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Après le succès mondial de Devenir,

ses Mémoires, l’ancienne première


dame des États-Unis Michelle Obama
partage avec nous des conseils,
des histoires et des stratégies
efficaces pour rester optimistes
et sereins face aux incertitudes
du monde actuel.

D
ans Cette lumière en nous, Michelle
Obama engage un dialogue sincère
avec ses lecteurs et se penche sur des
questions que nous sommes nombreux à
nous poser : comment construire des relations
durables ? Comment nos différences peuvent-
elles nous rendre plus forts et nous souder ? Que
faire quand on a l’impression de perdre pied ?
Michelle Obama livre des récits personnels
inédits et des réflexions pertinentes sur les
changements qui bousculent nos vies, sur
l’adversité et le pouvoir : elle est persuadée
que, si on tourne sa lumière vers les autres,
on peut révéler la richesse et le potentiel du
monde autour de soi. En se fondant sur son
expérience de mère, de fille, d’épouse, d’amie
et de première dame, elle confie ses secrets et
les ressources qu’elle déploie pour faire face
aux aléas et surmonter les obstacles. C’est cette
sagesse, fruit de son expérience, qui lui permet
de continuer à s’accomplir. Avec l’humour,
l’honnêteté et l’empathie qui la caractérisent,
elle explore également des questions liées à la
race, au genre et à la visibilité, nous incitant à
vaincre nos peurs, à puiser de la force dans le
collectif et à vivre avec audace.

(SUITE SUR LE SECOND RABAT)


CETTE LUMIÈRE EN NOUS
de la même autrice

Devenir, Fayard, 2018 ; Le Livre de Poche, 2020.


CETTE
LUMIÈRE
EN
NOUS
S , ACCOMPLIR EN DES TEMPS INCERTAINS

MICHELLE
OBAMA
,
Traduit de l anglais (États-Unis)
par Karine Lalechère et Julie Sibony

Flammarion
Cette lumière en nous est une œuvre de non-fiction.
Les noms et les détails concernant certaines personnes mentionnées
dans cet ouvrage ont été modifiés afin de respecter leur vie privée.

Titre original : The Light We Carry

Éditeur original : Crown, marque de Random House,


une division de Penguin Random House LLC, New York.

Cette traduction est publiée en accord avec Crown, marque de Random House,
une division de Penguin Random House LLC, New York.

© Michelle Obama, 2022


Tous droits réservés.

L’éditeur tient à remercier pour leur autorisation


de reproduire des textes publiés auparavant :

Brooks Permissions : extrait de « Paul Robeson » de Gwendolyn Brooks.


Reproduit avec l’autorisation de Brooks Permissions.

The Permissions Company, LLC, pour le compte de Copper Canyon Press :


extrait de « A House Called Tomorrow », tiré de Not Go Away Is My Name
d’Alberto Ríos. © Alberto Ríos, 2018, 2020. Reproduit avec l’autorisation
de The Permissions Company, LLC, pour le compte de Copper Canyon Press,
[Link]. Tous droits réservés.

Writers House LLC : extrait de The Hill We Climb d’Amanda Gorman,


© Amanda Gorman, 2021. Reproduit avec l’autorisation de l’autrice.
Pour la traduction française : La colline que nous gravissons,
traduit par Lous and the Yakuza. © Amanda Gorman, 2021 ;
© Librairie Arthème Fayard, 2021, pour la traduction française.

Les crédits photographiques se trouvent page 345.

Pour la traduction française :


© Flammarion, 2022

ISBN : 978-2-0804-1473-1
À tous ceux qui se servent de leur lumière
pour faire en sorte que d’autres se sentent vus

Je dédie ce livre à ma mère et à mon père, Marian


et Fraser, qui m’ont inculqué les valeurs sur lesquelles
je m’appuie depuis longtemps pour m’orienter dans
le monde. Leur sagesse frappée au coin du bon sens
faisait de notre foyer un espace où je me suis sentie
regardée et entendue, où j’ai pu m’exercer à prendre
mes propres décisions, et devenir le genre de personne
que je voulais être. Ils ont toujours été là pour moi,
et leur amour inconditionnel m’a appris, très tôt dans
la vie, que j’avais une voix. Je leur suis infiniment
reconnaissante d’avoir allumé cette lumière en moi.
Pour un fauteur de troubles parmi tes ascendants,
Cent n’en étaient pas :

Ce ne sont pas les méchants qui gagnent – pas à la fin,


Aussi braillards soient-ils.

Nous ne serions tout simplement pas là


Sinon.

Tu es, foncièrement, une somme de bonté.


Sachant cela, tu n’avances jamais seul.

Tu es le scoop du siècle.
Tu es la bonne nouvelle qui résulte

De tout ce qui précède, même si, bien des jours,


Tu penses le contraire1.

alberto ríos,
« a house called tomorrow »
(« une maison nommée demain »)
Mon père m’aide à me rafraîchir lors d’un été caniculaire dans le South Side.
INTRODUCTION

À UN MOMENT, dans mon enfance, mon père s’est mis à


marcher avec une canne pour assurer son équilibre. Je
ne me souviens pas précisément de quand elle est apparue
dans notre appartement du South Side de Chicago – je devais
avoir 4 ou 5 ans –, mais tout à coup elle était là, fine et so-
lide, faite dans un bois foncé poli. Cette canne était une pre-
mière concession à la sclérose en plaques dont souffrait mon
père et qui le faisait fortement boiter de la jambe gauche.
Lentement, sans bruit, et sans doute bien avant son dia-
gnostic, cette maladie avait commencé à lui miner le corps,
s’attaquant à son système nerveux central et affaiblissant
ses jambes dans toutes ses tâches quotidiennes, qu’il s’agisse
de travailler à la station d’épuration des eaux municipale, de
gérer le foyer avec ma mère ou d’essayer d’élever dignement
ses enfants.
La canne aidait mon père à monter l’escalier jusqu’à notre
appartement ou à descendre la rue. Le soir, il la posait contre
l’accoudoir de son fauteuil et semblait l’oublier le temps de

11
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

regarder une émission de sport à la télé, d’écouter du jazz


sur la chaîne hi-fi ou que je m’asseye sur ses genoux pour lui
raconter comment s’était passée ma journée à l’école. J’étais
fascinée par son pommeau incurvé, l’embout en caoutchouc
noir à son autre extrémité, le son creux qu’elle faisait quand
elle tombait par terre. Parfois, j’essayais de m’en servir ; je
clopinais dans le salon en imitant les mouvements de mon
père, comme pour me mettre à sa place. Mais j’étais trop pe-
tite, et la canne trop grande, si bien que je finissais plutôt par
en faire un accessoire de jeu pour mes différents personnages
imaginaires.
Au sein de ma famille, cette canne ne signifiait rien de par-
ticulier. C’était juste un outil, au même titre que la spatule de
ma mère dans la cuisine, ou que le marteau de mon grand-
père chaque fois qu’il venait chez nous réparer une étagère
ou une tringle à rideaux. Un objet utilitaire, bienveillant, un
objet sur lequel s’appuyer quand nécessaire.
Nous ne voulions pas voir que l’état de mon père se dégra-
dait peu à peu, que son corps se retournait silencieusement
contre lui. Papa le savait. Maman le savait. Mon grand frère
Craig et moi n’étions que des enfants à l’époque, mais les
enfants ne sont pas idiots, de sorte que, même si notre père
continuait à jouer à la balle avec nous dans le jardin et à
assister à nos récitals de piano et autres matchs de base-ball,
nous le savions aussi. Nous commencions à comprendre que
sa maladie faisait de nous une famille plus vulnérable, moins
protégée que les autres. En cas d’urgence, il aurait plus de mal
à bondir pour nous sauver d’un incendie ou nous défendre
contre un intrus. Nous apprenions que nous n’étions pas
entièrement maîtres de notre propre vie.

12
INTRODUCTION

Et puis, de temps en temps, il arrivait que mon père soit


trahi par sa canne. Il calculait mal son pas ou se prenait le pied
dans un pli du tapis, et soudain il trébuchait et tombait. Alors,
en un instant, comme un arrêt sur image en pleine chute, tout
ce que nous espérions ne pas voir nous sautait à la figure : sa
vulnérabilité, notre impuissance, les temps incertains et de plus
en plus difficiles qui nous attendaient.
Le bruit que fait un homme adulte en heurtant le sol est
tonitruant ; c’est un bruit qui ne s’oublie pas. Il secouait
notre petit appartement tel un tremblement de terre, et nous
précipitait au secours de notre père.
« Fraser, fais attention ! » s’exclamait ma mère, avec l’il-
lusion que ses mots pouvaient empêcher rétroactivement ce
qui était déjà arrivé. Craig et moi faisions levier de tout notre
poids d’enfants pour aider notre père à se relever, puis nous
empressions de ramasser sa canne et ses lunettes là où elles
avaient atterri, comme si notre rapidité à le remettre sur pied
avait le pouvoir d’effacer le souvenir de sa chute ; comme
si nous avions le pouvoir d’arranger quoi que ce soit. Ces
incidents suscitaient chez moi de l’inquiétude et de la peur à
l’idée de tout ce que nous risquions de perdre, et de la sou-
daineté avec laquelle ça pouvait arriver.
En général, mon père se contentait d’en rire, minimisant
ainsi la gravité de l’événement, nous faisant comprendre que
nous avions le droit de sourire ou de plaisanter. Il y avait
comme un pacte tacite entre nous : il ne fallait pas s’appe-
santir sur ces moments. Sous notre toit, le rire était un autre
outil fréquemment sollicité.
Maintenant que je suis adulte, voilà ce que je sais de la sclé-
rose en plaques : c’est une maladie qui touche des millions de

13
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

gens à travers le monde, en piégeant leur système immunitaire


de telle façon qu’il se met à les attaquer de l’intérieur, prenant
ses alliés pour des ennemis, lui-même pour un intrus. Elle per-
turbe le système nerveux central, érodant la gaine protectrice
autour des fibres nerveuses qu’on appelle les axones, qu’elle
laisse dangereusement exposés.
Si la sclérose en plaques faisait souffrir mon père, il n’en
parlait jamais. Si les vexations liées à son handicap affec-
taient son moral, il le montrait rarement. Je ne sais pas s’il lui
est arrivé de tomber quand nous n’étions pas là – à la station
d’épuration ou en revenant de chez le coiffeur –, mais il serait
raisonnable de le penser, au moins quelques fois. Pourtant,
les années passaient. Mon père allait au travail, rentrait à la
maison, toujours avec le sourire. Peut-être était-ce une forme
de déni. Ou peut-être simplement une règle qu’il s’imposait.
Tu tombes, tu te relèves, tu continues.
Je me rends compte à présent que le handicap de mon père
m’a donné très tôt une précieuse leçon sur ce que ça fait d’être
différent, de traverser le monde marqué par quelque chose
qu’on ne maîtrise pas vraiment. Même si nous y pensions le
moins possible, cette différence était toujours présente. Ma
famille en portait le poids. On s’inquiétait de choses dont les
autres familles n’avaient pas à se soucier. On faisait preuve
d’une vigilance dont elles paraissaient pouvoir se passer.
Quand on sortait, on évaluait discrètement les obstacles, cal-
culant l’énergie qu’il faudrait à mon père pour traverser un
parking ou circuler dans les gradins lors des matchs de basket
de Craig. On mesurait les distances et les hauteurs différem-
ment. Comme on voyait différemment les escaliers, les rues
verglacées et les trottoirs un peu trop élevés. On jugeait les

14
INTRODUCTION

parcs et les musées au nombre de bancs qu’ils possédaient,


d’endroits où un corps fatigué pouvait se reposer. Partout où
on allait, on soupesait les risques et on cherchait des petits
arrangements pour mon père. On comptait les pas.
Et quand un outil ne fonctionnait plus, son efficacité mise à
mal par les progrès de la maladie, on en trouvait un autre, la
canne remplacée par une paire de béquilles, les béquilles à leur
tour par un scooter électrique adapté et un van spécialement
équipé de toutes sortes de leviers et vérins hydrauliques pour
compenser ce que son corps n’arrivait plus à faire.
Mon père aimait-il tous ces accessoires et appareils, pen-
sait-il qu’ils résolvaient ses problèmes ? Bien sûr que non.
Mais en avait-il besoin ? Absolument. C’est à ça que servent
les outils. Ils nous aident à rester debout, à garder l’équilibre,
à mieux cohabiter avec l’incertitude. Ils nous aident à gérer
les fluctuations de la vie, à nous en sortir quand on a l’im-
pression de perdre le contrôle. Et ils nous aident à continuer
à aller de l’avant, même quand on éprouve une gêne, même
quand nos fibres sont exposées.
J’ai beaucoup réfléchi à ces questions. À ce qu’on porte sur
nos épaules, à ce qui nous maintient debout face à l’incerti-
tude, à la façon dont on peut identifier nos outils et prendre
appui dessus, surtout en période de chaos. Et j’ai aussi réfléchi
à ce que veut dire la différence. Je suis frappée de voir com-
bien nous sommes à lutter avec ce sentiment d’être différent et,
plus généralement, par la place centrale que nos perceptions de
la différence continuent d’occuper dans nos débats sur le type
de monde dans lequel on veut vivre, le type de gens en qui on
a confiance, ceux qu’on glorifie et ceux qu’on abandonne en
route.

15
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

Ce sont des questions compliquées, bien sûr, avec des


réponses compliquées. Et il y a maintes façons de définir ce
que signifie « être différent ». Mais une chose mérite d’être
dite au nom de tous ceux qui partagent ce sentiment : il n’est
pas facile de trouver son chemin dans un monde semé d’obs-
tacles que les autres ne voient pas. Quand vous êtes différent,
vous pouvez avoir l’impression de devoir vous orienter avec
une carte et des contraintes de navigation distinctes de celles
des autres. Voire sans carte du tout. Et votre différence vous
précède souvent quand vous arrivez quelque part ; les gens
la voient avant de vous voir, vous. Ce qui vous met presque
automatiquement au défi de vous surpasser pour faire men-
tir ces préjugés. Défi épuisant, par définition.
En conséquence – pour une question de survie, en fait –,
vous apprenez la vigilance, comme ma famille a dû le faire.
Vous vous arrangez pour ménager votre énergie, vous comp-
tez vos pas. Ce qui aboutit à un paradoxe intrinsèque et ver-
tigineux : être différent contraint à la prudence, en même
temps que cela exige de l’audace.

VOILÀ PRÉCISÉMENT quel est mon état d’esprit au moment


de commencer à travailler sur ce nouveau livre, animée par
un sentiment à la fois de prudence et d’audace. Quand j’ai
publié Devenir en 2018, j’ai été surprise – abasourdie, pour
être honnête – par l’accueil reçu. J’y avais mis énormément
de moi-même, comme une manière de faire le bilan non seu-
lement de mes années en tant que première dame des États-
Unis, mais de ma vie en général. Je partageais dans ce livre

16
INTRODUCTION

les moments joyeux et glamour, mais aussi les épreuves que


j’avais traversées – la mort de mon père quand j’avais 27 ans,
la perte de ma meilleure amie de fac, les difficultés que
Barack et moi avions rencontrées pour concevoir un enfant.
Je revisitais certaines expériences déstabilisantes vécues dans
ma jeunesse du fait de ma couleur de peau. J’évoquais en
toute franchise ma tristesse de quitter la Maison-Blanche
– un foyer auquel nous avions fini par nous attacher – et de
devoir laisser les fruits du travail acharné de mon mari aux
mains d’un successeur insensible et irresponsable.
Exprimer tout cela publiquement m’apparaissait certes un
peu risqué, mais c’était aussi un soulagement. Pendant les huit
années où j’avais été première dame, j’étais restée attentive et
prudente, profondément consciente que les yeux du pays entier
étaient braqués sur Barack, nos deux filles et moi, et que, en
tant qu’occupants noirs d’une maison historiquement blanche,
nous n’aurions pas droit au moindre faux pas. Je devais m’as-
surer d’utiliser ma tribune pour faire bouger les choses dans le
bon sens, que les sujets sur lesquels je travaillais soient correc-
tement mis en œuvre, et qu’ils s’accordent avec le programme
présidentiel. Je devais protéger nos enfants et les aider à vivre
avec un semblant de normalité, et soutenir Barack alors qu’il
paraissait parfois porter le poids du monde sur ses épaules. Je
prenais chacune de mes décisions avec un soin extrême, soupe-
sant le moindre risque, évaluant tous les obstacles, faisant mon
maximum pour que nos filles et nous ayons une chance d’évo-
luer comme de vraies personnes, et pas juste des symboles de ce
que les gens adoraient ou détestaient dans notre pays. La ten-
sion était réelle et permanente, mais elle ne m’était pas étran-
gère. Une fois de plus, je comptais les pas.

17
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

En écrivant Devenir, j’ai eu le sentiment d’arrêter enfin


de retenir mon souffle. C’était le début d’une nouvelle phase
de ma vie, même si je n’avais aucune idée de ce en quoi elle
consisterait. C’était aussi le premier projet qui m’appartenait
en propre, sans être lié à Barack, à son gouvernement, à
nos filles ou à quelque aspect de ma carrière antérieure. J’ai
adoré cette indépendance, mais j’ai aussi eu l’impression
de m’aventurer seule en territoire inconnu, et je me suis
sentie vulnérable comme jamais. Un soir, juste avant la
sortie du livre, dans le logement où nous avions emménagé
à Washington après avoir quitté la Maison-Blanche, j’ai eu
une insomnie en songeant que cette histoire si personnelle,
racontée à cœur ouvert, allait bientôt se retrouver sur les
rayonnages des librairies et des bibliothèques, traduite dans
des dizaines de langues, disséquée par les critiques aux quatre
coins du monde. Le lendemain matin, je devais m’envoler
pour Chicago et donner ainsi le coup d’envoi d’une tournée
internationale d’environ un an qui allait me conduire dans
trente et une villes différentes, où je prendrais la parole dans
des salles dont la jauge pouvait aller jusqu’à vingt mille
personnes. Les yeux rivés sur le plafond, je sentais l’angoisse
monter en moi comme une vague, les doutes tourner en
boucle dans ma tête. Est-ce que j’en ai trop dit ? Est-ce que je
vais y arriver ? Ou tout faire capoter ? Et ensuite ?
Il y avait derrière ces interrogations quelque chose de
plus profond, de plus primitif, de plus enraciné et d’abso-
lument terrorisant, la question fondamentale sur laquelle
reposent tous les autres doutes, cinq mots qui hantent
infailliblement même les gens les plus puissants et les
plus accomplis que je connaisse, cinq mots qui m’ont

18
INTRODUCTION

poursuivie depuis ma jeunesse dans le South Side de


Chicago : Suis-je à la hauteur ?
À cet instant, je n’avais pas d’autre réponse que : Je n’en
sais rien.

C’EST BARACK QUI A FINI par me ramener à la raison. Dans


tous mes états, incapable de trouver le sommeil, je suis des-
cendue au rez-de-chaussée, où il était en train de travailler à
la lueur de sa lampe de bureau. Il m’a patiemment écoutée lui
déverser en long et en large les doutes qui me tenaillaient, lui
détailler par le menu chacun des écueils possibles et imagi-
nables. Comme moi, Barack n’avait pas encore eu tout le loi-
sir de se repencher sur le voyage qui avait mené notre famille
jusqu’à la Maison-Blanche, ni sur les huit années passées
là-bas. Comme moi, il avait ses doutes et ses inquiétudes,
ses craintes – bien qu’occasionnelles et irrationnelles – de
n’être peut-être pas à la hauteur. Personne ne me comprenait
mieux que lui.
Une fois que j’ai eu terminé de décliner la liste exhaus-
tive de mes peurs, il m’a simplement rassurée en me disant
que le livre était formidable, et moi aussi. Il m’a rappelé que
l’anxiété faisait partie intégrante de tout nouveau projet
d’envergure. Puis il m’a prise dans ses bras et a posé son
front contre le mien. C’était tout ce dont j’avais besoin.
Je me suis levée le lendemain et je suis partie sur les routes
présenter Devenir. Et ce fut le début de ce qui allait se révéler
une des périodes les plus heureuses et les plus épanouissantes
de mon existence. Le livre a reçu d’excellentes critiques et,

19
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

à ma grande surprise, a atteint des records de ventes dans


le monde entier. Au fil de la tournée, j’ai pu me réserver du
temps pour rencontrer de petits groupes de lectrices et de
lecteurs dans des centres socioculturels, des bibliothèques ou
des églises. Découvrir tous les points de convergence entre
leurs histoires et la mienne fut l’un des aspects les plus enri-
chissants de cette aventure. Le soir, c’étaient par dizaines
de milliers que les spectateurs se pressaient dans les salles.
L’énergie était chaque fois électrique : la musique à fond, les
gens qui dansaient dans les gradins, faisaient des selfies et se
prenaient dans les bras en attendant que j’entre sur scène.
Chaque fois, au cours d’une conversation d’une heure et
demie avec un modérateur, je me livrais sans fard. Je n’occul-
tais rien, car je me sentais à l’aise avec l’histoire que j’avais à
offrir, acceptée telle que j’étais, telle que les expériences que
j’avais vécues m’avaient construite, et j’espérais ainsi aider
d’autres gens à se sentir eux-mêmes mieux acceptés.
C’était sympa. C’était joyeux. Mais aussi plus que ça.
Quand je parcourais le public des yeux, je voyais quelque
chose qui me confirmait ce que je savais être vrai de mon
pays et du monde en général. Je voyais une foule bigarrée,
pleine de différences, et qui n’en était que plus belle. Ces
salles étaient des endroits où la diversité était reconnue et
célébrée comme une force. Je voyais des personnes de tous
les âges, de toutes les couleurs de peau, de tous les sexes,
de toutes les origines ethniques, de toutes les identités, de
tous les looks vestimentaires possibles ; des gens qui riaient,
applaudissaient, pleuraient, partageaient. Je pense sincère-
ment que beaucoup d’entre eux étaient là pour des raisons
qui allaient bien au-delà de ma personne ou de mon livre.

20
La tournée promotionnelle de Devenir a été l’une
des expériences les plus marquantes de ma vie.
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

J’avais l’intuition qu’ils étaient venus, au moins en partie,


pour se sentir moins seuls face au monde, pour retrouver un
sentiment d’appartenance perdu. Leur présence – l’énergie,
la chaleur et la diversité qui se dégageaient de ces salles –
contribuait à raconter une certaine histoire. Ces gens étaient
là, il me semble, parce que c’était bon – c’était même fabu-
leux – de mêler nos différences dans le collectif.

JE DOUTE QUE QUICONQUE, à l’époque, ait pu anticiper le bou-


leversement qui était sur le point de se produire. Qui aurait
pu prévoir que le type même d’expérience collective dont
nous nous réjouissions lors de ces événements serait bien-
tôt en voie de disparition ? Qui se doutait qu’une pandémie
mondiale nous obligerait du jour au lendemain à renoncer à
des choses aussi simples qu’une embrassade, un sourire non
masqué ou une interaction spontanée avec des inconnus, et,
pire encore, qu’elle inaugurerait dans toutes les régions du
monde une longue période de souffrance, de deuil et d’incer-
titude ? Et, si on l’avait su, aurait-on fait les choses différem-
ment ? Je n’en ai aucune idée.
Ce que je sais, en revanche, c’est que nous sommes ressortis
de cette épreuve chancelants et déstabilisés. Elle a rendu davan-
tage de gens parmi nous prudents, vigilants, isolés. Beaucoup
ont découvert pour la première fois ce que des millions et des
millions d’autres éprouvaient au quotidien depuis toujours, à
savoir une impression de déséquilibre, de perte de contrôle et
de profonde inquiétude quant à l’avenir. Au cours des deux
dernières années, nous avons connu des périodes d’isolement

22
INTRODUCTION

sans précédent, des deuils incommensurables et un sentiment


général d’incertitude extrêmement difficile à vivre.
Si la pandémie est venue bousculer sans ménagement
nos habitudes, elle a aussi laissé intacts d’autres maux plus
anciens, plus profondément enracinés. Nous avons vu des
hommes noirs non armés continuer à se faire tuer par la
police – alors qu’ils sortaient d’une supérette, qu’ils allaient
chez le coiffeur, ou au cours d’un contrôle routier de routine.
Nous avons vu d’abjects crimes haineux commis contre des
Américains d’origine asiatique et des membres de la com-
munauté LGBTQ+. Nous avons vu l’intolérance et le sec-
tarisme se banaliser, et des autocrates assoiffés de pouvoir
renforcer leur emprise sur le monde. Aux États-Unis, nous
avons vu un président en exercice regarder, les bras croisés,
la police asperger de gaz lacrymogène des milliers de gens
venus manifester pacifiquement devant la Maison-Blanche,
simplement pour réclamer moins de haine et davantage de
justice. Et, après que les Américains se furent mobilisés en
masse pour exprimer nettement, par un vote régulier, leur
refus d’accorder un second mandat à ce président, nous
avons vu une foule d’émeutiers en colère prendre d’assaut
le bâtiment le plus sacré de notre démocratie, étrangement
persuadés de pouvoir « rendre sa grandeur » à notre pays en
enfonçant des portes et en urinant sur la moquette du bureau
de Nancy Pelosi.
Ai-je éprouvé de la colère ? Oui.
Et même du découragement ? Parfois aussi, oui.
Suis-je ébranlée chaque fois que je vois la rage et le fana-
tisme se camoufler derrière un slogan populiste sur la « gran-
deur » de l’Amérique ? Oui, et pas qu’un peu.

23
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

Mais suis-je seule dans mon cas ? Non, heureusement.


Presque tous les jours, j’entends parler de gens, un peu par-
tout, qui essaient de slalomer entre ces obstacles, qui jaugent
leurs forces, qui s’appuient sur leurs proches et font de leur
mieux pour vivre avec audace dans le monde tel qu’il est. Je
discute souvent avec des personnes qui se débattent avec la
sensation d’être différentes, qui se sentent sous-estimées ou
invisibles, épuisées par leurs efforts pour se surpasser, décou-
ragées par l’impression que leur lumière faiblit. J’ai rencon-
tré des jeunes du monde entier qui s’efforcent de trouver leur
voix et de créer un espace où ils puissent être pleinement eux-
mêmes, aussi bien au travail que dans leurs relations person-
nelles. Ils se posent mille questions : comment construire des
liens qui aient du sens ? Quand et comment prendre la parole
pour dénoncer un problème ? Que signifie « s’élever » quand
on se sent au plus bas ?
Beaucoup des gens qui se confient à moi essaient de définir
leur rôle au sein d’institutions, de traditions et de structures
qui n’ont pas été conçues pour eux, tout en restant attentifs
aux terrains minés et aux frontières, souvent floues et difficiles
à repérer. Or le prix à payer quand on ne parvient pas à éviter
ce genre d’obstacles peut être dévastateur. C’est un exercice
hautement périlleux et déroutant.
On me demande souvent des réponses et des solutions.
Depuis la parution de mon précédent livre, j’ai entendu de
nombreuses histoires et répondu au pied levé à de nom-
breuses interrogations, au gré de mes conversations avec des
gens de tous horizons sur la manière de gérer l’injustice et
l’incertitude. On m’a demandé si par hasard je n’aurais pas
dans mon chapeau une formule pour résoudre ce genre de

24
INTRODUCTION

problèmes, quelque chose pour aider à y voir plus clair, pour


que l’effort à fournir soit moins dur. Croyez-moi, je sais à
quel point ce serait utile. J’adorerais pouvoir énumérer une
série de mesures claires et précises pour vous aider à dépasser
vos incertitudes et à atteindre plus vite les objectifs que vous
vous êtes fixés. J’aimerais que ce soit aussi simple. Si j’avais
une formule, je la dévoilerais illico. Mais n’oubliez pas que,
moi aussi, il m’arrive de ne pas réussir à trouver le sommeil
parce que je me demande si je suis à la hauteur. Comme tout
le monde, j’ai mes propres obstacles à surmonter. Et puis, ces
sommets que nous sommes tant à espérer conquérir… j’en
ai gravi un certain nombre à ce stade de ma vie, et je peux
vous dire que le doute, l’incertitude et l’injustice n’en sont pas
absents. Au contraire, même, ils prospèrent à ces altitudes.
Le fait est qu’il n’existe pas de formule. Il n’y a pas de
magicien caché derrière le rideau. Je ne crois pas qu’il y ait
de solutions toutes faites ni de réponses concises aux grands
défis de la vie. Par essence, l’expérience humaine s’y soustrait.
Nos cœurs sont trop complexes, nos histoires trop confuses.

CE QUE JE PEUX PROPOSER, en revanche, c’est de vous ouvrir


ma propre boîte à outils. Ce livre vous montrera ce que j’y
entrepose, et dans quel but ; ce que j’utilise tant profession-
nellement que personnellement pour m’aider à préserver
mon équilibre et mon assurance, ce qui me permet de conti-
nuer à avancer même dans les moments de grande angoisse
et de stress. Certains de mes outils sont des habitudes et des
pratiques ; d’autres sont véritablement des objets physiques ;

25
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

et le reste consiste en une panoplie d’attitudes et de convic-


tions issues de mon parcours et de mes expériences person-
nels, de mon propre « devenir » toujours en cours. Ce livre ne
prétend pas être un mode d’emploi. Vous y trouverez plutôt
une série de réflexions honnêtes sur ce que la vie m’a ensei-
gné jusqu’ici, sur les béquilles qui m’aident à tenir. Je vous
présenterai certaines des personnes qui me maintiennent de-
bout et partagerai avec vous les leçons que j’ai apprises au-
près de femmes exceptionnelles pour faire face à l’injustice
et à l’incertitude. Je vous parlerai des choses qui continuent
de temps en temps à me mettre par terre, et de celles sur les-
quelles je m’appuie pour me relever. Je vous confierai aussi
certaines attitudes dont je me suis débarrassée avec le temps,
ayant fini par comprendre qu’il fallait faire le tri entre ou-
tils et défenses, les premiers étant bien plus utiles que les
secondes.
Naturellement, tous les outils ne sont pas bénéfiques dans
toutes les situations, ni de façon uniforme pour tout le monde.
Ce qui est solide et efficace pour vous ne le sera peut-être pas
entre les mains de votre patron, de votre mère ou de votre par-
tenaire. Une spatule de cuisine ne vous aidera pas à changer
un pneu ; un cric ne vous aidera pas à faire cuire un œuf (mais
n’hésitez pas à me prouver le contraire !). Les outils évoluent
au fil du temps, selon les phases de la vie. Ce qui fonctionne à
un moment peut ne pas fonctionner à un autre. Mais je crois
vraiment qu’il vaut la peine d’apprendre à repérer les habitu-
des qui nous permettent de rester centrés et les pieds sur terre,
par opposition à celles qui provoquent de l’angoisse ou bien
nourrissent notre insécurité. Mon espoir est que vous trouviez
de quoi piocher dans tout ça – en gardant ce qui vous est utile

26
INTRODUCTION

et en écartant le reste –, de façon à identifier, assembler et affi-


ner votre propre boîte à outils.
Enfin, j’aimerais examiner certaines idées sur le pouvoir
et la réussite, en les reformulant pour vous faire prendre
conscience de tout ce qui est à votre portée et vous encou-
rager à développer vos propres points forts. Je suis convain-
cue que nous avons chacun en nous une forme de lumière
intérieure, quelque chose qui nous est entièrement personnel,
une flamme qui mérite d’être protégée. Quand on est capable
de voir et de reconnaître sa propre lumière, on trouve le cou-
rage de l’utiliser. Quand on apprend à stimuler ce qu’il y
a d’unique chez les gens autour de nous, on devient plus à
même de construire des communautés bienveillantes et de
faire bouger les choses dans le bon sens. Dans la première
partie de ce livre, j’évoquerai le processus qui permet de pui-
ser de la force et de la lumière en soi. La deuxième partie
abordera nos relations aux autres et la notion de bien-être
affectif, tandis que la troisième a pour but d’ouvrir une dis-
cussion sur les manières de mieux nous approprier, proté-
ger et renforcer notre lumière, notamment dans les périodes
difficiles.
Au fil de ces pages, il sera question de trouver son pouvoir
personnel, un pouvoir collectif et le pouvoir de surmonter les
sentiments de doute et d’impuissance. Je ne dis pas que tout
ça est facile et qu’il n’y a pas des dizaines d’obstacles en tra-
vers du chemin. Rappelez-vous que tout ce que je sais, tous
les différents outils auxquels j’ai recours sont le fruit d’an-
nées d’expérimentations, de tentatives répétées et de rééva-
luations. J’ai passé des décennies à apprendre de mes erreurs,
à faire des ajustements et à modifier mon cap en cours de

27
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

route. Ce n’est que lentement que j’en suis arrivée là où j’en


suis aujourd’hui.
Si vous êtes un lecteur jeune, souvenez-vous d’être patient
avec vous-même. Vous êtes au début d’un long et intéressant
voyage, qui ne sera pas toujours confortable. Il vous faudra
des années pour collecter les données sur qui vous êtes et la
façon dont vous fonctionnez, et c’est seulement pas à pas
que vous trouverez votre chemin vers une plus grande assu-
rance et affirmation de vous-même. Progressivement, vous
commencerez à découvrir et à utiliser votre lumière.
J’ai appris que l’estime de soi et la vulnérabilité n’étaient
pas incompatibles, bien au contraire, et que les êtres humains
avaient tous au moins une chose en commun : nous aspirons
à mieux, en toute circonstance et à tout prix. On devient
plus audacieux dans la lumière. Connaître sa lumière, c’est se
connaître soi-même ; c’est porter un regard lucide sur sa propre
histoire. La connaissance de soi engendre la confiance en soi,
qui nous permet d’être plus sereins et de prendre du recul.
C’est ainsi que nous pouvons nouer des relations authentiques
avec les autres. Et c’est, pour moi, la base de tout. La lumière
se transmet. Une famille forte donne de la force à d’autres
familles. Une communauté engagée éveille chez les autres le
désir de s’impliquer. Tel est le pouvoir de la lumière qui est en
nous.

À L’ORIGINE, j’avais conçu ce livre pour proposer un accom-


pagnement aux lecteurs qui traversaient de grands boule-
versements ; un ouvrage que j’espérais utile et réconfortant

28
INTRODUCTION

pour quiconque entamait une nouvelle phase de sa vie, qu’il


s’agisse de la fin des études, d’un divorce, d’un changement
de carrière ou d’un diagnostic médical, de la naissance d’un
enfant ou de la mort d’un proche. Mon idée était de poser sur
ces événements marquants un regard extérieur, d’examiner
les défis de la peur et de l’incertitude avec la distance d’une
survivante, comme quelqu’un qui, à l’approche de la soixan-
taine, a réussi à se sortir saine et sauve de toutes les tempêtes.
C’était bien naïf de ma part, évidemment.
Car ces dernières années nous ont tous plongés dans une
violente tempête qui nous a à peine laissé le temps de respi-
rer. Ça ne ressemble à rien de ce que la plupart d’entre nous
avons jamais vécu, puisque, parmi les gens de mon âge ou plus
jeunes, rares sont ceux qui avaient déjà connu une pandémie
mondiale, des bombardements sur l’Europe ou un temps où
les femmes étaient privées du droit fondamental de prendre
des décisions informées concernant leur propre corps. Nous
avons été relativement protégés. Dorénavant, nous le sommes
moins. L’incertitude continue à s’insinuer dans presque tous
les domaines de nos vies, revêtant des aspects aussi massifs
que la menace d’une guerre nucléaire, et aussi intimes que le
son de votre enfant qui se met à tousser. Nos institutions ont
été ébranlées, nos systèmes ont failli ; les gens qui travaillent
dans la santé et l’éducation ont subi une pression inimagi-
nable. On recense chez les jeunes adultes des taux inédits de
solitude, d’anxiété et de dépression1.
Nous avons du mal à savoir qui et que croire, où placer
notre confiance. Et la douleur ne s’estompera sans doute pas
de sitôt. Les chercheurs estiment que plus de 7,9 millions
d’enfants dans le monde ont perdu un adulte qui veillait à

29
CETTE LUMIÈRE EN NOUS

leur éducation, une mère, un père ou un grand-parent, morts


du Covid-192. Aux États-Unis, le virus a privé plus de deux
cent cinquante mille enfants – la plupart issus de minorités –
d’un des adultes qui s’occupaient d’eux. Il est quasiment
impossible d’anticiper l’impact que cela pourra avoir – tous
ces piliers, ces soutiens, désormais disparus.
Il risque de s’écouler un certain temps avant qu’on retombe
sur nos pieds. Ces pertes auront des répercussions pendant
encore des années. Il y aura de nouvelles secousses à répétition.
Le monde restera à la fois beau et abîmé. Les incertitudes ne
s’en iront pas comme ça.
Mais, quand l’équilibre est inatteignable, nous sommes
tenus de nous adapter. Dans mon précédent livre, je racon-
tais comment mon propre parcours m’avait appris qu’il y
a peu de points fixes dans la vie ; que les jalons tradition-
nels que nous voyons comme des objectifs ultimes ne sont en
vérité guère plus que ça, des jalons sur un chemin bien plus
long. Nous-mêmes sommes sans cesse en mouvement, en
progrès. Nous évoluons perpétuellement. Nous continuons
à apprendre même quand nous sommes las d’apprendre, à
changer même quand le changement nous épuise. Il y a peu
de résultats garantis. Jour après jour, nous sommes contraints
de devenir une nouvelle version de nous-mêmes.
Alors que nous sommes toujours confrontés aux menaces
de la pandémie, à des problèmes d’injustice et d’instabilité,
à l’inquiétude face à un avenir incertain, je me demande s’il
n’est pas temps d’arrêter d’essayer de savoir « quand ça va
finir », et plutôt de commencer à se poser des questions plus
pragmatiques sur la façon de rester debout au milieu des défis
et des changements : comment s’adapter ? Comment se sen-

30
INTRODUCTION

tir plus à l’aise, moins paralysé, face à l’incertitude ? Quels


outils avons-nous pour nous aider ? Où trouver des sou-
tiens ? Comment créer de la sécurité et de la stabilité pour les
autres ? Et si nous unissions nos forces, que pourrions-nous
réussir à surmonter ensemble ?
Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas toutes les réponses, mais
j’aimerais au moins engager la conversation. Cela vaut la peine
de se poser collectivement ces questions. J’aimerais ouvrir la
possibilité d’un dialogue plus large, plus général. J’ai la convic-
tion que c’est comme ça que nous parviendrons à mieux tenir
sur nos deux jambes.
(SUITE)

« Quand on est capable de voir et de recon-


naître sa propre lumière, on trouve le courage
de l’utiliser », écrit Michelle Obama. À travers
des exemples éloquents et des conseils avisés,
Cette lumière en nous invite les lecteurs à
réfléchir sur leur vie, à identifier ce qui leur
procure de la joie et à nouer des liens enrichis-
sants dans un monde tumultueux.

MICHELLE OBAMA a été première


dame des États-Unis de 2009 à 2017. Diplômée
de l’université de Princeton et de la faculté de
droit de Harvard, elle a commencé sa carrière
au sein du cabinet d’avocats Sidley & Austin
où elle a rencontré son futur époux, Barack
Obama. Elle a également travaillé au bureau
du maire de Chicago, à l’université de Chicago
et au centre hospitalier de l’université. Michelle
Obama a par ailleurs fondé la section de
Chicago de Public Allies, une association qui
aide les jeunes à préparer une carrière dans
le secteur public. Elle est l’autrice du best-
seller mondial Devenir. Michelle et Barack
Obama vivent à Washington et ont deux filles,
Malia et Sasha.

Traduit de l’anglais (États-Unis)


par Karine Lalechère et Julie Sibony

[Link]

Création graphique de la couverture : Christopher Brand


Adaptation de la maquette : Studio Flammarion
Photographie : Miller Mobley
Stylisme : Meredith Koop / Création couture : Christy Rilling
Coiffure : Yene Damtew / Maquillage : Carl Ray

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