CONTRAT DE DISTRIBUTION ET
CONTRAT DE VENTE
Résumé
2017/2018
HNIYA BENNANI
INTRODUCTION :
1. Le contrat de vente :
Le contrat de vente n’est pas défini expressément par le législateur. Il s’agit d’une
convention par laquelle une partie s’engage à livrer une chose moyennant le paiement du
prix par l’autre partie.
SERGE G. définit la vente comme « le contrat par lequel une personne, le vendeur,
transfère ou s’engage à transférer un bien à une autre personne, l’acheteur, qui a
l’obligation d’en verser le prix en argent ». Il ajoute que lorsque le droit transféré est un
droit personnel, on parle généralement de cession.
Plusieurs autres définitions doctrinales ont été données et ont aidé à comprendre la vente
commerciale qui implique le transfert de propriété du vendeur à l’acheteur à contrepartie du
prix ou de l’argent qu’il verse.
2. Contrat de vente commerciale :
Traditionnellement, la vente peut avoir un caractère civil ou commercial. Elle a un caractère
commercial dès lors que le vendeur est commerçant.
La vente commerciale est l’acte de commerce le plus courant de la vie des affaires. Elle
constitue le cœur même de de l’activité commerciale qui consiste essentiellement à acheter
des marchandises pour les revendre.
Au niveau de la production, elle permet aux industriels de s’équiper et au niveau de la
distribution elle assure l’écoulement des biens produits.
3. Qualification et nature juridique :
Comme en droit civil, la vente se définit comme le contrat par lequel le vendeur transfère la
propriété d’un bien à l’acheteur en l’échange d’une somme d’argent que ce dernier s’engage
à lui verser.
Il s’agit d’un contrat consensuel dont la validité n’est subordonnée à aucun formalisme.
4. Sources et règlementation juridique :
Le code de commerce ne réglemente pas directement ce contrat. Les principales dispositions
applicables à la matière se retrouvent aux articles du Code civil, dans les lois et les
règlements spéciaux mais aussi dans les usages du commerce.
En premier lieu, dès lors que l’acteur est un consommateur, c’est le droit de la
consommation qui impose ces règles.
En second lieu, la majorité des ventes entre professionnels sont soumises aux impératifs du
droit de la concurrence et de la distribution.
La formation de la vente commerciale obéit à un certain nombre de règles dont le respect
permet de réaliser le transfert de la propriété.
5. Le plan :
Il convient d’analyser la formation du contrat, son principal effet, à savoir le transfert de la
propriété, les obligations du vendeur et celles de l’acheteur.
CHAPITRE 1 : LA FORMATION DE LA VENTE COMMERCIALE ET LE TRANSFERT
DE PROPRIETE :
La vente se forme par l’accord des parties sur la chose vendue, que l’on qualifie souvent de
« marchandises », et sur son prix. Son effet essentiel consiste dans le transfert de la
propriété du bien concerné du vendeur à l’acheteur.
SECTION 1. FORMATION DU CONTRAT DE VENTE :
Les conditions de validité doivent être réunis pour les contrats en général et pour les ventes
en particulier.
Le vendeur et l’acheteur doivent avoir la capacité de faire des actes juridiques qui ne doivent
comprendre aucun vice.
I. Un accord entre les parties cocontractantes :
La vente est conclue dès que les parties sont d’accord sur la chose et sur le prix. La vente
entre professionnels peut être précédée de promesses.
Dans ce dernier cas, il y a engagement de vendre et engagement d’acheter.
Les deux parties étant d’accord sur les principaux éléments du contrat, la promesse vaut
alors vente.
Le caractère commercial de la vente peut lui conférer des particularités :
- Dans les ventes commerciales, les conditions générales de vente et d’achat ont un rôle
essentiel.
- Entre commerçant, une proposition de contracter ne constitue une offre que si celle-ci
indique la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation.
- Le silence du destinataire de l’offre vaut souvent acceptation de cette dernière.
- Certaines formes de ventes sont plus fréquentes en matière commerciale qu’en matière
civile. C’est le cas des ventes avec faculté d’expérimentation.
Dans tous les cas, la vente n’est pas ferme mais soumise à une condition.
II. Prix :
Dès la conclusion du contrat, le prix doit être déterminé ou déterminable ou susceptible de
l’être.
Le prix peut être déterminé par référence à la rentabilité du bien. Il peut avoir été stipulé
une clause de révision du prix.
III. Objet :
Conformément au droit commun. L’objet du contrat doit remplir un certain nombre de
conditions :
1. Il doit être possible.
2. Il doit être licite.
3. Il doit être déterminé ou du moins déterminable lors de l’époque fixée pour la
livraison.
A cet égard, la vente peut porter sur un corps certain, c’est-à-dire sur un objet précis et dès
maintenant identifié (comme une machine) ; mais elle peut aussi porter sur des choses de
genre, c’est-à-dire sur des choses fongibles qui ne sont déterminées dans le contrat que par
leur type et leur quantité (comme tant de tonnes de riz de telle qualité).
S’agissant des choses de genre, l’individualisation de la chose vendue s’opère lors de
l’exécution du contrat. C’est cette individualisation qui marque la date du transfert de
propriété et des risques.
IV. Forme et preuve du contrat :
La vente commerciale n’est soumise en principe à aucune condition de forme et elle peut
être prouvée par tous moyens, y compris les témoignages et les présomptions.
SECTION 2. L’EFFET PRINCIPAL DE LA VENTE : LE TRANSFERT DE LA
PROPRIETE :
Ce transfert s’opère au moment de la rencontre des volontés concordantes du vendeur et de
l’acheteur sur la chose objet du contrat sur le prix et les autres clauses du contrat, ainsi aux
termes de l’article 491 du DOC « l’acheteur acquiert de plein droit le transfert de la
propriété de la chose vendue dès que le contrat est parfait par le consentement des
parties ».
Ce transfert juridique de la propriété intervient par le seul consentement des parties.
I. Date du transfert de propriété :
Sauf disposition légale contraire ou convention contraire des parties, la propriété de la chose
vendue est transférée à l’acheteur dès l’instant où le vendeur et l’acheteur sont tombés
d’accord sur la chose et sur le prix.
1. Choses à fabriquer :
Le transfert de propriété n’a lieu que lorsque la chose est effectivement en mesure d’être
livrée.
2. Vente de choses de genre :
On distingue les ventes suivantes :
- Ventes en bloc : le transfert de propriété a lieu au jour de la conclusion du contrat.
- Ventes au poids : au compte où à la mesure. Le transfert de propriété n’est réalisé qu’au
moment où la chose est individualisée contradictoirement par pesage, comptage ou
mesurage. Ainsi, le transfert de propriété d’une marchandise vendue au poids, au
compte ou à la mesure étant retardé jusqu’à ce que la marchandise ait été mesurée,
comptée ou pesée. Le transfert est opéré au lieu de cette individualisation.
- Ventes à l’abonnement : le transfert se fait au moment où la consommation est
registrée.
3. Conventions particulières :
Les parties peuvent librement choisir le moment auquel elles placent le transfert de la
propriété de la chose vendue, encore faut-il qu’il y ait volonté certaine de modifier la date
du transfert.
4. Vente avec réserve de propriété :
Le transfert de propriété se produit au jour du paiement, or, la vente est néanmoins conclue
et l’acheteur doit l’exécuter.
5. Expédition contre remboursement :
Il a été jugé que le transfert de propriété se produit au moment de la livraison matérielle au
lieu de destination.
II. Intérêt de la date du transfert de propriété :
La date à laquelle la propriété de la chose vendue est transférée à l’acheteur présente de
nombreux intérêts :
- C’est à partir de cette date que la chose passe aux risques de l’acheteur.
- Une clause du contrat peut prévoir que le prix sera fixé d’après le cours du jour de la
date du transfert de propriété.
- Si le vendeur est mis en liquidation ou en redressement judiciaire après que la propriété
a été transférée et alors même que le vendeur serait encore en possession de la chose,
l’acheteur peut revendiquer ce qui lui permet d’échapper aux conséquences de la faillite.
Par ailleurs, quant à la date du transfert de propriété, ce dernier sera retardé pour les ventes
de choses de genre jusqu’à leur individualisation. Il en est même pour les choses futures.
III. Conséquences du transfert de propriété :
1. L’acquisition de la propriété :
Le transfert de propriété a pour effet de retirer au vendeur tout droit sur la chose vendue,
sous réserve du droit de la revendiquer sous conditions en cas de procédure collective de
l’acheteur. Ainsi, l’acheteur acquiert la propriété de la chose vendue.
Mais si le vendeur d’un meuble s’est obligé de livrer à deux personnes successivement, la
personne mise en possession réelle de la chose vendue est préférée et en demeure
propriétaire même si son titre est postérieur en date.
2. Transfert des risques :
Les risques qui sont susceptibles d’entrainer la perte ou la détérioration de la chose vendue
sont à la charge du vendeur ou de l’acheteur selon que l’un ou l’autre en est propriétaire au
moment où ils surviennent.
Le transfert des risques appelle des précisions complémentaires dans les circonstances
suivantes :
- Dans les ventes en bloc, le transfert des risques a lieu au jour de la conclusion du
contrat.
- Dans les vente au ponds, au compte et à la mesure, le transfert des risques n’est réalisé
qu’au moment où la chose est individualisée.
- Dans les ventes avec réserve de propriété, la chose reste aux risques du vendeur tant
que le prix n’a pas été payé.
- Dans les ventes suivies d’un transport, la preuve de l’exécution du transport peut
résulter de la production du bordereau d’expédition des objets remis au transporteur.
Ces risques sont les événements fortuits qui ne sont imputables à aucune des parties à la
vente et la preuve du cas fortuit incombe à celui qui s’en prévaut.
CHAPITRE 2. LES OBLIGATIONS DES PARTIES AU CONTRAT DE VENTE
COMMERCIALE :
La vente commerciale est un contrat créateur d’obligations tant pour le vendeur que pour
l’acheteur.
SECTION 1. LES OBLIGATIONS DU VENDEUR :
Le vendeur a deux obligations essentielles : celle de délivrance et celle de garantie, mais, le
juge a ajouté une autre obligation qui n’est d’autre que celle d’information et de conseil.
I. Obligation d’information et de conseil :
Contractuellement, le vendeur est ainsi tenu d’indiquer les modalités et les risques
d’utilisation de la chose et il doit ainsi fournir des conseils d’achat et d’utilisation.
L’obligation existe principalement pour les choses dangereuses ou complexes.
L’acheteur aujourd’hui tenu d’un véritable devoir de collaboration doit préciser ses besoins
au vendeur afin de mieux permettre à ce dernier de satisfaire à son obligation.
L’obligation d’information et de conseil est une obligation de moyen, c’est donc à l’acheteur
de démontrer la faute du vendeur.
Ainsi, le non-respect de l’obligation peut être une cause de nullité de la vente. Elle peut aussi
justifier une condamnation du vendeur à des dommages et intérêts.
II. Obligation de délivrance :
Quelle que soit la date à laquelle la propriété est transférée, le vendeur st obligé de délivrer
la chose à l’acheteur.
Cette délivrance consiste dans la remise matérielle de la chose aux lieux, dates et conditions
déterminées par le contrat ou les usages.
Elle est accomplie lorsque rien ne s’oppose plus du fait du vendeur à ce que l’acheteur
dispose de la chose.
L’obligation de délivrance pèse sur le vendeur à qui incombe la preuve de son exécution.
Ainsi, la possession des marchandises est parfois représentée par un titre qui vaut délivrance
de cette marchandise.
1. Objet de la délivrance :
Les marchandises livrées doivent être conformes en qualité et en quantité aux stipulations
du contrat.
Le vendeur n’exécute son obligation de délivrance que s’il délivre exactement la chose
convenue au contrat.
A défaut de spécifications contractuelles, la qualité que doit présenter la chose n’est ni de la
meilleure espèce ni de la plus mauvaise. Le juge se fonde plutôt sur l’intention des parties au
moment de la vente, qu’il peut induire du prix.
La commande d’une chose neuve s’entend normalement d’une chose sans défaut, dans le
cas contraire, l’acheteur est en droit de refuser la livraison de la chose.
Effectivement, une chose est non conforme lorsqu’elle ne présente pas les caractéristiques
spécifiées par la convention des parties.
Si les parties n’ont pas précisé la qualité, celle-ci doit être « loyale, marchande et
moyenne » : le vendeur n’est pas tenu de livrer la meilleure mais ne peux obliger l’acheteur
à recevoir la pire.
Dans les ventes de genre « sur échantillon », la marchandise livrée doit être conforme à
l’échantillon agréé lors de la conclusion du contrat.
Dans les ventes conditionnelles « à l’essai », l’acheteur se réserve de vérifier si la chose
vendue a les qualités qu’il en attend.
Or, la livraison doit porter sur la quantité prévue au contrat.
Le contrat ou les usages réservent un bref délai à l’acheteur pour vérifier la qualité et la
quantité de la marchandise lors de la livraison.
La quantité à remettre est celle fixée au contrat ou par le bon de commande. Lorsqu’un
poids minimum a été stipulé, la vente peut être résolue si le vendeur livre moins.
Toutefois, il est d’usage de reconnaitre au vendeur une certaine marge de tolérance :
a. Une variation en plus ou en moins de 3% est en principe acceptable.
b. S’il est mentionné « environ », le vendeur n’a pas manqué à son obligation si la
quantité livrée diffère de 5 à 10% de la quantité stipulée.
c. S’il a été stipulé « sous réserve des disponibilités » le vendeur ne saurait faire
dépendre la quantité livrée de son bon vouloir.
d. S’il a été mentionné une « clause de réserve de récolte » par laquelle le vendeur
prévoit une certaine quantité de marchandises à livrer sous réserve pour le
vendeur d’être approvisionné par son fournisseur, le vendeur est tenu
d’appliquer le quota de livraison retenu par le fournisseur.
Le vendeur a l’obligation de délivrer, le cas échéant, les accessoires de la chose. A défaut de
remise de ces derniers, la résolution de la vente doit être prononcée pour manquement du
vendeur à son obligation de délivrance.
2. Actes de délivrance :
La délivrance des effets mobiliers est accomplie par la tradition, la remise des clés des
bâtiments qui les contiennent ou pas le seul consentement des parties.
Si la chose vendue a été reprise par le vendeur pour y effectuer des réparations et si cette
chose n’a pas été restituée à l’acquéreur, celui-ci peut faire prononcer la résolution de la
vente à la charge du vendeur.
Tant que le matériel vendu n’a pas été délivré, le vendeur est tenu de veiller à sa
conservation et répond de sa perte jusqu’à ce moment-là.
3. Lieu de la délivrance :
La remise de la chose doit se faire au lieu indiqué au contrat ou, par les usages. En l’absence
de précision, ce lieu est celui où se trouve la chose au moment de la conclusion du contrat.
En cas de recours à un transporteur, la délivrance s’effectue au lieu et au moment où le
vendeur a remis la marchandise au transporteur qui l’a acceptée sans réserve.
La mauvaise exécution ultérieure de l’obligation de livraison n’est pas alors imputable au
vendeur qui a été aussi chargeur car, sauf en cas de faute de sa part ou de convention
contraire, elle l’est au transporteur à qui incombe l’obligation de livraison.
Si le lieu de la délivrance est autre que celui où se trouve la chose, la charge des opérations
et frais d’acheminement incombe au vendeur.
Dans ce dernier cas, le vendeur n’est pas tenu d’un devoir de conseil en ce qui concerne le
transport. Il n’assume pas les risques du transport dans la mesure où il n’est plus le
propriétaire de la marchandise.
4. Date de délivrance :
Le vendeur doit délivrer la chose dans le délai convenu par les parties au contrat.
Engage sa responsabilité l’acheteur qui, sans avoir adressé la mise en demeure prévue par le
contrat, « annule » sa commande parce que le vendeur n’avait pas livré à l’échéance.
Le délai convenu, à défaut de stipulation contraire, court du jour de la formation du contrat
de vente.
Lorsque la vente est subordonnée à la réalisation d’une condition, il court du jour de cette
réalisation.
A défaut de délai contractuel, le vendeur doit livrer la chose dans un délai raisonnable et
avertir l’acquéreur de tout retard imprévu.
En cas de retard fautif du vendeur, l’acheteur peut demander la résolution de la vente ou sa
mise en possession si le retard ne vient que du fait du vendeur ou des dommages-intérêts.
A compter du jour où la livraison devait avoir lieu, tous les fruits de la chose appartiennent à
l’acquéreur, sauf convention contraire.
5. Dédouanement :
L’obligation de procéder au dédouanement de la marchandise dépend des stipulations du
contrat, à défaut, elle incombe au vendeur s’il expédie et à l’acheteur si celui-ci prend
livraison dans les locaux du vendeur ou « à l’arrivée » mais sans autre précision.
6. Refus de livraison pour défaut de paiement du prix :
A condition d’offrir une livraison complète, le vendeur n’est pas tenu de livrer la chose si
l’acheteur ne lui en paye pas le prix, sauf délai accordé par le vendeur pour ce paiement.
Mais le vendeur qui a accordé un délai à l’acquéreur peut refuser la délivrance du bien
vendu si depuis la vente, l’acheteur est tombé sous le coup d’une procédure collective, en
sorte qu’il se trouve en danger de perdre le prix, mais seulement si le transfert de propriété
à l’acheteur est survenu, car alors le contrat de vente n’est plus en cours et sa continuation
ne peut plus être imposée.
En cas de livraisons successives, le défaut de paiement d’une livraison autorise le vendeur à
les refuser. Il n’y a pas de livraisons successives lorsque chaque livraison constitue une vente
distincte, ce qui est généralement présumé à défaut de stipulations contractuelles.
7. Sanction du défaut de délivrance :
Le défaut de livraison, la livraison partielle, la livraison de marchandises non conformes ou
avariées, le retard dans la livraison entrainent d’abord les sanctions de droit commun des
contrats.
a. L’acheteur peut refuser de payer le prix tant que la livraison n’est pas faite, à moins
qu’il ne se soit engagé à payer le prix d’avance. En cas de non-conformité,
l’acheteur peut refuser la marchandise ou la restituer au vendeur.
b. L’acheteur peut demander au juge de contraindre le vendeur à livrer.
c. En cas l’inexécution grave, l’acheteur peut demander au juge de prononcer la
résolution du contrat de vente, ce contrat peut d’ailleurs contenir des clauses de
résolution de plein droit ou sur simple mise en demeure.
d. L’acheteur peut réclamer des dommages et intérêts au vendeur si celui-ci a commis
une faute.
Par ailleurs, les usages commerciaux ajoutent deux autres sanctions :
- Si la quantité ou la qualité des choses livrées et inférieure à celle qui avait été
convenue, l’acheteur peut réclamer une « réfaction » qui s’explique par une réduction
du prix qui à défaut d’accord, est fixée par le juge.
- Dans les ventes d’approvisionnements faites à des détaillants, si les choses vendues ne
sont pas livrées à la date fixée, l’acheteur peut se faire « remplacer » pour se procurer
ces choses auprès d’un autre vendeur et de réclamer au vendeur primitif le paiement
de la différence éventuelle de prix.
Les clauses exonératoires de responsabilité et de garantie sont valables entre professionnels.
III. Obligation de garantie :
L’acheteur déçu dispose d’une pluralité d’actions contre son vendeur.
Ainsi, si l’acheteur se place au moment de la formation du contrat, a la possibilité d’engager
une action en nullité pour erreur ou dol.
L’acheteur doit avoir vu que la chose présentait une qualité qui en réalité n’existe pas.
Si la chose livrée ne correspond pas à celle commandée et ne présente pas les
caractéristiques spécifiées par la convention des parties, il y a non-conformité, c’est-à-dire
manquement à l’obligation de délivrance.
Lorsque la chose livrée est conforme à ce qui a été convenu, mais qu’elle est entachée d’un
défaut qui la rend inapte à l’usage envisagé il y a vice caché.
1. Garantie d’éviction :
La garantie d’éviction consiste dans l’obligation pour le vendeur ne pas troubler lui-même
l’acheteur dans la possession des choses vendues et de le défendre contre les tiers qui se
prétendraient propriétaires de ces choses.
2. Garantie des vices cachés :
Le vendeur doit à l’acheteur la garantie que la marchandise ou le matériel vendu est exempt
de vices cachés le rendant impropre à l’usage auquel il est destiné.
Lorsque la chose est vendue sur le territoire national par un vendeur étranger en vertu d’un
contrat international, ces dispositions ne sont applicables aux dommages subis par
l’acheteur que dans la mesure où elles sont considérées comme d’ordre public international.
- Conditions d’existence de la garantie -> la garantie des vices cachés de la chose vendue
suppose que celui qui l’invoque ait conclu un contrat de vente, et ne soit pas un tiers à ce
contrat. Dès qu’il y a vente, la garantie s’applique sans qu’il n’y ait lieu de tenir compte ni
de la nature de la chose vendue, ni des négligences de l’acheteur ou du non-paiement du
prix par celui-ci, ni de l’existence d’une clause de réserve de propriété. Les vices cachés
ne sont garantis par une assurance-dommages que si la police le prévoit expressément.
- Impropriété de la chose -> le vice doit rendre la chose impropre à l’usage auquel
l’acheteur l’a destiné et c’est à l’acheteur de prouver à quel usage il destinait la chose
achetée. Le vice doit affecter l’usage de la chose et l’acheteur doit le prouver. Lorsque le
vendeur connaissait exactement la destination du bien et que ce bien se révèle inapte à
l’usage prévu, il est tenu de l’impropriété de la chose. En revanche, lorsque l’acheteur
n’a pas précisé l’usage qu’il entendait faire du bien et qu’il a utilisé celui-ci à une fin à
laquelle ce bien n’était pas destiné, l’inaptitude du bien ne peut pas être reprochée au
vendeur. A défaut de précision au moment de l’achat sur la destination du bien, les juges
apprécient l’impropriété de celui-ci par rapport à son usage normal et habituel. Mais il
n’y a pas vice caché lorsque ce n’est qu’après de longues années d’utilisation que le
produit exploité s’est avéré être frauduleux. Lorsque l’origine de l’inaptitude du bien est
inconnue, les juges ne peuvent pas en déduire qu’il y a vice caché. Lorsque le bien vendu
est d’occasion, l’usure ne peut être considérée comme un vice caché.
- Non-apparence du vice -> le vice doit être caché, c’est-à-dire légitimement ignoré de
l’acheteur et que cette ignorance doit exister au moment de la vente ou de la prise en
charge de la chose vendue. Mais, le caractère caché du vice est apprécié différemment
selon que l’acheteur est un professionnel ou non.
• S’agissant d’un acheteur non professionnel :
Le défaut que présente la chose est réputé caché à son égard s’il a pu légitimement en
ignorer l’existence au jour de la vente et à condition qu’il ait au moins porté à l’examen de la
chose attention qu’aurait montée une personne normalement soucieuse de ses intérêts,
mais dépourvue d’une spécialisation technique poussée. Le vice est caché même s’il est
constaté un jour après l’achat.
En conséquence, ne peuvent pas se prévaloir de l’ignorance d’un vice :
- L’acquéreur qui n’a effectué aucune vérification ou aucun essai préalable à lui faire
découvrir le vice. Cependant, le vice sera réputé caché, même en l’absence de
vérifications.
- L’acquéreur qui a reconnu l’existence d’un vice, expressément ou implicitement.
- L’acquéreur à qui l’existence du vice a été révélée par le vendeur.
- L’acquéreur qui a eu accès à la chose et qui aurait pu rendre compte du vice qu’il
invoque.
• S’agissant d’un acheteur professionnel :
Le vice affectant la chose est présumé connu dans les termes suivants.
L’acheteur qui un professionnel d’un vice caché, car en raison de ses connaissances, il est
censé l’avoir découvert.
Il en est de même si le contrat met à la charge de l’acheteur professionnel la recherche
systématique des défauts éventuels de la marchandise livrée.
Cependant, le vice sera toujours réputé caché, même à l’égard de l’acheteur professionnel si
au jour de la livraison, il n’a pas été en mesure de le déceler.
En tout état de cause, le vendeur professionnel ne peut être exonéré de la garantie au motif
qu’il n’est pas prouvé qu’il connaissait le vice.
L’acheteur est réputé de la même spécialité que le vendeur lorsqu’il exerce une activité de
nature à lui procurer des connaissances professionnelles comparables à celle du vendeur.
3. Antériorité du vice par rapport à la vente :
Le vice doit être antérieur à la vente, or, à la livraison de la chose vendue à l’acquéreur. La
preuve cette antériorité du vice doit être rapportée par l’acheteur.
Le vendeur ne doit donc aucune garantie des vices dont la cause est postérieure à la vente.
IV. Obligation de sécurité :
C’est la jurisprudence qui est la première a imposé une véritable obligation de sécurité aux
vendeurs et aux fabricants leur imposant de réparer les dommages susceptibles de se
rattacher à un tel manquement.
La victime devra apporter la preuve du préjudice qu’elle subit et du lien de causalité entre le
préjudice et le caractère défectueux du produit.
SECTION 2. OBLIGATIONS DE L’ACHETEUR :
I. Paiement du prix :
Le paiement du prix est la principale obligation de l’acheteur. Celui-ci doit verser au vendeur,
non seulement le prix principal mais aussi les frais accessoires selon les dispositions prévues
au contrat. (Par exemple, il doit payer les frais de transport ou aussi les taxes et impôts)
Si la vente est faite avec emballages perdues, la valeur de ceux-ci est généralement incluse
dans le prix.
Si les emballages sont consignés, l’acheteur obtient le remboursement de cette valeur en
restituant les emballages.
1. Epoque du paiement :
Dans les ventes au comptant, le paiement doit être fait au moment de la livraison. Le contrat
peut prévoir une réduction de prix au profit de l’acheteur qui paie au comptant.
Dès avant la livraison, l’acheteur peut avoir à verses des arrhes qui constituent un acompte
sur le prix.
2. Garantie du vendeur :
Le droit civil confère un certain nombre de garanties au vendeur qui n’est pas payé :
a. Il peut refuser de livrer la chose et exercer sur elle un droit de rétention tant qu’il
n’est pas payé.
b. Si la chose est déjà livrée, le vendeur peut exercer dans un bref délai, un droit de
revendication sur la chose pour en reprendre possession et recouvrer son droit de
rétention. Il peut aussi demander la résolution de la vente ou invoquer la clause
résolutoire contenue dans le contrat.
II. Obligation de retirement :
Lorsque la marchandise est livrable ailleurs qu’au domicile de l’acheteur, celui-ci doit la
retirer dans les délais fixés par le contrat ou par les usages.
Ces délais sont de rigueur et leur inobservation entraine de plein droit la résolution de la
vente.
Le vendeur peut se prévaloir de la résolution de plein droit de la vente si les meubles vendus
n’ont pas été retirés après l’expiration du terme convenu.
L’application de cette règle appelle les observations suivantes :
▪ Le vendeur doit avoir préalablement délivré la chose vendue dans les conditions
prévues au contrat. N’est pas le cas si la chose est atteinte d’un défaut couvert par la
garantie des vices cachés, dont la révélation autorise l’acheteur à refuser la
délivrance.
▪ Il faut et il suffit que la vente porte sur des meubles, il importe peu que le meuble
soit un corps certain ou une chose de genre, que la vente soit à terme ou au
comptant ou qu’elle soit civile ou commerciale.
▪ Le contrat de vente doit fixer un terme pour le retirement et en faire une condition
déterminante.
Dès l’arrivée du terme fixé pour le retirement, la chose passe aux risques de
l’acquéreur et le vendeur n’est plus obligé de la tenir à la disposition de l’acheteur.
▪ L’acquéreur n’a pas retiré la chose vendue tant qu’il n’en a pas pris possession. Il doit
le faire au lieu convenu et à défaut au lieu fixé par les juges.
▪ Le défaut de retirement doit être imputable à un fait de l’acquéreur et non à un cas
de force majeure ou à un fait du vendeur.
▪ Le défaut de retirement entraine la résolution de plein droit de la vente.
Cette résolution appelle les observations suivantes :
- Le vendeur est dispensé de mettre en demeure l’acquéreur de retirer la chose.
- Il ne peut invoquer la résolution de la vente qu’autant qu’il n’y a pas expressément
renoncé.
- Le vendeur peut faire constater la résolution de la vente après l’expiration du terme
convenu pour le retirement.
- Il est loisible aux parties de fixer un terme pour la résolution de plein droit du contrat de
vente.
L’exécution de la vente peut néanmoins être exigée par le vendeur et en tout état de cause,
le vendeur qui a subi un préjudice peut aussi demander des dommages et intérêts ;
Les dommages et intérêts se calculent au jour de l’expiration du terme convenu pour le
retirement.
1. Remise par l’acquéreur des documents requis :
Lorsque la vente stipule que la livraison se fera contre remise par l’acheteur de documents
déterminés, celui-ci ne peut être livré que s’il remet lesdits documents à celui qui présente la
marchandise, c’est-à-dire, le transporteur.
2. Paiement du prix contre livraison :
Lorsque l’expédition est contre remboursement, l’acheteur ne peut pas obtenir livraison s’il
n’a pas payé le prix.
3. Vérification du dédouanement :
L’acquéreur qui reçoit une marchandise provenant de l’étranger doit s’assurer auprès du
transporteur que celle-ci a été effectivement dédouanée.
4. Contrôle de la conformité de la chose vendue :
La conformité de la chose délivrée par le vendeur par le vendeur à la commande de
l’acheteur est inhérente à l’obligation de délivrance. Elle s’apprécie dans les conditions ci-
après.
➢ Etablissement du défaut de conformité :
L’acquéreur qui a accepté sans réserve la chose qui lui est remise est tenu pour l’avoir
considéré conforme à sa commande quant aux défauts apparents.
La preuve du défaut de conformité incombe à l’acquéreur et à défaut de preuve, l’acheteur
ne peut pas invoquer le manquement du vendeur à son devoir de conseil se rapportant à la
conformité de la chose livrée.
➢ Détermination du défaut de conformité :
Le défaut de conformité tient à tout défaut de concordance entre la chose livrée et la
commande ou les promesses publicitaires du vendeur…
En dehors de ces références conventionnelles et sauf stipulation contraire, le défaut de
conformité s’apprécie en fonction de la destination de la chose.
Constitue par exemple, un défaut de conformité :
- En cas de vente sur échantillons, la chose qui n’est pas conforme à l’échantillon.
- L’eau distribuée par une CT qui ne correspond pas à la composition attendue.
- La livraison d’un matériel qui n’atteint pas la capacité promise.
- La moindre dégradation subie par la chose dès lors que la commande porte sur une
chose neuve.
En matière de vente de produits périssables, c’est au moment de la livraison que l’acquéreur
doit vérifier l’état et la qualité de la marchandise.
➢ Action pour défaut de conformité :
Le défaut de conformité peut être invoqué par l’acheteur contre son vendeur et se transmet
avec la chose livrée.
L’acheteur ne peut pas agir s’il a accepté la livraison sans réserve.
Aucun délai n’étant imposé par la loi sous peine de forclusion pour agir en défaut de
conformité, le délai pour agir est celui de la prescription de droit commun.
CHAPITRE 1 : LA DITRIBUTION EN MAGASIN
La distribution par réseaux de magasins demeure très largement majoritaire partout où l’on
va, autrement dit, dans le monde entier. Ainsi, la part des ventes en magasin sur le marché
total du commerce représente près de 95% du total en alimentaire et près de 20% en non-
alimentaire.
SECTION 1. LA DISTRIBUTION EXCLUSIVE (cas de la concession exclusive) :
La doctrine analyse le contrat de concession exclusive comme celui par lequel un
commerçant appelé concessionnaire met son entreprise de distribution au service d’un
commerçant ou industriel appelé concédant pour assurer exclusivement sur un territoire
déterminé pendant une période limitée et sous la surveillance du concessionnaire la
distribution des produits dont le monopole de revente lui est concédé.
Il faut mentionner ainsi que le monopole de vente institué par les concédants heurte les
intérêts des commerçants placés en dehors du réseau puisque ceux-ci sont exclus d’une
source d’approvisionnement qui pourrait leur être profitable, sauf que, les commerçants ne
sont pas les seuls à être touchés par les concessions, il importe de savoir que ses effets sont
nuisible aussi aux intérêts du consommateur qu’il s’agisse des prix pratiqués, des quantités
offertes à la consommation ou de la qualité des services de vente.
Plusieurs caractères généraux peuvent se dégager de ce type de contrat, notamment la
clause d’exclusivité qui lie les parties.
Cette clause d’exclusivité par laquelle le concédant s’engage à ne contracter qu’avec le
concessionnaire dans un secteur déterminé constitue un élément fondamental du contrat de
concession, le caractère de l’exclusivité territoriale pour la validité du contrat de concession
a été affirmé par la jurisprudence qui énonce que « le contrat de concession ne signifie rien
s’il ne s’accompagne pas d’un privilège du concessionnaire dans la zone concédée, à défaut
d’exclusivité, les rapports entre les prétendus concédants et concessionnaires s’analysent
comme des relations ordinaire de fournisseur à client ».
En droit marocain, aucune disposition particulière ne règle le régime juridique de
l’opération, ainsi, en l’absence de définition légale, la jurisprudence et la doctrine ont
formalisé cette convention.
Le contrat de concession met à la charge des parties de nombreuses obligations qui tirent
leur source de la vente qui est à la base de l’accord de volonté, mais aussi de la collaboration
que les contractants se sont promis et de de leur exclusivité qu’ils se doivent.
Ainsi, de cette collaboration, le concessionnaire se voit confier la distribution des produits et
la préservation de la réputation de la marque du concédant, en contrepartie, ce dernier lui
promet une forte assistance.
➢ SOUS-SECTION 1. LES OBLIGATIONS DU CONCEDANT :
L’obligation principale du concédant résulte de l’exclusivité de revente qu’il réserve à son
concessionnaire, ainsi que l’obligation d’assistance envers son cocontractant puis son rôle
dans la politique des prix de vente des produits.
A. L’obligation de respecter l’exclusivité de fourniture :
La clause de l’exclusivité territoriale par laquelle le concédant s’engage à ne contracter
qu’avec le concessionnaire dans un secteur déterminé, constitue un élément fondamental
du contrat de concession automobile, ainsi, le concessionnaire se voit tenu d’assurer
l’exclusivité territoriale et il lui est interdit de prendre sur ce territoire un autre
concessionnaire.
Le concédant ne peut ni diminuer ni modifier le territoire concédé sans l’accord du
concessionnaire.
- L’exclusivité est dite simple quand le concédant s’est engagé à ne vendre dans une
zone déterminée qu’à un seul concessionnaire mais il conserve la liberté de
commercer avec n’importe qui du moment que c’est en dehors du territoire concédé.
- L’exclusivité est dite renforcée soit lorsque le concédant s’engage à ne pas vendre
dans le secteur protégé, soit lorsque le concessionnaire s’interdit de quelque façon
que ce soit à ne pas empiéter sur le territoire des autres membres.
B. L’obligation de livrer les véhicules et pièces de rechange :
Le concédant doit fournir régulièrement au concessionnaire au prix et aux quantités
déterminées par le contrat, les véhicules concédés ainsi que les pièces de rechange sans
oublier de respecter les délais et la quantité convenue.
Dans le cas où le concédant ne respecterait pas ses engagements liés à la clause d’exclusivité,
partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, a le choix de forcer l’autre à
l’exécution si elle est toujours possible ou de demander la résolution avec dommages et
intérêts.
C. L’obligation d’assister le concessionnaire :
Le concédant doit aider, conseiller et diriger le concessionnaire dans sa politique de vente des
produits sous peine de voir sa responsabilité engagée. On parle ici de plusieurs sortes
d’assistance :
- L’assistance technique représente l’aide que va apporter le concédant afin d’adapter
l’entreprise du concessionnaire à son image, cette assistance consiste à rendre le
meilleur service au consommateur ainsi que dans le traitement de toute difficulté
technique que pourrait rencontrer le concessionnaire dans la commercialisation des
produits.
- L’assistance commerciale concerne le degré de participation du concédant quant à la
mise en œuvre des opérations publicitaires et promotionnelles qui doivent être
réalisées par le concessionnaire au cours de l’exécution de son contrat.
- L’assistance matérielle se traduit par la mise à disposition au concessionnaire de
matériels et de signes distinctifs, ce dernier est ainsi obligé de réaliser les
modifications de la décoration de son magasin afin qu’il soit conforme à l’image de
marque du concédant.
D. L’obligation de mise à disposition de la marque :
Le concédant accorde au concessionnaire l’utilisation de sa marque et de ses signes
distinctifs pour lui permettre de s’identifier auprès de la clientèle comme membre du réseau
de distribution de ses véhicules, ce qui implique que le concédant soit titulaire de la marque
ou de l’enseigne dont il accorde l’usage et ce dans le secteur géographique qui lui est
accordé.
➢ SOUS SECTION 2. LES OBLIGATIONS DU CONCESSIONNAIRE :
Les obligations du concessionnaire tiennent d’une part dans le respect de l’exclusivité
d’approvisionnement et d’autres part, dans le respect de la délimitation territoriale dans la
commercialisation de ce produit.
A. L’obligation de respecter l’exclusivité d’approvisionnement :
Le concessionnaire s’engage à acheter exclusivement les produits du concédant afin de les
revendre en respectant un objectif précis en termes de chiffre d’affaire.
En contrepartie, il devra supporter une exclusivité d’approvisionnement, il ne doit donc
acquérir que les véhicules du concédant en respectant les normes posées par celui-ci mais
aussi ceux d’une entreprise désignée l’ayant désignée.
B. L’obligation de respecter la délimitation territoriale quant à la commercialisation
des produits :
Le concessionnaire doit respecter les limites du territoire qui lui a été concédé et ne pas
empiéter sur la zone des autres concessionnaires du même réseau car le principe veut que
chaque concessionnaire doive respecter l’exclusivité territoriale de ses semblables.
Parfois, le concédant se réserve le droit d’effectuer lui-même et directement, la vente de ses
produits à certains de ses clients appartenant au territoire concédé ou aux clients de quelque
origines géographique qu’ils soient, quand ces derniers se présentent à son siège central ou à
un magasin d’exposition.
C. L’obligation d’informer le concédant :
Le concessionnaire est généralement tenu de fournir au concédant des informations sur
l’état du marché, les réactions des clients…
Ainsi, les contrats de concession automobile contiennent fréquemment une clause obligeant
le concessionnaire de transmettre au fur et à mesure le double des factures.
Ces informations permettent au concédant non seulement d’apprécier l’activité développée
par le distributeur mais aussi de tenir à jour un « fichier client » qu’il pourra exploiter après
le départ du distributeur.
➢ SECTION 2. LA DISTRIBUTION SELECTIVE (cas de la franchise) :
Historiquement, la franchise est née en 1929 aux Etats-Unis et peut être définie comme
étant une méthode de collaboration entre une entreprise franchisante d’une part et une
ou plusieurs entreprises franchisées d’autre part.
Après un lent démarrage au Maroc, cette formule a connu un récent développement dans la
mesure où des marques internationales dans le prêt à porter, la cosmétique voire même la
restauration rapide, ont fait leur apparition sur le marché national. Ainsi, sur le territoire,
elle apparait comme un instrument privilégié de la pénétration des marchés étrangers qui
donne l’occasion à la connaissance des droits étrangers dans l’inspiration de ces textes.
La franchise sera appelée à se développer au Maroc, puisque les grandes questions qui se
posent en la matière seraient autour des aspects juridiques de la franchise dont les textes
marocains font défaut.
Dans cet objectif, le plan qui sera traité s’articulera autour du contrat de franchise et
notamment les obligations se nouant entre les deux partenaires économiques à savoir le
franchiseur et le franchisé.
➢ SOUS SECTION 1. LES OBLIGATIONS DU FRANCHISEUR :
Le point central des obligations que le franchiseur doit fournir au franchisé, c’est d’abord lui
garantir le droit d’usage d’une enseigne commerciale et une présentation uniforme des
locaux, il doit être propriétaire la propriété intellectuelle et lui communiquer son savoir-
faire ainsi que l’assister.
En général, le franchiseur doit fournir les produits et parfois assurer une exclusivité.
A. Obligation de concession d’une licence de marque :
Cette obligation prévoit expressément que le franchiseur doit garantir la validité de ce droit
sur les ralliements de la clientèle tels que la marque, l’enseigne, le siège, le slogan et assurer
au franchisé la jouissance paisible de ce qu’il met à sa disposition.
B. Obligation relative à l’enseigne :
En matière de franchise, le franchisé doit jouir de tous les signes distinctifs de la marque,
qu’il s’agisse de l’enseigne ou des slogans publicitaires.
En conséquence, si un franchiseur venait à priver son franchisé du droit d’usage de
l’enseigne, le contrat serait immédiatement rompu.
C. Obligation de communiquer le savoir-faire :
La communication d’un savoir-faire est considérée comme un élément essentiel de la
franchise. Ainsi, le franchiseur doit libérer au franchisé les informations constituant son
savoir-faire.
En outre, le savoir-faire est protégé à l’égard des tiers qui se procureraient frauduleusement
soit par un délit de violation du brevet de fabrique, soit par la violation du brevet
professionnel, soit par le cas d’une clause contractuelle de confidentialité.
D. Obligation liée à l’assistance :
Le franchiseur est tenu dès la conclusion du contrat, de conseiller le franchisé dans la
création et l’ouverture de son entreprise.
E. Obligation de fournir des produits :
Lorsque le franchiseur est fournisseur des produits concernés par la franchise, il est
évidement tenu de les fournir au franchisé conformément à ses conditions de vente ainsi
que de fixer le prix de ses produits.
F. Obligation d’assurer une exclusivité :
L’obligation d’assurer une exclusivité recouvre parfois, une exclusivité de fourniture du
franchisé étant le seul à être fourni par le franchiseur dans un certain territoire. Mais, elle
couvre le plus souvent, une exclusivité de distribution appelée aussi « l’exclusivité de
marque ».
➢ SOUS SECTION 2. LES OBLIGATIONS DU FRANCHISE :
Les obligations du franchisé sont généralement très nombreuses.
A. L’obligation de non concurrence :
Le franchisé est lié automatiquement par une obligation de confidentialité, mieux encore,
une clause de non concurrence est souvent insérée dans le contrat.
• L’obligation de préserver la confidentialité et de non concurrence : le franchisé doit
garder le secret professionnel et le savoir faire et les méthodes qui lui ont été
communiques. Bien souvent, une clause au contrat la prévoit et cette obligation
implique que le franchisé ne saurait divulguer les principes qui lui sont transmis à
des tiers. Ainsi, cette obligation existe pendant la durée du contrat et survie même
après son extinction.
B. L’obligation d’approvisionnement et les initiatives commerciales des franchises :
• Les obligations portant sur l’approvisionnement -> le franchisé peut être obligé de
s’approvisionner totalement ou partiellement auprès du franchiseur, cette
exclusivité totale peut être insérée comme suit « en conséquence de l’exclusivité
qui lui est consentie, le franchisé s’oblige à vendre exclusivement les articles qui
seront fournis par le franchiseur ou par des fabricants désignés par celui-ci ».
• Les obligations relatives à l’initiative commerciale -> chaque franchisé doit se
conformer au partage du marché décidé par le franchiseur et ne pas déborder des
limites assignées à son activité.
CHAPITRE 2 : LA DITRIBUTION HORS MAGASIN
Parallèlement à la distribution internationale par magasin, se sont développés des réseaux
de vente hors magasin, comme la vente par catalogue qui est devenue par la suite vente en
ligne ou online et c’est cette dernière qui concernera le propos de cette partie.
➢ SECTION 1. LES OBLIGATIONS DU FOURNISSEUR ENVERS LES DISTRIBUTEURS AU
NIVEAU DE LA DISTRIBUTION EN LIGNE :
Le fournisseur est en charge de la politique commerciale du réseau ainsi que de son
organisation et de son fonctionnement.
L’organisation du réseau de distribution repose sur un « contrat-cadre » qui fait naître des
obligations réciproques face aux parties sans oublier le fait que le fournisseur est libre
d’organiser son réseau comme il l’entend.
Néanmoins, le réseau constitue une véritable entité économique susceptible d’entraver le
libre jeu de la concurrence, et le droit de la concurrence ne saurait rester indifférent à cette
menace.
Dès lors, cette liberté contractuelle se heurte souvent aux impératifs de nature économique
imposés par la liberté de la concurrence.
Le conflit entre ces deux libertés est une constante du droit de la distribution, elle se voit
dans :
• A la souplesse du droit des contrats s’oppose la rigueur du droit de la concurrence.
• A la valeur législative de la liberté contractuelle s’oppose la valeur constitutionnelle
de la liberté de la concurrence.
Ces oppositions fondamentales viennent réguler tout le droit de la distribution.
Le droit de la concurrence intervient pour encadrer les comportements des différents
acteurs sur le marché afin de préserver le libre jeu de la concurrence.
Le droit des contrats régit la situation économique des parties chaque fois que le droit de la
concurrence a laissé à ces dernières un espace de liberté.
Ainsi, le fournisseur se verra imposer le respect d’un certain nombre d’obligations par le
droit de la concurrence qui va de ce pas, favoriser l’avènement de la distribution
électronique en lui imposant l’obligation de respecter la liberté du distributeur de recourir à
internet entrainant donc la naissance d’obligations nouvelles à sa charge.
Par ailleurs, en consacrant la liberté de recourir à ce nouveau canal de distribution, le droit
de la concurrence invite à s’interroger sur la marge de manœuvre du fournisseur dans le
cadre de la coexistence des canaux de distribution.
➢ SOUS SECTION 1. L’OBLIGATION DE RESPECTER LA LIBERTE DU DISTRIBUTEUR DE
RECOURIR A INTERNET :
Face au développement du commerce électronique, il s’avérait nécessaire de fixer le sort des
distributeurs quant à la possibilité de recourir à internet.
Le règlement communautaire d’exemption n°2790/1999 du 22/12/99 et plus précisément
ses lignes directrices du 13/10/2000, ont tranché dans le sens de la liberté du distributeur.
Il est possible d’examiner cette obligation à travers la distribution sélective et la distribution
exclusive.
La distribution sélective se caractérise par un fort intuitus personae qui se retrouve dans
l’ensemble des réseaux de distribution mais avec une intensité variable.
Cette tendance à l’unité est accentuée par le règlement communautaire d’exemption par
catégorie n°2790/1999 du 22/12/99.
Il convient par conséquent d’examiner les obligations du fournisseur en matière de
distribution sélective, ainsi qu’en matière de distribution exclusive.
A. En matière de distribution sélective :
Le règlement communautaire d’exemption par catégorie n°2790/1999 consacre de façon
expresse la validité de la distribution sélective qui n’était jusqu’alors seulement reconnue
que par la jurisprudence.
Ainsi, cette distribution sélective a été définit comme étant « un système de distribution
dans lequel le fournisseur s’engage à vendre les biens ou les services contractuels,
directement ou indirectement, uniquement à des distributeurs sélectionnés sur la base de
critères définis et dans lequel ces distributeurs s’engagent à ne pas vendre ces biens ou ces
services à des distributeurs non agréés ».
Quant à la liberté reconnue au distributeur de recourir à Internet, elle se fonde sur le
principe de liberté de la concurrence, ainsi, le fournisseur est obligé de respecter cette
liberté.
Avant l’entrée en vigueur du règlement communautaire d’exemption du 22/12/99, le
principe matériel de libre concurrence permettait de justifier le recours du distributeur au
Web.
Le règlement n°2790/1999 et plus précisément ses lignes directrices du 13/10/2000 n’ont
fait que consacrer expressément cette possibilité.
1. Généralités :
La liberté de la concurrence découle du principe fondamental de liberté du commerce et de
l’industrie. Elle permet à l’entrepreneur de mettre en œuvre tous les moyens loyaux lui
paraissant les plus appropriés pour attirer vers lui la clientèle potentielle et implique le libre
jeu de l’offre et de la demande sur le marché qui donne le droit à l’entrepreneur de
s’opposer à toute perturbation de ce mécanisme.
Ce principe a été consacré au niveau interne par les dispositions de l’ordonnance de 1/12/86
du code de commerce français.
La distribution sélective telle que définie par le règlement d’exemption n°2790/99, conduit à
l’élaboration d’un réseau de distributeurs choisis et implique naturellement l’exclusion de
ceux qui ne bénéficient pas de l’agrément.
Il convient donc, que la distribution sélective heure le principe de liberté de la concurrence
et constitue une entente anticoncurrentielle.
Le réseau de distribution sélective n’est donc licite que s’il satisfait les exigences posées par
un règlement d’exemption élaboré par la Commission Européenne.
2. L’affirmation expresse de la liberté du distributeur par les Lignes Directrices du
règlement communautaire n°2790/99 :
Le règlement d’exemption par catégorie n°2790/99 adopté le 22/12/99 maque une étape
importante visant à moderniser la politique de concurrence en vue de l’adapter aux réalités
du monde économique contemporain.
Lors de l’adoption, la Commission indiquait que l’une des justifications de cette réforme
résidait dans les profonds changements suscités par l’utilisation des technologies de
l’information.
En effet, la Commission affirme que « chaque distributeur doit être libre de recourir à
Internet pour faire de la publicité ou pour vendre ses produits ».
Plus précisément, s’agissant de distribution sélective, les lignes directrices prévoient que « le
fournisseur peut imposer des normes de qualité pour l’utilisation du site Internet à des fins
de vente de ses produits, comme il le ferait pour un magasin, une annonce publicitaire ou
une action de promotion générale ».
Ainsi, on peut en conclure que la Commission considère que le site Internet est un
établissement virtuel devant répondre aux critères qualitatifs et elle ajoute de ce pas, que
« l’interdiction catégorique de vendre sur Internet ou sur catalogue est admissible que si
elle est objectivement justifiée ».
Que faut-il entendre par « interdiction objectivement justifiée » ?
Comme cela a déjà été précisé, la Cour de Justice des Communautés exigeait, pour que
l’accord de distribution sélective soit licite, que le choix des revendeurs s’opère en fonction
de critères objectifs de caractère qualitatifs fixés d’une manière uniforme à l’égard de tous
les revendeurs potentiels.
Le TPI des CE en avait déduit qu’un système qui exclurait à priori certaines formes de
distribution capables de vendre des produits dans les conditions satisfaisantes pour le
fabricant, aurait pour seul effet de protéger les formes de commerce existantes de la
concurrence des nouveaux opérateurs.
Dans le même sens, la CA de Paris dans un arrêt du 15/09/93, avait déjà jugé que « le
contrat de distribution sélective ne peut avoir pour objet ou pour effet d’exclure a priori
une forme quelconque de distribution ».
Ainsi, si la Commission a supprimé l’exigence d’objectivité des critères qualitatifs de
sélection, c’est dans le cadre d’une approche globale de la réglementation des accords
verticaux.
Enfin, il faut noter qu’il importe peu que le site du distributeur soit destiné à vendre les
produits ou seulement à les promouvoir puisque les lignes directrices évoquent la liberté du
distributeur à l’égard de chacune des deux hypothèses.
Par conséquent, c’est bien à la lumière de la jurisprudence précitée qu’il conviendra
d’apprécier que les restrictions à la liberté du distributeur de revendre via Web sont
« objectivement justifiées ».
B. En matière de distribution exclusive :
La distribution exclusive peut être définie comme étant un système par lequel le producteur
s’engage à ne vendre ses produits qu’à un seul distributeur sur un territoire déterminé. Elle
est donc caractérisée par l’octroi d’une exclusivité territoriale.
- Il s’agit d’abord de la franchise qui est caractérisée par le transfert d’un savoir-faire
du producteur vers le revendeur et par une licence de droits de propriété
intellectuelle.
- Il s’agit ensuite de la concession commerciale pouvant être défini comme le contrat
par lequel un concédant accorde l’exclusivité de la revente de ses produits de
marque sur un territoire déterminé, tandis que le concessionnaire s’engage à
s’approvisionner exclusivement chez le concédant.
Ces accords mettent à la charge du fabricant l’obligation de respecter et de faire respecter
l’exclusivité territoriale consentie. Ainsi, lorsque le distributeur empiète sur le territoire
exclusif d’un autre en présence d’une clause l’interdisant, le distributeur lésé pourra engager
la responsabilité contractuelle du promoteur.
Pour tous ces accords, l’apport du règlement communautaire n°2790/99 relatif aux
restrictions verticales est également considérable s’agissant de la distribution sur Internet.
Ce texte reprend la distinction entre les ventes actives et les ventes passives pour affirmer
que le recours à Internet relève en général de la vente passive.
La CE affirme que le recours à Internet relève de la vente passive tant en ce qui concerne la
vente proprement dite que la publicité.
1. La vente sur Internet :
Le règlement du 22/12/99 prohibe les restrictions territoriales et de clientèle en vertu
desquelles l’acheteur ne peut vendre les biens et services contractuels que sur le territoire
déterminé ou à une clientèle définie, ainsi que les restrictions assimilées. (Cette interdiction
ne concerne que les ventes passives)
(Par ventes passives on parle du fait de satisfaire des demandes non sollicitées, émanant de
clients individuels en assurant la livraison des biens ou la prestation des services demandés
par ces clients).
Elle ajoute aussi que le recours à Internet relève en général de la vende passive car c’est un
moyen raisonnable d’atteindre tous les clients et que par ailleurs, lorsqu’un consommateur
se connecte au site Web d’un distributeur pour y acheter des produits, il s’agit d’une vente
passive quel que soit le lieu d’habitation de ce consommateur.
2. La publicité sur Internet :
Les lignes directrices du la directive sur le commerce électronique du 8/6/2000 énoncent
que « toute publicité ou action de promotion en générale, soit dans les médias, soit sur
Internet, qui atteigne des clients établis sur les territoires exclusifs d’autres distributeurs,
ou faisant partie d’une clientèle allouée à d’autres distributeurs (…) est considérée comme
une vente passive ».
Ainsi, la communication commerciale en matière de commerce électronique est définie
comme étant « toute forme de communication destinée à promouvoir, directement ou
indirectement des biens, des services, ou l’image d’une entreprise, d’une organisation ou
d’une personne ayant une activité commerciale, industrielle ou artisanale ou exerçant une
profession réglementée ».
Elle se décline notamment à travers de réclames et d’annonces sur une page HTML, d’e-
mails, de bandeaux insérés d’icônes…
Par contre, d’après la directive du 8/6/2000, « les informations permettant l’accès direct à
l’activité d’une entreprise, de l’organisation ou de la personne, notamment un nom de
domaine ou une adresse de courrier électronique » ne sont pas des communications
commerciales.
La CA de Rennes a explicitement reconnu qu’un site Internet constitue une support internet
et que la situation est exactement identique à celles des publicités dans la presse ou des
annonces à diffusion restreinte.
Ainsi, le fait pour le distributeur de créer un site destiné uniquement à présenter les produits
et non à les commercialiser via le Web ne peut être interdit et doit, selon les lignes
directives, être considéré comme une vente passive.
Ce n’est que lorsque cette publicité s’apparentera à une vente active qu’elle pourra être
interdite par le fournisseur.
➢ SOUS SECTION 2. LES OBLIGATIONS DU FOURNISSEUR DANS LE CADRE DE LA
COEXISTENCE DES CANAUX DE DISTRIBUTION : LE FOURNISSEUR NE PUT SE
RESERVER LE MONOPOLE DES VENTES SUR INTERNET :
On entend généralement par canal de distribution, tout mode de commercialisation des
produits faisant appel à une organisation soit sur des contrats conclus avec des revendeurs
indépendants, soit sur des moyens propres à l’entreprise.
La distribution via le Web est donc un nouveau canal de distribution qui vient s’établir à côté
de la distribution sur un point de vente physique et non virtuel.
Le fait que la liberté du distributeur de recourir à ce circuit oblige à s’interroger sur la
manière la plus adéquate d’organiser la coexistence des canaux, or, la manière qui sera
capable de respecter les impératifs du droit de la concurrence sans mettre en cause
l’intégrité du réseau.
Les lignes directrices du règlement n°2790/99 apportent un élément de réponse en
affirmant que le fournisseur ne peut se réserver le monopole des ventes sur Internet.
La Commission a donc affirmé que « le fournisseur ne peut se réserver les ventes ou la
publicité sur Internet ». Cette solution parait convenable pour deux raisons :
• S’agissant de la distribution sélective, la réservation du fournisseur implique que ce
dernier interdise à ses distributeurs agréés la commercialisation des produits via
Web. Dès lors, il ne semble pas concevable que le fournisseur puisse se réserver les
ventes via le Web au mépris d’une interdiction qu’il a lui-même édictée et qui est
objectivement justifiée par la nature des produits, car ce qui vaut pour les
distributeurs vaut pour le fournisseur.
• Ensuite, si le fournisseur s’est engagé à ne pas concurrencer ses propres
distributeurs, il ne saurait se réserver le monopole des ventes sur Internet sans
porter atteinte à cet engagement. Par ailleurs, en l’absence d’un tel engagement, il
est constant que le fournisseur ne peut restreindre les ventes actives ou passives des
distributeurs agréés dans le cadre d’un accord de distribution sélective.
Quant à la distribution exclusive, il a déjà été souligné que le fournisseur n’est habilité à
interdire que les ventes actives et qu’il doit laisser libre cours aux ventes passives des
distributeurs.
Or, les lignes directrices précisent qu’en général, le recours à Internet relève de la vente
passive, pourtant, si le fournisseur se réserve le monopole des ventes sur le Web, il ne fait
rien d’autres que prohiber les ventes passives de ses distributeurs et celui lui est interdit.
Ainsi, cette réservation par le fournisseur relève d’une modification du contrat et de son
équilibre économique.
➢ SECTION 2 : LES OBLIGATIONS DES DISTRIBUTEURS ENVERS LE FOURNISSEUR :
Dans la plupart des contrats de distribution, le distributeur est un commerçant indépendant,
c’est le cas notamment pour la franchise (Il existe des franchises portant sur la distribution
de produits, des franchises concernant des services, des franchises industrielles…).
Quoi qu’il en soit, dans chaque forme de distribution, le distributeur sera soumis à un certain
nombre d’obligations sur la base de l’accord.
Il sera tenu de respecter les directives du fournisseur quant à la politique commerciale
qu’il mène, il se verra imposer des obligations tenant à la préservation de l’intégrité du
réseau et il y va de l’intérêt commun des parties d’assurer un bon fonctionnement interne
au réseau.
Les obligations des distributeurs tenant au fonctionnement du réseau sont à eu près les
mêmes dans chaque mode de distribution, par conséquent, il semble inutile de distinguer la
distribution sélective de la distribution exclusive.
Il a déjà été précisé que les contrats de distribution comportent tous un intuitus personae.
Ainsi, les distributeurs ont été choisis par le promoteur dans le but de représenter le réseau
et de satisfaire pleinement le consommateur final. Le réseau va donc véhiculer une certaine
image et une certaine identité, lesquelles devront être préservées par chaque partenaire.
Le distributeur est donc tout d’abord tenu de respecter l’image de marque du réseau, ainsi
que de veiller sur le respect des droits de propriété qui leur ont été concédés.
➢ SOUS SECTION 1. L’OBLIGATION DE RESPECTER L’IMAGE DE MARQUE DU RESEAU :
Il convient dans un premier temps de s’interroger sur la notion d’image de marque avant
d’envisager la transposition dans l’environnement virtuel.
A. La notion :
L’image de marque est un bien incorporel constitué par l’ensemble des représentations
tendant à singulariser aux yeux du public ou la notoriété d’une marque et qui résulte de
nombreux investissements notamment publicitaires.
Traditionnellement, le distributeur, lorsqu’il intègre le réseau, n’a d’autre but que de
bénéficier de la notoriété et de la clientèle attachée à cette marque.
En effet, la politique des promoteurs a été de développer la notoriété de la marque et l’idée
d’une certaine qualité la caractérisant. On en conclu que l’image de marque est donc
l’expression d’une notoriété commerciale.
Par ailleurs, elle peut être constituée du nom commercial, de l’enseigne, la marque, le slogan
publicitaire et le logo.
On conçoit, que les contrats de distribution contiennent des clauses interdisant au
distributeur tout comportement de nature à nuire à l’image de marque du réseau et du
fabricant, ouvrant la possibilité de sanction en cas échéant.
Ainsi, la CA de Paris, dans un arrêt du 17/02/94, a jugé que « n’est pas abusive la résiliation
intervenue à la suite de manquements graves et répétés du concessionnaire qui a nui à
l’image de marque du service du concédant, qui, à la suite de plaintes de clients, a dû
intervenir auprès de ceux-ci pour tenter rétablir une relation de confiance ».
La faute contractuelle du distributeur doit entrainer un préjudice se traduisant par des
pertes de vente ou de parts de marché.
Dès lors, un auteur affirme que « l’atteinte à l’image de marque est un acte de déloyauté
qui consiste soit en une atteinte à un signe distinctif porteur de l’image, soit en un acte de
pure déloyauté commerciale.
Donc, l’image de marque reste une valeur qui fait partie de ce qu’on appelle la valeur
concurrentielle du réseau, et qui doit par conséquent être protégée. Reste à savoir
comment la protection de cette image de marque va s’organiser dans un environnement
virtuel.
B. La transposition de la notion dans l’environnement virtuel :
La distribution dans un environnement virtuel implique une adaptation des notions
traditionnelles et engendre parfois l’émergence de nouvelles situations juridiques.
Dès lors, l’atteinte à l’image de marque peut résulter de divers éléments tels que le
référencement du site, la qualité du site et la publicité.
1. Le référencement du site :
Il convient d’examiner ce qu’est le contrat de référencement avant d’envisager dans quelle
mesure un tel contrat peut porter atteinte à l’image de marque du réseau ou des produits.
a. Le contrat de référencement :
Le contrat de référencement consiste pour une partie à faire apparaitre le site d’une autre
partie sur la Toile.
Ce référencement sur Internet s’effectue par un lien hypertexte ou un outil de recherche.
➢ S’agissant du référencement par un outil de recherche, il va s’agir pour un tiers de
répertorier le site du contractant dans un annuaire ou un moteur de recherche. Pour
ce faire, ce tiers va établir des références dans le code source de son client en créant
des balises qui renferment des références du document.
Ainsi, lorsque l’internaute entrera l’une de ces références dans le moteur ou
l’annuaire, celui-ci offrira un lien avec le site référencé.
➢ S’agissant du référencement par un lien hypertexte, (contrat dit aussi « contrat de
portail »), consiste à exiger d’une personne qu’elle fasse référence par un lien
hypertexte à une information, le plus souvent un site.
Dans cette hypothèse, le site « portail » n’est rien d’autre qu’un site qui ouvre
directement sur un autre site.
Même s’il à l’air anodin, ce contrat de référencement peut dans certaines hypothèses,
porter atteinte à l’image de marque du réseau.
b. Les référencements attentatoires à l’image de marque du réseau :
Il s’agit des référencements croisés et des référencements que l’on peut qualifier de
« stigmatisant ».
• Les référencements croisés : On entend par ce genre de référencement, lorsqu’un
internaute cherche le site de l’une des sociétés mais qu’il ne connait pas l’adresse
URL de cette dernière, en allant sur un moteur de recherche, on lui proposera des
listes de liens pour cette société, mais aussi pour ses concurrentes.
Dans cette hypothèse, le référencement ne porte qu’indirectement atteinte à l’image
de marque du réseau dans la mesure où il ne permet pas à ce dernier de se
démarquer de ces concurrents, et, cela peut être considéré comme une forme
d’atteinte à l’image de marque du réseau.
• Les référencements stigmatisants : le moteur de recherche réagit de manière
mécanique en fonction des mots-clés utilisés par l’internaute dans sa recherche, dès
lors, les résultats de recherche sont souvent divers et de cette diversité peut résulter
une atteinte à l’image de marque du réseau.
En effet, le fait que la dénomination du promoteur ou de ses produits apparaissent
dans une liste de résultats au milieu de sites contraires à l’ordre public et aux bonnes
mœurs peut avoir pour effet de ternir l’image de marque.
La solution est d’exiger à la personne qui est en charge du référencement un tri
parmi les résultats affichés au côté de l’adresse par liens hypertextes.
2. La qualité du site :
Elle peut tenir à la charte graphique et à la sécurité du site.
a. La charte graphique :
Il a déjà été précisé que les technologies les plus récentes permettent de créer de véritables
vitrines virtuelles présentant les produits d’une manière aussi valorisante que dans
l’environnement réel et qu’un site de qualité médiocre nuirait à l’image de marque du
réseau.
C’est ce qu’a affirmé la CA de Versailles. Le fournisseur doit donc établir une charge
graphique qui devra être respectée par tous ses distributeurs en vue d’une présentation
homogène et valorisante des produits du réseau.
b. L’exigence de sécurité :
Cette exigence de sécurité a trait au paiement en ligne et à la protection des données
personnelles.
❖ Le paiement en ligne : l’essor du commerce électronique a entrainé le
développement de la criminalité informatique « l’E-criminalité ». Cette dernière
constitue encore un frein puissant aux achats en ligne pour bon nombre
d’internautes.
Pour l’heure, le moyen de paiement en ligne le plus utilisé est le paiement par carte
bancaire, toutefois, ce mode de paiement ne répond pas suffisamment aux exigences
de sécurité.
Dès lors, le distributeur qui pratique le commerce en ligne devra se montrer
particulièrement diligent et utiliser les derniers moyens technologiques connus pour
sécuriser les transactions en ligne. Car, le distributeur dont le site aurait donné lieu à
de nombreuses fraudes pourrait se voir reprocher une atteinte à l’image de marque
du réseau.
❖ La protection des données personnelles et de la vie privée : elle peut tout d’abord
concerner le paiement en ligne dans la mesure où les codes de sécurité des
instruments monétaires sont des identifiants.
En effet, l’instrument privilégié du marketing « one-to-one » est le « cookie » qui est
un petit fichier qui permet aux sites de pister les comportements des internautes et
les informations les concernant sont stockées sur leur disque dur.
(Lors d’une visite ultérieure, les cookies sont lus pour prendre en compte les
préférences de l’internaute ou accélérer sa vite).
3. La publicité :
Lorsque le distributeur ne se contente pas de l’existence de son site Internet pour
promouvoir ses produits, il peut décider de faire de la publicité sur Internet.
Toutefois, quelle que soit la technique qu’il emploie, le distributeur est tenu d’utiliser des
supports en adéquations avec l’image de marque du réseau et des produits ainsi que de
respecter la législation protectrice des consommateurs en la matière.
➢ SOUS SECTION 2. L’OBLIGATION DE RESPECTER LES DROIS DE PROPRIETE
INDUSTRIELLE DU FOURNISSEUR :
La commercialisation d’un produit ou d’un service implique l’utilisation de la marque et, plus
largement, de droits de propriété industrielle.
Ainsi, dans la quasi-totalité des réseaux de distribution, le promoteur concède à ses
distributeurs le droit d’utiliser sa marque et c’est ce qu’on appelle « l’effet de réseau ».
Les droits de propriété industrielle vont donc devoir faire face aux dangers de
l’environnement virtuel.
Dans le cadre d’une relation interne verticale du réseau, il faut s’intéresser au respect dû par
le distributeur aux droits d’auteur du fournisseur, ainsi qu’au respect des droits attachés à la
marque de ce dernier.
A. Le respect des droits d’auteur du fournisseur :
La protection des droits d’auteur du fournisseur contre les atteintes de la part du
distributeur, dans le cadre de la distribution électronique, concerne principalement deux
hypothèses : la protection du site du fournisseur et la protection des œuvres de celui-ci.
En effet, depuis le 9/2/98, le contenu d’un site Internet est considéré comme « une œuvre
originale » et bénéficie, à ce titre, de la protection des droits d’auteur.
Le producteur bénéficie seul des droits de propriété littéraire et artistique sur
son « œuvre ».
Dès lors, le distributeur doit être autorisé à bénéficier de cet effort créateur par le biais du
contrat-cadre ou d’une autre convention conclue avec le promoteur.
Par exemple, le distributeur bénéficiant d’une licence d’exploitation pourra reprendre sur
son site le contenu original du site du producteur ou tout simplement reproduire ses œuvres
protégés.
❖ QU’EN EST IL EN CAS DE SILENCE DU CONTRAT-CADRE ?
En matière de droits d’auteur, la jurisprudence prône une lecture restrictive des contrats
d’exploitation dans un souci de protection de l’auteur.
En effet, la validité de la cession du droit d’auteur a la mention explicite dans le contrat pour
chaque droit de la délimitation de son domaine territorial, de sa destination, de sa durée et
de son étendue d’exploitation.
Aussi, certains auteurs considèrent qu’il faut raisonner par analogie en matière de
concession de droits d’auteur et exclure toute forme d’exploitation non expressément
mentionnée par le contrat.
Ce formalisme a pour objectif la protection de l’auteur et celle-ci doit se retrouver tant en
matière de concession que de cession de droits pour être réellement efficace.
Le distributeur devra donc être autorisé par le contrat-cadre à utiliser les œuvres protégées
par le droit d’auteur du promoteur.
Ainsi, il faut considérer qu’Internet n’est qu’un mode de reproduction parmi tant d’autres et
que dès lors, le distributeur est habilité à reproduire les œuvres protégées du producteur sur
son site.
Une telle argumentation peut se retrouver concernant le respect des droits de marque du
fournisseur.
B. Le respect des droits de marque du fournisseur :
La marque est le signe de ralliement de la clientèle, c’est sur elle que se construit la
notoriété et l’image de marque des produits et du réseau et c’est ainsi qu’elle est considérée
comme un atout essentiel concédé au distributeur.
La fonction de la marque est de distinguer les produits ou services d’une entreprise de
ceux de ses concurrents.
Néanmoins, la concession de la marque au distributeur se heurte aux difficultés soulevées
par la problématique de la distribution électronique et notamment le fait que la grande
majorité des contrats de distribution n’appréhendent pas le phénomène Internet.
Or, comme cela a déjà été souligné, la liberté du distributeur de recourir à Internet est un
principe que le producteur doit respecter, il est donc nécessaire d’envisager les différentes
hypothèses dans lesquelles le distributeur va être amené à utiliser la marque du promoteur,
en dépit du silence du contrat-cadre sur le recours à la distribution électronique.
CONCLUSION :
L’examen des obligations respectives de chacun des membres du réseau de distribution met
en avant le fait que cette dernière en espace virtuel implique l’existence de garde-fous
destinés à prévenir les dissidences internes au réseau.
Alors que les obligations du fournisseur semblent plutôt être dictées par le droit de la
concurrence et que celles du distributeur résultent le plus souvent des dispositions du
contrat-cadre.
La distribution électronique fait tantôt naitre de nouvelles obligations, lesquelles se fondent
néanmoins sur des principes classiques tels que la liberté de la concurrence.
A cet égard, une large part est faite à la liberté contractuelle et il semble que la prévention
des dissidences internes au réseau passe par une grande vigilance des parties quant à la
précision des dispositions du contrat-cadre.
Cependant, les risques que la distribution en espace virtuel fait courir au réseau présentent
une acuité toute particulière dans le cadre de la relation avec les tiers.
C’est la question de l’organisation de la distribution électronique dans les rapports externes
au réseau qui demeure posée.