ie THimestRe 1934 NOUVELLE SERIE Ne 17
REVUE
TUNISIENNE
FONDEE EN 1894
V7 7
Publiée par l'Institut de Carthage
Directeur ; JEANGDESROIS
= i
SOMMAIRE}
©
ES Teka sce patentee ae Ras ah épigraphes et anépigra-
phede-Chythage. a 3
BA BUREN... a-es- 000-6 Nolesemayiinales sur les Prolégoménes. Un
a pédagOyue arabe du XIV® si : Ton
_Beljaldown 23
oe}
Ci. Moncnicountiea.../kiylles Isgirouanaises. —V. Kairouan et les
ChabVia de 1558 a 1574. 33
4 propos du séjour & Tunis de Caroline de
Brunswick, princesse de Galles (4-22 avril
1816)... 59
Monnaies husseinites. — 111. Monnaies frap-
pées de Vannée 1196 & Vannée 1262 hég.
(1782 & 1846) 73
Les lacs de Biserte. Etude de géographie
physique 93
TUNIS.
Imprimerie J. ALOCCIO, 6, aur p'TraLie
1994Revue Tunisienne
PUBLIEE PAR L'INSTITUT DE CARTHAGE
Comité d'honneur
ALBERTINI, professeur au Col-
lége de France.
Auc. BERNARD, professeur 4 la
Sorbonne.
E. GAU, Directeur général de 1'Ins-
truction publique et des Beaux-
Arts en Tunisie.
GAUDEFROY-DEMOMBYNES, pro-
fesseur 4 la Sorbonne.
W. MARGAIS, membre de l'Institut,
professeur au Collége de France.
A. MERLIN, membre de I'Institut,
conservateur au rei ie
Dr Ca. NICOLL! embre\de I'Ins-
titut, Digs reat jut Pas-
teur de Tunis. v ay
L. POENSSOT, Direcl ei du Service
des Antiq iy NE en Tunisie.
Comité de Rédaction /
H. ABDULWAHAB, cald [Link].
L. BARBEAU, archiviste-paléogra-
phe.
L. BERCHER, docteur en droit.
R. BRUNSCHVIG, agrégé de
versité,
PEGRANDCHAMP, chef de service
fla agence générale.
be P.\LAPEYRE, docteur és lettres.
/“MOQNCHICOURT, docteur és
lettres.
M. S. MZALI, docteur en droit.
BR. BURGARD, segrégq 46 re J. PIGNON, professeur au Lycée de
sité.
J. DESPOIS, agrégé de Ty,
Dt GOBERT, Na aa
Direction générale’ de“
en Tunisie. y
Tunis.
Cu, SAUMAGNE, Président de I'Ins-
titut de Carthage.
Ainiérieur yy, SOLIGNAC, docteur és sciences,
‘Les. oe relatives & la Rédaction, les manuscrits, les livres
pours Comptes-rendus doivent étre adressés, & M. Jean DESPOIS, 24, rue
de Ci SronstatiyMontileuri, a
unis, Il sera rendu compte des ouvrages recus,
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(4) Les collaborateurs de LA REVUE sont instamment priés de s'y conformer.
Le Gérant : L. BARBEAU.4o7 Pr
de Trimestre 1934 NOUVELLE SERIE Neu
REVUE
TUNISIENNE
FONDEE EN 1894
Publiée par l'Institut de C
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Directeur : JEAN ot
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)/ Chabbia de 1558 d 1574........ 33
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P, GRANDCHAMP...4.¢/. A propos du séjour 4 Tunis de Caroline de
e , Brunswick, princesse de Galles (4-22 avril
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J, Fannvcwte CaNola.. Monnaies husseinites. — 11. Monnaies frap-
pées de Vannée 1196 & Vannée 1262 hég.
(1782 & 1846) prot
F. BonNIARD.......-.+++ Les lacs de Bizerte. Etude de géographie
Dh ySiiue se isse Bas ost meats 93
TUNIS
Imprimerie J. ALOCCIO, 6, Ruz p'TraLie,
1934STELES PUNIQUES
EPIGRAPHES ET ANEPIGRAPHES DE CARTHAGE
En octobre 1925, a la suite d'un violent orage nous avons recueilli
4 Carthage, au bas des berges verlicales qui dominent_la plage de
Dermech a 150 métres au nord du bassin er
étre les restes du port militaire ou Cothon & 800 métréssenviron du
sancluaire de Tanil, deux fragments de stéles puniquesy ven aiguille,
forme obélisque, massives et bien travaillées au pic,-abselument sem-
blables a celles que nous avons découvertes, danse ss étage du sanc-
tuaire de Tanit"). /
La premiére stéle, en aiguille, forme obélisqae, trés épaisse, face
unie, pierre trés dure, de couleur foneee, tir Fant sur le verl, ne portait
aucune inscription ni symbole. La deuxiemed de méme forme massive
et en aiguille, portait une figure gravééxaffectant la forme d’une bou-
teille. Ce symbole a élé rencontré 25-fois stir des autels ou cippes et
siéles du sanctuaire de Tani ae ties avait trouvé sur d'autres points
de Garthage que de ‘rares exelpplaires \*), Ce symbole est le betyle
schematisé qui deviendra plus/ard le triangle dit de Tanit.
Un compte rendu sur-Gette découverte, avait été transmis au Minis-
tére de I'Instri volen publique eta été publié in-extenso, dans le Bulle-
tin archéologique (/ A
Dans le sanctuaire de Tanit, nous avions pu nous rendre compte de
léyolution successive des quatre étages, dont tous les autels ou cippes
et stéles, on été/retrouvés, in situ, le premier, le plus ancien, était
formé de-pierrés brutes, enlevées au substratum de la colline voisine,
réunies ayee soin autour de l'urne formant une vodte dolmeniforme
recouverte de terre jaune.
Dans le 2° étage le betyle apparait sous forme de blocs de pierre
{ty Revue Tunisienne. Vasset et Icanp, Les inscriptions votives du temple
‘anit, d Carthage, 1922-23-24. Bulletin archéologique de comité, 1922, pp.
XLU-XLII.
(2) Gsext, Histoire ancienne de U'Afrique du Nord, t. 11, p. 80, t. 1v, p. 417.
(8) Bulletin archéologique du comité, 1925, pp. 247'& 249.4 REYUE TUNISIENNE
brute ou roulées par les eaux, non dégrossis par le fer, selon les rites
hébraiques .
Le 3° étage comprend des cippes ou aulels souvent monumentaux,
en grés coquillier marin, dont quelques-uns sont recouverts de stuc
blanc selon les régles architecturales grecques, en forme di mple
Egyptisant avec représentations ot le betyle et la boop
morphe sont les éléments archilecturaux dominant“). C'est danS eet
étage, qu’apparaissent mélées aux cippes de belles stéles en algdille,
forme obélisque, d’un beau travail, portant des inscriptions et des
symboles dans le genre de celles qui font l'objet de la présente étu-
de®, /
Dans le 4° étage, les cippes dipstcisarengeald ent et Varéa
n'est plus formée que de stiles, presque emboilées4e$ unes dans les
autres, de dimensions plus réduites et Gen travail plus grossier, por-
tant soit le triangle de Tanit seul soit une dédicaeaa Tanit et & Baal
Hamon et rarement d’autres symbol =
Dans le courant de l'année dern nous, sommes revenu tres sou-
vent sur les lieux de notre trouvailledé4925 et nous avons constaté
que les stéles avaient été abrachig tn mur trés ancien. Ce mur
en temps normal est invisible enseveli sous le sable et il faut
des tempéles exceptionneller forte’ pour le découvrir. Il a été
construit autour d'une citei ne; dé bonne époque et encore intacte
(seul le mur faisant face & lamer a été rongé par les vagues) avec des
matériaux provenant oe voisin, sans mortier, avec de la
terre glaise qui reliait de’gros blocs de grés coquillier marin“, pierre
absolument Seniblablena celle qui a servi 4 la construction des cippes
et autels du sangtnaire/de Tanit, avec des fragments de colonne re-
couvertes de stuc blanc, des fragments de mosaique, formée de petits
(4) Genése, chap. xxix, 28-16-21. Exode, chap. xx1, 20. Deuteronome, chap.
xxv, 27, 2 a 8.
Be re aot, 8 juillet 1922, avec de nombreuses photographies de cippes
et stéles.
(6) La Tunisie Iustrée, n° 221, 1° mars 1922, avec de nombreuses photo-
graphies, des premiéres stéles et cippes trouvés dans le sanctuaire.
(7) Je me re ppelle qu'un jour le docteur Carton avec lequel je me prome-
nais, sur la plage de Dermech, me fit remarquer, & Vendroit ou j'ai ren-
contré ces stéles, de grands blocs jaundtre en partie calcinés par le feu,
et encore recouverts par place de stuc blanc, ce qui dénote qu'il y avait 18
un monument punique important.en
STELES PUNIQUES
clangles de lerre cuite rouge et blancs, comme il en a été si souvent
rencontré dans les restes de monuments puniques de Carthage, no-
tamment par M. Jules Renault ®.
Ml n’y avait dans ce mur aucun fragment d’architecture Romaine
et est mélés aux débris puniques que nous avyons_rencontré une
_ quarantaine de fragments de sleles, dont beaucoup, omme dans le
sancluaire de Tanil, étaient en blane, c’est-a-dire Sanssjuscliption ni
symbole, d'autres portaient seulement gravés sur le a" un ca-
dueée ou le triangle dil de Tanit. se
Comme dans le sanctuaire, de Tanil, ell
dépoque plus récente, par leur forme massi
la nature de la pierre, tres dure, d’un gris
Diautres sont d'un caleaire-blane mabhaveeinss ae bien gravées,
Jes hastes des lettres longues un peu épaiss les lettres bien ali-
gnées, les mots séparés. Gettecih WP sce une fois de plus,
comme l'avail déja déclaré M. Gs que tout le front de mer, &
Vépoque punique élait rési nai depuis l'entrée suppo-
sée des ports puniques prs hermes d’Antonin. C’est dans ces
parages que M. de Saint Ma ‘ie, en 1873, exhuma prés de 2.000 stéles,
qui ont malheureusémentepéri jen partie lors de la catastrophe du
« Magenta » qui sauta’ aude dé Toulon.
Seize des stéles) wus.décrivons, ont 66 trouvées dans ce mur,
quatre autres onl 6Alécouvertes dans le gravier de la plage (n** 4,
3, 4, et 3 de la plawthe 3) a une vingtaine de métres plus au nord et
sembtent proveni dune aréa punique d'une autre époque, car elles se
distingy ent de celles exhumées plus haut par l'abondance des sym-
olds, le: teres, Ja présence de la main levée et celle du bélier.
La sté no of (pl. 3, n° 7) a élé trouvée prés du port militaire ou
Cothon en creusant les fondations d’une maison.
Aucune de ces stéles ne porte des traces de séjour dans la mer @°),
Comme cela a élé si souvent constaté par M. Vassel et le docteur
Carton.
distinguent des stéles,
Je’fini du travail et
, tirant sur le vert.
(8) Revue Tunisienne, 1913.
(9) Gstun, Histoire ancienne de V Afrique du Nord, t. 1, p. 80, t. 1, p. 417.
we qe Tunisienne, 1909, Vassr1, six stéles @ Tanit, 1916, n° 115, pp
=6 REVUE TUNISIENNE
Stéle n° 4
Fragment supérieur d'une stéle fronton aigu. Calcaire gris foncé,
tirant sur le vert, grain trés fin. Hauteur 0 m. 44, largeur 0 m. 08,
épaisseur 0 m. 085. Face unie avec soin.
Comme symbole divin, occupant tout le Seog, Poms grasa que
ne désavouerait pas un ornementiste moderne? branch darbre &
feuilles lancéolées, qui pourrait étre aussi une lulipe sauvage, fleur
bien connue en Tunisie). ,
Au-dessous, ligne d’ondes séparées Mer un Sorte de v
De l'inseription, il ne reste que les deux eres lignes de la for-
mule dédicatoire usuelle. Bonne écriture, Mes longues et renflées.
q /
_manons o
A la déesse Tanit face Baaht au sei(gneur).
Cette stéle de ‘omg le (genre obélisque) d’un travail soi-
gneusement régularisé apie est absolument semblable comme forme
et surtout comme nalure~de pierre, a celles que nous avons décou-
vertes dans le 3° étage/du sanctuaire de Tanit, & Carthage ®). (PI. 4,
ned) Uy J
WW z Stéle n° 2
: Fragment upérieur d'une stéle avec fronton aigu et acrotéres.
oc Galcaire gris cendré. Hauteur 0 m. 13, largeur 0 m. 15, épaisseur
0m, ‘age unie avec soin.
Av fronton, cenochoé ou unguentarium “ trés artistement gravée,
long col, bouche évasée, deux anses sur le milieu de la panse.
De l'inscription, il ne reste que les deux premidres lignes de la dé-
(1) Ce symbole divin (chronique, chap. xxv, 28, 4), ne paralt pas avoir
été rencontré sur les stéles puniques de Carthage.
(2) Revue Tunisienne. Vasset et Icanp, Les inscriptions votives du temple
de Tanit, d Carthage, années 1922-23 et 24.
(3) L'cenochoé on unguentarium a déja été rencontré sur les stéles de Car-
thage, mais pas sous cette forme élégante. [Link]., 3056, t. 1, p. 513 et pl.
LxIv, Revue Tunisienne, 1918. VAssEt, stéles Icard.STELES PUNIQUES 7
dicace habituelle écriture fine et bien gravée, hastes longues et ren-
flées,
noyaipnandna1
sosee TON PSTOVINTS
(Pl. 4, n° 2).
A la déesse Tanit face de Baal et au seigneur Baal Ha ce qua
voué... N 7
: W
Stéle n° 3 xy “yf yo
Fragment de stéle, le fronton et le talon manqi a Caleaire gris
foncé. Hauteur 0 m. 10, longueur 0 m. 44, Wy 0m. 08. Face
piquetée, colés verticaux.
ora Sa
wy
oS
Ben Azru Baal (secours ou assistancé\de Baal) Ben Magon.
Au bas de l'inscription et venantoucher l’avant derniére ligne,
Yembléme bien connu dif Trianglé de Tanit, contrairement a l'habi-
tude les bras du Hue Ay aux extrémités d’un trait verti-
cal et non en demi Croiss Pl. 4° 3).
e 8 Vi Stéle n° 4
7
Fragmént%de sitle brisée de partout sauf a droite. Caleaire gris
foncé, hauteur 0 my 16, largeur 0 m. 43, épaisseur 0 m. 07. Face
unie. ™
Tl ne reste que les cing derniéres lignes de l'inscription : la partie
initiale de la dédicace habituelle a été emportée par la cassure.
see TITTION
soos 1DP3}IN
SamNIney
n
4) Spsszyp non tres répandu [Link], t. 1, 51, 97, 133, 173, 180, 200, 201,
202, 203, 204, 211, 214, etc., etc,8 REVUE TUNISIENNE
. ce qu’a voué hod... { fils de Bii fils de B... ashtart fils de Ha
Mel -20t
Ligne 1. — Le dédicant devait se nommer Bod Melquat ou Bod Mil-
Kal, ou plutot Bod Ashtart car il reste aprés 13. qui an tra-
ces d'un yp et la barre inférieur du wv. >
\
Ligne 2. — En 1922, dans nos fouilles du sancbasiNe’ de Tanit a
Carthage, nous ayons découvert in situ, \une stéJé avec inscription
phénicienne, incrustée dans un bloc de gres ctahgulaire ©) ou le
nom du dédicant »3 a été traduit Bijaj par motre collaborateur M.
Vassel. A ce propos, j'ai consulté plagiew reux lettrés, qui ont
té unanimes de traduire le nom du dédicant par Biiou Béi et non
Bijaj, avant notre découverte ce Mmodten‘a¥ail été rencontré que deux
fois sur des inscriptions phénicien: Rijaj parait un mot semi-
lique bien bizarre, par cone hi est trés répandu dans !’Afri-
que du Nord, en Turquie, ‘aiStrabh , aussi bien chez les musulmans
que chez les hébreux \.*% enarabe se traduit par : joli, bon, agréa-
ble et est surtout un hom Jo Whonne a ot Gal (Behi fils de Mo-
hamed). Bey veut aussi dife/prince surtout en Egypte. En Tunisie sb
désigne le print@eégndn
Un des plus anciénsommentateur du Talmud, se nommait » 353
On sait que les Carthaginois abrégeaient volontiers leurs noms, ce que
font SS a. prénom les Israélites Tunisiens, ce qui pourrait
étre en Tog le 9938 (Abei) devenu »73 (Bei) ou (Bey).
DT
Ligne g— Qn peut lire Ha Milkat (Frére de Milkat) nom tres ré-
pandu (7),
Un curieux rapprochement peut-étre fait entre la stéle trouvée dans
le sanctuaire (* et celle trouvée au bord de la mer, et dont nous don-
nons ci-dessus la description.
(6) Revue Tunisienne, janvier-avril, 1923, n°* 155-156, p. 69, n° 29. VAssEL
et Icanp, Les inscriptions votives du temple de Tanit, @ Carthage.
(6) Corpus 26531-28743.
(7) [Link]., 1, 143, 181, 184, 186, 188, 216, 218, 224, 247, 250, ete., etc,
(8) Revue Tunisienne, janvier-avril, p. 69, n° 29,STRLES PUNIQUES 9
Sur celle du sanctuaire, il est écrit : A la déesse Tanit face de Baal
ce qu’a voué Bei (Bijaj) fils de Bod Ashtart fils de Ha Milkat. Sur celle
du bord de la mer, dont une partie de la formule dédicatrice habituelle
a été emportée par la cassure, il est écrit Bod Ashtart ou Bod Melkat
fils de Bei (Bijaj) fils de Bod Ashtart fils de Ha-Milkat. Est-ce que Bod
_ Ashtart ou Bod Melkat ne serait pas le fils du oe stele du
sanctuaire ? SS
Cette constalation est intéressante parce qn’elle ii rail que de
pére en fils, la coutume oti je rile de ma encholécauste le pre-
mier né de la famille était réguligrement prati i Carthage. (Pl. 4,
n° 4).
Stale ig, 5
Fragment de sléle brisée echan el @ bas. Calcaire gris clair, ti-
rant sur le vert. Hauleur 0 m (eyreeow m. 07, 6paisseur 0, 045,
Face pointillée, cotés v :
Tine reste que la par ire de l'inseription, grosse écriture,
élégante, hastes ips i renflées.
(FP
Vf) =
mp9
eo 4 jo
are El Baal Hamon.
. — Ger Sakon (héte de Sakon).
3° et 4 lignes. — Il est insolite de rencontrer les mots El Baal Ha-
mon, a la fin de la généalogie du dédicant. Il y a lieu de supposer que
que le lapicide les ayant omis dans la dédicace les a ajoutés au bas
de Vinscription.
Cette stéle est intéressante par le fini d’exécution, du travail de
taille, la nature de la pierre, par la grosseur des lettres et sa forme
- élancée et étroite. Elle devait avoir, tant entidre, plus d’un metre de
hauteur. (Pl. 1, n° 5),10 REVUE TUNISIENNE
Stéle n° 6
Fragment supérieur d’une stéle. Galeaire gris foncé, grains trés
fin, face lisse. Il ne reste que l’acrotére de gauche.
Hauteur 0 m. 20, largeur 0 m. 115, épaisseur 0 TOG
p3PNID ’ GY
moyayt. *\ apo
se INTAavee A
... (A la déesse) Tanit face de Baal ePau sogneur el Baal Ha(mon)
(ce qu’a vous) Bod Mel... (B) dali Go
Jolie écriture, lettres bien formées.” \/ —
VY
Ligne 3. — On peut lire Bod Metkat ou Bod Melquart.
s\
Ligne 4, — I devait y avoitam nom se terminant en Baal — comme
adoni — Baal (PI. 1, er
\4 f/ JZ
UY Stéle n° 7
Partie stpérieufe dune stéle en aiguille, c’est-A-dire avec fronton
triangulaire trés aigu.
Calcaive¥ris foncé. Hauteur 0 m. 19, longueur 0 m, 095, épaisseur
0m. [Link] polie avec soin. Cotés bien régularisés au pic.
Tine reste de V'inscription que les trois premiéres lignes de la dédi-
cace habituelle, d’une écriture fine et déliée.
Le fronton est vierge de tout symbole, ce qui est rare. (PI. 2, n° 1).
Stéle n° 8
Fragment supérieur d'une stéle & sommet triangulaire et acrotéres,
celui de droite a disparu avec un large éclat qui a emporté une partie
de l'inseription,STELES PUNIQUES 11
PLANCHE 112 REVUE TUNISIENNE
Calcaire gris clair, face unie, revers arrondi.
Hauteur 0 m. 17, largeur 0 m. 08, épaisseur 0 m.. 08.
Dans le fronton, le symbole dit de Tanit sur un autel 4 gorge.
Au-dessous bande d’ondes, du méme genre que celle de la sléle n° 1.
Inscription. — Dédicace habituelle & Tanit ef & Baal. Hama.
généalogie du dédicant a été emportée par la cassure. Sy
Cette stdle porte des traces d’éclatement par Je feu. (PI. 2, ney
‘\ 7
Fragment d'une stéle, le fronton et la bas@Gnanquent. Calcaire gris
foneé. Hauteur 0 m. 19, largeur 0m. 1Lépaisseurs0‘m. 06. COlés gros-
siérement. travaillés, revers brut. Fate | pol Lille
Restes d'un autel A gorge, devant_sans\dgufe supporter le triangle
dit de Tanit.
on IRINA )
Langs Agven
Ligne 4 et 2. — saga 9 Ashtart (serviteurs d’Eshmoun
et d’Ashtarté) sont les nopis Jés>pltS communs avec celui de Abd Mel-
kart. (Pl. 2, n° 5). {
oe
° a - Stéle n° 10
- 8S
Fragment legit manque le haut et le bas. Calcaire gris foncé.
Hauteur 0 m. 11, largeur 0 m. 11, épaisseur 0 m. 07.
Il ne reste de l'inscription, en grosses lettres bien gravées que le
dernier nom de généalogie du dédicant.
Stéle n° 9
nanwy
Ashtart (), (Pl. 2, n° 4).
(9) Tl est utile de constater la fréquence du nom d’Ashtarté rencontré sur
les stéles objet de cette étude,STELES PUNIQUES 13
Stéle n° 44
Fragment brisé de partout. Calcaire compact blanc laiteux, grain
irés fin. Face polie avec beaucoup de soin. Hauteur 0 m. 08, largeur
moyenne 0 m. 08, épaisseur 0 m. 07.
seeeef 2V29. PIN
seed TI ea
++. au seigneur Baal Ha(mon)... ce qu’a voué Bt Sti Aa
Jolie écriture, bien alignée, lettres trés soi usement ‘ées, cal-
eaire blanc, face polie avec soin. (PI. 2, n° 5). |
Stéle n° 12 Gs
Fragment supérieur d'une stele wAroglonstefangulaire {res aigu.
Restes d’acrotdres. Caleaire gris céndré Face pointillée cotés
réguliers. Hauteur 0 m. 15, largetiO m.42, épaisseur 0 m. 063.
Sur la pointe du fronton le mers sur le disque. Au-
dessous le symbole dit de! Tanit ur mn autel & gorge.
Ine reste de l'inscription que la’haste supérieure des lettres de la
premiere ligne. (Pl. 2, n° 6) j -
| / Stéle n° 13
/
\ ‘
Fragment decstele brtsée en haut et en bas. Caleaire gris cendré
clair, dates plquetisy auteur 0 m. 16, largeur 0 m. 133, épaisseur
Om.10.5 S&S
og J soe lOD3 }
yor pad
IN Taw
kaypanowops
pow
(10) Ce genre de stéle et d’écriture soignée, n’a été rencontré par nous
Pee cs stéles du 3° étage du sanctuaire de Tanit. Revue Tunisienne,14 REVUE TUNISIENNE
(A la déesse Tanit) face de Baal ou (el Adon) el Baal Hamon ce qu’a
youé Hanno fils de Baal Shillem fils de Abd Ashmoun.
Ligne 2. — 30 Hanno. Il (Baal) a favorisé @.
bué 0),
Ligne 3. — s>woya Baal Shillem — Baal a Ca rétri-
Ligne 4. — jews Tay Servileur d’Eshmoun. i
] Vw
Stéle n° 14
/
Fragment d'une stéle brisée de partout, _saut a gauche. Calcaire
gris cendré. Hauteur 0 m. 47, largeur“0 m. AB, épaisseur 0 m. 08.
Face pointillée. Be
Il ne reste que trois lignes dela partie_ gauche de l'inseription. La
dédicace usuelle a péri. bal
panos
A
apy}
... Baal Hamon (ce qua. ‘youé) Hanni Baal (fils de) (Eshmou)n Amas.
~\f Y
Ligne 2. — Nous écrivoi Eshmoun Amas parce qu'il ne reste sur
la pierre, intact, quede 3 et qu’on y apergoit la trace du jambage su-
périedr d'un 0, Bopsswrs a été déjd rencontré par nous sur les
stéles-du sanctudire de Tanit & Carthage (*). (PI. 2, n° 8).
>}
yw
O~ §
Stéle n° 15
Partie supérieure d'une stéle. Calcaire gris clair. Hauteur 0 m. 20,
largeur 0 m. 13, épaisseur 0 m. 06. Face lisse. Fronton triangulaire
et acrotéres.
(11) Voir stéle n° 17 de cette étude.
ai Salomon, dérive du mot qui veut dire Paix. Chroniques, chap. xxi,
(13) Revue Tunisienne, janvier-avril, 1923, p. 62, n° 19.STELES PUNIQUES
PLANCHE 2SS
16 REVUE TUNISIENNE
Dans le fronton et tout a fait au sommet, le croissant renversé sur
le disque. Au-dessous des acrotéres, entre deux traits horizontaux,
six séries de trois traits verticaux.
Au-dessous le symbole triangulaire dit de Tanit, entre deux petits
caducées grossitrement gravés. >
Deux trails horizontaux de méme genre que ceux d git Bess,
séparent l'inseription, dont il ne reste que les deux premitéres lignes
de la dédicace usuelle A Tanit et & Baal Hamon. ¢ i er
by bys yp mind nth if
TTION JOT VI wed
/
Les mots sont nettement séparés, phénomént ez rare dans |'épi-
graphie phénico-punique mais dont les planch du corpus donnent
des exemples. (Pl. 3, n° 4). & yQ
py
a
stile: 16
Fragment d'une stélé bris¢e-enshaut en bas. Calcaire gris clair.
Hauteur 0 m. 19, largeur 0 m, M25) épaisseur 0 m. 035. Face lisse.
Tl ne reste que les trois iéres lignes de l'inseription. Une partie
de la dédicace usvelle ‘i et Baal Hamon a été emportée par la
cassure. Grosses lettres lément gravées.
de YY pnbys
JG 3 POIs TTS
5S Pouyamneys
Vy
f §
... Baal Hamo a) ce qua voué Arish fils de Bod Ashtart fils de Azru
Milk.
Ligne 4, — On n’apergoit sur la pierre que les jambages supérieu-
res des lettres des mots jondys, mais la lecture est certaine.
Ligne 2. — wires Arish, époux ou peut élre volonté de la divinité,
est un nom trés répandu voir stéle suivante (4).
(14) [Link]., I, 132, 193, 196, 248, 249, 258, 202, 299, 301, 315, etc.—_—
STELES PUNIQUES 17
Au-dessous de l'inscription, il] ne reste que la partie supérieure d’un
symbole qui a été emporté par la cassure (peut étre une barque). A
gauche restes d'un caducée. (PI. 3, n° 2).
Stéle n° 17
Partie supérieure d'une stéle a fronton triangulaire trés aigu. Acro-
teres, celui de gauche est brisé.
Calcaire gris cendré. Hauteur 0 m. 15, largeur 0 sg poser
(m. 06, revers brut, cdtés bien régularisés. col
Le sommet du fronton est occupé par un moignon- me, ayant
Vaspect d’un bras replié, mais on n’apergoit aucune Trace de main.
Ce symbole ne serai-il pas un couteau de a) Au-dessous des
acrotéres, le croissant renservé sur le disque. Pl ss deux caducées
simplement gravés au trait dont la hampe & mithauleur est ornée
dune sorte de nceud de cravate d’ot pendent detx banderolles, enca-
drent une inscription de cing lignes, dune éeriture menue, bien gra-
yrée, malgré les défectuosités de la pieite, e ailleurs trés dure.
Cappnahonnt
nbpahaxnby
owner
anmpsbyaamys
/
A la déesse Tanit face de Baal et au seigneur Baal Hamon, ce qu’a
voué, Afish fils de Hanni-Baal fils de Hanno...
5
“A
Ligne 35 8 (Arish) est sémitique "*). D’aprés certains sa-
vants et les‘auteurs du Corpus "*), ce mot veut dire époux, pourtant
il est employé trés couramment chez les hébreux et les musulmans de
TAfrique du Nord pour indiquer Je fiancé. Au féminin aroussa. Nous
en avons un exemple typique chez les phéniciens. La statue funéraire
(15) Voir stéle n° 16 de cette étude.
(16) [Link]., 805, 992, 998, 1122, 1855, 1376, 1555, etc., etc.18 REVUE TUNISIENNE
qui se dresse dans un angle du musée St- Louis de Carthage repré-
sente la grande prétresse Arishat Baal, aroussa el Baal, fiancée de
Baal.
ow serail un nom divin, l’existence d’un dieu, nous est révélé a
Carthage par WAN73s serviteur d’Arish et lon se demande si WAN,
nest pas l’arés hellénique.
Ligne 4. — 83m (Hanno) (7). ‘<
Ily avait une cinquiéme ligne sur cette inscrip' i tes lettres
bien dégradées par la cassure laissent supposer que ce fe ligne com-
mengait par {3 , fils de... (PI. 3, n° 3). of
\
ee
- c 18 if
Fragment de stéle brisé de a tt Pe gauche. Calcaire blancha-
tre. Hauleur 0m, 09, ng 12, épaisseur 0 m. 04.
Entre deux hampes di ucte mulilées par la cassure, ou deux
colonnes avec base, me du haut qui semble représenter un
bouquet de fleurs de lotus, posé sur le croissant 4 cornes relevées
sur le disque?*). ( M° 4).
=—\
{4
\W Stéle n° 19
Eragmen A i brisée de partout sauf a droite. Calcaire blanc
laitetx, -gtilins trds fin.
Hawléur Oh. 24, largeur moyenne 0 m. 09, épaisseur 0 m. 07.
Comme symbole divin, restes d’un palmier a tronc trés élancé et
strié portant deux régimes. Motif gracieusement bien exécuté. Les
palmes donnant le chiffre cabalistique de sept.
(17) Voir stéle n° 13 de cette étude.
fit) 07 eonnatt amour des carthaginois pour les amalgames de sym-
oles.STELES PUNIQUES 19
Le culte des arbres a été trds répandu en Asie. Dans les chroniques,
chapitre xxvn, 28, 4, il est écrit : « Achaz, roi de Juda, fit passer par
le feu ses fils suivant les abominations des nations que l’Eternel avait
chassées, II offrit des sacrifices et des parfums sur les hauts-lieux, et
sous tout arbre vert.
De nos jours dans l'Afrique du Nord, dans les campagnés-on ren-
contre, des arbres verts couverts de fragments Hate de
couleurs. Ces arbres sont vénérés par les indigénes)et les eur péens
les appellent « arbres marabouts ». : yy
Le palmier comme arbre divin se rencontré\ surtout i. mon-
naies de Carthage et de Judée. A Carthage, il Sn ae talis-
masique. On le voit dessiné sur la panse de certains» ases, surtout sur
les vases biberons et sur les rasoirs de bronze Ow (PB 3, n° 3).
Y
7
Stéle n20
o
Partie supérieure d'une large st@TeCalcaire gris foneé. Hauteur
0m. 14, largeur 0 m. 45,, épaissew 9 m. 06. Face lisse. II ne reste
qu'une partie de l'acrotere de droite. ©
Le fronton triangulaire est occupé par une main levée, a trails for-
tement creusés le pouce rélévé/ Au-dessous entre deux traits hori-
zontaux profondément raves, bande d’ondes recouvrant cing petits
croissants renversés sur le disque. Ils devaient étre au nombre caba-
listique de 7. ( "I
Le registre inférigur“est occupé par le triangle dit de Tanit, forte-
ment grayea double traits. (Pl. 3, n° 6).
jm 2
Yiog
Stéle n° 24
Intact caleaire gris clair, Hauteur 0 m. 40, largeur supérieure
0m. 15, largeur au talon 0 m. 13, épaisseur 0 m. 06. Face unie. Acro-
léres,
(19) Detarrre, La nécropole punique de Douimés, 1805-94, 95 et 96. La né-
cropole des Rabs, prétres et prétresses, 2° année de fouilles, 1905,PON
soph y bites!
Hoes Sgn tiakeg fl
hag aayedtg od
aes
REVUE TUNISIENNE
PLANCHE 3STELES PUNIQUES 21
Dans le fronton triangulaire, main levée, dont le poignet sur une
frise formée de deux traits horizontaux, contenant sept double traits
verticaux.
Au-dessous, bélier debout & gauche portant un collier formé d’un
seul trait.
Sous le bélier, entre deux traits horizontaux, ine ot recou-
vrant huit petits croissants renversés sur le disque. »
En général, la main levée, rencontrée sur lés stéles\dé Carthage,
présentent un travail presque rituel, l'exagératio: ie de la lon-
gueur des doigls. C'est l'emploi mystique de la main détachée, sym-
bole de soumission, de protection. Elle est enéore de nos jours trés
empolyée chez les musulmans pour conjurer le mauvais-ceil.
La frise formée d'une bande d’ondes sur. Je’croissant renversé est
trés employée sur les stéles de Carthage. es ondes semblent indiquer
Vocéan divinisé et aurait une valeur syinbolique et meme talismanique.
En principe, 4 Carthage, ier qui est toujours tourné vers la
gauche, ne se rencontre Rana es stéles anépigraphes. II est le
plus souvent muni d'un collier-gravé & deux ou simple trait, sauf de
{rés rares exceptions.
Sur cette stéle, le béliery la main levée et le triangle de Tanit ont
66 employ imvalta fap
rns . Avemarquer l'absence du croissant ren-
yersé sur le disque. 1/3, ).
A Tunis, Je 23 ja vier 1934.
~ ¥ Frangois Icarp,
Correspondant du Ministére.——
NOTES MARGINALES SUR LES
coe raison des Osmanlis de Kairouan. Les
_ Arabes fayorables)wDragut étaient bien moins nombreux que ceux
ostiles. Ge qu'il fallait, c’était l'aide de soldats du roi de Tunis « par-
ce quiils sont/ munis d'escopettes et capables, par conséquent, de
Ibid, et lettre d'Alonso de la Cueva, du 22 janvier 1558, & 1a princesse
x gal (Arch. de Simancas, Estado, liasse 484, f° 64).
et 5) Carta que el Rey det Caruan me scrivyo a 97 de hebrero 1558 et
téponse d’Alonso de la Cueva (Arch. de Simancas, Estado, liasse 484, f° 20).
}) Lettres d’Alonso de la Cueva a Philippe II et & la princesse de Portu-
du 17 février 1558 (Arch. de Simancas, Estado, liasse 484, f° 28 et f° 70).
(7) Carta précitée du 27 février 1558,38 REVUE TUNISIENNE
combattre les Tures qui en ont ». Douze autres cheikhs, affiliés au
Chabbi, se répandaient en propos analogues \).
Comme les Espagnols ne pouvaient s'aventurer loin de la Goulette,
Je maintien ou non des Tures A Kairouan dépendait entigrement de
V'attitude d'Ahmed Soulthane. Alonso de la Cueva A ae.
der ce prince de reporter sur le maitre actuel de Kair ininaitié
que lui avait inspirée l'usurpation des Chabbia et de profiter-de, cette
occasion unique de recouvrer ce joyau du domaine dgeaes incétres.
Rien n’y fit). Ahmed tenait 4 demeurer au mieux avec }és Tures et,
en septembre, il gratifiait Dragut d'un don superbe; dix chevaux de
prix, dont cinq caparagonnés d'or et awed y ‘mi lesquels un
alezan acheté 300 doubles aux 0. Bou Satem e' ‘on valait 700 avec
son harnachement; le tout, sans préjudice d'une rie de piéces d’étof-
fe, toile et drap, La caravane accompagnée de 150 cavaliers partit
de son Bardo de Béja pour Tozeur doy uh de ses agents, appelé
Soltani, devait mener ces présentssa Dragut au moyen dindigenes
bellement habillés de neuf aux [rai du‘roi 0%,
Coincé par le destin entre deus murs, et également impuissant a
renyerser l'un ou l'autre, Abmed pratiquait une politique de bascule
ef de duplicité, flattant 4J4 fois Alonso de la Cueva et Dragut et pro-
lestant de son dévouement™ abégard du roi trés catholique ou du
sultan de Stamboul. An/fond, il inclinait vers les Osmanilis. L’influen-
ce turque, les modes, furques, régnaient & Tunis, & la cour et a la
ville; la monnaie argent, tout en dérivant de la piéce hafside mou-
meni (@XbdelmOumen), empruntait aux pieces ottomanes du pachalik
WAlger le sy8téme de la date en chiffres. Déja, en 1546, Mouley Has-
sen mandail 4 F. de Gonzague au sujet de son fils Ahmed : « Il n’agit
pas autrement que les Turcs; il a une concubine turque et des cour-
(8) Carta det xeque Mahamet Budief scripta el mismo dia (Arch. de Si-
mancas), Estado, liasse 484, & la suite de la lettre de méme date du « Rey
del Cartan ».
(9) Réponse d’Alonso de la Cueya & la lettre de Mohammed Boudiaf re-
produite & la suite de celle-ci (Ibid).
(10) Informacion contra el Rey de Tunez contenant le procés-verbal de la
déposition d'un agent de renseignements indigéne recueillie en la forme
notariée, le 28 octobre 1558, par Barthélémy de Salamanque, écrivain de
S.M, avée le concours du rebatin Juan, interpréte pour la langue arabe &
a Goulette,aA
a
ETUDES KAIROUANAISES 39
tisans tures. Mon fils est ture (en tout)» », Et Alonso de la Cueva,
en 1558, signale qu'un certain « Djafar, qui gouverne le roi de Tunis,
est plus ture de volonté que Dragut () »,
Ahmed n’ignorait pas que son peuple, tout prét A marcher derritre
lui contre les infidéles de la Goulette, le répudieraitnet, de méme qu'il
s'était jadis détourné de Mouley Hassen, s'il bris: ala ari maho-
métane en rompant en visiére aux Ottomans, anes la foi. A
un juif de ses familiers qui 'engageait a se rapprochek Alonso de la
Cueva et & essayer de reconquérir stir les Turi provinces du
royaume aux mains de ceux-ci, Ahmed,\ courte é, rélorquait : « je
suis musulman et vous voulez me christi: (3) ». En effet, le
hafside appréciait & merveille ce coté de sa’sifvation. Mais, Alonso de
la Cueva voyait clairement l'autre faée dit probleme lorsqu’il prophé-
tisait A Ahmed que sa surcoppaie lui jotierait le méme mauvajs tour
qu’a son pére (4), e
Le conflit était au fond entre EGéan0, représentants de la Chré-
tienté, et Ottomans, ne l'Islam, et il n’y avait plus de place
en Tunisie pour des tiers our des tiédes, Hafsides ou Chabbia.
Dragut avait éliminé de Kqipovan Mohammed ben Abi Taieb a la fin
de 1557. Son lieutenant d’alors, Euldj Ali, devenu pacha d’Alger,
chassera Ahmed se. a la fin de 1369.
Cependant, Pdée Munepédition maritime contre Dragut, sug-
gérée, dds janvier 4558, A Philippe II, par Mohammed ben Abi Taieb,
prenait corps yy ifa petit. Aprés le traité du Cateau-Cambresis d’avril
1589 qui donnait mains libres 4 I'Espagne, le Vice Roi de Sicile et le
Grand Maitre de l'Ordre de Malte pressentent l'ex-seigneur de Kai-
rouan or voie de la Goulette "®. Embarquée sur des batiments
divers une armée démarre en décembre de Sicile pour Tripoli. _ Déviée vide {MAS
ensuite sur Djerba, elle s’empare de cette fle en février 1560. ~ Aussi-
fot, le Chabbi d’'accourir. Aucun dneument européen de cette année
=
(11) Lettre du 22 février sans date d’année (1546 ?) (Rec. Oporici-AMARI,
oH).
(12) Lettre précitée du 13 janvier
(13) Lettre précitée du 20 mars
(14) Lettre précitée du 17 février
(15) Crant. Op. cit., p. 4 recto,
1558 & la princesse de Portugal.
a la méme.
& la méme,40 REVUE TUNISIENNE
1a ne nous dévoile le nom de ce chef qui vraisemblablement était en-
core Mohammed ben Abi Taieb. Le général espagnol, duc de Medina
Celi, va en personne a la rencontre de celui qu'on appelait toujours
le roi de Kairouan et le loge avec honneur dans une de ses tentes.
D’aprés un témoin oculaire,
« Ce prince avait une belle prestance. Il était petit cities une
« grande barbe chenue. En arrivant, il se fit oter les bottes“eb, s'accroupit
« sur les tapis. Il était vétu & la mauresque avec une longa djebba de
« toile fine rayée qui Ini descendait jusqu’&\mi-jambexCe-Roi, dit-on, est
« Gonsidéré chez les indigenes comme le Papa chez nous0*) »
Le marabout avait laissé sur le continent du cété a’El Kantara,
tous ses bédouins, n’ayant gagné de, capip, espagnol qu’avec une
escorte de huit cavaliers. Son aide se borna’a faciliter le ravitaille-
ment. Mais voici que, le 11 mai; une flotte turque, dirigée par Piali
Pacha, détruit la fotte chrétienne. Pridemment, Mohammed ben Abi
Taieb se sauve en terre fe sou’ prétexte d’y lever des troupes.
En juin-juillet, nous le iti l'expectative, entre E] Kantara
et Mareth, avec 2.000 cavaliers@t & 4 4 8.000 piétons, dont la plupart
sont des Djerbiens fugitifs-sous leur cheikh Messaoud. Attente vaine.
Le 31 juillet, la garni: vespagnole du fort de Djerba capitule entre
les mains de Piativet fr Ce dernier est désormais le matftre
incontesté et inébranlable e Tripoli et du littoral tunisien. Dés lors,
Mohammed ben Abi/Taieb plonge dans la nuit, au lendemain méme
du joar oe l'avait si joliment dépeint en chair et en os. Le
califat chabbi's 'y enfonce avec lui.
RefouttéJoin des cdtes, il ne Iui reste plus qu’é se repentir de ses
dissipations terrestres et A s’appliquer le dernier yers de la Khamria,
Je podme mystique d’Tbn El Faridh : « Qu’il pleure sur |ui-méme, celui
qui a perdu sa vie sans en prendre sa part », c’est-A-dire celui qui
a négligé la contemplation de I'Existence Véritable (Dieu) *),
(16) Crant. Op. cit., p. 29, recto.
(17) Voir sur ces événements Ch. Moncuicourr. L’Ezpédition Espagnole
de 1560 contre Vile de Djerba. Paris, 1913. Cf. sur le rdle du chabbi les pp.
106-107, 120, 191, 194, 197, 200, 205, 211.
(18) Emile DenwexcHem. Traduction de UEloge du Vin (Al Khamriya), poe-
me mystique d’OMAR IBN AL FaRtDH ef de son commentaire par AN NaBoLosI,ETUDES KAIROUANAISES a
3. Evacuation de Gafsa et Kairouan par les Turcs et prise de To-
zeur par Mahammed Zefzef, fils de Sidi Arfa (1560). — Si la solution,
favorable aux Tures, de la lutte pour Djerba, affermissait finalement
leur emprise sur la bande du territoire tunisien voisine de la mer, le
conflit se répercutait dans l'intérieur d'une maniére facheuse pour les
Osmanlis. La nouvelle de l’arrivée de la flotte espagnole ayait_révo-
lutionné l’esprit léger des Arabes. —
Depuis que le raid de Dragut avait livré Gafsa au pose 0
décembre 1556, un caid ture régentait cette bourgade. I avaif fort a
faire avec l'ancien cheikh qui rédait aux alentours et ayec-certains
villages de la région qui n’étaient les sujets de pers
Gafsa, isolés au milieu de populations plutdt, hostiles, se serraient les
coudes. Vers le début de 1560, Ahmed Soulthane assurait le caid otto-
man de Gafsa qu’il sortirait bientot avec sa mahalla pour l'appuyer
contre leurs ennemis communs@, “ —) RS
Mais, les tribus de l’obédience dui habbi“se déclaraient partisanes
du hafside errant, Mouley Mohai as de Mohammed ben Abi
Taieb. Le 3 mars, Alonso de la Gueya, outre ce renseignement, en
expédiait une série d'autres au, Doi \W'Espagne, daprés le rapport
d'un de ses agents indigenes qui avait notamment recueilli 4 Tunis
des indiserétions ccngeey ing Soulthane :
« Dragut ayant renvoyé de Djerba ses Tures, par voie de terre, des BE
douins qui les escortaient) Jés ont attaqués en apercevant la flotte (chré-
tienne) Avet'la cémplicité’d’autres Arabes qui se sont joints & eux, il les
ont tous occis, sauf ldehef et 8 cavaliers. Malgré qu'il n’y ait guére & se
tier aux pafole&des Mores, on peut les croire en lespéce parce que lamitié
des Bédouins ne“dure axec personne et parce qu’ils sont tres montés contre
les Turcs & cauSe des mauvais traitements qu’ils en recoivent.
Lespion entendit aussi exprimer comme une chose stire que les Turcs
de Gafsa avaient vidé les liewx au profit du cheikh, ce qui peinera le roi
de Tunis.
Paris, 1931, p 266. Le poete égyptien Ibn El Faridh mourut trois siécles
avant les Chabbia.
(19) Carta del Rey de Tunes escrita al alcayde que esta en Cabca por los
turcos que se llama Hamet, recibida, (c'est-’-dire interceptée et arrivée
entre les mains d’Alonso de la Cueva) a 25 de hebrero 1560 (Arch. de Si-
mancas, Estado, liasse 485).42 REVUE TUNISIENNE
D'aprés Vinformateur et d’aprés d'autres, le Gef Gef, (Mahammed Zefzef)
fils d’Arfa et neveu du roi de Kairouan, honoré chez eux comme Luther
chez les chrétiens et qu’accompagnent sans solde un nombre d’hommes
infini, a cassé naguére un cheikh, qui tranchait en maitre dans ces parages.
Faute de s'entendre avec le roi de Tunis, ce dernier, quoique adversaire
habituel des Osmanlis, s’était lié avee les Turcs de Biskra. Tl fut vaincu
avec eux par Zefzef. Plus de 400 tures, dit-on, mordirent la poussiére. Zef-
zef stempara de certaines pidces d'artillerie, puis se retourfigavictorieux
contre Tozcur, localité du pays des dattiers que le roi de i
quise ces années derniéres et ott il tenait un préside de See de
cavaliers. Ceux-ci, raconte-t-on, abandonnérent 1a place et s'¢p”atlerent,
malgré lobligation ot ils furent de s'esquiver demi-nus... »
¥ ny
xX Ce sucers de Zefzef, peut-étre gonflé en volant de/houche en bouche
du Djerid & Tunis, a revétu dans les traditions“de/’actuelle zaouia
chabbia de Tozeur une forme différente. “Sélorcelles-ci, les Chabbia,
aprés la perte de Kairouan, auraient 6té poufeliassés par les Tures
jusqu’aux environs de Gafsa. Aprés-undsamuilée pa sée A dix milles de
ce bourg, Mahammed Zefzef proclamacdevantle siens le décés du
caid ture, appelé Mafoune [Link] (L'Impur ineirconcis). Ef-
fectivement, ce renégat; commandant'de la colonne ottomane, était
mort subifement, foudroyé a dis ce par les malédictions de Zefzef.
par Zefzef. On enterra time dans un endroit, encore connu au-
jourd’hui sous le nom /de/ Mafoune (Tombeau de Mafoune). La
bande étrangére rebroussa chemin vers Kairouan.
Krama parmi les kran on parmi les prodiges accomplis
Mais ‘eontifuons. lecture de la lettre précitée d’Alonso de la
Cueva 2 }
> jy
wwe
« Aujourd{ui, 2%mars, au moyen d'un émissaire, le cheikh de Gafsa ma
averti que ses affaires contre les Tures locaux marchaient bien et il m’a
demandé d’empécher le roi de Tunis de seconder ceux-ci. Tl m’a adressé
en méme temps trois lettres, saisies sur un courrier du cald de Gafsa’&
son collégue de Gahés dont deux en-langue turque et 1a troisiéme émanant
@’Ahmed Soulthane et destinée au cald de Gafsa en question.....
Et ce méme jour, ajoutait Alonso de Ia Cueva, on m’a avisé de Tunis
qu’au bruit de apparition (sur Ja edte) de la flotte (chrétienne), les Kai-
rouanais ont expulsé leurs Tures qui se dirigeront probablement sur Tunis,
ce sur quoi on me fixera. C'est cet itinéraire, 4 mon sens, qu’ils emprun-—
ETUDES KATROUANAISES B
teront, & l'instar des autres, car ils n'ont pas de ligne de retraite moins
dangereuse, ni ot on se donnera plus de mal pour les mettre en stireté (2%.
Cependant, Ahmed Soulthane avait quitté sa capitale avec des trou-
pes pour réduire certains villages indisciplinés et secourir Tozeur.
I! avait planté ses tentes dans la banlieue de Kairouan et engagé des
négociations avec les Arabes du Chabbi, auxquels il avait versé 20.000
doubles pour se concilier leur condescendance. ré cela, ces
derniers qui depuis quinze ou seize ans avaient pl cree en
otage 4 la Goulette, l’assaillirent durant Tobsqilé nous pour le
massacrer lui et les siens. Tl ne dut son salut qu’a la. fuite @ et sans
doute aussi a l'intervention de Mahamméd Zetzef «indigéne actuelle-
ment trés puissant au Djerid et son ennemi 9) qui se refusa pro-
bablement 4 sanctionner pareille traitrise, Y ff
En somme, si l’expédition espagnole contre Djerba n’avait pas
réussi 4 libérer l'ile, elle avait, par un contrecoup inattendu, abouti
a la perte de Tozeur pour [Link] et a l'évacuation de
Gafsa et de Kairouan par leurs caids efgapnisaires tures. ;
Aucun document n’incite Peg avun manipule osmanli ait réoc-
eupé Kairouan aussitét apres, Tout Vintérieur retombait donc en
1560 aux mains des Arabes@t de leurs inspirateurs chabbia.
A Mohammed ben Abi-Taieb, évanoui avec son califat dans les bru-
mes de l'histoire et ayant peut-étre perdu ses fils ?*) dans l’émeute
qui salua Varrived dé Dragutfevant Kairouan, 4 Mohammed ben Abi
Taieb, disons-nous, succéde comme chef des Chabbia son cousin ger-
main,Mahammed ‘Zetzef. En méme temps, la capitale de la thriqa
nest“plus Gaicfha, mais Gafsa ou Tozeur. Comment cet apétre, ce
Luther africain, qu’Alonso de la Cueva nous montre trainant aprés
> RT
~ U
(20) Lettre d’Alonso de la Cueva au roi d’Espagne du 8 mars 1560. (Arch.
de Simancas, Estado, liasse 485).
Une des historiens de I'affaire de Djerba de 1560 dit ie Piali pacha pour
mieux vaincre les Espagnols réfugiés dans le fort de I'ile appela & lui les
contingents ottomans de Kairouan, Sfax, Tripoli et autres places mariti-
mes. (Uttoa, La Historia deil'Impresa di Tripoli di Barberia..., sans lieu ni
date, (Edition Tebaldi, 1566), p. 25, recto),
(21) Lettre d'Alonso de la Cueva au roi d’Espagne du 23 mai 1560. (Arch,
de Simancas, Estado, liasse 485).
(22) Lettre précitée du 23 mai 1560.
(28) En 1550, il a son fils ainé & l'armée (Nucuta, op. cit., p. 168).
)cod REVUE TUNISIENNE
lui des foules fanatisées, n’a-t-il pas usé de son ascendant sur les
tribus pour reconstituer dans toute son ampleur |'hégémonie chab-
bia ? Comment n’a-t-il pas profité de ce deuxitme exode ture pour se
faire réintégrer dans la cité ou son pére Sidi Arfa avait si heureuse-
ment rempli sa double tache d’homme de Dieu et de prince séculier ?
C'est que Zefzef était plutot un apdtre qu'un politique. Gest aussi
que Kairouan, quoique débarrassée de la tutelle osmanliesn‘avait pas
réadopté les Chabbia. Au dedans de ses murailles, inviglables pour
des hordes bédouines, elle gardait & sa tétg le cheikh Moh jammed El
Rhariani. Y
La conquéte de Kairouan par Dragut marque sans Conteste le com-
mencement de la main mise turque sur l'intépieup’ tunisien. Mais, a
bien examiner I’événement, ce que Yon“eonstate Surtout pour le mo-
ment, c’est la substitution d'un marabout. ot un autre. Le Rha-
riani relaie le Chabbi en le supplantanty Dan& cette ville religieuse, le
clan vaincu et celui qui exploite la yietoire-d’autrui aprés y avoir
collaboré, sont tous deux des. famiiiles maraboutiques. Ainsi, souven-
tes fois dans notre Mrique dimNord, époque contemporaine non
exclue, les modifications politiques ou administratives, ceuvre des
étrangers, revétent aux yeuix/des gens du pays I’allure du triomphe
d'un cof local noon fr Et, s'ils ne sont pas uniquement
cela, ces changement progrient en tout cas trés fortement de ces
rivalités et les traduisent en actes visibles.
4, La principauté Chabbia de Gafsa-Tozeur aprés 1560. — Les
succés-de Mabarnmed Zefzef en 1360 dans la région Sud-Ouest de
Vactuélle Tunisie nous persuadent que ce fils de Sidi Arfa devait y
exercer son apostolat depuis déja quelque temps, pendant le régne
méme de Mohammed hen Abi Taieb & Kairouan. Probablement, la
prépondérance acquise par ce dernier dans la ville au détriment des
descendants de Sidi Arfa, avait-elle poussé ceux-ci 4 chercher plus
loin une zone d’action bien A eux. Le Fetah El Mounir, sans préciser la
date, nous dépeint Zefzef comme siégeant A Gafsa avec son naib ou
vicaire Mahammed Bennour, arriére petit fils d’Ahmed ben Makhlouf
et pre de Mohamed El Messaoud, I’auteur du Fetah el Mounir.
Ainsi, expansion de la confrérie des Chabbia hors de Kairouan,
amorcée sous Sidi Ahmed chez les Hanencha, se poursuit non seu-ETUDES KAIROUANAISES 45
Jement sous Sidi Arfa, mais encore sous Mohamed ben Abi Taieb. Elle
est loin d’étre arrétée par la déconfiture de ce dernier. Bien au con-
traire, l’expulsion des Chabbia de Kairouan, en éparpillant les mem-
bres de cette famille maraboutique, développe leur propagande dans
Vespace. Projetant le présent dans le passé, Mohammed el Messaoud
raconte dans son ouvrage que Sidi Ahmed avait prévi ispersion
de sa postérité, en observant qu'elle garderait neiReine faveur
des populations. « La meule qui moud les faves en épargne les cha-
rangons » (4), \ gry
Le Fetah el Mounir, ov nous puisons des indie: ‘ons utiles sur cette
diffusion, n’en échelonne pas les étapes. hulloh is est oflert sur un
méme plan ov l'on ne distingue pas ce qui a précédé la catastrophe
de décembre 41557 de ce qui lui est ‘pestériewr. En revanche, l’aire
du mouvement s'y apergoit trés-bien. Endroits mentionnés ou ethni-
ques des moqaddems nous coftduisent tots au midi ou a l’occident
de Kairouan. Pour les raisons déjacexpliqtées par nous, le prosély-
lisme de Ja confrérie n’ayait paamordu sur le Sahel de Sousse ni
sur le reste du littoral tunisien et. les missionnaires avaient été surtout
attirés par les contrées sauvages de l'Ouest ot beaucoup plus d’ames
croupissaient dans l'erreur et la barbarie.
Sidi Arfa avaitenvegisré des résultats d’ordre général du Maghreb
au Cherg, du Maroc & Orient. Mais ces progrés étaient-ils bien
assis ? Nous constatons, en tout cas, qu’aprés lui les membres de sa
famille concentren}leurs efforts dans un secteur relativement proche
et restreint. yi/
Un'dé-ses & erifants, Tahar, propage la thriqa dans le Djebel Rhariane
de Tripolitaine, Mais, c’est a son ainé, Mahammed Zetzef, qu’échoit
le rdle principal. Tandis que Mohammed ben Abi Taieb usait en gestes
profanes et illusoires les jours que Dieu lui avait accordés, les véri-
tables représentants de la pensée du fondateur de la confrérie per-
sévéraient dans la grande ceuvre. Zefzef rayonne de sa résidence de
Gafsa; il pérégrine dans l’Aurés, a |'Oued Béjer ow il compte des
fidéles. D’autre part, il envoie chez les montagnards Beni Salah (au
(24) Fetah El Mounir, pp. 101, 102.46 REVUE TUNISIENNE
N. de la Medjerda entre Souk-Ahras et Bone) son fils Badereddine
que nous rencontrons aussi a Ergou *.
Zelzef se campe devant nous, soit du temps de Mohammed ben Abi
Taieb, soit apres, comme le véritable chef Chabbi du Sud Tunisien et
de la portion méridionale et orientale de la province de Constantine.
Aux dires du Fetah el Mounir, ses tournées dans [Link] tour-
mentés de cette région ne sont-pas uniquement oT i té-
moignent d’une préoccupation de sécurité air eee Dans la
vallée de 1’0. Bejer, il monte a Tizigrarine °® et s’adtessant a ses
adeples (fogra) il leur dit : « Cette qalaa sera plus tardaun refuge pour
mes descendants et seule elle les sauvera) des ‘Pures ». Un fair lui
ayant objecté que l’endroit manquait d’eau,/il/répondit : « Cette
gorgée (jorda %& >> ) les abreuvera. » i signifie sans doute
« La parole mystique leur suffira »~Au“bout de quelques années,
Zeizet est derechef & ‘Tizigrarine, cette fois avec Bennour. Il campe
sous la qalaa dont il invite son“Compagnon a faire l’ascension :
7~ S
Y
« Examine-la bien, car c'est Téagule retraite of les Chabbia seront ulté-
rieurement & I’abri des TuréS
D'un passage un peu vee su Fetah el Mounir, nous déduisons
que les Chabbia de Gafs@-brdlaient aprés 1537 de se réinstaller 4 Kai-
rouan. oe damnée 4 demeurer un simple voeu. Voici en
_ effet une conversation/er ‘efzef et Bennour, relatée par le fils du
second d’aprés les mfidences de celui-ci :
«Lorsqvil ype habitait Gafsa, il me (4 moi Bennour) fit une autre
prédiction pendant que j’étais avec lui. Und jour oa je préparais 50 fusils
(boudogavecTeurs munitions, comme je me trouvais dans la chambre des
armes, if entra et me dit « Qu’est cela ? ».
Je lui répliqtiai « Maitre, ce sont des fusils que je veux remettre a 50
hommes pour vous servir ». A ce moment, nous étions sur le point de
partir pour retourner dans notre ville (Kairouan).
(25) Tous ces renseignements sont donnés par le Fetah El Mounir aux
pages 114-117.
(26) Dans le Djebel Chechar de l’Aurés, au Nord du Djebel Tafrent, la
petite qalaa de Tizigrarine domine toujours comme au xvi* siécle la rive
droite de l’oued Bejer. On en trouve une description dans |’étude de Mas-
QUERAY. Le Djebel Chechar, (Rev. Ajric., 1878, pp. 138-139). Nos cartes fran-
gaises orthographient le nom de la riviére « Bidjer » au lieu de « Bejer »,ETUDES KAIROUANAISES i
Tl prononga alors : « 6 Bennour, je vais te donner un conseil ». « Bien »,
tui répondis-je. Tl continua : « Envoie ces fusils chez les Drid et laisse les
Ja-bas, tu en auras besoin dans l'avenir.
Je lui objectai : « j¢ vous obéirai, mais aprés les avoir employés pour
recouvrer nolre pays. Peut-étre Dieu nous y aidera-t-il ».
Il articula alors ; « Votre ville vous ne Iatteindrez pas. Quant & moi,
j'expirerai dans son voisinage et je serai enseveli & coté-de mon pere.
Aprés mon trépas, vous quitterez ce lieu (Gafsa) et certes vou! retterez
de n’avoir pas écouté ce que je vous prescrivais ». —.
Lui éteint, ce qu'il avait vaticiné se réalisa. Que la misé[Link] Dieu
soit sur lui! Nous émigrames du Djérid vers l’Ouéd Béjer\ét“j'eus, en
effet, & déplorer de n’avoir pas cédé A ses sugeystions et 7 sa prophé-
tie (27) ».
Les traditions des Chabbia de Tozeur veule; dhe Zeizel se diri-
geant vers Kairouan ait succombé en route, af’endroit appelé Zebbés
(territoire des Hamama). Il existe en effet dans le midi du Bled
Hechria, 4 ]’E du vieux chemin dé Maknassy 4 Sidi Bou Zid de Ga-
mouda, ef a 25 km. environ au S. dé eVillage, un Djebel Zefzef,
colline isolée, avant poste orographique de la longue montagne du
Mellousi 7%), G’est de la que [Link] vre fat transporté a Kairouan
et inhumé dans le mausolée deSon’pére Arfa. Les dépouilles mortelles
de deux de ses fils l’'y avaient“précédé ou le rejoignirent @”).
Nous avons signalé plas haut qu’il avait de son vivant domestiqué
les djinns. Il s’entretenaif/avee-deux dans leur langage dont la to-
nalité évoque le sifflement du vent. D'ot, allégue-t-on, son surnom
de Zefzef (';3;) a\rdpprocher du mot za/if (bruissement). Recon-
naissantes, — fractions des djinns, les Beni Lahmar (les
démons: rouges)." téle, viennent visiter depuis plus de trois siécles
la tombe Weer ancien patron. Aussi, y méne-t-on les enfants pos-
sédés des génies@t on y implore les bons offices du santon auprés de
ses anciens sujets pour qu'ils abandonnent le corps hanté par eux
et ot leur présence détermine la maladie. Parmi les marabouts de
Tunisie, amis des djinns, évoquons Sidi Abdallah ben Hassine aux en-
virons de Téboursouk, Sidi Aamer enterré non loin de Djemmal, etc...
(27) Fetah el Mounir, p. 116.
(28) Carte de Tunisie au 100.000. Feuille de Sidi Ali ben Aoun.
(29) Cf. supra, fig. 5.48 REVUE TUNISIENNE
Au xvi’ siécle, l’érudit constantinois Amor el Ouezzane, le contradic-
teur religieux des Chabbia, passait pour étre lui aussi un familier
des djinns °°).
Si les victimes des esprits trouvent au sépulcre de Zefzef le sou-
lagement de leurs maux, l’historien, comme nous |’avons expliqué
auparavant, n’y rencontre pas ce qu’il y cherche, iene stéle
funéraire ow soit inscrite la date de décés du san! ‘aul@de terikh,
nous sommes condamnés a ignorer quand les Chabbia-esquissérent la
tentative de rentrer 4 Kairouan dont [Link] question dans le Fetah el
Mounir, Essai probablement effectué alors qué Ja ville n’abritait
aucune garnison turque, c’est-a-dire entre 1560 et 1573.
5, La troisiéme occupation turque de . (4573-74). — Comme
nous avons eu l'occasion de le marquer;lés Osmanlis avaient déja
au Xvi° sidécle introduit et enbitlenu des-troupes 4 Kairouan a deux
reprises, el, les deux fois, dans dés/Conditions précaires. Aprés une
premiére résidence de regs (00s 4534-avril 1538) dans la cité
d’Oqba, les Turcs en avaient.ét@délogés par Sidi Arfa *. Un deu-
xiéme séjour avait été ene plus éphémére (déc. 1557-f6v. 1560).
Isolé au milieu des nomades et pour ainsi dire cerné par eux, amoin-
dri par les désertionsyTe/préside avait fini par déménager et se réfu-
gier dans 1é Nord/oW il s’était fondu dans les troupes d’Ahmed
Soulthane. Apres la Victoire de Piali et de Dragut a Djerba et la cap-
ture de l’armée ‘espagnole (34 juillet 1560), un représentant et des
soldats tures regagnérent-ils Kairouan ? Des investigations dans les
Archives de Simancas permettraient seules de 1’affirmer ou de le nier.
Dang stat actuel de nos connaissances, le fil des vicissitudes kai-
rouandises ne se renoue que treize ans plus tard. En 1569, les Haf-
sides subissent le sort des Chabbia : Euldj Ali, promu pacha d’Alger,
envahit la vallée de la Medjerda et foree Ahmed Soulthane a s’enfuir
a la Goulette ot. commandait don Alonso Pimentel. Il remplace le
prince & Tunis par le renégat sarde Ramdane. Bientot, ce gouver-
neur est obligé a son tour d’évacuer la capitale devant les armes de
(30) Neil El Ibtihej, p. 197. Voir notre chap. I in fine.
(81) Cf. supra, chap. I, 1.ETUDES KAIROUANAISES 49
don Juan d’Autriche (10 octobre 1573) qui y intronise non plus Ahmed
Soulthane, rétif a accepter les clauses d’un protectorat, mais le frére
de celui-ci, |’éternel vagabond Mouley Mohammed. Quant a Ramdane,
il se retire avec les siens a Kairouan, pour y attendre le moment de
la rescousse. Il en partira au printemps de 1574 pour se rendre, par
Sousse et la voie de mer, & Alger, poste pour | uel Pvaent désigné
les demandes du peuple et la confiance de is nth Porte ?),
Tout en essayant de ne pas trop s’éloigner de Tunis et de la blo-
quer 4 distance, Ramdane avait, & cause de somi ortance straté-
gique et politique, choisi Kairouan hee plus spécialement
- confiée 4 son adjoint Haider.
Ruffino qui rédigea une relation, encore inédite, des évenements
tunisois de 4573-74 auxquels il assista,“n’appelle jamais les soldats
de Ramdane que « gli Turchi det Cong autre coté, lorsque
le dernier jour de janvier 1574, Mouley Mohammed dirige, avec l’aide
d'un corps espagnol, une expédition GOntre les Osmanlis maitres
d'Hammamet et en train de‘piller Nabeul, les tétes des chrétiens
tranchées par les Turcs vaingueéurs sont expédiées par eux a Kai-
rouan “*). Ibn Abi Dinar onfirme ce détail en ajoutant que l’envoi
de ces trophées macabres eut pour objet d’y calmer les esprits *),
ce qui suggére que Kairouan /n’était peut-ttre pas alors trés chaude
Pour les Tures. uley: jammed n'avait-il pas écrit le 30 octobre
1373 & don Juan d’Autriche qu'une tentative sur cette ville ne se
heurterait pas a ine résistance sérieuse ? °),
Daprés Ibn Abi Dinar, qui est le seul & nous fournir quelques ren-
seignementssur cette installation turque dans sa cité natale 6%), la
sifuation“des Qsmaniis n'y était pas brillante. Pas brillante non plus,
celle dé la cité elle-meme, Haider, successeur de Ramdane, s’y trou-
vait si mal que, plus d'une fois, il voulut l'abandonner. Dans ses
(32) De Harno. Histoire des Rois d'Alger, traduction Dz GRAMMont. Alger,
1881, pp 158-160. De Haedo séjourna a Alger de 1578 a 1581.
(33) RuFFINo. Sopra la desolatione della Goletta ¢ forte di Tunisi (Biblio-
theque du due. de Génes, & Turin, Ms 690), p. 32, recto.
(34) In Apr Dinar. Trad. cit., p. 300.
(85) Voir cette lettre dans Garricou-GRANDCHAMP, Doc. relatijs & la fin de
Foccupation espagnole en Tunisie. (Rev. Tun.. 1914, p. 11).
(86) Trad. cit., p. 301. Texte arabe, pp. 167-168,50 REVUE TUNISIENNE
crises de découragement, il allait consulter le marabout Ahmed Ez
Zennane qui lui conseillait de patienter et d'espérer une solution
heureuse @7).
Cependant, I'Ifriqia remuait. A la vérité, quelques illusionnés exci-
taient les chrétiens A poursuivre leurs avantages dan: tintérieur et
sur la cOte du Sahel et les agents de Phlilippe II nit Ys sans
preter l’oreille & ces exhortations chimériques.
« La fagon dont les Espagnols traitent les indigtnes est diéiment meil-
leure que Ia maniére dont en usent les Tures énvers les“mpéthes indigenes
qu'il y a présentement, & Palerme, 2 notables maures/etA Tunis plusieurs
autres, qui sont venus, de la part des gens de Tripoli, de Djerba, et de
Kairouan, dire qu’a la seule apparition de 1a flofte éspagnole dans leurs
parages ils expulseraient ou tueraient les Tures oe eux sans besoin de
mettre un soldat & terre. Chose croyable, vu le8-énormes cruauté et exac-
tions des Tures (94) ». c¢hyry
y
En réalilé, la chute de [Link] addition ds Espagnols de s’y fixer
grace a I'édification d’une he, leur casernement dans un quar-
tier de la ville, la Sales ae eux de pas mal de maisons pour
y chercher des trésors ou en\extraire du bois a brdler (solives, pou-
tres, portes), leurs difficultés journaliéres avec les habitants musul-
mans, retentissaient dc Iguireusement dans l’ame des populations de
V'Ifrigia. Ghacun sentait eonfusément que ce protectorat espagnol
direct, exercé a Tuay méme sur le hafside Mouley Mohammed, était
quelque chose de tout nouveau et de trés dangereux pour l’intégrité
islamique du pays entier. Sur son isthme étroit, coupé par surcroit
d'un anal, 1d Goulette se présentait comme un véritable ilot extérieur
ala région, comme une excroissance, génante pour les relations
maritimes commerciales des Tunisois, mais sans inconvénient majeur
pour leur vitalité politique ou religieuse. Il en était autrement de la
prise de possession effective de Tunis. Ainsi, un anthrax au cou d'un
homme n’entraine pas pour lui péril mortel comme une tumeur en
pleine chair.
(37) Le tombeau d’Ahmed Zennane se trouve & Houmt Chorfa (Quartier
des Chorfa) prés de la mosquée des Angar. Dans le texte imprimé 4 Tunis,
@Ibn Abi Dinar, ce cheikh est appelé par erreur Ahmed Er Rennane, par
suite de l’absence de point diacritique sur la lettre initiale du nom.
(88) Relation déja citée de J. de Soto, de Madrid, le 20 juin 1574, in fine.ETUDES KAIROUANAISES 51
Peut-étre, Turcs et Tunisiens auraient-ils longtemps encore toléré
le maintien de la garnison chrétienne de la Goulette, qu’Euldj Ali
s'élait gardé de molester aprés son succes sur Tunis en 1569. Contre
limplantation espagnole dans la vieille capitale historique des Hafsi-
des, ils réagirent violemment.
Un armement en régle fut préparé A Constanti ag, A aaents
de la Sublime Porte, les derviches prédicateurs entretin nt et ren-
forcérent le sentiment anti-chrétien des masses’ jusqu’a\lés soulever
en guerre sainte. Mouvement trds bien ore Pp Abi Dinar,
mais qu’ont percu également les narrateurs européens de |’époque.
B
Aprés avoir expliqué que les Maures et Arabes Biskra, Constantine,
Bone, Bizerte, Kairouan et Tripoli s'étaient ‘unis au détriment des
Espagnols, Ruffino conclut : « Il semblait que’ tout l’univers se fot
associé dans cetle conjuration pour votre expulsion » 6%,
A en croire Ibn Abi Dinar, les [Link] joué un grand
role dans ce rassemblement lorees islamiques. Ce serail a leur
appel que se seraient mis ei route les gens de Tripolitaine et d’Algé-
rie, Pleins d'ardeur combative, tous ces contingents, encadrés
par les garnisons turques de, Tripoli-Djerba sous le pacha Mustapha
et de Kairouan sous Haider; devancérent en juin de deux semaines
sous les murs dé“Tunis e_corps expédilionnaire ottoman venu de
Constantinople. Deux mois de siege régulier (13 juillet-13 septembre
1574) eurent raison\i/la fois de la Goulette et de Tunis.
Le iarabbut, Sidi Mohammed E] Rhariani dont nous avons déja \
constaté Laction’ fructueuse & propos de l’entrée de Dragut & Kai-
rouan a lafin-de 4557, ne manqua pas en !’occurrence de préter aux
Tures son“concours le plus efficace.
C'est sur quoi ne laisse aucun doute la lecture d'un décret du pa-
cha Hassine du printemps 1596 que nous avons signalé antérieure-
ment. En voici la traduction, débarrassée des formules religieuses
ou protocolaires oiseuses.
(89) Op. cit., p. 51, v*.
(40) Trad, cit., p. 302.52 REVUE TUNISIENNE
AMRA DU PACHA HASSINE
(En marge, cachet du pacha)
« Louange & Dieu. La priére et le salut sur 'Envoyé de Dieu, sur ses
parents et ses compagnons, salut parfait.
Qu’il sache ce qui suit, celui qui prendra connaissance de notre présent
amra parmi les fonctionnaires militaires et civils (et gouad ou el ommal),
parmi les particuliers ou le public de la ville de Kairouan ou de sonwilayel
(ouilaiatha).
Il est établi par devers Nous et nous avons la certitude que le ene A
Phonorable, qui jouil de la miséricorde de Dieu, le saint(el mogaddes) ‘g
Sidi Abou Abdallah Mohammed El Rhariani, est bien celui qui aget@ tat
tisan (houa elladi kan sebeb) de la conquéte de la ville de\Kairodan/et de
sa soumission aux Sultans ottomans, et cé par Vintermédiaj saint
(moqaddes), le serviteur des Osmanilis, celui dont les traces’ atiéstent les
ceuvres et les actes louables, l'homme aux bonnes aétions(Abou El Khei-
rate) Dragut Pacha, Que Dieu rafrachisse sa tombe. r
Dragut a maintenu le cheikh sus-nommé @i>quajité @e“cheikh dans la
ville de Kairouan (agarra ech cheikh el madzkour Cheikhen bi medinet el
Qairouane) et lui a recommandé de veille borérdre, de concert avec
ce qu'il y a laissé comme troupes stoma uses (dsaker el atsmane
el mangoura) afin d’y assurer la sécurité (47>
Le cheikh ne cessa de fournir un service sdlisfaisant et d’appuyer sans
défaillance les troupes ollomanes viclorieuses résidant dans la ville de
Kairouan et dans tout le domaine de; sultans Ottomans. Il affrontait leurs
ennemis en payant de sa persann fet-eh coopérant avec elles en argent et
en hommes. II s’associait & leurs expé: is & Tunis, & la Goulette, dans
les territoires (bled) @'Hammamet, + d’El-Djem, au Djerid et & Gafsa, etc.
Il attirait les Arabes dissidents (el Arab el mounefiqine), leur persuadait
de demander I’aniane ef s'empfoyait par son loyalisme & consolider l'auto-
rité du Gouvernement ottoman. Il a toujours agi de cette fagon jusqu’’ sa
mort. 2 RW
Tl a eu des enfants,/entre’ Autres le cheikh Abou Baker qui montra ses
qualités dés qu’il eut alteint lage de la raison et le plein développement de
esprit.
Nous avons consulté Dieu (estakheirna Allah) et nous avons investi
(Abou Baker) du poste de cheikh de la confrérie (qararnaho cheikh fi thriqa)
de son pére comme 1'était ce dernier. Nous lui avons accordé le cheptel
(azib) de son pére, les compagnons et les ouailles (rdata) de celui-ci (*),
(41) El mancoura est une épithéte de style.
(42) Azib_a, sans doute, ici le sens figuré de prope de fidéles et non de
troupeau. De’ méme, rdat'pl. rdaia signifie & la fois « bétail d'un patre » et