´ 1qẑpN ´ 1q
Si on définit la matrice diagonale : D “ diagpwpnqq, i.e. d0,0 “ wp0q, . . . , dN ´1,N ´1 “ wpN ´ 1q,
on peut réécrire l’équation précédente comme ceci :
¨ ˛ ¨ ˛¨ ˛
rTpwq zsF “ ˝
d0,0 ẑp0q
..
d0,0
..
0 ẑp0q
..
‚ “ Dẑ “ DrzsF .
˚ ‹ ˚ ‹˚ ‹
. ‚“ ˝ . ‚˝ .
dN ´1,N ´1 ẑpN ´ 1q
0 dN ´1,N ´1 ẑpN ´ 1q
Alors, dans la base de Fourier F , l’action de T “ Tpwq peut être représentée avec une matrice
diagonale et l’implication p4q ùñ p5q est démontrée.
L’implication p5q ùñ p4q est très facile à démontrer : en fait, si D “ pdm,n qN ´1
m,n“0 est la matrice
diagonale qui représente l’opérateur T dans la base de Fourier F , alors ça suffit de définir la
suite wpnq “ dn,n , @n “ 0, . . . , N ´ 1 et Tpwq comme le multiplicateur de Fourier associé à w
pour avoir :
rT zsF “ DrzsF “ rTpwq zsF ,
alors T “ Tpwq et l’implication p5q ùñ p4q est démontrée et, par conséquent, aussi la double
implication p4q ðñ p5q . Toutes les implications on été démontrées et donc le théorème est
prouvé.
66
Le théorème que l’on vient de démontrer donne une technique standard pour l’étude des
opérateurs stationnaires T sur `N . Si on définit la suite :
#
1 si n “ 0
δ P `N , δpnq “ e0 pnq “ δ0,n “ @n P ZN ,
0 si n ‰ 0
dite impulsion unitaire, alors l’opérateur T est complètement déterminé par son action sur
δ, h “ T δ, qu’on appelle réponse impulsionnelle. ĥ, la DFT de la réponse impulsionnelle,
est dite fonction de transfert.
En fait, grâce aux propriétés démontrées dans les théorèmes 2.38 et 2.40, on peut résumer
l’analyse des opérateurs stationnaires comme ceci.
67
Analyse des opérateurs stationnaires sur `N :
— T , opérateur stationnaire de `N ;
— A, matrice circulante associée à T par rapport à la base canonique de `N ;
— h, réponse impulsionnelle de T :
h “ T δ “ première colonne de A;
T z “ Th z “ h ˚ z “ z ˚ h;
68
Le code Matlab pour générer les matrices de Vandermonde-Fourier W4 et W4´1 et pour
diagonaliser la matrice circulante A associée à un opérateur stationnaire dans la base canonique
est le suivante.
i.e.
Txzpmq “ ĥpmq ¨ ẑpmq , @m P ZN ,
donc les coefficients de Fourier de T z, la suite transformée par l’opérateur T , sont donnés par
le produit des coefficients de Fourier de la suite originale z fois les coefficients de Fourier de la
réponse impulsionnelle h.
Par conséquent, le spectre de la suite transformée T z est :
!ˇ ˇ )
ˇT zpmqˇ “ |ĥpmq| ¨ |ẑpmq|, m P ZN .
ˇx ˇ
Cela aide beaucoup à comprendre l’action des filtres stationnaires T sur le contenu fréquentiel
d’un signal z : ˇ ˇ ˇ ˇ
— Si ĥp0q “ 0, T z a moyenne nulle, car ˇTxzp0qˇ “ 0 ¨ |ẑp0q| “ 0 et on sait que ˇTxzp0qˇ
ˇ ˇ ˇ ˇ
est proportionnelle à la moyenne de T z ;
— Si |ĥp0q| “ 1, alors T conserve la moyenne de z, i.e. xT zy “ xzy ;
— Si |ĥpmq| ą 1 pour m » 0 et m » N ´ 1 et |ĥpmq| P r0, 1r pour m » N {2, alors T
augmente les basses fréquences et réduit les hautes fréquences (filtre passe-bas) ;
— Si |ĥpmq| ą 1 pour m » N {2 et |ĥpmq| P r0, 1r pour m » 0 et m » N ´ 1, alors T
augmente les hautes fréquences et réduit les basses fréquences (filtre passe-haut) ;
— Si |ĥpmq| ą 1 pour des valeurs intermédiaires de m, alors T augmente les fréquences
moyennes (filtre passe-bande) ;
— Si |ĥpmq| ą 1 pour tout valeur de m, alors T est un amplificateur de fréquence tout
court.
69
Définition 2.41. Donné une suite z P `N étendue par périodicité à Z, on définit :
où on a utilisé le fait que e0 p0q “ e0 pN q “ 1. La matrice qui représente T1 dans la base
canonique de `N est : ¨ ˛
´1 1 0 ... 0
˚0 ´1 1 ‹... 0
˚ ‹
AT1 “ ˚ ... .. ..
‹.
..
˚ ‹
˚ . ‹ . .
˝0 0 . . . ´1 1 ‚
1 0 . . . 0 ´1
On calcule maintenant la DFT de h, pour tout m P ZN ça vaut :
Nÿ
´1
mn m0 mpN ´1q
ĥpmq “ hpnqe´2πi N “ ´1 ¨ e´2πi N ` 0 ` . . . ` 1 ¨ e´2πi N
n“0
m mN m
“ ´1 ` e2πi N e´2πi N “ e2πi N ´ 1.
m
donc les valeurs propres de T1 sont tĥpmq “ e2πi N ´1, m “ 0, 1, . . . , N ´1u et sa représentation
diagonale est : ´ ¯
1 2 pN ´1q
D “ diag 0, e2πi N ´ 1, e2πi N ´ 1 . . . , e2πi N ´ 1 .
70
mais grâce à l’identité trigonométrique 1 ´ cosp2αq “ 2 sin2 pαq, @α P R, en interprétant
m
α “ πN on peut écrire :
´ ´ m ¯¯ ´ m¯
|ĥpmq|2 “ 2 1 ´ cos 2π “ 4 sin2 π ,
N N
ˇ ` m ˘ˇ
alors, |ĥpmq| “ 2 ˇsin π N ˇ, mais m P ZN , m ă 1, donc le sinus est toujours non négatif et on
N
peut éliminer la valeur absolue. En résumé :
! ´ m¯ )
|ĥpmq| “ 2 sin π , m P ZN Spectre de l’opérateur dérivée première discrète.
N
En particulier :
— |ĥp0q| “ 0 : par conséquent, le signal filtré T1 z a moyenne nulle ;
— |ĥp N2 q| “ 2 ;
— |ĥpmq| ă 2 @m ‰ N2 ;
— |ĥpmq| Ñ 0 si m Ñ 0 ou m Ñ N ´ 1 ;
— L’action de l’opérateur est symétrique par rapport à N2 .
Comme m “ N {2 représente la plus haute fréquence du signal et m “ 0 et m “ N ´ 1
représentent les plus basses fréquences, on déduit que T1 réduit les basses fréquences de z
et il augmente jusqu’à 2 fois les hautes fréquences. Donc, l’opérateur dérivée première
discrète est un filtre passe-haut.
n“0
m m m m
“ ´2 ` e´2πi N ` e´2πim e2πi N “ ´2 ` e2πi N ` e´2πi N
m m
e2πi N ` e´2πi N ´ m¯
“ ´2 ` 2 ¨ “ ´2 ` 2 cos 2π .
2 N
71
On veut comparer ces valeurs de ĥpmq avec ceux de l’opérateur dérivée première, pour
cela il est utile l’identité trigonométrique utilisée avant, mais explicité “ en fonction
` m du
˘‰ sinus
carré : sin2 pαq “ 12 ´ 21 cosp2αq, @α P R. Si on réécrit ĥpmq “ ´4 21 ´ 12 cos 2π N et on
m 2
` m˘
interprète α “ π N , on obtient ĥpmq “ ´4 sin π N . Donc les valeurs propres de T2 sont
` m˘
tĥpmq “ ´4 sin2 π N , m “ 0, 1, . . . , N ´ 1u et sa représentation diagonale est :
ˆ ˆ ˙ ˆ ˙˙
2 π 2 2π 2 pN ´ 1qπ
´ ¯
D “ diag 0, ´4 sin , ´4 sin , . . . , ´4 sin .
N N N
On voit que les valeurs du spectre de l’opérateur de dérivée seconde sont les carrés de ceux de
l’opérateur de dérivée première. En conséquence :
— |ĥp0q| “ 0 : donc, comme pour la première dérivée, le signal filtré T2 z a moyenne nulle ;
— |ĥp N2 q| “ 4 ;
— |ĥpmq| ă 4 @m ‰ N2 ;
— |ĥpmq| Ñ 0 si m Ñ 0 ou m Ñ N ´ 1 et la convergence à zéro est plus rapide que pour
l’opérateur de dérivée première, car dans ce cas le sinus est élevé au carré, comme on le
voit dans la figure 2.12.
— L’action de l’opérateur est symétrique par rapport à N2 .
Donc, aussi l’opérateur dérivée seconde discrète est un filtre passe-haut, avec une
action d’amplification des hautes fréquences et de réduction des basses fréquences deux fois
plus intense que l’opérateur de dérivée première discrète.
Dans la prochaine section on verra les signaux discrets en dimension 2, i.e. zpn1 , n2 q. En
particulier, les image numérique sont des signaux 2D. Si on répète l’analyse que l’on vient
de faire en dimension 2, on obtient les mêmes résultats. Cela explique qualitativement et
quantitativement pourquoi, l’opérateur de dérivée seconde (Laplacien) est plus efficace de
l’opérateur de dérivée première (gradient) pour mettre en évidence les bords d’une image.
72
Figure 2.12 – Différence entre les fonctions sinusoı̈dales qui représentent les valeurs du spectre
de l’opérateur dérivée première et seconde entre 0 et π.
Figure 2.13 – Les deux coordonnées n1 , n2 d’un pixel dans une image numérique.
z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q est une suite complexe qui dépend de deux paramètres :
#
n1 P t0, 1, . . . , N1 ´ 1u
n2 P t0, 1, . . . , N2 ´ 1u .
`2 pZN1 ˆ ZN2 q est un espace vectoriel de dimension N1 ¨ N2 avec les définitions de somme et
de produit par un scalaire complexe définies comme dans le cas 1D et produit scalaire :
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1
73
L’extension de la théorie de la DFT de 1D à 2D est basée sur la procédure de génération
de bases de `2 pZN1 ˆ ZN2 q à partir de bases de `2 pZN1 q et de `2 pZN2 q.
Théorème 2.42. Soient tB0 , B1 , . . . , BN1 ´1 u, tC0 , C1 , . . . , CN2 ´1 u, une base orthonormale
de `2 pZN1 q et de `2 pZN2 q, respectivement.
On définit, @m1 P t0, . . . , N1 ´ 1u et m2 P t0, . . . , N2 ´ 1u les suites de `2 pZN1 ˆ ZN2 q
données par :
Dm1 ,m2 pn1 , n2 q “ Bm1 pn1 q ¨ Cm2 pn2 q .
Alors, Dm1 ,m2 est une base orthonormale de `2 pZN1 ˆ ZN2 q dite la base produit tensoriel
de deux bases initiales.
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1
xDm1 ,m2 , Dk1 ,k2 y “ Dm1 ,m2 pn1 , n2 qDk1 ,k2 pn1 , n2 q˚
déf. de x , y
n1 “0 n2 “0
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1
74
— La base orthogonale des exponentielles complexes de `2 pZN1 ˆ ZN2 q est
Grâce à la théorie des espaces vectoriels avec produit scalaire complexe que l’on a développé
dans le chapitre 1, on peut généraliser la définition des coefficients de Fourier, DFT et IDFT à
`2 pZN1 ˆ ZN2 q. Soit z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q, alors :
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1 ´ n1 m 1 n2 m 2 ¯˚
2πi 2πi
xz, Em1 ,m2 y “ zpn1 , n2 q e N1 e N2
n1 “0 n2 “0
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1 m 1 n1 m 2 n2
´2πi ´2πi
“ zpn1 , n2 qe N1 e N2
n1 “0 n2 “0
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1 m 1 n1 m 2 n2
´2πip ` N q
“ zpn1 , n2 qe N1 2 ,
n1 “0 n2 “0
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1
´
m1 n1 m 2 n2
¯
´2πi N ` N
ẑpm1 , m2 q “ zpn1 , n2 qe 1 2 .
n1 “0 n2 “0
Nÿ
1 ´1 Nÿ
2 ´1
´ ¯
1 2πi N
m 1 n1 m 2 n2
` N
zpn1 , n2 q “ ẑpm1 , m2 qe 1 2 .
N1 N2 m “0 m “0
1 2
En conséquence, les opérateurs DFT et IDFT peuvent être généralisés avec les formules
suivantes :
75
2.8.1 Représentation matricielle de la DFT 2D : produit de Kronecker vs.
itération de deux DFT 1D
La représentation matricielle de la DFT 2D dans la base canonique de `2 pZN1 ˆ ZN2 q peut être
construite grâce aux matrices de Vandermonde-Fourier WN1 et WN2 associées respectivement
à la DFT 1D en `2 pZN1 q et en `2 pZN2 q.
L’opération dont on a besoin pour obtenir la représentation matricielle de la DFT 2D est
dite ! produit de Kronecker ", qu’on va définir de suite.
Définition 2.43. Données deux matrices A de dimension m ˆ n et B de dimension p ˆ q :
¨ ˛ ¨ ˛
a11 ¨ ¨ ¨ a1n b11 ¨ ¨ ¨ b1q
A “ ˝ ... .. .. ‹ , B “ ˚ .. . . . ‹
. .. ‚,
˚
. . ‚ ˝ .
am1 ¨ ¨ ¨ amn bp1 ¨ ¨ ¨ bpq
On peut démontrer par calcul direct que la matrice associée à la DFT 2D dans la base
canonique de `2 pZN1 ˆ ZN2 q est la matrice de dimension N1 N2 ˆ N1 N2 donnée par :
n2 “0 looooooooooooooooomooooooooooooooooon
n1 “0 n2 “0
76
vecteur colonne, qui peut être obtenue en appliquant la matrice WN1 à zpn1 , n2 q, n2 fixé,
comme correctement écrit ci-dessus.
Maintenant on a le problème que n1 est fixe e que l’indexe qui change est n2 , donc
WN1 pn1 , n2 q est un vecteur ligne et on peut pas lui appliquer WN2 pour obtenir la DFT, car,
comme on l’a vu dans dans la section 2.4, la DFT 1D est réalisée par le produit d’une matrice
de Vandermonde-Fourier avec une suite représentée via un vecteur colonne !
La solution à ce problème consiste en transposer les deux côtés de l’équation (2.47),
ceci transforme le vecteur ligne ẑpm1 , n2 q en un vecteur colonne et on peut donc calculer sa
transformée de Fourier avec WN2 :
Nÿ
2 ´1 n2 m 2
t ´2πi
ẑpm1 , m2 q “ pWN1 zpn1 , n2 qqt e N2 ,
n2 “0
maintenant pWN1 zpn1 , n2 qqt est un vecteur colonne, donc on peut calculer sa DFT en appliquant
WN2 :
ẑpm1 , m2 qt “ WN2 pWN1 zpn1 , n2 qqt “ WN2 zpn1 , n2 qt pWN1 qt “ WN2 zpn2 , n1 qWN1 ,
pABqt “B t At
car WNt 1 “ WN1 (observer l’inter-change entre n1 et n2 ). Donc ẑpm1 , m2 qt “ WN2 zpn2 , n1 q WN1 ,
et alors, pour trouver ẑpm1 , m2 q, il suffit de transposer encore une fois les deux côtés :
La formule qui permet de calculer la DFT 2D d’une suite z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q est donc :
Il est important de souligner que l’équation (2.48) a du sens seulement si ẑpm1 , m2 q et zpn1 , n2 q
sont interprétées dans leur globalité comme des matrices N1 ˆ N2 (image numériques).
Cette formule est différente de WN1 WN2 zpn1 , n2 q ou WN2 WN1 zpn1 , n2 q, qui sont les formules
naı̈ves que l’on aurait pu imaginer pour implémenter la DFT 1D sur les colonnes et sur les
lignes de z. Comme on l’a vu, la raison de la différence est due au fait que la DFT 1D matricielle
nécessite toujours un vecteur colonne, d’où vient la nécessité de la transposition, qui amène
vers la formule (2.48).
77
Définition 2.44. Soit z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q étendue par périodicité comme dans la formule
(2.49) et k1 , k2 P Z. L’opérateur de translation sur `2 pZN1 ˆ ZN2 q est défini par :
Propriétés de la DFT 2D
Soit z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q étendue par périodicité comme dans la formule (2.49), alors, pour tout
n1 , n2 , m1 , m2 P Z :
— Périodicité de ẑ et ž :
et
žpn1 , n2 q “ žpn1 ` N1 , n2 q “ žpn1 , n2 ` N2 q “ žpn1 ` N1 , n2 ` N2 q .
— DFT 2D et translation :
´ ¯
m1 k1 m k
´2πi ` N2 2
R{
k1 ,k2 zpm1 , m2 q “ e
N1 2 ẑpm1 , m2 q @k1 , k2 P Z,
´ ¯
m k m k
k1 ,k2 k1 ,k2 ´2πi N1 1 ` N2 2
i.e. si on définit la suite ωN 1 ,N2
P `2 pZN1 ˆ ZN2 q, ωN 1 ,N2
pm1 , m2 q “ e 1 2
@m1 , m2 P Z, alors :
k1 ,k2
où Mωk1 ,k2 est l’opérateur de multiplication par ωN 1 ,N2
dans `2 pZN1 ˆ ZN2 q. Si on
N1 ,N2
permute le sens de la composition on obtient :
ˆ ´
m k m k
¯ ˙
2πi N1 1 ` N2 2
pRk1 ,k2 ẑqpm1 , m2 q “ ẑpm1 ´ k1 , m2 ´ k2 q “ DFT 2D e 1 2 z pm1 , m2 q ,
i.e.
Rk1 ,k2 ˝ DFT 2D “ DFT 2D ˝ M´ k ,k
¯˚ , @k1 , k2 P Z.
ωN1 ,N2
1 2
On peut résumer les propriétés que l’on vient d’analyser avec les couples de Fourier
suivants :
Représentation originale Espace de Fourier
´ ¯
m k m k
´2πi N1 1 ` N2 2
zpn
´ 1
´ k1 , n¯2 ´ k2 q e 1 2 ẑpm1 , m2 q
n1 k 1 n2 k2
2πi ` N
e N1 2 zpn1 , n2 q ẑpm1 ´ k1 , m2 ´ k2 q
78
De plus, encore comme dans le cas mono-dimensionnel, le spectre d’amplitude d’un
signal bidimensionnel zpn1ˇ , n2 q ´et d’une translation
¯ˇ
quelconque zpn1 ´ k1 , n2 ´ k2 q est
ˇ ´2πi m1 k1 ` m2 k2 ˇ
exactement le même, car ˇˇe N1 N2 ˇ “ 1.
ˇ
Donc, le spectre d’amplitude permet de connaı̂tre le contenu fréquentiel du signal, mais
il ne permet pas de savoir où les fréquences sont localisées.
— DFT 2D et conjugaison :
— DFT 2D et convolution :
pz
{ ˚ wqpm1 , m2 q “ ẑpm1 , m2 qŵpm1 , m2 q ,
Pratiquement, un opérateur T : `2 pZN1 ˆ ZN2 q Ñ `2 pZN1 ˆ ZN2 q est stationnaire si son action
sur une suite zpn1 , n2 q est indépendante de la position des paramètres pn1 , n2 q.
Si z est une image numérique, alors un opérateur stationnaire est une transforma-
tion définie indépendamment de la position d’un pixel dans le support spatial de
l’image. Cela ne veut pas dire que le résultat de l’application de l’opérateur stationnaire ne
change pas par rapport à la position du pixel, mais que la définition de l’opérateur ne change
pas.
Un exemple d’opérateur stationnaire est donné par la transformation qui remplace l’intensité
d’un pixel par sa moyenne locale, i.e. la moyenne calculé dans un voisinage d’une taille fixé du
pixel.
Comme dans le cas mono-dimensionnel, les opérateurs stationnaires sur `2 pZN1 ˆ ZN2 q
peuvent être caractérisés comme des opérateurs de convolution ou comme des multiplicateurs
de Fourier.
Avant d’énoncer le théorème qui formalise cette relation, on définit le multiplicateur de
Fourier, l’impulsion unitaire et la réponse impulsionnelle dans le cas bidimensionnel.
Définition 2.45. Soit z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q, le multiplicateur de Fourier associé à z est défini
comme ceci :
Tpzq : `2 pZN1 ˆ ZN2 q ÝÑ `2 pZN1 ˆ ZN2 q
w ÞÝÑ Tpzq w “ ẑ~ ¨ ŵ .
79
Définition 2.46. L’impulsion unitaire δ dans `2 pZN1 ˆ ZN2 q est le premier vecteur de sa base
canonique : δ “ e0,0 .
Donné un opérateur linéaire T sur `2 pZN1 ˆ ZN2 q, on appelle réponse impulsionnelle la
suite h “ T δ P `2 pZN1 ˆ ZN2 q.
Théorème 2.47. Soit T : `2 pZN1 ˆ ZN2 q ÝÑ `2 pZN1 ˆ ZN2 q un opérateur linéaire, alors les
conditions suivantes sont équivalentes :
(1) T est stationnaire ;
(2) T est l’opérateur de convolution avec la réponse impulsionnelle h “ T δ :
T z “ Th z “ h ˚ z “ z ˚ h @z P `2 pZN1 ˆ ZN2 q ;
(4) T est diagonalisable, ses vecteurs propres sont la base orthogonale de Fourier Fm1 ,m2
de `2 pZN1 ˆ ZN2 q, et ses valeurs propres sont les composantes de ĥ.
Observation : on peut étendre aussi le résultat sur les matrices circulantes, mais leur
définition dans le cas bidimensionnel est plus difficile.
80
Figure 2.14 – Carré rouge : spectre d’amplitude d’une image centré dans la fréquence
pN {2, N {2q. Carré bleu : spectre d’amplitude d’une image centré dans la fréquence p0, 0q. Pour
plus de simplicité on a considéré une image carré de côté N , sinon on aurait des rectangles de
côtés N1 et N2 .
— Les points les plus lumineux sont localisés vers le centre du spectre : ceci est dû au
fait que les spectres que l’on montre sont centrés, donc la fréquence centrale a pour
coordonnes pm1 , m2 q “ p0, 0q et |ẑp0, 0q| “ N1 N2 xzy, i.e. N1 N2 fois la valeur moyenne
de l’image. Ceci explique pourquoi, pour visualiser le spectre, on doit appliquer le
logarithme : les valeurs de |ẑp0, 0q| sont tellement plus élevés des autres, qu’il faut
comprimer le rang de variabilité avec une fonction compressive comme le logarithme !
— Dès que l’on s’éloigne du centre, le spectre montre l’amplitude des coefficients qui corres-
pondent aux fréquences les plus élevées, jusqu’aux fréquences maximales pN1 {2, N2 {2q,
si N1 , N2 sont paires, ou leurs parties entières prN1 {2s , rN2 {2sq si N1 , N2 sont impaires.
L’image avec le contenu fréquentiel le plus élevé est l’image du mandrill, en fait, on
voit que son spectre est le plus étendu parmi les trois images.
En particulier, on observe des valeurs très intenses vers les bords, qui représentent des
fréquences très élevées : elles correspondent aux fréquences des détails très fins du poil
à côté des yeux du mandrill.
— Comme m1 et m2 représentent les fréquences verticales et horizontales, les bords
(! edges " en anglais) verticaux et horizontaux des images produisent des coefficients
de Fourier localisés sur les axes correspondants. C’est pour cela que la première image,
qui a des forts gradients d’intensité verticaux entre les rochers et le ciel, a un spectre
avec une forte prédominance de coefficients de Fourier intenses sur l’axe vertical.
Dans l’image de la deuxième ligne (! Lena ", une des images les plus utilisées en
traitement d’images), on a des détails fins dans le chapeau, à 45˝ et à -45˝ . De manière
cohérente, on trouve dans son spectre des structures diagonales.
— L’analyse du spectre que l’on vient de faire montre qu’on peut comprendre l’existence
de structures géométriques dans une image en regardant son spectre de Fourier, mais
81
on ne peut pas dire où ces structures sont situées dans l’image.
82
Figure 2.15 – Colonne de gauche : images originales. Colonne de droite : spectres d’amplitude
centrés des images de gauches, visualisés avec une échelle logarithmique.
83
Figure 2.16 – De gauche à droite : images Gaussiennes bidimensionnelles avec un écart type
1,5,10.
Figure 2.17 – De gauche à droite : floutage de l’image de Lena par multiplication dans
l’espace de Fourier avec les DFT des Gaussiennes d’écart type 1,5,10. Il faut observer que,
comme la DFT d’une Gaussienne a un écart-type inversement proportionnel à l’écart-type
originale, la DFT de la Gaussienne d’écart-type 10 a un écart-type petit et donc elle tend vers
0 rapidement. Donc, quand on fait le produit de la DFT de la Gaussienne d’écart-type 10 avec
la DFT de l’image, on réduit énormément les détails de l’image.
12 % IDFT
13 o=ifft2(O);
14 % show the output o
15 imshow(o,[])
84
Observation importante : même si opérer la convolution avec une Gaussienne amène à l’effet de
floutage, il ne faut pas penser que la convolution soit toujours liée à une opération de floutage.
En fait, on a vu que la convolution, comme le multiplicateur de Fourier, est le prototype des
opérateurs stationnaires, qui peuvent flouter ou rehausser les fréquences d’un signal.
85
Chapitre 3
Nous rappelons dans ce chapitre le cadre et les notations déjà vues au semestre précédent
en cours d’Analyse pour l’ingénieur 2.
Dans de nombreuses situations physiques, on a à étudier des signaux périodiques (tension
dans un circuit électrique, onde acoustique ou électromagnétique qui se propage dans un
milieu, etc.). Un tel signal peut être compliqué à étudier et très irrégulier (non dérivable, non
continu). L’idée des séries de Fourier est de pouvoir décomposer un signal périodique en terme
de signaux plus simples. Le choix des séries de Fourier consiste à utiliser les fonctions simples
suivantes #
θ ÞÑ sinpnθq, n ě 1,
(3.1)
θ ÞÑ cospnθq, n ě 0.
Décomposer une fonction 2π-périodique en série de Fourier, cela sera écrire f comme somme
de ces fonctions simples
`8
ÿ
@θ P R, f pθq “ pan cospnθq ` bn sinpnθqq, (3.2)
n“0
où les coefficients pan qně0 , pbn qně0 sont des coefficients à déterminer en fonction de f .
L’écriture (3.2) pose plusieurs problèmes :
— Il s’agit d’une somme infinie (autrement dit, de la somme d’une série). Est-elle conver-
gente ? Est-elle divergente ? Absolument convergente ?
— Il s’agit de la convergence d’une suite de fonctions : quel sens donner à cette convergence
par rapport à la variable θ ? est-elle vraie pour tout θ P R ? en moyenne par rapport à
θ ? Uniformément par rapport à θ ?
— Peut-on décomposer n’importe quelle fonction en série de Fourier, aussi irrégulière
soit-elle ?
86
3.1.1 Définitions
Le cadre de ce paragraphe est celui des fonctions périodiques de carré intégrable.
Fonctions périodiques
Définition 3.1. Soit une fonction f : R Ñ C, d’ensemble de définition I. On dit que f est
périodique s’il existe T ‰ 0, telle que
On dit que T est une période de f . Dans ce cas, on dit aussi que f est T -périodique. Dans le
cas où f admet une plus petite période T ą 0, cette plus petite période est appelée la période
fondamentale de f .
Remarque 3.2. Attention : si f est périodique, sa période n’est pas unique ! Si T est une
période pour f , kT est aussi une période pour f , pour tout k P Z.
Exemple 3.3. Les fonctions suivantes sont périodiques :
— Pour tout n P N, θ ÞÑ cospnθq et θ ÞÑ sinpnθq, de période fondamentale T “ 2π n .
— Pour tout n P N, θ ÞÑ einθ de période fondamentale T “ 2π n .
— θ ÞÑ tanpθq est π-périodique.
— La fonction θ ÞÑ 1Q pθq (c’est-à-dire la fonction qui donne 1 si θ est rationnel et 0 si θ
est irrationnel) est q-périodique, pour tout q P Q. Cette fonction n’admet pas de plus
petite période positive.
La proposition suivante dit exactement qu’on peut toujours se ramener, via le changement
de variables θ ÞÑ θT
2π , à une fonction 2π-périodique. Nous ne considérerons donc maintenant
que des fonctions 2π-périodiques.
Proposition
` T θ ˘ 3.4. Soit T ą 0. Une fonction θ ÞÑ f pθq est T -périodique si et seulement si
θ ÞÑ f 2π est 2π-périodique.
Fonctions intégrables
Nous définissons maintenant les fonctions intégrables et de carré inégrable :
Définition 3.5 (Fonctions intégrables). On définit
ż 2π
L1p p0, 2πq :“ tf : R Ñ C, f, 2π-périodique, |f pθq| dθ ă `8u (3.3)
0
87
Proposition 3.7. f P L1p p0, 2πq si et seulement si <f et =f sont dans L1p p0, 2πq et dans ce
ş2π ş2π ş2π
cas les intégrales 0 f pθqdθ, 0 <f pθqdθ et 0 =f pθqdθ ont un sens et on a l’égalité
ż 2π ż 2π ż 2π
f pθqdθ “ <f pθqdθ ` i =f pθqdθ.
0 0 0
Proposition 3.8. Soit f P L1p p0, 2πq. Alors pour tout α P R, f est intégrable sur le segment
şα`2π ş2π şπ ş2π
rα, α ` 2πs et α f pθqdθ “ 0 f pθqdθ. En particulier ´π f pθqdθ “ 0 f pθqdθ.
Définition 3.9 (Fonctions de carré intégrable). On définit
ż 2π
2
Lp p0, 2πq :“ tf : R Ñ C, f, 2π-périodique, |f pθq|2 dθ ă `8u (3.4)
0
comme l’ensemble des fonctions 2π-périodiques suffisamment régulières dont la restriction à
r0, 2πs est de carré intégrable.
De plus, on peut munir L2p p0, 2πq d’un produit scalaire complexe et d’une norme respective-
ment définies par, pour f, g P L2p p0, 2πq,
1 2π
ż
xf , gy “ f pθqḡpθqdθ P C, (3.5)
2π 0
ˆ ż 2π ˙ 12
a 1 2
}f }2 :“ xf , f y “ |f pθq| dθ . (3.6)
2π 0
Remarque 3.10. Le fait que xf , gy soit bien défini pour f, g P L2p p0, 2πq vient de l’inégalité
|f pθqḡpθq| ď 12 p|f pθq|2 ` |gpθq|2 q et du théorème de domination. Le fait que pf, gq ÞÑ xf , gy
vérifie les propriétés requises d’un produit scalaire (voir Definition 1.3) est évident pour
ce qui concerne la linéarité à gauche, l’anti-linéarité à droite et la symétrie. Le seul point
problématique est le caractère défini-positif : est-il vrai que si }f }2 “ 0 alors f “ 0 ? C’est en
fait faux en toute généralité : la fonction f qui vaut 0 partout sauf en θ “ 0 où f p0q “ 2019
est une fonction non nulle (f p0q ‰ 0 !) mais telle que }f }2 “ 0 (le fait de changer la valeur
d’une fonction en un point ne change pas l’intégrale de cette fonction).
Ce problème est résolu dans un cours de théorie d’intégration de Lebesgue qui n’est pas un
prérequis de ce cours. Pour faire court, une solution à ce problème est, d’identifier comme
une seule et même fonction deux fonctions qui éventuellement diffèrent en un nombre fini
(ou même dénombrable) de points. Ainsi selon cette identification, la fonction f ci-dessus est
indistinguable de la fonction nulle.
Notons que si f est continue et si }f }2 “ 0, alors f est la fonction nulle.
88
1
−2π −π 0 π 2π 3π
−1
89
π
2
−2π −π 0 π 2π 3π
− π2
Autrement dit pen qnPZ forme une famille orthonormale de L2p p0, 2πq.
Définition 3.17. Soit f P L2p p0, 2πq,
— on appelle coefficients de Fourier trigonométriques de f , la suite pcn pf qqnPZ définie par
ż 2π
1
@n P Z, cn pf q “ f pθqe´inθ dθ “ xf , en y .
2π 0
— on appelle coefficients de Fourier circulaires la donnée des deux suites pan pf qqně0 et
pbn pf qqně0 définies par, pour tout n ě 0
1 2π
ż
an pf q “ f pθq cospnθqdθ,
π 0
1 2π
ż
bn pf q “ f pθq sinpnθqdθ.
π 0
90
1. On fera particulièrement attention au facteur devant chaque intégrale dans cette
1
définition : il s’agit de 2π pour cn et π1 pour an et bn ,
1 2π
2. a02pf q “ 2π
ş
0 f pθqdθ est appelée moyenne de f ; b0 pf q “ 0.
3. La suite cn pf q est indexée par Z alors que les suites an pf q et bn pf q sont indexées par
N,
4. D’après une proposition précédente, on peut changer les bornes d’intégration dans
la définition précédente, à condition d’intégrer sur un intervalle de longueur 2π. En
particulier, on utilisera souvent les définitions équivalentes
1 π
ż
cn pf q “ f pθqe´inθ dθ, n P Z,
2π ´π
1 π
ż
an pf q “ f pθq cospnθqdθ, n ě 0,
π ´π
1 π
ż
bn pf q “ f pθq sinpnθqdθ, n ě 0.
π ´π
Il est équivalent de connaitre les cn pf q, n P Z d’une part et les pan pf q, bn pf qq, n ě 0 d’autre
part. En effet,
Proposition 3.19. On a les relations suivantes :
1. Pour tout n ě 0, #
an pf q “ cn pf q ` c´n pf q,
(3.7)
bn pf q “ ipcn pf q ´ c´n pf qq.
2. Pour tout n ě 0, #
an pf q´ibn pf q
cn pf q “ 2 ,
an pf q`ibn pf q (3.8)
c´n pf q “ 2 .
c´n pf q “ cn pf q
91
Proposition 3.23. Si f est continue et C 1 par morceaux alors pour n ‰ 0,
1
cn pf q “ cn pf 1 q.
in
En particulier, dans ce cas,
ˆ ˙
1
cn pf q “ o , quand |n| Ñ 8.
n
Plus généralement, pour tout k ě 1, si f est de classe C k´1 et C k par morceaux, alors
ˆ ˙
1 pkq 1
cn pf q “ k
cn pf q “ o pour |n| Ñ 8.
pinq nk
Autrement dit, plus f est régulière, plus ses coefficients de Fourier convergent rapidement
vers 0 en `8.
92
Soit on se donne une infinité de séries numériques, soit on se donne une seule série à valeurs
dans l’espace des fonctions.
Etudier une série de Fourier revient donc à étudier des séries. La difficulté supplémentaire
majeure vient bien sûr du fait que θ varie. Plus précisément, plusieurs questions se posent :
1. Quelles conditions sur f (et donc sur les coefficients ck pf q) doit-on imposer pour que la
série de Fourier de f converge ?
2. Quel sens donner à cette convergence ? est-ce vrai pour tout θ P R ? pour un seul θ ? Y
a-t-il des θ pour lesquels la série converge, et d’autres pour lesquels elle ne converge
pas ?
3. Dans le cas où la série converge, quel est le lien entre la somme de cette série et la
fonction f elle-même ? Représente-t-elle bien la fonction f ? En quel sens ?
On en déduit donc
Proposition 3.28 (Expression de SN en fonctions de coefficients de Fourier circulaires). Une
expression équivalente de SN pf q est donnée par : pour tout N ě 1, pour tout θ P R,
N
a0 pf q ÿ
SN pf qpθq “ ` pak pf q cospkθq ` bk pf q sinpkθqq .
2 k“1
93
Démonstration. Remarquons donc que, par imparité de H, Hp0q “ 0 et Hpθq “ ´1 pour
tout θ Ps ´ π, 0r. De plus, H est continue par morceaux, donc de carré intégrable sur r´π, πs
(NB : il est plus judicieux ici d’utiliser l’intervalle r´π, πs que l’intervalle r0, 2πs, puisque nous
connaissons directement la fonction H sur cet intervalle). En particulier, c0 pHq “ 0 et pour
n‰0
1 π
ż
cn pHq “ Hpθqe´inθ dθ,
2π ´π
1 0 ´inθ 1 π ´inθ
ż ż
“´ e dθ ` e dθ,
2π ´π 2π 0
„ 0 „ π
1 e´inθ 1 e´inθ
“´ ` ,
2π ´in ´π 2π ´in 0
1 ` 1 ` ´inπ
1 ´ einπ ´
˘ ˘
“ e ´1 ,
2πin 2πin
1 n 1
“ p1 ´ p´1q q ´ pp´1qn ´ 1q .
2πin 2πin
On conclut en distinguant les cas n pairs et n impairs.
Exercice 3.30. Calculer directement an pHq et bn pHq sans passer par cn pHq.
1 π
ż
bn pHq “ Hpθq sinpnθqdθ
π ´π
2 π 2 π 2 ´ cospnθq π
ż ż „
2
bn pHq “ Hpθq sinpnθqdθ “ sinpnθqdθ “ “ p1 ´ cospnπqq .
π 0 π 0 π n 0 nπ
94
Démonstration. Comme T est paire par définition, nous savons que T pθq “ θ ` π2 pour tout
θ P r´π, 0s. Pour n “ 0, c0 pT q “ 0. Pour n ‰ 0, il vient, par intégrations par parties,
1 π
ż
cn pT q “ T pθqe´inθ dθ,
2π ´π
1 0 ´ 1 π´
ż ż
π ¯ ´inθ π ¯ ´inθ
“ θ` e dθ ` ´θ ` e dθ,
2π ´π 2 2π 0 2
¨« ˛
´inθ pθ ` π q 0
ff ˜« ffπ ¸
e´inθ p´θ ` π2 q
ż0 żπ
1 ˝ e 2 1 ´inθ 1 1 ´inθ
“ ` e dθ‚` ´ e dθ ,
2π ´in in ´π 2π ´in in 0
´π 0
ż0
n n 1 π ´inθ
ˆ ˙ ˆ ż ˙
1 π{2 p´1q p´π{2q 1 ´inθ 1 π{2p´1q π{2
“ ` ` e dθ ` ` ´ e dθ ,
2π ´in in in ´π 2π in in in 0
1 p´1qn`1 1 ” ´inθ ı0 p´1qn 1 1 ” ´inθ ıπ
“ ` ` e ` ` ´ e ,
´4in 4in 2πn2 ´π 4in 4in 2πn2 0
1 1
“ 2
p1 ´ p´1qn q ´ pp´1qn ´ 1q.
2πn 2πn2
Distinguant selon les cas n pair et n impair dans l’égalité précédente, le résultat suit.
95
où αk P C pour tout ´N ď k ď N . On note PN l’ensemble des polynômes trigonométriques
de degré plus petit que N . PN est un sous-espace vectoriel de l’ensemble des fonctions 2π-
périodiques de dimension 2N ` 1.
Exemple 3.35. Bien évidemment, pour tout N ě 1, et f P L2p p0, 2πq, SN pf q P PN .
}f ´ SN pf q}22 ď }f ´ p}22 ,
c’est-à-dire ż 2π ż 2π
1 21
|f pθq ´ SN pf qpθq| dθ ď |f pθq ´ ppθq|2 dθ.
2π 0 2π 0
Cette inégalité dit précisément que SN pf q est plus proche de f (au sens de la distance
définie par la norme }¨}2 ) que n’importe quel polynôme trigonométrique de degré au plus N .
Ainsi, SN pf q réalise la meilleure approximation de f parmi les polynômes trigonométriques de
degré au plus N , au sens quadratique.
Convergence quadratique
Théorème 3.37 (Inégalité de Bessel). Pour tout f P L2p p0, 2πq, pour tout N ě 1,
N
ÿ
}SN pf q}22 “ |ck pf q|2 ď }f }22 ,
k“´N
c’est-à-dire
N ż 2π
ÿ 2 1
|ck pf q| ď |f pθq|2 dθ
k“´N
2π 0
Corollaire 3.38. Si f P L2p p0, 2πq, la série de terme général |ck pf q|2 est convergente.
Le principal résultat de ce chapitre est le suivant :
Théorème 3.39 (Théorème de Parseval). Si f P L2p p0, 2πq, la série de Fourier de f converge
vers f en moyenne quadratique, c’est à dire que
}f ´ SN pf q}22 ÑN Ñ8 0,
c’est-à-dire ż 2π
1
|f pθq ´ SN pf qpθq|2 dθ ÑN Ñ8 0.
2π 0
96
Remarque 3.40. Ce résultat est en particulier vrai pour une fonction 2π-périodique et
continue par morceaux.
Proposition 3.41 (Egalité de Parseval en terme des coefficients de Fourier circulaires). Soit
f P L2p p0, 2πq, alors
|a0 pf q|2 1 ÿ ´
ż 2π `8
1 ¯
|f pθq|2 dθ “ ` |an pf q|2 ` |bn pf q|2
2π 0 4 2 n“1
D’une part, le premier terme de cette égalité vaut kimpair k24π2 “ 2 kimpair, ką0 k24π2 “
ř ř
4
2 `8
ř
p“0 p2p`1q2 π 2 . D’autre part, comme |Hpθq| “ 1 pour tout θ Ps0, 2πr non nul, le second
terme de l’égalité vaut 1. Nous obtenons donc
`8
ÿ 1 π2
“ . (3.13)
p“0
p2p ` 1q2 8
Remarque 3.42. Notons qu’une astuce de calcul permet de déduire de (3.13) la valeur de la
somme de Riemann (convergente car 2 ą 1) :
`8
ÿ 1
S :“ 2
.
n“1
n
97
Le cas de la fonction triangulaire T Reprenons l’exemple de la fonction T vue plus haut.
T étant 2π-périodique et continue, elle est de carré intégrable sur r0, 2πs et donc le théorème
de Parseval s’applique :
— La série de terme général |ck pT q|2 est convergente, c’est-à-dire que la série de terme
général 0, si k est pair et k44π2 si k est impair est convergente. Remarquons tout de suite
4
que ce résultat était évident, car la série de terme général p2p`1q 4 π 2 est convergente,
D’une part, le premier terme de cette égalité vaut kimpair k44π2 “ 2 kimpair, ką0 4
ř ř
k4 π 2
“
4
2 `8
ř
p“0 p2p`1q4 π 2 . D’autre part,
1 π 2 π
ż ż
2
|T pθq| dθ “ |T pθq|2 dθ, par parité de la fonction T
2π ´π 2π 0
π2
et un calcul immédiat montre que ce terme vaut 12 . Nous obtenons donc
`8
ÿ 1 π4
“ .
p“0
p2p ` 1q4 96
98
3.2.1 Régularité des fonctions périodiques
Définition 3.46 (Continuité et continuité par morceaux). Soit une fonction f : R Ñ C. On
dit que :
1. f est une fonction continue sur R si pour tout θ0 P R, D limθÑθ0 f pθq “ f pθ0 q,
2. On dit que f est continue par morceaux sur R, si pour tout segment ra, bs de R, il existe
une subdivision a “ x0 ă x1 ă x2 ă . . . ă xn “ b, telle que toutes les conditions
suivantes sont vérifiées
— Pour tout i P t0, . . . , n ´ 1u, f est une fonction continue sur l’intervalle sxi , xi`1 r,
— f admet une limite finie à droite et une limite finie à gauche en tout point de la
subdivision xi , pour tout i P t0, . . . , nu.
Définition 3.47 (Fonctions C 1 et C 1 par morceaux). Soit une fonction f : R Ñ C. On dit
que :
1. f est une fonction de classe C 1 sur R si f est continue et dérivable sur R, de dérivée
continue.
2. On dit que f est de classe C 1 par morceaux sur R, si pour tout segment ra, bs de R,
il existe une subdivision a “ x0 ă x1 ă x2 ă . . . ă xn “ b, telle que toutes les
conditions suivantes sont vérifiées
— Pour tout i P t0, . . . , n´1u, f est une fonction de classe C 1 sur l’intervalle sxi , xi`1 r,
— f admet une limite finie à droite et une limite finie à gauche en tout point de la
subdivision xi , pour tout i P t0, . . . , nu,
— La dérivée de f , f 1 , admet une limite finie à droite et une limite finie à gauche en
tout point de la subdivision xi , pour tout i P t0, . . . , nu.
Plus généralement, on dit que f est C k par morceaux si elle est C k´1 par morceaux
et si sa dérivée k ´ 1ième est de classe C 1 par morceaux.
Dans le cas d’une fonction 2π-périodique, il suffit de vérifier la régularité de la fonction sur
un intervalle de longueur 2π :
Proposition 3.48 (Continuité et continuité par morceaux d’une fonction périodique). Soit
f : R Ñ C une fonction 2π-périodique. Soit sα, α ` 2πs un intervalle de longueur 2π. Alors
1. f est continue sur R si et seulement si
— f est continue sur l’intervalle sα, α ` 2πr et
— D limθÑα,θąα f pθq “ limθÑα`2π,θăα`2π f pθq “ f pαq.
2. f est continue par morceaux sur R si et seulement si
— f est continue par morceaux sur l’intervalle sα, α ` 2πr et
— limθÑα,θąα f pθq existe et est finie
— limθÑα`2π,θăα`2π f pθq existe et est finie.
Proposition 3.49 (Fonctions périodiques de classe C 1 et C 1 par morceaux). Soit f : R Ñ C
une fonction 2π-périodique. Soit sα, α ` 2πs un intervalle de longueur 2π. Alors
1. f est de classe C 1 sur R si et seulement si
— f est de classe C 1 sur l’intervalle sα, α ` 2πr et
— D limθÑα,θąα f pθq “ limθÑα`2π,θăα`2π f pθq “ f pαq, et
— D limθÑα,θąα f 1 pθq “ limθÑα`2π,θăα`2π f 1 pθq.
Dans ce cas, f est dérivable en α, de dérivée, la limite commune des deux dérivées
précédentes en α.
99
Figure 3.3 – Une fonction C 1 par morceaux.
Proposition 3.52. Si f est continue par morceaux, et }f }8 “ 0, alors f est la fonction nulle.
Démonstration. En effet, on a alors |f pθq| “ 0 pour tout θ P r0, 2πs et donc pour tout θ P R
par 2π-périodicité.
Définition 3.53. Soit pfn qně1 une suite de fonctions. On dit que la série de terme général
fn converge normalement si ÿ
}fn }8 ă 8.
ně1
100
1. pour tout θ P R, la série numérique deřterme général fn pθq est absolument convergente
et donc convergente. On note Spθq “ `8 n“1 fn pθq la somme de cette série.
2. Si fn est continue pour tout n ě 1, θ ÞÑ Spθq est une fonction continue.
3. Propriété d’intégration terme-à-terme des séries de fonctions normalement
convergentes : si fn est ş continue pour tout n ě 1 alors pour tout segment I Ă R, la
série de terme général I fn pθqdθ est absolument convergente et on a
ż ÿż
Spθqdθ “ fn pθqdθ.
I ně1 I
Démonstration. 1. Ce fait vient de l’observation que, par définition de }¨}8 , pour tout
θ P R, n ě 1, |fn pθq| ď }fn }8 . Par théorème de comparaison des séries absolument
convergentes, la série de terme général pfn pθqqně1 est donc absolument convergente,
donc convergente.
2. Soit Spθqř“ `8
ř
n“1 fn pθq. Soit θ0 P R, montrons queřS est continue en θ0 . Soit ε ą 0.
ε
Comme n“1 }fn }8 ă `8, il existe N ě 1 tel que `8
`8
k“N }fk }8 ď 4 . Mais alors, pour
tout θ P R,
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇNÿ´1 ˇ `8
ÿ ˇNÿ´1 ˇ ε
|Spθq ´ Spθ0 q| ď ˇ pfk pθq ´ fk pθ0 qqˇ ` 2 pfk pθq ´ fk pθ0 qqˇ ` .
ˇ ˇ ˇ ˇ
}fk }8 ď ˇ
ˇ ˇ ˇ ˇ 2
k“1 k“N k“1
řN ´1
Or, k“1 fk est une somme finie de fonctions continues, ˇř donc est continue.
ˇ Il existe
ˇ N ´1 ε
donc η ą 0 tel que pour tout |θ ´ θ0 | ă η, ˇ k“1 pfk pθq ´ fk pθ0 qqˇ ă 2 . Donc
ˇ
101
Rappelons que par définition ek pθq “ eikθ .
ř
Proposition 3.55. Soit pcn qnPZ une suite de nombres complexes. Si nPZ |cn | ă `8, alors
la série de fonctions de terme général ck ek est normalement convergente. De plus,
1. pour tout θ P R, la série de terme général cn einθ est convergente, de somme Spθq,
2. La fonction θ ÞÑ Spθq est continue et 2π-périodique,
3. Pour tout n P Z, le nième coefficient de Fourier de S, cn pSq est égal à cn .
ř
Démonstration. }cn en }8 “ |cn |, donc nPZ }cn en }8 ă 8 et donc la série de terme général
pcn en q est donc normalement convergente. Par la proposition précédente, la série de terme
général cn einθ converge vers Spθq pour tout θ P R et la fonction θ ÞÑ Spθq ř est continue.
Le fait qu’elle soit 2π-périodique vient du fait que pour tout n ě 1, θ ÞÑ nk“´n ck eikθ est
2π-périodique et que cette propriété est encore vraie à la limite pour n Ñ 8. De plus, en
utilisant la propriété d’intégration terme-à-terme, on a, pour tout n P Z,
1 2π
ż
cn pSq “ Spθqe´inθ dθ,
2π 0
ż ˜ ¸
1 2π ÿ ikθ
“ ck e e´inθ dθ,
2π 0 kPZ
ÿ ˆ 1 ż 2π ˙
ikθ ´inθ
“ ck e e dθ ,
kPZ
2π 0
“ ck .
Attention, le fait d’échanger la somme infinie et l’intégrable ci-dessus n’est pas une trivialité,
c’est un théorème, qui est justifié par le fait que la série converge normalement.
Corollaire 3.56. Si f est continue et si la série de terme général pcn pf qqnPZ est absolument
convergente, alors pour tout θ P R, la somme partielle de la série de Fourier à l’ordre N ě 1
en θ, SN pf qpθq, converge vers f pθq, pour N Ñ 8. Autrement dit, sous ces hypothèses, f est
en tout point égale à sa série de Fourier : pour tout θ P R,
ÿ
f pθq “ cn pf qeinθ .
nPZ
Démonstration. Appliquons la proposition précédente au cas où cn “ cn pf q qui est bien par
hypothèse
řN le terme général d’une série absolument convergente. Pour tout θ P R, SN pf qpθq “
c ikθ converge vers un certain Spθq pour N Ñ 8. Cette fonction S est continue et
k“´N k qepf
2π-périodique et on a pour tout n P Z, cn pSq “ cn “ cn pf q. S et f sont donc deux fonctions
continues ayant les mêmes coefficients de Fourier, donc f “ S. D’où le résultat.
102
Le cas f de classe C 2
Proposition 3.57 (Convergence normale de la série de Fourier pour f de classe C 2 ). Si f
est 2π-périodique et de classe C 2 , alors cn pf q “ op n12 q, pour |n| Ñ 8. En particulier, la série
de terme général cn pf q est absolument convergente, la série de Fourier de f est normalement
convergente, et pour tout θ P R,
ÿ
f pθq “ cn pf qeinθ .
kPZ
Démonstration. La fonction f est C 1 par morceaux, donc sa dérivée f 1 est continue par
morceaux, donc de carré intégrable sur r0, 2πs (i.e. f 1 P L2p p0, 2πq). De plus, par Proposition 3.23,
cn pf 1 q “ incn pf q. Par théorème de Parseval appliqué à f 1 P L2p p0, 2πq, nous obtenons que la
série de terme général |cn pf 1 q|2 “ n2 |cn pf q|2 est convergente. Par conséquent,
ˆ ˙
1 1 2 2 1
|cn pf q| “ |ncn pf q| ď n |cn pf q| ` 2 .
n 2 n
Le terme de droite de l’inégalité précédente est le terme général d’une série convergente. Par
théorème de domination, on obtient donc que la série de terme général cn pf q est absolument
convergente. Le reste est une conséquence immédiate du Corollaire 3.56.
Nous avons répondu à la question initiale de ce chapitre dans le cas où f est continue et C 1
par morceaux : dans ce cas, pour tout θ P R, on peut reconstituer f pθq en terme de la série de
Fourier de f au point θ. Qu’en est-il si f est moins régulière que cela ? La réponse est l’objet
du paragraphe suivant.
103
(a) Une fonction de Dirichlet.
1. f est 2π-périodique,
2. f est continue par morceaux (et donc f pθ` q et f pθ´ q existent en tout point θ),
3. pour tout θ P R
f pθ` q ` f pθ´ q
f pθq “ . (3.15)
2
Remarque 3.61. La condition (3.15) dit exactement qu’en tout point θ P R, la valeur de f
en θ est la moyenne de la limite à droite et de la limite à gauche de f en θ. Cette condition
est trivialement vérifiée en tout point où f est continue. C’est seulement aux éventuels points
de discontinuité de f que cette condition est non triviale.
104
admet une limite finie quand h Ñ 0, h ą 0. Si cette limite existe, on la notera fd pθ` q.
La même définition existe à gauche : on dit que f possède une dérivée généralisée à gauche
en θ P R si
f pθ ` hq ´ f pθ´ q
h
admet une limite finie quand h Ñ 0, h ă 0. Si cette limite existe, on la notera fg pθ` q (d :droite,
g : gauche).
Remarque 3.63. Cette notion de dérivée à droite et/ou à gauche se traduit géométriquement
par l’existence de demi-tangentes au point considéré.
Exemple 3.64. Si f est C 1 par morceaux, alors, par définition, f possède une dérivée
généralisée à droite et à gauche en tout point.
Le principal théorème de ce paragraphe est le suivant :
Théorème 3.65 (Théorème de Dirichlet). Soit f une fonction de Dirichlet et θ P R. Si la
fonction f possède des dérivées généralisées à droite et à gauche au point θ, alors la série de
Fourier évaluée en θ converge vers f pθq.
Remarque 3.66. Sous les mêmes hypothèses sur f en enlevant la condition (3.15), on obtient
` pθ´ q
la convergence de SN pf qpθq vers f pθ q`f
2 .
Avant de prouver ce théorème, donnons des applications de ce résultat au calcul de sommes
de séries usuelles.
Exercice 3.67. Soit f fonction de Dirichlet telle que f pθq “ θ, pour tout θ Ps ´ π, πr. Montrer
en utilisant le théorème de Dirichlet que pour tout θ Ps ´ π, πr, la série de terme général sinpnθq
n
est convergente et
`8
ÿ sinpnθq θ
p´1qn´1 “ .
n“1
n 2
ř`8 p´1qk
En déduire la valeur de k“0 2k`1 .
105
4. ż 2π
1
DN puqdu “ 1.
2π 0
Démonstration. Le premier item, facile, est laissé à titre d’exercice. Pour tout θ P R non
congru à 0 modulo 2π, en utilisant l’astuce de calcul usuelle de factorisation par l’exponentielle
de la demi-somme
e´iN θ ´ eipN `1qθ
DN pθq “ ,
1 ´ eiθ
θ
ei 2 e´ipN `1{2qθ ´ eipN `1{2qθ sinppN ` 1{2qθq
“ θ iθ{2
“ .
e i2 e ´iθ{2 ´e sinpθ{2q
Ceci est encore vrai pour θ ” 0r2πs, car dans ce cas DN pθq “ 2N ` 1, ce qui est exactement
la limite du terme précédent pour θ Ñ 0. Par ailleurs, pour tout N ě 1, θ P R,
N
ÿ
SN pf qpθq “ ck pf qeikθ ,
k“´N
N ˆ
1 2π
ÿ ż ˙
“ f puqe ´iku
du eikθ ,
k“´N
2π 0
ż 2π N
1 ÿ
“ f puq eikpθ´uq du,
2π 0 k“´N
ż 2π
1
“ f puqDN pθ ´ uqdu,
2π 0
1 θ
ż
“ f pθ ´ vqDN pvqdv, (par changement de variables linéaire),
2π θ´2π
1 2π
ż
“ f pθ ´ vqDN pvqdv, (par 2π-périodicité).
2π 0
1 2π ikθ
ş
L’item 4 est évident, sachant que 2π 0 e dθ “ 0 pour tout k P Z, sauf pour k “ 0 auquel
cas cette intégrale vaut 1.
Démonstration du Théorème 3.65. Ecrivons pour tout N ě 1, tout θ P R,
1 π
ż
SN pf qpθq “ f pθ ´ uqDN puqdu,
2π ´π
1 0 1 π
ż ż
“ f pθ ´ uqDN puqdu ` f pθ ´ uqDN puqdu,
2π ´π 2π 0
1 π
ż
“ pf pθ ´ uq ` f pθ ` uqq DN puqdu, par parité de DN .
2π 0
Deuxièmement, comme ş est f est une1 fonction de Dirichlet, pour tout θ P R, et sachant que
1 π
par parité de DN , 2π 0 DN puqdu “ 2 ,
f pθ` q ` f pθ´ q ` ` ˘ 1 π
ż
´
f pθq “ “ f pθ q ` f pθ q DN puqdu,
2 2π 0
żπ
1 ` ˘
“ DN puq f pθ` q ` f pθ´ q du.
2π 0
106
On en déduit donc que
1 ` ˘
SN pf qpθq ´ f pθq “ f pθ ´ uq ` f pθ ` uq ´ f pθ` q ´ f pθ´ q DN puqdu,
2π ˆ ˙
` ˘ sinppN ` 1{2quq
“ f pθ ´ uq ` f pθ ` uq ´ f pθ` q ´ f pθ´ q du,
2π sinpu{2q
1 π
ż
“ hθ puq sinppN ` 1{2quqdu,
π 0
avec
f pθ ´ uq ` f pθ ` uq ´ f pθ` q ´ f pθ´ q
hθ puq “ .
2 sinpu{2q
Le dernier terme ressemble à un coefficient de Fourier. Que peut-on dire sur la fonction hθ ? hθ
possède des limites en θ` et θ´ (par hypothèse sur f ) et hθ se prolonge en une fonction continue
par morceaux. De plus hθ est impaire donc hθ p¨q sinppN ` 1{2q¨q est paire. Par conséquent,
1 π
ż
SN pf qpθq ´ f pθq “ hθ puq sinppN ` 1{2quqdu,
2π ´π
1 π 1 π
ż ż
“ hθ puq sinpu{2q cospN uqdu ` hθ puq cospu{2q sinpN uqdu.
2π ´π 2π ´π
Ces deux derniers termes sont les coefficients de Fourier (à un coefficient 1{2 près) d’une
fonction continue par morceaux. Par Lemme de Riemann-Lebesgue, ces deux quantités tendent
vers 0 quand N Ñ 8, ce qui donne le résultat.
f vérifie bien les hypothèses de Dirichlet et est donc bien somme de sa série de Fourier en
tout point de R. Cependant, des oscillations apparaissent au niveau des discontinuités de la
fonction, comme vu sur la Figure 3.5.
Quantifions ce phénomène plus précisément.
Calculons les coefficients de Fourier de f : comme f est impaire, tous les an pf q sont nuls.
4
Par ailleurs, un calcul simple montre que (exercice) b2k pf q “ 0 et b2k`1 pf q “ πp2kq`1q , pour
tout k ě 0. Par conséquent, pour tout θ P R,
N ´1
t 2 u
4 ÿ sinpp2p ` 1qθq
SN pθq “ .
π p“0 2p ` 1
107
1.5
1.5
0.5
0.5
f(x)
f(x)
−0.5
−0.5
−1.5
−1.5
−3 −2 −1 0 1 2 3 −3 −2 −1 0 1 2 3
x x
(a) n “ 1. (b) n “ 2.
1.5
1.5
0.5
0.5
f(x)
f(x)
−0.5
−0.5
−1.5
−1.5
−3 −2 −1 0 1 2 3 −3 −2 −1 0 1 2 3
x x
1.5
0.5
0.5
f(x)
f(x)
−0.5
−0.5
−1.5
−1.5
−3 −2 −1 0 1 2 3 −3 −2 −1 0 1 2 3
x x
108
Comme nous étudions le comportement de SN pf q pour N Ñ 8, on peut étudier sans perte de
généralité
N ´1
4 ÿ sinpp2p ` 1qθq
S̃N pθq “
π p“0 2p ` 1
et le théorème de Dirichlet dit exactement que S̃N pf qpθq converge vers f pθq, pour tout θ P R
(ceci est en particulier évident pour θ “ 0rπs). Autrement dit, pour n’importe quel θ fixé, la
différence
∆N pθq “ S̃N pf qpθq ´ f pθq “ S̃N pf qpθq ´ 1. (3.17)
tend vers 0 quand N Ñ 8. Par contre, la convergence n’est pas uniforme en θ : en effet, nous
allons montrer que
lim sup sup |∆N pθq| ě c ą 0.
N Ñ8 θPs0,πr
Ce que dit ce résultat, c’est précisément que ces oscillations ne disparaissent jamais quand
N Ñ 8 : quel que soit N suffisamment grand, on sera toujours capable de trouver un point
θ suffisamment proche de la discontinuité tel que les oscillations de la somme partielle de la
série de Fourier en ce point par rapport à la vraie valeur f pθq sont non triviales.
Pour montrer cela, il suffit d’exhiber une suite pθN q qui tend vers 0 et telle que
∆N pθN q ÑN Ñ8 c ą 0.
π
` π ˘
Nous allons le montrer pour θN “ : calculons la limite de S̃N pf q 2N
2N :
˜ ¸
´ π ¯ 2 π Nÿ ´1
sinpp2k ` 1qπ{p2N qq
S̃N pf q “ .
2N π N k“0 p2k ` 1qπ{p2N q
2 π sinptq
ş
On reconnait là une somme de Riemann qui converge donc vers π 0 t dt ě 1, 17. Donc
lim |∆N pθN q| “ c “ 0, 17 ą 0.
N Ñ8
Remarque 3.70. En fait, on peut être un peu plus précis sur le nombre des oscillations de
SN f pθq autour de f pθq, et ce, qu’on soit arbitrairement proche de la discontinuité : dérivant
la différence ∆N pθq, et après simplifications, on montre que
2 sinp2N θq
∆1N pf qpθq “
π sinpθq
Le dénominateur est strictement positif sur s0, πr. Le signe de cette dérivée change entre
kπ pk`1qπ
chaque s 2N , 2N r, pour k “ 0, . . . , 2N ´ 1. La somme partielle S̃N oscille donc autour de 1
avec un nombre d’oscillations proportionnel à N .
109
Lemme 3.71. Soit gk la fonction construite avec les échantillons de f suivants :
ˆ ˙ ˆ ˙
2π 2π
gk n “f n , n “ 0, 1, . . . , N ´ 1, (3.18)
N N
où N “ 2k ` 1 est le cardinal de t´k, . . . , 0, . . . , ku. Alors :
}f ´ gk } ÝÑ 0.
kÑ`8
› ›
› k ›
fˆpmqum › converge vers 0 plus rapidement que
ř
Comme dit avant, on sait que ›f ´
› ›
› m“´k ›
}f ´ gk } quand k Ñ `8, mais maintenant on va prouver que les coefficients apmq dans la
k
ř
formule gk “ apmqum peuvent être calculés efficacement grâce à la DFT, ce que n’est
m“´k
pas possible pour fˆpmq. En fait, comme pour tout t P T :
k
1 ÿ
gk ptq “ ? apmqeimt
2π m“´k
2π
alors, en donnant les valeurs Nn à t on peut exprimer l’équation (3.18) explicitement comme
ceci :
k ˆ ˙
1 ÿ
im 2π
n 2π
? apmqe N “f n
2π m“´k N
qui peut être réécrite dans la forme suivante :
k ?
ˆ ˙
ÿ
im 2π n 2π
apmqe N “ 2πf n . (3.19)
m“´k
N
La côté de gauche de la formule ci-dessus est très similaire à la formule de synthèse, la seule
řk Nř
´1
différence étant donnée par le fait que la sommation est au lieu de . Néanmoins,
m“´k m“0
on note que le nombre d’indexes discrets entre ´k et k est N “ 2k ` 1, exactement le
même nombre entre 0 et N ´ 1, donc, grâce au Lemme 2.24, si on démontre que la suite
2π
apmqeim N n est N -périodique, alors on peut remplacer l’ensemble de variabilité des indices
avec t0, 1, . . . , N ´ 1u.
Comme on n’a pas des information à priori relativement à la suite papmqqm , pour démontrer
ce que l’on veut, on va` utiliser
` 2π ˘˘une voie indirecte : on sait que f ptq est 2π-périodique, et cela
implique que la suite f N n n soit N -périodique, en fait :
ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ˙ ˆ ˙
2π 2π 2πn ` 2πN 2π
f n “f n ` 2π “ f “f pn ` N q .
N N N N
2π
En plus, on sait que eim N n est N -périodique, donc la formule (3.19) peut être vraie si et
seulement si papmqqm est N -périodique. Alors, comme dit avant, le Lemme 2.24 nous permet
řk Nř´1
de changer la sommation en et la formule (3.19) devient :
m“´k m“0
ˆ ˙ ˆ ˆ ˙˙
? 2π ? 2π
IDFTpN apmqq “ 2πf n ùñ DFTpIDFTpN apmqqq “ 2πDFT f n ,
N N
110
i.e. ? ˆ ˆ ˙˙
2π 2π
apmq “ DFT f n .
N N
Si on écrit ˆ ˙
2π
f˜pnq “ f n @n “ 0, 1, . . . , N ´ 1,
N
alors : ?
2π p
apmq “ f˜pmq @m “ 0, 1, . . . , N ´ 1.
N
Si on compare les deux approximations :
› › › ›
k k
› ÿ 2π › › ÿ ˆ
›
›f ´ f˜pmqum › Ñ 0 vs. ›f ´ f˜pmqum › Ñ 0,
› p › › ›
›
m“´k
N › kÑ`8 ›
m“´k
› kÑ`8
on voit que, quand k est grand, i.e. quand le nombre d’échantillons N “ 2k ` 1 est grand, on
peut approximer la série de Fourier de f en utilisant de coefficients donnés par la DFT de N
échantillons de f .
Si, au lieu de f P L2 pTq, on avait une fonction f P L2 ra, bs, pb ´ aq-périodique, alors la suite
apmq serait la suivante :
b´a 2πa
apmq “ ? e´i b´a m f˜pmq.
p
N 2π
111
Chapitre 4
L1 pRq est un espace de Banach, i.e. un espace vectoriel normé et complet, par rapport à la
norme : ż
}f } “ |f ptq|dt, f P L1 pRq,
R
tandis que C0 pRq est un espace de Banach par rapport à la norme :
112
Théorème 4.1. La transformation :
F : L1 pRq ÝÑ C0 pRq
f ÞÝÑ fˆ,
ż `8
1
Fpf qpξq “ fˆpξq “ ? f ptqe´iξt dt, ξ P R
2π ´8
est un opérateur linéaire, continu (par rapport à la topologie engendrée par la norme de L1 pRq
et de C0 pRq) et injectif, mais non surjectif. Sa transformation inverse est donnée par :
ż `8
1
F ´1
pf qptq “ fˇptq “ ? f pξqeiξt dξ ,
2π ´8
i.e.
ˇ
fˆptq “ f ptq, @t P R et fˆˇpξq “ f pξq, @ξ P R
Définition 4.2. La transformation F : L1 pRq Ñ C0 pRq est dite transformée de Fourier, tandis
que la transformation 1 F ´1 : FpL1 pRqq Ă C0 pRq Ñ L1 pRq est dite anti-transformée de Fourier,
ou transformée de Fourier inverse. De plus :
— le graphe de la fonction ξ ÞÑ |fˆpξq| est dit le spectre (d’amplitude) de f ;
— le graphe de la fonction ξ ÞÑ |fˆpξq|2 est dit le spectre de puissance de f ;
— le graphe de la fonction ξ ÞÑ Argpfˆpξqq est dit le spectre de phase de f .
Il est possible de définir la transformée de Fourier aussi pour des fonctions de carré
intégrable (i.e. dans L2 pRq), mais dans ce cas la transformation a une expression limite et la
théorie devient plus compliquée.
113
par inégalité triangulaire. La fonction px, yq ÞÑ |f px ´ yqgpyq| étant positive, nous pouvons
appliquer le théorème de Fubini :
ż ż ż ż ż
|f ˚ g| pxqdx ď |f px ´ yqgpyq| dxdy “ |gpyq| |f px ´ yq| dxdy.
R R R R R
ş
Or l’intégrale R |f px ´ yq| dx ne dépend pas de y, par changement de variables x1 “ x ´ y et
vaut }f }L1 . Par conséquent,
ż ż
|f ˚ g| pxqdx ď }f }L1 |gpyq| dy “ }f }L1 }g}L1 ă 8.
R R
f ˚g “g˚f (4.1)
ou de façon équivalente,
ż `8 ż `8
f pt ´ xqgpxqdx “ f pxqgpt ´ xqdx (4.2)
´8 ´8
Remarque 4.6. La convolution est stationnaire, i.e. commute avec la translation, comme
dans le cas discret. En fait, si on fixe s P R et g P L1 pRq, alors on peut définir l’opérateur de
translation à droite Rs et l’opérateur de convolution avec g, Tg :
ż
Rs f ptq “ f pt ´ sq, Tg f ptq “ pf ˚ gqptq “ f pt ´ xqgpxqdx,
R
Exemple 4.7 (Convolution avec une impulsion). Considérons la ! fonction impulsion " sui-
vante : #
1
0ătăε
Iε ptq “ ε
0 sinon.
On a alors, pour f P L1 pRq,
żε
1 ε
ż ż
1
pf ˚ Iε qptq “ f pt ´ xqIε pxqdx “ f pt ´ xq dx “ f pt ´ xqdx,
R 0 ε ε 0
ce qui donne, par changement de variable u “ t ´ x,
1 t´ε 1 t
ż ż
pf ˚ Iε qptq “ ´ f puqdu “ f puqdu.
ε t ε t´ε
Ainsi, prendre la convolution avec Iε revient à calculer la moyenne de f sur le petit intervalle
de taille ε : rt ´ ε, ts.
114
Exemple 4.8. On appelle gaussienne Gµ,σ de moyenne µ et écart-type σ la fonction
1 px´µq2
Gµ,σ pxq “ ? e´ 2σ 2 , x P R. (4.3)
2πσ 2
La convolution de f par Gµ,σ est alors donnée par :
ż `8
1 px´µq2
f ˚ Gµ,σ ptq “ ? f pt ´ xqe´ 2σ 2 dx. (4.4)
2πσ 2 ´8
La fonction Gµ,σ est une version ! lisse " de l’impulsion Iε , qui a la quasi-totalité de son
support dans l’intervalle rµ ´ 2σ, µ ` 2σs, donc :
ˆ
fˆptq “ f p´tq
ˆ
On va prouver ce résultat en utilisant la définition de fˆ :
ż ż
ˆ 1 1 ˇ
ˆ
f ptq “ ? ˆ
f pξqe ´iξt
dξ “ ? fˆpξqeiξp´tq dξ “ fˆp´tq “ f p´tq.
2π R 2π R
Un corollaire immédiat de cette propriété est que la puissance quatrième de la transformée de
Fourier est l’opérateur identité.
115
4.3.2 Transformée de Fourier et convolution
Le résultat fondamental est le suivant
Proposition 4.11 (TF et convolution). Soient f, g P L1 pRq. Alors
?
Fpf ˚ gqpξq “ 2πFpf qpξqFpgqpξq, ξ P R. (4.5)
1
F ´1 pf gqptq “ ? pF ´1 pf q ˚ F ´1 pgqqptq . (4.6)
2π
Comme on le verra, cette formule est très importante dans la technique de résolution des
équations différentielles via transformée de Fourier.
116
Remarque 4.14. Attention ! Ce n’est pas parce que f est intégrable que f admet nécessairement
une limite nulle en ˘8 ! Contre-exemple : prendre une fonction positive, nulle partout sauf
autour des entiers naturels, autour desquels on met un triangle dont l’aire diminue de sorte
que la somme des aires soit sommable. Cette fonction est intégrable, mais ne tend pas vers 0
pour t Ñ 8.
Ainsi, une dérivation dans l’espace réel devient une multiplication par piξq dans l’espace
de Fourier. Un récurrence immédiate donne le résultat plus général
Proposition 4.15 (TF et dérivation). Soit f P L1 pRq, n-fois dérivable tel que f pnq P L1 pRq.
Alors
Fpf pnq qpξq “ piξqn Fpf qpξq, ξ P R. (4.8)
4.3.4 TF et gaussienne
La gaussienne joue un rôle important vis-à-vis de la Transformée de Fourier, que nous
explicitons ici :
t2
Proposition 4.16. La Transformée de Fourier de la fonction t ÞÑ e´ 2 est la fonction
ξ2
ξ ÞÑ e´ 2 .
Autrement dit, la Transformée de Fourier d’une gaussienne est une gaussienne : plus
t2
précisément, la fonction t ÞÑ e´ 2 est vecteur propre de F, pour la valeur propre 1. Plus
généralement, la propriété de dilatation vue plus haut donne immédiatement que
2 t2
Proposition 4.17. Soit c P R. La Transformée de Fourier de la fonction t ÞÑ e´c est la
2
1 ´ ξ2
fonction ξ ÞÑ ?
c 2
e4c .
On aura besoin des lemmes suivants :
Lemme 4.18. On a ż `8
t2 ?
e´ 2 dt “ 2π.
´8
Démonstration. Admis. La preuve utilise un théorème d’analyse complexe dû à Cauchy (Paris,
1789 ´ Sceaux, 1857).
117
4.3.5 Tableau récapitulatif
On résume ici les propriétés les plus importantes de la transformée de Fourier. Attention :
tous ces résultats nécessitent des hypothèses adéquates de régularité et d’intégrabilité des
fonctions f et g. Pour les résultats précis, on renvoie aux paragraphes précédents. Ici, a, b, c P R,
a ‰ 0.
Fonction Transformée de ´Fourier
¯
(1) t ÞÑ f patq 1
ξ ÞÑ |a| Fpf q aξ
t2 ξ2
(9) t ÞÑ e´ 2 ξ ÞÑ e´ 2
2 t2 ξ2
1 ´ 4c2
(10) t ÞÑ e´c ξ ÞÑ ?
c 2
e
118
4.4 Le théorème d’échantillonnage de Shannon, Nyquist et
Whittaker
4.4.1 Notion d’échantillonnage
La reconstruction d’une fonction à partir d’un ensemble discret d’échantillons est possible
quand une fonction f a un spectre borné, comme précisé dans la définition suivante.
Définition 4.20. On dit que la fonction f : R Ñ C est un signal continu à bande limitée
s’il existe Ω P R` tel que :
fˆpξq “ 0 @|ξ| ą Ω.
Le concept de signal à bande limitée est de grande importance dans les applications,
en fait, même si f n’est pas à bande limitée, les senseur humains le sont toujours ! Par
exemple, le système visuel humain n’est pas capable de percevoir les fréquences d’une onde
électromagnétique comme la lumière quand la fréquence d’oscillation est inférieure à 400 THz
et supérieure de 800 THz, T=! Tera=1012 ". Le système auditif humain peut percevoir les
sons, quand elles ont une fréquence entre 20Hz et 20KHz, K=! Kilo=103 ".
Le résultat suivant montre comment un signal continu à bande limitée peut être reconstruit
à partir de la connaissance d’une suite d’échantillons discrets.
Théorème 4.21 (Théorème d’échantillonnage de Shannon-Nyquist-Whittaker 2 ). Soient :
— f : R Ñ C un signal à bande limitée : DΩ P R` tel que fˆpξq “ 0 @|ξ| ą Ω.
— fˆ : continue et C 1 pRq par morceaux.
π
Alors, f est complètement déterminée par ses échantillons dans les points tn “ Ω n, n P Z :
ÿ ´ π ¯ sinpΩt ´ πnq
f ptq “ f n , (4.9)
nPZ
Ω Ωt ´ πn
2. Shannon (Petoskey, 1916 ´ Medford, 2001), Nyquist (Stora Kil, 1889 ´ Harlingen, 1976), Whittaker
(Southport, 1873 ´ Edinburgh, 1956)
119
avec :
żΩ
1 πξk
ck “ fˆpξqe´i Ω dξ
2Ω ´Ω
? ż
2π 1 ´π
“ ? fˆpξqeip Ω kqξ dξ
fˆpξq“0 @|ξ|ąΩ 2Ω 2π R
? ?
2π ˇˆ
´ π ¯ 2π ´ π ¯
“ f ´ k “ f ´ k ,
2Ω Ω 2Ω Ω
où dans la dernière étape on a utilisé la définition d’anti-transformée de Fourier de fˆ, i.e. f ,
π
calculée en ´ Ω k et on a inclut en ck le facteur de normalisation de la série. Donc on peut
réécrire la série de Fourier (4.10) comme ceci :
? ?
ÿ 2π ´ π ¯ πξk ÿ 2π ´ π ¯ πξn
i
fˆpξq “ f ´ k e Ω “ f n e´i Ω ,
kPZ
2Ω Ω pn“´k ô k“´nq
nPZ
2Ω Ω
et cette série converge uniformément car fˆ et continue et C 1 par morceaux. On calcule f ptq
via la transformée de Fourier inverse de fˆpξq :
ż
1
f ptq “ ? fˆpξqeiξt dξ
2π R
żΩ żΩ ÿ ?
1 ˆ iξt 1 2π ´ π ¯ ´i πξn iξt
“ ? f pξqe dξ “ ? f n e Ω e dξ (4.11)
fˆpξq“0 @|ξ|ąΩ 2π ´Ω 2π ´Ω nPZ 2Ω Ω
ÿ 1 ´π ¯ż Ω tΩ´πn
“ f n eiξ Ω dξ,
nPZ
2Ω Ω ´Ω
où, dans la dernière étape, on a pu échanger la série et l’intégrale grâce au fait que la série
converge uniformément. On s’intéresse maintenant à l’intégrale :
żΩ żΩ ˆ ˙ żΩ ˆ ˙
iξ tΩ´πn tΩ ´ πn tΩ ´ πn
e Ω dξ “ cos ξ dξ ` i sin ξ dξ,
´Ω ´Ω Ω ´Ω Ω
la deuxième intégrale est nulle car la fonction sinus est impaire et le domaine d’intégration est
symétrique, par contre la fonction cosinus est paire et donc on obtient :
żΩ żΩ ˆ ˙ « ` tΩ´πn ˘ ffΩ
tΩ´πn tΩ ´ πn sin ξ Ω
eiξp Ω q dω “ 2 cos dξ “ 2 tΩ´πn
´Ω 0 Ω Ω 0
` tΩ´πn ˘
sin Ω Ω sin ptΩ ´ πnq
“ 2Ω ´ 0 “ 2Ω .
tΩ ´ πn tΩ ´ πn
En introduisant ce résultat dans l’expression de f ptq en (4.11), on obtient :
ÿ 2Ω ´ π ¯ sin ptΩ ´ πnq ÿ ´ π ¯ sin ptΩ ´ πnq
f ptq “ f n “ f n ,
nPZ
2Ω Ω tΩ ´ πn nPZ
Ω tΩ ´ πn
120
4.4.2 La fréquence de Nyquist : ! aliasing " et ! oversampling "
On utilisant la définition du sinus cardinal, on peut réécrire la formule du théorème comme
ceci : ÿ ´π ¯
f ptq “ f n sincptΩ ´ πnq,
nPZ
Ω
`π ˘
ce qui caractérise univoquement f est la suite d’échantillons f Ω n . On observe que la période
π
d’échantillonnage des valeurs de f qui apparait dans la formule du théorème est : T “ Ω , donc
la fréquence d’échantillonnage de la formule du théorème, dite fréquence de Nyquist et
écrite comme νN , est νN “ T1 “ Ω π.
On veut maintenant comparer la fréquence de Nyquist avec la fréquence maximale du signal
f : on rappelle qu’on est parti de l’hypothèse que f est un signal à bande limitée avec pulsation
maximale Ω, alors la fréquence maximale νmax de f est définie par la relation Ω “ 2πνmax ,
Ω
i.e. νmax “ 2π . Si on compare la fréquence d’échantillonnage de Nyquist νN avec la fréquence
maximale νmax du signal f on obtient : νN “ 2νmax , i.e. le théorème d’échantillonnage
vaut si et seulement si la fréquence d’échantillonnage est (minimum) deux fois la
fréquence maximale du signal f !
Si on échantillonne avec une fréquence inférieure à la fréquence de Nyquist, alors on
obtient un phénomène connu avec le nom d’aliasing, qui correspond à des erreurs dans
la reconstruction du signal. Les erreurs sont dûes au fait que, comme on l’a vu dans la
preuve, on doit considérer une extension périodique du spectre de f , la fréquence de Nyquist
νN est la fréquence (minimale) correcte pour pouvoir reconstruire f et pour éviter que de
! déborder " dans une période adjacente du spectre ! Une fréquence d’échantillonnage inférieure
introduit des informations parasites qui viennent des périodes spectres adjacents à gauche et à
droite.
Pour terminer, on observe que le terme général de la série du théorème converge vers 0
comme n1 quand n Ñ `8, qui est une convergence plutôt lente. Pour augmenter la vitesse de
convergence, par exemple à n12 on peut augmenter la fréquence d’échantillonnage avec une
technique connue comme sur-échantillonnage (oversampling).
121
i.e.
´ξ 2 ŷpξq ´ ŷpξq “ ´ĝpξq ðñ p1 ` ξ 2 qŷpξq “ ĝpξq, ξ P R
i.e.
1
ŷpξq “ ¨ ĝpξq (Solution dans le domaine fréquentiel).
1 ` ξ2
Grâce aux propriétés de la transformée de Fourier, on a transformé l’EDO en une équation
algébrique dans le domaine fréquentiel ! Si on connaı̂t la transformée de Fourier de g, alors on
a résolu l’EDO dans l’espace de Fourier.
Néanmoins, l’EDO initiale a été formulée par rapport à la variable t, donc il faut revenir à
la représentation originale en appliquant la transformée de Fourier inverse aux deux côtés de
la dernière équation en utilisant la propriété (4.6) :
„ _ ˆˆ ˙_ ˙
_ 1 1 1
pŷpξqq ptq “ yptq “ ¨ ĝpξq ptq “ ? ptq ˚ gptq . (4.12)
1 ` ξ2 2π 1 ` ξ2
donc, si on considère a “ 1 : c
πy 1
e´|t| pξq “ ,
2 1 ` ξ2
et alors : c
1 π ´|t|
yptq “ ? e ˚ gptq,
2π 2
i.e. ż `8 ż `8
1 ´|t´s| 1
yptq “ e gpsqds “ gpt ´ sqe´|s| ds.
2 ´8 2 ´8
Si on sait calculer l’intégrale (ceci dépend de l’expression analytique de g), alors on peut
déterminer explicitement yptq, sinon on peut en tout cas approximer sa valeur.
Les étapes de la résolution d’une EDO via la transformée de Fourier sont donc :
1. Transformer l’EDO dans l’espace fréquentiel en appliquant la transformée de Fourier
aux deux côtés de l’équation ;
4. Typiquement, la solution dans l’espace de Fourier est donné par un produit, alors la
solution dans la représentation originale est écrite avec une convolution.
Pour pouvoir utiliser cette technique, les coefficients des dérivées doivent être constantes et les
fonctions doivent être intégrables.
122
4.5.2 Transformée de Fourier et EDPs
La technique de la transformée de Fourier est encore plus efficace quand on l’applique
aux EDPs : équations différentielles en dérivées partielles. Pour fixer les idées, on considère
seulement des fonctions du type suivant : u “ u pt, xq ou u “ upt, x, y, zq, où t est la coordonnée
temporelle et x ou px, y, zq sont les coordonnées spatiales 1D et 3D, respectivement. On suppose
toujours implicitement que u P L1 pR2 q ou u P L1 pR4 q, respectivement, et, bien sûr, que u soit
dérivable un nombre suffisant de fois pour pouvoir écrire l’EDP correspondante.
Pour simplifier la notation, on écrit :
Bu B2u Bu
“ ux , “ uxx , “ ut , . . .
Bx Bx2 Bt
Les propriétés de la transformée de Fourier par rapport aux dérivées partielles sont les
suivantes :
— Si la variable d’intégration de la transformée de Fourier est x, alors
2
u
xx pt, ξq “ iξ ûpt, ξq, u
yxx pt, ξq “ ´ξ ûpt, ξq,
B B2
upt pt, ξq “ ûpt, ξq, ux
tt pt, ξq “ ûpt, ξq,
Bt Bt2
les premières deux formules sont attendues, pour obtenir les deux autres il faut observer
que, comme u P L1 pR2 q, alors on peut échanger l’ordre de dérivation et d’intégration :
ż `8 ż `8
1 Bu pt, xq ´iξx B 1 B
? e dx “ ? u pt, xq e´iξx dx “ û pt, ξq ,
2π ´8 Bt Bt 2π ´8 Bt
123
De façon informelle, l’origine de cette équation vient du bilan d’énergie suivant : si on écrit la
dérivée seconde discrète (avec un pas ∆x) par rapport à x, on peut comprendre qu’elle définit
la comparaison entre la température en x à l’instant t et celle de ces voisins au même instant,
en fait :
upt, x ` ∆xq ´ 2upt, xq ` upt, x ´ ∆xq
uxx pt, xq »
p∆xq2
» fi
2 — — upt, x ` ∆xq ` upt, x ´ ∆xq ´upt, xqffi
ffi
“
p∆xq2 –looooooooooooooooomooooooooooooooooon
2 fl
température moyenne voisins
Insistons un peu : dans l’EDO de droite, ξ est une constante. Ainsi, il s’agit d’une équation
linéaire d’ordre 1 à coefficient constant (par rapport à la variable t).
On rappelle que la solution du problème de Cauchy :
#
y 1 “ ´ky
yp0q “ y0
124
On doit maintenant appliquer la transformée de Fourier inverse pour revenir à la solution
originelle. Grâce à l’éq. (4.6) on obtient :
2 _
´ 2
¯
p ¨ e´pα tqξ
upt, xq “ ϕpξq pt, xq
1 ˇ ´ 2 2 _
¯
“ ? ϕ̂pxq ˚ e´pα tqξ pt, xq,
2π
2 2
ˇ
mais ϕ̂pxq “ ϕpxq et e´pα tqω est une Gaussienne par rapport à ξ, donc on peut utiliser la
propriété :
1 ξ2 ? 1 2
´c2 x2 pξq “ ? e´ 4c2
e{ ðñ c 2e{ ´c2 x2 pξq “ e´ 4c2 ξ ,
c 2
qui dans notre cas donne : 4c2 “ α2 t, or c2 “ 4α12 t et alors c “ 2α1?t (physiquement, ça a
1
125
Annexe A
Décomposer une fonction 2π-périodique en série de Fourier, c’est écrire f comme somme
`8
ÿ
@θ P R, f pθq “ pan cospnθq ` bn sinpnθqq, (A.1)
n“0
où les coefficients pan qně0 , pbn qně0 sont des coefficients à déterminer en fonction de f .
Définition A.1 (Fonctions de carré intégrable). On définit
ż 2π
L2p p0, 2πq :“ tf : R Ñ C, f, 2π-périodique, |f pθq|2 dθ ă `8u (A.2)
0
126
— on appelle coefficients de Fourier circulaires la donnée des deux suites pan pf qqně0 et
pbn pf qqně0 définies par, pour tout n ě 0
1 2π
ż
an pf q “ f pθq cospnθqdθ,
π 0
1 2π
ż
bn pf q “ f pθq sinpnθqdθ.
π 0
2. Pour tout n ě 0, #
an pf q´ibn pf q
cn pf q “ 2 ,
an pf q`ibn pf q
c´n pf q “ 2 .
c´n pf q “ cn pf q
Pour tout N ě 1, SN pf q est une fonction 2π-périodique, de classe C 8 . Dans le cas où pour
un certain θ, SN pf qpθq converge, on appelle somme de la série de Fourier la limite de SN pf q,
notée Spf q, c’est à dire
ÿ
Spf qpθq :“ lim SN pf qpθq “ ck pf qeikθ .
N Ñ8
kPZ
127
Définition A.7. On appelle polynôme trigonométrique de degré plus petit que N ě 0 toute
fonction p du type : pour tout θ P R,
N
ÿ N
ÿ
ppθq “ αk eikθ “ αk ek pθq,
k“´N k“´N
}f ´ SN pf q}22 ď }f ´ p}22 ,
c’est-à-dire ż 2π ż 2π
1 12
|f pθq ´ SN pf qpθq| dθ ď |f pθq ´ ppθq|2 dθ.
2π 0 2π 0
Théorème A.9 (Inégalité de Bessel). Pour tout f P L2p p0, 2πq, pour tout N ě 1,
N
ÿ
}SN pf q}22 “ |ck pf q|2 ď }f }22 ,
k“´N
c’est-à-dire
N ż 2π
ÿ 1
|ck pf q|2 ď |f pθq|2 dθ
k“´N
2π 0
Théorème A.10 (Théorème de Parseval). Si f P L2p p0, 2πq, la série de Fourier de f converge
vers f en moyenne quadratique, c’est à dire que
}f ´ SN pf q}22 ÑN Ñ8 0,
c’est-à-dire ż 2π
1
|f pθq ´ SN pf qpθq|2 dθ ÑN Ñ8 0.
2π 0
|a0 pf q|2 1 ÿ ´
ż 2π `8
1 2
¯
|f pθq| dθ “ ` |an pf q|2 ` |bn pf q|2
2π 0 4 2 n“1
128