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Impacts environnementaux des réfugiés autour des zones conflictuelles en Afrique de l'ouest
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Université Ouaga I Pr Zoseph KI-ZERBO - Master II recherche (Gestion des Ressources Naturelles) 2015
UNIVERSITE DE OUAGADOUGOU
EN SCIENCES HUMAINES
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE
CONFLICTUELLES EN AFRIQUE DE
L'OUEST
PRESENTE PAR
DIALLO Abdoulaye
Sous la Direction de :
Professeur titulaire
Année académique
2014-2015
A mon père et à ma mère, vous avez aimé la terre et vous continuez de l'aimer. Vous m'avez appris
qu'aucune protection n'est aussi humanitaire que celle consacrée à l'environnement. Ce travail est le
vôtre.
REMERCIEMENTS
ii
Si ce mémoire avait été une expérience aussi solitaire qu'elle a parfois semblé, elle n'aurait jamais pu
être terminée. Elle a été un parcours chargé à travers lequel nous avons beaucoup reçu, appris et
changé. Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont apporté leur aide sur ce chemin.
Nous sommes reconnaissants au Professeur DA Dapola Evariste Constant, Directeur de mémoire, d'avoir
créé les conditions de sa réalisation. Merci au département de Géographie et à tout le corps enseignant
pour l'encadrement et les conseils reçus depuis la première année.
Nous adressons une mention spéciale aux docteurs KABORE Oumar de l'INERA et YANOGO Isidore du
département de Géographie à Koudougou pour leur relecture critique de l'ouvrage. Aux ambassades de
la Côte d'Ivoire et du Ghana au Burkina Faso pour les informations mises à notre disposition.
Nos remerciements vont également à nos proches dont la présence et le soutien nous ont assuré un
équilibre certain, indispensable au bon déroulement de nos recherches. Et nous présentons nos excuses
à tous ce que nous oublions de remercier dans la course épuisante pour terminer ce document.
III
SOMMAIRE
DEDICACE i
REMERCIEMENTS ii
SOMMAIRE iii
RESUME .iv
SIGLES ET ABREVIATIONS v
INTRODUCTION GENERALE : 1
L'ETUDE 4
Chapitre I : Cadre théorique et présentation de la zone d'étude 5
Chapitre III : Conditions d'installation et modes de vie des réfugiés dans trois pays ouest
l'Ouest 52
Chapitre V : Aspects positifs liés à la présence de réfugiés et perspectives face aux impacts
CONCLUSION GENERALE 79
BIBLIOGRAPHIE 81
RESUME
Cette étude a pour objectif d'analyser les impacts spatiaux et temporels des réfugiés de conflits sur les
ressources naturelles renouvelables et humaines en Afrique de l'Ouest. Il s'agira surtout de montrer la
part de responsabilité des réfugiés dans la dégradation de ces ressources à travers une comparaison des
modes de vie et des pratiques agro-pastorales des immigrants à celles des populations autochtones. Et
dans le cadre du présent travail, une collecte d'informations basée sur l'exploitation de données
secondaires a permis de déceler des variables d'étude puis d'orienter les recherches vers une
documentation spécifique et de synthétiser les résultats qui ont été discutés.
Il ressort de l'examen des différents ouvrages que les liens étroits qui existent entre les causes et les
conséquences environnementales de la présence de réfugiés constituent un argument irréfutable qui
justifie leurs évaluations. En effet, la dégradation du cadre de vie au niveau des sites d'accueil a un
impact majeur sur le bien-être des personnes vivant à proximité, qu'il s'agisse de réfugiés, de rapatriés
ou de membres de la population locale.
SIGLES ET ABREVIATIONS
ACC Accra
Développement
INTRODUCTION GENERALE
Le rapport d'activité du CICR (Comité International de la Croix Rouge), volume 51, 1969 montre que le
monde a assisté à des changements spectaculaires sur de nombreux fronts : politique, économique et
social. Par contre, les conséquences des conflits armés n'ont hélas pas changé. Entre 1960 et 2005, les
conflits armés interétatiques ont fait environ 6.6 millions de morts dans le monde. En juin 2013, l'ONU a
publié ses dernières statistiques relevant que le nombre de personnes déracinées de leurs foyers par les
conflits s'élevaient à 45.2 millions. L'immense majorité de ces migrations forcées a lieu dans les pays dits
« du Sud », notamment en Afrique où leur prise en charge n'est pas une priorité pour les pays d'accueil
(BLACK R, 2001).
L'Afrique compte un tiers des réfugiés recensés sur la planète, abstraction faite des « déplacés » qui
n'ont pas franchi de frontières internationales. Les migrations forcées de ce type ont pris tant
d'importance qu'elles ont pu devenir des éléments de structuration du champ politique, économique et
social sur le continent (CORDELL D.D, 2002). La vulnérabilité géographique, l'immensité territoriale, les
richesses naturelles et minières abondantes ont fait de l'Afrique un terrain plus favorable à la production
de réfugiés que tout autre continent de la planète.
A l'instar d'autres régions du continent, l'Afrique de l'Ouest compte environ 884 000 personnes relevant
de la compétence du HCR (rapport global UNHCR, 2012). Privés de protection originelle de leurs Etats,
ces réfugiés espèrent, grâce à l'internationalisation des droits de l'homme trouver une seconde patrie de
survie et voir leur calvaire prendre fin. La grande majorité des réfugiés de la sous-région est regroupée
dans les camps du HCR qui présentent des aspects et des tailles variables en fonction de l'origine des
migrants, des conditions environnementales et du volume de l'aide. (AGIER M, 2008) rappelle que les
camps sont autant un outil d'aide que de contrôle pour les acteurs humanitaires car très souvent, les
réfugiés sont considérés comme corrupteurs, impurs et dangereux. Ils sont gardés dans les camps afin
de ne pas déséquilibrer l'environnement, l'économie nationale et la culture « unique » du pays d'accueil
(LEACH M, 1995). Les réfugiés peuvent autant être un « fardeau », selon une expression employée de
façon récurrente par le HCR et les Etats, qu'une valeur ajoutée pour leurs hôtes. Ainsi, les géographes
ont rappelé l'hétérogénéité sociale de certains réfugiés, observant qu'avec davantage de capital
économique et social, ils pouvaient
s'appuyer sur leurs compatriotes pour développer avec succès des projets agricoles (BASCOM J, 1998).
Aujourd'hui, l'impact de l'humanité sur son environnement est probablement la question la plus
importante à laquelle nous ayons à répondre. Bien qu'à court terme, cette question puisse paraître
triviale, elle peut être décisive sur le long terme. Selon JACOBSEN.K (1997), les thèmes sur
l'environnement peuvent être abordés suivants quatre angles : problématique ; systèmes de production
et environnement ; santé et environnement ; ville, espace de vie et environnement. De même, du fait de
leur caractère transversal, les problèmes environnementaux ne peuvent pas être traités de manière
isolée. En effet, les directives en matière d'environnement qui se rapportent à un secteur donné doivent
être suivies en tenant compte de celles établies pour les autres secteurs. Les questions liées à
l'environnement doivent être abordées dans une perspective globale tout en précisant les contextes :
temporel, spatial et culturel dans lesquels elles s'insèrent. Une approche sectorielle sépare souvent les
causes des effets et ne prend pas en compte les interactions entre les différentes composantes
environnementales (PNUE/HCR, 2000). Toutefois, sans remettre en cause ces directives infaillibles et
enrichissantes, notre étude traite du milieu physique et humain, particulièrement les impacts directs des
réfugiés sur les ressources naturelles renouvelables (le bois, la faune, l'eau et les pâturages) avec une
exploration de quelques problèmes de santé, d'hygiène, sociaux et d'érosion du sol dus à la présence
des réfugiés. De façon spécifique, il sera question dans ce mémoire, d'analyser les effets générés par la
présence des réfugiés de conflits sur les milieux biophysique et humain en Afrique de l'Ouest. Et pour
une meilleure analyse de l'étude, c'est l'environnement défini comme l'ensemble des ressources
naturelles et humaines dont la conservation est primordiale à moyen et long termes qui sera le cadre
d'investigation de notre travail.
En outre, la volonté de consacrer ce mémoire à l'analyse des travaux menés sur l'impact des réfugiés de
conflits sur les ressources naturelles renouvelables et humaines se veut une contribution à la mise en
lumière des effets néfastes des concentrations rapides de populations sur les écosystèmes et les
sociétés ouest africaines. Et l'impact environnemental des réfugiés se produisant dans un « territoire »
donné, « territoire » qui permet à un individu ou à un groupe d'affirmer son identité et de poser des
actes d'existence identifiables et localisables, le géographe a son mot à dire dans cette étude.
Afin d'illustrer efficacement la problématique formulée, l'identification de trois pays ouest africains
accueillant ces populations de longues dates a été nécessaire : la Guinée
Conakry, le Ghana et le Burkina Faso. Dans ces trois pays, il sera question de présenter l'état des lieux
fait par certains chercheurs sur le thème abordé. Et à partir de cet état des lieux, il sera plus aisé
d'analyser l'impact de ces réfugiés sur les ressources naturelles renouvelables et les communautés
hôtes.
Ce présent document qui fait la synthèse de la revue de littérature exploitée est scindé en deux parties.
La première pose la problématique du thème, expose la méthodologie adoptée pour appréhender la
question et présente l'Afrique de l'Ouest. La seconde plus critique, accorde une place de choix à
l'analyse des travaux déjà réalisés sur le sujet.
I-1 PROBLEMATIQUE
L'Afrique de l'Ouest comprend l'ensemble des pays de l'espace CEDEAO (15 pays), auquel, compte tenu
des liens historiques, géographiques et culturels a été adjoint la Mauritanie qui a quitté l'organisation en
1999 pour l'Union du Maghreb Arabe (UMA). A l'horizon 2030, l'Afrique de l'Ouest comptera 480
millions d'habitants répartis sur une superficie 7.800.000 km2 soit 1/5e du continent africain
(CSAO/SWAC, 2007). Cela représente d'énormes défis à relever pour ces pays au regard de la forte
jeunesse de la population (65%), de la recrudescence des conflits armés et de l'insécurité dans la sous-
région. Ces conflits impliquent des coûts socio-économiques importants et surtout des mouvements de
populations au-delà des limites territoriales. Cette affluence à travers les frontières est favorisée en
grande partie par les liens culturels et les relations d'affinités linguistiques et ethniques que les
populations ouest africaines entretiennent. Et très souvent, ces réfugiés arrivent à s'installer sans grande
difficulté avant l'arrivée des ONG humanitaires. Toutefois, cette augmentation spontanée de
populations, même de courtes durées dans certains cas constitue un risque de détérioration de
l'environnement car les intérêts et priorités des populations autochtones et des nouveaux arrivants sont
souvent divergents. En effet, selon les recherches de BLACK R et SESSAY M, (1995) ; BLACK R et
LASSAILLY-JACOB V, (1996) ; JACOBSEN K, (1997) ; GIBERT F, (2009) ; SIMON-LORIERE H, (2013) ; BARRY S
et al, (2013) ; consacrées aux zones d'accueil de réfugiés en Guinée, au Sénégal, au Libéria, au Ghana et
au Burkina Faso : les ressources fauniques, végétales et hydriques environnant les sites d'accueil de
réfugiés sont souvent dégradées. De plus, le déplacement ayant globalement tendance à s'allonger dans
la durée, la population a besoin de mener des activités dans la région d'accueil dont l'équilibre socio-
économique et surtout écologique peut être complètement dévasté. Ainsi, à l'heure où la région ouest
africaine doit nourrir, loger, soigner, former une population en forte croissance, où elle doit s'insérer
dans une mondialisation multipolaire, où elle fait face à la résurgence de conflits et à l'apparition de
crises de types nouveaux, où les migrations forcées s'affichent à la une des médias, où les écosystèmes
sont dans l'impasse, la question sur le devenir des ressources naturelles et humaines, sur son capital de
développement dans certains pays est primordiale et d'actualité (OCDE, 2009). Et dans ce cadre, nous
proposons de réfléchir sur le thème : « impacts environnementaux des réfugiés autour des zones
conflictuelles en Afrique de l'Ouest ».
Le choix de ce thème s'appuie également sur quelques indicateurs écologiques qui révèlent la
dégradation progressive des ressources naturelles en Afrique de l'Ouest car soumises à un climat
instable (pluies violentes, fortes chaleurs) et à une pression anthropique croissante. Parmi ces
ressources, l'eau, la végétation et la faune sauvage méritent notre attention parce qu'elles jouent un
rôle essentiel dans l'équilibre écologique du milieu et suscitent un grand intérêt socio-économique pour
les populations riveraines (UICN, 2012).
nous :
Quelles sont la nature et l'ampleur de la dégradation des ressources naturelles renouvelables autour des
sites d'accueil de réfugiés?
- Quelle est la part de responsabilité des réfugiés de conflits dans la dégradation de ces ressources ?
- Quelles sont les conséquences à long terme de l'installation des réfugiés sur les communautés et pays
hôtes ?
Le cadre logique de l'étude fait la relation entre trois hypothèses (principale et secondaires) et trois
objectifs (générale et spécifiques). Et à partir des hypothèses, des variables et indicateurs ont été
retenues.
L'hypothèse principale de cette étude soutient que dans les zones péri-urbaines et dans les campagnes
ouest-africaines qui accueillent les réfugiés de conflits, les écosystèmes et les populations locales
subissent de forts désagréments. De cette hypothèse principale, deux hypothèses secondaires sont
définies :
-les réfugiés de conflits ont un impact sur l'environnement particulièrement sur les ressources naturelles
renouvelables au plan local ;
-le séjour prolongé de ces réfugiés peut perturber la cohésion sociale dans les pays
hôtes.
L'objectif général de notre étude consiste à montrer que les ressources naturelles et humaines jouxtant
les sites d'accueil de réfugiés sont en proie à de fortes mutations et souvent dans un équilibre précaire.
De cet objectif général, découlent deux objectifs spécifiques :
-évaluer les incidences des réfugiés de conflits sur la dynamique des ressources naturelles renouvelables
localisées dans les zones d'installation des populations en détresse;
-analyser l'impact humain induit par une longue présence des réfugiés dans les zones d'accueil.
Afin de bien tester nos hypothèses formulées dans le cadre de cette étude, le choix de variables et
d'indicateurs est utile. Les variables sont des composantes qui permettent de confirmer ou infirmer les
hypothèses formulées. Quant aux indicateurs, ils permettent de mesurer et d'évaluer les variables. Dans
l'objectif d'évaluer les effets induits par la présence de réfugiés sur les milieux biophysique en Afrique de
l'Ouest, les variables suivantes ont été retenues : les ressources végétales, fauniques et pédologiques, le
niveau d'assainissement et la géomorphologie du site d'accueil. Les indicateurs utilisés pour tester ces
variables sont : les superficies emblavées et les traces d'émondage, le braconnage des herbivores, le
taux d'assainissement, la pente et la qualité du sol abritant le site.
En quoi la surveillance et la sensibilisation des réfugiés sont-elles nécessaires dans la pérennisation des
ressources naturelles et la sécurité des régions d'accueil ? Quelle est la portée du rapatriement tardif
des réfugiés sur la vitalité des ressources naturelles biotiques et partant de la paix sociale dans les pays
hôtes ? Quelle place ces ressources naturelles renouvelables occupent dans la vie socio-économique des
populations riveraines ? Ainsi, la réduction des forêts, la population, le surpâturage, la délinquance, les
conflits potentiels au sein des réfugiés et avec les autochtones des lieux sont les variables retenues qui
ont permis de répondre à ces interrogations. Comme indicateurs permettant d'apprécier l'ampleur de la
dégradation des ressources naturelles et les risques de conflits entre les différentes populations, nous
avons recensés : l'érosion des sols, l'amenuisement des surfaces pastorales et effectif des animaux,
l'effectif de la population, le nombre d'installations sociales de base dans les sites d'accueil, frustration
et accessibilité aux ressources disponibles par les différentes populations.
Sur la base des hypothèses et des objectifs spécifiques, des variables et des indicateurs retenus, il est
possible d'élaborer le cadre opératoire qui a sous tendu cette revue de littérature. Celui-ci est présenté
sous forme de tableau en quatre colonnes.
HYPOTHESES
OBJECTIFS
VARIABLES
INDICATEURS
Les réfugiés de
Evaluer la
Les ressources
Les superficies
conflits ont un
responsabilité des
végétales, fauniques
emblavées et la
réfugiés dans la
et pédologiques, le
présence d'arbres
ressources naturelles
dégradation des
niveau
émondés, le
renouvelables autour
ressources naturelles
d'assainissement et
braconnage des
renouvelables.
la géomorphologie
herbivores, Le taux
Afrique de l'Ouest.
du site d'accueil.
d'assainissement, la
L'installation
prolongée des
réfugiés a un impact
effets imputables au
La réduction des
forêts, la population,
le surpâturage, la
l'amenuisement des
surfaces pastorales et
populations et la
réfugiés de conflits
délinquance, les
conflits potentiels au
l'effectif de la
population, le
pays hôtes.
nombre
d'installations
frustration et taux
d'accessibilité aux
ressources
populations.
Le cadre opératoire pour cette étude est résumé par le tableau ci-dessus. Les relations sont faites entre
les hypothèses, les objectifs, les variables et les indicateurs de l'étude.
Sachant qu'il y a une abondante littérature en lien avec la dégradation des ressources naturelles, les
conflits armés et les réfugiés en Afrique de l'Ouest, il est nécessaire que les principaux mots clés et
certains concepts qui ont été utilisés dans le cadre de ce travail soient identifiés et clarifiés.
ANTHROPOECOSYSTEMES : ce terme est composé de deux mots dont anthropo qui veut dire homme
selon le dictionnaire le nouveau petit Robert (1994) et écosystème qui signifie d'après le même
document, l'ensemble des êtres vivants et des éléments non vivants d'un milieu naturel aux nombreuses
interactions. Dans le cadre de cette étude, nous retiendrons que ce terme correspond à un écosystème
façonné et mise en place par l'homme dont les interactions entre biotope et biocénose dépendent
fortement des actions anthropiques.
APATRIDE : selon le grand Larousse illustré 2016, ce mot veut dire sans nationalité légale. D'après le
dictionnaire Hachette (2008), un apatride est une personne sans patrie et nationalité. Dans cette étude,
nous retiendrons que l'apatride est un étranger privé des droits que les lois nationaux réservent aux
locaux, soit parce qu'ils n'a pas de nationalité, soit qu'il la perdue.
BIOCENOSE : selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS 1992, la
biocénose est l'ensemble des êtres vivants d'un biotope ou d'une station donnée. D'après le dictionnaire
Hachette (2013), biocénose est l'ensemble des êtres vivants en équilibre biologique. De notre
compréhension, la biocénose est l'ensemble des populations humaines, des animaux, des plantes et des
micro-organismes dans un environnement de vie acceptable.
BIODIVERSITE : selon l'Atlas de la biodiversité en Afrique de l'Ouest (Tome II, 2010), biodiversité veut
dire la variété et la variabilité des organismes vivants de la planète et de leurs interactions. Elle englobe
de ce fait tous les niveaux d'expression de la variation des êtres vivants, des gênes aux écosystèmes en
passant par les communautés. Et selon le
10
dictionnaire de Géographie, Hatier 2008 (4è édition), la biodiversité représente la richesse et la variété
des espèces animales et végétales. Nous retiendrons de toutes ces définitions que la biodiversité
regroupe l'ensemble des êtres vivants avec leurs différentes variétés dans un milieu donné, qu'il soit
naturel ou artificiel.
CONFLITS : selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS 1992, conflit
veut dire choc, affrontement, battre. Et d'après le dictionnaire le nouveau petit Robert (2010), un conflit
est une lutte, un combat. C'est une rencontre d'éléments, de sentiments contraires, qui s'opposent
(antagonisme, conflagration, discorde, lutte, opposition, tiraillement). Est également une contestation
entre deux puissances qui se disputent un droit. L'étude retient que conflit veut dire opposition,
mésentente et souvent affrontement entre individus ou encore entre Etats. De même, le terme conflit
se distingue de celui de crise en ce qu'il implique une opposition entre différents types d'acteurs alors
que la crise qualifie une situation de désordre, laquelle peut ou non déboucher sur un conflit. Les deux
concepts sont néanmoins proches dans la mesure où les crises peuvent conduire aux conflits de même
que les conflits sont sources de crises. Ainsi, une crise humanitaire est souvent la conséquence d'un
conflit armé et elle peut aussi provoquer en retour des conflits, suite à des déplacements de populations
par exemple (TARDY T, 2009).
CONFLITS ARMES INTERNES : ce sont des conflits qui se déroulent à l'intérieur d'un Etat et qui se sont
exacerbés par « l'ethnisme » c'est-à-dire la manipulation d'identités initialement secondaires et
composites, qui, chauffées au rouge génèrent des clivages radicaux servant d'explications fallacieuses
(LAISSAILLY-JACOB V et MARCHAL J-Y, 1997). L'étude s'inscrit dans cette définition tout en privilégiant
les causes économiques d'un tel conflit.
CONFLIT INTERCONFESSIONNEL : ce conflit procède de la même logique : du fait de la laïcité de l'Etat qui
prône la tolérance, la cohabitation interconfessionnelle musulmans-chrétiens ou la coexistence
pacifique entre les populations d'un même pays (QUESNEL A, 1997). L'étude épouse cette vision en
mettant l'accent sur les classes sociales.
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DEPLACES « INTERNES » sont aussi appelés « REFUGIES DE L'INTERIEUR ». Cette catégorie rassemble
tous ceux qui, fuyant la violence, survivent par eux-mêmes en « déplacés » dans leurs propres pays,
trouvant refuge dans les villes ou dans les régions isolées de leur pays (UNHCR, 1997). Selon l'ONU, les
personnes déplacées fuient une menace ou une situation dans laquelle leur existence ou leurs droits
sont bafoués. D'après le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS 1992, le
déplacé est une personne qui sort indument de son rang social, ou des convenances. C'est aussi une
personne qui subit une migration forcée en cas de danger. Pour notre part, le déplacé « interne » est un
citoyen qui fuit des répercussions politiques ou claniques d'une région précise pour se réfugier dans une
autre localité de son pays.
ECOSYSTEME : selon l'Atlas de la biodiversité en Afrique de l'Ouest (Tome II, 2010), l'écosystème est une
communauté d'êtres vivants (la biocénose) et son environnement géologique, pédologique,
hydrologique et atmosphérique (le biotope). D'après le dictionnaire critique « les mots de la Géographie
», édition GIP RECLUS 1992, un écosystème est un système localisé d'êtres vivants et de leur milieu de
vie. Il inclut la matière vivante, les chaînes alimentaires, l'habitat de l'espèce ou du groupe. Dans le cadre
de notre étude, nous disons que l'écosystème est l'ensemble des êtres vivants et leurs milieux de vie
dans une entité géographique donnée.
ELEVAGE : d'après le dictionnaire le petit Larousse en couleurs (1991), ce terme représente l'action
d'élever et d'entretenir des animaux d'une même espèce dans une exploitation agricole, piscicole, etc.
Et selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS 1992, élevage veut
dire production d'animaux domestiques ou captifs, entretien de troupeaux en vue d'un produit ou d'un
profit. Nous retiendrons que, c'est l'ensemble des techniques permettant de faire naître, de veiller au
développement, à l'entretien et à la reproduction d'animaux terrestres ou aquatiques.
ENVIRONNEMENT : selon le dictionnaire de Géographie, Hatier 2008 (4è édition), l'environnement est
tout ce qui entoure un groupe humain. Il est considéré en général comme l'environnement dans la
manière dont il peut influencer le comportement des hommes par ses potentialités et ses contraintes
qu'il leur impose. D'après le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS
1992, l'environnement est ce qui nous environne et, de ce fait, agit plus ou moins sur nous ; tourner
autour. Dans cette étude, nous retiendrons que l'environnement regroupe la biocénose et le biotope
d'un milieu donné ainsi que tout ce qui est matériel et immatériel qu'on y trouve.
12
ESPACES OUVERTS A LA PATURE: selon la loi d'orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso (loi
n°032-2002/AN du 14 novembre 2002), ce sont des espaces dont la destination principale est autre que
pastorale, mais supportant des droits d'usage pastoraux. Il s'agit notamment:
En résumé, ce sont des espaces identifiés et légiférés pour la pâture des animaux.
ESPACES PASTORAUX: selon la loi d'orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso (loi n°034-
2002/AN du 14 novembre 2002), ce sont des espaces affectés et espaces ouverts à la pâture des
animaux. Constituent des espaces affectés à la pâture des animaux, les espaces dont la destination
principale est l'exercice d'activités pastorales. Ce sont:
Nous ajoutons que, c'est l'ensemble des surfaces réservées à l'activité pastorale.
FAUNE : selon l'Atlas de la biodiversité de l'Afrique de l'Ouest (Tome II, 2010), la faune représente toutes
les espèces animales d'une région. Et d'après le grand Larousse illustré 2016, c'est l'ensemble des
espèces animales vivant dans un espace géographique ou un habitat déterminé. De notre
compréhension, la faune est constituée de l'ensemble des animaux terrestres, aquatiques et des micro-
organismes dans un biotope bien défini.
FLORE : selon le dictionnaire Hachette (2008), la flore est l'ensemble des espèces végétales d'une région,
d'un pays. Intégralité des bactéries qui vivent normalement dans l'organisme. D'après le grand Larousse
illustré 2016, la flore est l'ensemble des espèces végétales croissant dans une région, un milieu donné.
Ensemble des micro-organismes vivant dans un écosystème donné (micro flore). Dans le cadre de cette
étude, la faune est l'ensemble des végétaux d'une région précise.
FUGITIF : D'après le dictionnaire, le nouveau petit Robert (2010), un fugitif est une personne qui passe,
s'éloigne rapidement et disparait sans qu'on ne puisse l'attraper. Et selon le petit Larousse en couleurs
(1991), un fugitif correspond à une personne qui s'est échappé rapidement et dont la fuite ne dure pas.
Nous retiendrons qu'un fugitif est une personne qui prend la fuite en toute conscience enfin d'échapper
à des contraintes physiques ou morales.
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HUMANITAIRE : selon le dictionnaire de la Géographie et de l'espace des sociétés, édition Belin, 2013,
l'humanitaire vise le bien être, le bonheur des êtres humains en tant que membres de la société-Monde.
D'après le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS, 1992, est humanitaire
ce qui intervient pour sauver la vie de l'ensemble des êtres humains, distribués dans l'écoumène,
formant une population finie mais jamais exactement connue. Pour notre étude, nous retiendrons que
l'humanitaire regroupe l'ensemble des actes posés pour soulager les personnes déplacées. Les plus
urgents concernent l'eau, le matériel de chauffage, le matériel pour construire des abris, les vêtements,
la nourriture et les soins médicaux. S'ajoute à cela l'assistance pour les victimes de traumatisme.
IMPACT : selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS 1992, ce mot
signifie choc, heurt, comme un projectile qui vient frapper un autre en un endroit bien précis ou
influence dans l'effet qui résulte d'une action (étude prévisionnelle des effets sur l'environnement de
travaux d'aménagement important). D'après le nouveau petit Robert (2010), impact veut dire collision,
heurt. Définit aussi comme l'étude des conséquences éventuelles d'un aménagement sur
l'environnement. Dans cette étude, l'impact est considéré comme l'ensemble des conséquences
possibles de l'action d'une personne tiers sur son environnement immédiat. Ses conséquences qui se
produisent à court ou à moyen terme peuvent être positives mais surtout négatives.
JACHERE : selon la loi d'orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso (loi n°034-2002/AN du 14
novembre 2002), ce sont des espaces de cultures temporairement laissés au repos en vue de la
restauration naturelle de la fertilité des sols. Selon le dictionnaire Hachette, (2008), la jachère est l'état
d'une terre labourable qu'on laisse volontairement reposer en ne l'ensemençant pas. Nous ajoutons que
ces espaces peuvent être des champs ou des sols nus laissés à la pâture des animaux enfin de permettre
leur fertilisation.
MOBILITE : selon la loi d'orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso (loi n°034-2002/AN du 14
novembre 2002), c'est le fait du déplacement d'un animal ou d'un troupeau d'un point à un autre, à la
recherche de ressources pastorales (eau, pâturages, cures salées). D'après le dictionnaire de
Géographie, Hatier 2008 (4è édition), une mobilité est un mouvement qui se traduit, pour la personne
qui l'effectue, par un changement durable de résidence principale et parfois par l'adoption d'un nouveau
mode de vie. Elle peut être individuelle ou collective, s'opérer sur des distances variables. Dans le cadre
de cette étude, la mobilité représente la capacité de se déplacer le plus rapidement possible face à un
danger ou un obstacle.
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NATUREL, ELLE : selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS, 1992,
ce mot est relatif à normal, simple, sans afféterie. C'est aussi la partie de la terre qui se distingue de ses
voisines par des caractéristiques physiques. D'après le petit Larousse en couleurs (1991), ce mot signifie
qui appartient à la nature, qui en est le fait, qui est le propre du monde physique, qui n'est pas dû au
travail de l'homme. Nous retiendrons que, naturel est relatif à tout ce qui n'est pas artificielle mais mis
en place par les facteurs physiques du milieu naturel.
LE PASTORALISME : selon la loi d'orientation relative au pastoralisme au Burkina Faso (loi
n°034-2002/AN du 14 Novembre 2002), le pastoralisme est toute activité d'élevage consistant à assurer
l'alimentation et l'abreuvement des animaux par l'exploitation directe des ressources naturelles sur des
espaces déterminés et impliquant la mobilité des animaux. D'après le dictionnaire, le nouveau petit
Robert (2010), le pastoralisme désigne une économie pastorale ; mode d'exploitation agricole fondé sur
l'élevage extensif. Et nous ajoutons que le pastoralisme renferme également des activités associant de
manière complémentaire l'élevage, l'agriculture, la sylviculture et le déplacement fréquent des animaux.
PATURAGE : selon le dictionnaire critique « les mots de la Géographie », édition GIP RECLUS, 1992, un
pâturage est une étendue servant à la nourriture des troupeaux. Et d'après le petit Larousse en couleurs
(1991), c'est un lieu où le bétail à le droit de pâturer. Dans le cadre de cette étude, un pâturage est un
espace pourvu d'eau et d'herbe tendre très appétée par les animaux.
PAYS SAHELIENS : cette expression désigne selon BRUNET-MORET J.Y et al., (1986), l'ensemble des pays
africains appartenant à la zone sahélienne ; vaste zone située immédiatement au sud du Sahara et allant
de l'Atlantique (Sud Mauritanie et Sénégal) au Sud du Soudan. La moyenne annuelle pluviométrique est
comprise entre 300 et 600 mm. Et pour notre étude, nous retiendrons qu'un pays sahélien est un espace
territorial bien définie, ayant entre 290 à 390 mm de pluie par an et se situant entre le sud du Sénégal et
le sud du Soudan. RAPATRIES : les retournés ou rapatriés sont des nationaux de retour chez eux après
une expérience d'émigration suite à un conflit ou crise dans le pays d'accueil. Les retournés ont en effet
été considérés dans une situation différente de celle des réfugiés car rentrant dans leur pays d'origine, y
ayant les droits de tous citoyens mais surtout un réseau familial et amical permettant leur réintégration
sociale. L'enjeu de cette distinction est politique mais est également économique et humanitaire du
point de vue du HCR et des ONG partenaires qui s'assurent que l'aide est attribuée aux réfugiés et non
aux rapatriés (SIMONE-LORIERE H,
15
2013). Dans le cadre de cette étude, nous retiendrons qu'un rapatrié est tout migrant international
contraint de rentrer dans son pays en raison de problèmes de sécurité ou judiciaires dans son pays hôte.
REFUGIES : selon la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de son Protocol additionnel du 31 janvier
1967, est réfugiés « toute personne qui, craignant d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de
sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors de
son pays d'origine et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut réclamer protection de ce pays. La
convention de l'Organisation de l'Union Africaine (O.U.A) régissant les aspects propres aux problèmes de
réfugiés en Afrique, signée le 10 Septembre 1969 et entrée en vigueur le 23 Juillet 1975 ne s'est bornée
à reproduire un texte existant. Elle dispose également que le terme réfugié s'applique à toute personne
qui, du fait d'une agression, d'une occupation extérieure, d'une domination étrangère ou d'un
évènement troublant gravement l'ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays d'origine
ou du pays dont elle a la nationalité est obligé de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge
dans un autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité. Une telle
approche se justifiait par le contexte politique et économique de l'époque. Les réfugiés ne doivent pas
être confondus avec d'autres catégories d'exilés volontaires ou involontaires, tels que les fugitifs, les
émigrés économiques, les apatrides et les personnes déplacées. De même, selon le dictionnaire
Hachette (2008), un réfugié, c'est celui qui a dû quitter son pays d'origine pour fuir un danger (guerre,
invasion, persécution politiques, catastrophes naturelles, etc.). Dans le cadre de cette étude, nous
retiendrons qu'un réfugié est toute personne demandant refuge, assistance et protection dans un pays
étranger parce que sa vie et ses ressources sont menacées dans son pays d'origine.
REFUGIES CLANDESTINS : ce sont des réfugiés qui franchissent une frontière et se fonde dans le milieu
rural ou dans les villes, vivant en clandestins dans les pays d'accueil. Très souvent, on donne le nom de «
dispersés » à ces réfugiés qui ne sont pas enregistrés, ni assistés (LAMPHIER M, 1993). Nous ajoutons
que ce réfugié ne bénéficie d'aucune protection juridique, ni d'assistance du pays hôte et des
Organisations Non Gouvernementales.
16
lorsqu'ils viennent frapper aux portes de l'Europe ou « réfugiés de la famine », lorsqu'ils échouent dans
les bidonvilles de la périphérie des pays du Sud. Nous ajoutons que ce sont des populations qui ont subi
un déplacement forcé à la suite d'une catastrophe naturelle, industrielle ou victime d'un grand projet de
réaménagement ou de construction d'ouvrages gigantesques.
RESSOURCE : selon le dictionnaire le petit Larousse en couleurs (1991), ressource signifie tout ce qu'on
emploie dans une situation fâcheuse pour se tirer d'embarras. C'est également l'intégralité des
potentialités qu'offre le milieu physique. D'après le dictionnaire de la Géographie et de l'espace des
sociétés, éditions Belin, 2013, une ressource est une réalité entrant dans un processus de production et
incorporée dans le résultat final de cette production. Pour cette étude, nous retiendrons que ressource
renvoi à un moyen de subsistance, richesse, moyen matériel utilisé par les hommes dans une entité
géographique précise.
VILLAGES JUMELES : d'après le dictionnaire de la Géographie et de l'espace des sociétés, éditions Belin,
2013, ce terme signifie une agglomération rurale permanente ayant une vie spécifique, regroupant des
groupes d'habitation assez semblable et importante. Selon Hachette (2008), cette expression veut dire
une petite agglomération rurale consolidée au moyen de pièces identiques. Et nous ajoutons que c'est
une agglomération rurale installée près d'une autre et avec laquelle elle partage des liens ethniques et
culturels.
ZONE CONFLICTUELLE : selon le dictionnaire Hachette (2008), c'est une étendue déterminée de terrain
qui recèle ou provoque des oppositions entre des exigences internes contradictoires. D'après le petit
Larousse en couleurs (1991), c'est une zone qui fait l'objet d'un conflit, d'un antagonisme entre deux
personnes ou groupes. Et dans le cadre de ce mémoire, nous retiendrons que c'est une portion de terres
qui abrite des oppositions sanglantes entre différents protagonistes.
Cette partie traite d'une part du climat, des sols, des écosystèmes et d'autre part des langues, des
religions et des activités agricoles en Afrique de l'Ouest.
II-1 : DESCRIPTION DE TROIS PARAMETRES PRINCIPAUX POUR EVALUER LE RISQUE DE DEGRADATION
DES RESSOURCES NATURELLES EN AFRIQUE DE L'OUEST
Les trois paramètres illustrés ici sont le climat, les écosystèmes et les sols.
17
Cette carte de l'Afrique de l'Ouest montre une inégale répartition spatiale des précipitations et des
températures de la région. Cette répartition s'explique par les courants marins et les vents sahariens,
mais également par le relief, la végétation et les activités humaines dans la sous-région.
L'Afrique de l'Ouest a subi une diminution de ces précipitations depuis les 50 dernières années. Il y a
notamment eu des épisodes d'importants déficits en 1972-73 ; 198284 et 1997. Cette aridification
générale du climat a eu pour conséquence de faire glisser les isohyètes de 200 km vers le Sud (IRD
France-Nord, 2012). En outre, l'Afrique de l'Ouest a
18
une faible consommation énergétique et elle est la région qui rejette le moins de gaz à effet de serre
(nocif pour le climat). Par contre, c'est une région qui puise principalement son énergie dans la biomasse
(80% de l'énergie) contribue pleinement à la déforestation qui a actuellement lieu en Afrique
Subsaharienne. La végétation de cette région, et plus particulièrement la forêt, est considérée comme «
protecteur du climat », car cela agit comme des puits de carbone.
L'Afrique de l'Ouest présente un large panel de types de sols, dont cinq seulement sont représentés en
majorité. Les sols de l'Afrique de l'Ouest sont majoritairement sableux, rouge-jaunâtres et légèrement
acides (5<ph<6). Ces sols sont généralement peu profonds et situés sur une cuirasse latéritique. Ils sont
déficients en azote et phosphore et la matière organique atteint rarement plus de 1% de la surface de la
couche superficielle. Et selon la classification française CPCS 1986, les cinq types de sols majoritaires en
Afrique de l'Ouest sont :
Les sols ferralitiques (sols rouges de très grande profondeur, aux horizons peu marqués et contenant du
fer et de l'alumine). Ces sols ferralitiques occupent des surfaces importantes au Sénégal, au Burkina
Faso, au Togo et au Benin ;
Les sols ferrugineux (sols à profil différencié, de teinte claire, moyennement épais et aux horizons bien
visibles). Sols largement rependus au Burkina Faso et au Sénégal et sont principalement du domaine des
versants sur des formes quaternaires ;
Les sols à argile gonflante (sols de faible profondeur, riches en éléments utiles et engorgés d'eau en
saison des pluies). On les observe surtout dans les vastes étendues de sols à montmorillonites,
principalement dans les thalwegs des grandes plaines alluviales du Nord ;
Les sols bruns subarides (sols argileux sensibles à l'érosion, de profil très coloré avec une faible
différenciation entre les horizons). Leur distribution est limitée aux régions sahéliennes et sont le
domaine du pastoralisme à longue transhumance ;
Les sols hydromorphes (sols soumis à un excès d'eau marqués souvent par la présence d'un gley ou d'un
pseudo-gley à faible profondeur). Ils sont un peu dispersés dans la région et constituent la majeure
partie des plaines alluviales concentrant les principales rizières.
19
Ces différents sols sont peu riches en matières minérales et organiques et ne sont pas présents en
Afrique de l'Ouest dans les mêmes proportions. Les sols largement dominant sont ceux qui sont
dénommés dans les cartes comme les sols ferrugineux tropicaux qui couvrent presque 70% de terrain.
Ce sont aussi les plus sensibles à l'érosion, à la dégradation physique et chimique. L'évaluation globale
de la dégradation des terres en Afrique de l'Ouest n'est pas chose aisée. La plupart des statistiques
indiquent les risques de dégradation ou de désertification (en se fondant sur les facteurs climatiques et
l'utilisation des terres) et non l'état actuel des sols (JANICOT S, 1996; KATYAL J.C & VLEK P.L.J, 2000).
Selon BLAIKIE P et BROOKFIELD H, (1987), pour mesurer la dégradation des terres il convient de vérifier
qu'il y a un lien de cause à effet entre ces changements et un déclin de productivité des terres. Ainsi, de
façon générale en Afrique de l'Ouest, on enregistre depuis quelques années une dégradation de la
matière organique des différents sols qui est imputable à des pratiques culturales érosives et conduisant
à une perte de substances (argile et oxyde de fer) ainsi qu'une augmentation relative des acides
fulviques et de l'humidité résiduelle (BARBANT P, 2008). Cette dégradation des sols implique aussi des
facteurs de pression très spécifiques sur les anthropoécosystèmes locaux et régionaux ; rendant ces sols
plus sensibles à l'érosion éolienne et hydrique.
PAYS
PROBLEMES ENVIRONNEMENTAUX
MAJEURS
BENIN
Déforestation
Désertification
BURKINA FASO
Pénurie d'eau
Désertification et dégradation des terres Consommation de bois de chauffage
20
CAP-VERT
COTE D'IVOIRE
Déforestation
GAMBIE
Sécheresse et productivité agricole Menaces pesant sur les forêts et marais Pêche intensive et érosion
des côtes
GHANA
Déforestation
Dégradation des terres et érosion des côtes Pêche intensive et baisse du volume des eaux du lac Volta
GUINEE
Déforestation et réfugiés
GUINEE BISSEAU
Déforestation
LIBERIA
Déforestation et plantations de caoutchouc Menaces pesant sur la biodiversité Pollution des eaux
MALI
Conséquences environnementales de
l'exploitation minière
NIGERIA
Désertification
biodiversité
Pollution pétrolière
SENEGAL
SIERRA LEONE
Déforestation
TOGO
Dégradation des terres et déforestation Menaces sur les écosystèmes aquatiques Menaces pesant sur la
biodiversité
MAURITANIE
21
L'analyse globale de ce tableau révèle que tous les pays ouest-africains enregistrent de nos jours une
forte déforestation suivie d'une dégradation de leur biodiversité. De façon spécifique, les pays sahéliens
connaissent des problèmes fonciers, de pollution et d'accès à l'eau potable. Les pays côtiers quant à eux
enregistrent une augmentation de la pollution des eaux et de l'air, une destruction des écosystèmes
côtiers et aquatiques et une déforestation accrue comme en Guinée avec la présence des réfugiés
libériens et sierra léonais. La pollution de façon générale en Afrique de l'Ouest est surtout due aux
industries et à la circulation urbaine et aux mauvaises pratiques agricoles. Par ailleurs, la mise en gras du
dernier pays du tableau pour montrer qu'il appartient à la région Afrique de l'Ouest mais fait partie de la
ligue arabe.
La population ouest africaine devrait atteindre 480 millions en 2030 puis 650 à 700 millions en 2050
comme l'exprime la figure 1. Elle est majoritairement jeune (60% a moins de 25 ans) et le restera jusqu'à
2050, même si un léger vieillissement de la population commencera alors à se faire sentir (VERDIERE
M.C et al, 1997). De même, 7,5 millions de cette population est expatriée dans un autre pays de la
région, essentiellement dans les zones côtières et les villes portuaires. Au début de 2003, on comptait,
dans la région, environ un million de personnes victimes de conflits, de bouleversements et de
déplacements relevant de la compétence du HCR, dont 522 000 réfugiés. Une quarantaine
d'organisations intergouvernementales existent dans la région dont la plus importante est la CEDEAO
regroupant 15 Etats membres. Ces organisations s'attachent à lutter contre les pires trafics nés des
conflits et les entretenant : trafics d'armes et privatisation des armées (mercenariats), économie de la
drogue, enrôlements forcés des jeunes, filles et garçons, mise en dépendance des réfugiés.
22
Le premier graphique de la figure 1 (page précédente) montre une croissance continue de la population
ouest africaine jusqu'en 2050, avec une population rurale qui connaitra une nette stabilisation de 2025 à
2050. Quant au second graphique, nous constatons l'importance et l'inégalité des tranches d'âge et leur
évolution en fonction des années jusqu'en 2050.
L'Afrique de l'Ouest est riche en diversité sociale et culturelle. Les quelques 1200 langues parlées en
Afrique de l'Ouest constituent un des piliers des communautés. Elles sont d'importance très inégale,
puisque les cinq premières que l'on situe facilement sur la carte 2 : haoussa, yoruba, peul, ibo et
mandingue regroupent à elles seules plus d'un tiers de la population. A ces langues se superposent les
trois langues apportées par la colonisation : l'anglais, le français et le portugais. La valorisation de cette
richesse est sans doute une des clés trop souvent négligée du développement de la région. Ces liens
culturels en Afrique de l'Ouest sont prégnants et ont favorisé l'arrivée et l'installation des premières
vagues de réfugiés au sein des autochtones en Guinée et au Burkina Faso, sans qu'aucune aide
extérieure ne soit intervenue. Aussi, les victimes de conflits fuient vers les pays les plus proches et où ils
ont soit des parents ou des proximité ethniques avec les populations locales comme ce fut le cas des
ethnies Kissi du Libéria qui sont venus vers Guéckédou où vivaient de nombreux Kissi guinéens et les
Loma ont privilégié les environs de Macenta où vivaient de nombreux Toma (le nom de ce groupe se dit
Loma au Libéria et Toma en Guinée).
Les enjeux géoculturels sont appelés à constituer demain, au même titre que les enjeux géopolitiques et
géoéconomiques, un axe de gouvernance locale (OCDE/CSAO/CEDEAO, 1997).
23
L'analyse de cette carte permet de voir que les foyers linguistiques en Afrique de l'Ouest s'étendent de
la côte occidentale jusqu'au Sahel. Dans cette zone, nous avons des aires d'extension uniforme de
langues et des localités ou les foyers linguistiques se chevauchent tels que chez les haoussas au Nigeria.
Au niveau de cette région à vocation rurale, l'exploitation agricole a souvent un impact très fort sur
l'évolution des terres surtout lorsqu'elle n'est pas faite dans le sens de la conservation des sols. Les
méthodes d'exploitation des terres sont parfois excessives : apports excessifs d'engrais,
d'amendements, d'herbicides, de pesticides, épandages des déchets contenants des polluants,
raccourcissement du temps de jachère et absence de jachère. Aussi, la forte croissance des populations
entraine une nécessité de produire plus pour subvenir aux besoins des populations et provoquant par la
même occasion des risques de pénurie des terres dans certaines régions. On assiste à une
surexploitation des terres déjà exploitées ou encore à l'exploitation des zones marginales, difficiles à
exploiter. Il y a sédentarisation des hommes et une pression sur les ressources en sol provoquant de
lourdes tensions et des conflits entre les différentes communautés. Face à cette destruction des
écosystèmes et à l'installation itinérante des camps de réfugiés dans la sous-région, la question de la
gestion du capital naturel et humain est cruciale et nécessite de donner une importance particulière à
une approche pluridisciplinaire qui tient compte à la fois des enjeux économiques, sociaux et
environnementaux au regard de la fragilité et au caractère non renouvelable de certaines de ces
ressources (LEPERS J.P et al., 2005 ;OZER P et al., 2007).
24
La méthodologie de l'étude est basée sur la revue de littérature à savoir l'utilisation de données
secondaires.
La méthodologie adoptée a consisté à localiser quelques pays ouest africains (Guinée, Ghana, Burkina
Faso) accueillant les réfugiés de conflits de longues dates, ayant une grande expérience dans la gestion
des populations en crise et qui disposent d'ouvrages diversifiés sur ces migrants. Ensuite, il a été
procédé à une recherche documentaire en lien avec les réfugiés et les conflits armés en Afrique de
l'Ouest, à la description de l'espace d'étude, à la définition conceptuelle et logique de l'étude, à la
synthèse et la discussion autour des résultats.
A travers ces recherches, les thèses de doctorat, les mémoires de master et de maîtrise ainsi que des
publications scientifiques (articles, livres, etc.) ont été consultés, même s'il faut noter le creux
bibliographique des mémoires et thèses en rapport avec les conflits armés, particulièrement les réfugiés
dans la sous-région ouest africaine. De plus, une analyse
Les données collectées dans le cadre de la revue documentaire ont été traitées sur la base d'une grille
de traitement et d'analyse. Cette grille a consisté à l'élaboration d'un tableau à quatre colonnes :
Thèmes et/ou
approches
Zones d'étude
Intérêt de la recherche
Environnement,
conflits armés et
mobilité sous
contrainte
Monde, Afrique et
Afrique de l'Ouest.
Réfugiés, évaluation
du comportement des
réfugiés, populations
d'accueil et ONG
humanitaires
Modalités d'accueil et
déterminent impacts
Thèses, mémoires
Migration forcée,
pression
démographique, changement
climatique et
exploitation des
ressources naturelles
Monde, Afrique de
l'Ouest, Burkina
Faso
Etat de lieu de
l'environnement et
naturelles, part de
responsabilité des
25
CONCLUSION PARTIELLE
26
Le cadre logique de cette étude met corrélation les hypothèses formulées, les objectifs fixés, les
variables et indicateurs retenues. L'analyse de ce cadre opératoire a permis de mettre en évidence des
concepts et définitions qui ont été clarifiés pour une bonne compréhension de l'étude. Les données
collectées dans le cadre du présent travail ont été traitées, analysées et classifiées par thèmes et par
zones géographiques suivant les résultats de la recherche. Et ces investigations nous ont permis
d'aboutir à un certain nombre de résultats qui seront présentés et discutés dans la suite de notre travail.
Cette deuxième partie de notre étude traite des conditions d'accueil et des modes de vie des réfugiés de
conflits dans trois pays ouest africains : la Guinée Conakry, le Ghana et le Burkina Faso. Elle met l'accent
sur les impacts environnementaux des réfugiés dans ces différents pays. Quelques impacts positifs et
des mesures d'atténuation des dommages causés par les réfugiés sur l'environnement seront également
abordés.
27
28
CHAPITRE III : CONDITIONS D'INSTALLATION ET MODES DE VIE DES REFUGIES DANS TROIS PAYS OUEST
AFRICAINS : LA GUINEE CONAKRY, LE GHANA ET LE BURKINA FASO
Les conditions d'installation et les modes de vie déterminent en grande partie le degré d'autonomie des
réfugiés et partant leurs impacts possibles sur l'environnement.
Les régions accueillant nouvellement les réfugiés attirent et continuent d'attirer les médias alors que
celles qui reçoivent les réfugiés depuis des années sont oubliées. C'est le cas, notamment de la
république de Guinée, qui a accueillie depuis 1990, environ 600.000 réfugiés, les uns, victimes de la
guerre au Libéria, les autres, chassés par le conflit de Sierra Leone. De 1990 à 1995, plus de 500.000
réfugiés libériens et sierra léonais sont accueillis en Guinée (HCR, 1995). En juin 1995, le HCR avait
officiellement enregistré en Guinée 603 750 réfugiés, dont 578 846 dans la seule zone forestière qui
jouxte les deux pays en conflit, matérialisée ici en couleur verte sur la carte 3. Ces chiffres
représentaient 10% de la population en Guinée. A la fin de 1995, dans la région forestière du Sud, un
habitant sur trois était réfugié. A l'échelle mondiale, c'était le pays où il existait l'une des plus grandes
concentrations de réfugiés.
Arrivés par vagues successives, deux grands groupes de réfugiés étaient distingués : entre Janvier 1990
et Avril 1991, il y eut quatre importantes vagues de réfugiés, soit environ 350 000 personnes qui
représentaient les premiers arrivants (réfère tableau 4 et carte 4). Chaque grande vague apportait
brusquement une population importante de réfugiés pendant plusieurs jours suivie de venues plus
faibles qui s'étalaient sur des mois jusqu'à l'afflux suivant. Ces vagues étaient assez homogènes dans la
mesure où les réfugiés avaient la même origine ethnique, le même degré de dénuement, mais des
origines diverses, liées à l'itinéraire géographique de la progression des rebelles du NPFL et à leur
combat avec les troupes gouvernementales (Van Damme W, 1999). Ces premières vagues de réfugiés en
Guinée partagèrent les cases des guinéens ou bien occupèrent des bâtiments publics comme les écoles.
Puis de 1992 à 1995, plusieurs petites vagues de réfugiés continuèrent à arriver en Guinée, soit environ
150 000 « derniers arrivants ».
Tableau 4 : arrivées des quatre premières vagues de réfugiés en Guinée forestière. Source : Wim Van
Damme, 1999
Mode d'installation
Zones frontalières
rurales de Yomou,
N'Zérékoré et Lola
Installation autonome au sein des membres de leur ethnie; camps de facto à Thuao (10 000)
Environ 100 000, pauvres et démunis, sous- alimentés mais encore en assez bonne santé.
29
30
Les populations de la Guinée forestière ont plus partagé avec les premières vagues de réfugiés « le gîte
et le couvert, les terres cultivables et les ressources naturelles » (GTZ, 1998). Ils ont donné « un coin de
leur case, dans leur village » explique Michel Kamano (conseiller politique du président guinéen Lassana
CONTE) lors d'un entretien avec Helène SIMONE-LORIERE pour les enquêtes de terrain de sa thèse le
10/11/2008. Ces propos de l'homme politique montrent que grâce aux liens culturels communs avec les
migrants, les autochtones ont accordé une aide inconditionnelle aux réfugiés avant même l'intervention
de l'Etat guinéen et du HCR. De même, les proximités ethniques entre hôtes et réfugiés expliquaient ces
réactions spontanées mais elles ont été largement instrumentalisées et mises en scène par un Etat faible
et pauvre qui n'était pas vraiment en mesure de canaliser les milliers de réfugiés entrés sur son
territoire.
Carte 4 : illustration des quatre grandes vagues d'arrivées des réfugiés en Guinée forestière entre 1990
et 1991
L'observation de ces cartes révèle que les réfugiés arrivés entre 1990 et 1991 en
Guinée forestière avaient des origines géographiques diverses et sont en majorité des libériens.
31
32
Les besoins des derniers arrivants étaient plus grands et leurs moyens de s'en sortir seule, moins
efficaces. Dans ce groupe de réfugiés arrivé entre 1992 et 1995, on a pu observer plus de dix petites
vagues, soit quelque 150 000 personnes. La plupart arrivèrent dans les préfectures de Yomou, Macenta
et Guéckédou. Lorsque le conflit s'étendit en 1995, environ 9000 s'installèrent à Kissidougou et 24 000 à
Forécariah, le long de la côte guinéenne. Bon nombre de réfugiés arrivés entre 1992 et 1995 avaient été
auparavant des « déplacés ». Certains avaient connu pendant plusieurs années de terribles épreuves
proches du travail forcé, étaient pauvres, malnutris et sans liens avec la population locale qui supportait
déjà un grand nombre de réfugiés (Van Damme W, 1999).
Tableau 5 : aperçu général de trois des dernières petites vagues de réfugiés en Guinée
Date d'arrivée
Evénement déclencheur
Evaluation du
Zone d'accueil en
Guinée et mode
d'installation
Juin 1993
En mauvaise santé.
Taux de
malnutrition élevé.
frontière de
Guéckédou puis
(Nyeadou et
Fandouyema), bon
accès à la terre.
Septembre 1994
Attaque de l'ULIMO
contre le quartier
27 000 réfugiés
généralement en
mauvaise santé
En janvier 1995,
la terre (8000
seulement sont
Janvier 1995
Forécariah, s'installent
eux-mêmes au milieu
33
Le lieu d'installation des réfugiés étaient principalement déterminé par l'origine ethnique, rurale ou
urbaine et les contacts transfrontaliers.
Suite à leurs arrivées, certains réfugiés issus des premières vagues entreprirent de construire leurs
propres cases dans les endroits indiqués par la communauté d'accueil. La taille des groupements de
réfugiés était souvent égale ou même supérieure à celle des villages locaux, chaque communauté
gardant son identité dans ces villages jumelés. Aucun acte extérieur, pas plus le gouvernement guinéen
que les agences étrangères n'étaient intervenues dans ce processus. Ce processus d'auto prise en charge
a été moins efficace avec les réfugiés de la quatrième grande vague constituée de sierra léonais
particulièrement des ethnies Kissi, Mende et Madingue qui fuyaient les combats de la zone frontalière
entre le Libéria et la Sierra Leone (TRAORE O, 1990). Ils subirent une installation qualifiée « d'auto
installation guidée » dans le camp de facto crée à Kouloumba quelques temps après leurs arrivées.
Les degrés d'homogénéité des réfugiés variaient fortement selon les situations de « séparation spatiale
» et de « ségrégation spatiale » qui étaient souvent hétérogènes. Et bien que non voulue, cette situation
peut être qualifiée de ségrégation spatiale. On estimait qu'environ moins de 20% des réfugiés de la
région forestière vivaient dans de vrais camps, 25% dans de nouveaux villages ou des villages jumelés et
que plus de la moitié était intégrée dans les villages et villes de la Guinée. Guéckédou était là où la
densité de réfugiés étaient la plus forte et comptait le plus grand nombre de camps (Van Damme W,
1995). Toutefois dans cette préfecture, deux tiers des réfugiés n'appréciaient pas la vie dans les camps
et étaient intégrés à la population locale, ou vivaient dans des regroupements de moins de 300
personnes. Plusieurs groupes ethniques, différents de la population d'accueil étaient mélangés.
La Guinée a montré un bel exemple d'accueil de réfugiés en Afrique et même le HCR l'a dit une fois. De
fait le magazine « réfugiés » publié par le HCR employait l'image d'une « lune de miel » pour qualifier la
relation entre réfugiés et guinéens en 1991 (RUIZ M, 1992).
En 1995, World Refugee Survey (WRS) estimait le nombre de réfugiés en guinée à 640 000. Les villages
jumelés dans les campagnes étaient le résultat des seuls inters actions entre réfugiés et communautés
locales. Cette situation fut possible car il n'y avait pas de
34
véritables urgences, l'afflux de réfugiés ayant eu lieu progressivement et sans un trop grand nombre à la
fois.
En générale, un grand nombre de réfugiés en Guinée et leurs hôtes partagent les mêmes langues,
coutumes et cultures. Un niveau élevé d'intégration sociale et de cohabitation pacifique caractérise la
présence des réfugiés en Guinée, aussi bien dans les camps officiels de réfugiés que ceux installés parmi
la population locale (HCR, 2000). Toutefois, les anciens et les nouveaux réfugiés avaient droit à des
quantités de nourritures différentes selon les humanitaires, les anciens réfugiés étant censés être
autosuffisants depuis 1993 contrairement aux nouveaux. Cette distinction fut maintenue malgré les
études qui montraient que, l'insécurité alimentaire n'était pas liée à la date d'arrivée mais à la zone
d'installation (Davis, 1996). L'aide alimentaire qui se limitait à l'huile, le riz et rarement des lentilles et
des haricots était en grande partie détournée par les autorités locales ainsi que les commerçants
(OULARE A et KEITA F, 1992).
Avec l'installation des réfugiés en Guinée, une surveillance nutritionnelle et épidémiologique fut mise en
place dans les postes de santé par le Ministère de la Santé Publique (MSP) et Médecins sans Frontières
(MSF) pour protéger les sources d'eau potable, creuser des latrines, assurer les frais curatifs de base et
la vaccination contre la rougeole (VAN HAUWAERT W, 1992).
Grâce à leur liberté d'installation; les réfugiés s'organisaient au mieux pour tirer parti de toutes les
opportunités économiques. Les réfugiés intégrés au milieu des populations autochtones, jouissaient
d'un degré plus élevé d'autonomie, leurs moyens d'existence et ceux de la communauté d'accueil étant
étroitement liés. La cohabitation pacifique de réfugiés issus de villages jumelés ou de nouveaux villages
leur permettait également avec le temps, d'atteindre un niveau satisfaisant d'autonomie.
Les réfugiés retournaient dans leurs régions d'origine lorsque la situation le permettait, craignant qu'une
trop longue absence menace leurs droits fonciers et autres possessions. Les hommes partaient souvent
les premiers, laissant femmes et enfants en Guinée ou ils étaient en sécurité et bénéficiaient de l'aide de
la part des populations locales. Ils partaient au début de la période culturale pour mettre en valeur leurs
terres (DIALLO M.A, 1991). Quand les conditions de sécurité s'améliorent, le mouvement se fit
principalement en direction du pays d'origine. Quand l'insécurité augmenta, il se fit dans le sens
contraire.
35
Dans les villes comme Conakry, le HCR avait formalisé un partenariat avec la Croix Rouge Guinéenne
(CRG) pour qu'elle assure, après enquête, des aides ponctuelles en hébergement, nourriture et soin, à
certains réfugiés reconnus et enregistrés. Ce partenariat était une mesure exceptionnelle vue que la
région forestière devrait abriter l'essentiel de l'aide (horoya, 05/07/1992).
La situation de ceux qui vivaient à l'écart, dans des camps était beaucoup plus difficile. Les réfugiés
libériens et sierra léonais qui étaient des agriculteurs devinrent des paysans sans terres en Guinée. Face
à la faiblesse de l'aide, ils quittaient les camps pour chercher à mieux s'intégrer à la population et à
l'économie rurale. Certains réfugiés étaient employés par les Guinéens comme journaliers agricoles et
d'autres avaient accès à des terres laissées en jachères pour une année. Dans certains cas, le travail des
réfugiés a été utilisé pour éclaircir une forêt secondaire plus ancienne pour la culture pendant les
premières années, après quoi la terre a été utilisée par les guinéens pour des cultures plus rentables,
principalement le café (HCR, 2000).
Les réfugiés officiellement enregistrés par le HCR comme résidents des camps et qui vivaient parmi les
guinéens retournaient au site d'accueil que lors de la distribution des vivres. Ce phénomène était
particulièrement important à la saison des pluies, quand l'agriculture nécessitait beaucoup de main
d'oeuvre. Les camps étaient alors désertés, quelques personnes seulement y restaient, les autres s'étant
installés de manière semi-permanente dans les villages à l'extérieur des camps. Beaucoup de cases étant
fermées ou s'effondrant et la végétation revenant à l'état sauvage, on appelait ces camps « camps
fantômes ». Les réfugiés devaient avoir l'autorisation des guinéens pour l'accès à la terre et l'utilisation
des ressources communautaires pour la production du charbon de bois, du bois de chauffe, de l'argent
comptant et des matériaux de construction (palmier raphia).
36
Premiers arrivants
1991)
Derniers arrivants
Succession de petites vagues (1992-1995)
Assistance médicale
surveillance épidémiologique et
Centres nutritionnels,
programme d'alimentation
supplémentaire et animateurs
activités précédentes.
Aide alimentaire
Les réfugiés vivent plusieurs
semaines, voire plusieurs mois, sans aide alimentaire, sans conséquences graves pour leur santé.
premières semaines.
Alimentation en eau
nouveaux puits et des forages avec des pompes à main sont installés quelques mois plus tard
Habitat
Au départ, aucune aide n'est donnée pour la construction des cases. Après plusieurs mois, quelques
bâches en plastiques sont distribuées.
Les réfugiés arrivèrent par vagues successives en Guinée entre 1990 et 1995 et la plupart s'installèrent
librement au niveau de la population locale. Leur mode d'installation fut très divers allant de
l'intégration spatiale à la ségrégation spatiale. Les éléments les plus importants qui déterminèrent leur
mode d'installation furent : l'origine, urbaine ou rurale ; les liens ethniques ; l'accès aux ressources
agricoles disponibles et les effectifs. Les modes
d'installation déterminèrent dans une grande mesure, le degré d'autonomie auquel les réfugiés
pouvaient parvenir et leur impact possible sur l'environnement. L'efficacité des techniques d'auto prise
en charge des réfugiés en Guinée et du soutien de la population d'accueil diminua au cours des années.
Par contre, l'aide humanitaire extérieur augmenta (Simon & Schuster ; Van Damme W, 1995).
37
III-2 : ACCUEIL ET ETABLISSEMENT DES REFUGIES LIBERIENS A ACCRA
Au Ghana, comme en Guinée, les autorités n'étaient pas prêtes à accueillir les réfugiés. Le pays avait
bien accueilli des militants africains indépendantistes et anti- apartheid mais ces « freedom fighters »
n'ont jamais représenté des milliers de personnes. Il s'agissait surtout d'étudiants qui ont été hébergés
dans des Foreign Students' Hotels mis en place notamment près de l'université d'Accra par la politique
panafricaniste de Kwame N'krumah entre 1957 et 1996 (ADJAKRA A.D.Y, 1990 ; ALIFO N.M.K, 1999).
C'est le gouvernement militaire de John. J. Rawlings au pouvoir depuis le coup d'état de 1981, qui a
ouvert un camp à une quarantaine de kilomètres à l'Ouest d'Accra, dans le village de Gomoa-
Buduburam (communément appelé Buduburam) pour les réfugiés libériens en nombre croissant en
Septembre 2000.
Les premiers libériens arrivés au port de Tema ont été accueillis par le Ghana Immigration Service (GIS)
comme l'atteste la photo 1. Au nombre d'une centaine, ils ont d'abord été hébergés à Afienya, une
localité au Nord-est de Tema, dans une école transformée par l'Etat en centre de transit (OKAE-MENSAH
K, 1997). D'autres réfugiés arrivés plus tard ont emprunté les lignes aériennes régulières et ont bénéficié
de l'aide de l'armée ghanéenne, empruntant les avions, et surtout les bateaux militaires ghanéens. A
partir de la création du camp de Buduburam, le GIS a orienté les réfugiés arrivant à Accra vers ce lieu
d'accueil où ils étaient estimés à 9000 en 1990 et 15 000 en 1996. Toutefois, le gouvernement ghanéen
n'a jamais obligé les libériens à s'installer à Buduburam et ESSUMAN-JONHSON A, 1992b précise ainsi
qu'environ 2000 libériens s'étaient installés par leurs propres moyens à Accra ou ailleurs tout en
ajoutant que certains ont par la suite cherché à rejoindre le camp où le degré d'aide était important
(Ghanaian Times, 05/10/1990). Le camp a également servi de lieu de transit, avant qu'ils ne rejoignent
leur pays d'origine, à des centaines de ressortissants africains, nigérians par exemple, fuyant la guerre
civile libérienne. Dans ce grand camp d'accueil, les réfugiés ont été hébergés dans des maisons
préexistantes sur le terrain ainsi que sous des tentes données par l'armée.
38
Photo 1 : extraits de presse ghanéenne montrant l'arrivée des réfugiés libériens à Accra
Source : Ghanaian Times, 09/10/1990
Ces extraits de presse ghanéenne en anglais montrent que les premiers arrivants à
Accra n'ont pas été accueillis à bras ouverts par la société civile, mais ont été pris en charge par le
gouvernement.
Le camp de Buduburam, situé à 45 km d'Accra, peut être considéré comme une centralité libérienne au
Ghana, au sens où il concentre une forte population de réfugiés et de services proposés par et pour eux,
et où il entraine des mobilités particulières de la part des libériens installés ailleurs. Le camp est en effet
pour eux un point de repère et un lieu de sociabilité important, mais à des degrés divers, selon
l'éloignement géographique, le capital socio-économique et l'histoire personnelle des individus (ASARE
V.N.B, 2000). Point d'ancrage non résidentiel pour ces derniers, le camp est surtout le signe d'une
reterritorialisation des libériens au Ghana (AGIER M, 2013). La majorité des réfugiés libériens rencontrés
au Ghana, soit 44 sur 50, vivaient ou avaient vécu dans le camp de Buduburam. A l'échelle de
l'agglomération d'Accra, DICK S (2002a), proposait de distinguer les « camps refugees » des « town
refugees » et observait elle aussi de nombreux allers et retours entre le camp et la ville.
39
A l'instar du camp urbain de Buduburam, le camp de Krisan visible sur la carte 5, situé en milieu rural, à
80 km de l'agglomération de Sekondi-Takoradi, a également accueilli un petit nombre de réfugiés à
partir de 1996. Le camp de Krisan a hébergé des libériens et de petits groupes de réfugiés sierra-léonais,
soudanais ou encore centrafricains. Les arrivées de libériens au Ghana ont été ponctuelles et diffuses
comme en Guinée et la lenteur des rapatriements étaient visible.
Carte 5 : Plan du camp de Buduburam et répartition inégale des libériens à Accra
L'analyse de cette carte dévoile que l'installation des réfugiés s'est faite le long de la zone côtière à Accra
et que les trois localités qui concentraient le plus de réfugiés libériens étaient respectivement
Buduburam, Tema, Kasao.
Outre ces réfugiés, le Ghana a surtout été marqué entre 1993-1995 par la présence de réfugiés togolais
en nombre irrégulière comme le montre la figure 2, dans la partie Est du pays qui fuyaient les troubles
politiques de leur patrie. A l'Ouest, ce sont les réfugiés en provenance de la Côte d'Ivoire qui ont franchi
la frontière ghanéenne dans les années 2000. Le nombre total de réfugiés dépassait les 40 000 en 2003
(ASARE V.N.B, 2000).
En plus de ces effectifs, le Ghana a aussi enregistré le retour de ses ressortissants fuyant la guerre civile
du Libéria. Le Ghana Immigration Service (GIS) s'est chargé de séparer les libériens des ghanéens grâce à
l'absence d'ethnies communes entre le Libéria et le Ghana et surtout le broken english des libériens. Le
gouvernement ghanéen, via le GIS, a aidé
financièrement au retour de ces nationaux vers leurs villages d'origine, mais ne leur a pas octroyé d'aide
spécifique. Ces ghanéens ont d'abord séjourné dans le camp de Buduburam avant de choisir un lieu
spécifique pour leur réintégration lorsqu'ils n'avaient pas de villages d'origine. Ces 15 000 ghanéens
d'origine rurale, sont revenus les mains vides entrainant une réinsertion difficile comme à Senya Beraku,
un village proche de Buduburam (DEKKER R, 1995). Ils ont néanmoins obtenu des micros crédits de
l'ONG Assemblies of God Relief and Development Services qui est également intervenue dans le camp
de Buduburam.
Figure 2 : arrivées des différents réfugiés de conflits et exilés ghanéens à Accra entre 1990 et 2009
Ce graphique atteste que de 1990 à 2009, l'accueil du plus grand nombre de réfugiés au Ghana a eu lieu
de 1993 à 1996, constitué à majorité de réfugiés togolais fuyant les troubles électoraux au Togo.
L'arrivée du deuxième contingent important de réfugiés s'est déroulée de 2002 à 2007 et dominée par
les réfugiés libériens issus de la deuxième guerre civile de leur pays.
Le gouvernement ghanéen, d'abord accueillant, est devenu plus réticent à recevoir davantage de
réfugiés libériens à partir du milieu des années 1990, après l'afflux de milliers de réfugiés togolais dans
l'Est du pays et les échecs répétés de négociations de paix au Libéria. Les autorités ghanéennes ont
affirmé également les limites de leur accueil et les ont reformulées à plusieurs reprises pendant mais
surtout à la fin de chaque guerre civile, c'est-à dire à la fin des années 1990, puis de nouveau après
2003, encourageant les libériens à rentrer chez eux. Les limites de l'accueil ont surtout été révélées avec
acuité en 2008, lors d'une manifestation pendant laquelle les réfugiés libériens ont rejeté l'éventualité
de rester au Ghana et ont réclamé d'être réinstallés par le HCR dans des pays tiers (Etats Unies
d'Amérique,
40
41
Australie, Canada). Cette manifestation a conduit à l'expulsion de quelques libériens et entraîné une
remise en question de leur présence au Ghana en tant que réfugiés.
Egalement, l'épopée du bateau Bulk challenge en 1996 (NAGBE K.M, 1996) qui avait quitté Monrovia
après les combats d'«April 6 » a erré plusieurs semaines dans le Golfe de Guinée, les autorités
ivoiriennes puis ghanéennes lui interdisant de débarquer ses passagers sur leur territoire, le
soupçonnant de transporter des anciens combattants en déroute. Après quelques jours, le navire a
néanmoins accosté au port de Takoradi le 15 mai 1996, suite aux pressions internationales et à la
détérioration de la situation à bord. Les quelques 2000 libériens du Bulk Challenge, installés dans le
camp de Krisan dans l'Ouest du pays près de la ville de Sanzule ont peu à peu rejoint le camp de
Buduburam ou bien sont rentrés au Libéria à la fin de la première guerre. A la fin du mois de mai 1996,
des libériens embarqués sur un autre bateau, le Zolotitsa n'ont pas eu cette chance et ont passé
plusieurs jours en mer avant de retourner à Monrovia (Ghanaian Times, 19/06/1996).
A cela s'ajoute le phénomène de « refugees fatigue ». Cette notion de fatigue (lassitude des bailleurs de
fonds du HCR et pays accueillant les réfugiés) a d'abord été exprimée par les pays donateurs,
notamment les pays industrialisés qui contribuent pour l'essentiel au budget du HCR (CAMBREZY L,
2001), mais aussi par le pays hôte, qui est le Ghana. Ces deux types de fatigue interviennent le plus
souvent face à des situations dites d'exil prolongé (LOESCHER G, MILNER J, 2005).
Le HCR est intervenu plus tardivement au Ghana qu'en Guinée et il faut surtout y souligner la place
importante qu'ont prise les ONG nationales dans l'aide aux réfugiés du camp de Buduburam. Les fonds
internationaux débloqués par le HCR pour les réfugiés libériens sont d'abord allés aux pays ou ces
réfugiés étaient les plus nombreux (Côte d'Ivoire, Guinée, Sierra Léone) et non pas au Ghana. Avant
1993, le HCR n'avait d'ailleurs qu'un seul chargé de mission dans le pays et non un bureau permanent.
Ce sont principalement les ONG ghanéennes qui se sont investies auprès des réfugiés à Buduburam et
qui ont ensuite continué de les aider avec le financement du HCR. Autant, la société civile ghanéenne a
fait de nombreux dons matériels et financiers aux libériens dans les premiers mois d'existence du camp
comme l'exprime la photo 2. En 1990 et dans les années suivantes, le journal Ghanaian Times relayait
régulièrement les demandes d'aide supplémentaires adressées à la population
par la National Reception Task Force, (Ghanaian Times, 09/10/1990) et rapportait ces gestes de
générosité. Ces dons ont largement été orchestrés par le pouvoir, mais comme en Guinée, l'Etat, ayant
peu de moyens, s'est appuyé sur la société civile, tout en conservant son rôle principal dans la gestion
des réfugiés à travers le NMP (National Mobilization Program) et le comité interministériel d'accueil.
Photo 2 : extraits de presse ghanéenne montrant des dons alimentaires aux réfugiés libériens à Accra.
Source : Ghanaian Times, 09/10/1990
Les différentes ONG et associations religieuses sous la supervision de l'Etat ghanéen sont venues en aide
aux réfugiés libériens à Accra. Ces aides concernaient des fournitures de biens de première nécessité.
Le HCR a ainsi entériné la répartition des tâches qui avaient eu lieu avant son intervention et dans
laquelle les ONG nationales avaient une part essentielle, avec le soutien du gouvernement ghanéen. Ces
ONG étaient souvent confessionnelles. On peut en citer quatre principales ayant joué un rôle majeur dès
les débuts du camp et qui continuaient à y être actives en 2008-2009 : la Croix Rouge Ghanéenne,
l'Assemblies of God Development and Relief Services, la National Catholic Secretariat et le Christian
Council of Ghana. Avec le temps, les tentes du camp ont été remplacées par des maisons en dur,
construites par les réfugiés eux- mêmes, grâce à des matériaux donnés par ces ONG et le HCR ou acquis
par le dynamisme économique de ces derniers. Malgré la volonté initiale du gouvernement ghanéen de
ne pas créer l'impression que les réfugiés libériens seraient au Ghana pour longtemps, le
42
43
camp de buduburam est devenu peu à peu un petit village, voir une petite ville avec des services publics
dépendant de l'aide humanitaire du HCR mais essentiellement des ONG ghanéennes. Du point de vue
des conditions de vie, ce camp était considéré comme un exemple par le HCR (ACC, NS, 20/07/2008).
La gestion du camp a été confiée à un organisme déjà existant le National Mobilization Program (NMP),
dépendant du Ministry of Social Welfare, qui avait été créé pour répondre à des crises et était
notamment intervenu dans la gestion du retour des ghanéens expulsés du Nigéria en 1985 (ALIFO
N.M.K, 1999). Un fonctionnaire du NMP a été nommé responsable du camp, camp manager, chargé de
règlementer la vie à l'intérieur du camp et doté d'assistants qui ont tous été hébergés dans l'une des
maisons du camp baptisée par les réfugiés, the Mension en référence au palais présidentiel de Monrovia
et en signe de reconnaissance de ce lieu de pouvoir. Cette équipe de gestionnaires était payée par le
gouvernement ghanéen et non le HCR qui n'a commencé à financer l'aide aux réfugiés au Ghana qu'à
partir de 1992.
La grande majorité des réfugiés libériens à Accra vivait au camp de Buduburam qui faisait preuve d'un
grand dynamisme. Les diverses activités économiques menées dans le camp font penser à une ville, car
elles sont surtout tertiaires. L'agriculture pratiquée par les libériens à l'intérieur du camp permettait de
préparer des plats typiques du Libéria qui diffèrent des habitudes alimentaires du Ghana. Les réfugiés
parviennent aussi à revendre une partie de leur production agricole (BOAMAH-GYAU K, 2008). Par
ailleurs, le camp apparaissait plutôt propre en comparaison à certains quartiers d'Accra, et surtout de
Conakry ou le ramassage d'ordures était moins organisé ou systématique. Les différentes zones du camp
disposent de points de collecte des déchets. Dans chaque zone s'est constituée une équipe de résidents
pour veiller à la propreté des lieux : balayage, ramassage des ordures et entretien des drains
d'assainissement quand nécessaire. Certaines familles plutôt plus pauvres survivent en partie grâce au
ramassage et à la collecte des emballages plastiques vides, notamment ceux des sachets d'eau, qu'ils
revendent ensuite pour un petit bénéfice (OMATA N, 2011a). A Buduburam, les réfugiés libériens tout
comme les ghanéens devaient compter sur leurs propres ressources pour bénéficier des services de
base (eau courante et électricité).
44
Le camp comporte également des associations qui sont animées où fréquentées par les réfugiés sur une
base quotidienne ou hebdomadaire. Elles constituent des opportunités d'emplois, ou du moins
d'occupation pour les habitants du camp, quel que soit leur âge. La plupart des réfugiés sont chrétiens et
fréquentent des petites églises qui leur apportent un soutien spirituel et psychologique (DOVLO E et
SONDAH S, 2001) mais aussi matériel, en leur donnant accès à des sources de revenu stables ou
ponctuelles. De même, les moments de fêtes, religieuses ou nationales rassemblent les résidents du
camp ainsi que leurs amis les ghanéens, ou encore les manifestations de revendication envers les
instances dirigeantes du camp et le HCR. Du reste, le camp dispose d'un marché en contact avec le
village de Buduburam et qui a surtout servi de lieu de vente d'une partie de l'aide alimentaire qui avait
été allouée aux réfugiés pour acquérir d'autres biens de consommation courante non fournis par les
ONG, comme dans d'autres situations d'exil et d'aide alimentaire (FERRY F, 2004).
A la suite de la crise malienne de Janvier 2012, des réfugiés maliens sont arrivés par vagues successives
au Burkina Faso avec leur bétail. Un nombre important de ces réfugiés s'est installé dans la région du
sahel en faveur d'une décision politique mais surtout à cause des liens ethniques et culturels communs
avec les populations locales. Ils se sont installés auprès des populations autochtones ou sur d'anciens
sites ayant accueilli d'autres réfugiés maliens en 1993. Mais avec l'afflux des réfugiés, de nouveaux sites
d'accueil ont été ajoutés aux anciens, donnant un total de neuf sites d'accueil inégalement répartis dans
les trois provinces de la région comme indiqué sur la carte 6 : cinq dans l'Oudalan, trois dans le Soum et
un seul dans le Séno. Pour des raisons pratiques (accessibilité, regroupement, stratégie, sécuritaire), des
relocalisations de sites sont en cours sous la supervision du HCR et des autorités nationales (CONAREF),
surtout dans le Soum. Les sites de Férerio, de Gandafabou ayant déjà été fermés (UNHCR, 2013).
Les camps de réfugiés dans la région du sahel burkinabé sont dominés par les sites spontanés dans la
province de l'Oudalan, suivi des sites officiels dans le Séno et le Soum.
L'unique site répertorié au Séno est celui de Goudébo au Nord de Dori, à environ 10 km sur l'axe Dori-
Gorom. Au dernier recensement officiel de 2006, le village de Goudébo comptait 692 habitants répartis
dans 136 ménages dont 50,51% de femmes. Avec quatre quartiers comportant chacun un forage, le
camp de réfugiés installé au quartier Goudébo école, compte 9 982 habitants dont 2 862 ménages
(Barry S et al). Les réfugiés de Guédebo sont venus des sites spontanés de Déou, de Férerio et de
Gountouré-Gnégné entre Novembre et Décembre 2012 (HCR, 2013).
Dans le Soum, les sites initiaux sont Damba et Mentao, localisés respectivement au Nord-ouest et au
Sud-ouest de la province. Le village de Damba qui est essentiellement constitué de réfugiés est en plein
transfert vers le site de Mentao. Cette localité est subdivisée en cinq entités et abrite 1 295 habitants
dont 241 ménages (RGPH, 2006). Les premiers réfugiés y sont arrivés en fin Janvier 2012, dont certains y
avaient déjà séjourné en 1993. Les chiffres officiels font état de 14 808 réfugiés dont 4 306 ménages. Ces
chiffres sont très évolutifs car chaque jour voit son contingent de nouveaux arrivants (les relocalisés de
45
46
Damba). Le département de Nassoumbou qui comprend le village de Damba abrite une aire protégée
qui est le lieu de collecte de bois énergie et une zone de pâturage pour le bétail des réfugiés. C'est dans
cette aire protégée que la collecte supervisée du bois mort est organisée par OCADES/CARITAS et les
services techniques du ministère de l'environnement et du développement durable pour la fourniture
de bois aux réfugiés des camps.
Contrairement aux deux provinces précédentes qui abritent la plupart des sites officiels, les sites
d'installation spontanée des réfugiés se concentrent à l'Ouest de l'Oudalan. Il s'agit des localités Tin
Edja, Déou, Dibissi et Gountouré-Gnégné constituées surtout de communautés locales évoluant dans
l'élevage, le commerce et l'agriculture. Les réfugiés installés à Tin Edja sont arrivés en Avril 2012. Mais
beaucoup d'entre eux y avaient déjà séjourné en 1993 lors de la crise malienne de 1992. Le nombre de
réfugiés est estimé à 1 214 individus dont 350 familles de bergers ne sont pas enregistrées et prises en
charge par le HCR. Ces réfugiés éprouvent de sérieuses difficultés pour leur prise en charge et l'élevage
demeure la principale activité même si quelques-uns s'adonnent au petit commerce.
Le village de Déou qui compte 7 878 habitants répartis en 1 369 ménages a enregistré ses premières
vagues de réfugiés en février 2012. En mars, leur nombre atteignait 3200 individus répartis dans 498
ménages (FAO, 2013). Une particularité constatée à Déou est qu'une partie des réfugiés était cantonnée
à l'Ouest du village tandis que les autres sont disséminés au sein de la population autochtone, dans des
concessions ou dans des maisons en location.
A Dibissi, localité abritant 667 âmes répartis dans 110 ménages (RGPH, 2006), a accueilli ses premiers
contingents de réfugiés en mars 2012. En mars 2013, soit un an après, le village comptait 4 702 réfugiés
en provenance de Gao et de Tombouctou. Les zones de pâturage sont essentiellement localisées au
Nord et à l'Ouest et une bonne partie (60%) du cheptel de ces réfugiés pâture hors des camps sur les
rives du Béli, aux abords du forage Christine et à Zarmakoye par manque de ressources suffisantes sur
place. Le reste du cheptel bivouaque autour du camp et les réfugiés ne manquent pas d'occasion pour
témoigner leur reconnaissance aux populations hôtes pour l'hospitalité et le partage des ressources
(eau, pâturages, bois d'énergie, terres, bois d'oeuvre) dont ils disposent. Non loin de là, le site de
Gandafabou dans l'Oudalan divisé en cinq entités supportant 1 178 habitants dont 188 ménages. Ce site
a accueilli des réfugiés qui ont été redéployés vers le camp de Mentao à partir de janvier 2013 (FAO,
2013).
47
III-3-2 : REPARTITION DU CHEPTEL DES REFUGIES ET DES AUTOCHTONES DANS LE SAHEL BURKINABE
Dans la région du Sahel, l'élevage demeure la principale activité (58%) et source de revenu des réfugiés,
suivie du petit commerce (19%), du travail salarié (10%) et de l'agriculture (2%). L'élevage reste
également la principale activité des autochtones (49%), talonné par l'agriculture (44%) et le petit
commerce (7%) (HCR, 2013). La pratique de l'élevage dans la région du Sahel concerne essentiellement
les bovins, les ovins, les caprins, les camelins, l'espèce asine et la volaille. L'analyse des résultats
d'enquête du HCR en 2013 montre que le cheptel élevé est bien diversifié dans les sites des réfugiés. Il
ressort que le bovin est l'espèce la plus dominante chez les réfugiés avec en moyenne 44,4#177;62,7
têtes par ménage, tandis que chez les autochtones, l'espèce la plus dominante est le caprin avec en
moyenne 17,2#177;17,8 têtes par ménage. L'espèce asine et les camelins sont aussi des espèces en
effectifs remarquables chez les réfugiés avec en moyenne 2,5#177;3,9 et 4,2#177;8,3 têtes par ménage
(HCR, FAO ; 2013).
Ainsi, à Goudébo et à Mentao, les réfugiés détiendraient plus de caprins dans les deux camps
probablement pour la production laitière, la viande et la commercialisation. La gestion des effectif vari
en fonction des sites A Goudébo le gros du troupea des réfgiés (70 à
80%) étant avec des bergers à la frontière du Burkina Faso avec le Mali, principalement dans les aires de
pâturage des localités d'Inabao, Tin Akoff, Damba, Déou, Gorom-Gorom et le forage Christine. Cette
disposition s'explique par la faible disponibilité de pâturages, d'eau, et d'espaces pastoraux dans les
zones de Goudébo. Par ailleurs, les effectifs des troupeaux de réfugiés ont été affectés par les
déplacements avec de fortes mortalités enregistrées particulièrement chez les petits ruminants (80%).
Ces mortalités qui entrainent la variation des effectifs d'animaux (réfère tableau 7) d'un site à l'autre
sont favorisées par l'apparition de certaines maladies (VSF, 2012).
48
Effectif de bétail dominé par les ovins et les caprins dans la majorité des sites.
Les forages sont la principale source d'approvisionnement en eau aussi bien pour les réfugiés (98%) que
pour les autochtones (87%), suivi des puits (respectivement 1% et 7%) et des eaux de surface
(respectivement 1% et 6%). Les réfugiés utilisent les sources d'eau pour leurs besoins quotidiens et
l'abreuvement des animaux. Cependant, les réfugiés disent connaître des contraintes d'abreuvement
dues à l'insuffisance des points d'eau et des ouvrages hydrauliques comme le montre la photo 5. Les
contraintes sont cependant variables selon les sites. Sur le terrain, on a pu observer que certains
réfugiés convoient l'eau de Férerio en véhicules jusqu'à Déou pour l'abreuvement des animaux (HCR,
2013).
49
Les caprices du climat, la croissance démographique et l'avènement des réfugiés maliens dans la région
du Sahel font que les sources d'eau sont fortement convoitées et se raréfient. Les Hommes et les
animaux s'approvisionnent souvent au même point d'eau.
Sur le plan alimentaire, plusieurs structures viennent en aide aux réfugiés, parmi lesquels le HCR, le
PAM, les organisations caritatives telles que l'OCADES, le CRS, l'ONG HELP. Ces vivres sont distribués
mensuellement aux réfugiés dans leur ensemble (99% des réfugiés). Mais lors des focus groupes
organisés entre une équipe d'experts diligentée par le HCR et la FAO auprès des réfugiés, il est ressorti
essentiellement deux points :
- les nouveaux arrivants dans les camps tardent à recevoir leurs dotations du fait qu'ils n'ont pas encore
été recensés. Cette lenteur dans l'enregistrement nécessite la mise en place d'un stock alimentaire en
attente pour répondre à ces cas.
- le manque de diversité des rations servies où les produits laitiers et à base de viande sont absents alors
que l'on ne peut ignorer leur importance dans l'alimentation de ces réfugiés. Les produits les plus
consommés dans cette région sont les céréales (100% chez les réfugiés) et 98,6% chez les autochtones.
Les oléagineux constitués principalement du niébé n'est pas apprécié par les réfugiés et demeure peu
consommé. Certains mêmes affirment en donner aux animaux. Les réfugiés souhaiteraient être
consultés par rapport à la nature des produits distribués. Par ailleurs les besoins alimentaire du cheptel
sont importants et varient suivant le type d'espèce comme l'atteste le tableau ci-dessus (FAO, 2013).
Ce tableau révèle que les besoins alimentaires du bétail des réfugiés maliens varient selon l'importance
du troupeau.
En générale, les réfugiés ont libre accès aux points d'eau, aux pâturages et infrastructures
sociocommunautaires (écoles, centres de soins) au même titre que les populations locales ; parfois
même avec plus d'attention. Ils ont également accès aux zones de
50
prélèvement de bois autour des camps qui constitue la principale source d'énergie domestique aussi
bien chez les réfugiés (74%) que la population autochtone (80%). L'achat et la collecte du bois mort sont
respectivement les principaux canaux d'approvisionnement en énergie chez les réfugiés (54%) et les
autochtones (84%). La brousse demeure le principal lieu d'approvisionnement en énergie (38% des
réfugiés et 84% des autochtones) suivi du marché (38% des réfugiés et 16% des autochtones) (FAO,
2013). Les autres sources d'énergie sont le charbon de bois chez les réfugiés (25%) et de la bouse
animale chez les autochtones (14%). Pour plus de précision réfère tableau 9.
L'un des principaux lieux de collecte de bois morts reste la forêt classée de Nassoumbou comme en
témoigne la photo 4. Moins de 1% des réfugiés utilisent du gaz comme énergie domestique et environ
3% des autochtones utilisent du charbon de bois dans leur ménage. A travers les analyses spatiales
(images satellitaires de type Landsat TM pour la période 2001, 2006, 2011), on a constaté que les forêts
mises en défends dans le Sahel sont restées intactes jusqu'à là. De même, malgré un approvisionnement
insuffisant en bois énergie de la part des ONG (24,3%), il est ressorti que dans tous les sites abritant les
réfugiés que la cohabitation était pacifique entre autochtones et hôtes (HCR, FAO ; 2013).
La collecte de bois dans la forêt classée de Nassoumbou se fait sous la supervision des agents forestiers.
Certaines populations parcourent de longues distances avec des charrettes pour s'approvisionner en
bois.
Bien que la région du Sahel soit à vocation pastorale, les ressources naturelles renouvelables y sont
limitées à cause des conditions climatiques et écologiques difficiles. Dans un tel contexte, l'arrivée
massive de réfugiés avec leurs animaux en nombre important constitue une préoccupation majeure
pour l'accès aux ressources, l'organisation sociale et économique des autochtones (UNHCR, 2012).
51
52
CHAPITRE IV : LES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES DE
L'arrivée et la présence prolongée des réfugiés dans certains pays ouest africains tels la Guinée, le
Ghana et le Burkina Faso, a sans aucun doute augmenté les exigences vis-à-vis de l'environnement. Le
risque environnemental représenté par l'arrivée soudaine de ces milliers de réfugiés dans ces pays
d'accueil fut une préoccupation pour la Communauté Internationale et les différents gouvernements.
Des études générales visant à évaluer l'impact environnemental des réfugiés furent menées (BLACK R,
1994 ; JACOBSEN K, 1997). Toutefois, l'intérêt des différentes études avant l'an 2000 était axé sur les
concentrations de réfugiés en milieu rural et leur impact possible sur l'environnement. Les impacts des
réfugiés en zone urbaine sont moins connus et étudiés, aussi bien par les gouvernements que les
différents acteurs humanitaires impliqués auprès des réfugiés. Alors que les centres de réfugiés officiels
dans les zones rurales ont des dispositions prises pour les services socio-économiques de base, cette
assistance n'est souvent pas disponible pour les réfugiés dans les centres urbains (ROGGE J, 1981).
53
IV-1 : LES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES LIBERIENS ET SIERRA LEONAIS EN GUINEE
Les impacts des réfugiés sont abordés sur le plan physique et humain.
IV-1-1 : LES IMPACTS BIOPHYSIQUES DES REFUGIES
L'impact des réfugiés sur le milieu biophysique guinéen a surtout été enregistré en Guinée forestière au
Sud du pays. Cette localité est une région montagneuse, constituée de collines à fortes pentes, séparées
de bas-fonds et de plaines alluviales dont l'altitude moyenne varie entre 600 et 800 mètres. Avec un
climat subéquatorial, la région forestière demeure jusqu'à nos jours le château d'eau de l'Afrique de
l'Ouest. Sa population, estimée à un million cinq cent mille habitants est essentiellement rurale (78%) et
comprend une densité de 43 habitants/km2 (RGPH, 1996). A cette même date, 620 000 réfugiés sierra
léonais et libériens sont accueillis en Guinée, soit près de 40% de la population guinéenne qui avoisinait
les 7.1 millions d'habitants (BIDOU J.E, TOURE J.G, 2002). 75% de ces réfugiés ont été installés dans les
milieux ruraux du Sud, particulièrement au sein de la population locale ou dans des camps jouxtant les
frontières des deux pays d'exil comme le montre la carte ci-dessus.
L'observation de cette carte révèle que de la myriade de camps en Guinée forestière, précisément dans
la zone frontalière entre la Guinée, le Libéria et la Sierra Léone, ce sont respectivement les camps
informels et formels non gérés par le HCR qui dominent. Cette zone forestière enregistre également le
plus grand nombre de camps de réfugiés en Guinée.
En Guinée forestière, les impacts biophysiques dus à la présence des réfugiés se résument à quelques
cas. En effet, les libériens par exemple ont empiété sur une partie de la réserve des monts Nimba dans
l'Est de la région forestière, zone désignée comme site du patrimoine mondial et réserve de la biosphère
(UICN, 1991). On s'inquiète aussi pour la réserve de Ziama, elle-même une réserve de biosphère dans la
préfecture de Macenta à l'ouest (BOURQUE J.D et WILSON K.B, 1990). Toutefois, l'étendue réelle de la
pression exercée
54
IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES AUTOUR DES ZONES CONFLICTUELLES EN AFRIQUE DE
L'OUEST
55
par les réfugiés reste à préciser; les monts Nimba souffrent actuellement d'un manque de protection
contre les dégradations des populations locales elles-mêmes, alors que le projet gouvernemental
d'ouvrir, après la guerre libérienne, la zone à l'exploitation de l'aluminium mettra fin à toute initiative de
conservation.
Dans la préfecture de Yomou qui a abrité une part importante des réfugiés libériens et sierra léonais,
l'analyse du paysage révèle trois types d'impacts sur l'environnement : la suppression totale des arbres
fait apparaître des terres dénudées; des zones forestières sont transformées en champs cultivés et
certaines ressources et espèces forestières subissent un prélèvement excessif. En ce qui concerne les
impacts du premier type, il semble que la région forestière ait peu souffert d'un abattage massif d'arbres
même si les coupes aux alentours de certains sites de réfugiés ont entraîné localement ruissellement et
érosion. Par contre, la pression exercée sur certaines espèces de la flore et de la faune sauvage
provoque l'inquiétude car des pertes conséquentes des espèces indigènes végétales et animales ont été
observées. En effet, les réfugiés prélevaient certaines ressources nécessaires à leur subsistance telles
que le bois de chauffage et de construction, noix de palme et ignames sauvages. Mais lorsque les
ressources devinrent insuffisantes, les réfugiés furent obligés soit d'utiliser des produits alternatifs « de
qualité inférieure ». Par exemple, des branches de palme à la place du raphia pour la toiture, soit
d'acheter chez les villageois locaux des produits comme le bois de construction qu'ils ne pouvaient se
procurer d'une autre manière. Toutefois, il est à noter que les activités rémunératrices des réfugiés
dépendaient beaucoup moins de l'exploitation des ressources naturelles que celles des villageois locaux
(FAIRHEAD J et LEACH M, 1996).
Les afflux de réfugiés dans les villes du Sud de la Guinée ont créé aussi une augmentation excessive de la
demande en eau potable, qui n'était pas prise en compte par les organisations gouvernementales et les
efforts des donateurs. Cela a aggravé une situation urbaine d'accessibilité à l'eau déjà critique et mené à
une sur-utilisation de toutes les sources d'eau conduisant à des niveaux de tarissement et de pollution
record des points d'eau. Face à cette urgence, il y a eu un besoin d'efforts concertés pour augmenter
l'accès des populations à l'eau potable au Sud de la Guinée. En outre, la mise en place de systèmes de
drainage par les réfugiés dans les zones de marais pour la production du riz a conduit au
disfonctionnement des systèmes hydriques et des niveaux d'eau. Le déboisement dans le camp de
Kaliah, dans la
56
région de Forécariah a eu comme conséquence l'assèchement de la source d'eau de Berecore (un petit
village près de Kaliah) (PNUE, 2000).
Enfin, de nombreux Mandingues ayant survécus aux tueries et pillages du Libéria pendant la guerre
civile, sont venus grossir les rangs des pauvres et des bidonvilles dans certains centres urbains comme
Conakry. La majorité de ces réfugiés urbains vit en effet aux côtés de citadins qui connaissent les mêmes
problèmes de pauvreté et aux côtés de migrants qui rencontrent les mêmes discriminations, souvent
liées à la peur de l'étranger. Ces réfugiés s'appuyaient en grande partie sur les ressources végétales et
fauniques des bidonvilles pour équilibrer leur quotidien, contribuant à la réduction sensible de ces
végétaux et petits rongeurs (WRS, 1995).
La présence des réfugiés dans les campagnes de la Guinée a augmenté les besoins continus en terres
cultivables et le raccourcissement des périodes de jachère, entrainant une diminution de la fertilité des
sols. Egalement, les bas-fonds aménagés par les réfugiés grâce aux subsides du HCR ou par d'autres
organisations n'ont produit ni les rendements attendus ni plus d'une récolte par an. On nota une baisse
de la productivité des bas-fonds de tous types après deux ou trois ans d'exploitation. Le nivellement de
ces bas-fonds s'est traduit, dans certains cas, par une destruction de la biodiversité de ces terres
marécageuses importantes et variées. En outre, l'utilisation d'engrais chimiques posait évidemment un
problème d'ordre écologique alors qu'une ONG (libérienne) était en train d'expérimenter une méthode
de culture intensive de bas-fonds à l'aide de techniques «biologiques » et d'engrais vert.
En 2003, grâce au soutien du Ffem (Fonds français pour l'environnement mondial), une étude a été
réalisée sur un jeune camp en Guinée forestière, pour évaluer l'impact des réfugiés sur les ressources
naturelles renouvelables à une échelle micro-régionale. L'impact environnemental du camp de
populations réfugiées du Katkama (au Sud de Kissidougou), est mesuré par télédétection spatiale en
utilisant une image satellite Ikonos à très haute résolution (1 mètre). Grâce à cette image satellite, il est
possible de voir les espaces où sont accueillis les réfugiés, les changements dans l'occupation des sols du
fait de la concentration rapide de populations dans un espace très réduit. L'extension spatiale de ces
changements est relativement circonscrite à proximité des camps. Et l'analyse des images satellites met
en évidence une forte emprise spatiale des réfugiés du camp sur les bas-fonds cultivables et la
57
couverture forestière. Toutefois, la faible densité de forêts et de palmiers à huile à proximité du camp
entraine une réduction de l'accessibilité des réfugiés en ressources bois et en noix de palme. Il est
probable que le principal impact de la présence des réfugiés dans la région Sud de la Guinée concerne
l'extension de terres cultivées aux dépens de la végétation forestière comme le montre la photo 5
(IMBERNON J, 2003).
Cette photo montre à quel point les ressources végétales étaient convoitées par les réfugiés et les
populations autochtones dans certaines localités de la région forestière, portant atteinte aux ressources
fauniques également.
Des densités élevées de populations dans les zones rurales et les centres urbains entrainées par l'afflux
de réfugiés, ont eu comme conséquence une très forte pression sur les ressources naturelles de la
Guinée particulièrement au Sud. Néanmoins, en raison du modèle de répartition des réfugiés dans les
zones rurales et le manque de données détaillées sur l'état environnementale en Guinée avant les
conflits libériens et sierra léonais, il est souvent difficile, sinon impossible d'estimer avec précision la
dégradation environnementale causée seulement par la présence de réfugiés de celle causée par les
populations locales. Du reste, le HCR, de plus en plus concerné par les questions environnementales, a
subventionné des études comme celles menées par le Centre de Coopération Internationale en
Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) de 1998 à 2001, puis des opérations de
reboisement en Guinée forestière.
58
En Guinée, aucun centre urbain n'a échappé à l'impact démographique des réfugiés. Les centres urbains
souffrant d'un manque de systèmes efficaces et viables pour la collecte, le transport et le dépôt de tous
les types de déchets, en particulier les déchets solides, supportaient de grandes décharges et
immondices en leur sein surtout avec l'installation des réfugiés. Les villes du Sud de la Guinée, ainsi que
Conakry la capitale font face aux pires problèmes sanitaires en Afrique Subsaharienne. Les petits dépôts
de déchets, la pollution des cours d'eau et le manque de latrines sautent aux yeux. Des forages sont
creusés à proximité de certains égouts notamment dans les périphéries concentrant les réfugiés. Les
épidémies sont une menace sérieuse et au milieu des années 1990, il y a eu des cas de choléras et de
méningites. Et si la situation d'hygiène n'est pas améliorée, d'autres cas d'épidémies pourraient
apparaître avec l'augmentation de la population, particulièrement chez les enfants. En outre, les
autorités comme les populations locales constatant une hausse du nombre de personnes infectées par
le virus VIH/SIDA en Guinée forestière, ont fait le lien avec les réfugiés (FALCONER J, 1990).
Egalement, le sur-enregistrement des réfugiés et l'appropriation des cartes alimentaires par les
marchands et autorités locales suscitaient de graves problèmes dans les villes. En effet, lorsque la
distribution de l'aide alimentaire devient irrégulière, les réfugiés des villes protestèrent auprès des
services du HCR et en 1995, des pressions politiques furent exercées en faveur des réfugiés des villes
afin d'éviter les tensions. Il est même arrivé que ces réfugiés
59
urbains adoptent un comportement plus exigent et revendicatif. L'image de réfugiés rebelles et violents
a souvent été mise en avant par le HCR. En exemple, les incidents de Juin 2003 à Conakry où des
réfugiés sierra léonais et libériens avaient violemment pris à partie le représentant du HCR pour
réclamer de l'aide. De plus, l'aide humanitaire qui était concentrée sur les réfugiés a fait naitre un
sentiment d'injustice chez les guinéens (DARDOIZE V, 1996). En effet, Douglas Henry écrit que « les
Guinéens des zones frontalières », face à l'aide déployée pour les seuls réfugiés, avaient pris conscience
de leur « dénuement » et de leur « marginalité au sein d'un État qui, jusqu'alors, ne s'était guère occupé
d'eux » (HENRY D, 2002). Et pour finir des vols de ressources étaient enregistrés et les responsables
locaux s'en plaignaient énergiquement. Mais en 1995, il semble qu'un consensus ait été établi : un
certain niveau de larcin était accepté par les responsables locaux.
.
Les chiffres concernant le taux de déforestation guinéenne sont difficiles à prouver et on estime que
l'Afrique occidentale a déjà perdu 70% de sa forêt originelle (GRAINGER A, 1993), ce qui représente plus
de la moitié de la déforestation globale africaine. Bourque et WILSON K.B (1990) font remarquer que «
la Guinée forestière fut à l'origine, comme son nom l'indique, entièrement boisée » ajoutant à cela que
« la déforestation est extensive et progressive à une allure soutenue ». Le consensus général est que «
toute forêt naturelle en dehors des réserves forestières des ilots protégés par leur inaccessibilité ou par
la tradition risque de disparaître dans un avenir très proche ».
ACCRA
En Guinée d'une part et au Ghana d'autre part, les afflux de réfugiés libériens ont donc été différents en
termes chiffrés autant qu'en termes de lieux d'accueil, ce qui s'explique par la situation géographique
des deux pays par rapport au Libéria, l'un voisin direct et l'autre éloigné de plus de 500 km. Les modèles
adoptés pour accueillir ces réfugiés au Ghana ont également été mieux planifiés, limitant du même coup
leurs impacts sur le milieu biophysique et humain. En effet, au Ghana, les arrivées de réfugiés libériens
ont été moins nombreuses et immédiatement pris en charge par l'Etat. Ce dernier a choisi d'ouvrir un
camp pour les
60
accueillir tout en veillant à ce que les fonds investis par le HCR pour les réfugiés de manière plus tardive
qu'en Guinée soient en partie gérés par les ONG nationales.
IV-2-1 : LES IMPACTS DES REFUGIES LIBERIENS SUR LE MILIEU BIOPHYSIQUE A BUDUBURAM
L'impact des réfugiés libériens sur les ressources naturelles à Accra sans être exhaustif, se limitera dans
le cadre de cette étude à la pression exercée par ces réfugiés sur les ressources foncières notamment
autour du camp de Buduburam.
a) Impact du camp de Buduburam sur les ressources foncières
Le camp de Buduburam est passé de modeste centre d'accueil pour quelques libériens en 1990 à une
petite ville de plusieurs milliers d'habitants au début des années 2000. Sans barbelés pour le séparer des
habitations du village voisin, le camp s'est peu à peu étendu vers lui au point que la différence entre les
deux entités n'est pas visible sur les images satellites. Cette expansion au-delà du périmètre initial
préempté par l'Etat sur les Stool lands, a suscité des pressions foncières et fait rejouer des enjeux
fonciers anciens entre autorités coutumières rivales. AGBLORTI S (2011) montre quant à lui que les
Ghanéens de Buduburam se sentaient spoliés de leurs terres par l'installation et le maintien par l'Etat du
camp de réfugiés sur le territoire du village. A la fin de la première guerre civile libérienne, les chefs
traditionnelles de la région et la population ont exprimé le souhait de récupérer ces terres
réquisitionnées par le gouvernement sans compensation (ASARE V.N.B, 2000), insistant sur le fait que
les réfugiés les occupaient gratuitement alors que les terres ne cessent de prendre de la valeur dans ce
secteur en plein urbanisation (BOAMAH-GYAU K, 2003). La reprise du conflit libérien a repoussé le
règlement de cette question mais la cessation du statut de réfugiés en 2012 la soulève à nouveau.
L'installation massive des libériens dans ce camp doit être replacée dans le phénomène de croissance
des périphéries urbaines de la capitale ghanéenne qui offrait peu de choix à ces réfugiés.
b) L'Assainissement
Des problèmes d'assainissement existaient également au sein du camp car peu de maisons sont
équipées de toilettes, de salles de bains ou de douches. Les réfugiés sont donc contraints d'utiliser les
toilettes et les douches collectives construites grâce aux fonds du HCR et des ONG partenaires
(BOAMAH-GYAU K, 2008) ou sur des fonds privés (libériens ou ghanéens). En raison de leur accessibilité
payant (2 à 5 centimes d'euro), de nombreux
61
résidents du camp se lavaient chez eux ou en plein air, le plus souvent à la nuit tombée. Les résidents
utilisent parfois des seaux cuvettes chez eux, qu'ils doivent ensuite vider en dehors de leurs maisons,
notamment dans des caniveaux à ciel ouvert parcourant le camp. Là encore, il faut souligner que ces
conditions d'hygiène sont partagées par de nombreux citadins ghanéens. Beaucoup se rendent dans des
espaces non habités près du camp, pour aller aux toilettes en plein air, par exemple dans le Gulf, un
espace marécageux en bordure de la zone 1, à l'Est du camp.
L'expansion du camp a également fait rejouer le conflit foncier déjà existant entre les chefs traditionnels
N. K. Koranteng III et son rival Nana Kojo Essel II dans le village de Buduburam. En effet, le camp
manager comme le président du comité se sont adressés à ces deux autorités pour répondre à l'afflux
des réfugiés et des rapatriés ghanéens. Ils ont ainsi relancé la rivalité foncière entre les deux hommes
qui estiment être tous deux les détenteurs de l'autorité clanique sur les terres du stool préemptées pour
la création du camp. La restitution des terres acquises de façon provisoire par la puissance publique fait
augurer la réémergence de ce contentieux entre les deux chefs. A l'instar du camp, le village de
Buduburam dans la banlieue de Kasao, a lui aussi connu une importante croissance démographique et
spatiale. D'après le recensement de 1984, il ne comptait que 463 habitants alors qu'il y en avait 18 713
lors du recensement de 2000 (BOAMAH-GYAU K, 2000). Ce chiffre fait de Buduburam une ville du point
de vue administratif et la plus importante ville du district auquel elle est rattachée depuis 2008, Gomoa
East.
En Août 2000, Nana Kojo Essel II réclamait de nouveau une compensation financière pour l'expansion du
camp sur ces terres, à défaut de leur restitution, se plaignait de promesses de compensation non tenues
de la part des gouvernements successifs. Il faut néanmoins ajouter ici que les conflits à propos de ces
stool lands sont récurrents aux alentours d'Accra, pour définir les détenteurs de ce patrimoine foncier
ou pour faire valoir des droits d'usage et de cession (GOUGH K, YANKSON P, 2000). Par ailleurs, si la
présence de réfugiés a pu être instrumentalisée à l'échelle locale dans ce jeu coutumier, elle l'a été tout
autant à l'échelle nationale, au moment d'élections législatives ou présidentielles, par exemple quand
l'aide aux réfugiés libériens entrait dans les visées clientélistes de candidats politiques (ESSUMAN-
JOHNSON A, 1992). Les réfugiés représentaient en effet une augmentation du nombre d'électeurs
potentiels dans un pays où il est courant que les étrangers résidents participent aux élections locales et
présidentielles. En 2008, le HCR affichait dans le camp une mise en garde (réfère photo) pour que les
réfugiés restent à l'écart des élections nationales.
Photo 6 : affiche du HCR mettant en garde les réfugiés libériens à Accra de ne pas prendre part aux
élections.
Les nombreuses structures scolaires et de formation à Buduburam sont localisées à l'intérieur du camp,
mais il arrive que les jeunes gens qui y habitent soient souvent désoeuvrés et impliqués dans des
activités illicites (BORTU T.K, 2009). L'accès à l'éducation dans le camp reste couteux et certaines
familles, mais aussi des jeunes isolés n'ont pas les moyens de payer les frais de scolarité demandés aux
élèves et aux étudiants. Les anciens soldats, et surtout les anciens enfants soldats, ont du mal à trouver
une place, géographique et
psychologique parmi cette société libérienne en exil. La plupart survivent en volant, en vendant de la
drogue (marijuana) ou en jouant à des jeux de hasard ou d'argent. Ils sont regroupés en une association,
la Veteran Child Soldiers of Liberia (VESCOL) et sont installés pour une grande part d'entre eux dans la
zone 9 du camp (au Nord-est), dans une zone baptisée le gap (WOOWARD L et GALVIN P, 2009).
Ces jeunes anciens combattants se sentent isolés et ostracisés par les autres réfugiés. Ils souffrent de
traumatismes de guerre et de dépendance à l'alcool et à la drogue. Pour mener leurs trafics, ils
fréquentent le gap, mais aussi le Gulf ou la forêt située à l'Est du camp rebaptisée divil's forest. Ce sont
également des lieux de prostitution, auxquels il faut ajouter le 18+18 qui concentre la plupart des
restaurants et des bars du camp. La vie nocturne y est très dense et les réfugiés l'ont baptisé 18+18 à
cause de la nécessité présupposée d'être majeur pour profiter des plaisirs des bars : boissons, danse et
rencontres amoureuses, parfois tarifiées (BORTU T.K, 2009). Dans le camp, les grossesses des jeunes
filles sont liées à la prostitution ou à des rapports sexuels précoces et sont également une des causes de
leur déscolarisation. Plusieurs recherches (TETE S, 2005 ; BOAMAH-GYAU K, 2008 et OMATA N, 2011) le
mentionnent pour évoquer les problèmes d'insécurité que la fréquentation du lieu, souvent nocturne,
entraine : il entre en effet en concurrence avec d'autres activités religieuses ou illicites, et les agressions
et viols y sont récurrents.
En juin 2003, le gouvernement de KUFUOR. J a décidé de recenser les libériens à Buduburam dont le
nombre était estimé à 30 000 (Ghanaian Times 22/06/2002). En Septembre, la police et l'armée ont été
envoyées pour faire une recherche d'armes dans le camp. Selon ESSUMAN-JOHNSON A (2011), le
gouvernement soupçonnait le camp d'être devenu un lieu d'entrainement pour des mercenaires ensuite
envoyés en Côte d'Ivoire. Il était en tout cas un réservoir pour leur recrutement. La presse ghanéenne
qui rapportait régulièrement les affaires criminelles, de l'escroquerie au vol à mains armées, dans
lesquelles étaient impliqués les libériens, avaient alors demandé la fermeture définitive du camp
(Ghanaian Times, Editorial du 20/09/2002, throw them out). Cependant l'escalade de la seconde guerre
civile au Libéria avait empêché toute fermeture du site d'accueil et le gouvernement ghanéen
encourageait les libériens à s'organiser en tant que communauté pour combattre la criminalité
grandissante.
IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES AUTOUR DES ZONES CONFLICTUELLES EN AFRIQUE DE
L'OUEST
64
En résumé aux analyses menées, nous pouvons souligner que les effectifs de réfugiés n'ont pas été les
mêmes dans les deux pays d'accueil (Guinée et Ghana) et que les façons d'y répondre ont également été
différentes. Mais dans les deux cas les réfugiés ont bénéficié d'une importante liberté de mouvements si
l'on compare avec la situation d'autres réfugiés dans d'autres pays d'asile en Afrique notamment. Suite à
la description des impacts environnementaux des réfugiés de conflits dans ces deux pays côtiers, nous
proposons de montrer maintenant le risque environnemental représenté par l'arrivée de réfugiés de
conflits dans un pays sahélien comme le Burkina Faso.
IV-3 : LE RISQUE ENVIRONNEMENTAL REPRESENTE PAR L'ARRIVEE DES REFUGIES MALIENS EN 2012 AU
BURKINA FASO
La dégradation de la situation sociopolitique au Mali en 2012 a entraîné un afflux massif de 145 000
réfugiés dans les zones déshéritées du Niger, de la Mauritanie et du Burkina Faso. Ces réfugiés en 2013
étaient estimés à 48 731 individus sur le sol burkinabé. Ils sont pour la plupart des pasteurs qui ont
trouvé asile avec leurs troupeaux (54 488 têtes) dans le Sahel, région frontalière du Mali (VSF, 2012).
Cette arrivée continue de réfugiés suscite quelques inquiétudes car l'état de l'environnement « naturel »
de la région sahélienne du Burkina est également complexe car influencé, depuis ces dernières années
par des changements climatiques et végétaux et un impact humain qui n'est pas lié à la présence de
réfugiés. Les périodes de sécheresse successives qui touchèrent, surtout dans les années 70 et au début
des années 80, le domaine sahélien, n'épargnèrent pas, le Sahel burkinabé et sont considérées
aujourd'hui comme faisant partie d'un processus de « désertification » dans une zone écologique déjà
fragilisée (TOUSSAINT R et al., 1994).
IV-3-1 : LES IMPACTS BIOPHYSIQUES DES REFUGIES MALIENS DANS LA REGION DU SAHEL AU BURKINA
FASO
Au regard de la fragilité des écosystèmes sahéliens, les impacts environnementaux majeurs liés à la
présence de réfugiés pourraient se traduire par la dégradation des ressources naturelles dont la
végétation, les sols, les eaux et la pollution. Cette dégradation concerne à priori les formations végétales
qui vont subir les assauts des troupeaux et des prélèvements divers (pâture, bois d'énergie, bois
d'oeuvre). En tenant compte de la capacité de mobilité du troupeau, une aire d'emprise a été
circonscrite autour des principaux points de cantonnement du bétail des réfugiés. Cela permet de
délimiter des zones dont les ressources environnementales sont assujetties à une menace de
dégradation.
65
Les besoins en énergie domestique dans les sites d'accueil des réfugiés augmentent les prélèvements
des ressources végétales des forêts classées de Nassoumbou dans le Soum et le Séno, Mango dans
l'Oudalan qui demeurent les principales sources d'approvisionnement. En outre, la pâture du bétail dans
ces réserves peut porter un préjudice à la vitalité, voire la survie des espèces floristiques appétées
(acacia) par le troupeau.
Que ce soit les réfugiés ou les autochtones, le lieu d'approvisionnement en énergie est dominé par la
brousse suivi des marchés. Les autres sources sont constituées par le gaz naturel, le biogaz et le charbon
de bois.
L'augmentation des effectifs du cheptel dans la zone sahélienne a créé un accroissement en besoin
alimentaire (fourrage, sous-produits agricoles et agro-industriels) et en eau d'abreuvement. Les
producteurs autochtones expliquent que la situation s'est davantage dégradée cette année (2013) à
cause de l'arrivée d'un cheptel trois fois plus nombreux que les leurs et de l'impossibilité de faire la
transhumance vers le Mali due à la situation d'insécurité qui y prévaut. Et sachant que les ressources
alimentaires n'ont pas évoluées, la présence d'un plus grand nombre d'animaux joue négativement sur
les ressources naturelles. En effet, on enregistre un colmatage du sol par piétinement sur les meilleures
zones de pâturage et les points d'abreuvement. Les bergers réfugiés connaissent très peu la zone et les
craintes de se perdre ou de subir des vols les poussent à occuper durablement leurs zones de pâture
avant de passer à un autre site. Cette situation provoque localement un grand dommage au sol et à la
végétation car elle conduit à l'imperméabilisation du sol et au non recharge des nappes par infiltration.
Et sur un tel sol dépourvu de végétation, le ruissellement appose son emprise avec ses corollaires de la
dynamique érosive (décapage, ravinement, perte de fertilité) (FAO, 2012).
66
La pollution environnementale, par les déchets plastiques, omniprésente dans toutes les contrées du
Burkina Faso, risque d'être exacerbée dans les sites d'accueil des réfugiés par
les habitudes qui s'installent peu à peu autour des camps. On n'y constate effectivement que tous les
emballages des divers produits alimentaires et autres mis à la disposition des familles sont
systématiquement rejetés dans la nature en dépit de la présence de certains dispositifs de collecte. Il est
à craindre qu'avec les fortes averses dans la localité, toutes ces immondices soient drainées dans les
cours et retenues d'eau, ce qui pourrait précipiter leur comblement. Aussi, le système d'organisation des
camps ne tient pas compte des méthodes d'élevage des réfugiés, grande consommatrice d'espace. Le
fait de regrouper ces derniers dans des camps tels que Goudébo et Mentao est très dommageable aux
éleveurs et particulièrement les grands propriétaires de bétail. Ces zones sont peu fournies en pâturages
(UNHCR, 2013). En outre dans cette région du Sahel, l'augmentation des effectifs du cheptel a entrainé
une modification du circuit de pâturage. Face à la pression et à l'incapacité de faire la transhumance vers
le Nord Mali, certains éleveurs envisagent se rediriger vers les pâturages du Sud en zone soudanienne.
L
Source : données d'enquête UNHCR/FAO, 2013
67
Les déchets plastiques au niveau des camps sont accumulés près des tentes et jetés ensuite dans la
brousse ou dans des drains autour des camps comme c'est le cas de Mentao. Les déchets s'y accumulent
et gênent le passage de l'eau en hivernage.
68
Des actions urgentes doivent être entreprises à travers la multiplication des points d'eau (puits, forages,
micro-barrages). Si rien n'est fait, des mésententes pourraient naître tel que ce fut le cas dans le village
de Bouro entre éleveurs réfugiés et autochtones pour l'utilisation d'une mare (UNHCR, 2012).
L'ouverture du forage de Christine pourrait, à court terme, résorber un peu la pression autour des points
d'eau et des pâturages. Il y aussi le risque de conflits fonciers avec les paysans locaux qui veulent semer
leurs champs, qui sont dans la famine alors qu'on distribue la nourriture aux étrangers, et qui aussi,
bloqué dans le pays avec leurs troupeaux peuvent les conduire à côté des champs cultivés.
Par ailleurs, l'offre éducative n'est pas suffisante dans les camps de réfugiés. Et pour cela, l'agent
humanitaire Thierry Agagliate de l'ONG Terres des Hommes disait : « l'éducation n'est pas une priorité
dans les interventions d'urgence auprès des réfugiés maliens et il faut agir maintenant afin de prévenir
la création d'un bataillon d'enfants soldats ». Des conditions de vie difficiles et la perte de l'identité
culturelle diminuent la stabilité sociale. On note également des problèmes religieux et sécuritaires à
l'intérieur des grands camps avec les différentes tendances islamiques et la présence de coupeurs de
route et de présumé djihadistes.
Dans l'exploitation des ressources pastorales, il a cependant été noté jusque-là (2013) une cohabitation
pacifique entre les réfugiés maliens et les populations des sites d'accueil.
69
Très peu de conflits entre réfugiés et autochtones en lien avec l'exploitation des ressources fourragères
ou hydriques ont été enregistrés dans les zones administrées par le HCR. Certains partenaires du HCR
ont perçu les enjeux importants et prennent en compte les populations hôtes dans les actions
humanitaires. En effet, les organisations telles que Vétérinaires Sans Frontières et l'ONG Help (à travers
le financement de l'UNHCR) mènent des plaidoyers pour une cohabitation pacifique entre réfugiés et
populations hôtes dans le partage des ressources.
IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES AUTOUR DES ZONES CONFLICTUELLES EN AFRIQUE DE
L'OUEST
70
CHAPITRE V : ASPECTS POSITIFS LIES A LA PRESENCE DE REFUGIES ET PERSPECTIVES FACE AUX IMPACTS
ENVIRONNEMENTAUX DE CES POULATIONS EN AFRIQUE DE L'OUEST.
Ce volet de notre travail, sans être une contradiction de tout ce qui a été dit jusqu'à là, met en exergue
les effets positifs de la présence de réfugiés pour les pays d'accueil. Il propose également quelques
solutions face aux impacts environnementaux de ces populations en Afrique de l'Ouest.
Il est important dans cette étude de faire état des répercussions positives possibles et réelles
qu'entraine la présence de réfugiés. Une accélération du développement, une amélioration du bien-être
en particulier, sont fréquemment relevées une fois mise en place la phase de soin et d'entretien. Ainsi,
le développement des régions d'accueil est susceptible d'être encouragé et dynamisé par l'arrivée de
fonds supplémentaires ainsi que par la présence d'organismes internationaux promoteurs de
développement ou financeurs. Les populations locales au sein desquelles les réfugiés sont accueillis
profitent souvent de l'amélioration des infrastructures routières à même de donner un nouvel élan aux
échanges commerciaux et des services (BLACK. R, 1995). C'est le cas de la Guinée forestière, auparavant
délaissée par le pouvoir central et qui a connu un désenclavement en devenant le centre de
l'intervention humanitaire suite à l'éclatement des guerres civiles au Libéria et en Sierra Léone (Levron,
2006). On assista à l'amélioration du réseau routier pour le trafic des camions d'aide humanitaire. Elle a
également connu un relatif développement économique, la présence de réfugiés, tout comme celle des
travailleurs humanitaires amenant des activités économiques nouvelles (DARDOIZE V, 1996 ; FERRY F,
2004).
En guinée, la diversité des situations socio-professionnelles des réfugiés installés en ville, dont certains
sont d'anciens agriculteurs et d'autres évoluant dans le secteur informel montrent que les réfugiés
peuvent participer au mouvement d'urbanisation, voire le développement de leurs pays d'accueil grâce
aux recherches d'opportunités économiques (LANDAU L, 2006). Il en est de même sur la présence, en
milieu urbain, d'une « élite » d'exilés-intellectuels, politiciens, entrepreneurs, ingénieurs ou médecins
qui arrivent à s'intégrer correctement dans le jeu d'une économie formelle. Au Ghana, plus précisément
à Buduburam, le chef traditionnel, N. K. Koranteng III déclare ouvertement que le développement de
son village est en partie lié aux réfugiés et à l'aide du HCR (ACC, NKK, 01/12/2004) : grâce aux fonds du
HCR, le village a été doté d'un poste de police, d'une
71
Dans la région du Sahel au Burkina Faso, les populations autochtones qui sont à majorité des éleveurs,
ont tiré profit de leur hospitalité à travers le développement d'ouvrages hydrauliques, la restauration du
couvert végétale, la réhabilitation des camps fermés tels que Férerio, Gandafabou et Damba, la
récupération des terres dégradées et l'appui en aliment bétail. La présence des réfugiés a par ailleurs
redynamisé le commerce de bétail et les intrants d'élevage comme les sous-produits agro industriels et
les produits vétérinaires. De l'avis des services techniques d'élevage, le commerce du bétail a connu un
certain essor avec les réfugiés en termes de volumes d'échanges et d'augmentation des prix des
animaux. Il est à noter que ces derniers ne pratiquent pas l'agriculture et vivent pour l'essentiel de la
vente de leurs animaux. Les ventes sont effectuées dans les marchés (Dori, Djibo, Oursi, Déou et Gorom-
Gorom). Les intrants d'élevage sont également achetés dans ces mêmes marchés. Enfin, les bouses de
bovins en grande quantité constituent un combustible pour le chauffage et la préparation des repas. Les
excréments des animaux domestiques (fumier) servent d'engrais organique dans les potagers et les
champs. Les bovins, les camélidés et les ânes sont utilisés comme animaux de trait ou de bât pour les
travaux agricoles, le transport et d'autres usages, permettant d'économiser des formes d'énergie non
renouvelables. En somme, la promotion de certaines activités, selon le scénario le plus optimiste,
contribue directement à une meilleure gestion de l'environnement des animaux au Sahel (UNHCR,
2013).
Ces recommandations présentent d'abord les directives données par le HCR en matière
d'environnement, ensuite exposent des perspectives formulées pour les différents cas de dégradation
des ressources naturelles et humaines causées par les réfugiés en Afrique de l'Ouest. Enfin, des conseils
spécifiques ont été proposés pour les cas de dégradation des ressources aux Burkina Faso.
Pour une meilleure gestion des impacts environnementaux des réfugiés de conflits, nous allons d'abord
énumérer des mesures d'atténuation proposées par le HCR à l'échelle mondiale et ensuite, formuler des
recommandations propres au regard des connaissances acquises tout au long de cette étude pour la
sous-région ouest africaine. Ainsi, selon le HCR :
La planification et la résolution des problèmes environnementaux associés aux réfugiés ou aux rapatriés
doivent se faire suivant trois phases essentielles :
72
La phase d'urgence ;
Dans le cadre des opérations en phase d'urgence, le système d'information du HCR qui permet de
disposer d'informations détaillées sur :
· La topographie ;
· La géologie ;
L'hydrologie ;
· La couverture végétale ;
· Les sols ;
Les espaces fragiles ou protégés se trouvant à proximité des camps, le contexte socio-économique et les
infrastructures existantes, constitue une base à partir de laquelle dresser une planification prospective,
afin de mieux choisir l'emplacement du site, organiser la disposition intérieure du site, positionner les
infrastructures telles que routes, pistes d'atterrissage et décharges, et établir des plans de gestion des
zones forestières. Aussi, le choix pour l'installation du camp doit tenir également compte du climat, des
spécificités locales en matière de maladies, des conditions de drainage et/ou la disponibilité en eau.
Ainsi, les mesures préventives et palliatives doivent devenir la norme plutôt que rester l'exception. La
démarche préventive devient de faite la seule solution véritable. Une sélection soigneuse des sites
d'installation et une organisation spatiale bien réfléchie des habitations au sein de ces sites constituent
deux exemples de cette démarche (HCR/UICN, Août 2005).
Suite à la phase d'urgence, la phase de soins et d'entretien (stabilisation des effectifs de réfugiés et
début de l'intervention du HCR) est celle durant laquelle les effets cumulés des différents types
d'impacts commencent à se faire sentir de manière marquée par la population réfugiée comme par la
population locale. Ces impacts environnementaux découlant de la présence de réfugiés sont divers et
susceptibles d'avoir des répercussions négatives sur l'alimentation, la santé et le bien-être des
populations locales ainsi que des réfugiés eux-mêmes. Pour pallier à ces problèmes selon le HCR, il y a
lieu :
De promouvoir les préparations alimentaires enrichies ou composées, telles que les mélanges maïs-soja,
et les légumes frais ne doivent pas être cuits trop longtemps pour préserver leurs qualités
nutritionnelles (se reporter aux directives conjointes du HCR et du PAM
73
Choisir les denrées ou les sources d'approvisionnement impliquant moins de besoins de transport, de
manipulation et de conditionnement. L'alimentation de la population entière par distribution de biscuits
énergétiques et de repas tout prêts ne doit concerner que des périodes courtes.
Il convient d'accorder une attention particulière aux mesures de préservation des sols et de leurs
réserves en eau dans le cas de cultures pluviales à travers l'introduction de méthodes et de techniques
agricoles durables (rotation des cultures avec légumineuses, utilisation d'engrais organiques tels que le
compost et le fumier). Encourager la conception et la construction de systèmes d'irrigation adaptés dans
le cas de cultures irriguées. Sensibiliser et éduquer les réfugiés et autres bénéficiaires à la nécessité
d'économiser l'eau. Pour ce faire, promouvoir des pratiques exemplaires en matière d'utilisation
optimale de l'eau comme l'amendement des terres et la promotion de pratiques agricoles (zaï, cordons
pierreux).
La réalisation communautaire des activités de foresterie au niveau des camps, des villages locaux, des
plantations d'arbres le long des routes et des canaux d'irrigation ; la construction de prises d'eau, de
barrages-déversoirs fixes, de terrasses ou de diguettes de rétentions participent à la préservation des
sols et des ressources en eau. Des techniques alternatives de traitement des déjections humaines
devraient être utilisées dans la mesure du possible, telles que la production de biogaz et sa
transformation en engrais organique. De même, les dispositifs de collecte et de stockage des eaux de
ménages peuvent permettre leur acheminement vers des jardins potagers ou des arbres. Afin de
compenser la faible production agricole dans certaines zones d'accueil de réfugiés, il convient
d'accompagner les réfugiés par le développement d'activités génératrices de revenus chez les femmes
surtout en leur octroyant des fonds de roulement (UICN, 2005).
Travailler à limiter les allées et venues inutiles et optimiser l'utilisation des véhicules vides : les divers
organismes de mise en oeuvre devraient coordonner et optimiser l'utilisation
74
de ces véhicules, y compris les livraisons de ravitaillement, afin de limiter les besoins en matière de
transport. De plus, lorsqu'un équipement lourd est utilisé, il convient d'éviter absolument les
terrassements abusifs ou une destruction étendue de la couverture végétale du sol. Au contraire, la
présence d'arbres et d'arbustes doit être respectée autant que possible lors de la construction des
routes et des autres infrastructures. Les facteurs topographiques doivent également être pris en
compte, les terrassements se faisant en suivant les lignes de niveaux. L'emplacement des lieux
d'habitation doit permettre de maintenir en place le plus de végétation existante possible.
Réduire à la source les emballages inutiles et évacuer ces déchets là où ils pourront être recyclés et/ou
éliminés dans un site d'enfouissement géré à plus long terme. Les déchets de construction doivent être
recyclés ou éliminés dans les règles. Règlementer autant que possible, les activités génératrices de
revenus car elles sont parfois une source excessive de nuisances diverses, telles que fumée, suie ou
bruit, au point de porter atteinte à la qualité de vie des personnes demeurant à proximité. Même s'il est
surtout important de percevoir que, de manière générale, la multiplication des opportunités de revenus
peut permettre de réduire les impacts des réfugiés sur l'environnement.
Après la phase de soins et d'entretien, vient la phase de solutions durables, où il est essentiel de veiller à
la restauration des sites d'accueil des réfugiés après leur rapatriement, aux soucis environnementaux
posés par l'intégration des réfugiés dans le pays hôte ou la réintégration des rapatriés dans leurs propres
pays d'origine. Egalement, des précautions spéciales sont de mises en ce qui concerne tous les déchets
dangereux tels que les déchets d'origine médicale, les récipients ayant contenu des pesticides et les
produits chimiques périmés ou usagés. Le plan de gestion des déchets devrait comporter en bonne
place la mise en oeuvre d'un programme d'application des « 3 R » (réduire, réutiliser, recycler) et il est
préférable d'instituer si possible l'utilisation de moyens de lutte non chimiques. Enfin, oeuvrer à ce que
les éléments potentiellement dangereux, tels que les logements abandonnés, les fosses des latrines ou
les zones d'enfouissement des déchets, soient démontés et évacués en toute sécurité ou traités selon
les règles en usage (HCR, 2005).
75
V-2-2 : APPROCHE GLOBALE DANS LE CADRE DE CETTE ETUDE POUR LA PREVENTION DES PROBLEMES
ENVIRONNEMENTAUX DUS AUX REFUGIES EN AFRIQUE DE L'OUEST
La résolution des problèmes environnementaux doit être approchée en veillant à l'entière participation
de toutes les parties concernées, surtout sur les modalités de l'interdépendance entre les opérations
d'aide aux réfugiés et les pratiques locales de gestion des ressources. En effet, les désaccords qui
apparaissent parfois entre réfugiés et autochtones peuvent plus facilement être dissipés si l'on veille à
ce que les deux communautés soient représentées au moment des prises de décision concernant
l'environnement. Au cours du processus de consultation des diverses parties concernées à l'échelle
local, une attention toute particulière doit être donnée aux catégories les plus démunies et vulnérables
(femmes et personnes âgés) de la population réfugiée comme des communautés autochtones. Ces
groupes humains sont ceux qui ressentent le plus les répercussions écologiques liées à la présence des
réfugiés, bien que leurs voix soient rarement entendues ou même prises en considération.
Par ailleurs, les activités du HCR doivent se plier à la législation et à la réglementation locale en matière
d'environnement. Si cette législation est faible ou inexistante, par exemple en ce qui concerne
l'utilisation de pesticides toxiques, les activités du HCR devraient, en principe, se conformer aux normes
universellement reconnues qui s'appliquent. A cela s'ajoute le fait que la constitution d'une équipe
d'urgence spéciale dévolue à l'environnement est considérée déterminante pour la promotion et le suivi
de la coordination à l'échelle locale. La formation du personnel des équipes d'urgence se doit de
rappeler les principes de base en matière d'environnement et d'examiner les questions fondamentales
qui se posent pendant la phase d'urgence, telles que le choix des sites et leur organisation spatiale
interne. Leurs interventions en temps opportun et leur présence permanente sont à même de
contribuer à prévenir et à limiter les atteintes à l'environnement. Ces problèmes environnementaux de
premières heures peuvent avoir des impacts à long terme qui sont irréversibles.
76
utilisation possible dans le cadre de programmes nationaux ou de programme du HCR. Enfin, maintenir
autant que possible l'entente entre les communautés à l'intérieur des camps, travailler à la sécurité des
agents humanitaires et à l'éradication des abus sexuels de femmes réfugiés par certains personnels
humanitaires.
V-2-3 : CONSIGNES SPECIALES SUR LES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES REFUGIES AU BURKINA
FASO
D'encourager des actions de formation des producteurs (autochtones surtout) dans les techniques de
prélèvement des ressources fourragères (herbacées et ligneuses) en relation avec la quantité de
fourrage pour la préservation durable de l'environnement. Ces formations devraient être associées à des
modules de renforcement des capacités des éleveurs (autochtones et réfugiés) à s'organiser pour une
meilleure exploitation et gestion du fourrage dans les zones de pâture des sites/camps. Le renforcement
des capacités est aussi important aussi bien chez les autochtones que chez les réfugiés et même chez les
agents techniques en charge de l'encadrement des communautés dans les sites d'accueil. Des actions
d'organisation efficiente de la mise sur le marché des SPAT très prisés en saison sèche ainsi que des
formations pour leur utilisation sont nécessaires pour une valorisation optimale du cheptel.
L'élevage est la base de survie des éleveurs réfugiés dont la plupart ne pratiquent pas l'agriculture et ont
perdu une bonne partie de leurs animaux lors de leur déplacement. Le renforcement de programmes (la
reconstitution du cheptel et la lutte contre la malnutrition basée sur la dotation de petits ruminants
comme les chèvres laitières aux couches les plus vulnérables au niveau des camps) par la FAO, l'ONG
Reach Italia et le HCR devrait être envisagé avec plus de moyens et une meilleure implication des
réfugiés particulièrement sur l'entraide et la solidarité. En outre, des efforts des services techniques de
la région du Sahel doivent être portés sur l'intensification de la vaccination (PPCB, pasteurellose,
charbon symptomatique, etc.), le déparasitage et divers traitements curatifs à l'antibiotique.
Enfin, il conviendrait d'apporter un appui technique aux communautés pour assurer une bonne gestion
et la durabilité des ouvrages hydrauliques déjà réalisés par les populations locales (mares, boulis,
forages, puisards, micro-barrages et retenues). De même qu'il est essentiel d'avoir à long terme des
indicateurs pour assurer une bonne suivie des ressources naturelles dans les trois provinces concernées,
mieux que des parcelles d'observation soient établies en nombre suffisant sur les zones de
fréquentation des animaux afin de recueillir et d'apprécier les paramètres climatiques les plus
importants. Toutefois, Il n'est pas habituellement possible de réparer entièrement les atteintes subies
par la zone d'accueil avant
Toutes ces recommandations ont pour fondements un préalable : la mise en place et le renforcement
d'une coordination entre les acteurs humanitaires (partenaires financiers, organisations internationales)
et les autorités locales (services techniques déconcentrés).
78
CONCLUSION PARTIELLE
Les analyses menées sur les conditions d'accueil et les impacts environnementaux des réfugiés de
conflits dans les trois pays d'étude (Guinée, Accra et Burkina Faso), révèlent que la prise en charge de
ces migrants demeure un souci majeur pour beaucoup de pays ouest africains. La gestion des réfugiés
nécessite des moyens colossaux à court terme, mais avec le temps, leur présence peut contribuer au
développement des pays hôtes. Aujourd'hui, les réfugiés de conflits sont en nombre croissant dans la
sous-région et il est plus que nécessaire de travailler à asseoir la paix et des institutions judiciaires fortes
dans nos pays.
79
CONCLUSION GENERALE
La réflexion menée autour des évaluations des impacts sur l'environnement des réfugiés de conflits a
suivi le cheminement établi au préalable et ce, sans embûches particulières. Toutefois, nous notons
l'inaccessibilité à certains rapports clés du HCR pour mieux illustrer les effectifs de réfugiés et localiser
d'autres cas de dégradation de ressources naturelles et humaines autour des sites d'accueil. A cela
s'ajoute l'impossibilité de joindre des spécialistes qui auraient pu apporter leur témoignage et leur
expertise sur la question de dégradation environnementale en Afrique de l'Ouest. Cependant, le premier
obstacle a été franchi grâce aux rapports d'autres institutions dépendant des Nations Unies. Nos
lectures des ouvrages officiels de chercheurs burkinabés et français ont permis de relever le second
obstacle. Les réfugiés étudiés dans les trois pays d'accueil (Guinée, Ghana et Burkina Faso) avaient
souvent connu un premier déplacement interne avant de quitter leur pays.
Afin d'illustrer par trois exemples de cas d'investigation ce que c'est qu'une EIE (Etude d'Impact
Environnemental) de réfugiés de conflits, les choix d'une évaluation des conditions d'accueil des réfugiés
en milieu urbain ou rural et d'une appréciation des modes de vie des réfugiés ont été nécessaires. Ils ont
permis d'apprécier trois contextes différents auxquels est confronté le quotidien des réfugiés. La
description puis l'analyse des résultats de ces choix ont été sources de compréhension du processus de
dégradation environnementale par les différentes populations particulièrement dans un contexte de
vulnérabilité des écosystèmes dans la sous-région. Se préoccuper de l'exploitation des ressources locales
et de la façon dont celles-ci résistent ou s'adaptent aux pressions créées par une augmentation soudaine
de populations dans les zones accueillant les réfugiés peuvent fournir des indices précieux en ce qui
concerne la nature et l'ampleur des changements dans l'environnement. Elle nous donne également des
enseignements sur le meilleur moyen de faire face à de telles transformations lorsqu'elles sont
socialement, économiquement et écologiquement indésirables.
Les actes posés par les réfugiés de conflits en Guinée, au Ghana et au Burkina Faso se sont avérés
multiples tant dans leur nature que dans leur étendue spatiale et ont eu un impact sur la vitalité des
ressources naturelles renouvelables. En effet, après l'installation des différents réfugiés, on assista à une
augmentation de la déforestation et du braconnage en Guinée ; à un problème d'assainissement et une
expropriation des terres villageoises par l'Etat au Ghana ; une dégradation de sols, de végétaux et points
d'eau au Burkina Faso. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle les réfugiés de conflits ont un impact négatif sur
les ressources
naturelles renouvelables est confirmée. En ce qui concerne les disputent entre réfugiés et autochtones,
les conflits entre Guerzés et Mandingues en Guinée, entre les chefs traditionnels à Buduburam et
récemment à Sanyonyongo au Burkina Faso entre réfugiés et villageois, attestent de la dégradation
possible des relations entre populations dans les pays hôtes. Les activités agro-pastorales et génératrices
de revenus indispensables à l'épanouissement des réfugiés sont surtout des sources de mésententes car
les ressources naturelles accessibles sans grande technologie se font rares. Ainsi, est confirmée
l'hypothèse selon laquelle le séjour prolongé des réfugiés peut porter atteinte à la paix et à la cohésion
sociale dans les pays hôtes. Toutefois, si l'objectif principal de cette étude est de montrer les atteintes
environnementales dues à la présence de réfugiés, il convient d'attirer l'attention sur le fait que
certaines régions présentent des risques naturels susceptibles de mettre en péril la santé des réfugiés. Il
peut s'agir de maladies endémiques, de niveaux élevés de pollution de l'eau ou de l'air ou de la présence
de substances toxiques ou radioactives dans le sol. La mise au point d'un plan spécifiquement attaché au
site permet de prévenir les impacts environnementaux irréversibles.
Ces trois types de lieux d'étude correspondent à des pôles d'accueil de réfugiés de longues dates, mais
aussi à une diaspora ouest africaine très variée. Les différentes orientations de recherches probables de
cette étude, malgré leurs spécificités, permettraient de réfléchir aux lieux investis par les différents
réfugiés en tant qu'anciens migrants forcés, à la possible tension entre des lieux de vie et d'habitude,
des lieux d'initiative, de projet et d'attachement. Dans les champs possibles de la recherche persisterait
ainsi le souci de poursuivre la réflexion sur les rapports entre réfugiés, autochtones, lieux, cultures,
activités et conflits. Si ce mémoire de master venait à être reçu, nous envisageons poursuivre en thèse,
une étude sur les impacts environnementaux des réfugiés maliens dans le sahel burkinabé focalisée sur
une approche géographique et culturelle. En effet, au Burkina Faso, l'environnement est une donnée
importante tant économiquement que socialement. Sa dégradation constitue donc un problème
préoccupant tout le monde et cela, à quelque niveau que ce soit. De ce fait, il est utile de déterminer
l'ampleur de la dégradation environnementale causée par les réfugiés maliens au pays des hommes
intègres, présenter les secteurs les plus affectés et proposer des solutions pour remédier à ces
dommages. En outre, dans la dégradation de l'environnement au sahel, les facteurs anthropiques
occupent souvent une large part du fait que le phénomène migratoire véhicule généralement des
pratiques culturales et pastorales nuisibles à la nature. Ce constat n'écarte nullement l'éventualité d'une
part active des autochtones dans la dégradation de cette nature.
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SITOLOGIE
87
[Link] le 07/04/2014
[Link] AV/consequences-crise-
ivoirienne-sur-pays-sahé[Link]. 08/04/2014
[Link]
88
ANNEXES
Quatre « système de conflit » sont ainsi distinguées dans cette étude : le complexe conflictuel de
l'espace géopolitique constitué par les pays de l'Union du Fleuve Mano (UFM), qui regroupe la Côte
d'Ivoire, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ; le système de conflits de la zone sénégambienne, dont
l'épicentre se situe sur la région sénégalaise de la Casamance, frontalière de la Gambie et de la Guinée
Bissau ; le système de conflits dans le domaine sahélo-saharien qui englobe les zones frontalières qui
vont de la Mauritanie à l'Algérie et du Mali au Niger ; enfin, le complexe conflictuel du golfe de Guinée
qui a pour épicentre la zone du Delta du Niger avec un prolongement sur la péninsule de Bakassi au
Cameroun. Il est à noter que chacun des quatre « systèmes de conflits » s'inscrit dans des complexes
régionaux plus larges, à dimension régionale, caractérisés par des dynamiques sécuritaires et des
acteurs communs (M. Massaër Diallo, 2008).
89
Figure 2: arrivées des différents réfugiés de conflits et exilés ghanéens à Accra entre 1990 et 2009
40
Accra 42
Photo 6 : affiche de mise en garde du HCR aux réfugiés contre les élections à Accra 62
Tableau 2 : des problèmes environnementaux majeurs dans quelques pays ouest africains....19
Tableau 5 : aperçu général de trois des dernières petites vagues de réfugiés en Guinée 32
Tableau 6 : programme d'assistance aux réfugiés libériens et sierra léonais en Guinée, 1990-
1995 36
91
DEDICACE i
REMERCIEMENTS ii
SOMMAIRE iii
RESUME iv
SIGLES ET ABREVIATIONS v
INTRODUCTION GENERALE 1
L'ETUDE 4
I-1 Problématique 5
92
CONCLUSION PARTIELLE 26
CHAPITRE III : CONDITIONS D'INSTALLATION ET MODES DE VIE DES REFUGIES DANS TROIS PAYS OUEST
AFRICAINS : LA GUINEE CONAKRY, LE GHANA ET LE
BURKINA FASO 28
III-3 : Conditions d'installation et modes de vie des réfugiés maliens dans le sahel
burkinabé 44
III-3-2 : Repartition du cheptel des réfugiés et des autochtones dans le sahel burkinabé 47
réfugiés maliens 48
93
IV-2-1 : Les impacts des réfugiés libériens sur le milieu biophysique à buduburam 60
b) L'Assainissement 60
IV-2-2 : Impacts humains des réfugiés à buduburam 60
IV-3 : Le risque environnemental représente par l'arrivée des réfugiés maliens en 2012 au
burkina faso 64
IV-3-1 : Les impacts biophysiques des réfugiés maliens dans la région du sahel au Burkina Faso..64
94
CONCLUSION PARTIELLE 78
CONCLUSION GENERALE 79
BIBLIOGRAPHIE 81
ANNEXES 88
LISTE DES ILLUSTRATIONS 89
Tel : 226-70-79-98-40
Email : abdouyela.1@[Link]