PNL en travail social : enjeux et perspectives
PNL en travail social : enjeux et perspectives
[Link]
LA PROGRAMMATION NEUROLINGUISTIQUE EN
TRAVAIL SOCIAL
I
Avant-propos
J’ai suivi, en même temps que ma formation en travail social, une formation à la PNL.
J’ai appliqué les outils PNL dans mes formations pratiques et ils ont amélioré la qualité
de mon travail. J’en ai souvent parlé à mes collègues étudiants. Mais face à mon
enthousiasme, les réponses étaient mitigées. Si beaucoup connaissent peu la PNL, j’ai
ressenti également du scepticisme, voire de la méfiance.
Or, je trouve, à l’instar d’autres personnes plus qualifiées et expérimentées que moi
en PNL et en travail social, citées dans ce travail, que cette méthode est en adéquation
avec tous les concepts que nous abordons en formation : autodétermination –
développement du pouvoir d’agir – individuation – nouveaux défis du travail social. De
par sa méthodologie précise, la PNL permet en effet de traiter une problématique du
coaché selon sa sensibilité, ses ressources et son environnement. La durée d’un
entretien varie, bien sûr, mais ne dépasse généralement par plus d’une heure.
L’efficacité de la PNL est reconnue par bon nombre de spécialistes, par exemple par
l’Association Européenne des Psychothérapeutes (EAP),
J’ai voulu savoir quelle était la place des méthodes de coaching, dont fait partie la
PNL, dans notre professionnalité ? Dans un idéal militant, j’ai voulu écrire un travail de
bachelor qui permettent de promouvoir la PNL (ou d’autres méthodes de coaching)
comme étant des outils indispensables aux travailleurs et travailleuses sociales
d’aujourd’hui et de demain.
Ma directrice de travail, Sarah Jurisch Praz, grâce à sa grande expérience du suivi
de travaux de bachelor, a su avec douceur, me « canaliser » et me ramener à un vrai
travail de recherche, une vraie question de recherche et de L’OBJECTIVITE. Elle m’a
aidée à poser un cadre précis à mon travail. Dès lors, je n’ai eu de cesse de m’y contenir,
mais non sans mal. Chassez le naturel, il revient au galop… J’ai essayé d’être toujours
objective face à la PNL que je défends. Pardonnez-moi si parfois j’ai glissé vers plus de
subjectivité.
Il existe énormément de littérature sur le coaching, un peu moins qui se rapporte
expressément à la PNL qui fait partie du panel des méthodes de coaching utilisées dans
le juteux marché du développement personnel. Les articles et livres que j’ai choisis,
écrits entre 1999 et 2017, sont représentatifs du phénomène de la PNL. Les contenus
se recoupent tout en se complétant.
Avec la méthode d’enquête par questionnaire, j’ai pris le risque d’avoir un nombre
limité de réponses, qui ne sont pas représentatives de la réalité du terrain. J’ai essayé
de contrecarrer ce risque en accédant au terrain par le biais de l’association valaisanne
des travailleurs sociaux (AVALTS) qui compte environ 300 membres. Dans tous les cas,
le questionnaire m’a permis d’interroger les travailleurs et travailleuses de toutes les
branches sociales et de tout le Valais romand.
II
Remerciements
J’adresse mes remerciements en premier lieu à Sarah Jurisch Praz, chez qui douceur
et rigueur se marient à merveille pour faire d’elle une excellente directrice de travail.
A l’AVALTS qui a accueilli ma demande sans restriction et son président,
M. Jean-Daniel Nanchen, qui a pris du temps pour que le questionnaire soit envoyé.
A ma professeure de PNL, Christiane Grau, qui a fait des suggestions qui ont été
aidantes pour mon travail.
A mes collègues direct.e.s qui m’ont donné du temps pour écrire ce travail, qui ont
écouté mes jérémiades et qui ont participé à l’enquête.
Aux travailleurs et travailleuses sociales valaisannes qui ont pris la peine de répondre
à mon enquête.
A Dominique pour sa patience, à Sébastien et Claire pour leurs encouragements, à
Maman pour son souci et à mes frangines qui ont été là pour soutenir Maman.
Et j’adresse mes plus vifs encouragements à mes nièces qui vont bientôt devoir
s’atteler à pareil travail dans le cadre de leurs études.
Les opinions émises dans ce travail n’engagent que leur auteure. Je certifie avoir
personnellement écrit le Travail de Bachelor et ne pas avoir eu recours à d’autres sources que
celles référencées. Tous les emprunts à d’autres auteur.e.s, que ce soit par citation ou
paraphrase, sont clairement indiqués. Le présent travail n’a pas été utilisé dans une forme
identique ou similaire dans le cadre de travaux à rendre durant les études. J’assure avoir
respecté les principes éthiques tels que présentés dans le Code éthique de la recherche.
Geneviève
III
Table des matières
1. Introduction ................................................................................................................. 1
1.1. Choix de la thématique .................................................................................. 1
1.2. La problématique ........................................................................................... 2
1.3. Les concepts théoriques et la question de recherche.................................... 3
2.Développement des concepts théoriques .................................................................... 4
[Link] PNL ......................................................................................................................... 5
3.1. Les cadres de la PNL ...................................................................................... 5
3.2. Le développement et la propagation de la PNL : histoire d’une dérive ............ 7
3.3 Synthèse sur la PNL ......................................................................................... 8
4. La controverse autour de la PNL ................................................................................ 9
4.1. Synthèse des éléments de controverse....................................................... 11
4.2. La PNL par les PNListes ............................................................................. 12
4.3. Synthèse des éléments pour la PNL ........................................................... 16
5. La PNL humaniste .................................................................................................... 17
5.1. PNL et éthique ............................................................................................. 18
5.2. Synthèse sur la PNL humaniste ou PNLt .................................................... 20
6. Conclusion sur le chapitre de la PNL ........................................................................ 21
7. Evolution du travail social ......................................................................................... 22
7.1. La marchandisation du travail social .............................................................. 23
7.2. L’individuation................................................................................................. 24
7.2.1. L’individuation dans le travail social. ..................................................... 24
7.3. La désinstitutionalisation ................................................................................ 25
7.4. Le développement du pouvoir d’agir .............................................................. 26
7.5. Synthèse sur l’évolution du travail social ........................................................ 27
8. La place de la PNLt dans le travail social du 21ème siècle ......................................... 28
8.1. PNLt et professionnalité ................................................................................. 29
8.2. Synthèse sur la place de la PNL humaniste dans le travail social .................. 30
9. Conclusion sur le chapitre de l’évolution du travail social et de la place de la PNLt . 31
10. Méthodologie .......................................................................................................... 33
10.1. L’échantillonage ........................................................................................... 34
10.2. Synthèse des données sur l’échantillonnage ............................................... 37
11. Analyse des données sur les représentations de la PNL ........................................ 38
11.1. Synthèses sur les représentations de la PNL ............................................... 46
12. Analyse des données relatives à l’éthique en PNL ................................................. 47
12.1. Synthèse par rapport à l’éthique de la PNL ................................................ 49
13. Analyse des réponses portant sur la PNL dans la professionnalité des travailleurs et
travailleuses sociales. ................................................................................................... 49
13.1. Synthèse des réponses portant sur la PNL dans la professionnalité ........... 52
14. Résultats ................................................................................................................. 53
14.1. Réponse à ma question de recherche et à mes hypothèses - pistes d’action56
15. Mes apprentissages ................................................................................................ 57
16. Les annexes .......................................................................................................... 59
Annexe 1 : Le code de déontologie de la Fédération du coaching de vie ............. 59
Annexe 2 : le questionnaire……………………………… 62
18. la bibliographie…………………………………………………… 69
1. Introduction
Dans chaque profession, il est essentiel d’utiliser les outils adéquats, les techniques
appropriées pour atteindre les objectifs que l’on poursuit. Durant notre formation, nous
avons appris l’importance de l’évaluation régulière des processus mis en place. Elle permet
un travail de qualité. Cette question des bonnes pratiques est, à mon sens, centrale. J’y
suis attentive car il est important pour moi d’être une professionnelle compétente, tant vis-
à-vis de la population avec laquelle je travaille que pour mes employeurs, en répondant
alors à la mission qui est la mienne.
Le travail social me permet de travailler dans le domaine qui me plaît. Parmi mes
valeurs, le respect inconditionnel de l’autre et de sa dignité est un moteur qui me poussent
à promouvoir une société dans laquelle chaque personne a sa place. Un travail social de
qualité peut nous conduire vers cet idéal. Je le rêve donc ainsi :
Moderne : qui tienne compte des dernières recherches
Efficace : qui atteigne tous ses objectifs, tant humains que sociétaux
Pertinent : qui utilise les bons outils pour atteindre les objectifs de manière
rationnelle
Éthique : qui place toujours le développement de l’être humain au centre de sa
démarche
Visionnaire : qui tienne compte du futur social et économique prévisible
Militant : qui se bat pour améliorer la société
Arrivée au terme de ma formation, je me pose la question de savoir si le travail social
correspond à cette vision idéale.
1
« L’évocation du coaching génère la plupart du temps de fortes réactions
émotionnelles, qui vont du doute à la répulsion, en passant par une indignation vertueuse,
ou le plus grand enthousiasme, A tout le moins peut-on dire que le sujet ne laisse pas
indifférent. » (2006, p. 9)
La deuxième citation évoque plus précisément la PNL et pose la problématique de la
méfiance qu’éveille cette méthode de coaching :
« …ainsi également de la PNL qui a développé une véritable « mécanique de la
communication » que l’on pourrait aisément qualifier de behavioriste…Tout le monde ne
peut-il pas s’improviser théoricien de l’âme humaine, avec un brin de jugeote et un
minimum de bon sens ? » (Rappin, 2006, p. 205)
Le behaviorisme est un domaine de la psychologie qui s’attache à l’étude des
comportements observables, à partir d’expérimentations dans des environnements
donnés. Le parallèle entre behaviorisme et PNL se fait car le PNListe se base sur
l’observation fine du coaché et ses réactions face aux diverses suggestions du coach.
Baptiste Rappin nous dit que, selon lui, chacun peut observer les réactions d’une personne
et en tirer des conclusions, plus ou moins justes, selon le degré de bon sens de
l’observateur. Finalement, ne pourrions-nous pas tous nous appeler « coach » ?
1.2. La problématique
Ces citations démontrent l’existence d’une controverse autour du coaching et de la
PNL. Ce constat et mon impression que la PNL est méjugée par les collègues me
questionnent sur l’évolution de notre professionnalité. Si l’utilisation de la PNL est
potentiellement intéressante en travail social, saurons-nous, malgré la controverse qui
l’entoure, l’intégrer dans notre professionnalité ? A tout le moins, saurons-nous accepter
que la PNL puisse faire partie de la boîte à outils des travailleurs et travailleuses
sociales ?
Je veux donc vérifier, à travers mon travail de bachelor, comment est perçue la PNL
par les [Link].s [Link].s. En effet, de cette vision découle la promotion ou
la critique de la méthode et, dans une vision plus large, l’ouverture ou la fermeture à de
nouvelles méthodes professionnelles dans un travail social en pleine évolution. Je choisis
de mettre la PNL au cœur de mon enquête car elle permet d’aborder les questions autour
des nouveaux outils comme le coaching.
S’intéresser à cette question, c’est aussi se questionner sur notre professionnalité. La
relation d’aide aujourd’hui n’est plus l’apanage des travailleurs et travailleuses sociales.
Les bénévoles, les associations, les groupes de paroles, les coaches, les thérapeutes,
etc., l’investissent également. Dans cette pléthore d’offres, qu’est-ce qui nous différencie ?
Qu’est-ce qui fait notre spécificité ? Pourquoi notre profession continuerait-elle à être
reconnue par les mandants, notamment l’Etat, respectée par le public et utilisée par les
usagers ?
J’ai évoqué le fait que les professions du social sont en pleine évolution. Elles
répondent en cela aux mutations subies par la société elle-même et auxquelles elles
doivent répondre. Pour illustrer ces changements, je choisis d’en citer deux, qui me
paraissent emblématiques de l’époque post-moderne et qui influencent le travail social : le
processus d’individuation de notre société et la marchandisation, entre autres du travail
social. Face à cette évolution, la PNL ne pourrait-elle pas être un outil efficace pour les
travailleurs et travailleuses sociales, une réponse possible à la nouvelle donne sociétale ?
2
1.3. Les concepts théoriques et la question de recherche
Afin d’éclairer cette problématique, je choisis de mettre en lumière
La controverse autour de la PNL : quels en sont les tenants et les aboutissants ?
Les contours du nouveau travail social en expliquant le processus
d’individuation, la marchandisation du travail social et en évoquant deux
nouveaux dispositifs d’intervention.
3
2. Développement des concepts théoriques
Afin d’appuyer le développement des concepts théoriques sur des écrits
scientifiques, j’ai prospecté sur les moteurs de recherche et le site de la médiathèque. Il
existe beaucoup de littérature sur le coaching, un peu moins sur la PNL. Cependant, la
PNL est citée dans beaucoup d’écrits, souvent de manière négative. Deux articles se sont
imposés car ils parlent de la controverse autour de la PNL. En 1999, date du premier
article, cela fait 9 ans que l’association francophone des certifiés PNL (NLPNL) est fondée
par un groupe d’enseignants, afin de contrecarrer l’usage abusif du titre de « coach en
PNL ». Or, presque 10 ans plus tard, le deuxième article reprend à peu près les mêmes
critiques à l’encontre de la PNL. Cette controverse n’est donc pas un effet de mode. Elle
est au contraire bien ancrée, comme chevillée au corps de la PNL.
Pour avoir l’avis des PNListes sur la réputation de la PNL, j’ai choisi de me servir
d’une lettre ouverte d’un collectif de PNListes. Elle répond à toutes les critiques, dans un
langage simple et compréhensible.
Au cours de mes recherches, je me suis rendue compte que la PNL est non
seulement critiquée dans son utilisation mais aussi dans ses fondements. La PNL est-
elle scientifique ? J’ai donc aussi recherché des écrits sur la méthode elle-même.
J’ai jugé utile, avant d’entrer dans les points de critique de la PNL, d’offrir au lecteur
ou à la lectrice un aperçu de l’histoire de la PNL et une explication technique brève de la
méthode, car ces deux éléments permettent de mieux comprendre les critiques
adressées à la PNL. Ils constituent le terreau dans lequel elles ont pris naissance
Le deuxième concept que je souhaite aborder dans mon travail de bachelor : le
développement actuel du travail social a été plus facile à documenter car les articles sont
nombreux. L’évolution des professions sociales est au centre de beaucoup de
recherches. C’est en lisant quelques travaux que j’ai choisi d’aborder les thèmes de
l‘individuation et de la marchandisation.
J’ai également choisi d’évoquer dans mon travail la désinstitutionalisation et le
développement du pouvoir d’agir. Ce sont en effet des concepts qui ont été abordés
durant ma formation en travail social et présentés comme les nouvelles tendances dans
notre profession. Ils représentent des réponses possibles aux maux de notre société
actuelle. Les aborder me permet de faire le lien entre les outils qu’offrent la PNL et ces
tendances.
4
3. La PNL
L’histoire commence ainsi. Richard Bandler s’intéresse aux travaux de Fritz Perls,
inventeur de la Gestalt-thérapie qui est, comme la PNL, une méthode de coaching. Il se
met à son tour à enseigner la Gestalt-thérapie, en imitant Perls, sans pour autant réussir
à expliquer ce qu’il fait. Il demande alors l’aide du linguiste John Grinder pour modéliser
sa pratique. Les deux hommes rencontrent ensuite Virginia Satir et Milton Erikson, réputés
excellents psychothérapeute, capables de produire des changements rapides et durables
chez leurs clients. Ils se passionnent pour la question de « l’efficacité thérapeutique du
clinicien » (Esser, 2003, p 103). Dès lors, ils observent les stratégies de Satir et Erikson
et comme pour Perls, ils les modélisent afin que d’autres personnes puissent les imiter
pour mieux réussir. (Thiry, 2016) Voici que le principe de la PNL est posé : LA
MODELISATION DE L’EXCELLENCE, ou, autrement dit, la création de processus et
d’outils, réutilisables, à partir des façons de travailler des thérapeutes cités ci-dessus.
Bandler et Grinder nomment leurs découvertes PNL, acronyme de Programmation Neuro-
Linguistique. Le mot programmation fait référence au fait que nos comportements, nos
pensées et nos émotions sont le plus souvent générés par des automatismes inscrits dans
notre cerveau, suite à nos expériences. Neuro fait référence au fait que ces automatismes
sont programmés à travers notre système neurologique. Linguistique nous rappelle que
c’est par le langage verbal ou non-verbal que nous exprimons nos apprentissages, nos
pensées, nos émotions.
Les principes de la PNL sont :
1. La modélisation des façons de faire ou des façons d’être de personnes qui
excellent dans leurs domaines (modélisation de l’excellence)
2. Des outils tirés de ces modélisations, utilisables par des personnes qui désirent
imiter ces stratégies d’excellence
3. Un cadre conceptuel, un cadre de communication et un cadre méthodologique
La PNL est née en 1973 dans le même temps que d’autres sciences se développent
et auxquelles s’intéressent Grinder et Bandler, qui sont eux-mêmes linguistes,
mathématiciens et informaticiens. C’est ainsi qu’elle s’inspire des théories de la
cybernétique, qui étudient les analogies de communication entre l’humain et les machines,
de l’information, de la théorie générale des systèmes et de la théorie de la communication
de l’école de Palo Alto, de la psychologie cognitive qui s’intéresse aux fonctions
psychologiques comme le langage, le raisonnement, la perception et des neurosciences
qui étudient le fonctionnement du cerveau. La PNL est issue de l’observation de
psychothérapeutes et c’est dans le domaine de la psychothérapie qu’elle est utilisée à ses
débuts.
6
une façon de faire ou d’être qui ne convient pas ? La PNL « ne considère l’être humain ni
comme un animal complexe, ni comme un malade qui s’ignore, mais comme un être dont
le propre est de pouvoir émerger à lui-même durant toute sa vie » (Esser, 2013, p. 159).
La PNL fait en cela partie du courant existentialiste, qui affirme que l’être humain devient
ce qu’il est par ses actions, contrairement à un objet qui est conçu pour une fin prédéfinie.
7
3.3. Synthèse sur la PNL
La PNL est inventée en 1973 par Richard Bandler et John Grinder. Ils modélisent les
façons de faire des psychothérapeutes de leur époque. Sa diffusion est rapide dans de
nombreux autres domaines que la psychothérapie. Les formations se multiplient mais sont
loin d’être toutes de qualité. Des dérives ont lieu et amènent des critiques virulentes à
l’encontre de la PNL.
La PNL est une méthode de coaching basée sur l’interdépendance entre pensée,
émotion et comportement, sur la perception subjective de la réalité et sur des présupposés
humanistes. Par une communication de qualité, induite par l’observation fine du coaché et
en suivant une méthodologie précise, le coach aide le coaché à fixer son objectif de
changement. A l’aide des outils de la PNL, le coach peut ensuite renforcer les ressources
intrinsèques du coaché pour qu’il atteigne son objectif. Cette façon de faire suit les mêmes
étapes que l’accompagnement dans la relation d’aide : l’aidant et l’aidé co-construisent un
objectif puis l’aidant guide l’aidé vers la réalisation de cet objectif.
8
4. La controverse autour de la PNL
« La PNL existe depuis quarante ans. Certaines personnes la trouvent pertinente et
riche, d’autres la désapprouvent. Aucune technique de psychologie ne s’est répandue
aussi rapidement, mais aucune n’a suscité autant de critiques. » (Thiry, 2016, p. 104)
En 2002, une organisation gouvernementale française, la mission interministérielle de
lutte contre les sectes, accuse la PNL d’être une secte. Ce fait démontre à quel point la
controverse autour de la PNL est passionnée. Elle accuse également la PNL d’être « un
ensemble disparate de méthodes de communication (…) basé sur un ensemble tout aussi
disparate de références théoriques » (Institut Repère, 2003). La PNL n’a jamais été validée
par le monde scientifique, n’a pas de cadre déontologique, est orientée vers le profit et la
manipulation.
Stéphane Olivesi est professeur en sciences de l’information et de la communication.
Ses cours portent sur les théories de la communication, entre autres sur la communication
en entreprises. Le coaching étant très présent en entreprises, il s’est intéressé à la raison
du succès de la PNL et sa rapide propagation. Le résultat de son enquête a été publié
dans l’article « Savoirs ignorants savoirs ignorés. Une critique des usages divers et variés
de l’analyse transactionnelle et de la PNL » (Olivesi, 1999). Voici les raisons qu’il donne à
la large diffusion de la PNL, laissant transparaître une critique de la méthode.
La PNL est un assemblage de différentes sciences et revendique une certaine
scientificité. Cependant, les théories utilisées sont très simplifiées, restent très générales
et de fait peuvent être facilement interprétables à la faveur de ce que le client veut
entendre. Pour les cabinets de conseil qui vendent la PNL « il importe qu’elles [les
personnes] quittent le stage, persuadées de mieux comprendre les rapports humains et
de pouvoir appliquer ultérieurement quelques recettes. » (Olivesi, 1999, p 235). Dans cette
optique, chaque formateur doit faire alliance avec son public en énonçant des sens
communs, tel le présupposé « On ne peut pas ne pas communiquer » ou encore « La carte
n’est pas le territoire ».
Le langage utilisé par les PNListes tient du même principe. Il est adapté à la clientèle.
On parlera de professionnalisme, efficacité, compétence dans une entreprise. On utilisera
les mots excellence, compétence, volonté, liberté dans un séminaire sur le développement
personnel. Pour un sportif, on parlera de performance. Même les moyens utilisés sont
faits pour plaire à la clientèle (tests, questionnaires, dessins). L’alliance avec le client
favorise son implication et son adhésion aux principes de la PNL.
La transmission de la PNL se fait au travers de formations, de séminaires ou encore
de stages, selon les dénominations choisies de manière aléatoire par les enseignants.
Cette terminologie démontre déjà une disparité des formations. Beaucoup de cabinets de
conseil, dont le but est lucratif, proposent la PNL. La concurrence entre eux est vive. Pour
limiter les coûts, le temps consacré à la préparation des formations est restreint. Les
formations elles-mêmes doivent être « passe-partout » pour être facilement adaptables à
la clientèle mais aussi aux formateurs. En effet, il existe un grand turn-over dans ces
instituts et les nouveaux employés doivent être rapidement efficaces.
Même s’il existe des formations certifiantes, dispensées par des cabinets agréés par
les associations officielles de PNL, le métier de coach en PNL n’est pas protégé. La
formation n’est pas longue et les gains sont immédiats. Les chômeurs, les jeunes diplômés
dans le domaine des ressources humaines, les personnes qui veulent une activité
d’appoint s’y engouffrent. Certains enseignants ont tout juste suivi quelques ateliers ou
9
séminaires de PNL. John Grinder lui-même écrivait : « étant donné que 55 000 personnes
ont été formées, à des degrés divers, je ne peux pas toutes les contrôler. » (Grinder, cité
par Olivesi, 1999, p. 245)
Les PNListes ont utilisé des « tactiques de légitimation » (Olivesi, 1999, p. 240) pour
asseoir le sérieux de leur méthode. Ils se réfèrent à bon nombre de théories scientifiques
de courants différents (constructivisme, empirisme, behaviorisme, existentialisme, etc.).
Le terme même de PNL fait référence à des sciences dures (cybernétique, mathématique).
Le lexique utilisé, (métaprogramme, index de computation, techniques dissociatives, etc.)
créé une novlangue donnant une apparence scientifique. Ils réussissent le tour de force
de se distancer des sciences molles, telles la psychanalyse, qu’ils déclarent moins efficace
qu’une thérapie brève. Ils évoquent le risque de manipulation et c’est le meilleur moyen de
faire croire en l’efficacité de la PNL. Et pour inspirer encore plus de confiance, les PNListes
se sont fédérés en associations et ont proposé des formations certifiantes : technicien en
PNL – praticien en PNL – maître praticien en PNL – enseignant.
Stéphane Olivesi met également en doute deux principes de base de la PNL qui est,
rappelons-le, behavioriste : le calibrage et la synchronisation. La PNL se base sur
l’observation des comportements et le calibrage consiste à observer finement le coaché
(tonus du corps, couleur, humidité de la peau, respiration, ton de la voix, etc). La
synchronisation est le fait de prendre le même tonus, le même ton de voix, le même débit
de paroles, etc. que le coaché. Selon Oilvesi, le calibrage qui permet « l’immédiate lisibilité
des signes, gestes et comportements » (Olivesi,1999, p. 247) est une erreur
épistémologique : croire qu’un signe peut être signifiant en lui-même. Ainsi une posture
rigide « traduirait une volonté de domination ; une ligne souple exprimerait un souci
d’adaptation… » (Olivesi, 1999, p. 248) Une posture rigide traduit-elle toujours une volonté
de domination ? De même, il critique la synchronisation qui permettrait une meilleure
qualité de communication. Selon lui, les PNListes font fi du fait que les gens sont tout
simplement susceptibles de bien s’accorder en raison de leurs habitus. A quoi cela sert-il
de se synchroniser alors même que coach et coaché sont de facto sur la même longueur
d’ondes puisqu’ils ont choisi de travailler ensemble.
Afin d’apporter un éclairage supplémentaire aux points soulevés par Stéphane Olivesi,
je vous fais part également du texte d’Elwis Potier, psycho-sociologue et psychologue. Il
intervient en tant qu’indépendant dans les domaines social, médico-social, l’enseignement,
l’économie sociale et solidaire, pour des associations ou pour des entreprises. Il fait partie
d’un cabinet de formation, conseil, études et recherches en relations humaines en France.
Il écrit en 2008 « Critique de l’idéologie de la Programmation neurolinguistique (PNL) »,
non sans avoir auparavant suivi ce que lui dénomme un « stage » de PNL.
Pour lui, la PNL tient son succès dans le fait qu’elle exploite nos peurs de ne pas
« maîtriser » tant notre propre vie que celle des autres. Elwis Potier se pose la question
de savoir si réellement cette maîtrise est possible, tant l’humain est complexe. Prétendre
pouvoir saisir « l’inconnaissable » (Potier, 2008, p. 23) chez l’autre est mensonger.
L’auteur fait également référence aux fondements de la PNL : la modélisation de
l’excellence et la recherche de l’efficacité. Pour lui, rechercher cette excellence humaine
est une quête illusoire, tant cette notion est « insaisissable » (Potier, 2008, p. 23). La
perfection, pour autant qu’elle soit de ce monde, est dans tous les cas une notion
subjective. Personne ne se représente l’excellence de la même manière et les PNListes
voudraient faire croire que ces notions sont accessibles à l’humain !
10
Elwis Potier accuse la PNL d’être « une ingénierie de l’humain où l’autre ne peut être
compris que comme un objet à modeler, un instrument au service de sa volonté. » (Potier
2009, p 24). Selon lui, le coach envisage son client comme un sujet d’observation qu’il
essaie de manipuler dans le but de lui faire changer un comportement. Pour lui, c’est la
volonté du coach qui prime dans la relation.
En ce qui concerne la scientificité de la PNL, Elwis Potier considère qu’elle ne peut
être validée car son principe de base est l’imitation de l’excellence. On reste dans le faire
et non dans la compréhension et la théorisation. De plus, la PNL n’a pas d’épistémologie
propre tant ses emprunts à d’autres sciences sont nombreux. Elle est au plus, pour
l’auteur, une « technique savante (…) élaborée par des faussaires » (Potier, 2009, p. 24).
Elwis Potier dit encore que si la PNL connaît un tel succès, c’est parce qu’elle tend à
faire disparaître tout esprit critique en mélangeant des références scientifiques qu’elle
simplifie de manière importante et qui sont reçues comme des idées toutes faites. Elwis
Potier n’est pas étonné de trouver des vérités dans ce « fourre-tout » (Potier, 2009, p 25).
C’est selon lui le mélange de tous ces concepts, très simplifiés, qui fait de la PNL un
« syncrétisme », soit la fusion de différentes doctrines en une nouvelle qui en ferait une
synthèse (Larousse). C’est cet ensemble qui est « critiquable et invalide chacune de ses
parties » (Potier, 2009, p 25). Chaque théorie, si simplifiée soit-elle, correspond à une
réalité scientifique mais toutes les théories mises ensemble font de la méthode une
supercherie.
La PNL est également une supercherie pour Elwis Potier car elle ne tient pas compte
des contextes sociaux et ramènent toutes les problématiques à la connaissance de soi et
à la communication. Elle cache ainsi les autres enjeux organisationnels, institutionnels,
économiques, sociétaux. Les solutions proposées par la PNL ne peuvent être donc que
partielles. Elles sont superficielles et ne résolvent qu’une partie d’un problème.
Et pour finir, Elwis Potier nous dit que la PNL est avant tout un produit commercial à
travers lequel « l’appât du gain supplante le respect des principes éthiques… » ( Potier,
2008, p. 26). Il s’agit de commercialiser les principes de connaissance de soi, de maitrise
de l’art de communiquer, d’efficacité personnelle. On marchandise les relations humaines
sous couvert de promouvoir le développement personnel. Pour cela, la PNL est « contraire
aux valeurs démocratiques et, de ce fait, irrémédiablement incompatible avec les principes
et les finalités d’une authentique éducation populaire ». (Potier, 2008, p. 26)
11
Mais qu’en pensent les PNListes ?
12
Ces références à de nombreuses sciences sont aussi explicables par les formations
respectives des deux inventeurs (psychologie, mathématique, informatique, linguistique,
cybernétique). Monique Esser soutient le fait qu’ils étaient conscients de la complexité de
la psychothérapie et qu’il fallait, pour l’appréhender, avoir un regard pluridisciplinaire. Elle
estime que les deux hommes ont plus emprunté à toutes ces sciences les processus et la
manière de penser que les théories elles-mêmes. Ils n’ont cependant jamais expliqué leur
cheminement, pour les raisons évoquées plus haut. Peut-être l’auraient-ils fait plus tard,
mais les dissensions graves au sein de l’équipe, qui surviennent rapidement, empêchent
également de faire ce travail de théorisation.
Certains critiquent également les présupposés de la PNL, « vérités relevant du simple
sens commun qui feront l’effet d’une véritable révélation scientifique » (Olivesi, 1999,
p. 235) Monique Esser explique ainsi ces présupposés : ils sont représentatifs « des
croyances que GRINDER et BANDLER préconisent d’adopter dans le cadre de leur
approche. » (Esser, 2013, p. 143). Les présupposés sont intentionnellement soumis au
thérapeute et au coaché car ils jouent un rôle sur la qualité de la communication. Ils ne
sont pas scientifiques mais sont tirés des recherches sur les prédictions créatrices :
installer une croyance positive permet de favoriser la réalisation de l’objectif. Cependant
Grinder et Bandler, comme déjà dit, ne prennent pas la peine d’expliquer clairement leur
choix. Si bien que lors des formations futures, ces présupposés sont mal expliqués, voire
quelques fois modifiés. Bon nombre de PNListes en ignorent encore aujourd’hui l’origine
et l’utilité.
Le fait que les inventeurs aient porté leurs efforts vers la modélisation plutôt que vers
la théorisation entraîne également une conséquence, non des moindres, sur
l’enseignement de la PNL. Comme il n’existe pas de théorie claire et précise sur la
méthode, chacun l’interprète à sa manière, donnant lieu à une diversité de formation pas
toujours heureuse.
Les premières formations, mises au point par Steve Andreas et Leslie Cameron en
1979, respectent un certain nombre de critères (60 % d’exercices, 25 % de théorie et
15 % de feedbacks individualisés, une durée déterminée, etc.). Cette pratique permet
l’acquisition du savoir-faire et du savoir-être nécessaire à la pratique de la PNL. Par la
suite, les formations de PNL ont plus répondu à des critères commerciaux et sont peu
soucieuses de l’éthique qui devrait entourer toute formation à la PNL. Les fondements de
la PNL ne sont pas enseignés. La méthode ne devient plus qu’une série d’outils,
transférables à toute situation, de fait mal compris par le public, puisque non rattachés au
tronc théorique de la PNL. Cette problématique, issue de la diffusion importante de la PNL
dans les années 80-90 est à la base de nombreuses critiques.
A la critique d’Elwis Potier qui dit que la PNL ne se préoccupe pas des contextes
sociaux, économiques, culturels d’une situation, M. Esser répond que la PNL ne réduit
jamais la personne à son vécu « car, pour elle (la PNL), l’expérience subjective, la
créativité et l’activité symbolique de l’être humain occupent une place centrale dans son
développement… » (Esser, 2013, p. 159). Autrement dit, ce n’est pas le contexte qui
entraine un comportement, une pensée ou une émotion mais la perception de ce contexte
par le coaché. Le PNListe cherche donc à comprendre comment la réalité est perçue par
le coaché.
Sur le plan éthique, la PNL est également très controversée. Après les
développements ci-dessus, on peut mieux comprendre la méfiance qu’elle inspire : un trop
grand et trop rapide succès, l’ouverture à un public hétéroclite, la qualité des formations
13
critiquable, l’utilisation de la PNL à des fins commerciales ou dans des domaines
commerciaux (sport, entreprise, vente, marketing, etc.) ont créé des dérives qui justifient
toutes les critiques. Monique Esser (2013) pense que cette problématique serait moins
importante si l’orientation humaniste de la PNL était mise en avant. Dans la « Lettre
ouverte des formateurs en Programmation Neuro-Linguistique » (2003), les auteurs
parlent de la « PNLt, », le « t » rappelant l’origine de la PNL : la thérapie. Cette approche
est validée par l’Association Européenne des Psychothérapeutes (EAP), dont on peut
supposer que l’approbation n’a pas été donnée à la légère. Je reviendrai sur le chapitre de
l’éthique, pan essentiel de la PNL. Mais je ne peux clore cette partie de mon travail sans
reprendre la « Lettre ouverte des formateurs en Programmation Neuro-Linguistique » déjà
citée plus haut. Les auteurs mentionnent que :
« L’ambition initiale de la PNL, au début des années 70, était de développer un langage
de description qui permettrait de décrire la structure des approches psychothérapeutiques
existantes [...] formant une sorte de « méta-modèle » ce langage permettrait de
cartographier l’ensemble des modèles thérapeutiques […] » (Les formateurs en PNL,
2003, p.1)
En effet, dans les années 70, les psychothérapies, nées de la psychologie, se
développent et se multiplient. Richard Bandler et John Grinder ont le désir d’unifier les
apports des praticiens de l’époque. Les deux hommes choisissent, à l’instar d’autres
chercheurs du XXème siècle, de « modéliser le réel pour pouvoir découvrir des solutions
à de nouveaux problèmes. » (Les formateurs en PNL, 2003, p. 2). Cette méthode de
recherche est aussi liée aux objectifs de la PNL :
Offrir aux praticiens une méthode inspirée des plus grands thérapeutes de
l’époque
Offrir aux patients une thérapie orientée vers l’avenir : que faire pour
améliorer une situation insatisfaisante ?
La PNL est donc, par essence, non pas une théorie mais une pratique. Ce sont les
résultats obtenus sur les clients qui font la pertinence de la méthode. Dans une interview
de la BBC en mai 2012, Richard Bandler répond au journaliste qui met en doute la
scientificité de la PNL :
" le type de chercheurs qui font ces affirmations : des scientifiques sociaux ou
des vrais scientifiques ? ". Il ajoute: " La vraie science pour moi signifierait que
vous pouviez prendre des gens qui ont peur de l'ascenseur et que vous pouvez
en prendre 20 et que 20 minutes plus tard, ils peuvent monter et descendre
sans avoir peur. Pour moi, c'est la mesure. Ce n'est pas si statistiquement
cela peut être reproduit ou pas par quelqu'un qui ne sait pas comment le faire."
14
psychothérapie, etc. Certaines portent aussi sur la véracité scientifique de quelques
éléments théoriques de la PNL comme la synchronisation, le système de représentation
préférentiel ou les mouvements oculaires. Je n’ai pu me pencher sur le contenu de toutes
ces études. D’ailleurs, comment, à mon niveau d’étude, pourrais-je définir parmi tous ces
scientifiques qui a tort, qui a raison. Cependant, un autre article de
Richard M. Gray reprend les études les plus citées et, en les mettant en lien avec les
études originales de Bandler et Grinder, démontre des erreurs d’interprétation. Le titre de
sa conclusion : « De l’utilité de vérifier les présupposés en recherche scientifique » (Gray,
cité par l’Insitut Repere, 2017), résume bien l’article. Les chercheurs n’ont pas eu assez
de recul pour comprendre ce qui est central ou non à la PNL. Ainsi par exemple, ils se sont
battus sur la véracité du système de représentation préférentiel. En lisant attentivement
les travaux d’origine, ils se seraient rendu compte que cette piste a été étudiée de manière
rigoureuse par Bandler et Grinder mais non retenue comme essentielle. Ainsi donc, en
conclusion, Gray note que
« ces problèmes auraient pu être prévenus par une formation appropriée à la PNL, ou
si les auteurs avaient vérifié leurs compréhensions du champ de la PNL avec ses
initiateurs (Grinder et Bandler) ou avec ses principaux interprètes. » (Gray, cité par
l’Insitut Repere, 2017)
En réponse à ceux qui accusent la PNL de ne pas avoir de cadre déontologique, les
PNListes disent : « on ne peut juger l’éthique d’un chirurgien par le fait qu’il utilise les
mêmes outils qu’un boucher ou même qu’un assassin » (Les formateurs en PNL, 2003,
p .4). Le cadre déontologique définit les droits et les devoirs d’un professionnel dans
l’exercice de ses fonctions. Il n’est pas le même pour un chirurgien qui doit sauver une vie
que pour un boucher qui doit tuer un animal. La PNL peut être utilisée en thérapie pour
soigner ou dans le domaine de la vente pour vendre. Le cadre déontologique n’appartient
dont pas à la PNL mais à la profession du PNListe : « …l’éthique n’est pas une qualité
intrinsèque de l’outil mais de son utilisateur. » (Les formateurs en PNL, 2003, p .4)
Au sujet de la formation, les auteurs de la lettre rappellent que les formations en PNL
ne certifient pas des thérapeutes mais des coaches en PNL. Cependant l’approche
thérapeutique de la PNL, la PNLt forme des coaches en PNL dans le cadre de la relation
d’aide. La dimension humaniste prend dans ce cas une importance capitale qui n’est pas
dissociable de la PNL, ce qui n’est pas le cas pour un PNListe qui œuvre dans la vente
par exemple. Ainsi, les formations en PNL et en PNLt tendent à se distancer l’une de
l’autre.
Au sujet des risques de manipulation dénoncés par les détracteurs de la PNL, les
PNListes admettent que la PNL permet de manipuler. Ils précisent cependant que cette
manipulation porte sur la perception de la réalité du coaché en lui offrant plusieurs autres
pistes de compréhension, parmi lesquelles le coaché fera son propre choix. Cette
manipulation, dans le cadre de la relation d’aide, a des visées de mieux-être. Les PNListes
comprennent, utilisent donc le mot « manipulation » dans son sens positif. La manipulation
devient un outil éthique dans la relation d’aide.
15
4.3. Synthèse des éléments pour la PNL
Parce que les inventeurs de la PNL n’ont pas utilisé les processus habituels de
recherche, soit l’écriture d’une théorie, la PNL n’est pas reconnue scientifiquement. Les
sources scientifiques qui ont inspiré Bandler et Grinder ont été utilisées plus pour la
manière de penser de leurs spécialistes que pour leurs découvertes propres. Les deux
inventeurs se sont attachés à expérimenter leurs découvertes plutôt qu’à les théoriser. De
ces faits découlent les critiques adressées à la PNL qui est le plus souvent utilisée,
enseignée comme méthode de coaching mais rarement dans la globalité de son concept,
au demeurant difficile d’accès. La PNL est-elle pour autant une pseudo-science ? Le livre
de Monique Esser démontre le contraire.
La PNL permet certes de manipuler la perception de la réalité du coaché, mais dans
le cas de la PNL humaniste, cette manipulation vise le mieux-être de la personne, selon
des objectifs définis par elle. Le mot « manipulation » est interprété positivement.
Les critiques des détracteurs de la PNL portant sur l’éthique ou les formations sont
justifiées dans les cas où la PNL a été enseignée sans être rattachée à son tronc théorique
et utilisée sans une vision humaniste.
A ce jour, la PNL n’est toujours pas protégée. Il n’y a pas d’organisation centrale qui
pourrait réglementer les formations et entamer un travail de distinction entre PNLt et PNL
commerciale.
La PNL humaniste ou PNLt émerge de la controverse et tend à se distancer de la PNL
marchande. Dans le chapitre suivant, j’aborde ce sujet.
16
5. La PNL humaniste
Steve et Connirae Andreas, compagnons de la première heure de Grinder et Bandler
et auteurs de nombreux ouvrages sur la PNL, continuent leurs travaux sur la PNL
jusqu’en 1985. Puis ils « chercheront à promouvoir une PNL du « cœur » et de l’empathie
en mettant l’accent sur la sensibilité et la compréhension humaniste ». (Esser, 2013, p
121)
PNL du cœur, PNL humaniste, le concept est lancé. Sur le site de l’international
coach federation (ICF), dont la mission est de favoriser la certification des coaches du
Québec en assurant les normes éthiques, on peut lire « Le coaching humaniste trouve ses
racines dans le mouvement de la psychologie humaniste dont les principaux représentants
furent Carl Rogers et Abraham Maslow… » (ICF Québec, 2016)
Après son invention, la PNL a connu ses heures de gloire. Elle est vendue comme
une marchandise par des cabinets de développement personnel, utilisée par les patrons
d’entreprises pour améliorer les performances de leurs cadres, enseignées aux vendeurs
pour améliorer leurs ventes etc, le tout à grand renfort de marketing. Elle a déchaîné les
passions et entraîné la controverse relatée ci-dessus. La PNL du cœur, quant à elle, est
restée confidentielle. Par essence, elle ne se crie pas sur les toits puisqu’elle s’exerce
dans le cadre de la relation d’aide qui suppose la confidentialité. Mais elle existe, de
même que des formateurs de qualité, capable de transmettre la PNL tant dans ses
fondements que dans sa pratique éthique.
Nous trouvons désormais des formations au coaching humaniste. Une première
fédération de coaching de vie (FCV) a vu le jour en 2017 en France. Une de ses missions
est de faire connaître le coaching de vie dont le concept est développé ci-dessous. Elle
s’est dotée d’un code de déontologie qui précise entre autres les devoirs et l’éthique du
coach de vie. (FCV, 2017) (annexe 1). Le coaching de vie, selon le site, est une activité
récente. La FCV en donne cette définition :
« Le coaching de vie est une relation d’accompagnement d’une personne vers son
épanouissement grâce à la réalisation d’objectifs personnels et/ou professionnels…
Le coaching de vie est une pratique basée sur l’art du questionnement, de la
reformulation, de l’écoute active et sur la mise en place d’un espace relationnel libre,
ouvert et créatif. Cet accompagnement humaniste, limité dans le temps, s’appuie sur
le présent et soutient le coaché dans sa démarche vers son futur.
Attention ! Les malentendus et méconnaissances sur ce nouveau métier prolifèrent :
le coaching de vie, la psychothérapie et le conseil sont trois activités distinctes mais
complémentaires. » (FCV, 2017)
Cet extrait a le mérite de poser une définition du coaching humaniste et, dans le même
temps, il fait état du sentiment des professionnels du coaching humaniste sur la
considération dont jouit leur profession. Le coaching humaniste, dont fait partie la PNLt,
tient compte de la personne dans son entier et non plus, comme a pu le faire le coaching
sportif ou en entreprise sur des objectifs de performance. Le cadre de la relation
coach/coaché est basé sur une relation de confiance, non-directive, dont l’objectif est de
favoriser le développement de soi. Une relation de coaching humaniste implique
également l’honnêteté et le non-jugement.
17
5.1. PNL et éthique
Le cadre éthique est l’élément essentiel qui fait d’un coaching en PNL un
accompagnement humaniste ou non, un outil possible pour le travail social. L’éthique en
PNL est promue par
Une formation adéquate
Un cadre à la relation coach/coaché : respect inconditionnel du coaché,
bienveillance, relation de confiance
Un code déontologique
Des objectifs de coaching qui obéissent au code de déontologie
La formation
La formation du coach est essentielle. Elle doit permettre la connaissance de la PNL
autant dans ses fondements que dans son application. Elle doit répondre aux critères
cités plus haut, instaurés par Leslie Cameron et Steve Andreas, qui se sont lancés les
premiers dans les séminaires de PNL :
La durée de la formation doit être conséquente et permettre également un
travail d’introspection personnel du coach.
Le cadre de la certification doit être réglementé strictement. Les prétendants au
certificat doivent répondre à des critères précis : formation de base et qualités
humaines.
Cela serait possible si la PNL humaniste se distinguait clairement d’autres formes de
coaching en PNL. Actuellement, il existe des fédérations de PNL dans de nombreux pays
(Etat-Unis, Québec, France, Suisse, Belgique, etc.) Nous sommes donc loin d’une
unification de la pratique. Par contre, la nouvelle fédération de coaching de vie pourrait
regrouper toutes les méthodes de coaching de vie, dont fait partie la PNLt et c’est peut-
être par cette voie que la PNLt pourrait se distancer de la PNL et écrire sa propre histoire.
Un cadre à la relation
Dans toutes relations, il y a un jeu de pouvoir, inconscient et conscient, avec ce que
cela suppose comme risques pour les protagonistes (imposition d’idées, manipulation,
dépendance, etc.). Il est donc important de faire la lumière sur le pouvoir dans une relation
d’aide, afin de permettre de l’utiliser à bon escient, soit avec éthique. Le coach humaniste
est sensibilisé à cet aspect. Il en a conscience et son rôle est de rendre visible son propre
pouvoir et celui du coaché afin de poser une base de travail saine.
Dans « L’art du coach, une nouvelle maïeutique » (Besson, Vigano & Vuagniaux,
2000) les auteurs relèvent que dans la relation coach/coaché
« Chacun se préoccupe de faire reconnaitre par l’autre son propre pouvoir. Un pouvoir
non reconnu ne dispose pas de base pour s’exercer : il est limité à un simple potentiel. Le
pouvoir a besoin de se confronter à une autre force, de s’exercer vis-à-vis d’un autre
pouvoir. » (Besson, Vigano & Vuagniaux, 2000, p. 115)
En effet, si le coach ne reconnaît pas au coaché le pouvoir de changer un
comportement, donc s’il ne croit pas en lui, il est difficile d’être dans une relation d’aide.
De même, si le coaché ne croit pas en la capacité d’aider du coach, sa perméabilité à l’aide
sera restreinte, voire inexistante.
18
Le pouvoir dans la relation coach/coaché est aussi évoqué dans la définition de la
communication professionnelle tirée du module C4 :
« La communication peut être définie comme un mode de relation qui vise, par la
persuasion, à modifier les dispositions mentales d’autrui et, éventuellement, à l’inciter à
adopter un comportement, réaliser une action ou s’abstenir d’agir. » (Grau, 2014).
Le mot important dans cette définition est le mot persuasion qui suppose l’adhésion
de l’autre.
La méthodologie de la PNL favorise cette adhésion puisque l’objectif du coaché est
fixé par lui-même en suivant la méthodologie déjà décrite dans ce travail (état présent –
état désiré – objectifs en 6 critères).
Le code de déontologie.
La FCV a édité un code de déontologie (annexe 1) dont voici quelques éléments clé :
La FCV détermine des exigences de contenus de formation
Le coach respecte la finalité du coaching de vie : développer l’autonomie de la
personne.
Lorsque le coaching est demandé par une organisation, il y a lieu de s’assurer
de la démarche volontaire du coaché.
Si le client a besoin de compétences autres que celles d’un simple coaching, le
coach doit le lui dire.
La FCV se donne le droit d’exclure de sa fédération en cas de manquements,
par exemple donner de fausses informations sur les titres et les compétences.
(FCV, 2017).
L’adhésion de la PNLt à ce code de déontologie permettrait de réglementer les
formations, de surveiller la qualité des coaches, de garantir l’éthique de la relation d’aide
et de redorer la profession
Les formations en PNL humaniste tendent vers une réglementation et ne devraient
être accessibles qu’aux personnes répondant à certains critères, entre autres avoir une
formation de base dans la relation d’aide. Cette formation de base fournit son propre code
de déontologie au futur coach. Par exemple, le travailleur ou la travailleuse sociale formée
en PNL obéit au code déontologique professionnel.
J’ai déjà évoqué plus haut les présupposés de la PNL. Certains d’entre eux sont
également les garants de l’éthique. Le PNListe admet que les êtres humains sont toujours
plus complexes que les théories qui les décrivent. Le coach se doit d’être humble. Chacun
a sa propre perception de la réalité et fait les meilleurs choix qui lui paraissent possibles.
Le coach ne porte pas de jugement sur la réalité du coaché et ses choix. Chacun a en lui
les ressources nécessaires. Le coach croit en l’humain.
19
Les objectifs du coaching
Les objectifs du coaching sont clairement exprimés par le coach au début de chaque
relation de coaching. Ils doivent respecter les visées humanistes de toute relation d’aide
et favoriser l’autonomie du coaché. Les termes de la relation définis sont acceptés par le
coaché. Il y a donc un contrat, généralement oral, entre le coach et le coaché.
20
6. Conclusion sur le chapitre de la PNL
La PNL est une méthode de coaching critiquée. Elle suscite, chez ceux qui ne la
connaissent pas, interrogations, voir même méfiance. Il faut dire que la PNL fait l’objet
d’une controverse virulente : méthode soi-disant scientifique, supercherie marchande dans
le domaine rentable du développement personnel, qui n’obéit à aucun cadre éthique, mais
dont la matière première est l’humain que l’on pourrait manipuler afin qu’il atteigne
efficacité et perfection.
Or la PNL est née dans le domaine de la psychothérapie, à partir de recherches
scientifiques. Ses premiers objectifs sont d’offrir une synthèse des psychothérapies, en
plein essor dans les années 70. La PNL est testée sur le terrain et elle fait des émules. La
méthodologie et les outils ont été façonnées de façon à ce qu’ils puissent être reproduits
par les coaches. Sa propagation est donc rapide et la PNL sort de son domaine
psychothérapeutique pour investir ceux du sport, de la vente, du marketing. Elle fait son
entrée dans les entreprises où les managers s’en servent pour rendre leurs cadres plus
performants. Dès lors, la PNL dévie de son cadre premier.
Des études sont menées pour mieux faire comprendre les fondements scientifiques
de la PNL qui n’ont jamais été théorisés par les inventeurs. Des associations se sont
créées pour tenter de réglementer le juteux marché des formations, qui ne sont pas toutes
de qualité. Cependant, il n’existe pour l’heure aucun office central qui permettrait une
meilleure protection des certifications. De cette controverse naît la PNLt qui souhaite se
démarquer de la PNL commerciale.
Ce travail a permis de mettre en lumière les points controversés de la PNL.
Cependant, l’étude approfondie de Monique Esser sur des fondements de la PNL nous
permet de constater que la méthode est l’aboutissement de recherches scientifiques
sérieuses, et qu’il faudra encore quelques débats et des esprits ouverts pour que l’ancrage
de la PNL dans une multiplicité de fondements scientifiques puisse être reconnu.
Ce travail a également permis au lecteur de prendre conscience que la PNL humaniste
existe. Cette dernière, de par son cadre, de par l’exigence de ses formations et de par son
code de déontologie obéit à un cadre éthique qui fait d’elle un outil adapté au travail social.
Cependant, la mauvaise presse de la PNL peut entraver son utilisation par les
[Link].s du social. Dans la suite de ce travail, je m’attacherai à connaître quelle
est la réelle perception de la PNL par les [Link].s du travail social valaisan. A
quel point sont-ils ou sont-elles influencées par toutes ces critiques de la méthode ? Mais
avant cela, je me pose la question suivante : la PNLt peut-elle être un des outils pertinents
du travail social du 21ème siècle ? Pour le savoir, je cherche maintenant à savoir comment
se dessine ce nouveau travail social, pour comprendre de quels outils il aurait besoin.
21
7. Evolution du travail social
Selon Jean Foucart (2005) le travail social est passé du modèle réparateur au modèle
accompagnateur. Sous l’Etat providence, les problèmes d’intégration de la personne sont
considérés comme des manques qu’il faut corriger, dans une perspective éducative. Dans
le modèle accompagnateur, vers lequel le travail social tend aujourd’hui, l’objectif est de
mener l’usager, malgré ses difficultés et en activant ses ressources, vers l’intégration dans
la société. Il doit également agir sur la société elle-même afin de la rendre capable
d’intégrer les personnes « différentes ». Jean Foucart parle également de l’Etat providence
qui évolue en « Etat social actif » :
Mais qu’est-ce que l’état social actif ? Face aux questionnements sur l’Etat providence
et le néolibéralisme, un nouveau courant « la Troisième Voie » arrive des Etats-Unis dans
les années 80 et est exploré par bon nombres de chefs d’Etats européens. (Matagne,
2001). Cette Troisième Voie étudie les réponses possibles de l’Etat face aux nouveaux
contextes sociaux à travers les thématiques telles que la mondialisation, l’individualisme
contemporain, le statut de l’inégalité, le rôle de l’état. (Matagne, 2001, p.14) Un nouveau
modèle d’Etat social est créé que l’on nomme l’Etat social actif et dont les objectifs sont
l’égalisation des chance et l’affirmation des devoirs, la participation et l’inclusion. Christian
Arnsperger, cité par Geoffroy Matagne (2001, p. 20) décrit ainsi ces objectifs :
« …pour les risques sociaux évitables (chômage, etc.) il faut égaliser les chances, non
les résultats. Il faut procurer des ressources de départ, non des allocations, faciliter, non
compenser. »
L’Etat devient proactif. Il prévoit les problèmes sociaux plutôt que de leur apporter une
réponse. Il doit fournir aux individus l’égalité des chances de participation sociale plutôt
que de pallier aux manques.
Dans l’Etat social actif, les citoyens ont des devoirs. Les aides allouées sont
conditionnées à la participation à la société, que ce soit par la productivité ou l’aide
bénévole. Ainsi l’individu devient responsable de son sort. L’Etat devient « « un
investisseur en capital humain » entendant doter chaque citoyen d’un capital humain qui
le rende capable d’accéder à des activités socialement utiles » (Arnsperger, cité par
Matagne, 2001, p. 22). Autant que le travail, les autres activités au service de la société
doivent être valorisées car elles permettent l’estime et la réalisation de soi. La notion de
devoir entraîne la notion de réciprocité : lorsque le citoyen n’accomplit pas son devoir de
participation, l’Etat n’est pas tenu de lui venir en aide.
Cette brève présentation de l’Etat social actif permet d’éclairer les questionnements
actuels du travail social et les mutations profondes qu’il subit. Dans ce nouveau contexte,
où l’avenir est incertain pour de plus en plus de publics, la relation d’aide devient un
accompagnement. « L’usager est identifié à partir de sa vulnérabilité » (Foucart, 2005, p.
104) et la relation d’aide devient personnalisée. A partir de la situation problématique, il
faut aider la personne à reconstruire une estime de soi, une confiance en soi pour lui
permettre à terme de se relier à la société et d’y exercer son devoir de participation.
Les changements qui interviennent dans le travail social, ce passage de l’Etat
providence à l’Etat social actif, découlent entre autres du processus d’individuation de
notre société et de la marchandisation du travail social. Je développe ici ces concepts.
Puis je développerai encore deux réponses possibles à ces processus : le développement
du pouvoir d’agir et la désinstitutionalisation.
22
7.1. La marchandisation du travail social
M. Chauvière nous donne la définition suivante de la marchandisation du travail social :
« Il faut désormais « moderniser » l’action sociale et le travail social, c’est-à-dire
rationaliser les fonctionnements, penser produit ou prestation et oublier le clinique,
produire mieux en dépensant moins, rechercher les gains de productivité, satisfaire les
usagers et d’abord accroître leur confiance, rendre régulièrement des comptes à qui de
droit… » (2009, p. 128)
Si l’Etat providence a permis au travail social d’agir jusqu’à la fin des années 1970 en
marge des réalités économiques, notamment de la productivité, les données ont
aujourd’hui changé. L’argent pour le social, qui provient soit de fonds caritatifs soit de fonds
étatiques (Chopart, 1996) diminue, avec pour conséquences des changements, non
seulement dans la gestion du travail social mais aussi dans sa pratique.
L’Etat repense une politique sociale dans laquelle sa responsabilité (ses dépenses)
serait moindre : « […] il s’agit d’instiller l’idée que les personnes en difficultés ont une
responsabilité (ou doivent être responsabilisées) et que la résolution de leurs problèmes
dépend essentiellement d’eux […] (Savignat, 2009, p. 26). L’Etat providence assumait une
responsabilité ultime au nom de la société. L’Etat social actif se désengage et déclare que
chacun est responsable de son bien-être. Sa demande au travail social est claire : il faut
« activer » les personnes afin de les intégrer dans la société. Elles doivent travailler à
améliorer leurs conditions de vie. Cette intégration ne passe plus nécessairement par
l’emploi mais par toutes sortes de mesures qui permettent à l’usager de reprendre
confiance en lui. (Cours – formation continue – emplois du 2ème marché, ateliers, bénévolat,
etc.)
L’Etat demande également aux [Link].s de répondre à ses attentes de
productivité. Il faut commencer à quantifier, émettre des statistiques, rendre des comptes,
prouver l’efficacité du travail social. Les institutions sociales deviennent des prestataires
de service, soumis à la loi de l’offre et la demande et « constamment évalués sur leurs
résultats. » (Chopart, 1996, p. 27).
Dans le même temps, l’Etat n’hésite pas à confier des missions autrefois dévolues au
travailleurs et travailleuses sociales à d’autres acteurs non qualifiés : grand frère,
concierge, associations, bénévoles, etc. (Chopart, 1996)
Face à cette situation, les acteurs du social doivent réfléchir à de nouvelles stratégies
qui répondent mieux aux attentes tant économiques que sociales. Ils se dirigent vers une
meilleure qualification du personnel. De nouveaux métiers, directement en rapport avec
les maux sociaux actuels voient le jour : agent d’insertion, job coach, etc. Pour satisfaire
aux exigences d’activation du client, le travailleur social doit changer de posture
professionnelle. Il ne peut se contenter d’imposer des mesures à des personnes qui ne
sont pas preneuses. Il doit créer une alliance avec le client. Il passe « du travail sur
autrui…au travail avec autrui » (Astier, 2009, p. 52). Les objectifs de la mission sont définis
avec le client, qui devient acteur de « son sauvetage ». Il s’agit « d’accompagner » le client
dans la construction de son identité. (Astier, 2009) La notion du renforcement positif
devient un outil prépondérant pour la pratique. (Chopart, 1996)
Une autre notion qui entraîne des changements de pratiques dans le travail social est
celle du processus d’individuation. Dans le prochain chapitre, je définis cette notion à partir,
23
entre autres, du texte de Jacques Ion « La professionnalité éducative à l’épreuve du
l’individuation ». (Ion, 2010)
7.2. L’individuation
L’individuation est un processus décrit par Carl Jung en psychologie analytique. Il s’agit
de distinguer un individu, sa personnalité, ses particularités, par rapport aux autres
individus de la société dont il fait partie. Ce processus, selon Jacques Ion (2010) est dû à
l’évolution de notre société moderne, dans laquelle les hommes sont de moins en moins
rattachés à des communautés et de moins en moins « contenus » dans les rôles
professionnels ou familiaux. Jacques Ion précise que ce processus n’équivaut pas à une
montée de l’égoïsme, raccourci trop souvent emprunté. L’individuation est selon lui
« Non pas une pathologie de notre temps mais…un fait sociohistorique concernant
l’ensemble du monde social et inscrit dans l’acte de naissance de l’idée même de
société […] » (Ion, 2010, p.75).
L’homme, dès la fin du 20ème siècle, croit qu’il a droit au bonheur et le recherche.
L’époque où il subissait sa condition imposée par sa naissance est révolue. L’accès à plus
de richesses lui permet désormais de prendre sa vie en main et de viser son
épanouissement. A l’aube du 21ème siècle, cet épanouissement personnel surpasse même
l’appartenance à une communauté. Jean Foucart parle ainsi de ce phénomène qui
intervient dans la période post-moderne en Europe :
« De l’individualisme de personnalisation des adhésions, on a basculé dans un
individualisme de déliaison où l’exigence d’authenticité devient antagoniste de l’inscription
dans un collectif. » (2005, p. 100).
Avant le 21ème siècle, l’être humain se qualifie, existe par ses appartenances : à une
famille, à une communauté, à un groupe dans lequel il choisit d’entrer pour se définir en
tant qu’individu parmi d’autres : je fais partie du club de football de mon village, soit je suis
sportif, bien intégré, j’ai une vie sociale. Pour l’individu post-moderne, l’appartenance à un
groupe ne suffit plus à le définir. Pour s’épanouir et se sentir exister, il emprunte des
chemins originaux, uniques. Son développement personnel répond à des critères définis
par lui et non plus par la société. Il assume et est fier de sa différence par rapport aux
autres. Ses choix ne sont plus guidés par un sentiment de responsabilité et d’appartenance
face à la société mais par un besoin de vivre en premier pour lui-même, par lui-même,
dans la visée du développement de son plein potentiel.
7.2.1. L’individuation dans le travail social.
Dans l’Etat providence, l’usager est considéré comme un ayant-droit qu’il faut
« réparer ». Le professionnel évalue la « différence à la norme » puis tend à la diminuer
par un programme éducationnel de longue durée. Il s’agit d’adapter le sujet à la norme.
Dans l’Etat social actif,
« On n’agit plus sur un individu à réparer, à réformer, à transformer, mais sur un
individu pensé d’emblée plus ou moins autonome et davantage comme en défaut
d’expression plutôt qu’en déficit. » (Ion, 2010, p. 77)
Au terme du processus d’individuation, l’usager n’est plus évalué par rapport à sa
différence à la norme mais dans sa singularité. Il ne s’agit plus de diminuer l’écart entre la
norme et l’individu mais de permettre à ce dernier de s’intégrer dans la société avec sa
singularité.
24
L’intervention devient ponctuelle, en rapport avec des circonstances particulières. On
n’entre plus dans une relation éducationnelle mais dans une relation d’accompagnement
qui devient horizontale où le travail consiste à « révéler l’individu à lui-même et dans son
environnement relationnel. » (Ion, 2010, p. 77). Le travail social vise désormais à
encourager l’usager à utiliser ses propres ressources pour se relier à la société. Il s’agit
pour cela de l’accompagner sur le chemin de la réalisation de soi et de l’aider à trouver SA
place dans la société.
Cette évolution du travail social réparateur vers un travail social de reliance, ou travail
social actif, entraîne des changements profonds dans la professionnalité. Jacques Ion
nous dit que l’individuation implique, de la part des [Link].s, une implication plus
grande, tant sur le plan affectif que sur le plan de la réflexivité. Chaque programme
d’accompagnement doit être réfléchi avec l’usager, selon ses spécificités et réévalué très
souvent. La relation horizontale entraîne un lien plus profond entre les protagonistes de la
relation d’aide.
Pour Jean Foucart (2005), le travail social de l’époque post-moderne, marquée par
l’individuation, une augmentation de l’insécurité psychique et un élargissement des
populations exclues, implique qu’il n’y a plus de « prise en charge collective des destins
individuels » (p. 101) mais au contraire une responsabilité rejetée sur l’individu lui-même.
Les maux ne seraient plus sociétaux mais personnels. La relation d’aide doit ainsi
s’adapter aux caractéristiques de chaque situation. Elle devient personnalisée.
Ces changements qui interviennent dans le travail social en raison des mutations
économiques et sociétales obligent le travail social à chercher de nouvelles réponses aux
problématiques actuelles. La désinstitutionalisation et le développement du pouvoir d’agir
en font partie. Je les aborde ici brièvement car elles me permettront de faire le lien entre
ce qu’impliquent ces pratiques au niveau de notre professionnalité et les outils de la PNL
humaniste.
7.3. La désinstitutionalisation
Le travail social produit par l’Etat providence, alors même qu’il était censé être
intégrateur, a engendré un grand nombre de lieux spécifiques à des pathologies, étiquetant
ainsi les personnes qui s’y trouvent : foyers pour les personnes souffrant d’addiction, foyers
pour les jeunes en difficulté, association ou foyer pour personnes en situation de handicap,
EMS, etc. (Loubat, 2013, p. 13) Exclusion et stigmatisation sont deux conséquences de
l’institutionnalisation.
25
qui se retrouvent, pour des questions d’aléas de la vie, dans une situation de handicap.
Selon nous, elles représentent l’aboutissement d’une longue marche pour la
reconnaissance d’une seule et même citoyenneté pour tous. Elles dessinent le futur
paysage des opérateurs, tant au plan de leurs positionnement que de leurs pratiques
professionnelles. » (Loubat, 2013, p. 13)
Le développement du pouvoir d’agir fait lui une entrée en force dans le travail social et
cette notion a été beaucoup abordée au cours de ma formation. Elle joue un grand rôle
dans notre professionnalité.
« Contribuer concrètement à ce que les personnes mènent à bien un projet qui compte
pour elles, à recréer un mouvement là où il a un blocage, à élargir le monde des possibles
des personnes qui perçoivent leur situation comme une impasse. » (Vallerie et Le Bossé,
2006, p. 89)
Yann le Bossé, dans une conférence, complète ainsi la définition du pouvoir d’agir :
26
« On ne convainc pas quelqu’un en lui disant qu’il peut réussir. Cela ne peut se faire
qu’en le mettant en situation de réussir. Car alors on ne pourra pas nier qu’on a fait ce
qu’on a fait. Et alors on peut inverser la spirale de détérioration du rapport à l’action, pour
entrer dans une spirale de succès. » (Education populaire, 2016)
Cette phrase permet de prendre pleine conscience du concept qui consiste à donner
confiance à l’usager en lui faisant mettre en pratique ses compétences, utiliser ses
ressources dans des situations de réussite. Le développement du pouvoir d’agir répond
aux exigences du travail social sous l’ère de l’Etat social actif : activer l’usager, le rendre
responsable de sa trajectoire, augmenter l’estime de soi, reconstruire l’identité,
accompagner de manière personnalisée et viser l’intégration dans la société.
Dans le nouveau travail social, le client n’est plus l’élément tiers dans une relation à
trois : institution, aidant, aidé, mais bien la pièce maîtresse, celle qui décide. Le projet
d’aide devient personnel (Loubat, 2013) et co-construit. Concrètement, ce n’est plus le
projet sociétal, institutionnel, de la justice ou de la famille qui prime mais bien celui de la
personne aidée. C’est une révolution profonde du travail social.
Quelques réponses à ces nouvelles exigences sont : l’accompagnement personnalisé
dans une posture horizontale – de nouveaux métiers – le développement du pouvoir d’agir,
la désinstitutionalisation.
Dans le contexte du travail social décrit ci-dessus, la PNL humaniste a-t-elle un rôle à
jouer ?
27
8. La place de la PNLt dans le travail social du 21ème siècle
Dans ma pratique professionnelle, j’ai souvent recours à des notions de PNLt (par
exemple état insatisfaisant / état désiré pour fixer des objectifs thérapeutiques) ou aux
outils de la PNLt (par exemple les questions confrontantes qui servent à élargir la carte
du monde de l’usager). J’observe que la qualité de mon travail en est améliorée.
Premièrement, je me sens plus adéquate, c’est-à-dire que je considère ma pratique
comme étant professionnelle car elle guidée par une méthodologie et efficace (les outils
et techniques permettent l’évolution positive de l’usager). Deuxièmement, la PNLt permet
d’offrir au client une prestation qui obéit à un cadre et qui est évaluée. (feed-back). La
PNLt est autant une « RESSOURCE PERSONNELLE à l’usage de l’aidant, que
méthodologie utile pour AIDER L’AUTRE » (Grau, 1996). En ce sens, la PNLt permet de
répondre aux attentes de productivité, rentabilité, prestation de qualité qui sont désormais
attendues du travail social suite à sa marchandisation. Mais la PNLt en tant que méthode
de coaching a-t-elle pour autant sa légitimité en travail social ? Voici, pour une première
réponse, le compte-rendu d’un article de Jean-Pierre Hardy : « Travail social,
changement d’époque, changement de paradigme » (2012).
Jean-Pierre Hardy dit que pour répondre à « la montée des exclusions sociales »
(Hardy, 2012, p. 95) de nouveaux métiers sont apparus. Le travail social doit désormais
travailler avec un public en augmentation, augmentation liée aux maux sociétaux actuels :
chômage, maladies, précarité, jeunes en échec scolaire, etc. De nouvelles politiques
d’insertion sont envisagées, capables de prises en charge individualisées. Jean-Pierre
Hardi introduit ici la notion de « référent ». « La spécialité d’un travailleur social référent
c’est de mobiliser les différentes compétences au bon moment et à bon escient. Il est le
garant de la fluidité du parcours d’insertion [… ] » (Hardy, 2012, p. 96). L’auteur compare
le référent au médecin généraliste. C’est celui qui a une vue générale de la situation de
l’usager et qui demande l’intervention des spécialistes s’il y a lieu. Cette nouveauté dans
le travail social remet en cause le principe de l’intervention limitée dans le temps. Cette
dernière devient un suivi au long cours, qui tient compte des vulnérabilités qui surviennent
dans un parcours de vie et qui transforme le travail social en profondeur. Le travail
social « canal historique » qui a produit des agents de transformation sociale ou des
cliniciens pour les personnes carencées (Hardy, 2012, p. 96) devient, par l’introduction
du suivi et du référent « une sorte de coaching » (Hardy, 2012, p. 97).
« Les publics défavorisés socialement et culturellement n’ont-ils pas, eux aussi,
besoin d’être soutenus, d’être « coachés ». Ils n’ont pas, eux, un « capital social et
culturel » pouvant leur venir en aide. » (Hardy, 2012, p. 97)
La PNLt, méthode de coaching, aurait donc sa place en travail social. Les notions en
coaching du référent lui permettraient de mieux accompagner son référé sur le chemin
de l’insertion dans la société.
De même, les écrits cités plus haut de Jean Foucart (2005) et Jacques Ion (2010)
sur l’individuation, démontrent eux aussi le passage du travail social réparateur vers un
travail « d’accompagnement social personnalisé » (Foucart, 2005, p.104). La PNLt
apporte donc également des réponses au processus d’individuation en cours. Le
coaching ferait-il son entrée dans le travail social ? Peut-être, mais dans tous les cas,
ceci influencerait la professionnalité des [Link].s
28
8.1. PNLt et professionnalité
Dans son livre sur la PNL en relation d’aide, Jean-Max Ferrey (2009) fait la liste des
six compétences de base de la relation d’aide. A chacune d’elle, je fais ici correspondre
une technique de PNL (en italique) afin de montrer les similitudes entre outils et notions
de PNL et relation d’aide :
La capacité à établir le lien / synchronisation
La capacité d’écoute / technique basée sur l’écoute active - entretien pour fixer
l’objectif
La capacité à faire préciser les éléments du discours / méthodologie pour fixer
l’objectif
Le respect de l’autre / les présupposés
L’empathie / les présupposés
La capacité à confronter / questions confrontantes
La PNL permet de répondre aux 6 compétences de base de la relation d’aide. C’est
donc un outil qui est pertinent et qui peut compléter le bagage professionnel des
intervenant.e.s sociaux
Je rajoute que le cadre méthodologique de la PNL (pour rappel déterminer l’état
présent de la personne coachée - déterminer l’état désiré - fixer l’objectif de changement
qui doit répondre à 6 critères précis - conduire au changement par l’utilisation des outils
PNL - faire le feed-back) favorise :
L’autodétermination du client (il fixe lui-même son objectif),
L’activation (il est seul responsable de la réussite de son objectif),
L’individuation (le client est reconnu dans sa spécificité),
Le renforcement de l’estime de soi (le client atteindra son objectif grâce à ses
propres ressources),
Le renforcement positif (l’objectif fixé doit être réalisable)
La responsabilisation du client (la réussite de l’objectif ne dépend que de lui)
L’humanisme (l’objectif doit être écologique, c’est-à-dire qu’il doit rapporter au
client plus qu’il ne coûte)
Ainsi donc, la PNL est à même de répondre aux attentes de l’Etat social actif.
Bien sûr, cette seule démonstration ne suffit pas à répondre à la question de la place
de la PNL en travail social. Le coaching en travail social, au même titre que la PNL, est
décrié par certains auteurs. Je n’en cite que deux mais il existe de nombreux articles qui
démontrent que le coaching n’est pas admis sans heurts dans le travail social. Yves
Winkin (2007) nous dit :
« Le coaching, à l’instar de la programmation neuro-linguistique, de l’analyse
transactionnelle et d’autres discutables « méthodes » de « développement personnel »,
participe, quand il entre dans la sphère publique, de ce vaste processus d’euphémisation
des problèmes sociaux et politiques. »
Pour cet auteur, le coaching, dont la PNL, sont des méthodes qui ne sont pas dignes
de confiance et qui, sous couvert de développement personnel, ne servirait qu’à cacher
les raisons profondes des problématiques sociales, donc à les ignorer, avec les
conséquences possiblement graves qui peuvent en découler (augmentation des
29
problèmes, crise sociale). Le processus d’euphémisation des problèmes sociaux
implique qu’ils sont minimisés et donc pas pris en compte.
Baptiste Rappin dit :
« Le coaching, armé de la PNL, de l’AT [analyse transactionnnelle] et de tous les
éléments de sa trousse à outils, veut faire de l’homme un être efficace, un être utile. Car
l’efficacité rend heureux et le bonheur amène l’efficacité. » (2006, p. 8)
Performance, efficacité : comment ces mots sont-ils perçus, non seulement par les
usagers du travail social mais aussi par les [Link].s ? Ne représentent-ils pas
dans les esprits la société consommatrice, élitiste, celle-là même qui contribue à
l’exclusion des usagers du travail social ?
Ces deux extraits mettent en lumière deux questions éthiques posée par l’introduction
du coaching dans le travail social. Il y en a d’autres comme par exemple faut-il informer
l’usager sur notre formation en coaching et sur le fait que nous utilisons parfois dans notre
pratique des outils de coaching. Il est important que chaque travailleur ou travailleuse
sociale formée en coaching se les pose. Dans tous les cas, le coaching, comme outil ou
comme méthode, ne remplace pas les professionnels « canal historique » (militants et
réparateurs), tels que décrits par Jean-Pierre Hardy (2012) qui restent les pièces
maîtresses car ils travaillent en profondeur à une meilleure justice sociale, ce que les
coaches ne font pas.
30
9. Conclusion sur le chapitre de l’évolution du travail social et
de la place de la PNLt
Le passage de l’Etat providence à l’Etat social actif implique des changements
profonds du travail social et de la posture des [Link].s, changements sur
lesquels il faut s’interroger.
Par rapport à l’individuation de la société, comme le dit Jean-Noël Chopart, ce
phénomène est intrinsèque à notre société et change inexorablement les mentalités. Il
est indispensable que le travail social s’adapte et offre des suivis personnalisés. La
posture des travailleurs et travailleuses sociales devient plus horizontale. Cette posture
conviendra parfaitement aux uns et moins bien aux autres, tant chez les
[Link].s que chez les usagers.
La marchandisation pose par contre beaucoup de questions : est-ce juste
d’appliquer la marchandisation au travail social. Ne devrions-nous pas nous battre contre
ce qui pourrait être considéré comme une dégradation de notre profession, des relations
humaines, une perte des valeurs telles que la solidarité, la charité, le respect des autres,
etc. La marchandisation implique que la relation d’aide devient une prestation et que
l’usager devient un client. Les travailleurs et travailleuses sociales deviennent des
prestataires de service. Cela ne contribue-t-il pas justement à rendre notre travail
superficiel et donc moins aidant. La marchandisation ne nous pousserait-elle pas à
privilégier des méthodes et des outils réputés efficaces, telles les méthodes de coaching,
au détriment de la relation empathique et profonde. Est-il juste de pousser le travailleur
ou la travailleuse sociale à être rentable au même titre qu’un vendeur ?
Mon avis sur la question est que cette évolution est en marche. Nous devons, pour
pouvoir l’influencer, marcher dans le même sens, ce qui ne veut pas dire qu’il faille
accepter des notions qui nous paraissent contraires à notre éthique. Marcher dans le
même sens peut aussi vouloir dire, avancer ensemble en co-construisant nos projets.
Nous pouvons par exemple définir la notion de rentabilité en travail social en posant nos
propres critères. C’est du reste ce qui se fait déjà lorsque nous établissons des rapports
d’activité. Le fait de devoir prouver notre efficacité permet aussi à notre profession d’être
reconnue. Je prends l’exemple de l’animateur ou l’animatrice socioculturelle, très
longtemps considéré.e comme le clown de service. Devoir prouver l’utilité de cette
profession permet de la crédibiliser et de la faire reconnaître. Faire avancer le travail
social dans ce sens, c’est aussi lui permettre de rester un acteur important de la cohésion
sociale et donc de lui permettre d’influencer les décisions politiques qui touchent à la
société. Nous devons rester des partenaires reconnus pour les décideurs. C’est ainsi que
nous pourrons militer pour une meilleure justice sociale. Devoir prouver notre valeur nous
pousse également à réfléchir sans cesse à l’évolution des professions sociales et nous
évite de nous endormir dans un social désuet qui ne répondrait plus du tout à sa mission.
Pour l’usager, devenir client, est me semble-t-il, valorisant. Le mot « usager » a
pour moi une connotation dégradante, catégorisante. Etre usager, c’est être dans les
rouages du social. Etre client, c’est avoir du pouvoir. C’est être important. Etre appelé
« client » peut constituer, pour l’usager, une croyance prédicitive : « je suis important
dans cette relation d’aide, mon avis compte ». Le client se donnera le droit de donner
son avis, donc de devenir pro-actif.
31
L’Etat social actif tel que je l’ai décrit dans mon travail est, à mon sens, une saine
évolution pour la société. J’admets bien sûr des corollaires négatifs. Je pense qu’activer
une personne est meilleur que de lui allouer des aides car c’est valorisant et cela lui
permet de tester des réussites. Certaines personnes ne pourront pas être activées au
point de pouvoir vivre décemment. Il faudrait donc encourager, par des mesures
concrètes, la solidarité. Valoriser toutes les tâches utiles à la société, comme le
bénévolat, permet d’offrir plus de possibilités d’intégration et plus d’entraide. Cela remet
au premier plan des valeurs importantes pour notre humanité. Faire endosser la
responsabilité de sa vie à l’usager est à double tranchant : celui qui ne réussit pas bien
est mis au ban de la société. Il est responsable de son malheur car il ne veut rient faire.
Qui lui viendra alors en aide ? Cette responsabilisation, si elle n’est pas doublée d’une
politique d’activation réussie, aura pour conséquence une augmentation des laissés-
pour-compte. Par contre, responsabiliser l’usager peut aussi empêcher toutes les
fraudes à l’aide sociale, comme par exemple rester au chômage plutôt que de prendre
un emploi temporaire. L’activation, principe essentiel de l’Etat social actif, est, pour une
part, tributaire de l’économie. Comment la rendre possible quand le marché de l’emploi
est mauvais ?
L’Etat social actif n’a pas la réponse à toutes les problématiques. Aucun état n’aura
jamais toutes les réponses. Je pense que la défense des valeurs humanistes, y compris
par l’Etat, est indispensable. L’Etat ne doit plus cautionner le profit des uns au détriment
des autres, la suprématie de la valeur marchande, les inégalités sociales, la corruption,
etc. Toutes les mesures politiques ne suffiront pas à rendre le monde plus juste si elles
ne sont pas assorties des valeurs humanistes.
Après toutes ces considérations, je me repose la question de savoir si l’utilisation
de la PNLt en travail social est bonne. Au niveau de notre professionnalité, la PNLt offre
des outils adaptés qui sont en adéquation avec les nouvelles demandes faites au travail
social. Cependant, justement parce que la PNLt permet d’aller dans le sens de la
marchandisation, est-ce juste de l’utiliser et ainsi de favoriser ladite marchandisation du
travail social ? Pour ma part, j’utiliserai la méthode, non sans rester vigilante à ce qui se
passe autour du travail social au niveau politique. Elle permet en effet d’augmenter
l’autodétermination des personnes, principe que je juge important et adéquat parce qu’il
est tout simplement humaniste. La PNLt permet également d’offrir un suivi personnalisé,
qui me semble incontournable aujourd’hui car l’individu a le droit à sa singularité. La PNLt
favorise également la désinstitutionalisation dans le sens où elle peut accélérer la
valorisation des ressources d’une personnes et son activation, son retour à la société.
La désinstitutionalisation est à mon sens un grand pas vers plus d’humanité, de
reconnaissance et d’acceptation de l’autre dans sa singularité. C’est lui accorder le droit,
si tant est que ce soit à d’autres d’accorder ce droit, d’ETRE au monde.
L’utilisation de la PNL en travail social dépend en premier lieu de la représentation
qu’en ont les travailleurs et travailleuses sociales. C’est ce que je me propose de vérifier
par ma question de recherche : « quelles sont les représentations de la PNL qu’ont
les travailleurs et travailleuses sociales du Valais romand ? »
32
10. Méthodologie
Pour répondre à ma question de recherche, le choix des enquêtés s’est porté sur les
travailleurs et travailleuses sociales du Valais romand car c’est la région dans laquelle
je travaille. J’ai choisi d’utiliser un questionnaire. (annexe 2). En effet, le questionnaire
me parait être le meilleur moyen pour toucher un grand nombre de [Link].s
[Link].s. Ce nombre est important pour moi car c’est en interrogeant le plus
possible de personnes que j’aurai une meilleure vision de ce que le « terrain » pense
de la PNL dans le travail social. De plus, j’ai connaissance de l’Association valaisanne
des travailleurs sociaux (AVALTS) qui me paraît être le lien idéal entre mon travail et le
terrain choisi. En effet, l’AVALTS compte environ 300 membres, travailleurs et
travailleuses sociales de tous horizons. Ce large panel d’interviewés me permet
De limiter le risque d’avoir peu de réponses, donc un échantillon non
représentatif du terrain social valaisan.
D’interroger les travailleurs et travailleuses de toutes les branches sociales
(handicap, service social, addiction, enfance, etc) et de tout le Valais romand.
D’adresser le questionnaire à tous les types de travailleurs et travailleuses
sociales puisque l’AVALTS réunit autant les personnes formées en
apprentissages, dans les écoles sociales, les HES ou les universités, des
hommes et des femmes de tous âges.
De créer un échantillonnage par la méthode aléatoire : « il s’agit de faire en
sorte que chaque élément de la population ait une chance égale d’être
choisi » (Vilatte, 2007, p. 7)
Le questionnaire est une méthode quantitative qui m’a donné l’accès à des chiffres
descriptifs : quels sont les pourcentages des [Link].s [Link].s qui
connaissent, utilisent, méconnaissent, ont peur des méthodes de la PNL. C’est
également une méthode qui m’a permis de décrire, par l’analyse des réponses, les
représentations sur la PNL. « Il s’agit de mettre en évidence, à la fois des faits
psychologiques et/ou sociaux et des facteurs qui les déterminent. » (Vilatte, 2007, p. 4)
Les objectifs de mon enquête sont donc
D’estimer le nombre de [Link].s qui connaissent ou non la PNL
De vérifier mes hypothèses. J’entre là dans une démarche déductive :
1. La PNL est mal vue dans le travail social valaisan.
2. La PNL peut être un outil de qualité permettant de répondre au travail social
actuel, qui doit faire face à des bouleversements dus à l’évolution de la société.
33
La construction de mon questionnaire est l’élément clé de ma recherche. Je l’ai
construit en fonction du contenu théorique de ce travail sur la controverse et sur les
attentes du nouveau travail social. Mon enquête contient trois parties :
Les données générales sur les questionnés
Les questions sur les représentations de la PNL
Les questions sur la PNL dans la pratique professionnelle
Les questions sont regroupées par thèmes. J’ai tâché de suivre les conseils de
JC Vilatte, comme par exemple ne pas utiliser les négations, éviter les mots abstraits ou
techniques ou encore ayant une charge émotionnelle, éviter des questions qui mettent
en jeu la désirabilité sociale. Les questions ne doivent comporter qu’une seule idée. Elles
doivent être compréhensibles et laisser le moins de place possible à l’interprétation libre
(par exemple « souvent » peut correspondre à 3 fois pour les uns et 10 fois pour les
autres). Il est important également de donner des consignes pour les réponses.
Le programme Google forms m’a permis de formuler facilement des questions selon
le type de réponses que je souhaite : questions ouvertes, fermées, questions à choix
multiples ou à choix forcé, questions à échelle de rang (classer une réponse)
Le cadre de l’enquête (par qui, pourquoi, confidentialité) est précisé dans une lettre
d’accompagnement. (Annexe 3) Le délai de réponse à mon enquête, d’abord de 20 jours,
suivi d’un rappel et d’une prolongation de 10 jours, doit permettre d’augmenter le nombre
des participants. Le questionnaire est envoyé par internet, se remplit facilement et la durée
pour y répondre est de 10 minutes. Il permet à tous les enquêtés de conserver leur
anonymat, que j’ai également respecté en écrivant ce travail.
10.1. L’échantillonage
55 personnes ont répondu au questionnaire qui a été envoyé à environ 300
personnes : 63 % de femmes et 37 % d’hommes dont la moyenne d’âge est de 42 ans.
1 personne à un CFC, 21 personnes sont formées à l’Ecole Sociale (ES), 24 à la HES en
travail social et 9 sont universitaires.
Leurs formations
les répondant.e. au questionnaire
16% 2% CFC
38% ES
21; 38% homme
44% HES
34; 62% femme
Universitaires
34
nombre de personnes formées en coaching = 24
16
14
14
12
10
8
6
4 3
2 2 2 2
2 1 1 1 1
0
Les différents domaines représentés dans mon étude sont : l’addiction, l’insertion
socioprofessionnelle, le handicap (physique et mental), l’enfance (crèche, école, foyers
d’accueil), l’adolescence (foyers d’accueil, insertion), la formation (des [Link].s)
et le service social. Le travail social est donc bien représenté. Il manquerait le domaine
de la vieillesse.
35
Comment qualifiez-vous vos connaissances de la PNL ?
29
11
4 6 4
1
Bonnes Excellentes faibles moyennes nulles très bonnes
Total 11 1 29 4 6 4
Sur les 24 personnes qui ont un niveau HES, 11 ont une formation en coaching
(44 %) dont 6 en PNL. Sur 21 personnes formées à l’Ecole sociale, 8 sont formées en
coaching (36 %) dont 6 en PNL. Sur 9 universitaires, 6 ont une formation en coaching (77
%) dont 3 en PNL.
Une personne se dit « coach de personne certifiée », une autre suit une formation
continue en coaching. Deux autres considèrent que la méthodologie de projet ou le fait
d’être praticien-formateur sont des méthodes de coaching, ce en quoi ils n’ont pas tort si
nous considérons que ces formations permettent d’accompagner une personne vers la
réalisation d’un objectif.
Une personne formée à la PNL et qui en a de bonnes connaissances a eu une
mauvaise expérience avec un professeur de PNL. Son avis sur la PNL est négatif et il
transparaîtra dans toute l’analyse.
36
10.2. Synthèse des données sur l’échantillonnage
Sur les 55 réponses obtenues se trouvent celles de mes collègues de travail qui sont
presque tous PNListes (environ 5). J’ai également envoyé ce questionnaire aux
personnes qui étudient la PNL en même temps que moi. Je me retrouve donc avec un
échantillon un peu « truqué » car sur les 55 enquêtés, 14 sont formés à la PNL. Ceci dit,
avoir l’avis de ces 14 personnes a permis de contrebalancer l’avis des 31 personnes non
formées au coaching et qui ont sûrement répondu aux questions sur la PNL en se basant
sur leurs connaissances très générales du coaching.
Le large éventail des méthodes de coaching mentionnées par les enquêtés, telles la
méthodologie de projet ou encore la formation de praticien-formateur, démontre que le
coaching est un mot vaste et que sa signification peut être très différente d’un individu à
l’autre.
Sur mon échantillon, presque la moitié des [Link].s valaisans (45 %) ont
jugé utile de se former en coaching. Est-ce que le coaching est considéré comme un outil
de travail utile ? Est-ce que le coaching est considéré comme une méthode adaptée au
travail social ? Les premiers chiffres le démontrent mais d’autres questions me
permettront d’affiner encore les réponses.
Les universitaires sont formés à une méthode de coaching pour 77 %, les HES pour
44 % et les ES pour 36 %. L’échantillonnage est trop petit pour conclure de manière
certaine que plus le niveau d’étude dans le social est haut, plus les gens sont formés au
coaching.
14 personnes sur 55 sont formées à la PNL, dont 4 qui disent en avoir de faibles ou
de moyennes connaissances. Soit elles sont au début de leur formation, soit elles
considèrent comme formation un cours qui n’aurait que survolé la PNL. Mon
questionnaire ne permet malheureusement pas de le déterminer.
Sur les 55 répondants, 33 personnes ont de moyennes ou faibles connaissances de
la PNL et 6 n’en n’ont aucune. La PNL est donc méconnue pour 63 % des enquêtés.
Les personnes qui ont une formation en coaching autre que la PNL connaissent la
PNL sauf 5 personnes qui disent en avoir de faibles connaissances, soit 38 %. Ce n’est
parce que l’on est formé en coaching que l’on connaît bien la PNL
Suite à ces données qui décrivent mon échantillon, je m’intéresse maintenant aux
représentations sur la PNL des [Link].s [Link].s.
37
11. Analyse des données sur les représentations de la PNL
38
Pour 39 enquêtés, la PNL est une technique de coaching qui
25 sert à... 23
20
15
10
10
5 3
2
1
0
Pnlistes formés à d'autres non formés
méthodes
accompagner des personnes développement personnel accompagner et dvpt personnel
pousser à l'excellence manipuler
39
La PNL c'est ... ne sait pas; 2; 4%
supercherie; 1; 2%
outil; 4; 7%
pseudo-science; 6;
11%
science; 3; 5%
Technique de
coaching; 39; 71%
Plusieurs faits ressortent de ces chiffres. Les PNListes ne considèrent pas le PNL
comme une science. C’est donc que cette notion ne transparaît pas dans les formations.
On peut en déduire que les formations présentent la PNL comme outil de coaching et ne
font pas mention des fondements scientifiques de la PNL.
Les personnes formées à d’autres méthodes de coaching sont plus critiques à l’égard
de la PNL, qui, pour 5 d’entre elles (la moitié) n’est qu’un outil, qui plus est dangereux.
Les personnes non formées en coaching, qui ont toutes des connaissances de la
PNL entre nulles et moyennes, considèrent en grande majorité que la PNL est une
méthode de coaching. Mais qu’est-ce le terme « méthode de coaching » représente pour
elles ? Pour 36 d’entre elles, une méthode de coaching sert à accompagner des
personnes et au développement personnel. 2 personnes disent que la PNL vise à
pousser une personne vers l’excellence et une personne dit que la PNL vise à manipuler
une personne. Ceci démontre une connaissance de la PNL qui ne la dévalorise pas.
J’émets cependant cette hypothèse : les non-formé répondent peut-être en se basant sur
la connaissance générale qu’ils ont du coaching et non sur la PNL elle-même. De ce fait,
ils prouvent qu’ils classent la PNL dans les méthodes de coaching et qu’ils accordent à
cette dernière les mêmes visées que n’importe quelle autre méthode de coaching. Dans
tous les cas, ils n’en n’ont pas une représentation négative.
Si donc, pour la plupart des enquêtés, la PNL sert à accompagner et au
développement personnel, deux personnes disent ne pas savoir à quoi sert la PNL. Deux
personnes disent que les visées dépendent du coach. Ces deux personnes sont formées
à la Gestalt et à l’analyse transactionnelles. 5 personnes parlent de visées manipulatoires
dans le sens négatif du terme. La manipulation, mais cette fois-ci dans le sens positif du
terme est évoquée par 3 personnes. Voici la remarque d’une de ces personnes :
« Manipuler une personne, accompagner une personne, se développer au niveau
personnel, se soigner, Pousser une personne à l'excellence, Remarque : les outils
efficaces servent à beaucoup de choses... ça dépend de l'objectif du bénéficiaire et de la
compétence du coach. »
40
A travers cette remarque, on peut constater que le terme « manipuler » représente
pour cette personne un moyen d’accompagner une personne vers son épanouissement,
même si dans le même temps, elle est consciente que manipuler peut servir à des
objectifs négatifs.
25
Accompagner et/ou
développement personnel
20
pousser à l'excellence
15
11 Manipuler (sens négatif)
10
divers
5 4
3
2 ne sait pas
1 1 1 1 1 1
0
Pnlistes formés à non formés
d'autres
méthodes
En majorité, les visées de la PNL sont donc connues et bien jugées. J’émets
cependant la même hypothèse que précédemment : les non-formés répondent peut-être
en se basant sur la connaissance générale qu’ils ont du coaching et non sur la PNL elle-
même. La réponse à la question suivante tend à corroborer cette hypothèse puisque, si
un coaching en PNL leur était proposé, 34 % des enquêtés se renseigneraient avant sur
la PNL et sur la réputation du coach, 14 % hésiteraient tandis que 11 % refuseraient, soit
au total 59 % des enquêtés qui émettent une réserve contre 41 % qui accepteraient.
Si on m’offre un coaching…
PNListes Formés à d’autres Pas formés
méthodes de coaching
J’accepte 7 4 12
J’hésite 1 3 4
Je refuse 1 1 4
Je me renseigne sur 2 5 11
la PNL et la réputation
du coach
total 11 13 31
Tab 10 Si on m’offre un coaching en PNL…
41
Les raisons des 6 qui refusent un coaching en PNL sont les suivantes : je ne veux
pas perdre mon temps – je ne suis pas convaincu par la méthode – je n’y « crois » pas –
méthode psychologisante et manipulatrice – méthode « capilotractée » (tirée par les
cheveux) - ce n’est pas sérieux – je ne connais pas la PNL. Le PNListe qui refuse le
coaching est la personne formée qui dit avoir eu une mauvaise expérience avec un
professeur de PNL.
Les 8 personnes hésitantes nous donnent les raisons suivantes : pas assez informée
ni convaincue – mauvaise impression lors d’une première approche – expérimentation
avec des succès divers – la méthode ne correspond pas à ma vision de l’humain – je ne
suis pas conquis par la méthode – j’apprécie plus d’autres méthodes – j’ai entendu parler
de manipulation – risque de manipulation.
Cette question est différente des autres questions qui font appel aux connaissances
générales des enquêtés. Celle-ci implique directement les enquêtés. Et la réponse est
plus nuancée puisque 32 personnes se renseignent avant, hésitent ou refusent, laissant
transparaître une certaine méfiance de la PNL. Seules 12 personnes non formées au
coaching accepteraient, donc 19 personnes non-formées se renseignent avant, hésitent
ou refusent. La PNL, c’est bien…pour les autres.
Voici maintenant les avis des enquêtés sur les trois affirmations suivantes. Je les
regroupe car elles traitent toutes de l’efficacité de la PNL :
1. La PNL permet un changement rapide
2. La PNL permet un changement durable
3. La PNL permet de régler une problématique comportementale.
23 personnes sont d’accord avec les trois affirmations, soit 42 % des enquêtés ont
une représentation positive sur l’efficacité de la PNL : 3 personnes sont formées à
d’autres méthodes de coaching, 10 personnes sont formées à la PNL et 10 personnes
ne sont pas formées. Sur ces 10 personnes, 2 personnes qualifient leurs connaissances
de la PNL de moyennes, les autres en ont des connaissances faibles. Elles peuvent
cependant répondre à ces questions puisqu’elles n’ont pas choisi l’option « je ne sais
pas ». Sur le total des personnes non-formées au coaching (31), c’est donc le 32 % qui
a une représentation positive de l’efficacité de la PNL.
4 personnes, toutes ayant des connaissances faibles de la PNL répondent à ces trois
affirmations : « je ne sais pas », soit 7 % des enquêtés qui n’ont pas de représentation à
ce sujet.
5 personnes ne sont pas d’accord avec ces trois affirmations : le PNListe qui n’aime
pas cette méthode, 2 personnes formées à d’autres méthodes de coaching et 2
personnes non formées, soit 9 % des enquêtés ont une représentation négative de
l’efficacité de la PNL.
9 personnes ont utilisé un « ne sais pas » sur au moins une des affirmations, 5 non
formés et 4 formés à d’autres méthodes. Sur ces 9 personnes, une a une représentation
négative, les 7 autres ont une représentation positive. Je les rajoute aux personnes qui
répondent oui ou non aux trois affirmations.
42
14 personnes, (1 PNL, 4 autres et 9 non formés) ont donc une représentation de
l’efficacité de la PNL nuancée. La PNL permet un changement rapide obtient 7 oui et 7
non. La PNL permet un changement durable obtient 8 oui et 6 non et la PNL permet de
régler une problématique comportementale obtient 8 oui et 6 non. Le PNListe qui
considère qu’il a de bonnes connaissances en PNL ne pense pas que la PNL permet un
changement rapide et durable. Par contre, il pense qu’elle permet de régler une
problématique comportementale.
représentation
nuancée; 14;
26%
représentation
positive; 31;
56%
représentation
négative; 6;
11%
Je me penche maintenant sur les questions liées aux risques pour le coaché. Dans
cette problématique, j’utilise le mot « manipulation » car il en est beaucoup question en
PNL. Cependant, ce mot est à prendre avec des pincettes. En effet, pour les uns, la
manipulation peut être positive. Je l’ai démontré dans le chapitre sur les visées de la PNL.
Elle est un outil pour permettre un changement souhaité de comportement. D’autres
n’envisagent pas cette possibilité et le mot manipulation a une connotation négative.
Dans mon questionnaire, en recoupant les données, je peux définir que sur les
43
27 personnes évoquant la manipulation, 14 personnes disent dans le même temps que
cela ne comporte pas de risque pour le client. Elles reconnaissent donc que la PNL
permet de manipuler pour le bien du client. Sur ces 14 personnes, 5 sont formées en
PNL, 2 sont formées à d’autres méthodes de coaching et 7 ne sont pas formées. 12
personnes disent que la PNL permet de manipuler et que dans le même temps, cela
comporte un risque pour le coaché. Sur ces 12 personnes, 6 sont formées à d’autres
méthodes de coaching et qualifient toutes la PNL d’outil ou de pseudo-science. 2 sont
formées à la PNL. Il y a bien sûr le PNListe qui n’aime pas cette méthode et une autre
qui dit « Pour moi ce n'est pas la méthode qui correspond le mieux avec ma vision de
l'humain ». 4 ne sont pas formées en coaching et sont méfiantes face à la PNL.
Pour 23 autres personnes, la PNL ne permet pas de manipuler et n’implique pas de
risques pour le coaché. 5 personnes ne savent pas répondre à cette question. Elles nes
sont pas mentionnées dans le tableau ci-dessous.
Manipulation / risque
Permet la manipulation Ne permet pas la manipulation
Comporte des Ne comporte Comporte des Ne comporte
risques pour le pas de risque risques pour le pas de risque
coaché coaché
PNListe 2 5 0 7
Autres méthodes de coaching 6 2 0 2
Non formés 4 7 2 12
Total 12 14 2 21
NB : 1 ne sait pas
Tab 13 Manipulation/risque en PNL
La moitié (49 %) des enquêtés pensent que la PNL permet de manipuler et pour
44 % d’entre eux, cela comporte un risque pour le coaché.
L’autre moitié (51 %) pensent que la PNL ne permet pas de manipuler et pour 91 %
d’entre elles, la PNL ne comporte pas de risques pour le coaché. Les deux personnes
qui ne pensent pas que la PNL permet de manipuler mais qui dans le même temps parlent
d’un risque pour le coaché ne sont pas formées en coaching. Il semblerait que cette
méfiance provient du code éthique de la PNL. En effet, elles ont des représentations
positives quant à l’efficacité de la PNL, elles pensent que n’importe qui ne peut pas être
coach et que les formations permettent d’acquérir des compétences. Par contre, elles
estiment qu’il faut, en plus du code de déontologie du travail social, que la PNL ait son
propre code éthique.
Sur cette question évoquant la manipulation, les gens sont donc très partagés :
(49 % -51 %), les PNListes également puisqu’une moitié pense que la PNL permet la
manipulation et l’autre moitié pense que non.
Les affirmations suivantes parlent de la formation de coach en PNL. Je les traite de
manière combinée car l’une et l’autre se complètent. Cela me permet d’avoir une
meilleure compréhension des réponses des enquêtés.
1. N’importe qui peut être coach en PNL
2. La formation en PNL permet d’acquérir des compétences
44
9 personnes pensent que n’importe qui peut être coach en PNL dont 5 PNListes, 2
personnes formées à d’autres méthodes et 2 personnes non formées. Mais dans le même
temps, sur ces 9 personnes, 8 disent que la formation en PNL permet d’acquérir des
compétences. J’en conclus que pour ces personnes, les formations sont bonnes mais
pas la certification. La 9ème est le PNListe fâché contre la PNL.
Total 8 1 39 2
Tab 14 La formation en PNL
Pour 41 personnes, pas n’importe qui peut devenir coach et les formations permettent
d’acquérir des compétences. 5 personnes répondent qu’elles ne savent pas.
Afin de compléter cette analyse de la représentation de la PNL pour les
[Link].s, voici ce qu’ils ou elles répondent aux trois affirmations suivantes :
La PNL en travail social fait peur aux professionnels
La PNL en travail social fait peur aux usagers
La PNL en travail social fait peur aux mandants
16 personnes pensent que la PNL fait peur aux usagers. A égalité, 16 personnes ne
savent pas répondre et 23 personnes pensent que la PNL ne leur fait pas peur.
19 personnes pensent que la PNL fait peur aux [Link].s. 11 personnes ne
savent pas répondre et 25 personnes pensent que la PNL ne leur fait pas peur.
16 personnes pensent que la PNL fait peur aux mandants, 17 ne savent pas et 22
pensent que non.
45
La PNL fait peur aux usagers La PNL fait peur aux
20
[Link].s
15
15 14
10 15 10
10 5 5 6 6 6 10 6 6 5 5
5 2 5 3 3 3
0
0 0
16 oui 23 non 16 ne sait 19 oui 25 non 11 ne sait
pas pas
PNListes autres méthodes non formés Pnlistes autes méthodes non formés
Ces données sont serrées. C’est une petite majorité des enquêtés qui pensent que
la PNL ne fait pas peur. 30 % des enquêtés pensent que la PNL fait peur, ce qui est
quand même un pourcentage élevé. Le nombre élevé de « ne sait pas » peut démontrer
le fait que la question de la PNL n’est pas un sujet de discussion entre les enquêtés et
les usagers, les [Link].s, les mandants.
46
L’efficacité de la PNL
56 % des personnes jugent la PNL efficace (elle permet un changement rapide,
durable et permet de régler les problématiques comportementales) contre 11 % qui la
jugent inefficace. 26 % ont une représentation de son efficacité nuancée mais sur ces
26 %, une légère majorité à une vision plus positive que négative.
La formation
9 personnes dont 5 qui sont des PNListes, nous disent que n’importe qui peut être
coach en PNL. Mais toutes (sauf le PNListe fâché) jugent que la formation permet
d’acquérir des compétences. Ces personnes feraient donc confiance aux formations mais
pas la certification. 41 personnes font confiance et aux formations et à la certification,
donc une large majorité.
La manipulation
Lorsque j’aborde la question de la manipulation, les réponses se font plus nuancées
et les écarts de pourcentage s’amenuisent : 49 % pensent que la PNL permet de
manipuler et 51 % pensent que non. La question de la manipulation est donc liée à la
PNL pour presque la moitié des enquêtés. Lier la question de la manipulation avec celle
des risques encourus par le coaché me permet de dire que pour 25 % des enquêtés, le
mot « manipulation » est connoté négativement. En effet, ce mot, souvent utilisé en PNL
peut aussi être pris dans le sens positif : la PNL permet de manipuler le coaché dans le
but de l’amener vers un mieux-être. La manipulation devient dans ce cas un outil éthique.
Lorsque l’on implique les enquêtés en leur proposant un coaching en PNL, 34 % des
enquêtés se renseigneraient avant sur la PNL et sur la réputation du coach, 14 %
hésiteraient tandis que 11 % refuseraient, soit au total 59 % des enquêtés qui émettent
une réserve contre 41 % qui accepteraient.
Le dernier point du paragraphe ci-dessus, traitant de la peur, démontre que si la PNL
est plutôt bien vue par les enquêtés, lorsque ils projettent l’idée de la PNL sur les usagers,
les autres [Link].s ou sur les mandants, 30 % d’entre eux pensent que la PNL
inspire la peur. 26 % des personnes répondent qu’elles ne savent pas répondre à ces
questions. La PNL n’est donc pas un sujet abordé dans le cadre de leur travail. Restent
44 % qui pensent que la PNL ne fait pas peur.
47
personnes, 3 sont formées à d’autres méthodes de coaching, 2 en PNL et 2 ne sont pas
formées. Toutes mettent en évidence le fait que la PNL permet la manipulation et que
l’éthique dépend du coach. 8 personnes, toutes non formées au coaching répondent
qu’elles ne savent pas et les 37 autres personnes pensent que la PNL obéit à un cadre
éthique, donc une majorité de 67 %.
La PNL obéit à un cadre éthique
Formés à 1 3 5 0
d’autres
méthodes de
coaching
Non formés 1 2 8 12 8
Total 3 7 20 17 8
A l’affirmation suivante : « La PNL en travail social n’a pas besoin d’un cadre éthique,
le code de déontologie du travail social suffit » 9 personnes ne savent que répondre. 11
personnes pensent que oui. Les autres enquêtés, soit 35 personnes estiment que, malgré
le cadre déontologique professionnel, la PNL doit offrir son propre cadre.
La PNL en travail social n'a pas besoin d'un cadre éthique, le code de
déontologie du travail social suffit
Oui Non Ne sait pas
20 % 64 % 16 %
Pnlistes 3 7 2
Formés à d’autres 4 8 1
méthodes de coaching
Non formés 4 20 6
Total 11 35 9
48
12.1. Synthèse par rapport à l’éthique de la PNL
67 % des personnes pensent que la PNL obéit à un cadre éthique.
64 % des personnes pensent qu’en travail social, la PNL doit quand même obéir à son
propre cadre éthique, en plus de celui de la profession.
Pour 31 % des personnes, performance et travail social ne sont pas antinomiques.
Les PNListes trouvent tous la méthode très utile à utile (sauf le PNListe qui n’aime
pas la méthode). Au total, 34 personnes, soit 61 % des enquêtés pensent que la PNL est
utile en travail social. Restent 31 % d’indécis et 7 % qui pense que la PNL n’est pas utile
en travail social.
Pour toucher directement à la professionnalité des enquêtés, j’ai posé l’affirmation
suivante : « La PNL offre au travailleur social des outils de qualité » 6 personnes ne
49
savent pas répondre, 9 personnes pensent que la PNL n’’offrent pas des outils de qualité.
Sur ces 9 personnes, 5 sont formées à d’autres méthodes de coaching. 41 personnes
pensent que la PNL est un outil de qualité en travail social.
16%
non (dont 5 formés
à d'autres
73 %
méthodes de
coaching)
ne sait pas
Pour affiner l’analyse sur la qualité de l’outil, les enquêtés ont également répondu
aux affirmations suivantes :
La PNL répond de manière individuelle aux problématiques des personnes
La PNL favorise l'autodétermination
La PNL permet d'obtenir les résultats souhaités de manière rapide
Ces affirmations découlent des concepts théoriques développés dans mon travail :
individuation, autodétermination et marchandisation.
20 personnes sont d’accord avec les trois affirmations. (7 PNListes, 4 autres
méthodes de coaching et 9 non formées) 3 personnes (1 PNListe, 1 autres méthodes de
coaching et 1 non formée) ne sont pas d’accord et 5 personnes répondent au trois
affirmations qu’elles ne savent pas. (1 autres méthodes de coaching et 4 non formées)
8 personnes ne savent pas répondre à l’une des affirmations mais répondent
positivement aux autres. Je les rajoute aux 20 personnes. 1 personne ne sait pas
répondre à l’une des affirmations et réponde négativement aux autres. Je la rajoute au 3
personnes qui ne sont pas d’accord avec les affirmations.
18 personnes ont des avis nuancés (3 PNListes, 5 autres méthodes de coaching et
9 non formés) : « La PNL répond de manière individuelle aux problématiques des
personnes obtient 10 oui, 6 non et 2 « je ne sais pas ». « La PNL favorise
l’autodétermination » obtient 7 oui et 11 non. « La PNL permet d’obtenir les résultats
souhaités de manière rapide » obtient 10 oui et 8 non.
50
La PNL permet l'individuation,
l'autodétermination et la rapidité
ne sait pas; 5; 9%
Avis négatifs; 4;
7%
Avis positifs Avis négatifs Avis nuancés ne sait pas
51
13.1. Synthèse des réponses portant sur la PNL dans la professionnalité
61 % des enquêtés pensent que la PNL est utile en travail social, 31 % ne savent pas
et 7 % jugent la PNL inutile en travail social. 50 personnes sur 55 estiment que la PNL a
sa place dans le travail social
73 % pensent que la PNL est un outil de qualité dans le travail social, contre 16 %
qui disent non et 11 % d’indécis.
51 % des répondants sont d’accord avec le fait que la PNL permet de répondre de
manière individuelle, de favoriser l’autodétermination et d’obtenir des résultats
rapidement. 7 % ne sont pas d’accord avec ces affirmations et 5 % ne savent pas si ces
affirmations sont vraies ou fausses. Il reste 33 % des personnes qui ont un avis
nuancé sur ces questions. A l’intérieur de ces 33 %, les avis sont plutôt positifs sur la
question de l’individualisation de la réponse et sur la question de la rapidité des résultats.
Par contre, ils sont plutôt négatifs sur le fait que la PNL favorise l’autodétermination. Est-
ce que la présence d’un coach donne l’impression qu’il n’y a plus d’autodétermination
possible, autrement dit que c’est le coach qui détient le pouvoir dans la relation ?
Dans l’ensemble, la PNL est donc bien accueillie dans le travail social. Les
travailleurs et travailleuses sociales pensent en majorité que la PNL peut améliorer leur
professionnalité.
52
14. Résultats
Pour pratiquer l’analyse, j’ai parfois dû interpréter certaines réponses qui me
paraissaient peu claires. Je l’ai fait en me référant à l’ensemble du questionnaire concerné
pour mieux comprendre la vision de la PNL de l’enquêté et j’ai tâché de rester le plus
objective possible.
Dans l’analyse, certaines données me font penser à certaines hypothèses. Je les ai
émises car j’ai estimé qu’elles pouvaient apporter un autre éclairage aux réponses
statistiques. Cependant ces hypothèses ne sont pas vérifiées.
J’ai évidemment tâché de construire le meilleur questionnaire possible, Cependant,
certaines erreurs me sont apparues au moment de l’analyse : des mots utilisés, trop
vagues comme par exemple la longueur de la formation, donnée trop subjective ou
encore deux notions dans un seul choix de réponse : je me renseigne sur la PNL et sur
la réputation du coach. Ces erreurs ont rendu inexploitables ces données. Une autre
erreur commise m’a posé quelques problèmes : le manque de précision de la question
concernant la formation en coaching. J’aurai dû demander des précisions sur cette
formation afin de pouvoir définir la qualité de la formation suivie. Certains enquêtés par
exemple disent avoir une formation en PNL mais dans le même temps, en avoir de faibles
connaissances. Que considèrent-ils comme une formation : un stage de deux jours, un
cours durant leur formation professionnelle ? Je n’ai pas eu les données pour pouvoir y
répondre. Pourtant, j’aurai gagné, en posant mieux cette question, des renseignements
précieux sur la formation en PNL, élément clé de la controverse. J’ai encore commis une
autre erreur au niveau de la formation en posant l’affirmation : « la formation en PNL
permet d’acquérir des compétences. » Toute formation permet d’acquérir des
compétences. Ce que je voulais savoir, c’est si la formation en PNL permet de former de
bons coaches. Il y aurait aussi eu deux questions-clé qui sont à la base de vives critiques
de la PNL : les présupposés et le behaviorisme de la méthode. Je me rends compte, à la
fin de l’analyse, que je n’ai pas questionné sur ces points. Dans le même temps, ces
éléments font appel à des connaissances spécifiques de la PNL. Pour aborder ces points
dans mon enquête, j’aurai dû donner des explications théoriques préalables, ce qui induit
une possible manipulation du public-cible.
Remarque à propos des questions à échelle de rang : pour beaucoup d’affirmations
posées dans mon questionnaire, l’enquêté pouvait choisir les réponses : « pas du tout
d’accord, pas d’accord, d’accord, tout à fait d’accord ». Je n’ai pas exploité ces données
car j’ai estimé que le travail demandé ne valait pas la peine face aux résultats que j’aurai
obtenus, qui n’auraient pas apporter grand-chose de plus à mon analyse, si ce n’est d’en
compliquer la lecture. J’ai donc traité de la même manière les « pas du tout d’accord » et
« pas d’accord », etc.
Sur les conseils de ma directrice de travail, j’ai posé la même question à deux endroits
différents du questionnaire, afin de vérifier la validité des réponses. 4 enquêtés ne donnent
pas la même réponse.
Ces quelques détails sont des erreurs de jeunesse mais dans l’ensemble, je suis
satisfaite du choix de mes questions. Elles ont permis une analyse intéressante.
J’ai entrepris ce travail de bachelor en pensant que la majorité de mes collègues, soit
ne connaissent pas la PNL, soit la juge de manière négative. Je leur ai soumis un
questionnaire contenant les éléments qui font la controverse autour de la PNL afin de
53
vérifier mon impression. Je suis surprise du résultat. En effet, 16 enquêtés connaissent
bien la PNL, les autres personnes, 39 au total, en ont des connaissances moyennes à
nulles. Il est tout à fait possible que ces 39 personnes aient répondu aux questions sur la
PNL en se basant sur leurs connaissances générales du coaching, qui est une notion
bien admise dans notre société. Elles n’ont peut-être jamais entendu parler de la
controverse autour de la PNL. Mais dans tous les cas, elles traitent la PNL comme une
méthode de coaching à part entière, démontrant ainsi que cette méthode ne pose pas
plus de questionnement qu’une autre.
Deuxième étonnement, 45 % des travailleurs et travailleuses sociales sont formées
à une méthode de coaching. C’est dire que les [Link].s jugent important
d’acquérir des outils pour mieux accompagner les usagers et que le coaching fait partie
des outils étudiés dans les formations continues.
Aux apports théoriques de ce travail, l’analyse des données me permet de répondre
ceci :
La PNL est accusée d’être une pseudo-science : un mélange aléatoire de
concepts scientifiques simplifiés, utilisation d’une novlangue.
Mon enquête a déterminé que seule une partie des personnes interrogées (11)
pensent que cette affirmation est vraie. Pour 76 % d’entre elles, la PNL est une méthode
de coaching comme une autre qui permet d’accompagner des personnes et le
développement personnel.
Par contre, la PNL, dans son aspect scientifique est méconnue puisque seules 3
personnes la qualifient de science. Je suis moi-même en formation de PNL et je puis dire
que j’ai pris conscience de cette scientificité en écrivant ce travail de bachelor.
La PNL est un produit marketing produisant des enjeux financiers. L’humain
devient une marchandise. La PNL n’est pas éthique.
11 personnes pensent que la PNL n’est pas humaniste. J’émets l’hypothèse qu’elles
pensent plutôt à la PNL comme à une méthode commerciale. 80 % des enquêtés
répondent que la PNL est humaniste.
Par rapport à l’éthique, la PNL est bien jugée. Pour 67 % des personnes, la PNL obéit
à un cadre éthique. Cependant, 64 % des personnes pensent que le code de déontologie
du travail social ne suffit pas lorsque l’on utilise la PNL avec les usagers. Le cadre éthique
de la PNL est important. Ces chiffres peuvent vouloir dire que si la PNL est bien vue,
attention, elle reste quand même une méthode à utiliser avec précaution et deux (deux
codes éthiques) valent mieux qu’une.
La PNL permet de manipuler les personnes. Le coaché est un instrument à
modeler.
49 % pensent que la PNL permet de manipuler, dont 25 % qui comprennent le mot
« manipuler » dans son sens négatif. 51 % pensent que non. 3 personnes parlent de
manipulation, mais cette fois-ci de manière positive. Elles admettent que la PNL permet
de manipuler… afin d’améliorer la situation insatisfaisante du coaché.
C’est donc une petite majorité (51 % contre 49 %) qui dit que la PNL n’a pas de visées
manipulatoires.
54
A cette notion de manipulation, je peux lier la notion de peur qu’inspire la PNL. 30 %
des enquêtés pensent que la PNL fait peur, soit aux usagers, soit aux mandants, soit aux
[Link]. Ce chiffre vient un peu nuancer la représentation presque idéale qu’ont
les travailleurs et travailleuses sociales de la PNL. La PNL ne leur fait pas peur mais ils
ou elles pensent qu’elle fait peur aux autres. 26 % ne savent comment répondre à cette
question, indiquant par là que la PNL n’est pas un sujet discuté avec les usagers, les
mandants ou les collègues. Il reste quand même un 44 % qui n’associe par le mot « peur »
à la PNL.
Les formations et les formateurs en PNL sont de qualité très disparate et
aléatoire
75 % des personnes jugent les formations en PNL bonnes. 16 % pensent que
n’importe qui peut être coach. Je rajoute, pour compléter ces chiffres, que 25 % des
enquêtés refuseraient ou hésiteraient à accepter un coaching en PNL. Là encore, les
formations en PNL ne sont pas aussi mal jugées que pourrait laisser supposer la
controverse.
La PNL est une supercherie car elle nie l’existence de l’insaisissable chez l’autre,
utilise des méthodes critiquables (synchronisation, calibrage) et ne tient pas compte
des contextes sociaux, économiques.
Je n’ai malheureusement posé aucune question à ce sujet, comme je l’ai mentionné
précédemment. Je ne peux donc pas connaître l’avis des enquêtés sur cette question.
Je peux compléter cette conclusion en indiquant que l’utilisation de la PNL en travail
social est tout à fait bien vue. La qualité de ses outils est reconnue. Les enquêtés pensent
en effet en majorité que la PNL permet un changement rapide et durable, qu’elle favorise
l’autodétermination et un suivi personnalisé. 61 % des enquêtés pensent que la PNL est
utile en travail social, 50 personnes sur 55 estiment que la PNL a sa place dans le travail
social
51 % des répondants sont d’accord avec le fait que la PNL permet de répondre de
manière individuelle, de favoriser l’autodétermination et d’obtenir des résultats
rapidement.
La controverse influence donc peu l’avis des enquêtés. Seule une petite partie parle
de pseudo-science, de supercherie, de manipulation et de la mauvaise qualité des
formations. Les travailleurs et travailleuses sociales du Valais romand ont une bonne
estime de la PNL. Ils, elles savent faire la différence entre la PNL humaniste et la PNL
marchande. Ils ou elles font confiance en leurs collègues qui se forment à cette méthode.
Ils ou elles sont acquises au fait que tous les outils sont utiles en travail social. Ils ou elles
ont à cœur de suivre des formations pour en acquérir. Pour conclure cette analyse, je
rapporte encore ces chiffres issus de mon enquête : on a proposé une formation en
coaching à 18 enquêtés (gestalt, entretien motivationnel, job coaching, etc). Sur ces 18
personnes, 10 sont intéressées. Sur les 55 répondants, 30 sont intéressés au coaching,
20 personnes ne sont pas intéressées.
Je suis étonnée d’un fait. Quand Olivesi ou Potier ou encore la mission
interministérielle de la lutte contre les sectes, évoquent le risque de manipulation, il n’est
jamais fait mention que les outils de la PNL permettent de « déprogrammer » ou de
« reprogrammer » un chemin neurologique. Les réponses au questionnaire n’ont pas non
55
plus fait émerger ce sujet. Il me semblait, avant de commencer ce travail, que ce serait
une des critiques principales de la PNL. L’explication tient peut-être au fait qu’il faille
connaître de manière approfondie l’utilisation des outils de la PNL pour savoir que nous
utilisons l’élasticité du cerveau pour créer de nouveaux chemins neurologiques.
56
15. Mes apprentissages
Ce travail de bachelor m’a permis d’augmenter considérablement mes
connaissances générales de la PNL, de sa scientificité et de ma compréhension de la
méthode. Dans le même temps, il m’a permis de faire quelques révisions, toujours utiles
dans le cadre de ma formation en PNL.
Il m’a permis de comprendre les origines de la controverse autour de la PNL, et ainsi
de nuancer mon avis sur la question. Quelques éléments de la controverse m’ont
poussée à la réflexion, par exemple le fait que la PNL ne tient pas compte des contextes
sociaux, culturels, etc. Est-ce que finalement, coacher en PNL ne serait que mettre un
emplâtre sur une jambe de bois ? Ma réponse est non. Un coaching en PNL sert à activer
une personne, favorisant ainsi le fait que ce soit elle qui travaille directement sur son
contexte. La PNL humaniste est utile en travail social, je pense toujours que c’est une
excellente méthode. J’ai compris aussi, par le biais de l’analyse, que chaque coach
défend sa propre méthode. J’en fais partie et en avoir conscience permet de mieux
respecter les autres méthodes.
Il m’a permis de mieux faire connaissance avec la PNL humaniste, non seulement
dans ses concepts, mais aussi dans son organisation.
Il m’a permis de lire beaucoup d’articles sur le coaching, qui ont soulevé des
interrogations quant à l’éthique : est-ce qu’un coaching demandé par un tiers est éthique,
est-ce que je peux utiliser la PNL dans mon travail quotidien sans informer explicitement
que je suis formée en PNL ? Ma réponse est non et je m’attacherai à informer le public
avec lequel je travaille actuellement.
Il m’a permis de lire des informations sur l’Etat social actif, de visualiser vers quel
avenir notre profession se dirige, de me fonder dans ma conviction que c’est vers le
développement de l’autodétermination et la désinstitutionalisation que l’on doit se diriger,
que l’Etat et nous devons encourager la responsabilisation des usagers, que cela peut
se faire sans induire la culpabilité, tout simplement en valorisant toutes les formes de
contribution au bien-être de la société. Cette vision de l’avenir renforce mon identité de
travailleuse sociale et mes valeurs professionnelles. Elle influencera mes
positionnements et ma posture s’en trouvera renforcée. Elle me permet également de me
sentir adéquate en travail social. Certes, je n’ai pas l’expérience de mes collègues, mais
j’ai acquis cette vision du travail social actuel et je suis, sur ce point, à même de leur offrir
quelques connaissances et de les pousser à s’interroger sur leurs pratiques. Ma
formation en PNL est également un plus que je peux valoriser un peu mieux.
Au niveau méthodologique, ce bachelor aura été mon premier travail de recherche.
Il fut lent, long, laborieux. J’ai perdu beaucoup de temps et d’heures de travail tout au
début de la démarche, emportée par mes idéaux. J’ai appris ce que demande de
précision et de concision un tel travail. Les cours sur la méthodologie du travail de
recherche ne m’ont pas empêchée d’essayer tous les chemins du labyrinthe. Arrivée au
terme du travail, je vois clairement dans quelles étapes je me suis fourvoyée et quels
changements j’adopterais s’il m’était donné de refaire un tel travail : au début, ne pas
viser la productivité (écriture) mais juste vouloir engranger des connaissances (lectures).
Ne pas se précipiter dans l’écriture, prendre le temps de digérer la matière, la laisser
poser et prendre des notes sur les observations - seulement après ces étapes, poser un
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canevas en suivant la méthodologie : question de départ concise, développement de la
partie théorique, pose des hypothèses, travail de terrain et analyse.
Par ce travail de recherche, j’ai également pris conscience, en côtoyant les
professeur.e.s qui nous ont accompagnés dans la démarche, de toute la partie recherche
dont sont constituées nos hautes écoles. C’était pour moi un monde insoupçonné.
58
16. Les annexes
Annexe 1 : Le code de déontologie de la Fédération du coaching de vie
59
60
FCV Fédération des coachs de vie, (2017) « Un accompagnement humaniste vers le changement », récupéré du site
[Link] consulté en août 2017
61
Annexe 2 : le questionnaire
62
63
64
65
66
Annexe 3 : lettre d’accompagnement de mon questionnaire
GenevièveThurre
Animatrice socioculturelle
[Link]@[Link]
079/637 73 62
Dans le cadre de mon bachelor en travail social, je mène une enquête sur l’utilisation de
la programmation neurolinguistique (PNL) dans le travail social.
Pour mener cette enquête, j’ai établi un questionnaire (lien ci-joint) qui me permettra de
mieux cerner quelles sont vos représentations de la PNL. Vos réponses sont précieuses,
même si vous pensez ne rien connaitre de la PNL, ou pas grand-chose.
L’enquête est adressée aux travailleurs et travailleuses sociales du Valais romand, par le
biais de l’Association valaisanne des travailleurs sociaux (AVALTS) qui a accepté de vous
la transmettre.
Pour remplir le questionnaire, vous aurez besoin d’une dizaine de minutes. Vos réponses
(délai 20 novembre) seront traitées de manière anonyme, elles me permettront de mieux
cerner les enjeux autour de la PNL dans notre travail.
Si les résultats de l’enquête vous intéressent, vous pouvez me laisser votre adresse mail
à la fin du questionnaire. Je vous les ferai suivre très volontiers. Si vous avez des
questions, n’hésitez pas à me contacter. J’y répondrai volontiers.
Geneviève Thurre
67
17. Liste des tableaux
Tableau 1 : Les répondants au questionnaire
68
18. Bibliographie
Amar P. & Angel P, (2015) « Le coaching » Que sais-je ? Clamecy, Puf Editions
Astier, I. (2009). « Les transformations de la relation d'aide dans l'intervention
sociale. » Informations sociales, 152,(2), 52-58. [Link]
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maïeutique », Edition Coaching-Services
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Chauvière, M. (2009). « Qu'est-ce que la « chalandisation » ? Informations sociales,
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