Université de Paris Saclay Géométrie 2022-2023
Devoir numéro 1 : En suspension
Le but de ce devoir est d’introduire la notion de suspension d’un homéomorphisme ou d’un C ∞ -difféomorphisme. Ces objets apparaissent
naturellement en dynamique et les suspensions d’homéomorphismes linéaires du tore, que ce devoir se propose de classer à homéomor-
phisme près, ont été étudiées par Poincaré avec l’objectif de montrer que deux variétés qui ont les mêmes groupes d’homologie ne sont pas
nécessairement homéomorphes. Le devoir est à rendre pour le 9 février 2023.
Notations
! "
On notera !1 = (x, y ) ∈ "2 : x 2 + y 2 = 1 la sphère unité de "2 et, pour tout entier naturel n , #n désignera l’espace topologique quotient
"n /$n . On notera π : "n → #n la projection canonique.
Questions
Généralités sur les suspensions d’homéomorphismes
Soient X un espace topologique compact et Φ : X → X un homéomorphisme de X . On définit la suspension d’homéomorphisme associée
à Φ comme étant l’espace topologique quotient S Φ := (X × ")/R où R est la relation d’équivalence engendrée par (x, t ) ∼ (Φ(x ), t + 1)
pour tous x ∈ X et t ∈ ". On notera alors p : X × " → S Φ la projection canonique et pour tout entier naturel n non nul, on notera
p n : X × " → S Φn la projection canonique associée à S Φn .
1. Reconnaître S Φ dans le cas où X = [−1, 1] et Φ = ±Id et dans le cas où X = !1 et Φ = Id.
2. On suppose dans cette question que X est connexe par arcs, qu’il existe x 0 ∈ X tel que Φ(x 0 ) = x 0 et que x 0 admet un voisinage
contractile V . On suppose enfin que le groupe fondamental de X admet la présentation suivante π1 (X , x 0 ) = 〈x 1 , . . . , x n | r 1 , . . . , r k 〉.
Établir que S Φ est connexe par arcs et que pour t 0 ∈ ", on a
# $
π1 (S Φ , p(x 0, t 0 )) ! x 1, . . . , x n , t | r 1, . . . , r k , t x 1 t −1 Φ∗ (x 1 )−1, . . . , t x n t −1 Φ∗ (x n )−1 ,
où Φ∗ : π1 (X , x 0 ) → π1 (X , x 0 ) est l’isomorphisme de groupes induit par Φ. Montrer que l’application i : X → S Φ donnée par
x (→ p(x, t 0 ) induit une injection i ∗ : π1 (X , x 0 ) → π1 (S Φ , p(x 0, t 0 )) dont l’image est un sous-groupe distingué de π1 (S Φ , p(x 0, t 0 )).
Décrire le quotient π1%(S Φ , p(x 0 , t 0'))/i %∗ (π1 (X , x 0 ))'.
& & ( ) ) (
On pourra considérer X × 0, 13 X × 23 , 1 (V × [0, 1]). On peut alors généraliser ce résultat lorsque X est une variété C ∞
connexe compacte en utilisant un plongement c : [0, 1] → X avec c(0) = x 0 et c(1) = Φ(x 0 ) et en considérant un voisinage contractile
de {(c(t ), t ) : t ∈ [0, 1]} dans X × [0, 1].
3. Soit n ∈ &∗ . On définit πn : S Φn → S Φ par p n (x, t ) = p(x, nt ). Montrer que cela définit un revêtement galoisien d’ordre n de S Φ
dont on précisera le groupe d’automorphismes.
(Bonus) En utilisant la définition plus générale d’action propre du polycopié, peut-on se passer de l’hypothèse X compact ?
4. (Bonus) Montrer que si X est une variété C ∞ connexe compacte de dimension n et Φ un C ∞ -difféomorphisme, alors on peut munir S Φ
d’une unique structure de variété C ∞ connexe (dont on précisera la dimension) faisant de p un C ∞ -difféomorphisme local.
Si Φ et Ψ sont deux C ∞ -difféomorphismes de X C ∞ -isotopes, c’est-à-dire qu’il existe une homotopie H : [0, 1] × X → X de classe C ∞
telle que H (0, ·) = Φ, H (1, ·) = Ψ et pour tout t ∈ [0, 1], H (t , ·) soit un C ∞ -difféomorphisme de X , alors S Φ est homéomorphe à S Ψ .
Suspensions d’homéomorphismes linéaires du tore
Pour n ∈ &∗ et A ∈ GLn ($), on note G A := $n ⋊A $ l’ensemble $n × $ muni non pas de la loi de groupe produit mais de la loi de groupe
(x, r ) · (y, s) = (x + Ar y, r + s)
pour x, y ∈ $n et r , s ∈ $. Le groupe G A agit sur "n+1 par (x, r ) · (z 1 , . . . , z n+1 ) = (x + Ar (z 1 , . . . , z n ), z n+1 + r ). On définit une relation
binaire sur GLn ($) par A ∼ B si, et seulement s’il existe P ∈ GLn ($) telle que A = P BP −1 ou A = P B −1 P −1 . On dit enfin qu’une matrice
carrée est hyperbolique si elle n’a aucune valeur propre de module 1.
5. Justifier que ∼ est une relation d’équivalence sur GLn ($) puis montrer que si A ∼ B avec A hyperbolique, alors B est hyperbolique.
6. Soit A ∈ Mn ($). Montrer que π ◦ A induit par passage au quotient une application continue A : #n → #n . À quelle condition cette
application est-elle injective ? Surjective ? Un homéomorphisme ? Montrer, lorsque A est surjective, qu’il s’agit d’un revêtement dont
on précisera le nombre de feuillets.
On peut en fait établir que tout C ∞ -difféomorphisme du tore est isotope à un tel C ∞ -difféomorphisme linéaire.
7. (Bonus) Préciser l’abélianisé du groupe G A .
C’est ce résultat qui permet, avec la dualité de Poincaré, de calculer l’homologie de #2A .
On pose alors #nA = S A pour A ∈ GLn ($).
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8. Dessiner les espaces #nA et décrire les groupes G A correspondants pour n ∈ {0, 1}. Classer, à isomorphisme près, tous les revêtements
connexes à deux feuillets de #1A . On reconnaîtra les espaces totaux, on précisera s’ils sont galoisiens et on décrira, pour p : X → #1A ,
l’image de π1 (X , x ) par p ∗ .
(Bonus) Décrire, à isomorphisme de revêtement près, tous les revêtements connexes de #1A . Lesquels sont galoisiens ?
On pourra montrer que les sous-groupes de G = 〈a, b : bab = a〉 sont de la forme H n,m = 〈a m b n 〉 ou K m,n,p = 〈a m b n , b p 〉 pour
m, n, p des entiers tels que m " 0, p > 0 et 0 ! n < p . Pour cela, on pourra utiliser la projection canonique G → G /〈b〉 ! $.
9. Montrer que si A ∼ B , alors #nA est homéomorphe à #nB et G A est isomorphe à G B .
10. Établir que le groupe discret G A agit librement et proprement sur "n+1 et que #nA est homéomorphe à "n+1 /G A . Préciser le groupe
fondamental de #nA . Comparer avec la question 2.
À présent on se donne deux matrices hyperboliques A et B de GLn ($) et un isomorphisme f : G A → G B .
11. Montrer que $n × {0} est l’unique sous-groupe abélien de rang n maximal de G A .
Indication : On pourra calculer le commutateur de deux éléments de G A .
12. En déduire que f passe au quotient en un isomorphisme f : $ → $ puis que A ∼ B .
13. En conclure que, si A, B ∈ GLn ($) sont hyperboliques, alors #nA est homéomorphe à #nB si, et seulement si, G A est isomorphe à G B .
14. Soit A ∈ GL2 ($) une matrice diagonalisable (dans GL2 (()) non hyperbolique. Montrer que son spectre est constitué de racines de
l’unité. En déduire qu’il existe un revêtement galoisien de #2A par #3 .