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Comprendre l'animisme et ses enjeux

L'animisme désigne la croyance en l'existence d'esprits qui animent les êtres vivants et les éléments naturels. Longtemps considéré comme une religion primitive, il est aujourd'hui vu comme une façon de voir le monde présente dans toutes les cultures.

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Comprendre l'animisme et ses enjeux

L'animisme désigne la croyance en l'existence d'esprits qui animent les êtres vivants et les éléments naturels. Longtemps considéré comme une religion primitive, il est aujourd'hui vu comme une façon de voir le monde présente dans toutes les cultures.

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Qu’est-ce que l’animisme ?

 
La croyance en l’existence d’êtres de nature spirituelle est répandue sur
tous les continents.

Poupées vaudouesCLAUDIA BROOKE, FLICKR, CC



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Ce mot vient du latin animus (« esprit », « âme »). Il désigne la croyance selon


laquelle un esprit, un souffle anime les êtres vivants, les objets mais aussi les
éléments naturels. Ces âmes ou ces esprits mystiques, manifestations de défunts
ou de divinités animales, peuvent agir sur le monde, de manière bénéfique ou
non. Ainsi défini, l’animisme peut caractériser des sociétés très diverses, situées
sur tous les continents : du chamanisme au vaudou africain, en passant par les
cultes totémiques… Néanmoins, pour certains observateurs, l’actuelle poussée
des Églises évangéliques est responsable d’un certain recul de l’animisme,
notamment en Afrique. « C’est préoccupant, car ces pratiques sont l’expression
de l’identité de ces populations », déplore l’historienne Claude-Hélène Perrot,
spécialiste des sources orales africaines, en particulier en Côte d’Ivoire.
L’anthropologue britannique Edward Burnett Tylor est le premier à avoir
énoncé, en 1871, une théorie sur l’animisme, aujourd’hui contestée. Sous sa
plume, ce terme désigne les religions des sociétés qu’il nomme « primitives »,
par opposition notamment aux trois grands monothéismes. L’animisme a
également longtemps été assimilé à la religion des populations « sans écriture ».
En quoi ce terme pose-t-il problème ?
Si ce concept a connu un grand succès jusqu’au début du XX e siècle, faisant
référence dans l’ethnologie religieuse, les chercheurs contemporains s’en sont
peu à peu écartés.
Souvent employé de manière imprécise et entaché de connotations colonialistes,
le mot « animisme » a en effet longtemps été confondu avec « fétichisme »,
dans une entreprise de dénigrement des cultes traditionnels, selon le sociologue
des religions Dodji Amouzouvi.
Pour cet universitaire béninois, « les religions universalistes ont chargé le mot
animisme, l’assimilant à une forme de paganisme pratiqué par des “sauvages”.
Mais si ce terme désigne la croyance en un souffle qui anime les êtres, alors
toutes les religions comportent des éléments d’animisme ! » L’historienne
Claude-Hélène Perrot précise que le dénigrement de ces cultes a commencé à la
fin XIXe siècle, au début de la colonisation de l’Afrique noire : « Les
missionnaires catholiques et protestants ont alors entrepris de balayer les
pratiques religieuses existantes, pour faire place nette au christianisme. » La
spécialiste souligne son embarras, partagé par nombre de ses confrères, quant
aux termes à employer : faut-il parler religions animistes, ou bien de religions
traditionnelles, « des ancêtres », « du terroir » ?

L’animisme est-il une religion ?


Cette question divise les chercheurs. Certains, à l’instar de Claude-Hélène
Perrot, jugent important de « faire reconnaître ces pratiques comme des
religions à part entière », ne serait-ce que pour rompre avec l’héritage
colonial. « Cette idée se répand parmi les historiens », assure-t-elle.
Mais d’autres universitaires voient dans l’animisme, plus qu’une religion, une «
manière d’habiter et de concevoir le monde » : en l’absence de tout dogme,
l’animisme ne serait pas tant une question de foi que d’expérience vécue.
Le théologien Pierre Diarra, des Œuvres pontificales missionnaires, confirme
que l’animisme relève de la philosophie de vie, « une manière de vivre en
harmonie avec les éléments, proche en ce sens des tendances écologiques
actuelles en Occident ». Toutefois, pour lui, l’animisme est également une
religion, puisqu’on y retrouve trois éléments essentiels : une croyance (en un
Dieu créateur, accompagné de ses « intermédiaires », les esprits ou les ancêtres),
des rites (d’initiation, de funérailles) et une éthique (des normes de conduite).
Animisme et christianisme sont-ils compatibles ?
Sur cette question de l’éthique, justement, des ponts avec le christianisme
peuvent être établis. L’animisme place en effet en tête de ses valeurs le respect
de la vie, considérée comme sacrée car donnée par Dieu. La quête de la vérité,
la recherche du bonheur et l’ouverture aux autres traditions sont également
valorisées, au point de faire de l’animisme une croyance très souple et
malléable.
Il existe en revanche des différences fondamentales avec la foi chrétienne :
ainsi, contrairement au Dieu des chrétiens, la divinité créatrice de l’animisme
n’est pas vraiment proche de l’homme. « Il fut le créateur du cosmos, mais
maintenant il se repose pour laisser les ancêtres et les esprits travailler !
», résume le père René Tabard, de la congrégation missionnaire du Saint-Esprit,
qui a vécu vingt-cinq ans dans l’ex-Congo-Brazzaville (1). Autres différences
avec le christianisme : la peur de la punition ou de la vengeance de la part des
ancêtres, ainsi que la logique du donnant-donnant, selon laquelle le croyant peut
exiger d’être exaucé s’il s’est bien comporté. « Sortir de ce registre est l’un des
points les plus difficiles pour une personne qui décide de quitter l’animisme
pour se convertir au christianisme », explique le théologien Pierre Diarra.
Le Documents Épiscopat qu’il a rédigé en 2013 à la demande de Mgr Michel
Dubost (2) a vocation, entre autres, à accompagner les catéchumènes d’origine
africaine.

Quelle est la position de l’Église catholique sur ce sujet ?


Si l’Église a longtemps fait preuve de méfiance vis-à-vis des pratiques
animistes, le concile Vatican II a fait évoluer les positions. Citons par exemple
le rite zaïrois, issu de la culture congolaise et approuvé par Rome en 1988. «
C’était une manière de dire que les bonnes choses que l’on trouve dans d’autres
traditions religieuses peuvent être intégrées au christianisme, si elles ne sont
pas contraires à l’Évangile », explique Pierre Diarra. Cette position prévaut
depuis la publication en 1965 de la déclaration Nostra aetate. C’est aussi après
le Concile qu’est apparue la théologie de l’inculturation, selon laquelle l’Esprit
Saint est déjà au travail dans une culture donnée avant l’arrivée du
christianisme.
Enfin, pour Pierre Diarra, même dans l’Occident sécularisé demeure un certain
« fond animiste », qui se manifeste notamment par l’attachement au
fleurissement des tombes le jour de la Toussaint (y compris par des non-
catholiques) ou encore par la persistance du sentiment de donnant-donnant, « ce
qui n’est pas vraiment conforme à l’Évangile ».
(1) La Vie avec les morts. Expériences humaines et foi chrétienne, Desclée de
Brouwer, 2010, 312 p., 28,40 €.
(2) « Les religions des ancêtres en Afrique », Documents Épiscopat no 11, 2013.
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L'animisme est-il une religion ?


    

D’abord pris pour une religion primitive, l’animisme se conçoit mieux


comme une façon de voir le monde, présente de tout temps dans l’esprit
humain.

Dans certains pays d’Afrique et d’Asie, les


statistiques font apparaître un pourcentage de
population qualifié d’animiste. Cela veut-il dire
que l’animisme est une religion ?
L’animistes désigne les gens qui par leurs pratiques n’appartiennent à
aucune des « grandes religions » du livre : chrétiens, musulmans,
bouddhistes, hindouistes, confucianistes. Les autres sont dits
« animistes », parce qu’ils pratiquent des traditions transmises
oralement. Défini comme cela, l’animisme n’est qu’un grand fourre-
tout : on y met tout ce qui n’entre pas ailleurs. En réalité, cet animisme
recouvre des pratiques très différentes, allant du vaudou africain au
chamanisme en passant par divers cultes totémiques ou ancestraux. Le
fait que ces cultes subsistent et conservent une certaine autonomie n’en
fait pas des religions au sens propre du terme. Les religions, à mes yeux,
se caractérisent par une forme de croyance et de transcendance que l’on
ne trouve pas dans l’animisme.

Pourtant l’animisme a été défini, à la fin du xixe


siècle, essentiellement comme une croyance
« primitive » :la croyance que des entités
naturelles et surnaturelles non humaines
(animaux, plantes ou objets) possèdent une
« âme » et des intentions semblables à celles de
l’homme.
D’abord, je dirai que ce n’est pas une définition très éclairante. Le fait
d’attribuer des qualités humaines à des êtres non humains est un trait
commun à toutes les religions, qu’elles soient ou non animistes. Ensuite,
il faut savoir ce que l’on entend par croyance. Le mot « croire » a au
moins deux significations : croire en la vérité de quelque chose, ou
adopter une attitude d’acceptation face à un fait ou une idée. Cette
attitude ouverte peut être la simple conséquence de la socialisation,
résulter d’un bain culturel. Cela n’implique pas que l’on se pose la
question de la croyance dans l’existence de tel ou tel esprit, de tel ou tel
dieu. Les religions du livre ont développé une réflexivité qui fait qu’il
existe des « articles de foi ». Elles exigent une adhésion positive et
instaurent une différence entre ceux qui croient et ceux qui ne croient
pas. Dans la religion catholique, et peut-être dans toutes les Eglises
chrétiennes, c’est le clergé qui induit cette réflexivité en demandant aux
fidèles de réaffirmer constamment leur foi.
Or tout cela est à peu près inconcevable dans l’animisme, où la croyance
n’est pas un dogme, mais une expérience vécue. Dans des circonstances
données, un ensemble d’indices permet à un chamane d’inférer la
présence d’un esprit avec lequel il peut entrer en communication. Ou
bien encore, certains signes vont indiquer l’existence d’une
intentionnalité derrière une action animale, ou l’aspect d’une plante. La
socialisation dans une certaine culture fait qu’il est normal d’accepter
ces propositions. En régime animique, on ne se pose pas la question de
savoir si l’on croit ou non dans les esprits : ce n’est pas une question de
foi, c’est une expérience que l’on fait et que l’on interprète d’une
certaine manière.

Pourquoi alors avoir restauré cette appellation,


quand les anthropologues s’en abstenaient
depuis des décennies ?
Lorsque je séjournais chez les Achuars, j’ai été frappé par le fait que les
gens semblaient entretenir des rapports très étroits, de personne à
personne, avec des animaux ou des plantes avec lesquels ils
conversaient en rêves et auxquels ils adressaient des incantations. Tout
cela les touchait au fond de l’âme. Je retrouvais là un phénomène qui me
semblait avoir été un peu oublié par la profession, mis sous le tapis
parce que témoignant d’une sorte d’irrationalité primitive que l’on ne
souhaitait pas remettre au premier plan. Le totémisme, qui partage
certains traits avec l’animisme, a d’abord été pris pour la manifestation
d’une mentalité prélogique. Puis Claude Lévi-Strauss en a donné une
vue plus rationnelle, comme une manière systématique de classer les
êtres du monde. D’autres y ont vu simplement un exercice
métaphorique. Quant à moi, je trouvais que les Achuars semblaient
investir beaucoup plus que des jeux de mots ou une démarche
classificatoire dans leurs relations avec l’environnement naturel et
humain. C’est pourquoi j’ai jugé plus simple de restaurer la notion
d’animisme pour décrire ces attitudes et essayer de les comprendre.

Comment le définissez-vous ?
L’animisme peut être défini comme un « mode d’identification », c’est-à-
dire une façon de concevoir la relation entre soi et l’autre. Je
m’explique : dans le sens commun occidental moderne, on admet que
l’homme partage le même monde physique que le reste des êtres qui
peuplent l’univers. En revanche, nous (les humains) estimons être
différents des animaux ou des plantes par le fait que nous sommes des
sujets, possédant une intériorité, des représentations, des intentions qui
nous sont propres. C’est ce que j’appelle le « naturalisme ».
L’animisme procède autrement. Il attribue à tous les êtres humains et
non humains le même genre d’intériorité, de subjectivité,
d’intentionnalité. Il place la différence du côté des propriétés et
manifestations physiques : apparence, forme du corps, manières d’agir,
comportements. C’est une idée amenée par l’anthropologue Eduardo
Viveiros de
Castro, qui a remarqué que, de manière générale en Amazonie, les gens
fondaient les différences entre les espèces et les groupes humains sur la
forme des corps et d’autres attributs matériels, et non sur quelque
principe intérieur.
Ces différences constituent des manières d’habiter le monde,
comparables aux Umwelt à l’aide desquels l’éthologiste Jacob von
Uexküll caractérisait le monde propre à chaque espèce animale dans
son rapport à l’environnement. L’animisme suppose la multiplicité des
manières d’habiter le monde, mais attribue à tous les êtres le même
genre d’intentionnalité, que nous dirions « humaine ». C’est ce qui
explique que les Achuars, par exemple, entretiennent de véritables
dialogues avec des êtres de la nature.

Donc l’animisme est une façon de voir la


nature ?
Plus que cela, c’est un schème très global. Il n’oppose pas la « nature » et
la « culture » comme nous le ferions nous-mêmes. En régime animique,
les différences de physicalités servent à caractériser aussi bien les
humains que les non-humains. Les groupes humains sont vus comme
des « espèces » différentes. Il s’ensuit que des attributs que nous
classerions comme « culturels » (des armes, des parures, des outils, une
langue) sont mis sur le même plan que les organes de telle ou telle sorte
d’animal. Les humains ne constituent pas une espèce, mais de multiples
espèces. Lorsque nous étions en Amazonie avec mon épouse, nous
avions les mêmes genres de chaussures et de sac de couchage, et cela
signalait aux yeux des Achuars le fait que nous appartenions à la même
tribu. Réciproquement, les espèces animales sont humanisées, au sens
où leurs attributs corporels sont mis sur le même plan que des outils :
les serres d’un rapace représentent ses couteaux. L’ethnologue
Wladimir Bogoras résumait cela très bien lorsqu’il relevait que, chez
Tchouktches, « même les ombres sur le mur vivent dans des villages où
elles subsistent en chassant ». Tous les existants humains ou non
humains ayant une forme singulière commune forment des « espèces
sociales ».

Pourquoi ne pas y voir une religion ?


L’animisme est beaucoup plus qu’une croyance que l’on pourrait choisir
d’avoir ou de ne pas avoir. C’est une manière de concevoir le monde
organisé en catégories d’existants à partir de qualités et d’attributs et de
comportements qui leur sont caractéristiques. Si j’ai développé en suite
cette analyse en définissant d’autres modes d’identification,
nommément le totémisme et l’analogisme, c’est dans un sens bien
particulier.
Le totémisme a été, à une époque, présenté comme une religion
primitive, parce que chez certains peuples, comme les Australiens, il est
au cœur de leurs rituels. A mon sens, c’est un schème de pensée par
lequel une double ressemblance, aussi bien physique qu’intérieure, est
affirmée entre un groupe ou un individu humain et un prototype non
humain (animal, végétal ou tout autre objet). L’analogisme consiste à
découper la totalité des êtres en un ensemble d’éléments et de
propriétés à partir desquels l’on conçoit des analogies partielles : le yin
et le yang dans la pensée chinoise, les astres et les traits de caractère
dans l’astrologie, mais aussi le dieu de la guerre, le dieu du commerce et
la déesse de l’amour dans le polythéisme antique. Quant au naturalisme,
ce n’est pas une religion, mais plus largement le point de vue
matérialiste et scientifique sur le monde. Ces distinctions se situent en
amont des religions en tant que telles : ce ne sont pas des systèmes de
pensée délibérément construits, mais des ontologies, des façons de voir
le monde, qui n’impliquent pas d’adhérer à un culte, ni même à une
croyance. Ce sont des schèmes qui organisent l’expérience. Un schème
n’est pas réflexif, c’est une inférence qui peut ou non, selon le cas, se
déployer en un système.

Pourtant vous avez souligné le fait qu’il existait


des « affinités » entre certaines catégories de
rites et certains schè[Link] s’articulent-
ils ?
Une « affinité » n’est pas une implication nécessaire mais un lien
préférentiel J’ai fait l’hypothèse qu’il y avait un lien préférentiel entre
certaines démarches rituelles et certains schèmes fondamentaux.
Prenons le cas du chamanisme et des cultes de possession. Le
chamanisme est de l’ordre du commerce direct entre un humain et un
non-humain. Ce non-humain peut jouer le rôle d’auxiliaire du chamane
sans qu’il y ait aliénation de ce dernier : même en transe, le chamane
garde le contrôle de la situation. Dans la possession, le prêtre ou l’adepte
est chevauché par un orisha, un démon, un dieu. Il est entièrement
investi par l’entité non humaine. Pourquoi est-ce caractéristique de
l’analogisme ? Parce que celui-ci s’appuie sur l’idée que le monde est un
ensemble de singularités fragiles, dont une composante est à tout
moment capable de se détacher et s’introduire dans un autre être ayant
une composante analogue : un sorcier s’empare de vous en substituant
son âme à la vôtre. On ne trouvera pas cette idée dans le chamanisme
animique. Les fondements sont très différents. Dans l’animisme, on est
dans d’autres schèmes et on n’a pas besoin de cette opération.
Donc, les religions tendraient à privilégier, voire
à imposer certains schèmes et à en éliminer
d’autres ?
C’est un autre problème. Le caractère exclusif de certaines religions
répond à des besoins sociaux, pas intellectuels. Les modes
d’identification dont je parle ne sont pas des constructions culturelles,
mais des schèmes d’intégration de l’expérience qui existent en puissance
dans tout être humain. Ils ne sont pas forcément mis en concurrence et
peuvent coexister dans une même société. Les Bororos du Brésil ont
deux types de chamanisme dont l’un est à base animique et l’autre à
base totémique. Les spécialistes du premier s’occupaient des rapports
avec les non-humains (les animaux bope) en accomplissant des rites au
cours desquels il s’agissait de débarrasser ces bope de leur
intentionnalité, de façon à pouvoir les consommer sans conséquences
néfastes. Et puis il y avait le chamanisme aroe, s’adressant aux
prototypes des groupes sociaux et procédant tout à fait autrement. Les
exemples de coexistence sont nombreux dans le monde. En Asie du Sud-
Est, les systèmes animiques et les religions analogiques de type chinois,
ou encore le bouddhisme, coexistent fréquemment.
Existe-t-il un sens d’apparition de ces différents
schèmes, un mouvement logique ou historique
qui mènerait de l’un à l’autre ?
Historiquement, ça n’est pas prouvé. D’un point de vue logique, la seule
progression que l’on puisse distinguer est celle qui irait du simple au
complexe : l’animisme repose sur un seul principe d’identification
(l’intériorité), le totémisme en mobilise deux, quant à l’analogisme, il
considère une multiplicité de ressemblances possibles entre toutes
sortes d’éléments singuliers. Mais si l’on ajoute le naturalisme au bout
de la série, on retombe dans une configuration très simple : l’unité du
monde repose sur le seul principe de la nature physique des êtres. C’est
un peu ennuyeux. Je ne pense pas qu’il faille chercher une loi
d’évolution dans tout cela. On peut faire l’hypothèse que ces schèmes
d’identification sont universellement présents dans l’esprit humain.
Mais leur réalisation dans des systèmes de pensée est beaucoup plus
contingente. Certains n’ont été inventés qu’une seule fois : c’est le cas du
monothéisme, inventé par les anciens Hébreux, puis décliné en
différentes religions. Il représente une solution aux vertiges de
l’analogisme : toutes les propriétés et éléments du monde se trouvent
condensés en une seule entité qui, de plus, est irreprésentable, donc
abstraite. C’est une façon radicale de rendre cohérent un monde
disparate?

Philippe Descola
Philippe Descola est anthropologue, directeur d’études à l’École des
hautes études en sciences sociales, professeur au Collège de France où il
dirige le Laboratoire d’anthropologie sociale. Il a notamment publié Par-
delà nature et culture, Gallimard, 2005.

Les schèmes de l'expérience du monde


Ranger les religions humaines dans des cases n’est pas une chose
facile. Des termes comme « chamanisme », « fétichisme »,
« polythéisme » se contentent en général de retenir un aspect particulier
de la pratique considérée, sans disposer d’une base commune qui les
réunisse. Selon Philippe Descola, ce que nous appelons religion est une
doctrine réfléchie et systématisée qui renvoie, plus fondamentalement, à
une série de schèmes mentaux organisant notre expérience du monde
social, naturel et surnaturel. C’est l’importance accordée à l’un ou l’autre
de ces schèmes (ou « modes d’identification ») qui donne à une culture
son profil, et s’exprime, notamment, dans ses pratiques rituelles et ses
croyances. Reprenant certains termes de l’anthropologie classique, P.
Descola en redéfinit le contenu.

Schème animique (ou animisme)


L’animisme a été défini par Edward B. Tylor (Primitive Culture, 1874)
comme la croyance selon laquelle la nature est régie par des esprits
analogues à la volonté humaine. Il y voyait la forme primitive ayant
engendré toutes les religions. Pour P. Descola, le schème animique n’est
pas une croyance mais une façon d’organiser la perception du monde à
partir de ressources universellement présentes chez l’être humain.
L’animisme consiste donc plus précisément dans le fait de percevoir une
continuité (ou une ressemblance) entre l’intériorité humaine
(l’intentionnalité) et celle de tous les êtres du monde, mais de fonder
leur différence dans leurs propriétés et leurs manifestations physiques
(forme du corps, manières de faire, attributs matériels).

Le totémisme
Théorisé par James G. Frazer (1887), le totémisme a pour modèle
d’origine la pratique des Indiens de la côte nord-ouest des Etats-Unis
associant un ancêtre animal à chaque clan qui lui rend un culte. J.-G.
Frazer y voyait un stade de développement socioreligieux
immédiatement postérieur à celui de la bande. Claude Lévi-Strauss (Le
Totémisme aujourd’hui et La Pensée sauvage, 1962) considérera qu’il
s’agit de la réalisation anecdotique d’un dispositif classificatoire de
portée très générale.
Pour P. Descola, il existe cependant un schème totémique qui, en plus de
la continuité des âmes, perçoit et distingue des ressemblances physiques
entre les humains et les non-humains, fondant une relation privilégiée
entre un groupe et une espèce naturelle.

L’analogisme
L’analogisme, selon P. Descola, est le symétrique inverse du totémisme :
il décompose les individus et les groupes humains en propriétés et fait
de même avec les non-humains. Seules sont perçues des analogies
partielles entre les uns et les autres.
Exemple : Mercure était chez les Grecs le dieu de la communication,
mais aussi des voleurs et du commerce. Chaque individu rendait, dans
sa vie, un culte à différents dieux selon l’activité qu’il était en train
d’entreprendre. L’analogisme est assez bien incarné par les religions
polythéistes, qui voient de la discontinuité partout, et ont recours au
sacrifice pour établir un lien fragile et circonstancié entre les dieux et
les hommes. Mais le monothéisme en est aussi l’aboutissement.

Le naturalisme
Dans l’expérience technique du monde, nous ne reconnaissons pas
d’intentions humaines dans les êtres de la nature. En revanche, nous
conce- vons que notre corps est de même texture physique que le leur et
que la matière en général. Systématisé par la science moderne, le
schème naturaliste n’est pas une religion, mais une façon de voir le
monde et d’agir sur lui. Le naturalisme se conçoit comme le symétrique
inverse de l’animisme : pas de continuité des « âmes », mais au contraire
celle des corps et des propriétés physiques.

Nicolas Journet

Est-ce la foie en Dieu qui a permis à Jésus de résiter à la douleur jusqu'à la fin?
Jésus était-il animiste?

Au plaisir de vous lire!


 Terence - le 19/07/2019

Animisme : Croyance qui attribue une âme aux animaux et aux objets.

Croire que chaque animal, plante pierre aurait une âme n'est donc pas plus sot que de croire
dans ces "religions" championnes de tueries, d'interdits et j'en passe !

Inutile de rappeler les trois religions monothéistes qui se revendiquent du même dieu ; on en a
assez entendu parler de leurs exactions, leurs génocides et j'en passe, dont les représentants -
souvent masculins - envoient les peuples se massacrer au nom de ce dernier.

Ou quand ces mêmes peuples en profitent pour massacrer à tour de bras au nom de leur dieu
pour mieux piller, tuer, violer.

On attribut à Jean-François Khan cette citation : "En fait, toute religion est une secte qui a
réussi. On donne d'ailleurs le nom de secte à toute église non officielle qui concurrence les
églises officielles".

Cordialement.
 biselele - le 21/10/2015

bjr j aime bien animiste comment je peut entre dans votre religion svp
 Villan - le 03/10/2015

L'animiste soumet la pensée à la vie, c'est ce que j'en comprend.


Une notion de l'existence de l'âme qui serait attribuée à tous êtres vivants, humain et non
humain.
Dieu est la vie et/ou la vie est Dieu pourrait-on traduire par une pensée cartésienne et
scientifique en quête de dogmatisme.
En même temps, comprendre cela participe de quitter nos représentations archaïques de nos
croyances monothéistes et religieuses.
Car, que doit-on attendre d’une doctrine douée d’un pouvoir de coercition et de l’action qu’elle
exerce ou susceptible d'exercer sur l’individu en vertu duquel elle s'oppose à lui. C’est cela qui
déciderait du bonheur des masses ? A mon avis, il s’agit davantage ici de l’exaltation des
idéaux.
Je ne suis pas sur que l'animisme puissent être considéré comme une religion, il s'agit à mon
sens de la recherche d'une cohérence des lois de l'univers, de la plus petite particule jusqu’à
l'homme.
Et, cette pensée permet de donner sens à l'existence, à la liberté, à un "bonheur" en soi et non
pour soi.
 simon - le 31/03/2013

je ne crois pas que l'animisme soit une religion en soi.

c'est encore un problème de mot.

Pour moi la religion est inséparable des dogmes.


Les rituels chamaniques dits " animistes " par exemple doit certainement connaître leurs propres
dogmes.. donc ils apparaissent comme une religion pour ceux qui la pratique.

Je suis animiste dans le sens que j'y attribue , une vision du monde qui m'est personnelle.
si il existait un terme pour définir ma " religiosité " je le prend!

Je partage la même vision que les peuples premiers dans le sens ou comme le dit le philosophe ,
je ne sépare pas nature et culture. Y'a qu'à voir comment on tâte et on sent les fruits au
supermarché^^

Mais mes préceptes à moi me sont propres et je m'interdit d'essayer de les transmettre ce qui
engendrerait un dogme

 la brocante des sciences humaine - le 18/05/2012

On est pas arrivé car "l'animisme est il un religion" ou "qu'est ce qui est de l'ordre de la nature
ou de la culture" sont des questions archaïques qui ne peuvent engendrer que des réponses
archaïques.
Posé comme ça, on se colle des œillères et le champs de l'intelligence du monde qui nous
entoure se réduit à une simple "instruction" binaire.

Le religieux, la croyances, l'animisme, la métaphysique possèdent la même structure au sein de


toutes les sociétés. Ainsi manger est commun à tout les êtres humain, mais chacun un peu à sa
manière. Postuler que religion et animisme sont deux formes de croyance distincte est faux.
Toute société possède un système de croyance, et est perçu par l'observateur (l'anthropologue
d'un autre temps) comme appartenant à des systèmes diffèrent car tout simplement diffèrent de
son entendement.
Dans les religions de la vérité unique (judaïsme, chrétienneté, islam) on trouve encore une
bonne part d'animisme et à contrario, même s'il n'est pas visible au regard du viel observateur, il
n'en n'est pas moins présent. Allah n'est que le dieu de la lumière qui de part un contexte socio-
historique adopte le pouvoir absolu et ne possède qu'une vision unique de l'univers.

On est pas arrivé.

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